LES ETATS N’ONT PAS D’AMIS MAIS QUE DES INTERETS
RELATIONS
INTERNATIONALES
DOMIAN TCHILOKELE TRAORE
ENSEIGANT / JURISTE CONSULT
TOUTE REPRODUCTION TOTALE OU PARTIELLE DE CE DOCUMENT EST PASSIBLE DE POURSUITES JUDICIAIRES AU REGARD DE LA LOI
N°2016-555 DU 26 JUILLET 2016 RELATIVE AU
DROIT D’AUTEUR ET AUX DROITS VOISINS.
INTRODUCTION GENERALE
La société internationale actuelle est entrée dans une période de mondialisation dont les effets sur les
relations internationales sont multiples. Cette réalité implique, plus que jamais, la nécessaire
connaissance des principaux rouages qui permettent le fonctionnement des rapports entre Etats. En
effet, aujourd'hui nul ne peut vivre dans l'horizon étroit de son État. Les systèmes juridiques nationaux
ou régionaux sont largement dépendants des institutions, règles et principes par lesquels transitent les
relations internationales. D’où l'intérêt de ce cours d’institutions internationales. L'objet de cette
matière est de permettre une initiation à la connaissance des principales institutions internationales,
ainsi qu’à la compréhension des principaux mécanismes et règlent qui régissent leurs rapports. Pour
ce faire, nous procéderons dans une première partie à l’exposé des acteurs étatiques de la vie
internationale. A savoir les Etats et les organisations internationales. Une deuxième partie sera
consacrée aux entités non étatiques, notamment, les organisations non gouvernementales, les sociétés
multinationales et l'individu ainsi qu’aux règles guidant les relations internationales.
SECTION 1 : LES ACTEURS DES RI
Objectifs pédagogiques
Découvrir les principaux acteurs des relations internationales
Les RI disposent d’acteurs principaux acteurs que sont : les États et les organisations internationales
et des acteurs secondaires
CHAPITRE 1 : L’ETAT
1. Définition
L’Etat peut être défini comme une personne morale abstraite de droit public ayant en charge l’intérêt
général, qui exerce son autorité sur un territoire et à l’égard d’une population.
En Afrique, les structures d'organisation politique, économique et sociale ayant la forme étatique sont
apparues vers le VIIème siècle, cependant, leur reconnaissance fut tardive. Plus tardive que celles qui
dès le XVIème siècle naissaient en occident sous la forme moderne d’un État.
2. Éléments constitutifs de l’Etat
Il résulte de la définition ce l’Etat, trois principaux éléments que sont : le pouvoir politique, le territoire
et la population.
[Link] pouvoir politique
Le pouvoir politique traduit la fonction de commandement exercée par les gouvernants dans la
conduite des affaires juridiques. Sa forme juridique est le gouvernement. Lato sensu, constituent le
gouvernement : le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. Stricto sensu, le
gouvernement est circonscrit au pouvoir exécutif, c’est-à-dire le président de la république, le premier
ministre, les ministres et secrétaires d'Etat.
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[Link] territoire
Le territoire peut être défini comme l’espace géographique sur l’étendue duquel l’Etat exerce de
manière souveraine et exclusive son autorité politique. Le territoire représente donc le support matériel
de l’Etat sur lequel il exerce son pouvoir. Le territoire se matérialise en trois espaces : l’espace
terrestre, l’espace aérien, et l’espace maritime.
2.2.1. L’espace terrestre
Il est délimité par des frontières qu’elles soient artificielles ou naturelles. Dans de nombreux cas, les
tracés n’ont pas été obtenus sans conséquence pour les populations. L’exemple des États africains dont
les frontières sont issues de la période coloniale est très illustratif.
Le territoire terrestre comprend le sol et le sous-sol.
2.2.2. Le territoire maritime
Il est composé des eaux intérieures (eaux portuaires, rades, havres, baies), la mer territoriale (12 milles
marins : 22,250 km) et la zone économique exclusive (200 milles marins : 370 km).
Alors que la souveraineté de l’Etat côtier ou riverain sur les eaux intérieures et la mer territoriale
exclusive, quant à la zone économique exclusive, les droits de l’Etat ne portent que sur l’exploitation
et des ressources biologiques de la colonne d’eau et du sous-sol.
2.2.3. L’espace aérien
Il surplombe l’espace terrestre et une partie de l’espace maritime comprenant les eaux intérieures et la
mer territoriale à l’exclusion de la zone économique exclusive et de la haute mer. Il en résulte que
l’Etat exerce sa souveraineté sur son espace aérien, de sorte que tout accès à son espace doit obtenir
son autorisation.
Aussi, le développement des communications entre États a rendu nécessaire la conclusion d’une
convention (Chicago du 7 décembre 1944) permettant le libre survol des espaces atmosphériques aux
avions civils des Etats membres et soumettant celui des avions militaires à une autorisation.
Le territoire ainsi présenté est un élément essentiel de sédentarisation des populations de l’Etat.
[Link] population
La population peut être définie comme l'ensemble des individus vivant sur un territoire et sur lesquels
l’Etat exerce son autorité. Elle se compose de nationaux et d'étrangers dont les statuts soulèvent des
problèmes au plan national.
2.3.1. La qualité de national
La qualité de national s’acquiert par la nationalité c’est-à-dire le lien juridique qui relie une personne
physique ou morale à un État. Sont donc étrangers, les personnes ayant la nationalité d’un autre État
ou ne pouvant se prévaloir d’aucune nationalité telle que les apatrides. Chaque Etat dispose d’un
pouvoir discrétionnaire d'attribution de sa nationalité.
Les États ne sont nullement tenus de recevoir des étrangers sur leurs territoires sauf à le consentir.
L’étranger n’est pas non plus traiter de manière identique que les nationaux. Si la nationalité est un
droit, il est des personnes qui n’en disposent d’aucune, se trouvant en situation d’apatridie. La
conséquence directe d’une telle situation est de ne pouvoir bénéficier de la protection diplomatique.
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2.3.2. La condition juridique de l’étranger
Un étranger est une personne qui ne dispose pas de la nationalité de son État d’accueil. La condition
juridique des étrangers porte sur la notion de traitement minimum. Cette notion met en rapport les
compétences souveraines d’un Etat d'accueil et les droits des étrangers. Malgré le développement
notable que connait la notion de traitement minimum des étrangers ces dernières années, elle soulève
des difficultés tenant à sa perception et sa compréhension.
Cependant certains étrangers bénéficient d’un traitement spécial tels que les diplomates. En effet, dans
le cadre des relations diplomatiques, les agents consulaires et diplomatiques, représentants de l’Etat
accréditaire, bénéficient de privilèges et d’immunités dont ne disposent pas les nationaux encore moins
les étrangers ordinaires.
Une immunité est une garantie de protection de l’indépendance de l’agent et de la souveraineté qu’il
représente. L’immunité couvre le diplomate par une sécurité absolue sur le territoire de l’Etat
accréditaire de sorte qu’il ne peut être arrêté ou détenu. Ils bénéficient d’une inviolabilité tant de leur
personne que de leurs biens (domicile, documents, correspondance etc…). Son statut lui confère une
immunité juridictionnelle totale en matière pénale, autrement dit il ne saurait être jugé par les tribunaux
de l’Etat accréditaire qu’il ait agi ou non dans l’exercice de ses fonctions.
Civilement, l’immunité dé juridiction, est réduite d’autant qu’elle ne porte pas sur les actions en justice
portant sur des immeubles privés leur appartenant.
Quant aux privilèges, ce sont des avantages accordés aux diplomates. Ils portent généralement sur des
exonérations fiscales, et des exemptions douanières.
Les immunités et les privilèges des diplomates et consulaires s’étendent aux membres de leur famille.
3. Les caractéristiques et les compétences de l’Etat
Les caractéristiques de l’Etat impriment la mise en œuvre de ses compétences dans l’environnement
des relations internationales.
[Link] caractéristiques de l’Etat
L’Etat a deux caractéristiques : la souveraineté et la personnalité juridique.
3.1.1. La souveraineté
La souveraineté est le pouvoir suprême. Elle est interne et internationale. Alors que la souveraineté
interne est absolue, celle internationale est plutôt relative. En effet, pour SERGE SUR, l’indépendance
et l’égalité des Etats en droit international traduisent la limitation de la souveraineté internationale.
Dans l’ordre interne, le trait caractéristique de la souveraineté est l’indépendance de l’Etat. Il dispose
de la compétence des compétences c’est-à-dire qu’il détient l’exclusivité ou le monopole des
compétences. Autrement dit, il a une liberté totale de décision et dispose de la plénitude des
compétences. Il n’a donc pas besoin d’habilitation spéciale.
Dans l’ordre international, la souveraineté de l’Etat a pour effet la non-intervention ou la non-ingérence
dans les affaires intérieures d’un autre Etat. Dans les faits, les cas de non-respect de cette obligation
sont nombreux en témoigne le conflit syrien dans lesquels sont intervenus les USA et leurs alliés, le
conflit libyen, le conflit russo-ukrainien
En plus de la souveraineté, l’Etat est doté de personnalité juridique.
3.1.2. La personnalité juridique
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La personnalité juridique signifie la capacité de l’Etat à être titulaire de droits et à assumer des
obligations. A cela, s’ajoute le caractère moral de la personnalité juridique, c’est-à-dire que l’Etat est
un concept, une abstraction. Alors que la personnalité juridique de l’Etat est démultipliée au niveau
interne en raison de l’existence d’autres personnes morales de droit publics, dans l’ordre international,
il y’a unité de la personnalité de l’Etat.
La personnalité juridique à diverses implications telles que la possibilité pour l’Etat d’ester en justice
ou d’être attrait devant les tribunaux, et la continuité de l’Etat qui s’entend par le respect des
engagements souscrits par un précédent gouvernement.
[Link] compétences de l’Etat
Une compétence s’entend de l’aptitude légale à accomplir un acte, à prendre une décision, à poser un
acte. L’Etat est doté de compétences internes et de compétences internationales.
3.2.1. Les compétences internes
Elles sont de trois ordres : territorial, personnel et fonctionnel.
[Link].La compétence territoriale
Elle s’entend de la compétence exercée sur toute l’étendue du territoire de l’Etat et sur tout ce qui s’y
trouve où s’y rattache. Il s’agit de compétences législatives, administratives et juridictionnelles.
[Link].La compétence personnelle
La compétence personnelle est celle que l’Etat exerce sur ses nationaux et sur son territoire à l’étranger.
[Link].La compétence fonctionnelle
Elle s’exerce à raison des services publics à l’étranger ou sur le territoire national. Elle porte sur
l’organisation politique, la défense nationale, les services diplomatiques et consulaires.
3.2.2. Les compétences internationales
Elles sont mises en œuvre dans le cadre des rapports de l’Etat avec les autres acteurs des relations
internationales. En raison, de leur diversité, nous en retiendrons les caractéristiques :
[Link].Les relations diplomatiques
Les Etats échangent des diplomates. Il s’agit du droit de légation. Il est dit actif quand l’Etat envoie
des agents diplomatiques à l’étranger et passif quand il en reçoit. Est Etat accréditant celui envoie le
diplomate et accréditaire, celui qui reçoit.
[Link].Le pouvoir de conclure des traités
L’Etat a la possibilité de conclure des conventions internationales avec d’autres acteurs des relations
internationales.
[Link].Le pouvoir de présenter une réclamation
internationale
Lorsqu’un dommage lui a été causé, l’Etat peut saisir une juridiction internationale. Il peut aussi être
attrait devant les tribunaux.
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[Link].Le droit d’user de la contrainte
Le recours à la force dans les relations internationales est clairement prohibé par le droit international.
Mais la pratique y apporte un démenti. Par exemple, les USA ont en 2012 bombardé la capitale
libyenne et des villes en Syrie.
4. Les formes d’Etat
On distingue deux grandes formes d’organisation de l’État : l’État unitaire d’un côté et les États
composés de l’autre côté avec leurs trois formules : les unions d’États, la confédération et le
fédéralisme. Cependant, à l’heure actuelle, en raison de l’inexistence de la première formule et de la
rareté de la deuxième formule, nous nous contenterons de l’étude du fédéralisme.
4.1.L’État unitaire
L’État unitaire correspond à la forme d’État, qui ne connaît qu’une seule autorité juridique et politique,
détenant l’ensemble de ses compétences sur son territoire, régie par un seul et même droit.
4.2.L’État fédéral
L’État fédéral est une association d’États fédérés (États fédérés aux États-Unis, Lander en Allemagne,
Cantons en Suisse, ou provinces au Canada), qui ont décidé volontairement d’abandonner une partie
de leurs compétences au profit du regroupement qu’elles ont constitué.
L’union fédérale résulte le plus souvent d’une constitution adoptée par une assemblée constituante, et
ratifiée par les entités fédérées. Cela donne lieu à la création d’une nouvelle collectivité étatique,
superposée aux États fédérés, portant le nom de l’État fédéral.
Une vingtaine de nations, ont adopté cette forme d’État. Il s’agit entre autres, des États-Unis
d’Amérique, du Canada, de la Suisse de l’Allemagne, du Brésil, des Émirats arabes unis, du Nigeria,
ou encore de l’Inde.
5. La reconnaissance, condition d’exercice des compétences internationales de l’État
La reconnaissance est exercée selon deux formes : d’État et de gouvernement. La reconnaissance
d’État est l’acte par lequel un sujet international, et en particulier un État, vient constater officiellement
l’existence d’un nouvel Etat sur la scène internationale. Cet acte discrétionnaire peut être effectué selon
diverses modalités : explicite ou implicite ; individuelle ou collective; de jure ou de facto. Comme Il
revêt une grande importance en apparaissant comme l’invitation d’un État à développer des relations
diplomatiques avec le nouvel État.
A titre d’exemple, la reconnaissance par la communauté internationale du Sud-Soudan suite à la
proclamation de son indépendance du Soudan le 09 juillet 2011.
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CHAPITRE 2 : LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES
L’intégration des OI dans la société internationale est venue affaiblir la perception de l’Etat comme
critère exclusif de la notion de relations internationales et imposer celles-ci comme des acteurs des
relations internationales. Nous envisagerons dans ce chapitre leur typologie et activités.
1. Notion d’organisation internationale
1.1.Définition
Une organisation internationale est une association d’États, établie par accord entre ses membres, et
dotée d’un appareil permanent ou d’organes assurant leur coopération dans la poursuite des objectifs
ou d’intérêts communs. L’OI a cinq caractéristiques qui sont une base interétatique, une base
volontaire, une autonomie, des organes permanents ainsi qu’une fonction de coopération.
[Link] de l’OI
La structure d’une organisation internationale comprend des membres, des organes et des agents.
1.2.1. Les membres
L’on distingue plusieurs catégories de membres :
Les membres originaires ou fondateurs sont ceux qui ont conclu le traité constitutif de
l’organisation internationale ;
Les membres admis qui sont ceux qui adhèrent à l’organisation internationale après sa
création ;
Les observateurs qui sont ceux qui sont représentés dans l’OI sans être membres.
1.2.2. Les organes de l’OI
Ce sont d’une part les organes pléniers dans lesquels siègent tous les membres, d’autre part des organes
restreints dans lesquels ne peuvent siéger qu’une certaine catégorie de membres et enfin un secrétariat
permanent.
1.2.3. Les agents internationaux
Dans son avis consultatif du 11 avril 1949 relatif à l’affaire des dommages subis au service des nations
unies, la cour internationale de justice a retenu : « est agent international, toute personne par qui
l’organisation agit ».
L’on distingue parmi ceux-ci : les agents recrutés sur la base d’un contrat à durée déterminée et les
fonctionnaires qui travaillent exclusivement au service de l’organisation internationale. Ils exercent
des fonctions publiques permanentes pour lesquelles, ils bénéficient d’un régime juridique particulier
de caractère international. Il s’agit de privilèges et d’immunités fonctionnels.
2. Activités des organisations internationales
Pour accomplir les missions a elles assignées, les OI disposent de compétence.
[Link] missions de l’OI
Elles exercent deux types de missions : les missions d’ordre politique et les missions d’ordre
économique, social, culturel.
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2.1.1. Les missions d’ordre politique
Les OI à compétence générale interviennent la plupart du temps dans ce domaine. Il peut s’agir de
préserver les relations pacifiques entre Etats.
2.1.2. Les missions d’ordre économique, social et culturel
Ce sont les missions assignées aux OI à compétence spécialisée telles que l’UNESCO en matière
socioculturelle.
[Link] compétences des OI
Prévues par les actes constitutifs des OI, leurs compétences, autrement dit leur sphère d’action sont
d’une part normative et d’autre part opérationnelle.
2.2.1. La compétence normative
En vue de régir des situations ou des faits, les OI disposent de pouvoirs pour confectionner des règles
de droit de portée générale ou individuelle. Les OI utilisent deux voies à cet effet : il s’agit de la voie
conventionnelle et celle de l’acte unilatéral.
Dans le premier cas, les OI concluent des traités soit avec des Etats, soit avec d’autres OI. Dans le
second cas, il s’agit d’édicter des actes qui sont une manifestation unilatérale de volonté destinée à
créer des droits au profit des tiers et des obligations à la charge de l’auteur de l’acte. Les OI peuvent
prendre des résolutions ou des recommandations dont les effets sont purement déclaratoires en
principe.
2.2.2. La compétence opérationnelle
Elle consiste pour les OI à agir directement et par elles-mêmes. Leurs décisions produisent des effets
sans intermédiaires. Les actions opérationnelles interviennent principalement en matière de gestion,
de coopération ou de règlement des différends.
3. Typologies des OI
Les OI sont classés en deux catégories : les OI à vocation universelle et les OI à vocation régionales.
[Link] OI à vocation universelle : l’ONU
La coopération universelle est réalisée au sein du système onusien qui englobe l’ONU avec ses organes
principaux et subsidiaires, ainsi que les institutions spécialisées qui lui sont rattachées.
L’ONU a été instituée avec l’adoption de la Charte de San Francisco, le 26 juin 1945, après l’échec de
la SDN dans sa mission de maintien de la paix et de la sécurité internationales.
3.1.1. Structure de L’ONU
L’ONU est constituée de six organes principaux, institués par la Charte elle-même, et d’un nombre
indéterminé d’organes subsidiaires, créés par les organes principaux et soumis à leur contrôle (article
7). Les institutions spécialisées gardent une certaine indépendance vis-à-vis de l’ONU, mais elles lui
sont rattachées par accords. D’autres organisations autonomes, comme l’OMC et l’AIEA sont liées à
l’ONU, sans avoir la qualité d’institutions internationales.
[Link].Les organes principaux
Les organes principaux de l’ONU sont l’Assemblée Générale, le Conseil de Sécurité, le Conseil
économique et social, le Conseil de tutelle, la Cour internationale de justice et le Secrétariat.
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L’Assemblée Générale
L’Assemblée Générale (AG) est le principal organe de délibération des Nations Unies. Elle réunit les
représentants de tous les États membres (5 délégués par État), qui ne disposent que d’une voix lors des
votes. Afin d’éviter la paralysie de l’Organisation, la Charte a renoncé à la règle de l’unanimité et a
recouru à la majorité selon deux cas de figure. Pour les questions importantes les Etats membres votent
à la majorité qualifiée des deux tiers des membres présents et votants (article 18 de la Charte).
L’AG tient une session ordinaire chaque année. Elle peut être convoquée en session extraordinaire, ou
en session extraordinaire d’urgence (convocation dans les vingt-quatre heures), lorsque les
circonstances l’exigent. Les États membres de l’ONU sont aujourd’hui au nombre de 194.
L’AG peut discuter de toutes les questions qui lui sont soumises, et formuler des recommandations à
l’exception des questions inscrites à l’ordre du jour du Conseil de sécurité (Article 12 de la Charte).
Le Conseil de sécurité
Le Conseil de sécurité (CS) est un organe restreint et permanent, pouvant siéger à chaque fois que la
paix et la sécurité internationales sont menacé.
Il est constitué de 15 membres, dont cinq (la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni et les États-
Unis) occupent un siège permanent ; les dix autres membres non permanents sont élus pour un mandat
de deux ans par l’AG. (Ils sont renouvelés par moitié chaque année).
Les décisions du CS sont adoptées par un vote affirmatif de 9 membres sur les 15, lorsqu’il s’agit de
questions de procédure (article 27, alinéa 2). Pour toutes les autres questions, les décisions sont prises
par un vote affirmatif de 9 de ses membres, comprenant les voix de tous les membres permanents
(article 27, alinéa 3). C’est le fameux « droit de veto ».
Le Conseil économique et social (ECOSOC)
Le Conseil économique et social est placé sous l'égide de l'Assemblée générale des Nations unies et a
un rôle consultatif concernant les questions de coopération économique et sociale internationale. Il se
compose de 54 membres, élus par l’Assemblée générale pour un mandat de 3 ans avec renouvellement
par tiers chaque année. Le choix des membres se fait sur la base de la répartition géographique.
Le Conseil de tutelle
Constitué de 15 membres Le Conseil de tutelle, était chargé de la supervision internationale des onze
territoires, placés sous tutelle internationale.
En 1994, date d'indépendance de Palau, dernier territoire sous tutelle des Nations Unies, le Conseil a
modifié son règlement intérieur de façon à pouvoir se réunir lorsque les circonstances l’exigent.
La Cour internationale de justice
La Cour internationale de justice (CIJ), est l’organe j udiciaire principal des Nations Unies.
La Cour dont le siège est à La Haye, est composée de 15 juges indépendants, de nationalités différentes,
élus pour neuf ans, rééligibles et renouvelables par tiers tous les trois ans.
Le Secrétariat général
Le Secrétariat général est un organe administratif composé d’un Secrétaire général, et d’un personnel
de fonctionnaires internationaux (article 97).
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Le Secrétaire général est désigné à la majorité des 2/3 par l’Assemblée générale sur recommandation
du Conseil de sécurité. Il est titulaire d’un mandat de 5 ans renouvelable.
En sa qualité de plus haut fonctionnaire de l’ONU, le Secrétaire général dirige le Secrétariat, dont il
nomme le personnel. Il met en œuvre les programmes et politiques arrêtés par les différents organes
de l’ONU. En plus de ses fonctions administratives et techniques, le Secrétaire général exerce des
fonctions politiques et diplomatiques.
[Link].Les organes subsidiaires
Les organes subsidiaires sont créés par les organes principaux de l’ONU, auxquels ils sont soumis
hiérarchiquement. L’article 7§2 de la Charte prévoit cette possibilité qui incombe expressément à
l’Assemblée générale (art. 22) ou au Conseil de sécurité (art. 29), ainsi qu’à tout autre organe principal
(art. 68) comme le Secrétariat général et le Conseil économique et social.
La création des organes subsidiaires, répond au souci de mieux adapter la structure de l’organisation,
aux exigences requises pour l’accomplissement de sa mission.
A cet effet, de nombreux organes subsidiaires ont été institués dans des domaines variés.
Principaux organes subsidiaires Conseil économique
Conseil de sécurité
de l’ONU Assemblée générale et social
Commission de consolidation de Comité chargé des ONG Commission de contrôle, de
la paix ; Commission économique pour vérification et d'inspection
Commission du désarmement ; l’Afrique des Nations Unies
Commission des Nations Unies Fonds des Nations-Unies pour Fonds d’indemnisation des
pour le droit l’enfance Nations-Unies
commercial international Programme des Nations-Unies Tribunal pénal international
(CNUDCI) ; pour le développement pour l'ex-Yougoslavie
Comité contre la torture ; Programme des Nations-Unies Tribunal pénal international
Comité pour l'élimination de la pour l’environnement pour le Rwanda
discrimination raciale ; Programme alimentaire Tribunal spécial pour la
Conseil des droits de l'homme. mondial Sierra Leone
3.1.2. Les institutions spécialisées
Afin de mener à bien les missions qui lui sont imparties, l’ONU dispose en plus des organes
subsidiaires d’un réseau d’institutions internationales qui ont un régime particulier. En dépit de leur
appartenance à « la famille » des Nations unies, les institutions spécialisées sont des organisations
internationales intergouvernementales autonomes
Caractéristiques générales des institutions spécialisées
Les caractéristiques générales des institutions spécialisées sont précisées à l’article 57§1 de la Charte
qui stipule que: « les diverses institutions spécialisées créées par accords intergouvernementaux, et
pourvues aux termes de leurs statuts d’attributions internationales étendues, dans les domaines
économique, social, de la culture intellectuelle et de l’éducation, de la santé publique et autres
domaines connexes, sont reliées à l’Organisation conformément aux dispositions de l’article 63.
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Classification et rôle des institutions spécialisées
Il existe actuellement 17 institutions spécialisées, qu’on peut classer en quatre domaines de
compétences.
Les institutions spécialisées exerçant une activité en matière de communication internationale
L’Union postale universelle (UPU) créée en 1874 ; l’Union internationale des télécommunications
(UIT) établie en 1932 ; l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) instituée en 1944 ;
l’Organisation météorologique mondiale (OMM) créée en 1878 ; l’organisation maritime
internationale (OMI), dénomination nouvelle, en 1975, de l’organisation intergouvernementale
consultative de la navigation maritime, créée en 1958.
Les institutions spécialisées exerçant une action sociale
L’Organisation internationale de travail (OIT), créée par le traité de Versailles en 1919 ; l’Organisation
mondiale de la santé (OMS), instituée en 1946.
Les institutions spécialisées exerçant une activité économique et financière
L’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (sigle anglais FAO) instaurée en 1945 ; le Fonds
monétaire international (FMI) créé à Bretton Woods en 1944 ; la Banque international pour la
reconstruction et le développement (BIRD), établie aussi en 1944 ; la Société financière internationale
(SFI) instituée en 1956 et rattachée à la BIRD ; l’Association internationale de développement (AID)
créée en 1960, elle aussi, filiale de la BIRD ; le Fonds international de développement agricole (FIDA)
établie en 1976 ; l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) instituée
en 1966 par l’Assemblée générale en tant qu’organe subsidiaire autonome et a été transformé en 1979
en institution spécialisée.
Les institutions spécialisées exerçant une activité culturelle et scientifique
L’organisation des Nations-Unies pour l’éducation, les sciences et la culture (sigle anglais UNESCO)
créée en 1945 ; l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) résulte de la transformation en 1970, en
institution internationale d’une organisation non gouvernementale, l’Union internationale des
organisations officielles du tourisme; l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI)
instituée en 1967.
3.1.3. Les organisations autonomes
D’autres organisations internationales comme l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA)
créée en 1956, l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) institué en 1949, ou
l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui lui a succédé en 1995, sont considérées comme des
organisations autonomes.
En dépit de leur appartenance au système onusien, ces organisations internationales ne sont pas des
institutions spécialisées de l’ONU au sens de l’article 57 de la Charte.
[Link] OI à vocation régionale
Les organisations régionales peuvent être définies comme des organisations internationales qui ne sont
ouvertes qu’à des États liés par une solidarité déterminée. Cette solidarité peut être géographique
(OEA, UA, UMA), linguistique et ethnique (ligue des États arabes) religieuse (Organisation de la
Conférence Islamique), politique et militaire (OTAN, UEO), économique (UE, AELE, NAFTA).
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CHAPITRE 3 : LES ACTEURS NON PRINCIPAUX DES RI
En plus des États et des organisations internationales intergouvernementales, le système international
est constitué d’autres acteurs non-étatiques. Il s’agit principalement des organisations non
gouvernementales, des sociétés multinationales et des individus.
1. Les organisations non gouvernementales
Par leur nombre, leur compétence technique, leur poids politique ou leur capacité de mobilisation, les
organisations non gouvernementales (ONG) sont progressivement devenues des acteurs
incontournables de la vie internationale. Les ONG expriment une solidarité transnationale qui se
manifeste dans des domaines très variés (culturel, social, politique, technique, sanitaire, humanitaire,
sportif, touristique, syndical, scientifique, etc.).
Le rôle des ONG dans la société internationale dépend aussi bien du statut qui leur est octroyé que de
leurs domaines d’activités.
1.1.Définition d’une ONG
Une ONG est une institution créée par l’initiative privée sous forme d’association de droit interne
regroupant des personnes privées ou publiques, physiques ou morales, de différentes nationalités et
qui ont pour objet la promotion et la sauvegarde d’intérêts communs. Les ONG interviennent dans de
nombreux d’activités sans rechercher le profit.
[Link] juridique des ONG
1.2.1. Une diversité d’objectifs
Les objectifs des ONG sont les missions qu’elles s’assignent. Elles sont d’une grande diversité :
Des missions humanitaires telles que le CICR qui intervient en temps de crise ou de guerre ;
Des missions religieuses telles que le conseil œcuménique des Eglises ;
Des missions sportives telles que le comité international olympique ;
Des missions d’assistance médicale telles médecins sans frontières ;
Des missions politiques telles que l’internationale socialiste ;
Des missions de protection de l’environnement telles green peace ;
Des missions de protection des droits de l’Homme telles que la Fédération Internationale des
droits de l’Homme (FIDH), Amnesty International, Human Rights Watch.
1.2.2. Une association à but non lucratif
Les ONG ne visent pas la recherche de profit et ne réalisent pas des profits. Se pose inéluctablement
la question de leur mode de financement, c’est-à-dire comment sont financées leurs activités ? sur ce
point, les ONG bénéficient de financements privés et de subvention des Etats et des OI. Malgré
l’importance indéniable des ONG au regard de leurs missions, le statut juridique reste limité.
1.2.3. Le statut juridique limité des ONG
[Link].Au plan interne
Créées sous forme d’association, les ONG se conforment aux dispositions législatives et
règlementaires des Etats qui leur confèrent une personnalité juridique interne. Bien qu’appréciées par
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les Etats, elles sont l’objet de contrôle et de canalisation de ceux-ci, qui peuvent remettre en cause
l’existence de celles-là.
[Link].Au plan international
Les ONG sont reconnues par leur rôle dans les relations internationales par les Etats et les OI. Il n’est
donc pas surprenant de voir des chartes constitutives d’OI prévoir des rapports de coopération entre
celles-ci et celles-là voir de les consulter sur des questions précises. C’est ce que prévoit l’article 71
de la charte de l’ONU en ces termes : « le conseil économique et social peut prendre toutes dispositions
utiles pour consulter les ONG qui s’occupent des questions relevant de sa compétence. »
Même en l’absence de personnalité juridique internationale, l’existence et le rôle des ONG sont
clairement reconnus au plan international.
2. Les sociétés multinationales
La création des sociétés multinationales tient en plusieurs raisons parmi lesquelles : la recherche d’une
main d’œuvre bon marché, l’approvisionnement en matières premières, les débouchées et une fiscalité
moins lourde. Aussi, des sociétés vont étendre leurs activités à d’autres Etas en y implantant des
filiales. Pour mieux comprendre cette réalité, il s’impose d’emblée de cerner la notion de société
multinationales puis de voir leur importance et d’envisager leur statut.
2.1.Définition
Les sociétés multinationales peuvent être définies sous deux angles :
2.1.1 Au sens économique
En ce sens, une société multinationale est un ensemble d’entreprises privées à but lucratif qui
interviennent dans plusieurs Etats par une stratégie commune mise en place par un centre
d’organisation et de décision.
2.1.2. Au sens juridique
Il n’y a pas en droit une catégorie juridique consacrée aux sociétés multinationales. En effet, le droit
ne reconnait que les sociétés qui sont des personnes morales régies par le d’un Etat dont elles sont la
nationalité. Il reste que leur prolifération au plan international leur a donné une grande importance.
2.1.3. L’importance des sociétés multinationales
Leur importance peut être mesurée à travers trois éléments que sont :
Le chiffre d’affaires ;
Le nombre d’employés ;
L’implantation géographique internationale par l’implantation des filiales.
3. L’individu
Traditionnellement, l’individu, était ignoré par le droit international classique. Dans une société
essentiellement interétatique l’individu ne pouvait agir par lui-même hors de la tutelle étatique. La
protection diplomatique était le seul moyen, certes aléatoire et conditionnel, pour un individu atteint
dans ses droits par un État étranger, d’obtenir réparation par l’intermédiaire de son État de nationalité.
D O C T R I N E S E D I T I O N S 12 | 25
Cette incapacité juridique internationale de l’individu a été partiellement remise en cause dans
quelques cas aux circonstances exceptionnelles :
Les textes qui répriment l'esclavage. Son interdiction remonte à l'acte du Congrès de Vienne en 1815,
et qui fut repris par la suite dans d'autres textes.
Les conventions du droit humanitaire en période de conflits armés concernant la protection des
combattants blessés, des prisonniers et des populations civiles. La première convention adoptée en la
matière fut celle de Genève du 22 aout 1864 relative à l’amélioration du sort des militaires blessés
dans les armées de campagne ». Remaniée en 1907 puis en 1929, elle devenue la convention I de
Genève du 12 aout 1949.
La brèche ouverte par le droit humanitaire dans le mur de la souveraineté de l’État a permis, après la
seconde guerre mondiale, d’étendre la protection du droit international aux individus en temps de paix.
Mais, également de les tenir pour responsables d’actes fautifs de caractère international.
3.1. La protection internationale de l’individu
Suite aux atrocités de la seconde guerre mondiale, le droit international des droits de l’homme s’est
développé à un rythme saisissant. En effet, en vingt ans, l’œuvre législative relative aux droits civils,
politiques, économiques, sociaux et culturels est presque terminée.
C'est ainsi que plusieurs textes sont venus placer le concept des droits de l’homme dans les exigences
internationales.
3.1.1 La déclaration Universelle des Droits de l'Homme
Adoptée par l'Assemblée Générale des Nations Unies, le 10 décembre 1948, la déclaration universelle
des droits de l’homme, reconnait à l’individu un certain nombre de droits (droit à la vie, liberté de
circulation, liberté d'opinion et d’expression, principe d'égalité devant la loi, interdiction de la torture
et des arrestations arbitraires, droit à une nationalité, droit à un niveau de vie suffisant, droit de prendre
part aux affaires publiques …)
3.1.2. Les Pactes Internationaux relatifs aux droits de l’homme
Les Pactes Internationaux ont été adoptés par l'Assemblée Générale des Nations Unies le 16 décembre
1966 et ne sont entrés en vigueur qu’en 1976.
Ces pactes sont au nombre de deux :
Le 1er est le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels ;
Le 2ème est le Pacte International relatif aux Droits civils et politiques ; son premier protocole
facultatif, adopté le même jour, est également entré en vigueur en 1976. Le Pacte a été complété
par un deuxième protocole facultatif du 15 décembre 1989 relatif à l’abolition de la peine de
mort, entré en vigueur le 11 juillet 1991.
Chacun de ces Pactes va affiner les différents droits et libertés de la Déclaration de 1948.
3.2. La reconnaissance de la responsabilité pénale internationale des individus
L’instauration de cette responsabilité est passée par plusieurs étapes :
1ère étape : au lendemain de la première guerre mondiale, le Traité de Versailles créa un
tribunal international spécial chargé de juger l'Empereur d'Allemagne pour « offense suprême
à la morale internationale et à l’autorité des traités ».
D O C T R I N E S E D I T I O N S 13 | 25
2e étape : après la seconde guerre mondiale les tribunaux de Nuremberg et de Tokyo ont été
institués pour juger les crimes de guerre.
3e étape : Les violations massives du droit international humanitaire en ex-Yougoslavie et le
génocide au Rwanda conduisent le Conseil de sécurité des Nations Unies à créer les deux
Tribunaux pénaux ad hoc pour l'ex-Yougoslavie (résolution 827/1993) et pour le Rwanda
(résolution 955/1994), en tant que mesures coercitives conformément au chapitre VII de la
Charte des Nations Unies.
4e étape : le 17 juillet 1998, à Rome, 120 Etats ont pris la décision de créer une Cour pénale
internationale permanente.
Contrairement aux juridictions ad hoc tel que le Tribunal pénal international pour le Rwanda et le
Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie qui sont dotés d'une compétence territoriale et temporelle limitée
à un conflit spécifique, la CPI a une compétence générale et permanente pour les crimes les plus graves
commis dès lors qu'ils ont été commis après l'entrée en vigueur du Statut.
La CPI ne remplacera pas les juridictions pénales nationales. Il ne s'agit pas non plus d'une cour d'appel
en dernière instance pouvant contrôler la procédure de celles-ci. La CPI complète plutôt les juridictions
nationales, dont la prééminence est ancrée à plusieurs endroits dans le Statut. La Cour intervient sur la
base d'une requête étatique, d'une initiative du Conseil de sécurité des Nations Unies ou de la propre
initiative du procureur; la compétence de la Cour est limitée à quatre crimes particulièrement graves
qui touchent la communauté internationale dans son ensemble: le crime de génocide, le crime contre
l'humanité, le crime de guerre et, à l'avenir, le crime d'agression. Celui-ci doit cependant encore être
défini, de même que le rôle que jouera le Conseil de sécurité de l'ONU lorsqu'il déterminera si une
agression a eu lieu.
D O C T R I N E S E D I T I O N S 14 | 25
SECTION 2 : LA REGULATION DES RELATIONS INTERNATIONALES
Objectifs pédagogiques
Découvrir les règles et principes guidant les relations internationales
CHAPITRE 1 : LES REGLES JURIDIQUES
Sont des règles juridiques, les règles ou normes de conduite sociale générale et obligatoire dont la
violation ou la méconnaissance fait l’objet d’une sanction. Ces règles dérivent des différentes sources
qui fondent le droit des relations internationales. L’on distingue les sources principales et les sources
subsidiaires.
1. Les sources principales
Elles sont aussi dites fondamentales en raison de leur caractère essentiel et déterminant. On en
distingue deux : la coutume internationale et les traités.
[Link] coutume internationale
1.1.1. Définition
Selon le statut de la cour internationale de justice, la coutume internationale se définit comme preuve
d’une pratique générale, acceptée comme étant le droit. La coutume internationale est donc une source
non écrite des RI.
1.1.2. Les éléments constitutifs de la coutume
La formation de la coutume exige la réunion de deux éléments que sont l’élément matériel et l’élément
psychologique
[Link].L’élément matériel ou consuetudo
Il s’agit de l’usage, de la pratique des sujets de droit. De cette pratique ou habitude va découler des
précédents soit positif, soit négatif. Pour qu’elle soit admise comme étant la coutume, cette pratique
ou usage doit être continu et général.
La continuité s’entend du caractère répétitif, constant et uniforme de la pratique dans le temps. Ne dit-
on pas une fois n’est pas coutume.
Quant à la généralité, elle signifie la répétition de la pratique dans l’espace. Cette pratique doit être
suivie par la plupart ou un nombre représentatifs de sujets de droit et revêtir un caractère général et
impersonnel.
[Link].L’élément psychologique ou opinio juris
L’habitude, la pratique est acceptée par les sujets de droit comme une obligation, comme faisant droit,
comme étant le droit. Ils ont donc le sentiment, la conviction d’être liés par cette pratique c’est-à-dire
la conviction d’appliquer le droit.
1.1.3. Classification des coutumes
Il est tenu compte ici du champ d’application spatial de la coutume pour déterminer sa nature. A
propos, l’on distingue la coutume universelle, la coutume régionale et la coutume locale.
D O C T R I N E S E D I T I O N S 15 | 25
[Link].La coutume universelle ou générale
Elle se prévaut d’un champ spatial d’intervention qui s’étend à l’ensemble des acteurs des relations
internationales. La coutume universelle a donc vocation de s’appliquer à tous les acteurs de la société
internationale. Il est fréquent que les Etats qui n’ont pas participé à sa formation s’opposent à son
application à leur égard d’autant qu’elle est souvent contraire à leurs intérêts. C’est la question
d’opposabilité de la coutume.
[Link].La coutume régionale ou continentale
Elle ne concerne qu’une région donnée, un contient donné. Dès lors, elle ne s’applique qu’à un nombre
restreint d’acteurs des RI.
[Link].La coutume locale ou particulière
La CIJ dans l’affaire droit de passage en territoire indien du 12 avril 1960 a admis l’existence de la
coutume entre deux Etats. Cette coutume particulière entre deux Etats est dénommée coutume locale.
[Link] traité
1.2.1. Définition
Le traité, la convention, le pacte sont utilités à titre synonymique pour désigner une même réalité,
c’est-à-dire un accord de volonté exprimé par écrit entre des acteurs des relations internationales visant
à produire des effets de droit et régi par le droit international.
1.2.2. L’élaboration du traité
[Link].Conditions de forme
Elles traduisent les modes d’expression du consentement des parties au traité. Elles sont de trois types :
la négociation, la signature et la ratification
La négociation
La négociation se présente comme une discussion, des pourparlers en vue de parvenir à un accord. Les
négociations se tiennent soit au sein des conférences spéciales, soit au sein des OI.
Concernant les Etats, c’est le droit interne qui détermine l’autorité habilité à conclure les traités. C’est
généralement le président de la république qui détient ce pouvoir. Les négociations sont très souvent
menées par des plénipotentiaires c’est-à-dire des personnes à qui le président délègue par écrit les
pleins pouvoirs en vue de la négociation.
En ce qui concerne les OI, le traité constitutif désigne l’organe individuel ou collectif pouvant conclure
le traité. Comme les plénipotentiaires des Etats, ils sont habilités à négocier et signer le traité.
La signature
La signature est un mode d’authentification du texte du traité. Aussi, elle sanctionne la clôture des
négociations du traité. Pour les traités en forme simplifiée, la seule formalité de la signature est exigée
aux fins de la validité de l’engagement. La signature exprime le consentement de l’Etat à être lié.
D’autres formes de traité exigent en plus de la signature, une ratification pour valider l’engagement.
La ratification
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Il s’agit d’un mode d’authentification plus solennelle du consentement à être lié. Le droit interne
prévoit les organes habilités à consacrer l’engagement issu de la signature du traité. Il est courant que
les constitutions requièrent l’intervention des pouvoirs exécutifs et législatifs à cet effet. Dès lors, la
validité d’un traité en forme solennelle nécessite la signature et la ratification de cet engagement. Ainsi
la constitution ivoirienne de 2016 précise « les traités de paix, les traités ou accords relatifs à
l’organisation internationale, ceux qui modifient les lois internes de l’Etat ne peuvent être ratifiés qu’à
la suite d’une loi ».
Il est important de relever que l’Etat ou l’OI dispose du pouvoir discrétionnaire de procéder ou non à
la ratification d’un traité. N’étant pas une obligation, le refus de ratification ne saurait engager sa
responsabilité internationale.
[Link].Les conditions de fond
Trois conditions sont exigées aux fins de la validité du traité. Il s’agit de la capacité des parties, de
l’authenticité du consentement, et de la licéité de l’objet du traité.
La compétence des parties
Elle signifie que les parties doivent disposer de l’aptitude et le pouvoir de conclure des traités. En la
matière, seuls les Etats et les OI en leur qualité de sujets de droit international ont la capacité de se lier.
Il en résulte que les Etats fédérés, les territoires dépendants, les ONG et les protectorats en sont
dépourvus.
Un consentement authentique
Un consentement est dit authentique lorsqu’il n’est pas entaché par des vices tels que l’erreur, le dol
et la violence
La licéité de l’objet du traité
Est dit licite ce qui est permis par le droit international et le jus cogens. Autant dire que l’objet du traité
ne doit pas être contraire à ces règles. Ainsi, un traité autorisant le travail des enfants mineurs est
illicite.
1.2.3. L’exécution du traité
Les parties au traité doivent l’exécuter de bonne foi en se confrontant aux droits et obligations qui en
découlent. C’est qu’énonce le principe « pacta sunt servanda », formulé par l’article 26 de la
convention de vienne ainsi qu’il suit « tout traité en vigueur lie les parties et doit être exécuté par elles
de bonne foi ». Le principe consacré par l’effet relatif des traités souffre de quelques exceptions.
[Link].Principe de l’effet relatif des contrats
Selon ce principe, les traités ne produisent des leurs effets qu’à l’égard des parties signataires. En ce
qui concerne les Etats, ce principe est formellement énoncé à l’article 34 de la convention de vienne
aux termes duquel « un traité ne crée ni obligations, ni droits, pour un Etat tiers sans son
consentement ». A l’égard des OI, c’est le principe du consensualisme qui fonde l’effet relatif des
conventions. Ce principe comporte des exceptions.
[Link].Les exceptions au principe
Elles visent à étendre les effets du traité aux tiers soit en vertu de leur consentement, soit en l’absence
de leur consentement.
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[Link].1. Les traités créateurs de droits au profit des tiers
Ils sont de deux ordres. D’une part, il s’agit des cas dans lesquels, le consentement des tiers (Etats ou
OI) a été formellement obtenu par convention. La stipulation pour autrui ou la clause de la nation la
plus favorisée en sont les mécanismes de réalisation.
La stipulation pour autrui
Il s’agit d’une disposition par laquelle les parties à un traité s’engagent au profit d’un tiers bénéficiaire.
Le consentement du tiers étant ici présumé, la promesse ne peut être retirée sans son consentement.
La clause de la nation la plus favorisée
Il s’agit d’une disposition d’un traité en vertu de laquelle un Etat ou une OI s’engage à étendre au profit
de son cocontractant les avantages qu’il accorderait dans un traité futur d’autres Etats ou OI.
D’autre part, des traités créent automatiquement au profit des tiers des droits sans que le consentement
de ces derniers ne soit requis. C’est le cas des traités relatifs aux communications internationales
(maritime, fluviale, transit par canaux internationaux, aériennes ou spatiales). Lorsqu’à l’inverse des
traités créent des obligations à la charge des tiers, le consentement de ces derniers est indispensable.
[Link].2. Les traités créateurs d’obligations à la charge des tiers
Ce sont soit les obligations qui résultent d’une convention collatérale, soit elles sont nées d’une
situation objective.
[Link] rapports entre traité et coutume
La question est de savoir s’il existe entre ces deux source un rapport de subordination ou de primauté.
L’article 38 alinéa 1 du statut de la CIJ qui les retient comme sources du droit international n’opère
aucune hiérarchisation. Il en résulte que le traité et la coutume non seulement occupent le même rang
dans la hiérarchie des normes internationales mais sont aussi dotés de la même force juridique. Ils
peuvent ainsi déroger l’un à l’autre c’est-à-dire que la coutume peut modifier ou abroger un traité et
vice versa. C’est ce que l’on observe quant à leur consécration juridique en tant que norme.
2. Les sources subsidiaires
Elles viennent compléter la coutume et le traité et ne sont pas toutes prévues par le statut de la CIJ.
[Link] sources subsidiaires prévues par le statut de la CIJ
Ill s’agit au terme de l’article 38 du statut de la CIJ : des principes généraux du droit, de l’équité, des
décisions de justice, et de la doctrine des publicistes les plus qualifiés.
2.1.1 Les principes généraux du droit
Ce sont des principes juridiques non écrits dégagés par le juge ayant une portée générale et quasi-
universelle. On leur trouve un intérêt principal : en l’absence de règle écrite précise applicable à un
litige, les principes généraux du droit permettent d’éviter que le juge ne renonce à statuer. Intéressons-
nous à leur contenu avant d’envisager leur autorité juridique.
2.1.2. Le contenu des principes généraux du droit
D O C T R I N E S E D I T I O N S 18 | 25
On en distingue de deux catégories : les principes transposés du droit interne et les principes propres à
l’ordre international.
2.1.3. Les principes transposés du droit interne
Ils sont nombreux, nous retiendrons les plus importants :
Le principe du respect du droit à la défense ;
Le principe de l’égalité des parties ;
Le principe de l’autorité de la chose jugée ;
Le principe selon lequel nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ;
Le principe selon lequel nul ne peut être juge et partie.
2.1.4. Les principes propres à l’ordre international
En raison de leur grande variété, retenons les suivants :
Le principe de la primauté du droit international sur le droit interne ;
Le principe du règlement pacifique des différends ;
Le principe de la continuité de l’Etat et du respect de l’indépendance des Etats ;
Le principe de la bonne foi ;
Le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ;
Le principe de la coexistence pacifique ;
Le principe du respect mutuel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté ;
Le principe de la non agression mutuelle ;
Le principe de la non immixtion mutuelle dans les affaire internes d’un Etat ;
Le principe de l’égalité et des avantages mutuels ;
Le principe de la coexistence pacifique.
2.1.5. L’autorité juridique des principes généraux du droit
Ils sont une source directe et autonome du droit international. Ils ont une force obligatoire et produisent
des effets juridiques. Ils créent des droits et des obligations au profit des sujets du droit international.
La violation de ces principes est sanctionnée par le droit international qui dans d’autres circonstances
est inviter à statuer selon l’équité.
[Link].L’équité
L’article 38 alinéa 2 du statut de la CIJ précise que « la présente disposition ne porte pas atteinte à la
faculté pour la cour, si les parties sont d’accord de statuer ex aequo et bono ». En d’autres termes, si
les parties au litige le demandent, le juge peut statuer en équité c’est-à-dire appliquer pour la solution
d’un litige donné des principes de justice afin de combler les lacunes du droit positif ou d’en corriger
l’application lorsqu’il serait rigoureux. A cette occasion, le juge pourra s’inspirer de règles de religion
et de morale.
[Link].La jurisprudence internationale
Elle est l’ensemble des décisions des juridictions arbitrales ou judiciaires internationales sur des
questions de droit. Entendu ainsi, elle ne crée pas directement des règles juridiques. Par l’interprétation
D O C T R I N E S E D I T I O N S 19 | 25
qu’elle fait des règles applicables, elle contribue à en préciser le contenu. Toutefois, en l’absence d
règles précises applicables sur une question, le juge ne pourra refuser de statuer.
2.2. La doctrine internationale
La doctrine internationale selon l’article 38 du statut de la CIJ se résume aux travaux, contributions,
ouvrages ou opinions de l’ensemble des éminents juristes à propos des questions de droit international
public. Cert, le statut de la CIJ ne reconnait pas la doctrine comme une source directe du droit
international mais elle peut selon ce texte contribuer à la création des règles juridiques. De nombreuses
questions de droit n’ont pas encore fait l’objet de règles juridiques. La doctrine est donc invitée à s’y
plancher aux fins d’éclairer par ses propositions le législateur international dans l’adoption de règles
juridiques sur la question donnée.
3. Les autres sources subsidiaires
Il s’agit de l’acte unilatéral et du jus cogens
3.1. Les actes unilatéraux
L’acte unilatéral est une manifestation unilatérale de volonté destinée à produire des effets de droit à
l’égard des tiers acteurs des relations internationales.
3.1.1 Les actes unilatéraux émanant des Etats
[Link].La formation de l’acte unilatéral étatique
Ils doivent satisfaire des conditions de fond et de forme.
Conditions de forme
Il n’y a pas d’exigence en droit international quant à la forme de l’acte unilatéral. Il peut être écrit ou
verbal. L’acte unilatéral doit faire l’objet d’une publicité satisfaisante en vue de le porter à la
connaissance des tiers acteurs des relations internationales. L’acte unilatéral doit être fait publiquement
par des canaux officiels comme la radio, la télévision, une cérémonie officielle ou un discours.
Conditions de fond
L’auteur de l’acte doit être habilité par le droit interne à représenter l’Etat au plan international. Il
s’agira du Président de la République, le ministre des affaires étrangères, le premier ministre ou un
plénipotentiaire.
L’objet de l’acte doit être clair et précis. L’auteur doit être de bonne foi, c’est-à-dire que son intention
de se lier doit être manifeste.
3.1.2. Les effets de l’acte unilatéral étatique
L’acte unilatéral produit des effets de droit c’est à des droits et des obligations.
o Un acte créateur de droits au profit des tiers destinataires. L’acceptation du bénéficiaire n’est
pas exigée mais présumée ;
o Un acte créateur d’obligations à la charge de son auteur. Celui-ci entend se lier est donc tenu
de respecter son propre engagement.
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Il reste possible de réviser voire d’abroger l’acte unilatéral. Cependant, la révision ou l’abrogation ne
doit être arbitraire. Ce principe est fondé sur la situation d’estoppel qui interdit à l’Etat auteur de l’acte
d’adopter de manière discrétionnaire un comportement contraire à son engagement. Au regard de leur
portée, les actes unilatéraux étatiques diffèrent de ceux des OI.
3.1.3. Les actes unilatéraux émanant des OI
Les actes unilatéraux émanant des OI, disposent de conditions d’élaboration ressortissent au traité
constitutif e l’OI qui prévoit l’organe dont ils émanent. Leurs effets sont également prévus par le traité
constitutif. D’une manière générale leur force juridique est relative. Certains actes des OI sont revêtus
de la force obligatoire, d’autres sont plutôt sans force contraignante. Notons par ailleurs, que certains
actes en raison de leur mode d’adoption revêtent une force obligatoire qui repose en réalité sur le
principe pacta sunt servanda.
3.2. Le jus cogens
Le jus cogens est une norme impérative du droit international général est une norme acceptée et
reconnue par la communauté internationale des Etats dans son ensemble. Sont des règles impératives :
L’interdiction de la piraterie ;
L’interdiction du recours à la force ;
L’interdiction de l’esclavage ;
L’interdiction du génocide.
Le jus cogens revêt les caractères suivants :
Une norme à laquelle on ne peut déroger ;
Une norme qui ne peut être modifiée par une règle ayant la même valeur ;
Une norme évolutive car est frappée de nullité absolue toute convention antérieure ou
postérieure contraire au jus cogens.
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CHAPITRE 2 : LES PRINCIPES POLITICO JURIDIQUES
Les relations internationales sont régies par des règles générales de caractère politique et juridique, qui
constituent aujourd’hui « les principes de base de la Société internationale ». Ces principes forment
des « strates » constituées de principes existants avant 1945, principes issus de la Charte des Nations
unies et principes en devenir
En raison de leur nature politique, ces principes ont la particularité d’être juridiquement d’une grande
imprécision. On en distingue deux : les principes relatifs au statut des Etats et d’autre part des relations
entre Etats.
1. Les principes relatifs au statut des Etats
Deux principes se dégagent : l’indépendance et l’égalité des Etats. Ces deux principes sont étroitement
liés à la souveraineté internationale des Etats. De sorte qu’en raison de leur indépendance, les Etats
sont placés sur un plan d’égalité au niveau international.
[Link] principe de l’indépendance des Etats
La notion d’indépendance de l’Etat exprime un état de fait de nature politique traduisant en droit
l’individualité. L’indépendance est ainsi l’acte par lequel une collectivité étatique devient un sujet de
droit international. En vertu de cette indépendance, l’Etat n’est soumis à aucune autorité étrangère. Ce
statut de l’Etat est mesurable de deux points de vue.
1.1.1. L’indépendance politique de l’Etat
C’est la nature même de l’indépendance, elle est fondée sur le principe du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes et est protégée par le principe de la non intervention.
Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
Le principe d’autodétermination signifie le pouvoir pour les peuples qui aspirent à se constituer en Etat
afin d’établir librement le choix d’un système politique et d’une orientation économique, sociale,
culturelle.
De nature politique, le principe d’autodétermination a été consacré par le droit. Ce principe qui s’est
imposé dans les faits comme une pratique générale acceptée comme étant le droit, autrement dit une
coutume a été repris par le droit à travers la résolution 1514 du 14 décembre 1960 adoptée par
l’assemblée générale de l’ONU. L’ONU déclara « la nécessité de mettre rapidement et
inconditionnellement fin au colonialisme sous toutes ses formes et ses manifestations ». Elle réaffirma
« la légitimité de la lutte que les peuples sous domination mènent pour l’exercice de leur doit à
l’autodétermination et à l’indépendance ». Elle pria « tous les Etats d’apporter une aide matérielle et
morale aux mouvements de libération nationale dans les territoires coloniaux. ». Des textes postérieurs
comme les pactes internationaux du 19 décembre 1966 sur les droits civils, politiques, économiques,
sociaux et culturels l’ont également intégré.
Le principe de non-ingérence
Le principe de la non-ingérence ou de la non intervention se pose comme l’obligation de ne pas
intervenir encore moins de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un Etat. L’ingérence peut
s’apprécier d’un double point de vue :
D O C T R I N E S E D I T I O N S 22 | 25
Matériellement, il s’agit de la réalisation d’actions en territoire étranger (actions militaires) ;
Théoriquement l’on retiendra les prises de position, les déclarations ou les pressions d’ordre
politique et économique concernant les affaires intérieures d’un Etat
Il en ressort que le principe de la non-ingérence a une dimension politique prépondérante qui l’emporte
sur sa nature juridique. Aussi, sont-elles qualifiées d’ingérence illicites, les actions militaires menées
par certains Etats contre d’autres Etats allant à l’encontre du principe de la non-ingérence tel est le cas
du conflit russo-ukrainien, du conflit Irak-USA/
Face à ce principe dans les faits, se sont plutôt développés des attitudes qui tendent à consacrer le
principe inverse : le droit d’ingérence.
Il consiste en la reconnaissance d’un droit d’immixtion dans les affaires intérieures d’un Etat par un
autre Etat à la demande du premier. La pratique révèle qu’en cas de violation par un Etat des droits
élémentaires de l’homme voire de la méconnaissance du droit international humanitaire en cas de
conflit, un ou plusieurs Etats se voient autorisés à intervenir au besoin par la force sur le territoire de
l’Etat qui s’en est rendu coupable. Cette intervention vise la protection soit des ressortissants de l’Etat
intervenant, soit ceux de l’Etat mis en cause. Ont été considérés comme relevant du droit d’ingérence,
les interventions de la France au Zaïre en 1978, en Centrafrique en 1980 etc…
1.1.2. L’indépendance économique des Etats.
Selon un adage « Celui qui tient ton ventre, te tiens ». Formulée trivialement la question de
l’indépendance économique ne saurait être dissociée de la question de l’indépendance politique de
l’Etat. Il apparait indispensable donc pour chaque Etat d’affirmer et de protéger son indépendance
économique.
La formulation de ce principe résulte d’un fait important : l’exploitation par les Etats étrangers et des
sociétés multinationales des richesses et ressources naturelles. Le principe de la souveraineté
permanente de chaque Etat sur ses richesses et ressources naturelles a eu pour but de mettre fin à cette
exploitation.
[Link] principe d’égalité des Etats
L’égalité des Etats est une conséquence immédiate de leur souveraineté internationale. La charte des
nations unies consacre ce principe en proclamant l’égalité souveraine des Etats. Cependant, dans les
faits ce principe est fortement contrarié.
1.2.1. L’immunité reconnue aux Etats
Elle découle de la souveraineté des Etats. Aussi ne peut-il être envisagé qu’un Etat soit soumis aux
juridictions et aux décisions d’un autre Etat. Tous les Etats bénéficient de l’immunité dite de juridiction
en vertu de laquelle un Etat ne peut être attrait devant les tribunaux d’un autre Etat et l’immunité
d’exécution qui empêche les décisions des tribunaux étrangers de produire leurs effets et de s’appliquer
à un autre Etat. L’Etat peut à l’inverse se voir tenu d’exécuter les décisions des juridictions étrangères
qui ont obtenu l’exéquatur.
L’exéquatur est la force exécutoire donnée à la décision d’une juridiction étrangère donnée par
l’autorité judiciaire de l’Etat à qui cette décision devra s’appliquer. L’égalité des Etats implique aussi
une relation de réciprocité et non-discrimination.
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1.2.2. La réciprocité et la non-discrimination des relations entre Etats
La réciprocité des relations entre Etats est fondée sur l’égalité juridique des Etats. La réciprocité
suppose que ceux-ci soient traités sur le même pied d’égalité dans leurs relations qu’il s’agisse des
avantages auxquels ils ont droit ou auxquels ils peuvent prétendre ainsi qu’aux obligations auxquelles
ils sont soumis.
La réciprocité implique un traitement non discriminatoire entre les Etats. Il en résulte que les Etats
doivent accorder les mêmes avantages à tous les Etats.
2. Les principes relatifs aux relations entre Etats
L’intérêt de rechercher des rapports non conflictuels et de coopération dans les relations entre les Etats
oriente sur les principes qui régissent les échanges entre les membres de la société internationale. Deux
principes se dégagent : le principe d’interdiction de recours à la force et la coexistence pacifique.
[Link] principe de l’interdiction du recours à la force
Le recours à la force entre Etats a depuis été traduit par le phénomène de la guerre. Le recours à la
guerre (jus ad bellum, droit de recourir à la guerre) constituait un moyen légal et ordinaire dans les
relations internationales avant qu’il ne soit l’objet de restrictions (jus in bello) dès le début du XXème
siècle. La guerre était un vecteur de puissance et du rayonnement des Etats notamment à travers les
conquêtes de nouveaux territoires. Il en a été ainsi de la construction des grands empires en Occident,
au Moyen orient. Ce sont les atrocités qui en découlèrent qui ont conduit à poser le principe de
l’interdiction du recours à la force entre Etats. Cependant, ce principe comporte quelques exceptions.
2.1.1 La consécration de l’interdiction du recours à la force
Le principe de l’interdiction du recours à la force est formulé par la charte des nations unies en son
article 2 paragraphe 4 comme suit « les membres de l’organisation s’abstiennent dans leurs relations
internationales de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou
l’indépendance politique de tout Etat ; soit de toute autre manière incompatible avec les buts les nations
unies ».
A la lumière de cet article, il est évident que la prohibition est formulée en termes généraux de sorte
que la charte des nations unies ne condamne pas uniquement le recours à la guerre mais le recours à la
force sous toutes ses formes.
2.1.2. Les exceptions au principe
Visant à autoriser le recours à la force, ces exceptions sont prévues par la charte mais également par
des situations qu’elle pas prise en compte. Il s’agit de la légitime défense et des opérations de maintien
de la paix
[Link].La légitime défense
Au terme de l’article 51 de la charte « aucune disposition de cette charte ne porte atteinte au droit
naturel de légitime défense, individuelle ou collective dans le cas où un membre des nations unies est
l’objet d’agression armée ».
La légitime défense consiste pour l’Etat victime d’agression de recourir à la force pour se défendre.
La légitime défense en tant que droit naturel est reconnu aux Etats même dans texte. Elle requiert quant
à sa mise en œuvre que des conditions de procédure et de fond soient remplies.
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Tenant à la procédure, l’Etat agressé doit immédiatement informer le conseil de sécurité de l’ONU qui
peut prendre des mesures se substituant à sa légitime défense.
Tenant aux exigences de fond, il faut au préalable une agression armée. Il est également exigé que les
moyens mis en œuvre soient proportionnels à l’agression.
Notons que la légitime défense peut être individuelle lorsque seul l’Etat victime exerce son droit de
légitime défense. Elle est donc collective lorsque des Etats tiers prenant fait et cause pour l’Etat victime
d’agression agissent avec ou sans lui pour le défendre. C’est le cas de l’OTAN.
[Link].Les opérations de maintien de la paix de l’ONU
Il s’agit d’actions décidées par les organes compétents de l’ONU notamment le conseil de sécurité
autorisant le recours à la force en cas de menace pour la paix et la sécurité internationale. A cette même
fin, l’ONU peut non seulement recourir à des organismes régionaux de défense collective (OTAN,
UA) ou à certains Etat membres pour l’application de mesures coercitives prises sous son autorité.
[Link].Les exceptions tenant à des situations de fait
Le recours à la force est licite quant à l’exercice par des peuples de leur droit à l’autodétermination et
illicite relativement aux représailles des Etats agressés.
2.2. Le principe de la coexistence pacifique
Ce principe est apparu au lendemain des grandes guerres qu’a connu le monde. Ce principe suppose
que les Etats renoncent à s’entre-détruire et se contentent de mesurer leurs mérites et leurs ambitions
dans le champ d’une compétition pacifique qui admet de plus en plus la coopération. La coexistence
pacifique se fonde sur cinq principes que sont :
Le principe de non-agression mutuelle ;
Le principe de non-ingérence mutuelle dans les affaires intérieures ;
L’égalité et avantages réciproques ;
La justice ;
La démocratie.
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