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Lise Gauvin

Estudo sobre Matrizes Literárias Francofonas

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Lise Gauvin, une spécialiste de la littérature québécoise et de la

sociolinguistique, développe la notion de « surconscience


linguistique » dans ses travaux, notamment dans le contexte des
littératures francophones, particulièrement au Québec. Elle définit
cette notion comme une hyperconscience des enjeux liés à la
langue, qui se manifeste souvent dans des situations de contact ou
de tension linguistique.

La surconscience linguistique renvoie à une prise de conscience


exacerbée du rôle et de la place de la langue dans la construction de
l'identité culturelle et littéraire. Elle peut se traduire par un souci
particulier du choix des mots, des registres de langue ou des formes
grammaticales, notamment dans des contextes où le français
coexiste avec une autre langue dominante, comme l'anglais au
Québec. Cette sensibilité linguistique est souvent marquée par la
crainte de perdre la langue ou de voir son usage diminué, ce qui
incite à une réflexion profonde sur les pratiques langagières.

Gauvin souligne que cette surconscience linguistique affecte non


seulement la production littéraire, mais aussi la manière dont les
locuteurs vivent et ressentent leur langue au quotidien. Elle observe
que cette conscience accrue des enjeux linguistiques peut
également influencer les styles littéraires et mener à des
expérimentations linguistiques, comme on le voit chez certains
écrivains québécois qui intègrent des formes d'hybridation ou des
éléments du joual (le français québécois populaire) dans leurs
écrits.

En résumé, la surconscience linguistique, selon Gauvin, est une


prise de conscience aiguë des dimensions identitaires, politiques et
esthétiques de la langue, souvent provoquée par des dynamiques de
domination ou de minorisation linguistique.

Selon Lise Gauvin, les écrivains des littératures francophones en


dehors de la France, comme au Québec, en Afrique ou dans les
Caraïbes, développent une surconscience linguistique en raison des
dynamiques spécifiques liées au statut de la langue française dans
leurs sociétés. Ces auteurs évoluent dans des contextes où le
français est souvent en situation de contact avec d'autres langues
dominantes, comme l'anglais au Québec, ou avec des langues
locales dans d'autres régions francophones (par exemple, le créole
ou les langues africaines). Cela crée une série de tensions
linguistiques et identitaires.

Voici quelques raisons principales qui, selon Gauvin, expliquent


cette surconscience linguistique chez ces écrivains francophones :

La minorisation du français : Dans plusieurs contextes


francophones, le français est en concurrence avec une langue
dominante ou majoritaire, ce qui amène les écrivains à développer
une sensibilité particulière à l’égard de leur propre usage du
français. Ils deviennent ainsi très conscients de leur langue comme
un marqueur identitaire et culturel, ce qui peut générer une
hyperconscience dans leur manière de l’utiliser.
La défense d'une identité culturelle : Le français, dans ces
espaces, n’est pas simplement une langue de
communication, mais aussi un vecteur de l'identité
culturelle et nationale. Pour les écrivains québécois, par
exemple, le français est lié à la survie culturelle et à la
résistance face à l'influence de la culture anglophone. Cette
dimension identitaire pousse les auteurs à s’interroger
constamment sur la langue et à la manipuler avec une
grande conscience.

Le rapport postcolonial à la langue: Dans certains


contextes, notamment en Afrique et dans les Caraïbes, le
français est hérité de la colonisation. Les écrivains
francophones de ces régions éprouvent un rapport
ambivalent avec le français, à la fois langue d'oppression
historique et langue littéraire et culturelle. Cette relation
complexe alimente une réflexion constante sur l'usage du
français dans l'expression de réalités locales, ce qui renforce
la surconscience linguistique.

La pluralité linguistique : Dans ces littératures, la


cohabitation avec d'autres langues — locales ou coloniales
— fait que le français est souvent vécu comme une langue
"étrangère" ou "acquise". Cette pluralité linguistique amène
les écrivains à réfléchir à la manière dont leur français
coexiste ou interagit avec d’autres systèmes linguistiques,
ce qui favorise une attention particulière aux choix
linguistiques dans leurs œuvres.
Les enjeux esthétiques et créatifs : Face à ces contraintes
linguistiques et identitaires, de nombreux écrivains
francophones jouent avec la langue pour en faire un outil
créatif et subversif. Cela peut se manifester par l'intégration
de dialectes, de néologismes, de jeux de langage ou par une
hybridation entre le français et d'autres langues. Ces
expérimentations littéraires sont souvent le reflet d'une
profonde réflexion sur la langue elle-même, contribuant à
cette surconscience linguistique.

Dans D'une langue à l'autre (1984), Lise Gauvin explore les


dynamiques linguistiques des écrivains francophones
évoluant dans des contextes plurilingues ou marqués par des
tensions linguistiques. Lorsqu'elle affirme qu'ils sont
"condamnés" à penser la langue (p.8), elle souligne la
nécessité constante pour ces auteurs de réfléchir à leur
rapport avec la langue française, au moment de l'écriture.
Voici les raisons principales derrière cette idée :

1. Le contexte de la diglossie ou du bilinguisme

Les écrivains francophones hors de France, comme ceux du


Québec, d'Afrique ou des Caraïbes, évoluent souvent dans
des contextes de diglossie ou de bilinguisme, où le français
coexiste avec une autre langue (anglais, créole, langues
africaines, etc.). Cette situation les force à réfléchir
constamment à la langue qu'ils utilisent pour écrire, car il
s'agit non seulement de choisir une langue, mais aussi de
décider comment celle-ci doit se positionner face à d'autres
langues dans leur environnement culturel. Ce contact de
langues entraîne une surconscience des choix linguistiques à
chaque étape de la création littéraire.

2. Les tensions identitaires et culturelles

Pour ces écrivains, la langue française est souvent liée à des


enjeux identitaires profonds. Au Québec, par exemple, le
français est un marqueur de résistance culturelle face à
l'anglais, tandis que dans les anciennes colonies, il peut être
perçu à la fois comme un héritage du colonisateur et un
outil de créativité littéraire. Les écrivains sont donc
constamment obligés de penser la langue dans ses
dimensions culturelles et politiques, car chaque choix
linguistique (français standard, langue vernaculaire, créole,
etc.) a des répercussions sur l'identité qu'ils construisent à
travers leurs écrits.

3. La pression de l'héritage colonial

Dans les contextes postcoloniaux, le français est souvent


perçu comme une langue imposée par l’histoire coloniale,
mais aussi comme un moyen de participation à la culture
littéraire internationale. Cette dualité amène les écrivains à
remettre en question l’usage de cette langue dans leurs
œuvres, à réfléchir à son rôle, à son influence, et à ses
possibilités créatives. Ils sont ainsi condamnés à penser la
langue, car leur rapport au français est loin d’être neutre ou
naturel, mais plutôt marqué par des tensions historiques et
symboliques.
4. Le besoin de légitimation et d'expérimentation

Les écrivains francophones hors de France doivent souvent


légitimer l’usage de leur propre forme de français, qu'il s'agisse de
régionalismes, de dialectes ou d'hybridations linguistiques. Ils sont
"condamnés" à penser la langue, car ils doivent, d’une certaine
manière, se justifier ou légitimer leurs choix linguistiques face
aux normes du français standard, souvent associé à la France
métropolitaine. De plus, en expérimentant avec la langue pour
refléter leurs réalités culturelles spécifiques, ces auteurs entrent
dans un processus où la langue elle-même devient un enjeu créatif
et réflexif.

5. La conscience de la langue comme matière littéraire

Enfin, Gauvin souligne que, pour ces écrivains, la langue n'est pas
simplement un outil transparent permettant de raconter une histoire.
Elle devient un sujet de réflexion en soi, une matière à façonner et
à interroger. Cette conscience aiguë de la langue découle de leur
situation marginale ou périphérique par rapport à la norme
française, et les amène à « penser la langue » non seulement dans
un but de communication, mais aussi pour explorer les possibilités
esthétiques et subversives qu'elle offre.

"Condamné à chercher cette autre langue ou cette troisième langue


qui lui appartient en propre, il n’en participe que mieux à cette
expérience de limites, avancées dans le territoire du visible et de
l'invisible qui s'appelle Littérature." (GAUVIN, 1984, p 8)
L’expression « condamné à chercher » souligne une nécessité
inévitable et souvent contraignante pour ces écrivains de ne pas se
contenter d’utiliser une langue unique ou d’adhérer aux normes
d’une seule langue. Ils sont placés dans une situation où le français
n’est pas leur seule langue d’expression, ou bien il coexiste avec
d’autres systèmes linguistiques. Cette recherche d’une autre
langue ou d’une troisième langue implique un effort de
dépassement des frontières linguistiques classiques pour trouver
une voix propre, qui reflète leur complexité identitaire.

Dans cette citation, Gauvin fait référence à une avancée dans « le


territoire du visible et de l'invisible ». Cela signifie que la
littérature, et en particulier celle produite par ces écrivains en quête
de leur propre langue, fonctionne à la frontière entre ce qui est
explicable (le visible) et ce qui est impalpable ou
incommensurable (l'invisible). Cette dimension invisible peut
correspondre à des réalités culturelles, spirituelles ou historiques
qui échappent à une simple description factuelle, et que seule la
langue littéraire, avec ses ambiguïtés et ses explorations, peut saisir.

Le travail sur la langue dans ce contexte devient un travail sur les


significations cachées ou implicites de la culture, de l'identité et de
l’expérience humaine. Cette avancée dans le territoire du visible et
de l’invisible caractérise la nature même de la création littéraire :
rendre visible l'invisible à travers les mots, et ce, d’autant plus que
ces écrivains travaillent avec des langues marquées par des
tensions, des pertes et des transformations.
La citation de Lise Gauvin souligne que les écrivains francophones
évoluant dans des contextes multiculturels et multilingues sont «
condamnés » à une quête permanente d’une langue qui leur soit
propre. Ce processus les place face à des limites linguistiques,
culturelles et identitaires qu’ils doivent sans cesse repousser pour
avancer dans l’expression littéraire. En cela, ils participent
pleinement à l’essence même de la littérature, qui est d'explorer les
confins du langage pour rendre visible ce qui est caché ou
inexprimé.

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