International Journal of Humanities and Social Science Invention (IJHSSI)
ISSN (Online): 2319 – 7722, ISSN (Print): 2319 – 7714
[Link] ||Volume 12 Issue 9 ||September 2023 || PP.151-162
Yamoussoukro : Un Système D’aménagement Urbain
Lacunaire aux Externalités Environnementales et Socio-
Économiques
Yamoussoukro: Lacunal Urban Development With
Environmental And Socio-Economic Externalities
Sylvain Kouamé N’DRI, Assistant, IPNETP, Abidjan, Côte d’Ivoire
Atsé Laudose Miguel ELEAZAUS, Maître-Assistant, Université Jean Lorougnon Guédé (Daloa-
Cote d’Ivoire)
Emile Koffi BROU, Professeur Titulaire, Université Alassane Ouattara (Bouaké-Côte d’Ivoire)
Résumé
L’aménagement urbain de la ville de Yamoussoukro se traduit par la dotation en infrastructures
d’assainissement afin d’offrir un cadre de vie moderne à la population. Cependant, ces infrastructures
d’assainissement ne couvrent pas toute l’étendue de l’espace urbain. Face à cette insuffisance, les populations
adoptent des stratégies d’assainissement autonome pour évacuerleursdé[Link] présent travail a pour objectif
d’analyser les effets environnementaux et socio-économiques en lien avec les insuffisances du système
d’assainissement dans la ville de Yamoussoukro. La méthodologie s’est appuyée sur la recherche documentaire
et des enquêtes qualitative et [Link] résultats ont révélé que le dysfonctionnement de la quasi-totalité
des stations d’épuration, l’exercice des activités économiquesinformelleset la mauvaise gestion des déchets
ménagers constituent des lacunes dans l’aménagement urbain de Yamoussoukro.
Mots clés :Yamoussoukro-aménagement urbain, externalités, lacunes.
Abstract
The urban development of the city of Yamoussoukro refreshes by the supply of sanitation infrastructure to
provide a modern living environment for the [Link], for these sanitation facilities do not cover
entire extension of urban space. In the face of tis insufficiency, the people adopt autonomous sanitation
strategies to evacuate their waste. This is aimed at analyzing environmental and socio-economic effects related
to the shortcoming of the sanitation system in the city of Yamoussoukro. The methodology supported on
documentary research and qualitavie and quantitative surveys. The rseults revealed that malfunction of almost
all purification stations, the exercise of informal economic activitiues and the poor household management was
gaps in Yamoussoukro’s urban development.
Keywords :Yamoussoukro-urbandevelopment- externalities- environment- gaps.
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Date of Submission: 05-09-2023 Date of Acceptance: 17-09-2023
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I. Introduction
Deux systèmes de gestion des eaux usées à savoir les réseaux d’assainissement collectif et les réseaux
d’assainissement individuel se juxtaposent sur l’ensemble de l’espace urbain deYamoussoukro. Malgré
l’existence de ces systèmes d’assainissement, l’environnement urbainest très pollué, les espaces publics, les
routes et rues sont dans des situations déplorables (S.K. N’dri, 2020 : 92).Les eaux usées provenant des stations
d’épuration non fonctionnelles, des douches et latrines mal entretenues se répandent constamment dans les rues
et les couloirs des habitations. Hormis le dysfonctionnement de ces deux systèmes d’assainissement, l’exercice
des activitéséconomiques et la gestion des déchets ménagers (solides et liquides) se pose avec acuité dans la
ville de Yamoussoukro. Toutes ces insuffisances au niveau de l’assainissement urbain de Yamoussoukro
participent d’une manière ou d’une autre à la dégradation de l’environnement. Quelles sont les conséquences
environnementales et socio-économiques dudysfonctionnement du système d’assainissement de
Yamoussoukro ? Le présent travail a pour objectif d’analyser les lacunes environnementales et socio-
économiques relatives à l’aménagement urbain dans la ville de Yamoussoukro.
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II. Méthodologie
2.1 Le cadre d’étude
La réponse à la question soulevée par l’étude a suscité une recherche documentaire et une enquête de
terrain. Comme résultats, la revue sur la question des problèmes environnementaux montre un
dysfonctionnement des stations d’épuration des eaux usées, l’occupation anarchique quotidienne des espaces de
la ville de Yamoussoukro par les activités économiques et la mauvaise gestion des déchets ménagers. Ainsi,
douze (12) quartiers ont été tirés au sort pour cette étude selon le type d’habitats. Il s’agit des quartiers centraux
(majoritairement des anciens villages phagocytés par la ville), des quartiers périphériques et des cités
immobilières. Chaque type de quartiers a ses caractéristiques dans l’aménagement de la ville de Yamoussoukro.
La carte 1 présente le cadre d’étude.
Carte 1: Présentation des quartiers enquêtés
2.2 Démarche d’enquête
La ville de Yamoussoukro compte quinze (15) quartiers. Dans le cas de l’étude, le critère
retenu est le type d’habitats. Il existe trois types d’habitats à savoir : habitat de type
économique, habitat de type évolutif et l’habitat de type résidentiel. Quatre quartiers ont été
tirés au choix dans chaque type d’habitat. Donc, douze quartiers ont fait l’objet d’enquête
(Tableau 1).
Tableau 1 : Catégories des quartiers de Yamoussoukro par type d'habitats
Types d’habitats Quartiers Quartiers enquêtés
Évolutif -Nanan -Nanan
- Morofè - Morofè
-Thérèse -Thérèse
- Assabou - Assabou
Résidentiel -227 logements - 227 logements
-100 logements filles et garçons - Riviera
- 33 logements - Millionnaire
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-80 logements - Sopim
- Riviera
- Millionnaire
- Sopim
Economique - Kokrénou - Kokrénou
- Dioulakro - Dioulakro
- Habitat - Habitat
- N’zuessi - N’zuessi
Source : Mairie de Yamoussoukro, 2021
En considérant les aspects généraux des quartiers de la ville de Yamoussoukro, il existetrois types
d’habitats notamment les habitats de type économique, les habitats de typeévolutif et les habitats de type
ré[Link] choix des individus à enquêter a été une investigation laborieuse. En effet, il a étéimpossible
d’avoir des informations fiables et crédibles à l’Institut National de laStatistique relatives aux nombres de
ménages de la ville de Yamoussoukro. Les donnéesdisponibles et crédibles étaient celles du recensement de
1998. Utiliser les données vieilles de plus de 20 ans ne collerait pas à la réalité. Face à cette situation, la loi de
distributionnormale a été privilégiée. Cette loi stipule qu’en l’absence de données de sondage sur une population
donnée, on peut enquêter un échantillon de 30 individus. Ainsi, la taille de notre échantillon s’élève à
30×12=360. Pour une convenance personnelle, nous avons retenu [Link] taille del’échantillon à enquêter dans
cette étude devient ainsi 36×12=432. Les individus intervenant dans les activités économiques représentent 39%
de ce total soit 168 individus. Ainsi par choix raisonné, les individus ont été sélectionnés. Cette sélection
aexclusivement concerné les acteurs économiques car dans l’exercice de leurs activités,ceux-ci participent à la
dégradation de l’environnement urbain. Ainsi, la méthodologie demise en œuvre a privilégié l’entretien et
l’observation. Elle a mobilisé dans la mesure dupossible les acteurs des activités économiques et les chefs de
ménages. De ce fait, unquestionnaire a été adressé exclusivement aux différents acteurs économiques.
III. Résultats
3.1 Les insuffisances du systèmed’assainissement à travers le dysfonctionnement des stations d’épuration
et de pompage des déchets ménagers
3.1.1Les Stations d’épuration en état d’abandon et non fonctionnel
La ville de Yamoussoukro est dotée d’un réseau d’assainissement de types séparatifs et qui comprend
24 stations d’épurations (STEP) et une seule (01) station de refoulement. Les investigations sur terrain et la
revue des études antérieures permettent de scinder les stations d’épuration de Yamoussoukro en deux catégories
:
Catégorie 1: Les stations d’épuration liées à un réseau d’assainissement collectif. Cette catégorie
contient les stations qui se trouvent dans les quartiers assainis: 227 Logements, 100 Logements Filles, 100
Logements Garçons + Lycée Scientifique, 80 Logements + 39 Villas, 33 Logements, 64 Logements (CAFOP) et
Kokrénou (Cité SOPIM). Ces stations sont sous l’égide de l’État et plus précisément le MCLAU du point de vue
de l’exploitation et de l’entretien. À Yamoussoukro, il s’observe un abandon de la quasi-totalité de ces stations
d’épuration. On remarque clairement l’absence totale d’entretien et d’exploitation de ces équipements. La
direction de l’assainissement et de drainage à Yamoussoukro indique que le mauvais état de ces stations est dû
surtout au manque des moyens matériels et humains pour les rétablir et les entretenir.
Catégorie 2 : Les stations d’épuration privées appartiennent à des établissements bien déterminés.
Elles sont plutôt reliées à la consommation collective ou touristique de certains établissements : INP (Sud), INP
(Nord et Centre), Centre hospitalier Régional, Lycée Mamie Adjoua, Hôtel Président, Gendarmerie. L’état des
lieux a été fait par le Projet d’Urgence de Renaissance des Infrastructures en Côte d’Ivoire (PURICI, 2015). Le
diagnostic montre que les STEP sont non fonctionnelles (photo 1).
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Photo 1 : Station d'épuration non fonctionnelle de la gendarmerie
Source : CECAF, 2016, nos enquêtes, octobre, 2021
Le dysfonctionnement des STEP est dû à plusieurs raisons à savoir leur non-entretien et le
vieillissement du matériel. L’entretien de ces stations est assuré par les établissements eux-mêmes qui les
contiennent. Certaines stations fonctionnent normalement, mais la plupart d’entre elles sont vétustes, non
entretenues et nécessitent des actions correctives. La figure 1 fait état du fonctionnement des stations
d’épuration du schéma directeur d’assainissement de 2008.
Figure 1: Etat de fonctionnement des STEP
21.32% 18.16%
3%
57.52%
Bon état mais mauvais rendement Abandonnées
Mauvais état État fonctionnel
Auteur : N’DRI, octobre, 2022
La figure 1montre globalement l’état des différents équipements de traitement des eaux usées et Vanes
de la ville de Yamoussoukro. Les stations d’épuration des eaux usées sont dans un état de dysfonctionnement
avancé. En effet, les investigations montrent que des stations d’épuration (57,52 %) sont abandonnées. De
même, certaines (18,16 %) sont en bon état mais elles ont un mauvais rendement. De surcroît, 3 % des stations
sont en mauvais. En définitive, 78,68 % des stations d’épuration ne fonctionnent pas contre 21,32 % de stations
fonctionnelles. Le dysfonctionnement des stations d’épuration est dû à leur manque entretien. La carte 2 met en
relief l’état de fonctionnement général des stations d’épuration dans les différents quartiers de la ville.
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Carte 2 : État de fonctionnement des STEP
Réalisation, N’DRI Sylvain, 2022
L’analyse de la carte 2 montre que la majorité des stations d’épuration des eaux usées domestiques ne
sont pas fonctionnelles. Les stations d’épuration sont construites par l’État dans les années 1980. Celles-ci font
partie des réseaux d’assainissement collectif. Ces réseaux collectifs conduisent les eaux usées dans des stations
d’épuration ou de traitement. Par ailleurs, ce dysfonctionnement est source de pollution environnementale, car
les eaux usées domestiques ne subissent aucun traitement avant leur rejet dans la nature.
[Link] faible ventilation des stations par type de traitement
Les STEP permettent de traiter les eaux usées issues des réseaux d’égouts. Cependant, elles fonctionnent en
deçà de leurs capacités. Le tableau 2 décrit globalement l’état de fonctionnement des différentes stations par
type de traitement.
Tableau 2: Récapitulatif des STEP par type de traitement
Type de traitement Nombre de STEP et Stations de pompage Proportion de
traitement (%)
Fosses septiques 09 27,28
Boue activée Monobloc 09 27,28
Boue activée à clarificateur 04 12,13
séparé
Boue activée à aération 04 12,13
prolongée
Décanteur-Digesteur 05 15,16
Lit bactérien à flux vertical 01 3
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Rejet dans la nature 01 3
Total 33 100
Source : PURICI, 2021
Le tableau 2 montre que toutes les stations d’épuration fonctionnent en deçà de la moyenne. La totalité
des stations présente des anomalies et des dysfonctionnements. En effet, les stations de traitement des fosses
septiques ainsi que les stations de traitement des boues (monobloc) fonctionnent à 27,28 % de leur capacité.
Quant aux stations de boue, elles fonctionnent approximativement. Celles-ci fonctionnent à 12,13 % chacune de
leur capacité. En outre, la station (décanteur-digesteur) connaît le même triste sort. Elle fonctionne à 15,16 % de
sa capacité.
2.1.3. La faible ventilation des stations par type de traitement
Les STEP permettent de traiter les eaux usées issues des réseaux d’égouts. Cependant, elles fonctionnent en
deçà de leurs capacités. Le tableau 3 décrit globalement l’état de fonctionnement des différentes stations par
type de traitement.
Tableau3 : Récapitulatif des STEP par type de traitement
Type de traitement Nombre de STEP et Stations de pompage Proportion de
traitement (%)
Fosses septiques 09 27,28
Boue activée Monobloc 09 27,28
Boue activée à clarificateur séparé 04 12,13
Boue activée à aération prolongée 04 12,13
Décanteur-Digesteur 05 15,16
Lit bactérien à flux vertical 01 3
Rejet dans la nature 01 3
Total 33 100
Source : PURICI, 2015
Le tableau 3 montre que toutes les stations d’épuration fonctionnent en deçà de la moyenne. La totalité
des stations présente des anomalies et des dysfonctionnements. En effet, les stations de traitement des fosses
septiques ainsi que les stations de traitement des boues (monobloc) fonctionnent à 27,28 % de leur capacité.
Quant aux stations de boue, elles fonctionnent approximativement. Celles-ci fonctionnent à 12,13 % chacune de
leur capacité. En outre, la station (décanteur-digesteur) connaît le même triste sort. Elle fonctionne à 15,16 % de
sa capacité.
2.1.4.L’état défectueux et d’abandon des stations de pompage
La ville de Yamoussoukro abrite une seule station de pompage pour les eaux usées. Cette station est située à la
cité SOPIM (Société de la Promotion Immobilière) au sud du quartier Dioulakro. Son rôle est d’intercepter les
eaux usées et de les refouler vers la station d’épuration de Kokrénou(photo 2).Les investigations montrent que
cette station de pompage est en panne et envahie par la broussaille.
Photo 2 : STEP envahie par la broussaille (Sopim)
Auteur : N’DRI, Septembre, 2022
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La photo 2montre que la station a été abandonnée car les équipements électromécaniques ne fonctionnent plus.
De ce fait, les eaux sont actuellement rejetées dans le réseau des eaux pluviales et par la suite dans le milieu
naturel sans aucun traitement au préalable.
2.2. Un espace urbain en carence de réseaux des eaux usées
2.2.1. Une faible couverture de l’espace urbain par le réseau des eaux usées
Les réseaux d’assainissement de Yamoussoukro s’étalent sur une surface totale de 9,871 km2 répartis entre les
différents quartiers. Faisant un linéaire d’environ 14 km. La répartition du réseau d’assainissement des eaux
usées dans les quartiers de Yamoussoukro se présente comme suit (Tableau 4).
Tableau4 : Récapitulatif du réseau des eaux usées
Quartier Linéaire du réseau linéaire des eaux Proportion (%)
usées (ml)
227 Logements 4967,54 37,6
80 Logements 1056,65 8
33 Logements 1148,20 8,69
100 Logements garçons 1454,33 11
100 Logements filles 1469,13 11,12
Cité CAFOP 887,20 6,71
Cité Sopim 2230,41 16,88
Total 13213,46 100
Source : PURICI, 2015
L’analyse du tableau 4 montre que l’espace urbain est insuffisamment couvert par le réseau linéaire des eaux
usées domestiques. Nos investigations relèvent que ce sont les anciens quartiers et anciennes cités qui sont
parcourus par le réseau (figure 2).
Figure 2 : Réseau linéaire des eaux usées
6000
Linéaire du réseau des Eaux
5000
4000
3000
Usées (ml)
2000
1000
0
Quartiers
Auteur : N’DRI, 2022
La figure 2 met en relief le schéma général de l’assainissement de Yamoussoukro. Elle montre que
chaque quartier est assaini indépendamment du reste. Il contient son propre réseau qui débouche dans sa propre
station d’épuration. En dépit du linéaire assez faible du réseau d’assainissement, plusieurs dysfonctionnements
et anomalies sont observés lors des [Link] facteurs expliquent la couverture insuffisante de
l’espace urbain. En effet, les responsables des collectivités décentralisées et déconcentrées notamment la Mairie
et le District évoquent l’insuffisance des moyens financiers. Cette insuffisance de moyens financiers ne permet
pas d’entreprendre de nouveaux travaux afin de couvrir toute la ville de ces infrastructures. En outre, la société
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chargée de la gestion du patrimoine immobilier SOGEPIE, qui est responsable aussi de l’exploitation et de
l’entretien des infrastructures d’assainissement, ne dispose pas des moyens financiers pour effectuer l’entretien
de ces infrastructures. Cependant, il est à noter que l’entretien des infrastructures est primordial pour conserver
les ouvrages du point de vue fonctionnement et longévité et sans lequeltous les travaux et projets de mise en
valeur de la ville sont du gaspillage.
2-3-L’environnement urbain pollué par les activités économiques
2-3-1-Les lacs pollués par les activités agricoles
Les activités agricoles exercées sur les rives des lacs ou encore dans le BVI sont de
potentielles sources de pollution des lacs. Par effet de proximité et par la dépendance
physique de la forme de l’espace, ces activités ont une influence sur la qualité des eaux des
lacs. En effet, les activités agricoles dominantes dans le BVI sont le maraîcher et
l’horticulture. Les produits utilisés pour la fertilité des sols en sels minéraux impactent les
lacs. Selon nos enquêtes dans les limites du BVI, les engrais utilisés par les maraîchers et les
horticulteurs sont le “12.22”, le “V 6”, l’urée (engrais fortement azoté), “l’engrais blanc” et
les excréments d’animaux surtout celui des poulets. Les engrais sont des mélanges de
substance naturelle ou artificielle au nombre desquels on cite l’azote et le phosphore. Les
deux premiers dans les cours d’eau contribuent à leurs pollutions et à la croissance des
végétaux aquatiques (Carte3).
Carte 3 : Localisation des parcelles agricoles sur les rives des lacs
Réalisation : N’DRI Sylvain, 2022
La carte 3montre la localisation des parcelles exploitées pour les cultures maraichèreset l’horticulture
en occurrence des parcelles fortement enrichies par l’azote et le phosphore. On peut voir sur cette carte, une
occupation distincte des rives et une localisation très proche de ces activités aux lacs aménagés. Ce sont environ
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dix-neuf (19) hectares (ha)de surfaces exploitées et dont les nutriments apportés pour la croissance des salades,
tomate, choux, etc. finissent par se retrouver dans le lac immédiat. Ainsi, par effet de proximité, l’horticulture
(1,19 ha) ne pollue que les lacs. Le rôle pollueur au niveau dedix-huit (18)hade cultures maraichères est
beaucoup plus grave. Seules les rives des lacs de la présidence sont épargnées des activités agricoles. La
contamination des lacs est liée à ce dernier facteur au vu du caractère naturel du milieu. C’est un apport de
nutriments pour la fertilisation d’une parcelle de 5,5 ha que les lacs reçoivent durant les périodes de
germination. C’est la même situation au niveau des rives des lacs. Les rives des lacs sont faiblement utilisées par
les maraichers. Cependant, ils sont soumis à d’autres formes d’exploitation qui affectentconsidérablement la
qualité de leurs eaux. Les activités agricoles contribuent à la pollution des lacs. Par ailleurs, d’autres activités
économiques sont exercées sur les rives des lacs notamment l’élevage, le commerce, le lavage des linges
participent considérablement à la pollution des lacs(photo 3).
Photo 3: Laveurs de linge en bordure des lacs au quartier Riviera
Auteur : N’DRI, 2021
L’analyse de la photo 3 met en relief l’utilisation des lacs par les laveurs de linge. En effet, cette
activité influence le système lacustre selonla proximité et contribue à sa pollution. Cette pollution est une
menace pour les animaux dans la mesure où la zone est un lieu de pâturage et de breuvage pour les animaux
d’élevage. En ce qui concerne l’élevage, il est pratiqué à grande échelle au niveau du quartier Basilique. C’est
un secteur de la ville qui se trouve défini par cette activité qui affecte le système lacustre. Les rives de ces lacs
sont tous les jours pâturées par des bovins, des ovins et caprins et sont même leur lieu de résidence. Le cadre et
la bordure des lacs sont donc jonchés d’excrément de ces animaux. Les lacs servent de breuvage et de lavage
animaux. Par ailleurs, leur rive est quotidiennement infestée de troupeaux de mouton et de bœufs. Ce qui met en
mal la qualité des eaux qui réceptionnent les excréments de ces animaux par le mécanisme du ruissellement en
temps de pluie. En plus, le lessivage servant d’activité lucrative est développé à l’exutoire des lacs. Le problème
avec cette activité ne réside pas dans l’utilisation des produits de lessivage, mais plutôt dans les taches lessivées
sur ces vêtements. On a pu observer que ce sont généralement des habits et des outils des hommes de métier
informel. La non-maitrise de ces déchets lessivés est un problème pour la qualité des lacs surtout le lac 6. Le
commerce et la restauration sont très développés sur les rives des lacs. En effet, les acteurs de ses activités sont
anarchiquement installés et les rejets qu’ils produisent sont débarrassés dans les lacs ou entassés sur les rives
pour ce qui concerne les déchets solides. Ces derniers, au cours du temps, libèrent le lixiviat qui se retrouve
directement dans le lac immédiat.
2-3-2-Les stations-services et garages autos: des sources de pollution des lacs
Les sources ponctuelles de polluants sont généralement les stations-services et les garages d’autos. Les
stations-services sont des points de distribution d’hydrocarbure et assurent également des travaux d’entretien
mécanique. Quant aux garages autos, ils assurent la réparationdes véhicules en cas de panne. Ces endroits sont
des sources d’émission de polluants d’hydrocarbure (essence, gasoil, pétrole) et de vidange de voiture. Le
déversement de ces polluants sur l’environnement lacustre et dans le BVI est susceptible d’atteindre les lacs en
aval. Leurs décompositions progressives par des processus physiques, chimiques et biologiques dans les eaux,
accentuent la pollution des lacs en aval et participent à leur [Link] carte 4 montre l’emplacement des
stations-services et garages dans l’environnement immédiat des lacs.
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Carte 4: Localisation des stations -services er garages autos
Réalisation ; N’DRI Sylvain, 2022
La carte 4 met en évidence, les garages et les stations-service de la ville qui appartiennent au BVI. Elle
traduit la concentration de ces activités au niveau du BVI. En effet, les 72%des stations-services de la ville s’y
trouvent et se localisent le long de la voie principale reliant Abidjan et Bouaké (CECAF, 2013). Les émissions
de polluant à leur niveau affectent spécifiquement les lacs par le biais du ruissellement de temps de pluie. Au
niveau des garages auto, les mécanismes sont généralement les mêmes. Les vidanges de voiture déversées par
ces garages dans le BVI sont acheminées pour la plupart vers les lacs au regard de leur localisation dans le BVI.
Les autres lacs sont généralement à l’abri de ces types de polluants vus l’absence ou la faible présence de
garages à leur niveau.
2-3-3-Les rues encombrées par les acteurs du secteur informel
Les investigations montrent que 39% des personnes enquêtées exercent dans le secteur informel.
En effet, ces personnes sont à la recherche du bien-être. Ainsi, tous les espaces susceptibles de leur procurer une
entrée d’argent sont mis à profit. Dans cet élan, les trottoirs des voies cessent d’être des voies de circulation pour
abriter des files interminables de commerçants. Avec des étals variés, ceux-ci occupent les rues toute la journée
et rentrent tardivement à leur domicile (photo 5).
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Photo 5 : Occupation anarchique des rues par les acteurs des activités informelles
Auteur : N’DRI Sylvain, 2022
Les activités de rue posent problème, c’est avant tout parce que leur localisation s’accorde mal avec les
principes juridiques, économiques et environnementaux qui régissent le schéma d’occupation du sol urbain. Les
rues sont des voies de circulation qui appartiennent au domaine public. En dehors de l’objectif qui justifie leur
création, c’est-à-dire la circulation, elles ne peuvent être occupées à d’autres fins sans que cela constitue une
contravention à moins que l’activité qui s’y implante, n’est fait l’objet d’une autorisation expresse, ce qui n’est
généralement pas le cas des acteurs du secteur informel.
IV. Discussion
L’assainissement est le maillon faible de l’aménagement de l’espace urbain de Yamoussoukro. En
effet, les stations d’épuration et de pompage des eaux usées sont quasi-dysfonctionnelles. Au demeurant,
l’environnement urbain est pollué par les activités économiques notamment les activités agricoles et les activités
commerciales. Les ordures ménagères issues de ces activités jonchent les rues. Du reste, elles ternissent l’image
l’environnement urbain (N’DRI, K.S, 2020, 165). En citant Koné et al, (2012), FIDELEMampayaKinda (2020 :
12) affirme que : « la démographie sans cessecroissante en milieu urbain, et non accompagnée des plans
d’urbanisation, sont parmi lescauses de déversements d’eaux usées dans la plupart des villes des pays africains.
Pour lecas de l’Angola, nous pouvons évoquer non seulement le manque de maintenance, mais aussila guerre
coloniale prolongée de 1961 à 1975 ». Dans la même veine, il renchérit ses propos en affirmant que : « Les
réseaux d’assainissements en Angola sont principalement unitaires, cependant ilsn’existent que dans trop peu de
villes, avec un taux decouverture très bas. Par ailleurs, lesréseaux de drainage des eaux résiduaires
existantsprésentent, de façon générale, de grandesdé[Link] plus, Il convient donc de passer outre le
système d’assainissement autonome, basé sur lesfosses septiques, les latrines VIP (VentilatedImprovedPit) et les
puisards, à la possibilité des’équiper d’une station d’épuration d'eau, pour avoir toujours un accès direct à de
l'eaupotable et à un assainissement adéquat. Le système d’assainissement autonome n’assure pasle traitement
suffisant des eaux polluées et excrétas. Il génère des matières de vidanges dontl’absence de gestion est la source
de pollution de l’environnement et des ressources en eauxsuperficielles et souterraines (Koné et al, 2012,
p.21).Par ailleurs, l’urbanisation dans les villes du Sud a des conséquences négatives sur l’environnement
urbain. Pour ALIDOUAdjaratou (2019 : 11), l’urbanisation croissante, le développement démographique et
l’évolution des modes de consommation entraînent une production des déchets toujours plus importante dans les
villesdes pays du sud. Ainsi, la gestion des déchets solides ménagers constitue l’une des
préoccupationsquotidiennes des pouvoirs publics des pays du tiers-monde notamment, les États africains. Pour
NIAMKEYGnanké Mathieu (2016 : 90), les attitudes des populations sont des facteurs de dégradation de
l’environnement urbain à Aboisso. Pour justifier son point, il fait remarquer que plusieurs facteurs expliquent la
dégradation de l’environnement urbain. Mais parmi ces facteurs de dégradation de l’environnement, l’action de
l’homme contribue considérablement à la dégradation quotidienne du cadre de vie. Dans la même veine, la
gestion partielle des déchets ménagers constitue un véritable problème pour la population. En effet, les ordures
ménagères accumulées avec la stagnation régulière et constante constituent un problème d’hygiè[Link] effet, les
mouches, les moustiques, les rongeurs et autres insectes nuisibles foisonnent ces espaces et de plus en plus
devient des sites insalubres favorisant la multiplicité des vecteurs de propagation infectieux. Ainsi, les eaux
usées et pluviales qui stagnent dans les caniveaux dégagent des odeurs nauséabondes (Alla, 2013 : 125).Par
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Yamoussoukro : Un Système D’aménagement Urbain LacunaireauxExternalités ..
ailleurs, la répartition géographique des activités commerciales informelles accentue non seulement le désordre
spatial mais participe également et surtout à l’insalubrité de l’environnement (Sidibé D Y et al, 2022, p.74). En
plus, l’occupation des rues à des fins commerciales a des conséquences négatives sur le cadre deviedes
populations en accentuant la dégradation (N’dahouléet al, 2018 : 18).Dans des zones où le service n’est pas
rendu (souvent dans les quartiers périphériques) ou est irrégulier,les ménages peuvent procéder à un
enfouissement ouà une incinération des déchets dans les concessions,les terrains non lotis, les champs proches
ou dans desdépôts sauvages dans les espaces libres et le longdes voies. Les ménages qui habitent près des
dépôtsde transit y entreposent directement leurs ordures. Lescommerçants déposent les ordures dans des bennes
en général situées à proximité des marchés (Rajout. J, et al, 2006 : 30).
V. Conclusion
L’article a permis de mettre en évidence les lacunes sinon les insuffisances dans la politique
d’aménagement et de gestion de la ville de Yamoussoukro. En effet, l’occupation illégale et anarchique des
espacespublics, notamment des trottoirs et des principaux carrefours d’une part et le mauvais fonctionnement
des stations d’épuration des eaux usées d’autre part constituent des défaillancesdeplus en plus inquiétantes dans
la gestion urbaine. Si les trottoirs sont devenus aujourd’hui pour bonnombre de citadins les principaux lieux
d’exercice de leurs activités, les détournant ainsi de leur fonctionet de leur usage premiers, à savoir le passage
despiétons, cela pose problème, non seulement auniveau de la gestion de l’espace public et de l’aménagement
urbain, mais aussi et surtout au niveaude la gouvernance urbaine. De plus, le mauvais fonctionnement des
stations d’épuration des eaux usées ménagères engendre des problèmes environnementaux. Vu les
conséquencesnéfastes que de telles pratiques ont sur les riverainset les passants, les autorités locales et les
pouvoirscentraux, ainsi que l’ensemble des acteurs urbainsdoivent prendre la mesure des problèmes pour ne
paslaisserse dégrader davantage l’environnement.
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