2021-04-10
2021-04-10
AUX
ENCHÈRES
SAMEDI 10 AVRIL 2021 À 17 H
SATURDAY APRIL 7, 2021 AT 5 PM
POUR
ENCHÉRIR TO BID
EN IN
PERSONNE PERSON
VENTE
AUX Si vous souhaitez participer à la vente en If you wish to attend the sale in person,
ENCHÈRES personne, il faudra vous enregistrer au
préalable auprès de notre personnel qui
you will first be required to register before
the auction with our staff who will give
vous remettra une raquette numérotée (ou you a numbered paddle. When registering,
«paddle») avant le début de la vente. Lors de please show your identity card, which will be
votre enregistrement, nous vous saurons gré given back to you at the end of the sale.
de bien vouloir présenter une pièce d’identité,
qui vous sera restituée à l’issue de la vente. When bidding, you will need to raise your
numbered paddle in a visible and clear way,
Pour enchérir, il vous suffira alors de lever votre so that the auctioneer can validate your bid.
raquette numérotée et ce, de manière bien Please make sure the mentioned number is
visible, afin que le commissaire-priseur puisse the one you were given. If so, do not hesitate
valider votre enchère. Soyez attentifs à ce que to give your number and the amount of
Fondateur de Art Holding Morocco / CMOOA le numéro cité soit bien le vôtre. Le cas échéant, your bid in a loud and intelligible voice.
Founder of Art Aolding Morocco / CMOOA n’hésitez pas à préciser à voix haute et intelligible
HICHAM DAOUDI
SAMEDI 10 AVRIL 2021 À 17 H votre numéro et le montant de votre enchère. We thank you in advance for returning
your numbered paddle to our
SATURDAY APRIL 10, 2021 AT 5 PM Directeur de cmooa ventes aux enchères
Nous vous remercions par avance de bien vouloir staff at the end of the sale.
Director of CMOOA ventes aux enchères
FARID GHAZAOUI déposer votre raquette numérotée auprès
HÔTEL DES VENTES CMOOA du personnel concerné à la fin de la vente. Invoices shall be submitted in the name
CASABLANCA Responsable informations générales & expositions and address of the registered person.
Exhibition & general information manager Les factures seront bien entendu établies au
JOELLE BENMOHA nom et à l’adresse de la personne enregistrée. The exchange rate will be communicated on the
day of the auction to international buyers.
Responsable relation déposants & fonds documentaire Le cours de change sera communiqué le jour
EXPOSITIONS PUBLIQUES Depositor relationship & documentary resources manager
de la vente aux acquéreurs internationaux.
PUBLIC EXHIBITION NAJAT HOUZIR
CHERS
AMIS
AMATEURS
D’ART,
d’abord (et le Mouvement de Casablanca plus qui fait l’objet d’acquisitions et de rivalités
La vente aux enchères du 10 avril 2021 s’inscrit américaine qui l’avait beaucoup marqué, à généralement) et Jilali Gharbaoui, qui était entre les plus grands musées internationaux.
dans un long processus de travail que nous Minneapolis d’abord puis à New York, de 1962 à en marge de cette dynamique artistique des
avons entamé en mai 2014 pour accompagner la 1963. Le titre donné à cette manifestation fait années 60, portée par le trio Belkahia-Chabâa- Fait trop rare pour ne pas être signalé, c’est
reconnaissance du «Mouvement de Casablanca». référence à certaines de nos discussions,où je Melehi. Le Groupe de Casablanca souhaitait la première fois de notre histoire que l’art
Sept ans plus tard, nous organisons cette ne cessais de lui rappeler qu’il était une légende lutter contre une peinture jugée émotionnelle, marocain sera visible en trois musées importants
manifestation qui se veut être une synthèse de vivante, au vu de son destin et de son rôle-clé héritée de l’abstraction lyrique européenne, au même moment. Farid Belkahia fait
nos précédentes recherches sur ce mouvement, dans l’histoire de l’art non seulement marocain. pour favoriser l’émergence d’une peinture actuellement l’objet d’une grande rétrospective
considéré aujourd’hui comme l’un des plus «intellectuelle» et «rigoureuse», portée par un au Centre Pompidou, La Reina Sofia à Madrid
importants de la seconde moitié du XXème siècle. Le catalogue de cette manifestation veut discours plastique opposé à celui de Gharbaoui abritera, elle, une grande exposition collective
aussi apporter un éclairage sur tous les autres intitulée «Trilogie Marocaine», et le Cultural
Le projet de cette vente est né cet été à Agadir, artistes qui ont été associés au «Mouvement Il est intéressant de découvrir comment Center Abu Dhabi accueillera la grande
alors que Mohamed Melehi et moi travaillions de Casablanca», notamment ceux qui ont Mohammed Kacimi et Miloud Labied ont rallié, exposition consacrée à Mohammed chabâa.
sur la conception d’une nouvelle charte visuelle fréquenté l’École des Beaux-Arts de Casablanca vers 1970, les idées du Mouvement de Casablanca,
et l’élaboration du mobilier urbain de la ville. A en tant qu’étudiants, entre 1966 et 1972. Ceux-là et d’observer la transformation de leur geste Ce triomphe de la scène artistique des années
l’annonce de son décès le 28 octobre dernier, nous ont eux aussi joué un rôle déterminant, et il artistique.Il est tout aussi important de se rendre 1960-1970 doit nous rappeler l’importance de
avons décidé de reporter l’organisation de cette serait injuste que l’Histoire ne le reconnaisse à une évidence: Chaïbia Tallal fait également la création contemporaine et émergente, car
Fondateur de Art Holding Morocco / CMOOA
manifestation pour respecter une période de deuil pas aujourd’hui à sa juste valeur. partie de cette histoire complexe, elle est selon se tapissent en ce moment dans l’ombre de
nécessaire, au vu de l’impact que sa disparition a moi la seconde face d’une même médaille. N’a- grandes figures de l’art marocain de demain,
provoqué au sein la scène artistique nationale. A côté de cela, nous souhaitions donner à voir t-elle pas été associée, en 1985 durant la grande qui inventent un nouveau langage plastique, et
d’autres artistes qui n’ont pas été enseignants exposition de Grenoble, à Mohamed Melehi qui interrogent autrement notre modernité.
Aujourd’hui, la réalisation de ce catalogue ou étudiants à l’École des beaux-arts de et à Farid Belkahia, dans un même espace et
revêt une dimension particulière à nos yeux, Casablanca, mais qui ont apporté à des moments avec le consentement des deux artistes ? Nos vifs remerciements vont aux auteurs qui
car nous aurions tant aimé qu’il découvre ou d’autres une importante contribution à l’art ont contribué à ce catalogue par leurs textes et
Hicham Daoudi
l’hommage qui lui est rendu à travers les textes marocain, lors de la création de l’AMAP en 1972, Tous les artistes figurant dans ce catalogue ont je cite Michel Gauthier, conservateur au Centre
de ses amis, qui accompagnent certaines ou durant la biennale de Bagdad de 1974, ou participé à l’édification de l’histoire riche et Pompidou et historien d’art, Mostafa Nissaboury,
de ses œuvres les plus emblématiques. encore lors de l’exposition transmaghrébine complexe de l’art marocain. Aujourd’hui, ils sont co-fondateur de la Revue Souffles, poête, écrivain
de 1975 et durant le festival d’Asilah en 1978. tous des «légendes» à mes yeux, et les recherches et critique d’art, et Réda Zaireg, écrivain.
Mohamed Melehi était parfaitement anglophone Il était important pour nous de revenir sur qu’ils ont réalisé dans un espace-temps précis
et ressentait un attrait particulier pour la culture l’opposition entre le Groupe de Casablanca appartiennent à un patrimoine culturel universel
8 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 9
DEAR
ART
LOVERS,
The April 7, 2021 auction follows a long, 1962 and 1963. The title given to this event alludes of European lyrical abstraction, in order to the Pompidou Center, La Reina Sofia in Madrid
protracted and open-ended process that we to some of my discussions with Melehi, where foster a more “intellectual“ and “rigorous“ will host a major group exhibition entitled
initiated in 2014, and which has been driven by I constantly referred to him as a living legend approach, supported by an aesthetic “Moroccan Trilogy“, and the Cultural Center
a strong desire to ensure the recognition of the in view of his status and the key role he played narrative opposed to that of Gharbaoui. Abu Dhabi will house a significant exhibition
“Casablanca Movement“. This event is meant in the history of art, well beyond Morocco. devoted to Mohammed chabâa’s career.
to bring together more than seven years of On another note, we thought that it is relevant
work on this movement, which is now regarded This catalog also seeks to shed light on the to observe how Mohammed Kacimi and Miloud The success of the 1960s-1970s art scene
as one of the most important art movements many other artists who were involved in the Labied embraced the Casablanca Movement’s should remind us of the importance of
of the second half of the 20th century. “Casablanca Movement“, particularly those principles around 1970, and to witness how their contemporary and emerging artists, as the
who attended the Casablanca School of Fine artistic gesture changed. It is also important for major names of tomorrow’s Moroccan art
The blueprint for this auction was discussed Arts as students between 1966 and 1972. They us to stress the fact that Chaïbia Tallal is part of scene are currently lurking in the shadow and
last summer in Agadir, while Mohamed too played a significant role, and it would the intricate history of this movement, as she are developing new artistic approaches, and
Melehi and I were working on a new graphic be unfair if history fails to acknowledge represents the other side of the coin. Wasn’t questioning our modernity in a different way.
charter for the city as well as on the design the value of their contribution today. she associated with Mohamed Melehi and Farid
of its street furniture. Following his death on Belkahia during the 1985 major exhibition in Our warm thanks to writers who contributed
October 28th, we decided to postpone this We also wanted to showcase other artists Grenoble ? Weren’t her paintings displayed in the in this catalog by their texts: Michel
event in order to respect a mourning period, who were neither teachers nor students at same space with the approval of both artists ? Gauthier, conservator in Pompidou Centre
given the impact that his disappearance the Fine Arts School of Casablanca, but who and art historian, Mostafa Nissaboury,
Founder of Art Aolding Morocco / CMOOA
has had on the Moroccan arts scene. provided a valuable impetus to Moroccan All the artists appearing in this catalog were co-founder of Revue Souffles, poet, author
art, whether when the AMAP was created in involved in the shaping of the rich and complex and art critic and Réda Zaireg, author.
This catalog takes on a very special dimension 1972, or during the Baghdad Biennale in 1974, history of Moroccan art. Today, they all deserve to
for all of us. We would have loved to see or in the 1975 cross-Maghreb exhibition. be considered “legends“. Their artistic researches
Melehi discover the homage paid to him and the achievements they accomplished at a
by his friends, whose texts accompany We felt compelled to address the stand-off particular time and place belong to a universal
Hicham Daoudi
some of his most emblematic works. between the Casablanca Group and Jilali cultural heritage that is a source of competition
Gharbaoui, who was somewhat sidelined by and rivalry among the world’s leading museums.
Mohamed Melehi was a fluent English speaker the 1960s arts movement led by the Belkahia-
and felt a strong attraction towards American Chabâa-Melehi trio. The Casablanca Group For the first time ever, Moroccan art will be
culture, which greatly appealed to him when he wanted to challenge Gharbaoui’s style, that showcased in three important museums at the
lived in Minneapolis and in New York between they deemed emotional, and saw as a legacy same time. Farid Belkahia will be on display at
10 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 11
MELEHI :
LA CARRURE
DE L’HISTOIRE
Pour évoquer la figure de Mohamed Melehi, fondé par László Moholy-Nagy en 1937», Melehi
dont il convient que dorénavant nous figure parmi les artistes montrés, aux côtés
œuvrions activement à l’étude et à la diffusion de tout ce qui se fait de mieux dans l’at italien les œuvres où, par-delà l’idiome de l’École de
de l’œuvre, afin qu’elle gagne la très large de l’époque. Et puis vient l’épisode américain Casablanca, s’affirme le «melehism» : cette
reconnaissance internationale qu’elle mérite, Minneapolis rapidement, et New York. La peinture maniera hard-edge aux couleurs qu’en Europe
je souhaiterais adopter deux angles. de Melehi, bien que nourrie par les motifs de ou en Amérique du Nord on dirait pop, et qui
l’art vernaculaire marocain, entre en phase assume sans le moindre complexe une qualité
Le premier concerne le parcours biographique avec l’abstraction hard-edge, la plus pointue du décorative (en 1971, voit le jour une intégration
hors normes de ce natif d’Asilah, là où commence moment, celle d’Al Held ou d’Ellsworth Kelly. architecturale époustouflante sur les façades
le commerce de l’enfant avec les images Là encore, le séjour de Melehi est signalé par sa du centre commercial Belle-Épine qui venait
découvertes dans les magazines de mode que présence dans quelques expositions significatives, d’ouvrir dans la banlieue de Paris sur laquelle
des femmes de militaires espagnols apportaient dont «Formalists», à la Washington Gallery of il faudra un jour revenir). La période qu’ouvre
à sa mère. Quelques années plus tard, c’est dans Modern Art, en 1963, où le jeune peintre figure l’abandon de l’enseignement, en 1969 (l’année
un cinéma de Meknès où l’adolescent voit le dans un panorama distingué du formalisme de la superlative série des African Waves), et
film de Vincente Minnelli, Un Américain à Paris, occidental, de Mondrian à Frank Stella, en que consacre l’exposition du Bronx Museum de
que se forme la décision de devenir peintre. La passant, entre autres, par Albers ou Vasarely. Le 1984, voit l’onde qui habite sa peinture depuis
rencontre de Brion Gysin, dans le Tétouan beat meilleur est pourtant encore à venir. Melehi rentre 1962 se faire modulaire. Et les ondes ne s’isolent
des années 1950 et le départ vers l’Espagne où au Maroc en 1964. Il va enseigner à l’Ecole des plus les unes des autres mais se regroupent en
l’étudiant découvre l’œuvre de Manolo Millares Beaux-Arts de Casablanca, que dirige depuis deux faisceau. L’impact visuel de ces compositions
commence à donner de belles couleurs à sa ans Farid Belkahia. Là, à quelques-uns, ils vont hautement chromatiques est renforcé par
entreprendre l’une des plus formidables aventures l’abandon de la toile pour le panneau de bois,
Conservateur au Centre Pompidou et historien d’art
Moravia et Pier Paolo Pasolini, auquel il révèle le et, plus largement, de l’âge postcolonial. des ambiguïtés optiques. Ces quelques remarques
sud du Maroc où sera tourné Edipo Re en 1966. ne sauraient assurément épuiser la richesse
Melehi s’intègre remarquablement à cette scène. Rome, New York, Casablanca. Un parcours d’une œuvre restée dynamique jusqu’au bout
Quand, en 1960, une importante exposition étonnamment riche. L’œuvre, et c’est mon second et qui, au-delà même des frontières du Maroc,
«Contemporary Italian Art» est montée à angle, ne l’est pas moins. Aux somptueuses est en train de s’imposer comme l’une des
l’Institute of Design de Chicago, le «New Bauhaus toiles de la période américaine vont succéder expressions incontournables de son temps.
12 13
Ahmed Cherkaoui
& André El Baz
a Paris au début
des années 1960
Crédit photographique
Gabriel Soussan
PRINCIPALES
EXPOSITIONS
PERSONNELLES
& COLLECTIVES RÉCOMPENSES
2021 «Trilogie Marocaine», Musée Reina Sofia, Madrid 1998 «Prix Mémoire de la Shoah»,
BIOGRAPHIE 2006 Retrospective of works from 1986-2005 in Morocco. Fondation du Judaïsme Français
ANDRÉ ELBAZ Rabat/Casablanca (Instutut Français), El Jadida 1968 «La Nuit n’est jamais complète»
(Salle Chaïbia), Fès ( Musée Batha) Lauréat du court métrage – Vème Biennale de Paris
(NÉ EN 1934) 2001 Remember for the Future Maison Française,
Oxford – Galerie La Croix Baragnon, Toulouse
2000 Cinq triptyques en guise de perspective –
Né le 26 avril 1934 à El Jadida, André Elbaz est le En 1961, alors qu’il représente le Royaume à la Mémorial du CDJC, Paris
troisième enfant d’une famille de sept. Le père d’André, deuxième Biennale de Paris, l’attaché culturel 1999 Le Défit à la Barbarie, Musée Départemental,
Elie Elbaz, était considéré comme l’un des premiers français au Maroc l’invite à exposer ses œuvres dans Epinal – Bibliothèque de l’A.I.U. Paris
photographes marocains, il était aussi conteur, les Instituts français à travers le Maroc. C’est ainsi 1993 Cegep Saint Laurent, Montréal
violoniste, luthiste et dirigeait l’orchestre andalou d’El qu’André rentra au pays. En 1962, Farid Belkahia lui 1992 Sala dei Congressi, Milano
Jadida. Lorsqu’il a neuf ans, André Elbaz va beaucoup demande d’enseigner la peinture à École des Beaux- Casa delle Cultura, Livorno – Carlton Center, Ottawa FILMOGRAPHIE
au cinéma et ne rêve que de théâtre. Avec des Arts de Casablanca. Jewish Public Library, Montréal
camarades de son âge, il met en scène des spectacles En 1966, l’artiste réalise un court métrage, «la nuit 1990 Biennale du Film d’Art, Centre Pompidou, Paris • «La Nuit n’est jamais complète», 1966-67, Service de la
pour enfants et donne des représentations dans son n’est jamais complète», qu’il dédie à Feu S.M Mohamed 1990 Seïbu Gallery, Tokyo Recherche de l’ORTF, Paris Dédié à la mémoire de Mohamed V,
quartier. En 1955, il fait deux tournées avec la Comédie V pour avoir protégé sa communauté juive pendant 1989 Nishi-Azabu ; Azakloth Gallery, Tokyo à partir de ses dessins et de la musique de Arnold Schoenberg :
française à Rabat, Casablanca, Meknès, Fès, Tanger et la Deuxième Guerre Mondiale. En 1969, André Elbaz 1985 Musée d’Art, Yad Vashem, Jérusalem «A Survivor from Warsaw». Primé à la 5ème Biennale de Paris en
El Jadida. Il crée des affiches pour ce spectacle et réalise épouse Françoise puis vont s’installer à Montréal où 1984 Galerie Aut der Land, Munich 1967, il représente la France au Festival de Tours
ses premiers collages. A ce moment-là, il commence l’Office National du Film lui propose de réaliser des 1976 Musée de Tel Aviv • «L’homme à la bouteille», Film d’animation, à partir de dessins
déjà à entrevoir sa carrière de peintre. En 1958, André courts-métrages. En 1973, il retourne à Paris, reprend 1976 La Rotonde, Aix-en-Provence montés sur un poème de Henri Michaux, Epervie de ta faiblesse,
s’inscrit à l’École des beaux-arts de Paris et s’installe son travail d’éducateur pour enseigner le théâtre Centre Edmond Fleg, Marseille musique de Milan Stibilj, avec les Percussions de Strasbourg
à Montmartre. Matisse, de la Fresnay, Picasso… le et le mime. Durant plusieurs années, il se consacre 1976 Château de Herbeys, Grenoble Office National du Film, Montréal
jeune artiste cherche à quel maître se rattacher. Ses essentiellement à l’art thérapie. 1975 Centre Rachi, Paris • «Calder, ou Faites le vent vous-mêmes», tourne au MOMA,
premières huiles sont des Clowns, des Cirques, des A partir des années 2000, Elbaz entreprend de 1972 Albert White Gallery, Toronto New-York, 1970, sur une musique de Maurice Ohana
Pont de Paris. détruire des pièces anciennes et les recompose dans 1970 Terre des Hommes, Montréal • «Court-métrage sur l’histoire de l’art américain» à Travers la
Le 29 Février 1960, André, qui vit à Paris, est très de nouvelles séries intitulées «Urnes», «Lacérations», 1969 Waddington Gallery, Montréal collection du Whitney Muséum, New-York (1970)
choqué par le tremblement de terre d’Agadir. Il produit «Anamorphoses» ou encore «L’Exécution de l’œuvre», 1965 Centre Culturel Français, Casablanca • «Des œufs ET des autres», série de petits court métrages
des œuvres sur la ville détruite et les glissements de correspondant à environ 621 dessins détruits. 1964 Zwemmer Gallery, Londres d’animation, ou des œufs sont les acteurs, Montréal 1970
terrain l’occupent pendant plusieurs mois. C’est ainsi André Elbaz vit entre Paris, Narbonne et le Maroc. 1962-63-1965 Musée de Bab Rouah, Rabat • «La Mémoire par le rebut», série de petits documents réalisés
qu’il commence à faire de la peinture abstraite. 1960 Balliol College, Oxford par André Elbaz sur les Fibres et les Urnes, 2004
14 Casablanca vente du 10 avril 2021 15
Lot 1
André Elbaz
(Né en 1934)
PLANCHE « 1963-1964
INDICATIVE I DEUX VISIONS DE L’ART
ENTRE MELEHI & GHARBAOUI
QUI S’OPPOSENT «
18 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 19
Lot 2
Mohamed Melehi
(1936-2020)
« L’ABSTRACTION LYRIQUE
DE JILALI GHARBAOUI
EST UN CATALYSEUR
QUI MÈNERA À LA CONSTITUTION
DU GROUPE DE CASABLANCA »
Lot 3
Jilali Gharbaoui
(1930-1971)
Composition, 1964
Huile sur toile
Signée et datée en bas au centre
54 x 65,5 cm
Composition, 1964
Oil on canvas
Signed and dated lower center
54 x 65.5 cm
PRÉSENCE
DE
MELEHI
J’ai connu Mohammed Melehi au cours du premier promotion du folklore local et son corollaire
trimestre de l’année 1966, date du lancement de la l’affluence touristique. Une telle option mise
revue Souffles. De retour d’Amérique, il avait fini en pratique sur le terrain depuis déjà un certain
de transférer dans des petits formats sur toile de temps – en particulier à travers le patronage
jute lacérée et couturée, un discours pictural où de l’art naïf par une multitude de rejetons de
les émotions étaient une concentration extrême la science coloniale convertis en gestionnaires
des idées du corps. Sans avoir spécialement zélés –, avait pourtant démontré qu’elle était
rompu avec les procédés qui avaient guidé son des critiques malveillantes). Poésie toute fut une bas-relief, était l’un des objets familiers que
entachée de vices de conception, qu’elle se
travail jusqu’alors, il se trouvait depuis quelque sorte d’ovni littéraire qui devait être la première l’artiste avait constamment chez lui tantôt rangé
caractérisait par une improvisation de tous les
temps déjà engagé dans une autre aventure pulsion d’un mouvement intellectuel appelé dans une niche tantôt posé sur une étagère.
instants, qu’elle installait la confusion et en
plastique, au gré des ondes et des compositions à se montrer irrésistible par la suite, avec la
raison de la nature même des activités mises en
géométriques pour multiples qui devaient être création de Souffles notamment, comme si son Melehi en voyageur impénitent pouvait nomadiser
œuvre, dénaturait le travail du peintre et nuisait
la caractéristique de ses travaux par la suite. Il avènement était inscrit dans les étoiles. L’intitulé à loisir à l’intérieur des différents aspects de
à son statut de créateur. Les artistes de l’École
était à ce moment-là enseignant à l’École d’art pourrait faire croire à un programme littéraire l’art contemporain : faire des incursions du
de Casablanca s’étaient inscrits dès le départ
de Casa. Comme il avait adhéré au projet d’une du genre de ceux qui virent le jour en France côté de l’op’art, de l’abstraction lyrique ou de
dans le refus d’une vision culturelle du Maroc qui
publication indépendante porté par des poètes des années plus tard, mais cela correspondait l’expressionnisme, s’intéresser à la tradition
reproduisait sciemment les schémas folklorisants
essentiellement, il avait pu communiquer son davantage à une sorte d’acte de présence, de prise zen ou à la culture américaine qui, pour lui, se
hérités du passé colonial. Je me rappelle que les
enthousiasme à d’autres artistes, notamment de parole encore à l’état tremblant, effusif, au reflète dans l’art plus que partout ailleurs ; il ne
services du tourisme, au cours des années 60,
Farid Belkahia et Mohammed Chabâa. L’un milieu des incertitudes et des questionnements se départait pas obligatoirement de ses repères
avaient édité outre les dépliants touristiques
était directeur de l’École d’art de Casa et du moment. C’est au cours de cette période culturels fondamentaux, le socle arabo-berbère
de rigueur, une affiche pour la promotion du
l’autre, comme Melehi, y était enseignant. Ils d’ébullition, où le monde pendant ces années-là et musulman sur lequel repose son identité
«produit Maroc» auprès d’une clientèle en mal
accompagnèrent la sortie du premier numéro avait quelque chose d’ivre et de désaxé, que culturelle, qui lui procure à la fois souplesse et
de dépaysement. La vision proposée comme
de la jeune revue avec des œuvres graphiques. nos chemins se croisèrent Melehi et moi. Nous ressorts, demeurait toujours intact. Il y a une
représentative du Maroc contemporain n’en était
vivions et travaillions dans la même ville et donc œuvre peinte sur bois (53 x 53 cm) qu’il consacre
pas moins réductrice que celle privilégiée, avant
Tous les trois, cette année 1966, avaient fait la eûmes l’occasion de nous voir très souvent. à la vingt-sixième lettre de l’alphabet arabe «ha»
1956, par la mentalité suspecte des concepteurs
première exposition de groupe et de tendance au de l’administration française occupante de cette telle qu’elle s’écrit en initiale. Lettre du feu, de la
mois de février. Résultat d’une réflexion amorcée époque. L’affiche en question montrait une troupe Il s’occupait de la réalisation graphique de terre et de la lumière. Le peintre a introduit cette
bien avant, la manifestation devait insuffler folklorique composée d’une chorale de jeunes Souffles et aussi des relations avec les artistes lettre au centre du tableau pour qu’elle se détache
sa dynamique à d’autres peintres et aboutir, filles du Dadès, en costume typique, parées de et l’imprimeur à Tanger. Le nom de la revue a été d’un croisement de bandes aux couleurs de l’arc-
au printemps de l’année 1969, à l’exposition de agencé de sa main de manière à tenir dans un en-ciel. Elle surgit «comme d’un désastre obscur»
Co-fondateur de la Revue Souffles, poête, écrivain et critique d’art
cadre était louable en soi, mais les trois artistes de Souffles, j’avais signé le manifeste Poésie toute siècle dans l’ancienne médina de Casablanca. ensemble et qu’il a fallu attendre l’ouverture de
Casablancais y voyaient davantage le volet d’une en compagnie d’autres poètes de Casablanca. J’y On retrouve aussi la même inscription gravée la sensibilité moderne pour pouvoir l’estimer à sa
stratégie économique échafaudée en dehors fus partie prenante comme d’autres, à 20 ans, à la même époque en bas-relief dans le grès et juste valeur». Il sillonnait en ce temps- là tout le
des principaux concernés, fatalement appelée à là ou ailleurs auraient à leur manière ressenti intégrée sous une forme identique à la muraille pays pour aller à la redécouverte de ce patrimoine
être assortie de programmes plus ou moins en la nécessité d’être des acteurs culturels dans le de la scala d’Essaouira. La reproduction en plâtre essentiellement rural dans ses expressions
rapport avec l’art et seulement dans la mesure changement espéré au sein de leur pays (quitte et en format réduit de ce cartouche, de la taille diversifiées. De voyage en voyage, et chaque fois
où ces programmes portent, avant tout, sur la à passer pour des perturbateurs et à s’exposer à d’un moellon et avec sa formule tutélaire en plus ébloui, il parvint à rassembler depuis 1965
28 29
PLANCHE
INDICATIVE II
30 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 31
tout un matériel iconographique à l’appui de ce et fit prendre alors à l’ensemble une figure de dans nos régions, où les systèmes politiques en ces temps disparus, ce sont des efforts et des
dessein. Ce qui comptait pour lui c’était d’installer grand mandala en pleine éruption chromatique. vigueur se faisaient une gloire d’être le produit de passions concentrées qui remontent tout le temps
cet héritage vivant de l’histoire et de la culture ces «options révolutionnaires» qui débouchent à la surface et qui s’illuminent encore devant
marocaine, laissé à l’abandon et déconsidéré, Une autre forme géométrique, le carré, avait été inévitablement soit sur un régime de parti unique mes yeux. Époque de rupture et de fondation,
dans une dignité de composante à part entière aussi mise à contribution dans une performance soit sur une république prétorienne) ; quand exaltante s’il en fut. Melehi créa aussi la maison
de l’art multiséculaire du Maroc. C’était pousser de l’artiste. C’était à l’issue d’une lecture poétique Souffles, dis-je, se transforma en plateforme d’édition «Shoof» (dans le graphisme qu’il avait
à opérer une relecture de cet art populaire non dans les années 70 à Casablanca, programme idéologique, avec de nouveaux animateurs conçu les deux «o» figuraient des yeux ouverts)
citadin, d’une belle richesse formelle et visuelle, auquel j’avais participé. Melehi avait conçu pour qui la Cité idéale, aux mains des gardes avec un catalogue qui allait compter à son actif
et surtout s’en inspirer pour le mettre à l’ordre pour la circonstance une structure cubique de rouges, dardait des lueurs empourprées depuis des recueils de poésie, dont mon livre la Mille et
du jour dans une réflexion globale sur la création près de deux mètres de haut et autant de large, une lointaine Chine maoïste ; quand il devint deuxième Nuit sorti en 1975, des livres d’art et
picturale au diapason d’une modernité en comme une Kaaba me dit-il, mais dont on n’avait interdit de rêver, rêver jusqu’à n’être plus d’ici des travaux en communication audiovisuelle.
mouvement. Il continua d’ailleurs avec passion ses cependant que la charpente. En guise de parois, et surtout prendre garde d’avoir jamais les mots
investigations, à ses propres frais comme souvent, il avait enveloppé les côtés de la structure d’une pour le dire, à ce moment-là Melehi m’avait Il n’y a pas longtemps, Melehi m’avait fait part
jusqu’en 1969. C’était bien sûr pour les besoins de membrane en toile blanche soigneusement demandé de se joindre à lui et à d’autres amis d’un besoin de plus en plus grandissant chez lui
«Maghreb Art» et l’enseignement de l’histoire de agrafée aux montants en bois de haut en bas. Le pour le lancement de la revue Intégral. de renouer avec les compositions sur toile de
l’art dans l’établissement municipal casablancais, cube faisait office d’installation pour les besoins jute, dans le style Hommage à Burri entre autres,
budgétairement peu nanti pour ne pas dire de la scénographie. Voulait-il faire un rappel des Très vite j’ai senti que le titre de la publication, abandonnées au profit d’autres techniques et
franchement indigent ; mais Melehi ne séparait Moallaqâts de Labid, Tarafa et les cinq autres dans l’esprit et le désir de l’artiste, était de d’autres préoccupations picturales. Je ne sais
pas pour autant cette frénésie du recensement poètes antéislamiques ? ou évoquer à partir renvoyer, par résonnance, symboliquement, à pas s’il était à ce moment-là à pied d’œuvre
patrimonial dans son volet plastique et pour des de cette instance parallélépipédique en milieu une matière culturelle de haute teneur et sans pour s’engager dans ce sens et si de nouvelles
besoins pédagogiques, d’une quête fervente à de scène, immobile et cubiste, l’imminence mélange, comme le pain de céréale intégral. pièces dans le style qu’il disait étaient prêtes
l’intérieur de sa démarche esthétique propre. d’un rituel circumambulatoire à domicile des Mon premier réflexe a été d’accueillir sans ou en cours, mais je n’aurais pas été étonné de
récitants ? Quand se termina la dernière lecture discuter une idée qui se présentait comme un le voir annoncer quelque chose qui eût trait à
Il mettait alors la perception du visible comme et sans s’être montré jusque-là, Melehi entra appel d’air, une bouffée d’oxygène dans notre un réamorçage de son itinéraire initial, avec
expression suprême d’une mystique des formes en scène. Caché par les paravents du cube, il environnement culturel sous pression d’alors. une exposition consacrée, ne serait-ce qu’en
et de la lumière : le corps voit, dit-il dans un se mit à pratiquer au cutter, à la verticale et Je me sentais également conforté dans l’un adoptant pour l’occasion des surfaces qui nous
entretien, exprimant par là comme l’évidence à l’horizontale, de longues déchirures dans la des principes qui ont toujours guidé ma vie, changeraient de ses supports habituels, comme la
d’une faculté épidermique physiologiquement cloison toilée, et tandis que de larges pans de illustré dès 1964, avant même l’existence de surface grenue de la toile par exemple. Quoi qu’il
incontestable. Rappelant Goethe dans son Traité l’écran textile glissaient à terre, il mettait pied Souffles par le manifeste Poésie toute, publié en soit, au-delà de sa présence régulière sur la
des couleurs, l’œil se plaçait pour lui comme sur l’espace scénique. Fin de la soirée poétique. à Casablanca en collaboration avec des amis scène picturale et chaque fois plus apothéotique,
Co-fondateur de la Revue Souffles, poête, écrivain et critique d’art
organe de la totalité, comme l’organe qui n’eût, poètes ; un principe non négociable comme on comme dans les dernières expositions en date
au dire de Plotin dans l’un de ses traités sur le Concernant la réalisation graphique de Souffles, dirait aujourd’hui, celui qui à mes yeux fait du avec ses thématiques autour du climat ou du
Beau, jamais perçu le soleil s’il n’avait d’abord on notera que la signature de Melehi n’a jamais droit à l’initiative un droit à la personnalité. panthéon mythologique, Melehi est souvent là
en tant que tel pris la forme de soleil. La forme figuré sur le dessin de couverture, ni son nom Melehi eut une grande part dans la spontanéité où on l’attend le moins. Du vécu au rêvé, des
circulaire reviendra fréquemment dans les travaux comme concepteur graphique de la publication. de mon adhésion à ce projet, justement par son engagements intellectuels aux investigations à
du peintre, parfois dans des représentations De moins doués que lui n’y auraient pas renoncé exemple d’indépendance, ses audaces et même l’intérieur de la tradition plastique de son pays, de
complexes, et selon l’occurrence investira le moins du monde, ils ne se seraient pas non ses paradoxes. Choix salutaire à bien des égards. son rejet des carcans académiques occidentaux à
même le champ de son activité pratique au plus privés d’en tirer vanité et auraient joué Pendant des années Intégral ouvrit ses pages l’impulsion d’une vision qui réhabilite les valeurs
quotidien : Je me souviens qu’il me mit un jour la diva narcissique le restant de leur vie. C’est aux poètes marocains et étrangers, accompagna de la reconquête de soi, Melehi aura légué à
sous les yeux la mise en forme graphique d’un fréquent de nos jours où tout est dans le paraître. une actualité à cette époque bouillonnante de la notre imaginaire assoiffé de prodiges l’univers
programme de travail qu’il avait étudié dans ses Ainsi que cela se pratiquait en milieu avant- littérature et des arts à travers le pays et dans le cosmique et éclatant de ses majestueux soleils
Mostafa Nissaboury
moindres détails. Les différentes rubriques du gardiste à l’époque, Melehi faisait ce travail monde arabe. Jusqu’à ce qu’elle cesse de paraître recommencés, de ses flammes magnétiques
programme et leurs stades d’exécution étaient comme membre parmi d’autres membres d’une en 1976, la revue conserva sa ligne éditoriale entremêlées, de ses ondes vibrantes où frémit
minutieusement logés dans des compartiments équipe désintéressée, sur le mode participatif en tant que revue de création plastique et la promesse d’une beauté qu’il a pu contempler
aux couleurs vives, d’une incroyable précision, et dans une totale liberté de création. et qu’il nous restera toujours à découvrir.
chaque phase du programme possédant sa littéraire, son contenu resta alimenté par des
couleur propre. Il avait relié ces éléments les uns Quand la revue Souffles, de publication collaborateurs non rémunérés et son impression
aux autres en un déploiement orbiculaire, spiralé, indépendante (ce qui était un exemple unique assurée sans financement occulte. Quand j’évoque
Casablanca vente du 10 avril 2021 33
1965-1969
»
CONSTITUTION DU GROUPE
DE CASABLANCA AUTOUR
DE FARID BELKAHIA,
MOHAMED MELEHI
& MOHAMMED CHABÂA »
PLANCHE
INDICATIVE III
36 Casablanca vente du 10 avril 2021 37
PRINCIPALES PRINCIPALES
EXPOSITIONS EXPOSITIONS
COLLECTIVES PERSONNELLES
Lot 4
Mohammed Chabâa
(1935-2013)
Composition, 1967
Triptyque
Acrylique sur toile
150 x 196 cm
Composition, 1967
Triptych
Acrylic on canvas
150 x 196 cm
Lot 5
Mohamed Melehi
(1936-2020)
Composition, 1968
Acrylique sur toile
Signée et datée au dos
75 x 118 cm
Composition, 1968
Acrylic on canvas
Signed and dated on the back
75 x 118 cm
PRINCIPALES PRINCIPALES
EXPOSITIONS EXPOSITIONS
COLLECTIVES PERSONNELLES
2021 «Trilogie Marocaine», Musée Reina Sofia, Madrid 2013 Exposition «l’Atelier de Farid Belkahia»,
2021 «Pour une autre modernité», Galerie l’atelier 21, Casablanca
Centre Pompidou, Paris 2011 Exposition de cuivres, Galerie Delacroix, Tanger
2020 «Maroc, une identité moderne», 2010 Galerie Venise Cadre, Casablanca
Institut du Monde Arabe, Tourcoing 2008 Matisse Art Gallery, Marrakech
2019 Exposition «Musée Imaginaire», Ancienne agence Dar Cherifa, Marrakech ; Matisse Art Gallery,
Bank Al-Maghrib, Place Jamaâ El Fna, Marrakech, Marrakech
organisée par Art Holding Morocco 2007 Galerie le Violon Bleu, Tunis
2018 «THAT FEVERISH LEAP INTO THE FIERCENESS OF 2006 Galerie Bab Rouah, Rabat
LIFE», Art Dubai, MiSK Art Institute, Dubai, UAE 2005 Exposition «La dérive des continents»,
2016 Marrakech Biennale 6 Institut du Monde Arabe, Paris
2014 Musée Mohammed VI d’Art Moderne et 2004 Matisse Art Gallery, Marrakech
Contemporain ; Institut du Monde Arabe 2001 Exposition au Musée de Marrakech
2012 : Exposition collective de dessins, 2000 Exposition à la veinerie,
Galerie l’atelier 21, Casablanca 1999 Musée d’Art contemporain, Nice ; Musée Tobu, Kyoto
2011 «Told, Untold, Retold», Mathaf, Doha, Qatar Musée des Arts africains et océaniens, Paris
2007 Exposition au British Museum, Londres Galerie A. Farhat, Tunis
2000 Biennale de Lyon 1998 Galerie Delacroix, Tanger ; «Artistes africains»,
1999 «Le temps du Maroc, Peintures - livres d’artistes», Musée Tobu, Kyoto
Galerie Le Comptoir, Sète Exposition «Mediterranea», Musée de l’hôtel
«Modernités et mémoires», peintres musulmans, de ville, Bruxelles
BIOGRAPHIE Istanbul Exposition «Autour du Foot», Galerie Enrico
FARID BELKAHIA 1997 Exposition «Médiations» avec les peintres
Rosenberg, Sol LeWitt, Anish
Navarra, Paris
1997 Galerie Mottier, Genève ; Galerie Climats, Paris
(1934-2014) Kapoor, Medersa Ben Yusuf, Marrakech Galerie Al Manar, Casablanca
«Modernité et mémoires», Fondation Rockefeller, 1996 Galerie Motier, Genève
biennale de Venise 1995 Galerie Darat Al Founoun, Amman
Farid Belkahia est né en 1934 à Marrakech. Il étudie à sa carrière, une recherche sur différents matériaux 1994 «Rencontres africaines», Institut du Monde Arabe, Galerie Al Manar, Casablanca
l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, à l’Institut du Théâtre traditionnellement utilisés dans l’art populaire pour Paris Exposition cinquantenaire des Nations Unis, Genève
de Prague et à l’Académie Brera de Milan. Directeur se détacher des techniques classiques occidentales. Ce Musée d’Art Moderne, Johannesburg Exposition Tate Gallery de Londres
de l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca de 1962 à sera le cuivre, dans un premier temps, qu’il apprend à 1993 Exposition Peintres du Maghreb 1993 Exposition Galerie Al Manar, Casablanca
1974, il introduit, pour la première fois, des cours marteler, et depuis 1974, le travail de la peau crue, en 1992 Exposition de dessins Galerie Al Manar, Casablanca 1990 Galerie Erval, Paris
relatifs aux arts traditionnels marocains. Fidèle à cette hommage au parchemin. Elle lui inspire des œuvres 1991 «Quatre peintres du Maroc», 1984 Musée Batha, Fès ; Centre culturel Espagnol, Fès
discipline, mais toujours avec l’idée d’un dépassement sobres et puissantes où le peintre, dans une recherche Institut du Monde Arabe, Paris Galerie l’Atelier, Rabat
de ces techniques, il marie les formes (l’alphabet d’»intimité avec la nature», n’utilise que des pigments 1985 Présence Marocaine Grenoble 1980 Galerie Documenta, Copenhague ; Galerie Nadar,
berbère notamment) et les matières ancestrales avec naturels. Farid Belkahia vit et travaille à Marrakech. 1984 Exposition maghrébine, musée d’Art Vivant, Tunis Casablanca
la modernité de la représentation pour démontrer Belkahia a connu une première période expressioniste 1978 «Peintres arabes», Centre Culturel Irakien, Londres 1978 Galerie Documents, Copenhague ; Galerie Nadar,
que «l’évolution de l’art ne peut se réaliser que si le dite «de Prague» où l’artiste a produit des œuvres 1974 «Peintres Maghrébins», Alger Casablanca
passé, autrement dit la mémoire, nourrit et ouvre les figuratives et abstraites avant de se tourner vers le 1er Biennale arabe, Baghdad 1972 Galerie Design Steel, Paris ; Galerie l’Atelier, Rabat
perspectives du futur». Persuadé que «les civilisations travail du cuivre et de la peau. 1966 Exposition «Chabaâ, Melehi, Belkahia», 1957-67 Galerie Bab Rouah, Rabat
n’évoluent que si elles respectent les cultures qui Farid Belkahia est décédé en 2014. Théâtre National Mohammed V, Rabat 1955-56-57 Galerie Mamounia, Rabat
les ont précédées», il poursuit, depuis le début de 1963 «2000 ans d’Art au Maroc», Paris
1958 «Arts Plastiques Marocains», Washington
48 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 49
Lot 6
Farid Belkahia
(1934-2014)
CHAÏBIA TALLAL,
»
L’AUTRE VERSANT
DU MOUVEMENT
DE CASABLANCA »
PRINCIPALES EXPOSITIONS
PERSONNELLES & COLLECTIVES
2021 «Trilogie Marocaine», Musée Reina Sofia, 1988 Expositions à Oostende, Bruxelles et Liège
Madrid Galerie Ana Izak, Beverly Hills
2020 Exposition «Chaïbia, la magicienne des arts», Musée des Beaux-Arts d’Ixelles, Bruxelles
Fondation CDG, Rabat Musée d’Art Moderne, Paris
2019 Exposition «Musée Imaginaire», Ancienne agence The Africain Influence Gallery, Boston
Bank Al-Maghrib, Place Jamaâ El Fna, Marrakech, 1987 Raleigh Contemporary Galleries, USA
organisée par Art Holding Morocco 1986 Galerie Le Carré Blanc, Suisse
2018 Musée Mohammed VI d’Art Moderne et 2e Biennale de La Havane
Contemporain, Rabat 1985 Galerie L’œil de Bœuf, Paris
Hommage posthume, Association «Zouhour de Galerie d’art Llimoner, Espagne
l’art et du patrimoine», El Jadida, Azemmour 1980 Fondation Juan Miro, Barcelone
2010 Musée des Beaux-arts de Carcassonne 1977 2e Biennale Arabe, Rabat
Singular Art-Fest, Roumanie Salon des Réalités Nouvelles, Paris
BIOGRAPHIE 2009
Loft Art Gallery 1974 Galerie L’œil de Bœuf, Paris
CHAÏBIA TALLAL 2004 Bab Rouah, Rabat Galerie Ivan Spence, Ibiza
Lot 7
Chaïbia Tallal
(1929-2004)
Août 1969
Huile sur toile
Signée en bas à droite et datée au dos
81 x 100 cm
August 1969
Oil on canvas
Signed lower right and dated on the back
81 x 100 cm
En 1969, les artistes enseignant à l’Ecole des Beaux A cette occasion, un manifeste sera publié et
Arts de Casablanca vont refuser de participer à une consacrera la naissance d’un mouvement qui
exposition «qui ne répondait pas à leurs attentes». n’hésitera plus désormais à contester les politiques
Auparavant, au mois de février, ils avaient adressé artistiques et s’inviter dans d’autres débats
une première note aux autorités de tutelle qui concernant la société marocaine.
précédera l’exposition «dissidente» Place Jamâa el
Fna en Mai-Juin de la même année.
56 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 57
L’AVENTURE DU DE GHARBAOUI,
CHERKAOUI
de l’Ecole des arts et métiers de Paris en 1959,
s’inscrit ensuite à l’Ecole nationale supérieure
des Beaux-arts dans l’atelier de Jean Aujame,
de promotion touristique ; elle changea, de ce patronisées et encouragées, et considérées son retour au Maroc, Gharbaoui délaisse peu à peu le second en 1967, les empêchera de prendre part
fait, d’usages comme d’usagers. Au contenu et comme l’émanation profonde de l’esprit l’impressionnisme français et l’expressionnisme aux évolutions suivantes, auxquelles ils auront
aux fonctions utilitaire, pratique, symbolique, marocain, dont il s’agissait de maintenir allemand au profit d’une abstraction gestuelle et apporté une contribution décisive, en traçant une
voire rituelle, autrefois endossées par les objets la dimension instinctive, spontanée et lyrique, turbulente et nerveuse. Ses recherches voie de dépassement du dilemme de l’artiste post-
Écrivain
d’artisanat, se substituèrent peu à peu des naturelle, en évitant de gâcher sa «pureté» et ses expérimentations l’ont conduit vers une colonial marocain.
considérations principalement esthétiques et ou sa «fraîcheur» par l’acquisition d’un
58 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 59
orientée par une visée d’édification d’une qu’un glossaire de formes géométriques la place de l’artiste à construire, son rôle à penser de l’histoire que furent ces arts: ni pleinement
modernité plastique marocaine, et adossée à un inspirées des arts et de la pratique ornementale et son programme à élaborer. L’identité nationale d’aujourd’hui ni tout à fait d’hier, enracinant
système d’interprétation historique et formel traditionnels, qui ont fini par constituer était au cœur d’un chantier ouvert, alimenté en dans un passé indistinct et rêvé une nation
propre au groupe. Il n’est pas anodin qu’en lieu «l’alphabet personnel» de l’artiste. sous-main par les logiques et les enjeux politiques, aux prises avec le présent filant, et paré des
Écrivain
et place du buste gréco-romain, symbole et Chez Mohammed Chabaâ, ce fut après Rome, sociaux et régionaux de l’époque. Il était encore
standard de l’esthétique occidentale, au sein les influences de Kandinsky et de Picasso, trop tôt; celle-ci n’était ni pleinement formulée,
« DE L’EXPOSITION MANIFESTE DE LA
PLACE JAMÂA EL FNA A LA NAISSANCE
DU MOUVEMENT DE CASABLANCA »
Casablanca
vente du 10 avril 2021
61
Casablanca vente du 10 avril 2021 63
l’artiste italien
Agostino Bonalumi
debout au centre,
en visite dans l’atelier
de peinture de
Mohamed Melehi
en compagnie
de Farid Belkahia,
de Mohammed chabâa,
et des éléves de l’atelier.
Ecole des Beaux Arts de
Casablanca 1965
propriétés même de l’attente sans issue, comme pas de modernité anhistorique». Il en va de même patiemment amassées et emmagasinées au fil de Casablanca, dont il fut l’un des instigateurs
temporalité bouchée et impossibilité de l’agir. pour Mohamed Hamidi, pour qui «il faut que la des ans, à travers une relecture critique. Certaines et le dernier membre fondateur encore en vie.
peinture renoue avec nos traditions, se nourrisse approches artistiques ont été momentanément
La redécouverte des arts traditionnels marocains d’abord des valeurs proprement nationales délaissées, puis réinvesties plus tard, selon les Pour situer la démarche de Mohamed Melehi dans le
par Melehi se fit par l’entremise de Bert Flint. Des dans tous les domaines», ainsi que Mohamed inclinations du moment ; dans d’autres cas, ce contexte qui est le sien, et qui lui adjuge pour ainsi
excursions plastiques et mémorielles menèrent Aâtallah, selon qui «la peinture peut contribuer à travail s’est fait sur le mode de la dépossession, dire sa valeur, la réflexion sur la tradition n’avait
l’artiste aux mosquées et aux zaouïas du sud; se l’élaboration de la culture d’une nation», pour peu du dessaisissement ou du dépassement simple. rien d’évident à son retour au Maroc. Elle pouvait
révélera à lui le chromatisme échauffé, débridé que les artistes parviennent à bout de «l’immense même couvrir de suspicion. L’indépendance du pays
et éclatant de leurs boiseries peintes. Les formes travail de redécouverte qui nous attend». Jamais les termes «interrogation» et acquise, tout se passa comme si «la récupération
rencontrées et leurs significations occupèrent «questionnement» n’ont été autant utilisés en par le Maroc […] de la conduite autonome de sa
longtemps l’artiste, qui s’intéressa aux art que de nos jours, et jamais n’ont-ils conduit à destinée avait pour effet de désamorcer en tant que
innombrables signes contenus dans les fibules de UNE VISÉE ébaucher des réponses si semblables, à apporter problème la question du rapport au passé et à sa
différentes régions du Maroc, jusqu’au mysticisme DE RÉNOVATION des conclusions si difficilement différentiables gestion», les différentes traditions du pays s’étant
rudimentaire des gravures rupestres du mont Ni patrimonialisation de l’histoire, ni tentative et à nourrir des travaux et des propositions simplement vues créditer d’une sorte de «coefficient
Yagour, ses cercles refermés sur eux-mêmes de résurrection de ce qui fut dans un siècle où plastiques finalement si peu caractéristiques. d’évidence» qui aurait dispensé de mettre en œuvre
comme d’impénétrables énigmes et travaillés il n’est plus, donc, mais volonté de bénéficier C’est que bien souvent, le questionnement naît des modalités spécifiques «de valorisation». Ou
sur leur circonférence par différents motifs d’une assise et d’un point de contact et d’entrée d’une division du travail cloisonnant nettement alors, comme si la sollicitude patrimoniale du
géométriques intérieurs, successifs ou imbriqués. à la modernité, sans que cette accession ne soit la pratique artistique en tant que telle du sujet Protectorat à l’endroit de la tradition matérielle
Alors, il a fallu redécouvrir, réhabiliter, trier, aliénante ou n’engendre une dépossession de soi. de son interrogation, de sorte que le doute, «entachait celle-ci d’une suspicion qui en rendait le
«faire un choix dans notre passé». La finalité l’incertitude, la remise en question, le flottement souci de conservation difficilement énonçable dans
n’étant pas seulement de donner naissance à La redécouverte de nouveaux fondements ne va décisionnel et la contestation intérieure que le registre du patrimoine». Mohamed Melehi, ainsi
une nouvelle création artistique marocaine, mais pas sans une entreprise de réadaptation touchant le questionnement génère ne contaminent que les autres artistes du Groupe de Casablanca,
aussi de bénéficier de la sécurité de qui «sait la sphère de l’acquis. Les expressions plastiques pas l’identité artistique. Ou alors, de façon devança de près de vingt ans l’élan de prise en
qui [ il ] est». La quête d’identité artistique fut ne sont pas des éléments isolés, ou des choix superficielle, en poussant l’artiste à légèrement charge du passé par le politique durant la vague
en même temps une quête identitaire et une formels indéfiniment malléables et déclinables rectifier sa formule plastique — apparition de de la «patrimonialisation» qui a déferlé sur le
quête plastique; pour la «reprise de soi» selon en toute situation: leur incorporation génère nouvelles couleurs ou de nouveaux motifs, Maroc au cours des années 1980. Il élabora et mit
Melehi; pour «une redécouverte et une liaison» une activité mentale permettant d’organiser, de expérimentations avec de nouveaux matériaux, en œuvre des registres et des modes novateurs
avec les traditions nationales, écrit Chabaâ. classer, de rendre intelligible et de faire sens du selon arrivage de la saison. L’on conviendra que et audacieux de régénération de la tradition, en
Les artistes impliqués dans cette entreprise monde perçu pour sa restitution dans l’œuvre. la démarche est sécurisante: peu sont prêts à l’inscrivant dans la trame du présent et comme lieu
parvinrent à déjouer les pièges routiniers du Elles véhiculent des démarches et des intentions, prendre le risque de perdre leur art pour l’acquérir d’engendrement de l’avenir. Ce faisant, le Groupe
réinvestissement de la tradition: nul décrochage des imaginaires, des représentations et des de nouveau. Mais elle présente l’écueil de fausser de Casablanca proposa une voie de règlement
du monde et nul repli sur soi, ce travail devant modes d’assimilation du réel; des façons de se le procédé du questionnement: le lieu d’où ce à l’insoluble dilemme de la tradition et de la
«amener plus tard à aborder un dialogue avec les saisir et de travailler un matériau, fut-il physique, dernier est posé, ainsi que ce que la somme modernité, qui souvent oppose deux pôles, orné
autres cultures. On ne peut pas dialoguer avec intellectuel, symbolique ou psychologique. Elles des éléments inclus ou exclus de ses termes chacun de vertus rêvées, faussement inconciliables
les autres si on ne se connait pas soi-même». engendrent, enfin, des rapports particuliers déterminent en partie le type de réponse qui sera et exclusives. Loin, si loin de certaines itérations
Nulle nostalgie d’un passé mythifié qu’il s’agit à un ensemble de données, notamment obtenu. L’aventure du Groupe de Casablanca négatives du réinvestissement du passé comme
de refonder sur le canevas du présent, «le statut celles relevant du passé ou de la tradition. offre un exemple d’une remise en question sphère de repli et d’enfermement sur soi.
de l’art traditionnel au Maroc est futuriste. Son radicale de pratiques artistiques — celle d’un lieu
adaptation nous permet d’emblée de nous situer C’est donc tout un travail d’harmonisation et d’une époque et, surtout, celles incorporées C’est ainsi que Meheli édifia, en compagnie
dans les mouvements les plus révolutionnaires de de leurs premiers acquis avec leurs nouvelles par soi-même, objets d’une plus grande intimité des autres artistes du Groupe de Casablanca,
remise en question artistique dans le monde». investigations plastiques que le noyau dur du intérieure, et donc sujettes à un plus fort degré une modernité autre qu’occidentale, mais tout
Groupe de Casablanca a dû entreprendre. Il de résistance au changement. Les artistes du autant pionnière, hardie et avant-gardiste. Une
Pour Farid Belkahia aussi, recoudre la trame leur a fallu renégocier la place des premières groupe ont, chacun, suivi son cheminement modernité enracinée dans un passé réactivé,
de l’histoire ne vise pas à ériger le passé en pratiques, recueillies durant leurs études et propre, tout en maintenant pendant quelques nourrie par le présent et construisant les moyens
Reda Zaireg
instance d’immobilité hiératique. La tradition est leurs multiples séjours de jeunesse, dans leur années un programme d’action commun. de son prolongement et de son passage à la
considérée comme interface d’enracinement et de nouveau travail, et donc réincorporer d’anciens postérité; sa trace se perpétuera dans le futur
projection, génératrice d’apport pour le présent apprentissages en lien avec de nouveaux enjeux, Avec le décès de Mohamed Melehi, s’éteint de la pratique plastique marocaine — qu’il
et l’avenir. Elle est envisagée comme «futur de de nouveaux enseignements et de nouveaux l’animateur et l’infatigable étincelle du groupe aura indéniablement contribué à façonner.
Écrivain
l’homme»: «seul notre passé est à même de nous usages. Ce fut un processus de réactualisation,
permettre l’accès à la modernité. Je ne connais voire de réannexion d’expressions plastiques
68 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 69
uses and users. Aesthetic and economic purposes and genuine nature had to be preserved. Art the Netherlands. His career was peppered with
progressively replaced the utilitarian, functional, instructors, mostly french, prevented local artists suicide attempts and internment in the Moulay Jilali Gharbaoui and Ahmed Cherkaoui were the
symbolic, and even ritual content, tasks, and from losing their “purity“or their “greenness“by Youssef hospital. His works bear the hallmark of a forerunners of the coming Moroccan artistic
functions that were once fulfilled by artisanal limiting their acquisition of a more developed pictorial journey milestoneed by the assimilation modernity, by seeking a synthesis of Moroccan
Author
objects. The reorientation of crafts towards and incorporation of different painting styles, as folk arts and traditions and European modern
arts. The untimely deaths of the two painters,
70 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 71
the first in 1971 and the latter in 1967, deprived specific to the group, and oriented towards a goal gestural painting. Back in Morocco in 1964, very way in which the artists’ dilemma could be
them of taking part in the subsequent of creating a Moroccan artistic modernity. It is of then appointed two years later professor at posed, and then the series of potential answers to
evolutions, to which they decisively contributed noteworthy importance that in the Casablanca the School of Fine Arts of Casablanca, he be provided, could only be discovered in action.
by tracing a path to overcome the dilemma school, in lieu of the Greco-Roman bust, a symbol started rethinking his own creative practice.
of the Moroccan postcolonial artist. and standard of Western aesthetics, where it
fulfills a canonical and fundamental role, the For Melehi, it was after Seville, Madrid, Rome,
Later this horizon was further expanded by teachers chose to hang a Moroccan carpet. Paris and the United States between 1955 and BUILDING AN
Mohamed Melehi (1936-2020), Farid Belkahia 1964. On his return to Morocco in 1964, Mohamed ARTISTIC MODERNITY
(1934-2014) and Mohammed Chabaâ (1935-2013), The way in which this goal became manifest and Melehi was, in his own words, struggling with For Mohamed Melehi and Mohammed Chabaâ,
the first core of the Casablanca group, which was inscribed in the artists’ paths, as well as “non-identification“. The different styles he it was about “clearing history“to bring back to
later welcomed Mohamed Hamidi (born in 1941), the practices that were adopted, varied greatly. assimilated over the years have constantly life traditional arts. With the help of a few years
Mustapha Hafid (born in 1942) and Mohamed By the late 1950s and early 1960s, many of the enhanced his own palette: from classical of colonization, the traditional arts remained
Ataallah (1934-2014). With the support of the artists of the Casablanca Group had a rich array of academism to the expressive and sincere brutality nothing more than a disparate assemblage of
art historian Toni Maraini (born in 1941) and pictorial methods, techniques and skills. However, of Millares’ jutes, then the influences of Alberto colors and motifs stripped down to their geometric
the scholar in folk arts and rural traditions Bert this carefully accumulated knowledge alone was Burri, of Frank Stella, Ellsworth Kelly and the substance or to mere colorful embellishments.
Flint (born in 1931), they set up an innovative not sufficient to shape their artistic identity. leading proponents of Hard-edge abstraction, as
teaching program at the Casablanca School of Interrogations on their individual and collective well as the Op Art, action painting, organic and Melehi’s rediscovery of traditional Moroccan arts
Fine Arts, directed by Farid Belkahia since 1962. status as artists defined their creative process. spatial painting, dripping and collage. All these was through Bert Flint. He made several field
The two aspects were tightly interrelated and influences and experiences can fulfill an artist’s trips to the south’s mosques and zaouïas. The
Inspired by the Bauhaus doctrine, which mirrored each other, and the intensive reflection career aspirations. However, he has to be willing intense, unbridled and colourful chromaticism
provided a model for post-war art schools, the that they engaged themselves in led to a process to wrest his artistic identity from interrogations of the woodworks marked him, as did the
artists of the group re-evaluated the notions that was as much about self-construction as regarding his individual, cultural and social geometric patterns and forms he encountered
of tradition, modernity and avant-garde. They it was about the making of an art. And, most identity, by pushing them into the realm of and their meanings, which the artist spent years
also sought to challenge, again in accordance importantly, they considered themselves to be intimacy or by examining them in a simple self- investigating. He was equally fascinated by the
with the Bauhaus philosophy, certain categories, agents of change in independent Morocco. confirmatory approach. But for Melehi as for countless signs and symbols found in the fibulae
classifications and distinctions inherited from the other artists of the Casablanca group, such of different parts of Morocco, right up to the
the colonial era, particularly the one separating For Belkahia, the desire to move away from interrogation was pivotal: what could a Moroccan rudimentary mysticism of the Mount Yagour
arts and crafts, in an effort to revamp the Western art came after spending years in Paris, art be, in accordance with a Moroccan identity? rupestrian engravings, with their mysterious circles
status of crafts and make them a dynamic Prague, a memorable visit to Auschwitz, and And what could be the appropriate position, enclosing different inner geometric motifs.
counterpart to art. From the perspective of the exposure to key artists such as Paul Klee. role and program of the artist in society?
the Casablanca group members, crafts do not Belkahia returned to Morocco in 1962 to head So, it was a matter of rediscovering, restoring,
represent a low art, but an “autonomous art the Casablanca School. In 1965, he abandoned It was simply impossible to provide a direct selecting and “making a choice in our past“. The
combining form, function, color and beauty“. easel painting and, from then on, the scholarly answer to this dilemma, because it was first goal was not only to give birth to a new Moroccan
pictorial approach in favor of a more traditional necessary to discover and elucidate the very art, but also to “knows who we are“. The pursuit
craftsman’s method. The canvas was to be terms of the equation, which were all unknown: of artistic identity was at the same time a
substituted by copper and later by skin. Little a Moroccan art had yet to be developed, the search for cultural identity, for the “reclaiming
THE MOROCCAN by little, an inventory of symbols, pictograms position of the artist to be defined, his role to of self“according to Melehi, for “a rediscovery
ARTIST’S DILEMMA and Amazigh, Arab, African, Saharan, Islamic be imagined and his program to be formulated. and a connection“with the national culture and
The aim of setting up an artistic avant-garde, in graphic signs, as well as a lexicon of geometric At the time, the national identity was still a traditions, writes Chabaâ. The artists involved in this
conjunction with a revitalization and renewal forms inspired by traditional and ornamental work in progress fuelled by the political, social undertaking managed to avoid the routine dangers
of craftsmanship, calls for a different mode of arts became part of his work, and eventually and regional issues and stakes. It was too and hazards that arise when plunging back into
appropriation of the traditional arts. It is neither constituted the artist’s “personal alphabet“. premature, and the national identity was neither tradition: there was no turning away from the world
the inactive, museifying and idle approach of the fully framed nor clearly articulated. Therefore, and no inward-looking attitude, as this work was
Reda Zaireg
former colonizer, nor the natural, spontaneous For Mohammed Chabaâ, it was after Rome, the the elements to be drawn from it to produce intended “to lead to a dialogue with other cultures
and unquestioning attitude of the ordinary user, influences of Kandinsky, Picasso, and several a Moroccan art were still poorly known and later on. One cannot dialogue with others if he
for whom these arts and crafts seem familiar and other trends and styles: Renato Guttuso’s relying on the rediscovery of a whole chapter of doesn’t know himself“. There was no longing for a
commonplace. It is rather a new approach, based socialist neo-realism, spatial painting, the country’s history and traditions. In fact, the mythical past that needed to be recast, since “the
Author
status of traditional art in Morocco is futuristic. situation: their adoption generates a mental etc. One will agree that this approach is rather Or else, as if the Protectorate’s care for material
Its adaptability enables us to immediately activity that makes it possible to organize, classify risk-free: few are ready to risk losing their art in culture “tainted it by suspicion, which made it
establish ourselves among the most revolutionary and make sense of the perceived world for its order to acquire it again. But it has the pitfall of difficult to express concern“in this regard, or call
artistic questioning movements in the world“. rendering in the art work. They convey approaches distorting the process of questioning: both the for conservation of the cultural heritage. Mohamed
and intentions, imaginaries, representations and site from which the interrogation originates, Melehi, as well as the Casablanca Group’s artists,
For Farid Belkahia too, stitching up the thread modes of assimilating reality, as well as ways of and the sum of elements that are included or preceded by nearly twenty years the political impulse
of history is not about bringing the past into a handling and processing materials and objects, be excluded from its scope determine the outcome that led to care for the past during the 1980s.
state of immobility. Instead, tradition is seen it physical, intellectual, symbolic or psychological. of this process. The journey of the Casablanca They developed and implemented innovative and
as providing input for the present and the Finally, they also involve specific connections to Group provides an example of how to radically bold registers and modes of reviving tradition. In
future. “Only our past is able to give us access to a set of data, in this case the past and tradition. question artistic practices - those of a time doing so, they offered a way out of the inextricable
modernity. I know of no anhistorical modernity and place and, above all, those incorporated dilemma of tradition and modernity, which often
”. The same goes for Mohamed Hamidi, for The Casablanca Group had to harmonize by oneself, which are subject to a greater inner opposes two poles each adorned with ideal virtues
whom “painting must revive our traditions, be their first learnings with their new artistic intimacy, and therefore to a greater level of that are falsely irreconcilable and exclusive.
nourished first of all by national values“, as investigations. They had to reassess their previous resistance to change. The artists in the group have
well as Mohamed Aâtallah, who believed that practices, learnings and approaches in relation each followed their own path, while maintaining This is how Melehi built, along with the Casablanca
“painting can contribute to the development of a to new issues, new experiences and new goals for a few years a common action program. Group, a modernity other than Western, but
nation’s culture“, provided that artists succeed in through a critical rereading. Some artistic just as pioneering, daring and avant-gardist. A
the “immense work of rediscovery that awaits us”. approaches were momentarily abandoned, then With the passing of Mohamed Melehi, we now modernity rooted in a reactivated past, fueled
later re-used, others were simply dismissed. lost the driving force of the Casablanca group by the present and building the means of its
and its last surviving founding member. passage to posterity; his legacy will be passed on
Never have the words “interrogation“and to future generations of Moroccan artists, and
A FOCUS “questioning“been used as much in art as they To put Mohamed Melehi’s initiative in its proper will be long remembered in the national arts
ON RENOVATION are today, and never have they led to such context, it is worth mentioning that working on scene - which he undeniably helped to shape.
In other words, it wasn’t an attempt to strikingly similar answers, to conclusions that national traditions was not a matter of course
resurrect what once was and used to be at a are barely distinguishable, and to creations and upon his return to Morocco. It could even have
time when it no longer exists, but instead a projects that are ultimately so uncharacteristic. raised some suspicion. When the country gained
desire to benefit from a bedrock and an entry This is because very often, questioning is born independence, it seemed as if “the recovery
point to modernity, without such entry being from a division of labor that clearly separates by Morocco […] of the autonomous conduct
alienating or engendering self-dispossession. artistic practice as such from the matter of its of its destiny had the effect of defusing as a
interrogation, so that the doubt, uncertainty problem the issue of the relationship to the past
Reda Zaireg
The discovery of new principles and fundamentals and insecurity that questioning generates do not and its management“. The country’s diverse
calls for a review of the previously gained contaminate artistic identity. Or perhaps, in a traditions have simply been credited with a sort
knowledge. Plastic expressions are not individual superficial way, by pushing the artist to slightly of “coefficient of evidence that exempted the
and isolated components, or formal choices that adjust his visual formula - bringing in new colors authorities from having to implement specific
Author
can be indefinitely transformed and used in any or new motifs, experimenting with new materials, modalities“of conservation and valorization.
74 75
Lot 8
Ghattas Abdelkrim
(Né en 1945)
Lot 9
Rahoule Abderrahman
(Né en 1944)
Composition, 1974
Acrylique sur toile
Signée et datée en bas à gauche
90 x 134 cm
Composition, 1974
Acrylic on canvas
Signed and dated lower left
90 x 134 cm
Lot 10
Houssein Miloudi
(Né en 1945)
Untitled, 1967
Acrylic on canvas mounted on panel
Signed and dated lower right
Countersigned, dated and titled on the back
100 x 100 cm
Lot 11
Houssein Miloudi
(Né en 1945)
Al Fane, 1967
Acrylique sur carton
Signée, datée en bas à droite
Contresignée, datée et titrée au dos
75 x 64 cm
Al Fane, 1967
Acrylic on cardboard
Signed, dated lower right
Countersigned, dated and titled on the back
75 x 64 cm
PLANCHE
INDICATIVE V
86 87
BIOGRAPHIE
ABDALLAH EL HARIRI
(NÉ EN 1949) Mohammed Chabâa
& Abdallah El Hariri à
l’école des Beaux-Arts BIBLIOGRAPHIE
de Casablanca, 1967 - Mostafa Chebak, Artiste marocains contemporains, édité par Raja Belamine
Hasnaoui et publié par Shashoua press 23007
- Khalil M’Rabet, Peintre et identité, l’expérience marocaine
Editionsl’Harmattan 1989
Né en 1949 à Casablanca, Abdallah El Hariri suit les - Mohamed Sijelmassi, L’art contemporain au Maroc, ACR Editions 1989
cours de l’Ecole des Beaux-arts de Casablanca de «L’espace a éclaté dans son ambiguïté graphique…
1966 à 1969. Il s’inscrit en 1973 à l’Institut européen Mouvant, il ne cloisonne plus le rapport forme-fond, mais
d’architecture et de design à Rome et en 1980 fait un au contraire, il laisse les éléments formels faire librement BIOGRAPHIE
stage de gravure à Lodz en Pologne. El Hariri est peintre irruption. Ces éléments – signes calligraphiques, EXTRAITE
et graphiste et sa première exposition personnelle a traces graphiques, symboles pictographiques – fêtent
eut lieu en 1973 à Casablanca. Il participa activement la vibration des couleurs. Ils transgressent l’ordre
DE L’OUVRAGE
aux multiples événemets organisés par l’AMAP dés sa originel…». «Dictionnaire des artistes comptemporains du Maroc»
création. de Dounia Benqassem aux éditions AfricArts
Lot 12 Composition, 1969 Composition, 1969 Composition, 1969 Composition, 1969 Lot 13
Gouache sur carton Gouache on cardboard Gouache sur carton Gouache on cardboard
Abdallah El Hariri Signée en bas à droite Signed lower right Signée en bas à droite Signed lower right Abdallah El Hariri
Contresignée et datée au dos Countersigned and dated on the back Contresignée et datée au dos Countersigned and dated on the back
(Né en 1949) 50 x 50 cm 50 x 50 cm 58 x 53 cm 58 x 53 cm (Né en 1949)
Annotation au dos : Annotation on the back : Annotation au dos : Annotation on the back :
80 000 - 120 000 DH Ecole des Beaux-Arts School of Fine Arts Ecole des Beaux-Arts School of Fine Arts 80 000 - 120 000 DH
8 000 - 12 000 € de Casablanca of Casablanca de Casablanca of Casablanca 8 000 - 12 000 €
90 91
PLANCHE « 1969-1975
INDICATIVE VI AFFIRMATION D’UN
NOUVEAU LANGAGE VISUEL «
92 Casablanca vente du 10 avril 2021 93
Lot 14
Mohamed Melehi
(1936-2020)
Composition, 1971
Acrylique sur panneau
Signée et datée au dos
120 x 100 cm
Composition, 1971
Acrylic on panel
Signed and dated on the back
120 x 100 cm
Cette recherche puise sa source dans les gravures rupestres du Jbel Yagour dans le Haut Atlas dévoilées et
enseignées par Bert Flint aux étudiants de l’Ecole des Beaux Arts de Casablanca dés 1967-1968. Mohamed
Melehi était intrigué par ces gravures circulaires datant de prés de 5000 ans où apparaissent des formes
ondulatoires et certains symboles représentant des éléments naturels, encore présents dans l’artisanat
des populations autochtones. Mohamed Melehi à son tour les intégrera dans ses recherches artistiques à
partir de 1969 pour inventer un nouveau langage visuel moderne qui tire sa force d’un patrimoine séculaire.
94 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 95
Fonds documentaire
Pauline De Mazières
Logo de la
galerie l’Atelier,
réalisé par
Mohamed Melehi
en 1970
96 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 97
Mohammed Chabâa,
au premier
Festival d’Asilah
en 1978
Mohammed Chabâa,
en compagnie de ses
étudiants à l’école des Beaux
arts de Casablanca, 1966
courtesy famille Chabâa
100 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 101
Lot 15
Mohammed Chabâa
(1935-2013)
Composition, 1974
Découpage cellulosique sur panneau
Signée et datée en bas à gauche
en arabe et en français
90 x 90 cm
Composition, 1974
Cellulose cutting on panel
Signed and dated lower left
in Arabic and French
90 x 90 cm
Lot 16
Mohamed Melehi
(1936-2020)
Composition, 1975
Découpage cellulosique sur panneau
Signée et datée au dos
120 x 100 cm
Composition, 1975
Cellulose cutting on panel
Signed and dated in the back
120 x 100 cm
Lot 17
Mohammed Kacimi
(1942-2003)
Composition, 1973
Acrylique sur toile
Signée en bas à gauche
Contresignée et datée au dos
92 x 100 cm
Composition, 1973
Acrylic on canvas
Signed lower left
Countersigned and dated on the back
92 x 100 cm
Mohammed chabâa,
Bachir Demnati et
Mohamed Melehi
lors de leur exposition
collective à Tanger
En 1975
BIOGRAPHIE
BACHIR DEMNATI
(NÉ EN 1946)
Né à Tanger en 1946, Bachir Demnati découvre la car il a, aussi, la lourde tâche de gérer le cabinet
peinture dès l’âge de 7 ans, lorsqu’il rencontre des d’architecture. Cependant, Bachir rejoint les artistes
artistes étrangers qui peignent dans les ruelles de la dits «du mouvement de Casablanca» et entame
«Médina». À l’âge de 10 ans, il réalisera ses premiers avec eux plusieurs projets d’expositions collectives
graphismes pour les supporters du club de football et individuelles. En 1972, il est membre fondateur de PRINCIPALES
tangérois «El Alam» et il suivra des cours de dessin au l’Association Marocaine des Arts Plastiques. En 1973,
EXPOSITIONS
Lycée Ibn El Khatib sous la houlette d’Henri Moie. En il expose au sein de l’AMAP à Casablanca et participe
classe de Terminale en 1965, «l’association des anciens à la toute première exposition de la Galerie Nadar à PERSONNELLES
élèves de son lycée (Ibn el Khatib)», lui organisera sa Casablanca «l’Art dans les Collections Privées». En & COLLECTIVES
première exposition individuelle au Casino Municipal 1974, ses œuvres sont présentées à la Biennale de
de Tanger. Des cadres de l’ONU en poste au Maroc, Baghdad à laquelle il ne peut s’y rendre, et il exposera 2021 «Trilogie Marocaine», Musée Reina Sofia, Madrid Exposition individuelle à la Galerie
le remarquent et l’aident à obtenir une «bourse à la fameuse Galerie Structure BS (Karim Bennani et 2020 «Maroc, une identité moderne», «Structure B. S.», Rabat
d’excellence» pour poursuivre son cycle d’études Hassan Slaoui) à Rabat, et figurera dans la seconde Institut du Monde Arabe, Tourcoing 1973 Exposition collective, Association Marocaine
en Belgique. Entre 1965 et 1969, Bachir Demnati biennale arabe de Rabat en 1977. En 1975, il acceuillera 2018 «THAT FEVERISH LEAP INTO THE FIERCENESS OF des Arts Plastiques, Casablanca
vit et étudie à Bruxelles, et suit particulièrement à son tour à Tanger, Mohammed chabâa et Mohamed LIFE», Art Dubai, MiSK Art Institute, Dubai, UAE Exposition collective au «Festival de Tunis»
l’enseignement de Christophe Gevers. Lauréat en 1969, Melehi dans l’exposition qu’il organise au sein de sa 2018 Exposition individuelle au Comptoir des Mines Exposition collective au «Festival d’Alger»
il est recommandé par son professeur pour intégrer structure «Galeries Cotta». De 1976 à 1978, il participe Galerie, Marrakech «L’exposition (In)attendue» Conférence «Le design dans la vie contemporaine»
le principal et plus réputé cabinet d’architecture de la encore aux grands projets collectifs qui le mèneront 1980 Exposition collective à la fondation Joan Miro donnée au siège du Rotary Club de Tanger
ville de Tanger «Guy Stenier». En novembre 1969, suite de nouveau à Marrakech. Au retour d’une visite de Barcelone 1972 Exposition commune avec VASARELY,
au décès de Guy Stenier, Bachir Demnati et un autre Chantier, il fera un grave accident qui le plongera 1978 Exposition collective au 1er festival d’Asilah Centres culturels français de Tanger et Tétouan
collaborateur belge vont prendre leurs responsabilités dans un coma profond. Ses œuvres seront exposées 1975 Exposition collective au Congrès des Artistes 1971 Exposition individuelle «Réalité Médiane», Tanger
et reprennent les rênes du cabinet. Le 18 Janvier 1970 au premier festival d’Asilah en 1978. Traumatisé par Plasticiens Maghrébins, Tunis 1966 Exposition collective, Tanger
au Casino Municipal de Tanger, il présente enfin ses cette épreuve, Bachir Demnati décide de se consacrer Exposition individuelle individuelle à la Banque Exposition commune avec Rachid R’Kaina, Tanger
travaux sous le patronage de la princesse «Lalla Fatima définitivement à son cabinet d’architecture et Populaire de Tanger Participation à l’exposition de la première semaine
Zohra» et du gouverneur de la région «le Commandant n’entretiendra plus de relations qu’avec Saad Ben Exposition collective inter-arabe sur la Palestine à artistique de Tanger
Hosni Benslimane». Repéré par Mohamed Melehi Cheffaj et à de très rares occasions avec Mohamed Rabat, Alger, Tunis, organisée par l’U.A.A. Conférence sur Paul Klee au lycée Ibn Al Khatib,
lors de cette exposition, ce dernier propose à Bachir Melehi. En 2018, après 40 ans, il expose ses œuvres Exposition collective «La semaine du Maroc» Tanger
Demnati de rejoindre l’Ecole des Beaux arts de au Comptoir des Mines Galerie. Bachir Demnati vit et à Bruxelles 1965 Exposition individuelle, Tanger
Casablanca pour dispenser des cours aux étudiants. À travaille à Tanger. 1974 Exposition collective «l’Art Marocain dans les 1962 Exposition collective, Tanger
cela, Bachir Demnati ne peut répondre favorablement collections privées», Galerie Nadar, Casablanca
110 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 111
Lot 18
Bachir Demnati
(Né en 1946)
De gauche à droite :
Mohamed Hamidi,
Mohammed Chabâa,
Mohamed Melehi,
César baldaccini
PRINCIPALES PRINCIPALES
EXPOSITIONS EXPOSITIONS
COLLECTIVES PERSONNELLES
2021 «Trilogie Marocaine» Musée Reina Sofia, Madrid 2019 «Hamidi, artiste affranchi»,
2020 «Maroc, une identité moderne», Espace Expressions, CDG, Rabat
Institut du Monde Arabe, Tourcoing 2018 Zoom sur une mémoire tatouée,
2019 Exposition «Musée Imaginaire», Ancienne agence Loft Art Gallery, Casablanca, Maroc
Bank Al-Maghrib, Place Jamaâ El Fna, Marrakech, 2014 Loft Art Gallery raconte… Hamidi, Casablanca, Maroc
organisée par Art Holding Morocco 2011 Hamidi La Rétrospective, La Galerie 38, Casablanca
2018 «THAT FEVERISH LEAP INTO THE FIERCENESS OF 2011 La Galerie 38, Casablanca
LIFE», Art Dubai, MiSK Art Institute, Dubai, UAE 2008 Venise Cadre, Casablanca
2017 Akaa known as Africa, Paris 2007 Cologne, Allemagne
2015 Art Dubai, Section moderne, Emirats Arabes Unis 2005 La Chapelle Saint Esprit Sophia-Antipolis, Valbonne
2008 Damas, Syrie 2000 Espace Catherine Durand, Grasse
1999 10 peintres marocains, Sharjah Art Museum, Abu 1996 Espace Catherine-Levy, Dusseldorf
Dahbi, Peintres en partage, Salon d’Automne, Paris 1994 Galerie Al Manar, Casablanca
1997 Hommage aux peintres pédagogues, 1993 Espace Maison Danemark, Paris
Espace Actua, B.C.M, Casablanca 1988 Festival Culturel Panafricain,
BIOGRAPHIE 1992 Dessins Galerie Al Manar, Casablanca
1987 Peintres marocains à Cologne, La peinture
Médaille d’Honneur, Toulouse
1985 Galerie Alif-Ba, Casablanca
MOHAMED HAMIDI marocaine au rendez-vous de l’Histoire, 1983 Maison de la Culture, Amiens, France
(NÉ EN 1941) Espace Wafa-Bank
1984 Art Contemporain, Tunis
1980 Galerie Café-Théâtre, Casablanca
1978 Galerie Bruno Mory-Bonnay, Paris
1ère Biennale Internationale du Caire 1972 Galerie l’Atelier, Rabat
(Médaille d’Honneur) 1969 Centre Culturel Américain, Rabat
Né en 1941 à Casablanca, Mohamed Hamidi suit d’une initiative qui vise le développement d’Azemmour 1982 Peintres Architectes, Musée des Oudayas, Rabat 1966 Espace Ecureuil, Toulouse ; Galerie Max, Berlin
ses études à l’Ecole supérieure des Beaux-arts de par l’art. Dans le feu de l’action, il invite, en 2005, 1981 Peintures murales à l’hôpital psychiatrique, 1964 Centre Culturel Canadien, Paris
Casablanca. Il part ensuite en France pour suivre une une vingtaine de peintres à réaliser des peintures Berrechid Galerie Klein, Cologne
formation à l’Ecole nationale supérieure des Beaux- murales dans la médina d’Azemmour. Il est aussi 1980 Art Contemporain au Maroc, 1962 Galerie des Beaux-arts, Paris
arts et à l’Ecole des métiers d’art de Paris. De retour membre fondateur de l’Association Marocaine des Arts Fondation Juan Miro, Barcelone
au Maroc, il rejoint le collectif composé des peintres Plastiques. Aujourd’hui, Mohamed Hamidi partage 1978 Moussem International, Asilah
Mohamed Melehi, Farid Belkahia, Mohamed Hafid et son temps entre Azemmour et Casablanca, effectuant 1976 2e Biennale Arabe, Les Oudayas, Rabat
Mohamed Ataallah dans l’exposition manifeste de la également de fréquents séjours à Grasse en France. 1974 Galerie Structure BS, Rabat
place Jamaâ El-Fna, tenue en mars 1969. De 1967 à 1975, Depuis 1958, Mohamed Hamidi participe régulièrement 1ère Biennale Arabe, Bagdad
Mohamed Hamidi est Professeur à l’Ecole des Beaux- à des expositions individuelles ou collectives, au Maroc «Peintures Maghrébines», Alger
arts de Casablanca. Artiste engagé, il est à l’origine et à l’étranger. 1970 Art Erotique, Copenhague
1969 Festival Culturel Panafricain, Alger
114 Casablanca vente du 10 avril 2021 115
Lot 19
Mohamed Hamidi
(Né en 1941)
Composition, 1972
Huile sur panneau
Signée et datée en bas à droite
47 x 56 cm
Composition, 1972
Oil on panel
Signed and dated lower right
47 x 56 cm
PRINCIPALES PRINCIPALES
EXPOSITIONS EXPOSITIONS
COLLECTIVES PERSONNELLES
2021 «Trilogie Marocaine», Musée Reina Sofia, Madrid 2017/2018 «Un Art magistral de l’ellipse»,
2019 Exposition «Musée Imaginaire», Ancienne agence Musée Bank Al-Maghrib, Rabat
Bank Al-Maghrib, Place Jamaâ El Fna, Marrakech, 2010 Rétrospective à l’Espace Expressions, CDG, Rabat
organisée par Art Holding Morocco 2006-2007 Galerie Venise Cadre, Casablanca
2014 Musée Mohammed VI d’Art Moderne et 2000 Galerie Bab Rouah, Rabat
Contemporain 1992 Galerie Al Manar, Casablanca
Institut du Monde Arabe Galerie l’Atelier, Rabat
2006 «Cent ans de peinture au Maroc», 1983 Galerie Bab Rouah, Rabat
Institut Français de Rabat Galerie Oeil, Rabat
2004 Wereldmuseum, Rotterdam 1977 Galerie Nadar, Casablanca
2003 Art contemporain du Maroc, Bruxelles Galerie Structure BS, Rabat
BIOGRAPHIE The Brunei Gallery, Londres
1999 Salon d’Automne, Casablanca
1976 Galerie Nadar, Casablanca
1975 «Gouache», Galerie L’Atelier, Rabat
MILOUD LABIED «Peintres en partage», Paris «Reliefs», Galerie Nadar, Casablanca
(1939-2008) 1997 Rencontre inter-arabe et méditerrannéenne,
Bab Rouah, Rabat
Galerie Bab Rouah, avec Kacimi, Rabat
1969 Galerie La Découverte, Rabat
1991 Palacio de Cristal, Madrid, «Présence artistique 1963 à 1968 Galerie Bab Rouah, Rabat
du Maroc», Portugal
1988 «Peinture contemporaine au Maroc»,
Miloud Labied est né en 1939 à douar Oulad Youssef exploré plusieurs formes mais ne s’est jamais complu Bruxelles, Ostende et Liège
dans la région de Kalaat Sraghna. Il se rend à Salé, en un seul style. La solution à un problème le plonge à 1986 «Présences artistiques du Maroc», Grenoble
avec sa famille, en 1945. Autodidacte, Miloud Labied chaque fois dans une nouvelle aventure. Miloud a été 1981 Peinture marocaine contemporaine,
n’a jamais été au msid ou à l’école. Il se cramponne naïf, abstrait lyrique, abstrait géométrique, sculpteur Fondation Joan Miro, Barcelone
à la peinture : «C’était un moyen d’expression vital et photographe. Dans ses derniers tableaux, il mêle 1978 2e Biennale arabe, Rabat ; Petits formats, COLLECTIONS
pour moi», se souvient l’artiste. Il fréquente l’atelier abstraction et figuration. Sa peinture témoigne d’une Galerie l’Atelier, Rabat PUBLIQUES
de Jacqueline Brodsksis où il développe son don et sa grande maturité et d’une façon très personnelle de 1972 Première biennale arabe, Baghdad
technique. Sa première exposition remonte à 1958 au créer le foyer énergétique de ses tableaux. Miloud 1969 «Ecole marocaine», Copenhague - Musée Mohammed VI, Rabat
Musée des Oudayas à Rabat. Après une courte période Labied a créé une Fondation des arts graphiques 1964 Rencontre internationale, Musée des Oudayas, Rabat - Musée Bank Al-Maghrib, Rabat
de peinture dite naïve, Miloud Labied s’oriente vers où il expose des estampes de peintres étrangers et 1958 Musée des Oudayas, Rabat - Musée Mathaf, Doha, Qatar
l’abstraction. «J’ai compris que la figuration ne mène marocains, entre Marrakech et Amizmiz. - Société Générale Marocaine de Banques
à rien. J’ai cherché autre chose». Peintre chercheur Il décède en 2008. - Fondation ONA
qui renouvelle constamment son art, Miloud Labied a - Attijariwafa Bank
Lot 20 Lot 21
Miloud Labied Miloud Labied
(1939-2008) Composition Composition Composition Composition (1939-2008)
Technique mixte sur toile Mixed media on canvas Technique mixte sur toile Mixed media on canvas
300 000 - 350 000 DH Cachet de l’atelier au dos Workshop stamp on the back Cachet de l’atelier au dos Workshop stamp on the back 300 000 - 350 000 DH
30 000 - 35 000 € 107 x 77 cm 107 x 77 cm 107 x 77 cm 107 x 77 cm 30 000 - 35 000 €
120 « ABDELKADER LAARAJ 121
Lot 22
Laaraj Abdelkader
(Né en 1950)
Cette œuvre, datée 1974, est une de ses premières recherches abouties,
qu’il a réalisé grâce à l’accompagnement et aux encouragements de son
mentor Mohammed Chabâa. A partir de 1978, il travaillera principalement
pour Mohamed Melehi dont il sera l’assistant privilégié. il nous apparaissait
trés important de situer et rappeler le rôle de Abdelkader Laarej aux côtés
de Mohamed Melehi et Mohammed Chabâa durant les années 1970.
124 Vente du 10 avril 2021 Casablanca 125
LE FESTIVAL
D’ASILAH,
1978
En 1978, Mohamed Benaïssa, jeune sera mis en place ainsi qu’une salle de projection Catalogue du premier
parlementaire marocain, et Mohamed cinématographique.Le festival connaîtra un moussem culturel d‘Asilah,
Melehi créeront l’association culturelle «Al grand succès populaire et aura l’honneur Juillet/Août 1978,
Mouhit-Asilah» pour initier un projet de d’accueillir le prince héritier Sidi Mohammed publication éditée par SHOOF
réhabilitation urbaine de la cité portuaire grâce qui prendra même part à certains ateliers. pour le compte de l’association
à l’art. Cette association organisera le premier culturelle Al Mouhit
Moussem d’Asilah en Juillet Aout 1978. Mohamed Benaïssa écrira dans la publication
accompagnant l’événement «A l’arrière-plan du
Onze artistes venus du Japon, Palestine, festival, l’homme du tiers monde… son identité
Irak, soudan, Pologne, États-Unis, Italie, civilisatrice…son interaction avec le mouvement
Espagne, Portugal et du Maroc investiront du modernisme scientifique littéraire et artistiques
la ville pour animer des ateliers de gravure, dans le monde. Les activités spéculatives et
réaliser des peintures murales en médina, expérimentales élitistes et les répercussions sur
et organiser des rencontres culturelles. les masses… C’est à travers cette optique cette
gestation intellectuelle et créatrice et l’interaction
La ville sera dotée par cette initiative de la pratique des cultures et des civilisations de
d’infrastructures culturelles de premier plan. l’autre monde que nous avons cherché à définir des
Le Palais Raïssouni sera transformé en palais indicateurs concluants, à partir duquel nous avons
de la culture, abritant un atelier de gravure, et fondé le premier moussem culturel D’Asilah».
une salle de conférence. Un théâtre en plein air
126 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 127
Peintures murales de
Farid Belkahia
et Mohamed Hamidi
lors du premier moussem
culturel d‘Asilah, Juillet/Août 1978
Casablanca vente du 10 avril 2021 129
Peinture murale
de Chaïbia Tallal
lors du moussem
culturel d‘Asilah, 2000
« FARID BELKAHIA & MOHAMED MELEHI :
130 UN DIALOGUE CONSTANT AUTOUR 131
PLANCHE
INDICATIVE IX
134 135
PLANCHE
INDICATIVE X
136 Casablanca vente du 10 avril 2021 137
Lot 23
Farid Belkahia
(1934-2014)
Composition, 1980
Pigments et henné sur peau
Signée et datée au dos
157 x 114 cm
Composition, 1980
Pigments and henna on skin
Signed and dated on the back
157 x 114 cm
This work was exhibited at the Nadar Gallery in 1981 in Rabat as part
of a group exhibition by Farid Belkahia and Hassan Slaoui as well as
at the Grenoble exhibition “Présence Marocaine“ in 1985.
Aprés son départ de l’école des beaux arts de Casablanca en 1974, Farid Belkahia entame un nouveau cycle de
recherches utilisant des peaux animales comme support qui lui permettront de réaliser des œuvres volumes.
Au début des années 1980, Il entame la réalisation de nouvelles compositions poétiques aux formes
évocatrices qui laissent entrevoir la double dialectique de la vie et de la mort dans son lexique artistique.
«Les formes sont emminements organes, le désir guidant la main de l’artiste, transcende les catégories entre
abstration et figuration. la richesse du dessin évoque l’art séculaire du tatouage berbère dont la reproduction
ornementale aujourd’hui a fait oublier la fonction ésotérique ancestrale»
Lot 24
Mohamed Melehi
(1936-2020)
Composition, 1984
Diptyque
Acrylique sur panneau
Signée et datée au dos
200 x 150 cm
Composition, 1984
Diptych
Acrylic on panel
Signed and dated on the back
200 x 150 cm
Lot 25
Mohamed Ataallah
(1939-2014)
Lot 26
Mustapha Hafid
(Né en 1942)
Lot 27
Mohammed Chabâa
(1935-2013)
Composition, 1992
Acrylique sur toile
Signée et datée en bas à gauche
Contresignée au dos
146 x 115 cm
Composition, 1992
Acrylic on canvas
Signed and dated lower left
Countersigned on the back
146 x 115 cm
Lot 28
Chaïbia Tallal
(1929-2004)
Composition
Huile sur toile
Signée en bas à droite
87 x 76 cm
Composition
Oil on canvas
Signed lower right
87 x 76 cm
Lot 29
Chaïbia Tallal
(1929-2004)
AVEC
MOHAMED ALMAGHRIB : Melehi, en regardant en plus, comme c’est une exposition qui a eu lieu
MELEHI vos travaux, on dévêle une certaine dans ma ville natale, elle fait partie de moi.
répétition, des «redardances», bref, vous
êtes un peintre qui expose peu et donne Ma dernière exposition a eu lieu à Casablanca,
l’impression parfois de peu se renouveler. elle comporte des toiles, des peintures, surtout
des peintures d’un style qui n’a pas beaucoup
D’UN
Casablanca, et ensuite nous donner votre même une évolution, des changements, il y a
réponse au reproche que l’on vous fait une nouvelle écriture dans cette peinture qui se
PARCOURS
concernant votre démarche plastique ? réfère et se base sur un système de «bornes»
ou de repères du parcours. Il est vrai que dans
MELEHI : C’est une exposition qui s’est tenue les derniers dix ans de formation et en tant que
ou au moins n’a pas une syntonisation avec ce qui y a-t-il dans notre monde conceptuel ? notre situation qui se rapporte à la problématique ALMAGHRIB : Il y a également une
qui est l’art plastique dans le monde, son utilité monde conceptuel en tant que Marocains et arabo-palestinienne, qui a encore contribué à ce expérience collective qui est un jalon
contemporaine etc… J’ai écrit une petite brochure Africains du Nord n’est pas encore exprimé dans que je me rende compte d’un élément d’écriture dans votre itinéraire artistique…
où j’ai expliqué mon évolution depuis l’école sa totalité en l’absence d’une langue n’est-ce pas qui est dans notre culture comme on ne s’en
coranique et là j’ai osé dire que mon écriture ? Peut-être s’exprime-t-il un petit peu en berbère, rend pas compte, c’est-à-dire cette lune qui est MELEHI : En effet, il y a aussi un autre élément,
dans la peinture se compose de lignes ondulées en arabe dialectal en français. C’est-à-dire, une simple illusion s’avère l’élément qui régit une autre borne, c’est-à-dire que nous sommes
qui représentent certaines notions de sensualité c’est une expression sous forme d’une salade. notre vie, notre cauchemar arabo-musulman : le en train de faire un voyage cette année qui est
: la femme, l’eau, la flamme et en même temps Ramadan, les mois et quand on analyse la chose, assez temporaire et au fur et à mesure qu’on
j’ai essayé de trouver un liens avec l’imagerie Oui, il a manifesté cette espèce de manque on se rend compte que ce n’est pas une simple voyage on découvre des choses. Vint l’affaire de la
et la symbologie africaines qu’on retrouve bien ou d’ardeur qu’il n’y a pas une langue écrite affaire, parce que cette lune qui donne la gravité manipulation des artistes plasticiens marocains
sûr dans tout l’art africain. Toujours la présence comprise. Je suis un peu dans le cas. J’ai des à la terre, qui régularise les saisons, qui régularise à l’Hôpital Psychiatrie de Berrechid. C’est une
de l’onde qui représente l’eau le feu. C’est un éléments que j’utilise dans mon travail, mais les marées, les cycles menstruels chez la femme manifestation qui a eu lieu l’année dernière en mai
paradoxe naturel de base pour une certaine mes éléments sont dans un sens aussi ouvert : Une clé qui explique beaucoup de choses et en et à laquelle ont souscrit bon nombre d’artistes
vision philosophique des Africains. Cette onde se envers la couleur d’où l’abstraction. Parce qu’une même temps une chose pas très loin, satellite nationaux en majorité adhérents à l’Association
promenait dans mes tableaux dans tous les sens. couleur c’est une couleur. Elle est ce qu’elle est, de notre planète qui commence par un signe Marocaine des Arts plastiques et d’autres…
mais elle peut exprimer beaucoup de choses ; graphique très très fin donc, une tentative de
Vint ce projet d’affiche pour la Palestine et lesquelles ? On ne le sait pas. Ça dépend de ce l’écriture et de là déroulent les idées et toutes nos Ici j’ouvre une parenthèse car parmi les
alors j’ai dressé cette onde en forme de flamme que nous pouvons en tirer. Et dans cette flamme, hantises et cauchemars en tant que Musulmans. gens qui m’ont impressionné dans cette
pour symboliser cette évolution, cette espèce cette révolution palestinienne, ce symbolisme a expérience, il y a Chaibia et aussi Tallal et
de révolte à laquelle nous avons tous souscrit suivi un long parcours pendant à peu près cinq Il ne faut pas oublier aussi que par l’autre des artistes comme Hamidi notamment.
comme référence progressiste, sans tomber dans ou sept ans, d’où une certaine critique qui dit que on découvre notre personnalité.
les clichés politiques et, depuis, ma peinture Melihi ne se renouvelle pas ; on ne sait pas s’il est Chaibia, on l’a toujours considérée comme
a été toujours dans ce sens-là, la flamme qui vraiment sincère quand il fait une affiche pour la Le monde occidental est chrétien a toujours eu une femme illettrée, une artiste naïve, etc…
monte. Cela a duré un certain temps et dans Palestine ou bien est-ce qu’il… je ne sais pas. Je me peur du croissant car il symbolise l’ennemi. Ce n’est pas vrai, c’est une artiste tout court.
l’exposition de 1975, j’avais introduit cette flamme rappelle qu’une fois on avait fait cette remarque, Elle n’est pas naïve, elle est naïve en tant que
et j’avais introduit des espèces de cercles et de moi je trouve que c’est une manière superficielle Maintenant, vous allez me dire : «Est-ce que personne bien entendu ! C’est une fille du
ronds, c’est-à-dire la rencontre de deux mondes. de lire. Un certain travail, en 1977, un concours tu as pensé à tout cela avant de le mettre peuple qui n’a pas eu la chance d’avoir une
Mais ce n’était pas vraiment la recherche d’un d’affiches a été lancé par le Centre Culturel dans une toile ?» Non, pas du tout ! Et là éducation bourgeoise comme nous, mais elle
ordre, mais c’était plutôt une recherche en vue Irakien. Ce concours d’affiches international je reviens à ce que j’avais écrit en 1964-65 est en train de rattraper le temps perdu.
d’établir un paysage nouveau pour le spectateur auquel ont participé des artistes du monde entier quand j’ai fait ma propre présentation où j’ai
national. Là aussi, il y a une tentative surréaliste avec une participation arabe mineure d’ailleurs, dit : «J’apprends de mes travaux picturaux» L’important est que cette femme provenant
de proposer une certaine littérature visuelle pas ce qui est très significatif. Il y avait donc beaucoup c’est-à-dire une démarche picturale qui d’un milieu populaire n’a pas hésité à se
abstraite, mais à partir d’éléments abstraits. On d’artistes des pays de l’Est, des Américains et se comprend et s’analyse a posteriori. joindre aux autres plasticiens et elle a fait
peut décrire mes tableaux géographiquement, des Japonais et c’était la première exposition un panneau sur un mur de 3 sur 5 mètres au
contrairement aux tableaux de Gharbaoui qu’on d’affiches ayant pour thème : La Palestine, terre Donc, ça veut dire ouverture, ça veut dire rester moins réussissant son échelle picturale.
ne peut pas décrire de cette manière. C’est un usurpée. Moi j’ai fait une affiche qui symbolise à l’écoute pour savoir ce que nous-mêmes
écrivain, un graveur. Gharbaoui est un peintre Al Qods. Beaucoup d’affiches ont été faites sous nous pouvons nous proposer comme idées. Son fils Tallal a fait aussi un panneau qui est
de l’écriture, une écriture illisible dans le sens forme de cartes postales. Il y a eu des prix. Il y a très intéressant mais il a travaillé en dehors de
lettres, pace que c’est un homme qui a vraiment eu les Polonais qui ont eu le premier prix. Il y a Dans l’affiche d’Al Qods, l’onde a disparu, mais il l’hôpital. Toutes ces attitudes sont significatives.
manifesté notre état alphabétique. Je soutiens eu des prix de remerciements à certains artistes y a un rayon de lumière qui vient du ciel et qui est Donc c’est une action qui a réussi, elle dégage
que nous n’avons pas une langue expressive, américains et français. Puis du Monde arabe. J’ai brisé donc symbolisant une tension une cassure certaines notions et là je ne suis pas d’accord avec
c’est-à-dire une langue parlée qui puisse tracer reçu un prix d’encouragement ou quelque chose ou une fracture d’un certain ordre spirituel qui certains camarades qui ont dit : Allez peindre
et présenter out notre monde conceptuel. Donc dans ce sens, je ne me rappelle pas exactement. existait dans cette zone et qui est fissuré à cause à Berrechid c’est une foutaise. C’est une chose
on a recours aux français ou à l’arabe mais un Dans cette affiche, j’ai dessiné une image d’Al d’une injustice politique, socio-économique, etc… qui n’a pas de sens, c’est encore une répétition
arabe bâtard et un français bâtard bien entendu. Qods stylisée, assez symbolique et j’ai entrepris de l’affaire d’Asilah. Pour eux, allez peindre à
Et qui parle d’une langue parle d’une culture et le croissant. C’est après des mois et peut-être Berrechid c’est vouloir recréer à grande échelle
chaque langue traîne avec elle des concepts. Mais des ans que je me suis rendu compte d’une leur panneau dans un milieu où on va violer
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2e PARTIE
ALMAGHRIB CULTURE Du Dimanche 23 – Lundi 24 Mai 1982
encore ces malades. Toujours le terme viol qui un effort, sans application tu ne pourras pas ALMAGHRIB : Justement, je voulais poser qu’angoissé etc… Donc plus nous enrichissons
revient alors que beaucoup de gens n’ont pas recevoir l’art, donc tu ne pourras pas le sentir. la question pourquoi une exposition tous ces miroirs, mieux nous nous y retrouvons.
encore décrit et défini ce que c’est que le mot viol. les 7 ans, mais tu y as répondu en partie.
Bon, il y a eu cette exposition. Le problème n’est Et quand je reste sept ans sans exposer, ça
A Berrechid en ce qui me concerne, j’ai peint un pas celui des visiteurs, mais ce qu’il faut noter MELEHI : Non, il y a aussi un autre pourquoi ? veut dire que je peins moins mais mon activité
tableau où j’ai introduit un élément nouveau c’est que notre bourgeoisie marocaine n’a pas Comme tu l’as dit tout à l’heure au début de cet picturale se développe dans un autre domaine
dans mes tableaux, une espèce d’encadrement, compris le rôle de l’art et de l’artiste. Un artiste entretien, je ne suis pas seulement un peintre. ; je sors un livre ou une revue, je participe au
une certaine spatialité plus descriptive que est un messager. C’est quelqu’un qui a une J’ai dirigé une revue, je suis à la tête d’une maison tournage d’un documentaire, ou je contribue avec
je n’avais pas avant dans mes tableaux. Et mission : celle de communiquer quelque chose, d’édition, où j’en avais la prétention. C’est vrai, un collègue à étoffer un scénario, je dessine un
puis dans le tableau lui-même il y a le tableau que lui-même ne saisit pas parfois. Mais c’est à la dans ma conception, il faut aussi se définir. dépliant pour une société ou une couverture de
reproduit en petit. Tous ces éléments là pour société, à l’humanité qui l’entoure de la recevoir. Nous avons au Maroc deux genres d’artistes livre, c’est-à-dire que je mets mes connaissances
moi c’est des bornes, des étapes et c’est tout Or, notre bourgeoisie croit que l’art, et en ce qui sinon plus : Il y a l’artiste artisan, celui qui fait de plasticien au service d’autres disciplines et je
ce que je peux dire de ma peinture et j’estime nous concerne maintenant l’art pictural ou l’art un travail avec une régularité constante, c’est- crois que c’est ainsi que je peux concevoir mon
que le travail que je fais et le travail que fait plastique, est fait pour être acquis, c’est-à-dire à-dire comme le ferronnier, le maroquinier etc… rôle dans la société. Pourquoi ? Parce que pour
n’importe quel peintre méritent d’être vus et une opération de bijouterie alors que ce n’est ça c’est un artisan, mais un artisan est aussi moi, l’art pictural tout court me paraît un peu
non pas admirés mais regardés le maximum de pas le cas. Les bourgeois croient qu’ils sont dans un artiste, et qui risque d’être une personne, comme un comportement très très égoïste et très
fois qu’il faut. Parce qu’une œuvre artistique l’obligation d’aller voir les tableaux d’un peintre, homme ou femme, d’une moralité très élevée unilatéral, et comme nous sommes entrés dans
n’est pas reçue à la première vue, ce n’est pas donc les acheter, alors que l’art est fait pour dans son art. Cela dépend encore de ses croyances une vie sociale de grande collectivité comportant
le coup de foudre en amour. Même quand on être vu. L’achat est une affaire très secondaire et de ses attachements spirituels. Par contre, donc tous les bonheurs et tous les malheurs, on
tombe amoureux il faut quand même exploser pour moi du moins et d’ailleurs, si j’expose une l’artiste moderne qui est le produit d’une culture ne peut pas rester à l’écart dans sa tour d’ivoire,
les amours. Les gens donc doivent s’instruire et fois tous les 7 ou 10 ans ça prouve que je ne où la technologie et l’industrialisation lèvent à peindre des tableaux ou à écrire des poèmes.
faire un effort pour s’éduquer dans les domaines poursuis pas le but de vivre de mes travaux. Il tant de mots d’ordre, là nous parlons de notre Si tu ne fais que ça, alors là tu as la structure de
d’expression artistique et littéraire et même faudrait donc encourager les gens et clarifier ce genre de notre race d’artistes, n’est-ce pas ? l’artisan, mais si tu veux sortir de là, tu deviens
cinématographique puisqu’on va peut-être en malentendu : aller voir une exposition ne veut là c’est l’individu qui a des idées, des concepts alors à mon avis l’artisan dynamisé, c’est-à-
parler. Je voudrais que cet entretien soit un pas dire acheter des tableaux, mais aller voir. et qui intervient dans cet orchestre général dire que tu interviens dans d’autres secteurs
rappel au public et à toute personne cultivée tantôt avec un instrument tantôt avec un où ta collaboration peut être utile et moi je
en vue de l’effort qui reste à faire. Nous prions ALMAGHRIB : J’espère que c’est le autre. C’est-à-dire dans mon cas par exemple crois absolument que les professions doivent
les artistes et les intellectuels de faire un effort sentiment de beaucoup de peintre. et le cas de pas mal d’autres collègues au s’entrelacer dans une société pour s’enrichir
pour valoriser ce qui peut devenir une culture Maroc, très rares d’ailleurs, nous pensons qu’il mutuellement. Si le médecin se confine dans son
de notre pays. Et on ne peut pas toujours rester MELEHI : Sur ça, beaucoup de peintres sont s’agit de structurer une situation culturelle. cabinet de médecine, il deviendra l’homme le
dans une tribune à regarder d’en haut et dire d’accord, mais si on peut joindre l’utile à Cette structuration demande des efforts plus misérable de la terre, c’est pareil l’architecte.
c’est mauvais, c’est bon, c’est tordu ou c’est l’agréable tant mieux mais l’appel en gros multidisciplinaires : musique, peinture, sculpture, Alors si l’artiste se refoule totalement dans
droit. Ça, ce n’est pas la pratique de la culture, caractères à lancer aux gens est le suivant : aller architecture, photographie, tout ce qui permet son atelier, attention, car nous ne vivons plus
donc nous sommes toujours dans la même voir les expositions. Les artistes ne seront pas à un individu de se réfléchir, d’être réfléchi. l’époque de Goya ou même de Gauguin – qui
moralité du travail : sans travail tu ne deviens vexés si vous ne leur achetez pas de tableaux. n’est pas trop loin de nous – la vie a changé,
rien, sans travail tu ne produis rien, sans faire L’art comme nous le savons tous est un moyen, il y a eu beaucoup d’ouvertures, les gens sont
c’est la note autre où tu te vois. Tu te vois en moins naïfs, sont avertis et pour aussi reculer
tant qu’être, en tant que personne qui pense, en que tu sois, tu pourras toujours dialoguer avec
tant que frustré, en tant que déprimé, en tant
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quelqu’un, parce que la société s’est libéralisée. L’idée avait surgi, il y a deux ans, de faire cette liberté pour faire bénéficier notre société de résultats. Maintenant, on n’obtient aucun
C’est très important ; les artistes dans le temps manifestation à Fès, sachant qu’il y avait le beaucoup de choses, car elle a besoin de tout. résultat, ce n’est pas moi qui le dis, c’est prouvé.
étaient plus renfermés sur eux même pace qu’il programme de sauvegarde de cette ville, mais
y avait une société uniforme pleine de tabous, avec le temps et avec aussi un manque de Donc cette manifestation, ce séminaire qui Les architectes aussi n’ont pas présenté leurs
conservatrice, peut être inféodée, de manière coordination entre les artistes, je crois que devait avoir lieu à Fès et qui a finalement eu lieu projets. Ils y ont pensé à la dernière minute.
que l’artiste ne pouvait pas dialoguer avec les artistes se sont faits beaucoup de mal en à Rabat a été mal organisé, et cela, parce qu’il Comme ils sont tous des civilistes et qu’ils
l’extérieur. Il restait dans sa tour d’Ivoire, dans grandissant plusieurs prétentions politiques, y a eu une désintégration au sein des artistes et travaillent dans l’administration, l’administration
laquelle il trouvait le seul interlocuteur valable, parce qu’il ne faut pas oublier qu’il y a eu au sein puis l’on a couvé beaucoup de fausses situations ne les a pas autorisés à montrer des projets
alors qu’aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Moi de notre association et depuis la manifestation depuis des années. On a essayé toujours de nous encore hypothétiques ou en cours d’étude,
quand je vois un artiste qui est enfermé dans d’Asilah, une espèce de désintégration. ménager les uns les autres, et finalement ça a ce qui me paraît normal, mais il fallait qu’il
son truc, je me dis celui-là, il a quelque chose servi, mais on est arrivé à un stade où il faudrait se prennent à temps pour faire autre chose.
qui ne tourne pas rond, il a un problème. Nous Je peux en parler et je prends toute la prendre des positions claires et nettes vis-à-vis Donc c’était mal préparé et les choses qui
avons tous des problèmes, l’art symbolise ces responsabilité parce que j’en ai subi les de tout ce que nous entreprenons. Nous ne se font mal actuellement au Maroc, il faut
problèmes, le jour où tu n’as plus de problèmes, conséquences, c’est-à-dire que les gens sont sommes plus des gamins, nous faisons partie les combattre, sinon on n’avancera pas.
tu ne fais plus rien, donc c’est une manifestation partis sur des idées un peu grisantes mais sans quand même d’une génération qui bientôt va
qui aimane des problèmes réels de toi-même. fond et ça c’est très explicable ; maintenant on plier bagage, donc qu’allons-nous laisser ? ALMAGHRIB : Tu as parlé de la nécessité
peut l’analyser. C’est que ces artistes sont une d’éduquer le public, de l’habituer à voir les œuvres
ALMAGHRIB : Puisqu’on parle du rôle de l’artiste, race… l’on peut être politisé, mais il ne faut pas Ce n’est pas le moment de dire : «Bon celui-là, d’art. Par ailleurs, tu as avoué toi-même, très
qu’est-ce que tu penses, c’est tout justement près, oublier que nous sommes aussi les personnes donnons-lui une chance ou telle manifestation, honnêtement d’ailleurs, qu’en ce qui concerne
de cette collaboration artistiques plasticiens et qui pourraient être les plus libres de la société, donnons-lui une chance pour arriver», ta peinture, certains éléments comme la Lune
architecte qui a eu lieu à Rabat dernièrement ? alors embrasser une idéologie donnée, c’est trahir maintenant il faut que les choses se montent très s’y sont introduits d’abord d’une manière en peu
cette liberté. Je peux sympathiser avec tel ou tel bien ou ne se montent pas et c’est une des raisons subreptice, un peu malgré toi en quelque sorte
MELEHI : C’est une collaboration extraordinaire mouvement et je peux même sympathiser avec pour lesquelles ma femme et moi, nous n’avons et que tu n’as découvert la ou les significations
et d’ailleurs le texte qu’a fait Toni Maraini trois mouvements qui me semblent valables pas été à ce séminaire, parce que nous pensions de es éléments qu’après. Etant donné que nous
l’explique beaucoup. Je saisis cette opportunité pour notre progrès etc…, mais je ne peux pas que nous aurions fait là un effort comme d’autres avons affaire à un public qui manque totalement
pour rappeler le rôle qu’a joué Toni Maraini dans souscrire à 100% à une idéologie qui risque de et on aurait sauvé ce qui ne devait pas l’être. ou beaucoup d’éducation dans ce sens, cette
le domaine de la critique d’art et sa contribution me mettre en conflit avec un autre, alors que incompréhension, je dirai même parfois cette
a été concluante pour l’épanouissement moi, je suis un créateur donc, je devrais m’armer Vous avez vu l’exposition. C’était un simple répulsion qu’il ressent devant un tableau qu’il
de pas mal de nos artistes nationaux. de la liberté maximum pour pouvoir dire mes accrochage de tableaux comme d’habitude. On ne saisit pas d’emblée, comment la surmonter
idées, et, en plus, en tant qu’artiste je gêne toute aurait dû au moins faire un petit catalogue, ou d’une part et, d’autre part, dans un pays où il
Malheureusement, cette manifestation a été très idéologie déterminée parce que je suis un élément dépliant, ou document, qu’on puisse au moins n’existe pas de musée où les gens peuvent aller
très mal préparée, je bien très très mal et là nous difficile à encadrer. Donc d’où conflit et là dire : Voilà la manifestation annuelle des peintres voir des œuvres d’art et où tout se limite à des
sommes tous fautifs. Nous sommes tous fautifs malheureusement, nos artistes sont tombés dans ; alors qu’il n’y avait rien, l’accrochage était mal expositions plus ou moins espacées dans le
– les artistes bien sûr – mais il y a quand même le piège, ils n’ont pas su vivre cette ouverture, fait, anarchiquement fait, des artistes qui n’ont temps, est-ce que des manifestations comme
un comité qui a pris la responsabilité d’organiser libérale et cette expérience démocratique que jamais participé avec nous se sont retrouvés, celles de Jamaa El Fna, Asilah, Berrechid ne
cette manifestation et qui n’a pas assigné le Maroc tente de vivre et d’appliquer. Ils sont leurs tableaux accrochés comme Hassan El sont pas justement la direction dans laquelle
d’objectifs à cette manifestation : donc, manque tombés dans certains pièges alors qu’on devait se Glaoui, comme Belkadi, comme Bouragba, nos plasticiens devraient s’orienter ?
d’objectifs précis et brouillard total sur la manière montrer plus à la hauteur et tirer profit de cette etc… et je ne comprends pas pourquoi, on a fait
d’organiser la chose. Cette manifestation ferait atmosphère. Et j’avoue que, en tant que créateur une liste d’artistes qui font une activité bien MELEHI : Ça c’est la direction. C’est absolument
constituer d’abord une espèce de son d’alarme au Maroc, j’ai beaucoup de liberté, chose qui précise et tout d’un coup, on ouvre la porte à certain et il n’y a pas d’équivoque là-dessus
vis-à-vis des responsables et des intellectuels, manque dans beaucoup de pays, je ne parle pas de tout le monde. Ça n’arrange pas les choses. Et la parce que nous sommes tenus par le temps, par
pour assainir chacun, par ses propres moyens, pays occidentaux bien sûr mais de pays qui vivent preuve cet élargissement n’est bénéfique à rien l’évolution socio-économique, par l’évolution
l’environnement dans lequel nous vivons et si on des conditions pareilles aux nôtres, politiques, du tout. Je veux dire que dans le passé, quand matérielle, les crises mondiales, etc… Le tout est
arrive à sensibiliser l’individu, on peut peut-être historique, économique. Nous sommes un pays, on faisait des activités et qu’on limitait des dans la notion du temps. Quand je dis moi-même,
sensibiliser les responsables et ceux qui font les on peut le dire avec une grande assurance, moi je expériences à un certains nombre d’artistes, on artiste-peintre avec une expérience de vingt ans
décisions. le dis, où nous avons beaucoup de liberté, mais recevait beaucoup de critiques, mais c’étaient de travaux que je ne comprends mon travail qu’à
malheureusement on ne sait pas utiliser cette des actions polémiques où on récoltait certains posteriori, cette démarche que j’avoue et qui a
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toujours été ma devise, est un exemple à donner à prolétaires déshérités ou de ruraux cela ne veut fanatiques et il va falloir aussi qu’on débatte un de l’architecture : Ils vont construire des caissons
ce public pour s’impliquer dans un comportement pas dire qu’ils vont continuer à vivre comme jour de la problématique de la croyance religieuse. pour abriter des gens, sauf peut-être des illuminés
d’apprentissage ; c’est-à-dire que les choses ne ça, mais cette masse ne peut progresser que si Là où résident beaucoup de problèmes, la vision qui essaieront de faire autre chose mais on n’en
s’apprennent pas au simple regard et à la simple les couches intermédiaires sont initiées. Des de Dieu que nous avons, un tas de choses. Même parlera pas demain comme on dit, on en parlera
écoute quand il s’agit d’une chanson. Il faut fois tu trouves une compréhension de la part maintenant avec ce «revival» de l’Islam que nous Dieu sait quand ! Voilà par exemple une chose que
une certaine modestie et aussi il faut inverser le d’un rural pourtant simple et tu ne la trouves vivons, il nous donne tout sauf ce qu’est Dieu et les Marocains ignorent, ils ignorent que leur pays
temps n’est-ce pas ? Parce que pour que la vie ait pas chez quelqu’un du milieu immédiat. sa problématique. C’est le concept de Dieu. Ça est un pays qui a un relief naturel et architectural
un déroulement logique, il y a si vous voulez une n’existe pas. On est en train de laisser de côté ce de grande valeur. J’ai connu un poète brésilien,
espèce de compromis ; le temps est linaire c’est- Et puis il ne faut pas oublier que le pain, on qui est à l’origine de toute cette situation et on Musillo Mendez qui était aussi critique d’art, il
à-dire un deux, matin, midi et soir, etc…, mais en arrivera à le donner à tout le monde. Preuve tombe dans les clichés maintenant et ça c’est faisait partie du comité de la Biennale de Venise et
réalité et avec un peu de philosophie, le temps en est la Chine qui nourrit tous ses citoyens. encore une des mauvaises séquelles, les barbes, qui était venu au Maroc. Il m’a dit, lui qui n’était
ne s’écoule pas comme nous le voyons, comme Mais tu peux me rétorquer que si elle les les intégristes et tout cela ça ne veut rien dire. A pas très religieux, qu’après sa visite au Maroc, il
nous le vivons ; le temps est multidirectionnel. nourrit, est-ce qu’elle peut leur proportionner la longue c’est une catastrophe pour l’Islam et était rentré à Rome et la seule chose qu’il avait
Il vient de tous les sens. Nous pouvons vivre le même niveau d’éducationnel, culturel et pour le mysticisme islamique. A mon avis, je ne le trouvée belle encore dans ce monde occidental
le futur dans le passé et vice versa avec une artistique ? Non, l’art c’est quelque chose qui dis pas parce que je suis contre, mais c’est vrai. c’était l’Ostie dont la forme lui rappelait la
certaine vision philosophique et mystique… évolue et qui progresse tout le temps. Il traîne simplicité, la propreté, le passage du Maroc etc…
sa problématique tout le temps. Même une Pour la compréhension de l’art, il faut que les
ALMAGHRIB : Il y a un texte de J.H. Borghese société aisée, nourrie, logée aura toujours des gens arrivent à mettre de l’ordre dans leur vision Voilà par exemple ces personnages qui viennent,
dans lequel il dit que le temps s’écoule du futur problèmes de ce côté-là ; donc, il ne faut pas de l’univers : Le rapport avec Dieu, comment qui font des déclarations des «statements»
vers le passé, c’est un peu cela pour toi, non ? tomber dans l’erreur populiste de dire un jour on peut traiter avec l’intérieur et c’est là où se de très grande valeur après leur passage au
nous allons faire comprendre l’art à la masse. trouvent beaucoup de clés artistico-culturelles Maroc sans que nous en ayons connaissance.
MELEHI : Je suis d’accord avec lui. C’est aussi mon Ça c’est exclu, mais nous avons un rôle à jouer. et même pour nous, ceux qui créent qui écrivent Comme des artistes qui sont passés par ici,
idée et c’est ce qui est en réalité. N’oublie pas peignent. Par beaucoup de clés artistico- tes Matisse, Delacroix encore ce dernier soit
les alchimistes, n’oublie pas toutes les sciences Quel est ce rôle ? Si cette masse ou cette culturelles et même pour nous, ceux qui créent un cas particulier, De Stael, Klee, Walls, sans
réservées à certains groupes de gens, voire même population n’a pas les moyens de lire et de déceler qui écrivent peignent. Par exemple maintenant parler de ceux qui sont encore vivants.
la sorcellerie, c’est une science, c’est quelque les valeurs dans l’art que nous produisons en ce je pense à l’architecture qui est un art expressif.
chose qui existe mais elle n’est pas donnée à moment, au moins il faut la rendre consciente Tous les étrangers qui viennent au Maroc me Donc la problématique chez nous c’est que les
tout le monde. Bon, la compréhension du temps d’une chose, à savoir où se trouve la note et le disent : «Nous n’avons jamais eu idée de ce gens ne savent pas d’une manière posée ce que
n’est pas donnée à tout le monde de la même message artistique dans sa propre culture. qu’est l’architecture. On le découvre chez vous». nous avons comme valeurs. Il y a de l’art, il y
manière, la folie n’est pas donnée à tout le Les volumes, l’espace quand ils visitent le Sud, a beaucoup d’art dans ce pays, mais ce n’est
monde, c’est-à-dire, il y a bien des secteurs dans Autrement dit, essayer de lui nettoyer les yeux, les médinas, alors que tous nos architectes pas l’art à l’image occidentale ; ce n’est pas la
l’humanité qui sont réservé, il y a des illuminés l’ouïe, l’odorat et le goût en lui donnant des avec lesquels on devait faire le séminaire, la renaissance, ce n’est pas le baroque, ce n’est
si tu veux, qui savent certaines choses, qui sont choses qui ne soient pas mauvaises. Il faut majorité sinon tous, c’est des commerçants, pas le néo-classicisme. C’est tout à fait autre
habilités à comprendre certaines choses… combattre la médiocrité. Il faut rendre la société c’est-à-dire des gens utilitaires qui croient qu’il chose qui a besoin d’une autre évaluation, d’une
consciente de ses propres valeurs, des valeurs faut construire pour que le Maroc n’ait pas de autre appréciation. D’ailleurs cette peinture
Comment ce public va apprendre ? Il faut suivre qu’elle a et qu’elle néglige par des aliénations, par bidonvilles. Qu’est-ce que ça veut dire ? Et alors marocaine est un terrain d’analyse très riche
l’activité des manifestations comme Jamaâ El des mystifications d’origine coloniale en partie, ? Même si on a des bidonvilles moi, je ne suis pas pour ceux qui sont faits pour faire de l’analyse.
Fna etc… tout cela est entièrement nécessaire d’origine réactionnaire chez nous. Il ne faut pas contre les bidonvilles, je suis contre les maisons
et important, mais notre société, avant d’arriver mettre tout le paquet sur le dos du colon ; le en béton, j’ai vu des bidonvilles notamment Laissons de côté les divergences et certains
au peuple, elle est faite en strates. Bien sûr, il colon est un accident de passage alors que le gros à Berrechid qui sont vraiment une merveille, côtés négatifs, je sens, je sais qu’au Maroc on
y a des classes. Mais il y a un public immédiat problème provient de chez nous et là ou c’est de habitables, humains, blanchis, des rues propres, fait une certaine peinture, modestement, mais
avec lequel l’artiste partage beaucoup de choses, notre faute, il faut reconnaître que c’est de notre je sais ce que je dis, ce n’est pas du délire. Tu d’une bonne qualité et qui a beaucoup d’avenir,
c’est le publique des instruits, des étudiants, faute. Si nous avons été colonisés, c’est parce parles à ces nouveaux architectes… l’architecture chose qu’aujourd’hui tu ne vois pas dans les
des intellectuels, des classes professionnelles, que nous l’avons permis, il y avait déjà une plate- c’est une expression, c’est une création, mais les autres pays. Pourquoi ? Parce que nous avons un
ce sont des composants du peuple n’est-ce-pas forme qui préparait cette colonisation ! Mais c’est pauvres architectes que nous avons au Maroc sont conflit avec l’image, avec l’art représentatif. A
? Et demain, le peuple tend à devenir ceux-là. nous-mêmes, nous sommes très réactionnaires, tellement castrés par les problèmes sociaux de la base, il y a un problème religieux, donc nous
Si aujourd’hui nous avons une grande masse de nous sommes des féodaux, nous sommes des ce pays qu’ils n’auront jamais le temps de faire avons un terrain riche d’expression et c’est un
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domaine où on peut mouvoir énormément. Mais où sont les revues, les rotatives, où sont les Cependant pour moi c’est aussi une richesse, de l’image mais il veut dire beaucoup de choses
Bien sûr il faut des études, il faut être posé pour magazines ? Il faut tout. Le Maroc consommera parce que le Maroc est riche en images. en même temps. Tous les cinéastes marocains
analyser, malheureusement les artistes, pas tous beaucoup de papier à part le livre scolaire. veulent dire trop de choses en même temps, mais
en fait, ne sont pas à la hauteur de saisir cette ALMAGHRIB : Et si on parlait de l’image lui particulièrement. D’ailleurs, c’est un cinéaste
importance. On aurait pu faire plus aller plus vite. J’ai essayé d’agir dans ce domaine notamment ; brièvement. Je sais que tu n’as pas vu qui travaille avec double lentille. Il travaille sur
en faisant des livres d’art, mais ça revient beaucoup de films marocains comme un film et en même temps, il travaille sur un
ALMAGHRIB : Et si nous sortions des arts tellement cher et puis ça me fait mal de tout le monde d’ailleurs, mais qu’est-ce autre. C’est une espèce de dégradé de l’image.
plastiques pour changer un peu ? Le problème devoir aller imprimer en Espagne chaque que tu penses de ceux que tu as vu ?
de l’édition au Maroc, comment tu le vois ? fois que je veux réaliser un projet, sans Ce que je reproche pour être un peu critique, au
parler de commercialisation du produit. MELEHI : j’ai vu disons les films qui constituent cinéma marocain, c’est que la technique n’est
MELEHI : Le problème du livre au Maroc, je le des bornes dans le cinéma marocain «Wechma», pas encore au point. D’autre part, la thématique
vois de cette manière. D’abord, il y a toujours, Je ne peux pas produire une littérature «Chergui», «Chekerbakerben», quelques : on a tellement horreur du film égyptien qu’on
pour ne pas le répéter trente-six fois, le problème démagogique, ce n’est pas mon domaine, courts métrages de R’Chich de l’époque bascule totalement dans le film d’auteur.
de la langue d’une part. D’autre part l’Etat ou moi je suis dans le secteur artistique pur, «Forêt», «Mirage» du poète Bouanani.
les responsables. Parce que l’édition est un livres soignés et tout mais ça revient trop Le cinéma est une production commerciale
domaine commercial avant tout. Avant qu’un cher et au Maroc, dès que tu vends un livre Avec le temps, j’ai compris une chose, c’est que qui doit parler le langage du peuple. Le
public ne voie son besoin de lire satisfait, il y plus de 30 DH, personne ne l’achète. les Marocains ont tendance à se raconter. Je ne peuple n’a pas toujours besoin de subir
a des intérêts qui se jouent. Des intérêts de sais pas si tous les cinéastes passent par le film une espèce de torture, des états d’âme.
production. Nous sommes un pays qui produit Moi, je vois le problème comme suit : Il faut des autobiographique ou seulement les nôtres.
de la pâte de papier et nous importons du papier. mesures protectionnistes tout d’abord pour Pour clore, je crois qu’il faut faire beaucoup de
Importer du papier veut dire que le livre revient encourager l’édition nationale. D’ailleurs, les seuls «Chergui» de Smili et «Wechma» de Bouanani cinéma au Maroc, mal ou bien, mais il faut en faire
cher, et quand le livre revient cher, ça veut dire éditeurs qui s’en sortent sont ceux qui font le livre par exemple sont à peu près sur la même beaucoup parce que c’est un moyen d’expression
réduction du nombre de lecteurs. Mais, et cela, je scolaire et encore pour le livre scolaire, il faut problématique. Ils sont autobiographiques. assez dur où il faut créer une infrastructure
l’ai toujours dit, je l’ai même affirmé au Congrès être en pool avec quelqu’un au ministère qui te professionnelle. Le cinéma ne se fait pas tout
de l’Union des Ecrivains du Maroc à Rabat, il y garantisse que tant de livres vont se vendre etc… On peut se permettre ça une fois pour tâter seul, tu le fais avec une armada de techniciens,
a deux ans. J’ai dit aux amis écrivain : «Une des la matière et sortir en public avec le titre de de cameramen, d’assistants, d’ingénieurs
revendications qui doivent être les vôtres c’est Moi j’avais fait un choix : Le français. C’est une cinéaste, mais j’ai pu lire des scénarios qui n’ont du son, de tout ce que nous n’avons pas.
d’arrêter cette hémorragie de livres, de littérature langue qui vit et qui s’utilise encore au Maroc. pas encore été réalisés et où c’est toujours de
arabe, qui vient des pays riches comme le Qatar, Elle nous devance de beaucoup parce qu’elle l’autobiographie. C’est nombriliste et c’est Pour créer cette infrastructure sur laquelle
l’Irak etc…», parce que tous ces bouquins qui a simplifié la communication des concepts. encore jeune. Je souhaiterais que ce cinéma va reposer le bon film marocain il faut
entrent au Maroc, bien imprimés, pas chers, devienne impersonnel, créatif et adulte. permettre une certaine production et c’est là
détruisent toute initiative d’édition nationale. Quand tu lis un article de presse en français où moi je ne condamne pas l’attitude du Centre
et un autre en arabe tu t’en rends compte. Il Les cinéastes marocains sont encore des Cinématographique Marocain. J’ai des réserves
Il faut pratiquer le protectionnisme, parce faut reconnaître cette réalité et rejeter tout littéraires à l’exception de Mohamed Benaissa qui sur ce centre, je le critique même parce que c’est
que si demain il y a conflit et que l’Etat fanatisme linguistique. Bien sûr il faut publier n’a pas encore fait de film de fiction, mais c’est une institution qui n’a pas le savoir-faire, qui ne
dise bon politiquement, on ne veut plus de en arabe, mais à mon avis il faut revoir ce un cinéaste qui est intéressé particulièrement par sait pas comment il faut traiter avec les gens,
littérature de tel ou de tel pays, par quoi problème de langue. Moi, j’aimerai bien voir l’image. Je pense que le jour où il fera un film de mais il y a un effort. J’ai suivi la polémique de la
vous allez la remplacer et qu’est-ce que la T.V. adopter dans ses programmes un arabe fiction, il donnera quelque chose de nouveau. Chambre dont je fais partie, mais je n’approuve
vous allez lui substituer sur le marché. dialectal chaque fois amélioré pour habituer les pas une position radicale et dure parce qu’il est
gens d’exprimer, en silence à travers la langue, Il faut dire aussi que la plupart des écoles où très arbitraire de déterminer si un film est bon ou
C’est un problème politico-économique. leur monde conceptuel. Car les Marocains dès ont té formés les cinéastes marocains, sont des mauvais pour bénéficier de prime. Une fois le film
qu’ils veulent imaginer quelques choses le font écoles assez académiques, en France notamment fait par un cinéaste marocain, il faut l’encourager.
Maintenant en ce qui concerne l’avenir de l’édition en français quand ils sont francophones sinon, et même pour ceux qui ont été formés ailleurs en Il ne faut pas oublier que ce cinéaste a dépensé
je le vois, plutôt riche parce que nous sommes ils ont des blocages. De toute manière le concept Pologne par exemple. de l’argent, engagé des gens, impressionné de
un pays de plus de 20.000.000 d’habitants. ne se développe pas d’où des handicaps de Il y a aussi les frères Derkaoui qui pour moi sont la pellicule. Il a souscrit dans ce métier, il faut
Nous serons dans une dizaine d’années quarante consommation, d’appréciation, etc… dans la bonne voie, Mustapha notamment, ce l’encourager.
millions, donc nous aurons une moyenne de n’est pas un littéraire, c’est quelqu’un qui a le sens
trente millions de lecteurs.
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L’idée de purisme que certains cinéastes exigent documentaires ; j’apprends le cinéma. Parce que jusqu’à maintenant, elle aurait été en bonne «Intégral» est morte aussi parce qu’elle ne
me paraît exagérée dans la situation actuelle si l’écran, la TV sont une extension du tableau. santé. «Intégral» m’a coûté beaucoup d’argent, parlait pas slogans politiques, elle ne disait pas
l’on veut avoir une industrie cinématographique En 1940, Leonardo Da Vinci ou d’autres beaucoup d’effort. Elle revenait trop cher à vive le peuple et ne brandissait pas de drapeau.
et le cinéma ne se fera pas sans une industrie cherchaient une sortie, un artifice pour pouvoir l’époque par rapport au nombre de lecteurs
cinématographique. Dans un pays comme faire de la peinture par le biais mécanique, d’une part. D’autre-part, la production, c’est- C’était un support où des gens de
la France, on ne peut pas faire un film sans d’où l’idée de la chambre noire. Les premiers à-dire les études, les articles, était très faible. toutes tendances pouvaient trouver
l’infrastructure nécessaire et quand Fellini te dessins et projets de Leonardo Da Vinci sur Notre équipe se réduisait à trois personnes ; Al des références sur la littérature, sur la
sort un chef d’œuvre, c’est grâce à tous les gens la chambre noire avaient pour finalité de Mostafa Nissboury, ma femme et moi-même peinture, sur la culture maghrébine.
qui travaillent avec lui, qui le comprennent, dessiner l’image en se basant sur l’image par et à trois on ne peut pas faire une revue.
qui se déploient au moindre signe. Fillini c’est un objectif. On sait qu’il n’y avait pas encore Sortir une revue, c’est une œuvre qu’une personne
une collectivité, ce n’est pas un monsieur tout d’optique. C’est après les recherches entreprises Cette réduction a été également le fait d’une seule ou même quatre personnes ne peuvent pas
seul et cette collectivité il faut la créer. par Ibnou - Al Haytham que la lentille a été déception culturelle. Parce que, comme vous faire. Ensuite c’était du volontariat, alors que
découverte, et c’est ainsi qu’est née l’optique. le savez, «Intégral» était en quelque sorte un l’idéal eut été de payer les gens. Si j’avais eu les
Il faut débloquer la situation : En Italie, par prolongement ou une extension de «souffles». moyens de créer des salaires, «Intégral» aurait pu
exemple, quand on sait que 300 films sont Voilà donc des peintres d’une époque lointaine continuer. Elle peut revivre d’ailleurs si un groupe
réalisés, on peut se demander où passent-ils. qui rêvaient déjà de donner l’image par un «Souffles» à mon avis avait failli à sa mission de gens pouvaient assumer ensemble les charges.
C’est qu’on fait des films de province. Sur moyen mécanique, synthétique et même en tant que revue culturelle à partir du moment
300, il y a 1295 navets. Alors nous, on a deux peut-être en mouvement si possible. Donc où elle a assumé un programme politique, car Je passais mon temps à démarcher la publicité
ou trois navets et on crie au scandale. le cinéma vient pour compléter et pour moi, en tant qu’individu, quand je travaillais inutilement, le diffuseur, la Sochepress «s’en
étendre l’atmosphère de la peinture. avec «Souffles», je croyais au travail que faisait foutait», la preuve arrivait au kiosque où
Mais il faut faire des navets pour arriver au «Souffles-culture» pas «Souffles-politique». les vendeurs, voyant que ce n’est pas «Paris
bon film, parce qu’encore une fois il s’agit En tant que peintre, je ne fais pas des paysages Match» ou «L’Express» la mettaient de côté.
d’industrie. Tu as besoin d’ingénieurs, de et des natures mortes, je réfléchis dans le Parce que «Souffles-politique»
chefs cadreurs, de chefs monteurs, etc… tableau, je me livre à une réflexion et j’aimerai voulait parler des analphabètes. Le prix de vente était infime : 3 DH. On est arrivé
un jour arriver à opérer mon extension dans à 10 DH à un moment où le prix de revient était
Autre erreur des cinéastes marocains, tout faire l’écran par le biais du cinéma. Comment puis-je Quand Tahar Ben Jelloun a écrit un jour que tel de 20. Le diffuseur prenait 5 DH sur la vente par
par soi-même, l’image, la direction, le montage, le faire ? Il faut que j’apprenne ! Comment film ou je ne me rappelle quoi n’a pas été aimé par numéro. En un mot, je me suis ruiné, sur 12 ou 13
le son. Ce cumul que font certains par souci apprendre ? En produisant des films ; des courts le peuple, parce que le peuple sait lire et connaît numéros, j’ai dû perdre 10 millions au moins.
de qualité ou d’économie, je ne sais, est un métrages des documentaires et peut-être un sa culture, alors là, j’ai commencé à voir à sentir
mauvais calcul. Mais j’ai aussi peur que la mode long métrage quand j’aurais fait l’éventail de qu’il y avait de l’abus. Tout ce que je gagnais par ailleurs y passait.
de la bonne conscience touche ce domaine où toutes les étapes de la production d’un film qui De plus, il n’y a pas eu d’encouragement
l’on reste handicapé. Il y a pas mal de gens qui commence par un scénario jusqu’à la projection. et je n’étais pas assez organisé. Il fallait
te disent : «ah non ! tu ne fais pas de cinéma, J’ai discuté avec lui après. Petit sourire un secrétariat qui assure le suivi pour les
parce que le CCM, c’est l’Etat et si l’Etat te Et si je rends hommage à un type comme Nabil : «Oui c’est vrai, c’était utopique». abonnements, le démarchage publicitaire,
donne de l’argent, tu dois t’autocensurer.» Lahlou, c’est parce qu’il se fait. Il a produit 3 la collecte des articles, etc…
films déjà en peu de temps et c’est comme ça Ces messieurs ont cassé un mouvement,
Ce n’est pas vrai ! Je n’ai pas encore eu qu’il faut faire. Ce bonhomme-là, d’ici quelques un projet qui aurait donné beaucoup. A plusieurs reprises, des amis m’ont
connaissance qu’un scénario ait été censuré, années, tu pourras lui confier une production demandé pourquoi je ne reprenais pas,
et d’ailleurs, même si tu as fait un film et cinématographique en étant sûr qu’il la mènera «Intégral» est sortie, si vous voulez pour répondre mais en vérité j’ai peur de devoir arrêter
qu’il soit censuré, tu l’auras fait et c’est ce à bout parce qu’il sera tellement rôdé… à cette espèce de stérilité qui a été causée par encore une fois après quelques numéros.
qui compte ce sont des excuses pour ne des prétentions politiques selon lesquelles si
rien faire ou pour cacher des faiblesses. ALMAGHRIB : Pourquoi «Intégral» on utilise le langage politico-populaire, on aura Je rêve d’avoir une imprimerie et le jour où
a-t-elle cessé de paraître ? plus d’écoute donc on aura joué notre rôle. Ça j’aurai une imprimerie, je sortirai une revue,
c’est faux. La preuve, vous pouvez la constater parce que j’adore ce travail, parce que je sais
Vous me direz qu’est-ce que tu fais dans tout MELEHI : Bon, franchement, «Intégral» n’a pas après dix ans : On a étouffé ou mutilé une action que ça manque et qu’il y a un marché pour ça,
cela? Comme je l’ai déjà dit, c’est toujours l’image disparu dans mon esprit, mais elle a cessé de culturelle qui était belle et prometteuse. les gens lisent plus et il y a un meilleur pouvoir
! J’ai une maison de production, je fais des films paraître. Si elle avait pu poursuivre son chemin Malheureusement «Intégral» est sortie à un d’achat pour ce genre de revues maintenant.
moment où il y avait d’autre sons de cloche.
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UN
TÉMOIGNAGE
faveurs des grands amateurs d’art marocain, plus l’institut du Monde Arabe en 1994, avec comme
attirés par certains orientalistes ou par le duo commissaire d’exposition Nadine Descendre, à qui
Jilali Gharbaoui-Ahmed Cherkaoui. La peinture je rends hommage pour tout le dévouement dont
de Mohamed Melehi souffrait d’une forme elle a fait preuve en faveur des artistes marocains.
d’incompréhension, ses compositions étaient
injustement réduites «à des ondulations», et la Les professionnels de l’art entendaient le propos
force de ses chromatismes déplaisait parfois, car de Brahim Alaoui sans véritablement en saisir
ils semblaient «exagérés» au regard de nombreux l’importance, et surtout sans comprendre le
J’ai longtemps redouté écrire un jour sur la musée étranger, après avoir essuyé, pendant amateurs d’art. Il faut reconnaître qu’à cette rôle qu’avait pu jouer Mohamed Melehi dans
disparition de Mohamed Melehi, et suis triste près de six mois, plusieurs refus auprès des époque, le public ne disposait que de très peu la naissance de notre modernité artistique.
d’entamer ce récit qui, d’une certaine façon, administrations concernées. Le Mathaf, musée d’informations exhaustives capables de restituer Ils se cantonnaient jusque-là à reconnaître
marque la fin d’une des plus importantes d’art moderne et contemporain du Qatar, avait l’importance, la démarche et le travail des artistes l’apport de Jilali Gharbaoui, et plus tard
aventures artistiques non-occidentales procédé à ce moment à une très importante nationaux. Personne à ce moment, ou peu de gens d’Ahmed Cherkaoui comme fondamentaux,
(ce que les historiens qualifient désormais acquisition durant une de mes ventes aux à peine, étaient conscients de l’apport de l’Ecole mais nous n’appréciions pas encore à sa juste
comme le Mouvement de Casablanca), mais enchères, ce qui avait eu pour effet d’inquiéter des Beaux-Arts de Casablanca par exemple, valeur la contribution de Mohamed Melehi,
aussi celle d’une formidable relation d’amitié certains cadres du département de la culture, ou reconnaissaient le rôle et l’importance de de Mohammed chabâa et de Farid Belkahia.
qui m’aura lié à l’icône qu’était Melehi. qui avaient rejeté nos demandes d’export sans l’exposition de 1969 place Jamaa El Fna. Au début
nous donner de justifications probantes. des années 2000, on entendait davantage parler, Vers 2010, Brahim Alaoui recommanda d’ailleurs
Pour ce faire, j’aimerais raconter Mohamed dans les salons bourgeois, de l’École du Nord pour à une jeune galerie naissante, portée par
Melehi à travers des événements qui nous Mohamed Melehi avait pesé de tout son la qualité de certains de ses artistes figuratifs, que deux sœurs à Casablanca, de collaborer avec
ont rapprochés et lié nos destins,jusqu’aux poids à mes côtés pour obtenir cet accord, de celle de Casablanca de la fin des années 60. Mohamed Melehi. Et c’est ainsi que la Galerie
derniers jours précédant son décès. m’accompagnant à plusieurs réunions au Loft permit une renaissance de l’artiste en
Ministère de la Culture. Il avait fait sienne cette Les fonctions qu’a occupées Mohamed Melehi au 2011, avec l’exposition «Itinéraires». Lors de
J’ai connu Mohamed Melehi dès l’entame de mésaventure. Ce ne sera finalement que par le sein du Ministère de la Culture, puis plus tard au cette manifestation, j’ai souhaité témoigner
ma carrière de directeur de maison de vente biais du Secrétaire Général du Gouvernement, Ministère des Affaires Étrangères aux côtés de son mon plein support à Mohamed Melehi,
aux enchères, en 2002, mais nous n’avons M. Driss Dahak,consulté par le département de ami M. Benaïssa,l’avaient quelque peu éloignées et ai donc acheté la veille du vernissage
commencé à échanger plus longuement qu’en la culture à la demande de Mohamed Melehi, des devants de la scène marocaine, dominée à huit de ses œuvres importantes afin de les
mars-avril 2006, alors que nous préparions la que cette situation a pu être dénouée. M. la fin des années 1990 par Mohammed Kacimi, offrir à différents amis, et ainsi lui «rendre
première vente aux enchères exclusivement Dahak se prononcera finalement en faveur de la Farid Belkahia et Fouad Bellamine. Ces ténors hommage» à ma façon. L’exposition connaîtra
dédiée aux artistes marocains (du 27 Juin 2006), circulation des œuvres d’art «sous le contrôle du avaient en quelque sorte réussi à polariser la un franc succès, et a sans nul doute participé
coiffant un siècle de création au Maroc. Ministère de la Culture», et dans le respect de scène artistique marocaine et avaient monopolisé à relancer l’intérêt autour de son travail.
certaines démarches administratives requises. l’attention des médias et des rares commissaires
Mohamed Melehi était reconnaissable par sa d’exposition par leurs recherches innovantes Au même moment, je m’activais avec Catherine
belle allure et, à mes yeux, par un détail frappant: Cette étape déterminante allait désormais ainsi que par leurs interventions à l’étranger. Fait Grenier et Michel Gauthier au projet d’ouverture
Fondateur de Art Holding Morocco / CMOOA
ses cheveux argentés et sa fine queue de cheval. assurer une nouvelle visibilité à l’art marocain et assez rare pour être signalé, Mohamed Melehi des collections du Centre Pompidou aux artistes
Nous n’avons ménagé aucun effort pour faire renforcer son attractivité auprès des amateurs est le seul artiste marocain à avoir bénéficié du monde arabe et du continent africain, pour
décoller l’art marocain, et Mohamed Melehi internationaux. Sans l’aide de Mohamed Melehi d’une exposition individuelle dans une institution mieux refléter les «modernités plurielles» au
appréciait tout particulièrement le dévouement et de M. Driss Dahak, la visibilité de l’art marocain muséale aux États-Unis, en l’occurrence le sein de leurs collections, et lutter contre une
et l’audace dont nous faisions preuve. Nous en dehors de nos frontières aurait été différente. Musée du Bronx à New York, en 1984. forme d’hégémonie exclusivement occidentale.
étions à ses yeux de «jeunes courageux fous». Depuis l’exposition des «Magiciens de la Terre»
En 2008-2009, Mohamed Melehi était reconnu Je tiens à témoigner que Brahim Alaoui était au même musée en 1988, un processus de
En 2009, je le sollicitais en sa qualité de Président comme un artiste majeur de l’art marocain par probablement le seul personnage, ou du moins remise en question s’était déclenché, et devait
Hicham Daoudi
de l’AMAP (première association d’artistes quelques connaisseurs du milieu, et son nom était l’un des très rares, qui avaitconscience de l’apport aboutir à une meilleure reconnaissance des
plasticiens marocains, fondéeen 1972) pour souvent associé dans les discussions à ceux de de Mohamed Melehi à l’art marocain,et qui lui aventures artistiques autres qu’occidentales,
m’aider à convaincre le Ministère de la Culture Mohammed chabâa, de Mohamed Benaïssa ou au reconnaissait une contribution essentielle à mais c’était essentiellement Catherine Grenier
d’autoriser ce qui, à l’époque, était le tout festival d’Asilah, mais ce n’est pas lui faire injure l’enrichissement de ce domaine. M. Alaoui lui qui, dans la mouvance de certaines institutions
premier dossier d’export d’œuvres d’art à un de dire qu’il ne jouissait pas suffisamment des avait consacré une grande exposition au Musée de anglo-saxonnes, a milité pour l’ouverture des
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collections sur d’autres modernités. L’expérience dignité et de courage, qui rebattait complètement mêmes engagements et aspirations. En premier Belkahia principalement, mais également
marocaine faisait partie des priorités du Centre les cartes de nos connaissances sur l’art marocain. lieu trois autres artistes qui enseignaient celles des autres artistes du mouvement.
Pompidou. Nous avons donc conclu un accord à l’Ecole des Beaux-Arts : Mustapha Hafid,
afin que je les accompagne pour réunir des Hélas, la même année, s’éteignait également Mohamed Atallah et Mohamed Hamidi, puis La couverture du catalogue de cet événement a
mécènes d’Afrique du Nord et du monde arabe, Mohammed chabâa, un autre acteur majeur leurs élèves: Abdallah El Hariri, Abderahman été attribuée à une œuvre de Mohamed Melehi
et pour aider le musée à acquérir certaines de l’art marocain, qui emportait avec lui sa Rahoul, Houssine Miloudi, Abdelkrim Ghattas que je qualifierai de solaire,tant son intensité est
œuvres majeures de certains de nos artistes, soit part de vérité sur cette grande aventure à et Malika Agueznay. Enfin, des artistes tels que éclatante. A partir de ce moment-là, et contre
en les achetant, soit à travers des donations. laquelle il avait pleinement contribué. Dès lors, Saad Ben Cheffaj, Bachir Demnati, Mohammed les avis des autres professionnels et amateurs
je saisissais d’avantage le poids de Mohamed Kacimi, Miloud Labied et Mekki Meghara se d’art locaux, nous avons adopté, et pleinement
Le Centre Pompidou souhaitait entrer en Melehi au sein de l’histoire de l’art marocain. joindront à cette nouvelle dynamique, qui assumé un nouveau système d’évaluations que
possession d’une œuvre de Mohamed Melehi conduira à la naissance de ce qu’on nomme nous jugions plus pertinent et plus fidèle aux
de sa période dite «américaine»,ce qui a pu Farid Belkahia, ancien directeur de l’École des aujourd’hui le «Mouvement de Casablanca». rôles de chacun des protagonistes au sein de
être concrétisé durant la deuxième édition de Beaux-Arts de Casablanca (de 1963 à 1975) et cette histoire de l’art que nous cernions mieux.
Marrakech Art Fair, en octobre 2011, lorsque les Mohamed Melehi étaient les seuls protagonistes Ce mouvement était avant tout une dynamique Le grand collectionneur palestinien Ramzi
deux parties ont pu trouver un terrain d’entente. capables de restituer fidèlement les idées et les d’idées et d’actions en vue d’améliorer la visibilité Dalloul, sensible aux idées du mouvement de
projets qui avaient réuni trois artistes fondateurs de l’art au Maroc, et pour une plus grande Casablanca, ainsi qu’à l’engagement sincère des
En 2012, alors que notre entreprise souffrait du groupe de Casablanca, puisque Chabâa venait reconnaissance des artistes marocains. De la artistes marocains pour la cause palestinienne,
de certaines déconvenues dues à un mauvais de décéder. Leurs récits étaient respectueux d’une création de l’AMAP en 1972, puis la participation allait nous donner raison et acquérir contre
contexte international (le printemps arabe) certaine chronologie, mais se cachait sous la à la biennale de Baghdad en 1974, puis celle d’autres amateurs du Moyen-Orient les œuvres
et des investissements infructueux dans la délicatesse des propos des non-dits qui altéraient de Rabat en 1977, jusqu’au Festival d’Asilah en majeures des artistes figurant dans la vente.
foire de Marrakech & la magazine Diptyk, ma l’expression d’une vérité. Leurs prismes de lecture 1978, les mêmes artistes resteront attachés à
relation avec Mohamed Melehi allait traverser étaient très différents. Farid Belkahia aimait un corpus d’idées et d’actions nées à l’École des L’amorce de l’aventure semblait être la bonne.
une courte phase de turbulence à cause d’une beaucoup rappeler son statut d’ancien directeur Beaux-Arts de Casablanca entre 1965 et 1969. Il nous fallait maintenant découvrir et publier
erreur d’authentification d’une de ses œuvres. Je de l’école des Beaux-arts, tandis que Melehi davantage d’archives mettant en avant le
n’oublierai jamais la stupéfaction et la colère de insistait, lui, sur le corps enseignant qu’il avait Mohamed Melehi m’a fait l’aveu qu’il avait génie de ces artistes, tout en réalisant une
Mohamed Melehi, lorsqu’il a apprit que son travail rassemblé ainsi que sur l’enseignement prodigué secrètement nourri le désir de reprendre la sélection drastique d’œuvres d’art appartenant
pouvait désormais faire l’objet de falsification. au sein de l’école. J’ai senti lors de mes échanges direction de cette école après le départ de à la période recherchée (1965-1975), pour
Cet incident allait transformer notre relation avec Farid Belkahia, peu avant son décès, que Farid Belkahia. Il fut surpris de découvrir appuyer la force collective du Mouvement de
future en mieux, et il nous donnera même plus cette période de sa carrière n’avait pour lui pas que Farid Belkahia avait préféré nommer Casablanca. En octobre 2015, quelques jours
tard accés à ses œuvres emblématiques. autant de poids que pour Mohamed Melehi. comme successeur Hamid Alaoui sans l’en avant l’inauguration du Musée Mohammed
avertir. Derrière cette confidence se cachait VI, s’éteignait à son tour Farid Belkahia.
C’est en 2013 que j’ai enfin saisi le rôle et Il faut rappeler, car peu de gens le savent, que sans doute une amertume profonde. Disparaissait alors le second membre fondateur
l’importance de Mohamed Melehi au sein de Mohamed Melehi, Mohammed Chabâa, et de ce mouvement. Bien que la relation entre
notre histoire de l’art, au moment d’exhumer Toni Maraini avaient quitté l’Ecole des Beaux- A l’été 2014, nous étions résolument décidés, Mohamed Melehi et Farid Belkahia ne fût pas
les archives de Feu Mohammed Kacimi, qui avait Arts de Casablanca entre fin 1968 et 1969. La au sein de l’entreprise, à entamer une toujours un long fleuve tranquille, la disparition
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conservé une importante documentation sur la communauté de destin formée par les trois promotion spécifique des artistes qui avaient de ce dernier laissait en lui un grand vide.
vie artistique nationale. Je me rappelle avoir lu artistes aura tenu seulement quatre ans, mais participé au «Mouvement de Casablanca», en
avec une vive émotion et beaucoup d’admiration dans l’imaginaire collectif, elle avait duré jusqu’au incluant également ceux qui en étaient à sa Année après année, souvent à la fin du printemps,
le polycopié original de «La situation des arts départ de Farid Belkahia de l’École des Beaux périphérie lors d’une manifestation intitulée nous organisons une vente spécifique dédiée
plastique au Maroc», un manifeste adressé en Arts en 1974. Cette séquence historique constitue «From Morocco with Love». Il nous paraissait au Mouvement de Casablanca, ce qui alimente
février 1969 aux autorités culturelles de l’époque, désormais un repère fort pour les historiens de nécessaire et urgent de bousculer une sorte de chaque fois un peu plus la curiosité des
et qui établissait un constat limpide des maux l’art, qui s’intéressent aux parenthèses modernes hiérarchie de l’art qui s’était installée jusque-là, amateurs d’art nationaux et étrangers attirés
Hicham Daoudi
dont souffrait la pratique artistique dans notre dites d’aprés seconde guerre mondiale. et de repenser les estimations de Mohamed par cette épopée artistique. Notre travail de
pays, mais qui révélait aussi les attentes d’une Melehi, de Mohammed chabâa et de Farid recherche ne se focalisait pas sur un artiste
poignée d’artistes appelant au changement et L’exposition-manifeste qui s’était tenue en mai en particulier, même si je reconnais que notre
à la rénovation. Je découvrais subitement une et juin 1969 place Jamâa El Fna a engendré un priorité était de découvrir, en premier lieu,
aventure collective emplie d’intelligence, de large et important ralliement d’artistes venus des œuvres majeures de Mohamed Melehi,
d’horizons différents, qui partageaient les
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de Farid Belkahia et de Mohammed Chabâa, Casablanca aux devants de la scène mondiale. à Damas, en 1971,ou encore à Baghdad en 1974. nous a permis de réunir une dernière fois, en
celles-ci étant très rares dans les collections Il nous fallait donc agir vite pour ne pas Ceci, sans oublier le rôle déterminant qu’il a un même lieu, certaines des figures majeures
privées. Seules quelques familles en détenaient, perdre cet intérêt. Convaincu qu’il existait un joué dans les revues Souffles et Intégral, pour de l’art marocain et leurs familles. Toutes
principalement d’anciens clients des galeries espace-temps plus favorable pour réaliser une la création de la maison d’édition Shoof, le les personnes qui étaient présentes en ont
Nadar à Casablanca et l’Atelier à Rabat. manifestation de référence, nous devions cette festival d’Asilah avec Mohamed Benaïssa en 1978, gardé, je le pense,un souvenir émouvant.
fois-ci trouver des œuvres de qualité muséale ainsi que l’aménagement de plusieurs sièges
La Biennale de Marrakech de 2016, superbement qui sauraient déverrouiller les portes de ces d’institutions et hôtels,la création de nombreux En mars 2019, la Caisse de Dépôt et de Gestion à
orchestrée par sa commissaire Reem Fadda institutions très rigoureuses dans leur sélection. logos d’entreprises marocaines importantes, etc. Rabat organisait avec mon concours une grande
et son directeur général Amine Kabbaj, Autant de projets qui auront laissé une empreinte exposition intitulée «60 ans de création, 60 ans
allait révéler un peu plus le Mouvement de A l’été 2018, nous nous sommes alors tournés durable au Maroc, notamment par la production d’innovations», en hommage à Mohamed Melehi,
Casablanca avec le projet «École des Beaux- vers Mohamed Melehi pour qu’il nous appuie. de nouveaux graphismes, et de nouveaux dans son espace d’art qui liait, d’une certaine
Arts de Casablanca, la fabrique de l’art et de Il nous confiera après de longues semaines canaux d’expression pour la diffusion d’idées. façon, l’institution à l’artiste. A cette occasion,
l’histoire chez Belkahia, Chabâa et Melehi» d’hésitations une de ses œuvres emblématiques: une première monographie consacrée à Mohamed
mené par les curatrices Fatima-Zahra Lakrissa Solar Nostalgia, peinte à Minneapolis en 1962. En Décembre de la même année, et en réaction à Melehi a été publiée, et il réalisera pour le groupe
et Salma Lahlou. A la demande de Reem Fadda, Il appuiera également notre requête auprès une vente aux enchères de la maison Artcurial, qui CDG une œuvre commémorative pour célébrant
j’ai agi afin de favoriser le prêt de certaines de la famille de feu Mohammed chabâa, pour organisait avec une communication maladroite le soixantième anniversaire de l’institution.
œuvres majeures des trois artistes pour enrichir obtenir une œuvre très importante datée de une semaine artistique à Marrakech, la Marrakech
l’exposition. Le succès de celle-ci au Palais Badii 1967. Ces deux œuvres, côte à côte,allaient Art Week, je proposais à Mohamed Melehi de A partir de ce moment, la reconnaissance du
allait donner un nouvel élan au Mouvement de changer de façon irrémédiable la vision du public revenir place Jamâa El-Fna pour rappeler les Mouvement de Casablanca connaîtra des progrès
Casablanca grâce à la couverture médiatique sur leurs travaux. Plusieurs musées étrangers quatre manifestes du Mouvement de Casablanca décisifs grâce à l’exposition «New Waves»
qui en sera faite par la presse internationale et grandes fondations allaient participer à la publiés entre 1969 et 1978, et célébrer le organisée par Morad Montazami à la «Mosaic
de façon générale et, en particulier, un article bataille des enchères ce jour-là, et ce sera au cinquantenaire de l’exposition mythique de 1969. Room» à Londres, puis au MACAAL de Marrakech
de Roxana Azimi pour le journal Le Monde. final le même enchérisseur qui remportera Entre notre projet et celui de la maison Artcurial, fin 2019, au centre culturel Alserkal de Dubaï
les œuvres phares de ces deux artistes, contre il existait un parallèle qui rappelait l’exposition en 2020. Parallèlement, l’IMA Tourcoing, sous
Progressivement les amateurs d’art du d’autres institutions américaines et émiraties du Club Méditerranée de 1978, contre laquelle les la direction de Françoise Cohen, proposait
Moyen Orient et leurs nouvelles institutions surprises par l’envolée des prix. Je déplore artistes de l’AMAP étaient montés au créneau. l’exposition «Maroc, une Identité Moderne»,
gouvernementales commenceront à manifester toujours, aujourd’hui, le manque d’intérêt des qui présentait les travaux des artistes ayant
davantage d’intérêt pour cette période de notre institutions nationales pour lesdites œuvres. Mohamed Melehi était très heureux de revenir enseigné à l’École des Beaux-arts de Casablanca,
histoire de l’art, qu’ils rapprochent aux autres à la Place Jamâa El Fna, dans l’ancienne agence et la façon dont ils se sont saisis des objets
mouvements modernes d’Irak, d’Égypte, du Mohamed Melehi était enchanté d’apprendre Bank Al Maghrib, sur les pas de l’exposition d’art traditionnels, qui étaient au cœur de
Soudan et d’Arabie Saoudite. A la foire Art Dubaï le résultat de la vente. Pour l’anecdote, il m’a phare de 1969 dont il avait probablement été l’enseignement prodigué au sein de l’Ecole des
en mars 2018, les commissaires d’exposition demandé d’une voix timide et tremblante si l’initiateur avec Mohammed chabâa. Une fois Beaux-Arts par Toni Maraini et Bert Flint.
«stars» du Moyen-Orient Sam Bardaouil et c’était lui l’artiste le plus cher de la manifestation. encore, les œuvres présentées en décembre
Till Fellrath souligneront d’ailleurs ce lien à Derrière cette question d’apparence anodine, je 2018 ont été disputées par de grandes Les publics étrangers pouvaient enfin se rendre
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travers l’exposition «That Feversish Leap Into mesurais une longue attente silencieuse, et la institutions internationales et des collections compte d’où le Mouvement de Casablanca et
The Fierceness Of Life», formule empruntée à confirmation, après des décennies,d’une vérité qui privées de renom. Pour la première fois, des Mohamed Melehi avaient puisé une sève créatrice
un célèbre manifeste des artistes de Baghdad, ne l’avait jamais quittée.Il savait au plus profond adjudications fortes ont été obtenues pour pour inventer un nouveau langage plastique.
paru en 1951. Ils réuniront à cette occasion des de lui que l’histoire lui rendrait un jour justice. des artistes comme Mohamed Hamidi et
œuvres des cinq expériences modernes précitées, Cette reconnaissance il la méritait, lui qui avait Mustapha Hafid, jusque-là moins en vue par En février 2020, Mohamed Melehi exposera
et comme une évidence, celle du Mouvement appuyé la création des premières galeries d’art au les amateurs d’art. Notre pari d’attirer des pour la dernière fois de son vivant dans une
de Casablanca rencontrera le plus d’intérêt. La Maroc (L’Atelier d’abord, en 1970, puis la Galerie musées Place Jamâa El Fna était gagné. galerie marocaine, chez son ami Khalid El
couverture du catalogue de l’événement mettait Nadar en 1974), et qui n’a eu de cesse, il faut le Gharib à Marrakech, durant la foire 1 :54.
Hicham Daoudi
d’ailleurs en avant une œuvre de Bachir Demnati. rappeler, d’édifier des passerelles entre les artistes Cette période de l’histoire de l’art marocain C’était peu avant la crise du COVID-19 et la
marocains et ceux du monde arabe,notamment pouvait davantage s’affirmer. Cette manifestation fermeture de tous les espaces d’art du pays.
Une nouvelle étape semblait se dessiner, et Cette exposition était pour lui une grande
celle-ci pouvait définitivement installer les célébration, et l’occasion d’une rencontre avec
expériences collectives du Mouvement de son public. L’artiste y a dévoilé de nouvelles
176 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 177
recherches très surprenantes, qui prouvaient Beaux-Arts de Casablanca, à qui les artistes Patrice De Mazières le 9 juin 2020, sans qu’il n’ait décomplexée qui répondrait àcelles venues du
qu’il était encore capable de renouvellement. de cette génération doivent énormément. eu l’occasion de le revoir, ainsi que la rupture Nord et de l’Ouest. Il redoutait «l’impérialisme
des liens plus que fraternels qui l’unissaient culturel» des pays riches. Toute sa vie, il a porté
La Crise du COVID-19 a plongé la scène artistique Nos longs échanges téléphoniques et nos à Mohamed Benaïssa, actuel maire d’Asilah, une volonté constante de dialogue avec le
nationale dans un climat de grande tension et rencontres entre juin et octobre 2020 président du festival de la ville et ancien ministre. monde, en faisant entendre nos différences.
d’incertitude, toutes les activités culturelles ayant m’amèneront à aborder de nombreux
été à l’arrêt jusqu’au 25 juin. Durant cette période sujets avec Mohamed Melehi. La disparition de Patrice avait profondément Cet homme de dialogue s’en est allé, emportant
angoissante, une nouvelle importante surprendra affecté Mohamed Melehi, qui avait rédigé un pan entier de notre histoire. Je garde en
les acteurs de l’art marocain et l’opinion Pour Melehi, la modernité marocaine est née un très beau message de condoléances à mémoire toute l’attention et l’amour qu’il
nationale. Le 31 mars 2020, l’adjudication chez d’une certaine façon à l’indépendance du sa veuve Pauline, fondatrice de la galerie a porté à son épouse Khadija. Avec elle, il
Sotheby’s Londres de l’œuvre «The Blacks», Maroc, mais c’est avec la reconstruction de la L’Atelier. Elle n’a, hélas, jamais reçu le message, aimait silloner le Maroc en voiture, de Tanger à
peinte par Mohamed Melehi en 1963, à 384.000 ville d’Agadir et les efforts fournis par la jeune créant encore plus de distance entre ces Marrakech et d’Agadir à Casablanca. Son retour
euros durant la vente consacrée à l’art d’Afrique nation marocaine qu’il y a lieu de considérer deux grandes figures de l’art marocain. en force sur la scène, il le devait aussi à Khadija.
du Nord et du Monde arabe, a produit un l’expérience comme concluante. L’architecture
électrochoc salvateur dont la presse marocaine de cette ville le fascinait, et il m’a plusieurs fois Vers fin septembre-début octobre, Mohamed Fin décembre au Palace Es Saadi de Marrakech,
s’en est largement fait écho. Auréolé de toute entraîné lors de nos séjours dans la ville à la Melehi qui ne s’était jamais remis correctement j’ai tenu à lui rendre hommage avec l’exposition
cette reconnaissance, Mohamed Melehi était recherche d’une mosquée prise en charge par d’une opération à la cheville, était de plus en «Face à Melehi» et présentrer des œuvres de ses
fier de ce nouveau palier qu’il venait de franchir, le gouvernement allemand, qui était selon lui plus gêné par la façon avec laquelle il marchait. différentes périodes face à celles de ses amis.
non pas qu’il était l’artiste le plus cher de cette un joyau de l’architecture brutaliste. Nous ne Il tenait à honorer ses prochaines échéances Ma façon à moi de continuer nos échanges...
vente, mais parce que l’expérience marocaine sommes pas parvenus à la retrouver, jusqu’au jour artistiques dignement, et a donc décidé de
moderne marocaine dont il était le fer de lance où Melehi a appris que la mosquée n’avait pas retourner à Paris pour se faire opérer. Il décédera
avait gagné une plus grande reconnaissance. été détruite comme il le craignait, mais restaurée du COVID-19 le 28 octobre, après avoir lutté
Ses années difficiles étaient loin derrière lui.Il de façon «traditionnelle». Cette information plusieurs jours contre la maladie. Nous nous
était dorénavant sollicité de toutes parts, pour lui avait déplu au plus haut point, car elle lui étions quittés lui et moi à Agadir sans nous dire
de nombreux projets qu’il espérait accomplir. faisait craindre que les expériences modernistes au revoir, car je croyais le revoir bientôt; je devais
en architecture seraient toujours menacées. superviser la création d’une vidéo explicative dans
Je lui proposais au mois de juin 2020 une nouvelle l’urgence, pour essayer d’atténuer une polémique
collaboration, pour la création de la nouvelle A Agadir, j’ai enfin eu l’opportunité d’aborder les naissante à propos du logo d’Agadir qu’il
charte visuelle et la conception du mobilier questions qui fâchaient Mohamed Melehi, sur venait de livrer. L’artiste avait été injustement
urbain de la ville d’Agadir. Ce projet a retenu l’art marocain et ses protagonistes, notamment accusé de plagiat sur les réseaux sociaux par
toute son attention, car il était en phase avec Gharbaoui. Je voulais connaître la réelle attitude des internautes et des militants. Cette épreuve
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les idées qu’il défendait au sein du Mouvement du Groupe de Casablanca envers ce dernier, et l’avait marqué, mais aussi probablement blessé.
de Casablanca, inviter l’art dans l’espace public s’ils n’avaient pas (Belkahia,Chabâa et Melehi)
pour enrichir la vie de la cité et des citoyens. Ce contribué d’une certaine façon au mythe du Mohamed Melehi était une très belle
UN
projet revêtait une grande importance à ses yeux, «peintre fou» qui colle encore à Gharbaoui. personnalité. J’admirais chez lui cette façon
car il allait lui permettre de revenir sur les pas Mohamed Melehi était gêné par cette question, et d’être multiple, marocain et pleinement citoyen
de ses amis architectes décédés, lui qui voulait préférait parler de son amitié avec Jilali Gharbaoui du monde à la fois. Sa manière de hisser et de
TÉMOIGNAGE
travailler à leurs côtés pour la reconstruction lorsqu’ils étaient ensemble à Rome en 1958. Il défendre la culture de son pays était sans égale.
Hicham Daoudi
de la ville au lendemain du tremblement de fallait selon lui surtout corriger un fait historique: Il nous a enseigné dans le domaine artistique à
terre de 1960. De plus, c’est dans la région du Gharbaoui n’avait jamais obtenu sa bourse ne pas chercher à nous situer par rapport aux
DE PLUS...
Souss qu’il s’était nourri de certains symboles d’études qui lui a permis de se rendre à Rome suite expériences occidentales, mais à pleinement
amazighs, pour inventer un langage artistique au désistement de Farid Belkahia. Cette rumeur assumer notre héritage et en être fiers. Le
à partir de 1967 grâce aux découvertes de avait prospéré, faute de contradicteurs, et c’est nationalisme, pour lui, signifiait la recherche
Bert Flint, anthropologue et enseignant aux Ahmed Sefrioui qui avait tout fait pour le départ de l’excellence, afin d’opposer une création
de Jilali Gharbaoui à l’Académie des Beaux-Arts
de Rome. Parmi ses autres grandes blessures, il y
avait la disparition de son grand ami l’architecte
178 Vente du 10 avril 2021 Casablanca Casablanca vente du 10 avril 2021 179
Mohamed Melehi
tenant une conférence
au Metropolitan Museum
de New York en Octobre 2018
Mohamed Melehi
et Hicham
Daoudi, devant
l’ancienne agence
de Bank-El-
Maghrib, Place
Jamâa El Fna,
Marrakech,
Décembre 2018
Mohamed Melehi
et Hicham
Daoudi, avant la
présentation du Nouveau logo
nouveau logo de de la ville
la ville d’Agadir, d’Agadir, créé par
Septembre 2020 Mohamed Melehi
182 Vente du 10 avril 2021 Casablanca
André Elbaz 10 à 13
Mohamed Melehi 16 à 18, 42, 43, 90 à 95, 100, 101, 136, 137
Jilali Gharbaoui 20 à 23
Mohammed Chabâa a 34, 35, 40, 41, 98, 99, 142, 143
Farid Belkahia 44 à 47, 134, 135
Chaïbia Tallal 48 à 51, 144 à 147
Ghattas Abdelkrim 74, 75
Rahoule Abderrahman 76, 77
Houssein Miloudi 78 à 81
Abdallah El Hariri 84 à 87
Mohammed Kacimi 102 à 105
Artistes
Michel Gauthier 8, 9
Conservateur Au Centre Pompidou Et Historien D’art
ADRESSE ADDRESS