Diversité des systèmes agricoles à Madagascar
Diversité des systèmes agricoles à Madagascar
BVPI/SCRiD/FOFIFA/TAFA
Caractérisation de la diversité
des systèmes d'exploitation agricole du
Sud-Est de Madagascar et typologie.
2009
Caractérisation de la diversité des systèmes
d'exploitation agricole du
Sud-Est de Madagascar
Notre zone d’étude se situe sur la côte Sud-Est de Madagascar et se compose des deux régions
Vatovavy Fitovinany (19605 km²) et Atsimo Atsinanana (18863 km²). Le Sud-Est malgache
est limité à l’Ouest par les Hautes Terres de Madagascar et à l’Est par l’Océan Indien. Nous
avons mené nos enquêtes dans les deux disctricts (ou sous-préfectures) des communes
urbaines Farafangana (Atsimo Atsinanana) et Manakara (Vatovavy Fitovinany), et dans celui
de la commune rurale de Vohipeno (Vatovavy Fitovinany).
Le Vatovavy Fitovinany est communément séparé en 2 sous-régions, le Vatovavy, au Nord,
qui est hors de notre zone d'étude et le Fitovinany au Sud, qui comprend 3 districts dont ceux
de Manakara et de Vohipeno. Dans la littérature, la région de Manakara peut rassembler le
Fitovinany et l'Atsimo Atsinanana (comme c'est le cas dans la monographie de la région de
Manakara), ou bien désigner une aire plus restreinte autour de la ville.
Nos zones d’enquêtes se trouvent ainsi entre les longitudes de 47°4 Est et 48°Est et les
latitudes de 22°Sud et 23°Sud, et sont comprises dans un rectangle d'environ 100 km du Nord
au Sud sur 50 km d'Ouest en Est.
2
- Zone à bas-fond drainé dans le district de Farafangana.
- Situation sur la toposéquence (accès aux rizières irriguées, RIA, baiboho, tanety) et
types de stratégies mise en œuvre ;
- Diversité des systèmes de culture et éventuellement d’élevage ;
- Accès aux marchés (enclavement, bord de route, facilité de commercialisation…) et
aux services (informations, crédit, collecte, approvisionnement…) ;
- Niveau de structuration des producteurs (type, nombre, importance des organisations
de producteurs) ;
- Type de peuplement (autochtone/allochtone/ethnies) ;
- Accessibilité pour les stagiaires ;
- Intérêt pour le projet.
3
Figure 1 : Carte de nos zones d'études. (BVPI)
2 Méthodologie
Analyse de paysage : cette étape consiste à identifier le contexte agro-écologique (climat,
pédologie, topographie, répartition des ressources naturelles…) de chaque zone. Ceci permet
de déterminer les différentes unités de milieu ainsi que les modes de mise en valeur agricole.
Cette analyse conduit entre autres à l’élaboration du transect de la zone étudiée.
4
Choix des exploitations enquêtées : l’objectif est de saisir la diversité des systèmes de
production existants. Il est donc important de ne pas exclure des enquêtes les agriculteurs non
encadrés par le projet. Les agriculteurs sont choisis selon les critères suivants (sans ordre de
priorité) :
- Accès aux différents terroirs (rizière irriguée, RIA, bourrelets de berge, tanety) ;
- Diversité des productions végétales et animales ;
- Diversification agricole (fabrication de charbon, apiculture…) ;
- Surface agricole de l’exploitation ;
- Origine (autochtone / immigrant) ;
- Tenure et mode de faire-valoir ;
- Activités hors exploitation pratiquées ;
- Niveau d’intensification (quantités d’intrants, fréquence d’utilisation) ;
- Stratégie et objectif de production (autoconsommation, vente…) ;
- Niveau de capitalisation (nombre de zébus) ;
- Type de main d’œuvre (exclusivement familiale, emploi limité et temporaire de main
d’œuvre extérieure, salariés permanents).
(DURAND, NAVE, 2007)
Les techniciens, socio-organisateurs et des personnes ressource au sein des villages nous ont
aidés en nous apportant les informations pour chacun des volontaires. Grâce à ces données,
nous avons pu choisir au mieux les exploitations à enquêter afin d’obtenir la plus grande
diversité possible.
Croiser ces critères permet de réaliser une typologie la plus opérationnelle possible et reflétant
la diversité des agriculteurs de la région.
Les données obtenues lors des enquêtes sont traitées avec le logiciel Excel pour d’une part
obtenir une typologie, et d’autre part analyser les caractéristiques des exploitations de chaque
type. Seul un nombre restreint d’exploitations seront modélisées au sein du RFR sous le
logiciel Olympe.
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Exploitation des résultats
Dans un tableau à double entrée, nous enregistrons les paysans en ordonnée, et des variables
en abscisse qui traduisent la situation de chaque exploitant. Les variables quantitatives sont
directement renseignées en valeurs numériques ; pour les variables qualitatives, nous créons
des classes afin d’exprimer les différentes modalités.
Le fichier de base est construit de façon à restituer le plus fidèlement possible les réponses des
agriculteurs enquêtés. Les résultats d’enquêtes retranscrits sous Excel forment une base de
données contenant tous les paysans rencontrés sur le terrain. Ces données peuvent être
travaillées grâce aux fonctionnalités statistiques et graphiques du logiciel.
La région du Sud-Est est soumise à un climat de type tropical humide à hiver et été australs
chauds. Les températures mensuelles moyennes sont toujours supérieures à 15°C. Le mois le
plus froid est le mois d’Août. L’influence de l’anticyclone Sud-Ouest de l’Océan Indien
apporte, via un alizé, de fortes précipitations dépassant annuellement 1500 mm, pour un
nombre de jours de pluie annuels variant entre 140 et 175 (MAEP, 2003). Les précipitations
suivent de fortes variations intra-annuelles (Figure 2) et distinguent deux saisons :
- La saison des pluies correspond à l'été austral. Elle dure de décembre à avril, et est
caractérisée par les températures les plus chaudes et de fortes précipitations, représentant
les 2/3 des précipitations annuelles. La moyenne sur un mois des maxima peut dépasser
35°C et la température moyenne avoisine les 30°C. La saison des pluies est la principale
saison de culture du riz, dit riz vatomandry.
- L'hiver austral correspond à une saison plus sèche et plus fraîche. Elle dure de mai à
novembre et on y enregistre parfois des mois particulièrement secs. Cette période est
considérée comme la contre-saison, lors de laquelle est cultivé le riz appelé vary hosy.
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500 250
300 150
200 100
100 50
0 0
J F M A M J J A S O N D
Figure 2 : Diagramme ombrothermique du Sud-Est malgache, moyennes mensuelles pour la période 1985-
2002, station de Marofarihy, district de Manakara. (d’après LENTIER, MARTIN, 2004)
La formule de Gaussen, qui stipule qu'un mois est déclaré sec quand les précipitations sont
inférieures à deux fois la température, montre que le Sud-Est est bien une région globalement
humide. En effet, les paliers de précipitations sont toujours au-dessus de la courbe des
températures. Toutefois, ces chiffres sont une moyenne sur près de 30 ans et toutes les années
ne suivent pas le même schéma : de fortes variations interannuelles ont cours. Par exemple,
les fins des années 2007 et 2008 ont été particulièrement sèches, et l'arrivée des pluies a été
tardive : pas avant janvier. Cela a entraîné des sécheresses locales, et les cultures ont pu en
souffrir grandement. Nous avons en effet observé des lacs de retenue dont le niveau était trop
bas pour atteindre le déversoir du barrage engendrant des canaux d'irrigation vides. Les
paysans font donc face à des campagnes agricoles très sèches, puis à des campagnes agricoles
humides avec inondations. L'exemple des années 1998 et 1999 de la Figure 3 reflète cette
variabilité interannuelle.
1000
900
800
Pluviométrie (mm)
700
600
500 1998
400 1999
300
200
100
0
J F M A M J J A S O N D
Figure 3 : Précipitations mensuelles en 1998 et 1999, station de Marofarihy, district de Manakara. (MAEP,
2003)
Les précipitations peuvent être très violentes, lors d'orages. Ce phénomène est
particulièrement propice à l'érosion des sols nus ou peu végétalisés. Cette eau qui ruisselle ne
contribue qu'à gonfler ponctuellement les rivières, sans véritablement pénétrer dans les sols
des collines.
7
La région est marquée par les passages de cyclones, chaque année entre janvier et mars. Ces
tempêtes entraînent des inondations par débordement des rivières, autour desquelles se situent
les rizières. Elles aussi peuvent dégrader les cultures de rente telles que le café. Elles posent
une forte contrainte sur l’activité agricole en général (MAEP, 2003).
Aspect Pédo-géologique
Le Sud-Est repose sur un socle précambrien à formations de gneiss, migmatites, micaschistes,
et leptinites. Certains endroits, dont nos zones d'études, sont recouverts par des roches
volcaniques basaltiques et des formations sédimentaires alluvionnaires (voir carte en Erreur !
Source du renvoi introuvable..) Les collines sont constituées de sols basaltiques ou
ferralitiques fortement désaturés et pauvres en bases et P2O5 assimilable lorsque les sols sont
dégradés (Lentier et Martin, 2004). Le décapage systématique des parcelles pour la culture du
manioc expose ces sols à de forts risques d’érosion.
La région du Sud-Est malgache est arrosée par de nombreux fleuves constituant un réseau
hydrographique dense. Fitovinany signifie d'ailleurs les sept estuaires. Ces fleuves et rivières
sont généralement de courte longueur, prenant naissance sur les hauteurs situées à une
centaine de kilomètres de la côte. Ils se distinguent par de fortes pentes et des courants forts
dans les zones les plus à l'Ouest, et par des pentes faibles dans les zones plus proches du
rivage, où ils deviennent alors navigables en pirogue. La côte est caractérisée par le canal des
Pangalanes, long de 600 km allant de Tamatave au Nord à Farafangana au Sud. Ce canal est
une succession de cours d'eau naturellement parallèles à la côte et de canaux creusés sous le
régime colonial avec pour but le transport des cultures de rentes jusqu'au port de Tamatave.
Ces canaux étroits mal entretenus ne sont plus vraiment navigables en de nombreux points et
la fonction de transport sur de longues distances est désormais perdue.
8
La situation alimentaire est également sujette à préoccupation. Le Programme Alimentaire
Mondial (PAM) rapporte en 2007 que 48% des ménages du Sud-Est littoral sont en situation
d'insécurité alimentaire, et 5% en situation d'insécurité alimentaire sévère. Le Sud-Est
intérieur présenterait seulement 13% des ménages en insécurité alimentaire.
La double récolte de riz crée deux périodes de soudure alimentaire, que l'on peut définir
comme la période entre l'épuisement des stocks de riz et la nouvelle récolte. L'une a lieu avant
la récolte du riz de contre saison, le Vary Hosy, d'octobre à décembre. En octobre, le manioc
sert de substitut alimentaire et en novembre et décembre, la vente des litchis constitue une
entrée de liquidités permettant d'acheter du riz. L'autre période de soudure se passe avant la
récolte du riz de saison, dit Vary Vatomandry, aux mois de mars à mai. Cette période est
véritablement la plus difficile pour tous les paysans malgaches, car il n'y a pas de récolte à ce
moment de l'année pour compenser, hormis le fruit à pain et le jaque qui font office de
féculents dans le régime alimentaire. Ces périodes, si elles sont particulièrement prolongées,
sont les plus sujettes à la décapitalisation, allant de la volaille jusqu'aux zébus et aux terres
dans les cas les plus extrêmes.
Outre l'insécurité alimentaire, la malnutrition touche parfois les populations, notamment les
femmes et les enfants. Le PAM a enregistré dans les districts de Vohipeno et de Farafangana
que près de 40% des femmes de 15 à 49 ans ont un poids est inférieur à 45 kg et 43% des
enfants de moins de cinq ans accusent un retard de croissance. Un des agriculteurs que nous
avons enquêté a justifié le fait qu'il n'a pas cultivé cette année une parcelle de manioc située à
deux heures de marche de chez lui par "manque d'énergie à cause du manque de nourriture".
Enfin, le Sud-Est est une région particulièrement pauvre de l'île, puisque l’Atsimo Atsinanana
et le Vatovavy Fitovinany affichent des taux de pauvreté de respectivement 84% et 81%,
contre 69% de moyenne nationale, toujours selon le PAM d'après des données de l'INSTAT.
Tous ces groupes ethniques maintiennent une très forte organisation traditionnelle, centrée
autour des Ampanjaka (rois des familles lignagères). Ces rois font figure d'autorité locale, et
ont un pouvoir d'ordre social et moral. Ils président les rites, s'assurent du respect des valeurs
traditionnelles, et sont le lien entre les ancêtres et les vivants. Chaque ethnie possède ses
propres traditions, comprenant des lois et des fady (tabous, interdits) spécifiques.
La grande densité de population de la région1 a conduit à travers l'histoire à "des luttes pour la
conquête d'un espace vital naturellement limité entre falaise et littoral" (FAUROUX et al.,
2005). La situation s'est depuis calmée, cependant des tensions basées sur ces conflits fonciers
1
75 hab/km² sur les 6 districts d'intervention de BVPI en 1998, contre 30 de moyenne nationale. (MAEP, 2003)
9
existent toujours, notamment entre les Antefasy et les Zafisoro qui se sont livrés en 1990 à
une lutte violente et sanguinaire (BEAUJARD, 1995). Cette grande densité entraîne
également parfois l'émigration des jeunes hommes vers d'autres régions de l'île.
Autour de Manakara, l’ethnie principale est l’ethnie Antemoro, dont la capitale historique est
Vohipeno. Antemoro signifie "gens du rivage". Cette ethnie est en effet omniprésente sur la
côte du Fitovinany. Son origine remontrait au 16ème siècle, lors de l'arrivée de migrants
islamisés (FAUROUX et al., 2005).
L'intérieur est dominé par les Tanala (ou Antanala), qui signifie "gens des forêts". En effet, ils
se sont installés dans les zones de forêts primaires, et vivent actuellement dans les forêts
secondaires entre la falaise et la zone côtière. Ils pratiquent traditionnellement la culture de
défriche-brûlis.Aux environs de Farafangana, on trouve les deux ethnies Antefasy et Zafisoro.
Les Antefasy ("gens du sable") ont pour capitale Farafangana et occupent la frange littorale
du Nord de l'Atsimo Atsinanana. Les Zafisoro ("descendants de Soro") forment une petite
ethnie répartie sur seulement dix communes rurales de l'Atsimo Atsinanana. Ils sont parfois
considérés comme un sous-groupe des Antesaka qui vivent dans la partie septentrionale du
Sud-Est. La multiplicité des ethnies, avec les différentes traditions que cela implique peut être
un frein à la diffusion des techniques agricoles proposées par les projets de développement.
Les techniciens agricoles et sociaux-organisateurs ne sont généralement pas originaires du
Sud-Est, et doivent s'adapter aux différences inter-ethniques.
La mission évangélique "Joshua project1", qui a recensé un grand nombre de groupes
ethniques à travers le monde, estime les populations suivantes pour chaque ethnie :
Aubert et Fouilleron (2006) ont fourni un historique agraire du Sud-Est assez précis, en
s'appuyant sur leurs enquêtes et les travaux de Chabierski et Rossard (2001) ainsi que Lentier
et Martin, (2004). Les paragraphes suivants sont en grande partie tirés de leur mémoire. Le
tableau synthétique est inspiré de Blanc-Pamard et Ruf (1992), qui ont repris Bied-Charreton
(1972).
10
parcelle que pour la récolte, entre avril et juin. Les cultures vivrières sont situées sur les
tanety. Ces zones sont cultivées pendant deux ou trois ans puis laissées en friche jusqu’à
reconstitution d’un couvert forestier arbustif. Sous l’effet de l’accroissement démographique,
les aménagements de rizières s’étendent progressivement vers les plaines.
11
250,00 1200000
1000000
800000
150,00
600000
100,00
400000
50,00
200000
0,00 0
77
79
81
83
85
87
89
91
93
95
97
99
01
03
05
07
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
20
20
20
20
prix exportation
Figure 4 : Évolution du prix et des volumes exportés par Madagascar depuis 1977 (OIC, 2009)
La croissance démographique accentue au cours des années la pression sur la terre, obligeant
les paysans à étendre toujours plus les surfaces cultivées. Le riz, qui couvrait déjà la quasi-
totalité des basses zones alluviales, s’étend sur des terres difficilement aménageables dont le
potentiel productif est plus faible. Parallèlement, le mode de transmission des terres implique
une diminution de la surface agricole disponible (et notamment de la surface rizicole) par
famille nucléaire.
Au sein des villages, l’accroissement de la population et la pression progressive sur les terres
de tanety entraînent l’éclatement des familles dans l’espace. Sous l’autorité du père, l’aîné
quitte le foyer pour mettre en valeur une parcelle de tanety inhabitée et située à quelques
kilomètres du village. Il développe alors une nouvelle exploitation ou kombohitry dans
laquelle il implantera des cultures vivrières et des cultures de rente, et dont les produits seront
réunis à ceux du tranobe, maison du père. Historiquement la pratique du kombohitry est à
l’origine de la création de plusieurs « nouveaux » villages puisqu’il permet d’atténuer la
pression sur les terres dans les zones où il existe encore des parcelles non appropriées.
Certaines familles quittent également le village pour s'établir sur des terres à l'écart, afin
d'échapper à la pression sociale du village (Blanc-Pamard, Ruf, 1992). Cependant, ce
mouvement de migration de courte distance n’est pas l’unique moyen pour diminuer la
pression sur les terres : certains fils migrent temporairement vers les villes pour y chercher du
travail. Ce dernier mouvement s’est également développé, en réponse à la nécessité pour la
famille de trouver des sources de revenus extérieurs venant compléter les revenus agricoles et
ainsi assurer la subsistance.
Ainsi, au cours des dernières décennies, la combinaison de la baisse du prix des produits
agricoles commercialisés, de la réduction des surfaces cultivées par foyer et de l’irrégularité
de la production liée aux aléas climatiques, a provoqué une dégradation générale des
conditions de vie des paysans de la région.
La figure suivante schématise la dynamique agraire du Sud-Est et l'évolution des paysages.
12
Avant Collines couvertes de forêts Très faible densité de population
XVIIeme
XVIIeme Premiers défrichements (?)
Rapide destruction et disparition de la forêt
qui semble très fragile
Les tanety déforestées deviennent très
difficiles à cultiver
XVIIeme Déploiement des populations vers les vallées Conflits entre groupes ethniques
alluviales qui deviennent de véritables enjeux, pour l’appropriation des terres
à en dépit des risques d’inondation alluviales
XIXeme Appropriation sous forme de
rizière par l’aménagement
XXeme Introduction du café, (re ?)conquête agricole
des collines grâce au café, aux arbres
d’ombrage, complétés d'arbres fruitiers et de
haies vives d'Eucalyptus (protection des
cultures contre le bétail)
À partir Tendance bocagère Appropriation des terres de
de 1930 collines par l’arbre
Intensification des rizières de vallée par la Dispersion accrue de l’habitat
mise en place de la double culture permise par, ou incitant à, une
émancipation de l’individu par
Occupation de plus en plus poussée des tanety rapport au groupe social
par et pour le café et le manioc
1990 Extensification de la caféiculture liée à la Densité de population élevée
baisse du prix de vente du café ; reconversion
partielle des plantations en cultures vivrières
Pression démographique sur les terres de
rizière et sur les tanety de meilleure qualité
pour la production vivrière
Figure 5 : Histoire agraire et évolution des paysages dans le Sud-Est de Madagascar1
Le tableau suivant, inspiré par un rapport Inter Aide2, fait la synthèse des contraintes et
opportunités dans le Sud-Est.
1
Schématisation du processus par Blanc-Pamard et Ruf 1992, à partir de l'histoire agraire décrite et analysée par
Bied-Charreton, 1972, p136-140, actualisée à partir de Aubert et Fouilleron, 2006.
2
Evaluation du projet d’irrigation et developpement rural dans l’arrière-pays de Manakara – Madagascar, Mai
2006
13
Tableau 2 : Synthèse des contraintes et opportunités dans le Sud-Est
Climat tropical humide favorable à de nombreuses cultures.
Opportunités
Diversité de féculents de substitution au riz (manioc, patate douce, jaque, fruit à pain)
facilitant la période de soudure. Des problèmes de malnutrition sont tout de même à
noter.
Présence de Tiavo depuis 2003, ONG de micro-crédit.
Pression démographique élevée, entraînant une diminution des surfaces par famille et
une certaine émigration.
Contraintes
générales
Enclavement de nombreux villages, d'où de faibles prix de vente des produits et coût
d'achats des produits élevés.
Pratique d'usure dans les villages, ce qui affaiblit les plus démunis.
Forte influence, parfois négative des ampanjaka en terme d'organisation sociale.
Ces opportunités et contraintes sont générales à toute la région du Sud-Est, cependant ils en
existent d'autres localement. La partie suivante présente chaque zone d'enquête de façon
détaillée.
14
4 FOCUS SUR NOS ZONES D’ETUDE : TROIS ZONES DIFFERENCIEES DANS LE
SUD-EST
Figure 6 : Carte des zones d’intervention de BVPI dans la région Sud-Est (BVPI, 2007)
Nos zones d’enquêtes étaient situées dans les districts de Manakara, de Vohipeno et de
Farafangana. Une planche de photos en Erreur ! Source du renvoi introuvable. illustre
chaque zone.
Dans le district de Manakara : deux zones différenciées dans des milieux similaires
Ambodivoangy et Vohimary
Ces deux villages voisins à l’habitat dispersé sur les tanety bordent un même vaste bas-fond,
appelé Tsitodimbitro. La plupart de nos enquêtes ont eu lieu à Ambodivoangy.
Bas-fond
drainé de
Tsitodimbitro
15
ha. La pression foncière qui régnait avant le drainage n’est donc plus d’actualité et la terre
n’est pas limitante. Les exploitations sont grandes pour des exploitations malgaches, dont la
superficie moyenne nationale est de 0,87 ha d’après le recensement de 2005. Sur 15
exploitations, la moyenne est de 3,3 ha, avec des superficies entre 0,71 et 8 ha. Ces données
demandent cependant à être vérifiées vue l’imprécision évidente du dire d’acteur concernant
les surfaces. Le diagnostic terroir1 effectué par le technicien agricole SD Mad donne une
superficie moyenne par exploitation de 4,85 ha. On peut tout de même noter que certaines
parcelles du bas-fond ne sont pas entièrement cultivées faute de temps ou de moyens
matériels. Les agriculteurs concentrent donc leur surface agricole utile sur les parties du bas-
fond les mieux drainées.
Les rizières de ce bas-fond sont toutes des RIA, rizières à irrigation aléatoire : le drainage
n’est pas optimal et les cultures de contre-saison souffrent d’un manque d’eau. Les sols sont
pauvres et certaines zones présentent une toxicité en fer. Les agriculteurs sont dans
l’ensemble peu satisfaits de ce bas-fond, d’autant plus qu’ils se sentent impuissants contre les
inondations et la sécheresse. Ils souhaitent avoir accès aux engrais chimiques par le biais de
SD Mad, mais n’en ont bien souvent pas les moyens. Ils se méfient de l’emprunt, en
particulier les plus pauvres qui ont peu ou pas de fonds de garantie.
Les agriculteurs qui ont le capital disponible utilisent des engrais : NPK, urée, même sur les
parcelles du bas-fond pour le riz de saison, pour essayer compenser la pauvreté des sols. Les
sols de tanety sont dégradés; certains paysans y épandent de la dolomie, sur les conseils des
techniciens. L’engrais va en priorité au riz.
Avant le drainage du bas-fond, l’impossibilité de cultiver deux saisons de riz avait incité au
développement du riz pluvial précoce, le « riz de septembre » (cycle de septembre à
décembre). Même aujourd’hui, le vary hosy, qui manque d’eau, n’est pas systématique. Le
projet diffuse la culture du niébé en contre-saison de riz. L’ONG TAFA possède une
collection expérimentale de plusieurs variétés de niébé dans ce bas-fond. Cette légumineuse
est plus rustique que le haricot et restaure la fertilité des sols (TAFA). Les adoptants en sont
satisfaits, le niébé pouvant aussi être consommé ou vendu. Même si des riz poly-aptitudes
comme les Sebotas (Erreur ! Source du renvoi introuvable.) sont introduits sporadiquement
par les techniciens du projet, les variétés locales traditionnelles constituent la majorité des
variétés utilisées en riziculture.
L’écobuage est peu répandu mais des démonstrations sont effectuées par SD Mad. Même si la
récolte n’avait pas encore eu lieu lors de notre passage, le niébé après écobuage était
visiblement bien plus développé que sur la partie de la parcelle non-écobuée. L’écobuage bien
maîtrisé permet de fertiliser les sols grâce aux cendres. Les résultats observés par TAFA dans
le Sud-Est abondent dans ce sens, en constatant de meilleurs rendements durant les quelques
années après l’écobuage. Utilisé trop fréquemment, il peut cependant dégrader les sols et
nuire à la micro-faune. Des essais sur tanety précédant la culture du manioc sont menés à
l’échelle de la parcelle par certains paysans, mais cette pratique n’est pas encore développée
largement. L’écobuage n’est pas encore massivement adopté dans cette zone, en raison de la
forte mobilisation en main-d’œuvre et de la haute technicité qu’il nécessite. Il sera intéressant
d’en voir l’évolution, qui dépendra des résultats observés chez les quelques adoptants. Il nous
semble toutefois peu probable que l’écobuage soit définitivement adopté.
L’atout principal de cette zone est la proximité de Manakara, située à 7 km. La route nationale
goudronnée, relativement proche, offre un bon accès au marché de Manakara et les collecteurs
1
La réalisation des diagnostics terroir a été mise en place par le GSDM (Groupement Semis Direct de
Madagascar). Ces diagnostics ont lieu à l'échelle du finage villageois avec pour but de définir les principales
unités morpho-pédologique en relation avec les systèmes culturaux pratiqués. Ils fournissent aussi des données
foncières et socio-économiques du village.
16
se déplacent régulièrement jusqu’à eux. De ce fait, les agro-forêts sont développées et presque
toutes les productions sont vendues : café, litchi, girofle, banane, vanille, mangue, agrumes, et
même jaque. La canne à sucre est aussi mise en valeur par la vente de toaka gasy, alcool
artisanal de canne à sucre très consommé par les populations locales. Les produits vendus ont
pour débouchés le marché local, national, voire international (vanille, litchis, girofle…)
Le tableau suivant montre l’importance de l’agro-forêt et de la canne à sucre dans le périmètre
de Tsitodimbitro. Les calculs sont effectués sur treize exploitations pour l’agro-forêt, et cinq
pour la canne à sucre.
Les tableaux ci-dessus montrent que l'agro-forêt peut revêtir une grande importance dans la
génération d'un revenu, parfois près de 100%. A Tsitodimbitro en particulier, les agro-forêts
et le toaka gasy représentent respectivement 37,1% et 2,5 % du volume des ventes de toutes
les exploitations enquêtées, contre 27,8% et 1,4% pour l'ensemble des cinq zones.
Les tanety sont principalement valorisées par du manioc. La couverture des parcelles de
manioc par du brachiaria ou du stylosanthes en SCV est une technique que les paysans
adoptent volontiers. Ses objectifs sont la restauration de la structure et de la fertilité des sols et
la protection contre l’érosion. On peut invoquer plusieurs raisons à cette réussite. D’abord, les
agriculteurs sont conscients que les sols des tanety sont dégradés et peu fertiles. Ensuite, la
surface disponible est vaste donc les paysans peuvent installer une plante de couverture tout
en continuant le manioc traditionnel sur une autre parcelle. Enfin, l’installation de cette
couverture du sol n’occasionne pas de frais, les semences étant fournies gratuitement par le
projet. Les paysans se déclarent satisfaits du résultat, ayant observé l’augmentation des
rendements de manioc, mais il serait intéressant d’étudier plus précisément l’influence des
plantes de couverture sur ces rendements.
Le stylosanthes n’est pas utilisé comme pâturage pour les zébus de travail car SD Mad, à des
fins commerciales, rachète les semences aux paysans et ceux-ci n’ont pas le reflexe de
récolter du fourrage. Cependant, le débouché créé par SD Mad ne durera peut-être pas après la
fin du projet BVPI.
17
Les agriculteurs sont regroupés en cinq organisations paysannes et sont membres de
l’Association des Usagers du Drain, qui gère les aménagements hydriques.
Canal de
drainage
Soamiadana et Soatanana
Commune
de Bekatra
18
La caractéristique de cette zone est que les rizières y sont irriguées. Encadrées par des collines
aux fortes pentes, elles collectent les eaux de ruissellement des tanety, riches en éléments
fertiles, et bénéficient d’une bonne maîtrise de l’eau. Les rendements sont bien meilleurs que
dans les RIA (RASOANAIVO, RANDRIANARISOA, BEAUVAL, 2006).
Ces deux villages font partie de la grande commune rurale de Bekatra à deux heures de piste
de la route nationale. Cette longue distance sur une piste étroite parsemée de ponts en état
médiocre offre un prétexte aux collecteurs pour acheter les productions à des prix dérisoires.
Ainsi, dans la première zone, les 15 kg de litchis sont vendus pour 1500 Ar aux collecteurs,
alors qu’à Bekatra, leur prix est de 800 Ar.
Bekatra est un bourg d’importance suffisante pour avoir un guichet TIAVO, ce qui facilite
l’accès au crédit. Malgré cette proximité, peu de paysans enquêtés ont souscrit à cette IMF.
La zone a déjà été couverte par un projet Inter Aide (1994 : projet hydro-agricole; 1998 :
projet de développement agricole portant sur la riziculture; 2000 : réhabilitation des micro-
périmètres irrigués.). BVPI y intervient depuis 2006. L’opérateur AVSF y a travaillé avec la
plupart des paysans, qui ont quasiment tous déjà mis en place des techniques comme
l’installation d’arachis sous les caféiers. L’agent technique, paysan relais entre SD Mad et les
agriculteurs, est très actif et favorise leur diffusion, même si les agriculteurs ne comprennent
pas toujours leur effet sur les cultures ; ils ont simplement confiance en lui. Trois
organisations paysannes existent et pratiquent le SRA, Système de Riziculture Améliorée, sur
les rizières irriguées : fertilisation de la pépinière avec de la poudrette de parc, repiquage en
ligne des plants jeunes (15 à 20 jours), 1 ou 2 sarclages à la sarcleuse. Les trois groupements
ont d’ailleurs des sarcleuses en commun que les membres peuvent utiliser gratuitement. Sur
les tanety, les organisations de producteurs pratiquent le manioc associé avec des plantes de
couverture, la mise en place de riz pluvial en semis direct après SCV de manioc-stylosanthes,
la culture du pois de terre paillé. La diffusion fonctionne d’autant plus que le foncier est loin
d’être saturé, beaucoup de terres de tanety étant encore libres à ce jour.
T a n e t y Vallée étroite : RI T a n e t y
19
Figure 10 : Transect des villages de Soamiadana et de Soatanana (district de Manakara)
500 habitants sont ici groupés au bord d’une rivière qui sépare les habitations d’une vaste
plaine rizicole.
La piste d’accès à Ampasimasay a été construite seulement en 2005 et le village n’a encore
connu aucun projet de développement. BVPI n’y intervient que depuis août 2008, soit deux
mois avant nos enquêtes. On ne peut donc pas encore observer de résultats du projet, car la
diffusion des techniques ne fait que commencer. Une organisation paysanne a été créée afin
de faciliter la diffusion des messages du technicien agricole ; elle n’est pas encore axée sur un
thème particulier.
Ampasimasay
Figure 11 : Localisation du village d’Ampasimasay (BVPI)
20
contrainte ? Enfin, ce village est encore fortement ancré dans les traditions de l’ethnie
Antemoro. Les règles sociales y sont très marquées, comme par exemple l’interdiction
d’élever ou de consommer du porc. Mais sa grande cohésion interne encourage une vie très
communautaire : l’entraide villageoise est importante pour tous types d’activités.
Ampasimasay
Cultures Vato mandry Pêche Tubercules (manioc, Agroforesterie : 1. Manioc Vato mandry et
(riz de saison) patate douce) ; café, banane, vary hosy (2
2.Non
maraîchage sur les rives agrumes cultivé saisons de riz)
Faible mise en valeur
(30% des surfaces)
Mahazoarivo
Ce village surplombe un périmètre irrigué par les eaux de retenue d’un barrage construit
en 2002. Malheureusement, la sécheresse de ces deux dernières années a limité l’alimentation
en eau des rizières qui ont produit avec de faibles rendements.
21
Mahazoarivo
Jusqu’à 2007, le projet PSDR1 opérait dans le village. BVPI est présent à Mahazoarivo
depuis fin 2006. Une organisation paysanne a été formée en août 2008 et pratique le SRA. Le
crédit est encore inexistant, du fait notamment de l’absence d’IMF proche. La plus proche est
la TIAVO à Farafangana.
Nous avons rencontré ici pour la première fois des familles riches, de grands propriétaires
terriens dégageant un revenu agricole élevé. Ces agriculteurs louent des terres aux paysans qui
en manquent et prêtent de l’argent avec intérêt à leurs voisins. Ils emploient beaucoup de
main d’œuvre salariée au sein du village, constituant une source de revenu non négligeable
pour les paysans qui ont peu de terres. Certains exploitants enquêtés tiraient l’essentiel de leur
revenu du salariat agricole.
Les débouchés sont variés pour les productions : deux marchés villageois sont secondés par le
marché plus important de la commune d’Evato, à une heure de marche du village. Enfin,
Farafangana est le point de rencontre avec les collecteurs de café et de fruits, mais il faut 24
heures de pirogue pour y parvenir. Cette distance défavorise les échanges au profit de
l’autoconsommation, même du café.
Le café, la girofle, le litchi et la banane sont les principales cultures pérennes de rente. Le
maraîchage tient une place importante dans les revenus de certaines exploitations.
Outre les tanety et les rizières, les habitants de Mahazoarivo distinguent plusieurs milieux.
Nous retiendrons le tazana et le rotsana. Les tazana sont des îlots surélevés au cœur des
rizières, où on cultive de la canne à sucre et de la patate douce principalement. Les rotsana
sont des parcelles à la jointure entre le bas-fond rizicole et les tanety. On y cultive des cultures
pérennes de rente, dont la canne à sucre.
1
Projet de Soutien au Développement Rural. Ce projet se décline en cinq composantes :
- l'appui à des investissements productifs collectifs
- les services d'appui (vulgarisation et formation)
- l'appui aux plans de développement villageois et au renforcement des organisations paysannes ou
associations telles que les usagers de l'eau
- l'appui institutionnel, portant en particulier sur le Plan d'action pour le développement rural et sur
les programmes régionaux, ainsi que sur l'appui à l'analyse et au suivi des politiques de
développement rural, à l'évaluation environnementale et aux statistiques
- et une composante de gestion du projet.
22
Retenue Mahazoarivo
Bourrelet d’eau du Périmètre
Tanety de berge barrage Tanety Tazana irrigué : RIA Rotsana
La
Problèmes Sols pêche Sols Sécheresse,
dégradés est dégradés faibles
illégale rendements
Habillage par
Solutions Habillage par Diffusion
brachiaria ou
mises en brachiaria ou du SRA
stylosanthes
oeuvre stylosanthes
en SCV ;
en SCV
Arachis sous
les pérennes
23
Bekaraoka
Bekaraoka
Ce village difficilement accessible bénéficie depuis 2002 d’un barrage de retenue des eaux
pour l’irrigation des rizières. Près de 300 personnes sont membres de l’Association des
Usagers de l’Eau qui gère cette ressource. En bonnes conditions de précipitations, la rive
droite est bien alimentée mais la rive gauche manque d’eau. Malheureusement, depuis deux
ans, la sécheresse sévit et toutes les rizières sont victimes de retards et de rendements
catastrophiques. On ne peut donc pas parler ici de rizières irriguées mais bien de RIA.
« Bekaraoka » signifie « beaucoup de roches », dénomination due à ses terres caillouteuses à
mise en valeur difficile. Les sols de tanety sont ici aussi peu fertiles et sujets à un risque
érosif.
La piste d’accès à Bekaraoka, situé à 16 km de la route nationale non goudronnée, est en
mauvais état, impraticable en véhicule lors de la saison des pluies. Cette contrainte décourage
les collecteurs qui ne se déplacent pas jusqu’au village. Pour vendre leurs productions, les
agriculteurs doivent souvent se rendre à Farafangana, située à plusieurs heures à pied ou en
pirogue. A Farafangana se trouve également la plus proche IMF, TIAVO. Le crédit est donc
utilisé de façon anecdotique.
Le projet BVPI est présent depuis 2006. Une organisation paysanne s’est développée et se
concentre sur l’introduction du SRA ou parfois simplement du repiquage en ligne. Les
hommes sont surtout demandeurs d’outils pour améliorer leurs conditions de travail. Pour
l’instant, ils ne sont pas convaincus par le SCV, considéré comme un travail pénible et dont
les résultats n’ont pas été concluants. Les systèmes introduits sont le SCV manioc/plantes de
couverture et la culture du pois de terre.
24
Bekaraoka Retenue
d’eau du
T a n e t y Périmètre irrigué : RIA barrage
25
Nous avons donc enquêté des exploitations dans cinq zones différenciées, présentant chacune
des atouts et des contraintes variées. Cependant, une certaine unité des pratiques agricoles
existe. C'est pourquoi il est possible d'établir une typologie transverse à tout le Sud-Est.
Le matériel : une agriculture peu mécanisée, pas motorisée et sans traction animale
De manière générale, l’agriculture est très peu mécanisée dans le Sud-Est. Cela est
probablement dû à une conjonction de raisons, comme l'abondance de main d'œuvre, le faible
nombre de zébus, et la pauvreté de nombreux ménages qui n'ont pas les moyens d'investir
dans du matériel. Le matériel se résume à l’angady (bêche), l’antsibe (machette), et l’andsim-
bary (faucille). Les bœufs sont utilisés uniquement pour le piétinage des terres : il n’y a pas de
traction attelée. Ainsi, le labour s’effectue à l’angady, scène typique des paysages malgaches.
Le désherbage se fait le plus souvent à la main, l’introduction de la sarcleuse étant très
récente. Les temps de travaux à l’hectare sont donc parfois élevés pour une opération culturale
donnée.
La motorisation n’est pas envisageable, les paysans n’ayant pas le capital pour acheter des
machines et du carburant (RAZAFINDRAKOTO, RAKOTONARISOA, 2007, p22).
26
récemment, en partie sous l’impulsion du projet. Certains des agriculteurs encadrés par le
projet débutent dans cette technique économique de fertilisation.
Les engrais chimiques achetés sont le NPK et l’urée. Conseillés par le projet, ils sont
cependant trop coûteux pour la plupart des paysans. Le projet a mis en place un
préfinancement (voir en Erreur ! Source du renvoi introuvable.) qui est suivi d’un taux de
remboursement trop faible.
Les insecticides coûtent aussi trop cher. Seul le Décis est utilisé couramment : il est utile sur
les cultures maraîchères, sensibles aux insectes.
27
Les agriculteurs empruntent parfois de l’argent à leurs voisins ou à leur famille, rarement aux
institutions financières dans lesquelles ils n’ont pas confiance. Les emprunts familiaux sont
souvent à taux d’intérêt nul, alors que les taux des emprunts usuriers sont généralement de
100%. Le remboursement de ces emprunts est effectué lors de la vente de la production
agricole. Parfois, les ménages ne parviennent pas à rembourser. Dans ce cas, certains doivent
céder leurs rizières à leur créancier… (RASOANAIVO, RANDRIANARISOA, BEAUVAL,
2006, p51)
On compte trois principaux types de spéculations agricoles dans le Sud-Est malgache :
Le riz est la base de l’alimentation malgache, consommé aux trois repas de la journée. Il est
aussi un élément culturel très important ; beaucoup de paysans nous ont affirmé aimer le
cultiver puisqu’il est pour eux le « sang » malgache. Tous les agriculteurs exploitent donc des
surfaces rizicoles.
On distingue plusieurs types de rizières. Les rizières irriguées (RI) sont des rizières dont les
systèmes d'irrigations sont maîtrisés et assurant ainsi une bonne disponibilité en eau pour
toute la durée de la culture. De fait, les rendements sont en général assez constants au fil des
ans. Les RIA, rizières à irrigation aléatoire sont au contraire des rizières dont la qualité de
l'irrigation varie selon les périodes. Elles peuvent pâtir d'un déficit hydrique, ou au contraire
d'un excès d'eau. Ces deux problèmes peuvent affecter la même RIA à différents moments.
Certaines années, si les conditions sont bonnes, les RIA peuvent recevoir la bonne quantité
d'eau. Les rendements sont donc assez variables d'année en année, ils peuvent être très faibles
comme très bons, selon les conditions. RI et RIA sont donc deux cultures du riz inondées. Le
riz pluvial (RP), moins fréquent, est cultivé sur les tanety et n'est arrosé que par les pluies. Les
rendements sont en général plus faibles qu'en riz inondé.
La faiblesse générale des productions de riz que l'on a constaté dans le Sud-Est le destine en
premier lieu à l’autoconsommation : les rendements moyens de paddy sont de l’ordre de 1 t/ha
à 1,5 t/ha, et généralement inférieurs à cette moyenne dans les RIA (ROR, 2006). Du fait,
d’une part de ces faibles rendements, et d’autre part de sa valeur sociale, le riz se vend à des
prix élevés qui fluctuent au cours de l’année. Ainsi, après la récolte, on l’achète à 875 Ar/kg
de riz blanc, alors qu’en période de soudure il peut atteindre 1225 Ar/kg.
28
Figure 17 : Évolution du prix national moyen du riz blanc et du paddy (PAM, 2007)
La région du Sud-Est a une caractéristique favorable à la culture du riz : les températures sont
chaudes toute l’année et permettent la culture de deux saisons de riz, ce qui est impossible sur
les Hautes Terres (MAEP, 2009). La saison principale, le riz « vatomandry », se déroule de
janvier à mai (du repiquage à la récolte). La contre saison, le riz « vary hosy », s’étend de juin
à novembre. Les deux saisons sont en général cultivées sur les mêmes parcelles
successivement.
VM
VH
Les semences sont la plupart du temps issues de la dernière récolte, qu’elles soient
autoproduites, empruntées ou achetées au sein du village.
Le riz est d’abord semé sur une pépinière. La pépinière est le plus souvent séparée de la
rizière, c’est une petite parcelle de quelques mètres carrés où les jeunes plants sont conservés
de deux semaines à deux mois. Les pépinières de vatomandry sont parfois en bas de pentes ou
rotsana.
La préparation du sol de la parcelle consiste en une fauche, un labour à l’angady et une mise
en boue par piétinage des zébus, accompagnée parfois d’une inondation artificielle. Ce travail
29
est exclusivement réservé aux hommes, ce qui lui confère une valeur symbolique en tant que
fierté des agriculteurs malgaches (CAZALAS, 2007, p59).
Le repiquage, en revanche, est traditionnellement effectué par les femmes. L’entraide entre
paysans ou l’emploi de femmes à la journée permet de repiquer les plants en un temps limité
avec jusqu’à vingt salariées à la fois. La date de repiquage varie en fonction du climat (arrivée
plus ou moins tardive des pluies par exemple). Le repiquage peut se faire sur des plants âgés
de deux mois voire plus, ce qui limite le tallage et donc diminue le rendement.
Le sarclage est le plus souvent un désherbage à la main. Il n’est pas forcément effectué pour
le vary hosy, mais il est important pour le vatomandry, car les mauvaises herbes poussent
mieux en saison des pluies (RAZAFINDRAKOTO, RAKOTONARISOA, 2007, p19).
La récolte est concentrée sur deux semaines pour chacune des saisons. Le battage est effectué
immédiatement. Le riz est stocké sous forme de paddy à l’intérieur des maisons ou plus
rarement dans des greniers à riz, surélevés par rapport au sol pour placer les stocks hors
d’atteinte des rats. Les rats et l’humidité causent parfois de légères pertes lors du stockage.
Dans certaines zones, les paysans stockent le riz sous forme d’épis, et le battage s’effectue au
fur et à mesure de la consommation.
Le riz aquatique est soumis à une très forte contrainte : il est tributaire des ressources en eau.
Or, il est très difficile de maîtriser l’eau sur les surfaces agricoles du Sud-Est. Les plaines sont
régulièrement inondées par les crues en saison des pluies. Le drainage mis en place sur ces
bas-fonds n’est pas toujours optimal, asséchant les rizières pour le vatomandry. Dans les
montagnes, les fortes pentes délimitent des vallées étroites, ce qui restreint la surface irrigable
(MAEP, 2003, p38). Enfin, des barrages pour retenir l’eau mis en place dans le district de
Farafangana sont peu efficaces à cause de la sécheresse survenue ces deux dernières années. Il
y a donc deux problèmes distincts dans le Sud-Est : sur certaines parcelles, un manque de
drainage efficace, et sur d’autres, la difficulté d’irriguer.
Le vary hosy est donc soumis à la sécheresse, alors que le vatomandry est touché par les
inondations (RAZAFINDRAKOTO, RAKOTONARISOA, 2007, p19-23). La plupart des
rizières sont ainsi des RIA aux rendements faibles et irréguliers selon les années. La
production rizicole n’est pas du tout sécurisante pour les ménages. Certains exploitants nous
ont ainsi précisé que leurs rendements varient parfois du simple au double d’une année à
l’autre. Dans ces conditions, l’introduction de nouvelles techniques agricoles perce
difficilement. Le préalable à leur réussite est une bonne maîtrise de l’eau.
Les techniques qui sont introduites sont : l’utilisation de variétés poly-aptitudes qui sont donc
plus tolérantes à la sécheresse (FOFIFA 154, Sebota 68, voir Annexe 6), le SRA (Système de
Riziculture Améliorée, voir Erreur ! Source du renvoi introuvable.) et le repiquage des
plants en ligne pour faciliter le travail de désherbage à l’aide d’une sarcleuse.
La culture du niébé en contre-saison de riz sur les parcelles trop sèches pour installer du vary
hosy commence à apparaître dans certaines zones. Elle permet de restaurer la fertilité des sols
sans utiliser d’intrants, puisque le niébé est une légumineuse, tout en donnant un produit que
les ménages peuvent consommer ou vendre selon leur choix.
Les opérateurs proposent aussi l’implantation de riz pluvial sur tanety à la suite d’une
association manioc – stylosanthes. Si le manioc est associé avec du brachiaria, on peut
implanter du riz seulement après une culture intermédiaire de légumineuse, le brachiaria étant
une plante « gourmande » (HUSSON, 2006).
30
Les tubercules, aliments de substitution du riz en période de soudure
Le second type de cultures vivrières du Sud-Est, par ordre d’importance, est la culture de
tubercules : le manioc et la patate douce.
Le manioc est cultivé sur les tanety. Les itinéraires techniques sont également simples : le
décapage de la parcelle à l’angady est accompagné de la plantation des boutures de manioc.
Les boutures proviennent de la récolte précédente. La parcelle est ensuite sarclée, le plus
souvent une seule fois, parfois deux fois et rarement trois fois. Le manioc peut être annuel
avec un cycle d’un an, d’août à août. Mais il est aussi cultivé en pluriannuel sur deux ans.
La pratique du manioc itinérant de parcelle en parcelle est assez répandue. Les agriculteurs
changent alors chaque année de parcelle pour cultiver le manioc, afin de laisser la terre peu
fertile se reposer. Cette rotation manioc/jachère est permise par l’abondance des terres de
tanety de mauvaise qualité, où seul le manioc peut être cultivé.
Le manioc est une plante peu exigeante en termes de qualité des sols (MAEP, 2009). Elle est
la seule façon de valoriser les tanety aux sols dégradés et appauvris par la culture sur brûlis.
Elle offre une production constante tous les ans, étant peu sensible aux aléas climatiques et
bénéficiant de températures élevées toute l’année, qui favorisent une croissance rapide. La
récolte s’étend sur plusieurs mois, souvent d’avril à juillet, à raison de plusieurs prélèvements
par semaine, et fournit un aliment de substitution du riz pendant une bonne partie de l’année.
Les tubercules sont ainsi "stockés" dans le sol avant d’être récoltés. Le travail investi dans
cette culture est minime, malgré la difficulté que les paysans peuvent avoir à décaper à
l’angady des sols caillouteux qu’ils ne pourraient pas mettre en valeur autrement. C’est la
raison pour laquelle les Malgaches cultivent beaucoup cette plante, malgré sa faible valeur
sociale : le manioc est considéré comme « l’aliment du pauvre ».
La patate douce est plus exigeante en termes de sols (MAEP, 2009). Elle est cultivée sur de
meilleures tanety que le manioc, et parfois sur des rotsana, langues de terre situées sur les
bas-fonds, en bordure des rizières. Le travail est également minime et la récolte s’étend sur
deux mois à trois mois. Elle est plus facilement vendue que le manioc et peut devenir une
culture de rente pour certaines exploitations.
L’itinéraire technique de la patate douce est similaire à celui du manioc. Le cycle s’étale sur
quatre mois, de mai à août, la récolte pouvant durer jusqu’à octobre. Elle est parfois cultivée
sur les pépinières de riz vatomandry.
Le projet diffuse un système SCV basé sur la plantation de brachiaria ou de stylosanthes en
couverture du sol avant la culture du manioc. La plante de couverture n’est pas détruite avant
la plantation du manioc. Cette technique permet d’améliorer la structure des sols de tanety et
de limiter les risques érosifs à travers les réseaux racinaires de ces plantes de couverture. Le
31
stylosanthes améliore la fertilité des sols et permet l’implantation d’un riz pluvial après son
association avec le manioc (HUSSON, 2006).
Tous les ménages du Sud-Est possèdent quelques arbres fruitiers qu’on pourrait qualifier de
sauvages. Ils ne sont pas entretenus spécifiquement. La récolte est plutôt une cueillette
coordonnée aux besoins et envies du ménage. Ces arbres sont en général associés avec les
cultures pérennes de rente. Parmi ces arbres, on peut citer les manguiers, jaquiers, arbres à
pain… Certains de ces fruits, gros et abondants, comme le jaque, sont utilisés comme aliment
de substitution au riz en période de soudure.Le projet ne propose pas de recommandations
techniques sur les cultures pérennes et fruitières.
L’importance de l’agro-forêt
Ces cultures ont longtemps constitué la principale valorisation des terres de la région, avec
pour exemple frappant la culture du café. Cette prédominance était due à une adaptation au
relief marqué du Sud-Est et aux types de surfaces aménageables. Le climat tropical humide
favorise particulièrement les cultures de café, d’épices, et de fruits destinés à l’exportation. La
culture de café a connu son essor pendant la période coloniale, et est pratiquée aujourd’hui par
tous les exploitants possédant des agro-forêts. Manakara était alors un port d’exportation situé
sur le canal des Pangalanes et offrait un débouché à proximité (MAEP, 2003). En 1999, 43%
de la surface cultivée dans le Sud-Est étaient occupés par des agro-forêts de rente (MAEP,
2003).
Les cultures pérennes de rente les plus courantes sont le café, certaines épices (vanille, girofle,
poivre), le litchi et la banane. On peut y ajouter la canne à sucre, dont le cycle de production a
une durée supérieure à cinq ans, et qui est donc considérée comme une culture pérenne. Elle
joue un rôle important à travers sa distillation en toaka gasy, boisson indispensable au bon
déroulement des évènements sociaux traditionnels. Le toaka gasy se vend à un bon prix et est
une bonne source de revenu. D’autres fruits sont aussi commercialisés mais en plus faible
mesure, comme les agrumes (MAEP, 2003).
La vocation première de ces cultures est la vente, à part en ce qui concerne les bananes, qui
sont aussi fortement autoconsommées. Des collecteurs sont en place pour écouler les
différentes productions, surtout pour le café et les litchis, destinés à l’exportation. Les autres
débouchés sont les boutiques locales ou les marchés hebdomadaires.
Plantées il y a plusieurs dizaines d’années, ces agro-forêts sont vieillissantes. La performance
des exploitations du Sud-Est dans ce domaine a diminué constamment depuis l’Indépendance,
la logique productiviste des colons ayant laissé la place à une activité de collecte sans
investissement (MAEP, 2003). Les plantations se maintiennent à une échelle familiale et sont
un mélange d’espèces peu ordonné. Leur entretien se limite à un sarclage annuel et parfois à
une taille sommaire, qui est peu habituelle. Les caféiers souffrent de l’ombrage des grands
arbres fruitiers (litchis, manguiers). Les productions sont donc particulièrement faibles dans la
majorité des cas ; en 1999, elles s’élevaient à 300 kg/ha (MAEP, 2003). De plus, pour limiter
l'investissement en travail, les paysans réduisent le nombre de passages et récoltent les cerises
en égrappant les branches, sans distinguer les cerises matures et immatures. Le café produit
(robusta) n'est donc pas un café de grande qualité, et est peu valorisable à l'exportation.
On peut ajouter à cela que les infrastructures de transport sont défectueuses. Il est difficile
pour les paysans, qui se déplacent à pied, d’acheminer leurs productions vers les marchés. Ils
32
vendent donc aux collecteurs qui se déplacent jusqu’aux villages, mais qui prétextent la
distance parcourue pour diminuer drastiquement les prix au producteur. Cette baisse de prix
n’incite pas les paysans à valoriser au mieux leurs cultures pérennes de rente. Ils maintiennent
tout au plus le système sans l’améliorer (MAEP, 2003, p61). Si aujourd’hui, les paysans
profitent encore des investissements des générations précédentes sur l’agro-forêt, on peut
toutefois s’inquiéter quant à l’avenir de cette activité, si aucun renouvellement du matériel
végétal n’est effectué.
Toutefois, la culture du café, des épices (vanille, poivre, girofle) et des fruits (litchis, bananes,
agrumes) est une véritable opportunité pour les paysans du Sud-Est. Elle est peu sensible aux
aléas climatiques. La sécheresse est compensée par l’humidité permanente des sols de l’agro-
forêt. Le passage des cyclones chaque année de janvier à mars provoque rarement de graves
conséquences sur les plantations. Le dernier cyclone ayant causé des pertes notables est
Gretelle, passé en 1997. Ce système de culture est très résilient par rapport aux perturbations
climatiques. Il offre une production relativement constante et sécurisante chaque année.
L’investissement des paysans est faible, puisqu’ils entretiennent peu les arbres et qu’ils
renouvellent rarement les plantations.
La marge brute dégagée par jour est donc élevée : la moyenne sur 18 exploitations agricoles
est de 14,4 kAr/jour. Comparé à un emploi de salarié agricole à 1 ou 2 kAr/jour, les systèmes
agro-forestiers valorisent bien le travail investi.
Ces cultures de rentes présentent également un avantage en matière de trésorerie. D’un côté,
les bananes se récoltent tout au long de l’année, et constituent donc un revenu régulier. D’un
autre côté, le café avec une vente en août-septembre et les litchis en novembre et décembre
constituent une entrée d’argent importante alors que le vary hosy n’est bien souvent pas
encore récolté (le riz de contre saison se récolte de novembre à début janvier selon les
régions). Ces cultures sont donc un atout pour la période de soudure de fin d’année.
(RAKOTONDRAINIBE, J. O., VIDAL-MBARGA, H., 2007).
Ce système a un fort potentiel de développement et est une voie d’essor économique très
intéressante pour l’agriculture du Sud-Est.
Tableau 5 : Synthèse des contraintes et opportunités présentées par les systèmes agrofrestiers.
OPPORTUNITES CONTRAINTES
Milieu physique favorable : climat, sols, surfaces Parfois, cyclones aux conséquences graves sur
disponibles l’agro-forêt
Faiblesse des prix de vente, peu d’infrastructures
Existence de marchés, de collecteurs
de transport
Création de revenu à partir d’un faible
Investissement faible, donc rendements faibles
investissement
Plantations vieillissantes, ombrage des arbres à
Productions sécurisantes : constance, résilience par
litchis sur les caféiers : nécessité d’améliorer l’agro-
rapport aux aléas climatiques
forêt
33
La taille des arbres serait aussi une technique intéressante à introduire, puisqu’elle
augmenterait les rendements de façon certaine (RUF, 1989). Elle est tout à fait envisageable
puisque les exploitations ne manquent pas de main d’œuvre.
L’organisation des producteurs entre eux permettrait de trouver de nouveaux débouchés
offrant de meilleurs prix et de transporter en commun leurs productions.
Il serait sûrement intéressant de profiter du fait que les agro-forêts sont encore productives
pour développer encore plus le conseil auprès des paysans sur ce thème. Ces cultures
présentent déjà certains avantages, sur lesquels il peut être bon de s'appuyer. Elles sont moins
sensibles aux aléas climatiques que le riz par exemple. Les paysans nous ont parus fiers de
leurs productions fruitières, notamment le café, les litchis, la vanille, qui sont pour eux des
cultures nobles, au contraire du manioc par exemple. Les paysans montreraient probablement
de l'intérêt à développer de meilleures agro-forêts, avec par exemple l'introduction de nouveau
matériel végétal ou de nouvelles techniques (taille des arbres…).
34
pour les animaux. Ils passent la nuit dans des parcs à zébus qui sont des enclos à l’extérieur.
Ils sont gardés la journée, généralement par les jeunes enfants du ménage, parfois par des
salariés permanents de l’exploitation. Il n’y a pas de prés : les animaux sont menés sur les
chemins de parcours, où ils se nourrissent, et profitent des résidus de récolte quand c’est la
période. A Madagascar, les organisations de dahalo volent à main armée les zébus, afin de les
exporter vers le continent africain. Mais aujourd’hui, ceci est assez rare dans le Sud-Est. Nos
zones d’enquêtes ne sont plus touchées par les dahalo à ce jour.
La plupart des ménages agricoles pratiquent un petit élevage avicole de subsistance. Les
cheptels sont le plus souvent composés de poules. La vente occasionnelle de poules et
éventuellement des œufs permet de gagner un peu d’argent à n’importe quel moment de
l’année. Les canards sont élevés pour leurs œufs, qui sont vendus plus chers que les œufs de
poule. L’élevage avicole est aussi mené très simplement dans le Sud-Est. On n’y trouve
jamais de poulets de chair, mais seulement des « poules gasy » (poules malgaches), nourries
avec les restes de son du riz et ce qu’elles peuvent trouver autour des maisons. Elles ne sont
pas surveillées et il n’y a pas de poulailler. Elles passent la nuit sous les maisons, qui sont
surélevées par rapport au sol. Les poules sont aussi autoconsommées, notamment pour les
fêtes familiales. Chaque année, les poules sont touchées par des maladies. Elles sont rarement
vaccinées. Il y a aussi beaucoup de vols, ce qui accentue les pertes. Elles sont donc vendues et
consommées assez jeunes, sans être engraissées.
Certains agriculteurs pratiquent une petite apiculture. Cette activité implique très peu de
travail pour le paysan. Les coûts de production éventuels se résument à l’achat de bouteilles
vides pour stocker le miel. Le miel se vend à un bon prix, notamment le miel de litchi,
considéré comme le meilleur miel de la région. Les recettes sont donc intéressantes par
rapport à l’investissement engagé. Le manque d’équipement, de protection et de formation
n’encourage cependant pas l’essor de cette activité.
L’élevage porcin est très rare dans le Sud-Est. Les porcs sont gardés dans de minuscules
porcheries fabriquées en feuilles de ravinala, l’arbre du voyageur. On les nourrit souvent avec
du jaque. Les coûts de production sont donc minimes alors que les porcs se vendent à un bon
prix. Mais l’élevage et la consommation de porc sont souvent « fady » (interdits, tabous) dans
les traditions ethniques. Il est donc difficile de développer cette activité socialement
inacceptable. L’élevage de lapins est encore plus rare. Il n’est pas dans la culture du Sud-Est
d’en consommer. En conclusion, les élevages ne nous semblent pas être des alternatives à
développer pour l’instant. L’élevage laitier, pourtant rémunérateur dans les Hauts-Plateaux
malgaches, n’est pas envisageable du fait d’absence de marchés dans le Sud-Est. L’élevage
porcin semble très intéressant mais il est encore loin d’être accepté socialement.
35
valorisation optimale des surfaces cultivées et des techniques adaptées aux contraintes
sociales et économiques des paysans.
36
En troisième année, il est possible de remettre en culture la parcelle, après avoir tué le
brachiaria avec 1800 g/ha de glyphosate. Sur le mulch ainsi laissé, il est recommandé
d'utiliser des légumineuses comme le niébé ou le pois de terre, avec un apport de phosphore,
car une culture comme le riz pluvial nécessiterait trop d’apports azotés.
Il est également possible d'associer le manioc et le brachiaria après une culture de riz pluvial.
Le manioc est installé en deuxième année, sur couverture vive de brachiaria. Le Brachiaria
ruziziensis est à préférer si la parcelle sera remise en culture (autre que manioc) après la
récolte du manioc, car 1080 g/ha de glyphosate suffiront contre 1800 g/ha pour le Brachiaria
humidicola.
Il existe des systèmes similaires de Manioc + Stylosanthes guianensis.
L'ONG TAFA a obtenu les résultats suivant en 2006, sur sol basaltique riche :
37
à la question "Avez-vous installé des plantes de couverture telles que le brachiaria ou le
stylosanthes?" nous répondaient ainsi " Oui, j'ai mis du stylosanthes sur une petite partie de
tanety, mais c'est presque mort maintenant, parce que les zébus ont presque tout mangé". Le
pâturage se fait par les zébus de n'importe quel voisin qui n'a pas forcément conscience de ce
que sont les plantes de couverture. Il ne suffit donc pas de sensibiliser les paysans du projet à
ce problème, mais il convient de trouver une solution plus générale. On peut par exemple
penser à la mise en place d'un signal visuel aux coins de la parcelle à l'attention des bouviers.
Contre les zébus en vaine pâture, une clôture serait efficace, mais sûrement longue à mettre en
place. Les poules constituent un problème similaire pour l'implantation d’arachis sous les
caféières. Si possible, il est bon de les enclore le temps de l'implantation des boutures.
- Dégâts par le feu : Le brûlis est parfois pratiqué dans le Sud-Est, afin de défricher de
façon rapide et économique. Les paysans ne contrôlent par toujours le feu, et celui-ci se
propage parfois aux parcelles voisines. Nous avons rencontré ce cas sur la parcelle de
démonstration de couverture pure de brachiaria mise en place par le technicien SD Mad dans
le village de Bekaraoka. La même situation nous a été décrite sur du pois de terre paillé par un
paysan de la zone de Bekatra. Ces dégâts par le feu se produisent de la même façon sur les
cultures traditionnelles ; cependant, dans le cas du SCV, ce phénomène anéantit un système
pérenne, le paysan doit donc tout recommencer, ce qu'il n'a pas forcément le courage de faire.
Devant cet échec, il y a de fortes chances qu'il revienne au système de culture précédant la
mise en SCV.
- Utilisation d'intrants : Les systèmes SCV sont conçus pour être assez économes en
intrants. Cependant, dans un contexte où les intrants ne sont presque jamais utilisés, cela
constitue une augmentation des charges opérationnelles. Le glyphosate, principal intrant
préconisé par les SCV mis en place dans le Sud-Est est l'un des plus chers. Les paysans se
méfient de ces dépenses, d'autant qu'elles interviennent au tout début de la culture. La
perspective du crédit est également peu rassurante pour beaucoup d'entre eux. Cependant les
agriculteurs qui en ont les moyens ne voient pas cela comme un vrai problème.
- Technicité des SCV : Les systèmes de culture SCV proposés sont conçus pour
comporter peu d'opérations culturales et pour être assez flexibles au niveau du calendrier.
Cependant, la nouveauté que présentent ces systèmes n'est pas toujours facile à assimiler par
les paysans. Certains ne comprennent pas les tenants et aboutissants du système et suivent
aveuglément ce que disent les techniciens. Tous les paysans ne s'approprient pas bien les
techniques, on peut donc s'inquiéter de ce qui restera après la fin du projet. Cependant la
plupart des paysans ont rejoint le projet récemment, et on peut supposer qu'ils vont gagner en
autonomie. Il est donc important que les techniciens non seulement incitent les paysans à
adopter les SCV qui fonctionnent, mais également leur expliquent les principes de façon
claire, afin de les pérenniser et de rendre les paysans autonomes.
38
techniques suivis, du matériel utilisé. La différence se fait par la réponse à la question : la
production agricole permet-elle la sécurité alimentaire du ménage tout au long de l’année,
sans nécessité d’achat de nourriture ? Ce critère n’est pas toujours facile à estimer, d’autant
plus que nos enquêtes suivent deux années de sécheresse qui ont certainement modifié la
situation d’autosuffisance alimentaire de nombreuses familles. Nous avons considéré que
l’autosuffisance alimentaire est principalement assurée par la production rizicole, laquelle
peut être complétée lors des périodes de soudure par les tubercules tels que le manioc et la
patate douce, où encore par des fruits comme le fruit à pain.
L’autosuffisance en riz est estimée d’après les dires d’acteurs à propos de la production de
paddy, en considérant que la ration moyenne malgache est de 300 kg de paddy par personne
du ménage et par an. En effet, la consommation malgache moyenne annuelle de riz blanc est
de 147 kg par personne. Or il faut 245 kg de paddy pour produire 147 kg de riz blanc (perte de
40% de la masse lors du décorticage). En incluant les pertes et les semences autoproduites, on
obtient cette ration de 300 kg/an. Comme les productions annoncées sont parfois erronées, la
quantité de paddy et de riz blanc achetée chaque année permet de confirmer ou d’infirmer
l’autosuffisance.
La production de paddy de certains ménages se situe entre 250 kg et 300 kg par personne et
par an. Dans ce cas, nous avons pris en compte le recours à des cultures de
substitution autoproduites : manioc, jaque... La production de ces cultures est impossible à
déterminer précisément, les paysans eux-mêmes ne la connaissant pas. Nous savons
cependant la période de consommation des tubercules, ce qui permet d’affirmer que ces
cultures jouent un rôle important dans l’alimentation du ménage. Le seuil de 300 kg de paddy
par personne et par an a donc été abaissé à 250.
Autosuffisance alimentaire (riz et/ou recours aux cultures de
substitution)
Qté paddy produite ≥ 250 kg / personne
En observant les deux groupes ainsi formés, nous nous sommes rendu compte que le
deuxième facteur déterminant est la monétarisation du ménage. En effet, dans le cas
d’autosuffisance alimentaire, les activités du ménage génèrent-elles du capital permettant une
amélioration des conditions de vie voire d’éventuels investissements ? Dans le cas contraire,
le manque de nourriture peut-il être aisément comblé par les achats ? Nous avons considéré
l’ensemble des activités des ménages, qu’elles soient agricoles ou hors exploitation.
L’observation des données a fait émerger le seuil de 60 kAr de produit brut généré par les
différentes activités du ménage par personne et par an. Au dessus, on considère le ménage
monétarisé, en dessous, le ménage ne l’est pas ou peu.
39
Activité génératrice de revenu :
produit brut total ≥ 60 000 Ar / personne du ménage / an
Nous obtenons ainsi quatre types. Cela n’était pas satisfaisant, car ne reflétant pas assez la
diversité des exploitations visitées. En effet, la monétarisation peut être obtenue par différents
moyens, reposant sur des stratégies différentes. Les deux types monétarisés ont été divisés en
trois sous-types suivant ces stratégies. Tout d’abord, le revenu peut être généré en grande
partie par la vente de la production agricole, notamment les produits issus de l’agro-forêt. Le
deuxième sous-type correspond aux ménages tirant leur revenu d’une ou plusieurs activités
hors exploitation, c’est-à-dire non liées à l’exploitation du ménage, comme le salariat agricole
dans d’autres exploitations, la pêche ou bien la vente de vannerie. Enfin, on distingue ceux
dont le revenu provient à la fois de l’activité agricole et de l’activité non-agricole.
Sous-type a : les revenus sont d’origine
majoritairement agricole (vente de
production)
Activité génératrice de revenu :
produit brut total ≥ 60 000 Ar / Sous-type b : les revenus sont d’origine
personne du ménage / an majoritairement hors exploitation
Cependant certaines catégories d’exploitations nous ont semblé ne pas coïncider avec cette
méthode de classement. Nous avons ainsi distingué un type correspondant à des ménages
rencontrés uniquement dans le quatrième village visité, à savoir les grands propriétaires
terriens, entrepreneurs agricoles. De la même façon, nous avons distingué les personnes pour
qui l’activité agricole est secondaire, comme par exemple les instituteurs ou les retraités
militaires revenus vivre dans leur village.
Les paysans enquêtés sont tous classés dans un type en suivant cette méthode. Pour simplifier
le classement, nous avons utilisé la fonction tableau croisé dynamique du logiciel Excel.
Néanmoins, quelques exploitations semblent mal classées d’après l’impression laissée lors de
l’enquête. Les données récoltées comportent donc vraisemblablement des erreurs. Leur
candidature pour faire partie du réseau de fermes de référence a donc été immédiatement
écartée.
40
Grands propriétaires terriens employant beaucoup de main d’œuvre salariée Type 1
Les ménages appartenant au type 1 sont composés d’une famille nombreuse élargie,
comprenant la famille nucléaire, les familles des fils du ménage et les ouvriers agricoles
permanents : au total, 15 à 50 personnes. La ressource potentielle en main d’œuvre est donc
conséquente, mais le nombre de bouches à nourrir est aussi très élevé. La sécurité alimentaire
ne peut donc être assurée que par une production rizicole importante.
Ce type d’exploitation possède une surface rizicole élevée : au moins 5 ha. Dans les cas que
nous avons rencontrés, ces rizières ont une irrigation aléatoire engendrant des rendements
faibles (autour d’une tonne de paddy par hectare à chacune des deux récoltes annuelles). Le
type 1 peut cependant inclure des agriculteurs aux rizières bien irriguées. La faiblesse des
rendements ne semble pas inquiéter ces agriculteurs, qui savent qu’ils peuvent compter sur
l’étendue de leurs rizières pour assurer une production amplement suffisante à l’alimentation
de la famille tout au long de l’année.
41
Malgré les surfaces importantes et les moyens dont disposent ces agriculteurs, aucune
mécanisation ni fertilisation ne sont utilisées et les itinéraires techniques employés sur ces
rizières sont simples, souvent sans sarclage.
Les exploitants se diversifient dans d’autres cultures vivrières. De grandes surfaces de tanety
sont valorisées en tubercules, maraîchage et cultures fruitières autoconsommées (jaque,
mangue…). Ils pratiquent également un élevage extensif de nombreuses volailles gasy, poules
et canards principalement. Ceci permet de diversifier les repas des familles en minimisant les
dépenses alimentaires, qui sont parmi les dépenses les plus importantes des ménages
malgaches.
Les grandes surfaces cultivées permettent non seulement de subvenir aux besoins alimentaires
de toute la famille, mais aussi de générer un surplus de production, destiné à la vente. Ainsi,
du riz est vendu aux voisins en période de soudure, c’est-à-dire à son prix le plus élevé.
Ces agriculteurs exploitent aussi les cultures pérennes de rente, principalement le café, la
banane et le litchi. Les débouchés sont variés, et ils choisissent de vendre leur production au
plus offrant : aux collecteurs, mais surtout aux boutiques dans les communes à proximité.
L’éloignement éventuel des grandes villes est résolu par l’embauche de porteurs ou de
piroguiers pour transporter de grandes quantités.
Le maraîchage est de même très orienté vers la vente, notamment les brèdes.
Enfin, les éventuels surplus de tubercules sont vendus au marché.
Toutes ces ventes de production, permises par une grande surface agricole, génèrent un
revenu très important, largement supérieur aux dépenses ménagères annuelles des exploitants.
Ils n’ont donc pas besoin de travailler en dehors de l’exploitation.
L’utilisation de ce revenu
Cet important revenu permet aux exploitants d’épargner de l’argent. Ils ne le confient pas aux
institutions financières, dont ils se méfient.
Cet argent disponible rend possible l’achat de zébus, sécurité en cas de problème financier.
Ces agriculteurs ont aussi la capacité d’embaucher de la main d’œuvre salariée. Ils emploient
plusieurs salariés permanents, qui agrandissent le ménage puisqu’ils sont entièrement à la
charge de l’exploitant. Ils ont souvent recours aux journaliers lors des pics de travaux. Il leur
est donc facile de cultiver beaucoup de parcelles à la fois et d’effectuer toutes les opérations
culturales au moment optimal, sans qu’elles s’étendent trop dans le temps. Le risque de perdre
les productions à cause d’un retard dans l’itinéraire technique est faible. D’autre part, la
famille peut s’exempter des tâches les plus pénibles. Dans certains cas rencontrés, la famille
ne participe pas du tout aux travaux agricoles. Le chef d’exploitation se contente de superviser
les employés, de surveiller la quantité d’eau dans les rizières, et éventuellement d’ouvrir ou
fermer les canaux d’irrigation, lorsque ceux-ci sont en fonctionnement.
De plus, la main d’œuvre salariée étant abondante et le ménage en ayant les moyens, les
enfants peuvent étudier longtemps, au moins jusqu’au collège, voire jusqu’au lycée et parfois
en études supérieures.
Certains agriculteurs du type 1 investissent dans l’achat de terre pour les utiliser en fermage
ou métayage. Ces investissements sont aussi l’occasion d’acheter les parcelles de meilleure
qualité, notamment dans les cas rencontrés les parcelles les plus proches du déversoir du
barrage, qui ont donc une irrigation un peu plus sécurisée.
42
Ils ont aussi la possibilité d’acheter du matériel plus coûteux ou des intrants (NPK…). Mais
en général, ils ne l’exploitent pas. Ils ne sont pas attirés par les nouveautés techniques,
puisqu’ils n’en ressentent pas le besoin.
La possibilité de devenir usurier crée une nouvelle ressource pour le ménage. L’éloignement
des villages par rapport aux institutions financières et le besoin des autres villageois rendent
cette pratique assez commune. Nous n’avons pas réussi à quantifier ces revenus, souvent mal
connus des paysans étant donné qu’il s’agit de petites sommes prêtées à plusieurs reprises
dans l’année.
Au moins l’un des membres de ces ménages exerce une activité hors exploitation stable.
L’activité agricole est pour eux une activité de diversification. Comment valoriser au mieux
les surfaces agricoles sans être agriculteur à plein temps ?
Objectif n°1 de ces ménages : générer un revenu par l’activité principale non agricole
Ces ménages ne misent pas sur l’agriculture pour vivre. L’homme, chef de famille, ou la
femme, qui a dans ce cas un pouvoir décisionnel dans la famille plus élevé que chez les autres
types, sont souvent éduqués, ou au moins formés à un métier. Parmi tous les agriculteurs
43
enquêtés, seuls ceux du type 2 comprenaient le français, voire le parlaient. Dans ce type, nous
avons rencontré des instituteurs et directeurs des écoles et des retraités militaires qui reçoivent
une pension mensuelle. Ce sont donc des activités ou ressources hors exploitation qui
apportent aux familles un revenu mensuel ou bimensuel régulier, stable et élevé : de 100 000
Ar à 300 000 Ar par mois.
Ce revenu permet de subvenir à tous les besoins de la famille pendant toute l’année.
On peut de plus noter que les enfants reçoivent une bonne éducation, et étudient parfois
jusqu’à l’université, ce qui est rare pour les Malgaches issus des campagnes. Les enfants des
type 2 se destinent généralement à une autre activité que l’agriculture.
L’agriculture est une activité annexe pour ces ménages qui possèdent des surfaces modestes,
souvent inférieures à 2 ha au total. Ils ont en général acheté toutes leurs terres.
Ces personnes ne sont pas des agriculteurs au sens strict. Leur activité principale extra-
agricole est au centre de leur emploi du temps et les chefs d’exploitation ne peuvent pas
travailler eux-mêmes leurs terres. Ils embauchent donc la plupart du temps de la main
d’œuvre salariée pour exécuter les opérations culturales. Les retraités s’impliquent plus dans
le travail de la terre, mais ils délèguent les tâches les plus pénibles.
Les cultures adoptées par ces exploitants sont le riz en premier lieu, puis les tubercules et
enfin le maraîchage. Ils possèdent rarement des cultures pérennes. Les productions sont
destinées avant tout à l’autoconsommation. Parfois, des cultures de contre-saison sont
vendues mais ce n’est pas l’objectif premier de cette activité agricole.
Ces exploitants sont en général attirés par le projet et les nouveautés techniques qu’il apporte.
En effet, le risque encouru avec l’installation d’une nouvelle culture est moins important pour
eux que pour les simples paysans, puisqu’ils ont un revenu conséquent assuré quoi qu’il
arrive. De plus, ce sont des gens éduqués et curieux de nature, qui ont envie de pratiquer une
agriculture innovante. Ils s’intéressent donc aux techniques agronomiques.
Les itinéraires techniques sont donc en général plus évolués que chez la moyenne de leurs
voisins agriculteurs. Ils peuvent se permettre d’investir dans des intrants ou du matériel
(sarcleuse, pulvérisateur) sans être inquiétés du résultat final. Ils ont confiance dans ces
nouveautés et s’attendent à augmenter leurs rendements. Pour eux, c’est aussi une façon de
rentabiliser l’investissement opéré lors de l’achat des terres. Ils représentent donc une voie
importante de diffusion des techniques proposées par le projet.
44
Figure 25 : Schéma-bilan d'une exploitation de type 2
Stratégie n°1 : miser sur l’agriculture pour en dégager un revenu important (type 3a, 5
exploitations enquêtées)
Ces agriculteurs ont la même stratégie que les agriculteurs du type 1. Ils valorisent leurs
surfaces de façon diversifiée (maraîchage, café, poivre, fruitiers…) dans le but de vendre un
maximum de production. La différence fondamentale entre eux est que ceux du type 1
possèdent énormément de terres et dégagent un revenu suffisant pour épargner d’importantes
sommes d’argent chaque année. En général, ceux du type 3 n’épargnent pas, car tout leur
45
revenu passe dans les dépenses ménagères. Ils pratiquent souvent une activité rémunératrice
hors exploitation occasionnelle, auxquelles les exploitants du type 1 n’ont jamais recours.
Stratégie n°2 : tirer un revenu d’activités hors exploitation (type 3b, 2 exploitations
enquêtées)
Ces agriculteurs ont le désavantage de posséder des surfaces plus petites que ceux du type 3a.
En conséquence, ils peuvent difficilement se diversifier en cultures annuelles (maraîchage…)
et produisent peu de fruits, de café ou d’épices. Ceci les empêche de générer un revenu
agricole intéressant.
Pour pallier à ce manque de ressources agricoles, ils cherchent à gagner de l’argent à l’aide
d’activités hors exploitation : pêche, artisanat, ouvrier agricole… Ils pratiquent ces activités
de manière suffisamment fréquente pour réussir à subvenir à leurs besoins ménagers annuels.
En revanche, la plupart ne parvient pas à épargner de l’argent.
Stratégie n°3 : diversifier ses revenus avec l’activité agricole et des activités hors
exploitation (type 3c, 1 exploitation enquêtée)
46
Ces agriculteurs produisent des cultures annuelles ou pérennes qu’ils vendent. Les quantités
vendues chaque année génèrent un revenu intéressant, mais pas suffisant pour couvrir tous les
besoins de la famille. Ils pratiquent donc une ou plusieurs activités hors exploitation pour
compléter cet apport d’argent.
Ces agriculteurs essaient de tirer le maximum de leurs rizières pour garantir leur sécurité
alimentaire. Ils sarclent parfois deux fois leurs parcelles, ce que l’on a très rarement vu dans
les autres types et ont parfois recours à la fertilisation (poudrette de parc dans la pépinière,
NPK, urée à la montaison…).
Ces exploitants n’ont pas d’activité hors exploitation générant un revenu important. Les
possibilités extra agricoles peuvent être réduites pour eux (âge, distance par rapport aux
villes…). Certains d’entre eux pratiquent de telles activités mais pas assez fréquemment pour
garantir une rémunération élevée, par exemple des ouvriers agricoles embauchés seulement
occasionnellement dans l’année. L’emploi de main d’œuvre salariée est difficile pour ces
exploitants, qui ont besoin de toute leur main d’œuvre familiale lors des pics de travaux, au
moment où ils pourraient eux-mêmes être embauchés.
Ces ménages peuvent avoir recours à des emprunts, qu’ils soient bancaires ou usuriers, pour
faire face à leurs dépenses urgentes. Ils remboursent ces emprunts avec le peu d’argent qu’ils
obtiennent par leurs ventes ou leurs salaires extérieurs.
47
Cette faible monétarisation limite toute possibilité d’investissement ou d’épargne et le peu
d’argent gagné est utilisé pour rembourser les emprunts ou pour la vie quotidienne. Les
dépenses sont tout de même fortement réduites du fait de l’autosuffisance alimentaire, mais
ceci n’est pas suffisant pour leur assurer une sécurité financière.
Nous avons remarqué que certains de ces agriculteurs possèdent des cultures pérennes
commercialisables, mais encore trop jeunes pour produire. Ils sont donc susceptibles de passer
naturellement dans le type n°3 dans quelques années. A l’inverse certains ménages du type 4
sont de jeunes couples qui vont avoir de plus en plus de bouches à nourrir, ce qui peut les
faire passer dans le type 6 (ou 5 s’ils possèdent une jeune agro-forêt pas encore en
production).
48
Type 5 : Agriculteurs non autosuffisants mais monétarisés. (26 exploitations
enquêtées)
La surface rizicole de ces exploitations est trop petite ou produit des rendements trop faibles
pour permettre de nourrir la famille toute l’année. La plupart de ces agriculteurs a une surface
rizicole inférieure à 50 are, et cette surface est bien souvent en RIA. Ils passent donc un temps
limité à travailler leurs rizières, d’autant plus qu’ils appliquent un itinéraire technique simple,
sans fertilisation et souvent sans sarclage. Ils ont donc du temps à consacrer à d’autres
activités, comme la commercialisation des produits agricoles (notamment les fruits à
Ambodivoangy), la pêche (particulièrement importante à Ampasimasay) ou encore comme
tenir une petite épicerie de village.
Les revenus servent en premier lieu à acheter des denrées alimentaires en période de soudure,
et ils sont suffisants pour nourrir la famille toute l’année. Cependant, sauf quelques
exceptions, ils ne sont pas assez importants pour permettre une amélioration notoire de la
qualité de vie, et encore moins pour épargner. Différentes stratégies sont utilisées pour
générer ces revenus, comme c’était le cas pour les types 3. On obtient donc là encore trois
sous-types.
Stratégie n°1 : miser sur l’agriculture pour en dégager un revenu important (type 5a, 11
exploitations enquêtées)
49
Stratégie n°2 : tirer un revenu des activités hors exploitation (type 5b, 12 exploitations
enquêtées)
Stratégie n°3 : diversifier ses revenus avec l’activité agricole et des activités hors
exploitation (type 5c, 3 exploitations enquêtées)
Ces familles d’agriculteurs sont celles dont la situation est la plus difficile. Elles sont pourtant
les plus nombreuses, représentant près de la moitié des ménages enquêtés. Leur production
agricole ne suffit pas à les nourrir tout au long de l’année. La surface rizicole de ces ménages
est en général limitée ou très faible par rapport au nombre de personnes vivant dans le
ménage. Sur les 11 exploitations sélectionnées pour le réseau de fermes de référence, le
minimum est de 2 are, le maximum de 1,1 ha. Si on met à part ce maximum qui correspond à
un bas-fond mal drainé au sol pauvre et très peu productif (200 kg de paddy/ha), les surfaces
sont toutes inférieures à 40 are, la moyenne est de 22 are de rizières, le plus souvent à
50
irrigation aléatoire, avec un écart-type de 0,12. Dans certains cas, les agriculteurs ne sont pas
propriétaires de toutes les rizières qu’ils exploitent, et ils ont recours au fermage et plus
souvent au métayage.
Dans le cas où ces ménages disposent d’une source de revenu, celle-ci est toutefois trop faible
pour permettre de couvrir leurs besoins alimentaires. La période de soudure est
particulièrement redoutée par ces familles, qui sont régulièrement touchées par la qui ont déjà
dû consommer toute leur production de riz. La situation alimentaire de ces familles est
précaire : elles parviennent difficilement à compléter leur manque de production par des
achats. Il n’est pas rare que ces familles contractent des emprunts (financiers, emprunts de
semences…) auprès de leur famille ou de leurs voisins, ce qui les rend dépendants des autres
ménages. Ces emprunts servent essentiellement à acheter de la nourriture lors de la soudure,
ou bien à financer des médicaments. Rembourser ces emprunts constitue bien souvent un
sacrifice pour la famille.
L’emploi de main d’œuvre salariée est exceptionnel. Cependant, l’entraide familiale est assez
fréquente. Hormis dans le village de Bekaraoka, il est très rare que ces agriculteurs possèdent
des zébus, ce qui limite les possibilités d’accès au crédit et les marges de manœuvre en cas de
problème. Cela augmente également les temps de préparation des rizières, et en diminue la
qualité.
51
CONCLUSION
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développement rural dans l’arrière-pays de Manakara (Madagascar). Étude ou évaluation réalisée avec l’appui
du F3E (Fonds pour la promotion des études préalables, études transversales, évaluations) pour Interaide. 45p.
RAUNET, M., SEGUY, L., FOVET RABOTS, C., 1999. – Semis direct sur couverture végétale permanente du
sol : de la technique au concept. Gestion agrobiologique des sols et des systèmes de culture. Actes de l'atelier
international, Antsirabe, Madagascar, 23-28 mars 1998, Anae, Cirad, Fafala, Fifamanor, Fofifa, Tafa.
Montpellier, France, Cirad, collection Colloques, 658 p.
RUF, F., 1989. – Rizières, caféiers, zébus, deuxième partie : Propositions pour un recentrage des programmes et
des actions. 28 p.
SEGUY, L., 2004. – Rapport de mission à Madagascar (du 19 mars au 10 avril 2004). 97 p.
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Annexe 2 : Synthèse de la typologie
Type 1 Type 2 Type Type 3b Type 3c Type 4 Type 5a Type 5b Type 5c Type 6
3a
Surface agricole > 10 ha < 2 ha > 2 ha variable Variable mais généralement faible < 50 are
Diversification Oui Faible Oui Non : Oui Non Oui Non : Oui Faible
agricole surfaces surfaces
trop trop
faibles faibles
Autosuffisance Oui Non Oui Oui Non Non
alimentaire
Vente agricole Beaucoup de Très faible Oui Non Oui mais Non Oui Non Oui mais Faible
ventes voire nulle insuffisante insuffisante
Activité hors Non Stable ; Non Oui Oui pour Non Non Oui Oui pour Faible et
exploitation > 100 kAr par compléter compléter irrégulière
mois les ventes les ventes
agricoles agricoles
Sécurité Oui Oui Oui Oui Oui Non
alimentaire
Type de main Beaucoup de Main d’œuvre Familiale et salariée temporaire Familiale ; Familiale ; rarement salariée Familiale ;
d’œuvre MO salariée, salariée, parfois rarement exceptionnel-
(journalière et familiale salariée lement
permanente); salariée
parfois
familiale
Épargne Oui Oui Non Non Non Non
Techniques Pas intéressés Très intéressés Le risque est faible et ces Intéressés Le besoin en trésorerie limite les Le risque est
agricoles par les par les agriculteurs veulent diversifier par le SRI investissements et augmente le risque. Seuls élevé : peu
nouveautés nouveautés encore plus leurs revenus : et le SRA. ceux qui possèdent des surfaces disponibles enclins aux
plutôt intéressés par les Surfaces pour les nouveautés peuvent tenter nouveautés
nouveautés non l’expérience.
rizicoles
trop faibles.
Remarques Ménages très Ont en général Type le La relative faiblesse des surfaces agricoles par Type le plus
grands ; prêtent acheté toutes leurs
de l’argent et terres ; les enfants
moins rapport à la taille des ménages permet à ces représenté :
possèdent des ont accès aux études représenté agriculteurs d’avoir du temps à consacrer à plus de 50%
terres de fermage supérieures dans nos d’autres activités. des
enquêtes exploitations
enquêtées
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Annexe 3 : Choix des zones d'enquêtes pour le Sud-Est (BVPI)
Grandes zones Périmètre Commune Echelle Raison Zone Critères de choix
d’intervention d’intervention
Hauts BV - BEKATRA Commune Les villages sont très petits et Bekatra (zone 2 Hauts BV avec des bas-fonds très étroits
Vatovavy Fitovinany éparpillés et il se peut qu’on dans le rapport) Loin de Manakara
(Chef lieu de région n’arrive pas à avoir assez de Existence de marché localement
MANAKARA) représentativité au niveau d’un Sol ferralitique avec beaucoup de forêts
zone I village. Zone de tavy
AVSF
Moyens BV - SAKOANA Commune Les villages sont très petits et Sakoana Moyens BV avec des bas-fonds un peu
Vatovavy Fitovinany éparpillés et il se peut qu’on plus larges
(Chef lieu de région n’arrive pas à avoir assez de Moyennement éloigné de Manakara
MANAKARA) représentativité au niveau d’un Pas de marché dans la zone
zone II village. Sol basaltique plus riche
AVSF
Proches BV TSITODIMBITRO NOSIALA Périmètre Les communes sont trop larges Tsitodimbitro BV proches du littoral avec de larges
Vatovavy Fitovinany dans cette zone et les villages sont (zone 1 dans le bas-fonds
(Chef lieu de région par contre très petits et éparpillés. rapport) Tanety à pente forte
MANAKARA) Il est mieux de prendre le niveau Plus proche de Manakara
zone III intermédiaire qui est le périmètre. SD Mad
Zone littorale BASSE IVATO Commune Les villages sont très petits et Ivato Zone à bourrelet de berge et plaine (la
VOHIPENO MATITANANA ANOLOKA éparpillés et il se peut qu’on majorité des terres cultivables) avec une
zone IV VOHITRINDRY n’arrive pas à avoir assez de petite partie de colline
représentativité au niveau d’un Type de peuplement : Antemoro
village. Règles communautaires fixées par les
ampanjaka et les notables du tranobe
Assez proche de Vohipeno (marché)
Zone à café, pêche
AVSF et SD Mad
Zone à PPI dans le VAHADRAKAKA EVATO Périmètre Les communes sont trop larges Emena ; Zone à PPI (retenue)
Pays Zafisoro MAHAZOARIVO MAHAFASA dans cette zone et les villages sont Mahazoarivo Prédominance de surface de rizière
FARAFANGANA EMENA TANGAINONY par contre très petits et éparpillés. (zone 4 dans le Type de peuplement : Zafisoro (avec
zone IV ANALAFIA Il est mieux de prendre le niveau rapport) cohésion sociale), SD Mad
MAROHAKA intermédiaire qui est la commune. Structure sociale très hiérarchisée avec
un rôle prépondérante des ampanjaka et
des tranobe dans la décision sociale
Beaucoup de cultures de rente
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Loin de Farafangana (loin du marché)
Difficilement accessible surtout en
période pluvieuse, SD Mad
Zone à PPI dans la BEKARAOKA IVANDRIKA Périmètre Les communes sont trop larges Ambalolo ; Zone à PPI avec bonne maîtrise d’eau
zone Antefasy AMBALOLO dans cette zone et les villages sont Bekaraoka (zone pendant toute l’année (double riziculture)
FARAFANGANA IVANDRIKA par contre très petits et éparpillés. 5 dans le Sol de tanety : basaltique avec beaucoup
zone V Il est mieux de prendre le niveau rapport) de karaoka en surface (très caillouteux)
intermédiaire qui est le périmètre. Type de peuplement : Antefasy
Proche de Farafangana
Surface de rizière très étendue
Pouvoir des ampanjaka essentiellement
exercé pour les règlements de conflits
Existence de jour fady pour le travail
« jeudi » (même les zébus), SD Mad
Zone à bas-fond ANDAVAZINY LOPARY Fokontany Les communes sont trop larges Soatsirana dans le Zone à bas-fonds drainés
drainé FOTSAVAO dans cette zone et les villages sont périmètre de Prédominance des surfaces de tanety
FARAFANGANA TSIVASIA par contre très petits et éparpillés. Andavaziny Type de peuplement : Sahafero (sous
zone VI Dans cette zone, le périmètre a été clan Bara immigrant) – Il est à noter le
crée après drainage de bas-fond. peuplement dans la commune est
Le périmètre est très large avec majoritairement constitué de Zafimanga
beaucoup de digitation. Il est ainsi Plus près de Vangaindrano que
plus judicieux de prendre comme Farafangana
échelle d’enquête le fokontany. Difficilement accessible surtout en
période pluvieuse
SD Mad
Le village d’Ampasimasay (Vohipeno, zone 3 dans le rapport) a été choisi après la création de ce tableau. En effet, après repérage de la zone IV
présentée ici, notre superviseur malgache, Simon Razafimandimby, a estimé que cette zone n’était pas appropriée, pour diverses raisons.
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