Droit Commercial
Droit Commercial
BTS
Semestre 1
DROIT COMMERCIAL
Par :
Dame CHAKOUNTÉ NJAMEN Stella
Docteur /Ph. D en droit privé
1
OBJECTIFS
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
Point n’est besoin de nourrir l’ambition de devenir juriste pour s’intéresser au droit.
Le droit pénètre l’existence humaine, depuis la conception d’une personne jusqu’après sa
mort en passant par sa vie, ponctuée de diverses relations fraternelles, paternelles, conjugales,
contractuelles et d’affaires. De même, les aspirants aux professions de la filière ……….. ont
intérêt à développer des aptitudes en droit des affaires, non seulement pour leur gouverne (par
exemple s’ils veulent créer leur propre entreprise avec ou non des employés et/ou des
apprentis), mais aussi pour rendre service aux tiers. Après avoir défini le terme « Droit
commercial » (I), nous verrons l’intérêt (II) et les sources (III).
Depuis le code de commerce de 1807 un certain nombre de réglementation ont été adoptés.
On avait des lois qui abrogeaient des dispositions du code de commerce mais qui n’étaient pas
forcément incluses dans le Code de commerce.
A- Les sources internes
Le Cameroun indépendant n’a pas beaucoup modifié la réglementation française issue
de la colonisation. On retrouve ici les sources classiques : constitution, conventions
internationales, lois et règlements, jurisprudence. - La loi : règle écrite, générale, obligatoire,
permanente élaborée par le parlement pour régir la vie en société. Il faut noter que le DC étant
un droit d’exception, le droit civil s’appliquera à toutes les questions pour lesquelles des
textes spéciaux ne prévoient pas de solutions particulières. Exp loi N° 2015/018 du 21
Décembre 2015 sur l’activité commerciale au Cameroun. C’est l’élément le plus important. -
2
la jurisprudence : solution donnée par un ensemble de décisions suffisamment concordantes
rendues par les juridictions sur une question de droit. Elle joue un rôle tout aussi important
que la loi en ce sens que l’évolution rapide des techniques commerciales oblige les juges à
faire œuvre de jurisprudence c’est-à-dire à donner des solutions précises aux questions qui se
posent en DC. - la coutume ou les usages: il s’agit de toute règle de droit non textuelle ou non
écrite se caractérisant par un élément matériel résidant dans l’application constante
(suffisamment prolongée) et générale d’une pratique ou d’un usage ancien et par un élément
moral résidant dans la croyance chez les sujets de droit au caractère obligatoire des usages
auxquels ils se conforment spontanément. Ce sont des sources originales constituées par les
usages aussi bien conventionnels (ayant un caractère supplétif) que légaux (avec un caractère
impératif. Exp art. 1202 C.civ qui présume la solidarité entre commerçants). - la doctrine :
c’est concrètement l’ensemble des travaux (écrits, ouvrages, thèses…) des auteurs juristes
Dans certains cas, le législateur tient souvent compte des opinions ou avis formulés par les
doctrinaires dans l’élaboration d’une loi. La doctrine oriente aussi le juge en ce sens qu’elle
peut orienter leurs décisions judiciaires. B- Les sources internationales et régionales 1-
Sources internationales Il est principalement question des conventions/traités internationaux
régulièrement ratifiés qui fournissent les règles chargées de réglementer les rapports entre
partenaires commerciaux relevant d’Etats différents (DCI). 2- Source régionale : l’OHADA
En 1993, les pays africains de la zone franc ont mis en place une structure qui organise
aujourd’hui un droit des affaires commun : c’est l’OHADA. Le traité OHADA a été signé le
17 octobre 1993 à Port-Louis en Ile Maurice et a été révisé le 17 octobre 2008 à Québec. Il a
pour but de doter les Etats de la zone franc, d’un droit des affaires commun. Depuis le 1er
janvier 1998 la législation commerciale a été complètement revue et corrigée. L’Acte
Uniforme portant Droit Commercial General est venu remplacer une législation vieillotte et
archaïque et devenue inadaptée à la vie moderne des affaires. Cet AUDCG a été révisé le 15
décembre 2010 introduisant
de nombreuses innovations notamment la nouvelle définition du commerçant, le statut de
l’entreprenant, l’informatisation du RCCM, le bail à usage professionnel … NB : les AU, une
fois adoptés, sont d’application directe et se substituent aux droits nationaux existants et
applicables avant l’entrée en vigueur desdits AU. Par ailleurs, l’OHADA met en place une
CCJA car l’unification du Droit des affaires doit s’accompagner d’une uniformisation de
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l’interprétation de celui-ci. Cette tâche incombe à la CCJA qui est le juge de cassation dans le
contentieux relatif à l’interprétation et à l’application des AU. Elle se prononce sur les
décisions rendues par les juridictions (appel ou 1er et dernier ressort) des Etats membres. La
CCJA abrite aussi une institution d’arbitrage. L’arbitrage est une procédure ou un mode de
règlement des litiges par lequel les parties à un différend commercial confient à des personnes
privées, librement désignées par elles et appelées arbitres, la mission de trancher leur litige.
C’est une exception à l’exclusivité de la compétence des juridictions étatiques de régler les
contestations d’ordre juridique. NB : Moyens de recours à l’arbitrage (V. art. 3 et 3-1 AUA
adopté le 23 novembre 2017 et entré en vigueur le 15 mars 2018) : L'arbitrage peut être fondé
sur une convention d'arbitrage ou sur un instrument relatif aux investissements, notamment un
code des investissements ou un traité bilatéral ou multilatéral relatif aux investissements. La
convention d'arbitrage prend la forme d'une clause compromissoire ou d'un compromis. - La
clause compromissoire est la convention par laquelle les parties s'engagent à soumettre à
l'arbitrage les différends pouvant naître ou résulter d'un rapport d'ordre contractuel. NB : Ici,
la convention est antérieure à la naissance du litige. - Le compromis est la convention par
laquelle les parties à un différend déjà né conviennent de le régler par la voie de l'arbitrage.
NB : Ici, la convention est postérieure à la naissance du litigeLa convention d'arbitrage doit
être faite par écrit, ou par tout autre moyen permettant d'en administrer la preuve, notamment
par la référence faite à un document la stipulant
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PREMIÈRE PARTIE : LES SUJETS DU DROIT
COMMERCIAL
Le droit des affaires est classiquement appelé le droit des commerçants parce que ces
derniers en sont les principaux acteurs. Les critères de qualification d’un commerçant
diffèrent selon qu’on est en présence d’une personne physique (section 1) ou d’une personne
morale (section 2). Le simple fait d’être intermédiaire de commerce suffit également pour
acquérir cette qualité de commerçant (section 3).
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auprès d’aucune autorité. C’est une différence fondamentale avec le commerçant, personne
morale, qui a besoin pour exister régulièrement, d’être immatriculé au Registre du commerce
et du crédit mobilier en abrégé RCCM.
Après avoir donné une définition de l’acte de commerce par nature, l’article 3 relève
qu’ont le caractère d’acte de commerce par nature :
- L’achat de biens, meubles ou immeubles, en vue de leur revente (il s’agit du fait
pour toute personne d’acheter des biens dans l’intention de les revendre plus cher que le prix
d’achat pour faire des bénéfices. Cet acte est un acte de commerce même si par la suite le
bien n’est plus vendu parce qu’on ne trouve pas preneur ou pour une autre raison) ;
- Les opérations de banque, de bourse, de change, de courtage, d’assurance et de
transit (les assureurs, les banquiers sont des commerçants) ;
- Les contrats entre commerçants pour les besoins de leur commerce ;
- L’exploitation industrielle des mines, carrières et de tout gisement de ressources
naturelles (cette exploitation doit être distinguée de l’exploitation artisanale. Les artisans ont
pour but de transformer les objets à leur possession alors que dans l’exploitation industrielle
des mines et des carrières, le critère le plus important, est celui de l’extraction).
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Le commerce facilite la transmission ou la circulation des richesses. Le producteur et le consommateur ne sont
pas des commerçants car, l’acte de production et l’acte de consommation n’opère aucune entreprise.
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Le commerce facilite la production des gains. L’exploitant de mines qui ne s’entremet pas dans la circulation
des richesses spécule néanmoins.
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- Les opérations de location de meubles ;
- Les opérations d’intermédiaires de commerce, telles que la commission, le courtage,
l’agence commerciale, ainsi que les opérations d’intermédiaire pour l’achat, la souscription, la
vente ou la location d’immeubles, de fonds de commerce, d’actions ou de parts de sociétés
commerciales ou immobilières (les intermédiaires de commerce sont qualifiés par l’AUDCG
comme étant des commerçants. Par conséquent, tous leurs actes doivent être considérés
comme des actes de commerce).
- Les actes effectués par les sociétés commerciales.
L’acte de commerce par nature ne constitue toutefois pas la seule catégorie d’acte
commercial. Il existe aussi des actes de commerce par la forme (article 4 de l’AUDCG) que
sont :
- Le warrant (est une variété de billet à ordre souscrit par un commerçant et garanti par un
stock de marchandises disposées dans un magasin).
- Le billet à ordre (est un écrit par lequel une personne appelée souscripteur s’engage à
payer à une époque déterminée une somme d’argent déterminée à une personne appelée
bénéficiaire).
- La lettre de change, (encore appelée traite est un écrit par lequel une personne appelée
tireur, donne l’ordre à une autre personne appelée tiré, de payer une certaine somme
d’argent à une troisième personne appelée bénéficiaire, à une date déterminée).
Cependant, les actes de commerce par la forme ne confèrent pas la qualité de
commerçant. Il ne suffit pas en effet pour une personne de signer régulièrement des traites
pour devenir commerçant. Seuls le peuvent les actes commerciaux par nature, encore que ce
soit une habitude.
§2- La profession
Exercer une profession suppose d’une part se livrer à une activité réelle sur la durée et
d’autre part y tirer l’essentiel de ses revenus. Cela suppose une certaine habitude, une
répétition dans le temps des mêmes actes. Que faire toutefois si la personne cumule des
activités ? Toute personne peut-elle exercer la profession de commerçant ?
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A- L’habitude
L’accomplissement des actes de commerce par nature doit se faire habituellement pour
conférer la qualité de commerçant à la personne physique. La profession commerciale
suppose donc une certaine habitude, une répétition dans le temps des mêmes actes. Une
personne qui saisit l’occasion d’une opportunité isolée pour poser des actes de commerce par
nature ne peut pas être considérée comme un professionnel commerçant.
En faisant application du principe populaire selon lequel il ne faut pas mettre tous ses
œufs dans un même panier, la personne physique peut se livrer simultanément à plusieurs
activités parmi lesquelles l’activité commerciale. Il se posera alors la question de savoir s’il
faut la considérer comme exerçant la profession de commerçant ou s’il faut plutôt considérer
qu’elle exerce une profession civile. C’est l’exemple d’un dessinateur en construction
mécanique qui est employé d’une société et qui régulièrement et parallèlement au travail en
entreprise propose en vente des pièces détachées de voiture qu’il commande de l’étranger.
S’il fallait inscrire une profession sur sa carte nationale d’identité, mettrait-on à juste titre
qu’il est commerçant ou qu’il est dessinateur ?
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des actes de commerce par nature à titre de profession habituelle, cependant la loi ne le leur
concède pas. Il s’agit des personnes dénuées de la capacité commerciale. La loi restreint ainsi
le principe de la liberté de commerce en prévoyant :
- un âge minimum pour exercer le commerce (21 ans) 3 ou à défaut, le mineur doit être
émancipé4, le non-respect de cette exigence entraîne la nullité relative de l’acte de commerce
passé ;
- que le candidat ne soit pas frappé d’une interdiction à faire le commerce en raison
d’une condamnation pénale ou disciplinaire assortie d’une interdiction temporaire ou
définitive d’exercer l’activité commerciale ;
- En ce qui concerne les personnes majeures, l’AUDCG est muet sur la question. Pour
résoudre la question, il faut se référer au droit commun de la capacité tel que régi par le Code
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L’article 7 al.1 de l’AUDCG dispose que « le mineur sauf s’il est émancipé, ne peut avoir la qualité de
commerçant, ni effectuer des actes de commerce ».
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L’émancipation découle du mariage ou d’une décision de la juridiction compétente, à la demande de ses parents
ou tuteurs légaux
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Article 7 al.2 de l’AUDCG : « Le conjoint du commerçant n’a la qualité de commerçant que s’il accomplit les
actes visés aux articles 3 et 4 ci-dessus, à titre de profession et séparément de ceux de l’autre conjoint ».
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Article 8 al. 1 de l’AUDCG, « Nul ne peut exercer une activité commerciale lorsqu’il est soumis à un statut
particulier établissant une incompatibilité ». L’incompatibilité doit être prévue par un texte.
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civil applicable au Cameroun. Au regard de ce texte, le majeur sous protection judiciaire,
considéré comme un faible d’esprit, a la possibilité de devenir commerçant sans aucune
restriction. En revanche, le majeur sous tutelle est considéré sur le plan juridique comme
étant un mineur non émancipé et, par conséquent, il ne saurait avoir la qualité de commerçant
ni accomplir valablement les actes de commerce. Quant au majeur en curatelle, il peut avoir
la qualité de commerçant, à condition d’être assisté de son curateur, et notamment pendant les
périodes de crises.
L’autorisation doit être obtenue avant le début de l’activité concernée. Il ne suffit donc
pas qu’elle soit demandée, pour que la personne commence l’exploitation. Pour certains
commerçants, ils doivent se faire inscrire sur une liste dressée par l’autorité publique ou
professionnelle. C’est le cas des pharmaciens, des exploitants de laboratoires, experts
comptables qui doivent s’inscrire sur le fichier national de l’ordre de la profession
concernée.
Application : Répondez aux questions en utilisant un seul mot. À la limite admettrai-je un groupe
de mots. Une seule réponse fausse annule l’ensemble des points affectés à la question
correspondante.
1- Quels sont les critères de distinction entre un acte de commerce et un acte civil ?
-…………………………………………………………
-…………………………………………………………… (0.5 point)
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2- L’étudiant qui, parce qu’il rencontre une difficulté financière en cours de scolarité, achète des
vêtements au déballage, en vue de les revendre à un meilleur prix dans les mini-cités, est-il
commerçant ? ………….
Quel est le critère de la commercialité qui justifie votre choix………………………… (1 point)
Une fois qu’un individu est devenu commerçant, il a des droits et des
obligations.
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Section 2 : Le commerçant, personne morale : la société commerciale
Voir semestre 2
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commerçant, puisqu’il jouit d’une grande liberté dans l’organisation de son activité et en
supporte les risques9.
Les relations entre l’intermédiaire et le mandant sont définis par le contrat de mandat qui
les lie. Ce contrat peut être à durée déterminée ou non, écrit ou verbal selon les termes de
l’article 176 de l’AUDCG qui admet au demeurant la preuve de son existence par tous
moyens. Selon la CCJA, les juges du fond jouissent d’un pouvoir d’appréciation souverain en
la matière : « contrairement à ce que prétend la requérante, la Cour d’appel n’a pas
totalement ignoré les documents qu’elle a produits, car l’arrêt attaqué fait expressément état
de ces documents ; que cependant, la Cour d’appel ne leur a pas accordé la valeur probante
que la requérante souhaiterait qu’elle leur accorde »(Arrêt n° 010/2002 du 21 mars 2002,
aff. Sté Négoce Ivoire c/ Sté GNAB, Juridata n° J010-03/2002).
Le contrat d’intermédiaire de commerce fait naître des droits et des obligations à l’égard
des parties. L’intermédiaire de commerce est ainsi tenu envers son mandant d’un devoir de
bonne et fidèle exécution du contrat. Cela suppose qu’il doit exécuter les tâches qui lui sont
confiées avec loyauté et diligence (aussi vite que possible). Ce qui l’interdit par exemple de se
porter acquéreur d’un bien qu’il est chargé de vendre ou de le vendre à un prix dérisoire. S’il a
le droit de choisir les moyens et les voies pour accomplir sa mission, l’obligation de diligence
lui impose ceux qui paraissent le plus aptes à atteindre le but recherché par le mandant.
L’intermédiaire de commerce est tenu en principe d’exécuter lui-même le mandat puisque
conformément à l’article 2003 du Code civil, le mandat est un contrat intuitu personae.
Cependant, les exigences de la vie commerciale peuvent amener les parties à stipuler le
contraire, c’est du reste ce que prévoyait l’ancien article 158, al. 3 de l’AUDCG. Le nouvel
AU n’a pas repris cette possibilité. Pourtant, une jurisprudence française (Cass. Soc. 9 janv.
1974, Bull. civ. V, n 24) et la doctrine (Ph. PETEL, Les obligations du mandataire, éd. Litec,
1988, n° 312) ont admis la licéité de la substitution de mandataire. L’intermédiaire est
également tenu d’une obligation de rendre compte. Cette reddition des comptes est prévue à
l’article 187 de l’AUDCG et doit être satisfaite à tout moment à la demande du mandant. Elle
s’étend au paiement de l’intérêt des sommes dont le mandataire est reliquataire, autrement dit,
les sommes qu’il a gardé par devers lui et qu’il aurait dû rendre une fois le contrat exécuté.
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Le mandant est tenu d’une obligation générale de bonne foi qui revêt la forme d’un devoir
de coopération, une sorte d’affectio contractus (AKUETE PEDRO SANTOS et J. YADO
TOE, OHADA, Droit commercial général, Juirscope 2002, n° 409). Il a l’obligation de mettre
le mandataire en mesure d’exécuter sa mission, ce qui suppose qu’il doit tout mettre en œuvre
pour lui faciliter la tâche, en fournissant par exemple les informations et les documents qui lui
seront utiles dans l’exécution de sa mission. Il doit en outre se garder d’entraver l’exécution
de la mission du mandataire, en exécutant lui-même cette mission. Il est en outre tenu de
payer la rémunération convenue dans le contrat. Le paiement de la rémunération ne dépend
pas du succès de la mission. Le mandant supporte aussi les conséquences financières de
l’activité. Il doit notamment, conformément à l’article 186 de l’AUDCG, rembourser à
l’intermédiaire, en principal et intérêts, les avances et frais que celui-ci a engagés pour
l’exécution régulière du mandat, et le libérer des obligations contractées, à moins qu’il ne
s’agisse du commissionnaire qui agit en son nom propre mais pour le compte du commettant.
A- L’agent commercial
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Ce contrat est conclu dans l’intérêt commun des deux parties. Une obligation
particulière de loyauté s’impose aux parties tant au moment de la conclusion du contrat qu’au
moment de son exécution. Pour l’agent commercial, elle se traduit par une obligation de non
concurrence. Par conséquent, il ne peut représenter des entreprises concurrentes sans l’accord
du mandant, mais peut représenter des mandants non concurrents (toute la question va être de
savoir ce qu’on entend par produit concurrent. En cas de doute, il revient aux juges de fond
d’apprécier s’il s’agit ou non des produits identiques). De même, il ne peut développer sans
rompre la communauté d’intérêts qui le lie au mandant une activité concurrente pour son
propre compte. Mais dans le silence des textes, une clause contractuelle limitant cette liberté
du mandataire serait souhaitable, à l’instar de la clause de non-concurrence qui figure
régulièrement dans le contrat en cas de rupture des relations commerciales. Le mandant est
aussi tenu du secret professionnel pendant et après son mandat (art. 219 AUDCG).
Les deux parties sont en outre tenues d’une obligation d’information comme dans tout
contrat d’intermédiaire de commerce.
B- Le courtier
L’article 208 de l’AUDCG définit le courtier comme étant « un professionnel qui met
en rapport des personnes en vue de faciliter ou faire aboutir la conclusion de conventions
entre ces personnes ».Le courtier est un professionnel qui, agissant en son propre nom, a pour
rôle de rapprocher les parties au contrat envisagé en mettant tout en œuvre pour concourir à
son aboutissement. Il n’a donc pas le pouvoir comme l’agent commercial de conclure le
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contrat. Son devoir se limite à la recherche de la clientèle, à la préparation des documents
contractuels devant permettre de conclure le contrat.
Le courtier est tenu de demeurer indépendant vis-à-vis des parties. Il ne peut intervenir
personnellement dans la conclusion du contrat, sauf accord des parties. Il est tenu de faire tout
son possible pour faciliter la conclusion du contrat, en donnant aux parties tous les
renseignements utiles. Le courtier engage ainsi sa responsabilité s’il propose en connaissance
de cause la conclusion d’un contrat avec une partie qu’elle savait insolvable. Il est tenu
également d’une obligation de loyauté envers les parties. Aux termes de l’article 215 de
l’AUDCG, est déloyal le courtier qui reçoit une rémunération du client à l’insu du
commettant.
C – Le commissionnaire
Le commissionnaire doit être loyal envers le commettant (art. 194 AUDCG). Il doit
agir de façon à servir au mieux les intérêts du commettant. Pour cela, il doit suivre à la lettre
les indications contenues dans le mandat. Il ne peut acheter pour son propre compte les
marchandises qu’il était chargé de vendre ou vendre ses propres marchandises au commettant.
Cette obligation n’est pas d’ordre public car les parties peuvent y déroger par une clause
contractuelle. Mais la loyauté commande au commissionnaire en toute hypothèse de
communiquer à son commettant toute information utile relative à l’opération envisagée et de
lui rendre compte de l’exécution de la mission. Par contre, le commissionnaire n’est pas
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garant de l’exécution des engagements contractés par des tiers à moins qu’il ne se soit engagé
à garantir l’exécution du contrat au moyen d’une clause de ducroire.
Section 1 : L’entreprenant
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intervenue le 15 décembre 2010 à Lomé. Son statut, bien que proche de celui du commerçant
ne manque pas de faire ressortir sa spécificité et son autonomie. En le définissant, le
législateur de l’OHADA a fait ressortir les conditions à remplir pour acquérir cette qualité et
par la suite, n’a pas manqué de préciser ses droits et obligations.
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En disposant que « l’entreprenant… sur simple déclaration prévue dans le présent Acte
uniforme, exerce une activité professionnelle… », l’article 30 AUDCG conditionne l’accès à
cette profession à une déclaration. Dès lors, trois questions nous préoccupent : quand se fait la
déclaration ? Où se fait la déclaration ? Quelle est la conséquence du défaut de déclaration ? -
Le moment de la déclaration. La définition susmentionnée ne précise pas le moment de la
déclaration. Il faut se référer aux dispositions de l’article 62 al. 3 aux termes desquelles 32 «
l’entreprenant ne peut commencer son activité qu’après réception de ce numéro de déclaration
d'activité… ». Ceci revient à dire que la déclaration est préalable à l’activité de l’entreprenant.
Elle conditionne le début de l’exercice de sa profession. Il doit le faire avant d’accomplir une
quelconque activité en cette qualité. Autrement dit, la déclaration n’est pas une obligation de
l’entreprenant, mais une condition de validité de sa qualité.
19
entreprise. Il sera ainsi agriculteur de fait, commerçant de fait ou artisan de fait selon la nature
de son activité.
Les droits et les obligations de l’entreprenant sont parfois calqués sur ceux du
commerçant.
20
L’entreprenant, à l’instar du commerçant, a certains avantages :
- Ses actes sont soumis à la prescription courte de 5 ans (art. 33 de l’AUDCG) ; Il peut
bénéficier du droit au renouvellement du bail commercial. Mais contrairement au commerçant
qui bénéficie de plein droit de ce renouvellement, l’entreprenant doit avoir inséré une telle
clause dans le contrat de bail pour pouvoir en bénéficier (art. 134, al.2). Il en est même pour la
fixation judiciaire du montant du loyer du bail renouvelé. P2 : Les obligations comptables de
l’entreprenant
- L’entreprenant est tenu d’établir, dans le cadre de son activité, au jour le jour, un
livre mentionnant chronologiquement l’origine et le montant de ses ressources en distinguant
les règlements en espèces des autres modes de règlement d’une part, la destination et le
montant de ses emplois d’autre part. Ledit livre doit être conservé pendant cinq ans au moins
(art. 31);
S’agissant du BAUP :
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Il arrive qu’un commerçant exploite son FC dans un immeuble dont il est propriétaire.
Il n’y a pas de contrat de location. Très souvent le propriétaire du FC n’est pas propriétaire de
l’immeuble dans lequel il l’exploite, il va donc conclure un contrat de location avec le
propriétaire. C'est alors que l’on parle de droit au bail : droit de jouissance des lieux résultant
de ce contrat à l’encontre du propriétaire. Le droit au bail fait partie des éléments du FC et
peut être cédé avec le fonds. Il a une très grande importance pratique car c'est lui qui va
conditionner la situation géographique du fonds laquelle situation est un élément fondamental
du ralliement de la clientèle. Le FC sert à distinguer le commerçant de ses concurrents et à
satisfaire les besoins de la clientèle. Le législateur est intervenu pour protéger le Droit au bail
et donc les commerçants. Définition : selon l’art 103 AUDCG, est réputé bail à usage
professionnel toute convention, écrite ou non, entre une personne investie par la loi ou une
convention du droit de donner en location tout ou partie d’un immeuble compris dans le
champ d’application de ce bail, et une autre personne physique ou morale, permettant à celle-
ci, le preneur, d’exercer dans les lieux avec l’accord de celle-là, le bailleur, une activité
commerciale, industrielle, artisanale ou toute autre activité professionnelle. Simplement, le
contrat de bail commercial est un contrat par lequel le titulaire d’un FC obtient, contre une
rémunération (loyer) qu’il va verser, le droit à la jouissance d’un immeuble appartenant à un
cocontractant nommé bailleur.
L’objectif pour le locataire est d’y exercer son activité commerciale. La perte du droit
au bail peut entraîner la perte d’une partie ou de la totalité de la clientèle. C'est pourquoi très
tôt, les commerçants ont exercé une pression sur le législateur pour obtenir de celui-ci une
protection efficace, plus que celle qui leur était accordée au titre du Droit commun pour le
bail. On a refusé de se soumettre à ce Droit commun car celui-ci était basé sur une relation
contractuelle équilibrée en faveur du propriétaire. Le législateur est donc intervenu pour
proposer un statut particulier des baux commerciaux.
§1- Les conditions d’application du statut des BUP : les locaux et contrats concernés
Pour que le Droit des BUP s’applique, on doit être en présence d’un immeuble ou local et il
faudra déduire de conséquences claires de cela. On doit être en présence d’une exploitation
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commerciale, d’un contrat de bail et de certaines qualités de la personne du bailleur et de celle
du locataire. Selon l’art. 101 AUDCG les dispositions sur le bail à usage professionnel sont
applicables à tous les baux portant sur des immeubles rentrant dans les catégories suivantes :
3) terrains nus sur lesquels ont été édifiées, avant ou après la conclusion du bail, des
constructions à usage industriel, commercial, artisanal ou à tout autre usage professionnel, si
ces constructions ont été élevées ou exploitées avec le consentement exprès du propriétaire ou
portées à sa connaissance et expressément agréées par lui.
NB : La loi ajoute que ces dispositions sont également applicables aux personnes
morales de droit public à caractère industriel ou commercial, et aux sociétés à capitaux
publics, qu'elles agissent en qualité de bailleur ou de preneur.
A- Existence d’un immeuble ou d’un local Principe : Les locaux qui font l’objet du
contrat le bail doivent être des immeubles destinés à l’exercice d’une activité commerciale ou
assimilée. Il s’agit : - des locaux dans lesquels le commerce est exercé ; - des locaux
accessoires : Dans l’hypothèse où le local accessoire n’appartient pas au même propriétaire
que le local principal, la location doit avoir été consentie par le propriétaire en toute
connaissance de cause. Ce propriétaire du local accessoire doit avoir été averti de l’utilisation
jointe du local. - des terrains nus : Ils sont considérés comme affectés à l’exercice d’une
activité commerciale quand on a édifié sur eux des constructions à usage commercial. Les
juges du fond vérifient systématiquement qu’il s’agit de véritables constructions et que le
propriétaire du terrain a donné son consentement exprès. A contrario, les terrains nus sans
construction n’ont aucune affectation précise et ils ne sont pas plus affectés à Droit
23
Commercial Général BTS – Dr Paulin KAMDEM 30 une activité commerciale qu’à une
autre. C'est pourquoi la location d’un terrain nu non construit n’entre pas dans la catégorie des
baux commerciaux.
*Dans le cas où l’immeuble appartient aux époux, le bail ne peut en principe être
conclu qu’avec le consentement des deux (il faut surtout tenir compte du régime matrimonial
applicable).
*Quand le Droit réel exercé sur l’immeuble est démembré entre le nu-propriétaire et
l’usufruitier, ce dernier ne peut pas conclure seul le bail, il doit solliciter le consentement du
nu-propriétaire.
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2- Le locataire (preneur) : il a la qualité de commerçant quand il exploite lui-même
son FC. Quand il le met en location-gérance, il perd en principe cette qualité de commerçant
mais va tout de même pouvoir continuer à bénéficier du statut des baux commerciaux. Le
mode d’exploitation du FC est cependant indifférent, le locataire peut l’exploiter lui-même,
par ses préposés ou par un gérant salarié. Ce qui compte est que le locataire soit immatriculé
au RCCM.
a- Les droits du locataire - Le locataire est en droit d’obtenir la délivrance des lieux
loués mais aussi le maintien de ce local en bon état d’entretien. - En parallèle, le locataire doit
aussi pouvoir jouir paisiblement de ce local (ce qui n’exclut pas la possibilité pour le bailleur
de louer dans le même immeuble à un concurrent du locataire un autre local pour l’exercice
d’une activité similaire (sauf clause de non concurrence). Le propriétaire peut lui-même
concurrencer le locataire : liberté contractuelle).
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- Exploitation des locaux donnés à bail : Le preneur est tenu d’exploiter les locaux
donnés à bail, en bon père de famille, et conformément à la destination prévue au bail ou, à
défaut de convention écrite, suivant celle présumée d’après les circonstances.
NB : A l'expiration du bail, le preneur qui, pour une cause autre que celle prévue à
l'article 126, se maintient dans les lieux contre la volonté du bailleur doit verser une indemnité
d'occupation égale au montant du loyer fixé pendant la durée du bail, sans préjudice
d'éventuels dommages et intérêts.
- Obligation de délivrance : Le bailleur est tenu de délivrer les locaux en bon état. Il
est présumé avoir rempli cette obligation lorsque le bail est verbal ou lorsque le preneur a
signé le bail sans formuler de réserve quant à l'état des locaux.
- Obligation d’entretien : Le bailleur fait procéder, à ses frais, dans les locaux donnés
à bail à toutes les grosses réparations devenues nécessaires et urgentes. Dans ce cas, le
preneur en supporte les inconvénients. Les grosses réparations sont notamment celles des gros
murs, des voûtes, des poutres, des toitures, des murs de soutènement, des murs de clôture, des
fosses septiques et des puisards.
26
NB : Le montant du loyer est alors en principe diminué en proportion du temps et de
l'usage pendant lequel le preneur a été privé de la jouissance des locaux. Si les réparations
urgentes sont de telle nature qu’elles rendent impossible la jouissance du bail, le preneur peut
en demander la suspension pendant la durée des travaux à la juridiction compétente statuant à
bref délai. Il peut également en demander la résiliation judiciaire à la juridiction compétente.
NB : Lorsque le bailleur refuse d’assumer les grosses réparations qui lui incombent, le
preneur peut se faire autoriser par la juridiction compétente, statuant à bref délai, à les
exécuter conformément aux règles de l'art, pour le compte du bailleur. Dans ce cas, la
juridiction compétente fixe le montant de ces réparations et les modalités de leur
remboursement. - Garanties des troubles de jouissance : « Le bailleur est responsable envers
le preneur du trouble de jouissance survenu de son fait, ou du fait de ses ayants droit ou de ses
préposés » (art. 109 AUDCG). Par ailleurs :
* Le bailleur ne peut, de son seul gré, ni apporter des changements à l'état des locaux
donnés à bail, ni en restreindre l'usage. Il est responsable envers le preneur du trouble de
jouissance survenu de son fait, ou du fait de ses ayants-droit ou de ses préposés.
* Le bail ne prend pas fin par la cessation des droits du bailleur sur les locaux donnés à
bail. Dans ce cas, le nouveau bailleur est substitué de plein droit dans les obligations de
l’ancien bailleur et doit poursuivrel’exécution du bail. Il ne prend pas non plus fin par le décès
de l'une ou l'autre des parties. En cas de décès du preneur, personne physique, le bail se
poursuit avec les conjoints, ascendants ou descendants qui en ont fait la demande au bailleur
par signification d’huissier ou notification par tout moyen permettant d’établir la réception
effective par le destinataire, dans un délai de trois mois à compter du décès.
27
B- Les modalités du bail Certaines particularités permettent de constater que le
locataire dispose d’avantages majeurs quant à la durée du bail, au montant du loyer, à
l’utilisation des lieux.
1- La durée du bail
- Les parties fixent librement la durée du bail. Le bail à usage professionnel peut être
conclu pour une durée déterminée ou indéterminée.
- A défaut d’écrit ou de terme fixé, le bail est réputé conclu pour une durée
indéterminée. Le bail prend effet à compter de la signature du contrat, sauf convention
contraire des parties.
2- Le montant du loyer
- Les parties fixent librement le montant du loyer, sous réserve des dispositions
législatives ou réglementaires applicables (Au stade de la formation du contrat, le montant du
loyer est librement fixé entre les parties. Ce sont donc les parties qui, en vertu de l’article
1134 C.civ, vont déterminer la somme correspondant à la location du bien).
- Le loyer est révisable dans les conditions fixées par les parties ou à défaut lors de
chaque renouvellement.
NB : A défaut d'accord écrit entre les parties sur le nouveau montant du loyer, la
juridiction compétente, statuant à bref délai, est saisie par la partie la plus diligente. Pour fixer
le nouveau montant du loyer, la juridiction compétente tient notamment compte des éléments
suivants : la situation des locaux, leur superficie, l'état de vétusté, le prix des loyers
commerciaux couramment pratiqués dans le voisinage pour des locaux similaires.
NB : Lors de l’entrée dans les lieux, le bailleur peut exiger le versement d’un pas de
porte ou droit d’entrée qui est une somme souvent versée au bailleur par le locataire lors de
28
l’entrée dans les lieux (en vue d’obtenir la jouissance du local et de bénéficier des garanties
légales qui y sont attachées).
3- L’utilisation des lieux Le commerçant peut modifier l’usage des lieux. Il existe
deux types de déspécialisation :
A- Cession du bail
- Si le preneur cède le bail et la totalité des éléments permettant l’activité dans les
lieux loués, la cession s’impose au bailleur. Si le preneur cède le bail seul ou avec une partie
des éléments permettant l’activité dans les lieux loués, la cession est soumise à l’accord du
bailleur.
- Toute cession du bail doit être portée à la connaissance du bailleur par signification
d'huissier de justice ou notification par tout moyen permettant d'établir la réception effective
par le destinataire, mentionnant : l'identité complète du cessionnaire, son adresse et le cas
échéant, son numéro d'immatriculation au RCCM. A défaut de signification ou de
notification, dans les conditions requises la cession est inopposable au bailleur.
- Lorsque la cession s’impose au bailleur, celui-ci dispose d'un délai d'un mois à
compter de cette signification ou notification pour s'opposer, le cas échéant, à celle-ci et saisir
la juridiction compétente statuant à bref délai, en justifiant des motifs sérieux et légitimes de
29
s'opposer à cette cession. La violation par le preneur des obligations du bail, et notamment le
non-paiement du loyer, constitue un motif sérieux et légitime de s'opposer à la cession.
Pendant toute la durée de la procédure, le cédant reste dans les lieux et demeure tenu aux
obligations du bail.
- Lorsque la cession requiert l’accord du bailleur, celui-ci dispose d’un délai d’un mois
à compter de cette signification ou notification pour communiquer au preneur son acceptation
ou son refus. Passé ce délai, le silence du bailleur vaut acceptation de la cession de bail.
B- Sous-location
- Sauf stipulation contraire du bail, toute sous-location totale ou partielle est interdite.
En cas de souslocation autorisée, l'acte doit être porté à la connaissance du bailleur par tout
moyen écrit. A défaut, la sous location lui est inopposable.
C- Résiliation du bail
- La demande en justice aux fins de résiliation du bail doit être précédée d’une mise en
demeure d’avoir à respecter la ou les clauses ou conditions violées. La mise en demeure est
faite par acte d’huissier ou notifiée par tout moyen permettant d’établir sa réception effective
par le destinataire. A peine de nullité, la mise en demeure doit indiquer la ou les clauses et
conditions du bail non respectées et informer le destinataire qu’à défaut de s’exécuter dans un
délai d’un mois à compter de sa réception, la juridiction compétente statuant à bref délai est
30
saisie aux fins de résiliation du bail et d’expulsion, le cas échéant, du preneur et de tout
occupant de son chef.
- Le contrat de bail peut prévoir une clause résolutoire de plein droit. La juridiction
compétente statuant à bref délai constate la résiliation du bail et prononce, le cas échéant,
l’expulsion du preneur et de tout occupant de son chef, en cas d’inexécution d’une clause ou
d’une condition du bail après la mise en demeure. - La décision prononçant ou constatant la
résiliation du bail ne peut intervenir qu’après l’expiration d’un délai d’un mois suivant la
notification de la demande aux créanciers inscrits.
31
- Dans le cas du bail à durée déterminée, le preneur qui a droit au renouvellement de
son bail peut demander le renouvellement de celui-ci, par signification d'huissier de justice ou
notification par tout moyen permettant d'établir la réception effective par le destinataire, au
plus tard trois mois avant la date d'expiration du bail. Le preneur qui n'a pas formé sa
demande de renouvellement dans ce délai est déchu du droit au renouvellement du bail. Le
bailleur qui n'a pas fait connaître sa réponse à la demande de renouvellement au plus tard un
mois avant l'expiration du bail est réputé avoir accepté le principe du renouvellement de ce
bail.
- Dans le cas d'un bail à durée indéterminée, toute partie qui entend le résilier doit
donner congé par signification d'huissier de justice ou notification par tout moyen permettant
d'établir la réception effective par le destinataire au moins six mois à l'avance. Le preneur,
bénéficiaire du droit au renouvellement peut s'opposer à ce congé, au plus tard à la date d'effet
de celui-ci, en notifiant au bailleur sa contestation de congé. Faute de contestation dans ce
délai, le bail à durée indéterminée cesse à la date fixée par le congé.
- Le nouveau bail prend effet à compter de l'expiration du bail précédent si celui-ci est
à durée déterminée, ou à compter de la date pour laquelle le congé a été donné si le bail
précédent est à durée indéterminée.
32
- Le preneur sans droit au renouvellement, quel qu'en soit le motif, peut être remboursé
des constructions et aménagements qu'il a réalisés dans les locaux avec l'autorisation du
bailleur. A défaut d'accord entre les parties, le preneur peut saisir la juridiction compétente
dès l'expiration du bail à durée déterminée non renouvelé, ou encore dès la notification du
congé du bail à durée indéterminée. Il faut partir du principe que le bail renouvelé est
identique au bail précédent. Le nouveau bail comporte les mêmes clauses et conditions que
l’ancien.
33
les cas suivants : - s'il justifie d'un motif grave et légitime à l'encontre du preneur sortant. (Ce
motif doit consister soit dans l'inexécution par le locataire d'une obligation substantielle du
bail, soit encore dans la cessation de l'exploitation de l’activité ; Ce motif ne peut être invoqué
que si les faits se sont poursuivis ou renouvelés plus de deux mois après une mise en demeure
du bailleur, par signification d'huissier de justice ou notification par tout moyen permettant
d'établir la réception effective par le destinataire, d'avoir à les faire cesser).
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DEUXIÈME PARTIE : LES OPÉRATIONS DU COMMERϚANT
35
- La clientèle : élément central du fonds de commerce. La clientèle est classiquement
définie comme l’ensemble de personnes qui s’approvisionnent habituellement ou
occasionnellement auprès d’un commerçant déterminé en raison de ses qualités personnelles
ou l’implantation de son commerce. La clientèle doit présenter certaines qualités :
La clientèle doit être réelle et certaine. Une clientèle simplement virtuelle ne suffit
pas pour considérer qu’un fonds a été créé. Ainsi, la jurisprudence décide
constamment que la location d'un immeuble comprenant un four et un matériel
complet de boulangerie n'est pas une location de fonds de commerce dès l'instant que
le propriétaire n'avait utilisé le four que pour des besoins familiaux ou l'entraide entre
voisins et n'avait pas créé de clientèle (CA Rennes, 4 janv. 1951, S. 1952.2.145, note
Lagarde). Il en est de même pour la location d'un cinéma, entièrement équipé mais
non encore ouvert au public (T. civ. Marseille, 23 mai 1952, JCP 1953. II. 7777, note
Béraud, RTD com. 1954.76, no 5-III, obs. Jauffret). Elle fait cependant exception
lorsqu’il s’agit des stations-service créées, aménagées et aussitôt louées par les
sociétés pétrolières pour lesquelles la Cour de cassation a estimé qu’il existait tout de
même réelle et certaine attachée à la société exploitante (Cass. com. 27 févr. 1973, D.
1974.283, note J. Derruppé)
La clientèle doit être personnelle au titulaire du fonds de commerce. La question se
pose principalement pour ce que l’on appelle le commerce intégré. Ex : Vendeur des
journaux qui se situe dans une galerie commerciale. La question peut se poser pour
savoir s’il peut bénéficier du statut de baux commerciaux. Arrêt de la cour de
cassation, 3ème chambre civile, arrêt 19/01/2005. JCP 2005, 2ème partie N° 10.040.
Selon la Cour d’appel de Bobo Dioulasso (Arrêt n° 68 du 68 du 6 décembre 2004,
ohadata J-07-209), le commerçant non titulaire du droit au bail, qui exerce son
activité sous le nom commercial et l’enseigne d’autrui, ne peut prétendre à la
propriété de la clientèle même si la marchandise et les matériels concourant à
l’exploitation du fonds de commerce lui appartiennent.
La clientèle doit être licite. Une maison de trip ou maison de tolérance ne constitue
pas un fonds de commerce.
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également avoir un nom commercial qui est leur dénomination sociale. Quoiqu’il en soit, le
nom commercial doit faire l’objet d’une inscription au RCCM et doit figurer dans tous les
documents de l’entreprise. Le nom commercial bénéficie d’une protection légale car son
titulaire peut exercer une action en concurrence déloyale en cas d’usurpation ou imitation
susceptible de créer une confusion et pourra obtenir réparation sur la base des articles 1382 et
suivants du Code civil.
37
Pour que le contrat de vente du fonds de commerce soit valablement conclu, il faut que
certaines conditions soient réunies. Il s’agit des conditions de fond (A) et des conditions de
forme (B).
Les conditions de fond ici sont celles prévues par l’article 1108 du code civil à savoir,
le consentement, la capacité, l’objet et la cause.
En ce qui concerne le consentement, il ne doit pas être vicié par l’erreur, le dol ou
encore la violence. La rencontre des volontés se fait comme en droit commun par la rencontre
entre une offre suffisamment précise et l’acceptation de l’acheteur. Selon l’article 241 de
l’AUDCG, l’offre doit indiquer la volonté de l’auteur d’être lié en cas d’acceptation. C’est
ainsi que la CCJA refuse de reconnaître la qualification d’offre de contracter à un appel
d’offre par lequel l’auteur « se réserve le droit de ne pas donner suite ou de ne donner suite
que partiellement à cet appel d’offre » (Arrêt n° 064/2005 du 22 décembre 2005, Aff. Sany
Quincaillerie c/ Subsahara services NC, Juridata n° J064-12/2005). N’est pas non plus une
offre de contracter un appel d’offre qui ne comporte pas la volonté de l’auteur de celle-ci
d’être lié en cas d’acceptation et l’indication précise du prix (CCJA, Arrêt n° 002/2012 du 02
février 2012, Aff. Subsahara services c/ Sany Quincaillerie, Juridata n° J002-02/2012.)
Quant à la capacité, il s’agit d’un acte de commerce. Par conséquent, elle est réservée
aux personnes ayant la capacité de faire le commerce. Lorsque le fonds de commerce
appartient à une personne morale, la cession nécessitera un pouvoir spécial donné au
représentant de la société. Ce pouvoir peut être donné suivant le cas par l’assemblée générale
ou par le conseil d’administration.
Quant à l’objet, il faut dire que le prix est librement fixé par les parties ainsi que les
éléments qui font partie du fonds cédé. La cession porte aux termes de l’article 148 de
l’AUDCG sur les éléments obligatoires du fonds, et les parties doivent faire mention expresse
des éléments facultatifs inclus dans la vente. Le prix doit être connu des parties et déclaré
dans l’acte de vente. Il doit être déterminé ou tout au moins déterminable. Dans la pratique, la
détermination du prix se fait généralement sous trois rubriques différentes correspondant aux
éléments incorporels, aux éléments matériels et aux marchandises.La dissimulation du prix
par les parties est sanctionnée par l’article 158 de l’AUDCG qui rend nulle et de nul effet
toute contre-lettre.
Le contrat de vente du fonds de commerce est un contrat solennel. Il ne suffit pas pour
les parties de se mettre d’accord sur les termes du contrat. Il leur faut en outre satisfaire aux
exigences légales. L’art. 149 de l’AUDCG exige que le contrat soit constaté par la rédaction
38
d’un acte authentique ou d’un acte sous seing privé. Dans l’un ou l’autre cas, les parties
doivent s’assurer que certaines mentions figurent impérativement dans le contrat. L’article
150 de l’AUDCG dresse une liste exhaustive des informations qui doivent figurer dans l’acte
de vente et qui permettent de déterminer avec exactitude les parties contractantes, la valeur du
fonds à céder, le prix, les éléments facultatifs cédés etc… Cette exigence vise à protéger
l’acquéreur contre une éventuelle fraude du vendeur qui peut être tenté d’exagérer les
performances du fonds de commerce pour le vendre à un prix élevé. C’est pour cette raison
qu’obligation lui est faite par l’article 150 de l’AUDCG d’indiquer le chiffre d’affaire réalisé
depuis sa création ou son acquisition et lorsqu’il s’agit d’un fonds de commerce ayant fait
l’objet d’une exploitation prolongée, il doit fournir les informations des trois dernières années.
En plus dans les 15 jours suivant la date du contrat, l’acquéreur est tenu de procéder à
l’insertion de la vente pour publicité dans un journal habilité à publier les annonces légales et
paraissant dans les lieux où le vendeur est inscrit au RCCM. Cette annonce qui doit reprendre
les mentions essentielles de l’acte de cession est destinée à informer le public de la vente et
ouvrir ainsi la voie à des oppositions. Elles peuvent être le fait des créanciers du cédant qu’ils
soient nantis de sûretés ou simplement chirographaires. Ils peuvent faire opposition au
paiement du prix et demander que celui-ci soit versé entre leurs mains lorsque la créance est
exigible. La procédure de cette opposition est prévue par l’article 159 de l’AUDCG.
Ils sont différents suivant qu’il s’agit du vendeur (A) ou de l’acheteur (B).
39
A. Les effets issus du droit commun des obligations
Conformément aux dispositions des articles 250 et suivants de l’AUDCG, qui ne sont
pas d’ailleurs très loin de celles des articles 1582 et suivants du Code civil, le contrat de
vente du fonds de commerce, qui est un contrat synallagmatique, crée des obligations à
l’égard du vendeur et de l’acheteur.
Le vendeur du fonds de commerce a les mêmes obligations que celles prévues par
l’article 1603 du Code civil pour le vendeur de tout bien meuble. Il est tenu de deux
principales obligations :
40
fonds.La garantie des vices cachés est appréciée objectivement et sanctionne le défaut de la
chose à répondre à l’usage auquel elle est normalement destinée 11. La mise en œuvre de la
garantie du vendeur pour vices cachés suppose par conséquent que le vendeur ait
effectivement respecté son engagement en livrant la chose objet du contrat, mais qu’après
l’acheteur se soit rendu compte que l’objet livré est impropre à l’usage auquel il est
normalement destiné à cause d’un défaut qui n’était pas apparent au moment de la livraison 12.
Tel est le cas lorsqu’il découvre l’existence des charges grevant le fonds. Les vices cachés se
rapprochent ainsi de l’obligation de conformité qui est mise à la charge du vendeur.Le droit
de la vente commerciale OHADAne fait plus la différence entre l’action en garantie des vices
cachés et l’action pour non-conformité. Dans les deux hypothèses, le commerçant acheteur est
fondé, selon les termes des articles 283 et 284 de l’AUDCG, à demander soit le
remplacement, soit la réparation.
L’obligation de payer le prix convenu aux jour et lieu fixés dans l’acte de vente et de
payer ce prix entre les mains de la personne désignée comme séquestre. Il peut s’agir du
notaire ou de l’établissement bancaire. Le séquestre ne peut reverser cette somme au vendeur
avant le délai de 30 jours, délai pendant lequel les créanciers du vendeur peuvent faire
opposition au paiement du prix de la vente. Le vendeur est tenu de payer les accessoires du
prix. C’est ce qui ressort des articles 1593 et suivants du Code civil. En l’absence des
stipulations contractuelles contraires, l’acheteur est tenu de payer les droits de timbres et
d’enregistrement de l’acte de vente, des frais occasionnés par les publications, par la cession
du droit au bail, la transmission des brevets et marques, les honoraires du rédacteur de l’acte
de vente et le cas échéant les frais d’expertise du matériel et des marchandises.
11
TERRE (F.), SIMLER (Ph.) et LEQUETTE (Y.), op. cit., n° 255.
12
Ce qui suppose que les vices en question doivent être antérieurs à la vente.
41
L’acheteur a enfin l’obligation de se faire immatriculer ou enregistrer au RCCM en
respectant les conditions prévues par l’AUDCG lorsqu’il entend exploiter lui-même le fonds
de commerce.
Le vendeur du fonds de commerce bénéficie d’un privilège sur le fonds et d’une action
résolutoire.
42
L’acquéreur du fonds de commerce a le droit d’intenter une action en nullité lorsqu’il
constate après la prise de livraison que les mentions contenues dans l’acte de vente sont
inexactes ou qu’il y a eu des omissions. Il n’est pas nécessairement question ici de sanctionner
un dol dont aurait été victime l’acquéreur à la suite du manquement à l’obligation
d’information qui pèse sur le vendeur. Par conséquent, pour cette action en nullité, il n’est pas
nécessaire que l’omission ou l’inexactitude d’une mention ait entraîné une erreur sur les
qualités substantielles du fonds. Il suffit tout simplement qu’elle affecte la consistance du
fonds cédé. Cette action, tout comme l’action résolutoire soit être exercée dans un délai d’un
an à compter de la date d’établissement de l’acte de vente. Si le vendeur avait connaissance de
l’erreur, il peut de plus être condamné à verser des dommages et intérêts. Les ventes de fonds
de commerce sont le plus souvent conclues par le biais d’intermédiaires. Les agents d’affaire,
courtiers, notaires vont participer à la rédaction de contrat de vente. Leur responsabilité peut
être recherchée dans l’inexactitude des mentions figurant dans les actes de vente.
Section 2 : Les transactions sans effet translatif
Le commerçant peut ne pas vouloir vendre son fonds de commerce, ni le louer à une
autre personne pour exploitation ; mais a plutôt besoin du crédit pour faire fonctionner son
commerce. Pour cela, le fonds de commerce pourra toujours lui être utile car il peut l’utiliser
comme garantie pour les dettes commerciales ou civiles qu’il voudra contracter. On dit alors
qu’il a nanti son fonds de commerce. C’est la loi du 25 octobre 1919 qui a permis pour la
première fois de mettre en gage le fonds de commerce, et a donné un point d'équilibre entre
l'accès au crédit, la protection du débiteur et la possibilité pour le commerçant d'exploiter lui-
même le fonds.
Le nantissement du fonds de commerce est régi aujourd’hui par les articles 162 à 165
de l’AUDCG. Il peut être défini alors comme le contrat par lequel le propriétaire d’un fonds
de commerce donne celui-ci en garantie au paiement des obligations civiles et commerciales.
Il s’agit d’un gage sans dépossession car le commerçant reste en possession du fonds de
commerce qui constitue un instrument de travail.
Le nantissement du fonds de commerce peut être conventionnel ou judiciaire.
Lorsqu’il est conventionnel, le contrat est un contrat solennel, qui doit être constaté par
écrit sous peine de nullité. Par contre qu’il soit judiciaire ou conventionnel, les effets
sont identiques.
Paragraphe 1 : La formation
Les conditions de fonds exigées pour la formation de la vente du fonds de
commerce doivent être observées par les parties au contrat de nantissement du fonds
de commerce. Les parties doivent préciser l’assiette du nantissement. A défaut de
précision, le nantissement porte sur les éléments obligatoires du fonds de commerce.
Sont nécessairement exclus les droits réels immobiliers conférés ou constatés par les
baux, (par exemple le bail emphytéotique) ou des conventions soumises à inscription
au livre foncier (hypothèque par exemple).
Le nantissement du fonds de commerce est un contrat solennel. Par conséquent, les
parties sont obligées de respecter certaines règles de forme. Le contrat doit être
constaté par un écrit, notamment un acte sous seing privé ou un acte authentique à
peine de nullité (article 163 de l’AUDCG), et contenir un certain nombre de mentions
43
qui permettent d’identifier nettement les parties, les éléments du fonds nantis et la
créance garantie. Son opposabilité aux tiers est en outre subordonnée à l’inscription au
RCCM (article 165 AUDCG). Cette inscription doit cependant être renouvelée après
un délai de 5 ans. Elle donne au créancier nanti un droit de suite et un privilège qui lui
permet de bénéficier d’un droit de surenchère du sixième du prix tout comme le
vendeur du fonds de commerce. Aux termes de l’article 175 de l’AUS, le créancier
nanti a particulièrement le droit de s’opposer,dans un délai de 15 jours après avoir reçu
l’information, à tout déplacement du fonds de commerce qui présenterait le risque de
compromettre son paiement. Lorsqu’il a donné son accord pour ce déplacement, il a
l’obligation de reporter l’inscription initiale sur le RCCM du lieu où est transféré le
fonds. Ce report lui permet de maintenir son rang.
Paragraphe 2 : Les effets du nantissement du fonds de commerce
Le nantissement du fonds de commerce est une sûreté mobilière. Il confère à son
titulaire un droit de préférence et un droit de suite. L’article 226 de l’AUS classe les
sûretés mobilières au 4e rang après les frais de justice, les frais de conservation de la
chose et le super privilège des salaires sans préjudice des droits du rétenteur. Lorsque
plusieurs créanciers sont inscrits sur le même bien, le premier inscrit exercera en
premier son droit et devra être payé dans la mesure du possible et c’est lorsque le solde
le permet que le second pourra se faire payer. Le droit de surenchère s’exerce dans les
mêmes conditions qu’en matière de cession du fonds de commerce lorsque le vendeur
est impayé à l’échéance.
44
- Le bailleur qui concède une location-gérance doit avoir exploité, pendant deux ans au
moins en qualité de commerçant, le fonds de commerce mis en gérance. Mais ce délai
peut être réduit à un an par la juridiction compétente, si le commerçant justifie qu’il
était dans l’impossibilité d’exploiter son fonds personnellement ou par l’intermédiaire
de ses préposés. L’article 141 de l’AUDCG atténue également cette exigence en cas de
décès du commerçant ou pendant la minorité de ses héritiers.
- Le bailleur qui concède la location-gérance ne doit pas être interdit d’exercer la
profession commerciale ou avoir été sanctionné par une déchéance.
B. Les formalités de publicité
Le contrat de location-gérance est un contrat consensuel dont la validité ne dépend pas
de la rédaction d’un écrit. Mais pour les besoins de publicité et de preuve, le contrat de
location-gérance doit être publié, par la partie la plus diligente, et aux frais du
locataire-gérant, dans la quinzaine de sa date, sous forme d'extrait dans un journal
habilité à publier les annonces légales et paraissant dans le lieu où le fonds de
commerce est inscrit au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier. Le propriétaire
du fonds, s'il est commerçant, est tenu de faire modifier à ses frais son inscription au
RCCM par la mention de la mise en location-gérance de son fonds.
En plus, l’article 140 dispose que le locataire-gérant est tenu d'indiquer en tête de ses
bons de commande, factures et autres documents à caractère financier ou commercial,
avec son numéro d'immatriculation au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier, sa
qualité de locataire-gérant du fonds.
Toute infraction à cette disposition est punie par la loi pénale nationale.
Paragraphe II : Les effets du contrat de location gérance
Le contrat de location-gérance produit des effets soit entre les parties (A) soit à l’égard
des tiers (B).
A. Effets entre les parties
Comme dans tout contrat de location de meuble, le bailleur doit mettre le fonds de
commerce à la disposition du locataire et garantir une jouissance paisible au le
locataire-gérant (garantie d’éviction et des vices cachés). Le bailleur profite des
améliorations apportées au fonds de commerce par le locataire gérant.Il doit respecter
la clause de non concurrence si elle est inclue dans le contrat. L’article 139 al. 4
impose au bailleur l’obligation de modifierson inscription au RCCM.
Quant au locataire-gérant, il doit :
- payer au bailleur du fonds un loyer correspondant à la redevance due pour la
jouissance des locaux, et un loyer pour la jouissance des éléments corporels et
incorporels du fonds de commerce tels que décrits dans le contrat de location-gérance.
Ces deux éléments de loyer sont obligatoirement déterminés de façon séparée dans le
contrat de location-gérance, même si leurs échéances sont fixées aux mêmes dates.
- Le locataire-gérant ne doit pas étendre l’objet, ni détourner la clientèle à son
profit.
- Il ne peut ni céder ses droits, ni sous louer, parce que le contrat est conclu
intuitu personae.
- Il est tenu de continuer les contrats de travail en cours car les travailleurs sont
des tiers par rapport au contrat de location-gérance.
- il devient commerçant. Par conséquent, il doit se soumettre à toutes les
obligations qui incombent aux commerçants. Notamment, il doit dans le mois qui suit
le début de l’exploitation s’immatriculer au RCCM.
45
B. Effets à l’égard des tiers
Les tiers intéressés par le contrat de location-gérance sont les créanciers du bailleur. Ils
ont accordé du crédit au bailleur en considération du fonds de commerce. A partir du
moment où le bailleur a laissé l’exploitation du fonds de commerce à une autre
personne, ils doivent le savoir car les risques que le bailleur éprouve les difficultés de
remboursement sont réels. C’est la raison pour laquelle, l’article 144 de l’AUDCG
dispose que les dettes nées de l’exploitation du fonds de commerce par le bailleur
peuvent être déclarées immédiatement exigibles par la juridiction compétente, à la
demande de toute personne intéressée, si elle estime que la location gérance met en
péril leur recouvrement.
Jusqu’à ce que les parties procèdent à la publication du contrat de location-gérance au
RCCM, le propriétaire reste solidaire des dettes nées de l’exploitation du fonds par le
locataire-gérant.
46
Il n’existe pas de définition proprement juridique de la concurrence déloyale. La
concurrence loyale est celle qui est conforme aux usages commerciaux. Le caractère déloyal
de la concurrence évolue selon les usages commerciaux. La découverte et la sanction de la
concurrence déloyale est l’œuvre de la jurisprudence.
Paragraphe I : Les pratiques commerciales déloyales
Dès le XIXesiècle les tribunaux ont développé un certain nombre de principes visant à
moraliser les pratiques entre concurrents. Cette création prétorienne, connue sous le nom de
théorie de la concurrence déloyale, se distingue tant du droit de la libre concurrence que des
règles de police économique bien que comme ces dernières, elle appréhende les
comportements des agents économiques sur les différents marchés de produits ou de services.
Fondée sur les principes classiques de la responsabilité civile, elle a pour vocation première
de réparer les dommages subis par les agents économiques du fait des agissements déloyaux
de leurs concurrents. Les comportements de concurrence qu’elle appréhende (dénigrement,
confusion, désorganisation ou parasitisme économique) sont en fait interdits per se. On ne
peut donc dresser une liste limitative. Cependant en pratique, on peut dénombrer 4
comportements qui relèvent les actes de concurrence déloyale.
Le dénigrement et la publicité comparative : c’est le fait de jeter un discrédit sur le
concurrent en répandant des informations péjoratives et malveillantes. Il y a une concurrence
déloyale quand bien même les informations seraient fondées à condition que le concurrent
soit nommément désigné ou soit simplement identifiable. Tel est le cas par exemple lorsqu’un
commerçant fait connaître les difficultés du concurrent en informant que ce concurrent est à
bord de la faillite ou encore présente les produits du concurrent comme mauvais ou
dangereux.
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avec conditions qui imitent le concurrent. L’imitation se rapproche ainsi de la contrefaçon qui
est sanction par le droit de la propriété intellectuelle.
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Cette action est ouverte aux commerçants victimes de ces agissements mais également
aux syndicats professionnels. Il suffit qu’un comportement déloyal ait causé un préjudice aux
intérêts professionnels, matériels et moraux de la profession.
C- Les sanctions
Plusieurs sanctions peuvent être retenues à l’encontre des commerçants reconnus
coupables de pratique de concurrence déloyale :
- La cessation des agissements déloyaux, peut être ordonnée sous astreinte.
- La suppression de dénomination illicite.
- Le retrait à la vente des produits imités.
- L’interdiction de poursuivre une campagne publicitaire.
- L’imposition des dommages et intérêts.
- La publication du jugement aux frais du commerçant condamné peut être
ordonnée.
Section II : L’interdiction des pratiques restrictives de concurrence
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permettent d’apprécier les « ventes discriminatoires ». Il s’agit des prix, des délais de
paiement et des conditions de vente. On peut par exemple parler de pratique des conditions de
vente discriminatoires en cas de différence de traitement au niveau des modalités de paiement
et des délais de livraison ou d’exécution des commandes. A ainsi été considéré comme une
pratique discriminatoire par la commission nationale de la concurrence le fait pour la
SOSUCAM de vendre la mélasse plus chère à l’un de ses clients par rapport à l’autre, ce qui a
incontestablement faussé le jeu de la concurrence devant s’exercer entre ADIC et
FERMENCAM sur le marché de l’alcool (Décision N° 2010-D-01/CNC du 14 janvier 2010
A/S Affaire AfricanDistillingCompany (ADIC) c/ Société sucrière du Cameroun (Sosucam).
Section 3 : Les pratiques anticoncurrentielles collectives
Les pratiques anticoncurrentielles collectives ont ceci de particulier qu’elles sont le fait
de deux ou plusieurs entreprises ou d’une entreprise en situation de position dominante. Elles
sont interdites tant par le droit national notamment la loi de 1998 relative à la concurrence et
le droit communautaire, à travers les règlements n° 1/99 et n° 4/99 du l’Union Economique de
l’Afrique Centrale. La procédure qui y est décrite a fait l’objet d’un règlement modificatif en
2005.
Paragraphe I : Les pratiques interdites en droit national et en droit
communautaire
Sont interdites tant par le droit national que par le droit communautaire les ententes,
les abus de position dominante et les concentrations.
A- Les ententes
Aux termes de l’article 3 paragraphe 1 erdu règlement n° 1/99, « sont incompatibles
avec le marché commun et par conséquent interdits tous accords entre entreprises, toutes
décisions d'association d’entreprises, et toutes pratiques concertées qui sont susceptibles
d’affecter le commerce entre les Etats membres et qui ont pour effet de restreindre ou de
fausser le jeu de la concurrence … ». L’article 5 de la loi de 1998 interdit aussi les ententes
anticoncurrentielles en essayant de citer de manière non exhaustive les accords interdits.
L’atteinte au jeu de la concurrence par les ententes peut consister à limiter l’accès au
marché ou le libre exercice de la concurrence par d’autres entreprises ; à faire obstacle à la
fixation des prix par le libre jeu du marché en favorisant artificiellement leur hausse ou leur
baisse ; à limiter ou contrôler la production, les débouchés, les investissements ou le progrès
technique; à répartir les marchés ou les sources d’approvisionnement ou à pratiquer les
ventes liées ou à favoriser les pratiques discriminatoires. La Cour de cassation juge ainsi
qu’une convention d’exclusivité créant artificiellement une barrière à l’entrée d’un marché
constitue une entente bien que les auteurs des actions prohibées n’exerçaient pas une activité
économique sur le marché en cause. De même, constitue une entente illicite sur le marché de
la livraison florale, le contrat par lequel les parties ont défini et publié les règles standard de
comportements entre les fleuristes. Ceux-ci s’étaient engagés dans un réseau de transmission
florale et de conditions minima de transaction susceptibles d’être assurées en toutes
circonstances, par ces fleuristes et à fixer le prix et le contenu de catalogues.
B- Les abus de position dominante
Le règlement n° 1/99 rend incompatible avec le marché commun, le fait pour une ou
plusieurs entreprises d’exploiter de façon abusive une position dominante sur le marché
commun ou dans une partie significative de celui-ci. La position dominante est définie à
l’article 15 du règlement n° 1/99 comme « tout monopole ou toute situation tendant à
favoriser l'acquisition d'une part du marché supérieure ou égale à 30% ». Les articles 10 à 12
de la loi de 1998 interdisent aussi l’usage abusif d’une position dominante.
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Ce n’est pas la détention de la position dominante en soi qui est sanctionnée. Mais son
usage abusif, c’est-à-dire le fait d’accomplir des actes qui entravent de manière sensible la
libre concurrence sur le marché communautaire ou national. L’usage abusif de la position
dominante peut consister aux termes de l’article 16 du règlement n°1/99 à imposer de façon
directe ou indirecte des prix d’achat ou de vente ou d’autres conditions de transactions non
équitables ; à pratiquer des prix anormalement bas ou abusivement élevés ; à limiter la
production, les débouchés ou le développement technique au préjudice des consommateurs ; à
appliquer à l’égard des partenaires commerciaux des conditions inégales à des prestations
équivalentes, en leur infligeant de ce fait un désavantage dans la concurrence ; à subordonner
la conclusion de contrats à l’acceptation, par les partenaires, de prestations supplémentaires,
qui, par leur nature ou selon les usages commerciaux, n’ont pas de lien avec l’objet de ces
contrats et de se concerter sur les conditions de soumission à des appels d’offres en vue d’un
partage du marché au détriment des autres concurrents.
C- Les concentrations
La concentration est définie comme un ensemble d’opérations ayant pour objet
l’accroissement de la dimension de l’entreprise et de sa puissance économique par la
diminution du nombre des entreprises participantes . Elle n’a été réglementée en droit
européen que très récemment dans le règlement (CEE) 4064/89 du conseil relatif au contrôle
des concentrations. L’article 5 alinéa 1 erdu règlement n°1/99 prend en compte, pour
l’application du droit de la concurrence, toute opération de fusion quelle que soit la
dénomination de l’opération. Le contrôle des opérations de concentration est destiné à
prévenir l’émergence des structures de marché qui engendrent ou qui peuvent engendrer des
incidences anticoncurrentielles.
Le droit communautaire n’interdit que les opérations de concentration qui peuvent
fausser le jeu de la concurrence sur le marché commun. Il s’agit de celles qui ont pour effet de
restreindre sensiblement les possibilités de choix des fournisseurs et/ou des utilisateurs, de
limiter l’accès aux sources d’approvisionnement ou aux débouchés ou de créer des barrières à
l’entrée en interdisant particulièrement aux distributeurs d’effectuer des importations
parallèles (article 7 du règlement n°1/99). Aux termes de l’article 6 al. 2 du règlement de
n°1/99, l’opération de concentration est soumise à contrôle « (…) lorsque deux (2) au moins
de entreprises partenaires réalisent sur le marché commun un chiffre d’affaires supérieur à un
milliard de francs CFA chacune ou les entreprises parties à l’opération détiennent ensemble
30% du marché». Au niveau national, l’article 3 de l’arrêté n° 0000003/MINCOMMERCE du
16 février 2010 soumet à contrôle les opérations de concentration dans lesquelles les chiffres
d’affaires conjoints réalisés par les parties à la concentration, au cours de l’année précédant
l’année en cours, sont d’au moins quatre (04) milliards de francs FCA ainsi que celles dans
lesquelles les parts de marché détenues par les parties sont égales ou supérieures à 30% ».
Paragraphe II : Les sanctions des pratiques anticoncurrentielles collectives
L’organe en charge de la sanction des pratiques anticoncurrentielles collectives et
même restrictives est la commission nationale de concurrence au niveau nationale. Elle reçoit
les plaintes des commerçants victimes des pratiques anticoncurrentielles et éventuellement
des associations des consommateurs lorsque ceux-ci sont victimes directes des pratiques
anticoncurrentielles.
La Commission nationale de concurrence est un organe quasi-juridictionnel. C’est un
rôle qui fonctionne dans le domaine de l’abus de position dominante et de l’entente. A travers
des moyens d’investigations étendues, la commission peut vérifier l’existence d’entente ou
d’abus de position dominante et prononcer le cas échéant des sanctions entre autres
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pécuniaires et des injonctions à peine d’astreinte. En cas de désaccord, l’entreprise
sanctionnée peut saisir la juridiction compétente.
Au niveau Communautaire, la Commission de la CEMAC est compétente pour
constater et sanctionner les infractions relatives à la concurrence. Ses décisions peuvent faire
l’objet d’un recours devant la Cour de justice de la CEMAC.
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