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J J
PROSPECTIVE DES
DESEQUILIBRES MONDIAUX:
LA FILIERE AGROALIMENTAIRE
ET AGRO-INDUSTRIELLE
Michel Griffon
J J
PROSPECTIVE DES
DESEQUILIBRES MONDIAUX:
LA FILIERE AGROALIMENTAIRE
ET AGRO-INDUSTRIELLE
©CIRAD 1990
ISBN 2-87614-051-9
Sommaire
Avant-propos 5
La production agricole :
les leçons des grandes évolutions historiques 13
Les équilibres majeurs 15
Les variables déterminantes 15
La filiation rétrospective des système agraires 16
L'accroissement des inégalités de productivité 19
Le changement d'ordre économique 21
Les marchés des villes des pays en développement : un enjeu majeur - 22
Le progrès technologique 53
Les multiples usages de la production agricole 55
Les changements à l'amont de l'agriculture 58
L'extrême diversification de l'alimentation 59
L'analyse a été précisée, par continents. Il en ressort que l'Afrique devra procé
der à une mutation d'une ampleur et d'une rapidité probablement encore jamais
vues dans l'histoire agraire du monde.
L'analyse a ensuite été reprise par grandes familles de produits. Les grandes
tendances de la production et de la consommation situent les principaux enjeux
quant aux courants d'échange internationaux. La conclusion principale est que
les produits tropicaux seront, pour beaucoup d'entre eux, de plus en plus con
currencés par des produits des pays tempérés.
Le rôle des grandes firmes internationales, comme celui des Etats, sera semble
t-il de plus en plus important dans l'évolution de la géographie de la production.
5
Au total, la prolongation des tendances actuelles fait apparaître trois grands
risques:
- le développement d'une grande pauvreté, alimentée par l'exode rural ;
- des risques de pénurie alimentaire, en particulier pour les catégories sociales
les plus pauvres ;
- un grand risque écologique si la production agricole ne parvient pas à entrete
nir la fertilité du milieu.
6
La filière agroalimentaire
et agro-industrielle mondiale
Le champ d'investigation
La filière agricole, agro-industrielle et agroalimentaire niondiate (schématisée
par le tableau 1) constitue un champ d'investigation 'qùi englobe l'agriculture au
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Production
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services en gestion
et information -+ Pêche - i-.
9
sens large (forêt, pêche, chasse), ses prolongements dans la transformation de
produits à vocation alimentaire ou industrielle, dans les secteurs industriels (in
dustrie des semences, de l'engrais, des produits phytosanitaires, du machinisme
et des équipements, etc.) et les services liés à l'agriculture.
- les milieux artificialisés par l'agriculture sont très variés et ont des rendements
en calories alimentaires très différents ;
- les inégalités dans la productivité des exploitations agricoles sont très grandes
(M. Mazoyer, communication à la SFER, Paris, 1988) ;
- le secteur du négoce international des produits agricoles est lui aussi concen
tré dans un petit nombre de firmes, mais la persistance des marchés cloisonnés,
régionaux ou nationaux, laisse encore la place à des capitalismes commerciaux
agricoles locaux (J.-P. Charvet, séminaire de prospective des déséquilibres
mondiaux, 1989)
- lès industries alimentaires sont, elles aussi, très concentrées : cent vingt entre
prises, parfois géantes, réalisent trente pour cent du chiffre d'affaires mondial
10
d'autre part des producteurs artisanaux assimilés habituellement au secteur
informel. Il s'ensuit une grande question sur les possibilités pour ces pays de
créer, à terme, une industrie locale compétitive.
Dès lors, deux questions peuvent être posées : Comment ces inégalités se sont
elles développées ? Ces inégalités peuvent-elles entraîner des déséquilibres
importants (économiques, sociaux, ou autres) à l'échelle de la planète?
Une rapide rétrospective des évolutions historiques permet de fournir des élé
ments de réponse.
11
La production agricole
les leçons des grandes évolutions
historiques de l'Afrique
Les équilibres majeurs
Afin d'identifier les déséquilibres possibles à long terme, il est indispensable de
recourir à une représentation du domaine d'investigation, et donc de faire un
choix quant à cette représentation. L'optique de la recherche des déséquilibres
incite naturellement à opter pour une représentation mettant en relief les grands
équilibres qui caractérisent les sociétés et leur dynamique dans le domaine
agroalimentaire et agro-industriel. Sans souci d'exhaustivité, on retiendra
- l'équilibre entre population agricole et milieu naturel, qui se traduit par diffé
rents niveaux d'organisation et d'intensité dans les systèmes de production
agricole;
- l'équilibre entre production et consommation alimentaire;
- l'équilibre des ressources et des besoins en main-d'œuvre;
- les équilibres sociaux liés à la distribution du revenu du secteur agroalimen-
taire et industriel;
- les équilibres économiques et financiers classiques (qui, mieux connus, ne
sont pas traités ici).
15
La filiation rétrospective des systèmes agraires
Depuis de nombreuses années, M. Mazoyer étudie les enchaînements et les re
lations entre les grands systèmes agraires qui ont jalonné l'évolution historique
et la différenciation géographique de l'agriculture. Il définit différentes séries
évolutives
- l'évolution des systèmes agraires européens, de la culture sur brûlis et des
systèmes pastoraux à la jachère labourée et au développement de la culture
attelée, puis au remplacement de la jachère par des prairies artificielles (légumi
neuses), ce qui constitue une première phase de la cc révolution agricole »,
suivie, dans une seconde phase, par la formation progressive d'industries d'amont
(machines, engrais, pesticides...) et d'aval (transformation des produits
agricoles) ;
- l'évolution cc en pays de mousson vers la culture irriguée par submer
sion » par des Etats centralisés ;
- l'évolution « dans les régions subtropicales semi-arides vers la formation ou
l'extension des zones désertiques et subdésertiques », au détriment des zones
d'élevage pastoral, les populations se réfugiant vers les fleuves, où elles
pratiquent les cultures de décrue, puis l'irrigation continue.
16
des excédents, l'Asie n'a connu que récemment un équilibre entre ses res
sources et ses besoins alimentaires ; l'Afrique et le Moyen-Orient restent en
déficit. L'Afrique fait l'objet d'aides internationales, comme l'Asie en a connu,
dans une situation équivalente, dans les années 50 et 60. Ces aides tendent à
reproduire et à généraliser les modèles d'évolution qui ont réussi ailleurs, en
particulier dans les sociétés industrielles (recours à la chimie et à la mécanisa
tion), mais aussi dans certaines régions du monde, telles la tentative d'exporta
tion de la « révolution verte » rizicole asiatique en Afrique et la politique de
grands barrages.
• Interpolation : « Insertion par ignorance ou par fraude de mots ou de phrases dans le texte d'un manuscrit. » Quillet.
17
système technique, adapté aux conditions bioclimatiques d'un espace donné et
répondant aux conditions et aux besoins sociaux du moment.
Cette combinaison forme un système, car le milieu cultivé est généralement com
posé de sous-espaces exploités de manière distincte et complémentaire ; car les
moyens de travail sont constitués par un système d'outillage cohérent, nécessaire
et suffisant pour conduire les cultures et les élevages eux-mêmes compatibles
avec l'état du milieu ; système d'outillage nécessaire et suffisant pour exploiter ce
milieu donc, mais également nécessaire et suffisant pour en reproduire durable
ment les conditions (de production, c'est-à-dire la fertilité et les aménagements
nécessaires à la production).
Les moyens de production, l'outillage sont produits, entretenus, reproduits par une
division du travail spécifique correspondant à l'état des forces de production. Cette
division sociale du travail n'est pas la même en culture manuelle, en culture attelée
ou en culture motorisée.
18
- les rapports d'échange entre ces branches associées, les rapports de propriété
et les rapports de force qui règlent la répartition des produits du travail, des biens
de production et des biens de consommation, et les rapports d'échange entre
systèmes (la concurrence)
C'est grâce à ce concept que l'on peut saisir et caractériser les changements d'état
d'une agriculture, changements qualitatifs des v�riables et de leurs relations, déve
lopper une théorie permettant de distinguer, ordonner et comprendre les. grands
moments qui jalonnent « l'évolution historique et la différenciation géographique
des systèmes agraires. » (M. Mazoyer.)
• Extraits du rapport de synthèse« Dynamique des systèmes agraires». Paris, 16-18 novembre 19�7..
Durant les trente dernières années, les accroissements de productivité dans les
pays industriels ont été très importants. L'écart de productivité est passé d'un
rapport de 1/20 à 1/300, la culture manuelle des savanes tropicales côtoyant
aujourd'hui les très grandes exploitations céréalières européennes.
19
Tableau Il. Productivité brute pour différents types d'agriculture, en hectares par
travailleur et en quintaux de céréales par hectare.
Productivité
Production
(équivalent céréales,
en kilos)
200 000
100000
20
Le changement d'ordre économique
Pour la plupart, les pays en développement ont connu récemment et connais
sent encore une double transition rapide de leur agriculture : de l'autoconsom
mation alimentaire vers la généralisation du marché des produits ; de !'.échange
en nature à la généralisation des échanges monétaires.
Ainsi il est possible de placer, sur la carte et l'histoire du monde, un calque où, pour
chaque époque donnée, un trait de crayon délimite grossièrement les économies
mondes en place. » (F. Braudel.)*
21
Certaines exploitations améliorent leurs résultats et améliorent leurs moyens de
production. D'autres disparaissent dans la compétition. En fait, c'est le niveau de
revenu accessible dans d'autres secteurs qui détermine les producteurs margi
naux à abandonner, en dessous d'un certain seuil, leur activité agricole. Ce seuil
est très bas puisque c'est précisément « le niveau de survie de l'économie
paysanne qui détermine le revenu acceptable dans les autres secteurs (salaires
et revenus des activités informelles). [...] Ce seuil de productivité correspond au
coût de reproduction alimentaire le plus élémentaire de la force de travail, tous
les autres besoins étant insatisfaits. » *
C'est donc la capacité des Etats à maîtriser l'équilibre entre production locale et
importations sur les marchés urbains, ou leur capacité à imposer une protection
efficace des agricultures d'une même région, qui déterminerait, pour beaucoup
de pays, l'avenir des agricultures et du développement général.
• M. Mazoyer, 1988. « Les inégalités de développement agricole dans le monde ». Communication à la SFER, Paris.
22
produits, se trouvent aujourd'hui porte à porte. Le quintal de céréales et de bien
d'autres produits se trouve dans n'importe quel canton des six continents à un prix
sinon unique, du moins dans une fourchette de prix assez réduite pour que les
écarts de productivité physiques calculés en quintaux soient peu modifiés quand on
les calcule au prix du marché, en tout cas, pas assez modifiés pour changer
sensiblement ni la hiérarchie des productivités, ni l'ordre de grandeur des écarts
calculés dans un système de prix unique. » (M. Mazoyer.)*
•«Les inégalités de développement agricole dans le monde», 1988. Communication à la SFER, Paris.
23
Eléments de prospective agricole
par zones géographiques
Les Amériques tropicales
La principale caractéristique des agricultures latino-américaines est l'importance
des inégalités foncières. Dans presque tous les pays, au moins 60 % de la
population rurale ne dispose pas de terre. Au Brésil, par exemple, entre 1967 et
1978, les exploitations de plus de dix mille hectares ont augmenté en nombre et
en surface (de cinquante-sept millions à cent deux millions d'hectares). Ces
3 200 grandes exploitations occupent près de 30 % de la terre enregistrée
(J. Chonchol, communication personnelle).
27
pale n'est-elle pas à la réduction des inégalités par une réforme agraire (réguliè
rement mise en échec par les grands propriétaires) mais à un compartimentage
en trois secteurs - secteur d'exportation, secteur d'approvisionnement national,
secteur d'autosubsistance et de survie. Ce compartimentage limite pour un
temps le caractère explosif qu'aurait une concurrence directe des différents
types d'exploitations agricoles sur un même marché.
Ces déséquilibres peuvent perdurer à long terme tant que les « fronts pionniers
agricoles » pourront accueillir de nouveaux arrivants, petits producteurs ou
travailleurs agricoles. D'après les projections des Nations unies sur la population
des pays d'Amérique tropicale du Sud, c'est dans les années 80 que le maxi
mum de la population rurale devait être atteint, avant de décliner. Cela suppose
que les villes soient réellement capables d'assurer l'emploi ou la survie des
nouveaux venus. Mais cette projection, si elle se réalise, aboutirait à limiter la
pression sur les zones de forêt. Dans cette hypothèse, ce ne serait plus la
pression démographique rurale qui serait la cause première des disparitions des
forêts tropicales américaines, mais les inégalités sociales poussant les plus mar-
28
ginaux à survivre par la colonisation de terres vierges. Et une réforme agraire et
des mesures conservatoires de la forêt pourraient être nécessaires si la dispari
tion de l'Amazonie était considérée comme une catastrophe écologique mon
diale majeure qu'il faut éviter.
L'Asie
Le continent asiatique a dû absorber dans les quarante dernières années la forte
croissance démographique qui a précédé la récente transition. L'Asie étant déjà
très peuplée, les systèmes de production agricoles y étaient déjà très intensifs,
souvent depuis des millénaires. La révolution verte, pratiquée avec l'appui mas
sif de l'aide américaine, a permis de faire face aux besoins d'accroissement
des rendements. Mais les agricultures asiatiques sont restées peu productives
en termes de productivité du travail car une grande partie de la population est
encore agricole. Le développement des autres secteurs économiques, même
s'il est rapide, ne peut absorber rapidement la main-d'oeuvre que l'agriculture
pourrait libérer en grande quantité si la productivité du travail devait s'accroître
rapidement. Cela pourrait se produire si apparaissait un exode rural incontrôlé,
comme cela tendrait à se développer par exemple en Chine.
29
Population mondiale
Zones d'agriculture
• possible, même
marginale
c..:,
0
I
Figure 2. La démographie mondiale et la pression sur les espaces agricoles ou potentiellement agricoles
en 1985. (M. Griffon, d'après l'atlas Hachette.)
En même temps, l'industrialisation et l'occidentalisation partielle des cultures
favorisent des évolutions des modes de consommation alimentaire. L'agriculture
devra peut-être alors s'adapter à des mutations rapides, par exemple à l'accrois
sement de la consommation de blé.
Pour faire face à ces évolutions, les Etats asiatiques ont derrière eux une longue
tradition d'organisation et de gestion, notamment avec des Etats forts et
respectés. Cependant, la rapidité avec laquelle l'exode rural, l'industrialisation et
l'évolution des modes de consommation peuvent se réaliser pose de difficiles
problèmes. L'Inde, par exemple, réussit à être exportatrice de produits agricoles
et à être autosuffisante pour son alimentation, mais elle n'a pas réussi à réduire
les inégalités ; il en résulte qu'une partie non négligeable de la population est
misérable et sous-alimentée. En revanche, si la Chine a préservé une certaine
égalité, comment gérera+elle une politique agricole et alimentaire libéralisée
pour mille deux cents millions d'habitants ?
Mais encore faut-il pour cela que les moyens matériels disponibles et que l'organi
sation sociale permettent à la société d'entreprendre, d'étendre et d'entretenir de
vastes travaux d'aménagement hydroagricole pour le développement de la sub
mersion. C'est toute l'histoire de l'Etat centralisé de type asiatique prélevant tribut
sur des communautés rurales de base, avec ses phases d'organisation et
d'expansion agraire alternant avec des phases de décomposition et de régres
sion. » (M. Mazoyer.)
En résumé, les déséquilibres que les évolutions actuelles recèlent sont les
suivants:
- risques de désajustement entre l'offre alimentaire et la demande, dû à la
difficulté d'accroître rapidement la productivité du travail agricole et de faire face
à une diversification rapide de la demande alimentaire
- risques de pollution dus à des systèmes de production très intensifs, c'est-à
dire où les cycles biologiques sont intensément exploités ;
- risque écologique dans les dernières régions restant à mettre en valeur où la
forêt disparaîtra ;
31
- risques sociaux liés à un déséquilibre ou à un ajustement difficile entre la
demande d'emploi (liée au rythme de développement industriel) et l'offre (sorties
de l'agriculture) pour une masse énorme d'individus face à un nombre limité de
centres de décision, ce qui rend très risqué tout échec de politique économique.
L'Afrique subsaharienne
A la différence de l'Asie, l'Afrique apparaît peu peuplée en regard de l'étendue
des surfaces pouvant être mises en valeur par l'agriculture. Par ailleurs, la
densité de peuplement, très hétérogène, détermine une même hétérogénéité
dans les systèmes de production agricoles : certains sont très extensifs (zones à
faible peuplement), d'autres contraints à l'intensification (densification rapide).
Les sécheresses récurrentes depuis une quinzaine d'années ont accéléré la
crise écologique dans les zones où les techniques utilisées ne permettent plus
de renouveler les ressources du milieu. Les mouvements de migration vers les
terres meilleures s'amplifient. Ils devraient se développer encore beaucoup dans
le futur, provoquant des tensions foncières et interethniques.
32
massif vers les villes, s'il n'est pas limité, devrait conduire pendant la même
période à multiplier au moins par dix la productivité du travail agricole. Cet effort
gigantesque suppose une mutation rapide de l'agriculture, que l'on peut définir
ainsi:
- mise en place d'une recherche et d'un dispositif de formation et d'information
efficients, car l'invention spontanée de techniques d'intensification ne pourra
suffire ;
- définition de systèmes de production spécifiques (on peut difficilement copier
l'Asie) avec des techniques particulières (fertilité, machinisme) ;
- mise en place de circuits commerciaux et de transformation permettant d'ap
provisionner les villes en denrées alimentaires ;
- mise en place de circuits de crédit efficaces ;
- politique agricole favorable aux producteurs afin qu'ils bénéficient d'une meilleure
part dans la distribution du revenu.
Par ailleurs, craignant les émeutes urbaines dues à des pénuries alimentaires ou
à des prix trop élevés pour une population en majorité pauvre, les gouverne
ments sont tentés d'importer des céréales lorsque les excédents mondiaux per
mettent d'obtenir des bas prix. La pérennisation de ces importations peut décou
rager la production locale lorsqu'elle n'est pas compétitive et donc priver les pays
d'un mécanisme d'accumulation potentiel, alors même que rien ne permet de
penser qu'à long terme la solvabilité des consommateurs urbains africains sera
assurée, et qu'elle pourra permettre de financer des achats à l'étranger.
33
- risque de dualisation de l'économie agricole avec renfermement des produc
teurs sur une forte auto-consommation, et dépendance des villes vis-à-vis des
importations ;
- risque écologique dans les zones à densification rapide et risques de rivalité
ethnique dans l'occupation du foncier ;
- risque de ralentissement de la croissance et des rythmes d'accumulation en
cas de généralisation de la propriété privée agricole ;
- risque d'incapacité de l'Etat à faire face à la nécessité d'organiser le dévelop
pement, et à éviter des évolutions chaotiques.
De plus, ces pays riverains de l'Europe, et qui subissent son influence, verront
vraisemblablement leurs modes de consommation alimentaire évoluer vers une
plus grande diversification. Si l'agriculture ne peut faire face à cette demande
quantitativement plus forte et qualitativement plus diversifiée, les courbes d'im
portation continueront de croître. Or, cette évolution vers de fortes importations
structurelles pose, là aussi, un problème économique important, celui de la
capacité à long terme de ces pays à exporter des produits en contrepartie (ou à
accueillir des touristes) pour équilibrer les balances des paiements.
34
Les pays de l'Est
Bénéficiant, d'une part, d'un milieu naturel favorable dans de vastes zones et,
d'autre part, d'une croissance démographique limitée (sauf dans les républiques
soviétiques du Sud), l'agriculture des pays de l'Est doit globalement pouvoir
suffire à long terme aux besoins des populations de ces pays. Si cela n'a pas été
le cas jusqu'à présent, c'est en raison de graves difficultés d'organisation et
parce que l'agriculture n'est que depuis peu une priorité importante, entre autres
pour des raisons idéologiques.·
35
nécessitant. L'aide alimentaire pourrait en effet devenir un instrument diplo
matique encore plus important pour les pays tenant à jouer un rôle éminent sur
la scène internationale. Et l'on voit mal comment l'Afrique pourrait, dans les dix
ou vingt années qui viennent, équilibrer son bilan alimentaire et ne pas recourir
aux excédents agricoles d'Europe et d'Amérique.
Enfin, les hauts niveaux d'intensification agricole atteints dans les pays indus
triels posent de difficiles problèmes de pollution du milieu : engrais dans les
nappes phréatiques et les océans, résidus chimiques. Sous la pression de
l'opinion publique, les agricultures devront mieux gérer les écosystèmes.
Mais la vue d'ensemble implique aussi de faire un point sur l'évolution des filières
internationales et des marchés, et par conséquent des compétitions, sachant
que les dynamiques des consommations, des productions et des transforma
tions évolueront sans doute fortement.
36
Eléments de prospective
de la production et de la consommation
par types de produits
Les céréales et les glucides
Ce sont les aliments de base pour la majorité des habitants de la planète (blé,
maïs, riz, orge). Ils appartiennent à la famille des glucides, dans laquelle les
tubercules jouent aussi un rôle important (pomme de terre, manioc, igname).
O Le blé est produit dans les écologies tempérées. Il pourrait l'être peu à peu
dans les pays tropicaux. L'introduction du pain dans la ration alimentaire de
nombreux pays y conduira certainement. Les principaux pays exportateurs sont
les Etats-Unis, le Canada, l'Argentine, l'Europe et l'Australie. Des différences
existent dans les systèmes de production ; ils sont plus intensifs en Europe. Les
réserves de productivité sont importantes, et il est vraisemblable que les agricul
teurs exportateurs continueront à l'améliorer, malgré la diminution des aides
publiques due à leur coût budgétaire. Pour les Etats-Unis, le blé est un élément
important de la politique de coopération en même temps que de la politique
commerciale. Les principaux importateurs - la Chine, le Japon, l'Egypte... -
semblent avoir une position importatrice à long terme, excepté peut-être le Brésil
et l'Union soviétique.
39
difficile d'imaginer l'évolution possible car le maïs est un produit qui peut avoir de
multiples usages (alimentation humaine, aliment du bétail, matière première pour
fabriquer du sucre ou de nombreux produits par génie enzymatique), et sa
plasticité génétique pourrait le rendre adaptable dans des zones écologiques
plus sèches.
A long terme, le sucre pourrait être de plus en plus concurrencé par les substituts
sucrants. Cependant, il peut être aussi considéré comme matière première pour
de nombreuses productions, comme l'alcool-carburant au Brésil. Cette qualité
d'adaptation à de nombreux usages rend difficile toute formulation d'hypothèses
pour l'avenir.
Les oléoprotéagineux
Les principaux oléoprotéagineux mondiaux sont le soja et le coton (70 % du
tonnage). Les huiles ont de nombreuses origines : soja, colza, tournesol, pal
mier, beurre, arachide, coton, olive... Les tourteaux résultant de la trituration
jouent un rôle économique essentiel dans la filière globale : le soja fournit 60 %
de la production mondiale de tourteaux.
Les marchés sont relativement segmentés : l'huile de palme est achetée par la
CEE, les Etats-Unis, l'Union soviétique, le Japon et l'Inde ; l'huile de soja est
principalement achetée par l'Inde, le Pakistan, la CEE et l'Union soviétique ;
40
l'huile de colza est achetée par la CEE et l'Inde ; et l'huile de tournesol par la
CEE et l'Union soviétique selon l'état de ses récoltes. Mais la dynamique de ce
marché ne se comprend qu'en analysant les politiques des grandes firmes du
secteur.
Parmi les éléments qui pourront faire évoluer cette situation dans l'avenir, on
notera:
- la haute productivité de l'huile de palme et la croissance rapide des exporta
tions de Malaisie ;
- le repli des huiles «anciennes» (olive, arachide) et leur reconversion possible
vers des marchés de qualité ;
- la polyvalence du coton - plante textile, source de farines alimentaires, de
tourteaux et d'huiles-, qui pourrait valoir à cette plante un avenir exceptionnel ;
- les progrès possibles de la chimie et du génie enzymatique, qui permettraient
de produire des huiles de toutes qualités quelle qu'en soit la matière première,
ce qui favoriserait les oléagineux à forte productivité, et cela d'autant plus que
les arômes artificiels peuvent leur donner un équipement gustatif satisfaisant. Le
marché des composants des huiles (acides gras) tend à se développer.
Les grands exportateurs tendent à prendre des parts de marché dans les pays
dont les filières ne sont pas assez compétitives en s'adressant aux consomma
teurs haut de gamme.
41
La consommation des viandes reste encore très liée aux habitudes alimentaires
d'origine. Aussi les marchés restent-ils assez segmentés. Cependant, les
viandes bovines et les viandes blanches commencent à faire l'objet d'échanges
importants. Outre les échanges entre pays développés, qui correspondent à des
spécialisations fines, l'unification progressive des marchés devrait aboutir à de
fortes concurrences entre les productions traditionnelles locales et les produc
tions industrielles des pays développés.
Pour ces trois produits (café, cacao, hévéa), la configuration des marchés est
semblable. La consommation se fait dans les pays développés, et la demande
est globalement peu élastique. La compétition se situe entre l'Asie du Sud-Est,
l'Amérique latine tropicale et l'Afrique subsaharienne. Cette compétition n'est
que périodiquement réglée par des accords de produits, et l'offre est relative
ment instable sur une longue période. Des systèmes traditionnels extensifs
(Afrique), sauf pour l'hévéa, sont en concurrence avec des systèmes plus inten
sifs (Asi·e, Amérique), mais ces derniers résistent moins en période d'effondre
ment des cours. Cette configuration permet à quelques grandes firmes de
42
négoce de jouer sur les déséquilibres du marché. A long terme, il ne faut pas
oublier que ces produits pourraient être fortement concurrencés par des sub
stances de synthèse ou des produits à saveur équivalente issus d'industries
alimentaires.
O Les bois tropicaux bruts suivent en gros des courants Sud-Nord : les bois de
Malaisie vers le Japon, les bois d'Afrique centrale et du golfe de Guinée vers
l'Europe et les bois amazoniens vers les Etats-Unis. Des réserves importantes
subsistent en Asie du Sud-Est (Papouasie, Indochine), en Afrique centrale et
sud-tropicale, et en Amazonie. Le marché est mal connu. Les bois industriels
concernent surtout les pays développés du Nord. L'avenir des utilisations dé
pend de la concurrence avec les autres matériaux de construction et de la
capacité des pays du Nord à produire les essences nécessaires.
o Le coton, enfin, a connu une grande crise en 1986 et 1987. Cette crise est
principalement due à une importante production chinoise, annoncée mais finale
ment peu exportée. L'effondrement des cours a entraîné une réponse ferme des
Etats-Unis, l'un des principaux exportateurs, qui a subventionné fortement les
cotonniers des Etats du Sud, au risque connu d'éliminer du marché les petits
pays exportateurs incapables de suivre. A long terme, les principaux facteurs
d'évolution sont : la politique chinoise, la politique des pays du Sud, de la CEE
(en concurrence avec l'Afrique), et les prix relatifs de la fibre de coton et des
fibres artificielles.
43
des cours des monnaies, qui modifient les conditions de la compétitivité, mais
surtout à une grande variabilité géographique de l'offre sur une longue période
et à une grande hétérogénéité des productivités.
La compétition qui s'ensuit est vive et ne rend pas facile la conclusion d'accords
internationaux permettant une meilleure gestion des marchés, c'est-à-dire évi
tant les aléas les plus forts.
Il restera toujours difficile à long terme de combiner la volonté d'éviter ces aléas
et celle de laisser faire le jeu des avantages comparatifs, dont on peut penser
qu'il est le jeu dominant.
Dès lors, il faut s'interroger sur les conditions de la compétition à long terme pour
les différents produits. D'une manière schématique, on peut différencier trois
situations
- celle qui correspond aux produits des pays tempérés ;
- celle qui correspond aux produits tropicaux ;
- celle qui correspond aux produits couvrant les deux zones.
O Les produits des pays tempérés sont presque toujours en excédent (cé
réales, produits animaux...). Les coûts budgétaires de stockage ou de vente
subventionnée sont de moins en moins acceptés par les Etats, mais ceux-ci se
satisfont aussi de pouvoir maintenir des exportations qui peuvent être
stratégiques. Par ailleurs, ces produits pénètrent dans l'alimentation des villes
des pays en développement, ouvrent des marchés nouveaux mais aujourd'hui
peu solvables, et qui risquent de l'être encore moins si cette substitution se fait
au détriment des agricultures locales qui sont peu productives. A contrario,
vouloir rendre solvables les consommateurs des pays pauvres implique de
favoriser leur développement. Pour cela, l'agriculture reste, dans un grand
nombre de cas, le secteur clé. Or, le développement agricole devrait
logiquement aboutir à alimenter les consommateurs locaux, en concurrence
avec les aliments importés.
44
oublier que les excédents asiatiques (par ailleurs géographiquement inégale
ment répartis) ne sont peut-être qu'un répit car, avant la stabilisation globale de
la population, les pays devront maintenir un taux de croissance élevé de la
production pour faire face aux besoins alimentaires, et il n'est pas certain que ce
taux sera suffisant pour produire des excédents exportables.
O Pour les produits spécifiques des pays tropicaux (café, cacao, fruits tropi
caux... ), la compétition risque d'être âpre. Les pays développés resteront long
temps les principaux consommateurs. La libéralisation des pays de l'Est pourrait
laisser espérer un espace nouveau d'importation, mais la concurrence persistera
de manière structurelle.
Dès lors, dans cette configuration, la gestion des marchés devrait passer par des
accords par produits prévoyant des procédures de stabilisation et des formules
contractuelles. Mais il persistera sans doute longtemps, quel que soit le méca
nisme de régulation, un antagonisme Nord-Sud sur les prix, et une compétition
Sud-Sud sur les marchés. On peut cependant penser qu'à long terme deux
éléments perturberaient cette configuration : la concurrence au Nord de nou
veaux produits se substituant aux produits tropicaux, et l'émergence au Sud
d'une capacité de consommation locale.
O Enfin, pour les produits issus de différentes écologies, par exemple le coton
(tropical et méditerranéen) ou le maïs (tropical, méditerranéen, tempéré), ou
pour les produits substituables quelle que soit leur origine, comme les huiles, la
configuration est encore différente. La concurrence devrait tendre à se
généraliser à long terme, dans la mesure où la génétique pourra étendre l'aire
géographique de production de chaque produit, et la transformation des produits
alimentaires favoriser les substitutions entre matières premières alimentaires.
Les principaux marchés sont actuellement les pays développés du Nord (dans le
cadre d'une division du travail très évolutive) ainsi que les pays méditerranéens
structurellement importateurs pour leur alimentation, et pour un certain temps les
pays de l'Est. La concurrence s'opère entre tous les pays.
45
(différences de productivité), mais surtout, la capacité à dégager durablement
des excédents exportables grâce à un bon niveau de rémunération des produc
teurs.
46
Le rôle des firmes et des Etats
La compétition entre filières productrices de produits agricoles tropicaux bruts ou
issus de premières transformations fait largement intervenir les Etats. Ceux-ci
doivent tenir compte des producteurs agricoles (force politique dans les pays
industriels, force actuellement passive dans de nombreux pays en développe
ment), de leurs consommateurs urbains (foyers de tension dans les pays en dé
veloppement), et de leur capacité à promouvoir des exportations soit pour
obtenir des devises, soit pour conserver des positions sur les marchés. Les
rapports de force peuvent donc être gérés par les Etats, l'Etat représentant lui
même des intérêts majoritaires. Cela définit un « espace stratégique » des
politiques agricoles.
49
intégrant l'économie des produits agricoles de base, et enfin à favoriser les
trafics aux frontières. Dans ces pays, l'économie occidentale agricole est sou
vent organisée en différentes sphères plus ou moins étanches que l'on peut
schématiser ainsi: la sphère de pénétration de l'économie-monde occidentale-
importation de produits alimentaires à haute valeur ajoutée industrielle pour
certaines catégories sociales aisées, importation de produits alimentaires de
base à bas prix pour les villes et quelquefois les campagnes, aide
alimentaire-, la sphère de l'économie rurale traditionnelle d'autosubsistance, la
sphère de l'économie rurale définie par les échanges nationaux et régionaux.
Il en a résulté plusieurs initiatives que l'on peut caractériser par les techniques
utilisées et les considérations géopolitiques afférentes :
- l'intervention après échange : il s'agit de compensations financières en cas de
chute des cours (facilité de financement compensatoire du FMI, et STABEX,
système de stabilisation des recettes d'exportation pour les pays associés à la
CEE);
- l'intervention avant l'échange, par la cartellisation des producteurs (ce qui
n'est que temporaire), par la passation de contrats bilatéraux (bloc de l'Est), ou
par des accords de produits dans un cadre multilatéral (protocoles liés à la con
vention de Lomé entre CEE et pays ACP [Afrique-Cara'1bes-Pacifique], accords
internationaux sur le blé, le cacao, le caoutchouc, etc.) prévoyant une discipline
commune. La CNUCED, en 1976, avait prévu un accord de stabilisation pour
tous les produits de base. Plus de treize ans après, il n'était toujours pas mis en
œuvre.
Ces techniques présentent toutes des difficultés de mise en œuvre : coûts jugés
élevés, manque de respect des disciplines consenties, aboutissant en cas de
50
compétition à des guerres de subventions entre pays producteurs riches (la
guerre du blé Etats-Unis-CEE), ou à des faillites des Etats les plus
pauvres (effondrement financier de la Côte-d'Ivoire après les baisses des cours
du coton et du cacao en 1987-1988 et 1989), faiblesse des petits Etats face à la
puissance financière des grands, faiblesse des offres dispersées des pays
tropicaux face à l'oligopsone des pays industriels.
Au total, l'instabilité des marchés des produits de base agricoles alimente l'insta
bilité économique des petits pays producteurs, leur insolvabilité et l'accroisse
ment de leur dette, ainsi que leur instabilité politique. Ainsi, le taux de dépen
dance aux produits de base (tous les produits) est supérieur à 65 % pour 9 pays
sur 10 en Afrique, 8 pays sur 10 au Moyen-Orient, et pour la moitié des pays
asiatiques et les deux tiers des pays d'Amérique latine.
51
- les industries chimiques (pétrole, phytosanitaire, pharmacie) investissent la
génétique;
- dans les pays développés, les entreprises du secteur de la distribution jouent
un rôle clé dans le devenir des filières, qu'elles tendent à contrôler.
Enfin, faut-il le rappeler, cette évolution aboutit à une concentration forte, les
entreprises acquérant une taille mondiale. Elles établissent des réseaux mon
diaux permettant d'échapper aux politiques nationales des Etats ou de les
contourner : non-respect d'embargos (changements de destination de bateaux
de céréales, changements de propriétaire de cargaison), mobilité des profits,
mouvements monétaires en fonction des taux de change, etc. Elles élargissent
en permanence les contours de l'économie rurale du monde agricole occidental
alors que les Etats ne sont pas organisés pour définir et appliquer des politiques
à cette échelle.
52
Le progrès technologique
Les résultats de la recherche et le progrès technologique peuvent-ils modifier la
situation en termes d'acteurs économiques (Etat, firmes, producteurs, consom
mateurs) et de filières (avenir des produits) ?
Le furanne, obtenu à partir de cellulose, peut aussi donner lieu à des filières
nouvelles de production de nylons et de produits intermédiaires entrant dans la
composition de polyesters. « Le facteur limitant est celui de la fragmentation du
mélange cellulose-hémicellulose-lignine », qui constitue l'emballage et qui repré
sente une part très importante de la biomasse. Les celluloses pourront ainsi
avoir de multiples usages, notamment par l'utilisation de micro-organismes pour
produire des polymères remplaçant certains matériaux plastiques. L'hydrolyse
de la cellulose pourrait aussi à long terme fournir du glucose, ce qui transforme
rait potentiellement les forêts en plantations alimentaires.
55
Tableau IV. L'industrialisation de l'amidonnerie-glucoserie est le meilleur exemple des
bouleversements apportés par les biotechnologies modernes : un grain de maïs = trois cents
produits.
Mais
Lait d'amidon
Protéines
Traitement par
hydrolyse enzymatique dextrines
Hydrolysat
l
enzymatique
l
Fermentation +- sorbitol liquide dextrose (glucose) isoglucose (fructose)
� � �
sorbose sorbitol cristal Fermentation Absorption
�
acide ascorbique
(vitamine C)
r
acide trythorbate-ô sirop de
lactique isoascorbate fructose
lactactes
i
acide gluconique Traitement par Traitement par
(gluconates) cristallisation hydrogénation
!
glucono-ô-lactone lévulose mannitol
(D'après G. Fauconneau.)
56
La lipochimie fabrique déjà de nombreux produits non alimentaires : lubrifiants
industriels, constituants de détergents, savons, plastifiants, supports pour des
insecticides, fongicides et thermoplastiques analogues au nylon. Ces produits
étant biodégradables, ils entrent de plus en plus en concurrence avec ceux qui
sont issus de la pétrochimie, comme l'illustre la liste du tableau V. Cela amènera
vraisemblablement les industries à « faire fabriquer » par la photosynthèse des
produits aussi proches que possible des composants dont l'industrie a
besoin. « De nouvelles plantes pourront ainsi être utilisées ou manipulées
génétiquement, ce qui fait que toute espèce végétale sauvage deviendra poten
tiellement exploitable pour peu qu'elle puisse devenir par son code génétique
une sorte d'usine-procédé ! »
Prix de l'énergie
(part de l'énergie dans les intrants en pétrochimie, 75 %)
Nouvelles plantes
Etats-Unis 6 500 inventoriées
Molécules spécifiques
(coOteuses à faire par synthèse)
Acides gras époxy Obtenus par chimie à partir du soja (on peut utiliser le
colza)
15 000 tonnes
(D'après G. Fauconneau.)
57
La dépollution enfin, peut être une technique qui, outre sa fonction nécessaire,
pourrait être productive : « L'épuration d'effluents concentrés issus des indus
tries agricoles et alimentaires par méthanisation permet d'économiser beaucoup
d'énergie ».
58
la mécanisation du travail (groupage des récoltes, résistance aux chocs dans les
manipulations des fruits ... ), résoudre en partie les problèmes de fertilisation
(fixation symbiotique de l'azote, et peut-être du phosphore), induire la résistance
à certaines maladies et certains ravageurs, et induire la résistance à des
herbicides, ce qui permet de traiter avec des produits classiques, seuls les
végétaux non désirés étant détruits. Au coeur de ces innovations se trouve le
génie génétique. Outre son intérêt stratégique pour les autres filières de l'amont,
ses coûts de production semblent ne pas être trop élevés (les coûts de
recherche en revanche le sont), ce qui fait penser que ces innovations pour
raient aussi s'appliquer en partie aux agricultures des pays en développement.
Dès lors, la compétition est vive à l'amont de l'agriculture entre les firmes du
secteur semencier, les firmes du secteur pétrolier et les firmes du secteur
pharmaceutique pour maîtriser le génie génétique et prendre des positions sur
les marchés. Cela ne concerne que très peu les firmes du machinisme agricole.
Des réseaux internationaux d'information sont constitués par les firmes et les
Etats industriels afin de prévoir les récoltes (et donc les marchés) et de suivre les
situations alimentaires, l'état des stocks et les marchés. Ces systèmes
d'information, qui peuvent donner des avantages décisifs aux firmes et aux
Etats bénéficiaires, contribuent au mécanisme général de concentration, qu'ils
accélèrent.
Le développement de l'information des consommateurs, tant sur les prix que sur
les qualités des produits alimentaires (organoleptiques, hygiéniques, nutri
tionnelles, facilité d'usage), pourrait s'amplifier avec le télé-achat et la télé
distribution.
59
alimentaire est donc très important. En même temps, la part de l'alimentation ne
cesse de baisser dans l'utilisation que les ménages font de leurs revenus, ce qui
pousse les industries alimentaires à rechercher une forte productivité. La compé
tition aboutit là encore à une forte concentration.
60
De telles évolutions technologiques sont aussi possibles dans les pays en
développement. L'alimentation de midi dans les grandes villes africaines fait déjà
appel à des techniques de restauration rapide qui pourraient un jour être indus
trialisées. Ainsi, la tendance à la substitution de la restauration au repas pris au
foyer s'annonce comme une caractéristique forte des nouveaux modes de vie
urbains, qui s'observe dans les pays industriels comme dans les pays en déve
loppement.
Calories
animales
1 500
1 000
800
600
200
Calories
finales
3 000 3 500
Dans les pays en développement, la part des calories animales dans la ration est
faible et les aliments sont peu transformés par les industries. En revanche,
les pertes au stockage sont souvent élevées. Dans les pays occidentaux, pour
les diverses transformations de la cc chaîne agroalimentaire, il faut en moyenne
huit à dix calories initiales pour faire une calorie finale dans la bouche du
consommateur ». Ainsi se définit un cc accélérateur de croissance de la produc
tion agricole » qui est plus élevé dans le modèle occidental que dans les pays en
61
développement. Cela dépend entre autres beaucoup de la situation de l'élevage,
qui peut être un moyen exclusif d'exploitation des ressources végétales (zones
pastorales), complémentaire de la production (animaux de trait) ou encore con
current, ou enfin industrialisé utilisant en partie des sous-produits et des copro
duits.
Alors que, dans ces lois d'évolution, on note toujours l'existence d'un groupe
" avancé » (pays industrialisés), d'un groupe intermédiaire (pays méditerra
néens, pays de l'Est) et d'un groupe important de pays en développement, le cas
du Japon apparaît toujours comme spécifique, avec une consommation relative
ment faible par rapport au revenu, et peu de calories animales dans l'ensemble
de la ration (figure 4) .
,
.,,..,--;;;-L- ---,;: :-"
Calories • elRL
finales /
3 500 /vau. H ON• • TCQ
•
J
/ P OR• GRE• • ITA • NZE /
/ ROU • •ARG /
',.....
\ /
3000
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2 500 eMAD m •ID /
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ISI •EOU / ......... • /
AN G / �--
2 000 �VL 'OIi/
• AFG
• GUI /
IND/
BA N /
ETH/ PIS/habitant (US S)
17004:,�J.�-------------------------
TCH
, 000 2000 3000 4000 5 000 6000 7000 8000 9000 10 000
62
S'il s'agit bien de grandes lois d'évolution, elles montrent que la production
agricole devra non seulement augmenter au rythme de l'accroissement de la
population totale, mais aussi croître d'autant plus que la part de l'alimentation
animale sera importante dans l'alimentation totale, jusqu'à une saturation de
l'ordre de 50 %.
63
Quels risques de déséquilibres ?
Le risque écologique
Deux grands aspects ont été identifiés
- le risque de stérilisation d'espaces mis en valeur au moyen de techniques qui
ne renouvellent pas les équilibres assurant leur fertilité. Cela concerne les
grandes régions forestières tropicales (Amazonie, Afrique) et les agricultures
pionnières de pente (Asie du Sud-Est, Afrique à haute densité) ;
- le risque de pollution chimique des agroécosystèmes à haute intensité de
fonctionnement.
Mais l'essentiel n'est peut-être pas là. Ce sont les dynamiques d'évolution de la
production et des besoins qui comptent. Un rythme insuffisant de production
crée des pénuries et des famines en fonction des fluctuations interannuelles.
67
est à peu près inévitable qu'il y ait une corrélation positive entre le taux de
croissance de la population et celui de la production agricole».
Population Pourcentage
Pays national
(millions)
(%)
Inde 175 30
Bangladesh 39 30
Pakistan 27 30
Philippines 15 35
Brésil 13 13
Zaïre 10 44
Ethiopie 10 38
Tchad 54
Mali 49
Mauritanie 48
Niger 47
Bolivie 45
Guinée 41
Tableau VII. Peut-on augmenter la surface cultivée? Une évaluation des terres
cc cultivables » en millions de kilomètres carrés (nombres arrondis).
Evaluation de la Marge
Superficie Superficie
Pays superficie d'accroissement
totale cultivée (1)
« cultivable »
68
Au total, il y a risque de pénurie
- dans les régions où le comportement d'offre des producteurs reste assez peu
lié à la demande des consommateurs ;
- dans les régions où la demande est peu solvable ;
- dans les régions dont l'agriculture est saturée et où les modèles techniques ne
sont plus assez intensifs et les technologies indisponibles ou trop onéreuses
pour les producteurs ;
- dans les cas de catastrophe naturelle (sécheresse en particulier) ;
- dans les cas de troubles sociaux (guerres) ;
- dans les cas de pauvreté des populations marginalisées.
Faire confiance à l'autorégulation, c'est oublier que bien souvent les producteurs
agricoles sont parmi les plus désavantagés - l'analyse historique de M. Ma
zoyer le met en évidence - et que ce sont eux qui alimentent, dans beaucoup
de pays, la masse des chômeurs et les bidonvilles.
69
Le risque d'inégalité des revenus
On peut cependant dès lors parler, dans les pays à croissance démographique
rapide, d'un risque de déséquilibre des revenus entre les producteurs agricoles
et les autres catégories sociales. La pauvreté rurale, et en particulier celle des
agriculteurs, s'inscrit en effet dans une dynamique d'accroissement de la sphère
d'insolvabilité de l'économie générale.
70
Notes & Documents