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Condition ouvrière et art au XIXe siècle

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Histoire de l’art et des idées, Semestre 6, Licence éducative

Corrigé

Il ne comprenait bien qu'une chose : le puits avalait des hommes par bouchées de vingt et de
trente, et d'un coup de gosier si facile, qu'il semblait ne pas les sentir passer. Dès quatre
heures, la descente des ouvriers commençait. Ils arrivaient de la baraque, pieds nus, la lampe
à la main, attendant par petits groupes d'être en nombre suffisant. Sans un bruit, d'un
jaillissement doux de bête nocturne, la cage de fer montait du noir, se calait sur les verrous,
avec ses quatre étages contenant chacun deux berlines pleines de charbon. Des moulineurs,
aux différents paliers, sortaient les berlines, les remplaçaient par d'autres, vides ou chargées
à l'avance des bois de taille. Et c'était dans les berlines vides que s'empilaient les ouvriers, cinq
par cinq, jusqu'à quarante d'un coup, lorsqu'ils tenaient toutes les cases. Un ordre partait du
porte-voix, un beuglement sourd et indistinct, pendant qu'on tirait quatre fois la corde du
signal d'en bas, "sonnant à la viande", pour prévenir de ce chargement de chair humaine. Puis,
après un léger sursaut, la cage plongeait silencieuse, tombait comme une pierre, ne laissait
derrière elle que la fuite vibrante du câble.

- C'est profond ? demanda Etienne à un mineur, qui attendait près de lui, l'air somnolent.

- Cinq cent cinquante-quatre mètres, répondit l'homme. Mais il y a quatre accrochages au-
dessus, le premier à trois cent vingt.

Tous deux se turent, les yeux sur le câble qui remontait. Etienne reprit :

- Et quand ça casse ?

- Ah! quand ça casse...

Le mineur acheva d'un geste. Son tour était arrivé, la cage avait reparu, de son mouvement
aisé et sans fatigue. Il s'y accroupit avec des camarades, elle replongea, puis jaillit de nouveau
au bout de quatre minutes à peine, pour engloutir une autre charge d'hommes. Pendant une
demi-heure, le puits en dévora de la sorte, d'une gueule plus ou moins gloutonne, selon la
profondeur de l'accrochage où ils descendaient, mais sans un arrêt, toujours affamé, de
boyaux géants capables de digérer un peuple. Cela s'emplissait, s'emplissait encore, et les
ténèbres restaient mortes, la cage montait du vide dans le même silence vorace.

Extrait du chapitre 3 de la première partie de Germinal - Emile Zola

Comment la condition ouvrière au XIXe siècle, telle que décrite par


Emile Zola, a-t-elle influencé l’évolution des idées politiques et sociales,
ainsi que les représentations artistiques de l’époque ?
Introduction

La condition ouvrière au XIXe siècle a joué un rôle crucial dans l'évolution des idées politiques
et sociales ainsi que dans les représentations artistiques de l'époque. Ce contexte s'inscrit dans
la période de la révolution industrielle, où l'essor des usines et des machines a profondément
transformé les conditions de travail et de vie des ouvriers. Dans son roman Germinal (1885),
Émile Zola, chef de file du naturalisme, offre une description déchirante de cette condition,
révélant un quotidien douloureux des moulineurs. Cette immersion dans la dureté de la vie
ouvrière soulève une question fondamentale : comment la condition ouvrière au XIXe siècle,
telle que décrite par Emile Zola, a-t-elle influencé l’évolution des idées politiques et sociales,
ainsi que les représentations artistiques de l’époque ? En se référant à cet extrait de
Germinal, nous examinerons d'abord l’impact de la condition ouvrière sur les mouvements
politiques et sociaux. Ensuite, nous analyserons la représentation des ouvriers par l'art et la
littérature.

I- Influence sur les mouvements politiques et sociaux

Cet extrait de Germinal présente une vision sombre et réaliste de la vie des mineurs, proies au
machinisme. Zola décrit comment les ouvriers sont avalés par le puits de la mine, comparés à
des "chargements de chair humaine" et à des "boyaux" que la machine-monstre dévore. Cette
description souligne la déshumanisation et la brutalité du travail ouvrier, et met en lumière
l'aliénation et la perte de dignité humaine subies par les travailleurs. Les coalitions ouvrières
et les grèves étaient interdites et sévèrement réprimées sous le Code pénal napoléonien (1810).
Cependant, les revendications sociales de la classe ouvrière ont commencé à s'affirmer, et après
la révolution française de 1848, certaines mesures démocratiques et sociales ont été
adoptées bien que souvent limitées et insuffisantes : proclamation de la liberté d'association, du
suffrage universel et limitation du temps de travail. Sous le Second Empire, Napoléon III a
également cherché à améliorer le sort des ouvriers. Le 25 mai 1864, le délit de coalition et de
grève a été supprimé par la loi Ollivier.

Syndicalisme
Les conditions extrêmes de travail, comme celles décrites par Zola, ont conduit à une prise de
conscience croissante des injustices sociales. Zola utilise un champ lexical de la brutalité et de
la mécanique implacable : les ouvriers sont "avalés", "entassés" dans la cage de la mine, qui
"plonge" et "engloutit" ses "chargements de chair humaine". Les descriptions telles que "pieds
nus", "lampes à la main", "attendant par petits groupes" mettent en avant la précarité et la
fragilité des travailleurs. L'usage d'expressions comme "la cage tombe comme une pierre", "la
fuite vibrante du câble", et "les ténèbres restaient mortes" illustre la dangerosité de leur
environnement de travail. Les longues heures, les dangers constants et l'absence de droits
fondamentaux ont généré une frustration parmi les ouvriers, catalysant des mouvements de
revendication pour de meilleures conditions de vie et de travail. D’autre part, les réformes
urbaines menées par Haussmann, sous l’impulsion, de Napoléon III, ont influencé le
mouvement syndical en France. Alors que les syndicats, légalisés en 1884, luttaient pour des
salaires décents, une réduction du temps de travail et une meilleure sécurité pour les ouvriers,
les rénovations de Paris visaient également à assainir les manufactures et les industries.
Cependant, malgré les efforts pour améliorer les conditions de travail des ouvriers en
réorganisant les quartiers industriels, les conséquences sociales du projet haussmannien ont
souvent conduit à la délocalisation des populations les plus pauvres vers des zones
périphériques, maintenant ainsi des conditions de vie précaires. Ainsi, les aspirations des
syndicats à améliorer la condition ouvrière se sont retrouvées confrontées aux réalités de
l'urbanisme haussmannien, mettant en lumière les tensions entre les objectifs sociaux et les
impératifs de modernisation urbaine.

Socialisme et Marxisme

La souffrance et la paupérisation1 ouvrières ont alimenté les discours socialistes et marxistes,


défendant les droits des travailleurs. Mais, le socialisme, doctrine d’organisation sociale
visant à obtenir une égalité sociale, est devenu une force politique en rencontrant le mouvement
ouvrier. En effet, dans le Manifeste du parti communiste publié en 1848, Karl Marx et
Friedrich Engels ont analysé le capitalisme2 et ont théorisé et organisé le prolétariat pour la
prise du pouvoir politique. Cette aspiration à une réorganisation sociale et à une prise du

1
« Phénomène social par lequel des groupes sociaux se trouvent plongés dans une situation d'appauvrissement
de plus en plus profond. » Dictionnaire Larousse
2
« Dans la terminologie marxiste, régime politique, économique et social dont la loi fondamentale est la recherche
systématique de la plus-value, grâce à l'exploitation des travailleurs, par les détenteurs des moyens de production,
en vue de la transformation d'une fraction importante de cette plus-value en capital additionnel, source de nouvelle
plus-value. » Dictionnaire Larousse.
pouvoir politique ont conduit à l'émergence du communisme3, qui visait à éliminer totalement
les inégalités sociales par une révolution radicale.

Communisme et Commune de Paris

Le communisme, idéologie révolutionnaire formulée par Karl Marx et Friedrich Engels,


cherchait à bâtir une société parfaitement harmonieuse (égalitaire) sans classe sociale. Les
ouvriers et les paysans devaient prendre le pouvoir par la force durant une phase
révolutionnaire. La Commune de Paris en 1871 a représenté une tentative révolutionnaire par
les ouvriers pour gérer les affaires publiques sans recours à l'État, représentant le point
culminant de la protestation ouvrière.

II- Influence sur l’art et la littérature

Les artistes réalistes, tels que Gustave Courbet, ont été parmi les premiers à illustrer la dureté
du travail ouvrier. Son tableau Les Casseurs de pierre (1849) représente de manière poignante
les conditions de vie difficiles des travailleurs, anoblissant ainsi l'image du prolétaire dans des
dimensions auparavant réservées à la peinture d'histoire. Par ailleurs, Zola s'appuie, pour écrire,
sur une recherche minutieuse et une observation attentive du quotidien ouvrier. Parallèlement,
cette vision réaliste de Courbet a été partagée par des écrivains naturalistes comme Zola, dont
l'approche minutieuse et attentive du quotidien ouvrier a permis d'explorer le déterminisme et
l'hérédité, reflétant la réalité observée dans le monde ouvrier qu’il fréquentait de près. Dans
L'Assommoir (1876), il montre comment l'alcoolisme est une fatalité qui pèse sur les ouvriers.
Le personnage Gervaise Macquart, dont la mère buvait de l’anisette, a hérité de cette
dépendance : enfant, elle finissait les verres de sa mère, adulte, elle boit de l’alcool pour
échapper à sa misérable existence. L'alcoolisme semble génétiquement inscrit en elle. D’autre
part, ce thème de l'alcoolisme est peint par Edouard Manet. Dans son tableau Le Buveur
d'absinthe (1859), il donne visibilité à une classe sociale souvent ignorée dans la peinture, et
produit un discours social et politique contestant la misère ouvrière. De même, dans
L’Assommoir, Zola décrit sans fard la blanchisserie du personnage Gervaise, exposant ainsi
crûment la misère des blanchisseuses. Cette représentation franche de la misère ouvrière par
Zola trouve un écho similaire dans l'œuvre des artistes de l'époque. En effet, les Repasseuses
(1869) d’Edgar Degas, saisies en plein travail et accablées de fatigue, témoignent du regard
critique et compatissant que l'artiste portait sur les femmes ouvrières. Par ailleurs, dans La Bête

3
« Théorie visant à mettre en commun les biens matériels. » Dictionnaire Larousse.
humaine (1890), Zola nous plonge dans un univers ouvrier et ferroviaire qui trouve son
inspiration dans La Gare Saint-Lazare (1877) série de douze toiles de Claude Monet. C'est là
qu’il perçoit l'atmosphère de l'industrialisation et de la modernité qu'il décrit avec tant de
réalisme dans ses romans.

Conclusion

La condition ouvrière du XIXe siècle, dépeinte de manière saisissante par des écrivains tels
qu'Émile Zola, a été un moteur essentiel de changement social et politique. Elle a suscité
des débats passionnés sur les droits des travailleurs et a inspiré des mouvements ouvriers
revendicatifs. Parallèlement, dans le domaine artistique, elle a également été une source
d'inspiration pour les peintres et les écrivains, qui ont cherché à représenter la réalité brutale
de la vie ouvrière. Cette exploration de la condition ouvrière a ainsi contribué à façonner
non seulement les idées politiques et sociales de l'époque, mais aussi la culture et les arts.
Toutefois, ces défis restent pertinents aujourd'hui, et la mémoire de la lutte ouvrière
continue d'alimenter les débats sur la justice sociale et l'égalité. En examinant le passé, nous
pouvons mieux comprendre les enjeux contemporains et envisager des solutions pour un
avenir plus juste et équitable.

Gustave Courbet, Les Casseurs de pierres


Édouard Manet, Le Buveur d'absinthe
Edgar Degas, Repasseuses

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