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Lettres-philo

2021-2022
G. Napoli

Pour étudier un texte argumentatif

Pour parvenir à élaborer un résumé efficace, vous devez être capable de comprendre et de mettre
au jour la structure argumentative du texte original. Il vous faut donc repérer la construction du texte, et
ses ressorts argumentatifs.
Pour l’oral (Mines), vous devez absolument, « rendre compte du processus de la pensée d’un
auteur » et donc examiner « la façon dont ce dernier soutient ses idées. » (Rapport Mines, 2017). Cela
vous évitera la paraphrase, qui consiste à répéter les idées développées par l’auteur.
Il est bon pour ce faire de revoir les caractéristiques du texte argumentatif et ses stratégies,
d’apprendre les termes vous permettant de les désigner, et surtout de vous entraîner toute l’année à les
repérer dans les textes d’oraux, mais aussi dans les textes à résumer.
L’argumentation ne s’improvise pas. La rhétorique est un art, sachez-le. Il faut pouvoir rassembler
ses idées et ses arguments (l’invention), les agencer (la disposition), et les mettre en forme (l’élocution).
Nous désignons le plus souvent par texte « argumentatif » un texte qui a une fonction impressive
(Jakobson), c’est-à-dire qui vise à convaincre ou à persuader le récepteur, sans exclure pour autant les textes
narratifs et les textes descriptifs, qui peuvent également avoir une visée argumentative, et être étudiés en
tant que tels. Les travaux de linguistique sont des sources riches pour l’étude des textes argumentatifs. Un
énoncé possède un contenu informationnel, d’un strict point de vue sémantique, mais il a aussi un niveau
pragmatique, qui lui donne une orientation argumentative.
Un texte argumentatif est fondamentalement dialogique : implicitement ou explicitement, il est le
lieu d’une vision contradictoire du monde, et s’organise autour de deux thèses affrontées (même si les
deux thèses ne sont pas exprimées, pour des raisons stratégiques). Il ne faut jamais oublier cette spécificité
au cours de l’étude d’un texte.

Attention : vous ne pouvez, dans l’analyse à l’oral, vous en tenir au strict contenu informationnel.
De même, vous passerez à côté d’un bon résumé si vous ne saisissez pas les éventuels implicites du texte.

Les caractéristiques du texte argumentatif

§ Thème (ou sujet) : ce dont il est question dans le texte.


§ Thèse : ce que l’on dit du sujet. Un auteur soutient, explicitement ou non, un point de vue, qui
s’oppose, explicitement ou non, à d’autres points de vue. La thèse n’est pas toujours formulée en
une phrase claire, elle se déduit parfois de l’ensemble.
§ Arguments : chacune des idées qui viennent appuyer la thèse. L’argument doit paraître évident, il
sert de preuve.
§ Exemples : illustrations des arguments par des cas concrets. Les exemples clarifient le propos,
permettent de s’appuyer sur une réalité vérifiable, rendent le texte plus vivant. Ces exemples sont
illustratifs ou argumentatifs.

Traditionnellement, on distingue dans l’art de convaincre (la rhétorique), trois genres de discours, en
fonction de l’action qu’elle exerce sur autrui :

§ Le judiciaire, qui consiste à exposer, devant une assemblée, des faits passés, pour en discerner le
vrai et le faux.

1
§ Le délibératif, qui consiste à débattre, dans une assemblée, sur ce qu’il est opportun ou inopportun
de faire.
§ L’épidictique (éloge ou blâme).
o Dans le cas d’une critique, voire d’un blâme, on pourra parler de texte polémique (polemos
= guerre), de réquisitoire (au tribunal, discours du procureur qui demande la peine), de
diatribe (discours dans lequel on attaque, sur un ton violent et souvent injurieux, quelqu'un
ou quelque chose.) Si c’est plus léger, et si l’argumentation repose sur l’humour, on parlera
de satire, ou de caricature.
o Au réquisitoire et à la diatribe, s’opposent le panégyrique (éloge oral ou écrit, enthousiaste
et sans restriction d'une personne ou d'une chose), voire le dithyrambe (éloge
enthousiaste, souvent excessif, pompeux et emphatique). On n’emploiera ces deux termes
que si l’éloge est vraiment outré.

Pour étudier une argumentation, vous devrez prêter attention aux indices qui suivent :

1. Les indices d’énonciation

Le texte argumentatif est par excellence le texte où l’émetteur s’implique, de manière plus ou moins
explicite. Il est également le lieu par excellence de la polyphonie. L’observation du système énonciatif est
donc capitale.
a. Quels sont les pronoms personnels employés ? Les marques de temps ? De localisation
temporelle ? (les déictiques)
§ Attention au « nous » qui doit être bien analysé : il peut représenter tous les hommes, une
communauté plus restreinte, parfois un groupe de personnes très précis (dans un manifeste par
exemple). Inutile de dire à chaque « nous » rencontré : « l’auteur implique les lecteurs ». Il faut que
cela soit particulièrement remarquable et cohérent avec le sens général.
§ Le « on » peut également avoir différentes valeurs. Il peut servir à désigner un « nous » englobant le
point de vue de l’auteur, mais il peut aussi désigner les sujets d’un discours superficiels, que l’on
met à distance, une doxa que l’on récuse (ex : « on n’est plus en sécurité nulle part »). Le « on » peut
s’apparenter à la thèse que l’on réfute (ex : nous l’a-t-on assez dit !)

b. Quels sont les procédés qui signalent le degré d’adhésion de l’énonciateur ? (les
modalisateurs) ?
Ces procédés sont très divers : des adverbes (évidemment, certainement, incontestablement, peut-
être etc.), ou des périphrases équivalentes, des expressions introductives (il est certain que, on peut douter,
etc.), des guillemets ou des italiques pour mettre à distance une expression ou un propos, l’emploi du
conditionnel…
c. Quel est le degré de subjectivité des termes employés ? (termes affectifs, évaluatifs,
axiologiques).
Les termes affectifs (poignant, drôle, pathétique…), évaluatif (grand, riche, loin, nombreux…),
axiologiques (bon, mauvais, puissant, bien…)
d. La ponctuation est-elle expressive ? Abondance de questions rhétoriques,
exclamations peuvent signifier l’implication manifeste de l’auteur dans son propos.
e. Quels sont les indices de polyphonie ? (depuis les propos rapportés au discours direct
jusqu’aux procédés les plus subtils de la polyphonie énonciative, qui peut aller jusqu’à
un brouillage énonciatif.)
La polyphonie énonciative permet de marquer l’adhésion ou la distance par rapport à une affirmation.
On peut aller dans un texte d’une thèse à l’autre dans un affrontement polémique, constater la
subordination d’une voix par rapport à l’autre grâce à l’utilisation de la concession, lire l’exposé

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apparemment neutre de deux thèses qui manifeste pourtant une discréditation d’une des thèses grâce à
l’utilisation de l’implicite.

L’argumentation peut gagner en efficacité lorsqu’elle est implicite. L’interprétation du texte est orientée
par des stratégies qui relèvent de la persuasion, qui peut aller de la suggestion à la manipulation.
Par implicite, on entend l’arrière-plan du discours c’est-à-dire ce qui est présent dans l’énoncé sans
être énoncé explicitement (ou mis à distance cf supra).
§ Le présupposé est impliqué par ce que l’on dit. Ex : je ne fume plus. Qui implique que je
fumais. Ce présupposé peut présenter une valeur argumentative, même s’il demeure discret.
§ Le sous-entendu suppose une intention de l’auteur. Ex : votre prédécesseur était très
compréhensif.
§ L’insinuation est un sous-entendu à visée plutôt négative
§ L’ironie consiste à faire comprendre le contraire de ce qui est dit explicitement : c’est un
mécanisme d’antiphrase qui repose sur un dédoublement : le locuteur ne prend pas à son
compte le propos qu’il est en train de tenir. L’ironie permet, par la citation implicite, de
disqualifier le propos de l’autre dont je fais semblant d’adopter la pensée, parfois pour la
ridiculiser. L’ironie doit être décodée (intonation, gestes, exagérations, litotes,
euphémismes etc.) Elle peut procéder par allusion. Elle peut aussi être le lieu de l’humour
et nourrir donc une argumentation plaisante. Elle peut aussi être particulièrement virulente,
voire blessante.

2. Les indices d’organisation de l’argumentation

o Les indices typographiques qui peuvent être signifiants (mais qui ne le sont pas toujours).
o Les connecteurs argumentatifs qui expriment en général des relations de type logique. Il
vous faut les repérer, et les interpréter.
o La disposition doit être prise en considération. La thèse peut être énoncée au début de
l’argumentation, avant d’être vérifiée et confirmée, ou après une concession, ou une
réfutation, ou à la fin du texte (ou de l’extrait), comme la conclusion de l’argumentation.
o Les arguments et les exemples peuvent progresser selon un ordre chronologique, ou selon
leur nature, ou leur importance. L’exemple peut être illustratif, ou constituer un argument
à lui tout seul. On parle alors d’exemple argumentatif.

3. Les différents types de raisonnements

Le raisonnement est déductif lorsqu’il dégage une conséquence logique sous forme de proposition
particulière. Le syllogisme est le type même du raisonnement par déduction. De deux propositions
générales (les prémisses), il tire une conclusion particulière (Tous les hommes sont mortels ; or Socrate est
un homme ; donc Socrate est mortel.) Lorsque le syllogisme tourne court, on parle de sophisme. Une
tautologie est un raisonnement qui ne mène nulle part. Quant au truisme, il est une vérité triviale et sans
intérêt. Le raisonnement par l’absurde vise à discréditer une thèse adverse, qu’elle soit implicite ou
explicite. Le raisonnement inductif prend comme point de départ une ou plusieurs observations
particulières pour aboutir à une conclusion générale. Le raisonnement par analogie ou
comparaison procède par rapprochement de réalités ou de situations.
Le raisonnement peut être elliptique, c’est-à-dire passer sous silence une étape, ou plusieurs.
Le raisonnement concessif accorde une part de vérité à la thèse adverse afin de mieux montrer ses limites.
Il permet de gagner en objectivité, en montrant qu’on est capable de sortir de sa propre idée. Elle débouche
le plus souvent sur une réfutation. L’association concession/réfutation forme un raisonnement concessif
(type Certes…mais).

3
4. Les arguments

§ Les arguments de logique, forts de leur cohérence rationnelle


§ Les arguments de valeur, sui se réfèrent à un système de valeur.
§ Les arguments d’expérience, de l’ordre du constat, ou de l’observation.
§ Les arguments d’autorité, parmi lesquels on trouve l’argument ad hominem.

Quelques figures de style fréquemment rencontrées dans les textes argumentatifs (à compléter)

§ Les figures d’analogie ou de substitution qui, en rapprochant deux réalités plus ou moins
proches, créeront des images susceptibles de frapper l’imagination du lecteur, en valorisant ou en
dévalorisant une idée : comparaison, métaphore, allégorie (« Pendant que des mortels, la multitude
vile, / Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci, / Va cueillir des remords dans la fête servile,
/ Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici, » Baudelaire, « Recueillement »), métonymie,
personnification, prosopopée etc.

§ Les figures d’amplification et d’insistance : répétition, énumération, accumulation, hyperbole


(qui peut aller jusqu’à l’adynaton, lorsque l’exagération est poussée à son comble et devient
comique), anaphore, anadiplose (répétition d’un mot ou d’une expression à la fin d’une proposition,
et au début de la proposition qui suit), énumération, pléonasme, gradation, parallélisme de
construction, rythme ternaire etc.

§ Les figures d’opposition : antithèse, oxymore, chiasme, paradoxe (« L’homme n’est ni ange, ni
bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. » Pascal), antiphrase, etc.

§ Les figures d’atténuation : euphémisme, litote, prétérition, etc.

Il ne s’agit jamais de faire un relevé de figures rhétoriques, mais il faut vous interroger sur la manière
dont un auteur donne à son argumentation des couleurs, de la chair, afin de convaincre, de persuader ou
de délibérer. On pourra également caractériser le registre du texte selon la visée qu’il manifeste. Il peut être
didactique, pathétique, polémique, satirique. Ces termes sont des outils pour rendre compte du
« processus de la pensée » que vous allez ensuite questionner dans la deuxième partie de l’oral
(commentaire).

Bon travail !

Sources

Les textes argumentatifs, Alain Boissinot, Toulouse : Bertrand-Lacoste, « Didactiques », 1992


Dictionnaire de rhétorique et de poétique, Michèle Aquien et Georges Molinié, Paris : Le livre de poche, 1996

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