E 02 : Dipôle électrostatique
I. Dipôle électrostatique :
1. Définition
Un dipôle électrostatique est un système de deux charges opposées : une charge négative , placée en un
point N, et une charge positive , placée en un point P.
2. Moment dipolaire
On appelle moment dipolaire du doublet de charges, le produit de la charge positive q par le vecteur ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ :
⃗⃗⃗⃗⃗⃗ P ( +q )
N ( −q )
L’unité SI de moment dipolaire est le coulomb mètre (symbole C ⋅ m ). Les chimistes utilisent comme
unité usuelle le debye (symbole D) , mieux adaptée à l’échelle moléculaire : 1 D = 0,33 × 10−30 C ⋅ m
Exemples
Pour la molécule : il existe un moment dipolaire permanent dirigé selon l’axe de la molécule et orienté
de l’élément le plus électronégatif -le chlore - vers l’élément le moins électronégatif - l’hydrogène-.
pHCl = 1, 03 D , Cl
H
II. Approximation dipolaire :
1. Analyse des symétrie
Revenons au modèle du doublet de charges. Nous mènerons notre étude dans un système de coordonnées
sphériques ( r , θ, ϕ ) d’axe polaire Oz. Plaçons une charge + q à la cote z = + a et une charge − q à la cote
z = − a constituant ainsi un dipôle de moment dipolaire p = 2aq ez .
Tout plan méridien —plan contenant l’axe polaire Oz— est un plan de symétrie de la distribution de
charge. En conséquence, le champ électrique en un point M quelconque est contenu dans le plan méridien
passant par M : la composante sphérique ortho méridienne Eϕ est nulle.
La distribution de charge étant invariante par rotation Er
d’un angle ϕ quelconque autour de l’axe Oz, il s’ensuit z
que les composantes sphériques Er et Eθ du champ M
électrique ne dépendent que de r et θ , qui sont aussi les θ E
coordonnées polaires dans le plan méridien. Il en sera
de même de toute grandeur scalaire, en particulier de la +q Eθ
fonction potentiel. P
Enfin, le plan équatorial xOy est une plan O
d’antisymétrie de la distribution de charge. 2a
x
N
−q
z′
1
2. Potentiel
Selon le principe de superposition, en prenant l’origine des potentiels à l’infini, le potentiel en M est égal
à la somme des potentiels créés en M par chacune des deux charges constituant le doublet :
1 ( +q ) 1 ( −q ) q 1 1
V (M) = + = −
4πε 0 PM 4πε 0 NM 4πε 0 PM NM
Plaçons-nous à une distance r = OM très grande par rapport à la dimension 2a du dipôle et effectuons un
développement en a r de ce potentiel limité à l’ordre 1, premier ordre non nul.
1
(( ))
1 −
2 −2 1
1 a2 1 a a
= ( r 2 − 2ar cos θ + a )
2 −2
1 a 2
Avec = OM − OP = 1 − 2 cos θ + 2 = 1 + cos θ + o
PM r r r r r r
1
(( ))
1 −
2 −2 1
1 a2 1 a a
= ( r 2 + 2ar cos θ + a )
2 −2
1 a 2
et = OM − ON = 1 + 2 cos θ + 2 = 1 − cos θ + o
NM r r r r r r
q 2a cos θ a 1 p cos θ a
nous en déduisons : V (M) = + o = + o
4πε 0 r 2
r 4πε 0 r
2
r
Nous appelons « potentiel dipolaire » l’expression de ce potentiel limité au premier ordre non nul :
1 p cos θ 1 p ⋅r
Vdip ( M ) = =
4πε 0 r 2
4πε 0 r 3
Le potentiel dipolaire décroît en 1 r 2 avec la z
distance au dipôle, plus rapidement que le
potentiel unipolaire qui décroît en 1 r . De plus, +V0
alors que le potentiel unipolaire est isotrope, le θ
potentiel dipolaire ne l’est pas. +2V0 M
1 q 1 p cos θ +3V0
Vunipolaire = ; Vdipolaire =
4πε 0 r 4πε 0 r 2 r
Les surfaces équipotentielles du potentiel
unipolaire sont des sphères concentriques tandis
que celles du potentiel dipolaire sont des
surfaces toriques générées par rotation autour de p
l’axe du dipôle de la courbe d’équation polaire :
cos θ 4πε 0V O x
= = C te
r2 p
Le plan xOy, plan médiateur du dipôle, est un
plan de potentiel nul.
Le potentiel est positif du coté de la charge
−3V0
positive ( z > 0) et négatif du coté de la charge −2V0
négative ( z < 0) .
−V0
2
3. Champ créé à grande distance.
Le champ dipolaire est, par définition, le champ associé au potentiel dipolaire. Ce champ correspond bien
sûr à l’expression du champ d’un dipôle limitée à l’ordre 1 en r a .
∂Vdip 1 2 p cos θ
Edip r = − =+
∂r 4πε 0 r3
1 ∂Vdip 1 p sin θ
Edip ( M ) = − grad Vdip ( M ) soit Edip θ = − =+
r ∂θ 4πε 0 r 3
Edip ϕ = 0
Edip =
( )
1 3 p ⋅ er er − p
avec r= r et er =
r
4πε 0 r3 r
Les lignes de champ sont contenues dans les plans méridiens et ont pour équations différentielles :
dr r dθ dr r dθ dr cos θ
= soit = ou encore =2 dθ
Edip r Edip θ 2 cos θ sin θ r sin θ
dr cos θ la différentielle du
Nous reconnaissons en la différentielle du logarithme népérien de r et en dθ
r sin θ
logarithme népérien de sin θ . Nous en déduisons ln r = 2 ln sin θ + C te et, finalement, l’équation
paramétrique des lignes de champ en coordonnées polaires ;
r = Kr0 ( sin θ ) K ∈
2
Le graphe suivant représente, dans un plan méridien, les lignes de champ —en rouge—, orthogonales aux
surfaces équipotentielles —en bleu— et orientées de la charge positive vers la charge négative, dans le
sens du dipôle électrostatique.
z
p
O
x
3
III. Action d’un champ électrostatique extérieur sur un dipôle rigide :
1. Cas d’un champ uniforme
Les actions mécaniques appliquées à un dipôle rigide en présence d’un champ électrique uniforme E se
réduisent à un couple dont le moment est par conséquent indépendant du point particulier de l’espace où
( ) ( )
on l’exprime:
M = OP ∧ + qE + ON ∧ − qE = NP ∧ qE
M = p ∧E
M = p ∧E F+ = +qE
O P
N p
F− = −qE
Ce moment tend à orienter le moment dipolaire électrique dans la direction et le sens du champ électrique
extérieur appliqué.
2. Cas d’un champ non uniforme
En présence d’un champ non uniforme:
( )
La résultante des forces a donc pour expression : F = F+ + F− = + q E ( P ) − E ( N ) = q δE
Dans la limite de l’approximation dipolaire, E est une différentielle. Pour chaque composante
cartésienne, nous pouvons écrire :
∂E ∂E y ∂E
Fx = q δEx = q x δx + δy + z δz
∂x ∂y ∂z
On déduit que :
Fx = p ⋅ grad Ex
Sous l’action d’un champ électrique extérieur, le dipôle, après s’être orienté dans le sens du champ, tend à
se déplacer selon la ligne de champ dans le sens des champs forts.