Les Algues Vertes
Les Algues Vertes
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LES ALGUES VERTES
Un film de Pierre Jolivet
Avec Céline Salette, Nina Meurisse, Julie Ferrier…
À la suite de morts suspectes, Inès Léraud, jeune journaliste,
décide de s’installer en Bretagne pour enquêter sur le
phénomène des algues vertes. À travers ses rencontres,
elle découvre la fabrique du silence qui entoure ce désastre
écologique et social. Face aux pressions, parviendra-t-elle
à faire triompher la vérité ?
AU CINÉMA LE 12 JUILLET
AU SOMMAIRE DU DOSSIER
Introduction p. 2 Activités EMC p. 10 Corrigés p. 21
Entretien avec Pierre Jolivet Activités SES p. 13 Organiser une projection
et Inès Léraud p. 3 scolaire p. 26
Activités Géographie p. 15
Repères p. 7
Pistes pour l’enseignement
Dans les programmes p. 9 agricole p. 17
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Dans Les Algues vertes, Pierre Jolivet raconte
l’enquête, semée d’embûches et de pressions, de la
journaliste Inès Léraud (qu’elle avait elle-même relatée
dans sa bande dessinée Algues vertes, l’histoire interdite) sur
le scandale des algues vertes : comment tout un système
a maintenu l’omerta sur un phénomène qui défigure le
littoral breton et menace la santé de ses habitants depuis
plusieurs dizaines d’années…
Transformant cette enquête en passionnant thriller, le
film de Pierre Jolivet montre le travail opiniâtre d’une
journaliste d’investigation, le rôle essentiel des lanceurs
d’alerte, la difficile quête d’un compromis dans une société
traversée d’intérêts contradictoires.
Il donne également l’occasion de s’interroger sur les
impasses d’une agriculture de type productiviste : celle-là
même qui a fait de la Bretagne une région prospère et
de la France une grande puissance agro-industrielle, mais
dont les conséquences environnementales et sociales
sont devenues insoutenables.
À ce titre, le film constitue un objet d’étude très utile dans
le cadre des programmes du Lycée (général, technique,
professionnel et agricole), d’autant qu’il trouve un écho
renouvelé avec l’actualité.
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ENTRETIEN CROISÉ AVEC
Pierre Jolivet et Inès Léraud
LA GENÈSE DU FILM
Inès Léraud : Dès la parution de la BD Les qu’il s’était passé » le cinéma de fiction, comme
Algues vertes, on a eu de nombreuses propositions la bande-dessinée, permettent de faire vivre le
d’adaptation. L’album a très bien marché, il s’est récit au présent, en reconstituant précisément le
vendu à plus de 130 000 exemplaires, et a fait déroulement des évènements : les accidents, les
l’objet de plusieurs traductions à travers le monde. morts, les réactions des autorités. Or le dossier des
Comme j’avais fait des études de cinéma à Louis algues vertes, crucial et stupéfiant, méritait à mes
Lumière, on m’a souvent proposé d’adapter cette yeux d’être adapté et diffusé avec cette capacité
enquête en documentaire. Mais pour moi, seule de résonance qu’a le cinéma de fiction. Jusqu’à la
la fiction était en capacité de bien raconter cette fin des années 2010, le monde agricole a été sous-
enquête. Contrairement au documentaire qui, à représenté dans le cinéma français. Pour moi, c’était
travers des témoignages de protagonistes réels, un enjeu majeur de le montrer dans sa complexité,
nous aurait permis de raconter uniquement « ce avec toutes les nuances que je lui connais.
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ENTRETIEN CROISÉ AVEC
Pierre Jolivet et Inès Léraud
LE TOURNAGE
PJ : Il faut dire ce qui est : le tournage a été un vrai qui elle a travaillé. On a tourné essentiellement
parcours du combattant. dans le Finistère-nord, et autour de Saint-Brieuc,
là où sont concentrés une grande partie des
IL : Je ne m’attendais pas à autant de difficultés. algues vertes. Ce fut un tournage intense, en six
L’histoire des algues vertes appartient à tout le semaines, avec presque 2 décors par jour. Avec
monde, et il est scandaleux qu’elle ne puisse pas être cette multiplication de paysages, je voulais que le
relatée de façon fidèle, dans les décors réels, à cause spectateur ressente les mêmes émotions qu’Inès :
d’é[Link] qui refusent de voir cette réalité en face. les agricultrices et agriculteurs lui reprochent
Il a fallu mener un vrai combat pour que certains d’attaquer la Bretagne, mais en réalité, Inès tombe
obstacles soient levés. Pendant le tournage, j’ai tout simplement amoureuse de ce territoire...
donc passé presque tout mon temps à parlementer Or plus on est amoureux d’un pays, plus on est
avec des é[Link] et avec la presse, pour rouvrir un sensible au fait qu’il soit défiguré ! Je cherchais une
certain nombre de portes. Cela s’est fait avec l’aide manière de raconter ça, que le spectateur tombe
de beaucoup d’habitants et d’é[Link], et au final, ça a amoureux de la Bretagne en même temps qu’Inès.
plutôt bien marché ! D’où l’usage du scope pour traduire au mieux la
beauté cinématographique de cette région. Le
PJ : Inès a été très précieuse sur le tournage, cinéma, même militant, doit rester du cinéma avec
elle était beaucoup plus que notre conseillère de la largeur, de la beauté, des moments de repos ou
technique. Elle était comme un « passeport », étant d’exaltation. Et avec des héroïnes qui savent parfois
donné qu’elle est très respectée par tous ceux avec rire de leur situation.
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ENTRETIEN CROISÉ AVEC
Pierre Jolivet et Inès Léraud
Cinéma et lanceurs
d’alerte
Pierre Jolivet ne s’est pas contenté
d’adapter la bande dessinée d’Inès
Léraud (co-signée avec Pierre Van Hove), qui documente
avec beaucoup de pédagogie le scandale environnemental
des algues vertes. Il choisit d’incarner la journaliste à l’écran,
sous les traits de Céline Salette, et de montrer les difficultés
de l’enquête et les pressions qu’elle a subies. Pierre Jolivet
inscrit ainsi Les Algues vertes dans une tradition de films
mettant en scène le combat de journalistes et/ou de simples
citoyens pour faire triompher la vérité face aux intérêts
économiques ou politiques : Spotlight (2015) et Grâce à
Dieu (2018) sur la pédocriminalité dans l’Église, Dark Waters
(2017) sur la pollution aux plastiques, La Fille de Brest (2016)
sur le scandale du Médiator, Snowden (2016) sur la cyber-
surveillance, etc
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REPÈRES
CHRONOLOGIE
Le phénomène des algues vertes
1960-1962 : Lois de modernisation
agricole : débuts de la mécanisation, des Les algues vertes sont naturelles et présentes sur de
traitements chimiques et des élevages nombreux littoraux à travers le monde.
hors-sol
Elles ne représentent aucun danger pour la santé lorsqu’elles
1969 : Naissance de l’association Eaux sont en mer ou déposées depuis peu, en faible épaisseur, sur
et Rivières de Bretagne, qui alerte les la plage. En revanche, en cas d’accumulation importante,
autorités sur l’augmentation des nitrates leur décomposition au soleil produit des gaz dangereux pour
dans l’eau et soutient qu’ils proviennent l’humain comme pour l’animal, notamment l’hydrogène
de l’agriculture intensive sulfuré (H2S) qui peut tuer aussi rapidement que du cyanure.
1975 : Directive européenne décrétant Le phénomène des « marées vertes » est apparu en
que les eaux de captage ne doivent pas Bretagne, dans les années 1960. D’abord restreintes à
dépasser 50 mg/litre de nitrate, et tendre quelques lieux en Côtes-d’Armor, ces proliférations se sont
vers la valeur guide de 25 mg/litre peu à peu amplifiées et multipliées. Elles sont devenues plus
intenses et plus longues, gagnant une part croissante du
1988 : Des scientifiques de l’IFREMER
littoral breton. Ce développement est la conséquence, en
établissent la cause principale des marées
Bretagne, de l’industrie agroalimentaire et notamment des
vertes : les nitrates issus de l’agriculture
rejets de nitrates provenant de l’élevage intensif.
intensive.
Sources : Agence Régionale de Santé Bretagne, Observatoire de l’environnement en Bretagne,
1989 : Jacques Thérin, joggeur de 26 Algues Vertes L’histoire Interdite d’Inès Léraud et Pierre Van Hove
ans, est retrouvé mort. Le quotidien
Ouest France titre : « Les Algues vertes
ont peut-être tué. »
1991 : Nouvelle directive européenne
sur la protection des eaux polluées par
les nitrates d’origine agricole
2001 : La Cour de Justice des
Communautés Européennes (CJCE)
condamne la France pour non-respect de
la directive de 1991
2009 : Mort de Thierry Morfoisse,
transporteur d’algues vertes à Binic
2010 : Premier plan algues vertes
2018 : Le décès de Thierry Morfoisse
est reconnu comme accident du travail
par la justice
2019 : Parution de la bande dessinée
Algues vertes, l’histoire interdite d’Inès
Léraud et Pierre Van Hove
2023 : Sortie du film Les Algues vertes
de Pierre Jolivet.
Source : d’après Algues vertes, l’histoire interdite
d’Inès Léraud et Pierre Van Hove, La Revue dessinée
- Delcourt, 2019
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REPÈRES
L e syst è m e a g r i c o l e b re t o n e st fo n d é s u r
l’intensification et l’hyperspécialisation de l’agriculture
et de l’élevage. Il s’appuie sur une intégration horizontale et
verticale de l’économie agricole. Ce modèle a été adapté La PAC (Politique Agricole Commune menée depuis 1962
dans d’autres régions françaises, à l’instar des Pays-de-la- dans le cadre de la CEE puis de l’UE) a permis à l’agriculture
Loire. Si les succès sont réels en termes de production, les française de se moderniser : mécanisation, utilisation d’engrais
conséquences sur l’environnement se sont révélées lourdes, et de produits phytosanitaires. En Bretagne ce mouvement
avec la pollution des sols et des eaux. Ces conséquences s’est appuyé sur l’État (loi d’orientation agricole de 1962,
impactent négativement d’autres activités comme le tourisme aménagement du territoire, politique de désenclavement
(plages souillées) ou encore l’immobilier. (avec le plan routier breton des années 60-70 ), et la forte
implication des acteurs régionaux (chambres d’agriculture,
Le modèle agro-industriel breton s’inscrit dans entrepreneurs locaux et syndicats agricoles, catholiques
une histoire qui prend sa source au lendemain de la notamment avec le rôle de la Jeunesse Agricole Chrétienne
Seconde Guerre mondiale. Dans le contexte de la Guerre ou JAC).
Froide, il s’agit alors d’assurer l’autosuffisance alimentaire de L’agriculture française est ainsi devenue un modèle
l’Europe de l’Ouest en produisant un maximum de denrées d’agriculture productiviste. Le corrolaire de ce modèle est
alimentaires. Ainsi la population européenne a pu accéder à la baisse drastique du nombre d’agriculteurs : selon l’INSEE
des produits alimentaires en quantité et, surtout, à des prix ceux-ci ne représentaient plus que 1.5% de la population
très abordables. active en 2020 contre 7% en 1982 et 30% en 1950…
EN CHIFFRES
BRETAGNE FRANCE
La Bretagne est la première région
agroalimentaire en Europe. 1ère puissance agricole
Elle produit 58% du porc français, 42% européenne, 6ème
des œufs, 32% de la volaille, 23% du mondiale
lait… Environ 500 000
L’agroalimentaire représente 40,1 % agriculteurs en France (3
des emplois industriels régionaux. fois moins qu’en 1970)
Entre 75 et 115 sites sont touchés, En 2015, 529 suicides
selon les années, par les phénomènes d’agriculteurs, soit plus
de marées vertes, et 40 à 50 communes d’un par jour*
ramassent des algues échouées. *Chiffres compilés par la
Mutuelle Sociale Agricole
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DANS LES PROGRAMMES SCOLAIRES
Enseignement général
Discipline Niveau Objets d’étude
EMC Première Axe 2 : Les recompositions du lien social
> La responsabilité environnementale et les interdépendances Hom-
me/nature.
Géographie Seconde Sociétés et environnements : des équilibres fragiles
Géographie Première Thème 2 : Une diversification des espaces et des acteurs de la
production
Thème 3 : Les espaces ruraux : multifonctionnalité ou
fragmentation ?
SES Première Quelles sont les principales défaillances du marché ? (externalités
environnementales)
SVT Seconde Structure et fonctionnement des agrosystèmes
Vers une gestion durable des agrosystèmes
Histoire-Géographie, Première Thème 4 : S’informer : un regard critique sur les sources et modes
Géopolitique et Sciences de communication
politiques (HGGSP)
Enseignement agricole
Filière et niveau Disciplines Objets d’étude
Baccalauréat Géographie Voir pistes pédagogiques p. 17
technologique STAV EMC
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ACTIVITÉS EMC
I/ Questions
1/ Quel sont les différents protagonistes qui dans le film permettent de faire éclater le scandale des algues
vertes ?
Les classer entre : victimes, témoins, lanceurs d’alerte, journalistes.
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ACTIVITÉS EMC
2/ Décrivez la journaliste Inès Léraud : sa situation professionnelle, les médias pour lesquels elle travaille,
ses méthodes, son éthique journalistique…
3/ Le grand journaliste Albert Londres (1884-1932) a déclaré : « Notre rôle n’est pas d’être pour ou
contre, il est de porter la plume dans la plaie. » En quoi cette phrase s’applique au travail d’Inès Léraud, tel
qu’il est montré dans le film ?
4/ D’après le réalisateur Pierre Jolivet, à un moment « le travail [d’Inès Léraud] prend une autre
dimension, elle tente de devenir une lanceuse d’alerte sur une affaire en cours. ». D’après vous, à quel
moment dans le film Inès sort-elle de son rôle de journaliste pour devenir lanceuse d’alerte ?
a/ De quand datent les premiers reportages sur le phénomène des algues vertes ?
b/ Choisissez une archive et présentez-la dans le tableau suivant.
c/ À partir d’au moins deux archives prises à des dates différentes, montrer comment le discours autour des
algues vertes a progressivement évolué.
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ACTIVITÉS EMC
1/ Définissez le concept d’« externalité négative » en théorie économique, et expliquez en quoi le film illustre
ce concept.
2/ La théorie économique défend l’idée qu’une défaillance de marché peut justifier, encourager ou rendre
nécessaire l’intervention de l’Etat.
À partir du document 1 (extrait de l’article de Reporterre, « Algues vertes en Bretagne : 4 points pour
comprendre le problème »), précisez dans quelles conditions et de quelle manière l’Etat est intervenu sur
cette question.
Document 1
«Que fait l’État ? Le premier plan de lutte contre les algues vertes qui visait à faire baisser les taux de nitrate dans l’eau date de 2010.
L’État a été sommé d’agir après la mort de Thierry Morfoisse et après une décision de justice du 1er décembre 2009 où la Cour
d’appel administrative de Nantes jugeait l’État responsable de la prolifération des algues. Quels en sont aujourd’hui les résultats ?
Malgré les fonds investis, 177 millions d’euros entre 2010 et 2015 puis 55 millions d’euros entre 2017-2021, « les avancées restent assez
modérées car elles dépendent de la bonne volonté des agriculteurs. Il n’y a pas de contrainte », regrette Greenpeace. Les associations
ENTREPRISES AGROALIMENTAIRES
locales dénoncent, de leur côté, « la débâcle des élus et des administrations ». « Il faut reprendre à la base le problème et changer de
modèle agricole en stoppant l’agrandissement des structures », disent-elles. À l’inverse, l’État promeut toujours le système intensif.
Jean-Yves le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires FICHE RÉGIONALE
étrangères, • BRETAGNE
et ancien président de la •région
ÉDITION 2021est très proche des
Bretagne,
lobbies agro-industriels bretons. Le 24 décembre 2018, le gouvernement a déposé un nouveau décret pour simplifier encore les
autorisations de ferme usines dans les régions concernées DÉFINITIONS
par les algues vertes.»
L’entreprise agroalimentaire considérée ici est une entreprise dont l’activité principale au sens de la Naf rév. 2 (2008) concerne
[Link]
les « industries agroalimentaires » (comprenant la « fabrication de boissons »). L’artisanat commercial et le commerce de gros
ne sont donc pas inclus (sauf indication contraire). Dans les données régionales présentées dans ce document, l’entreprise est
prise dans son acception « unité légale », c’est-à-dire qu’à chaque numéro Siren de 9 chiffres, attribué par le répertoire national
des entreprises géré par l’Insee, correspond une unité. Seules les entreprises dont au moins 80 % des salariés se trouvent dans
la région sont incluses dans les données concernant les entreprises agroalimentaires (entreprises mono-régionales ou quasi-
mono-régionales).
L’établissement est une unité de production géographiquement individualisée, mais juridiquement dépendante de l’en-
treprise. Un établissement produit des biens ou des services : ce peut être une usine, un site de vente, un magasin d’une
coopérative, etc. Il constitue le niveau le mieux adapté à une approche géographique de l’économie. Il est identifié par son
3/ A l’aide du document 2 (ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation), présentez la place de
numéro Siret de 14 chiffres.
Source : DRAAF Bretagne (1) L’artisanat commercial correspond aux activités des secteurs de la charcuterie et de la boulangerie-pâtisserie.
(2) L’emploi et le nombre d’établissements sont mesurés à partir de la source Flores 2018. Cette source couvre les établissements employeurs, c’est-à-dire les établissements
Fiche_IAA_Bretagne_2021_cle812aa1.pdf
ayant eu au moins un salarié pendant l’année N ou N-1.
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ACTIVITÉ SES
5/ En reprenant une classification des situations de marchés, indiquez à quoi correspond la situation
réelle du marché des produits agricoles en Bretagne. Justifiez votre réponse.
6/ Réalisez un tableau simple pour faire apparaître d’un côté les acteurs économiques, sociaux et
politiques qui participent au silence sur ces affaires et d’un autre côté les raisons qu’ils peuvent avoir ou qu’ils
se donnent pour garder le silence sur ces affaires.
Document 3
Didier Germain : C’est pas à vous que je vais apprendre que dans les années 50 les agriculteurs ils vivaient dans la misère… Nous
à la FNSEA ça fait 50 ans qu’on se bat pour eux, pour qu’ils vivent dignement de leur travail, pour qu’ils puissent s’agrandir, pour qu’ils
puissent concurrencer les Espagnols, les Polonais, les Asiatiques, et vous vous nous tapez sur la tête, tous les jours. Vous voulez faire de
la Bretagne une région comme la Lorraine, qui a perdu toute son industrie, c’est ça l’idée ?
Inès Léraud : Pourquoi les agriculteurs disparaissent depuis 70 ans ? C’est parce qu’ils sont surendettés, parce qu’on leur demande
de produire toujours plus pour concurrencer le monde entier. Pourquoi 30% des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté ?
Pourquoi est-ce qu’ils se suicident, deux par jour en France ? En défendant un système qui pousse les agriculteurs à produire toujours
plus et à s’endetter, la FNSEA ne les défend pas, elle les exploite.
Didier Germain : C’est parce que nous en France on est étouffé par des normes, c’est ça la vérité.
Source : dialogues extraits du film Les Algues vertes, 2023
8/ Pourquoi, en 2018, la décision du tribunal des affaires de Sécurité sociale de Saint Brieuc est importante ?
9/ « La vraie violence, c’est le prix du lait. Trente centimes le litre depuis trente ans »
Explicitez cette phrase lancée à la journaliste Inès Léraud par l’agriculteur qui s’est montré menaçant avec
elle lors de leur première rencontre.
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ACTIVITÉS GÉOGRAPHIE
1/ Dresser un schéma de la filière agro-industrielle bretonne, en listant les activités et les acteurs qui y
participent.
2/ Grâce à cet extrait du film, retracer les étapes de développement de l’agriculture intensive en Bretagne,
telle qu’Inès Léraud les expose : [Link]
(mot de passe : alguesvertes)
5/ Relever quels sont les enjeux de la question des algues vertes soulevés par le film, sur les plans
économiques, sociaux, politiques et territoriaux ?
6/ Dans quelle mesure peut-on également parler de conflit culturel, sociétal, participant à la fragmentation
des espaces ruraux bretons ?
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ACTIVITÉS GÉOGRAPHIE
Définitions :
Mise en valeur : à l’ensemble des actions destinées à augmenter la valeur de l’espace (exemple du foncier)
Appropriation : un acteur ou une activité prend l’ascendant sur le reste, ce qui peut être source de
tensions, de déséquilibres
Accès : capacité à accéder à quelque chose et à en jouir positivement (activité, groupe social, approche
culturelle)
Transition : changement systémique qui entraîne de profondes recompositions spatiales, pouvant être
radicales
Les campagnes
bretonnes et la
mise en valeur
Enjeux sociaux agricole Gestion durable
Accès Transition
Une fois le film visionné, c’est à vous de proposer un script pour une émission
pour webradio.
Sélectionnez les informations correspondant aux thèmes suivants : comment s’effectue la transition
environnementale de l’agriculture bretonne (ou de l’agriculture de votre région) ?
Pensez radio ! Exploitez les archives sonores trouvées sur internet (ex. sur le site de l’INA), faites intervenir
des témoins ou « mettez en voix » les témoignages que vous aurez recueillis ou trouvés en ligne…
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PISTES D’EXPLOITATION POUR
L’ENSEIGNEMENT AGRICOLE
Introduction
Dans son film Les Algues vertes, Pierre Jolivet raconte l’enquête, semée d’embûches et de pressions, de la
journaliste Inès Léraud sur le sujet des algues vertes (racontée dans sa bande dessinée Algues vertes, l’histoire
interdite).
Au-delà du thriller, le film donne l’occasion de s’interroger sur les conséquences d’un modèle d’agriculture
productiviste qui a fait de la Bretagne une région prospère et de la France une grande puissance agro-
industrielle, mais dont les conséquences environnementales et sociales conduisent à la remise en cause.
L’étude du film paraît adaptée avec deux ensembles de classes de l’enseignement agricole :
- les premières et la terminale du baccalauréat technologique STAV,
- les classes de seconde et de première de baccalauréat professionnel
Dans les deux cas, le travail pourra porter sur :
- la géographie de l’agriculture, des industries agro-alimentaires et ses conséquences en termes de
développement et d’aménagement (géo)
- la presse, la liberté d’expression, la démocratie (histoire, EMC)
Propositions pédagogiques
1- Baccalauréat technologique STAV
1.1-Classe de première (en Géographie)
Dans le module C5, « Culture humaniste et citoyenneté », l’objectif de l’enseignement d’Histoire-
Géographie (objectif 3) est « Mobiliser des connaissances et des méthodes historiques et géographiques pour
comprendre et agir en tant que citoyen dans un monde complexe »
Dans le sous-objectif :
- 3.2.2 Identifier la diversification des espaces et des acteurs de la production
- [Link] : Les espaces des IAA en France et en Europe
On peut ici faire travailler plusieurs thèmes :
(i) la construction du « modèle breton », fréquemment évoqué dans les discours de plusieurs personnages (le
vice-président du Conseil Régional, un agriculteur...)
(ii) la guerre économique autour des produits agricoles (permettant de faire un « pont » avec les cours sur la
mondialisation à venir en terminale, par ex. « [Link]– Dynamiques territoriales contrastées au sein de la
mondialisation » et/ou de travailler avec le collègue de sciences économiques).
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PISTES D’EXPLOITATION POUR L’ENSEIGNEMENT AGRICOLE
Dans le sous-objectif :
3.2.3- Caractériser les espaces ruraux : une multifonctionnalité toujours plus marquée
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PISTES D’EXPLOITATION POUR L’ENSEIGNEMENT AGRICOLE
- stage « Étude d’une activité dans un territoire » : le film permet de suivre d’amont en aval les
conséquences de choix techniques et économiques.
Les différents éléments du film ayant trait à la liberté de la presse sont utilisables ici pour mettre en avant l’un
des principes de la démocratie.
La fabrique du Comment la presse peut-elle 14’56’’ : « Vous amusez pas à foutre par terre notre
silence participer à ou, au contraire, limiter belle région, l’agriculture c’est ce qui nous fait vire ici,
la révélation de scandales ? compris ? » (agriculteur)
Quelles formes de pression 25’24’’ « Faites attention à vous quand même. »
s’exercent sur les journalistes (Rolande)
(physiques, morales, financières ?...)
et les organes de presse ? Qui finance 26’30’’ menaces physiques et violence verbale de la
la presse écrite et audiovisuelle, qui part de l’agriculteur
possède la presse écrite et AV ? 28’40’’ « omerta »
1h05’38 à 1h06’28 arrêt de l’émission qui provoque
« trop de remous ». (Igor le rédacteur en chef)
1h22’40’’ modification malveillante de la page
wikipedia d’Inès
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PISTES D’EXPLOITATION POUR L’ENSEIGNEMENT AGRICOLE
2-Baccalauréat professionnel
Le travail dans cette filière est très contraint par un horaire d’enseignement hebdomadaire réduit (1H en
seconde et première) entrecoupé de périodes de stage.
Des propositions faites plus haut sont utilisables en redimensionnant leur durée.
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CORRIGÉ EMC
1/ De gauche à droite et de haut en bas : lanceur d’alerte, victime, témoin, victime, lanceur d’alerte, journaliste,
2/ Inès Léraud est une journaliste radio. Elle a le statut de journaliste « pigiste » : elle n’est pas salariée par un
média, elle propose ses sujets et est payée à la tâche (la « pige »). Cette situation induit une certaine précarité :
on comprend qu’Inès ne roule pas sur l’or ; quand son rédacteur en chef arrête les « chroniques bretonnes »,
elle se retrouve sans ressources et doit prendre un autre travail.
Le film donne à voir le travail quotidien du journaliste : Inès fait des recherches, elle rassemble des documents,
des preuves, des données scientifiques, elle recueille des témoignages audio pour son émission. Son enquête
repose sur des faits étayés et des témoignages sourcés. Elle cherche à avoir tous les points de vue (ceux des
autorités, ceux des agriculteurs) et respecte le principe du contradictoire.
Elle fait montre d’une certaine éthique avec les personnes qu’elle interviewe : elle les prévient qu’elle va les
enregistrer, leur demande leur autorisation, elle propose à certains de réécouter l’enregistrement pour valider
les propos qu’ils ont tenus.
3/ Inès enquête sur un sujet qui dérange, elle le comprend dès la scène dans le café breton au début du film. Elle
sait qu’elle s’attaque à des intérêts économiques et sociaux puissants, et risque de se faire des ennemis.
4/ On pourrait citer le moment où Inès s’efforce de convaincre Rosie Auffray d’entamer une procédure judiciaire
pour faire la lumière sur la mort de son mari. Elle sort alors de son rôle de journaliste, de simple observatrice,
pour agir et peser sur la situation.
6/ a/ Inès Léraud se heurte dans le film aux acteurs de l’agriculture intensive, qui ont peur d’être désignés
comme responsables de la pollution aux algues vertes et d’être obligés de changer de modèle : les agriculteurs
(celui qui menace Inès au début du film), leurs représentants ou ceux qui se présentent comme tels (Didier
Germain, qui incarne la FNSEA, syndicat majoritaire et tout-puissant), les familles et proches d’agriculteurs, les
employés des myriades d’entreprises qui participent du système agro-industriel breton. Comme le dit Rosy
Auffray, la femme du joggeur retrouvé mort, probablement intoxiqué aux algues vertes, « ici chaque famille a
quelqu’un qui travaille dans l’agro, donc personne n’ose critiquer » : cela explique le climat général d’hostilité
dans lequel Inès doit mener son enquête.
Elle se heurte également au silence des autorités : le responsable de la préfecture refuse de répondre à ses
questions et la menace même d’intenter un procès si elle le cite. Le vice-président de la Région lui accorde un
entretien puis le regrette car cet exercice de transparence lui « a été beaucoup reproché ».
b/ Inès Léraud fait également face à toute une série de pressions, plus ou moins voilées et menaçantes : elle
reçoit des insultes sur son téléphone, le bulletin de la coopérative la désigne comme une menace, sa page
Wikipedia est piratée pour l’annoncer comme morte, etc. Avant elle, ces menaces ont touché d’autres
personnes qui ont travaillé sur les algues vertes : fumier déposé devant la maison de André Ollivro, sabotage de
la voiture de Morgane Large, la journaliste locale. Mais le plus grave est sans doute l’arrêt de l’émission de radio
d’Inès, dû à la pression d’acteurs que le rédacteur en chef de la station refuse de nommer. Ces menaces diffuses,
cette omerta organisent confèrent au film une véritable tension dramatique, à la manière d’un thriller.
7/ Derrière la question des pollutions aux algues vertes, se pose aussi et surtout la question cruciale de la
transition vers un modèle écologiquement plus vertueux, transition qui mettrait en péril un modèle
productiviste sur lequel repose une bonne part du tissu social. On peut avancer l’hypothèse que ceux qui
conspuent Inès dépendent économiquement de l’industrie agro-alimentaire bretonne et craignent de voir ce
modèle remis en cause, alors que ceux qui la soutiennent travaillent dans d’autres secteurs et ont plus à cœur
de défendre leur cadre de vie. Leurs intérêts sont donc divergents et il n’est pas évident d’apporter une réponse
qui satisfasse tout le monde.
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CORRIGÉ SES
1/ Les économistes utilisent le terme d’externalités pour désigner toutes situations dans lesquelles le bien-
être d’individus peut être affecté par l’activité économique d’un autre agent, et ce sans aucune contrepartie.
On parle d’externalités positives ou négatives selon que le bien-être des individus est affecté favorablement
ou défavorablement.
Ici, la pollution liée à l’activité agricole est un exemple typique d’externalité négative. La pollution des sols,
des rivières et du littoral, qui provoque la prolifération d’algues vertes, constitue à l’évidence une nuisance
importante pour les habitants ; une nuisance qui ne donne lieu à aucune contrepartie.
2/ Il apparaît que l’intervention de l’Etat pour lutter contre la prolifération des algues vertes n’est
pas spontanée. Elle procède de la contrainte d’une décision de justice, une décision de la cour d’appel
administrative de Nantes du 1er décembre 2009, qui a reconnu et affirmé la responsabilité de l’Etat pour
l’obliger à agir.
Or si l’Etat a concédé de dépenser des millions pour « traiter » les algues vertes accumulées sur les plages,
il a refusé de contraindre plus avant les agriculteurs pour qu’ils changent véritablement leurs pratiques
d’exploitation. L’intervention de l’Etat paraît donc modérée et même ambigüe, puisque celui-ci continue à
prendre des mesures favorables aux « fermes usines », type d’exploitation particulièrement impliqué dans
cette pollution.
3/ Tous les indicateurs rendent compte du caractère essentiel de l’agriculture et l’agroalimentaire pour
l’économie bretonne. Par ailleurs, toutes ces activités sont extrêmement interdépendantes et finissent par
composer un véritable tissu économique. Par exemple, l’élevage suppose des activités d’amont (fabrication
de l’alimentation du bétail) et d’aval (l’abattage et le conditionnement).
4/ L’INSEE retient deux statuts pour les actifs : indépendant et salarié. Les agriculteurs, comme les artisans,
commerçants, chefs d’entreprises, comme les professions libérales sont des indépendants. « Selon le Code
de la sécurité sociale, les indépendants ou non-salariés se distinguent des salariés par l’absence de contrat
de travail, et par le fait qu’ils n’ont pas de lien de subordination juridique permanente à l’égard d’un donneur
d’ordre », précise l’INSEE.
Or il apparait bien dans le film que les agriculteurs – qu’ils soient éleveurs, maraichers ou autres – sont
justement très dépendants des entreprises de l’agroalimentaire qui leur achètent leurs produits. L’asymétrie
est évidente dans leur relation au regard de la forte concentration de cette branche.
5/ Si la théorie économique suppose souvent l’hypothèse de concurrence pure et parfaite (qui correspond à
la confrontation d’une multitude d’offreurs et d’une multitude de demandeurs), il existe, dans la réalité, bien
d’autres situations de marché comme le monopole, le monopsone ou l’oligopole.
La situation du marché des produits agricoles en Bretagne semble correspondre à un monopsone ou un
oligopole. Par exemple, certaines entreprises (comme Triskalia-Eureden, premier groupe agroalimentaire
présent en Bretagne, qui a contracté avec près de 16 000 agriculteurs) acquièrent des tailles qui les rendent
susceptibles de « peser » sur les marchés. Leur position de force leur permet en effet d’imposer prix et
quantité aux agriculteurs.
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CORRIGÉ SES
Les habitants n’ont pas toujours intérêt à dénoncer ces conditions de production, soit qu’ils ont dans leur
famille ou parmi leurs proches des agriculteurs ou des employés de ces entreprises agroalimentaires, soit
qu’ils comptent eux-mêmes prendre un emploi dans ces entreprises agroalimentaires.
7/ Le responsable FNSEA considère que la compétition internationale est un fait, un fait positif. Le but
de son action est de permettre aux agriculteurs bretons de se moderniser pour tenir leur rang et rester
compétitifs sur les marchés agricoles mondiaux, ce qui leur permettra de sauvegarder leurs exploitations et
leurs emplois.
Pour la journaliste Inès Léraud, cette guerre économique est perdue d’avance car des pays plus pauvres
produiront toujours moins cher. Cette stratégie oblige les agriculteurs à s’endetter et les contraint à la
surproduction ce qui suppose un usage intensif de pesticides et d’engrais. A terme, cela détruit la ressource
première que sont les sols et terres arables en les polluant, mais cela pollue aussi le reste de l’environnement,
rivières et littoral. Enfin, la journaliste considère que ce type de production intensive redistribue très
inégalement les gains de l’activité agricole : les exploitants perçoivent des revenus très faibles pour une charge
de travail très importante.
8/ Le tribunal reconnait que la mort de Thierry Morfoisse est directement liée à son activité professionnelle ;
il lui reconnait le statut d’accident du travail. Pour cela, le tribunal a dû établir la responsabilité du H2S dans le
décès et donc reconnaitre sa dangerosité.
9/ Cet agriculteur sait avoir été très virulent envers la journaliste quelques temps auparavant. Toutefois,
il veut l’alerter sur les conditions économiques très difficiles qui contraignent les agriculteurs bretons à
travailler beaucoup, dans des conditions dégradées, pour des revenus qui restent très faibles.
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CORRIGÉ GÉOGRAPHIE
I/ 1/
2/ En complément des réponses des élèves, voici un point historique sur l’évolution de l’agriculture bretonne :
a/ Les années glorieuses : les clés d’un système performant qui a profondément modifié les
paysages
- Porcheries et poulaillers hors-sol pour palier le manque de terres disponibles. Ceci contribue à
l’artificialisation des sols (bétonnisation).
- Apparition du maïs dans les années 1960 pour nourrir les bêtes (bon marché et gourmand en eau, mais la
Bretagne ne semble alors pas en manquer)
- Développement de nombreuses entreprises dans l’agroalimentaire qui ont permis à des régions entières
de connaître le plein emploi (exemple du Finistère : société Gad dans la région de Landivisiau, Bigard à
Quimperlé pour les bovins et les porcs, France Poultry à Châteaulin pour les volailles, Jean Hénaff pour les
porcs à Pouldreuzic). Quant au lait il, voit le développement de puissantes laiteries (comme Laïta à Ploudaniel,
filiale du groupe Even, qui existe depuis 1930).
- Les paysages de bocage disparaissent petit à petit pour faire place à des champs plus grands (remembrement),
afin de s’adapter aux contraintes de la mécanisation des fermes.
b/ Les remises en cause d’un modèle qui entre en crise
- La production intensive, qui reposait sur le cercle vertueux « élevage intensif > production massive de lisier
> utilisation du lisier comme engrais dans les champs > production de nourriture pour les élevages » entre en
crise. Les sols sont peu à peu saturés par les lisiers, la qualité des eaux se dégrade fortement (pollution aux
nitrates et aux pesticides).
- Face à la crise et aux critiques de plus en plus nombreuses, les pouvoirs publics interviennent : en 1998, la
circulaire Voynet-Le Pensec donne un coup d’arrêt à l’extension des élevages.
- Le remembrement imposé par la recherche d’une agriculture plus intensive a détruit le bocage, entrainant
une érosion des sols et une perte de biodiversité.
- La course à la production s’est fait au détriment des petits fermiers. Les agriculteurs ont dû s’endetter pour
répondre à la course au gigantisme des machines, les plus petites exploitations ont peu à peu laissé la place
à de gros acteurs. Pour rembourser les dettes il faut produire plus, ce qui entre en contradiction avec les
normes environnementales qui s’imposent avec plus de force depuis la fin des années 1990.
- Diverses crises ont frappé le secteur agroalimentaire, avec des faillites spectaculaires au début des années
2000 (groupe Doux, abattoirs Gad…) qui entraînent dans leur sillage des crises sociales majeures au niveau
local.
3/ Le remembrement, évoqué par Inès Léraud dans l’extrait, a profondément modifié les paysages des
campagnes bretonnes. On pourra faire une recherche sur le site Géoportail en exploitant les photos aériennes
grâce à l’outil « remonter le temps ». Il peut être intéressant de compléter cette approche par l’utilisation
des peintures de Lucien Pouëdras (on en aperçoit une dans le film) qui transmet cette mémoire des paysages
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CORRIGÉ GÉOGRAPHIE
4/ Pollution des sols, déclin de la biodiversité, pollution des eaux douces (cours d’eaux, nappes phréatiques :
« Ça fait dix ans que je ne bois plus l’eau de mon robinet» dit Rolande), de la mer et des plages (phénomène
des algues vertes). Les algues vertes et leur décomposition induisent un risque sanitaire, rare mais mortel
(cf les morts de joggueurs montrées ou évoquées dans le film, la mort de Thierry Morfoisse employé au
ramassage des algues). La prolifération des algues vertes menace aussi l’activité touristique et l’immobilier
(perte d’attractivité de la région).
5/ Les enjeux économiques et sociaux sont liés à la remise en cause d’un modèle d’agriculture intensive
néfaste à l’environnement, aux habitants et à certaines activités comme le tourisme, mais qui constitue le
principal secteur économique de la région bretonne, et fait vivre une grande partie de la population. L’État
a du mal à arbitrer entre les intérêts des uns et des autres, entre la préservation de la puissance agricole
bretonne (cf le discours du député européen sur la « guerre économique mondiale ») et la montée d’une
prise de conscience environnementale (lanceurs d’alerte, associations, médias).
6/ Tout sépare les opposants aux algues vertes et les défenseurs du modèle productiviste breton : ils
n’exercent pas les mêmes professions (salariés du tertiaire ou retraités - comme André Ollivro - vs
agriculteurs, ouvriers de l’agro-industrie), n’habitent souvent pas les mêmes zones (la pollution est générée
dans l’intérieur des terres alors que ses effets - marées vertes - se font ressentir sur le littoral). À cela s’ajoute
une dimension culturelle et identitaire : la remise en cause des algues vertes est souvent le fait de bretons
installés ou réinstallés plus récemment (André Ollivro qui a pris sa retraite en Bretagne, Inès qui s’installe
avec sa compagne), ce qui leur ôte toute légitimité pour certains acteurs locaux.
II/
Les campagnes
bretonnes et la
Enjeux sociaux mise en valeur
- Difficulté de reconversion d’une économie agricole
totalement tournée vers la production de Gestion durable
type agroindustriel (échanges de la journaliste - Combat des écologistes pour imposer des
avec les agriculteurs, transporteurs) normes destinées à une meilleure prise en
- Tension entre les nouveaux arrivants, de la compte des ressources
« ville », et les locaux (perceptible dès l’arrivée
en Bretagne, scène du bar)
Accès Transition - Réflexion sur une remise en cause du modèle
productiviste au profit d’une approche plus
- Question d’un patrimoine, d’une culture, vertueuse (questionnement avec FNSEA et
d’une mémoire des campagnes (peintures différents lanceurs d’alerte)
de Lucien Pouëdras, chanson traditionnelle,
utilisation du breton)
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SÉANCES SCOLAIRES
Le film LES ALGUES VERTES est disponible pour des projections scolaires à la demande
durant toute l’année scolaire 2023-2024, dans n’importe quel cinéma.
Les séances sont éligibles à la part collective du Pass Culture dans les cinémas qui l’acceptent.
Pour réserver, vous avez plusieurs possibilités :
- Contacter directement votre cinéma de proximité
- Utiliser la plateforme Adage de votre académie pour bénéficier d’un financement par le Pass Culture
N’hésitez pas à contacter Zérodeconduite pour plus d’informations :
contact@[Link] / 01 40 34 92 08
CRÉDITS DU DOSSIER
Dossier pédagogique rédigé par Vital Philippot, Ludovic Chevassus pour les Clionautes (Repères,
Activités EMC et Géographie), Guy Dreux (Activités SES) et Agnès Terrieux (Pistes pédagogiques pour
l’enseignement agricole) pour le site Zérodeconduite, en partenariat avec Haut et court.
Photos et photogrammes du film : © Haut et court