Conjuration Juive
Conjuration Juive
LA
CONJURATION
JUIVE
Contre le Monde Chrétien
PAR
COPIN-ALBANCELLI
PARIS
LYON
LA RENAISSANCE FRANÇAISE
Société d'Editions
52, PASSAGE DES PANORAMAS
LIBRAIRIE EMMANUEL VITTE Imprimeur-Editeur
3, PLACE BELLECOUR. 3
LE DRAME MAÇONNIQUE
LA CONJURATION JUIVE
CONTRE LE MONDE CHRÉTIEN
Drumont a plus d'une fois manifesté dans la Libre-Parole l'étonnement et le regret que personne n'ait encore
pu expliquer comment il est arrivé qu'une petite bande de francs-maçons, inférieurs à tous points de vue, soit
parvenue à dominer la France et à la réduire à une sorte d'impuissance léthargique.
Il a été ainsi cause que je me suis livré à l'étude commencée dans le Pouvoir occulte contre la France 1 et
complétée dans le présent ouvrage.
Après avoir longtemps réfléchi, je me suis rendu compte que l'explication réclamée par Drumont existait
certainement.
Dieu a bâti notre monde, en effet, sur un plan tel que la chaîne qui relie les effets aux causes n'a jamais eu
de discontinuité et n'en aura jamais tant que ce monde existera. Nous sommes souvent incapables de la voir,
mais la logique divine éclate partout. Nous efforcer d'en rechercher les manifestations jusque dans le
déroulement des faits antireligieux, c'est donc rendre hommage au Créateur.
Quoi qu'elle puisse en penser, la « Veuve » n'est pas au-dessus de Dieu. C'est pourquoi le fait de la domi-
nation maçonnique ne peut s'être produit que conformément aux données fournies par les lois naturelles, c'est-
à-dire par les lois divines. Chercher l'explication de cette domination n'est donc pas une œuvre de dilettantisme
; c'est un devoir d'autant plus impérieux que de la découverte de cette explication dépendent la libération du
catholicisme français et le salut de la France.
Il faut que nous découvrions les moyens qui ont été imaginés, dissimulés et employés avec une si étonnante
hypocrisie pour produire les ruines dont notre génération est la spectatrice et la victime impuissante. Sans cela,
nous nous lamentons et nous nous agitons en vain.
C’est parce que j'ai longtemps été pénétré de ces pensées que je ne me suis plus donné de repos jusqu'à ce
que j'eusse découvert le mécanisme maçonnique, son mode d'utilisation, et ce à l'édification de quoi il sert. Je
dis : ce à l'édification de quoi il sert ; car dans l'ordre social, lorsqu'on détruit, c'est pour construire.
Il est maintenant acquis que les hommes d'Etat français les plus qualifiés conçoivent la question
maçonnique comme je la conçois moi-même.
Au lendemain de la publication du Pouvoir occulte contre la France, M. Emile Flourens, l’éminent ancien
ministre des Affaires étrangères, consacrait à cet ouvrage un article paru dans le Soleil, où il écrivait :
« Certes, les révélations de M. Copin-Albancelli ne m'ont pas surpris. Il est impossible d'avoir eu en mains
la direction de notre politique extérieure sans s'être convaincu de l'action dissolvante de la Franc-Maçonnerie.
Son œuvre de décomposition « sociale apparaît partout. »
La même note a été donnée par un autre ancien ministre, au patriotisme et au caractère duquel tout le
monde rend hommage, qui daignait, lui aussi, donner sa haute approbation à la thèse développée dans le
Pouvoir occulte contre la France.
Ancien président du Centre gauche, ancien ministre de l'intérieur, M. de Marcère a joué un rôle important
à une heure décisive de l'envahissement maçonnique. Son témoignage est d'un poids d'autant plus considérable
que dans ses Souvenirs dont les derniers volumes ont produit une si grande et si utile impression, M. de Marcère
reconnaît, avec la plus noble simplicité, avec la plus généreuse droiture, qu'il a été lui-même trompé par les
représentants du Pouvoir mystérieux qui se cache derrière la Franc-Maçonnerie.
M. Emile Flourens continuait ainsi :
« Si cette œuvre de décomposition est plus sensible dans les pays de vieille civilisation, comme la France,
l'Italie, l'Espagne, c'est que la société y est plus neurasthénique, c'est que les nations protestantes s'en servent
comme d'un bélier pour abattre leurs rivales catholiques. Mais c'est une arme à deux tranchants qui se
retournera contre elles. Aucune n'y échappera. L'Allemagne aujourd'hui si fière de son patriotisme, est atteinte
plus profondément qu'elle ne le croit. Au premier choc ses ravages apparaîtront. L'œuvre de démolition ne
s'arrêtera que quand, sur les ruines des empires chrétiens, se dressera le royaume d'Israël, quand le
nationalisme juif aura triomphé du nationalisme des gentils. »
Le présent ouvrage n'est que le développement de la pensée exprimée dans ces dernières lignes. Il se trouve
donc appuyé par avance sur la haute autorité de l'homme d'Etat expérimenté qui les écrivait, ainsi que sur celle
non moins avertie de M. de Marcère.
Fai dédié le Pouvoir occulte contre la France à mes collaborateurs et collaboratrices de la Ligue Française
Antimaçonnique et de la Ligue Jeanne-d’Arc, qui combattent avec un dévouement si éclairé pour la France et
pour la religion nationale.
Je dédie celui-ci à tous mes frères français catholiques ; ceux d'aujourd'hui, frappés depuis si longtemps
1
Le Pouvoir occulte contre la France.
sans se douter d'où leur viennent les coups dont ils sont atteints ; et ceux d'hier, illusionnés plus encore que
ceux d'aujourd'hui, trompés, trahis, broyés dans le terrible engrenage et qui, aux heures de deuil, déploraient
ce qu'ils appelaient le malheur des temps, sans savoir par quoi ce malheur était produit, par qui il était voulu.
Je n'ai cessé de songer aux uns et aux autres au cours de ce travail ; et particulièrement à ceux que j'ai vus
mourir, que j'ai aimés, qui m'ont aimé, qui se sont efforcés de mettre quelque parcelle de leur âme dans mon
âme, dont les dernières paroles, toutes remplies de foi religieuse, sont toujours dans ma pensée, Ceux-là, au
milieu de la foule des héros français, luttent encore, je n'en doute pas, avec nous, au-dessus de nous. En écrivant
ces dernières lignes, j'évoque une fois de plus leur souvenir au fond de moi-même, en songeant qu'ils me relient
à tous ceux qui les ont précédés et qui firent la France.
COPIN-ALBANCELLI.
PREMIÈRE PARTIE
Les raisons du plan machiavélique sur lequel a été construite la Franc-
Maçonnerie.
Expérience qu’avaient ses fondateurs en matière de société secrète.
CHAPITRE PREMIER
Dans un précédent ouvrage : Le Pouvoir occulte contre la France, nous avons démontré l’existence d’un
Pouvoir occulte, c’est-à-dire d’une puissance humaine qui, grâce à l’association secrète dite Franc- Maçonnerie,
intervient dans les affaires du monde, et particulièrement dans celles de la France, tout en demeurant invisible.
Nous avons ainsi présenté la question maçonnique sous son véritable aspect.
Pendant trop longtemps on a refusé d’admettre que la Franc-Maçonnerie exerçât une influence quelconque
sur notre politique. Il faut maintenant reconnaître que cette influence existe et qu’elle est actuellement
souveraine ; que non seulement elle est souveraine, mais qu’elle l’a déjà été une première fois pendant la Terreur,
et que la Franc-Maçonnerie ayant été obligée par ses excès de lâcher sa proie, c’est-à-dire le gouvernement de
la France, elle n’a cessé depuis lors de travailler à la ressaisir.
Nous avons montré que toutes les révolutions qui nous ont agités depuis un siècle, si incompréhensibles en
apparence, s’expliquaient de la façon la plus naturelle par cet effort invisible. C’est pour arriver à nous faire
accepter sans révolte la domination de la Franc-Maçonnerie qu’on s’est acharné à nous inoculer la haine de nos
antiques et si solides traditions politiques et religieuses ; et c’est pour détruire ces traditions, racines de notre
vie, qu’ont été accomplies nos révolutions.
Mais qui a fait cela? autrement dit : Qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie?
En réponse à cette question, nous avons prouvé que ce n’était pas assez de reconnaître que l’action
maçonnique s’exerce incessamment sous l’action politique française, mais qu’il fallait encore nous accoutumer
à l’idée que sous l’action maçonnique elle-même il y avait quelque chose.
La Franc-Maçonnerie, association mondiale, est diverse en apparence à bien des points de vue ; mais elle
n’en est pas moins une partout, nous l’avons montré, par cette mystérieuse organisation des grades qui permet
la transmission de certaines volontés invisibles et qui ne saurait tendre à rien autre chose qu’à cela.
Ces tronçons épars sont comme les vertèbres d’un squelette. L’unité de construction que leur examen révèle
suffît à dénoncer un seul et même créateur.
D’autre part l’existence de l’organe ne s’explique que par l’existence de la fonction ; et celle-ci à son tour
ne s’explique que par l’existence de l’être au profit duquel s’accomplit cette fonction. C’est cet être mystérieux,
demeuré jusqu’ici invisible, grâce précisément à l’organisme qu’il a créé tout exprès dans ce but, que nous
appelons le Pouvoir occulte.
Il faut ou accepter nôtre démonstration ou continuer à ne rien comprendre, d’une part, aux étranges et
contradictoires phénomènes de l’existence maçonnique, et, d’autre part, aux causes profondes des faits
historiques si extraordinaires par lesquels a été bouleversée la France depuis la Révolution. Bien mieux ! ceux
qui reculeront devant cette démonstration seront exposés, dans l’ignorance où ils seront, à collaborer
inconsciemment à l’œuvre de destruction de la Patrie.
Voilà ce que nous avons établi dans la première partie de notre étude.
Nous devons maintenant aller plus loin.
La gigantesque entreprise de démolition de la France que nous avons exposée et l’organisation qui a été
créée en conséquence sont choses si extraordinaires, si en dehors de notre caractère français, qu’un grand
nombre de nos concitoyens ne comprennent pas, n’admettent pas que l’idée d’un pareil plan ait pu naître dans
un cerveau. Il faut leur montrer comment les fondateurs de la Maçonnerie n’ont pas eu le choix, comment ils
étaient dans l’impossibilité matérielle d’entamer une lutte ouverte contre ce qu’ils voulaient détruire, et
comment à cause de cela, ils ont abouti, d’une façon pour ainsi dire naturelle, à la conception qui cause notre
étonnement.
Ajoutons que, si nous avons démonté pièce à pièce l’organisme maçonnique, nous n’avons pas exposé les
procédés, les méthodes d’action grâce auxquelles on peut faire produire par cet organisme les résultats dont
nous avons vu l’immense déroulement.
Enfin, nous avons à chercher quel peut bien être le Pouvoir occulte et vers quel but il nous entraîne.
Tant que nous n’aurons pas montré tout cela, notre étude demeurera incomplète, et par suite inféconde.
N’oublions pas que l’association que nous étudions est demeurée absolument incompréhensible jusqu’à
notre époque. En dépit de ses deux siècles d’existence certaine, et bien qu’on ait beaucoup écrit à son sujet, elle
est toujours une inconnue pour presque tous. Cela tient pour beaucoup plus qu’on ne croit à ce qu’aucun des
exposés qui nous en ont été faits n’a envisagé tous les côtés de la question, à ce qu’aucun n’a complètement
répondu aux si nombreux points d’interrogation que provoque la vue d’une création si extraordinaire et si
extraordinairement dissimulée. Il en est résulté qu’on s’est accoutumé à considérer la Maçonnerie comme un
phénomène étrange, peut- être même inquiétant, mais un phénomène qui ne pouvait être expliqué. Dès lors, a-
t-on conclu, à quoi bon s’en occuper?
Il est même à remarquer que ce sont souvent les esprits les plus sérieux qui ont refusé et qui refusent encore
le plus obstinément d’y prêter attention. Certains raisonnements a priori, qui leur paraissent péremptoires, les
détournent de l’étude à laquelle il suffirait qu’ils voulussent bien consacrer quelques heures pour constater par
eux-mêmes que ces raisonnements sont sans valeur. Par exemple, ils n’admettent pas qu’une association
universelle, composée d’hommes dont ils connaissent un certain nombre pour d’honnêtes gens, pour des
patriotes, soit accusée de tendre à la subversion de tous principes et à la destruction de la France. Ils ne peuvent
deviner qu’une pareille contradiction s’explique dès qu’on étudie l’organisme imaginé par la perfidie des fonda-
teurs de la Franc-Maçonnerie, et plus encore lorsqu’on se rend compte des méthodes que ceux-ci emploient.
Brunetière était dans cet état d’esprit. Il s’était montré disposé à publier dans la Revue des Deux- Mondes
quelques-uns des chapitres de la présente étude dont j’avais eu occasion de lui parler. Mais il me disait :
— Je connais beaucoup de francs-maçons qui sont de très braves gens. Je ne suis donc guère porté à admettre
que la Franc-Maçonnerie soit si redoutable que vous le dites. Lorsque vous m’aurez expliqué cela clairement,
je ne dis pas que je résisterai à vos explications. Mais il faut me les fournir.
D’autres connaissent certains francs-maçons qui sont intelligents ; et ils se basent là-dessus pour refuser de
croire à la réalité des cérémonies grotesques auxquelles on se livre dans les loges. Quand on leur en parle, ils
s’imaginent qu’on exagère et ils sont, à cause de cela, peu disposés à prendre les antimaçons et la question
maçonnique elle-même au sérieux
Par ces raisons, et par bien d’autres, les hommes les plus réfléchis ont écouté jusqu’ici ceux qui ont essayé
d’appeler leur attention sur la Franc-Maçonnerie avec le même dédain qu’ils eussent témoigné à ceux qui
seraient venus leur parler de Croquemitaine ou du Loup-Garou.
Et pourtant, si le mystère de l’existence de la Franc-Maçonnerie n’a guère encore été mieux expliqué que
ne l’ont été, et pour cause, Croquemitaine et le Loup-Garou, cette existence est certaine, et les extraordinaires
œuvres maçonniques le sont aussi.
La Franc-Maçonnerie est une société enfantine en apparence ; c’est vrai. Mais il n’est pas moins vrai qu’elle
est une société de destruction. La malfaisance de son but, vis-à-vis des nations catholiques en particulier,
coexiste avec les intentions honnêtes, disons même avec les aspirations idéalistes de certains de ses membres.
Elle coexiste également avec les grimaces ridicules que « la Veuve » fait à ses nouveaux adhérents, le jour de
leur initiation. De même, ces grimaces ridicules par lesquelles la Maçonnerie semble vouloir se rendre indigne
de toute attention n’empêchent pas que cette association ait en elle les prodigieux éléments de force qui la font
durer depuis deux siècles à l’état universel. Les faits sont là, bien que contradictoires. Il n’y a pas à les nier. Et
c’est pourquoi, au lieu de leur tourner puérilement le dos, il faut les expliquer, mais les expliquer complètement
et les expliquer tous; de telle sorte qu’enfin, si extraordinaire, si inadmissible, si fantasmagorique qu’ait paru
jusqu’ici le fait maçonnique, il soit avéré que toute la logique est indiscutablement du côté de ceux qui lui
reconnaissent une importance primordiale ; et qu’au contraire, tout l’illogisme, toute la déraison, toute la
faiblesse d’ésprit sont du côté de ceux qui se refusent à le regarder.
C’est donc le comment et le pourquoi de tant de particularités bizarres, incohérentes en apparence, et
inexpliquées jusqu’ici, que nous allons exposer dans la première partie du présent volume. Après la vue
d’ensemble que nous avons commencé par prendre dans celui qui l’a précédé, après l’examen des caractères
généraux et des causes invisibles, mais certaines, que ces caractères révèlent, nous allons maintenant nous
occuper des manières de faire et des raisons pour lesquelles on les a choisies
Si le lecteur veut bien avoir la patience de nous suivre, il constatera que parmi tant de détails étranges qui
semblent des superfétations dans l’organisation maçonnique, parmi tant de pratiques déraisonnables et
grotesques en apparence, il n’en est pas qui n’aient leur raison d’être, soit parce que les fondateurs de la
Maçonnerie ont été obligés d’y avoir recours en raison des conditions dans lesquels ils se sont trouvés placés,
soit parce qu’elles concourent à la réalisation du but qu’ils veulent atteindre.
Ce n’est qu’après cet exposé des méthodes maçonniques que nous serons amenés logiquement à rechercher
quel est l’auteur de la Franc-Maçonnerie et le but à la réalisation duquel cet auteur se montre si obstinément
attaché.
Cette partie de notre étude sera d’une utilité pratique incontestable parce qu’en nous montrant notre ennemi
tel qu’il est, elle nous découvrira qu’il a besoin de temps et de silence pour arriver à ses fins. C’est parce qu’on
lui a laissé jusqu’ici l’un et l’autre qu’il est parvenu au point où nous le voyons. Il suffirait du grand jour jeté
sur lui pour qu’il soit mis dans l’impossibilité de pousser plus avant. Notre cause est donc bien loin d’être
désespérée. Il nous faut seulement savoir d’abord et vouloir ensuite.
Nous nous attacherons plus que jamais, est-il besoin de le dire, à la méthode que nous avons adoptée
jusqu’ici, parce que c’est la seule qui soit rationnelle en une pareille étude ; nous avons dit pourquoi.
Un des grands avantages de cette méthode, c’est qu’elle doit donner toute sécurité aux lecteurs en un sujet
sur lequel le public a été si souvent trompé. Jusqu’ici ils en étaient réduits à se demander ce qu’il fallait croire
sur cette Franc-Maçonnerie à propos de laquelle tant de versions différentes circulent. Nous avons résolument
fait appel à leur raisonnement, au lieu d’essayer de leur imposer tels récits plutôt que tels autres parmi tous ceux
qui se contredisent de par la volonté du Pouvoir occulte. Ils n’ont plus maintenant qu’à se demander si les
arguments que nous leur avons proposés sont ou ne sont pas conformes à ce qu’exige leur raison.
En outre, notre étude contient une sorte de vérification d’elle-même.
En effet, nous avons dit qu’il y avait plusieurs secrets maçonniques à pénétrer, plusieurs inconnues à dégager
: Qui a créé la Franc-Maçonnerie? Pourquoi l’a-t-on créée? Quelle est la vraie nature de l’organisme
maçonnique? Quelles sont les méthodes employées? Quel est le caractère de l’œuvre déjà accomplie?
Or, de par les lois mêmes de la raison, il faut nécessairement que les solutions que nous donnons à chacune
de ces questions soient en parfaite coordination entre elles. Sans cela, elles devraient être condamnées. Ceux
qui veulent bien nous suivre ont donc à leur disposition un moyen de vérifier la thèse que nous leur proposons
: c’est la constatation de l’harmonie ou du manque d’harmonie des réponses que fournit cette thèse sur chacune
des questions à résoudre.
Si en effet, tel est l’auteur de la Franc-Maçonnerie, tel doit être son but. Ou inversement, si tel est le but, tel
est l’auteur. Si tel est le but et tel l’auteur, tel doit, être l’organisme plutôt que tel autre. Ou inversement encore,
si tel est l’organisme, le créateur de cet organisme ne peut être que tel, et tel son but. Les cinq termes de
l’équation maçonnique peuvent ainsi se trouver vérifiés l’un par l’autre. Donc sécurité intellectuelle complète
pour nos lecteurs, que nous constituons juges de la théorie que nous exposons.
2
Comment on fabrique l'opinion, par Maurice Talmeyr, Librairie Perrin, quai des Grands-Augustins, Paris.
recherches qui tendent à les démasquer sont dès maintenant concentrées dans un rayon assez rétréci.
C’est pour arriver à nous donner une certitude sur ce point essentiel que nous devons continuer l’étude
raisonnée des caractères si particuliers que présente l’association maçonnique. Ces caractères ont évidemment
leurs correspondants chez les auteurs de celle-ci. Nous remonterons ainsi des uns aux autres, selon la méthode
par laquelle en histoire naturelle, les savants établissent la filiation des organismes.
CHAPITRE II
Nous voici désormais éclairés sur ce qu’on peut appeler les origines morales de la Franc-Maçonnerie. Nous
n’avons eu, pour arriver à cela, qu’à nous représenter les conditions dans lesquelles étaient placés ceux qui ont
créé cette association. A défaut du nom de ses auteurs, nous avons découvert les mobiles qui les ont fait agir et
comment ils ont abouti à une pareille conception.
Nous avons même fait un peu plus.
Nous avons été amenés à exprimer l’opinion que les fondateurs de la Franc-Maçonnerie n’en étaient peut-
être pas, lorsqu’ils créèrent cette association, à leur coup d’essai comme organisateurs de sociétés secrètes. Ce
qui doit nous confirmer dans cette opinion c’est l’étonnante sûreté avec laquelle ils ont résolu les difficultés
contradictoires et, à cause de cela, presque insurmontables, auxquelles ils eurent tout d’abord à faire face. Cela
vaut qu’on s’y arrête.
Lorsqu’on crée une société, ce n’est généralement pas pour grouper les individus qui, logiquement, doivent
être hostiles au but de cette société ; c’est, au contraire, pour rassembler ceux qui, soit par intérêt, soit par
sentiment, sont portés à désirer la réalisation de ce but. A cet égard, les obstacles que les fondateurs de la Franc-
Maçonnerie devaient rencontrer dès leurs premiers pas étaient considérables.
En effet, dès lors qu’il s’agissait pour eux de détruire un état d’opinion, leur but était subversif. C’est donc
des mécontents et des esprits subversifs qu’ils avaient besoin.
Rien de plus facile que d’attirer ceux-ci. Les fondateurs de la Maçonnerie n’avaient pour cela qu’à dire leur
but. Mais s’ils le faisaient, l’opinion qu’ils déclaraient vouloir détruire se soulevait contre eux et elle ne leur
permettait pas de constituer leur société. Pour que celle-ci fût tolérée, ils étaient donc obligés, non seulement de
déclarer un but autre que le véritable, mais de le choisir tel qu’il ne heurtât en rien cette opinion qu’ils voulaient
détruire.
Ou faire le nécessaire pour être acceptés, mais alors ne pouvoir compter que sur des adhérents inutilisables
; ou attirer à eux ceux dont ils avaient absolument besoin, mais en ce cas n’avoir pas la permission d’exister :
voilà, semble-t-il la perspective qui s’offrait tout d’abord aux fondateurs de la Franc-Maçonnerie.
Ils se trouvaient donc là dans une véritable impasse.
Ils en sortirent, grâce à un ensemble de moyens si admirablement coordonnés au point de vue de la
réalisation lointaine du but, qu’une telle sûreté dans des dispositions susceptibles de ne produire leur effet qu’à
longue échéance suffirait à révéler la ténacité la plus rare unie à une très longue expérience dans l’art de faire
rendre aux sociétés secrètes ce qu’elles peuvent donner. .
Leur plan, le seul qui s’offrait à eux, ainsi que nous l’avons montré dans le chapitre précédent, dénotait déjà
chez ceux qui entreprenaient de le réaliser un extraordinaire esprit de patience. Car substituer une opinion à une
autre, en faisant prévaloir peu à peu la nouvelle à force de falsifications successives et progressives de
l’ancienne, cela ne saurait être accompli que grâce à de bien longues périodes d’années.
C’est aussi sur le temps qu’ils comptèrent pour se tirer de la difficulté que nous venons de signaler.
Ils commencèrent par faire face à la nécessité immédiate qui était que leur association fût tolérée.
Ils acceptèrent donc l’inconvénient d’un mauvais recrutement initial. Mais en même temps, ils combinèrent
un certain nombre de procédés qui devaient leur permettre de modifier peu à peu ce premier recrutement. A cet
égard, la déclaration de principes qu’ils firent pour présenter leur société fut, sans en avoir l’air, un véritable
chef-d’œuvre.
Il fallait, nous l’avons dit, qu’elle ne heurtât pas les idées régnantes, c’est-à-dire qu’elle dissimulât
complètement le but en vue duquel la société était fondée ; mais aussi, il était nécessaire que, tout en dissimulant
ce but, elle pût servir à le préparer.
La déclaration qu’ils produisirent correspondait merveilleusement à cette double nécessité. Elle dissimulait
complètement le but subversif, et, par-là, elle assurait la tolérance des Pouvoirs publics ainsi que les adhésions
de nombre d’honnêtes gens et même de croyants qui étaient fatalement destinés à s’y laisser prendre. Même,
elle affirmait les principes qu’elle se proposait de battre en brèche. Mais, en même temps, elle ménageait la
possibilité de déformation et de falsification des dits principes, grâce à certaines contradictions que la plupart
des profanes ne devaient pas remarquer, et par-dessus lesquelles les autres devaient passer d’autant plus
facilement qu’ils n’avaient aucune raison de soupçonner la perfidie des auteurs.
D’un côté le premier article des statuts disait : La Franc-Maçonnerie proclame « l’existence de Dieu et
l’immortalité de l’âme. Elle respecte la foi religieuse de tous ses adhérents. Elle leur interdit toute discussion en
matière religieuse. »
Mais de l’autre, ce même article déclarait que la Franc-Maçonnerie était « philosophique et progressive,
qu’elle avait pour objet « la recherche de la vérité » et pour principe la liberté absolue de conscience. »
En fait, ces déclarations étaient contradictoires.
Si, en effet, un franc-maçon était obligé de proclamer l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme, sa
liberté de conscience n’était pas absolue. De même, dès lors qu’on s’engageait à respecter la foi religieuse de
tous les adhérents, c’est-à-dire la conception que chacun d’eux se fait de la vérité, que signifiait la recherche de
cette même vérité? On ne cherche pas ce qu’on croit avoir.
Un tel programme était pourtant de nature à tromper bien des esprits, car avec lui, la Franc-Maçonnerie
pouvait être tout ce que voudraient ses fondateurs, selon les lieux, les époques et les circonstances. Sans doute
quelques profanes pouvaient concevoir des inquiétudes. Ils demandaient jusqu’où allaient « l’esprit
philosophique », la « recherche de la vérité », la « liberté absolue de conscience ». Mais n’était-il pas bien facile
de déplacer les limites selon les cas? La liberté absolue de conscience, répondait-on, cela signifiait simplement
que protestants et catholiques devaient se rencontrer dans la Franc-Maçonnerie, sans se haïr ! L’esprit
philosophique et progressif? La recherche de la vérité? Tout cela était subordonné au respect dû à la foi
religieuse, qui dominait tout, avec la croyance en l’existence de Dieu et en l’immortalité de l’âme. Dès lors rien
n’était à craindre...
On pouvait présenter les choses ainsi, mais on pouvait aussi les présenter autrement. Question d’opportunité.
La manœuvre était d’autant plus facile à exécuter qu’on avait pris soin de ne pas placer les articles con-
tradictoires les uns en face des autres. On les avait en outre disséminés parmi des déclarations portant sur le
développement des sciences et des arts, la tolérance, la solidarité, la morale, la civilisation, la liberté, l’égalité,
la fraternité, etc., etc. Lorsque tant de choses sont mises les unes auprès des autres, une confusion se trouve
créée qui rend faciles les manœuvres de la duplicité.
En somme, l’impression générale qui devait se dégager à l’apparition de la nouvelle institution, c’est qu’on
avait affaire à une société chrétienne et tolérante, constituée pour travailler à l’établissement de la paix entre
tous ceux qui se recommandaient du Christ, protestants ou catholiques, et même entre tous les hommes. C’est
ce que les promoteurs ne manquaient pas de faire ressortir. Liberté, égalité, fraternité, pouvaient-ils ajouter,
n’était-ce pas précisément ce que Jésus-Christ était venu prêcher sur la terre? Si un tel idéal était dangereux, le
christianisme tout entier l’était aussi.
On pouvait, nous le répétons, comprendre les choses ainsi ; mais on pouvait aussi les comprendre autrement.
Nous en possédons maintenant la preuve, puisque nous avons vu nos francs-maçons de 1789 à trouver dans le
principe de liberté de quoi briser l’organisme social, politique et religieux que la Franc-Maçonnerie déclarait
respecter ; ceux de mettre, au nom de l’égalité, tout un peuple en insurrection contre les lois de la nature, c’est-
à-dire contre les lois de la vie ; et enfin ceux de 1793 faire de la sainte fraternité un prétexte aux dénonciations,
aux persécutions, aux proscriptions et aux innombrables assassinats de la Terreur.
Comment un tel renversement des choses put-il avoir lieu? Ce fut grâce aux principes contradictoires
contenus dans la déclaration. Lorsque les chefs invisibles sentirent l’heure venue, il leur suffît de donner le pas
à certains de ces principes sur certains autres, puis de les déformer progressivement ; de prétendre ensuite que
tel d’entre eux excluait tel autre; que sans doute les fondateurs de la Maçonnerie ne s’en étaient pas rendu
compte et qu’il y avait lieu de perfectionner leur œuvre; que, par exemple, le principe de tolérance était en
opposition avec le respect de certaines religions qu’ils avaient soin de montrer essentiellement intolérantes ; que
la recherche de la vérité exigeait la destruction préalable de tous dogmes, en raison de leur précision et de leur
immuabilité, par lesquelles toute recherche de la vérité était contrecarrée ; que la liberté ne se pouvait concevoir
sous un gouvernement autre que celui du peuple... etc., etc. Ajoutons à cela qu’il est d’habitude en Maçonnerie
de modifier tel ou tel paragraphe des statuts pour un oui ou pour un non. A force de faire des trous et des reprises
dans une étoffe, il arrive forcément un temps où il ne reste rien de celle-ci. C’est ce qui devait advenir pour
certains des principes contenus dans la déclaration maçonnique.
Les meneurs secrets se ménageaient donc toutes les commodités pour l’avenir, ainsi qu’on peut s’en rendre
compte. Grâce à ses contradictions, leur déclaration pouvait s’adapter à toutes les circonstances. Elle ne
dissimulait pas seulement le vrai but ; elle contenait aussi tout ce qu’il fallait pour le préparer. Et il était fatal
qu’on s’y laissât prendre d’autant plus facilement que se dérobait mieux la Puissance ennemie qui organisait
tout. On ne pouvait être en défiance contre ses mauvaises intentions, puisqu’on ignorait jusqu’à son existence.
Dans de telles conditions quiconque eût soupçonné les personnages qualifiés qui se présentaient comme
fondateurs de la Franc-Maçonnerie eût donné la plus mauvaise idée de son caractère et de ses intentions. C’est
ce qui arriva aux Souverains Pontifes lorsque, mieux éclairés que ne l’étaient les peuples et les rois, ils crurent
devoir mettre les uns et les autres en garde, par leurs encycliques antimaçonniques. On les accusa d’intolérance.
On les considéra comme des provocateurs, alors qu’ils ne faisaient que répondre à une offensive masquée.
La difficulté qui pouvait sembler insurmontable tout d’abord se résolvait donc en une simple question de
tactique dans l’enseignement, d’adresse et d’opportunité dans la manière de passer de la première interprétation
de la déclaration : celle qui était nécessaire • pour assurer l’existence de la société, à la seconde : celle qui était
indispensable pour la réalisation du but final.
Une telle conception était aussi habile que perfide. Elle ne pouvait, nous le répétons, venir à l’esprit de
novices. Elle supposait une connaissance profonde de ce qui est possible dans une société secrète et des moyens
par lesquels on obtient ce possible ; moyens que nous étudierons dans les chapitres suivants. .
Quant à la réalisation, elle fut conduite avec la même maîtrise, puisque, ainsi que nous l’avons vu, ce plan
a été mené deux fois à exécution en France sans que la masse de la nation ait pu seulement soupçonner la
machination. .
On objectera peut-être ici que ces deux interprétations successives n’ont pas été prévues par les fondateurs
de la Maçonnerie ; que la seconde a été imaginée plus tard par les politiciens et les perturbateurs qui ont envahi
cette association et qui l’ont mise au service de leur ambition, ou par les défenseurs de la liberté en face de
l’intransigeance de l’absolutisme clérical.
Nous répondons en demandant pourquoi on eût introduit des principes contradictoires dans la déclaration,
si on n’avait eu l’intention de s’en servir? Pourquoi on eût constitué une société secrète qui n’était rien autre
chose, nous l’avons vu, qu’une société de mensonge, si on n’était pas résolu à mentir? Pourquoi on eût imaginé
cette disposition si singulière de sociétés superposées les unes aux autres, de manière à ce que les supérieures
pussent faire passer dans les inférieures des inspirations élaborées on ne sait où, si on n’eût eu aucune arrière-
pensée de substituer un enseignement à un autre selon qu’on en sentirait la possibilité? Pourquoi enfin tant
d’autres précautions, tant d’autres roueries qu’il nous reste à montrer et qui, toutes, tendent à un seul et même
but : réaliser autre chose que ce qu’on annonce? 11 serait pourtant par trop ridicule de prétendre que tout cela a
été produit par le hasard ou combiné par des gens qui ne savaient ce qu’ils faisaient.
CHAPITRE III
Mode de transmission des volontés du Pouvoir occulte.
On ne donne pas d’ordres dans la Franc-Maçonnerie.
IMPOSSIBILITÉ OU SE TROUVAIENT
LES FONDATEURS DE LA FRANC-MAÇONNERIE DE PROCÉDER VIS-A-VIS DE LEURS ADEPTES PAR
MÉTHODE IMPÉRATIVE.
S’il était nécessaire que les fondateurs de la Franc- Maçonnerie eussent l’expérience des sociétés secrètes
pour imaginer l’organisation que nous avons dépeinte, une expérience plus grande encore leur était indispen-
sable pour la manœuvre de l’organisme à l’usage duquel ils se condamnaient.
Pour nous en rendre complètement compte, il nous faudrait, il est vrai, maintenant que nous savons les
moyens auxquels ils se trouvaient réduits, savoir aussi le but auquel ils tendaient.
Nous avons aujourd’hui la preuve que la destruction de l’esprit catholique n’est pas le but total de la Franc-
Maçonnerie. Cette preuve résulte du fait que la tradition religieuse de la France étant complètement éliminée de
notre organisation gouvernementale, l’effort de destruction est tourné d’un autre côté. C’est aux idées de
propriété, de famille et .de patrie qu’on s’attaque. Donc la destruction de l’état d’esprit catholique n’était pas
tout ce qu’on voulait. Toutefois en raison de l’acharnement dont il a été fait preuve jusqu’ici contre lui, nous
sommes tout au moins sûrs qu’il fallait commencer par s’attaquer à lui avant d’entreprendre le reste de la
besogne.
Nous pouvons donc en toute sécurité accepter comme évidente que le Pouvoir occulte a fondé la Franc-
Maçonnerie pour la destruction de l’état d’esprit catholique et pour son remplacement par un autre. Il ne ï\a pas
fondée pour cela seulement, mais il l’a fondée pour réaliser d’abord cette destruction qui lui était indispensable.
Ceci posé, nous rappellerons que la première règle du bon fonctionnement d’une société, c’est que, son but
étant précisé, tous les moyens d’action qu’elle possède soient coordonnés en vue de la réalisation de ce but.
Les moyens d’action dont dispose la Franc-Maçonnerie étaient, dès le début, limités par des conditions que
nous avons déterminées au cours de notre étude de l’organisation secrète de cette association 3.
Ainsi que le lecteur se le rappelle, l’organisme maçonnique était soumis aux nécessités suivantes : il fallait
qu’il garantît à la fois l’invisibilité du Pouvoir occulte, celle de son but, celle de la direction qu’il imprimait à
l’ensemble des groupes et celle du mécanisme par lequel était assurée la possibilité de cette direction. Ou, du
moins, il fallait que tout cela demeurât caché au public profane et au public maçonnique, jusqu’à ce que l’œuvre
dont la réalisation était poursuivie fût devenue fait accompli ou inévitable.
Tous les rouages —nous l’avons vu —tendent bien à ce qu’il en soit ainsi. Nous allons maintenant constater
à quel point les procédés employés pour la mise en marche sont en parfait rapport avec les données du problème
à résoudre.
Puisque le but de la Franc-Maçonnerie est la destruction d’un état d’esprit et le remplacement de celui-ci
par un autre dans les conditions que nous avons dites, il va de soi que cette Franc-Maçonnerie n’est pas un
organisme d’action. C’est un organisme d’éducation ; organisme qui présente cette particularité qu’il ne doit
pas découvrir les éducateurs. Une telle condition deviendrait irréalisable, on le comprend, si le système général
de l’organisation maçonnique comportait des ordres donnés par certains adeptes et exécutés par les autres. D’où
viendraient ces ordres? On le verrait bien. Donc pas de Pouvoir occulte possible par une telle méthode de
transmission des volontés. Aussi ne donne-t-on jamais d’ordres en Franc-Maçonnerie. C’est là un fait
généralement ignoré, bien qu’il soit d’une importance capitale.
D’une importance capitale, disons-nous, car nous touchons là un des points les plus difficiles à comprendre
dans la question du Pouvoir occulte.
La grande objection qu’on fait d’habitude à ceux qui affirment l’existence d’un tel Pouvoir est celle-ci :
3
Voir la deuxième partie du Pouvoir occulte contre lu France.
— Pour faire exécuter ses volontés, il faut bien qu’un Pouvoir donne des ordres. Or en donnant des ordres,
il se dévoile à ceux à qui il les donne. Donc l’existence d’un Pouvoir occulte est chose impossible. Elle ne
saurait exister qu’à l’état de rêve.
Ce raisonnement, qui semble d’une exactitude si rigoureuse, est absolument faux parce que son point de
départ est lui-même faux.
Il n’est en effet nullement vrai qu’on soit obligé de donner des ordres pour faire exécuter ses volontés.
Supposons qu’une Puissance quelconque ait formé le projet d’établir son autorité non sur la force matérielle
parce qu’elle ne la possède pas, mais sur des moyens d’ordre intellectuel; que pour cela, elle se dissimule
complètement derrière certaines idées ; que ces idées soient choisies tout exprès pour saper directement ou
indirectement tous les pouvoirs pouvant s’opposer à sa marche ; qu’en même temps elles flattent les peuples et
qu’elles les trompent si bien que ceux-ci, tout en se donnant à elles avec amour, avec frénésie, se livrent à la
Puissance qui s’en fait la propagandiste, comme l’oiseau, en prenant une nourriture offerte, se livre à l’oiseleur
qui lui a tendu le piège; supposons que cette Puissance ait la constance de travailler pendant des années et des
périodes d’années à la confection d’un tel état d’esprit ; qu’elle arrive, en accentuant progressivement ses efforts,
à crée!1 une sorte de religion, un fanatisme qui ait pour conséquence naturelle que les actes qu’elle veut voir se
produire soient en effet accomplis, et avec ferveur, par ceux qu’elle a fanatisés ; il est certain que cette Puissance
sera d’autant plus sûre de réaliser ses plans par une telle méthode qu’elle aura su mieux les dissimuler et que,
personne ne les ayant soupçonnés, personne non plus n’aura songé à y faire obstacle. Dans cette hypothèse, le
Pouvoir occulte se trouvera établi sans qu’on s’en soit aperçu, sans qu’on y ait pris garde et alors que ceux-là
même qui y auront le plus contribué auront cru travailler pour l’idéal. La difficulté de l’opération en ce cas, ne
se sera pas trouvée là où on s’imagine généralement qu’elle est. Le Pouvoir occulte n’aura pas eu à chercher le
moyen de donner des ordres sans se découvrir, ce qui est impossible. Il aura simplement dû s’imposer les
méthodes patientes nécessaires pour créer ou faire créer l’état d’esprit, la religion, le fanatisme qui aura pour
conséquence inévitable que ses vues secrètes soient remplies sans qu’il ait à donner d’ordres pour cela. .
Or rappelons-nous que les fondateurs inconnus de la Franc-Maçonnerie se trouvaient précisément dans une
situation telle qu’ils étaient obligés de recourir à une pareille méthode. Nous avons vu que pour arriver à la
réalisation de leurs plans secrets, ils devaient logiquement aboutir « à la constitution d’une sorte de collège où
seraient réunis des adeptes que, par fraude et par mensonge, on dresserait secrètement en vue de ce but:1a
substitution à l’opinion régnante d’une autre opinion qui devait être fabriquée à force de falsifications
successives et progressives de l’ancienne. »
Ce n’est évidemment pas par des ordres donnés qu’on peut arriver à un pareil résultat. Et c’est précisément
pourquoi on ne donne pas d’ordres dans la Franc-Maçonnerie. Ainsi que je l’ai déjà dit et répété bien des fois
depuis le début de ma campagne, je n’ai jamais reçu d’ordres pendant les six années que j’ai passées dans cette
Société. Je n’en ai jamais donné. Je n’ai jamais vu aucun franc-maçon en donner ni en recevoir, sauf dans un
certain cas dont je parlerai tout à l’heure. C’est par suggestion qu’on agit. On applique la méthode qui se trouve
indiquée dans les lignes suivantes de la Revue maçonnique : « Une sommation officielle venant de la
Maçonnerie est vouée à l’avortement. Il faut tout différemment user d’influences individuelles soigneusement
couvertes. » Donc pas d’ordres ; pas de « sommations officielles ». Des suggestions ; des « influences
individuelles soigneusement couvertes » qui agissent sous l’inspiration cachée du Pouvoir occulte, souvent
inconsciemment, mais constamment et dans le même sens, grâce au mécanisme que nous avons dépeint ; et cela,
pendant autant de mois, autant d’années, autant de périodes d’années qu’il le faut pour que soient créés les états
d’esprit dont on a besoin.
Il est nécessaire d’insister sur ce point, d’abord parce que c’est par là que s’explique la possibilité de
fonctionnement du Pouvoir occulte ; ensuite parce que cela est ignoré du public et que la connaissance de ce
fait est cependant d’une grande importance au point de vue du choix des méthodes de lutte contre la Franc-
Maçonnerie.
LA FRANC-MAÇONNERIE N’A PAS ÉTÉ CONSTITUÉE POUR ÊTRE UNE LIGUE D’ACTION, MAIS UNE ÉCOLE DE
PRÉPARATION A L’ACTION.
Ceux-là seulement, en effet, comprendront bien le mode de combat du Pouvoir occulte et trouveront à lui
opposer une méthode et des armes efficaces, qui se rendront compte que si, à certaines époques très rares comme
celles où nous sommes, la Maçonnerie a pour consigne d’agir, la plupart du temps, depuis deux cents ans, elle
a eu au contraire pour unique besogne de préparer des heures d’action brusque et rapide, par de longues périodes
de propagande, de falsification de l’opinion, de création d’états d’esprit nouveaux, en usant de tous les moyens,
mais surtout en se dissimulant comme le Pouvoir occulte se dissimule vis-à-vis d’elle. Elle n’a pas d’autre
moyen d’action et elle ne peut réussir qu’à condition de ces très longues périodes de préparation par les
suggestions.
C’est si vrai que, sur quatre grands exemples que nous avons maintenant d’une action engagée chez nous
sous son inspiration depuis cent vingt ans, nous voyons les francs-maçons parvenir deux fois à s’emparer de la
France, mais aussi échouer deux fois. Les deux actions qui ont réussi et qui sont la Révolution et l’envahissement
actuel, ont été précédées de périodes de préparation fort longues. Les périodes de préparation avaient au
contraire été insuffisantes dans les deux circonstances où la Maçonnerie a échoué : en 1848 et en 1871.
Avant de se permettre la phrase fameuse : « La maison est à moi, c’est à vous d’en sortir ! » Tartufe doit
attendre que ceux dont il se propose de faire ses victimes soient complètement aveuglés ou paralysés par suite
de ses embûches. S’il se découvre trop tôt, il est perdu.
Or, Tartufe est la personnification exacte du Pouvoir occulte et de la Franc-Maçonnerie. Nous constaterons
à quel point dans les chapitres qui vont suivre, où nous étudierons de près les méthodes employées dans les
Loges.
On pourrait même aller plus loin encore et dire que le vrai rôle delà Franc-Maçonnerie, c’est seulement de
préparer des périodes d’action et de s’effacer lorsque l’heure de ces périodes a sonné. Elle dresse des hommes
en vue de certains actes, comme on dresse des chiens en vue d’une certaine chasse. Elle fait de leurs cerveaux
des sortes de mécanismes obéissant à des déclenchements dont le Pouvoir occulte garde le secret. Lorsque celui-
ci croit venu le moment favorable, il lâche les chiens qu’on tenait au chenil maçonnique, sûr à l’avance qu’ils
se précipiteront sur le gibier à la poursuite duquel ils ont été dressés. Ou, si l’on veut, il met en marche le ressort
des cerveaux qu’il a préalablement transformés en mécanismes inconscients. Plus de réunions maçonniques
alors. Ce n’est plus l’heure. La Franc-Maçonnerie échappera ainsi aux responsabilités ; ce qui lui procure cet
avantage : qu’en cas de besoin, elle pourra recommencer. Les échappés des loges prennent alors un nom
quelconque; tel toutefois qu’il dissimule leur qualité maçonnique. Ils se feront appeler jacobins, septembriseurs,
montagnards, terroristes, thermidoriens, communards, opportunistes, radicaux, blocards..., cela ou autre chose,
peu importe, pourvu que ce ne soit pas francs- maçons. Ils auront l’air d’agir librement ; en réalité, ils seront
poussés, comme les hallucinés d’un ordre quelconque par leur hallucination, et les hypnotisés par l’opérateur
qui les a endormis. Quoi qu’ils fassent, quelques crimes qu’ils commettent sous l’empire de cette hallucination,
la Franc-Maçonnerie pourra dire, une fois la crise passée et grâce à la précaution qu’elle aura prise de supprimer
momentanément les réunions maçonniques : Ce n’est pas moi, c’est eux ! Et personne ne se doutera qu’elle
seule, c’est-à-dire le Pouvoir occulte, aura agi par eux, en eux, en raison du travail de déformation intellectuelle
et morale que nous étudierons bientôt, qui est poursuivi préalablement pendant vingt, trente, cinquante ans au
besoin. En l’absence de ce travail préparatoire, pas de Pouvoir occulte possible. Et c’est pourquoi la
connaissance de cette particularité est d’une immense importance.
On n’a généralement pas cette idée de la méthode maçonnique ; et cela tient d’une part à ce que nous voyons
la secte agir effectivement dans la période actuelle, et d’autre part à ce que les auteurs antimaçons nous ont dit
qu’elle a agi à d’autres époques, par exemple en 1793, sans nous expliquer comment. Il convient de préciser
qu’en 1793, en 1830, en 1848, en 1871, les choses se sont passées comme nous venons de l’expliquer. La
Maçonnerie a lâché ses chiens sans les tenir en laisse. Elle a changé de méthode à notre époque, mais c’est pour
la première fois. Elle y a été amenée par la constatation que les francs-maçons d’autrefois, une fois lâchés sur
le pays, s’étaient tout naturellement laissé entraîner par les ardeurs de leur tempérament préalablement surexcité
à l’extrême ; qu’ils avaient tout ravagé, et que des besoins de réaction s’en étaient suivis. Le Pouvoir occulte a
cru plus sage de garder ceux d’aujourd’hui sous le fouet. Il les contraint à rentrer tous les soirs au chenil
maçonnique. Nous voulons dire qu’il oblige les députés et sénateurs francs- maçons à n’agir au Palais-Bourbon
et au Sénat que conformément à ce qui est décidé dans les loges sous son inspiration. Il peut ainsi mesurer les
coups dont il frappe la France. Il procède avec une lenteur calculée, de manière à éviter l’effet des chocs en
retour. C’est un avantage qu’il s’est ménagé là.
Mais cette manière de faire a aussi son inconvénient. Elle nous a permis de prendre la Franc-Maçonnerie
sur le fait, de la voir et de la montrer en action, de nous demander ce qui la pousse à agir, de nous mettre sur la
trace du Pouvoir occulte lui-même. De telle sorte que, s’il n’est pas trop tard, si nous, pouvons ouvrir les yeux
de toute la France à temps, celui-ci se trouvera enfin désarmé, par cela seul qu’il sera démasqué.
Pour en revenir à l’absence d’ordres qui caractérise la méthode maçonnique, nous devons constater que
cette méthode est observée même à l’époque actuelle. Bien que le Pouvoir occulte ait considéré comme
nécessaire de tenir en mains ses députés et sénateurs francs-maçons, il estime que tout son système d’attaques
contre les nations issues du catholicisme se trouverait compromis si des ordres apparaissaient. C’est
l’impersonnalité, l’irresponsabilité qu’il lui faut garantir avant tout. C’est la domination de l’invisible qu’il doit
maintenir s’il veut sauvegarder la sienne. Donc pas d’ordres directement donnés, qui constitueraient des traces
permettant de remonter jusqu’à la source. A la place d’ordres, des « influences individuelles soigneusement
couvertes », selon le procédé indiqué par l’imprudente Revue maçonnique. Ou encore l’action indirectement
exercée, par le moyen de circulaires confidentielles dans le genre de celles par lesquelles nous avons vu la
Maçonnerie mettre les francs- maçons, sénateurs, députés et ministres « au pied du mur » en les tenant» par leur
propre intérêt ».
On n’enjoint donc jamais expressément à ces députés, sénateurs et ministres francs-maçons de voter et
d’agir de telle ou telle manière. Aucunes « sommations officielles » ne leur sont adressées à la veille de chacun
des actes de leur vie politique. Pour les contraindre sans procéder ou faire procéder par ordres directement
donnés, le Pouvoir occulte a eu soin de commencer par les élever au pouvoir dans des conditions telles qu’ils
sont devenus, par la force des choses, ses mercenaires. S’ils tiennent à leurs intérêts, ils sont dans l’obligation
de faire ce que le Pouvoir occulte désire qu’ils fassent, sans qu’il ait besoin de le leur dire. Or ils y tiennent, à
leurs intérêts. Le Pouvoir occulte n’a aucun doute là-dessus. Il les connaît ; d’abord parce qu’il a déformé leur
caractère en usant de l’organisme qu’il a créé tout exprès pour cela ; ensuite parce qu’il leur a inculqué des
principes tels que la satisfaction de leurs appétits est devenue leur unique loi. C’est par la seule Maçonnerie
qu’ils sont arrivés, grâce à ce que les moyens dont elle dispose ont été mis à leur service. Ils le savent. Ils savent
aussi que sans elle, ils retomberaient « dans le néant d’où elle les a tirés ». Il faut donc qu’ils marchent comme
elle veut, c’est-à-dire comme veut le Pouvoir occulte. Ils ne peuvent se permettre quelque indépendance sans
s’exposer à être immédiatement brisés et remplacés par des néophytes plus soumis.
Par les discussions qui ont lieu dans les loges et les convents, discussions que le Pouvoir occulte domine —
nous avons vu comment — les francs-maçons, sénateurs, députés et ministres, doivent comprendre, sans qu’il
soit besoin de peser sur chacun d’eux, quelle est la politique que la Maçonnerie veut les voir servir. Ce n’est
que dans certaines circonstances qu’on prend la peine de les réunir pour préciser la ligne qu’ils ont à suivre.
S’ils ne comprennent pas, ou si, ayant compris, ils ne font pas ce qu’on attend d’eux, on les réduit à merci, mais
toujours sans que des injonctions leur soient adressées personnellement. Ainsi en est-il advenu pour le F...
Morinaud, ancien député de l’Algérie. Ou bien on s’arrange pour les annihiler, comme on a fait pour les F... F...
de Mahy, Doumer, Millerand et tant d’autres dont le public ne sait pas l’histoire. Si la Maçonnerie ne donne pas
d’ordres, elle a quand même des sanctions à sa disposition, et elle vient d’autant plus facilement à bout des
réfractaires qu’au besoin tous les moyens lui sont bons. Il n’en est pas devant lesquels elle recule, lorsque les
circonstances le permettent ou l’exigent.
C’est ainsi qu’en raison du travail de préparation accompli par le Pouvoir occulte depuis trente ans, et en
raison de cela seulement, nous en sommes actuellement au point que le Président de la République, même s’il
n’est pas franc-maçon est obligé d’obéir à la Franc-Maçonnerie, tout comme s’il l’était, sous peine d’être déposé.
Et cela, tout simplement parce qu’autour de la première magistrature du pays comme autour de tout le reste en
France ont été créées les conditions dont nous parlions tout à l’heure.
Un président, en effet, n’arrive plus à la présidence que par la Maçonnerie, sauf des cas absolument
exceptionnels qui peuvent évidemment se présenter, qui le pouvaient du moins encore il y a quelques années.
Sans elle, il retomberait instantanément, comme les vulgaires députés, sénateurs et ministres, dans le néant d’où
il a été le plus souvent tiré. Il se trouve donc dans cette alternative vis-à-vis de la Franc- Maçonnerie : se
soumettre ou se démettre. Et toujours sans qu’aucun ordre lui soit donné.
Prenons comme exemple le cas de M. Loubet. L’ancien Président était-il franc-maçon ou ne l’était- il pas?
Le fait est sujet à controverse. En réalité, il n’a aucune importance. Dès lors que le Pouvoir occulte le tenait,
mieux valait que M Loubet ne fût pas franc-maçon. C’était moins compromettant. Or il le tenait par la majorité
maçonnique parlementaire. Il le tenait en raison de son caractère qu’avait révélé complètement le rôle joué par
lui à une heure périlleuse, celle de la crise panamiste. Le Pouvoir occulte avait vu là son Loubet à l’œuvre dans
l’affaire Arton. Il avait dressé sa fiche psychologique. Il avait jugé jusqu’où pouvait aller la complaisance du
sauveur des chéquards, et que tout ce qu’il faudrait signer, celui-ci le signerait. Y avait-il eu pacte conclu entre
le Pouvoir occulte et M. Loubet avant que celui-ci fût poussé à la Présidence? C’eût été imprudent, et ce n’était
nullement nécessaire. Il suffisait que le président fût tenu par ses intérêts, qu’il sût que le lendemain du jour où
il refuserait une signature, on lui supprimerait ses gages. Admettons même, par égard pour les vertus cachées
de M. Loubet, qu’aux heures décisives on lui fit comprendre en se servant « d’influences individuelles
soigneusement couvertes » que s’il ne signait pas, on mettrait à sa place un président beaucoup plus mauvais
que lui. C’est possible. On lui fournissait ainsi un prétexte pour donner des signatures criminelles, des signatures
de trahison,... par dévouement au pays. Le malheureux président signait d’une encre mélangée de larmes, nous
a-t-on dit plusieurs fois ; de larmes que contribuait sans doute à sécher rapidement la poussière d’or du sablier
présidentiel. C’est parce que M. Loubet a donné toutes les signatures qui lui ont été demandées qu’il est resté à
l’Elysée tant qu’il a voulu. Mais jamais d’ordres directs. La dignité de M. Loubet n’aurait eu qu’à se révolter
!...
En regard du cas de M Loubet, mettons maintenant celui de M. Casimir-Périer. Ce second exemple est
d’autant plus significatif qu’exceptionnellement ce n’était pas à la Franc-Maçonnerie que M. Casimir- Périer
devait son élévation. L’impressionnabilité des sénateurs et députés au lendemain de l’assassinat de Carnot
l’avait emporté sur les suggestions que le Pouvoir occulte n’avait pu que jeter hâtivement, alors que cette
méthode des suggestions exige forcément le temps comme élément indispensable. C’est à cette
impressionnabilité, passagèrement surexcitée, que fut due l’élection de M. Casimir-Périer.
Or il y avait plusieurs raisons pour que le nouveau président ne pût être le serviteur docile du Pouvoir
occulte. La première de toutes était que M. Casimir- Périer, jouissant d’une grande situation de fortune et en
possession de la première magistrature de la République, n’avait plus rien à ambitionner. Dans ces conditions,
sur quoi s’appuyer pour l’asservir? Si par hasard un président placé dans de telles conditions était parvenu à
s’apercevoir de ce que tout le monde ignorait encore alors : le complot ourdi contre la France, quel rôle s’offrait
à lui ! Quelle tentation d’en accepter les risques et les responsabilités, s’il était par hasard homme de caractère
! Et, dans ce cas, quel danger pour le Pouvoir occulte, qui pouvait être ramené à la situation dans laquelle il se
trouvait à l’époque de la présidence du maréchal de Mac-Mahon et qui risquait, cette fois, de ne plus se tirer
d’affaire comme il l’avait fait ! Le Pouvoir occulte jugeait que AL Casimir-Périer n’était pas homme à se
soumettre; il n’avait donc qu’à manœuvrer pour l’obliger à se démettre. C’est ce qu’il fit. Et c’est pour cela que,
dès les premiers jours de son arrivée au pouvoir, sans d’ailleurs qu’on puisse s’expliquer pourquoi, la popularité
fit défaut au nouveau président. Dès les premiers jours, soyez en sûrs, toutes les forces occultes, toutes « les
influences individuelles soigneusement couvertes » travaillaient contre lui dans l’ombre, dans le silence et dans
le secret. Nous ne nous en doutons pas, mais c’est par ces forces occultes que se font ou que sont empêchées de
se faire les popularités. On sait d’ailleurs dans certains milieux que, dès le début, l’exercice du pouvoir fut rendu
impossible à 'AI. Casimir-Périer. Le Pouvoir occulte l’acculait ainsi à la démission. Là est sans doute la
principale raison de la brusque retraite de ce président. Ne pouvant remplir son rôle, se sentant contrarié,
empêché, arrêté en tout, il a saisi l’occasion de s’en aller dès qu’elle s’est présentée, sans se rendre compte qu’il
désertait en quelque sorte un poste que lui avait confié le bon Génie de la France et qu’il abandonnait sa patrie
à l’ennemi qui la tenait à la gorge.
Il en est des ministres, des sénateurs et des députés comme il en a été de M. Loubet, de AL Casimir- Périer,
et comme il en est de M. Fallières, ce président tiré, comme son prédécesseur, du néant dont parlent les
circulaires maçonniques. Se soumettre ou se démettre, et toujours sans que des ordres soient donnés, telle est
l'alternative qui leur est imposée à tous. Personne ne va dire à l’un ou à l’autre d’entre eux : « F.-, un tel, vous
agirez de telle façon dans telle circonstance », ou : « vous mettrez tel bulletin dans l’urne lors de tel scrutin ».
Si cela peut avoir lieu quelquefois, c’est parce que la domination maçonnique est actuellement si bien établie
qu’on en arrive à négliger les précautions. Le procédé généralement employé est celui que nous avons dit. Par
la direction donnée aux discussions des loges, des congrès et des convents, on fait savoir aux députés, sénateurs
et ministres francs-maçons quelle est la politique maçonnique. On déclare que celle-là est la seule que puisse
servir un bon maçon. Or, il faut être bon maçon ; ou bien, gare « au pied du mur » ! Et même, on ne va pas
jusque-là. Car il ne faut pas s’exposer à ce qu’il soit question de la Franc-Maçonnerie dans le monde profane.
On use d’un subterfuge. On dit : Voilà quelle doit être la politique républicaine, la seule que puisse servir un
vrai républicain. Et il suffit que ce mot d’ordre ait circulé pour qu’ensuite, au seul appel d’un frère qualifié, au
premier signe de détresse exécuté par lui, tout se passe comme si un planton était allé porter un ordre cacheté
du Grand Orient à chacun des sénateurs, députés et ministres francs-maçons. Ils ne se le font, pas dire deux fois.
Une seule suffit. Ils savent trop ce que pourrait leur coûter une simple distraction. Dans une occasion qui n’est
pas trop loin de nous, le F... Lafferre, président du Conseil de l’Ordre, s’est écrié du haut de la tribune : « A leur
vote, la République reconnaîtra les siens ! » Et tous les députés et sénateurs francs- maçons ont compris ce que
voulait dire le F... Lafferre. Ils ont fait en sorte qu’à leur vote, la Maçonnerie, et non pas la République, reconnût
en chacun d’eux un des siens et qu’elle continuât à le gaver.
Nous avons, d’ailleurs, donné dans la troisième partie du Pouvoir occulte contre la France des documents
qui ne laissent aucun doute sur la sujétion absolue des sénateurs, députés et ministres à la Franc- Maçonnerie,
derrière laquelle nous savons maintenant que se cache le Pouvoir occulte ; et nous avons pu constater la nature
des moyens par lesquels cette sujétion est assurée.
i Nous parlions tout à l’heure du F... Morinaud. Qu’on nous permette de rappeler son cas. Il est un des rares où
il y ait eu un ordre précis, un ordre répété du Conseil de l’Ordre. Encore cet ordre n’était-il pas donné au F...
Morinaud pour lui enjoindre d’agir dans tel ou tel sens, il était adressé au Vénérable de la loge dont ce F.-, faisait
partie. Il est à remarquer que cette exception a eu lieu dans une circonstance où la cause juive se trouvait
gravement engagée. C’en fut assez pour que le Conseil de l’Ordre perdît la tête et se laissât aller à faire acte
d’autorité, non seulement malgré la règle de prudence qu’on observe sans qu’elle ait besoin pour cela d’être
écrite, mais encore, ainsi qu’on va le voir, en violation, sur certain point, des règlements généraux. Tant est
profond le sentiment, et étroit le lien par lesquels l’âme maçonnique est unie à l’âme juive ! Notons qu’il n’existe
aucun article des statuts maçonniques qui interdise expressément l’antisémitisme. Sur ce grave sujet, silence et
mystère ! En Maçonnerie, il y a certaines choses dont on ne parle jamais. Ce sont souvent celles auxquelles on
tient le plus. J’ai connu quelques maçons antisémites et j’ai pu constater que jamais on ne leur a donné l’ordre
de ne pas l’être. On les a laissés libres. Mais, circonstance révélatrice ! Bien qu’ils eussent toutes les aptitudes
voulues pour devenir députés ou sénateurs, et bien qu’ils fussent dévorés du désir de l’être, on eut soin de
toujours les oublier.
Le cas du F... Morinaud était particulier. Bien qu’antisémite, il était devenu député parce qu’il avait
bénéficié de la tempête d’antisémitisme qui agita toute l’Algérie. Cette tempête fut telle que la Franc-
Maçonnerie algérienne, emportée par le formidable mouvement, échappa un moment aux directions spirituelles
de la métropole et devint, au moins en partie, antisémite comme tout le monde profane. La campagne électorale
de 1898 fut particulièrement chaude, on se le rappelle, dans notre colonie. Morinaud fut élu comme antisémite,
avec l’appui’ de sa loge, antisémite comme lui.
Un franc-maçon antisémite élu député avec l’appui du corps maçonnique également antisémite !... C’était
l’abomination de la désolation dans le Temple de Jérusalem, et aussi dans celui d’Hiram !
Il fallait un exemple ; un exemple que tous les francs-maçons pussent méditer, afin d’apprendre à rester
dans la bonne voie, ou à y rentrer s’ils en étaient sortis ; mais un exemple qui demeurât aussi invisible que
possible au monde profane, celui-ci n’ayant, pas à savoir s’il existe ou s’il n’existe pas de lien entre le Judaïsme
et la Maçonnerie.
Sous la suggestion du Pouvoir occulte, le Convent et le Conseil de l’Ordre convinrent que Morinaud serait
frappé. Mais comment? Ils ne pouvaient invoquer contre lui aucun article des règlements puisque ceux-ci sont
muets sur l’antisémitisme. Ils n’avaient à leur disposition que ce fameux principe de tolérance et de respect de
toute foi religieuse qui est inscrit dans les statuts à côté d’autres mensonges. Mais le F... Morinaud ayant constaté
que ce principe était lettre morte lorsqu’il s’agissait des catholiques, pouvait légitimement objecter qu’il n’y
avait pas de raison pour qu’il n’en fût pas de même lorsqu’il s’agissait des Juifs. On lui montra comment les
choses devaient être comprises. Sous l’empire des suggestions répandues dans les loges, le Conseil de l’Ordre,
poussé par le Convent, entama une correspondance avec le Vénérable de la loge Union et Progrès pour amener
celui-ci à faire intenter par son atelier un procès maçonnique au F... Morinaud. Le Vénérable répondit qu’il lui
était impossible d’agir ainsi, qu’il n’en avait pas le droit, parce qu’aucun des chefs d’accusation prévus par les
règlements ne pouvait être invoqué contre Morinaud. Il ajouta que ce frère était un parfait anticlérical, puisque
son mariage avait été purement civil et qu’aucun de ses enfants n’était baptisé ; qu’il était un excellent
républicain, puisqu’il avait toujours voté comme le F... Brisson. Le F... Morinaud se montrait seulement,
antisémite. Mais où était l’article des statuts maçonniques qui interdisait l’antisémitisme? Dans ces conditions,
les règlements s’opposaient à ce que le F... Morinaud fût mis en accusation.
Le Conseil de l’Ordre fut alors obligé de montrer que l’anticatholicisme et le républicanisme ne constituent
pas tout le programme maçonnique. Evidemment poussé par des influences très pressantes, il sortit des règles
de prudence habituelles. Il oublia la tactique fondamentale de l’ordre, qui consiste à procéder par suggestions et
non par des ordres donnés brutalement. Se retranchant derrière le Couvent qui, disait- il, avait manifesté
nettement sa volonté, il déclara par lettre au Vénérable de la loge Union et Progrès que si le F... Morinaud n’était
pas mis en accusation, la loge serait mise en sommeil. C’était l’ordre intimé en violation des règlements. Mais
il s’agissait de l’intérêt juif !
Sur les conseils de Morinaud lui-même, la loge céda, pensant que c’était la meilleure façon d’en finir. Elle
mit donc Morinaud en accusation. Elle s’imaginait qu’elle en serait quitte pour l’absoudre puisque c’est à elle
que revenait le droit de le juger, et elle crut l’avoir emporté sur le Conseil de l’Ordre lorsque, après examen des
faits, et par un jugement rendu suivant les formes maçonniques, jugement appuyé sur sept pages de considérants
et prononcé à l’unanimité de ses membres, elle eut déclaré Morinaud innocent.
Le Conseil de l’Ordre ne se le tint pas pour dit. Il voulait que l’antisémitisme fût battu et il fit le nécessaire
pour cela. Il cassa de sa propre autorité le jugement de la loge Union et Progrès, il en appela devant un jury
maçonnique sur lequel il pouvait compter, et il réussit à faire condamner le F... Morinaud à cinq ans d’exclusion
de la Franc-Maçonnerie, non comme antijuif — une telle franchise eût pu compromettre la Maçonnerie et, qui
sait? peut-être aussi le Pouvoir occulte, — mais comme clérical et réactionnaire, ce qui était absolument
contraire à la vérité.
Après quoi, le Conseil de l’Ordre manœuvra pour que le F... Morinaud ne fût pas réélu député, — ce à quoi
il réussit, — et pour que l’antisémitisme fût extirpé des loges algériennes, — ce qui est depuis longtemps un fait
accompli.
J’ai eu entre les mains les pièces officielles de ce procès. Elles font foi que les choses se sont passées comme
je viens de le raconter.
Donc, sauf en des cas absolument exceptionnels comme celui-ci, où la cause juive était en jeu, pas d’ordres
donnés en Franc-Maçonnerie. C’est un principe dont le lecteur doit se pénétrer, quelque idée contraire qu’il ait
eue jusqu’ici.
Après les développements que nous venons de fournir pour établir qu’en Franc-Maçonnerie on ne procède
pas par ordres que les uns donnent et que les autres exécutent, ce qui rendrait absolument impossible l’existence
et le fonctionnement d’un Pouvoir occulte, nous signalerons une particularité qui constitue une preuve pour
ainsi dire matérielle de notre démonstration.
Cette preuve résulte du fait que parmi les articles des statuts de la Maçonnerie qui établissent les catégories
de délits maçonniques ainsi que les peines afférentes à chacune de ces catégories, aucun ne parle des punitions
à infliger pour cause de refus ou d’absence d’exécution des ordres reçus ; tandis qu’au contraire les peines les
plus sévères dont on dispose sont réservées à « l’infidélité aux principes maçonniques». C’est là une particularité
dont la signification ne saurait échapper à personne. Il n’existe pas de peines prévues contre les refus
d’obéissance aux ordres, parce qu’il n’est jamais donné d’ordres.
La nature des peines réservées à ceux qui se montrent coupables « d’infidélité aux principes maçonniques
» fournit elle-même une corroboration de notre exposé ! Rappel à l’ordre, blâme, suspension et enfin exclusion
: voilà ce dont la Franc-Maçonnerie punit les francs-maçons délinquants ou infidèles. Elle les rejette, purement
et simplement. Ils repoussent la suggestion? Elle les repousse à son tour.
En est-il ainsi dans les sphères mystérieuses qui enveloppent de plus ou moins près le Pouvoir occulte? Je
me garderais bien de l’affirmer. Je crois avoir constaté des exemples contraires. Il est, d’ailleurs, impossible
qu’il en soit autrement. Sans cela, les vrais, les profonds secrets, ceux de l’origine et du but de la Franc-
Maçonnerie seraient connus depuis longtemps.
Mais dès lors que la Franc-Maçonnerie extérieure, celle qui se recrute directement dans le monde profane
est une association d’éducation, il est logique que les peines y soient celles dont nous venons de parler et il serait
illogique qu’elles fussent autres. C’est parce qu’elles sont telles et c’est parce que tout se tient admirablement
dans l’organisme maçonnique que le lecteur doit se convaincre de ce dont il a sans doute et tout naturellement
commencé par s’étonner, à savoir : Qu’on ne donne pas d’ordres en Franc- Maçonnerie.
IMPORTANCE DU FAIT
QUE NO.US VENONS DE SIGNALER.
La connaissance de cette particularité, nous le disions tout à l’heure et nous y insistons d’une manière toute
particulière, est essentielle au point de vue pratique.
Si, en effet, la Franc-Maçonnerie est un organisme d’éducation et non d’action, mais un organisme
d’éducation tendant à l’action, à la lutte, à la guerre intellectuelle, c’est par la création d’organismes analogues
que nous avons chance de lutter avantageusement contre elle.
Les associations que nous organisons ne seraient- elles que des organismes d’action, électorale ou autre,
sans que leurs membres aient été formés par une éducation préalable tendant à leur faire connaître l’adversaire
qui leur fait partout face sans qu’ils l’aperçoivent? Alors ces associations se battront dans le vide, comme on a
fait depuis un siècle.
Ne sont-elles, au contraire, que des organismes d’éducation, sans que cette éducation tende à l’action, à la
lutte, à la guerre contre ce qui tend constamment à l’action, à la lutte et à la guerre contre la France et contre les
traditions qui sont les sources de sa vie? Alors quelque agitation qu’elles se donnent, quelque zèle qu’elles
déploient, elles laisseront périr et la France et ses traditions, parce qu’elles ne frapperont pas sur ceux qui, au
contraire, ne sont occupés qu’à frapper.
La connaissance du fait que nous venons de mettre en lumière est encore d’une autre utilité pratique. Elle
nous fait comprendre que, ne pouvant pas donner d’ordres, le Pouvoir occulte, condamné à procéder comme
nous allons le montrer, a besoin de longs espaces de temps pour arriver à ses fins.
Nous pouvons utiliser ce temps pour organiser la lutte.
Parviendrons-nous à ouvrir les yeux de la nation tout entière? Si nous y réussissons, serat-il- encore temps,
une fois cette partie de la besogne accomplie, que la France prépare sa défense ? Ne sera-t-elle pas trop avant
dans la gueule du monstre? Là est pour nous la question vraiment angoissante, surtout si nous songeons aux
difficultés que nous connaissons bien, difficultés de toute nature qui s’opposent à ce que soient réunis les
concours et les ressources nécessaires à l’organisation de cette propagande et de cet enseignement
antimaçonniques en l’absence desquelles il n’y a pas de salut possible.
DEUXIÈME PARTIE
Le mode d’action dit Pouvoir occulte. Sélections. Suggestions.
CHAPITRE IV
Les sélections maçonniques.
Précautions prises pour que l’enseignement donné dans les ateliers porte ses fruits.
Le Pouvoir occulte ne pouvant transmettre ses volontés d’une façon impérative, nous avons à étudier le
procédé dont il use pour obliger les Francs- Maçons à servir ses desseins.
Il a adopté pour cela un système de sélections et de suggestions combinées d’une manière aussi ingénieuse
que perfide et qui sont rendues possibles grâce à la superposition de sociétés secrètes qui caractérise
l’organisation maçonnique.
Sélection ! suggestion ! Que le lecteur retienne bien ces mots. Ils contiennent le secret de la puissance du
Pouvoir occulte.
Sélectionner des sujets jugés aptes à recevoir certaines suggestions, les nourrir de celles-ci, une fois cette
première préparation terminée, opérer parmi eux de nouvelles sélections en vue d’autres suggestions, poursuivre
de la même manière en imprégnant de plus en plus les individus des idées dont le règne est indispensable à
l’obtention du but qu’il s’agit d’atteindre, éliminer les adeptes reconnus impropres au service, ou tout au moins
ne pas leur faire dépasser le degré où ils sont arrivés : voilà la méthode que le Pouvoir occulte a inventée pour
la Franc-Maçonnerie, la seule dont puisse user cette association en raison des conditions dans lesquelles elle a
été constituée. A tel point que si l’on trouvait le moyen de supprimer la possibilité des sélections et des
suggestions dans les ateliers, on supprimerait la Franc- Maçonnerie elle-même, on couperait les bras au Pouvoir
occulte.
La Franc-Maçonnerie n’est donc rien autre chose qu’une société secrète qui tend à la déformation
progressive des intelligences par le moyen de sélections et de suggestions combinées dans ce but.
Ces suggestions émanent du Pouvoir occulte, qui les fait passer dans les Franc-Maçonneries supérieures,
d’où elles descendent dans les Maçonneries inférieures pour être ensuite répandues dans le monde profane.
C’est par ces suggestions que le Pouvoir occulte procède invisiblement à la lente destruction des états
d’esprit qui créent des obstacles à sa marche et qu’il les remplace par ceux qu’il juge indispensables à la future
réalisation de son but secret.
Il absorbe la Maçonnerie dans ce travail préparatoire durant des périodes d’années aussi longues que
l’exigent les circonstances. Plus de cinquante ans ont été employés ainsi à la préparation de la Révolution et
plus de soixante-dix à celle de la situation actuelle. Pendant ces périodes, on ne s’occupe que d’une seule chose
: enfoncer les suggestions d’une manière progressive dans les intelligences, et l’on part tout naturellement pour
cela des principes que nous avons vus formulés dans les statuts. On profite des contradictions qui ont été
ménagées à dessein dans la déclaration de ces principes. On passe sous silence certains de ceux-ci. On insiste
au contraire sur les autres. Peu à peu on accentue les suggestions dans le sens voulu, on les rend de plus en plus
exigeantes, violentes, despotiques, de manière à ce que ceux qui en sont imprégnés deviennent de véritables
fanatiques. Tandis que ce travail est opéré à l’intérieur des loges, les membres de celles-ci exécutent la même
manœuvre dans le monde profane. C’est seulement après cette besogne accomplie que les francs-maçons pas-
sent de la propagande à l’action. Ils paraissent alors servir la libre opinion de la majorité des citoyens. En réalité,
ils n’obéissent qu’à l’état d’esprit qu’ils ont créé d’après celui qui a été créé en eux-mêmes, et ainsi, sans qu’ils
le sachent et sans que puissent le savoir les foules hypnotisées comme eux et par eux, toute la nation agit
conformément à ce qu’exige le Pouvoir occulte inventeur et organisateur de l’immense manœuvre.
La Franc-Maçonnerie, avons-nous dit, n’est pas une ligue d’action, mais son enseignement tend à former
des hommes d’action. Il tend encore plus à former des apôtres. Il est vrai que les apôtres sont les véritables
hommes d’action de certaines époques, précisément parce que leur prédication est la seule action possible dans
ces époques-là. C’était le cas au moment où le Pouvoir occulte fondait la Franc-Maçonnerie, et c’est pour cela
que celle-ci a été constituée comme nous venons de le dire. Quoi de plus logique ?
N’être pas une ligue d’action c’est ce grâce à quoi la Franc-Maçonnerie avait pu jusqu’ici éviter toutes les
responsabilités.
Si, à l’heure actuelle, nous pouvons mettre la main sur elle, tandis que pendant deux cents ans, elle était
parvenue à se faire toujours passer pour autre chose que ce qu’elle était, si nous arrivons à ce résultat que n’ont
jamais pu atteindre les antimaçons des époques antérieures et qui est le commencement de sa ruine, c’est parce
que ceux qui la dirigent, ceux qui constituent le pouvoir occulte ont été amenés par les raisons que nous avons
dites, à la transformer depuis quelques années en ligue d’action, elle qui n’avait pas été créée pour cela. .
« Etre franc-maçon, disait le F... Lafferre au banquet du Convent de 1903, c’est être apôtre. »
Si l’on sélectionne et si l’on suggestionne tant en Franc-Maçonnerie c’est, en effet, pour créer des apôtres
qui exercent leur esprit de prosélytisme à tous les étages de la hiérarchie maçonnique, ainsi que dans le monde
profane. C’est donc une parole à garder que celle du F... Lafferre, car elle nous livre un des secrets de la méthode
du Pouvoir occulte.
Quand on n’est pas apôtre, être maçon c’est être aspirant apôtre. C’est toujours le F... Lafferre qui nous
l’apprend, en un de ces développements oratoires où la Maçonnerie est magnifiée mensongèrement et avec
l’outrecuidance habituelle, mais qui n’en est pas moins révélateur.
« Il y a des hommes dans la Maçonnerie, disait-il, qui arrivent à la plénitude de l’affranchissement
intellectuel et moral ; il y en a d’autres que l’on sait susceptibles de s’affranchir, et ce sont les aînés, ce sont les
maîtres, ce sont les compagnons qui affranchissent peu à peu l’apprenti. C’est ainsi que le gros bataillon des
libres penseurs se forme, c’est ainsi que la Maçonnerie devient l’éducatrice de l’humanité, et c’est ainsi qu’elle
voit ses rangs grossir tous les jours ; c’est ainsi que chaque jour, par le perfectionnement intellectuel et moral
de l’individu, elle prend celui qui, abandonné à lui-même, serait peut-être resté le prisonnier de la réaction et du
cléricalisme, et qui, grâce à votre aide, par le perfectionnement moral que détermine l’institution, devient demain
votre égal, devient un apôtre aussi puissant que vous, devient un des maîtres de la Maçonnerie en même temps
qu’un des éducateurs de la démocratie. »
Remplacez certaines expressions par d’autres : par exemple mettez « destruction de toute discipline morale
et intellectuelle » là où il y a « perfectionnement », mettez « Franc-Maçonnerie corruptrice » là où il y a « Franc-
Maçonnerie éducatrice » et vous vous rendrez exactement compte de la besogne qu’accomplit le Pouvoir occulte
au sein des ateliers de tout grade. Nous en avons d’ailleurs maintenant la preuve par l’extraordinaire production
de scandales, de hontes, de vices et de crimes qui est la conséquence de l’établissement du Pouvoir maçonnique
en France.
Mais surtout, mettez « asservissement au Pouvoir occulte » là où il y a « affranchissement intellectuel » car
c’est surtout à cela que tend l’œuvre entreprise par l’intermédiaire des aveugles qui s’imaginent posséder et
répandre la lumière. Il suffît, en effet, d’aller tant soit peu au fond des choses pour constater que le prétendu
affranchissement intellectuel, tant au point de vue religieux qu’au point de vue politique et au point de vue
social, tend purement et simplement, ainsi que nous avons déjà dit, à la destruction des organismes et de toutes
les forces qui constituent par leur coordination les corps sociaux existants, et qui établissent par là même des
barrières infranchissables contre les entreprises secrètes du Pouvoir occulte. Ces barrières, il fallait que celui-ci
les détruisît ou qu’il demeurât impuissant. Et c’est pourquoi il a inventé le mot libérer pour couvrir l’œuvre de
préparation à l’asservissement.
i Nous allons étudier le détail de l’opération telle qu’elle est pratiquée dans la Franc-Maçonnerie.
Nous avons expliqué comment et pourquoi la Franc-Maçonnerie à ses débuts voyait s’asseoir sur les
colonnes de ses temples des hommes paisibles incapables d’admettre l’idée de la préparation d’un attentat
quelconque contre la religion nationale ou contre le gouvernement traditionnel. Mais elle pouvait aussi en attirer
d’autres, ainsi que nous l’avons expliqué : les inquiets, les mécontents, les ambitieux, et tous ceux que fatiguait
la discipline catholique ou qu’irritaient les contraintes imposées par l’organisation politique et sociale. Toute la
tactique du Pouvoir occulte ou, plus exactement, celle qu’il suggérait aux intermédiaires par lesquels il était
obligé d’agir, devait consister à utiliser la bonne réputation des adeptes de la première catégorie et à décourager
le moins possible ceux de la seconde. Car si la présence des uns constituait une protection nécessaire, c’était en
revanche parmi les autres qu’il y avait chance de recruter les vrais ouvriers du « grand œuvre ».
Cette composition initiale des loges imposée par les nécessités auxquelles avait à faire face le Pouvoir
occulte appelait une correction. Puisqu’elle introduisait dans les ateliers des hommes qui, en raison de leur
caractère et de leur tempérament, devaient toujours rester rétifs à tout enseignement subversif, il était de toute
nécessité que le Pouvoir occulte pût se débarrasser de ceux-là lorsqu’il le voudrait. Il y pourvut par le système
des sélections successives.
Parmi celles-ci il en est une dont le caractère est très particulier, parce qu’elle s’exerce d’une façon
constante, et pour ainsi dire automatiquement, en raison de la facilité avec laquelle peuvent s’éloigner de la
Maçonnerie les francs-maçons qui ont cessé de s’y plaire. Le Pouvoir occulte a pris soin en effet de n’opposer
aucun obstacle à la sortie de ceux-là. Quiconque ne trouve pas dans la Franc-Maçonnerie ce qu’il s’imaginait y
rencontrer n’a même pas à faire le geste de la démission. Il peut se borner à ne plus paraître en loge et à ne pas
payer ses cotisations. On le raye, après rappel resté sans réponse, et tout est dit. C’est ainsi que les choses se
passent très fréquemment. .
Comme, au contraire, certaines précautions sont prises pour défendre l’entrée des loges, on peut dire que
l’orifice d’échappement est plus large que celui d’introduction et qu’ainsi, le rejet des rebuts s’effectue de la
façon la plus naturelle. '
En fait, une première sélection est opérée au moment même où un profane est attiré dans une loge. Elle
résulte de ce que ce profane est préalablement observé par au moins un franc-maçon qui lui fait les premières
ouvertures parce qu’il le connaît.
Cette sélection est forcément imparfaite puisqu’elle est laissée aux soins de chaque adepte. Celui-ci opère
avec ce qu’il a de zèle, d’intelligence et de perspicacité. Or, il s’en faut que tous les enfants de la Veuve soient
intelligents et perspicaces. De plus, ils ignorent les vrais plans du Pouvoir occulte. Ils ne savent que ce qui leur
a été révélé, c’est-à-dire rien ou à peu près. Et encore, ce rien varie-t-il, non seulement avec les grades, mais
aussi avec les pays et les époques. Le franc-maçon recruteur se borne en somme à attirer dans la Franc-
Maçonnerie ceux de ses amis dont il considère l’état d’esprit comme correspondant au sien propre. Une triple
enquête est faite par d’autres membres de l’atelier sur le profane ainsi proposé. Des interrogations sont adressées
à celui-ci. Enfin on lui fait subir les ridicules épreuves physiques qui ont l’utilité que nous avons signalée.
Un recrutement opéré dans de pareilles conditions est forcément aussi médiocre que l’était celui des pre-
mières loges, eu égard au but que la Franc-Maçonnerie doit réaliser. Mais la correction résultant de l’élimination
volontaire intervient immédiatement, et c’est pour produire son effet au gré du Pouvoir occulte.
Au gré du Pouvoir occulte, disons-nous, car celui-ci est toujours libre d’activer plus ou moins le jeu de ce
mécanisme d’élimination. Il n’a pour cela qu’à accentuer dans tel ou tel sens l’enseignement qu’il distribue.
Ceux auxquels cette modification déplaît, quittent la Franc-Maçonnerie. C’est ainsi que, sans qu’on s’en doute,
la facilité avec laquelle un franc- maçon cesse de l’être contribue, à elle seule, et dans une large mesure, à la
sélection telle que la veut le Pouvoir occulte, et cela sans que celui-ci ait besoin de se montrer jamais.
Deux particularités intéressantes à signaler permettront au lecteur de s’en rendre compte.
Les profanes ont eu connaissance de certaines défections retentissantes qui ont eu lieu depuis plus de vingt-
ans au sein des loges, et qui toutes ont eu pour cause la révolte d’un sentiment d’honnêteté ou de patriotisme
chez ceux qui faisaient claquer ainsi les portes. L’ancien préfet de police, M. Andrieux, fut parmi les premiers
de ces révoltés. On comprend que si le monde profane a connu quelques-uns d’entre eux, il a ignoré un grand
nombre de dissidents de moindre notoriété, qui ont, eux aussi, quitté la Franc-Maçonnerie par dégoût de ce qui
s’y passait. Par qui ont-ils été remplacés? Par des gens moins scrupuleux. Et à quel moment ces renouvellements
ont-ils eu lieu dans le personnel? Précisément à l’heure où le Pouvoir occulte songeait à certaines destructions
non plus d’ordre religieux, mais d’ordre national, dont il n’avait pas encore été question. Pour la réalisation de
ces destructions, il fallait d’autres ouvriers que ceux qui avaient été suggestionnés jusqu’alors et qui ne l’avaient
été qu’au seul point de vue antireligieux. Le Pouvoir occulte n’a eu qu’à démasquer quelques-unes de ses
nouvelles vues, et ceux qui n’étaient pas bons pour les servir se sont éliminés d’eux-mêmes, laissant la place à
ceux qui, au contraire, y étaient aptes, et qu’à cause de cela il introduisait dans la Franc-Maçonnerie. La sélection
s’est ainsi faite automatiquement, par l’élimination volontaire, et elle s’est faite selon ce qu’exigeait le besoin
immédiat. Le Pouvoir occulte sentirait-il après cela, la nécessité d’un recul momentané? En ce cas, une pesée
en sens inverse sur le volant de direction suffirait. On verrait les Francs-Maçons trop avancés lâcher à leur tour
la Maçonnerie, parce qu’ils la trouveraient trop réactionnaire. A leur place rentreraient ceux dont aurait
momentanément besoin le Pouvoir occulte : les modérantistes qu’il saurait attirer ou faire rentrer au bercail. La
sélection se ferait encore automatiquement, par l’élimination volontaire, et elle se ferait toujours selon le besoin
immédiat du Pouvoir occulte.
Une autre particularité dont nous avons déjà dit un mot en parlant des listes de francs-maçons qui ont été
publiées, montre à quel point est considérable l’élimination volontaire dans la Franc-Maçonnerie.
Nous avons eu à signaler ce fait : qu’à certaines époques le nombre des francs-maçons français reste
sensiblement le même durant de très longues périodes. Par exemple il en a été ainsi pendant les six années que
j’ai passées dans la Franc-Maçonnerie. Durant cet espace de temps, la fédération du Grand Orient de France a
compté environ seize mille membres. Et cependant il y avait sept ou huit fois plus d’initiations que ce qui eût
été nécessaire pour remplir les vides causés par la mort. Un nombre considérable de francs-maçons quittaient
donc la Franc-Maçonnerie. Quels étaient ceux qui restaient ? Ceux qui se plaisaient dans le milieu maçonnique
tel qu’il était alors, ils témoignaient par cela même qu’ils se trouvaient dans un état d’esprit en rapport avec les
besoins momentanés du Pouvoir occulte. Ceux qui s’en allaient étaient, au contraire, évidemment dans un état
d’esprit autre. Ils s’éliminaient d’eux-mêmes.
PREMIÈRES ÉVOLUTIONS.
Les choses étant ainsi organisées, il peut sembler que quelques années auraient dû suffire au Pouvoir occulte
pour que ses loges, recrutées au début dans les conditions que nous avons exposées, ne fussent
plus composées que de ces esprits subversifs par l’action desquels devait être atteint le but auquel il tendait.
Mais il y avait beaucoup de choses à mener de front. La prudence ordonnait d’aller lentement. Il fallait avant
tout tenir compte de l’opinion publique profane, qu’il s’agissait de ne pas heurter, qu’on devait seulement
modifier peu à peu.
Lorsqu’il eut sous la main les sujets convenables, le Pouvoir occulte commença à agir dans ce sens.
Il fit choix de ceux qui étaient doués de l’esprit de prosélytisme. Cela se rencontre, même chez des ambi-
tieux, des mécontents ou des indisciplinés. Si ces ambitieux, ces mécontents et ces indisciplinés étaient restés
isolés les uns des autres comme ils l’étaient dans le monde profane, que pouvaient-ils? Rien. Il suffisait au
contraire qu’ils fussent réunis pour que leur force se fît sentir. Cette force devenait redoutable si elle était dirigée
et si leurs efforts étaient coordonnés. Elle était centuplée, si un éducateur perfide transformait à leurs yeux en
un noble « esprit philosophique et progressif » le bas esprit d’ambition, de mécontentement et d’indiscipline qui
les animait.
Etait-ce difficile? Nullement. Simple affaire de suggestion que devait singulièrement faciliter la vanité des
intéressés. Grâce à quoi on débarrassait leurs plus méprisables égoïsmes du frein de la honte ; on les auréolait
même ; on revêtait d’enthousiasme l’ardeur cachée de leurs désirs inassouvis. Plus ils étaient vicieux et plus ils
devaient avoir plaisir à se dire et à se croire épris de progrès.
C’était une force colossale qui allait se trouver par-là déchaînée contre ce catholicisme qu’il était facile de
présenter au contraire comme ennemi de tout progrès, par cela seul qu’il restait fidèle à cette haute vertu : la
discipline... Or, tel était précisément le rôle que le Pouvoir occulte entendait faire jouer à la Maçonnerie, et
c’était dans cette vue qu’il avait introduit dans la déclaration des principes maçonniques, l’esprit « philosophique
et progressif » à côté du « respect de toute foi religieuse ». Le premier n’était là que pour servir de masque à
toutes les passions humaines, et pour leur permettre de se ruer, en se glorifiant, contre le second.
« Etre franc-maçon, c’est être apôtre ! » devaient dès lors commencer à dire utilement les F. .. F... Lafferre
de l’époque, pour stimuler la propagande perverse.
Par ces « apôtres » dont il coordonnait l’action, et qui agissaient au dehors individuellement et sans
découvrir la Franc-Maçonnerie, le Pouvoir occulte pouvait cultiver avec succès et incognito dans le monde
profane le même esprit d’inquiétude, de mécontentement, d’indiscipline et d’ambition qui les agitait eux-
mêmes. Grâce à cette culture, tous les êtres vicieux allaient être persuadés qu’ils étaient philosophes, champions
du progrès et par conséquent supérieurs à ceux qui pratiquaient les vieilles vertus routinières... L’effet ne devait
pas tarder à se faire sentir.
A mesure qu’une modification se produisait dans l’état d’esprit des milieux profanes influents, le Pouvoir
occulte pouvait accentuer proportionnellement l’interprétation des principes dangereux de la déclaration, dans
le sens offensif contre ce qu’il avait résolu de détruire. Il avançait ainsi pas à pas, lentement mais sûrement, sans
heurter l’opinion régnante, en mesurant toujours les accentuations de son enseignement à l’intérieur des loges,
selon les résultats qu’il constatait à l’extérieur.
Lorsque cette tactique patiente eut produit ses effets, une heure vint où le Pouvoir occulte put débarrasser
la Franc-Maçonnerie d’un des masques qu’il lui avait mis sur la figure, et où il fut permis à celle- ci de se donner
sans risque comme le lieu de rassemblement de tous les novateurs.
On peut considérer que la période d’incubation de l’état d’esprit .qui permit ce changement de figure de la
Franc-Maçonnerie française dura depuis l’apparition de cette association jusque vers 1770.
C’est dans cette période de travaux préliminaires que les écrivains comme le F... de la Tierce, préoccupés
de répondre aux accusations très précises déjà contenues dans les encycliques des Papes, célébraient les vertus
des Francs-Maçons. « Représentez-vous un homme craignant Dieu, fidèle à son prince, voilà le maçon. Voilà
ses mystères ; voilà son secret... Celui qui s’écarte des devoirs de la religion n’est point maçon. Il en usurpe le
nom ; il n’a jamais mérité de le porter. »
Il y avait bien, en effet, dans la Maçonnerie des francs-maçons dont le portrait correspondait à celui que
traçait le F.-, de la Tierce. Mais il y en avait aussi d’autres que le Pouvoir occulte avait soin d’y introduire. Au
nom de la tolérance, il contraignait les premiers à faire bon ménage avec les seconds et il se réservait de
remplacer peu à peu ceux-là par ceux-ci, à mesure que le travail de suggestion porterait ses fruits.
Rapprochez d’ailleurs les déclarations du F.-, de la Tierce de celles qui sont faites par les francs-maçons de
nos jours :
« La Franc-Maçonnerie est la contre-Eglise... » « Entre la Maçonnerie et l’Eglise, c’est une guerre à mort
et sans merci »... « Il faut écraser l’infâme, et l’infâme, c’est Dieu !... » Vous aurez ainsi le point de départ et le
point d’arrivée, et vous vous rendrez compte de la prodigieuse perfidie dont il faut que soit doué le Pouvoir
occulte, surtout si vous considérez que sa Franc-Maçonnerie fut une première fois, en 1793, ce qu’elle est
aujourd’hui ; qu’il, la fit militariste sous le premier empire ; qu’il la plia aux manœuvres les plus hypocrites
sous la Restauration ; qu’il la présenta de nouveau alors sous les traits d’une association d’hommes « craignant
Dieu et fidèles à leur prince »; qu’il l’employa cependant à la préparation de la Révolution de 1830 d’abord et
de la République de 1848 ensuite ; qu’il l’obligea d’étrangler cette République et de faire le second empire;
qu’il l’amena à tuer celui-ci comme elle avait tué la République: et que, pour comble, il lui fit accomplir toutes
ces évolutions et ces révolutions en entretenant toujours les populations dans la persuasion que la dite Franc-
Maçonnerie ne s’occupait pas de politique.
C’est aussi dans cette première partie de l’incubation du nouvel état d’esprit que fut organisé le succès de
la littérature philosophique, dont tout l’effort fut tourné contre les deux traditions nationales : le catholicisme et
la monarchie.
Ce succès fut universel, et on a considéré cette universalité comme un fait spontané, ainsi qu’on a fait pour
tant d’autres choses qu’on a cru spontanées, elles aussi, et qu’on sait maintenant avoir été préparées par l’action
maçonnique. On a voulu l’attribuer au seul talent des écrivains et à la supériorité des idées qu’ils développaient.
Mais bien d’autres écrivains français ont eu plus de talent que les écrivains philosophes, y compris Voltaire.
Quant à la prétendue supériorité de leurs idées, on sait aujourd’hui à quoi s’en tenir là-dessus. La preuve est
faite qu’elles sont mortelles pour tout groupement humain qui a l’imprudence de les accepter.
La vérité est tout autre.
Pour la trouver, il faut commencer par se dire qu’un fait comme celui-là ne peut pas être spontané, qu’il ne
peut non plus avoir pour cause unique — même s’il était vrai que cette cause existât — le talent des écrivains
ou la supériorité des idées qu’ils propagent, qu’il doit être préparé et organisé. Il en est ainsi de nos jours. A
plus forte raison pendant le xviiie siècle. Il convient aussi de remarquer que pour organiser une diffusion
universelle d’ouvrages quelconques, il faut en avoir les moyens ; que ces moyens, le Pouvoir occulte les
possédait, puisqu’il avait pu créer une Franc-Maçonnerie universelle et puisque, par cette Franc-Maçonnerie, il
avait singulièrement augmenté sa puissance d’action internationale ; qu’en dehors de l’Eglise, il était seul à
pouvoir agir internationalement ; qu’il avait un immense intérêt au succès de la littérature philosophique, lui qui
aspirait, dès avant l’apparition de cette philosophie, à la création d’un état d’esprit anticatholique; que d’ailleurs
les écrivains philosophes étaient francs-maçons ; qu’ils bénéficiaient par conséquent de l’esprit de solidarité que
le Pouvoir occulte a soin de développer au sein de la Maçonnerie; qu’enfin leur campagne fut conduite
maçonniquement, ainsi qu’on peut s’en rendre compte en lisant la correspondance de Voltaire, initié dès sa
jeunesse en Angleterre, grand chef de la lutte contre le catholicisme par la propagande écrite,, et qui
correspondait maçonniquement avec ses complices. Si l’on ajoute à tant d’éléments d’appréciation ce fait capital
que des entreprises de colportage furent fondées, par lesquelles les œuvres des écrivains philosophes furent
répandues gratuitement dans toute la France et à l’étranger, on se persuadera que la spontanéité du succès
universel de la littérature philosophique du xviiie siècle est une pure légende, et l’on attribuera au Pouvoir occulte
la part de cette « spontanéité» qui lui revient en toute propriété comme en toute justice.
L’époque dont nous parlons fut également celle où le Pouvoir occulte recrutait sa Maçonnerie dans l’élite
sociale et politique. Il avait besoin des hommes appartenant à cette élite. Puisque c’est elle dont il devait tout
d’abord déformer l’entendement. La corruption des mœurs devait d’ailleurs aider singulièrement a cela. Le
Pouvoir occulte avait aussi besoin des hommes appartenant à la classe sociale qui venait immédiatement au-
dessous de celle des privilégiés. Lorsque sonnerait l’heure de l’action, c’est ceux-là qui devaient mener le
mouvement dont ils recueilleraient tous les profits que le Pouvoir occulte jugerait bon de leur laisser. Il fallait
donc qu’ils fussent formés. C’est pourquoi il y avait alors dans les loges des bourgeois et des hommes de loi, à
côté des princes, des nobles et des abbés.
Lorsque, sous couleur de philosophie et de progrès, les suggestions devinrent plus agressives contre le
catholicisme, et lorsque, par suite, les résistances de certains adhérents se produisirent, le Pouvoir occulte n’eut
point à s’émouvoir. Le plus qu’il risquait, s’il avait soin de ne pas trop précipiter la marche de son enseignement,
c’était de perdre ses adeptes les plus réfractaires. Mais cela était prévu et même désiré par lui. Ne savait-il pas
que, grâce au travail déjà accompli, il pouvait se séparer d’eux sans danger? N’avait-il pas par qui les remplacer?
Et le recrutement maçonnique n’allait-il pas se trouver modifié, par suite de ce remplacement, comme il était
utile pour la marche de ses affaires et la future réalisation de ses secrets desseins? Les rétrogrades pouvaient
donc partir si bon leur semblait. Quant à ceux d’entre eux qui, après avoir commencé par protester,
continueraient à fréquenter les loges, leur affaire était sûre ; ils étaient destinés à subir l’influence du milieu et,
tout en se faisant plus ou moins traîner, à emboîter le pas aux avancés. Leur modération continuerait d’ailleurs
de servir de couverture à la Maçonnerie. Bien loin de nuire, leurs résistances seraient encore utiles. Elles
renseigneraient le Pouvoir occulte sur ce qui pouvait ou ne pouvait être tenté sans danger. En même temps, elles
lui serviraient de frein pour modérer les ardeurs intempestives des plus hardis qui, n’étant pas mis par lui au
courant de ses vues secrètes, se laissaient aller aux impatiences ou aux convoitises que les suggestions excitaient
en eux.
Le recrutement maçonnique se modifiait ainsi d’une façon méthodique, les sélections et les suggestions
s’opérant avec une parfaite coordination.
Nous avons fait remarquer tout à l’heure que, le courant d’idées variant dans la Maçonnerie selon
l’impulsion donnée par le Pouvoir occulte, il en résultait que celui-ci était maître de chasser de la Maçonnerie
ceux qu’il lui plaisait d’en voir sortir, et cela, sans avoir besoin de paraître. Nous montrions aussi que, par là
même, le Pouvoir occulte était également maître du recrutement. Nous attirerons encore l’attention sur un
exemple frappant que nous fournit, à ce sujet, l’époque actuelle.
C’est sur l’armée et sur l’enseignement que, depuis quelques années, le Pouvoir occulte a besoin de porter
tout son effort. Sur l’armée, parce que, pour assurer sa domination, maintenant qu’il est au pouvoir, il a besoin
que cette armée devienne maçonnique par ses chefs. Sur l’enseignement, parce que, pour que la génération de
demain ne se révolte pas contre lui, il sent la nécessité de'lui comprimer le cerveau d’une manière spéciale. Or,
nous voyons les membres des Maçonneries inférieures. correspondre docilement à ce double besoin en allant
chercher, parmi les instituteurs, les professeurs et les officiers, les nouvelles recrues sur lesquelles, le Pouvoir
occulte sent la nécessité d’opérer ses sélections et d’établir ses suggestions. Qu’a-t-il fallu pour cela? Tout
simplement quelques prédications faites en loge, par lesquelles on a hanté les esprits bornés de la Maçonnerie
bleue de l’idée que le cléricalisme infestait l’armée et l’enseignement, qu’il en résultait un immense danger pour
la « République » et qu’il fallait à tout prix réagir en attirant dans les ateliers des professeurs, des instituteurs et
même des officiers, en dépit de tout ce qui avait été dit et écrit par la Franc-Maçonnerie contre ces derniers.
En même temps que le recrutement maçonnique se modifiait peu à peu, selon les vues du Pouvoir occulte,
une sélection supérieure s’effectua bientôt par suite du peuplement des hauts gradés. Nous avons montré dans
le chapitre traitant de l’organisation de ces hauts gradés, comment ceux qui y arrivent sont préalablement
surveillés à leur insu4. Nous n’avons donc pas à y revenir ici, si ce n’est pour constater que le Pouvoir occulte
pouvait, dès le début, grâce à l’organisme que nous avons fait connaître, former des cadres composés d’hommes
dont il était sûr. Ceux qu’il attirait dans les degrés supérieurs étaient ceux qu’il sentait lui appartenir le plus
complètement. Il mettait de cette façon chacun à la place qui lui convenait, et il créait un état-major auquel il
pourrait s’en remettre en toute tranquillité pour la bonne marche des choses, sans que dans l’avenir il eût à
intervenir pour le détail.
Ainsi, la solide armée maçonnique se constituait, sans que personne y prît garde. Armée d’apôtres qui, à
mesure qu’ils s’imprégnaient davantage des suggestions, travaillaient de plus en plus, chacun dans sa sphère, à
répandre l’état d’esprit voulu par la puissance mystérieuse dont ils recevaient les inspirations sans la connaître.
Le Pouvoir occulte prit d’ailleurs certaines dispositions pour créer dans les loges une sorte d’atmosphère
favorable au succès de son enseignement. Il suffît d’attirer l’attention sur quelques-unes, pour montrer que là
aussi le Pouvoir occulte a fourni la preuve de l’expérience qu’il avait de la société secrète lorsqu’il créa la Franc-
Maçonnerie.
J’ai déjà signalé le soin qu’il a de ne pas laisser les apprentis travailler seuls, mais de les obliger au contraire
au contact constant avec les compagnons, les maîtres et les hauts gradés.
Je rappellerai ici un détail d’organisation générale qui n’a peut-être pas frappé le lecteur, mais qui a son
importance au point de vue qui nous occupe en ce moment. C’est celui de la division des fédérations en ces
groupes si peu nombreux qu’on appelle les ateliers. Dès lors que la Franc-Maçonnerie est une société d’en-
seignement et n’est que cela, il convient de ne faire travailler ensemble qu’un nombre d’adeptes relativement
restreint. N’est-ce pas ainsi qu’on procède toujours dans les pensions et lycées? C’est pour cela qu’on voit
toujours les fédérations, si nombreuses qu’elles soient, partagées en ateliers ; c’est pour cela aussi que ces
ateliers ; comptent toujours très peu de membres, même dans les grandes villes où les autorités maçonniques
préfèrent voir les francs-maçons fonder plusieurs loges plutôt que se réunir en une seule.
J’ai montré aussi comment les cérémonies bizarres qui s’appellent « l’ouverture » et la « fermeture des
travaux selon les rites et mystères accoutumés » contribuent à mettre les initiés dans les dispositions voulues
pour que les enseignements et les suggestions pénètrent en eux. Ces cérémonies, disais-je, constituent comme
un mur entre les instants de la tenue et ceux qui la précèdent ou la suivent. Avant ou après, les francs-maçons
plaisantent, fument, parlent de leurs plaisirs ou de leurs affaires comme de simples profanes. Mais il n’en est
plus de même dès que le Vénérable revêtu de son cordon et frappant un coup de maillet les invite à procéder à
« l’ouverture des travaux selon les rites et mystères accoutumés ». Ces rites et ces mystères transforment tout à
coup les profanes de tout à l’heure en initiés, pénétrés de la sublimité de leur mission et recueillis comme il
convient. Il n’est plus un seul d’entre eux qui, une fois « l’ouverture » commencée, ne soit convaincu qu’il
exerce un sacerdoce ; pas un qui n’écoute le Vénérable, les surveillants ou l’orateur comme il écoutait le prêtre
à l’église lorsqu’il était petit. Il faut qu’ait été prononcée la dernière parole de la « fermeture des travaux selon
les rites et les mystères accoutumés », pour que tous ces illuminés retrouvent leur sens ordinaire. Même les plus
sceptiques, ceux qui, les premiers temps, ont envie de rire, finissent par prendre le pli. Ils s’accoutument à ne
plus railler. Ils en arrivent ensuite à considérer le franc-maçon qui se livre à toutes les simagrées rituéliques
4
Voir la IIe partie du Pouvoir occulte contre la France.
comme remplissant une fonction supérieure. On peut avoir quelque peine à admettre cela lorsqu’on n’a pas
expérimenté la chose. Il est si facile de juger et surtout de mal juger de loin ! On peut se dire : « Ça me produirait
l’effet contraire ! » En réalité, rien n’est moins certain. Il existe d’ailleurs bien un certain nombre de francs-
maçons sur lesquels cela produit l’effet contraire. Mais alors qu’arrive-t-il? Grâce à ce mécanisme d’élimination
qui fonctionne automatiquement, et dont nous ne devons pas oublier le rôle essentiel, ceux-là s’en vont. Ils
partent précisément à cause de l’effet que cela leur produit. Et ainsi, il ne reste que ceux qui sont aptes à être
impressionnés ; et ils le sont d’autant plus que la présence des sceptiques ne les gêne pas.
En cela apparaît encore l’importance de l’organisme d’élimination. J’ai vu comment les choses se passent,
et j’ai commencé par ne rien y comprendre. Mais j’ai pu me rendre compte plus tard que c’est là, sans qu’il y
paraisse, dans ces éliminations s’opérant par la volonté même de ceux qui sont inaptes à prendre les bons plis,
que se trouve un des principaux moyens de la sélection pratiquée par le Pouvoir occulte.
Les exercices de puérilité dont il a été question dans les chapitres précédents ont, eux aussi, une grande
utilité au point de vue de la prédisposition à l’acceptation des suggestions. Ces hommes que l’on accoutume à
se dire âgés de trois, de cinq et de sept ans, que l’on oblige à des gestes et à des propos qui sont bien ceux qui
conviennent à des enfants en si bas âge, comment alors qu’ils ne réagissent pas contre ces pratiques absurdes et
journalières, réagiraient-ils contre un enseignement dont ils sont d’ailleurs, pour la plupart, absolument
incapables de voir la fausseté? Or, ils ne réagissent pas contre les exercices de puérilité puisqu’ils restent,
puisqu’ils ne s’éliminent pas. On peut donc tout se permettre avec eux au point de vue intellectuel. Ils subiront
tout. Ils avaleront tout. Ils digéreront tout. Par les exercices de puérilité, le Pouvoir occulte les a éprouvés ; il
est sûr d’eux.
Le mystère et le secret ont également leur utilité au point de vue qui nous occupe. En raison du serment
qu’ils font de ne jamais rien révéler de ce qu’ils pourront voir ou entendre dans les réunions de la Maçonnerie,
les initiés sont en effet comme cloîtrés moralement.
Lorsqu’on y réfléchit, on se demande comment des hommes honnêtes peuvent se plier si facilement à cette
obligation et s’engager au secret vis-à-vis d’une société qui devrait leur être suspecte par cela seul qu’elle se
cache. Mais en cela comme en tant d’autres choses, le Pouvoir occulte a si bien pris ses mesures. Lorsqu’il
demande au récipiendaire le « serment du silence », celui-ci a encore sur les yeux le bandeau dont on a eu soin
de l’aveugler avant de lui faire franchir la porte du temple. Il est plus ou moins désorienté par les épreuves
grotesques qu’il vient da subir. Il se sent ridicule et n’a, par suite, aucune envie que personne sache jamais rien
de la stupide comédie dont il vient d’être le héros. La plupart sont d’ailleurs plus ou moins impressionnés par
les discours qui leur sont adressés dès leur entrée dans ce lieu qu’ils ne voient pas et qu’on s’efforce de leur
donner comme auguste. Ces discours ne sont pas laissés à l’inspiration du Vénérable. Ils sont composés tout
exprès, calculés en vue de l’effet à produire et consignés dans les rituels où le président de l’atelier doit les lire.
Comme le récipiendaire a les yeux bandés, il ne voit pas le rituel que le Vénérable tient à la main. Il s’imagine
que celui-ci improvise toutes les grandiloquences qu’il lui jette aux oreilles et il est porté à prendre en considé-
ration une association dont les membres, pour pédants qu’ils doivent lui paraître s’il est quelque peu instruit, lui
tiennent un langage si au-dessus des propos vulgaires.
Il y a encore une autre raison pour laquelle il est très disposé à croire à leur supériorité. Dans la nuit où le
met le bandeau qu’il a sur les yeux, il se demande qui peuvent bien être ces hommes qui prennent tant de
précautions avant d’introduire un nouveau venu parmi eux ; qui lui font subir des épreuves étranges, il est vrai,
mais dont l’explication lui est promise pour plus tard ; qui lui posent une foule de questions dans lesquelles
apparaît à tout instant la préoccupation de savoir s’il est digne de la faveur de leur compagnie. Si cette faveur
lui est présentée comme si haute, c’est donc que ceux qui la donnent sont bien supérieurs... Si le pauvre profane
avait l’usage de ses yeux, il constaterait qu’il a tout simplement affaire à X, Y ou Z, qu’il rencontre tous les
jours et qui n’ont absolument rien du héros ni au moral, ni au physique. Mais il a les yeux bandés...
Enfin, si malgré tout des susceptibilités étaient éveillées en lui par cette manière de s’emparer par surprise
de sa volonté, on lui affirmerait mielleusement qu’il doit se rassurer ; on lui déclarerait de la façon la plus
formelle que le serment qu’on lui demande ne comporte rien que puisse réprouver sa conscience. Et cela suffirait
pour qu’il ne résiste pas. Car plus le profane est honnête, plus il incline à croire ce qu’on lui dit, sans réfléchir
que le seul fait de s’engager au secret avant de savoir sur quoi portera ce secret est précisément ce que devrait
réprouver toute conscience prudente.
— Je jure de ne rien dire ni écrire de ce que j’aurai pu voir ou entendre dans les assemblée maçonniques...
Et si, pourtant, malgré la parole du Vénérable qui n’est qu’un intermédiaire qu’on peut tromper, ce que le
profane verra dans les assemblées maçonniques ressemble à un complot tramé contre la France?...
Il devrait donc résister, ne pas prêter ce serment avant d’en savoir plus long. Il devrait, dès cet instant, être
mis en éveil. Car pourquoi lui faire jurer de ne rien dire de ce qu'il verra ou entendra, sous peine de mériter
l’exécration de tous ses frères, pourquoi lui dire qu’il préférerait avoir la gorge coupée et être enterré sous les
sables de la mer plutôt que de manquer à son serment, si ce qu’il pourra voir ou entendre n’était, sinon
condamnable, au moins dangereux par quelque côté ?
Mais il ne réfléchit pas. Il n’en a pas le temps. Il est surpris. Il prête le serment presque fatalement. Il tombe
dans le piège qui lui est tendu, en raison du moment, des circonstances, du respect humain qui l’empêche de
reculer, ou encore de la vague conviction qui peut naître en lui que ce secret doit être quelque chose d’aussi
ridicule que les fameuses épreuves par lesquelles on vient de le faire passer.
— C’en est une de plus, se dit-il, aussi grotesque que les autres. Puisque nous y sommes, allons-y.
Advient-il par hasard qu’il résiste, fait-il une restriction expresse? Le Pouvoir occulte ne s’en inquiète pas.
Et il n’a pas à s’en inquiéter en effet. Ne se réserve-t-il pas précisément de former d’une certaine manière la
conscience des naïfs profanes qui franchissent la porte des temples maçonniques? N’est-ce pas justement pour
cela qu’il les attire? N’est-ce pas dans ce but qu’il a fondé la Maçonnerie? Ne sait-il pas que d’habiles
suggestions auront pour effet de les assouplir et qu’un des résultats auxquels tendra l’enseignement qu’ils
recevront sera de leur inculquer la religion du secret maçonnique? Le Pouvoir occulte sait tout cela. Et il sait
aussi que dans le cas où le profane admis à l’initiation se montrerait incapable d’assouplissement, il serait
infailliblement amené, au besoin par des circonstances qu’on provoquerait, à quitter la maçonnerie avant d’avoir
vu ce que cache le secret, et même avec la conviction que ce secret dont lui a parlé n’est qu’une pure plaisanterie.
Le Pouvoir occulte peut donc ne pas tenir compte des restrictions apportées par certains récipiendaires au
serment du silence. Et même, il est fondé à penser dans la plupart des cas, que ceux-là sont des honnêtes, et
qu’en conséquence, grâce à l’accumulation de tant de supercheries dont ils seront à peu près fatalement victimes,
il y a chance qu’ils deviennent les plus fidèles observateurs de la loi du silence. Une fois hypnotisés, ils
compteront parmi les meilleurs francs-maçons. Là encore, simple affaire de suggestion pour l’opérateur masqué.
Lorsque, le jour de mon initiation, nous fîmes, mon camarade de promotion et moi, la réserve des droits de notre
conscience, tous les jeunes membres de l’atelier se laissèrent aller à nous applaudir. Leurs applaudissements ne
pouvaient que mieux nous tromper sur l’honnêteté de l’association. Ils étaient d’ailleurs certainement sincères.
En cette occasion comme en bien d’autres, la perfidie était le fait du Pouvoir occulte seul, du créateur de
l’organisme dans les rouages duquel se trouvaient pris ceux qui nous témoignaient leur approbation, et dans
lesquels, à partir de cette heure-là, nous allions être saisis nous- mêmes.
Enfin, pour isoler ses initiés du monde profane, le Pouvoir occulte ne se contente pas du serment. Il leur
persuade encore que le monde maçonnique est un monde supérieur. Rien n’est plus faux. Mais en cela aussi, le
Pouvoir occulte montre la connaissance qu’il a des hommes et son aptitude très particulière à les gouverner par
leurs vanités ; connaissance et aptitude qui ne s’acquièrent nulle part mieux que dans les sociétés secrètes. Se
croyant ainsi placés au- dessus des profanes, avec charge de les diriger, les initiés sont, en fait, séparés de ceux-
ci comme les séminaristes sont séparés du monde extérieur, c’est-à- dire moins par les murs de leur séminaire
que par celui que dresse autour d’eux leur conscience accoutumée à se tenir toujours en garde.
Le monde maçonnique, si inférieur qu’il soit, est ainsi isolé dans le sentiment de sa prétendue supériorité,
et en même temps les adeptes sont d’autant plus disposés à accepter les suggestions qu’elles leur viennent de
ceux-là même qui les déclarent supérieurs. N’est-il pas naturel que nous trouvions très fort celui qui nous trouve
très fort nous-même. Le jugement favorable qu’il porte sur nous ne doit-il pas nous apparaître comme une
preuve de clairvoyance dont notre vanité est portée à lui accorder le bénéfice?
En raison de toutes ces précautions, les profanes admis à l’initiation et qui ne quittent pas la Franc-
Maçonnerie dès les premiers mois, se trouvent placés dans de si excellentes conditions pour subir l’entraînement
méthodique et progressif auquel ils sont soumis, que l’influence de celui-ci s’exerce bientôt d’une manière
irrésistible sur la plupart d’entre eux.
Comme on peut le constater, les fils de l’araignée sont admirablement tendus. Il n’est pas étonnant que,
depuis deux cents ans, tant d’honnêtes mouches profanes s’y soient laissé prendre.
Mais aussi et comme conséquence, de plus en plus nous devons nous persuader que ceux qui ont imaginé
un pareil organisme n’étaient pas des novices dans l’art de constituer et de diriger des sociétés secrètes.
CHAPITRE V
Les suggestions maçonniques.
Création de l’état d’esprit anticatholique au sein des loges.
L’esprit d’intolérance suscité au nom de la tolérance.
CE QU’ON FAIT DANS LES LOGES.
Après avoir constaté les précautions prises pour assurer les sélections dans les ateliers et celles qui tendent
à placer les élus dans les conditions les plus favorables pour que les suggestions qui leur sont données portent
leurs fruits, nous devons voir ce que sont ces suggestions elles-mêmes.
Sur ce point éclate encore l’habileté perverse du Pouvoir occulte.
J’écrivais dans le second chapitre du Pouvoir occulte contre la France :
« Qu’ai-je fait dans la Maçonnerie? C’est là une question que le lecteur doit me poser. C’est celle, en effet,
qu’on entend toujours : Que fait-on dans les réunions maçonniques?
« La réponse est simple, si simple, qu’elle étonne toujours ceux qui l’entendent pour la première fois.
« Dans les réunions maçonniques, on commence par écouter des prédications ; et, plus tard, on en fait soi-
même. Les loges sont des lieux où Ton est prêché, et où l’on prêche. Rien de plus. »
Si cette réponse a pu surprendre le lecteur au début de notre étude, il ne doit plus en être de même
maintenant. Car, dès lors qu’il s’agit pour le Pouvoir occulte de jeter des suggestions dans l’esprit des francs-
maçons, il n’a qu’un moyen à sa disposition : la prédication.
J’ajoutais dans ce même chapitre :
« Sur quels sujets ont lieu ces prédications? Sur deux thèmes qui sont comme des leitmotive revenant sans
cesse, à propos de tout et à propos de rien.
« Premier thème : La Franc-Maçonnerie est une institution sublime, sainte et sacrée. Elle est l’éternelle
initiatrice de tout ce qui se fait de bien, de bon, de grand dans l’humanité.
« Deuxième thème : Cette association, si haute, si respectable, si vénérable, a un ennemi. Cet ennemi, c’est
le Catholicisme. D’où on tire cette conclusion : Puisque le Catholicisme est l’ennemi de la Maçonnerie, il est
l’ennemi de toutes les grandes causes auxquelles celle-ci déclare se dévouer. En conséquence, si on aime
vraiment ces grandes causes, il faut combattre le catholicisme. »
Telles sont les deux idées maîtresses qui servent de pivot à l’enseignement maçonnique. Telles sont les deux
suggestions que le Pouvoir occulte veut à tout prix introduire dans l’esprit de ses adeptes ; celles qu’il entend
leur imposer per fas et nef as. A tel point qu’en définitive il rejette hors de la Maçonnerie ceux qui refusent de
les accepter. Cela d’abord, avant tout, parce que cela doit servir de base à tout.
Autour de cela, des études en commun, sous forme de conférences et de discussions auxquelles sont incités
les adeptes et qui portent sur toutes les questions politiques et sociales. Ces études ont pour but de former les
équipes qui doivent être prêtes à prendre la place des gouvernants, lorsque plus tard ceux-ci céderont aux
ébranlements provoqués par les suggestions subversives. Il n’est pas besoin de dire que ces études — si tant est
que les « travaux » maçonniques méritent ce nom — sont conduites de manière à fortifier la suggestion
antitraditionaliste. Dans ce but le Pouvoir occulte a créé, par l’intermédiaire de certains spécialistes
préalablement et convenablement suggestionnés, une philosophie anticatholique, une science historique
anticatholique, une science politique anticatholique, une économie sociale anticatholique. 11 est actuellement
en train de créer une morale anticatholique. Tout cela est vicié en son principe, parce que tout cela est basé sur
le mensonge et ne tend qu’à la destruction. Mais par le fait que les francs-maçons consentent à absorber cette
nourriture intellectuelle, si pauvre soit-elle au point de vue scientifique et si détestable au point de vue social,
par cela seul qu’ils s’accoutument à discuter et surtout qu’ils sont unis pour l’attaque alors que ceux qu’ils
assaillent ne le sont pas pour la défense, ils se trouvent singulièrement avantagés au point de vue de la lutte
politique.
L’éducation que reçoivent les francs-maçons dans leurs ateliers a donc pour but de les former à l’offensive
; elle ne tend nullement à faire d’eux des hommes politiques ayant une vraie valeur. Il importe au contraire
qu’ils restent toujours médiocres, afin qu’ils n’échappent pas aux directions du Pouvoir occulte. Il est seulement
utile qu’ils aient des connaissances superficielles suffisantes pour que, lorsque sonnera l’heure des
bouleversements au cadran du Pouvoir occulte, ils puissent avoir au moins l’apparence de l’audace unie à la
connaissance des choses et soient capables d’entraîner les masses à la curée. Nous avons vu que celle-ci leur est
facilitée en raison de la coordination que le Pouvoir occulte donne à leurs efforts et de l’esprit de solidarité qu’il
prend soin de leur inculquer. C’est pourquoi ils arrivent à accaparer les fonctions publiques et à s’y maintenir,
tant bien que mal, pour appliquer la politique dérivant de la suggestion antitraditionaliste par laquelle ils sont
dominés. Quant aux masses, bien entendu, elles attendent.
Mais si on ne donne pas autrement de soin aux études politiques et sociales dans les loges, il n’en va pas de
même pour ce qui concerne les deux suggestions dont nous venons de parler. Le Pouvoir occulte use de toutes
ses ressources afin qu’elles deviennent irrésistiblement dominatrices. Il y emploie toute sa science des
gradations, toute sa connaissance des hommes, toutes ses ruses, toute sa perfidie. C’est qu’en effet là est pour
lui l’essentiel, puisque c’est uniquement pour arriver à introduire la seconde de ces deux suggestions dans les
cerveaux, qu’il a créé la Franc-Maçonnerie. Le succès, et le succès absolu est donc ici question de vie ou de
mort pour cette association et pour lui-même.
PREMIÈRE SUGGESTION.
LA FRANC-MAÇONNERIE « SAINTE ET SACRÉE ».
LA NUIT DES TEMPS. LE MONSTRE.
LA SECONDE SUGGESTION.
COMMENT LE POUVOIR OCCULTE N’USE DE L’IDÉE DE TOLÉRANCE
QUE POUR ATTIRER LES MODÉRÉS ET LES TRAHIR.
Il m’a été donné d’assister, comme adepte de la Franc-Maçonnerie, à la fabrication de l’état d’esprit qui
règne actuellement. La méthode que j’ai vue employée nous renseigne sur celle dont il a été usé pour préparer
la Révolution. Certains points de repère que nous possédons suffisent d’ailleurs à nous donner la certitude
qu’avant 1793 comme après, c’est toujours au même procédé qu’on a recours.
Sûr quel principe ai-je vu le Pouvoir occulte, agissant par l’intermédiaire de la Franc-Maçonnerie, appuyer
son effort contre le catholicisme? Sur la tolérance. C’est au nom de la tolérance, invoquée au début comme un
principe sacré pour faire accepter la Franc-Maçonnerie par les catholiques, que le Pouvoir occulte a fait
proclamer ensuite par cette même Franc-Maçonnerie que le catholicisme ne devait pas être supporté.
De sorte qu’il nous est donné d’assister à un spectacle vraiment étrange. Il y aurait en effet, d’après la
Maçonnerie, deux églises en présence. L’une haïssable à cause de son intolérance ; c’est le catholicisme. L’autre
admirable à cause de sa tolérance ; c’est la Maçonnerie. Voilà ce que disent les francs- maçons. Mais en fait
voici ce qui a lieu. La soi-disant Eglise de l’intolérance existait avant la soi-disant Eglise de la Tolérance. Elle
a donc toléré l’établissement de celle-ci. Au contraire, maintenant que cette dernière est constituée, maintenant
qu’elle est en plein triomphe, c’est elle qui ne permet pas le maintien de l’autre. C’est donc l’intolérance qui
tolère et c’est la Tolérance qui ne tolère pas. Et ce qui est plus fort que tout, c’est que ces soi-disant tolérants
qui ne tolèrent pas, au nom de leur tolérance, ne s’aperçoivent nullement de leur inconséquence.
Cela semble trop bouffon pour être vrai. Et pourtant, c’est le spectacle que le monde entier peut contempler.
Tant est profond l’aveuglement résultant des suggestions jetées par le Pouvoir occulte dans la Maçonnerie !
Comment les consciences peuvent-elles être ainsi faussées? Il me serait impossible de le comprendre et de
l’expliquer, si la mienne n’avait été entraînée comme tant d’autres dans le tourbillon de démence, si je n’avais
été pendant un certain temps acteur et victime à la fois.
En 1884, lorsque je suis entré dans la Franc-Maçonnerie, l’état de choses existant permettait encore qu’on
se laissât facilement aveugler sur le soi-disant esprit de tolérance maçonnique.
.L’article relatif au Grand Architecte de l’Univers ne figurait plus dans les statuts. Cela signifiait-il que la
Maçonnerie fût une société d’athéisme? « Non, répondait-on ; c’est pour ne pas blesser la conscience de ceux
d’entre nous qui ne croient pas à l’existence de Dieu, que nous en avons supprimé l’affirmation. Nous laissons
chacun libre. »
Telle était l’explication donnée, celle à laquelle croyaient tous les francs-maçons. Mais au fond quelle était
la vraie pensée du Pouvoir occulte? Pourquoi avait-il suggéré la suppression de la célèbre formule? Parce que
l’heure lui paraissait venue de procéder à la démolition de certaines idées, comme celle de la croyance en Dieu,
qu’on avait fait semblant de respecter jusqu’alors. Voilà la vérité qu’on n’avouait pas.
Toutefois, la déclaration relative au respect de toute foi religieuse avait été maintenue. C’était là une
affirmation contraire à la vérité, mais qui constituait un moyen de défense dont la nécessité pouvait encore se
faire de temps en temps sentir.
Les choses étaient en cet état lorsque je fus sollicité d’entrer dans la Franc-Maçonnerie.
Mon introducteur ne m’avait pas fait du franc- maçon exactement le même portrait qu’en donnait au milieu
du dix-huitième siècle le F.-, de la Tierce ; mais peu s’en fallait. Il m’avait présenté la Franc- Maçonnerie comme
« l’école de toutes les vertus ». Le franc-maçon, m’avait-il dit, est l’être dévoué par excellence. Et, sur les
observations que je lui adressais en raison des idées contraires dont j’avais été nourri jusqu’alors, il me présentait
le premier article des statuts. Il m’y faisait remarquer l’affirmation de « tolérance », celle de « respect de toute
foi religieuse », et celle de « solidarité étendue à tous les membres de la famille humaine, sans distinction de
religion ». Sans distinction de religion, il appuyait là- dessus. .
Lorsque vint le jour de mon initiation, j’eus à subir les discours lus par le Vénérable dans le rituel. Or ils ne
contenaient rien qui pût déceler la haine de la Maçonnerie contre le catholicisme. Quant aux questions qui me
furent posées par les frères présents, si elles trahissaient chez la plupart d’entre eux des préoccupations
prédominantes en ce qui concernait la question religieuse, elles ne pouvaient me fournir aucun autre
renseignement. C’est que le Pouvoir occulte oblige ses adeptes à agir prudemment en ces sortes de
circonstances. Si le règlement maçonnique permet à tous les francs-maçons présents de poser des questions au
récipiendaire, il interdit rigoureusement toutes discussions avec ou devant lui, ainsi que les marques
d’approbation ou d’improbation au sujet des réponses qu’il peut faire. De cette façon les francs- maçons ont des
chances de savoir à qui ils ont affaire, mais le néophyte n’en a guère de savoir ce qu’est la Franc-Maçonnerie.
Il est vrai que dans les séances qui suivirent et dans celles des autres ateliers auxquelles j’assistai, je pus
constater sans peine le fanatisme d’un certain nombre de frères. Mais cette constatation était contredite par une
indication contraire ; car il y avait d’autres adeptes chez lesquels les suggestions n’avaient pas produit les mêmes
effets, par la raison que les graines ne donnent pas le même rendement dans tous les terrains. Ceux-là parlaient
volontiers de tolérance, et ils en parlaient avec sincérité. Je ne me trouvais donc nulle part en face de la
Maçonnerie ; j’étais toujours en présence d’individualités, et d’individualités qui se contredisaient. La
Maçonnerie, elle, se dérobait. Ses statuts eux-mêmes ne pouvaient me renseigner. Us me laissaient tout au moins
dans l’incertitude, puisqu’ils contiennent, nous l’avons vu, des déclarations contradictoires. Donc impossibilité
de me rendre compte. Il fallait m’en remettre à la manière de voir de ceux qui me disaient que, parmi les opinions
qui se heurtaient, j’avais le droit de défendre les unes, mais qu’au nom de la fameuse tolérance, je devais accepter
le voisinage des autres.
Rien de plus juste, est-on peut-être tenté de dire.
Rien de plus juste, soit, ... si le Pouvoir occulte ne s’était ménagé les moyens, grâce à l’organisme ma-
çonnique, d’intervenir invisiblement.
Car ne nous y trompons pas et portons sur ce point toute l’attention qui convient. C’est grâce à de semblables
contradictions entre ses adeptes que le Pouvoir occulte s’est assuré la possibilité, par le jeu de l’organisme
maçonnique, de faire pencher la balance d’un certain côté : celui de ses intérêts. Or ses intérêts sont évidemment
opposés aux intérêts nationaux ; sans cela il ne les cacherait pas.
En fait, c’est lui qui incite les violents, les « avancés », à entrer en lutte contre les modérés, et dans cette
lutte, il est loin de rester spectateur impassible. Il pousse à la roue traîtreusement et il peut imprimer à cette roue
une impulsion irrésistible, grâce au mécanisme que nous avons étudié, grâce aussi aux« influences individuelles
soigneusement couvertes » que ce mécanisme lui permet de faire agir sans qu’on s’en doute. Les violents, les
avancés sont ses soldats, car ils prêchent les idées dont la diffusion est nécessaire à la réalisation de ses plans
secrets. Au contraire, les modérés, bien qu’embrigadés par lui, sont ses adversaires. Il les tient pour tels, dès
lors qu’ils ont un autre idéal que celui qui prépare l’asservissement à ses volontés. C’est pourquoi ils sont
éternellement trahis par lui. La tolérance à laquelle il les incite n’est qu’un piège qu’il leur tend, une invitation
fallacieuse à se placer dans la position voulue pour que les violents puissent les écraser. Répondre à une pareille
invitation, ce n’est pas « tolérer » ; c’est s’abandonner. Si la Franc-Maçonnerie est une association de trahison
vis-à-vis de la France, c’est surtout parce qu’elle est un instrument de guerre construit de telle façon qu’on le
prend pour un symbole de paix ; c’est parce qu’elle crée entre les Français et ceux qui ne le sont plus une
situation telle que les premiers se trouvent livrés aux seconds.
Oui ! Tolérer, dans de pareilles conditions de lutte, c’est se livrer. On ne doit pas tolérer ce qui se cache; on
doit lui faire la guerre,... à moins qu’on n’ait résolu de se suicider.
LE FANATISME DE LA TOLÉRANCE.
LE JEU DES « INFLUENCES INDIVIDUELLES SOIGNEUSEMENT COUVERTES » DISSIMULANT L’ACTION OCCULTE.
A l’époque dont je parle, chez un grand nombre des fanatiques formés par le Pouvoir occulte, le fanatisme
prenait, pour les besoins de la cause, un aspect très particulier. Il ne se manifestait pas contre telle ou telle
religion — c’eût été une imprudence alors.
C’est contre l’intolérance qu’il affectait de s’insurger. Tel était le chemin pris par le Pouvoir occulte pour arriver
à ses fins. Et il était d’autant plus difficile d’y voir clair.
Grâce à ce subterfuge, les fanatiques n’épouvantaient guère les modérés ; ils les provoquaient plutôt à rire.
N’étaient-ils pas, en effet, quelque peu comiques avec leur amour de la tolérance poussé jusqu’au fanatisme?
Le fanatisme de la tolérance ! j’ai entendu plus d’une fois ce singulier assemblage de mots, dans lequel le
second faisait accepter le premier. Il ne manquait pas de prédicateurs dûment stylés et suggestionnés pour le
colporter. On peut aller loin avec « le fanatisme de la tolérance ». J’en ai su quelque chose par moi-même.
Ceux qui avaient ce fanatisme reprochaient à ceux qui ne l’avaient pas de n’être pas les vrais apôtres de la
religion de la Tolérance. Et c’était ainsi les plus sectaires qui se faisaient passer pour les plus tolérants. .
D’après ces fanatiques de la tolérance, le vrai rôle de la Franc-Maçonnerie, sa sublime mission, c’était
d’établir dans le monde, envers et contre tout, et au besoin par la violence, la religion de la Tolérance. Telle était
la suggestion qui leur était donnée et qu’ils recevaient sans se douter que cette soi-disant religion de la Tolérance
excluait, dans la pensée du Pouvoir occulte, l’existence de toute religion dans le monde catholique, et, plus tard,
dans le monde chrétien.
Pour lors, ils affirmaient leur respect du « catholicisme sincère ». Ils avouaient même leur amitié pour tels
ou tels catholiques tolérants qu’ils disaient connaître. Ils présentaient la tolérance comme un complément naturel
du véritable sentiment religieux. Ils déclaraient que, s’ils se sentaient quelque inimitié dans l’âme, c’était
seulement contre ces catholiques intolérants qui étaient sans s’en douter, les ennemis de leur religion. Les vrais
amis de cette religion, c’était eux !
J’ai entendu ces « fanatiques de tolérance » à l’heure où ils commençaient à devenir furieusement intolérants
au nom de leur amour désordonné de la tolérance. J’ai même assisté à des scènes d’un comique irrésistible.
L’une d’elles eut pour cause la morue que certains ’ francs-maçons avouaient avoir mangée le Vendredi-Saint
de l’année 1884. Le fait d’observer les prescriptions catholiques était, dès cette époque, considéré comme péché
mortel maçonnique par quelques-uns de ces soi-disant apôtres de la tolérance.
Donc, le Vendredi-Saint de 1884, un de ces avancés demanda à sa loge de voter un blâme contre les francs-
maçons qui « en mangeant de la morue le vendredi dit saint, contribuaient à entretenir les préjugés d’un autre
âge ». Il pensait bien que cette motion serait votée, en raison de l’ascendant qu’il exerçait habituellement par sa
violence et son audace. Mais il s’était placé là sur un mauvais terrain. L’atelier en question marchait bien un
peu à sa remorque d’habitude ; toutefois il comprenait un certain nombre de maçons peu guerroyeurs qui
n’avaient pas envie de troubler la paix de leur ménage pour un plat de poisson. Notre énergumène n’entrait pas
dans ces sortes de considérations. U n’avait pas de ménage, lui ; ou plutôt il n’en avait qu’un irrégulier, dans
lequel il ne paraissait pas tous les jours. Il pouvait s’abstenir de s’y présenter le Vendredi-Saint, ce qui lui évitait
toute difficulté d’intérieur. Il trouvait que les autres n’avaient qu’à faire comme lui. Furieux de voir sa motion
repoussée, il prit à partie, après la fermeture des travaux, quelques-uns de ceux qu’il avait vus hostiles à sa
proposition.
— Voyons, vous, F... un tel, ne niez pas. Avouez que vous avez fait maigre ce soir. Vous sentez encore la
morue.
— Eh bien ! Oui, j’ai fait maigre, répondait le malheureux qui tremblait devant son terrible interlocuteur,
mais qui avouait quand même, parce que sachant bien qu’il n’était pas seul dans son cas, il espérait être soutenu.
Quel mal y a-t-il à cela? Ma femme va à la messe. Ça ferait une affaire de tous les diables si je lui demandais
de la viande. Après tout, j’ai ainsi donné une preuve de tolérance.
— Il a donné une preuve de tolérance ! hurlait l’énergumène en gesticulant furieusement. Il appelle cela
donner une preuve de tolérance ! Et ça se croit franc-maçon !
Et l’adversaire de la morue avait un roulement d’épaules qui disait tout son mépris pour ceux qui
comprenaient si mal l’esprit maçonnique.
Il s’adressait à un autre.
— Et vous, vous avez bien sûr mangé de la morue aussi. Voyons, ayez au moins le courage de l’avouer.
— Parfaitement, j’en ai mangé, répondait le nouvel interpellé qui était tout aussi pleutre que le précédent,
mais qui espérait se tirer d’affaire en invoquant une raison qui lui semblait péremptoire. J’en ai mangé et même
beaucoup ; car je l’aime, moi, la morue. Vous ne pouvez cependant pas m’empêcher d’aimer la morue! Ça ne
serait plus de la tolérance cela.
— Vous en avez mangé à midi.
— Oui.
— Et encore au soir?
— Oui ! Puisque je vous dis que je l’aime ! C’est une de mes passions.
— Et vous n’en mangez aucune autre fois dans l’année, je parie, malgré que vous l’aimiez tant?
— Ma femme ne veut pas m’en faire les autres jours
Ce fut alors un déluge de sarcasmes sur ces libres- penseurs francs-maçons qui se sentaient une passion
folle de morue, à en manger deux fois par jour, mais seulement un jour dans l’année et précisément celui du
Vendredi-Saint.
On comprend qu’entre les simples tolérants et les fanatiques de tolérance qui allaient jusqu’à ne pas tolérer
qu’on mangeât de la morue le Vendredi-Saint, pour quelque raison que ce fût, le Pouvoir occulte avait son choix
fait. Mais nous ne le savions pas.
Le F... Combes, récemment interrogé sur ses sentiments à l’égard de l’hervéisme, déclarait qu’il « réprouvait
énergiquement » l’antipatriotisme. Mais il ajoutait que, cette réprobation étant exprimée, il ne voyait pas
pourquoi on avait si grand peur des antipatriotes ; que, quant à lui, il était prêt à faire alliance avec eux et à leur
donner une part d’influence dans la direction des affaires du pays, comme il avait fait, lorsqu’il était Président
du Conseil, vis-à-vis de Jaurès.
Le F.-. Combes nous faisait voir là une des tactiques du Pouvoir occulte : réprouver des lèvres quand on ne
peut faire autrement ; mais agir comme si on ne réprouvait pas. Toutefois, pour la pratiquer, cette tactique, le
Pouvoir occulte est dans une situation bien plus avantageuse que l’ancien président du Conseil. On peut en effet
interroger le F.-. Combes. Il faut alors qu’il réponde, et que, malgré ses arguties, il se découvre. On n’interroge
pas le Pouvoir occulte, puisqu’on ne sait pas qu’il existe. Et ainsi, il joue son jeu avec d’autant plus de certitude
qu’il voit dans celui des autres sans qu’on puisse voir dans le sien.
Entre ces adeptes qui m’apparaissaient si différents les uns des autres et au milieu desquels je devais
forcément finir par prendre parti, le Pouvoir occulte n’intervenait que par l’intermédiaire des « influences
individuelles soigneusement couvertes » dont parle la Revue maçonnique. Il se dissimulait derrière elles. Il
écoutait les discussions qui s’établissaient entre ceux de ses adeptes dont les différents états d’esprit marquaient
les étapes sur la route de la fameuse Religion de la Tolérance. C’est sournoisement qu’il appuyait ceux-ci plutôt
que ceux-là, d’une manière invisible, mais irrésistible, grâce à ses maçonneries superposées et à l’influence que
les maçons d’en haut, les élus, les sélectionnés, les éprouvés, et aussi les mieux formés et les mieux armés,
exerçaient forcément sur ceux d’en bas. Le Pouvoir occulte faisait affluer les efforts, il tendait tous les ressorts
de la puissante machine que nous avons étudiée, en faveur de ceux qu’il lui plaisait de favoriser, et il écrasait
les autres, cependant que tous se croyaient dans des conditions d’indépendance et d’égalité absolues. .Cette
indépendance et cette égalité étaient en réalité si illusoires qu’une heure venait où les uns, ceux contre lesquels
le Pouvoir occulte avait pris parti, n’étaient plus libres que de quitter la Franc-Maçonnerie, ou de sanctionner
par leur présence, s’ils restaient, ce qui les révoltait. Mais ils ne s’en apercevaient qu’après que, sans s’en douter,
ils avaient eux-mêmes travaillé à créer l’état de choses qui finissait par les révolter. Leur départ ne gênait plus
alors en rien le Pouvoir occulte, puisque la transition pour laquelle il avait eu besoin de leur concours était un
fait accompli. C’est ma propre histoire que je viens de résumer là, et c’est aussi elle de tant d’autres que j’ai vu
partir,... après qu’avait été obtenu d’eux tout le mal qu’ils étaient susceptibles de faire.
Ce à quoi le Pouvoir occulte voulait arriver, c’était à inspirer à ses adeptes une tolérance qui se fit un devoir
de ne pas tolérer le catholicisme. Une .série de manœuvres l’amenèrent à ce résultat.
Il commença par ameuter les francs-maçons contre certaines individualités : les Jésuites, par exemple, sous
prétexte que ceux-ci interprétaient la religion catholique avec intolérance. N’était-ce pas le rôle de l’Eglise de
la Tolérance de veiller à cela?... Pour garder les catholiques tolérants contre les entreprises des Jésuites
intolérants, on supprima ces derniers. Cela fait au nom de la tolérance, on utilisa la haine qu’on avait excitée
contre les Jésuites en faisant observer que leur esprit avait pénétré le catholicisme tout entier. Le rôle de la
Maçonnerie était donc bien loin d’être terminé. Un devoir s’imposait à elle : celui de la protection des « bons
catholiques » contre les mauvais. En guerre donc ! Les soldats de l’Eglise de la Tolérance, pouvaient-ils faillir
à leur sainte mission ! Et voilà les adeptes des loges convaincus qu’ils ont à défendre les « croyants sincères »
contre les fanatiques. Mais peu à peu, il arriva que des « croyants sincères » on déclarait n’en voir presque point,
écrasés qu’ils étaient par le fanatisme des autres. Les champions de la tolérance devaient en conséquence
redoubler d’ardeur. La vérité, c’était que le catholicisme se sentant attaqué, se défendait. Un temps vint où «
l’esprit jésuite » fut considéré comme s’étant complètement substitué à « l’esprit catholique ». On se demanda
alors à quoi cela tenait. L’état d’excitation auquel étaient arrivés les francs-maçons permettait qu’à la question
ainsi posée on fit cette réponse : « C’est l’absolutisme du dogme qui est cause de tout. Les hommes les plus
doux sont fatalement condamnés à devenir fanatiques dès lors qu’ils croient à un dogme. Le dogme est intolérant
par nature. En effet s’il affirme que ceci est vérité, il déclare par là même que cela est erreur : Voilà le vrai
principe de l’intolérance contre lequel la Franc-Maçonnerie a le devoir de défendre les hommes.
Cette fois, c’était l’introduction dans les esprits du sophisme directement offensif contre la doctrine pour
laquelle on avait si longtemps affiché un si grand respect. Après avoir attaqué les individus qui, prétendait-on,
interprétaient mal cette doctrine, on s’en prenait à celle-ci, sous prétexte de défendre les individus.
Toujours la soi-disant nécessité de défendre quelque chose ou quelqu’un, pour masquer l’attaque incessante
!
On comprend qu’après tant de déformations successives, l’idée de tolérance se présente à l’esprit d’un franc-
maçon sous un aspect très particulier, et qu’on en soit arrivé dans les loges à cette conviction indestructiblement
enracinée : qu’il existe une fausse tolérance et une vraie tolérance ; que la vraie est celle qui demeure toujours
armée, qui ne transige sur rien, et qui, n’ayant pas peur d’aller jusqu’au bout de son principe, ne permet pas
qu’on tolère une religion susceptible de produire l’intolérance.
C’est ainsi qu’il était réservé aux francs-maçons d’aimer assez la tolérance pour ne pas supporter l’idée que
d’autres qu’eux puissent se montrer intolérants.
Cela semble trop comique pour être vrai. Mais, je le répète, j’ai vu se dérouler autour de moi et en moi les
scènes de cette comédie dont nous subissons maintenant les conséquences tragiques. Et d’ailleurs, le monde
profane, malheureusement trop inattentif, n’a-t-il pas assisté aux mêmes évolutions? Il n’a qu’à se souvenir.
CHAPITRE VI
Cléricalisme et Catholicisme. Le bouc émissaire. L’action du Pouvoir occulte étendue dans les milieux
conservateurs et jusque dans le monde catholique.
LE MENSONGE DU « CLÉRICALISME ».
En même temps qu’il procédait aux déformations d’idées qui viennent d’être exposées, le Pouvoir occulte
avait recours au mensonge vis-à-vis des francs- maçons comme vis-à-vis du monde profane pour compléter son
œuvre.
Qui ne se souvient de la fameuse formule lancée par Gambetta : Le cléricalisme voilà l’ennemi ! A ce
propos, j’ai souvent entendu certains opposants s’extasier sur l’habileté avec laquelle, disent-ils, les francs-
maçons savent trouver les mots qui doivent faire fortune. Ils se trompent en cela, comme se trompent les enfants
lorsqu’ils disent qu’il fait froid parce qu’il tombe de la neige. Ce n’est pas parce que les formules maçonniques
sont bien trouvées qu’elles font fortune; c’est parce que, bien ou mal trouvées, c’est la Maçonnerie qui les lance,
en usant de toutes les forces organisées dont elle dispose.
En voici une preuve.
De ces deux aphorismes : Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! et : la Franc-Maçonnerie voilà l’ennemi ! Quel
est d’une celui qui s’adapte le mieux aux circonstances? Quel est le plus justifié, celui qui, raisonnablement,
devrait avoir la plus grande fortune? C’est évidemment le second. Et pourtant, c’est le premier qui, tout de suite,
s’est trouvé répandu partout. Pourquoi? Parce qu’il l’a été par les milliers de bouches qui s’ouvrent à la volonté
du Pouvoir occulte. Gambetta lui-même n’a été qu’une de ces bouches-là ; car il est prouvé que le mot existait
avant qu’il ne le lançât. Le mot existait, mais il ne faisait pas fortune. Le Pouvoir occulte le fit adopter par la
Franc-Maçonnerie. Il le mit dans le répertoire de ceux des siens dont la voix portait. Ce fut encore une simple
affaire de suggestion par répétition voulue, préméditée, calculée. Le succès ne s’est donc pas fait tout seul, par
la vertu d’une formule bien choisie. Il a été la conséquence d’une manœuvre. Et cette manœuvre, comme tant
d’autres, ne fut possible que par suite de l’existence de l’organisme maçonnique.
Pourquoi le Pouvoir occulte a-t-il imposé cette formule à ses troupes? Parce qu’elle marquait le point de
départ d’un mouvement stratégique analogue à celui qui était effectué autour de l’idée de tolérance. II était
nécessaire que l’attaque contre la religion traditionnelle fût dissimulée sous plusieurs masques. La marche du
Pouvoir occulte n’est pas seulement une marche tortueuse ; c’est un enchevêtrement de marches tortueuses.
J’ai entendu dire et répéter mille fois dans les loges — et la même chose s’est faite ensuite dans le monde
profane — que l’on n’en voulait nullement au catholicisme, mais simplement au cléricalisme, c’est-à-dire « à
l’intrusion du catholicisme dans la politique ».
A la bonne heure ! pensaient les modérés. S’il s’agissait de partir en guerre contre le catholicisme, nous
protesterions au nom du respect dû à toutes les religions qui est inscrit dans nos statuts. Contre le cléricalisme,
au contraire, nous ne devons pas hésiter. Nous ne pouvons accepter la domination politique des curés. Et cela,
dans l’intérêt même du catholicisme.
Il est à noter que cela se passait au moment où il y avait déjà deux cent cinquante à trois cents francs-
maçons au Parlement, tandis qu’il ne s’y trouvait qu’un prêtre. Mais on voyait la soutane de celui-ci, tandis
qu’on ne voyait pas le tablier des trois cents. Les francs-maçons eux-mêmes ignoraient alors que leur association
fût si formidablement représentée au Parlement. Les chefs seuls le savaient. Tout le monde fut donc entraîné.
Tout le monde marcha contre le cléricalisme catholique que chacun, après le Pouvoir occulte, déclarait
constituer un danger imminent et redoutable, sans s’inquiéter de l’autre, du cléricalisme invisible, mais sans
cesse agissant et guerroyant, le cléricalisme du Pouvoir occulte. On engagea la campagne d’abord dans les loges,
puis hors des loges, dans toutes les fractions du monde profane où pouvait s’exercer l’ardeur de prosélytisme
des apôtres fanatisés et des sous-apôtres en train de se fanatiser. Tout le monde criait : Respect au catholicisme
sincère ! Mais sus au cléricalisme ! On ne doit pas supporter 1’envahissement de la politique par la religion. Le
prêtre à la sacristie ! Et l’on citait des faits...
Le prêtre à l’église et à la sacristie ; nous sommes de cet avis. Mais puisque la Franc-Maçonnerie avoue
maintenant qu’elle est la contre-Eglise, nous pensons qu’à côté de la formule : le prêtre à la sacristie, il eût
convenu de mettre cette autre : le franc-maçon à la loge! Dès lors qu’au contraire le franc-maçon fait sa
propagande anticatholique hors des loges, dès lors qu’il pratique sa politique anticatholique au Parlement, il
amène forcément et légitimement le catholicisme sur ce même terrain.
En effet, lorsque celui-ci se voit menacé par des attaques perfides et continuelles dont il n’aperçoit nulle
part les vrais auteurs responsables, parce que ceux-là marchent dans l’ombre et s’appellent le Pouvoir occulte
et la Franc-Maçonnerie, lorsqu’il constate que ces attaques se produisent partout à la fois : au Parlement, dans
la presse, dans l’enseignement, n’est- il pas naturel, n’est-il pas inévitable que les catholiques soient amenés à
faire face là où ils sont assaillis, à moins qu’ils ne tendent le dos aux coups et qu’ils n’acceptent par avance leur
disparition?
Sans doute ils n’en seraient pas réduits là s’ils avaient connu plus tôt la Franc-Maçonnerie; si, la connaissant,
ils avaient pu la combattre directement et face à face sur le terrain de la propagande; si, avant qu’elle ne fût
to\ite puissante, ils l’avaient montrée hypocrite et lâche, comme elle l’est. Voilà leur grande faute, peut-on dire
: n’avoir pas combattu à temps et de la manière qu’il eût fallu ! Mais leur excuse n’est-elle pas dans
l’inimaginable hypocrisie de leur adversaire, le Pouvoir occulte, dans l’incroyable fausseté de la Franc-
Maçonnerie, dans l’extraordinaire quantité de mensonges accumulés tout exprès par cette association pour
dissimuler son action sans cesse offensive?
Sans doute, placés comme ils l’étaient, les Papes, eux, pouvaient se rendre compte. Ils pouvaient voir. Aussi
se sont-ils rendu compte et ont-ils vu. Les catholiques n’ont rien à leur reprocher à ce point de vue. Les Papes
se sont adressés tour à tour aux monarques et aux sujets. Les encycliques en font foi. Mais les monarques et
leurs sujets, parce qu’ils ne voyaient pas l’adversaire qui se dérobait si habilement, étaient malheureusement
portés à s’imaginer que les Papes exagéraient, comme on a été jusqu’ici porté à croire à l’exagération des
antimaçons actuels.
Le 4 janvier 1818, le Cardinal Consalvi écrivait au prince de Metternich :
« Les choses ne vont bien nulle part, et je trouve, que nous nous croyons beaucoup trop dispensés de la plus
simple précaution. Ici, j’entretiens chaque jour les ambassadeurs de l’Europe des dangers futurs que les sociétés
secrètes préparent à l’ordre à peine reconstitué, et je m’aperçois qu’on ne me répond que par la plus belle des
indifférences. On s’imagine que le Saint-Siège est trop prompt à prendre frayeur ; l’on s’étonne des avis que la
prudence nous suggère... »
On s’étonnait, en effet, et ce n’était pas seulement à cause de l’insouciance universelle, mais aussi parce
que l’étonnement était soigneusement entretenu par certains de ceux-là même auxquels s’adressait le Cardinal
secrétaire d’Etat. Sans qu’il pût s’en douter, ils étaient les hommes liges du Pouvoir occulte. Quelques-uns
appartenaient même aux sociétés secrètes supérieures. D’autres ne faisaient partie que des maçonneries
inférieures. Mais n’y entendaient-ils pas les successeurs du F.-, de la Tierce répéter avec conviction : «
Représentez-vous un homme craignant Dieu, voilà le Maçon !... Celui qui s’écarte des devoirs de la religion
n’est point maçon. Il en usurpe le nom... » Comment, étant ainsi aveuglés, auraient-ils pu admettre ce que le
Cardinal Consalvi leur disait des sociétés secrètes.
Et pourtant le Vatican était bien informé ; il voyait juste, ainsi que le prouve le passage suivant de la lettre
de Consalvi. Les prévisions qui s’y trouvent contenues n’ont été que trop justifiées par les faits.
« Par tout ce que je recueille de divers côtés, et par ce que j’entrevois dans l’avenir, je crois (et vous verrez
plus tard si j’ai tort) que la Révolution a changé de marche et de tactique. Elle n’attaque plus à main armée les
trônes et les autels, elle se contentera de les miner par d’incessantes calomnies : elle sèmera la haine et la
défiance entre les gouvernants et les gouvernés, elle rendra odieux les uns, tout en plaignant les autres. Puis, un
jour, les monarchies les plus séculaires, abandonnées de leurs défenseurs, se trouveront à la merci de quelques
intrigants de bas étage auxquels personne ne daigne accorder un regard d’attention préventive. Vous semblez
penser que, dans ces craintes manifestées par moi (mais toujours d’ordre verbal du Saint-Père), il y a un système
préconçu et des idées qui ne peuvent naître qu’à Rome. Je jure à Votre Altesse qu’en lui écrivant et qu’en
m’adressant aux hautes Puissances, je me dépouille complètement de tout intérêt personnel, et que c’est d’un
point beaucoup plus élevé que j’envisage la question. Ne pas s’y arrêter maintenant, parce qu’elle n’est pas
encore entrée pour ainsi dire dans le domaine public, c’est se condamner à de tardifs regrets. »
C’est, hélas ! une loi de nature qu’on ne croit généralement que ce qu’on voit. Les catholiques ne voyaient
pas le Pouvoir occulte, ni son plan, et c’est pourquoi ils ne pouvaient y croire. C’est pourquoi, négligeant les
avertissements qui leur venaient de si haut, ils n’opposèrent rien à la propagande perverse des loges.
Quoi qu’on puisse penser de la faute qu’ils commirent en cela— faute qu’un si grand nombre d’entre eux
commettent malheureusement encore aujourd’hui, — c’eût été une autre faute qu’après n’avoir pas combattu
sur le terrain de la propagande, ils ne combatissent pas sur le terrain politique, dès lors qu’ils y étaient attaqués.
Mais dans quelles conditions inférieures se présentait alors pour eux la lutte !
En manœuvrant politiquement contre l’Eglise avant d’avoir été universellement démasqué, le Pouvoir
occulte pouvait se dire :
« Toutes les chances sont désormais pour moi, puisque j’attaque l’Eglise sans qu’on sache seulement que
j’existe. De deux choses l’une : ou bien les catholiques la défendront, ou bion ils ne la défendront pas. S’ils la
défendent, d’abord leurs coups s’égareront puisqu’ils m’ignorent. Au lieu de frapper sur moi, ils frapperont à
côté. En outre, j’aurai l’avantage de les faire passer pour des provocateurs. Rien de plus facile, puisque j’ai
attaqué sans qu’on m’ait aperçu. S’ils ne la défendent pas, c’est encore plus simple. Je n’ai, en ce cas, pas besoin
de combattre. Il me suffît de continuer comme j’ai commencé. »
Il était donc naturel et nécessaire, quoi qu’il en pût advenir, que les catholiques essayassent de défendre
l’Eglise sur le terrain politique. Et c’est ainsi que, par ses perverses manœuvres, le Pouvoir occulte s’était assuré
la possibilité de dresser devant les foules le fantôme du cléricalisme.
Les catholiques n’avaient dès lors qu’une seule tactique à adopter. Répondre à l’offensive par l’offensive;
mettre le maçonisme en regard du cléricalisme; attaquer le véritable ennemi, c’est-à-dire le Pouvoir occulte,
dans sa forteresse, la Franc-Maçonnerie.
Malheureusement ils ne savaient pas ; et dès lors ils devaient être vaincus. C’est ainsi qu’on en revient
toujours à cette nécessité qui s’impose à eux comme la nécessité primordiale : Savoir ! Connaître à fond la
question maçonnique !
J’ai entendu en loge, et des milliers de fois, je le répète, les orateurs maçonniques procéder avec l’hypocrisie
dénoncée d’avance par le cardinal Consalvi. Mais cette hypocrisie n’était pas le fait de chaque franc-maçon pris
individuellement, tout au moins dans la majorité des cas ; elle était surtout et avant tout le fait du Pouvoir
occulte. N’ai-je pas répété, avec les autres francs-maçons, que nous n’en voulions nullement à la vraie religion,
que nous respections le sentiment religieux sincère, que ce que nous attaquions, c’était seulement l’intrusion de
la religion dans la politique?
C’est du moins ainsi que nous commencions ; et nous étions sincères. Seulement nous nous laissions
fanatiser peu à peu.
En nous inspirant ce langage, le Pouvoir occulte nous faisait, sans que nous nous en doutions, travailler à la
confection d’une sorte de bouc émissaire, le cléricalisme, sur le dos duquel nous accumulions tous les reproches
qu’on pouvait adresser à l’esprit d’intolérance, de fanatisme, d’obscurantisme et de despotisme. A ce jeu, nous
pouvions tous nous en donner à cœur joie et innocemment, nous semblait-il, puisqu’on nous bornant à attaquer
le cléricalisme, nous observions les statuts maçonniques, nous respections la foi religieuse, le culte, la religion.
Mais nous ne savions pas que le Pouvoir occulte se réservait de faire glisser un jour la peau du bouc émissaire
sur le dos du catholicisme, et qu’ainsi ce serait celui-ci qui se trouverait chargé de toutes les haines que nous
avions amassées sur l’autre...
J’ai donc travaillé, de bonne foi, comme tant d’autres, à la création du bouc émissaire clérical. Mais en
même temps, et sous l’empire de la suggestion qui m’était seringuée tous les jours, comme les autres aussi, je
voyais des cléricaux partout dans le monde catholique ; et je ne réfléchissais pas, car on ne réfléchit plus
lorsqu’on est suggestionné, que cela tenait à ce que chaque catholique sentant sa religion menacée, il était naturel
qu’il essayât de la défendre. Ce côté de la question m’échappait. Les suggestions émanant du Pouvoir occulte
le laissaient soigneusement dans l’ombre. Elles expliquaient les choses à la façon dont le loup de la fable les
explique à l’agneau qu’il veut dévorer. Et, toujours comme les autres, j’acceptais aveuglément ces suggestions.
Je contribuais ainsi, sans le savoir, à la déchéance de mon pays et, par conséquent, à la mienne propre.
J’acceptais ces suggestions, grâce à ce que la Maçonnerie me flattait en me persuadant que j’étais un des
champions de la vérité, de la lumière, de la civilisation. Je les acceptais surtout grâce à l’ascendant qu’elle avait
commencé par prendre sur moi en me persuadant faussement de son dévouement à l’idéal. N’était-elle pas
l’apôtre de toutes les grandes causes, l’instigatrice de tous les progrès, l’Alma Mater de l’Humanité? Pouvait-
elle se tromper?
« Sainte Maçonnerie ! » s’écriait avec une émotion sacrée le F.-. Dequaire dans son discours de clôture du
Convent, il y a quelques années.
Et moi aussi, je murmurais au fond de moi-même : Sainte-Maçonnerie ! Et j’avançais, la main dans l’in-
visible main du Pouvoir occulte, les yeux fermés, combattant une religion qui ne faisait que se défendre, et
servant avec une aveugle ferveur un cléricalisme infiniment redoutable, car c’est lui qui sans se montrer, ne
cesse d’attaquer depuis deux cents ans ; et ce qu’il attaque, c’est l’existence même du pays !...
INTERVENTION
DU POUVOIR OCCULTE DANS LA DIRECTION DES PARTIS QUI LUI FONT OPPOSITION
ET JUSQUE DANS LE SEIN DE L’ÉGLISE.
Le Pouvoir occulte sait aussi, sans que nous nous en doutions et toujours par le même procédé, intervenir
entre les fractions de l’opposition. Il favorise celles dont les doctrines sont les plus utiles à la réalisation de ses
vues. Il fait agir pour cola les « influences individuelles soigneusement couvertes » dont la chaîne est établie de
manière à ne laisser aucune solution de continuité depuis lui jusqu’à l’entourage immédiat des princes, des
monarques et des Papes.
« C’est la corruption du peuple par le clergé, et du clergé par nous que nous avons entreprise », disait un
des membres de la Haute-Vente.
Un autre écrivait :
« On me mande de Rome que deux des nôtres, bien connus pour leur haine du fanatisme, ont été obligés,
par ordre du chef suprême, de s’agenouiller et de communier à la Pâque dernière. »
Un troisième :
« Il y a une certaine partie du clergé qui mord à l’hameçon de nos doctrines avec une vivacité merveilleuse.
»
Un quatrième :
« Ces pauvres princes feront notre affaire en croyant ne travailler qu’à la leur. »
Un cinquième :
« Que le clergé marche sous votre étendard en croyant toujours marcher sous la bannière des chefs
apostoliques... Tendez vos filets comme Simon Barjona ; tendez-les au fond des sacristies, des séminaires et
des couvents plutôt qu’au fond de la mer. — Vous amènerez des amis autour de la Chaire apostolique. Nous
aurez prêché une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière... »
Ces quelques documents pris parmi tant d’autres, qui furent extraits de la Bibliothèque du Vatican et publiés
avec l’approbation pontificale par Crétineau-Joly ne montrent-ils pas la pensée occulte appliquée à créer cette
chaîne d’influences dont nous venons de parler et par laquelle sont enserrés jusqu’à ceux qui semblent les mieux
placés pour défendre la religion et la patrie.
En voici un qui la montre mieux encore. Il émane de l’homme qui dirigeait la Haute-Vente sous le
pseudonyme de Nubius tout en occupant, sous son vrai nom, une situation importante dans le corps diplomatique
accrédité auprès du Saint-Siège. Quel était ce nom? Le Pape Pie IX le sut et il eut la charité de ne pas le révéler
par égard pour des familles chrétiennes. Ce Nubius était en relations avec tout le grand monde catholique
romain. Il écrivait un jour au juif prussien Klauss : « Je passe quelquefois une heure de la matinée avec le vieux
Cardinal délia Somaglia, le Secrétaire d’Etat ; je monte à cheval soit avec le duc de Laval, soit avec le prince
Cariati ; je vais, après la messe, baiser la main de la princesse Coria où je rencontre assez souvent Bernetti (le
Cardinal qu’ils redoutaient le plus). De là je cours chez le cardinal Palotta ; puis je visite dans leurs cellules le
procureur général de l’inquisition, le dominicain Jaulot, le théatin Ventura, ou le franciscain Orioli. Le soir, je
commence chez d’autres cette vie d’oisiveté si bien occupée aux yeux du monde et de la cour ; le lendemain, je
reprends cette chaîne éternelle5. »
Pour renseigner mieux encore le lecteur sur l’effort hypocrite du Pouvoir occulte en vue d’étendre ses
influences jusques dans les milieux où on les soupçonnerait le moins, nous citerons un fait qui a rapport aux
obstacles mis à la publication d’un ouvrage de Crétineau-Joly par lequel a été remplacé celui dont sont tirés les
documents ci-dessus.
Le Pape Grégoire XVI avait, le premier, eu la pensée de cette publication destinée à faire connaître au
monde que si l’Eglise prenait, en certaines circonstances, une attitude militante, c’était par nécessité de défense,
puisqu’elle était incessamment attaquée dans l’ombre par des adversaires invisibles. Il remit en conséquence à
Crétineau-Joly les documents qui se trouvaient à la Bibliothèque du Vatican et qu’il voulait voir publiés.
A peine sut-on la mission dont avait été chargé l’historien français que « les influences individuelles » furent
mises en mouvement.
L’auteur de Y Histoire des Sociétés Secrètes (tel était le titre de l’ouvrage projeté) raconte dans ses Mémoires
publiés par l’abbé Maynard, que le roi de Sardaigne lui fit proposer une entrevue secrète au cours de laquelle il
lui demanda le silence. Crétineau-Joly refusa d’accéder à la demande du Roi. Celui-ci s’adressa à Pie IX qui
venait de succéder à Grégoire XVI. C’était donc par un intermédiaire royal, inconscient ou non, que le Pouvoir
occulte essayait de peser sur l’esprit du Souverain Pontife.
Au même moment, Crétineau-Joly qui avait à recueillir des documents près du roi de Naples avait affaire
dans cette ville à un Carbonaro qui, entré dans les ordres, était devenu le confesseur du Roi et avait tout pouvoir
sur celui-ci. A l’instigation de ce Carbonaro confesseur, le roi de Naples, au lieu de livrer ses documents à
Crétineau, écrivit au Pape une lettre telle que Pie IX déclara à l’historien que sa charité de père et son devoir de
prince l’obligeaient à ne pas permettre une publication qui n’était pas sans danger.
En 1849, le nonce à Paris engage Crétineau-Joly à reprendre son travail en lui montrant une dépêche du
5
Cité par Henri Delassus dans son bel ouvrage : Le problème de l'heure présente.
Cardinal Antonelli qui disait que le Pape ne s’était opposé que momentanément à la publication de Y Histoire
des Sociétés Secrètes, mais qu’il croyait maintenant utile de donner suite à l’idée de Grégoire XVI. Crétineau-
Joly qui s’était remis à la besogne fut de nouveau arrêté. Cette fois, c’était le prince Louis Bonaparte qui
intervenait. De dépit, l’auteur brûla son livre qui était déjà composé. Les documents qu’il introduisit plus tard
dans l’Histoire du Sonderbund et dans l’Eglise romaine en face de la Révolution étaient ceux qui avaient
échappé à la destruction ou des copies de ceux qui avaient été bridés.
Ce sont encore des influences individuelles et soigneusement couvertes agissant pour le compte du Pouvoir
occulte qui ont été mises par accident au jour dans cette affaire de « La France catholique », où l’on vit un
prêtre publiant ce journal avec l’argent que lui fournissait le président du Conseil Clémenceau. Quel était le but
de celui-ci? Tromper les catholiques, essayer de s’emparer de la direction de leur politique, en créant, lors de
l’affaire des Cultuelles, un courant qui avait à sa tête, en apparence, les hommes les plus honorables, les
catholiques les plus qualifiés, des académiciens, un vice-président de l’Action libérale. En réalité, les
dépositions faites par l’abbé Toi- ton devant un tribunal ont prouvé que ce mouvement était machiné et ordonné,
non par le Chef de l’Eglise’ comme on essayait de le faire croire, mais par le Pouvoir occulte qui agissait là
comme nous le voyons faire en toutes circonstances par l’intermédiaire d’influences individuelles
soigneusement dissimulées.
« Ne les perdez pas ! disait M. Clémenceau en remettant les premiers dix mille francs à l’abbé Toiton, ça
ferait un fameux fait divers? » Nous n’avons pas eu le fait divers, mais à sa place nous avons, ce qui vaut mieux,
la vision, en raccourci, de toute l’action maçonnique et du procédé-type du Pouvoir occulte.
CHAPITRE VII
Les hypnotisés du Pouvoir occulte.
TRANSPORT DE L’ÉTAT D’ESPRIT MAÇONNIQUE DANS LE MONDE PROFANE.
Voici donc le Pouvoir occulte formidablement armé, grâce à l’existence de l’instrument qu’il a forgé : la
Franc-Maçonnerie, agent d’autant plus redoutable qu’il est irresponsable et inconscient.
Irresponsable, parce que si cette association ne cache pas son existence au public, elle lui cache, autant
qu’elle le peut, le nom de ses membres et elle était parvenue jusqu’ici à lui dérober à peu près complètement
leur action collective et disciplinée ; de telle sorte qu’il était impossible de lui demander des comptes.
Inconscient, par suite des suggestions graduées que les francs-maçons reçoivent sans s’en apercevoir ;
comme celles qui, dans une religion, viendraient d’un corps sacerdotal supérieur qu’on n’apercevrait pas, dont
l’existence serait complètement inconnue, même du clergé subalterne.
En même temps, le Pouvoir occulte se trouve protégé d’une manière singulièrement efficace.
En effet, non seulement il est parvenu à interposer une personnalité entre le public et lui ; mais grâce à des
dispositions d’une habileté machiavélique, cette personnalité est tellement incertaine et obscure, autour d’elle
tant de fables sont répandues, tant de contradictions circulent que, tout en sachant qu’elle existe, on y croit à
peine. Et l’on est encore bien moins disposé à admettre qu’un être dont l’existence est si problématique, puisse
se trouver dirigé par un autre dont l’action dans de telles conditions paraît plus problématique encore.
La Franc-Maçonnerie est donc pour le Pouvoir occulte à la fois une défense et un moyen d’attaque. Grâce
à elle, le Pouvoir occulte a toutes les chances pour qu’on ne parle jamais de lui, alors que désormais il va pouvoir
agir sans cesse. Les maux qu’il répandra sur le monde, on ne les lui attribuera même pas, à elle ; comme les lui
attribuerait-on, à lui?
Au sein du redoutable organisme maçonnique, un état d’opinion anticatholique a été créé, par les procédés
que nous avons indiqués.
Mais le Pouvoir occulte ne saurait en rester là. Il est nécessaire, pour que le but auquel il tend puisse se
réaliser un jour, que l’état d’opinion régnant dans le monde maçonnique passe dans le monde profane.
Ce sont les procédés employés à tous les étages de la Franc-Maçonnerie qui servent également au dehors.
Ainsi se trouve marquée la merveilleuse unité du plan général.
En effet, bien avant qu’ils aient été amenés au point où nous les avons vus, les francs-maçons ont exercé
une certaine influence dans le monde profane. Le Pouvoir occulte avait eu soin de les prendre dans tous les
milieux. On conçoit que dès le lendemain de leur initiation, ils font sentir partout autour d’eux le contre-coup
de l’action qui est incessamment exercée sur leur esprit. Ils répètent ce qu’ils ont entendu dire par les
prédicateurs du Pouvoir occulte. Le journaliste dans ses articles, le publiciste dans ses écrits, l’auteur dramatique
dans ses pièces, le chansonnier dans ses chansons, le pornographe dans ses productions infâmes, le professeur
dans ses cours, l’instituteur dans ses classes, tous répandent, sous différentes formes, l’enseignement qu’ils ont
reçu, les idées dont ils ont été imprégnés. Tous jouent le rôle de ces cappadores dont nous avons parlé, qui
agitent devant le public les idées sur lesquelles celui-ci doit se précipiter. L’état d’esprit créé et emmagasiné
dans les loges comme en un réservoir déborde donc sur tous les points, et le milieu profane se trouve peu à peu
modifié par lui. Et, comme les francs-maçons qui font ainsi métier de propagandistes ne se donnent pas comme
francs-maçons, l’action qu’ils exercent n’est pas connue en tant qu’action maçonnique. Le journal modéré,
patriote, religieux même, peut avoir, sans qu’il le sache, son ou ses francs-maçons qui n’y disent que ce qu’ils
y peuvent dire, mais qui se rencontrent dans la loge avec les francs-maçons enragés de la Lanterne et de Y Action
; avec ceux du Temps aussi, qui établissent le contact entre les uns et les autres. S’il n’a pas son ou ses francs-
maçons, il a tel et tel de ses rédacteurs qui sont imbibés, grâce à des « influences individuelles soigneusement
couvertes », d’esprit maçonnique dilué dans la mesure où il convient pour qu’il soit assimilable dans le milieu
où il doit agir. Ces maçonnisants transmettent à leur tour à leurs confrères l’esprit qu’ils ont reçu. Et c’est ainsi
que notre presse, même celle d’opposition, est attaquée sur bien des points par les infiltrations maçonniques.
Il en est de même des ateliers, des salons, des groupes que nous constituons. Si bien qu’à un pareil état de
choses, il n’existe plus qu’un remède, qui est malheureusement celui auquel on se résout le moins facilement :
qui consiste à connaître les caractéristiques de l’esprit maçonnique, à en prendre le contre- pied en tout, et à se
rallier, à se soumettre aux disciples intellectuelles et morales qui représentent les états d’esprit contraires.
L’habile et profonde perversité avec laquelle agit le Pouvoir occulte vis-à-vis de la Maçonnerie se retrouve,
elle aussi, dans la méthode employée par celle-ci à l’égard du monde profane.
Comment en pourrait-il être autrement? Puisque chaque maçon n’est qu’un écho de ce qu’il a entendu — et
un écho à peu près fidèle, sans cela, on l’expulserait de la Maçonnerie, ou bien il en sortirait de lui- même, ainsi
que nous l’avons expliqué — son effort particulier se trouve réglé par les savants calculs qui déterminent la
marche prudente du Pouvoir occulte. C’est la ruse, la fourberie, le mensonge et l’hypocrisie qui ont si bien réussi
à l’intérieur des loges parce que les francs-maçons non avertis, étaient sans défense contre ces moyens ; c’est
aussi la ruse, la fourberie, le mensonge et l’hypocrisie qui doivent réussir dans le monde profane, parce que
celui-ci n’est pas plus prévenu contre l’effort de la perversité maçonnique que les francs-maçons n’étaient
prévenus contre la perversité du Pouvoir occulte.
Et même, un nouveau facteur intervient qui augmente considérablement l’effet de la propagande ma-
çonnique ; c’est l’inconscience qui est créée chez la presque unanimité des francs-maçons. Les représentants
directs du Pouvoir occulte qui ont enrégimenté les premiers adeptes de la Maçonnerie débitaient sciemment
leurs mensonges vis-à-vis de ceux-ci. Il leur fallait d’autant plus de cynisme. Il n’en va plus de même pour la
propagande exercée par les francs- maçons au milieu du monde profane. Ceux-ci ont été fanatisés, aveuglés de
telle sorte que c’est, le plus souvent, sans le savoir qu’ils mentent. En agissant par leur intermédiaire,
l’hypocrisie du Pouvoir occulte se revêt donc d’ingénuité, et elle en devient plus redoutable. En réalité, ils sont
des croyants, puisqu’ils croient à la mission de la Veuve, à sa sainteté. Du moins en est-il ainsi pour un grand
nombre d’entre eux. On est parvenu à leur persuader que la science exigeait la destruction du catholicisme. Ils
n’en savent absolument rien par eux-mêmes, puisqu’ils ne sont pas des savants. Là encore, il a fallu qu’ils
croient ce qu’on leur affirmait. Ils ont cru. Sur ce point comme sur le premier, ils ont la foi. C’est une force
considérable. Et il faut savoir, il faut avoir vu jusqu’où valeur hallucination !
Par l’effet des suggestions qu’elles reçoivent, ces intelligences à peine dégrossies se prennent pour des
intelligences scientifiques. C’est très sincèrement que es laveurs de vaisselle des cuisines de la Veuve se
considèrent comme les pionniers de la science et de la raison. Chaque fois que les prêtres chrétiens prononcent
le nom de Jésus-Christ, ils inclinent la tête et s’humilient au fond d’eux-mêmes. Au contraire, il suffît que les
francs-maçons parlent de leur divinité, « la Raison », pour qu’ils s’enflent d’orgueil et se considérant comme
infaillibles.
Des ignorants qui croient qu’ils sont savants, ou que, n’étant pas savants, ils sont tout au moins les soldats
de la science, qui portent cette conviction dans la politique, et qui, savamment embrigadés, arrivent à gouverner
un état par la force de l’organisation occulte à laquelle ils appartiennent; qui dominent, par conséquent, en raison
même de leur ignorance, au nom d’une force invisible à laquelle il est impossible de demander des comptes,
voilà ce qu’on peut considérer comme un cléricalisme infiniment néfaste pour le pays qui en est infecté. C’est,
à proprement parler, la dictature exercée par l’imbécillité au profit de la perfidie.
C’est seulement après qu’ils ont été hypnotisés que les francs-maçons procèdent vis-à-vis du monde profane
comme le Pouvoir occulte a procédé vis-à-vis d’eux. Pas plus que celui-ci, ils ne disent tout d’abord où ils
veulent en venir. Comment le pourraient-ils, puisqu’eux-mêmes ne savent pas où on veut les mener. Brisson,
par exemple, parlant des Congrégations, a déclaré jadis « qu’il ne pourrait jamais venir à la pensée d’aucun
républicain de restreindre en quoi que ce soit le droit d’association ». Il est probable que Brisson pensait ce qu’il
disait. C’est en 1872 qu’il parlait ainsi. La suggestion républicaine était celle qui correspondait particulièrement
à cette époque au besoin du Pouvoir occulte. Brisson obéissait à l’impulsion qu’il recevait sans s’en douter. Il
parlait en républicain. Depuis un certain nombre d’années, c’est la suggestion anticatholique qui a dominé.
Brisson a encore obéi à cette suggestion et il a parlé et agi non plus en républicain mais en sectaire. Sa conviction,
pour inéclairée qu’elle fût, n’en donnait pas moins une certaine force à son langage dont bénéficiait le Pouvoir
occulte.
Grâce à cette sorte d’inconscience, c’est avec sincérité que les francs-maçons affirment leur tolérance et
leur respect de toute foi religieuse. Et c’est encore un avantage pour le Pouvoir occulte. Même aujourd’hui, on
rencontre des francs-maçons qui sont convaincus de leur esprit de tolérance. Le F. .. Camille Pelletan lui-même
a proclamé dans un discours, lorsqu’il était ministre, son respect de la religion. C’est un fait. Vous croyez qu’il
mentait? Ce n’est pas certain. Il parlait ainsi en sortant de table et il se peut parfaitement que ce jour-là, il eût le
vin tolérant. Briand fait prendre son « désir de conciliation » au sérieux par de très hautes personnalités
politiques catholiques. La suggestion a produit en lui, en raison de sa nature particulière, l’état d’âme nécessaire
pour que, de la façon la plus naturelle, il puisse ainsi en imposer, et peut-être, à certaines heures, s’en imposer
à lui-même. Pendant ce temps-là, Clémenceau subventionne un abbé et fonde sous l’autorité de la soutane de
celui-ci un journal, la France Catholique, qui se vend à la porte des églises, pour permettre à la Franc-
Maçonnerie, contre-église, ennemie mortelle du catholicisme, de faire lire aux catholiques ce dont il faut les
persuader pour que le Pouvoir occulte puisse arriver aux suprêmes destructions qu’il médite.
Alors que l’opinion est travaillée de tant de manières diverses, comment ne serait-elle pas trompée !
Nous avons cité le propos d’un franc-maçon qui parlant de la liberté, a fait très sincèrement cette déclaration
:
« Oui, quoi qu’on en dise, c’est la liberté que nous voulons ; seulement, nous voulons la vraie ; celle qui ne
permet pas qu’on prenne de libertés contre elle.»
Voilà jusqu’à quel point le Pouvoir occulte est parvenu à déformer l’intelligence de ceux qu’il appelle les
enfants de la « lumière ». S’ils en sont là maintenant, on peut juger de la sincérité de leur fanatisme lorsqu’ils
n’étaient pas encore entrés dans la période de l’action, lorsque, par conséquent, leur aberration ne risquait pas
de se sentir tout au moins quelque peu interdite au spectacle des contradictions qu’ils sont obligés de s’infliger
aujourd’hui.
C’est quelquefois avec une inconscience vraiment comique qu’ils opèrent, vis-à-vis des profanes, toutes les
manœuvres hypocrites qui ont été exécutées vis- à-vis d’eux par les représentants du Pouvoir occulte.
Un jour, vers la fin de ma vie maçonnique, lorsque ma raison commençant à se réveiller faisait entendre au
fond de ma conscience ses protestations contre le fanatisme maçonnique par lequel je m’étais laissé dominer,
un profane qui était de mes amis vint me voir pour me demander ce que c’était que la Franc-Maçonnerie, vers
laquelle il était attiré par un recruteur. A peine était-il entré chez moi qu’y arriva un autre de mes amis qui était
franc-maçon. La conversation s’engagea entre nous trois, et dans des conditions telles que je me contentai
bientôt d’écouter.
Le franc-maçon disait à celui qui ne l’était pas :
— La Franc-Maçonnerie est une association sublime. On y pratique toutes les vertus.
— Alors, c’est parfait. Pourtant on m’avait dit qu’elle était une association politique?
— Nullement . Nous ne nous occupons pas de politique.
— Et de religion?
— Non plus. D’ailleurs, si vous voulez avoir la conscience en repos à cet égard, voici quel est le premier
article de nos statuts : « La Franc-Maçonnerie, association essentiellement philosophique, philanthropique et
progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts, etc.
»
A mesure que mon ami parlait et que j’entendais tomber de sa bouche les belles déclarations inscrites dans
la constitution maçonnique, une sorte de voile se déchirait en moi, grâce à ce que je me trouvais en face de cette
réalité, insupportable pour ma conscience : un ami qui s’en remettait à moi avec confiance et que je voyais
trompé, victime du mensonge des statuts maçonniques. Le fait concret s’imposait à moi dans toute sa netteté.
Ne faisons-nous pas, tous les jours, me disais-je, à toutes les heures, exactement le contraire de ce qui est
écrit là-dedans? Qu’est-ce qui est vrai? Nos actes, ou ces déclarations par lesquelles nous attirons les profanes
de bonne foi?...
Je me sentis pour la première fois vraiment dégoûté de la besogne à laquelle j’avais collaboré sans en
apercevoir l’odieuse et méprisable hypocrisie.
Lorsque le postulant fut parti, je dis à mon ami franc-maçon :
— Il me semble, mon cher, que nous venons de faire un singulier métier.
— Que voulez-vous dire? fit-il étonné.
— Nous avons affirmé à l’innocent profane qui sort d’ici qu’on ne s’occupait pas de politique dans la
Franc-Maçonnerie. Or, nous n’y faisons que de la politique. Avouez que nous en avons pris à notre aise avec la
vérité...
— Est-ce que nous devons dire aux profanes ce qu’on fait en Franc-Maçonnerie? Nous n’en avons pas le
droit.
— Nous n’en avons pas moins dit le contraire de la vérité.
Nous avons aussi affirmé que nous étions une association de tolérance.
— Eh bien?
— Eh bien ! Nous sommes juste le contraire. Vous n’êtes pas tolérant et je ne le suis pas plus que vous,
puisque tous deux nous voulons la destruction du catholicisme.
— Est-ce que nous n’avons pas raison de vouloir la destruction du catholicisme?
— C’est une autre question. Admettons, si vous voulez, que nous ayons raison, il n’en est pas moins déloyal
de tromper un profane comme nous venons de le faire. Si nous considérons comme un devoir de détruire le
catholicisme, pourquoi ne le proclamons- nous pas hautement?
— Parce que nos règlements nous obligent au secret. Il n’y a pas à discuter là-dessus.
— Il en résulte que nous venons, vous et moi, de dire exactement le contraire de la vérité. Cela s’appelle
mentir. De plus, nous nous sommes parés de la vertu de tolérance alors que nous nous sommes intolérants. Cela
s’appelle être hypocrite. Il n’y a pas à sortir de là !
— Ah ça ! mon cher, qu’est-ce qui vous prend?
— Rien. Je regarde seulement nos actes avec les yeux de la raison et je leur donne leur vrai nom.
Celui auquel je tenais ce langage si simple en fut littéralement suffoqué. C’est d’un air effaré qu’il me dit:
— Mais, frère Copin, est-ce que vous devenez fou?
Et pour me remettre dans le droit chemin maçonnique, il s’engagea dans toute une série de divagations
tortueuses tendant à me persuader que la Maçonnerie n’était pas hypocrite, par la raison qu’elle avait un but
sublime, et que les francs-maçons, pris isolément, ne l’étaient pas plus qu’elle,... par la raison qu’ils avaient le
devoir de se cacher. Et non seulement il était sincère en parlant ainsi, mais cette manière de voir résultait d’une
sorte de cristallisation quasi indestructible de sa pensée. Un franc-maçon capable d’envisager les choses
autrement ne pouvait être pour lui qu’un dément, qu’un fou, comme il me l’avait dit.
C’est ainsi que pour un franc-maçon sur lequel agit pleinement la suggestion, la franchise est une faute, le
mensonge une obligation, l’hypocrisie une vertu, la fourberie un devoir.
Un peu plus tard, le jour même où, étant encore franc-maçon, je venais de livrer ma première bataille à la
Franc-Maçonnerie, je sortais de ma loge, après la tenue au cours de laquelle j’avais été jugé. Derrière moi deux
frères marchaient en causant, sans avoir remarqué que je les précédais et que je pouvais les entendre. C’étaient
deux de mes anciens amis. Ils étaient parmi ceux qui avaient soutenu le plus énergiquement, par esprit de
discipline, la cause maçonnique contre moi. L’un était un médecin partisan du darwinisme. Il disait à l’autre en
parlant de moi :
— Que voulez-vous, mon cher, ça se voit, ces accidents-là. C’était un garçon intelligent. Mais il est arrivé
au bout de son développement. Son cerveau a subi un arrêt d’évolution. S’il nous quitte, nous ne devrons pas
regretter son départ pour la Maçonnerie. C’est un homme fini.
Celui-là aussi était un beau type de suggestionné, d’hypnotisé. C’est avec la plus grande sincérité qu’il
prononçait sur moi le jugement que je viens de dire. Pour cesser de considérer l’œuvre maçonnique comme
légitime, sainte et sacrée, il fallait à ses yeux avoir subi un « arrêt d’évolution », être retombé en enfance,... au-
dessous des trois ans du grade d’apprenti. Il ne voyait pas d’autre explication possible en mon cas particulier,
étant donné qu’il me savait sincère.
Depuis lors, pour employer son expression, j’ai continué d’« évoluer ». J’ai cherché ce qu’ils appellent « la
vérité », et je l’ai fait en me tenant sous la lumière de ce pauvre petit astre intérieur que j’appelle ma raison et
qu’ils appellent, eux, « la Raison » ; astre qui, ils l’oublient trop, ne produit pas la lumière, mais la reçoit ; qui
n’est qu’un réflecteur, sur lequel passent des images qu’il reproduit comme il peut, très imparfaitement. Je me
suis gardé de confondre ma raison, que je sais si fragile, avec « la Raison » totale et universelle, ce mythe au
nom duquel ils s’imaginent niaisement avoir le droit de parler. Par cela seul que je me tenais ainsi en garde
contre moi- même, mes chances d’erreur se trouvaient diminuées d’autant. Au contraire, celui qui parlait comme
je viens de dire est resté exactement au point où il était alors. Son horizon intellectuel n’a pas changé ; c’est
toujours l’anticatholicisme conçu et pratiqué conformément aux suggestions et à la discipline maçonnique,
c’est-à-dire d’après les vues d’une puissance humaine, le Pouvoir occulte, qui n’a même pas daigné se révéler
à lui. Il s’est formé autour de cette suggestion anticatholique une sorte de durillon dans son cerveau... Le pauvre
diable n’en est pas moins convaincu, je n’ai aucun doute à cet égard, que c’est lui- qui a continué à évoluer et
que je suis au contraire toujours sous le coup de mon « arrêt d’évolution ».
Considéré en lui-même un pareil aveuglement est simplement comique. Mais quelle arme redoutable dès
lors qu’il a été créé tout exprès par une volonté qui se cache comme tout ce qui est mauvais, qui a su demeurer
invisible depuis deux cents ans et dont nous savons maintenant la profonde perversité !
CHAPITRE VIII
Francs-maçonneries extérieures et sous-maçonneries. L’aboutissement.
LES FRANCS-MAÇONNERIES EXTÉRIEURES
Certes, de pareils moyens d’action sont formidables, surtout lorsqu’ils sont tournés contre une nation sans
défiance. Le Pouvoir occulte ne les a pourtant pas encore jugés suffisants. Il a créé des franc-maçonneries
extérieures qui sont destinées à multiplier son action dans le domaine des idées aussi bien que dans celui de
l’action politique et sociale.
Dans le domaine des idées d’abord, parce que le Pouvoir occulte est, avant tout, anticatholique. Nous
n’avons pas à insister sur ce fait qui se trouve surabondamment démontré, non seulement par notre précédent
ouvrage Le Pouvoir occulte contre la France, mais par une très grande quantité d’autres dont les auteurs se sont
attachés spécialement à mettre en lumière le caractère anticatholique de la Franc-Maçonnerie.
Comme le catholicisme est une puissance dont le domaine est celui des idées, le Pouvoir occulte a dû l’y
attaquer. Nous avons vu que l’organisme et les méthodes maçonniques étaient précisément celles qu’il fallait
pour correspondre à cette nécessité. Le Pouvoir occulte a fait de la Franc-Maçonnerie non une ligue d’action,
mais une société d’éducation ou, plus exactement, de déséducation.
Nous avons vu également dans notre précédent ouvrage que le Pouvoir occulte avait secondé de tout son
effort le succès de la philosophie du dix-huitième siècle. Les encyclopédistes, d’ailleurs membres de la Franc-
Maçonnerie ordinaire, formaient entre eux, peut-on dire, une sorte de loge à part, une franc-maçonnerie
intellectuelle, dans laquelle il est évident que le Pouvoir occulte s’était ménagé les moyens de transmettre ses
inspirations.
Il en est de même de certaines associations qui, tout en ayant les caractères de la société secrète, vivent en
marge de la Franc-Maçonnerie ordinaire et semblent n’avoir point de rapports avec elle ou n’en avoir que fort
peu. Nous voulons parler de ces associations à noms plus ou moins bizarres qu’on sait avoir existé avant
l’apparition de la Franc-Maçonnerie, s’être perpétuées au dix-huitième siècle et jusqu’à nos jours ou avoir été
remplacées par d’autres présentant les mêmes caractères : les Rose-Croix, les Martinistes, les Illuminés, les
Swedenborgiens, les Misraïmites, les Kabbalistes, les Occultistes, les Spirites, les Centres qui se disent plus ou
moins ésotériques, etc., etc., sans compter ces associations ténébreuses du Moyen Age qui ont pullulé un peu
partout et dont les noms pour un grand nombre, ne sont même pas parvenus jusqu’à nous.
Ces associations se différencient entre elles. Et c’est tout naturel. Le Pouvoir occulte, qui voulait détacher
de la morale et de la discipline chrétienne les hommes de tous les pays, devait leur présenter, pour les tenter et
pour s’emparer d’un plus grand nombre d’entre eux, des types d’association dont la variété correspondît à celle
des types d’intelligences auxquelles il s’adressait. Telle est la raison des différences qui s’aperçoivent dans ces
groupements.
Mais à côté de ces différences, tous présentent deux caractères communs qui sont comme la marque de
fabrique du Pouvoir occulte : ils sont plus ou moins secrets et plus ou moins nettement et visiblement
anticatholiques.
Si l’on disait aux membres de ces groupements qu’ils ont quelque rapport avec la Franc-Maçonnerie, nul
doute qu’un grand nombre protesteraient. C’est qu’ils ne savent pas comment peut être établi ce rapport. Nous
nous en rendons compte pour eux, maintenant que nous connaissons l’organisation secrète maçonnique.
Les membres des sociétés dont nous nous occupons peuvent s’imaginer ne s’être jamais rencontrés nulle
part avec des francs-maçons, et cependant collaborer avec eux à la même œuvre de destruction. Les uns
attaquent le bloc catholique sur un point, tandis que les autres l’attaquent sur un autre. Pour que leurs efforts
soient coordonnés, que faut-il? Que des représentants du Pouvoir occulte se trouvent parmi les uns et parmi les
autres. Ces représentants se rencontrent entre eux. Ils reçoivent tous plus ou moins directement la même
inspiration. Ils savent le pourquoi de la division du travail qu’ils s’efforcent d’établir dans les groupes inférieurs
où ils remplissent la mission qui leur est confiée ; et cela suffit. Sans doute, avec un pareil système, les choses
ne marchent pas toujours comme le voudrait le Pouvoir occulte. Mais quelles sont donc les affaires humaines
qui marchent toujours au gré de ceux qui les entreprennent? Des divergences, des heurts, des divisions peuvent
se produire entre ces groupes qui s’ignorent et dont quelques membres seulement se connaissent entre eux.
Certains même peuvent être arrachés du tronc, séparés momentanément ou pour toujours du centre d’inspiration.
Mais encore une fois, où donc en va-t-il autrement dans les choses de ce monde? L’important est que, lorsque
de pareils accidents se produisent, le secret de l’unité d’inspiration ne soit pas divulgué. C’est le seul qui ait
vraiment de l’importance. Mais sur ce point, nous pouvons être sûrs que le Pouvoir occulte sait prendre ses
précautions et qu’en outre il ne recule devant rien, absolument rien, pour assurer sa sécurité. Lorsqu’il périra,
car, en fin de compte, tant vont à l’eau les récipients même les plus solides qu’ils se cassent ou s’usent, il en
aura fait périr beaucoup d’autres avant lui..
Dans le domaine politique et social, le Pouvoir occulte a créé une grande quantité de sous-maçonneries dont
les efforts trouvent leur point de concentration dans les loges, de même que les efforts de celles-ci et des
associations dont nous venons de nous occuper trouvent le leur dans des sphères plus élevées.
Ici, nous allons pouvoir nous rendre exactement compte de la manière dont il a opéré ; et, par là même, nous
nous expliquerons comment il a dû procéder aux étages supérieures de l’immense organisation de ses armées
secrètes.
LES SOUS-MAÇONNERIES.
Une fois en possession de la prodigieuse accumulation de forces qui-résultait pour lui du groupement, de la
discipline et de l’organisation maçonniques, le Pouvoir occulte s’est dit qu’il pourrait se rendre plus fort encore
en étendant groupement, discipline et organisation hors de la Maçonnerie, en créant autour de celle-ci des
sociétés qui seraient comme autant de sous-maçonneries et qui rempliraient vis-à-vis d’elle le rôle qu’elle-même
remplit vis-à-vis de lui. Et c’est ainsi qu’existent actuellement un nombre considérable d’associations qui ont
été créées par la Maçonnerie et qui subissent sa direction sans s’en douter, de même que celle-ci, sans s’en
douter également, a été créée par le Pouvoir occulte et subit sa direction.
On comprend le double avantage d’une pareille multiplication.
D’abord, le domaine où règnent les suggestions créées par le Pouvoir occulte se trouve agrandi dans des
proportions considérables, puisque beaucoup plus nombreux sont les propagandistes embrigadés qui contribuent
à l’action coordonnée dont le Pouvoir occulte est le secret inspirateur.
En même temps, un autre bénéfice est assuré : le secret de l’existence de ce Pouvoir occulte qui tient tant à
n’être pas connu se trouve encore mieux protégé. Il n’y avait jusqu’ici que la Maçonnerie qui se trouvât entre
le monde profane et lui. Une double barrière existera désormais, puisque la Maçonnerie, par laquelle il agit sans
se laisser voir, agira, sans se laisser voir elle-même, par l’intermédiaire des sociétés qu’elle aura engendrées.
C’est cette pensée qui a inspiré la création de la Ligue de ï enseignement, de celle des Droits de l’homme,
des ligues de Libre-Pensée, des Unions Amicales de Solidarité, des Amicales d’instituteurs, sans compter
d’autres et sans parler des syndicats ouvriers dans lesquels la Maçonnerie s’est réservée le moyen de pénétrer.
'
La Franc-Maçonnerie se garde bien de faire savoir qu’elle est l’initiatrice de ces groupes. Le Pouvoir
occulte, avons-nous dit, la fait agir en cela comme il agit lui-même vis-à-vis d’elle.
Les indications données aux francs-maçons par leurs chefs à cet égard sont d’une précision qui ne laisse
rien à désirer.
« Vous n’êtes, en ce moment, disait le F... Blatin au convent de 1892, qu’un état-major, vous n’êtes que des
officiers, vous n’avez pas encore groupé suffisamment les troupes que vous devez mener au combat. Ces troupes
vous ne pouvez les appeler dans vos loges, car il vous est absolument impossible de diminuer les conditions
financières dans lesquelles vous vivez et qui sont l’essence même de notre Ordre ; mais je le dis avec une
conviction personnelle profonde, il vous faut, sous des formes qui sont déjà trouvées, grâce aux éléments que
vous possédez déjà, arriver à réunir autour de vous toutes ces masses du suffrage universel qui ne demandent
qu’à être disciplinées par vous. »
Dès 1891, c’est-à-dire un an avant que le F.-. Bla- tin prononçât les paroles que nous venons de rapporter
le Congrès des Loges du Midi nous apprenait que « La Libre Pensée française comptait déjà six cents groupes
dont la formation était due pour la plus grande partie à la Franc-Maçonnerie ! » Et c’est évidemment à cela que
faisait allusion le F.-. Blatin lorsqu’il parlait de « formes qui sont déjà trouvées ».
Le rapporteur de la Commission de propagande au convent de 1893 cite parmi « les Sociétés créées par les
loges et demeurées sous leur direction morale, les sociétés de Libre-Pensée, véritables machines de guerre contre
le cléricalisme, les sociétés d’instruction. (Deniers des Ecoles, Caisses des Ecoles, Bibliothèques populaires)...
les cercles d’études où l’on peut grouper toutes les bonnes volontés, les sociétés de conférences populaires qui
permettent de répandre la lumière jusque dans les plus petits villages. »
En 1894, le Congrès maçonnique d’Amiens recommande, lui aussi, la création de sociétés agissant sous
l’inspiration maçonnique, tout en masquant la Maçonnerie.
Voici en effet ce qu’on peut lire dans le compte rendu de ce Congrès :
« Notre Commission a estimé que ce moyen devait être désigné d’une façon toute particulière à votre
attention. Il vous procurera en effet, à tous, l’occasion de faire prédominer nos idées partout, si nous avons le
talent d’organiser ces sociétés tout en restant dans la coulisse.
C’est donc bien un plan de campagne très méthodiquement conçu. Et nous trouvons ici corroboré ce que
nous avons dit de l’organisation et des procédés du Pouvoir occulte ; car nous n’avons qu’à regarder pour
constater que l’exécution de ce plan reproduit exactement au bas de l’échelle maçonnique ce que nous avons
montré à tous les degrés.
La Franc-Maçonnerie, sans qu’on ait pu y prendre garde, a créé autour d’elle une multitude de sociétés dans
lesquelles elle répand ses suggestions, de même que le Pouvoir occulte fait vis-à-vis d’elle. Et ces sociétés sont
ses armées en même temps que sa ceinture protectrice, de même qu’elle est l’armée et la ceinture protectrice du
Pouvoir occulte.
A-t-elle agi vis-à-vis de ces sociétés loyalement,- au grand jour? Pas plus que le Pouvoir occulte n’a agi vis-
à-vis d’elle. C’est toujours la même méthode qui se répète du haut en bas. Nous en avons la preuve dans la
dernière phrase de l’extrait que nous venons de citer : « Ce moyen vous procurera l’occasion de faire prédominer
nos idées partout si nous avons le talent d’organiser ces sociétés tout en restant clans la coulisse ». Cette phrase
montre le procédé habituel du Pouvoir occulte, comme l’ogive qui se trouve dans la plus petite des fenêtres
d’une cathédrale donne le dessin du motif sur lequel est construit tout l’ensemble. ..
« Il ne faut pas, dit de son côté le rapporteur de la Commission des vœux au convent de 1898, il ne faut pas
laisser voir dans cette œuvre la main de la Franc-Maçonnerie. » .
Donc toujours la dissimulation, toujours la ruse et la fourberie.
PÉNÉTRATION DES GROUPES NON
MAÇONNIQUES.
Ce n’est pas assez pour la Franc-Maçonnerie des groupements qu’elle crée. Il en existe qu’elle n’a pas créés.
Elle s’applique à pénétrer dans ceux-là pour tourner peu à peu leurs forces à son profit. Ne sait- elle pas que dix
hommes groupés autour d’une idée sont plus forts que mille dont les idées se contredisent. En conséquence, elle
ne veut pas que ses adversaires aient à leur service des groupements homogènes. Pour cela, elle essaye de forcer
les portes des groupes qu’ils ont organisés, pour y répandre ses doctrines, mais toujours « en ne laissant pas voir
sa main. »
Le compte rendu du Congrès maçonnique d’Amiens nous en fournit la preuve, car on lit encore dans son
compte rendu :
« Faire concourir à notre Œuvre, partout où ce sera possible des journaux dirigés par des frères, mais ne
découvrant jamais les logos et ne divulguant jamais nos travaux... Créer des sociétés de libre-pensée, de secours,
souchées sur les loges, subventionner les groupes profanes existant... et faire pénétrer les frères maçons dans
les sociétés déjà constituées, mais avec la plus grande PRUDENCE. Faire la propagande par la bienfaisance en
participant aux bonnes œuvres et aux encouragements, TOUS CES MOYENS SONT NOTRES. ?
L’orateur du couvent de 1891 constatait que les francs-maçons avaient répondu au « mot d’ordre qui leur
était donné et que beaucoup d’entre eux appartenaient à des sociétés groupées sous le drapeau de la Libre-
Pensée. »
Au Congrès des Loges du Nord-Ouest, le F.-. Bourget engageait ses frères à pénétrer dans le plus grand
nombre de sociétés possibles « particulièrement dans les patronages laïques, scolaires et de bienfaisance,
associations de prévoyance, de secours, de tir et de gymnastique ; encourager toutes les sociétés de libre- pensée,
pressentir les instituteurs qui dans leur rôle d’éducateurs du peuple peuvent nous rendre de grands services. »
« Les Loges, écrivait Piccolo Tigre dans la lettre que nous avons citée, ne sont qu’un lieu de dépôt, une
espèce de haras, un centre par lequel il faut passer avant d’arriver à nous (sociétés secrètes supérieures). En lui
apprenant à porter arme avec son verre, on s’empare de la volonté, de l’intelligence et de la liberté de l’homme.
On en dispose, on le tourne, on l’étudie. On devine ses penchants, ses affections et ses tendances ; quand il est
mûr pour nous, on le dirige vers la société secrète dont la Franc-Maçonnerie, ne peut plus être que
l’antichambre assez mal éclairée.
Ce que sont, de l’aveu du juif Piccolo-Tigre, les sociétés secrètes supérieures de la Franc-Maçonnerie
invisible par rapport à la Franc-Maçonnerie que nous connaissons, celle-ci l’est à son tour par rapport aux
milliers de sociétés qu’elle crée sur toute la surface du territoire, ou de celles dans lesquelles elle pénètre « sans
laisser voir sa main », et qui ne sont que « son antichambre assez mal éclairée ».
Par l’intermédiaire de ces sociétés, elle agit sur le monde profane. Elle y répand ses idées, toujours en les
couvrant du voile de l’hypocrisie et en ne versant de ces-idées que les doses qu’elle sent assimilables...
C’est donc un immense filet, dont les mailles sont représentées par des milliers de sociétés, qui est jeté sur
la France. Ces sociétés ont été pour la plupart constituées par la Maçonnerie, et elles ne le savent pas. Elles sont
dirigées par les représentants de cette association et elles l’ignorent. C’est de ses idées qu’elles sont nourries,
c’est par sa propagande hypocrite, tendant on ne sait à quel but obstinément caché, que l’intelligence de leurs
membres est oblitérée ; et ceux-ci ne s’en doutent pas ! Ne s’en doutant pas, ' ils ne peuvent même pas songer à
écarter d’eux le poison. Ils absorbent la doctrine de mensonge comme un enseignement de vérité. Ils la répandent
comme telle autour d’eux. C’est au nom de la « science », inconnue des francs-maçons ignorants, qu’ils ont été
catéchisés ; c’est au nom de la « Science », tout aussi inconnue d’eux, qu’ils catéchisent les autres.
Comment, dans de telles conditions, le Pouvoir occulte n’arriverait-il pas à détruire de fond en comble la
façon de penser d’une nation ! Comment n’aveuglerait-il pas cette nation assez complètement pour l’amener à
se détruire elle-même ! Par quel miracle celle-ci s’apercevrait-elle que les formules mensongères pour lesquelles
elle se passionne n’ont été inventées que pour la désorganiser, pour la désarmer, pour la réduire à l’état de proie,
tout en lui cachant le but secrètement poursuivi par un Pouvoir occulte dont elle ignore jusqu’à l’existence !
Et voici que ce travail de propagande, déjà servi par de tels moyens, se trouve, à une certaine heure, secondé,
appuyé de telle sorte, que son action va se trouver encore décuplée.
En effet, les francs-maçons, « ces théoriciens, ces philosophes si doux, si pacifiques, si conciliants », ainsi
que disait un membre du Conseil de l’Ordre répondant en mars 1899 aux interrogations d’un envoyé du journal
Le Temps, les innocents et inoffensifs francs-maçons avaient déclaré dans leurs statuts qu’ils ne s’occupaient
pas de politique. Le membre du Conseil de l’Ordre en question répétait cette affirmation, lui aussi.
« Nous proscrivons toute discussion politique, disait-il. Nous nous tenons à l’écart de toute agitation. Jamais
nous ne nous mêlons à la politique militante. Jamais nous ne présentons un candidat à quelque élection que ce
soit... »
Ils n’ont jamais « présenté un candidat à quelque élection que ce soit ! » Ils ne l’ont jamais fait loyalement,
en se montrant an grand jour, et en disant : nous sommes francs-maçons. Cela, c’est vrai. Mais ils ont présenté
des candidats en se masquant, et en se cachant, chaque fois qu’ils l’ont pu. Et la preuve, c’est que dès 1893, six
ans avant la déclaration du Membre du Conseil de l’Ordre au journal Le Temps, un autre membre du Conseil de
l’Ordre, le F.-. Amiable, pouvait dire dans son discours au couvent :
« Nos candidats l’ont emporté presque partout, et notre contingent dans la représentation nationale, déjà
considérable, se trouve sensiblement accru. Je salue donc au nom de l’Assemblée Générale du Grand- Orient,
les francs-maçons qui sont aujourd’hui les élus du suffrage universel. »
Ils n’ont pas de candidats ; et leurs candidats l’emportent presque partout ! C’est ainsi qu’éclate à tout
instant leur phénoménale hypocrisie.
Comment d’ailleurs leurs candidats ne l’emporteraient-ils pas, alors qu’ils représentent précisément
l’opinion à la fabrication de laquelle le Pouvoir occulte a travaillé par tous les moyens, y compris les plus
malhonnêtes, pendant tout le temps qu’il a jugé nécessaire? Ils ont l’appui d’une association formidablement
organisée. Derrière la Maçonnerie marchent pour eux des milliers de sociétés qui ont été créées et qui sont
inspirées par elle. Sur les flancs, d’autres sociétés, plus intellectuelles, obéissent sans s’en douter, elles aussi,
aux suggestions du Pouvoir occulte. Il serait vraiment extraordinaire qu’avec de pareils avantages, les candidats
de la Franc-Maçonnerie ne fussent pas élus. D’autant plus que, même lorsqu’ils ne sont pas élus par les vivants,
ils le sont par les morts, grâce à certaines fraudes électorales dont ne saurait se faire scrupule une association
qui a le mensonge et la ruse pour base et pour moyen.
Il était donc inévitable que la Franc-Maçonnerie parvînt assez rapidement à introduire un certain nombre de
ses membres au Parlement. Une fois cela fait, elle devait fatalement voler de victoires en victoires jusqu’à ce
que la nation tout entière fût instruite de ses agissements.
La marche de la Franc-Maçonnerie pour la conquête de la puissance politique a donc été dirigée par le
Pouvoir occulte avec un esprit de suite et une logique qui devaient renverser tous les obstacles. Ce résultat était
d’autant plus certain que, tant qu’elle n’est pas complètement démasquée, la Maçonnerie jouit de la situation
singulièrement avantageuse où est un combattant qui a l’usage de ses yeux vis-à-vis d’un adversaire aveugle.
Rien de plus facile que de prévoir, en pareil cas, auquel des deux doit rester la victoire.
Résumons-la, cette marche, en un regard d’ensemble.
Tout d’abord prélèvement par sélection d’un certain nombre de citoyens. Leur isolement dans les loges, où
on les attire par de fausses déclarations et par l’attraction du secret, où on les gonfle de l’idée qu’ils sont des
êtres supérieurs par cela seul qu’ils ont consenti à se rassembler dans le giron de la Veuve.
En second lieu, établissement progressif d’une discipline morale, par l’élimination des éléments reconnus
réfractaires, et en même temps par les sélections successives opérées parmi ceux qui sont reconnus les plus
aptes.
Ensuite, manœuvre lente et calculée, pour arriver à créer peu à peu, grâce aux éliminations et aux sélections,
grâce surtout aux prédications, un état d’esprit contraire à la fois aux principes sur lesquels on prétendait
primitivement s’appuyer et aux déclarations par lesquelles on avait attiré les premiers adhérents. Emploi
incessant de la seringue à suggestions qu’est la Franc-Maçonnerie dans la main du Pouvoir occulte, pour jeter
dans l’esprit des adeptes l’idée que les francs-maçons ont une double mission à remplir : éclairer le monde en
éteignant les étoiles dont le christianisme avait peuplé les cieux et le libérer en détruisant les pouvoirs politiques
existants, pour leur substituer d’autres formes de gouvernement ; celles qu’on dit être les plus progressives et
les plus libérales ; celles qui, en réalité, sont les plus propres à assurer la domination du Pouvoir occulte par
l’intermédiaire de la Franc-Maçonnerie.
Une fois établi dans les loges l’état d’esprit désiré, création de sous-maçonneries, de groupes, d’associa-
tions, de comités, dans lesquels la Maçonnerie, tout en prenant ses précautions pour ne pas être aperçue, fait
sournoisement passer son esprit, son inspiration, sa direction. En même temps, action de la Maçonnerie et des
sous-maçonneries exercée par les journaux, par les brochures, par les revues, par les conférences et par mille
autres moyens, sur le reste du monde profane qui doit être entraîné d’autant plus facilement qu’il constitue la
partie la plus aveugle, la plus indifférente de la nation, la plus paresseuse aussi, puisqu’elle n’a même pas
éprouvé le désir de se grouper, puisqu’elle est restée à l’état d’émiettement.
Enfin, lorsqu’est suffisamment établie l’opinion fabriquée dans la Maçonnerie, débitée dans les sous-
maçonneries et transportée ensuite dans les milieux profanes, conquête du monde politique par l’élection, grâce
à l’opinion qu’on a trompée dans cette vue, et qu’on fait semblant de servir.
Alors seulement va sonner l’heure de l’action.
Car tout ce que nous avons étudié jusqu’ici n’en était que la préparation.
L’habileté profonde du Pouvoir occulte consiste donc surtout en ce qu’il sait ne pas se hâter. Il a mesuré la
difficulté des gigantesques destructions qu’il doit accomplir pour réaliser son plan secret. En conséquence il a
divisé sa besogne en deux grandes parties : la préparation et l’exécution.
La préparation consiste en deux choses :
Tromper le monde chrétien pour que celui-ci se laisse faire.
Et choisir dans ce monde chrétien des collaborateurs qui, traîtres à leurs origines, à leur passé, à leurs aïeux,
n’ont pas scrupule à collaborer à la destruction de leur patrie.
Lorsque les francs-maçons ont rempli pendant de longues périodes d’années leur besogne de propagan-
distes, d’apôtres et de sous-apôtres ; lorsque les groupes dont ils ont entouré la Franc-Maçonnerie se sont faits
les échos infatigables de leur propagande ; lorsque cette Franc-Maçonnerie est parvenue, grâce à l’action
d’ensemble ainsi organisée, à s’emparer du pouvoir politique ; lorsque discoureurs, journalistes, poètes,
chansonniers, auteurs dramatiques, comédiens, auteurs de libelles pornographiques ont agité de mille manières
les idées soi-disant progressives devant le peuple, comme les banderilleros agitent la capa devant le taureau,
alors le toréador politique qui marche pour le compte du Pouvoir occulte peut enfin paraître. Son heure, c’est-
à-dire l’heure de l’action, l’heure du chambardement, est venue. Qu’au lieu de la capa des banderilleros, c’est-
à-dire des simples théories subversives, il agite le lambeau d’étoffe rouge, le haillon de guerre civile, le
programme de destruction avec son cortège inséparable de persécutions, de proscriptions, de pillages, de vols,
d’assassinats, et l’opinion, excitée, affolée, aveuglée, foncera furieusement pour prendre sa part de l’œuvre
impie. Elle est au point, dans l’état où peut la souhaiter le torero chamarré des emblèmes maçonniques. Qu’il
s’appelle Mirabeau, Danton, Robespierre, ou, plus près de nous, Waldeck-Rousseau, Combes, Clémenceau,
qu’il soit ou qu’il ne soit pas franc-maçon lui- même, dès lors qu’il a été choisi comme « délégué », il n’a qu’à
parler pour l’entraîner, cette opinion que le Pouvoir occulte a fabriquée par avance tout exprès pour lui. Elle lui
appartient, et en même temps il a le pouvoir ! Les députés, les sénateurs, les ministres, les préfets, les hauts
magistrats et les officiers, tous ceux dont on a fait des francs-maçons ou des maçonisants marchent pour lui
comme un seul homme. Au-dessus d’eux le Président de la République, qu’on a soin de fortement appointer,
donne les signatures par lesquelles le crime est revêtu de légalité... Tout est donc à souhait.
C’est alors qu’une énergique tension est imprimée par le Pouvoir occulte à tous les rouages de l’immense
organisme qu’il a si laborieusement créé. Sous son action un resserrement se produit de toutes les énergies, de
toutes les forces dont il dispose, autour de l’idée dominante qui a servi de base à l’opinion fabriquée. Et c’est la
période de Révolution qui s’ouvre. C’est la marche soudaine de toutes les maçonneries et sous-maçonneries, de
toutes les bandes que le Pouvoir occulte a' eu soin d’organiser lorsqu’il a senti l’heure venir, marche d’autant
plus victorieuse que la force de résistance de tous les organismes de défense nationale a été préalablement
affaiblie. C’est la ruée furieuse de tous les fanatismes créés, de tous les appétits déchaînés, sur tous les points
du territoire, dans tous les milieux, à tous les degrés de l’échelle sociale, jusqu’à ce que tout cède à l’effort
gigantesque, tout se vende ou s’abandonne, séduit ou épouvanté, et qu’enfin le Pouvoir occulte, au milieu du
désordre universel, tourne toutes les forces nationales dont on l’a laissé s’emparer à la destruction de la nation
dont l’existence fait obstacle à ses plans mondiaux.
Si nous avons insisté si longuement sur l’effort de suggestion auquel se livre le Pouvoir occulte, c’est qu’à
cet effort est due la si complète, la si étonnante fortune politique de la Maçonnerie. On ne saurait assez le dire
et le redire si l’on vent que les défenseurs de la France contre le Pouvoir occulte cessent d’être constamment
vaincus.
On n’a jamais suffisamment attiré l’attention des patriotes et des catholiques sur ce côté de la question. Et
pourtant, n’est-ce pas la première des règles de la tactique, que pour opposer à un adversaire victorieux une
résistance efficace, il faut connaître son mode d’attaque? On a été d’autant plus facilement battu par le Pouvoir
occulte et par la Franc-Maçonnerie qu’on ignorait les méthodes et l’organisation de cotte association.
Parmi nos amis, les uns connaissent des francs- maçons qui sont de braves gens. Ils sont tout naturellement
portés à voir la Maçonnerie sous la figure de ceux-ci ; et lorsqu’ils entendent les accusations dont cette
association est l’objet, ils la considèrent comme calomniée. Nous avons dit que telle était la manière dont
Brunetière envisageait la question maçonnique. L’éminent et regretté directeur de la Replie des Deux-Mondes
ne fût certainement pas resté dans son erreur si, au lieu de connaître seulement ses braves gens de francs-maçons,
il eût également connu l’organisme grâce auquel le Pouvoir occulte peut faire de ces sortes de « braves gens »,
les artisans inconscients des œuvres les plus mauvaises.
D’autres sont conduits à des appréciations non moins fausses, parce qu’ils ont appris que la Franc-
Maçonnerie des pays protestants est bien loin d’encourir les mêmes reproches que la Maçonnerie française, ou
encore parce qu’ils ont entendu dire que la Franc-Maçonnerie française d’il y a quarante, soixante, cent ans et
plus ne ressemblait nullement à celle d’aujourd’hui. Et d’un air entendu, ils nous reprochent d’être des
fanatiques ou tout au moins de trop généraliser. Ils se montreraient plus circonspects si, ayant étudié à fond
l’organisme et les méthodes maçonniques comme nous l’avons fait nous- même, ils s’étaient rendu compte que
cet organisme et ces méthodes ont été créés par quelqu’un, qu’ils ne sauraient être mis en action si ce n’est sous
la direction d’un autre quelqu’un, et que ce quelqu’un-ci successeur et continuateur de ce quelqu’un-là, peut
avoir intérêt à donner ces figures, ces attitudes, ces conceptions différentes aux maçonneries des différents pays
et des différentes époques !
Grâce à une telle étude, on en arrive aussi à comprendre comment les braves gens qui ont impressionné
Brunetière et tant d’autres ont pu se fourvoyer à toutes les époques dans la Franc-Maçonnerie. On se rend compte
que ces pauvres francs-maçons, si orgueilleusement pleins de ce qu’ils appellent leur lumière, si lamentablement
dénués pourtant au point de vue intellectuel, après avoir reçu des initiations qui ne les initient à rien, les uns
naïfs comparses, les autres vulgaires et trop souvent méprisables ambitieux, sont tous des hypnotisés; mais des
hypnotisés qui, sous l’empire de leur hallucination, peuvent être conduits, sous prétexte de fraternité, jusqu’aux
massacres les plus lâches et sous couleur de progrès, jusqu’à l’anéantissement des nations et à l’asservissement
de l’humanité.
Quant à celui à qui revient la pleine, la totale responsabilité du mal commis, des erreurs répandues, des
mensonges entassés et des destructions accomplies ou à accomplir, on se rend compte que c’est le Pouvoir
occulte, puisque c’est lui qui agit depuis deux cents ans en faisant descendre ses suggestions de degrés en degrés
grâce à l’organisation que nous avons décrite dans le Pouvoir occulte contre la France.
Ce Pouvoir occulte est constitué, par un groupe avons-nous dit, mais par un groupe dont les membres, nous
le verrons, sont indissolublement liés les uns aux autres par une même foi, un même patriotisme, une même
ambition qui n’est pas personnelle à chacun d’eux, qui est collective et de nature patriotique et religieuse à la
fois. C’est là l’élément moral qui assure leur prédominance dans l’immense organisme dont ils ont la direction.
Lorsqu’ils ont élaboré et choisi les idées qui, sous une apparence séduisante, contiennent les poisons dont
l’effet naturel sera la dissociation des nations au soin desquelles ils seront versés, les membres de ce groupe se
rencontrent dans d’autres groupes composés d’hommes élus et formés par eux. Nous avons vu comment cette
formation est donnée depuis qu’existe l’immense réseau des associations qui sont réunies sous ce vocable : La
Franc-Maçonnerie, et nous verrons plus tard comment il a été procédé, dans les époques antérieures à leur
création et à leur complète organisation.
Les membres de ces groupes immédiatement voisins du Pouvoir occulte ignorent l’existence de celui- ci et,
par suite, ils se croient les vrais chefs ; mais en réalité, ils sont, qu’ils le veuillent ou non, sous l’ascendant de
ceux d’entre eux qui, faisant partie du groupe suprême, ont sur les autres l’avantage immense d’une entente
préalable ainsi que d’un idéal religieux et patriotique commun. Ces derniers sont seuls à le posséder, cet idéal,
puisque si les autres ont été choisis par eux pour monter si haut, ce n’est qu’après avoir été complètement
déformés, débarrassés de l’ancien idéal religieux et patriotique de leur race, après avoir été « libérés des antiques
.
préjugés », « affranchis », selon l’expression du F. . Lafferre. Dans de telles conditions, de pareils hommes sont
merveilleusement aptes à recevoir les suggestions destructrices. Ils sont aussi merveilleusement aptes à les
.
propager, car ils ont été dressés dans la Maçonnerie à cet apostolat spécial dont parlait le même F. . Lafferre.
De plus, ils se considèrent comme en passe de devenir les maîtres du monde. En effet, ils connaissent les rouages
de l’organisme universel qu’ils ont au-dessous d’eux — force immense, grâce à laquelle ils peuvent contrecarrer
les vues de tous les gouvernements — et ils ignorent d’autre part l’existence de l’idéal religieux et patriotique
étranger au service duquel ils sont attelés sans qu’ils s’en doutent. Ils s’attachent aux idées qui leur sont suggé-
rées et s’appliquent d’autant plus à leur propagation qu’elles leur paraissent convenir absolument à l’éta-
blissement de leur puissance. Et, en réalité, elles sont éminemment propres à dissoudre la force de ces gou-
vernements nationaux qu’ils prétendent assujettir et qu’ils assujettissent en effet, mais pas à leur profit comme
ils se l’imaginent, à celui du Pouvoir occulte. Ce qui se passe du premier au second degré au haut de l’échelle
se renouvelle du second au troisième, puis à tous les autres, avec une facilité grandissante à mesure qu’on
descend plus bas. La condition indispensable à la transmission des poisons, c’est que les suggestions soient
habilement versées, avec toutes les précautions nécessaires de la part du Pouvoir occulte, avec la méthode et le
calcul qu’exige la variété des milieux, des circonstances, des obstacles à renverser, des appuis à se ménager,
bref avec l’immense perfidie que réclame l’accomplissement d’une pareille œuvre.
Tout cela peut-il être effectué sans à-coups? Encore une fois, non. Et nous pouvons déjà mesurer l’erreur
de ceux qui considèrent le Pouvoir occulte comme pouvant régler toutes les affaires maçonniques à son heure
et à son gré. A fortiori, s’il s’agit des affaires nationales et mondiales.
Les débuts de ce Pouvoir occulte furent prodigieusement difficiles. Ils nécessitèrent sans aucun doute des
recommencements qui durèrent peut-être des siècles. Même maintenant, après tant d’années pendant lesquelles
il a pu faire évoluer les franc-maçonneries des différents pays sans que le public y prît garde, le Pouvoir occulte
doit faire face à d’incessantes difficultés qui gênent la réalisation de ses plans. Il se heurtera demain à des
difficultés plus grandes encore. Et c’est notre raison de ne pas désespérer...
Mais cela, c’est ce qui nous reste à prouver en cherchant quel est ce Pouvoir occulte qui est capable d’agir
comme nous avons montré, après avoir imaginé l’organisme que nous avons décrit.
TROISIÈME PARTIE
Sur le chemin de la vérité.
CHAPITRE IX
Subterfuge auquel a recours le Pouvoir occulte pour tromper le public sur la question religieuse et
sur l’origine et le but de la Franc-Maçonnerie.
SUR QUOI NOUS POUVONS NOUS APPUYER POUR DÉCOUVRIR LE POUVOIR OCCULTE.
Avant de chercher d’où vient la Franc-Maçonnerie et où elle va, nous avons cherché ce qu’elle fait et
comment elle le fait. C’est logique.
Avant de décider que nous n’accepterions ni les réponses qu’elle donne à ces questions, ni les documents
contestables sur lesquels elle les appuyé et que nous ne nous en rapporterions qu’à nos observations et à notre
raisonnement, nous l’avons interrogée. C’était encore logique.
Nous sommes ainsi arrivés à une première constatation d’une grande portée, à savoir : que la Franc-
Maçonnerie ment toujours, partout et en tout ; qu’elle ment par fonction, par nécessité ; qu’elle a pour point de
départ et pour base un mensonge tel que, dès le début, elle ne pouvait l’avouer, parce que si elle l’eût fait, tout
le monde se fût mis en travers de sa route. C’est ainsi qu’elle fut condamnée par ce mensonge initial à tous ceux
auxquels elle a été obligée depuis par besoin de conservation.
Nous nous sommes rendu compte qu’obéissant à cette nécessité, elle nous mentait lorsque nous l’in-
terrogions sur ce qu’elle fait. Elle fait toujours autre chose que ce qu’elle dit.
Quant à la seconde question : ce qu’elle fait, comment le fait-elle? Nous n’avons eu qu’à examiner sa
manière d’agir dans les loges pour nous donner la certitude que, dominée par l’éternelle nécessité que nous
venons de dire, elle avait sans cesse recours à la même méthode, au même procédé : le mensonge ; de telle sorte
qu’on peut dire d’elle qu’elle est le mensonge organisé, érigé à l’état d’institution, devenu en elle institution
d’Etat.
C’était là constatations importantes. Mais nous en avons fait une plus importante encore en prouvant que
tous ces mensonges tendaient surtout à cacher que derrière la Franc-Maçonnerie il y a quelque chose ou plutôt
quelqu’un : un Pouvoir qui l’a fondée sans se laisser voir d’elle et qui la dirige de même vers un but qu’elle
ignore, en usant pour cela des moyens que lui assure l’étrange constitution qu’il lui a donnée.
Quel est ce Pouvoir que nous avons nommé le Pouvoir occulte? C’est la question que nous avons maintenant
à résoudre.
Pour y arriver, nous sommes armé par l’étude que nous avons amenée graduellement jusqu’au point où nous
sommes. Nous savons en effet de quels moyens d’action devait disposer celui qui a procédé à une pareille
création, et que ces moyens d’action, il les lui fallait dès le début du xviiie siècle. Nous savons aussi quelle
devait être sa tournure d’esprit ; de quelle haine il fallait qu’il fût animé ; de quelle extraordinaire ténacité et de
quelle non moins extraordinaire perfidie il était doué ; quelles habitudes, quelles aptitudes et quelles
compétences très spéciales il devait posséder. Bref, nous nous sommes assuré de son signalement complet ;
nous avons opéré sa mensuration au physique comme au moral ; nous avons pour ainsi dire numéroté par avance
toutes les pièces de son anatomie. Ils ne sont pas nombreux dans le monde, ceux en qui existent les caractères
que nous avons relevés et ceux qu’il nous reste à préciser comme devant nécessairement appartenir aux
fondateurs de la Franc- Maçonnerie. Il serait donc bien extraordinaire que nous n’arrivions pas à nous faire sur
ce sujet une certitude aussi rationnelle que celle à laquelle ont abouti les naturalistes qui ont reconstitué et
classifié les espèces disparues.
Mais avant de procéder à ce travail, nous renouvellerons la même tentative à laquelle nous nous sommes
livrés au début de notre premier ouvrage : Le Pouvoir occulte contre la France. Nous allons interroger la Franc-
Maçonnerie sur son origine et sur son but. N’arriverions-nous qu’à constater qu’en ces questions comme en
toutes les autres, elle a toujours menti, ce serait quelque chose. Il convient de démolir les affirmations et les
thèses de l’adversaire, avant de lui opposer des affirmations et des thèses contraires.
D’après les Francs-Maçons français actuels, qui sont d’ailleurs contredits par les francs-maçons anglais ou
américains et par les francs-maçons français de jadis — circonstance qui infirme déjà singulièrement la valeur
de leurs dires — la Franc-Maçonnerie aurait été créée par des apôtres de la Raison, demeurés plus ou moins
inconnus, pour établir le règne de celle- ci sur les ruines des religions.
Les francs-maçons anglais ou américains avouent bien comme but de la Franc-Maçonnerie l’établissement
du règne de la Raison ; mais ils nient que ce règne doive être établi sur les ruines des religions. Ainsi faisaient
également les francs-maçons français de jadis.
Comment les pensées des apôtres dont on nous parle se sont-elles si bien rencontrées pour organiser la
Franc-Maçonnerie universelle, alors que ces apôtres étaient séparés par les distances, les croyances, les
habitudes et les inimitiés des gouvernements? Il apparaît que ce devrait être bien difficile, sinon impossible,
dans la première moitié du xviiie siècle, époque où les premières loges ont été créées en Europe. Devant cette
interrogation, les francs-maçons se dérobent. Ils invoquent ce que nous savons: « La nuit des temps. » Dans la
nuit des temps, paraît-il, les hommes de tous les âges et de tous les pays erraient enténébrés non seulement par
cette nuit, mais aussi par l’obscurantisme. Toutefois, ils étaient hantés par le désir obstiné de s’éclairer. Un beau
jour, la Raison souffla la même inspiration à certains d’entre eux qui, sans qu’on sache comment, joignirent
leurs efforts à travers les espaces pour préparer d’abord et pour fonder ensuite la Franc-Maçonnerie universelle.
Considérant ce fait supposé comme acquis, les francs-maçons en tirent argument pour essayer de nous prouver
la force invincible de ce qu’ils appellent la Raison laïque. Ne prouvent-ils pas surtout que « la nuit des temps »
est chose essentiellement favorable à l’escamotage des difficultés?
Nous ne perdrons pas notre temps à discuter sur la possibilité ou l’impossibilité de cette rencontre
extraordinaire des apôtres de la Raison aboutissant à la création d’une association mondiale, dans une époque
où les relations entre les différents pays étaient si difficiles à tous autres qu’aux Juifs. Il suffît, croyons- nous,
d’énoncer une pareille affirmation pour en faire sentir l’inanité.
Les francs-maçons n’insistent d’ailleurs pas trop là-dessus, tant ils sentent leur donnée enfantine. Ils ont
considéré qu’ils arriveraient plus facilement à faire accepter l’idée d’une sorte de déification de la raison se
levant un beau jour en armes pour terrasser le catholicisme et toutes les religions.
Cette idée est celle qui sert de base à la suggestion par laquelle on a hypnotisé les francs-maçons. Elle a
même été acceptée, comme ses inventeurs l’espéraient, dans le monde profane. Il est donc nécessaire de com-
mencer par en montrer le mensonge. Nous chercherons ensuite quelle réalité ce mensonge est destiné à cacher.
Nous avons expliqué comment le Pouvoir occulte ne pouvait arriver à la réalisation de ses plans cachés, s’il
ne commençait par renverser l’obstacle qui résultait de la discipline intellectuelle créée par le catholicisme. La
destruction de l’état d’esprit catholique était donc la condition préalable qu’il devait remplir. Sans cela, rien de
possible pour lui. C’était la question religieuse qu’il devait soulever tout entière et résoudre, non dans le sens
de la vérité, mais dans celui de son intérêt. D’où nécessité de l’embrouiller.
Or, le Pouvoir occulte sait que la meilleure façon ’ d’embrouiller les questions, c’est de les mal poser.
Si la race française, si noblement idéaliste, a pu se laisser tromper comme elle l’a fait depuis cent cinquante
ans sur la question religieuse, c’est uniquement parce que celle-ci a été mal posée par les philosophes francs-
maçons du xviiie siècle.
De même que les païens personnifiaient la force dans Hercule, la sagesse dans Minerve, la ruse dans
Mercure, le Pouvoir occulte a créé pour les besoins de sa cause une personnification faite de vide, une statue
creuse qu’il a auréolée et qu’il a appelée la Raison ; et c’est au nom de cette Raison-déesse qu’il a donné mission
à ses soi-disant philosophes — moins philosophes que prestidigitateurs — de condamner comme inepte le
catholicisme, dont il continua d’ailleurs à faire affirmer le respect par sa Franc-Maçonnerie, tant qu’il sentit
cette affirmation nécessaire pour la réalisation de ses ambitions.
On ne remarque pas assez le subterfuge auquel le Pouvoir occulte s’est ici livré. Et pourtant, ce subterfuge
existe bel et bien. Car enfin, toutes les attaques contre la religion nationale ont été basées uniquement sur la «
Raison ». Or, la Raison, où donc est elle?
Il existe des intelligences humaines dans lesquelles se développent plus ou moins, avec l’âge, l’étude et la
réflexion, des parcelles de raison. Mais peut-on additionner ces parcelles pour constituer de leur total ce qu’on
nous dit être « la Raison »? Oui, à la rigueur lorsqu’il s’agit de questions susceptibles d’être démontrées
mathématiquement. Toutes les raisons individuelles étant à peu près d’accord en ces matières- là, on peut
admettre que de leur totalisation résulterait cette sorte de personnification qu’il plaît à certains de dénommer «
la Raison humaine ». Mais il n’en saurait être ainsi pour les choses de l’au-delà de la vie, parce qu’en cette
matière la certitude scientifique ne peut être acquise et qu’en conséquence les hommes ne sont pas d’accord à
leur sujet. Sur ces questions notre raison est tout aussi impuissante qu’elle l’est par exemple, à mesurer
l’intensité et à spécifier la nature des forces en action dans chacun des astres qui peuplent les profondeurs de
l’espace. Sans doute il nous est loisible de nous risquer à parler de ces dernières. Mais pouvons-nous les définir?
Notre raison est-elle en droit de prononcer en ce qui les concerne? Evidemment non. Et c’est pourquoi elle se
tait fort sagement là-dessus. Elle se borne à émettre tout au plus certaines hypothèses, en attendant qu’elle soit
en état de faire mieux. La même réserve est évidemment de rigueur pour elle en ce qui concerne l’au- delà de la
vie humaine. Là dessus, nous n’avons non plus aucune certitude scientifique. Et c’est précisément pourquoi, dès
qu’il en est question, les raisons individuelles se divisent. Elles se contredisent ; comment les additionner? Et,
si on ne peut les additionner, pourquoi et au nom .de quoi les jugements des unes feraient-ils loi plutôt que les
jugements des autres? Pourquoi et au nom de quoi celles-ci seraient- elles considérées comme constituant la
Raison plutôt que celles-là? En bonne logique on ne le voit pas.
J’entends bien que ceux qui se recommandent de cette Raison majusculée et déifiée qui n’existe nulle part
en ce monde, considèrent qu’elle est constituée ou représentée par certains philosophes qui raisonnent sur les
choses de l’au-delà d’une certaine manière plutôt que d’une autre. Peut-être sont-ils sincères en cela vis-à-vis
d’eux-mêmes ; mais combien plus naïfs ! Quels sont en effet les philosophes qu’ils regardent comme procédant
de la Raison? Ceux de l’avis desquels ils sont, tout simplement. Ils établissent donc leur jugement sur ce
raisonnement à priori qu’ils ne formulent pas, mais qui n’en sert pas moins de base à leur conclusion : « Celui-
là procède de la Raison qui nous paraît procéder de la Raison ». En réalité, c’est donc à eux-mêmes qu’ils
attribuent Te rôle de la Raison-déesse ; ce en quoi ils font preuve, sans qu’ils s’en doutent, de la plus comique
déraison. Ils peuvent constater qu’à côté d’eux il est d’autre personnes qui voient la vérité là où eux-mêmes ne
la voient pas. Mais cela ne compte pas à leurs yeux. La Raison n’est que là où ils la placent. Elle n’est point là
où ils ne la placent pas. Pour se couvrir, il arrive qu’ils se retranchent derrière ce qu’ils disent être le sens
commun. Leur manière d’apprécier et celle des philosophes qui apprécient comme eux leur paraissent les seules
qui soient de sens commun. Toute autre leur semble hors du sens commun. Ils le disent, sans s’apercevoir qu’ils
ne font que changer de mot et qu’ils s’érigent ainsi en seuls juges de ce qui est de sens commun ou de ce qui
n’en est pas ; c’est-à-dire encore une fois, qu’ils prennent modestement la place de leur déesse : la Raison. En
somme, leur argumentation soi-disant scientifique, mais enfantine, se résume en ceci : La Raison, c’est ce que
nous pensons, parce que nous pensons selon la Raison. Célestin, c’est Floridor. Conséquemment, Floridor, c’est
Célestin.
On dit beaucoup de ces sortes de bêtises dans les loges au nom de la science.
TACTIQUE CONNUE.
Il est pourtant bien évident qu’il n’existe pas en ce monde de Raison totale, mais qu’il s’y rencontre seu-
lement, comme nous le disions tout à l’heure, des parcelles de raison, sortes de petits réflecteurs qui remplissent
vis-à-vis de ce que nous nommons la Vérité, le rôle que remplit un miroir dans l’ordre physique. Que peut
refléter la plus étendue de ces surfaces polies que l’industrie humaine soit parvenue à créer? Une partie
infiniment minuscule de l’immense univers. Et encore cette reproduction varie-t-elle selon la place occupée par
le miroir et selon l’angle sous lequel il est placé. Elle est plus ou moins exacte et plus ou moins visible, selon
que la glace a été plus ou moins bien polie, ou selon que les objets reproduits sont plus ou moins éclairés. Quant
au miroir qui réfuterait l’immense univers, il n’existe pas. Ainsi en est-il de nos pauvres intelligences humaines.
Condamner le catholicisme au nom de la Raison, c’est donc le condamner au nom de quelque chose qui
n’existe pas ; c’est faire parler une idole, un fantôme; c’est user d’un subterfuge ; c’est tromper.
Mais cette tromperie était nécessaire pour que le Pouvoir occulte pût arriver à ses fins. En y ayant recours,
il obéissait à la tactique choisie par lui, toujours la même, celle que nous l’avons vu employer lorsque nous le
surprenions jetant dans les esprits la suggestion des services rendus à l’humanité par la Maçonnerie, avant de
faire pénétrer dans ces mêmes esprits la haine contre le catholicisme ; puis abritant ses attaques contre celui-ci
derrière l’idée de tolérance défigurée, ou encore derrière la distinction entre le cléricalisme et le catholicisme.
Pourquoi procédait-il ainsi? Nous le savons maintenant.
Qu’il parvienne à faire croire que l’association maçonnique, l’instrument dont il se sert, poursuit la réa-
lisation d’un but éminemment utile ; qu’elle est guidée par son seul dévouement à l’humanité ; qu’elle respecte
toutes les convictions religieuses ; qu’elle n’en veut nullement au catholicisme comme religion ; et qu’en
conséquence, si celui-ci se trouve attaqué, c’est non par elle, mais pour ainsi dire malgré elle, par la douce
Tolérance et par la souveraine Raison, environnées du majestueux cortège formé par la Lumière, le Progrès, la
Civilisation, la Liberté, la Science; qu’il réalise cette mirifique mise en scène et qu’il réussisse à brosser ce décor
et à donner l’illusion de la réalité, comment le catholicisme ne semblera-t-il pas détestable? Comment, ces
conditions étant créées, l’Eglise n’apparaîtrait-elle pas, ainsi que le malheureux âne de la fable, comme Le pelé,
le galeux, d’où venait tout le mal?
Tactique habile, oui ; mais aussi supérieure canaillerie !
Quiconque possède une dose de raison suffisante devra reconnaître que la suggestion anticatholique
insinuée par le Pouvoir occulte et par la Franc-Maçonnerie est avant tout parfaitement déraisonnable et absurde,
en ce qu’elle prétend parler au nom de la Raison abstraite et déifiée.
En réalité, tous ceux qui condamnent le catholicisme au nom de cette Raison qui n’existe pas dans notre
monde, manifestent en cela ou l’infirmité de leurs facultés logiques ou leur volonté de spéculer sur celle qu’ils
supposent à leurs semblables.
Les doctrines relatives à l’au-delà de la vie peuvent, certes, être jugées comme toutes les autres ; mais ce
n’est pas an nom de « la Raison », c’est au nom d’autre chose. Le Pouvoir occulte ne l’ignore pas. Seulement,
ainsi que nous l’avons dit : pour que la question pût être embrouillée, il fallait qu’elle fût mal posée.
Voilà un premier point.
Pourtant, objectent les défenseurs de la théorie maçonnique, les religions prononcent sur ces questions de
l’au-delà. Elles affirment ; et le catholicisme plus impérieusement qu’aucune autre. C’est par là qu’il nous oblige
à nous prononcer nous-mêmes.
On pourrait leur répondre :
— Si vous trouvez que les religions ont tort de prononcer, pourquoi faites-vous comme elles? Car vous
faites comme elles en vous prononçant en sens inverse du leur.
Il convient peut-être aussi de considérer — sans aller encore au fond de la question — que si les religions
prononcent sur les choses qui sont au-dessus de la portée de la raison, du moins ne se donnent-elles pas
l’illogisme de le faire au nom de cette même raison. C’est en invoquant une autre autorité qu’elles parlent.
— Ce qu’elles disent est contraire aux lois de la nature, ripostent alors les soi-disant philosophes du Pouvoir
occulte.
Bornons-nous pour l’instant à observer qu’il est imprudent d’invoquer si légèrement les lois de la nature.
On ne les connaît pas toutes en effet. La science n’en a rencontré encore que quelques-unes sur son chemin.
Toutefois, elle en a vu assez pour se rendre compte que celles qu’elle connaît constituent, avec celles qu’elle ne
connaît pas, un ensemble dont toutes les parties sont si étroitement liées qu’il suffît que nous négligions l’effet
de l’une d’entre elles, pour que nos calculs sur les effets des autres se trouvent faussés. Par exemple la loi de
l’aimantation peut, en certains cas, faire obstacle à la loi de la pesanteur. Mesurez alors les conséquences de la
seconde sans tenir compte de la première, et vos conclusions se trouveront contredites par les faits. Or, vous ne
savez ni quand ni comment agissent les forces que vous ne connaissez pas. Vous ignorez quand et comment
elles modifient l’effet de celles que vous connaissez. Dans ces conditions, n’est-il pas bien dangereux de
trancher si témérairement au nom de ce que nous appelons « les lois de la nature », comme si nous les
connaissions toutes?
— Mais enfin, pourraient dire les adversaires des religions, étant donné que celles-ci prononcent sur un au-
delà qui est impénétrable à notre raison, quelle attitude doivent observer en face d’elles ceux qui, en dehors de
toute foi, prétendent se conduire d’une façon rationnelle? Faut-il donc qu’ils demeurent complètement
indifférents à la question religieuse, quoi qu’il arrive? La parcelle de raison que vous reconnaissez à chacun de
nous doit-elle demeurer muette devant un sujet si grave?
Autant vaudrait demander si nous devons renoncer à l’usage des yeux, des oreilles, des mains ou des pieds
que la nature nous a donnés.
Le Pouvoir occulte a dressé un mythe, la Raison, tout exprès pour lui faire prononcer la condamnation du
catholicisme et impressionner ainsi le vulgaire. Constater sa manœuvre, nier cette Raison déifiée qui n’existe
pas dans notre monde, ce n’est pas nier la parcelle de raison que chacun de nous possède. Ce n’est pas non plus
retirer à celle-ci l’exercice de ses facultés. C’est tout simplement bien poser les questions que le Pouvoir occulte
pose mal à seule fin de tromper le public.
Jusqu’ici, nous n’avons établi qu’une chose : c’est que si les explications du monde qui nous sont fournies
par les religions peuvent être jugées comme toutes les autres choses, ce n’est pas au nom de « la Raison ». C’est
le seul point acquis.
Nous allons maintenant pénétrer un peu plus avant dans la question.
CHAPITRE X
Le mensonge de la version maçonnique sur la question religieuse nous permet d’entrevoir le but du Pouvoir occulte.
COMMENT LA QUESTION RELIGIEUSE DOIT ÊTRE POSÉE POUR ÊTRE RÉSOLUE D’UNE FAÇON RATIONNELLE.
Les hallucinés du Pouvoir occulte sont convaincus qu’il est impossible à quiconque examine la question
religieuse en se plaçant au point de vue purement rationnel de conclure en faveur du catholicisme. C’est donc
au point de vue purement rationnel que nous nous placerons. Puisque ce terrain est celui sur lequel nos
adversaires s’imaginent être imbattables, c’est là que nous devons les aller chercher.
Il est, disions-nous tout à l’heure, impossible de rester indifférent en face de la question religieuse, c’est-à-
dire en face des religions.
Certains déclarent pourtant qu’ils ne s’occupent pas de cette question ; ce en quoi faisant ils s’imaginent se
donner une supériorité.
C’est le contraire qui est vrai : ils s’infériorisent.
En considérant les choses au point de vue positif, on constate que nous ne pouvons rester indifférents devant
la question religieuse parce que nous ne pouvons rester indifférents en face du mystère de la vie universelle qui
lui donne naissance, et que nous ne pouvons rester indifférents devant ce mystère par une raison d’une extrême
simplicité : c’est qu’une telle indifférence n’est pas notre apanage; elle est l’apanage des brutes. Voilà le fait
positif qui peut servir de point de départ dans un examen rationnel de la question religieuse.
Les bœufs, les ânes, les perroquets, les dindons sont parfaitement indifférents à tout ce qui touche à la
religion ; mais c’est parce qu’ils sont bœufs, ânes, perroquets et dindons. C’est la loi de leur existence inférieure
qui le veut ainsi. Professer, l’indifférence sur les questions religieuses, c’est donc se mettre à leur degré. Libre
à chaque individu de s’y appliquer ; mais il faut qu’il ne se méprenne pas et qu’il se rende compte du niveau
auquel il tend à se ravaler. C’est le sous-homme et non pas l’homme qui est indifférent au problème de l’au-
delà, c’est-à-dire à la question religieuse. Sans doute quelques-uns peuvent arriver à se faire sur cette question
une indifférence aussi complète et aussi morne que l’est celle des bêtes, mais c’est parce que ceux-là ont déjà
rétrogradé de l’humanité à l’animalité. Il est à croire que cette rétrogradation, l’immense majorité des hommes
ne pourra jamais l’accomplir. Et voilà tout simplement ce qui explique, légitime et nécessite l’existence des
religions. Cette existence est un fait absolument conforme aux lois naturelles, quoi qu’en pensent les pseudo-
savants des loges, parce qu’elle correspond à celui des besoins de notre nature qui nous différencie des bêtes.
Cela est si vrai que la prétendue neutralité de l’école est chose impossible. Les suggestionnés du Pouvoir
occulte ne peuvent s’empêcher de dogmatiser. Ils formulent une nouvelle explication du problème de la vie. A
la place des solutions idéalistes qu’ils repoussent, ils imposent la solution matérialiste, nettement exprimée ou
hypocritement sous-entendue. Ce en quoi on peut dire qu’en même temps qu’ils veulent imposer silence aux
anciennes religions, ils en font, en un certain sens, parler une autre : la religion matérialiste. Une religion n’est
autre chose, en effet, qu’une manière d’envisager le mystère de l’existence du monde et une codification des
devoirs qui en résultent. Or ils expliquent et ils codifient. En dehors de tout bon sens, c’est vrai, mais ils
expliquent et ils codifient tout de même.
L’indifférence en matière religieuse nous est impossible parce que nous sommes des hommes. Elle ne nous
serait naturelle qui si, grâce au progrès conçu à la manière du Pouvoir occulte, nous devenions des animaux.
Les catholiques ont vraiment trop laissé dire qu’ils n’étaient croyants que parce qu’ils étaient inférieurs au
point de vue intellectuel. La foi religieuse est une supériorité par rapport à l’indifférence ; une supériorité au
point de vue intellectuel aussi bien qu’au point de vue moral.
Lorsque les adversaires des religions invitent celles- ci à se taire, ils commettent une absurdité semblable à
celle qu’ils commettraient s’ils ordonnaient à leurs propres oreilles de ne pas entendre.
Les religions ne peuvent pas ne pas exister ; elles ne peuvent pas se taire, parce que l’instinct, le besoin
auxquels elles correspondent ne se sont jamais tus depuis que l’homme est homme et ne se tairont jamais tant
qu’il sera tel.
C’est de là qu’il faut partir si l’on veut raisonner sainement.
Les religions devraient tout au moins, objecte-t-on, ne pas dogmatiser, n’être pas codifiées, se contenter de
jeter, elles aussi, des suggestions dans les esprits comme fait le Pouvoir occulte. Nous allons voir qu’au point
de vue logique, c’est là une grossière erreur.
Il existe en effet une seconde raison pour laquelle l’indifférence en face de la question religieuse nous est
impossible. Elle résulte du fait que nous vivons en l’état de société.
Si nous étions des sauvages, isolés, sans rapports les uns avec les autres, le problème religieux ne se
présenterait pas de la même manière à notre pensée. Sa solution dans un sens ou dans un antre ne s’imposerait
pas à nous comme une nécessité pour ainsi dire matérielle. La force serait alors la seule loi de notre existence,
comme elle est celle de l’existence des lions, des tigres et des loups. De même que ceux- ci, nous aurions
journellement recours à la violence pour trouver la satisfaction de nos besoins. Chacun pourrait en ce cas suivre
son rêve relativement à l’au-delà de la vie, ou n’en former aucun, selon la portée de son intelligence. Mais une
solution dans un sens ou dans un autre ne serait pas nécessaire.
Il en va tout autrement dès lors que nous vivons en société.
Par cela seul, un problème se pose impérieusement, inévitablement à nous. Ce problème, c'est celui de la
loi des rapports qui doivent exister entre les êtres associés. Et c’est la nécessité impérieuse, inévitable, de
résoudre ce problème qui nécessite à son tour la solution du problème religieux d’une ou d’autre manière.
Car, à moins qu’on ne suppose un homme asservissant par la force ses semblables, toute société comporte
forcément des conventions. Elle repose sur un pacte. Cela signifié que l’existence du groupe humain ainsi
constitué n’a plus pour unique loi celle qui règle les rapports des bêtes, c’est-à-dire la force, mais qu’à côté de
celle-ci intervient, dans une mesure plus ou moins large, un principe qui servira de base à l’observation du pacte.
Ce principe, c’est celui qui réglera la part de sacrifice de soi-même que l’individu doit à la collectivité.
Il est impossible qu’un pacte social existe et qu’il soit observé sans qu’en des circonstances multiples et de
mille manières ceux qui sont liés par lui aient à sacrifier telle ou telle convenance personnelle, telle ou telle
satisfaction, tel ou tel assouvissement de désirs, de passions ou de besoins.
Dès lors une question se pose : Au nom de quoi les individus qui n’étaient pas nés à l’origine du pacte se
condamneront-ils aux sacrifices qui leur sont imposés? On répond : au nom de l’ordre général lui- même ; au
nom de la promesse faite ou sous-entendue.
— Mais si, en raison des circonstances, l’ordre général m’est trop lourd? La promesse dont on me parle, on
l’a faite sans me consulter. Si on me la demandait, ce serait évidemment en faisant valoir la possibilité de
satisfaction d’une partie de mes désirs et de mes besoins, ainsi que la sécurité de cette satisfaction. Si par hasard
il arrive qu’on ne me donne ni l’une ni l’autre, quel intérêt ai-je à respecter le pacte?
Ce à quoi les philosophes en chambre ripostent : — Quel intérêt? Votre intérêt bien compris.
Ce n’est pas répondre. Car d’abord, il faudrait « bien comprendre » ; et cela n’est pas donné à tout le monde.
En second lieu, qu’est-ce que « l’intérêt bien compris? » Qui sera chargé d’en décider? Si je suis ravagé par un
désir qui s’est introduit en moi, je ne sais comment, mais qui ne me laisse pas de repos, un désir dont
l’assouvissement m’est interdit par le pacte social et dont cependant l’inassouvissement suffit à faire de moi un
être malheureux, comment admettrai-je que mon intérêt bien compris exige mon malheur? Si tout mon être
insatisfait me crie ma souffrance, il sera pourtant difficile de me persuader que je suis heureux et que mon intérêt
est « bien compris ».
On essayera de m’endormir en me parlant de mon bonheur futur. Mais mon bonheur futur est chose in-
certaine, puisque je ne sais combien de temps je vivrai. Mon malheur actuel est au contraire chose certaine.
M’apparaîtra-t-il comme étant de mon intérêt bien compris que je doive renoncer à un bonheur actuel certain
pour un bonheur futur incertain? C’est sur un pareil sujet que chacun réclamera, et avec raison, le droit de libre
examen ! Pas de société possible sur une pareille base.
Alors, on finira, à bout d’arguments, par me parler non plus de mon bonheur à venir, mais du bonheur des
générations qui succéderont à la nôtre, bonheur auquel, me dit-on, je dois sacrifier mon propre bonheur. Soit !
Mais alors, sans qu’on y ait pris garde, on aura précisément posé le problème religieux.
Il s’agit de savoir en effet, dans quelle mesure je dois sacrifier mon bonheur à celui des générations futures.
Or il est bien certain que je me préoccuperai plus ou moins du bonheur des sociétés présentes ou futures, selon
que je me serai fait telle ou telle conception sur l’origine et la fin du monde, c’est-à-dire selon que j’admettrai
telle ou telle explication de cette origine et de cette fin, c’est-à-dire encore selon que j’aurai telle ou telle religion,
et que j’en déduirai tels ou tels devoirs. Cela est de la dernière évidence ; et par suite, il est de la dernière
évidence également que le problème religieux s’impose, comme nous le disions tout à l’heure, par cela seul que
nous vivons en société. Sa solution ne fait pour ainsi dire qu’un avec la solution du problème social, à moins
que nous ne voulions tout résoudre par la force. Mais en ce dernier cas, ne soyons pas hypocrites et ne parlons
pas de justice, de vérité, de lumière. Parlons biceps, sabre, guerre et servitude.
Il est vrai que certains rêveurs pensent le plus sérieusement du monde à l’établissement d’une société
collectiviste dans laquelle chaque homme trouverait, tant les choses y seraient bien ordonnées, la satisfaction
de tous ses besoins et de tous ses désirs.
Supposons une telle société constituée. Il faudra pourtant bien que cette société soit administrée. Pour que
se créent les objets donnant satisfaction aux besoins, il faudra toujours que cette création avant d’être exécutée,
soit prévue et organisée. Donc, il faudra toujours des hommes qui conçoivent et décident les mesures nécessaires
et d’autres qui les exécutent, selon un certain ordre réglé et accepté. En d’autres termes, il faudra toujours des
administrateurs et des administrés. Pas de chefs, bien entendu. Les visionnaires qui nous montrent les cités
futures ne veulent pas y voir de chefs. A la place des chefs, il y aura seulement des hommes qui donneront les
ordres nécessaires à la marche des choses et d’autres qui exécuteront ces ordres. Pas de chefs, mais des fonc-
tionnaires qui seront au-dessus, et d’autres qui seront en dessous. Même sous le régime collectiviste le plus pur,
il y aura toujours une poêle sociale, une queue à cette poêle et un petit nombre de personnes qui tiendront la dite
queue, tandis que des multitudes d’autres ne la tiendront pas. Qui pourra empêcher que les premiers ne fassent,
comme par mé- garde, tomber l’omelette de leur côté? Il y aura toujours aussi des désirs inassouvis, quand ce
ne serait que ceux qui, existant chez des individus différents, se porteront sur le même objet. Vous pourrez
changer les conditions dans lesquelles vivra l’homme ; mais il y a une chose que vous ne changerez pas : ce
sera l’homme lui-même qui pourra se trouver malheureux dans quelque situation que vous le placiez. Vous
n’extirperez pas de son cœur ses passions ; vous ne lui arracherez pas les nerfs qui lui permettent de jouir et de
souffrir, et qui font que jouissances et souffrances sont pour lui choses absolument personnelles ; les unes si
désirées ; les autres, si redoutées. Cela, vous ne pourrez jamais le détruire en nous, puisque c’est cela même qui
nous constitue.
Le problème est donc toujours le même. Dès lors que vous aurez une société, collectiviste ou non collec-
tiviste, vous aurez un ordre établi. Cet ordre devra être respecté. Autrement dit : les passions individuelles, les
désirs de jouissance et les craintes de souffrance qui sont en nous devront toujours se contraindre et se sacrifier
au bien général d’une certaine manière et dans une certaine mesure. Au nom de quoi ? C’est l’éternelle question.
Et l’éternelle réponse sera toujours : au nom de la conception qu’on se fera de la fraternité ou de la non-fraternité
humaine, laquelle est liée à l’acceptation de telle ou telle explication de l’existence du monde, c’est-à-dire à
l’acceptation de telle ou telle religion. Tout ce que nous ne saurons pas accepter au nom de cette religion, il
faudra que la force nous l’impose. L’emploi de celle-ci sera toujours en raison inverse de la puissance de celle-
là. Ou bien il n’y aura aucune espèce de société, collectiviste ou non.
De quelque façon que nous envisagions la question, nous sommes donc toujours ramenés à la même cons-
tatation, à savoir : que la solution du problème religieux s’impose, par cela seul que nous vivons en société, et
que cette solution ne fait pour ainsi dire qu’un avec la solution du problème social.
Précisément parce que tout homme, fort ou faible, est un composé de désirs, de passions et de besoins de
toute nature dont certains sont sans limites, on peut affirmer qu’en l’absence d’une solution religieuse
quelconque ayant pour conséquence le respect du pacte social, la vie en société serait pire pour les faibles que
l’isolement. Dans ce dernier cas, en effet, leurs désirs, leurs passions et leurs besoins ne se heurteraient qu’aux
obstacles matériels'; tandis que, dans l’état de société, ils sont en outre contrariés par les désirs, les passions et
les besoins des forts.
Les sociétés se trouvent donc dans cette étrange nécessité : que n’ayant aucun moyen de certitude
scientifique sur l’au-delà de la vie, elles doivent cependant se prononcer, affirmer d’une ou d’autre manière,
c’est-à-dire adhérer à telle ou telle religion.
C’est ce qui explique l’anomalie que nous notions tout à l’heure au sujet de ce qui se passe dans les écoles
où l’on s’imaginait pouvoir établir la neutralité. Au fond, qu’y fait-on ? On y habitue les enfants et les
adolescents à « croire » que le monde a été fait comme ceci plutôt que comme cela. Nous disons qu’on les
habitue à « croire » ; et c’est le vrai mot, puisqu’il n’y a pas plus de démonstration scientifique possible du côté
matérialiste que de l’autre.
Quoi que nous fassions, il est impossible que nous échappions à cette nécessité sociale : croire — puisqu’on
ne peut savoir scientifiquement — que la création et la fin de notre monde sont telles ou telles, et en déduire
que les hommes ont tels et tels devoirs les uns vis-à-vis des autres.
Ou cela, ou le règne de la force établi dans les sociétés, ou l’absence de sociétés : il faut choisir.
Ainsi se présente la ‘question religieuse envisagée d’une manière positive et ainsi peuvent se comprendre
le rôle et la nécessité des religions au point de vue social, ainsi que de leurs affirmations.
Si le Pouvoir occulte nous présente autrement les choses, s’il cherche à nous faire croire que la guerre
entreprise par lui et par la Franc-Maçonnerie contre l’Eglise a pour but le remplacement d’une croyance qu’il
nous peint faussement comme inepte par quelque chose qu’il nous peint non moins faussement comme une
certitude scientifique, s’il nous dissimule la « religion matérialiste » dont il est en train de créer la liturgie et au
nom de laquelle il a canonisé Zola, c’est parce qu’il a besoin de nous tromper pour réaliser des vues qu’il cache
d’autant plus soigneusement qu’il sait combien ceux qui se laissent circonvenir par lui les haïraient s’ils les
connaissaient.
SUR QUOI NOUS APPUYER POUR JUGER LE CATHOLICISME DANS LE PASSÉ? DONNÉE FOURNIE
A CET ÉGARD PAR LE POUVOIR OCCULTE
ET PAR LA FRANC-MAÇONNERIE.
Par ce seul fait que nous avons posé la question religieuse comme elle doit l’être, rien de plus facile que de
savoir maintenant comment se détermineront à l’égard de l’une ou l’autre des religions et par conséquent à
l’égard du catholicisme, les hommes qui, en dehors de toute foi, prétendent les juger à un point de vue purement
rationnel. C’est ce que les francs- maçons hypnotisés et irraisonnants nous affirment vouloir faire. Examinons
ce qu’il en est.
Puisque — toujours au point de vue positif — les religions ont pour objet de correspondre au besoin
qu’éprouve la nature humaine de s’interroger sur les choses de l’au-delà, à ses besoins affectifs aussi, et en
même temps, et surtout, pouvons-nous dire, au besoin de discipline sociale, nous ne pouvons, nous ne devons
juger les religions qu’en mesurant les services qu’elles ont rendus et qu’elles sont susceptibles de rendre à ce
triple point de vue. Satisfaction au besoin d’interrogation, satisfaction aux besoins affectifs, satisfaction au
besoin de discipline sociale : nous ne devons exclure ni l’une ni l’autre de ces considérations, nous avons à tenir
compte de toutes les trois.
Les données du problème étant ainsi établies, nous sommes en situation d’apprécier si les religions qui se
recommandent du Christ, et en particulier la religion catholique, sont si mauvaises que le Pouvoir occulte s’est
acharné à le faire croire.
Il semble que pour cela nous devrions tout d’abord nous livrer à une enquête historique sur le rôle du ca-
tholicisme. Nous ne le pouvons, parce que le Pouvoir occulte s’est appliqué — depuis toujours, peut-on dire —
à falsifier les éléments de cette enquête. Il a pour arme le mensonge et naturellement il n’a pas manqué d’en
faire usage contre le catholicisme. Tout d’abord, il a détourné systématiquement les yeux des actes innombrables
de vertu, de dévouement et d’héroïsme qui ont eu pour cause directe la foi catholique.
En outre, il a pris soin d’attribuer à cette foi tous les actes condamnables ou criminels qui ont eu pour cause
directe, non pas elle, mais les passions et les vices qu’elle s’applique précisément à combattre chez ses adhérents.
Enfin, ces actes condamnables ou criminels, le Pouvoir occulte ne leur a pas seulement attribué une cause qu’ils
n’ont pas eue ; il ne les a pas seulement isolés de leur contre-partie : les actes vertueux et héroïques, en effaçant
ceux-ci ; il les a encore exagérés et dénaturés à plaisir. Il n’a même pas reculé devant l’invention. Il a fait écrire
par ses auteurs une histoire du catholicisme qui est ou contraire à la vérité sur certains points ou à côté de cette
même vérité sur d’autres points. Avant tout, il a toujours présenté le catholicisme comme animé de l’esprit
offensif, tandis qu’en réalité, lui-même n’a jamais cessé de l’attaquer ou de lui susciter des adversaires, tout en
demeurant invisible ; de telle sorte que celui-là avait l’air de provoquer, qui pourtant ne faisait que se défendre.
Nous pouvons nous rendre compte de cela par le spectacle que nous donne aujourd’hui la Franc-Maçonnerie
française s’avouant enfin ennemie éternelle de la religion catholique, après avoir mensongèrement affiché le
respect de cette religion pendant cent cinquante ans. Le Pouvoir occulte a fait croire, par exemple, que l’histoire
de l’Eglise était contenue dans l’histoire d’une Inquisition qu’il falsifiait d’ailleurs, en ayant, d’autre part, grand
soin de ne pas nous dire que les véritables fauteurs de l’inquisition, c’étaient le plus souvent des Juifs soi-disant
convertis au catholicisme...
Mensonges par suppression, mensonges par adjonction, mensonges par invention, mensonges partout ;
mensonges toujours. Encore une fois c’est conforme au principe maçonnique et il serait tout à fait extraordinaire
que le Pouvoir occulte n’eût pas menti on cela, alors qu’il a menti en tout le reste ; qu’il n’eût pas falsifié
l’histoire du catholicisme, alors que nous le voyons falsifier notre histoire de France, pour cacher à ceux qui
lisent les ouvrages dus à son inspiration toutes les nobles figures dont la sublimité a eu pour principe la foi
chrétienne ou la foi patriotique. N’existe-t-il pas, depuis un certain nombre d’années, en effet, des manuels
scolaires dans lesquels il n’est pas question de Bayard, de du Guesclin, de saint Vincent de Paul, de Jeanne
d’Arc, ni de tant d’autres?...
En cela comme en tout, le Pouvoir occulte a mis et il met encore tous les jours en pratique le précepte
formulé par l’un des siens : Mentons ! Mentons ! Mentons toujours ! Mentons comme des diables. Le mensonge
est une vertu.
La sagesse veut donc qu’on se garde comme du feu des livres d’histoire religieuse et d’histoire de France
écrits sous l’inspiration du Pouvoir occulte.
Veut-elle aussi que nous nous gardions dans une certaine mesure de ceux qui sont écrits sous l’inspiration
catholique?
Pour éviter tout reproche de partialité et pour demeurer sur le terrain positif que nous avons choisi, nous
écarterons aussi cette ' seconde source d’informations. Nous jugerons le catholicisme en nous en tenant aux
principes proclamés par lui et aux applications de ces principes qui sont de notoriété publique ; mieux encore :
à une certaine donnée que le Pouvoir occulte et la Franc-Maçonnerie se sont chargés, sans le vouloir, de nous
fournir eux-mêmes.
Chose curieuse ! lorsque ces soi-disant initiateurs de tous les progrès humains préparèrent ce qu’on a
coutume d’appeler « le sublime mouvement de 1789 ils ne trouvèrent rien de mieux à faire que de démarquer
l’esprit chrétien. Ils s’attribuèrent sans vergogne les principes qu’ils trouvèrent dans l’Evangile du Christ et qui
avaient été maintenus debout pendant dix-huit cents ans par les fidèles de celui-ci, malgré l’assaut extérieur et
intérieur de toutes les passions humaines.
Qu’était-ce en effet que la liberté, l’égalité et la fraternité qui ont été proposées au monde par la Révolution,
sinon de la contrefaçon de christianisme? Nous disons : de la contrefaçon et même de très mauvaise contrefaçon.
La preuve, c’est qu’il a suffi que cette liberté, cette égalité et cette fraternité révolutionnaires aient subi le
premier contact des faits pour qu’il n’en soit resté que la formule, et pour qu’au nom de cette formule on ait vu
s’établir d’une façon pour ainsi dire légale, le pillage, l’incendie, la proscription, la spoliation et l’assassinat.
Trois ans après sa proclamation, pas davantage, l’idéal de fraternité révolutionnaire aboutissait aux ignobles
massacres dans les prisons ! Oui ! Trois ans avaient suffi pour que fût produite cette atroce défiguration ! Et un
an plus tard, c’était la Terreur et les milliers de cadavres dont elle ensanglantait la France ! En quatre ans, la
destruction du véritable esprit chrétien et son remplacement par la contrefaçon dont nous parlons avaient pour
conséquence l’établissement de la plus épouvantable tyrannie dont l’histoire ait jamais fait mention.
Afin d’expliquer comment la fraternité révolutionnaire put mordre si férocement dans la chair humaine, on
a cherché des raisons. Mais on n’en a trouvé que de mauvaises. On a dit que les principes s’étaient trouvés
faussés sur les obstacles qui leur furent opposés.
Sans doute il s’est trouvé des obstacles. Il s’en trouve toujours, quoi qu’on fasse ; mais c’est précisément ce
que nous reprochons aux principes révolutionnaires : de se laisser si facilement fausser. Ils ont été faussés en
1789 ; faussés en 1871 ; faussés maintenant ; faussés toujours. Des principes vrais ne donnent pas les mécomptes
que nous ont valus depuis cent vingt ans la liberté, l’égalité et la fraternité de 1789. Pour que ceux qui les
présentaient au monde se soient si tôt transformés en bourreaux, il fallait que leur conception sociale ne fût
qu’une contrefaçon mensongère, dans laquelle il est bien difficile de ne pas voir la main de l’éternel et universel
brocanteur, qui est en même temps l’éternel et universel ennemi du christianisme : le juif.
Les principes vrais, il faut croire que c’est dans l’Evangile du Christ que nous devons les chercher, puisque
les hommes qui les proclamèrent commencèrent par accepter non le rôle de bourreaux, mais celui de victimes.
Aussi voyez ! quelle différence de rendement ! La solidité de la matière est telle qu’a- près les persécutions des
premiers siècles, persécutions subies et non pas exercées par les prédicateurs du christianisme, après l’universel
envahissement des hordes venues d’Asie, après le long ensevelissement de toute civilisation dans l’océan de
cette barbarie, après seize siècles d’usure, seize siècles du contact si terriblement corrosif des passions humaines,
et, ne l’oublions pas, seize siècles de voisinage avec la haine tenace et l’inlassable perfidie juives attachées à
ses flancs, le christianisme fut encore capable d’enfanter au dix-septième siècle ce prodige d’humble et constant
héroïsme : saint Vincent de Paul ! Est-ce son dernier effort? Non pas ! Car depuis que parut ce grand organisateur
des dévouements enfantés par la liberté, l’égalité et la fraternité chrétiennes, c’est-à- dire depuis trois siècles et
demi, le catholicisme n’a cessé d’engendrer des centaines de milliers de sous- Vincent de Paul ; des centaines
de milliers de ces religieuses dont la cornette blanche est connue du monde entier, qui sont bien les dignes
disciples de celui qui fut le père des pauvres, et dont on ne compare vraiment pas assez l’esprit de sacrifice avec
la férocité des « apôtres » ensanglantés de 1793, comme avec l’égoïsme hypocrite de tous les frères Trois- Points
de maintenant. Si bien que, pour tarir cette fécondité qui lui paraît d’autant plus scandaleuse et redoutable pour
lui qu’il n’a rien à mettre en regard, le Pouvoir occulte ne voit qu’un moyen, le même qui fut employé contre le
christianisme naissant et qui ramène ainsi le catholicisme à ses origines : la persécution contre les personnes,
l’écrasement des dévouements, la ruine et l’anéantissement des œuvres.
Rapprochez ainsi la liberté, l’égalité et la fraternité chrétiennes de la liberté, de l’égalité et de la fraternité
révolutionnaires engendrées par la Franc- Maçonnerie, comparez les résultats donnés par les premières avec
ceux donnés par les secondes, et vous vous convaincrez de la manière la plus éclatante que le catholicisme n’est
pas une religion si mauvaise ni si « inepte » que cela, puisque le Pouvoir occulte n’a rien trouvé de mieux que
de lui voler ses principes, et puisqu’ayant tenté de les appliquer sans lui, il n’a pu que les transformer en
véritables poisons sociaux.
Voilà pour le passé.
Et ainsi que nous l’avons dit, sur quoi nous appuyons-nous pour asseoir notre jugement ? sur la donnée
comparative involontairement fournie par la Franc-Maçonnerie elle-même. Aussi notre argumentation peut-elle
attendre sans crainte la contradiction.
LA SOCIÉTÉ FUTURE.
LE BUT POURSUIVI RÉVÉLÉ PAR LA SUPREME CONTRADICTION.
LA SEULE EXLPICATION POSSIBLE.
CHAPITRE XI
Les causes d’erreur relatives à l’origine et au but de la Franc-Maçonnerie. Leur élimination successive.
Le défaut de la thèse de M. Max Doumic.
LES FAUSSES APPARENCES
TENDUES AUTOUR DE LA QUESTION MAÇONNIQUE. LE POINT DE DÉPART.
Avant de dire au lecteur les raisons qui nous ont conduit à la thèse qu’il nous reste à lui présenter sur la
personnalité du Pouvoir occulte, et par là même sur l’origine et le but de la Franc-Maçonnerie, il est utile de lui
faire connaître pourquoi nous avons écarté toutes les autres opinions et pourquoi nous avons passé par chacune
d’elles avant d’aboutir à celle qui nous paraît définitivement la seule acceptable au point de vue positif, sans
d’ailleurs aucun préjudice de la thèse catholique, de la thèse supranaturelle qui peut s’y superposer, j’oserai le
dire, de la manière la plus naturelle.
Ainsi que nous l’avons écrit plusieurs fois, les auteurs de la Franc-Maçonnerie ont tendu autour de cette
association une foule de fausses apparences qu’il faut crever successivement avant d’arriver à la vérité, et après
qu’on a été égaré plus ou moins longtemps par chacune d’elles. C’est ce qui m’est arrivé comme cela arrive à
tout le monde.
Il y a d’abord celles que j’appellerai les plus extérieures. Elles sont aussi les plus anciennes. Ce sont celles
par lesquelles l’opinion a été trompée aux débuts de la Franc-Maçonnerie, et c’est à elles qu’on se heurte
toujours lorsqu’on envisage pour la première fois la question maçonnique.
Lorsque apparut la Franc-Maçonnerie, comme elle n’avait encore eu le temps de rien faire, les fausses
apparences n’ont pu être créées que par les rituels et par la déclaration de principes contenue dans les statuts
qu’elle présentait.
On y lut que la Franc-Maçonnerie était une société philosophique et progressive, une société de tolérance,
de bienfaisance, de solidarité, une société secrète aussi, d’un caractère assez bizarre qui traitait de profanes ceux
qui lui étaient étrangers, qui usait d’un vocabulaire spécial, qui ne recevait d’adeptes qu’après leur avoir fait
subir des épreuves, et ne procédait à ce qu’elle appelait « ses travaux » qu’en se livrant à certains exercices de
piété maçonnique.
Il résulte de là que trois appréciations ont été dès le début formulées sur elle : celle des amis, celle des
indifférents plus ou moins étonnés et celle des adversaires. Les premiers s’en allaient disant : association de
tolérance et de progrès ; association fraternelle ; les seconds : rassemblement de jocrisses amusants à contempler
et qui ne se cachent que pour nous priver du plaisir que nous prendrions à les regarder ; tandis que les derniers,
s’étonnant du secret, soupçonnaient qu’il devait cacher quelque chose et se trouvaient induits à penser, d’après
certains articles de la déclaration, que ce quelque chose était contraire à la religion.
Voilà les trois idées qui ont couru primitivement sur la Franc-Maçonnerie ; c’est à l’une ou à l’autre d’elles
que se sont ralliés les premiers profanes qui connurent l’existence de cette association. Elles ont continué d’être
acceptées depuis ; et c’est à l’une ou à l’autre que se rallient encore à notre époque un grand nombre de profanes.
A l’une ou à l’autre, disons-nous, ou à la combinaison de deux d’entre elles, ou même des trois. Pour ma
part, je commençai par hésiter entre les trois avant de rien savoir d’une façon positive. Ce caractère soi- ' disant
philosophique et progressif existe peut-être, me disais-je, mais il doit bien dissimuler quelque sentiment
anticatholique. Quant aux simagrées, elles cachent probablement quelque pauvreté intellectuelle.
Je demeurais toutefois incertain. Je n’affirmais rien, ni vis-à-vis de moi-même, ni vis-à-vis des autres,
jusqu’à l’heure où je fis partie de l’association.
COMMENT SONT NÉS LES ÉTATS D’ESPRIT SUCCESSIFS RELATIVEMENT A LA QUESTION MAÇONNIQUE ET
COMMENT ONT ÉTÉ DÉTRUITES LES UNES APRÈS LES
AUTRES LES FAUSSES APPARENCES.
La Franc-Maçonnerie ayant été fondée en vue d’un but, il fallait bien que, dès le début, elle travaillât d’une
manière ou de l’autre à la réalisation de ce but. Nous avons vu quelles précautions étaient prises pour que fût
entretenue l’illusion sur son compte ; mais il était inévitable que, malgré cela, son véritable esprit se trahit, au
moins partiellement, ici ou là. Bientôt les Papes recueillent des informations précises sur elle. Ils la dénoncent
comme ayant des tendances anticatholiques, antigouvernementales, antisociales.
Une opinion certaine aurait dû, semble-t-il, s’établir alors définitivement sur elle. Il en fut autrement par
suite des précautions prises et des méthodes employées, et aussi parce que les Papes en raison de ces précautions
et de ces méthodes furent amenés à ne pas rechercher ou à ne pas distinguer les puissances humaines
responsables d’une pareille création. Croyant faire assez pour mettre en garde les fidèles, ils ne leur signalèrent
que «les inspirations de l’Esprit mauvais » qui circulaient dans la nouvelle association, sans leur parler des
intermédiaires humains qui étaient les initiateurs et les metteurs en œuvre de sa redoutable organisation. Et, par
là même, ils contribuèrent dans une certaine mesure à maintenir autour de la Franc-Maçonnerie l’atmosphère
de mystère que ses fondateurs humains ont précisément cherché à créer pour se mieux dissimuler.
^Naturellement les dits fondateurs combattent la version des Pontifes ; et ils le font comme il convient pour
que soit augmentée l’incertitude protectrice dont ils bénéficient. Des francs-maçons disent, écrivent et font
imprimer ce que nous savons : « l’homme craignant Dieu, fidèle à son prince, voilà le maçon ! » « Celui qui ne
respecte pas les lois de la religion n’est pas maçon, il en usurpe le nom... » IN on seulement ils le disent,
l’écrivent et le font imprimer, mais encore comme certains d’entre eux sont bien tels, comme ils croient vraiment
que ceux des maçons qui « ne respectent pas les lois de la religion ne sont pas maçons, qu’ils en usurpent le
nom » ; comme les profanes qui les connaissent les tiennent pour de braves gens, comme en effet, s’ils sont les
transmetteurs du mensonge, ils en sont les transmetteurs sincères, on les croit, du moins dans certains milieux.
Leur version est propagée. Et de là va résulter, d’une part, une diminution d’autorité pour la parole des Pontifes
et, d’autre part, une accentuation de l’opposition des opinions, dans des conditions telles qu’une incertitude plus
grande existera dans l’ensemble des esprits.
La Franc-Maçonnerie bénéficie de cette incertitude, grâce à laquelle elle peut travailler en sécurité, à la
réalisation progressive de son œuvre.
Quelques hardiesses qu’elle inspire à certains de ses adeptes, on en attribuera la responsabilité à ceux d’entre
eux qui « ne sont pas maçons », qui « en usurpent le nom ». Si bien que les modérés qu’elle a attirés par nécessité,
ainsi que nous l’avons expliqué, resteront malgré tout dans ses loges, trompés eux-mêmes. Ils s’efforceront de
ramener ceux de leurs frères qu’ils jugent « trop avancés » à ce qu’ils croient être le véritable esprit maçonnique.
Ce sera inutilement, parce que le Pouvoir occulte travaillera invisiblement contre eux. Mais par cela seul qu’on
les saura francs-maçons, ils contribueront à entretenir l’erreur sur le compte de l’association. C’est le second
état d’esprit par lequel j’ai passé lorsque j’eus échappé aux suggestions fanatiques. J’ai expliqué comment
j’attribuais à certains francs-maçons la responsabilité du sectarisme qui n’était en réalité que celui auquel les
fondateurs de la Franc-Maçonnerie conduisaient peu à peu toute l’association en France.
Voici maintenant la troisième erreur à laquelle on fut naturellement conduit par la marche des événements
et par laquelle on passe également lorsqu’on avance dans l’étude de la question. Elle résulte de la même fausse
apparence qui sert à couvrir l’action politique maçonnique.
Une heure vient en effet où la marche vers le but nécessite la création de groupes spéciaux. On en voit naître
un peu partout dans le dernier quart du xviiie siècle. En Bavière, c’est la secte des Illuminés de Weishaupt.
Ailleurs c’est autre chose. Un Congrès international a lieu à Wilhelmsbad en vue de l’organisation d’un
chambardement qui sera la suite naturelle de la longue période de préparation à laquelle tant d’efforts ont été
consacrés. Le comte de Virieu, adepte trompé jusqu’alors, revient de ce congrès en annonçant à ceux de ses
amis qui le raillent sur son voyage qu’une Révolution est préparée par les sociétés secrètes, et si bien ourdie
qu’il serait surprenant que les religions et les Etats pussent y échapper. Et, en effet, la Révolution française
éclate. Quelques années après en 1797, Barruel écrit ses Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme. Il
s’appuie sur des témoignages comme celui de Virieu et, sur les pièces du procès fait en Bavière à l’illuminisme.
Les présomptions s’ajoutent aux présomptions ; les preuves aux preuves. Ce sont des francs-maçons qui ont fait
la Révolution ; aucun doute pour ceux qui lisent Barruel.
Aucun doute pour moi, lorsque je le lus, sur le fait en lui-même ; mais doute sur la cause de ce fait, toujours
grâce aux précautions prises. Ce sont les Jacobins, pensai-je, c’est-à-dire les plus exaltés, les plus violents parmi
les francs-maçons qui firent la Révolution, ce n’est pas la Franc-Maçonnerie. La preuve, c’est que certains
francs-maçons résistèrent, plus ou moins tôt ou plus ou moins tard. Nous avons en effet des preuves de cela.
Mounier fut de ces modérés et il a écrit un ouvrage tendant à montrer que la Franc- Maçonnerie n’est pour rien
dans la Révolution. Or, il participa, lui, franc-maçon, au drame révolutionnaire. Il y joua son rôle. Il doit savoir.
Pour lui, ce sont « les violents » qui sont responsables de tout. L’association ne doit pas être confondue avec
ces violents. Et ce qui fortifie l’opinion de Mounier, c’est que les loges furent fermées pendant la tourmente...
Après l’exposé fait dans les chapitres précédents, nous savons comment cela s’explique ; mais lorsque je
lus Barruel et Mounier, je ne le savais pas. Je considérai donc la Franc-Maçonnerie comme ayant été pour
quelque chose dans la Révolution, mais seulement par suite d’exagérations dans l’application des principes
qu’elle avait propagés ; exagérations causées par ces violents qui se rencontrent dans tous les milieux et des
actes desquels il ne convient pas de rendre responsables les groupes auxquels ils appartiennent.
Mais les années passent. D’autres révolutions succèdent à la première : celles de 1830, de 1848, de 1870-
1871 ; puis celle, plus redoutable que toutes les autres, qui se produit dans le domaine des idées morales,
familiales et nationales les plus solidement assises, à laquelle nous assistons actuellement. Des écrivains comme
Eckert, Deschamps et Claudio Janet ont succédé à Barruel. Ils ont montré le lien existant entre toutes ces
révolutions. Ce lien, il est dans la Franc- Maçonnerie. Crétineau-Joly a apporté son contingent de documents
qui corrobore les exposés tracés par les auteurs précités. Cette fois, il n’y a plus de précautions qui tiennent. Et
même celles par lesquelles nous avons été trompés si longtemps se retournent contre leurs auteurs. Car cette
Franc-Maçonnerie qui prend des figures si diverses, marche en somme toujours dans la même voie. Elle y
entraîne les modérés comme les violents. Elle fait donc jouer un rôle aux uns comme aux autres. Elle fait jouer,
disons-nous : qui, elle?... Quelque chose qui est au- dessus des francs-maçons, évidemment. Ceux-ci passent ;
leurs générations se succèdent, chacune faisant la grimace qui lui est certainement suggérée, puisque chacune
de ces grimaces n’est qu’une partie du tableau donné par l’ensemble. Suggérée par qui? Par quelque chose qui
dure alors que se succèdent les générations mises en branle. Alors ce quelque chose ne peut être qu’une race,
qu’un peuple ou qu’une religion, car il n’y a que cela qui soit capable de durer ainsi. Mais alors, ces batailles,
que nous entreprenons, dans lesquelles nous nous engageons, Français, les uns contre les autres, pour ce que
nous croyons être des idées, ne seraient que la manifestation d’une guerre qui nous serait faite chez nous par
une puissance étrangère? Ces idées elles-mêmes, que nous nous figurons nôtres, que nous considérons comme
constituant des principes directeurs, elles seraient des principes de mort glissés sournoisement et perfidement
dans nos âmes par une race ennemie?...11 n’est pas possible qu’il n’en soit pas ainsi, puisqu’il n’y a que ce
moyen d’expliquer la persistance de la société maçonnique et l’unité de vues qui se révèle à quiconque sait
regarder les ensembles des choses.
C’est sous la domination de cette idée que j’écrivis ma brochure : Le Pouvoir occulte, en 1900, et que M.
Max Doumic nous donna son Secret de la Franc- Maçonnerie, en 1905.
Cet auteur pose enfin le problème comme il doit l’être. La Puissance qui fait mouvoir la Franc-Maçonnerie,
dit-il, ce ne peut être qu’un peuple.
C’est aussi ce qui m’apparaît. Mais je me sépare de M. Max Doumic en ce que parmi les peuples, il en
désigne un, tandis que j’en désigne un autre. L’un de nous deux serait-il encore victime d’une fausse ap-
parence?...
L’argument sur lequel M. Max Doumic appuie sa théorie est celui-ci : La politique maçonnique a toujours
été favorable à la politique anglaise ; donc la Franc-Maçonnerie est un instrument que l’Angleterre a forgé pour
assurer sa suprématie dans le monde, en jetant dans les autres nations des idées perturbatrices et destructrices,
en suscitant au dedans d’elles des troubles intellectuels, religieux, politiques et sociaux, en les dissociant, en les
désagrégeant, bref en les tuant, non par le fer, mais par le poison.
La thèse a de la valeur, car il est avéré que l’Angleterre a singulièrement bénéficié de l’action maçonnique.
Est-ce pourtant là un motif suffisant pour déterminer notre conviction? Non. Car si un autre peuple avait, lui
aussi, bénéficié dans une mesure considérable de l’action maçonnique, l’argument qui, dans le livre de M. Max
Doumic, milite pour l’attribution de la création maçonnique au seul peuple anglais devrait militer aussi pour
l’attribution à cet autre peuple.
Or c’est précisément ce qui existe.
La Prusse a bénéficié considérablement, elle aussi, de l’action maçonnique. Tandis que la propagande faite
par la Franc-Maçonnerie en France et dans les nations catholiques en général y a été destructrice, celle faite en
Prusse par cette même Franc-Maçonnerie n’y a pas été plus dissolvante que ne l’a été celle faite en Angleterre.
C’est une circonstance qui a sa signification et dont il faut tenir compte, si nous voulons nous faire sur la question
une opinion rigoureusement motivée.
Ce n’est pas tout. Il existe encore un autre peuple qui a tiré un bénéfice considérable de l’action maçonnique.
Mais c’est un peuple dont on ne parle guère parce que, précisément, — et c’est là une particularité curieuse —
la Franc-Maçonnerie n’aime pas qu’on en parle ; elle traite volontiers de fanatiques ceux qui se permettent de
le regarder en face. Ce peuple qui semblait n’être presque rien lorsque la Franc-Maçonnerie a paru et qui est
presque tout maintenant, c’est le peuple sur lequel Edouard Drumont est parvenu à attirer l’attention d’un certain
nombre de Français : le peuple juif. .
Dès lors, auquel des trois peuples, anglais, prussien ou juif, revient l’honneur ou plutôt le déshonneur de la
création de la Franc-Maçonnerie?
C’est au peuple anglais répond M. Max Doumic :
1° Parce que le peuple juif était sans puissance au moment de l’apparition de la Franc-Maçonnerie;
2° Parce que le chancelier Bacon a été l’inventeur de l’idée ; qu’il l’a développée tout au long dans celui de
ses ouvrages qui est intitulé : La Nouvelle Atlantide ;
3° Parce que ce sont des Anglais qui ont fondé partout les premières loges ;
4° Parce que, pendant longtemps, les Juifs ne furent même pas admis dans les ateliers maçonniques.
Ainsi rapprochées les unes des autres, ces raisons semblent péremptoires. Mais lorsqu’on les examine avec
soin, on s’aperçoit qu’elles n’ont en réalité aucune valeur probante.
D’abord si les Juifs étaient dénués de certains genres de puissance au moment de l’apparition de la Franc-
Maçonnerie — comme ils le sont encore maintenant d’ailleurs, puisqu’ils n’ont, par exemple, ni armée, ni
marine à eux — en revanche ils avaient fait preuve d’une force étrange, mystérieuse, inexpliquée humainement,
en gardant leur idéal religieux et national, malgré seize siècles de dispersion à travers les autres peuples. C’est
là un fait unique dans l’histoire, qui dénote non le manque de puissance, mais bien une puissance d’une espèce
spéciale, qui est précisément en parfait rapport — et c’est là une circonstance significative — avec celle en vertu
de laquelle la Franc-Maçonnerie persiste, sans qu’on comprenne pourquoi, à travers les générations. Ce fait et
ce rapport au moins curieux demanderaient qu’on les étudiât d’un peu près avant de se prononcer sur ce que
pouvait ou ce que ne pouvait pas le peuple juif lors de l’apparition de la Franc-Maçonnerie. Ce peuple n’était
pas capable de remporter des victoires sur les champs de bataille, c’est certain, puisqu’il ne possédait pas
d’armées. Mais peut-être avait-il porté ses facultés d’un autre côté et se trouvait-il mieux outillé qu’aucun autre
pour procéder à une création comme celle qui nous occupe. Or M. Max Doumic ne s’est nullement inquiété de
cela.
Ce n’est pas tout.
Etant donné que les fondateurs de la Franc-Maçonnerie avaient surtout besoin de demeurer invisibles —
cela est prouvé par l’organisation si spéciale qu’ils ont donnée à la Franc-Maçonnerie — il serait indispensable
d’examiner si les circonstances que signale l’auteur du Secret de la Franc-Maçonnerie n’auraient pas pu exister
même dans le cas où d’au très que les Anglais, et en particulier les Juifs, eussent été les vrais initiateurs de la
Franc-Maçonnerie. Si par hasard cela était possible, la conclusion de M. Max Doumic dans le sens de l’origine
anglaise se trouverait privée de soutien.
Or il va de soi que si les Juifs étaient les auteurs de la Franc-Maçonnerie, ils auraient pu, dans le seul but de
se mieux dissimuler, créer les apparences dont il s’agit.
Il leur eût été extrêmement facile en effet de suggérer directement ou indirectement au chancelier Bacon —
ou à tout autre à son défaut — l’idée exposée dans la Nouvelle Atlantide. C’est là un procédé courant dans la
Franc-Maçonnerie. Nous l’avons vu résumé dans les lignes de la Revue Maçonnique que nous avons rapportées
: « faire agir des influences individuelles soigneusement couvertes ».
Il leur eût été non moins facile de faire marcher les Anglais tout comme le chancelier Bacon, sans plus se
découvrir dans un cas que dans l’autre. Il leur eût suffi pour cela d’user encore des « influences individuelles
soigneusement couvertes » pour faire circuler dans les milieux appropriés l’idée des avantages religieux que
créerait au protestantisme et des avantages politiques qu’assurerait à l’Angleterre l’existence d’une association
organisée dans telles et telles conditions. C’était assez pour entraîner les hommes d’Etat anglais.
Quant à l’exclusion dont les Juifs étaient, nous dit- on, l’objet dans les premières loges, il faudrait tout d’abord
être assuré que cette exclusion s’étendait partout, dans tous les pays, et surtout qu’elle était pratiquée dans tous
les groupés maçonniques, les supérieurs, les inconnus comme les autres. Or une telle preuve est loin d’être faite.
Le fût-elle qu’il resterait à savoir si les Juifs, ayant avant tout besoin que leur action restât inaperçue, n’auraient
pas pu suggérer eux-mêmes cette exclusion momentanée, tout en se ménageant d’autres moyens d’intervention,
de contrôle et même de direction dans les affaires maçonniques.
Enfin, il y aurait encore à chercher si les Juifs n’auraient pas eu intérêt, pour la réalisation de leur but caché,
à favoriser constamment ou presque constamment la politique anglaise.
Ces interrogations une fois posées devant l’esprit, on se rend compte qu’il est plus qu’imprudent de conclure
avant qu’elles n’aient reçu leur réponse.
M. Max Doumic n’y a pas pensé ; et c’est pourquoi sa thèse laisse place à de grandes incertitudes. C’est
pourquoi par conséquent, la solution qu’il donne doit — a priori — être accueillie sous réserve d’un examen
général de la question beaucoup plus minutieux que celui auquel il s’est livré.
Dans une question où tant d’embûches ont été dressées sous les pas des chercheurs, il se pourrait encore
que l’auteur du Secret de la Franc-Maçonnerie, au lieu de découvrir le vrai secret, n’en ait aperçu qu’un faux,
ou qu’il n’ait vu qu’une partie du vrai ; qu’il ait été trompé par une dernière apparence savamment tendue pour
sauvegarder un Pouvoir qui, nous en avons certes assez de preuves, considère comme indispensable pour lui de
demeurer toujours inconnu.
M. Max Doumic a pu se laisser tromper d'autant plus facilement que les motifs sur lesquels il appuie sa
conclusion sont uniquement d’ordre historique. Si un tel élément d’appréciation ne doit pas être négligé, il n’est
pas le seul auquel il convienne d’avoir recours. Il en existe d’autres qui sont d’une importance considérable.
Nous voulons parler de ceux que font valoir les savants en histoire naturelle lorsqu’il il y a discussion au sujet
de la classification de certains sujets.
Nous nous trouvons ici dans un cas semblable : nous avons un sujet d’autant plus difficile à classer qu’il ne
veut absolument pas qu’on y parvienne. Qu’avons-nous à faire si nous voulons porter jugement raisonné sur
son compte? Nous devons étudier, non pas seulement un de ses caractères, mais tous ceux par lesquels il se
distingue. Si nous ne le faisons pas, nous manquons aux principes scientifiques les plus élémentaires.
Un crâne est proposé à notre examen. On veut nous persuader que c’est le crâne d’un mouton, et on s’appuie
pour cela sur ce que la mâchoire est celle d’un herbivore. Mais la dimension dudit crâne nous fait hésiter à
accepter la classification qu’on nous propose. Comment nous fixerons-nous? En examinant les autres parties du
squelette.
Ou encore : on nous montre un enfant dont on nous invite à déterminer l’ascendance. On nous indique trois
couples humains : le premier blanc, le second jaune et le troisième noir, qui se disputent l’enfant en question.
Pour entraîner notre choix, on nous fait remarquer que cet enfant témoigne beaucoup d’affection au couple de
race blanche. Seulement on omet de tenir compte qu’il en témoigne aussi aux deux autres. C’est déjà assez pour
nous exposer à conclure faussement. Mais ce qui est beaucoup plus grave, c’est qu’on ne se donne pas la peine
d’examiner si le sujet est blanc, jaune ou noir. C’est pourtant par là qu’il eût fallu commencer.
Il est ainsi un certain nombre d’observations qui s’imposent de la façon la plus pressante à l’attention avant
qu’on se prononce sur l’origine de l’association maçonnique. Elles sont relatives à la conformation et aux
caractères intrinsèques de l’être si particulier dont il s’agit. Commençons donc par là.
Si, après l’étude que nous avons faite de l’étrange agglomération de sociétés secrètes qui constitue la Franc-
Maçonnerie, nous nous appliquons à rassembler dans notre pensée les conditions nécessaires au fondateur et à
l’inspirateur d’une telle organisation, nous aboutissons à ce qui suit.
Tout d’abord ce n’est pas d’un homme qu’il s’agit. C’est d’une société. L’œuvre serait morte avec l’homme
Nous sommes d’accord là-dessus avec M. Max Doumic.
En second lieu, les membres de ladite société ont nécessairement des intérêts communs et une pensée
commune. Ces intérêts sont certainement permanents puisque la création est permanente ; c’est-à-dire qu’ils
sont d’ordre ethnique ou religieux, ou, encore mieux, les deux à la fois. En l’absence de cette condition, l’or-
ganisme maçonnique se serait rapidement désagrégé. C’est donc un peuple qui est le créateur de la Franc-
Maçonnerie. Nous raisonnons encore sur ce point comme M. Max Doumic et nous concluons toujours comme
lui.
En troisième lieu, puisque cette Franc-Maçonnerie a été universelle dès le début, il a fallu que le peuple
dont il s’agit disposât dès le commencement du xviiie siècle de moyens de communication et d’action universels
et que partout il fût un ennemi acharné du catholicisme sinon du christianisme tout entier ; condition qui se
trouverait remplie si ce peuple avait pour idéal une religion anticatholique, sinon antichrétienne.
Il fallait encore qu’il possédât des aptitudes et des habitudes par lesquelles il fût poussé à agir secrètement
plutôt qu’ouvertement, par la ruse plutôt que par la force, par la trahison plutôt que par les armes ; car ces
caractères, qui ne se rencontrent pas fréquemment, marquent sans conteste l’action maçonnique. Ils
appartiennent par conséquent au peuple fondateur que nous cherchons.
Nous avons eu aussi occasion de noter à différentes reprises, on se le rappelle, ce caractère, ce signe très
particulier du peuple en question : qu’il avait déjà l’expérience de la société secrète lorsqu’il fondait la Franc-
Maçonnerie.
Il fallait enfin qu’il eût reçu en partage une prodigieuse ténacité, ou qu’il fût parvenu à se la donner en raison
des difficultés de son existence ; et que, par suite, il fût particulièrement capable d’entreprendre des œuvres dont
la durée eût rebuté tous les autres. Car c’est encore là une des marques les plus étonnantes de l’action
maçonnique : qu’elle est prodigieusement patiente.
L’Angleterre possède jusqu’à un certain degré quelques-uns des caractères que nous venons de signaler,
mais quelques-uns seulement, et seulement jusqu’à un certain point.
Elle entretenait des relations commerciales et maritimes étendues qui lui assuraient des moyens d’action
dans bien des pays. Elle soutenait ces moyens par les intrigues diplomatiques qu’elle savait nouer partout et, en
outre, elle pouvait les fortifier de l’appui qu’elle avait chance de trouver près des colonies protestantes qui
avaient essaimé de France après la Révocation de l’Edit de Nantes et dont fait justement état M. Max Doumic
pour le soutien de sa thèse. '
Elle haïssait forcément le catholicisme. Elle avait pour cela deux raisons : elle était protestante et elle voulait
l’abaissement de la France. Elle devait donc vouloir l’affaiblissement et même la destruction de la tradition
religieuse qui était une des racines de vie de notre pays. M. Max Doumic attribue une influence prépondérante
à cette dernière considération. La Franc-Maçonnerie lui paraît n’être anticatholique que parce qu’elle est
anglaise. Il considère qu’à ce titre elle devait forcément s’en prendre à notre tradition religieuse quelle que fût
celle-ci; qu’on aurait vu la Maçonnerie antimahométane ou même antipatriotestante chez nous, si la France avait
été mahométane, ou protestante... On pourrait discuter longuement sur ce point, mais ce serait sans utilité eu
égard à ce sur quoi nous devons en ce moment concentrer toute notre attention. Que ce fût pour telle ou telle
raison, l’Angleterre était logiquement poussée, si elle était la véritable créatrice de la Franc-Maçonnerie, à jeter
la suggestion anticatholique dans les loges françaises. Nous le reconnaissons très volontiers.
Mais, nous l’avons dit, il fallait à l’initiateur de la création maçonnique d’autres aptitudes, d’autres dis-
positions d’esprit et avec cela certaines compétences qui étaient absolument indispensables pour que la dite
création pût être non seulement réalisée, mais même seulement conçue. Or ces aptitudes, ces dispositions
d’esprit et ces compétences, le peuple juif les possédait certainement. U ne pouvait pas ne pas les posséder au
commencement du dix-huitième siècle ; et cela, ainsi que nous le verrons tout à l’heure, parce qu’elles étaient
pour ainsi dire une conséquence naturelle des circonstances si spéciales de son existence antérieure; tandis qu’au
contraire on est réduit à se demander où l’Angleterre aurait pris les unes et les autres.
En étudiant la question à ce point de vue, on en arrive à comprendre que la préméditation et l’organisation
de la Franc-Maçonnerie par le peuple juif sont des faits absolument conformes aux lois naturelles, nous
pourrions presque dire des faits voulus par ces lois, tandis qu’au contraire, cette préméditation et cette
organisation par le peuple anglais n’auraient pu se faire que contradictoirement à ces mêmes lois.
Nous nous en rendrons compte en examinant rapidement les conditions qui sont nécessaires pour que
naissent les sociétés secrètes. C’est cette étude, à laquelle on n’a pas pensé jusqu’ici, qui peut seule éclairer les
parties encore obscures de la question maçonnique.
CHAPITRE XII
La naissance et la gestation d’une société secrète sont des phénomènes soumis, comme tous les autres, à
des lois. Ces lois n’ont jamais été étudiées jusqu’ici. Il faut voir là une des raisons, la principale peut-être, pour
lesquelles la question maçonnique, malgré son importance, repousse les esprits plutôt qu’elle ne les attire. Elle
rebuterait moins si l’on possédait les quelques connaissances préalables dont le défaut seul la rend
incompréhensible.
A défaut de la théorie complète qu’il conviendrait d’établir en cette matière, nous soumettons aux lecteurs
les observations et les réflexions que nous avons été amené à faire sur ce sujet malheureusement trop dédaigné,
bien que les destinées de notre pays y soient attachées.
C’est aussi en raison de l’ignorance générale en ce qui concerne les sociétés secrètes, qu’on entend depuis
quelques années un si grand nombre de nos compatriotes se livrer couramment à des réflexions de ce genre : «
Pourquoi donc ne fonde-t-on pas une société secrète pour lutter contre la Franc-Maçonnerie? On ne pourra
vaincre celle-ci qu’à cette condition. Alors qu’est-ce qu’on attend? »
Plusieurs se sont mis à l’œuvre. Ils ont inventé des signes de reconnaissance, des procédés de correspon-
dance et bien d’autres petits moyens, se figurant que l’organisation d’une société secrète reposait là-dessus, et
là-dessus seulement. Demandez-leur à quoi ils ont abouti. Je suis sûr à l’avance de leurs réponses.
Rien n’est plus difficile à constituer dans les milieux occidentaux qu’une société secrète.
Il suffit d’ailleurs de réfléchir un tant soit peu pour se rendre compte qu’en principe, et dans n’importe quel
pays, une société secrète politique ou religieuse n’est pas un fait spontané ou qui dépend uniquement d’une ou
de quelques volontés. Pour que naisse une telle société, il faut absolument que la nécessité s’en impose plus ou
moins impérieusement à certains hommes, et pour qu’elle s’établisse et qu’elle dure, il faut que ces hommes
soient doués de certaines aptitudes spéciales et qu’ils aient le temps à leur disposition. Ces deux dernières
conditions sont en rapport inverse l’une de l’autre. Plus il y aura d’aptitudes, moins il faudra de temps. Au
contraire, moins il y aura d’aptitudes, plus il faudra de temps.
Donc trois conditions indispensables : nécessité, aptitudes, temps ; mais nécessité avant tout.
Cette nécessité se produit lorsqu’un grand sentiment d’ordre religieux ou politique se trouve comprimé ou
violenté, ou lorsque la sécurité générale est en question.
On se représentera par les deux exemples suivants les conditions dans lesquelles les sociétés secrètes ont le
plus généralement occasion de naître et de se développer.
Un certain nombre d’êtres humains se trouvent jetés par un hasard quelconque dans une contrée dont la
population manifeste contre ces nouveaux venus des intentions hostiles, ne serait-ce qu’en raison de ce qu’elle
considère comme son droit de premier occupant. Ces personnes seront tout naturellement amenées à se concerter
pour prendre des mesures de défense. Tout naturellement aussi elles se garderont bien d’inviter leurs adversaires
à assister à leurs délibérations. Elles s’appliqueront au contraire autant qu’elles le pourront à leur en cacher le
résultat. Elles constitueront ainsi à l’égard de ceux-ci une société secrète. Société secrète à l’état embryonnaire,
sans doute ; mais société secrète tout de même, qui se développera et se modifiera plus ou moins selon que
l’exigera la nécessité qui lui a donné naissance : celle de la défense commune, de la lutte pour la vie ; selon
aussi le plus ou moins de tendances naturelles, le plus ou moins d’aptitudes des intéressés.
Au lieu de cet exemple, supposez celui d’un peuple vaincu et envahi qui ne veut pas se soumettre à son
vainqueur. Que reste-t-il à ce peuple pour lutter? Ce n’est pas la force, puisqu’il a trouvé plus fort que lui. Il est
réduit à conspirer, c’est-à-dire à créer des sociétés secrètes qui auront pour but la libération de la patrie. Ces
sociétés prendront différentes formes, elles adopteront divers modes d’action selon ce que commanderont les
circonstances et elles auront chance de durer tant que l’oppression ne sera pas détruite, pourvu toutefois que
ceux qui en auront pris l’initiative aient les aptitudes voulues ou l’expérience nécessaire.
La naissance, le développement et la mort de ces sociétés secrètes dépendront de la coexistence ou de la
disparition des causes que nous avons signalées : la nécessité, — créée dans le premier cas par le besoin de la
défense, dans le second par l’outrage fait au sentiment national, — et l’aptitude des fondateurs. Et il en sera
toujours ainsi. En effet, on ne fonde pas une société secrète pour rien ; et, d’autre part, ne la fonde pas qui veut
: voilà les grands principes desquels il faut partir dans l’étude qui nous occupe.
Ainsi en est-il tout au moins dans les pays où il n’existe pas encore de sociétés secrètes.
Les conditions ne sont pas du tout les mêmes là où il s’en est déjà implanté ; et cela, par une raison bien
simple qu’une comparaison vulgaire fera immédiatement comprendre. Il est extrêmement facile de faire naître
un lapin, un pigeon ou un chien, si l’on possède déjà des lapins, des pigeons ou des chiens; la difficulté ne
commence que si l’on ne possède pas les couples reproducteurs. Il en va de même pour les sociétés secrètes.
Rien de plus facile pour celles qui existent que d’en procréer d’autres, à condition qu’elles recrutent ces filiales
dans les milieux où elles se recrutent elles-mêmes. C’est ainsi que les sociétés secrètes pullulent littéralement
dans certains pays d’Extrême- Orient. Il a suffi pour cela que quelques-unes y aient pu prendre racine. Le milieu
et les aptitudes s’y trouvant, le temps a fait le reste. Dans ces contrées la société secrète est devenue un fait pour
ainsi dire naturel.
Au commencement du xviiie siècle, la société secrète était au contraire chez nous un fait exceptionnel,
presque contre nature, en raison des circonstances. C’est pour cela que l’étude des conditions dans lesquelles il
se produit domine celle de la Franc-Maçonnerie.
L’urgence de la condition de nécessité s’explique sans qu’il soit besoin de longs développements. Elle
résulte tout simplement de ce que l’action cachée, l’action qui se dérobe, est une action qui semble avoir peur.
Or une telle apparence est chose humiliante pour notre amour-propre non seulement vis-à-vis des autres, mais
vis-à-vis de nous-mêmes. Des raisons d’un ordre plus élevé peuvent encore s’ajouter à celle- là pour augmenter
la répulsion qu’inspire naturellement la société secrète chez nous ; mais, à elle seule, celle que nous venons de
dire suffit, parce qu’elle est tirée du fond même de notre nature. Pour que nous passions par-dessus, ce n’est pas
trop qu’un grand sentiment nous commande. Et encore convient-il d’ajouter que ce grand sentiment ne doit pas
être simplement négatif. La société secrète à laquelle il donnerait naissance ne durerait pas, s’il n’était
susceptible d’enfanter un idéal positif qui allume dans les âmes des adeptes un commun enthousiasme à la
flamme duquel seront brûlées et anéanties les hostilités ou les divergences pouvant exister entre les adeptes sur
des points de moindre importance. Les fondateurs de la Franc-Maçonnerie ne s’y sont pas trompés. Et c’est
pourquoi, comprenant que la haine du catholicisme, sentiment tout négatif, ne pouvait suffire pour faire durer
la société secrète qu’ils fondaient, ils ont créé pour elle une nouvelle et fausse religion, celle de la soi-disant
Raison, du soi-disant Progrès, de la soi- disant Vérité.
Les aspirants fondateurs de sociétés secrètes antimaçonniques ne se doutent pas que l’un des obstacles qui
s’opposent à la réalisation de leurs désirs, c’est l’absence de l’idéal positif dont nous parlons. Ils rencontrent
bien des adhérents chez lesquels existe un idéal négatif : la haine contre la néfaste association maçonnique. Mais
ceux chez qui vit cette haine n’ont pas d’idéal positif commun et il semble presque impossible d’en rallumer un
en eux. C’est que l’invisible travail des suggestions maçonniques a produit ses résultats, depuis cent cinquante
ans qu’il est poursuivi ; et ces résultats ont eu leur répercussion jusque dans le cœur et l’intelligence de ceux
d’entre nous qu’on s’imagine et qui s’imaginent eux-mêmes y avoir été le plus complètement soustraits. C’est
en raison de ce travail que l’idéal positif qui constituait jadis la famille française et qui reposait sur la tradition
politique et la tradition religieuse se trouve morcelé en une foule de fragments. Tout le monde était catholique
autrefois. Tout le monde, même parmi les conservateurs, ne l’est plus. D’un autre côté, parmi ceux qui ont
conservé la foi traditionnelle, certains sont monarchistes, d’autres sont républicains... Et le reste à l’avenant.
C’est là, je le répète, qu’il faut trouver une des principales raisons qui s’opposent, au milieu de beaucoup
d’autres, à la création d’une société secrète contre la Franc-Maçonnerie. On n’a pas à proposer aux adhérents
un idéal positif qu’ils acceptent tous. Or, sans un idéal positif, pas d’âme pour la société secrète ; donc pas de
société secrète.
Mais, ne l’oublions pas, la nécessité parlerait-elle très haut et l’idéal positif commun existerait-il, ce ne
serait pas encore assez pour que puisse se développer une telle société, si les initiateurs de celle-ci ne possédaient
les aptitudes voulues. Non seulement les initiateurs, mais encore certains des adhérents. Or ces aptitudes ne se
rencontrent pas fréquemment dans les natures qui n’ont pas été déformées par des circonstances quelconques ;
et cela, par la raison que peu d’hommes naissent conspirateurs et que la société secrète, en raison de la nécessité
qui la crée, n’est jamais qu’une conspiration contre quelque chose ou contre quelqu’un.
Lorsqu’on s’est familiarisé avec les réflexions que comporte un pareil sujet, lorsqu’on a constaté que les
difficultés qui s’opposent à la création et à l’organisation d’une société secrète se trouvent considérablement
diminuées par le seul fait delà préexistence d’une autre société de même nature, on arrive à renouer par la pensée
la chaîne des sociétés secrètes qui ont existé aux différentes époques et on cherche à se représenter les causes
de la création des premières d’entre elles : les sociétés secrètes religieuses dont il est parlé dans les annales de
la primitive humanité. Ce n’est pas là une occupation si vaine qu’il semble en une époque où il est avéré que
nous sommes dévorés par un de ces étranges organismes. Puisque la création d’une société secrète par des
profanes est chose si difficile, et puisqu’au contraire c’est chose si simple pour des professionnels, il est naturel
qu’on cherche les auteurs des sociétés secrètes européennes actuelles parmi les héritiers directs ou indirects des
sociétés secrètes antiques. On y est d’autant plus porté que les rituels de celles-là évoquent tous, ainsi que nous
avons eu occasion de le dire, le souvenir de celles- ci.
Logiquement les lois de ces sortes de formation ont dû toujours être les mêmes. Si nous ne nous sommes
pas trompé quant aux conditions que nous avons reconnues comme étant celles dans lesquelles naissent les
sociétés secrètes, nous devons donc les retrouver à l’origine de celles dont nous parlons.
Il suffit en effet de se représenter les milieux et les circonstances dans ces époques primitives pour y
rencontrer les conditions que nous avons indiquées.
C’était la force qui régnait alors partout. C’est en vertu de ses lois que s’établissaient les rapports entre les
hommes, comme entre les animaux. Ce fut elle qui amena la formation des premières sociétés, soit parce que
de plus forts obligèrent de plus faibles à les servir, soit parce que ceux-ci trouvèrent bon de se rassembler pour
résister à des entreprises ennemies. Après avoir établi son empire sur les individus, la force l’étendit sur les
groupes ainsi formés.
Mais au milieu de ces groupes parurent des êtres supérieurs à leur milieu, soit parce que la nature les avait
produits tels, soit parce qu’ils étaient illuminés des inspirations d’en haut. Que pouvaient ces précurseurs contre
les forts? Rien ou presque rien. Ils n’avaient point de prise sur eux, parce que les êtres cloués de force physique
sont aussi généralement doués de brutalité. Aussi n’est-ce pas à eux que les inspirés devaient être tentés de
s’adresser. Ils s’en cachaient plutôt. Mais précisément parce que leur force était immatérielle, ils étaient patients.
Ils regardaient, ils observaient et ils constataient que parmi les races humaines domestiquées, quelques fronts se
levaient au-dessus du troupeau. Ils furent naturellement amenés à faire un choix parmi ceux de leurs semblables
qu’ils jugeaient les plus susceptibles de les comprendre. Ils les initièrent à la pensée d’un au-delà, de quelque
chose de supérieur et d’immatériel à quoi devait tendre chacun des hommes et l’humanité tout entière. Ainsi se
trouva jeté dans cette humanité le germe des sociétés constituées non plus par la force, mais par la sélection.
Il va de soi qu’un tel enseignement ne pouvait se donner publiquement. Il n’eût pas été compris ; et par
conséquent il eût été combattu. Les sociétés de choisis, d’initiés furent donc obligées de se cacher. Or qui se
cache est presque nécessairement amené à ruser... Et c’était le mauvais élément introduit dans l’association qui
avait pour point de départ une idée élevée. Car la ruse devient vite le mensonge, et le mensonge devient plus
vite encore la fourberie.
Que, d’autre part, des sociétés secrètes aient pu avoir pour initiateurs dès la plus haute antiquité des êtres
vicieux, au lieu d’êtres supérieurs, c’est encore chose naturelle et certaine, le vice étant obligé de se cacher 6.
Ces associations étaient corrompues dès le début tandis que celles dont nous venons de parler ne le devinrent
que plus tard et sous l’influence du principe du secret qui, appliqué d’une certaine manière dans les sociétés
humaines, est aussi pernicieux au point de vue moral que l’est pour la fleur l’obscurité.
On nous demandera sans doute sur quoi nous nous appuyons pour exposer de cette manière plutôt que d’une
autre la formation des premières sociétés secrètes.
6
M. Louis Dasté a écrit sur ce sujet un curieux et savant ouvrage : Les Sociétés secrètes, leurs crimes, dans lequel il a
creusé ce côté de la question.
Nous répondons qu’à défaut d’autre chose nous nous appuyons sur l’observation des lois naturelles. Ces
lois agissent constamment. Elles agissaient donc aux débuts de l’humanité comme elles agissent maintenant.
C’est en raison de l’action des lois naturelles que les forts ont toujours écrasé les faibles et qu’ils ont obligé ceux
de ces faibles qui leur tombaient sous la main à suivre leur fortune ; tandis qu’en raison de l’action de ces mêmes
lois, par cette réaction des choses qui rétablit les équilibres et qui semble comme une manifestation de la justice
immatérielle jusque dans l’ordre matériel, d’autres faibles se groupaient d’eux-mêmes pour que de l’union de
leurs faiblesses fût constituée une force. C’est toujours en raison de l’action des lois naturelles qu’au sein des
premières sociétés ainsi constituées et parmi ceux qu’opprimaient partout les forts, il dut se trouver des êtres
plus intelligents que les autres qui se reconnurent et se rassemblèrent pour opposer à la force brutale la force
intellectuelle et morale. C’est donc en raison de l’action de ces mêmes lois naturelles que furent constituées des
sociétés sélectionnées et secrètes au milieu des masses dominées par la force. De même, c’est en raison des lois
naturelles que le vice se cache, et qu’en conséquence, des sociétés secrètes corruptrices purent exister dès les
premiers âges de l’histoire. Les annales anciennes nous parlent d’ailleurs partout, ou presque partout, de sociétés
secrètes, les unes pures, les autres corrompues.
Elles nous parlent aussi des initiateurs, des précurseurs. Elles ont conservé les noms de certains d’entre eux.
Elles nous ont même donné l’idée, par la mort d’Orphée, des dangers que couraient ces êtres supérieurs
lorsqu’ils ne cachaient pas suffisamment leur supériorité. Ces ordres de faits étant ainsi relatés dans bien des
pays, il faut bien qu’ils aient existé. S’ils ont existé, ils ont leur cause et leur explication, et cette cause et cette
explication sont évidemment celles qui résultent de la libre action des lois générales selon lesquelles le Créateur
a voulu qu’évoluent les mondes. Nous disons que les choses ont dû se passer ainsi parce que pour qu’elles se
fussent passées autrement, il eût fallu qu’existassent d’autres lois naturelles que celles qui existent, ce qui est
en dehors de toute discussion.
L’INAPTITUDE
DU MONDE OCCIDENTAL A L’ORGANISATION SECRÈTE.
IMPORTANCE CONSIDERABLE DE CE FAIT
AU POINT DE VUE DE LA RECHERCHE DE L’ORIGINE
DE LA FRANC-MAÇONNERIE.
Ainsi s’explique, et de la façon la plus logique, qu’aient été conçues deux manières de gouverner les sociétés
humaines: l’une ayant pour principe la force, l’autre s’appuyant sur la sélection ; la première agissant au grand
jour, précisément parce que ceux qui la pratiquaient, se sentant forts, n’avaient point peur ; la seconde ayant
recours à une organisation plus ou moins secrète, plus ou moins compliquée ; ayant pour principe tantôt
l’intelligence ou la vertu, tantôt le vice; usant dans le premier cas d’habileté, d’adresse, de méthode, et, dans le
second, de ruse, de mensonge, de fourberie.
En regardant ce qui s’est passé dans les temps postérieurs à ceux dont nous venons de parler, on constate
que l’Occident a fini par voir prédominer le premier type de gouvernement, celui qui s’exerce au grand jour,
tandis que l’Orient a vu se développer le second. La Chine et les pays voisins sont peuplés de sociétés secrètes
qui se croisent et s’entrecroisent sous les manifestations de la vie apparente comme font les canaux et les
conduites de toute nature sous les rues de nos grandes villes modernes. Une sorte d’atavisme résulte de là, en
vertu duquel, à priori, les hommes et les peuples d’origine orientale doivent être considérés comme bien plus
aptes à la création et à l’organisation des sociétés secrètes que les hommes et les peuples d’Occident. La fortune
de la race franque et le développement du christianisme exercèrent certainement une influence décisive à cet
égard.
Il existait des sociétés secrètes religieuses chez les Celtes et les Gaulois. Elles avaient part au gouvernement.
Les guerriers francs dont l’influence fut prédominante en un moment décisif, avaient au contraire le culte
exclusif de la force. Le chef qu’ils se donnaient c’était le plus vigoureux, le plus brave, le plus audacieux. Ils
contribuèrent à assurer dans le monde occidental la prédominance du gouvernement par la force, celui qui
s’exerce au grand jour, et ce fut pour une part d’autant plus grande que le commencement de leur rayonnement
historique coïncide avec leur conversion au christianisme.
La domination exercée sur les âmes par la religion du Christ ne pouvait qu’augmenter les répugnances
naturelles de nos aïeux pour les sociétés secrètes.
L’esprit chrétien part de l’idée que Dieu voit tout et qu’il nous demande compte de tout. Dès lors, à quoi
bon se cacher? 11 développe au suprême degré le sentiment de la responsabilité individuelle vis-à-vis du
Souverain Juge, tandis qu’au contraire l’individualité s’efface et disparaît dans le mystère de la société secrète
et dans la solidarité qu’elle crée entre les individus. L’esprit chrétien envisage la vie terrestre comme la
préparation à une autre qu’on ne conquiert pas en fomentant des complots, mais qu’on mérite par des actes de
dévouement et de sacrifice, par l’assujettissement des côtés bas de autre nature aux côtés élevés, par Je
dévouement aux grandes causes et aux nobles idées qui constitue le fond de la philosophie sociale chrétienne.
Qu’est-ce que le mystère, qu’est-ce que la fourberie, qu’est-ce que l’organisation secrète ont à faire au service
d’un tel idéal? C’est contre lui que leur emploi se trouve indiqué ; ce n’est pas pour lui.
On s’explique dès lors l’inaptitude à la société secrète qui caractérise les races occidentales et surtout la race
française ; inaptitude qu’il est impossible de ne pas trouver honorable, mais qui augmente pour nous les
difficultés de la lutte, maintenant que nos aïeux ont commis la faute de laisser s’implanter et grandir la Franc-
Maçonnerie.
Il est tout au moins un enseignement que nous pouvons tirer de la constatation de notre incapacité dans la
lutte que nous avons actuellement à soutenir ; enseignement d’une grande importance en ce qu’il éclaire un des
côtés les plus obscurs et aussi les plus inexplorés de la question maçonnique.
Cette inaptitude si bien constatée aujourd’hui chez ceux d’entre nous en qui se trouvent le mieux conservés
l’esprit catholique et les autres caractères ataviques, nous donne en effet l’idée des difficultés qu’ont
certainement éprouvées ceux qui travaillèrent à introduire la société maçonnique chez les peuples chrétiens et
en particulier dans la nation française. Ces difficultés furent certainement immenses et telles que le fait de
l’acceptation d’une société de ce genre dans notre monde est incompréhensible pour qui a réfléchi suffisamment
à ces questions, à moins qu’on ne le suppose précédé d’un travail d’incubation invisible qui a pu se poursuivre
durant des siècles.
En effet, c’est surtout l’esprit et la discipline catholiques qui sont opposés à l’idée de société secrète. Or
jusqu’au xvie siècle, c’est cet esprit et cette discipline qui régnaient dans tout l’Occident. Et la foi était ardente,
et la soumission à la discipline était complète. Les individus, les nations et leurs gouvernements étaient dans la
plus complète communauté de sentiments à cet égard. Considérables et presque invincibles étaient donc les
forces qu’opposait un atavisme séculaire à l’introduction d’une société secrète en Angleterre et en Allemagne
aussi bien qu’en France. Nous pouvons nous rendre compte du travail prodigieusement obstiné qu’il a fallu pour
changer cet état de choses, lorsque nous sommes appelés à constater, comme nous venons de le faire, qu’après
deux cents ans d’action maçonnique chez nous, le vrai catholique demeure réfractaire.
C’est donc là qu’est le mystère intéressant et vraiment utile à pénétrer ; c’est là qu’est la question dont
dépend celle de l’origine de la Franc-Maçonnerie : qui a pu se livrer à ce travail préparatoire?
Des chrétiens? C’est impossible. Il eût fallu que ces chrétiens possédassent trois choses qu’ils ne possédaient
pas, précisément parce qu’ils étaient chrétiens : 1° un idéal antichrétien à la place de l’idéal hostile à la société
secrète; 2° des aptitudes; et 3° l’expérience dans le maniement do cet instrument si compliqué.
Qu’on réfléchisse bien à cela. Car nous touchons là un point capital, et négliger ces considérations comme
on l’a fait jusqu’ici, c’est manquer le départ dans l’étude de l’origine de la Franc-Maçonnerie ; c’est se
condamner à errer toujours.
Si un te] travail n’a pu être accompli par des chrétiens, il a fallu qu’il le fût par des non-chrétiens. Mais
alors, autre difficulté, résultant de l’antipathie que devaient éprouver des chrétiens dans les âges de foi pour des
non-chrétiens entrepreneurs d’une pareille œuvre.
Cependant le travail a été fait, puisque la Franc- Maçonnerie a été fondée, et il a été fait par des non-
chrétiens, puisque des chrétiens n’eussent pas été en possession des aptitudes nécessaires. Ces non-chrétiens
sont parvenus à triompher des difficultés. Pour cela, ils ont évidemment pris les moyens indispensables. Il est
donc certain qu’ils se sont livrés à un travail de déchristianisation préalable à celui de l’organisation de la société
secrète chrétienne. Ce travail de déchristianisation n’a pu être tourné contre les ensembles, puisque ces
ensembles étant croyants s’y fussent opposés. Il a nécessairement fallu qu’il visât des unités choisies parmi les
chrétiens qui — pour une raison ou pour une autre — étaient moins croyants que ne l’étaient les ensembles.
Changer un monde en s’attaquant à des unités dans chaque génération, que] travail d’Hercule ! Et cependant,
il est impossible que cela n'ait pas été fait.
Et ce n’est pas encore tout : comme une société se- crête qui eût été proposée par des non-chrétiens n’aurait
évidemment pas été acceptée, même après le travail de déchristianisation opéré sur un certain nombre d’unités,
il a fallu que ces unités fussent initiées au travail secret, à l’organisation secrète, afin de pouvoir être un jour
présentés comme les initiateurs apparents. A une heure ou à une autre, il a été nécessaire d’en venir là. Or
comment initier des hommes à l’organisation secrète sans qu’ils fassent partie d’un groupe secret? C’est
impossible.
Donc nous aboutissons à ceci : Avant la Franc-Maçonnerie, des sociétés secrètes ont forcément existé dans
le monde chrétien ; ces sociétés secrètes étaient organisées par des non-chrétiens qui possédaient les aptitudes
et l’expérience nécessaires, et elles avaient pour but la déchristianisation de certains chrétiens.
Encore une fois, c’est là le point capital. En raison de l’antipathie qu’éprouve l’esprit chrétien pour la société
secrète, la Franc-Maçonnerie n’a pu être fondée qu’à condition qu’il ait existé antérieurement, au milieu du
monde chrétien, des sociétés secrètes constituées comme nous venons de le dire. Sans ces sociétés, rien de
possible.
Si, au contraire, elles ont existé, on conçoit que certains chrétiens, choisis parmi ceux qui l’étaient le moins,
aient pu y être attirés ; qu’ils y aient été complètement déchristianisés par des procédés analogues à ceux que
nous savons être en usage aujourd’hui dans la Maçonnerie ; que parmi eux se soient trouvés des sujets
susceptibles d’acquérir les aptitudes nécessaires ; qu’une marche progressive ait été effectuée jusqu’au jour où,
après l’extension constante de la propagande, certaines circonstances se sont présentées qui ont enfin permis
l’innoculation de la société secrète à la chrétienté.
En l’absence de cette condition, il est impossible d’admettre qu’un beau jour la Franc-Maçonnerie ait pu
apparaître tout armée, tout équipée, au milieu des nations chrétiennes ; aussi impossible que de comprendre
comment un être humain pourrait avoir les membres d’un homme de trente ans le jour de sa naissance; ou, si
l’on veut une autre comparaison, comment un œuf viendrait à éclosion sans avoir été pondu et couvé.
Le jour où se manifestait dans le milieu chrétien une organisation secrète constituée hypocritement d’une
manière offensive comme l’était dès le début la Franc-Maçonnerie, il fallait que bien des siècles avant, l’œuf
qui la contenait eût été pondu et couvé. Il est même plus que probable que bien des œufs se trouvèrent stérilisés
avant que celui-là pût éclore. La pondeuse avait certainement dû se remettre inlassablement à la besogne. C’est
pourquoi elle ne pouvait faire partie du monde protestant sorti depuis un siècle à peine de l’enfance convulsive
par laquelle il avait dû passer, et qui, issu de l’Eglise disciplinée et si opposée à l’idée de société secrète, si
ignorante même de cette idée, n’avait évidemment pu en si peu de temps prendre d’abord le goût de la société
secrète, puis l’aptitude et l’expérience consommée que révèlent l’organisme et les méthodes que nous avons
étudiés. Le monde protestant devait fournir le nid, le milieu dans lequel l’œuf de la société secrète viendrait
enfin à éclosion.
C’était quelque chose ; ce n’était pourtant pas encore assez. Il fallait en effet que cet œuf maçonnique vînt
à éclosion partout, dans les pays catholiques, comme dans les pays protestants. Pour cela, nous le verrons, un
concours des plus actifs et des plus puissants était nécessaire.
Etudier comme il convient la question de l’origine de la Franc-Maçonnerie, c’est donc chercher quelle
pouvait bien être cette pondeuse séculaire de l’œuf maçonnique, et grâce à quel concours le dit œuf put venir à
éclosion partout.
A la question ainsi posée nous répondons : la pondeuse, c’est la race juive ; le concours indispensable, ce
fut le concours anglais.
Nous allons dire pourquoi et expliquer comment.
QUATRIÈME PARTIE
L’origine juive de la Franc-Maçonnerie.
CHAPITRE XIII
Comment les colonies juives qui se répandirent dans le monde après la dispersion furent amenées à se constituer en
sociétés secrètes et comment ces sociétés, de défensives qu’elles pouvaient être au début, devinrent offensives.
LE POINT DE DÉPART.
Depuis le drame du Calvaire, la race juive a persévéré dans sa haine du Christ. Elle a persisté à préférer le
voleur Barabbas à Jésus. Cela est manifeste puisqu’elle a gardé sa religion, qui est en opposition fondamentale
avec la religion chrétienne. Elle va même parfois jusqu’à nier, ou plutôt jusqu’à faire nier la réalité de la
personnalité de Jésus-Christ, ce qui lui permet de supprimer de l’histoire la trahison de Judas.
Que les Juifs nient, contestent, dénaturent ou non, il est pourtant une chose qu’ils sont bien obligés de
reconnaître, c’est l’universelle expansion du christianisme. Cette religion qui, d’après eux, reposerait sur une
fable, a enfanté une nouvelle civilisation, elle a créé un monde. Cela, ils ne peuvent le nier actuellement, puisque
c’est contre ce monde qu’ils luttent. La domination de la religion du Christ pendant des siècles est un fait. C’est
de ce fait que nous partons.
Il est de toute évidence que plus s’étendait l’empire du christianisme, et plus se trouvaient humiliés dans
leurs croyances et confondus dans leurs espérances ceux qui apparaissaient au monde comme les meurtriers du
fondateur de cette religion. La haine que les Juifs négateurs du Messie, manifestèrent dès le début à celui-ci en
le mettant à mort, n’a évidemment pu que s’accroître à mesure que grandissait la puissance chrétienne. Cela est
conforme à la logique des sentiments humains. D’autant plus que la race juive, au lieu de se fixer comme toutes
les autres sur un point du globe, était répandue par petits groupes plongés dans l’océan chrétien, comme si elle
eût voulu vivre étroitement attaché à ce qu’elle maudissait. Elle suivait ainsi le christianisme pas à pas dans
toutes les phases de son développement triomphal, et elle ne perdait par là-même aucune occasion d’humiliation
pour ses propres sentiments.
Notons, dès maintenant, que notre raisonnement ne se trouve en rien infirmé par la négation de ceux qui
disent : « Le Christ n’a pas existé. Son histoire est une invention. » Car même en supposant que la religion
chrétienne reposât tout entière sur une fable, il suffirait qu’une telle fable fût acceptée comme vérité pour que
la religion juive se trouvât humiliée.
Il n’est pas niable qu’une pareille situation, pour un peuple qui ne s’abandonne pas, qui n’abdique pas, —
et c’est le cas du peuple juif, même après dix-huit siècles de dispersion — contient les éléments dont la rencontre
est nécessaire pour que se développe une haine aussi implacable et aussi persistante que celle qui nous est
révélée par la création maçonnique.
Mais les raisons que nous venons d’évoquer ne sont pas les seules par lesquelles les Juifs furent portés à
haïr les chrétiens. A côté de celles-là il en exista d’autres, dès les premiers siècles de notre ère, de nature très
différente et qui devaient entraîner ceux d’entre eux qui eussent résisté aux premières. Elles résultèrent de la
situation qui se trouva faite à la race juive par sa dispersion.
Voici bientôt dix-neuf siècles que le peuple juif a cessé d’être chez lui. Alors que tous les autres possèdent
une patrie territoriale, un coin du monde où ils sont libres de vivre comme il leur plaît, voici bientôt dix-neuf
cents ans que, répandu par petits groupes parmi les autres peuples, il est condamné à cette contrainte pénible où
se sentirait chacun de nous dans une maison étrangère et peu hospitalière.
Peu hospitalière, disons-nous ; c’est qu’en effet les populations, chrétiennes ou non, qui étaient envahies
par les Juifs, ne pouvaient, dans la majorité des cas, voir d’un bon œil cette intrusion d’étrangers. Si les dispersés
s’étaient séparés les uns des autres, s’ils avaient pénétré isolément dans les milieux où ils décidaient de vivre,
s’ils s’étaient efforcés de s’y fondre et de faire oublier peu à peu leur caractère d’étrangers, le fait de la dispersion
n’aurait pas eu les mêmes conséquences. Mais non, les Juifs entendaient réaliser cette impossibilité d’emporter
leur patrie à la semelle de leurs souliers. Ils voulaient que la Jérusalem qu’avaient détruite les Romains demeurât
vivante en eux, et pour cela ils eurent soin de se grouper partout en petites agglomérations qui constituaient de
véritables corps étrangers au milieu des autres groupes humains. Une défiance réciproque ne pouvait que résulter
d’une situation si anormale. N’est-ce pas ce qui aurait lieu si des gens que nous ne connaîtrions pas venaient
pour s’installer dans notre maison? N’est-ce pas encore ce qui se passe tous les jours dans certains villages sur
le territoire desquels tente de s’établir à demeure une troupe de bohémiens?
A cette défiance instinctive se mêla forcément bientôt l’hostilité qu’engendre l’opposition des intérêts.
Qu’apportaient les colonies juives dans les pays où elles s’introduisaient? Rien que leurs besoins. Et ces
besoins, elles ne pouvaient les satisfaire qu’au détriment des natifs. Les nouveaux venus étaient-ils du moins
capables de rendre des services et lesquels? C’est une question. C’en était une autre qu’on consentît à recevoir
ces services. Sans qu’il soit nécessaire d’examiner les choses par le détail, on comprend qu’il a dû s’établir entre
les envahis et les envahisseurs, si pacifiques que pussent se déclarer ceux- ci, un régime de lutte analogue, par
un côté, à celui qui existe entre certain insecte parasite et l’animal sur le corps duquel il s’installe. Celui-ci se
défend comme il peut. Il se gratte là où il se sent gêné, mordu. Il éprouve le légitime et naturel besoin d’expulser
l’intrus. Le parasite, au contraire, ne veut pas être chassé. 11 se refuse à partir, parce que ce qui produit la gêne
de son amphitryon lui procure à lui, la vie. Plutôt que de s'en aller, il se cache, au risque de ce qui peut s’en
suivre, derrière les obstacles susceptibles de le dérober à la griffe ou à la dent par lesquelles il est poursuivi.
Telle a été, et cela en raison des lois de la nature, la situation que se sont faite les colonies juives au milieu des
autres peuples depuis la dispersion. Et par là, disons-le en passant, peut se comprendre ce qu’il y a de mal fondé
dans les réclamations juives formulées au nom de la justice, du droit, de l’égalité, de la fraternité. Mensonge
que tout cela dans les bouches juives, comme ce le serait dans la bouche de la puce qui réclamerait du chien le
droit de le mordre « au nom de la fraternité ». C’est au nom de la lutte pour la vie que la puce mord et suce ; et
c’est au nom de la lutte pour la vie que le chien se défend. Ainsi en est-il du peuple juif à l’égard des autres,
attendu qu’il est à leur égard le peuple parasite. Sans compter que cette idée de fraternité qu’il invoque est une
idée chrétienne. En conséquence, dès lors qu’il la trouve bonne, bien loin de haïr et de combattre l’idéal auquel
il l’emprunte, il devrait respecter celui-ci. En faisant le contraire, il détruit lui-même toute la force de son
invocation.
Dès le début de sa dispersion, la race juive s’est donc placée en dehors du droit commun au milieu des
peuples, dans des conditions tout au moins gênantes et irritantes pour ceux-ci, tant au point de vue moral qu’au
point de vue matériel.
C’est là un fait qu’on ne peut nier et que d’ailleurs on ne nie pas, mais qu’on est assez naturellement porté
à regarder d’un œil distrait, ou même à ne pas regarder du tout.
En réalité, nous ne devrions jamais le perdre de vue : car, si insignifiant qu’il puisse nous paraître, il devait
forcément engendrer des conséquences d’une portée incalculable.
On peut même dire que l’écarter de l’histoire comme on l’a fait, c’est fausser cette histoire dans ses sources,
car c’est fermer les yeux sur une des causes les plus constantes et les plus agissantes dans la chaîne des
événements politiques et sociaux. Cette situation si anormale de la race juive suffît en effet, à elle seule, à
expliquer l’état d’hostilité ouverte ou latente qui n’a presque jamais cessé d’exister partout entre cette race et
toutes les autres. Si l’on veut bien considérer qu’elle s’est perpétuée dans son irrégularité depuis tant de siècles,
et que pendant un si immense espace de temps elle a forcément développé et multiplié les conséquences fatales
qu’elle entraînait dès le début, on comprend qu’elle mettait la race juive en état de guerre éternelle contre toutes
les autres, et que, par suite, elle portait en elle une suite ininterrompue de luttes, de violences, de révolutions qui
ont bien eu lieu, mais dont nous n’avons jamais songé à chercher la cause lointaine là où elle est. Il existe ainsi
dans l’histoire quelques faits qui, en se perpétuant ou en se renouvelant, ont créé des situations et ont été par
cela même d’éternels générateurs de conséquences. Et nous passons sans les voir ! Ces conséquences pullulent;
et nous ne savons pas dire : elles viennent de là ; ce qui fait que nous ne savons pas non plus y remédier.
L’établissement des colonies juives à l’état de kystes au milieu des organismes politiques et sociaux est de
ceux-là. Ou bien ces organismes devaient rejeter le kyste ; ou bien le kyste devait dévorer les organismes.
Mais n’anticipons pas.
Si l’existence de colonies parasites au milieu des peuples suffit à expliquer l’inimitié dont la race juive a
toujours été poursuivie par toutes les autres, combien plus cette inimitié avait-elle de raison d’être dans les pays
chrétiens !
Là, l’hostilité provoquée par des raisons d’intérêt, surexcitée de part et d’autre par des motifs d’ordre
religieux, n’a pu faire autrement que de se transformer en haine réciproque.
Haine violente chez celles des populations chrétiennes qui, issues des invasions, portèrent si longtemps en
elles les fougues et les fureurs de l’originelle barbarie. Combattue pourtant par les chefs de la Chrétienté, par
ces Papes qui se sont bien souvent constitués les défenseurs des Juifs, dominés en cela par le principe de
fraternité chrétienne, et apitoyés sans doute aussi par cette pensée inspirée de leur foi : que si le peuple juif était
réduit à l’état errant, c’était en vertu de la condamnation tombée des lèvres de celui dont le divin exemple
commandait néanmoins toutes les commisérations.
Haine infiniment plus âpre dans les âmes juives où elle n’était tenue en échec par aucun principe d’ordre
aussi élevé ; où elle était au contraire entretenue par les difficultés quotidiennes de la lutte pour la vie entreprise
dans des conditions d’infériorité auxquelles il fallait suppléer par l’astuce ; où elle était exaltée par le douloureux
souvenir de la Jérusalem veuve de ses fils, par l’éternel et crucifiant spectacle de l’éternel triomphe du Crucifié.
Dans de telles conditions, n’est-ce pas de cette haine que devait être nourri presque exclusivement tout ce qu’il
pouvait rester de vivant, d’actif et d’offensif dans l’ancien nationalisme juif?
Telle était la situation matérielle et morale créée entre les populations chrétiennes et les Juifs par la
coexistence de ces trois faits : la dispersion, le triomphe du christianisme et la constitution des colonies juives.
Elle était une conséquence naturelle de cette coexistence. 'Celle-ci s’étant produite, celle-là devait se produire
aussi. C’était fatal. Ou bien c’est que les lois de la nature eussent cessé d’agir.
Si les Juifs s’étaient répandus un par un au milieu des autres peuples, au lieu de s’y grouper par colonies, il
eût suffi de deux ou trois générations pour qu’il n’existât plus de race juive. C’est à l’existence et au maintien
de ces colonies qui ne se laissèrent pas pénétrer par les éléments étrangers qu’est dû ce phénomène si étonnant,
unique dans l’univers, d’une race très nombreuse n’ayant de patrie territoriale nulle part et conservée intacte
après dix-huit siècles de dispersion.
Mais n’existe-t-il qu’une race et une religion juives? N’y a-t-il pas aussi une nation juive?
Race, religion, nation, voilà trois termes qui expriment des choses très différentes, et sur lesquels les Juifs
s’efforcent de jeter le plus de confusion possible, lorsqu’il s’agit de les leur appliquer.
Lorsqu’on leur demande s’il existe une race, une religion ou une nation juive, ils répondent par l’affirmative
ou par la négative selon les cas ; ou bien ils esquivent la réponse. Cette dernière manière de se tirer de difficulté
est encore de beaucoup celle qu’ils préfèrent.
La vérité est qu’il n’y a pas seulement une religion et une race juives, mais qu’en outre les hommes ap-
partenant à cette race et à cette religion constituent une nation. Seulement les chefs de cette nation veulent
absolument le cacher, en raison de l’immense intérêt qu’ils y ont. Ne savent-ils pas que les autres nations ne se
défendront pas contre la leur, si elles l’ignorent? et parce qu’ils savent qu’on ne se défend pas contre ce qu’on
ignore.
Pour cela, ils obscurcissent la question autant qu’ils le peuvent en essayant de fausser les définitions.
Les mots ont cependant ici une clarté suffisante.
Nous voyons en effet des hommes de même religion qui ne sont ni de même race, ni de même nationalité.
C’est ainsi qu’il y a des catholiques de race anglo-saxonne et d’autres de race allemande. Il y en a aussi qui font
partie de la nation française et d’autres de la nation italienne.
Par contre, nous voyons des hommes de même race qui ne sont pas de même religion ou qui n’appartiennent
pas à la même nation. Exemple : les Allemands catholiques et les Allemands protestants ; les Allemands
Prussiens et les Allemands Autrichiens.
Et enfin nous voyons des hommes de même nationalité qui ne sont ni de même religion, ni de même race.
Exemple : des Autrichiens catholiques et des Autrichiens protestants ; des Autrichiens Allemands et des
Autrichiens Slaves.
La confusion n’est donc pas possible entre les trois termes.
La communauté de religion crée parmi les hommes l’union des consciences. La communauté de race a pour
conséquence l’aptitude à sentir et à réagir de semblable façon, comme la similitude de composition chimique
de certains corps les fait se comporter de la même manière en présence de certains autres. La communauté de
nationalité finit par donner aux groupes humains une certaine communauté d’intérêts en même temps qu’un
idéal particulier qui est comme un prolongement de l’esprit de famille et que nous appelons le patriotisme ou le
nationalisme.
Il n’y a qu’à regarder les faits pour constater que cette communauté d’intérêts et ce nationalisme existent
parmi tous les membres de la race juive. L’affaire Dreyfus au sujet de laquelle le monde entier a été remué, en
a fourni un exemple des plus concluants.
Les frais de cette affaire furent colossaux. Nous avons eu les aveux de certains journalistes qui reconnurent
avoir été achetés. D’autre part, nous pûmes voir à Paris les nuées de porteurs qui attendaient dans la rue les
milliers de numéros de certains journaux qui leur étaient remis gratuitement pour être distribués, avec même de
l’argent en plus. Ces journaux n’existèrent que pendant l’affaire ; par conséquent, ils furent créés spécialement
pour elle. Tous ceux qui sont tant soit peu du métier savent ce qu’il a pu eh coûter. Qu’on ajoute à cela les frais
des dépêches fabriquées et transmises par les grandes agences pour impressionner l’opinion par la voie des
journaux ; les subventions qu’il fallut verser pour que ceux-ci consentissent à emboucher la même trompette, à
l’étranger plus encore qu’en France ; les consciences qu’il fallut acheter dans le monde politique ; le»
nominations utiles qu’il fallut obtenir dans la magistrature; et l’on se rendra compte des ressources dont dut
disposer la caisse qui fit face à tant de dépenses. Des témoignages certains ont prouvé que cette caisse était
internationale et juive. Les Juifs nous ont montré là toute la puissance de leur nationalisme. Ils- n’ont d’ailleurs
cessé d’en donner des preuves au cours de l’histoire.
Nous trouvons donc chez eux cette communauté d’intérêts qui se remarque dans tous les groupes nationaux.
Nous la trouvons même plus grande dans le groupe juif qu’en aucun des autres. Et c’est tout naturel. Car tandis
que dans les autres nations les membres qu’unit la communauté d’intérêts sont souvent séparés au point de vue
du sentiment et de la conscience, en raison des diversités de race et de religion, au contraire l’union est complète
dans la nation juive aux trois points de vue : conscience, sentiment, intérêt. Un Juif est Juif par tout cela à la
fois, sur quelque point du globe qu’il habite. On ne le remarque pas assez ; c’est pour cela qu’il est utile de le
répéter après ceux qui l’ont déjà observé.
Mais, objecte-t-on, les autres peuples ont une patrie territoriale ; les Juifs n’en ont pas. C’est donc très
improprement que vous parlez de la nation juive
Nous pourrions répondre qu’on se trompe là-dessus. Les Juifs ont une patrie territoriale ; c’est la planète
terrestre. Celle-là est plus vaste qu’aucune autre, c’est vrai. Mais est-ce qu’il existe une mesure au-delà de
laquelle il n’y a plus de patrie possible. La Suisse est une patrie de peu d’étendue. La Russie en est une infiniment
plus grande. Ne peut-il pas yen avoir de plus grandes encore que la Russie? Est- ce que de nos jours un Anglais
ne se trouve pas chez lui aux Indes comme au Cap? Est-ce qu’au besoin il ne défendrait pas cette partie-ci ou
cette partie-là de son domaine avec le même acharnement qu’il défendrait la métropole elle-même. Le Juif s’est
accoutumé à cette idée dont la racine est d’ailleurs religieuse en lui : que sa patrie, après avoir été la Judée, est
devenue le monde. Aussi se dit-il Juif partout. Il jouit pourtant d’un certain nombre de nationalités qu’il est
parvenu à se faire attribuer depuis un siècle, à cause des avantages qu’il y trouvait. Mais il est visible qu’il
considère ces nationalités d’emprunt comme s’adjoignant — pour la fortifier — à sa grande nationalité, la seule
qui compte à ses yeux, celle qu’il a maintenue malgré tous les obstacles et à travers les siècles : la nationalité
juive.
Il y aurait d’ailleurs lieu d’examiner si la communauté d’idéalisme et d’intérêts que nous appelons
patriotisme ou nationalisme résulte bien de la cohabitation sur des parties de la terre voisines les unes des autres.
Il en est quelquefois ainsi ; mais quelquefois aussi il en est autrement.
Prenez deux êtres humains qui vivent à quelques kilomètres de distance, l’un en deçà d’une frontière, l’autre
au-delà. Ils sont voisins, et cependant vous ne les voyez rattachés l’un à l’autre ni par la communauté d’intérêts
généraux, ni par celle de l’idéalisme patriotique.
Au contraire, cette double communauté existera entre deux êtres qui pourront habiter fort loin l’un de l’autre,
pourvu que ce soit à l’intérieur de ce que nous appelons une même patrie.
Quelle est donc la particularité à laquelle il convient d’attribuer comme conséquence les différences que
nous venons de signaler?
La cause de ces différences est que les êtres dont nous parlons sont, d’un côté, reliés par un gouvernement
commun, tandis que, de l’autre, ce gouvernement commun n’existe pas.
Un gouvernement qui s’impose par la force à des peuples d’origines diverses ne parvient pas toujours à
faire d’eux une nation dans le vrai sens du mot. Mais on peut dire qu’il n’y a pas communauté d’idéal patriotique
là où il n’y a pas communauté de gouvernement.
N’est-ce pas bien compréhensible ! Rien ne dure que ce qui est organisé. Le sentiment religieux lui- même
ne demeure précis et ne persiste à travers les générations que s’il existe une organisation tendant à le faire durer.
C’est encore là une de ces lois générales auxquelles Dieu a soumis notre monde et auxquelles il n’est permis à
quiconque d’échapper. Le catholicisme vit et dure par l’organisation de l’Eglise ; et c’est précisément pourquoi
ses adversaires s’acharnent tant contre cette organisation.
Eli bien ! précisément, ne va-t-on pas manquer de nous objecter : s’il n’y a de nation que là où il y a
gouvernement, la race juive qui n’est pas gouvernée, ne saurait être considérée comme une nation.
Nous répondons : Etes-vous sûr que la race juive ne soit pas gouvernée?
Voici trente ans que la France est soumise à un gouvernement : celui de la Franc-Maçonnerie ; et vous ne
vous en doutiez pas. Il a fallu que nous vous l’apprenions. Et encore avez-vous commencé par refuser de vous
rendre à l’évidence. De cette évidence vous n’aviez pas le moindre soupçon, alors que pourtant la France est
votre patrie. Un gouvernement a pu exister chez vous, sur la terre que vous ont léguée vos ancêtres ; il a pu y
causer pendant plus d’un siècle les désordres, les révolutions, les cataclysmes que nous avons montrés dans
notre précédent ouvrage ; et vous ne le saviez pas ! Ce gouvernement vous avait échappé ; vous étiez son sujet,
et vous l’ignoriez ! Croyez-vous qu’après cela vous soyez qualifié pour dire : Je ne vois pas de gouvernement
juif ; donc il n’en existe pas !
' Il peut exister des gouvernements sans qu’on les voie ; telle est la vérité que nous avons démontrée en
exposant dans le Pouvoir occulte contre la France l’organisme secret de la Franc-Maçonnerie. Conclure qu’il
n’existe pas de gouvernement national juif parce qu’on ne voit pas ce gouvernement est donc une absurdité !
Le gouvernement national juif peut être occulte comme celui de la Franc-Maçonnerie. Ceux qui détiennent
le gouvernement maçonnique cachent ce gouvernement parce qu’ils y ont intérêt ; ceux qui détiennent le
gouvernement juif peuvent faire de même.
Au lieu de déclarer à priori qu’il n’existe pas de gouvernement national juif, il faut donc chercher si ce
gouvernement existe ou non : cela seul est logique.
Or, en examinant les choses d’une façon positive, c’est-à-dire en appuyant notre examen sur des faits, nous
devons conclure à l’existence du gouvernement national juif', par cela seul que la race juive a conservé son
culte, son idéal religieux et national ainsi que la communauté d’intérêts entre ses fils, malgré dix-huit siècles
passés de dispersion.
Si nous raisonnions là-dessus comme il convient, nous nous dirions : Il y a de communauté d’idéal pa-
triotique et de communauté d’intérêts parmi les hommes que là où il y a organisation, c’est-à-dire gouvernement
; la communauté d’idéal et la communauté d’intérêts existe parmi les Juifs ; donc une organisation nationale,
c’est-à-dire un gouvernement juif existe aussi.
Au lieu de cela, nous avons regardé l’effet, mais comme des enfants. Nous avons admis que cet effet pouvait
s’être produit tout seul. Nous n’avons pas su remonter à sa cause. Nous nous sommes laissé duper par une
apparence. Nous étions accoutumés à ne voir de gouvernement que là où il y avait une patrie territoriale. Les
Juifs nous ont paru ne plus en avoir depuis la dispersion, et nous avons conclu qu’il ne devait en conséquence
plus exister de peuple juif ; plus de famille nationale juive dont les membres étaient reliés par la communauté
d’âme, de sentiments et d’intérêts ; donc plus de gouvernement juif non plus. C’était logique semblait-il : pas
de patrie, pas de peuple ; pas de peuple, pas de gouvernement. Mais puisqu’après dix-huit siècles écoulés, on
constate qu’on s’est trompé sur le premier point et qu’en dépit de l’absence de patrie territoriale, telle qu’on
l’entend en général, il est resté un peuple juif, nous sommes forcés, pour être positifs, de retourner la seconde
partie du raisonnement et de dire : puisqu’il existe un peuple juif ayant une communauté d’idéal et une
communauté d’intérêts, il existe aussi un gouvernement juif par l’action duquel cette double communauté a été
maintenue.
L’argumentation que nous avons employée pour prouver l’existence d’une volonté directrice derrière la
Franc-Maçonnerie est bien plus applicable encore au peuple juif, car le nationalisme de celui-ci est bien plus
agissant que ne l’est la solidarité maçonnique. La Franc-Maçonnerie non plus n’a pas de patrie autre que le
monde ; elle se déclare elle-même universelle, et elle n’en a pas moins un gouvernement, d’une nature spéciale,
c’est vrai, puisqu’il est occulte ; mais c’est un gouvernement tout de même.
Bien que la race juive se prétende l’aristocratie du monde, elle n’échappe pas pour cela aux lois générales.
Puisqu’il n’existe nulle part de groupements humains qui puissent garder la communauté d’idéal et la
communauté d’intérêts si leurs éléments ne sont maintenus par une organisation, par un gouvernement ; puisque
toujours et partout c’est ceci qui engendre cela ; et puisque la race juive, après dix-huit siècles de dispersion,
manifeste encore l’unité de conscience religieuse, l’unité de sentiments et l’unité d’intérêts à la fois ; puisqu’elle
a une âme juive et non pas une âme française, allemande ou belge, en dépit des nationalités acquises par elle ici
ou là, il est évident qu’une nation juive existe, avec une organisation, une constitution, un gouvernement na-
tional. Pour qu’il en fût autrement, encore une fois, il faudrait que les Juifs eussent été placés en dehors des lois
naturelles, au-dessus d’elles. Or c’est impossible. Ils constituent un peuple errant, c’est entendu, mais ceux qui
errent sont soumis aux lois de la nature comme les autres.
Donc la race juive est constituée à l’état de nation. Elle a un gouvernement. On ne voit pas celui-ci? Cela
nous prouve tout simplement qu’il est occulte, comme celui de la Franc-Maçonnerie.
Il n’y a d’ailleurs aucunement lieu de nous étonner de cela. C’est du contraire que nous devrions être surpris
si ce contraire existait ; et cela, par la raison très simple que voici : les conditions d’existence du peuple juif, ont
été, depuis la dispersion, absolument spéciales ; donc le gouvernement de ce peuple a dû être spécial, lui aussi.
Et quel pouvait être ce gouvernement? Logiquement et en raison des conditions d’existence, ce ne pouvait être
que le gouvernement secret. Tel est le raisonnement vraiment positif.
Peuple éternellement envahisseur, mais dans des conditions telles que nulle part il n’est chez lui, parce que
partout ses colonies sont noyées dans les masses au sein desquelles elles s’installent ; par conséquent, peuple
éternellement dans la situation des nations envahies qui refusent de se laisser absorber ; par conséquent encore
peuple éternellement conspirateur parce qu’il est faible ; délibérant secrètement ; intriguant secrètement ; forcé
d’organiser toute sa vie d’une façon secrète ; s’entraînant à cela pendant des siècles ; se faisant du secret une
seconde nature ; et ainsi obligé par la force des choses ou à ne pas s’administrer ni se gouverner, ou à
s’administrer et se gouverner secrètement. C’est rigoureusement logique.
Nous avons montré comment les colonies juives avaient été amenées à se constituer en sociétés secrètes. A
lui seul, ce fait initial suffirait pour entraîner la constitution d’un gouvernement secret. N’avons-nous pas
constaté que la conséquence du fonctionnement d’une société secrète, c’était une certaine déformation des
caractères? Les poissons qui vivent dans les profondeurs obscures, nous dit-on, sont aveugles, bien qu’ils
descendent de types qui ne l’étaient pas. Cette modification des individus a été la conséquence des conditions
de leur existence. Ainsi en est-il de ceux qui prennent l’habitude de vivre groupés en société secrète. Si nous
avons pu noter de si grandes déformations causées dans les caractères français par la seule action maçonnique
alors que cependant les francs-maçons ne sont soumis au régime du secret qu’en ce qui concerne leur vie
maçonnique, quelles n’ont pas dû être ces déformations pour les représentants d’un peuple qui était contraint
par les circonstances particulières de son existence, de cacher presque toutes les manifestations de sa vie?
Suppose-t-on d’ailleurs des ordres ou de simples instructions adressées d’une manière visible à des
organisations constituées comme les colonies juives en sociétés secrètes? Ces sociétés eussent été révélées par
le fait même.
Nous sommes là en présence de faits qui se superposent et qui s’enchaînent.
D’une part, l’organisation secrète des colonies juives est une conséquence fatale de la coexistence des trois
faits que nous avons signalés : la dispersion, le triomphe de la religion chrétienne et la volonté des Juifs de rester
juifs.
D’autre part, l’intégrité et l’unité de l’idéal juif ainsi que la communauté d’intérêts ne pouvaient être
maintenues par la seule action des colonies minuscules noyées dans les flots des océans chrétiens et isolées les
unes des autres. Pour qu’un te] résultat ait été obtenu, l’action d’un centre de direction nationale, intellectuelle,
religieuse et sociale, autrement dit, un gouvernement national a été nécessaire.
Et enfin, de ce que les colonies qui se trouvaient ainsi rattachées les unes aux autres étaient constituées en
sociétés secrètes, ce gouvernement national a forcément été lui-même secret. Ceci entraînait cela.
Nous ajouterons que si les colonies juives s’étaient constituées en sociétés secrètes, c’est qu’elles y avaient
été obligées par la crainte qu’on ne détruisît leur organisation. Le danger était bien plus grand pour leur
organisation nationale. Les populations chrétiennes n’en eussent pas supporté l’idée. Quant aux gouvernements
ils eussent tout naturellement été portés à considérer une telle organisation comme dangereuse pour eux.
Les Juifs peuvent objecter qu’ils n’ont pas connaissance d’un tel gouvernement. Mais leur ignorance à cet
égard, en supposant qu’elle soit réelle chez le plus grand nombre d’entre eux, ne prouve absolument rien.
Quarante millions de Français ont été gouvernés et le sont encore par trente mille d’entre eux réunis en société
secrète. Ils ont subi ce gouvernement et ils lui ont obéi sans le savoir. Bien mieux ! Parmi les trente mille, un
grand nombre ont ignoré longtemps que l’association dont ils faisaient partie constituât le gouvernement de la
France. Et pourtant, l’association en question est apparente. Elle n’est secrète que quant à son organisation, à
son origine et à son but. Et pourtant aussi ce but est contraire à l’idéal de notre race. Si, dans de telles circons-
tances, qui augmentaient singulièrement les difficultés, on a pu nous gouverner quand même sans que nous nous
en apercevions, si on nous a pu conduire à notre déchéance et à notre ruine comme on conduit des animaux
inconscients à l’abattoir, comment une société secrète juive ne pourrait-elle pas gouverner la masse de la nation
sans se laisser apercevoir, alors qu’elle ne contrarie pas les aspirations des gouvernés, qu’au contraire elle les
sert, qu’elle leur procure l’assouvisement de leurs besoins de vengeance et qu’elle les conduit à des destinées
triomphales?
La race juive s’imagine n’obéir qu’à ses instincts confondus avec sa religion, et c’est pour cela qu’elle ne
s’aperçoit pas de la direction qui lui est donnée. C’est ainsi que les francs-maçons, eux aussi, croient n’obéir
qu’à eux-mêmes, parce que l’impulsion qu’ils subissent est dans le sens des idées qu’on a mises en eux.
D’ailleurs de deux choses l’une : ou bien les Juifs qui nient l’existence de leur gouvernement secret ne font
pas partie de la société secrète qui lui sert de base, ou bien ils en font partie. Dans le premier cas ils parlent de
ce qu’ils ignorent, tout Juifs qu’ils sont. Dans le second, il leur est évidemment interdit de rien divulguer. En
pareille matière, ainsi que nous l’avons démontré dans notre précédent ouvrage, l’affirmation ou la négation des
intéressés sont sans valeur. Le raisonnement basé sur l’observation des faits doit seul compter.
Or le raisonnement nous a montré que l’établissement d’un gouvernement secret ne s’explique que par la
nécessité, mais qu’il correspond toujours exactement à cette nécessité, si les membres des collectivités à
organiser présentent les aptitudes voulues ou si, alors même qu’ils ne les présentent pas, ils ont le temps et la
volonté de les acquérir. Dès lors que la nécessité parle, ce qui en d’autres circonstances serait extraordinaire,
devient naturel.
Les groupements nationaux autres que le peuple juif s’étant tous fixés sur un point du globe où ils étaient
chez eux, ils n’ont pas eu besoin de se cacher. Ils se sont donc gouvernés au grand jour. Et encore convient-il
de remarquer qu’ils ont obéi à la règle générale qui veut qu’on ait recours au secret lorsqu’on en a besoin : par
exemple, en ce qui concerne le gouvernement de leur politique extérieure. Pourquoi? Parce que ce département
ayant pour objet les relations avec les étrangers, les nations ne s’y sentent pas complètement chez elles. D’autre
part, chaque fois qu’un peuple se vit envahir par un vainqueur, il fut obligé, s’il ne voulait ni se soumettre ni se
laisser absorber, d’avoir recours à l’organisation secrète des moyens de défense, lui qui, cependant, s’adminis-
trait au grand jour dans les circonstances ordinaires. Il cherchait à cacher au vainqueur ses pensées, ses
espérances, ses préparations. Il conspirait, quelle que fût sa loyauté naturelle. Cela s’est vu un peu partout, et
particulièrement dans la chevaleresque Pologne. Or qu’est-ce qu’une conspiration conduite dans de telles
conditions sinon, ainsi que nous l’avons dit, une société secrète qui dure autant de temps qu’il le faut pour que
l’envahisseur soit rejeté hors du sol national, c’est-à-dire pour que le peuple vaincu se retrouve dans la situation
normale d’un peuple : chez lui et maître dans ce chez lui?
Ce qui ne fut qu’accidentel et anormal pour les autres peuples ayant été la situation constante pour le peuple
juif depuis dix-huit siècles que ce peuple a cessé d’être chez lui, il s’en est tout naturellement suivi qu’il a
constamment été dans l’obligation d’avoir recours au gouvernement qui partout et dans tous les temps a
correspondu à cette situation. Et c’est ainsi que — si étrange que cela nous semble au premier abord, par manque
de réflexion, — alors que le gouvernement secret ne fut pour les autres peuples que nécessité accidentelle et
temporaire, il fut pour le peuple juif nécessité permanente.
Ou se gouverner secrètement, ou voir périr l’idéal de la race ; telle a été l’alternative à laquelle ce peuple
s’est trouvé acculé sans discontinuité depuis dix- huit siècles. Il n’a pas laissé périr l’idéal de la race. De cela
nous sommes absolument sûrs. Donc, il s’est gouverné secrètement.
Napoléon Ier s’était bien rendu compte que le peuple juif avait une organisation très particulière. Au cours
des réunions du Conseil d’Etat qui précédèrent celles du grand Sanhédrin à laquelle il se décida, il prononça ses
paroles : « Je fais remarquer de nouveau qu’on ne se plaint point des protestants, ni des catholiques, comme on
se plaint des Juifs. C’est que le mal que font les Juifs ne vient pas des individus, mais de la constitution même
du peuple. »
La constitution de la race juive à l’état de nation : voilà la vérité qu’on a tout fait pour nous cacher.
On y a réussi, car cette vérité est demeurée à peu près inaperçue jusqu’ici. Et pourtant elle contient des
conséquences historiques immenses.
11 n’est pas douteux, en effet, que le gouvernement d’un peuple si extraordinairement attaché à ses tra-
ditions et qui, par conséquent, est tout naturellement porté à lutter pour elles ; qui, habitant partout, possède
partout des moyens d’action ; qui, s’étant emparé dans tous les pays de ce grand élément de corruption : l’argent,
est obligé par sa situation de corrompre plutôt que de combattre ouvertement ; qui sait s’y prendre, quand ce ne
serait que parce qu’il a été contraint de s’accoutumer aux agissements sournois ; qui, en outre, se considère
comme ayant une mission : celle de servir de guide à l’humanité ; il n’est pas douteux, disons-nous, que le
gouvernement d’un tel peuple doit disposer d’une puissance colossale et que son action dans le cours des
événements du monde, bien qu’elle n’ait presque jamais été signalée avant que Drumont écrivit la France juive,
a dû être considérable, spécialement pendant les derniers siècles. Nous ne craignons pas de dire que la
constatation d’un tel fait entraîne la révision de l’histoire tout entière. Cette histoire a été faussée jusque dans
ses sources. On nous a fait prendre pour effet ce qui était cause ; pour cause ce qui était effet. On nous a fait
attribuer les responsabilités à qui elles n’appartenaient pas... Et le reste à l’avenant.
Nous savons que, dès maintenant, certains auteurs envisagent les choses de la même manière que nous. Ils
se rendent compte que dans leurs appréciations des événements contemporains, Toussenel, Gougenot des
Mousseaux et enfin Drumont ont eu la vision exacte des choses. Ils comprennent que c’est dans la voie ouverte
par ces précurseurs que doivent s’engager ceux qui veulent travailler non seulement pour le salut de la France,
mais aussi pour la liberté de l’humanité. Leurs ouvrages, impatiemment attendus, viendront jeter une plus grande
lumière sur cette si obscure, mais si importante question.
CHAPITRE XV
Les traces du gouvernement national juif depuis la dispersion jusqu’au XIe siècle.
LE GRAND SANHEDRIN.
Bien des lecteurs se demanderont comment la race juive peut être dirigée par un gouvernement sans qu’il
soit resté aucune trace de celui-ci depuis la dispersion.
Nous serions les premiers à nous étonner, s’il en était ainsi.
Que l’invisibilité du gouvernement du peuple juif soit complète maintenant, après que des siècles d’efforts
ont contribué à produire un pareil résultat, cela se comprend. L’étude que nous avons faite de l’organisation
maçonnique dans le Pouvoir occulte contre la France, nous a appris qu’un gouvernement secret est chose
possible à notre époque. Mais c’est grâce à une science acquise par expérience.
Or cette expérience, le peuple juif ne la possédait pas au moment de la dispersion. Il s’était trouvé
jusqu’alors dans les conditions ordinaires ; il avait eu un gouvernement visible comme tous les autres peuples.
C’est seulement à l’heure où de nouvelles nécessités s’imposèrent à lui, à l’heure où sa destinée devint
subitement si étrange, si unique, qu’il fut contraint, dès lors qu’il voulait garder son idéal national, d’imaginer
d’abord et de réaliser ensuite une forme de gouvernement adapté à son extraordinaire situation.
Nous sommes sûrs qu’il a su trouver l’organisation et la forme de gouvernement qui convenaient à cette
situation, puisque l’idéal juif est encore vivant après dix-huit siècles de dispersion.
Mais avant de la trouver, il fallut évidemment qu’il la cherchât. Du gouvernement visible au gouvernement
absolument invisible, il y eut forcément des degrés transitoires. C’est tout au moins pendant cette période de
recherche, de tâtonnements et d’adaptation que nous avons chance de rencontrer les traces du gouvernement de
la nation dispersée. Et en effet ces traces existent ; mais bien rares sont ceux qui se sont préoccupés de les
regarder. Il y a, semble- t-il, comme une consigne, donnée on ne sait par qui, au nom de laquelle on se fait un
devoir d’ignorer tout ce qui concerne les Juifs depuis dix-huit cents ans.
Nous devons tout d’abord nous représenter le gouvernement juif au moment de la chute de Jérusalem ; car
même cela est généralement inconnu.
Ce gouvernement était exercé par ce qu’on désigne sous le nom de Grand Sanhédrin.
L’abbé Joseph Lémann, Israélite converti, écrit dans son bel ouvrage : Napoléon Ier et les Israélites :
« Il n’y avait rien de plus grand dans l’ancienne république des Hébreux que le Sanhédrin. Il formait le
Conseil suprême de la nation. Il apparaît pour la première fois après le retour de la captivité à Babylone, vers
l’époque machabéenne ; sa date est entre l’an 170 et l’an 106 avant Jésus-Christ. Véritable assemblée
Souveraine, le Sanhédrin avait, dans les derniers temps de la nationalité juive, remplacé la monarchie : aussi
son autorité était-elle considérable, tout à la fois doctrinale, judiciaire, administrative.
« Il interprétait la loi. Il jugeait les causes majeures. Il exerçait sur l’administration des affaires une exacte
surveillance. Quant à sa composition, elle était de soixante et onze membres, les présidents compris. Les
soixante et onze représentaient les trois classes de la nation : les prêtres, les scribes ou docteurs et interprètes de
la loi ; les anciens, pris parmi les chefs de tribu et de famille. »
De son côté, M. l’abbé Chabauty écrit dans une curieuse étude intitulée : Les Juifs nos maîtres :
« Quelle que soit sa véritable origine et la date réelle de ses premiers commencements, le Sanhédrin ou
Grand Conseil, existait chez les Juifs avant leur dispersion et siégeait à Jérusalem.
« Cette assemblée, politique, religieuse et judiciaire à la fois, était chargée de toutes les affaires importantes
de la nation. Elle se recrutait d’elle-même et choisissait ses propres membres. »
Notons en passant que ce mode de recrutement est celui de chacune des Sociétés secrètes maçonniques
superposées.
« Son autorité était immense. Le grand prêtre, qui en faisait partie de droit, en était ordinairement le chef.
C’est devant elle que se portaient en dernier ressort toutes les causes graves jugées en première instance par les
tribunaux inférieurs. Le Sanhédrin pouvait infliger la peine de mort.
« Le Sanhédrin se composait de soixante et onze membres, savoir : d’un président, en hébreu nasi ou nâci,
chef, prince, et de soixante-dix assesseurs. » Ceux-ci étaient partagés en trois classes distinctes : « 1° Les Princes
des Prêtres : « Principes Sacerdotum ». Cette dénomination générale comprenait non seulement le grand prêtre
en fonction et ses prédécesseurs encore vivants, mais aussi les chefs des vingt-quatre familles sacerdotales.
« 2° Les Scribes : « Scribae populi », ou docteurs de la loi. Ils formaient une corporation nombreuse et
puissante, dont le ministère consistait surtout à interpréter la loi mosaïque. Sous le régime théocratique des Juifs,
la religion et la politique se trouvaient étroitement unies ; aussi les Scribes étaient tout à la fois des jurisconsultes
et des théologiens. Ils appartenaient presque tous à la secte pharisienne, et jouissaient d’un grand crédit auprès
du peuple. Ce n’était que les plus illustres d’entre eux, tels que les Nicodème, les Gamaliel, qui entraient au
Sanhédrin.
« 3° Les Anciens du peuple : « Seniores populi », c’est-à-dire les notables qui étaient pris parmi les chefs
des principales familles. Ils constituaient l’élément purement laïque du Grand Conseil de la nation.
« Les monnaies juives des deux premiers siècles avant Jésus-Christ et du premier siècle de notre ère
témoignent de la grande autorité du Sanhédrin et de son chef habituel, le Grand Prêtre.
« Depuis Jean Hyrcan, fils et successeur de Simon Machabée (135-106) avant Jésus-Christ), les monnaies
juives eurent sur la face cette légende, entourée d’une couronne d’oliviers : Jean le grand prêtre et le Conseil
des Juifs.
« Il en fut de même sous Judas Aristobule, son fils (106-105). Elles portent, avec la couronne d’olivier :
Judas, grand prêtre et le conseil des Juifs.
... « Les monnaies du dernier des princes Asmonéens, Antigone (40-37), portent sur la face, en grec : le Roi
Antigone, et sur le revers, en hébreu : Mathatias le grand prêtre et le grand Conseil des Juifs... (Antigone en
grec et Mathatias en hébreu, ne faisant qu’un seul personnage).
« Depuis l’ère chrétienne, on trouve plusieurs monnaies que l’on rapporte à l’époque de la première révolte
des Juifs contre les Romains (66-67), et qui ont ces légendes : Eléazar le grand prêtre ; Simon Nasi Israël,
Simon prince d’Israël. »
La dernière assemblée apparente du Sanhédrin avait eu lieu avant la ruine de Jérusalem, sous Titus. Depuis
lors un seul mot : la dispersion a recouvert l’histoire du peuple juif ; et ce fut comme d’un immense drap
mortuaire. On se figura que, chassé de sa terre, ce peuple cessait par là même d’exister comme peuple, c’est-à-
dire comme groupement humain relié par l’unité d’idéal et l’unité d’intérêts. Et c’est pourquoi on ne s’inquiéta
point de savoir ce que devenait le Conseil suprême de la nation. N’était- il pas naturel qu’il disparût comme
cette nation elle-même? Nous savons trop maintenant que sous ce qu'on prenait pour son linceul, le peuple juif
n’était nullement mort, et que même il ne dormait pas, comme avait fait Lazare dans son suaire. Le Sanhédrin
a pu disparaître lorsque la nation juive a été dispersée ; mais puisque cette nation n’est pas morte, ce Sanhédrin,
d’une ou d’autre manière, a vécu ; ou, à sa place, quelque chose en quoi il s’est transformé.
Dans le livre dont nous venons de parler : Les Juifs nos maîtres ! paru en 1882, M. l’abbé Ghabauty a essayé
de retrouver quelques-unes des traces laissées par le gouvernement du peuple juif depuis la dispersion.
Il écrit :
« A la ruine de Jérusalem par Titus (70), commença la première et la grande dispersion des Juifs dans le
monde. La seconde eut lieu sous Adrien, après la défaite de Barchochébas (135). A partir de cette époque, les
Juifs furent définitivement chassés de Jérusalem et de la Palestine, et la nation tout entière dispersée.
« Ceux qui, sous Titus, échappèrent à l’épée, aux flammes et à la captivité, se réfugièrent en diverses
contrées de l’Europe et de l’Asie.
« Les uns se dirigèrent dans les pays situés au sud et à l’ouest de la Judée, dans différentes parties de l’empire
romain, notamment en Egypte, en Italie et jusqu’en Espagne. Ces Juifs furent appelés Juifs d’Occident. Leur
chef immédiat résidait en Palestine, le plus souvent dans l’une ou l’autre des deux villes de Japhné et de
Tibériade. Il portait le nom de Patriarche de la Judée.
« Les historiens racontent ainsi l’établissement de ces patriarches juifs. Malgré le triomphe des Romains et
la terrible vengeance qu’ils exercèrent, il y eut un certain nombre de lévites et de simples Juifs qui ne purent se
résoudre à imiter l’exemple de leurs frères et à quitter leur patrie. Cachés pendant les premiers temps qui
suivirent la guerre, ils reprirent confiance et reparurent dès qu’ils furent assurés de n’avoir plus rien à craindre.
Ils s’efforcèrent de rassembler en Judée le plus possible des débris de leur nation, et d’y maintenir l’exercice de
leur culte. L’autorité se concentra naturellement dans les mains de ces lévites, et plus spécialement de l’un
d’entre eux qui fut choisi pour chef, et à qui l’on conféra le nom de Patriarche. Son autorité augmenta à mesure
qu’augmentaient le nombre et les ressources des Juifs établis en Palestine. A ce groupe se rattachèrent bientôt,
spirituellement et politiquement, tous les Juifs émigrés en Egypte, en Italie, en Espagne et dans les autres parties
de l’empire romain. Les patriarches exercèrent sur eux une très grande autorité. Ils décidaient les cas de
conscience et les affaires importantes de la nation ; ils dirigeaient les synagogues, comme chefs supérieurs ; ils
établissaient des impôts ; ils avaient des officiers appelés « apôtres », qui portaient leurs ordres aux Juifs des
provinces les plus reculées, et qui recueillaient les tributs. Leurs richesses devinrent immenses. Ces patriarches
agissaient d’une manière ostensible ou cachée^ selon les dispositions des empereurs romains à l’égard des
Juifs. En 429, Théodose le jeune leur interdit d’établir et de percevoir des impôts. Depuis lors, il n’est plus
question d’eux dans l’histoire. »
Ces dernières phrases qui résument les indications fournies par les historiens sur les débuts d’une partie de
l’histoire juive depuis la dispersion, nous expliquent en même temps comment ce gouvernement des Patriarches,
tout d’abord plus ou moins visible « selon les dispositions des empereurs romains à l’égard des Juifs », fut
obligé de se transformer peu à peu en un gouvernement complètement occulte, sous peine de cesser d’exister.
Seule, nous le savons, la nécessité peut donner naissance aux organisations secrètes. Nous voyons comment les
choses ont dû se passer, en ce qui concerne le peuple juif, rien qu’en considérant les conséquences de
l’interdiction faite par Théodose aux Patriarches de Judée de percevoir des impôts. En effet, pas d’argent, pas
de gouvernement possible. C’en était donc fait du gouvernement des Patriarches s’ils obéissaient à l’interdiction
d’établir et de percevoir des impôts. Comme ils étaient incapables de résister ouvertement, ils ne pouvaient
continuer à gouverner qu’à condition de se cacher.
Ou devenir occulte, ou cesser d’exister : c’est toujours sous le coup d’une semblable nécessité que les
gouvernements deviennent secrets.
CHAPITRE XVI
Du XI siècle à nos jours L’EVENEMENT DE L’AN
e
1005
LA CONSTITUTION SECRÈTE DU GOUVERNEMENT JUIF EN FUT NÉCESSAIREMENT LA
CONSÉQUENCE.
« Au xie siècle, écrit M. l’abbé Chabauty, d’après les rabbins, les califes d’Orient, effrayés de la puissance
et de l’audace des Princes de la Captivité, se déclarèrent les ennemis des Juifs. Ils fermèrent leurs nombreuses
et florissantes académies, dispersèrent leurs docteurs, et mirent à mort leur prince Ezéchias (1005). Cette
persécution força les Juifs orientaux à abandonner presque tous les contrées qu’ils avaient habitées en paix
pendant longtemps. Les uns se réfugièrent en Arabie, les autres, en plus grand nombre, se retirèrent vers
l’Occident, et jusqu’en France et en Espagne. A partir du onzième siècle, l’histoire ne parle plus des Princes
juifs de la Captivité.
« Le fameux rabbin voyageur, Benjamin de Tudèle, prétend en avoir vu un, régnant encore à Babylone, de
son temps, au xiie siècle. Mais son témoignage est unique ; aucun autre auteur contemporain n’en parle ; il n’est
même pas certainement démontré que ce Rabbin ait fait personnellement les voyages qu’il raconte. »
Ce silence de l’histoire équivaut-il à une disparition réelle des Princes de l’Exil, et depuis le xie siècle, les
Juifs n’eurent-ils plus de pouvoir central ni de chefs souverains?
On l’a cru parce que pendant trop longtemps on n’a tenu compte que de l’histoire extérieure. Mais on a
compris, comme l’écrit l’auteur que nous venons de citer :
« Que depuis plus d’un siècle, les bouleversements religieux, politiques et sociaux, dans les deux mondes,
ont dépendu, le plus souvent, de causes occultes, qui seules les rendent vraiment explicables et compréhensibles.
Ceci ne peut plus être nié : au- dessous de l’histoire apparente, il y a eu, et il y a encore une histoire souterraine.
« Dès lors, puisque la vie et l’action des sociétés secrètes et de la Maçonnerie juive en particulier, ont été
possibles et se sont continuées au-dessous de la société extérieure et officielle, pendant plus de cent ans, nous
pouvons légitimement induire que, dans les siècles antérieurs, la nation juive déjà constituée presque tout entière
en société secrète par les zélateurs, avant sa dispersion, a fort bien pu continuer à être gouvernée de la même
manière après cette dispersion. »
Non seulement, nous partageons absolument la très judicieuse manière de voir de M.' l’abbé Cha- bauty sur
ce point ; nous ajoutons qu’il en fut nécessairement comme il dit. Et cela, par la raison que nous avons
développée. Les Juifs n’ont pu conserver leur idéal national qu’à condition d’avoir été gouvernés, d’une ou
d’autre façon. Cette façon a cessé d’être visible à partir du xi e siècle ; donc elle a été invisible depuis cette
époque. Si simple que soit ce raisonnement, c’est lui qui contient la clef de la question maçonnique.
Se figure-t-on d’ailleurs une nation dispersée, dont les membres ont su, malgré leur dispersion, demeurer
pendant plusieurs siècles liés religieusement, intellectuellement, politiquement et socialement autour d’un
gouvernement, et qui renonceraient d’eux-mêmes brusquement à ce lien? C’est impossible. Après neuf siècles
de dispersion dans de pareilles conditions, il est évident que l’idée de patrie avait forcément pris dans l’esprit
juif une signification spéciale. Cette idée est généralement liée pour nous tous à celle de la terre où nous
habitons, parce qu’en raison de notre faiblesse intellectuelle, c’est le visible qui l’emporte en nous sur l’invisible.
Meus ne réfléchissons pas assez que la patrie n’existerait pas si n’existaient l’organisation et le gouvernement
par l’action desquels cette patrie a été créée et développée peu à peu, par l’action desquels elle peut être détruite
aussi, nous en avons la preuve par ce qui se passe actuellement en France. Mais les Juifs étaient bien obligés de
concevoir les choses autrement. Leur patrie terrestre n’existant plus qu’à l’état de souvenir, toute la tendresse
qu’ils pouvaient avoir pour ce souvenir les portait à se maintenir étroitement unis autour des chefs qui
représentaient à leurs yeux l’ancienne patrie, l’ancien culte et les lois traditionnelles. Là était pour eux la patrie,
parce que là était son âme, parce qu’aussi là était ce qu’il en restait non seulement de vivant, mais de visible.
Il serait donc absolument contraire à la logique d’admettre que les faits qui se passèrent à Babylone au
commencement du xie siècle aient pu détruire le besoin qu’avait la nation errante d’être gouvernée, dès lors
qu’elle voulait subsister. A défaut d’autres causes plus profondes, ce besoin eût résulté, à partir du xi e siècle, de
l’habitude prise de s’en remettre aux décisions de ceux qu’on avait considérés jusqu’alors comme les chefs
légitimes.
Par contre, il est absolument conforme à la logique d’admettre qu’après les faits dont il vient d’être question,
des modifications furent apportées dans le mode de gouvernement ; et il y est plus conforme encore de se
représenter ces modifications comme ayant été telles que le voulaient les nécessités et les mœurs désormais
établies dans ces colonies juives du monde occidental dont les membres s’étaient accoutumés à délibérer, à agir,
à s’administrer, à se gouverner secrètement.
N’oublions pas, en effet, ces sociétés secrètes dont nous avons été obligés de détourner un instant notre
attention, nées des nécessités auxquelles les colonies juives avaient à faire face journellement. Il y avait alors
des siècles qu’elles s’étaient constituées, des siècles que, de défensives qu’elles avaient pu être au début, elles
étaient devenues offensives par la force des choses comme nous l’avons montré, et d’autant plus ardentes à la
lutte contre le Christianisme que celui-ci avait définitivement conquis le monde occidental. Le seul fait de la
persistance de ces sociétés nous indique que ceux qui les composaient avaient acquis les aptitudes et les
habitudes que l’on peut supposer; aptitudes et habitudes telles que la pensée d’un gouvernement visible devait
leur être devenue complètement étrangère. Nous avons fait remarquer que si le gouvernement de la nation juive
s’exerçait ostensiblement dans d’autres parties du monde, les colonies juives répandues au sein de la chrétienté
étaient dans la nécessité de dissimuler leurs rapports avec lui. C’était donc en se cachant qu’elles sollicitaient et
recevaient ses inspirations ; si bien que le centre d’inspiration qui reliait entre elles les dites colonies était déjà
en fait, un gouvernement occulte à l’heure où la catastrophe de l’an 1005 venait encore une fois bouleverser les
conditions d’existence de la nation juive.
Raison de plus pour que, lorsque cette révolution se produit, le gouvernement juif ne soit pas anéanti. Mais
que va-t-il devenir? Et d’abord, où va-t-il se transporter? Est-ce à l’orient de Babylone? Evidemment non. Une
trop grande quantité de colonies se trouvent fixées dans les pays d’occident. Ces colonies sont engagées dans la
lutte contre le chrétien qui, à la place du Romain violateur, est devenu l’ennemi de la race juive par les raisons
d’ordre économique que nous avons dites et l’ennemi du culte par les raisons religieuses qu’on sait. C’est donc
vers l’Occident que le gouvernement national doit se transporter. C’est là que sont désormais les intérêts
principaux du peuple errant ; c’est là que l’idéal juif veut qu’on combatte pour lui. Mais il est de la dernière
évidence que le gouvernement juif ne pourra s’établir en Occident que s’il s’adapte aux nécessités extérieures
auxquelles correspond l’administration secrète des colonies, ainsi qu’aux nécessités intérieures qui résultent des
aptitudes et des habitudes de ceux qui composent celles-ci. Il faudra qu’il devienne un gouvernement secret.
C’est à partir de ce moment que, logiquement, la nation juive a dû être amenée à s’organiser tout entière et
définitivement en société secrète, si elle ne l’était déjà plus ou moins en raison des conditions de son existence.
L’idée du gouvernement secret du peuple juif est donc toute autre chose qu’une simple rêverie. Elle repose
sur les considérations les plus rationnelles. Elle répond à la situation si particulière de ce peuple et aux nécessités
qui, par suite, se sont imposées à lui. C’est en conformité avec les lois naturelles qu’un tel gouvernement dut se
constituer peu à peu parmi les Juifs ; et ce n’est que par une contradiction à ces mêmes lois qu’un jour ou l’autre
il ne se fût pas établi. Encore une fois, cela ou la mort : voilà ce qu’à une certaine heure la nécessité imposa à
la nation juive. La mort n’étant pas survenue, c’est que cette nation a adopté la seule forme de gouvernement
qui lui fût possible, la seule que lui laissassent les circonstances, la seule à laquelle pouvaient penser les membres
des colonies devenues, par la force des choses, sociétés secrètes au sein du monde chrétien.
Mais cette heure une fois sonnée et la transformation définitive étant accomplie, on comprend que nous
n’ayons plus guère de chances de rencontrer les traces d’un pareil gouvernement ; pas plus que nous n’en avions
de trouver celles du gouvernement occulte maçonnique. Nous savons simplement qu’il n’a pas pu ne pas exister.
Nous sommes obligés ou de l’admettre, ou de préférer les conceptions illogiques aux conceptions logiques.
L’auteur que nous venons de suivre un instant, M. l’abbé Chabauty, a cependant introduit dans sa si curieuse
étude : Les Juifs, nos maîtres deux documents que nous nous reprocherions de passer sous silence alors qu’il
s’agit d’une question que les intéressés ont rendue à dessein si obscure.
Il s’agit de deux lettres datées du xve siècle qui, après avoir été publiées dès le xvie et le xviie, ont été remises
au jour par l’Armana prouvençau de 1880, et par la Revue des études juives, de la même année (fondée en 1880,
sous le patronage du baron James de Rothschild).
La publication du xviie siècle fut faite dans un livre français, par l’abbé Bouis, prêtre d’Arles. Son ouvrage
porte ce titre :
La Royalle couronne des roys d’Arles, dédiée à MM. les consuls et gouverneurs de la Ville, par J. Bonis,
en Avignon (1640).
Rappelons d’abord les faits qui motivèrent ces lettres.
On sait que les Juifs furent chassés d’un grand nombre de pays d’Europe dans la seconde moitié du xv e
siècle, notamment de France, d’Allemagne, d’Espagne et de Provence. Ce dernier pays, où ils étaient riches et
nombreux, fit retour à la France en 1487. Charles VIII publia bientôt un édit par lequel il enjoignait aux Juifs
provençaux de se faire chrétiens, ou de quitter le pays. Le Rabbin d’Arles écrivit à ce sujet à ses frères de
Constantinople, le 13 janvier 1489, pour leur demander quelle conduite il y avait lieu de tenir en cette extrémité.
Il reçut réponse le 21 novembre de la même année.
Voici la teneur de la lettre du Rabbin d’Arles et de celle qui lui fut adressée avec une partie des réflexions
dont Bouis les a encadrées. Nous reproduisons le tout d’après l’ouvrage de M. l’abbé Chabauty. Cet auteur a
modifié, pour la commodité du lecteur, la vieille orthographe de Bouis.
« Extrait de la Royalle couronne, etc...
« Les consuls d’Arles entendant les plaintes que « tous les habitants faisaient contre les perfides Juifs qui
habitaient dans la ville, à cause des usures qu’ils commettaient... Aussi dans Arles, le peuple s’était si fort ému
qu’on eut beaucoup de la peine d’éviter que tous les Juifs ne fussent jetés dans le Rhône, de quoy le roy Charles
averti, et désirant de capter toujours mieux le cœur des habitants d’Arles, chassa par son édit cette maudite race
de la ville et de son terroir, l’an 1493.
« Deux ans auparavant, les Juifs se voyant grandement haïs en France et que le roy Louis XI les avait chassés
de son royaume avant qu’il fût comte de Provence, et qu’ils étaient menacés du même exil, écrivirent une lettre
aux Juifs de Constantinople leur demandant conseil de ce qu’ils avaient à faire. La copie de cette lettre a été
fidèlement tirée sur une vieille copie des archives d’une des plus fameuses abbayes de Provence, lait quelle j’ai
trouvé à propos d’insérer dans ce disc cours, à cause de la curiosité. »
« Lettre des Juifs d’Arles envoyée aux Juifs de « Constantinople :
« Honorables Juifs, salut et grâce. Vous devez sait voir que le roi de France, qui est de nouveau maître du
pays de la Provence, nous a obligés par cri de nous faire chrétiens ou de quitter son territoire. Et ceux d’Arles,
d’Aix et de Marseille veulent prendre nos biens, menacent nos vies, ruinent nos synagogues et nous causent
beaucoup d’ennuis ; ce qui nous rend incertains de ce que nous devons faire pour la loi de Moïse. Voilà pourquoi
nous vous prions de vouloir sagement nous mander ce que nous devons faire. (Chamor, Rabbin des Juifs d’Arles,
le 13 de Sabath, 1489.)
tt Ceux de Constantinople firent tôt réponse ; mais ce ne fut pas en langue hébraïque ni provençale, mais en
espagnol, car ce langage était fort entendu en ce temps, vu que le roy René et ses devanciers étaient comtes de
Barcelone, voisins des Espagnols ; laquelle trouvée en suite de l’autre, j’ai insérée à son langage naturel :
« Réponse des Juifs de Constantinople à ceux d’Arles et de Provence :
« Bien aimés frères en Moïse, nous avons reçu votre lettre dans laquelle vous nous faites connaître les
anxiétés et les infortunes que vous endurez. Nous en avons été pénétrés d’une aussi grande peine que vous-
mêmes.
« L’avis des grands satrapes et rabbins est la suite vaut :
« A ce que vous dites que le roi de France vous « oblige à vous faire chrétiens, faites-le, puisque vous « ne
pouvez faire autrement, mais que la loi de Moïse « se conserve en votre cœur.
« A ce que vous dites qu’on commande de vous dépouiller de vos biens : faites vos enfants marchands, afin
que, peu à peu, ils dépouillent les chrétiens des leurs.
« A ce que vous dites qu’on attente à vos vies : « faites vos enfants médecins et apothicaires afin qu’ils
ôtent aux chrétiens leurs vies.
« A ce que vous dites qu’ils détruisent vos synagogues, faites vos enfants chanoines et clercs, afin qu’ils
détruisent leurs églises.
« A ce que vous dites qu’on vous fait bien d’autres vexations : faites en sorte que vos enfants soient avocats
et notaires, et que toujours ils se mêlent des affaires des Etats, afin que, en mettant les chrétiens sous votre joug,
vous dominiez le monde, et vous puissiez vous venger d’eux.
« Ne vous écartez pas de cet ordre que nous vous donnons, parce que vous verrez par expérience que,
d’abaissés que vous êtes, vous arriverez au faîte de la puissance.
« V. S. S. V. F. F., prince des Juifs de Constantinople, le 21 de Casleu, 1489. «
Dans l’ouvrage de Bouis, la première de ces lettres est écrite en provençal, la seconde en langue espagnole.
On a vu la raison que donne de l’emploi de cette dernière l’auteur de la Royalle Couronne. La Revue des études
juives a écrit à ce propos :
« L’explication que Bouis essaye de donner de l’emploi de l’espagnol est peu exacte. La lettre de
Constantinople est écrite en espagnol tout simplement parce que l’espagnol est la langue maternelle des Juifs
de Constantinople, comme la lettre des Juifs d’Arles était écrite en provençal parce que le provençal était la
langue maternelle des Juifs de Provence. L’espagnol du xve et du xvie siècle est encore aujourd’hui le langage
courant des Juifs sur le littoral oriental de la Méditerranée. »
L’abbé Chabauty donne encore une autre raison. C’est, dit-il, que la lettre de Constantinople, lettre circulaire
des grands chefs de la nation, était destinée aussi aux communautés juives d’Espagne.
Il faut en effet noter ici que ces deux lettres avaient été déjà imprimées, en 1583, à Paris, par un gentilhomme
Navarrais, nommé Julien de Medrano, dans un ouvrage espagnol intitulé : La Silva curiosa.
Cet auteur faisait précéder la première lettre d’une note dont voici la traduction :
« La lettre suivante a été trouvée par le gardien de la bibliothèque de Salamanque dans les archives de
Tolède, en cherchant les antiquités du royaume d’Espagne. » Ce qui donnerait à penser que les Juifs d’Espagne,
sous le coup d’une nécessité semblable à celle qui pesait sur les Juifs de Provence, s’étaient eux aussi adressés
aux Satrapes et Rabbins de Constantinople.
L’abbé Chabauty s’est livré à une discussion très serrée sur l’authenticité de ces lettres qui, comme bien on
le pense, a été contestée par les intéressés. Ils n’en peuvent nier l’existence, mais ils les attribuent à quelques
chrétiens faussaires de l’époque. Nous avons vu au cours de l’affaire Dreyfus, les faux commis par la défense,
le faux Panizzardi, par exemple. Le faux est l’arme naturelle de la société secrète puisqu’il n’est autre chose
qu’un mensonge, et que la société secrète a pour base et pour arme naturelle le mensonge. L’auteur des Juifs
nos maîtres, montre comment la thèse du faux en ce qui concerne les deux documents ci-dessus, est
insoutenable. Il ajoute :
« Dans notre siècle, cette vieille correspondance juive, malgré les multiples manuscrits espagnols, n’aurait
guère attiré l’attention, à l’exception peut-être de quelques rares érudits, si l’Europe, et l’on doit dire le monde
entier, n’était en ce moment en présence d’une question juive de la plus haute gravité. De là ces pièces ^tirent
une actualité singulière et prennent une importance inattendue.
Ce n’est plus pour en rire que les chrétiens du xix e siècle doivent s’attacher à lire et à examiner ces vieux
textes. L’esprit reste confondu en voyant par tout ce qui se passe aujourd’hui, que les prévisions si nettes du
prince juif du xve siècle se trouvent réalisées à la lettre, et précisément par le moyen des conseils et des ordres
qu’il a donnés, et que par conséquent les uns et les autres ont dû être suivis et exécutés par la nation avec une
indomptable et effrayante persévérance.
« Cette réussite évidente, incontestable, apporte à la certitude de l’authenticité de ces lettres tout le poids du
fait brutal. Car il est impossible d’admettre que le hasard ait si parfaitement servi les inventions légères ou
haineuses d’un faussaire d’il y a trois ou quatre cents ans. »
Pourquoi les Juifs de Provence et les Juifs d’Espagne écrivaient-ils à ceux de Constantinople pour leur
demander conseil en une si grave circonstance? Ils auraient pu s’adresser à d’autres Rabbins qui étaient plus à
leur portée.
D’autre part, pourquoi ceux de Constantinople leur répondent-ils : « L’avis des grands satrapes et Rabbins
est le suivant ? « Pourquoi terminent-ils par cette formule : « Ne vous écartez pas de cet ordre que nous vous
donnons. »
I n’y a que ceux qui ont autorité qui donnent des ordres. En l’espèce ceux qui paraissent avoir autorité,
puisqu’ils donnent des ordres, s’intitulent eux- mêmes grands satrapes. Cette expression ne conviendrait-elle
pas bien à des princes ayant habité la Babylonie pendant des siècles, comme tirent les Princes de la Captivité?
Dès lors, la pensée ne naît-elle pas tout naturellement que les Princes de la Captivité qui disparurent après le
meurtre d’Ezéchias en 1005 n’ayant pas cessé pour cela d’exister, par les raisons que nous avons exposées,
purent se transporter directement à Constantinople, ou s’y établir après avoir passé par ailleurs, en exerçant ici
et là leur pouvoir, mais aussi et surtout en se cachant.
C’est à cette conviction qu’aboutit M. l’abbé Chabauty après l’étude très approfondie qu’il a faite de la
question.
« Depuis leur dispersion, écrit-il, les Juifs ont perpétuellement formé, au milieu des autres peuples de la
terre, une nation véritable et distincte, ayant son chef suprême et ses magistrats secondaires.
« Ce pouvoir était organisé de manière à fonctionner ostensiblement ou secrètement, selon les circonstances.
Après la ruine de Jérusalem et jusqu’à nos jours, les Juifs ont le plus souvent vécu et ont été dirigés comme une
immense société secrète.
« Dès avant leur dispersion, ils étaient exercés à ce genre de gouvernement occulte. Car la secte des zélés
ou zélateurs, qui fut si nombreuse en Judée, et qui pénétra dans tous les rangs de la nation, n’était qu'une vaste
association politique, soigneusement dissimulée sous une apparence religieuse. Prétextant un zèle ardent pour
la loi de Moïse, elle avait pour but véritable d’unir tous les Juifs dans un effort général contre les Romains. Et
en effet, de l’an 60 à l’an 70, elle organisa et soutint contre eux la résistance et la révolte. »
QUELQUES TÉMOIGNAGES.
POSITION DE LA QUESTION AU POINT DE VUE RATIONNEL.
LES VRAIES PREUVES.
.
L’auteur de Les Juifs, nos Maîtres, cite certains témoignages qui confirment sa thèse de l’existence d’un
gouvernement secret juif.
L’un est de Kubler, écrivain allemand, « un des coryphées de l’école des publicistes philosophes » qui
écrivait en 1815 :
« Les Juifs forment une secte politico-religieuse, placée sous le rigoureux despotisme théocratique des
Rabbins. Non seulement ils sont étroitement unis et conjurés entre eux, au point de vue de certains dogmes
religieux, mais ils constituent une société héréditaire tout à fait close... Les Juifs forment sur toute la terre,
d’après leurs propres dires, une nation spéciale, ayant des institutions, des idées et des pratiques politiques et
religieuses qui pénètrent si profondément et de tant de manières dans la vie sociale que les sujets Israélites d’un
état chrétien constituent, sous bien des rapports essentiels, un Etat dans l’Etat. »
« En 1868, écrit encore M. l’abbé Chabauty, trente membres de la Chambre législative des Etats roumains
ayant à leur tête le président même de cette assemblée, ont présenté à leur gouvernement un projet de loi refusant
l’égalité civile et politique aux Juifs très nombreux établis en Roumanie. Ces Juifs sont tous de purs
talmudisants, de vrais juifs du moyen âge.
« Nous prenons dans l’exposé des motifs de ce projet de loi les assertions suivantes :
« Les populations roumaines se voient inondées d’une race à part, hostile, qui a formé, à côté de la nation
roumaine, une nationalité étrangère et opposée aux intérêts de celle-ci... Les Juifs, forcés par le besoin, se
soumettent extérieurement à l’autorité des Etats non juifs, mais jamais ils ne peuvent consentir à en devenir une
partie intégrante. Ils ne peuvent effacer de leur esprit l’idée de l’état judaïque, idée que nous voyons, en toute
occasion, ressortir forte et vivace de toutes leurs actions... Ils ne sont pas seulement une secte religieuse, ils sont
surtout l’expression de certaines particularités indélébiles de race et de certaines croyances invincibles de
nationalité. C’est pourquoi le Juif de l’Espagne, de l’Angleterre, de la France et de la Pologne, n’est ni Polonais,
ni Français, ni Anglais, ni Espagnol, il reste toujours Juif, comme ses ancêtres des temps bibliques... Chez les
Juifs la loi religieuse est aussi la loi civile, et vice- ver sa... Elle est en même temps une constitution politique
et sociale qui suit l’individu dans toutes ses actions et dans toutes les époques de sa vie... et qui se concentre
dans le mot judaïsme... Le judaïsme, quelque part qu’il se trouve, est forcé de former un Etat dans l’Etat. »
« A l’appui de ces deux témoignages, un autre publiciste, M. Hermann Kuhn, vient constater, soixante-cinq
ans après Kubler, dans l’année 1881, que la position politique et sociale des Juifs en Allemagne est entièrement
la même.
« La position des Juifs, nous dit-il, est fort avantageuse. A côté des droits civils communs à tous les citoyens,
ils ont conservé leurs anciennes franchises, leurs droits de corporation et d’autonomie... Chaque communauté
juive s’administre elle-même, lève ses impôts, nomme ses fonctionnaires et rabbins, dirige ses écoles sans
intervention de l’autorité civile. Les nombreuses et riches associations juives jouissent d’une immunité, d’une
inviolabilité absolue... Les Juifs forment véritablement un Etat dans l’Etat. »
M l’abbé Chabauty cite également certains faits qui prouvent l’action internationale d’une force occulte à
laquelle on voit les Juifs obéir dans certaines circonstances graves, par exemple lors du rapt des enfants du
Rabbin converti Drach et de l’assassinat du Père Thomas et de son domestique par les Juifs de Damas.
Nous pouvons désormais ajouter à la liste de ces faits le plus concluant de tous : l’affaire Dreyfus, où la
puissance d’une organisation juive qu’il est impossible d’apercevoir en tant qu’organisation, s’est pourtant
manifestée si grande en France que l’on a pu voir la plus haute magistrature de notre pays, la Cour de cassation,
rendre en faveur du Juif qui avait été deux fois condamné comme traître, un arrêt de réhabilitation dans lequel
a été introduit, un texte de loi sinon falsifié, tout au moins frauduleusement interprété.
Alors, en effet, que le texte de l’article 445 du Code d’instruction criminelle est celui-ci :
« Si L’ANNULATION DE L’ARRET A L’EGARD D’UN CONDAMNE VIVANT ne laisse rien subsister qui puisse être qualifié
crime ou délit, aucun renvoi ne sera prononcé » ; les magistrats ont basé leur arrêt de réhabilitation sur un texte
qui serait ainsi conçu :
« Si l’annulation de l’arrêt ne laisse rien subsister QUI PUISSE A LA CHARGE DU CONDAMNE être qualifié crime ou
délit, aucun renvoi ne sera prononcé. »
On discute sur la portée de cette altération. Nous n’avons pas à entrer dans la discussion. Mais nous avons
à constater au point de vue de notre thèse :
1° Que les plus hauts magistrats français ont introduit dans un arrêt un texte inexistant, ce qui ne s’est peut-
être jamais vu en aucun temps, ni en aucun pays.
2° Que cette falsification, fort peu importante au point de vue des mots supprimés d’une part et ajoutés de
l’autre, avait cette immense conséquence qu’elle permettait de soustraire Dreyfus à ses juges naturels et de ne
pas le renvoyer devant un troisième conseil de guerre dont on redoutait évidemment la sentence, puisque les
juges de la Cour de cassation, qui doivent s’y connaître, n’ont pas reculé devant un pareil procédé pour l’éviter.
De tels résultats ne s’obtiennent pas sans que quelque part une puissance organisée prévoie, règle, combine
et agisse. Or cette puissance a toujours opéré invisiblement au cours de l’affaire Dreyfus. Elle est donc bien
accoutumée à l’action secrète. C’est la tête de l’organisation secrète juive ; laquelle n’est elle- même, nous le
verrons bientôt, que le sommet de l’organisation secrète maçonnique.
Quel intérêt nous demandera-t-on, pouvaient avoir ces chefs secrets juifs à ce qu’une réhabilitation, même
maquillée, fût obtenue? Celui-ci : que l’histoire ne pût enregistrer la trahison d’un officier juif. Cela eût rendu
trop difficile la réalisation de la dernière partie du plan juif que nous exposerons plus loin. Avec l’arrêt de
réhabilitation, même tel qu’il est (qui donc aura dans vingt ans l’idée qu’une falsification ait pu être opérée par
une Cour de cassation?) ceux qui dans l’avenir se risqueront à parler d’un officier juif traître à la France, se
verront opposer purement et simplement l’autorité de la chose jugée ; de même que ceux qui aujourd’hui sont
tentés de raisonner sur les deux documents exhumés par M. l’abbé Chabauty se voient opposer l’opinion que
lesdits documents ont pu être l’œuvre d’un ennemi fanatique des pauvres Juifs du xve siècle.
Pour nous, nous ne retiendrons les dits documents que pour constater qu’il existe des traces du gouver-
nement secret de la nation juive.
Lorsqu’on déclare extraordinaire qu’un tel gouvernement existant, il ne s’en rencontre nulle part aucun
vestige, on se trompe deux fois : d’abord, parce que l’absence de ces vestiges serait tout ce qu’il y a de plus
naturel ; et ensuite parce qu’en fait les vestiges existent. Il y a même plus que des vestiges pour ce qui concerne
les époques de transition entre l’ancien gouvernement visible du peuple juif et son gouvernement occulte actuel.
Le gouvernement des Patriarches de la Judée et celui des Princes de la Captivité sont choses certaines. Après
cela, on ne rencontre plus que des traces, c’est vrai ; mais encore existent-elles.
On ne peut donc discuter que sur leur valeur.
Nous avons vu M. l’abbé Chabauty tirer très justement argument en ce qui concerne l’authenticité des deux
lettres juives du xve siècle, de la réalisation des prévisions qui s’y trouvent contenues. Si ces lettres n’avaient
été publiées dès le xvie siècle, on pourrait alléguer que la prophétie n’a été si bien vérifiée que parce qu’elle a
été faite après coup. Mais il n’en est pas ainsi. Les deux lettres ont été publiées au xvie puis au xviie siècle. Cela,
les Juifs ne peuvent le nier, et ils le reconnaissent. Le prétendu faussaire qu’ils supposent, aurait, d’après eux,
commis son faux au xve siècle. Dès lors, comme l’écrit M. l’abbé Chabauty, « l’esprit reste confondu en voyant,
par tout ce qui se passe aujourd’hui, que les prévisions si nettes du prince juif du xv e siècle, se trouvent réalisées
à la lettre, et précisément par le moyen des conseils et des ordres qu’il a donnés... Cette réussite, évidente,
incontestable, apporte à la certitude de l’authenticité de ces lettres tout le poids du fait brutal. Car il est
impossible d’admettre que le hasard ait si parfaitement servi les inventions légères ou haineuses d’un faussaire
d’il y a trois en quatre cents ans. »
La concordance est parfaite, en effet, et elle se trouve non seulement entre les prédictions faites et les
réalisations actuellement accomplies, mais aussi entre certains termes des lettres et les circonstances antérieures
de l’histoire inconnue des Juifs depuis la dispersion, par exemple entre le terme Satrape et le séjour des Princes
de l’Exil en Babylonie. Ces multiples concordances peuvent-elles être l’effet du hasard? Lequel est le plus
logique, en un pareil sujet, et alors qu’on a tant intérêt à tout nous cacher, lequel est le plus logique de leur
donner cette explication du hasard qu’on nous suggère, mais qui n’explique rien, ou de leur attribuer la valeur
qu’elles tirent de leur rapport avec les données générales du problème?
Ce ne sont d’ailleurs pas ces documents ni les faits que nous avons recueillis ci-dessus, tous plus ou moins
savamment obscurcis par les intéressés, que nous considérons comme les vraies preuves de l’existence d’un
gouvernement secret, c’est-à-dire d’un Pouvoir occulte juif.
Ces vraies preuves, nous les voyons dans les attestations talmudiques, et plus encore dans le fait du maintien
de la nationalité juive, alors que les circonstances étaient si contraires à ce maintien, alors qu’en même temps,
ces circonstances mettaient les colonies juives en état de conspiration permanente contre les peuples au milieu
desquels celles-ci s’étaient établies et par conséquent imposaient à ces colonies la nécessité et l’habitude du
gouvernement secret.
La question en somme se résume en peu de mots :
Pour que les descendants actuels de l’ancienne nation juive aient conservé l’idéal de cette nation il faut que
toutes les générations qui les ont précédés aient été reliées entre elles, à travers les temps et les espaces, par une
organisation et par un gouvernement national, ainsi que cela a eu lieu pour les autres groupements humains chez
lesquels se rencontre un idéal de ce genre. Et cela tout simplement parce que la race juive est régie par les lois
naturelles comme toutes les autres races. Ce gouvernement n'apparaît pas, il est vrai, depuis le xie siècle. Mais
les conditions par lesquelles a été dominée la destinée du peuple juif furent telles depuis la dispersion, qu'il
n'aurait pu subsister si on l'eût connu. Puisqu'il faut qu'il ait existé, il a été secret. Nous avons d'ailleurs la preuve
de la possibilité d'un tel gouvernement par l’étude que nous avons faite de l'organisation occulte de la Franc-
Maçonnerie.
CHAPITRE XVII
La période d’incubation.
LA VRAIE SITUATION DU MONDE CHRETIEN DEPUIS LE XIe SIÈCLE.
Si l’on veut avoir la vision d’ensemble du inonde occidental dans les siècles qui suivirent le xi e, voici ce
qu’il faut se représenter.
Dans le chaos consécutif au déluge des invasions, des intérêts collectifs et politiques ont peu à peu surgi.
Les uns n’ont fait que paraître. Les autres se sont maintenus ; mais ils se sont forcément trouvés en opposition.
De sorte que dans le monde qui s’est peu I peu reconstitué, il n’existe que deux forces organisées, deux actions
d’ensemble au milieu de la multitude des efforts divergents : l’une engendrée par l’esprit chrétien ; l’autre par
l’esprit juif.
La première, si elle est conforme aux principes posés par le Christ, doit s’exercer dans l’ordre moral. Mais
que d’obstacles ne rencontre-t-elle pas ! Dès ses premiers pas, en effet, l’Eglise a affaire à des barbares, c’est-
à-dire à des hommes qui appartiennent presque à l’animalité. C’est parmi eux qu’elle est obligée de se recruter.
On ne songe pas à ce que cette seule nécessité représente pour elle de formidables difficultés : pour éduquer les
barbares, c’est des barbares que l’Eglise est obligée de se servir! C’est d’eux qu’elle-même est composée,
puisque c’est eux qui composent les milieux européens ! Et on lui reproche la lenteur de ses progrès ! C’est ainsi
que nous jugeons les choses, sans nous rendre compte de leurs conditions !
Ces barbares qu’elle est obligée de s’assimiler, dont il faut qu’elle fasse-sa propre substance, l’Eglise doit
les conduire par le renoncement au progrès moral et social. Par le renoncement, disons-nous : il n’y avait pas
d’autre moyen, en effet. Qui est barbare, qui est bestial doit, pour progresser, « renoncer » à la barbarie, à la
bestialité. Telle est la tâche immense de l’Eglise. Devant une pareille besogne, qu’eussent fait, avec leur pipe à
lycopode, nos libres-penseurs francs-maçons? C’est le silence de « la nuit des temps » qui répond à cette
question.
A l’époque dont nous nous occupons, au xie siècle, l’Eglise est parvenue à introduire une discipline morale
dans l’âme des êtres farouches que restèrent si longtemps les descendants des envahisseurs du monde romain.
Sans doute il s’est trouvé, et en nombre considérable, des êtres passionnés et de nature égoïste parmi les
sectateurs de la doctrine du Christ. Quoi d’étonnant, surtout, si l’on veut bien ne pas oublier la remarque que
nous faisions tout à l’heure sur la nécessité où était l’Eglise de se recruter parmi les barbares qu’elle avait à
perfectionner ! Ceux dont nous parlons, faibles ou puissants, ont donné leur effort dans un tout autre sens que
celui du renoncement. L’idéal chrétien n’en est pourtant pas moins demeuré intact. Si les plus mauvais s’en
écartent, les meilleurs y reviennent toujours. Toujours ils s’efforcent d’y ramener ceux sur lesquels ils ont
autorité ou influence. Et il en est encore ainsi aujourd’hui, après tant de siècles pendant lesquels s’est exercée
l’action corruptrice du temps. C’est qu’ici, à l’encontre de ce qui se passe dans le monde maçonnique où le
Pouvoir occulte travaille invisiblement et constamment à ce que les pires soient avantagés, l’organisme est
tourné tout entier au développement du bien. Et ce n’est pas trop pour tenir en échec les passions humaines ! De
sorte qu’en somme et pour qui sait regarder les choses dans leurs ensembles, l’action chrétienne demeure, par
essence, une action qui tend à tirer l’humanité de bas en haut, à la conduire de l’animalité à la surhumanité, du
mal au bien — pour employer l’expression qui, dans la pensée des croyants, résume tout cela — de Satan à
Dieu.
Dans l’organisation instituée pour réaliser un pareil idéal, des corps étrangers se sont introduits, accrochés
et fixés partout : ce sont les colonies juives. Elles aussi ont leur idéal ; et de même que la chrétienté s’est donnée
une organisation pour conserver le sien, les colonies juives sont parvenues à constituer la leur et à s’y fondre en
un ensemble aussi immense que celui de l’Eglise. Sans cela, nous l’avons vu, elles ne seraient pas restées unies
d’âme, de conscience et d’intérêts.
Mais, tandis que l’idéal chrétien tend à ce que nous venons de dire, il est le point de mire et l’objet de
l’attaque incessante de l’idéal juif. Celui-ci, en effet, par suite des raisons que nous avons précisées, ne peut pas
ne pas tendre à la destruction de l’idéal chrétien qui a pour principe la croyance à la divinité du Christ, alors que
les Juifs déclarent le Christ un imposteur.
Il résulte de là que parmi les deux organisations d’ensemble qui se sont constituées au sein des ag-
glomérations occidentales dont les intérêts sont si divers, la seconde a pour objectif constant la destruction de
la première qui ne s’en doute pas ; et elle ne cesse d’utiliser, pour aboutir à cette destruction, toutes les
divergences d’intérêts, toutes les oppositions d’ambition, toutes les violences et toutes les hypocrisies des
passions qui peuvent empêcher les chrétiens d’être vraiment chrétiens.
L’organisation juive tend à cela. Elle a été conçue en vue de cela, parce que le triomphe de l’idéal juif est à
ce prix. Puisqu’il est vaincu, et dans les conditions que nous savons, s’il veut vivre, s’il ne veut pas être effacé
à tout jamais, il faut qu’il attaque, il faut qu’il détruise l’idéal victorieux qui est la négation du sien. Mais comme
son organisation est secrète, les chrétiens ignorent qu’étant ainsi constamment attaqués, ils devraient se garder.
Ils veulent créer un monde, et ils ne savent pas qu’une armée d’invisibles ouvriers est sans cesse occupée à
détruire ce qu’ils édifient si péniblement chaque jour en eux et autour d’eux.
Dès lors quelle singulière lutte entre deux adversaires dont l’effort s’exerce séculairement dans des
conditions si différentes ! L’un ayant — qu’on nous permette cette expression — une direction verticale, tandis»
que l’autre a une direction horizontale et ne tend à rien autre chose qu’à rompre ou tout au moins à faire dévier
l’action du premier ! Que doit-il résulter de là? Les lois de la science mécanique nous répondent : la direction
de la première force sera fatalement détournée, elle déviera ; autrement dit : elle ne pourra donner tout ce que
promettait son principe. Pour qu’il en fût autrement, il faudrait qu’une partie d’elle-même fût constamment
employée à faire directement obstacle à la seconde pour en neutraliser l’effet. Or cela, le monde chrétien ne
pouvait en avoir l’idée, puisque l’éternelle offensive juive était éternellement couverte par le secret. Quelle
guerre ! Ou plutôt quel spectacle angoissant que celui de ce christianisme qui s’avance à travers les siècles en
tirant si péniblement l’humanité en haut, et qui porte attaché à son flanc l’ennemi caché qui le lui laboure, dont
il sent partout les morsures, mais dont il ne peut apercevoir la tête nulle part.
Et on lui fait crime de s’être quelquefois défendu contre cet ennemi ; de s’être défendu mal, parce qu’il ne
se défendait qu’instinctivement, en raison de l’ignorance où il était de l’organisation de son adversaire ! Quel
esprit d’injustice nous montrons en cela !
En réalité, la vision qui vient d’être évoquée, c’est celle que nous devrions constamment avoir devant les
yeux si nous voulons nous rendre compte de la véritable portée des actes et de la vraie signification des drames
religieux auxquels l’histoire nous fait assister depuis quinze siècles ; c’est celle, dans tous les cas, que nous
n’avons plus à oublier si nous nous sentons le viril désir de replacer un jour les choses dans leur cours normal.
C’est elle aussi qui devrait inspirer enfin au monde chrétien la création d’une armée de défense, composée de
soldats au sens supérieur du mot, pénétrés de la nécessité — ne fussent-ils pas purement croyants — de faire
leur métier de soldats, c’est-à-dire de monter la garde autour de l’idéal dont ils se sentent issus, d’assurer sa
liberté, et pour cela de mettre le gouvernement secret du peuple juif dans l’impossibilité de tout fausser, de tout
déchirer et de tout détruire pour édifier sa domination.
Les sociétés secrètes juives du moyen âge n’avaient pas besoin des excitations venant d’un centre d’ins-
piration pour agir contre le christianisme. Il suffisait pour les y pousser de la haine nourrie par les raisons que
nous avons dites. L’action centrale directrice juive devait tendre simplement, et de plus en plus à mesure que
les siècles s’écoulaient, à coordonner et à discipliner les efforts de cette haine.
Que pouvaient ces sociétés secrètes contre la chrétienté ?
Pour répondre à cette question, nous avons à examiner d’une part quel était pour elles le mode d’action
utile, et d’autre part quels sont les moyens dont dispose en principe une société secrète.
Si la religion chrétienne provoquait la haine juive, c’était surtout par l’état d’esprit qu’elle créait et qui
reposait sur la croyance en la divinité du Christ, croyance que contredisait violemment l’idéal juif. En
conséquence, ce contre quoi les sociétés secrètes juives devaient tout d’abord tourner leur effort, c’était cet état
d’esprit qu’elles rencontraient partout, quels que fussent les gouvernements. Logiquement les manœuvres
politiques ne devaient venir que plus tard. Avant tout la destruction de l’état d’esprit chrétien. D’autant plus que
là était le véritable soutien des gouvernements. Et c’est pourquoi les tentatives d’hérésies se succédèrent
constamment dès les premiers siècles de la chrétienté.
Croit-on que ces tentatives émanaient seulement des chrétiens? que les Juifs en demeuraient simples
spectateurs? qu’ils n’aidaient pas les révoltés? qu’au besoin ils n’inspiraient pas et ne provoquaient pas les
révoltes?
S’ils avaient témoigné une pareille indifférence, ils eussent failli à l’idéal de leur race et, en ce cas, celui- ci
n’existerait plus. Puisqu’il n’est pas mort c’est que les Juifs n’ont pas manqué les occasions de le servir.
Comment agirent-ils? Evidemment selon ce qui leur était possible.
L’action ouverte leur demeurait interdite ; et c’est pour cela, nous l’avons vu, qu’ils avaient été amenés à
l’organisation de leurs colonies en sociétés secrètes. C’est à l’intrigue, à la ruse, à la corruption que ces sociétés
secrètes devaient avoir recours. Et encore ne pouvaient-elles agir par elles-mêmes. Elles étaient obligées de se
dissimuler « sous des influences individuelles soigneusement couvertes », en profitant de tous les germes de
division, en utilisant les circonstances incessamment offertes par les révoltes des passions que combattait et
qu’irritait l’idéal chrétien.
Leurs membres n’avaient toutefois à leur disposition que quelques-uns des moyens dont peuvent user
actuellement les francs-maçons en raison du travail déjà accompli.
Le principal de ces moyens, c’était la création de sociétés secrètes où ils attireraient quelques chrétiens :
ceux qui voudraient se laisser prendre. Ils étaient là dans leur élément, tandis que leurs adversaires n’y étaient
pas. D’où supériorité certaine pour eux sur ce terrain.
Lorsque les inspirateurs de la Franc-Maçonnerie veulent agir sur certains individus, ils leur inspirent le désir
d’entrer dans les loges ; ou bien, s’ils ont des raisons pour ne pas procéder ainsi, ils créent à leur intention, par
l’intermédiaire de quelques-uns de leurs adeptes, ces groupes spéciaux, « antichambres de la Franc-Maçonnerie
» que nous avons appelés des sous-maçonneries, dans lesquels ils ont la main, grâce aux dits adeptes, sans que
s’en doutent ceux qui sont embrigadés.
Les sociétés secrètes juives avaient ce procédé à leur disposition.
Elles pouvaient attirer dans leur sein ceux des chrétiens que leurs vices non réfrénés prédisposaient à la
révolte contre l’autorité chrétienne et à la haine de toute discipline. Mais cela devait leur répugner plus ou moins
et ce pouvait être dangereux. 11 était bien plus naturel que certains de leurs membres, choisis pour cela, autorisés
au besoin à simuler la conversion au christianisme, constituassent des filiales ayant un but apparent de nature à
séduire ceux qu’on avait en vue.
Certes, ces chrétiens mis par leurs vices hors la loi chrétienne se trouvaient dans les conditions voulues pour
être facilement transformés en adversaires fanatiques d’une religion dont ils haïssaient d’autant plus la discipline
qu’ils l’avaient trouvée trop lourde. Il était tout naturel qu’ils s’en prissent à elle plutôt qu’à eux-mêmes de leur
faiblesse morale. Rien de plus humain. Par un certain côté, ils étaient donc tout indiqués pour jouer sous les
sociétés secrètes juives le rôle que jouent sous la maçonnerie les profanes que celle-ci attire dans les sociétés
qu’elle fonde « sans laisser voir sa main ». Le malheur était que des êtres ainsi dévoyés ne pouvaient exercer de
véritable influence sur la masse chrétienne, dont ils étaient plus ou moins méprisés à cause de leur indignité.
Mauvais intermédiaires par conséquent, à ce point de vue, pour la propagande de déchristianisation. Mais les
sociétés secrètes juives n’avaient pas le choix. Il leur fallait ou ne rien faire ou user de ces médiocres ouvriers
et les former peu à peu à la propagande dissolvante, comme nous voyons faire aujourd’hui la Maçonnerie dans
les sous-maçonneries.
Voilà ce que pouvaient les membres des sociétés secrètes juives et ils ne pouvaient que cela, tous moyens
autres que ceux de corruption individuelle et sournoise leur étant interdits, en raison des sentiments qui
animaient les foules chrétiennes.
Or il a existé, nous le savons, à toutes les époques et dans tous les pays chrétiens, depuis les premiers siècles
de notre ère, des sociétés dont on ne sait pas grand chose, si ce n’est qu’elles étaient ouvertes à certains chrétiens
pervertis ; qu’on y excitait furieusement’ les passions de ceux-ci, qu’on les diabolisait ou qu’on leur persuadait
qu’ils étaient diabolisés, à tout jamais séparés de l’Eglise et maudits par elle ; qu’on les affolait ainsi ; qu’on les
déchristianisait totalement.
Ces sociétés semblent avoir eu pour but la sorcellerie, l’occultisme, la magie, le satanisme ; plus tard le
spiritisme... Or on sait la grande part que fait le Talmud à la sorcellerie. On sait également les innombrables
histoires de démons qui sont racontées dans ce livre sacré des Juifs. Au fond c’était la kabbale qui était à la base
des pratiques démoralisatrices dont étaient nourris les mauvais chrétiens qui fréquentaient ces associations.
Autant de raisons pour qu’elles ne pussent avoir que des Juifs pour fondateurs.
Les sociétés secrètes juives ne pouvaient pas ne pas combattre le christianisme puisqu’elles n’avaient été
créées que pour cela, et elles n’avaient pas d’autres moyens de le combattre. D’autre part, de telles créations
n’étaient rien pour elles, tandis qu’elles eussent été impossibles aux chrétiens : nous avons dit pourquoi ; on les
rencontre partout, comme partout on rencontrait des colonies juives, et partout elles présentent les mêmes
caractères kabbalistes et antichrétiens qui sont les signes caractéristiques juifs... C’est vraiment plus qu’il n’en
faut pour conclure que ces associations n’ont pas eu d’autres fondateurs que les Juifs.
Les sociétés secrètes juives n’eussent pas obéi à la loi de leur nature en ne créant pas ces filiales, de même
qu’elles n’y eussent pas obéi non plus en n’opérant pas dans leur propre sein des sélections par lesquelles durent
être constituées des superpositions de sociétés secrètes analogues à nos superpositions de sociétés secrètes
maçonniques pour aboutir à un sommet : le gouvernement occulte de la Dispersion d’Israël. C’est de cette
manière en effet que l’occulte engendre l’occulte ; et il ne saurait en être autrement. Les faits sont là pour le
prouver à notre époque et dans notre monde maçonnique.
Mais qu’on le remarque bien : ce gouvernement occulte de la nation juive, par le seul fait de l’existence des
filiales dans lesquelles certains chrétiens étaient introduits, commençait d’avoir action non seulement sur les
sujets juifs, mais aussi sur le monde chrétien. C’était le point de départ de sa future domination. Aussi le Pouvoir
occulte devait-il s’appliquer sans cesse à développer ce germe, à fortifier ces radicelles de la future organisation
maçonnique.
Nous avons vu qu’il est recommandé aux francs- maçons de pénétrer dans toutes les associations existantes,
même dans celles qui ont été créées par leurs adversaires. Nous devons nous persuader que la même méthode
fut employée à l’époque dont nous nous occupons. Les membres des sociétés secrètes juives cherchèrent
évidemment à exercer une action dissolvante dans les groupements chrétiens militaires, corporatifs et autres,
par l’intermédiaire de ces déserteurs chrétiens dont ils avaient fait des judaïsants inconscients. C’est évidemment
ainsi que, par exemple, l’élément juif parvint à corrompre l’ordre des chevaliers du Temple.
Mais là comme ailleurs, il trouvait comme obstacle la foi intangible de la masse chrétienne. Ses réussites
en ce genre, dont on rencontre plus d’une trace, ne furent jamais que partielles et temporaires. L’effort juif
demeurait donc relativement peu productif. En dépit de toutes ses tentatives, il n’altérait que la surface du bloc
chrétien.
Après ces sociétés kabbalistes dans lesquelles on ne pouvait jamais introduire que les pires des chrétiens,
ce qu’il fallait, c’étaient des sociétés secrètes dans lesquelles entreraient les chrétiens non corrompus qu’on y
corromprait, qu’on y transformerait en chrétiens tièdes d’abord, en antichrétiens fanatiques ensuite. Là était
vraiment le difficile ; mais c’était le but que les sociétés secrètes juives devaient logiquement envisager après
avoir passé par l’étape des sociétés où étaient admis seulement quelques chrétiens dévoyés.
Ceci devait d’ailleurs faciliter cela. En effet, pour réaliser une pareille création, il était indispensable que
les Juifs ne parussent pas. Ils eussent fait fuir les bons chrétiens qu’il s’agissait d’attirer. Et pourtant, il était non
moins indispensable qu’ils eussent le gouvernement, la direction intellectuelle de ces sociétés. Sans cela, à quoi
leur eussent-elles servi?
C’est précisément ce que devaient rendre possible les sociétés mi-juives mi-chrétiennes.
Grâce à elles les Juifs avaient en effet les intermédiaires dont ils avaient besoin : c’étaient les chrétiens qui
s’y trouvaient affiliés. Il n’y avait qu’à préparer à ce rôle ceux d’entre eux qui présentaient le plus d’aptitudes,
à les suggestionner lentement dans cette vue en leur persuadant que c’était pour eux-mêmes qu’ils
travailleraient. Ils étaient, il est vrai, nous l’avons remarqué, sans grand crédit auprès de leurs coreligionnaires.
Mais ne pouvait-on pas dresser certains d’entre eux à l’hypocrisie comme on le fait maintenant pour ceux des
francs-maçons qui sont doués à ce point de vue?
Au fond, la vraie difficulté ne se trouvait pas là. Elle était dans le choix du but apparent qu’on devait donner
à la société secrète ainsi rêvée, et plus encore dans l’impossibilité à laquelle on se heurtait de faire accepter
l’idée d’une société secrète, quelle qu’elle fût, par le monde chrétien.
Le choix du but, disons-nous ; et en effet quel idéal proposer à des hommes attachés à une doctrine qui est
toute de dévouement et de sacrifice? La difficulté se compliquait de ce fait que l’idéal en question devait
remplacer plus tard, en l’anéantissant, l’idéal chrétien. 'Sans cela le but du Pouvoir occulte était manqué ! Allait-
il, pour cette dernière raison, proposer un idéal directement opposé à celui qu’il voulait détruire? Il n’y fallait
pas songer. Si des suggestions de haine et de frénésie passionnelle avaient pu être acceptées par les chrétiens
vicieux qu’on avait tout d’abord embrigadés dans les sociétés kabbalistes, il n’en devait plus être de même dès
lors qu’on se proposait la création d’une société qui devait se faire accepter par le monde chrétien tout entier.
La foi était trop vive, elle était défendue par une organisation trop puissante et par un pouvoir politique qui
correspondait trop bien là-dessus au vœu des multitudes.
Il fallait donc trouver autre chose.
Mais quoi?
Le Pouvoir occulte n’eut réponse -à cette question que le jour où le protestantisme fut parvenu à s’établir.
Ce jour-là, il y eut certainement une joie délirante en Israël. La situation de la nation juive se trouvait en
effet modifiée du tout au tout vis-à-vis du monde chrétien.
Par la Réforme, la discipline qui constituait le véritable obstacle aux plans juifs, se trouvait en fait sup-
primée. Le libre examen la remplaçait Chacun pouvait examiner la loi, l’interpréter et décider de la discipline
qu’il devait s’imposer à lui-même. Donc autant de disciplines que d’individus. Partant, plus de discipline du
tout, là tout au moins où un pouvoir politique n’en organiserait pas une, en créant une réforme nationale, de sa
propre autorité et de par le droit de sa force. Une fois ouverte cette immense brèche dans la doctrine et dans
l’organisation du monde chrétien, rien ne pouvait empêcher le Pouvoir occulte d’y jeter avec succès sa semence
de société secrète.
Nous n’avons pas à rechercher ici la part exacte qu’a pu prendre le Pouvoir occulte juif dans le grand
mouvement de dislocation du xvie siècle. Nous avons assez fait remarquer que la race juive a toujours dû
considérer comme son devoir de fomenter des divisions dans le monde chrétien, d’y provoquer et d’y élargir les
déchirures, parce qu’en le faisant, à toutes les époques, elle servait son idéal national et donnait satisfaction à sa
haine. A cause de cela, elle est certainement intervenue comme nous l’avons dit, dans toutes les hérésies. Son
action dans le mouvement réformiste ne saurait donc faire doute. On l’a d’ailleurs constaté.
Quelle qu’ait été l’étendue de cette action, il est certain que grâce au succès de la Réforme dans la moitié
de l’Europe, la situation, considérée au point de vue des facilités qu’elle allait donner au Pouvoir occulte juif,
se trouvait désormais absolument transformée.
Jusqu’alors, ou bien les éruptions hérétiques avaient été vaincues ou résorbées, ou bien, lorsque de grandes
séparations avaient eu lieu, comme celle de l’Eglise orthodoxe, les séparés et ceux dont ils s’éloignaient ne
s’étaient pas trouvés géographiquement placés en contact immédiat les uns avec les autres. Après le succès de
la Réforme, catholiques et protestants allaient au contraire vivre côte à côte, mêlés, pour ainsi dire confondus.
Les intérêts politiques compliqueraient de leurs oppositions les conflits de sentiments et de croyances. Le génie
juif, si étonnamment habile à profiter des divisions de ses adversaires, voyait s’ouvrir devant lui un champ
d’action nouveau, essentiellement favorable au succès de ses manœuvres.
Puisque deux consciences étaient désormais en présence et en perpétuelle et violente opposition dans le
monde chrétien, il était tout indiqué que le Pouvoir occulte juif s’alliât à l’une pour combattre l’autre. 11 était
également indiqué qu’il s’attaquât tout d’abord au bloc resté discipliné sous l’autorité des Papes. C’était donc
contre le catholicisme qu’il devait commencer par engager la lutte. En le faisant, il s’en prenait à ce qui lui
faisait plus directement obstacle ; il favorisait ce vers quoi il devait naturellement pencher : le protestantisme
qui représentait l’élément de dissociation ; il s’assurait la collaboration des partis jeunes, par conséquent les plus
disposés à l’offensive ardente. Ajoutons que, s’il commençait par-là, il lui était facile de réaliser la condition
que nous avons signalée comme indispensable à la constitution d’une société secrète, c’est-à-dire de proposer
un idéal susceptible de passionner, d’enthousiasmer ses alliés — ce qui lui était impossible du côté catholique.
Il n’avait qu’à choisir cet idéal en conformité avec l’idéal protestant lui-même, c’est-à-dire en opposition avec
l’idéal de discipline catholique. Toutefois comme la société secrète à fonder était destinée à pénétrer plus tard
dans le monde catholique lui-même, ce dernier caractère devait être dissimulé sous des expressions plus ou
moins vagues et même sous des formules contradictoires, afin qu’on pût, selon le besoin, ici allécher les
protestants, là tromper les catholiques. Si on y réussissait, c’était le grand moyen de destruction assuré, puisque
c’était la société secrète acceptée par ceux qu’elle était destinée à détruire ; c’était le poison injecté dans les
veines et jusqu’au cœur du christianisme maudit ; c’était le couronnement victorieux de tant d’efforts si
longtemps infructueux ; c’était le vieux rêve toujours irréalisable enfin réalisé.
C’était bien mieux encore.
En étudiant l’organisme maçonnique, nous avons acquis la certitude que cet organisme tend à la réalisation
de deux buts dont l’un n’est d’ailleurs qu’un moyen pour arriver à l’autre. Ce dernier, le but définitif, c’est le
remplacement du monde catholique par quelque chose que nous ne savons pas encore mais dont nous nous
rendrons compte dans les chapitres suivants. L’autre but, celui qu’il était indispensable de réaliser d’abord pour
arriver ensuite au but définitif, c’est la possibilité de fonctionnement pour une autorité qui ne doit pas être
aperçue et que nous avons nommée le Pouvoir occulte.
Rendre possible l’existence d’un Pouvoir invisible qui agirait par suggestion et par lequel le monde ca-
tholique se laisserait conduire à sa perte : voilà ce que devait réaliser la société secrète chrétienne rêvée. Or pour
arriver à ce résultat il était nécessaire que jamais, à aucun instant, avant comme après la création de la Franc-
Maçonnerie, le dit Pouvoir occulte ne se laissât soupçonner. Qu’on y réfléchisse et l’on se rendra compte que,
dès avant la naissance de la Franc-Maçonnerie, le Pouvoir occulte dont cette association était destinée à assurer
le fonctionnement, a été obligé d’agir par des intermédiaires, et non par lui-même. Le jour où il eût failli à cette
règle, il eût rendu pour toujours impossible l’invisibilité qu’il voulait s’assurer.
Pour toujours, disons-nous, car comment un Pouvoir qui a cessé un seul jour d’être occulte peut-il le
redevenir? Et d’autre part, en supposant, par exemple, que le Pouvoir occulte qu’il s’agissait de constituer fût
anglais, comment les suspicions des gouvernements européens n’eussent-elles pas été éveillées si le plan avait
été tant soit peu entrevu ou même seulement deviné? Si au lieu d’être anglais, le Pouvoir occulte était juif,
comment le monde chrétien tout entier n’eût-il pas flairé quelque piège tendu par les inlassables ennemis du
Christ, le jour où une influence juive, de quelque nature qu’elle fût, eût été constatée dans les premières loges
qui furent fondées, et comment, en ce cas, eût-il accepté l’établissement de celle- ci? Donc cela tombe sous le
sens : ceux qui entendaient constituer un Pouvoir occulte à leur profit étaient obligés non seulement de
dissimuler leur but, mais de s’envelopper d’obscurité ; et, comme conséquence inéluctable, l’action directe leur
était interdite. Dès le début ils se sont trouvés dans la nécessité de procéder selon la méthode indiquée dans ces
lignes de la Revue Maçonnique auxquelles nous avons souvent fait allusion : « Une sommation officielle venant
de la Maçonnerie est vouée à l’avance à l’avortement. Le procédé est mauvais, quoique prétentieux. Il faut, tout
différemment, user d’influences individuelles soigneusement couvertes. »
Cela se comprend sans qu’il soit nécessaire d’insister.
Il fallait donc au Pouvoir occulte des intermédiaires qui, croyant travailler uniquement pour eux tout en
travaillant pour lui, consentissent à se mettre en avant pour se faire les propagateurs de la future société secrète
dans le monde chrétien.
Rien de plus facile dès lors qu’il existait au sein du christianisme une âme protestante ennemie de l’âme
catholique, et des états protestants rivaux et adversaires des états catholiques. Il n’y avait qu’à proposer comme
idéal de la société secrète un programme tel que les chefs protestants, religieux ou politiques, fussent
naturellement portés à le considérer comme excellent pour battre en brèche les principes catholiques et
conséquemment à ébranler les nations restées fidèles à ces principes. En agissant ainsi, le Pouvoir occulte juif
prenait les protestants par leur esprit de prosélytisme et leurs gouvernants par l’intérêt politique. Il était donc
sûr de voir les uns et les autres se dépenser en faveur de la société à créer.
Avait-il quelque chose à redouter de cette intervention religieuse et politique dans la direction de la future
société? Nullement ; par la raison que cette direction ne serait qu’apparente. N’avait-il pas partout en effet ses
affiliés chrétiens, membres des sociétés secrètes juives dont il avait faussé la conscience et perverti l’intelligence
comme on sait faire dans les sociétés secrètes? Ceux-là étaient ses esclaves, comme les francs-maçons sont les
esclaves inconscients de ceux qui les poussent. Il leur suggérerait d’entrer dans les groupes de la nouvelle
association. Ils y porteraient ses inspirations et ils lui en assureraient la direction.
Les fondateurs apparents croiraient être sûrs de leurs adhérents. En réalité, les premiers de ceux-ci, destinés
à tout mener, seraient ceux que le Pouvoir occulte leur mettrait sous la main. Et ainsi la Franc- Maçonnerie
obéirait à ses inspirations, et non à celles de ses initiateurs apparents, comme les groupes sous-maçonniques,
obéissent aux inspirations de la Franc-Maçonnerie, même lorsque, par mesure de prudence, celle-ci suggère la
création et l’organisation de ces groupes à des non-maçons. Elle a toujours soin en ce cas, qu’auprès des
fondateurs apparents, il y ait quelques-unes de ses créatures, et cela suffit.
Même en admettant qu’un pouvoir politique protestant réussît à tourner à son profit exclusif la puissance
désagrégeante dont ferait preuve la société maçonnique dans les autres pays, le Pouvoir occulte juif n’avait pas
à s’inquiéter, tout au moins pendant longtemps. Au contraire il devrait se réjouir, attendu qu’il voulait avant tout
la ruine des Etats catholiques, et qu’en conséquence il devait désirer fortifier à leur détriment les Etats
protestants. C’était la seule tactique possible. Il avait même intérêt à choisir le plus puissant de ceux-ci pour
l’inciter à se mettre à la tête de l’entreprise maçonnique, en raison de la force des Etats catholiques dont il voulait
la ruine.
C’est pour cela que le Pouvoir occulte juif devait être amené à circonvenir de préférence les hommes
politiques anglais, quitte à manœuvrer plus tard contre eux, le jour où le besoin s’en ferait sentir.
CHAPITRE XVIII
Examen critique de la thèse de l’origine anglaise présentée par M. Max Doumic dans « le Secret de la
Franc-Maçonnerie ».
LES CONDITIONS DU PROBLÈME DE L’ORIGINE
DE LA FRANC-MAÇONNERIE
QUI SE TROUVENT REMPLIES PAR LA THÈSE DE L’ORIGINE JUIVE.
On voit ce à quoi nous arrivons en examinant l’élément historique juif d’une façon positive, c’est-à-dire en
admettant que cet élément ait été, comme tous les autres éléments de notre monde, producteur d’effets.
C’est bien la façon normale d’envisager les choses. Et pourtant, par une étonnante aberration, les écrivains
ont presque tous négligé cet agent mondial ; ils l’ont considéré comme n’existant pas. Bien mieux, lorsqu’un
homme frappé par l’évidence, l’a dénoncé avec une sûreté de jugement vraiment géniale, nous voulons parler
de Drumont, cet homme-là a été considéré par un grand nombre comme un illuminé, comme un fanatique. Le
préjugé dont nous a aveuglé le Juif à cet égard comme à tant d’autres est si profond que l’on voit de nos jours
des savants écrire des volumes sur les lois psychologiques de l’évolution des peuples, sur la psychologie des
foules, sur la psychologie du socialisme, où il n’est pas plus question de l’élément juif que si cet élément
n’existait pas ou s’il était un élément complètement neutre, incapable de produire en n’importe quel ordre de
choses que ce soit.
Et cependant voilà des siècles que cet élément joue dans notre monde occidental son rôle destructeur ! Quoi
d’étonnant à ce qu’il soit devenu le kyste dévorateur au sein de ce monde, qu’il l’anémie, qu’il l’épuise, qu’il le
tue ! Quoi d’étonnant aussi à ce que le public juge si faussement les événements historiques, alors qu’il se laisse
guider par des hommes affligés à ce point de ce qu’on peut appeler la cécité juive !
Il nous a suffi de réagir contre le stupéfiant préjugé dont nous parlons et de considérer larace juive comme
elle doit l’être, c’est-à-dire soumise aux lois générales et produisant, conformément à ces lois, des manifestations
en rapport avec sa situation, son caractère, ses passions et ses aptitudes, pour constater que le phénomène si
extraordinaire qui s’appelle la Franc- Maçonnerie s’explique de la façon la plus naturelle, si on lui reconnaît
pour cause cette race elle-même extraordinaire : la race juive.
L’extraordinaire engendrant l’extraordinaire, quoi de plus normal?
En rapprochant l’élément historique franc-maçon considéré comme effet de l’élément historique juif
considéré comme cause, nous nous trouvons en présence d’un enchaînement de manifestations qui se produisent
dans les conditions les plus rationnelles.
Nous avons constaté :
1° Qu’une société secrète avait toujours pour cause une nécessité ; — et nous voyons la nécessité de défense
qui oblige, dès leur début, les colonies juives à se constituer en sociétés secrètes.
2° Qu’une société secrète doit avoir un idéal positif ; — et les colonies juives avaient cet idéal.
3° Que la constitution d’une société secrète comme la Maçonnerie au sein d’un monde imprégné d’esprit
chrétien présentait des difficultés presque insurmontables ; qu’en conséquence elle a dû être précédée d’une
période d’incubation fort longue ; — et nous avons cette période d’incubation.
4° Que pendant la dite période il a fallu commencer par opérer une déchristianisation des esprits, non par
action directe sur les masses, mais sur des individualités isolées ; — et nous voyons comment cette
déchristianisaton a pu être effectuée dans les conditions voulues par les sociétés secrètes juives.
5° Qu’en même temps que la déchristianisation dont nous parlons s’opérait, l’habitude de l’action secrète
devait être donnée aux chrétiens déchristianisés ainsi que les aptitudes qui en résultent ; et que, pour cela il
fallait qu’existassent des associations secrètes sur les territoires chrétiens, alors que cependant de telles créations
ne pouvaient avoir des chrétiens pour auteurs ; — et nous voyons les dites associations fondées de la façon la
plus naturelle par l’essaimage des sociétés secrètes juives ; et nous nous expliquons par là même l’existence de
ces centres kabbalistes dont il est question dans les annales de tous les pays et dont la formation ne peut se
comprendre que de cette manière.
6° Qu’un initiateur passionné contre le Christianisme était nécessaire ; non seulement passionné contre le
Christianisme, mais tenace, rusé, fourbe, accoutumé à l’organisation secrète, ayant des moyens d’action
internationaux dès le début du xviiie siècle et même bien avant, selon ce qu’exigeait la période d’incubation
universelle ; — et nous trouvons dans la nation juive organisée secrètement l’initiateur en question, passionné
comme il le fallait, en possession de toutes les habitudes, de toutes les aptitudes et de tous les moyens d’action
nécessaires.
Si l’on envisage les choses de la manière que nous venons de résumer, toutes les conditions voulues pour
la naissance de l’organisme maçonnique sont présentes ; toutes, sauf deux : le milieu et l’agent qui doit servir
d’intermédiaire. La cause et les moyens sont là ; le milieu et l’intermédiaire seuls n’y sont pas. Mais le
protestantisme naît ; et voilà le milieu créé. Des nations protestantes surgissent ; et ce sont les intermédiaires
parmi lesquels le Pouvoir occulte juif aura le choix.
Si les choses se sont passées comme nous les avons exposées, tout est explicable, tout est expliqué dans la
création maçonnique. Cette création est absolument normale. L’incompréhensible ne subsiste que si l’on refuse
notre explication.
L’intermédiaire était destiné, nous l’avons dit, à maintenir l’invisibilité du Pouvoir occulte fondateur de la
Franc-Maçonnerie. Cet intermédiaire ne pouvait faire autrement que d’apparaître ; et c’est grâce à cela que le
Pouvoir occulte pouvait ne pas se montrer. Mais alors, il était à peu près certain que, l’intermédiaire étant visible
tandis que le vrai Pouvoir occulte ne l’était pas, les chercheurs attachés à la découverte du secret de la Franc-
Maçonnerie se laisseraient prendre aux apparences. C’est ce qui est arrivé. Ils ne se sont pas demandé si
l’initiateur apparent était en possession de tout ce sans quoi la création de la Franc-Maçonnerie eût été
impossible. Ils n’ont étudié ni son caractère, ni ses compétences, ni ses aptitudes. Ils se sont dit : Puisque c’est
lui qui fonctionne, c’est lui qui crée, et c’est pourquoi ils ont dénoncé les Anglais comme les inventeurs de la
Franc- Maçonnerie. C’était l’acteur qu’ils considéraient comme metteur en scène ; la marionnette qu’ils pre-
naient pour le machiniste.
Je ne parle pas de ceux qui ont attribué la constitution de la Franc-Maçonnerie aux compagnons de Jacques
II d’Ecosse, émigrés en France sous Louis XIV.
La raison sur laquelle ils s’appuient, c’est qu’il existait des loges parmi les Jacobites. Pauvre raison, en
vérité ! Croire que des catholiques puissent être les pères d’une pareille institution parce qu’on voit certains
d’entre eux affublés d’oripeaux maçonniques, c’est commettre une erreur qui peut se comparer à celle d’un
homme qui, trouvant un enfant sous un chou, en conclurait que le dit enfant est fils de chou. En effet, il ne
manquait pas beaucoup plus de choses aux catholiques du xviie siècle pour donner naissance à la Franc-
Maçonnerie qu’il n’en manque aux choux pour donner naissance à nos enfants.
La vérité, c’est que quelqu’un avait apporté l’enfant juif sous le chou jacobite.
Il est d’ailleurs facile de s’expliquer comment.
La période d’incubation ayant trouvé son terme par suite de l’établissement du protestantisme en Europe,
des loges se constituèrent tout d’abord dans l’Angleterre protestante et dès lors on s’explique que les partisans
des Stuarts défaits aient pu recourir au procédé naturel aux vaincus : la conspiration. Connaissant l’existence
des loges constituées chez les protestants, ils crurent pouvoir faire servir la société secrète à leur cause, sans se
rendre compte que cet instrument était d’un usage inutile, sinon dangereux, pour ceux qui n’en connaissent ni
la vraie nature, ni le maniement. Auraient-ils par hasard été aidés en cela par certains Juifs, qu’il n’y aurait
nullement à s’étonner. Ceux-ci se fussent montrés vraiment avisés en profitant de la circonstance pour tenter
l’introduction de la société secrète dans le monde catholique.
Rien de surprenant par conséquent à ce qu’il ait existé des loges dans le parti jacobite, de la même manière
qu’il exista plus tard chez nous des groupements maçonniques contre-révolutionnaires, qui étaient d’ailleurs
destinés à être battus, attendu que ce n’était pas de leur côté qu’était le Pouvoir occulte.
La théorie de l’origine anglaise est plus sérieuse. Un comprend sans peine que les esprits les plus judicieux
aient pu s’y attacher.
Nous avons dit que M. Max Doumic s’était placé au premier rang de ceux-là. Nous avons fait également
remarquer que la thèse que cet auteur a si remarquablement soutenue, présentait ce défaut grave de n’être
appuyée que sur des considérations d’ordre historique. Maintenant que nous savons quelles difficultés présentait
l’introduction dans le monde chrétien d’une société secrète correspondant aux données de la question
maçonnique, nous allons nous rendre compte avec la plus grande facilité de ce qu’il y a d’inacceptable dans la
thèse de M. Max Doumic et de ce qu’au contraire il en faut garder.
L’auteur du Secret de la Franc-Maçonnerie a posé la question de la manière suivante :
Le but et le secret de la Franc-Maçonnerie, dit-il, c’est l’établissement de la domination anglaise sur le
monde.
C’est le chancelier Bacon qui, dans son ouvrage La Nouvelle Atlantide a donné aux politiques anglais l’idée
de créer une société secrète, dont tout le secret consisterait à corrompre intellectuellement et moralement, à
affaiblir et à désagréger toutes les nations qui seraient assez naïvement hospitalières pour l’accueillir. De telle
sorte que, sans avoir besoin de combattre, l’Angleterre leur deviendrait supérieure à toutes. Elle finirait par les
dominer politiquement, grâce à ce qu’elle garderait la haute main sur les fédérations maçonniques.
M. Max Doumic ne nous dit pas comment l’Angleterre peut garder cette haute main. Et pourtant c’est là la
chose essentielle. C’est là qu’est le secret.
Les nations catholiques étant les adversaires naturelles de la nation protestante anglaise, c’est chez celles-
là que la Franc-Maçonnerie est dressée de manière à être malfaisante ; et la France étant, de toutes les nations
catholiques, celle qui a tenu le plus constamment la puissance anglaise en échec, c’est chez nous que les meneurs
anglais font distiller à la Franc- Maçonnerie ses venins les plus dangereux. Si cette association s’acharne tant
contre le catholicisme en France et dans les autres nations catholiques, c’est parce que, chez nous comme chez
celles-ci, la religion catholique se trouve être le grand ressort vital.
Dans cette hypothèse, on le voit, l’âme maçonnique serait protestante, mais la Maçonnerie tendrait en réalité
à un but politique. Le Pouvoir occulte serait essentiellement anglais, et les loges, dans leur effort contre notre
religion nationale et contre notre organisation politique traditionnelle, ne seraient que des agents inconscients
de l’Angleterre.
Telle est la théorie.
PREMIÈRE IMPOSSIBILITÉ :
C’EST L’AMBITION, ET NON LA NECESSITE, QUI SERAIT CAUSE DE LA NAISSANCE DE LA SOCIÉTÉ SECRÈTE
MAÇONNIQUE
Dans la conception de M. Max Doumic, au lieu d’une nécessité, c’est une simple ambition qui aurait donne
naissance à la Franc-Maçonnerie.
Cette hypothèse est bien difficile à admettre pour quiconque a réfléchi aux conditions dans lesquelles
peuvent naître les sociétés secrètes.
Si encore l’Angleterre s’était sentie, comme les colonies juives, complètement inhabile à combattre par les
armes, on pourrait supposer qu’une ambition condamnée à demeurer insatisfaite l’eût conduite là. Mais tel
n’était pas le cas. La nation qui avait gravé dans son histoire les noms de Crécy, Poitiers, Azincourt, et bien
d’autres, ne pouvait se considérer comme obligée de recourir, pour servir ses ambitions, à l’arme des peuples
réduits à la complète impuissance. L’Angleterre devait éprouver quelque répugnance à adopter les procédés de
lâcheté qui sont ceux de la Franc-Maçonnerie. Avant de s’y résoudre, elle avait d’autres cartes à jouer. Que
quelques-uns de ses politiques fussent dans le cas de succomber à une tentation de ce genre qui leur eût été
offerte, soit ! Mais que ces politiques aient rêvé, combiné et réalisé d’eux- mêmes des plans de trahison
universelle, alors qu’il ne s’agissait pas de libérer leur Patrie envahie ou de venger leurs traditions foulées aux
pieds, c’est là chose bien difficile à admettre.
Voilà une objection préalable qui se présente tout d’abord à l’esprit, en dehors des conditions de possibilité
ou d’impossibilité que nous avons à examiner.
LA CONDITION DE TEMPS.
LA CONDITION D’APTITUDES.
P Les aptitudes, cette autre condition indispensable, ne s’y trouvent pas non plus.
Il est déjà bien extraordinaire que Bacon, dénué d’expérience en pareille matière (dans l’hypothèse de M.
Max Doumic, Bacon n’a pas pratiqué la société secrète ; il s’est contenté de la rêver), il est bien extraordinaire,
disons-nous, que l’auteur de la Nouvelle Atlantide ait prévu avec une si étonnante sûreté les conditions dans
lesquelles seraient contraints d’agir ceux qui, plus tard, procéderaient à la pratique. Il a parlé sur ce sujet qu’il
n’avait pas expérimenté (et qu’on ne connaît que par expérience ou par suggestions reçues) comme s’il l’eût
connu. Bien mieux, il a vu par avance les conditions dans lesquelles aurait à manœuvrer la dite société secrète.
Il règle le scénario du fond de son cabinet. Or les sociétés secrètes, nous l’avons montré, se constituent et se
développent de telle ou telle manière selon les nécessités ambiantes, précisément parce qu’elles doivent
s’adapter à ces nécessités par lesquelles elles sont dominées. La sûreté de prévision de l’inexpérimenté Bacon
est bien invraisemblable.
Voici qui l’est plus encore.
Derrière Bacon, simple théoricien, il y en avait d’autres à qui les aptitudes étaient absolument in-
dispensables: c’étaient les politiques anglais qui, dans l’hypothèse de M. Max Doumic, furent les vrais metteurs
en scène, ceux qui se heurtèrent aux difficultés pratiques. Ces aptitudes, où ceux-là les auraient-ils prises? M.
Max Doumic ne nous le dit toujours pas.
Peut-être, après l’exposé que nous avons fait, quelqu’un sera-t-il tenté de nous répondre : mais vous vous
êtes chargé de montrer où les politiques anglais auraient pu acquérir les aptitudes nécessaires. C’est en
fréquentant les sociétés kabbalistes.
Cette réponse est parfaitement admissible. Mais elle appelle deux observations.
D’abord les chefs des dites sociétés eussent été informés. Le propre de la société secrète étant en effet de
développer l’esprit d’espionnage et d’en faciliter les moyens, nul doute que ces chefs eussent connu les projets
de leurs adeptes, même si ces derniers s’étaient efforcés de les leur cacher.
Supposons toutefois que les élèves soient parvenus à tromper les maîtres. Ayant réussi en cela, ils fussent
demeurés impuissants pour tout le reste. On conçoit bien une entreprise comme celle de la Révolution française,
par exemple, arrivant à exécution grâce à l’effort de tout l’organisme maçonnique mis en mouvement par
l’impulsion des inspirateurs secrets qui occupent le point central où aboutissent tous les fils de direction ; on ne
voit pas cette même entreprise menée à bien par le seul effort de certains adhérents marchant en dehors de
l’ensemble et, par conséquent, devant trouver partout contre eux cet ensemble, s’il plaît ainsi aux chefs occultes.
Mais ce qu’il convient surtout d’observer, c’est que, dans toute société secrète procédant d’autres sociétés
du même genre — comme étaient les sociétés kabbalistes mi-juives, mi-chrétiennes issues des sociétés
purement juives — chacun des initiés ne sait que ce qu’il a plu aux initiateurs de leur apprendre. C’est là, en
effet, le propre de l’initiation donnée : elle est individuelle et personnelle ; et elle demeure toujours telle par
suite de la formation qui inspire à chaque adhérent la religion fanatique du secret. En fait d’aptitudes à la
manipulation des sociétés secrètes, les adhérents chrétiens n’acquéraient donc que celles qu’il plaisait au
Pouvoir occulte juif de développer à chacun d’eux. Or il est bien évident qu’il ne leur communiquait que celles-
là seulement qui étaient utiles à la réalisation de ses desseins. Il se gardait bien de les rendre capables de marcher
sans lui.
On voit que dans l’hypothèse de l’origine anglaise de la Franc-Maçonnerie, tout aurait dû se faire en dépit
des impossibilités. Nous ne trouvons de ce côté aucune des conditions qui doivent être réunies pour que naisse
une société secrète : ni la nécessité qui crée l’atmosphère indispensable, ni le temps, ni les aptitudes.
Il nous reste encore à attirer l’attention du lecteur sur une considération d’une portée maîtresse au point de
vue qui nous occupe.
L’organisme maçonnique tend, comme nous l’avons vu, à établir un gouvernement invisible. C’est donc
que cette préoccupation était dominante chez ses fondateurs. Mais nous avons montré que la réalisation d’une
telle donnée exigeait la préexistence d’une autre société secrète dans laquelle devaient être formés les
intermédiaires inconscients chargés d’agir pour le Pouvoir occulte qui, lui, était condamné à ne jamais paraître,
à user toujours « d’influences individuelles soigneusement couvertes ». Dans ces conditions, une question se
pose : La société secrète préalable indispensable, l’Angleterre l’avait-elle à sa disposition?
Non ; elle ne l’avait pas.
Elle ne l’avait pas par les raisons que nous avons développées pour montrer que les sociétés secrètes existant
dans le monde chrétien antérieurement à la Franc-Maçonnerie n’étaient pas d’origine chrétienne.
L’esprit de discipline religieuse se trouvait dans la nation anglaise comme dans toutes les nations chré-
tiennes avant qu’elle se fût donnée au protestantisme. Les chrétiens anglais étaient donc, autant que tous les
autres, ennemis de la société secrète en soi. C’est pourquoi si de telles sociétés ont existé en Angleterre avant le
protestantisme, elles ne pouvaient être, comme celles dont on trouve les traces chez les autres peuples chrétiens
que des sociétés d’origine non chrétienne, et par conséquent juive ; elles ne pouvaient donc avoir pour but la
future constitution d’un Pouvoir occulte anglais.
Lorsqu’à lieu la constitution de l’Eglise anglicane, la situation devient tout autre, il est vrai. Alors le sol
chrétien a reçu en Angleterre l’amendement nécessaire pour que la semence de société secrète y puisse germer,
si elle est répandue comme il convient. Mais qui répand cette semence? C’est toujours le semeur juif. Lui seul
a l’esprit tourné vers cette manière d’agir, qu’il a faite sienne. Il est là, comme il est ailleurs, toujours tenu en
éveil par son besoin de servir son idéal national et par sa haine contre l’idéal opposé. Les yeux de ses fils sont
ouverts partout. Par eux il est renseigné sur tout, prêt à saisir toutes les occasions. Aussi nous sommes convaincu
que des sociétés secrètes composées de chrétiens ont existé en Angleterre avant qu’il en existât en France, non
parce que les documents l’établissent — car nous n’avons aucune confiance dans les documents relatifs à cette
question, émanant tous de menteurs intéressés à nous tromper — mais parce que cela tombe sous le sens. Nous
ne faisons même pas doute que des sociétés de ce genre, inspirées par les sociétés juives, aient contribué à la
Révolution anglaise. Ce qui se passe maintenant nous fait comprendre ce qui s’est passé pour notre Révolution
; et ce qui s’est passé pour notre Révolution doit nous révéler ce qui s’est passé pour la Révolution anglaise.
Nous sommes également persuadé que ces mêmes sociétés, toujours inspirées par les sociétés secrètes
juives, ont ensuite joué un rôle lors de la substitution de la monarchie protestante de Guillaume d’Orange à la
monarchie catholique de Jacques Stuart. Ce que nous savons de l’avènement des Hohenzollern comme
empereurs d’Allemagne au préjudice des Habsbourg doit aussi nous renseigner sur ce qui a pu se passer deux
siècles plus tôt.
Le Pouvoir occulte juif ne pouvait pas ne pas agir alors, de même qu’il ne peut pas ne pas agir maintenant.
Son rôle est en effet de servir l’idéal de son peuple, comme c’est le rôle de tout monarque de servir l’idéal de la
nation à laquelle il commande.
En somme, la genèse des sociétés secrètes fut en Angleterre ce qu’elle fut dans les autres pays chrétiens :
d’abord sociétés purement juives ; ensuite sociétés mi-juives mi-chrétiennes ; en troisième lieu, sociétés secrètes
chrétiennes. Seulement, celles-ci, bien que constituées par des Anglais, n’obéissaient pas ou n’obéissaient que
dans une mesure restreinte à l’influence anglaise, de même que notre Franc-Maçonnerie, bien qu’elle soit
composée de Français, n’obéit pas à une influence française. Elles procédaient des sociétés secrètes juives qui
leur étaient superposées, sans qu’elles s’en doutassent, comme les ateliers de hauts gradés sont superposés aux
ateliers de bas gradés, et par conséquent, elles ne pouvaient avoir pour objectif la constitution d’un futur Pouvoir
occulte anglais.
L’Angleterre n’avait donc pas la société secrète préexistante indispensable.
Elle l’avait d’autant moins que cette première société secrète aurait dû être instituée à une époque assez
reculée pour qu’au moment de la naissance de la Franc-Maçonnerie, ses membres eussent eu le temps d’acquérir
l’expérience et l’habileté que dénote la construction de l’organisme maçonnique. Quelle extraordinaire
complication de la question ! Une société secrète qui naît, non pas par l’effet d’une nécessité, mais tout exprès
pour enfanter une autre société secrète, deux ou trois siècles plus tard ! Donc un politique anglais, comme Bacon,
mais bien antérieurement à lui, c’est-à-dire par conséquent lorsqu’il n’y avait pas encore de protestantisme,
aurait eu l’idée d’une pareille création ; ce politique aurait rêvé l’établissement lointain d’un Pouvoir occulte
mondial au profit de son pays ; il aurait eu action sur le gouvernement auquel il aurait fait comprendre sa
conception et partager sa conviction... Mais qui donc aurait pu imaginer à la fois l’idée de la Maçonnerie destinée
à assurer dans un avenir indéterminé la domination du monde à l’Angleterre et l’idée de la société secrète
destinée à créer cette Maçonnerie? Qui, ayant assez creusé le problème pour se rendre compte par avance de la
nécessité de ces deux créations successives, aurait encore eu la puissance de persuasion suffisante pour faire des
adeptes en vue d’un but dont la réalisation comportait un tel détour? Qui, rassemblant en sa personne cette force
de réflexion et cette puissance de persuasion eût avec cela disposé du nombre d’années qui étaient nécessaires
pour qu’il rendît une telle création capable de durer après lui? Qui enfin, la première création accomplie, eût été
capable de recruter dans tous les pays les concours nécessaires pour que partout les premières loges se soient
un jour trouvées fondées avec la facilité que nous savons ?
Tout cela est évidemment impossible. Et encore n’avons-nous pas envisagé une autre impossibilité : celle
de la transmission et de l’exécution d’un pareil plan malgré les bouleversements résultant de la révolution
religieuse opérée par Henri VIII, de celle de 1648 et de celle de 1688.
En somme, l’auteur du Secret de la Franc-Maçonnerie a tout simplement supposé résolu le problème de
l’introduction d’une société secrète dans le monde chrétien, alors que la solution d’un tel problème est tout ce
qu’il y a au monde de plus compliqué, alors que là réside le vrai secret qu’il s’agit de pénétrer.
Lorsqu’on saisit la question corps à corps, on s’aperçoit que le rassemblement de toutes'les conditions
préalables indispensables était impossible du côté anglais, tandis qu’au contraire, nous l’avons montré, ces
conditions se trouvaient remplies naturellement et par le fait des circonstances qui caractérisent si par-
ticulièrement la destinée du peuple juif.
Là, les sociétés secrètes dont l’existence devait précéder l’enfantement de la Franc-Maçonnerie telle que
nous la voyons, étaient la conséquence de la situation si extraordinaire où s’était trouvée la nation depuis tant
de siècles. Par cela même, tout le travail de gestation était fait en raison du cours même des choses.
Et l’on irait chercher les inventeurs de la Franc- Maçonnerie là où tant de difficultés, tant d’impossibilités
se rencontrent, au lieu de les prendre là où la création de cette association apparaît comme la conséquence
naturelle des faits existants !
Au lieu de reconnaître qu’une taupe doit avoir pour mère une taupe, on s’ingénierait à se persuader qu’elle
est née d’un brochet !
Non ! La logique n’est pas là. La vérité ne saurait donc y être non plus.
CHAPITRE XIX
Ainsi qu’on le voit, la théorie de l’origine juive de la Franc-Maçonnerie n’est nullement entamée par les
objections qu’on lui oppose et que croient irréfutables ceux-là seuls qui n’ont pas su discerner toute la
complexité de la question maçonnique.
Elle explique sans aucune difficulté que les fondateurs des premières loges dans presque tous les pays soient
des Anglais. Elle expliquerait également que presque partout, et même partout, si c’était prouvé — mais ça ne
l’est pas — les Juifs aient été exclus de ces premières loges. Ils n’en avaient pas moins la direction des choses
de la Maçonnerie par l’intermédiaire des mauvais chrétiens affiliés à leurs groupements secrets juifs, de même
qu’aujourd’hui le Pouvoir occulte a la main partout dans les loges, de même que la Maçonnerie a la main dans
les sous-maçonneries.
Elle explique également que la politique maçonnique se soit montrée presque constamment favorable à la
politique anglaise. Le Pouvoir occulte juif a bien été obligé de favoriser la nation qui lui servait de courtière. Il
y eut d’ailleurs presque toujours intérêt, puisque la puissance catholique, l’ennemie qu’il lui fallait d’abord
abattre, se trouvait affaiblie d’autant.
Elle permet en outre de comprendre certains faits que n’explique pas l’hypothèse de l’origine anglaise : par
exemple le dualisme qui se fait voir à certaines heures dans l’organisme maçonnique et sur lequel nous aurons
à revenir ; par exemple encore, la succession des quatorze batailles parlementaires qui ont été livrées dès le
début de la Révolution au sein de la Constituante pour que les Juifs fussent dotés des mêmes droits civils et
politiques que tous les Français, alors que ceux-ci n’acquéraient pourtant pas en échange la qualité de Juifs. De
telle sorte que la fameuse charte des Droits de l’Homme apparaît à ceux qui y regardent d’un peu près comme
ayant été inventée à seule fin d’en dissimuler une autre qu’on voulait imposer au monde sans la formuler : la
charte des Droits du Juif.
La théorie de l’origine juive, telle que nous venons de l’exposer, se recommande encore d’une façon
particulière en ce qu’elle éclaire deux faits qui ne s’expliquent pas sans elle : le maintien de la nationalité juive
à travers les siècles et l’existence des sociétés secrètes du moyen âge. Il serait vraiment extraordinaire qu’une
théorie fausse s’adaptât ainsi à des faits historiques si importants et si incompréhensibles jusqu’ici. D’autre part,
ainsi que nous l’avons fait remarquer, c’est en étudiant la structure et les caractères des individus qu’on les
classe et qu’on leur assigne une origine en histoire naturelle. Ce procédé scientifique appliqué à la question dont
nous nous occupons, condamne l’origine anglaise et conduit au contraire à l’origine juive de la Maçonnerie, car
les méthodes maçonniques sont essentiellement des méthodes juives, et le caractère maçonnique ressemble au
caractère juif comme le nez d’un Lévy ressemble à celui d’un Dreyfus.
La thèse de l’origine juive fait même comprendre les raisons pour lesquelles il peut y avoir des partisans de
l’origine anglaise. Elle nous montre le machiavélisme des moyens employés pour conduire ceux- ci à l’opinion
par eux adoptée, — machiavélisme qu’on rencontre d’ailleurs partout dans la Franc- Maçonnerie et qui est si
bien en rapport avec le caractère et avec la situation de la nation juive dans le monde depuis dix-huit siècles.
-
La thèse de l’origine juive contient donc pour ainsi dire en elle la thèse de l’origine anglaise. Elle l’explique.
Elle l’éclaire. Elle la complète, en nous montrant l’élément juif rêvant, concevant, préparant la Maçonnerie,
mais la faisant propager par l’élément anglais. Dans ces conditions on reconnaîtra qu’elle se présente
singulièrement armée.
Le fait de l’établissement parmi les nations des colonies juives qui ont refusé de se fondre dans ces nations,
qui ont conservé leur constitution et leur personnalité, qui ont ainsi joué le rôle de parasites accrochés à la peau
des peuples, ce seul fait contient en lui le germe de toutes les phases de la gestation et de l’enfantement de
l’étonnante et immense création maçonnique.
Un tel point de départ existant, il est impossible que les colonies juives ne se soient pas constituées en
sociétés secrètes et qu’elles n’aient pas été reliées par un gouvernement secret.
Impossible également que ces sociétés secrètes juives qui n’ont pu se maintenir que par l’amour de leur
idéal religieux et national, n’aient pas été tentées d’agir contre l’idéal chrétien dont le triomphe impliquait
l’effacement du leur.
Impossible que, réduites à l’impuissance d’attaquer ouvertement puisqu’elles étaient les plus faibles, elles
n’aient pas cédé au désir d’attaquer secrètement.
Impossible que, de défensives qu’on peut les supposer au début, elles ne soient pas ainsi devenues of-
fensives.
Impossible qu’elles n’aient pas essaimé pour produire les moyens d’action dont elles avaient besoin, c’est-
à-dire des sociétés secrètes tendant spécialement à la détérioration du bloc chrétien en attendant qu’elles fussent
en état de tendre à sa complète désagrégation.
Impossible que ces sociétés secrètes de combat n’aient pas cherché et réussi à attirer à elles les transfuges
chrétiens.
Impossible qu’elles n’aient pas songé à profiter de la grande dislocation produite par la réforme.
Impossible qu’elles ne se soient pas modifiées ou qu’elles n’aient pas de nouveau essaimé selon ce
qu’exigeait cette nouvelle circonstance.
Impossible que, filles des sociétés secrètes purement juives, elles n’aient pas essayé d’enfanter à leur tour
des sociétés secrètes purement chrétiennes qui ne s’ouvriraient que plus tard aux Juifs, en même temps que le
monde chrétien lui-même.
Pour que les choses se soient passées autrement que nous les avons montrées, il faudrait que les Juifs fussent
en dehors des lois de la nature, par conséquent au-dessus d’elles. Quel est celui de leurs partisans qui osera
soutenir une pareille opinion?
Après avoir considéré comme point de départ le fait initial que nous venons de dire et qui ne pouvait pas ne
pas engendrer ses conséquences, si nous considérons maintenant le fait actuel maçonnique qui ne peut pas ne
pas avoir sa cause, nous nous trouvons également en présence d’un certain nombre d’impossibilités qui ne
peuvent être résolues que dans l’hypothèse de l’origine juive.
Il est impossible en effet que la Franc-Maçonnerie n’ait pas un créateur, et impossible que ce créateur ne
soit pas à la fois séculaire et universel comme sa création elle-même.
Le peuple juif est l’un et l’autre, et il n’y a que lui qui soit tel.
Impossible que ce créateur n’ait pas disposé au moment de la création de la Franc-Maçonnerie de moyens
de communication s’étendant partout et de moyens d’action embrassant toutes les contrées.
Le peuple juif possédait les uns et les autres, il était seul à les posséder.
Impossible qu’un organisme qui n’a de raison d’être que s’il tend à établir la possibilité d’un Pouvoir
occulte, ait été créé en l’absence d’une organisation secrète préexistante ayant le moyen d’agir partout sans se
laisser voir nulle part.
Le peuple juif possédait l’organisation en question et il était seul à la posséder.
Impossible que le créateur de la Franc-Maçonnerie n’ait pas été dominé par une haine acharnée et
particulièrement tenace contre le Catholicisme.
Le peuple juif était incité à cette haine par des raisons de situation, d’intérêt et de sentiment.
Impossible que le créateur de la Franc-Maçonnerie ne fût pas étonnamment apte au mensonge, à l’ob-
séquiosité, à l’hypocrisie ; impossible surtout qu’il ne fût pas doué d’une patience, d’une subtilité et d’une
ténacité prodigieuses.
Mensonge, obséquiosité, hypocrisie, patience, subtilité, ténacité, le peuple juif a été incité séculaire- ment
à tout cela par les circonstances de sa vie.
Impossible enfin que le créateur de la Franc-Maçonnerie ne fût pas dominé comme tous les conspirateurs
par un sentiment national ou religieux.
La race juive est dominée depuis dix-huit cents ans par le sentiment religioso-national auquel elle doit sa
persistance comme peuple, et ce sentiment a été d’autant plus surexcité qu’il était plus contredit, plus humilié,
plus écrasé par le triomphe du principe chrétien. Cette race avait à se venger contre les races chrétiennes de la
tache ineffaçable imprimée à son front par la trahison de Judas et par le supplice du Juste. Contre ces races, elle
était, par situation, la race éternellement conspiratrice. Elle devait donc jeter au milieu d’elles l’instrument
d’éternelle conspiration.
Donc, une cause historique est là : la race juive, qui ne peut pas ne pas avoir produit d’effet. Et, d’autre part,
un effet historique est là, lui aussi : la Franc-Maçonnerie, qui ne peut pas ne pas avoir sa cause. Cause et effet
tendent leurs bras à travers l’histoire, l’effet demandant sa cause, la cause demandant son effet. L’effet ressemble
à la cause comme un fils ressemble à sa mère. Tous deux rapprochés, s’adaptent, se juxtaposent, coïncident
exactement. Et l’on refuserait de reconnaître qu’ils s’appartiennent? Plutôt que de les rassembler comme la
logique et la raison veulent qu’ils le soient, on préférerait les laisser demander éternellement, l’un son besoin
de cause, l’autre son besoin d’effet...?
Soit ! Mais alors il faut déclarer que la logique doit être systématiquement écartée du sujet qui nous occupe.
Nous disons, nous, que si Dieu nous a donné une raison, c’est pour que nous nous en servions ; et nous
proclamons comme seule conclusion possible :
Le Pouvoir occulte qui a rêvé, préparé, engendré la Franc-Maçonnerie, qui l’a propagée dans tout le monde
chrétien grâce aux politiques anglais, qui par elle domine aujourd’hui ce monde chrétien et le conduit tout entier
à sa perte, en commençant par les nations catholiques mais en se réservant de finir par les nations protestantes
qui collaborent avec lui, c’est le GOUVERNEMENT SECRET DE LA NATION JUIVE.
Mais nous ajoutons, d’accord en cela avec ceux qui ont cru jusqu’ici à l’origine anglaise, que ce gouver-
nement secret de la nation juive est loin d’être seul à disposer des forces maçonniques. Il a des concurrents et la
puissance de ceux-ci grandit tous les jours à mesure que grandit leur expérience de la société secrète.
Nous aurons bientôt à envisager ce côté de la question et à constater la situation qui en résulte pour nous.
CINQUIÈME PARTIE
Le plan juif. Les obstacles qu'il rencontre. Aos moyens de combat.
CHAPITRE XX
Gomment le rêve de la domination du monde se présente à l’esprit du juif et sous quelle forme.
LA DOMINATION DU MONDE.
Jusqu’ici, le lecteur le reconnaîtra, toutes les parties de la thèse que nous lui présentons sont coordonnées.
L’œuvre réalisée est en rapport avec les méthodes employées Celles-ci sont de leur côté telles que l’exige
l’organisme construit comme nous l’avons montré. Quant à l’auteur que nous dénonçons, il est bien, par son
caractère, par les circonstances de sa vie, par ses habitudes et ses aptitudes, celui que veulent une pareille œuvre,
de semblables méthodes, un si extraordinaire organisme.
Nous reconnaissons néanmoins que notre démonstration demeurerait boiteuse si la raison pour laquelle tout
cela a été fait ne se trouvait en concordance, elle aussi, avec l’organisme inventé, avec le caractère et la situation
de l’auteur de cet organisme, avec les méthodes employées par lui et enfin avec la partie de l’œuvre aujourd’hui
accomplie. Notre construction, étant bâtie sur la logique, doit être logique de la base au sommet. Sans cela, elle
s’écroule. Nous devons maintenant exposer le but de l’immense machination et il faut que ce but soit en
harmonie avec tout le reste, et même qu’il l’explique.
Or, nous entendons une objection.
Soit, peut-on nous dire. C’est la race juive, organisée internationalement et secrètement, qui a rêvé et créé
l’association secrète internationale maçonnique, dans laquelle d’ailleurs les rites, les formules et les légendes
sont juives, de même que la façon de compter les mois et les années. Elle a procédé à cette création par haine
du christianisme, nous l’admettons, et dans le dessein de le détruire. Pour cela elle s’est attaquée tout d’abord
au catholicisme en s’appuyant sur le protestantisme dont elle a contribué à fortifier les positions. C’est logique.
Mais avec tout cela, où veut-elle aboutir? Elle est actuellement maîtresse de la France. Son intérêt et sa haine se
trouvent dès lors en conflit. Sa haine doit lui faire souhaiter la subversion totale de la grande nation catholique.
Mais son intérêt veut au contraire la conservation et le maintien de cette nation, puisqu’elle est parvenue à en
faire sa propriété. Comment continue-t-elle à l’abaisser, au risque de tenter par l’appât d’une proie qu’elle a
rendue si facile, l’appétit anglais ou la vérocité allemande? Veut-elle l’absorption de la France par l’un ou par
l’autre des deux concurrents? Ce serait à son propre détriment, puisqu’on prenant la France, c’est son bien qu’on
prendrait. Veut-elle garder sa possession comme il est naturel à tout propriétaire? Alors elle devrait affaiblir non
plus la France, mais l’Angleterre et l’Allemagne qui deviennent des rivales pour elles.
Telles sont les questions qui doivent se poser devant tous les esprits.
Nous n’avons pas le droit de les écarter sans leur consacrer l’examen qu’elles méritent. Nous demandons
seulement à y répondre avec méthode, afin d’y répondre avec clarté. C’est pourquoi nous exposerons d’abord
le plan juif, et ensuite les difficultés très graves que commence à soulever — heureusement pour nous — la
réalisation de ce plan.
Commençons par préciser que le but de la machination maçonnique, c’est non pas la destruction, mais
l’assujettissement du monde chrétien. Ce que le Pouvoir occulte juif veut détruire, c’est seulement l’esprit
chrétien. Et s’il veut cette destruction, c’est précisément parce que l’esprit chrétien constitue la vraie défense du
monde qui en est issu ; de même que s’il a détruit la monarchie française, c’est parce que cette monarchie était
la meilleure sauvegarde de la France. On commence à s’en apercevoir aujourd’hui. C’était pour faire les soldats
prisonniers qu’on tuait leur chef ; pour s’emparer du troupeau qu’on assassinait le berger. Rien de plus logique
que ce qui a été fait, en cela comme en tant d’autres choses, par le Pouvoir occulte juif. Il faut bien le dire,
puisque cela est vrai.
La destruction de l’esprit chrétien comme moyen d’assujettissement, tel est donc le but qui est dissimulé
sous les grands mots de vérité, lumière, progrès, démocratie. Si l’on répugne plus ou moins à accepter cette
idée, c’est parce qu’il est naturel qu’on résiste à ce que l’on n’a pas pris l’habitude d’envisager. L’as-
sujettissement d’un monde, se dit-on, comment admettre qu’un pareil rêve puisse être nourri par une race, et
surtout par une race qui n’a pas de foyer?
On oublie que ce rêve a été entretenu dans le cœur du peuple juif par sa religion. Les Juifs attendent toujours
leur Messie. Tandis que le christianisme a interprété les promesses de la Bible dans le sens idéal, tandis qu’il
considère la domination prédite au Messie comme purement morale, les Juifs, au contraire, ont toujours compris
que cette domination devait avoir un caractère matériel. Ils ont commencé par croire qu’elle serait attribuée un
jour à leur race par un Messie conquérant. L’idée s’est maintenant répandue parmi eux que le mot Messie doit
être compris comme s’appliquant non pas à un fils de la race de Jacob, mais à cette race elle-même, et que la
conquête du monde peut se faire autrement que par le fer. Ils sont désormais convaincus que le futur triom-
phateur, c’est le peuple juif tout entier, et que les temps messianiques sont ceux où ce peuple sera parvenu à
mettre le pied d’une manière quelconque, sur le monde enfanté par le Messie chrétien, le Messie du
renoncement, qui a tenu si longtemps là place réservée, suivant eux, au vrai Messie, c’est-à-dire à eux.
Cela t’étonne, peuple souverain français? C’est pourtant pour cela, et pour cela seulement, qu’on t’entretient
dans le rêve démocratique.
L’idée de la domination du monde n’est d’ailleurs pas si en dehors et au-dessus des conceptions humaines
qu’il nous semble. Plus d’un conquérant de l’antiquité a osé lui donner asile en son esprit. Le peuple romain l’a
réalisée presque complètement. Il est vrai que le monde ayant été morcelé par les invasions barbares, les guerres
se sont faites depuis lors et pendant des siècles pour le gain de quelque baronnie ou de quelque comté. Encore
convient-il pourtant de ne pas oublier que Charlemagne fit revivre le rêve d’une domination universelle. Après
l’émiettement de l’empire qu’il avait constitué, ce fut le recommencement de la lutte pour la possession d’un
lopin de terre. Mais peu à peu les champs de bataille s’élargirent. Après les guerres de comtés à comtés, ce
furent les guerres de provinces à provinces, puis celles de nations à nations. Ce sont maintenant les guerres de
races à races. Or, une fois les races en présence, que peuvent-elles se disputer, sinon d’abord la prépondérance,
et ensuite la souveraineté exercée sur le monde ? Puisque c’est là que nous en sommes actuellement, qu’y a-t-il
d’extraordinaire à ce que la race juive intervienne dans les conflits? Elle n’a pas de patrie, répond-on. Quelle
belle raison ! N’est-il pas au contraire logique d’admettre qu’elle a dû penser à la domination du monde avant
toutes les autres, précisément parce qu’elle a le pied partout, sans compter que partout elle tient les cordons de
toutes les bourses? On ne pense le plus souvent à conquérir que ce qu’on voit. C’est si vrai que, si l’on excepte
ce qui s’est passé dans l’histoire des peuples marins, les guerres ont presque toujours eu lieu pour un territoire
qui était à portée de la main des belligérants. La race juive est, à ce point de vue, dans une situation très spéciale.
Par les yeux de ses fds disséminés partout, son regard embrasse le monde entier. C’est donc elle qui logiquement,
et indépendamment de la suggestion qu’elle recevait de sa religion, devait, la première de toutes les races, faire
du monde l’objet de son ambition.
Il se peut que cette idée de la domination du monde n’ait pas toujours été présente à la pensée des con-
ducteurs d’Israël avec la précision qu’elle a maintenant. En cela comme en tout, nous croyons que les choses
ont dû se passer conformément aux lois de la nature. Là comme ailleurs, il y a un point de départ, un point
d’arrivée et, entre les deux, une évolution. Le point de départ, c’est la croyance à un Messie qui doit dominer le
monde au profit de la race juive, alors que le Messie qu’adorent les chrétiens a, au contraire, conquis ce monde
au détriment de cette même race, qui se considère comme volée. Cette croyance a été entretenue en l’âme de ce
peuple tenace par la contradiction violente à laquelle elle s’est heurtée sans cesse dans le monde chrétien. Elle
s’est fortifiée de l’irritation résultant de cette contradiction, dans le silence et le mystère des sociétés secrètes
juives que nous avons vues répandues dans le monde. Ce n’était alors qu’un rêve obscur, si l’on veut ; une
espérance consolatrice comme est celle de la céleste patrie pour les foules chrétiennes réunies au pied des autels
que le Messie juif, le Messie de la trahison est en train de détruire. Lorsque, de défensives qu’elles étaient
primitivement, les sociétés secrètes devinrent offensives par le cours naturel des choses, l’espérance des futures
conquêtes s’exaspéra. L’âme de la race errante fut mordue par un désir de plus en plus âpre. Un temps vint enfin
où cette race força subrepticement les portes des sociétés chrétiennes qui lui avaient été si longtemps fermées.
Puis elle cumula en elle toutes les nationalités. La voici maintenant qui s’est emparée de l’or du monde ; l’or,
ce au moyen de quoi on fait presque tout ce qu’on veut !... Aussi peut-elle faire régner entre les nations la paix
ou la guerre à son gré, et, dans le dernier cas, assurer les bénéfices de la lutte à celle-ci ou à celle-là, selon qu’elle
accorde ou qu’elle refuse en temps utile le prêt de cet or. Elle a en même temps le loisir de corrompre,
d’empoisonner impunément l’âme des peuples, grâce à la presse et au complot permanent que cache la société
secrète maçonnique contre les nations chrétiennes. Elle voit sa puissance grandir sur tous les points du globe, à
mesure que décroît avec la fidélité aux traditions, la force de cohésion et, par suite, la force de résistance des
races chrétiennes. Elle est partout. Elle agit partout. Son gouvernement voit tout et n’est pas vu. Il frappe à coup
sûr, tandis qu’on ne songe même pas à se défendre parce qu’on ne sait pas qu’il existe. Les choses étant ainsi,
il faudrait vraiment que le gouvernement de la race de Judas fût complètement dénué au point de vue intellectuel
pour ne pas rêver l’empire d’un monde que, grâce à la perversité qu’il a déployée séculairement contre lui, rien
ou presque rien ne garde plus. Il n’est pas besoin que vienne le Messie triomphant, il est venu. C’est le peuple
juif, aux pieds duquel se prosternent d’elles-mêmes les races déchristianisées et les nations dissociées. Telle est
évidemment l’évolution qui s’est produite dans la pensée juive.
Dès lors que le peuple juif a su conserver en son sein l’égoïsme de race au point d’en faire, en l’absence de
toute patrie territoriale, un nationalisme si particulier qu’aucun autre exemple semblable n’a été fourni par
l’histoire, non seulement il est explicable que son gouvernement secret rêve de s’assujettir le monde, mais il
serait inadmissible qu’il n’y pensât pas. Ayant accompli ce prodige d’avoir maintenu la race errante dans la
fidélité à l’ancien idéal national, et voyant les autres races, la nôtre en tête, considérer stupidement l’abandon
du leur comme un progrès, ce gouvernement doit logiquement se croire capable, en un tel état de choses,
d’assurer à son peuple la royauté de l’univers.
CARACTÈRE DE CETTE DOMINATION.
Mais quelle espèce de royauté? Le Juif n’est-il pas déjà roi et la puissance dont il jouit ne lui suffît-elle pas
?
Non, parce que cette puissance n’est pas organisée matériellement. Or rien ne dure que ce qui est organisé.
Cela, le Pouvoir occulte juif le sait mieux que quiconque. Il sera donc inquiet tant qu’il n’aura pas fixé sa royauté
par une organisation nouvelle du monde.
Lorsqu’un tyran a mis la main sur un pays, il gouverne toujours celui-ci suivant une conception qui lui est
particulière et, tout naturellement, cette conception, c’est celle qui correspond à son caractère, à ses aptitudes, à
ses moyens d’action. Le Pouvoir occulte juif, qui aspire à la royauté du monde, a tout naturellement sa
conception particulière sur l’organisation de ce monde et il entend la substituer à celles qui ont été réalisées
jusqu’ici. C’est encore là une idée que nous n’admettons pas facilement, parce qu’étant accoutumés à ce qui
existe, à ce au milieu de quoi l’univers a vécu depuis si longtemps, nous sommes portés à le croire indestructible.
Nous nous trompons. Lorsque Rome triomphait des peuples dont fut constitué son empire, elle les organisait à
sa manière. Lorsque, plus tard, les barbares firent des conquêtes romaines leur propre conquête, ils renversèrent
l’ordre de choses établi par le génie italien et mirent partout la marque de leur barbarie. Lorsqu’enfin le
christianisme triompha à son tour, il tendit, lui aussi, à transformer les sociétés qui déjà l’avaient été par les
Romains et par les barbares. Il en a toujours été et il en sera toujours ainsi, parce que c’est encore, peut-on dire,
une loi de nature que le maître mette son empreinte sur les choses qui dépendent de lui. Nul doute, par
conséquent, que les futurs rois du monde jettent celui- ci dans un nouveau moule. Et nul doute non plus que leur
conception soit celle que leur impose leur génie particulier ; celle qui est le plus en rapport avec leur caractère,
leurs aptitudes et leurs moyens d’action ; celle surtout qui annihilera le mieux les possibilités de révolte des
vaincus. Leurs prédécesseurs dans la conquête ont fait ainsi ; ils feront de même.
L’outil des conquérants anciens, ce fut la force organisée militairement. Leurs aptitudes à la conquête
résultaient de celles qu’ils pouvaient avoir pour l’emploi de cette force. Leur moyen d’action moral pour faire
rendre à celle-ci son maximum, c’était le sentiment patriotique qui attache l’homme à la terre où il est né, ainsi
qu’à l’idéal des aïeux dont il descend. Pro aris et focis ! C’était le cri des anciens Romains. Il en va tout
autrement des Juifs qui n’ont ni armée ni patrie territoriale. Ils ne possèdent ni les moyens d’action, ni les
aptitudes, ni le caractère des anciens conquérants. En conséquence, il est naturel qu’ils aient conçu un autre plan
de conquête que ceux-ci, et il ne l’est pas moins qu’ils rêvent une autre organisation du monde et que cette
organisation soit en dehors de nos conceptions.
^S’ils laissaient le monde tel qu’il est, c’est-à-dire divisé en nations ayant chacune leurs armées, leur marine,
leur patriotisme, leur frontière, ils se constitueraient par là même en état d’infériorité vis-à-vis de ces nations,
eux qui n’ont ni armées, ni marines, eux qui ne comprennent même pas le patriotisme comme nous l’avons
compris jusqu’ici. Pour devenir rois du monde comme pour conserver leur souveraineté, il faut qu’ils
commencent par détruire tous les principes et toutes les organisations intérieures sur lesquelles reposent les
grandes organisations nationales actuelles. Pas de domination pour eux s’ils ne la basent sur cette idée
fondamentale : démolition des nations, qui, telles qu’elles sont actuellement constituées, ne se laisseraient pas
absorber.
C’est de cette évidence que nous devons nous persuader.
Démolition des nations ! C’est l’idée maîtresse en l’absence de laquelle il n’y aurait pas de royauté juive
possible. Et c’est pourquoi, visiblement, on nous mène à cela, toujours sous couleur de progrès.
Mais ces nations, il faudra bien les remplacer par quelque chose?...
Sans doute. Aussi existe-t-il un projet d’organisation du monde dont on parle beaucoup depuis plusieurs
années, en faveur duquel une propagande acharnée est faite dans les masses et vers lequel nos gouvernants
actuels nous font glisser par une marche qu’ils s’efforcent de rendre insensible. Nous voulons parler de
l’organisation socialiste-collectiviste. C’est celle-là qui est le plus en rapport avec le caractère, les aptitudes et
les moyens d’action du peuple juif ; c’est celle-là qui porte la griffe, la marque de fabrique de ce nouveau
Peuple-Roi ; c’est elle qu’il veut imposer au monde chrétien, parce que ce n’est que grâce à elle qu’il peut
dominer celui-ci.
La propagande socialiste-collectiviste (on emploie un mot ou l’autre selon qu’il est nécessaire pour mieux
embrouiller les choses) a ceci de précieux pour le Pouvoir occulte juif : qu’elle le masque admirablement et
qu’en même temps elle est tout à fait propre à supprimer toutes possibilités de résistance, parce qu’elle a pour
effet de réduire l’humanité à l’état de poussière en dissolvant les blocs cohérents dont cette humanité est
aujourd’hui constituée.
La propagande socialiste-collectiviste masque le Pouvoir occulte juif comme les mots liberté, égalité,
fraternité, ont masqué la Franc-Maçonnerie aux yeux du monde profane qui, en croyant se donner à un superbe
idéal, se donnait en réalité à cette hypocrite et lâche association.
Une formule résume en effet la propagande collectiviste : Tout à l’Etat.
Tout à l’Etat ! Le peuple s’imagine que cela signifie Tout à tous ! et il marche, l’âme ivre d’espérance, à la
conquête de cet idéal fallacieux, sans se douter que l’Etat étant dès maintenant aux mains des Juifs, tout à l’Etat,
c’est déjà, mais ce sera bien plus encore dans l’avenir : tout aux Juifs l
Lorsque viendront les temps, si souhaités par les ouvriers aveuglés, où l’Etat s’étant peu à peu emparé des
propriétés particulières, tous les non-juifs seront devenus ouvriers comme eux et ouvriers déchristianisés,
démoralisés, la situation des Juifs par rapport au monde ainsi transformé sera la suivante :
Il n’y aura plus de nations dans l’ancienne chrétienté, c’est-à-dire plus d’hommes associés par l’idéal
patriotique. Plus de groupes unis par l’idéal religieux non plus ; car partout les religions auront été détruites et
à leur place régnera le matérialisme, c’est-à-dire la loi d’égoïsme individuel qui est celle des bêtes. C’est là que
nous aura mis « le progrès ». Les besoins, les paresses et les vices seront vis-à-vis les uns des au- très dans cet
état d’hostilité permanente qui est naturellement engendré, ainsi que nous l’avons montré, par l’absence de foi
religieuse, à moins qu’ils ne soient contraints par une force gouvernementale. Mais toutes forces
gouvernementales chrétiennes auront été détruites. A la place de ce que nous appelons maintenant les nations,
il n’existera plus qu’une poussière d’êtres déshumanisés parce que désidéalisés, et par conséquent bestialisés.
Des bipèdes au lieu d’hommes. Des primates dressés à la fabrication des objets de consommation et inaptes à
toute autre chose qu’à cela, si ce n’est peut-être à composer ou à lire ce qui sera nécessaire pour maintenir, avec
l’universelle corruption, l’universelle impuissance.
En face de cette cohue de troupeaux humains beuglant leurs besoins et leurs désirs, une seule famille aura
gardé, comme elle l’a fait depuis les dix-huit siècles de sa dispersion, les liens moraux qui l’ont maintenue à
l’état de nation, de corps organisé : la race juive. Dès lors, rien de plus facile pour cette nation que de se
constituer la propriétaire de la masse humaine devenue troupeau et faite de nouveau pour l’esclavage qu’avait
détruit le Christ. Les Juifs sont en droit de considérer que, dans ces conditions, la superposition de leur race à
l’humanité s’opérera pour ainsi dire d’elle-même, comme s’est opérée celle qui met actuellement la France sous
la domination maçonnique. Celle-ci ayant pu s’opérer, pourquoi l’autre ne le pourrait-elle pas? Par cela seul que
nous avons violé les lois de la nature en fondant un régime politique égalitaire, ces lois ont pris leur revanche
par l’établissement de la domination politique de la Franc-Maçonnerie au-dessus de la nation ainsi stupidement
égalisée. De même, lorsque nous aurons fondé un régime social égalitaire en opposition avec les mêmes lois de
la nature, celles-ci prendront de nouveau leur revanche en permettant l’établissement de la dictature juive. C’est
simple, logique et compréhensible, comme est simple, logique et compréhensible la souveraineté d’un pro-
priétaire sur les bestiaux dont il fait son troupeau. Comment ce propriétaire est-il le maître, bien que chacune
des bêtes qui composent le troupeau dispose de moyens physiques bien plus puissants que les siens? Tout
simplement parce qu’aucune ne dispose de moyens, moraux ; parce qu’il est homme en face de bestiaux. Ainsi
en sera-t-il de la race juive en face des races chrétiennes déchristianisées et dénationalisées.
Au lieu de revêtir un caractère militaire ou politique, la dictature imposée par la race juive sera une dictature
financière industrielle et commerciale. Au moins pendant un temps, elle apparaîtra le moins possible. Les Juifs
ont doté le monde commercial, industriel et financier de la Société anonyme, grâce à laquelle ils peuvent
dissimuler leurs immenses richesses. Ils doteront le monde chrétien tout entier de ce dont ils ont doté la France
: de la Société anonyme d’exploitation des peuples dite République, grâce à laquelle ils pourront dissimuler leur
royauté.
Nous marchons donc à la République universelle parce que c’est ainsi seulement que peut être établie la
royauté financière, industrielle et commerciale juive. Mais sous son masque républicain, cette royauté- là sera
infiniment plus despotique qu’aucune autre. Elle sera exactement celle qu’établit l’homme sur les animaux. La
race juive nous tiendra par nos besoins. Elle s’appuiera sur une police sélectionnée, fortement organisée et si
grassement payée qu’elle sera prête à tout comme sont prêts à toutes les signatures les présidents de République
auxquels on attribue douze cent mille francs et qu’on choisit tout exprès pour cela. En dehors de cette police,
rien que des ouvriers d’un côté, et de l’autre des ingénieurs, des directeurs, des administrateurs. Les ouvriers
seront tous les humains non-juifs. Les ingénieurs, les directeurs, les administrateurs seront au contraire les Juifs.
Nous ne disons pas : les Juifs et leurs amis ; nous disons les Juifs ; car les Juifs alors n’auront plus d’amis. Et
ils auront cent fois raison, en une pareille situation, de ne se fier qu’à ceux qui seront de « la race ». Cela nous
semble impossible ; et pourtant cela se fera de la façon la plus naturelle du monde parce que tout aura été préparé
dans l’ombre, comme l’a été la Révolution. De la façon la plus naturelle du monde, disons-nous, en ce sens qu’il
faudra nécessairement des ingénieurs, des directeurs et des administrateurs pour que le troupeau humain travaille
et vive, et que, d’autre part, la réorganisation du monde que nous aurons désorganisé ne pourra être opérée que
par ceux-là qui auront préalablement ramassé partout les richesses. En raison de cette situation privilégiée que
nous laissons s’établir à leur profit, les Juifs seuls seront en situation de tout conduire. Les peuples pousseront
à la roue pour amener cet état de choses, ils collaboreront à la destruction de toute autre force que la force de
l’Etat, tant qu’on leur laissera croire que l’Etat, cet Etat possesseur de tout, ce sera eux. Ils ne cesseront de
travailler à leur propre asservissement que le jour où les Juifs leur diront : « Pardon 1 Vous n’avez pas compris.
L’Etat, cet Etat possesseur de tout, ce n’est pas vous, c’est nous ! » Le peuple alors voudra regimber. Mais il
sera trop tard pour rien empêcher, parce que tous les ressorts moraux ayant cessé d’exister, tous les ressorts
matériels auront par là même été brisés. Les troupeaux ne résistent pas aux chiens dressés à les conduire et
armés de mâchoires solides. Tout ce que le monde ouvrier pourra faire, ce sera de refuser le travail. Les Juifs
ne sont pas assez niais pour ne pas prévoir cela. Ils auront des provisions pour eux et leurs chiens de garde. Ils
laisseront la famine réduire les résistances. Au besoin, ils n’auront aucun scrupule à lancer sur les plèbes
mutinées, mais désarmées, leurs policiers devenus invincibles parce qu’ils seront munis des engins les plus
perfectionnés contre les foules impuissantes. N’avons-nous pas déjà une vision de cette invincibilité des forces
organisées se battant contre les multitudes?...
La France a connu — et elle l’a oublié ! — le régime de la Terreur maçonnique. Elle connaîtra et le monde
connaîtra avec elle le régime de la Terreur juive.
Tel est le plan rêvé par le Pouvoir occulte : établissement de la domination juive sur le monde grâce à
l’organisation du collectivisme et sous l’apparence d’une République universelle. C’est à sa réalisation que nous
conduit la Franc-Maçonnerie.
On n’eût pas voulu l’admettre il y a dix ans. Mais aujourd’hui, il faut se nouer sur les yeux le bandeau qu’on
applique symboliquement sur ceux du profane entrant dans la Franc-Maçonnerie, il faut se mettre la tête derrière
un arbre comme fait la stupide autruche pour ne pas voir la marche vers cet état de choses; marche que règlent
avec une hypocrisie habile à se dissimuler mais qui se laisse tout de même voir, les faux Français qui sont au
gouvernement les délégués du Pouvoir occulte et qui accomplissent à l’égard de la France une infâme besogne
de trahison.
Que des obstacles imprévus se dressent un jour ou l’autre sur la route du Pouvoir occulte juif? Nul doute.
C’est encore une loi de nature qui le veut ainsi. La prévoyance humaine, si attentive qu’elle se montre, est
toujours courte. Elle crée des faits dont les conséquences se retournent inopinément contre elle. Aussi, après
avoir examiné le plan, nous allons voir les difficultés en face desquelles ses auteurs vont se trouver, celles qu’ils
se sont eux-mêmes créées. Mais nous ne devons pas oublier qu’il ne nous resterait aucune chance de nous sauver
si nous n’avions la fermeté d’intelligence nécessaire pour regarder les choses en face, et le courage de prendre
des résolutions en conséquence. Le ciel n’aide que ceux qui savent s’aider.
Jusqu’ici nous avons cru pouvoir nous dispenser des résolutions viriles parce que nous nous sommes per-
suadés que le régime collectiviste était impossible. Ne nous méprenons pas : ce qui est impossible, c’est un
collectivisme tel que celui dont on nous parle d’habitude, tel que l’exposent les théoriciens qui, trompés eux-
mêmes, sont chargés de tromper les multitudes ; un collectivisme qui prétendrait mettre tous les humains sans
exception sur un pied de parfaite égalité. Cela, oui, c’est impossible, parce que la nature qui a pour loi la
hiérarchie, interviendrait dans nos sociétés bouleversées pour y rétablir cette loi. Mais il y a une chose qui n’est
pas impossible : c’est l’établissement d’un faux collectivisme organisé par une famille, par une caste, par une
race qui se mettrait au-dessus de la collectivité pour la gouverner.
Nous ne saurions assez répéter que nous pouvons nous rendre compte de cela par ce qui se passe dans notre
République. Quelqu’un qui y avait intérêt, — le Juif agissant par l’intermédiaire de la Franc-Maçonnerie — a
persuadé au peuple français de se constituer en République égalitaire. C’était contraire aux lois de la nature. Et,
précisément à cause de cela, il est arrivé que Juifs et Francs-Maçons qui avaient mené leur complot dans l’ombre,
ont eu cette loi de la nature pour complice, qu’ils ont pu se constituer en aristocratie, d’ailleurs indigne, et asseoir
leur domination, si abjecte qu’elle soit, sur la démocratie asservie.
N’oublions pas cette terrible leçon ! Etant admis qu’un régime collectiviste égalitaire est impossible, étant
donné cependant qu’on nous y pousse, il arrivera infailliblement, à moins que les forces intelligentes de la nation
ne sachent enfin résister par les vrais moyens, il arrivera, disons-nous, que ceux qui nous impriment cette
poussée parviendront à établir un faux collectivisme, un collectivisme d’Etat, c’est- à-dire une République
collectiviste anonyme qui leur permettra de mettre sous leurs pieds les nations qui n’auront pas su se défendre
contre les illusions.
On a cru longtemps que l’humanité était lancée dans les voies socialistes par une force aveugle, celle des
foules. D’autres ont affirmé que cette force aveugle était d’accord avec celle qu’on appelle la force des choses,
c’est-à-dire avec les lois de la nature. Nous venons de rappeler que les lois de la nature sont au contraire opposées
à une telle métamorphose des sociétés. Quant à la force aveugle des foules, elle ne procède pas comme font
ceux qui mènent le mouvement auquel nous assistons. Elle avance par bonds désordonnés, par révolutions.
Actuellement, au contraire, nous voyons la marche vers le collectivisme réglée, calculée, organisée par ceux-là
même qui sont au pouvoir ; nous regardons avec étonnement les masses qui, toujours impatientes, sont toujours
retenues ; nous voyons les journaux socialistes entretenus par l’or des capitalistes juifs ; les meneurs troquant le
bour- geron contre la redingote, menant une existence luxueuse, disposant de ressources aussi inexplicables que
l’étaient celles qu’on voyait au dix-huitième siècle, entre les mains de certains aventuriers qui furent les
précurseurs delà Révolution. Il faut expliquer ces anomalies.
Notre thèse les explique toutes. Elle nous montre la conquête et la transformation du monde s’effectuant
comme il est naturel qu’elles s’effectuent en raison du caractère, des aptitudes et des moyens d’action des
nouveaux conquérants.
Nous pouvons maintenant suivre la marche inflexiblement logique de la nation juive à travers le monde
chrétien depuis dix-huit siècles.
La dissolution de cette nation aurait dû, semble- t-il, être la conséquence de sa dispersion.
S’il en advint autrement, ce fut par suite de la formation des colonies juives en groupes réfractaires à
l’absorption au milieu des populations. Pour se maintenir, ces groupes ont été obligés de se fermer, de se
constituer en sociétés secrètes de défense. Ces sociétés secrètes défensives sont devenues offensives, sous la
suggestion d’une haine qui rencontrait partout et en tout, jusque dans son impuissance même, des raisons de
grandir ; sans compter qu’elles ne pouvaient accepter le triomphe chrétien sans accepter en même temps
l’effacement de leur idéal. Combattant toujours dans l’ombre, elles ont attaqué le monde chrétien sans que celui-
ci vît d’où partaient les coups. A peine fomentée, une hérésie était vaincue. Mais comme le secret excitateur
continuait ses excitations, elle était remplacée par une autre. En même temps qu’étaient opérées les manœuvres
par masses, d’autres, plus invisibles, mais plus redoutables à cause de cela dans leurs effets, tendaient aux
déformations individuelles par l’introduction de certains chrétiens dans les sociétés secrètes juives
antichrétiennes, ou par la pénétration de certains Juifs dans les sociétés chrétiennes comme celle des Templiers.
Après des siècles de ce lent travail, la grande déchirure protestante se produit ; et, cette fois, grâce aux
préparations souterraines et séculaires, les révoltés peuvent se maintenir en face de ceux qui sont restés fidèles,
tout en continuant à se recommander du Christ. Il y a dès lors deux Christianismes en présence, dont l’un peut
être employé à l’attaque continuelle contre l’autre. Les deux belligérants chrétiens vont se charger de diminuer
réciproquement leurs forces morales et matérielles, et par conséquent de diminuer les forces morales et
matérielles du christianisme devant le monde juif qui les regarde, qui les excite et dont l’organisation secrète se
perfectionne et se concentre de plus en plus, tandis qu’au contraire est commencée la dissociation chrétienne.
Mais tous les grands Etats occidentaux sont catholiques. Grâce à cela, il se pourrait que l’unité chrétienne
se rétablît un jour...
Pour que la lutte se continue sûrement, pour qu’elle devienne toujours de plus en plus âpre, il faut que de
grands Etats protestants existent aussi. De cette façon, si les consciences chrétiennes tendaient un jour à se
rapprocher, les intérêts politiques interviendraient pour s’y opposer. Les grands Etats protestants sont fondés, et
les divisions se produisent ainsi dans tous les sens au sein du monde chrétien.
Mais l’esprit chrétien n’en subsiste pas moins, barrant partout la route au Juif. Cet esprit chrétien est un
esprit d’affirmation, et son affirmation est opposée à l’affirmation juive. C’est pour cela que le Juif est toujours
tenu à l’écart, ce qui l’empêche d’arriver où il tend...
C’est donc cet esprit qu’il faut détruire. Déjà la brèche est ouverte. Le protestantisme affirme la liberté
d’examen. Il n’y a qu’à insinuer que la liberté doit être pour tous, ou qu’elle n’existe pas. Théoriquement on
peut faire accepter cela. Or, si la liberté doit être pour tous, le Juif, avec son idéal, y a droit. C’est logique,
semble-t-il. En réalité, ça ne l’est pas, parce que l’idéal juif, c’est la destruction du monde où il veut ainsi
pénétrer.
D’ailleurs, ce Juif, par suite des traverses de son existence, a acquis des défauts si haïssables que le monde
entier, catholique ou protestant, chrétien ou non chrétien, sent son contact dangereux. Et il l’est, en effet, par
cela seul que la nation juive est organisée secrètement, .que l’organisation secrète engendre le mensonge, que
le mensonge engendre la fourberie, l’hypocrisie, la perfidie... Il lui est donc toujours impossible de passer !
Il lui faut dès lors user de ces armes qu’il s’est données, qui, aiguisées pendant des siècles, demandent leur
emploi : le mensonge, la fourberie, l’hypocrisie, la perfidie. Puisque, pour que le Juif aille à ce qu’il croit être
sa destinée, il est nécessaire que le inonde chrétien soit asservi, il le sera ; et puisque, pour que le monde chrétien
soit asservi, il faut lui faire la grimace de trahison, on la lui fera.
On commencera par s’assurer le monde protestant anglais, qu’on trompera, qu’on corrompra politiquement,
qu’on enfichera, afin qu’à son tour il trompe, il corrompe, il enfielle le monde catholique.
Une force cependant existe qui, à elle seule, pourrait faire échec aux plans juifs : c’est la force
gouvernementale...
Il faut s’emparer de cette force. Comment? L’acheter? C’est impossible. Partout en effet les gouvernements
ont à leur tête des monarques. Un monarque ne se livre pas. Car contre quoi se livrerait-il? Par quel mensonge
pourrait-on le décider à abandonner quelque chose de sa puissance, de sa souveraineté? ' Les monarques sont
donc, en raison de l’intérêt qu’ils y’ont, les défenseurs des peuples chrétiens contre les entreprises juives. Il faut
détruire les monarchies, tout d’abord dans les Etats catholiques, et les remplacer par des formes de
gouvernement telles qu’on puisse faire en sorte que ceux qui gouvernent ne possèdent jamais assez pour n’être
pas achetables. A cet égard, la forme républicaine est la perfection, parce que chacun de ceux qui seront appelés
à participer à la souveraineté pourra être choisi par le Pouvoir occulte de manière à n’être rien par lui-même. Il
sera par conséquent matière éminemment achetable. Il le sera encore bien mieux si les principes religieux sont
anéantis en lui. Donc il faut, ne serait-ce qu’à ce point de vue, détruire les principes religieux. A la place de
gouvernements dont la fonction naturelle et nécessaire était de défendre les peuples chrétiens contre les
entreprises du Juif, on aura ainsi des gouvernements qui seront complètement dans la main des Juifs.
Cela fait, une dernière force fait encore obstacle à la race errante : le sentiment patriotique, en effet, demeure
une défense pour les nations ; il maintient encore tant bien que mal celles-ci debout; il les arme, d’ailleurs, alors
que la nation juive n’est pas armée. On ne peut donc se dispenser de détruire le sentiment patriotique et avec lui
les organismes appelés nations.
Cette fois, c’est fini?....
Non ! On ne détruit vraiment que ce qu’on remplace. Les organismes nationaux n’existant plus, il en faut
d’autres ; car rien ne vit que ce qui est organisé. Or, il est indispensable que l’humanité vive, pour travailler. La
royauté juive ne serait qu’un mot si, au-dessous d’elle, il n’y avait pas une humanité travailleuse. Une nouvelle
organisation du monde est donc nécessaire, mais une organisation telle qu’elle soit dans la main de ceux-là seuls
qui possèdent les capitaux, c’est-à-dire dans la main des Juifs, et qu’elle tende tout entière à ce dont il a besoin
: la production et la réglementation par lui de cette production. C’est le collectivisme sous forme de République
universelle.
Alors enfin, cela fait, tout est fait. Consummatum est / Le Juif est Roi ! Et sa royauté est indestructible, parce
qu’elle seule est organisée dans le monde, et que tout ce qui l’était avant elle a été détruit !
Tout est logique dans cette thèse. Depuis le premier mot jusqu’au dernier, tout s’enchaîne de la façon la
plus naturelle. Nous disions en commençant que la question maçonnique cachait cinq secrets, et que la vraie
solution de cette question c’était celle qui donnerait réponse à ces cinq interrogations :
Qui a inventé la Franc-Maçonnerie?
Pourquoi l’a-t-on inventée?
Quel est le mécanisme maçonnique?
Quelles sont les méthodes par lesquelles est mis en mouvement ce mécanisme?
Quel est le caractère de l’œuvre accomplie par la Frànc-Maçonnerie dans notre histoire?
Or les réponses que nous proposons à ces cinq questions sont en complète harmonie entre elles.
Nous nous trouvons en présence d’une porte : celle de la question maçonnique, fermée par une serrure à
cinq secrets. Nous avons introduit dans cette serrure une clef que nous pouvons faire manœuvrer dans tous les
sens, dont le mouvement n’est arrêté par aucun des secrets, et qui ouvre la porte. Aucune autre clef ne fait jouer
complètement la serrure...
Et c’est pourquoi nous disons : La clef de la question maçonnique, c’est celle dont nous nous servons : c’est
la clef juive.
CHAPITRE XXI
Les obstacles qui se dressent devant le Pouvoir occulte et les raisons que nous avons de ne pas
désespérer.
LA TRAME DE MENSONGE ET LE RETOUR DES CHOSES.
Hier encore un nombre considérable de Français repoussaient dédaigneusement l’idée d’une puissance
humaine capable de faire sentir invisiblement son action sur les affaires du monde et d’avoir une part plus ou
moins prépondérante dans la direction de celles-ci.
Après la démonstration faite dans le Pouvoir occulte contre la France et dans le présent ouvrage, nous
pouvons formuler les évidences suivantes :
L’élément juif s’est maintenu dans le monde à l’état de nation, comme il s’y est maintenu à l’état de race et
de religion. Cette nation a toujours été gouvernée comme toutes les autres ; mais elle a été amenée à se gouverner
secrètement. Un organisme gouvernemental juif existe à l’état occulte. Xon seulement nous ne voyons pas les
individualités qui représentent le Pouvoir occulte juif, mais nous n’apercevons même pas la partie
essentiellement juive de leur organisme de gouvernement. Nous n’en distinguons que la partie par l’action de
laquelle le monde chrétien est livre au monde juif. Cette partie, c’est la Franc-Maçonnerie.
Donc, sous le monde chrétien, se meut un autre monde qui lui est ennemi. C’est par suite de l’effort séculaire
et invisible du second que le premier est divisé contre lui-même et qu’il voit ses fils s’acharner imbécilement,
sous prétexte de progrès, à sa destruction.
Dans ces conditions, le monde chrétien doit-il et peut-il se défendre?
Qu’il le doive, aucun doute. Il le doit d’autant plus qu’il a plus conscience de la noblesse et de la néces- cité
de sa mission dans le monde.
Qu’il le puisse..., voici les considérations qui s’imposent à ce sujet.
Tous ceux qui ont eu à déjouer des machinations établies sur le mensonge ont pu faire la constatation
suivante.
Au début, les choses vont toujours comme le souhaitent les menteurs. A mesure que surgissent des
difficultés, ils en triomphent par une nouvelle machination qui consolide celle qui leur a servi de point de départ,
et cela réussit plus ou moins longtemps. Mais comme chacun des mensonges surajoutés au mensonge primitif
a été inventé pour faire face à la difficulté du moment, comme à cette difficulté en succèdent d’autres, comme
toutes ces difficultés sont forcément diverses et quelquefois contraires, comme à la longue elles résultent des
mensonges eux-mêmes, les premiers finissent par se trouver contredits par quelqu’un des nouveaux ; et une
heure arrive toujours, pour qui sait préparer patiemment et méthodiquement les revanches de la vérité, où les
inventeurs de la trame de perfidie se trouvent pris dans leurs pièges.
C’est ce qui explique la remarque faite si souvent et avec tant de justesse par Drumont : que c’est toujours
à l’heure où les Juifs semblent le plus puissants que leur puissance s’effondre soudainement.
Cela tient à ce qu’en raison de leur situation première au milieu du monde chrétien, de leur faiblesse à
l’origine de la dispersion, en raison aussi de leur caractère et de celui de leur cause, ils ont toujours été obligés
d’établir leurs entreprises offensives sur le mensonge. Ce mensonge initial leur a servi un temps. Puis il a fallu
en ajouter d’autres à celui-là pour le consolider. Les complications de mensonges ont amené les contradictions
et, par la force des choses, un moment est toujours venu où, toute la trame apparaissant, les chefs des
agglomérations chrétiennes ont pris les mesures de défense que réclamait la sûreté de celles-ci.
A côté de leur habileté à mentir, les Juifs ont celle de faire oublier leurs anciennes perfidies, comme aussi
d’en effacer toutes les traces historiques. Ils viennent de fournir une preuve remarquable de cette dernière
aptitude dans l’affaire Dreyfus où, ainsi que nous avons eu occasion de le remarquer, ils ne se sont accordé de
repos que lorsqu’ils eurent obtenu un jugement de la Cour de cassation établi sur un texte de notre code, falsifié
dans l’interprétation qui lui a été donnée, mais qui, tel qu’il est, deviendra, ils l’espèrent, historiquement
justificateur tout de même, bien que faussement. Historiquement : tout est là pour eux en cette affaire.
Ils sont aussi prodigieusement entêtés à recommencer l’édification de leur fortune. Comme ils n’ont pas
d’autre moyen que celui que nous venons de dire, il en résulte qu’ils procèdent toujours de la même manière.
Et c’est ainsi que leur histoire a justifié tant de fois l’observation faite par Drumont.
On peut croire qu’elle est à la veille de la justifier encore.
Formidables sont en effet les obstacles qui se trouvent actuellement dressés sur la route du Pouvoir occulte
et qui résultent de ses manœuvres antérieures. C’est la raison que nous avons d’espérer, malgré l’immensité de
la trame ténébreuse ourdie contre nous, et c’est cette raison qu’il nous reste à exposer.
Ainsi que nous l’avons dit, la réalisation d’un plan comportant l’assujettissement du monde chrétien, si
fortement organisé il y a quatre siècles, nécessitait des étapes successives. Nous avons noté celles-ci.
Les Juifs ont dû commencer par secouer de différentes manières la Chrétienté pour essayer de la disloquer.
Après l’établissement du protestantisme, il leur fallut se liguer avec celui-ci contre le catholicisme et
recommencer le travail de dislocation en visant, cette fois, les organismes nationaux catholiques. Lorsqu’ils
virent la nation anglaise échapper aux idées révolutionnaires grâce à son esprit pratique qui la garde de
l’idéologie en politique, ils durent attendre ou préparer la substitution d’un gouvernement protestant au
gouvernement catholique anglais. Ils purent alors s’appuyer sur lui pour s’attaquer à la France, pour détruire
l’organisation politique de celle-ci, pour lui en donner une selon ses vues, et pour attribuer la direction des
affaires à des hommes de l’esprit desquels ils s’étaient emparés, grâce à l’éducation qu’ils leur avaient donnée
par l’intermédiaire des sociétés secrètes.
Une pareille suite dans les idées nous semble prodigieuse, à nous qui n’en avons plus aucune.
Pas si prodigieuse que cela ! Notre politique extérieure n’a-t-elle pas été une politique suivie, elle aussi,
dans les temps où, les Juifs étant tenus en bride par nos chefs, nous étions vraiment une nation? Les Bourbons
n’eurent-ils pas un objectif séculaire? Il faut voir l’adversaire tel qu’il est ; mais il ne faut pas nous voir plus
petits que nous n’étions,..
S’attaquer à la France une fois le gouvernement protestant établi en Angleterre, c’était tout indiqué ! Nous
étions pour cette dernière nation la rivale dont elle avait failli faire un jour sa proie. Nous étions aussi la nation
qu’il devait être particulièrement facile de tromper par le mensonge, précisément à cause de sa franchise et de
sa générosité naturelles, susceptible s’emballer sur des formules creuses, à cause de son besoin de se dévouer,
au point de devenir l’ouvrier inconscient de sa propre destruction. Nos qualités mêmes, les noblesses de notre
nature — car nous en avions ! — pouvaient être utilisées pour notre ruine, pourvu qu’elles fussent maniées avec
l’hypocrisie et le cynisme qui convenaient. Il devait suffire, pour nous entraîner jusqu’à ce point, de s’emparer
de quelques-unes des idées imprimées dans nos âmes par des siècles de culture chrétienne, de les déformer
quelque peu, de nous les donner comme nouvelles, grâce à ces maquillages auxquels excelle le Juif pour faire
du neuf avec du vieux ou du vieux avec du neuf selon son intérêt du moment, et de les inscrire sur nos drapeaux
en quelques-unes de ces formules dont la retentissante sonorité morale devait produire sur nos âmes l’effet que
produit sur nos nerfs le son du tambour... Grâce à cela, la nation qui a justifié cette parole : Gesta Dei per
Francos ! devait justifier cette autre : Gesta judaeorum per Francos !
Dans cette première partie de sa besogne, le Pouvoir occulte national juif a réussi aussi complètement' qu’il
pouvait le souhaiter. Tout ce qui pouvait faire obstacle chez nous à la domination juive est actuellement renversé.
Nos traditions politiques sont abattues et nos traditions religieuses violemment arrachées de l’âme de la race
sans que celle-ci, privée de ses guides et de ses défenseurs naturels, sache résister à l’opérateur. La discipline
politique étant brisée, il arrive que les catholiques ne s’entendent plus et que la plupart se livrent d’eux-mêmes
à leur ennemi. Les uns prêchent l’acceptation des faits ; les autres l’acceptation partielle des idées adverses. Un
certain nombre s’enthousiasment pour un idéal fait de chimères démocratiques qui leur est suggéré, sans qu’ils
le sachent, par l’ennemi, et qui est destiné à les mener là où le faux idéal de 1789 a conduit les catholiques
d’alors. Partout, par conséquent, sous une forme ou sous une autre, c’est l’inaptitude à la lutte, ou le
renoncement, quand ce ne sont pas les bras ouverts à l’ennemi. Ici ou là, il arrive bien que le patient crie,
gesticule, comme ceci ou comme cela ; mais il est réduit à la plus complète impuissance. A la place de la religion
des aïeux, on est parvenu à nous faire accepter un matérialisme dévastateur, qui suffirait à lui seul à nous rendre
incapables de résistance. Au lieu du chef de la nation qui avait intérêt à la sauvegarde de la communauté, puisque
sans elle il n’eût été rien, un gouvernement nous a été donné, d’origine révolutionnaire, c’est-à-dire procédant
du Pouvoir occulte juif, ne pouvant rien attendre que de lui, et qui, dominé par l’abjection régnante, abjection
qu’il a d’ailleurs contribué à répandre, ne peut plus songer qu’à complaire au maître. Et il était fatal que les
choses en arrivassent à ce point, dès lors qu’on avait privé la France de ses chefs. Nation capable de tout, à
condition qu’elle soit conduite ; incapable de se garder au contraire, dès lors qu’elle est sans guide. A ce point
de vue, le Juif a bien fait son calcul. Il savait qu’il suffisait de trancher la tête à notre royauté pour qu’à la place
de cette tête abattue, il n’eût plus qu’à poser la sienne. Car il nous en faut une, quelle qu’elle soit, de par la
volonté de la nature.
Tout semble donc irrémédiablement accompli.
Attendez pourtant ! Car voici qu’au dedans comme au dehors surgissent des circonstances d’où peut nous
venir le salut, si nous savons les voir et les utiliser. Et ces circonstances ont été créées par le Pouvoir occulte
lui-même. Elles sont les conséquences des manœuvres auxquelles il a été obligé de se livrer pour nous abattre.
C’est ainsi que se manifeste la justice de Dieu !
Lorsque le Pouvoir occulte juif fonda la Franc- Maçonnerie, il se trouva dans la nécessité, ainsi que nous
l’avons expliqué, d’avoir recours aux Anglais comme intermédiaires. Il fut obligé de leur livrer en partie le
secret de l’organisme de destruction qui devait être introduit, grâce à eux, dans le monde catholique. Les
hommes d’Etat anglais comprirent l’utilité dont pouvait être pour leur pays une association par l’intermédiaire
de laquelle il leur était loisible de répandre dans les nations catholiques les idées qui devaient être pour celles-
ci tout au moins des germes d’affaiblissement. C’est pourquoi, ne voyant que l’intérêt de leur pays, et oubliant
celui de la chrétienté, ils s’appliquèrent à répandre cette Franc-Maçonnerie universelle, fraternelle en apparence,
mais anglaise en fait, dont il leur était parlé. Nous avons expliqué comment, sans qu’ils pussent s’en douter, les
sociétés secrètes juives possédaient les moyens de mettre silencieusement la main sur les loges, par l’intermé-
diaire des chrétiens qu’elles avaient affiliés, et comment le Pouvoir occulte juif, inconnu alors des politiques
anglais, avait ainsi pu faire passer ses inspirations dans les loges fondées par ceux-ci. Nous avons aussi montré
pourquoi ces inspirations étaient forcément favorables à la politique anglaise, par cela seul qu’elles tendaient à
la diminution de la force française. Il arriva pourtant qu’à certains moments, l’intérêt juif ne se confondit pas
absolument avec l’intérêt anglais. Par exemple les politiques anglais eurent à constater la disparition des loges
françaises pendant la Révolution, ce qui les privait des moyens qu’ils croyaient posséder de diriger cette
Révolution. Plus tard, ils virent une partie des forces maçonniques françaises leur échapper sous le premier
Empire.
Ils furent incités par ces circonstances et par un certain nombre d’autres, à reprendre en sous-main, au sein
de la Franc-Maçonnerie, une certaine organisation qu’ils avaient forcément négligée en raison de leur
inexpérience au moment de la constitution des loges : celle qui tend à la transmission des suggestions. En se
donnant à ce travail de constitution, ils avaient en somme fourni au Pouvoir occulte juif des moyens d’action au
sein de la chrétienté analogues à ceux que fournissent à la maçonnerie les créateurs de certains groupes profanes.
Les circonstances dont nous venons de parler ne leur révélèrent peut-être pas encore l’existence de ce Pouvoir
occulte juif, mais elles les amenèrent tout au moins à reconnaître que l’organisme ne fonctionnait pas de façon
à rendre tout ce qu’ils en avaient attendu, et cela suffisait pour qu’ils eussent le désir de remédier à ce qu’ils
croyaient être une imperfection de l’organisme.
Comment? Dans le monde occulte les procédés en pareil cas sont forcément peu variés. Les politiques
anglais ne pouvaient que créer des groupes maçonniques nouveaux chargés de répandre dans ceux qui existaient
déjà des suggestions avantageuses à l’Angleterre. C’est ainsi qu’à différentes époques, et selon ce qu’exigeaient
les circonstances, des courants ont été créés ou fortifiés au sein de la Franc-Maçonnerie, après certains
mécomptes résultant pour les Anglais des manœuvres juives.
Une nouvelle situation, grosse de conséquences, a été la conséquence de ces tentatives réitérées. Pour nous
rendre complètement compte de cette situation, il faut considérer la façon dont s’opèrent de pareilles opérations.
Supposons qu’un homme politique anglais, initié à la haute maçonnerie, connaissant par conséquent la
manière dont fonctionne l’organisme et se rendant compte de ce qu’on devrait en tirer, constate que certaines
idées désavantageuses à l’influence anglaise sont répandues dans les groupes maçonniques ou dans certains
d’entre eux. Il fait part de sa constatation à certains de ses co-initiés anglais dont il croit être sûr. Des
conciliabules secrets s’établissent. Ceux qui sont appelés à y prendre part pourront commencer par décider
simplement qu’ils s’appliqueront individuellement à faire circuler d’autres idées au sein des loges. Mais s’ils
constatent que leur effort demeure impuissant, ils sont amenés à organiser une contre-propagande, et pour cela
à créer une Franc- Maçonnerie spéciale (fondation de loges, d’ateliers supérieurs, de fédérations, voire même
de rites) qui jouera au sein de la Franc-Maçonnerie universelle, selon les nécessités, le rôle que jouent les loges
au sein du monde profane. Ainsi peut se trouver institué un nouveau centre d’inspirations c’est-à-dire un autre
Pouvoir occulte qui, sans faire directement échec au premier, dont il n’a peut-être ni la connaissance ni
l’intuition, sert tout au moins un autre intérêt.
De pareilles créations ne sont pas à la portée de tout le monde, certes ! Mais elles ne sont pas impossibles à
qui représente une idée nationale ou une idée religieuse, ou les deux à la fois, comme c’est le cas pour les
politiques anglais. Elles seront considérablement facilitées si les initiateurs de ces sortes de mouvements
disposent d’une grande situation, de relations et d’influences diplomatiques, et aussi de puissantes ressources
financières.
Il est impossible que les politiques anglais, disciples et successeurs de ceux par qui les Juifs firent effectuer
les plantations maçonniques dans les différents pays chrétiens en leur persuadant que cette opération ne pouvait
être favorable qu’à l’Angleterre, il est impossible, disons-nous, que ces politiques anglais n’aient pas été
conduits à constituer un Pouvoir occulte politique anglais manœuvrant pour son compte, dans les conditions
que nous venons de dire, au sein de l’immense agglomération maçonnique.
Le Pouvoir occulte juif n’a pas eu de peine, comme on pense, à s’en apercevoir. Il avait toute facilité pour
cela, lui qui tenait tous les fils et qui avait une expérience bien plus grande du maniement des sociétés secrètes
superposées. Mais il ne pouvait s’opposer aux manœuvres anglaises que dans une certaine mesure, dominé qu’il
était par la nécessité de ne pas se découvrir. C’est ainsi que le secret, cause de sa force, peut devenir, en des cas
accidentels, cause de sa faiblesse. Il lui est souvent impossible d’agir comme il le voudrait, précisément parce
qu’il doit rester occulte. ^Tant que son objectif immédiat était la ruine du catholicisme et des nations catholiques,
cet objectif se trouvait d’ailleurs servi d’une certaine manière par le Pouvoir occulte anglais. La principale
préoccupation du premier a donc dû toujours être de faire pénétrer ses créatures au sein des groupes constitués
par le second, pour être renseigné sur eux, pour contrebalancer leur puissance, pour avoir dans leur direction
une certaine part, pour neutraliser dans la mesure du possible celles de leurs tendances qu’il jugeait dangereuses
pour lui. Parfois il est arrivé qu’il a cru devoir opposer à ces sortes de créations d’autres créations du même
genre ; et nous pouvons nous rendre compte par-là de ce que sont ces franc-maçonneries régulières ou
irrégulières, dont les francs-maçons entendent parler sans y rien comprendre, ainsi qu’en faisait naïvement
l’aveu le F... Limousin dans ce discours à la Société de statistique dont nous avons parlé dans notre précédent
ouvrage. Qui prononce la régularité? Pourquoi la prononce-t-on? C’est ce qu’ignorent les pauvres moutons de
Panurge que sont les francs-maçons même haut gradés, comme celui dont nous venons de prononcer le nom. (Il
est trente-troisième !) Nous pouvons considérer que l’irrégularité, prononcée comme elle l’est le plus souvent
par on ne sait qui, au nom d’on ne sait quoi, est une sorte d’excommunication lancée par les représentants de
celui des deux Pouvoirs occultes qui s’inquiète lorsqu’il voit se créer au sein de la Franc-Maçonnerie une
organisation nouvelle contre laquelle il se défend comme il peut. Un exemple de ce genre de lutte nous est-il
offert en ce moment par la soi-disant réorganisation de la Franc-Maçonnerie spiritualiste, réorganisation qui a
pour base l’excommunication lancée contre le Grand-Orient de France, principal agent dans l’œuvre de
désorganisation dont la France est la victime? C’est possible. Mais il est possible également qu’il ne s’agisse là
que d’une manœuvre tendant à tromper le public par le retranchement d’une des parties de l’organisme
maçonnique sur laquelle les profanes sont arrivés à jeter trop de lumière, et dont le maintien serait
compromettant pour l’ensemble.
Quoi qu’il en soit, après bientôt deux siècles de fonctionnement de la Franc-Maçonnerie au sein du monde
chrétien, nous devons tenir pour certain que cette société secrète voit depuis longtemps déjà, au moins deux
influences se mouvoir en elle, — sans compter d’autres (pii ont pu ou qui pourront surgir, — et que si les
gouvernements n’y prennent garde, il en sera bientôt de notre monde européen comme il en est du monde
chinois, où la vie publique n’est que la manifestation des luttes des différentes sociétés secrètes qui se croisent,
se mêlent, se heurtent et se disputent par la ruse toutes les influences. Un tel état de choses doit arriver. Il est
fatal. S’il n’existe pas encore maintenant, il se créera nécessairement un jour ou l’autre ; ou plutôt nous y
marchons tous les jours. L’occulte en effet ne peut pas ne pas engendrer l’occulte.
La seule ressource qu’il nous reste pour prévenir une situation sociale aussi honteuse, c’est que, par la force
des choses, les gouvernements européens qui ont le plus bénéficié de l’action maçonnique vont commencer et
commencent même déjà à sentir que cette action devient dangereuse pour eux.
CHAPITRE XXII
Ainsi que le lecteur a pu s'en rendre compte, ce sont toujours des déductions ou des inductions appuyées
sur des faits positifs qui lui ont été présentés dans cet ouvrage et dans celui qui l’a précédé.
En toutes circonstances, après avoir constaté que tel ou tel fait existait, nous nous sommes dit que ce fait
entrait forcément dans l’immense enchaînement de causes et d’effets suivant lequel le Créateur a déroulé sa
création. Dès lors, nous ne nous sommes pas trouvé le droit de le considérer dans un isolement où Dieu n’a pas
permis qu’il fût. Nous avons cherché sa cause et ses conséquences.
Nous nous garderons bien d’oublier cette méthode à l’heure où nous voici arrivés de notre étude. Alors qu’il
s’agit de dégager les devoirs à l’accomplissement desquels est attaché le salut de la France, il conviendrait, nous
semble-t-il, que le rôle de l’auteur se trouvât réduit à celui du morceau de craie qui trace sur le tableau les
formules imposées par les don-, nées du problème. Il ne s’agit pas ici, eh effet, de savoir ce que pense telle ou
telle personne, mais ce que dit la logique des faits. C’est d’elle que nous devons nous inspirer si nous voulons
entreprendre la lutte dans des conditions favorables à la France.
Nous nous trouvons en présence d’une situation : celle que nous nous sommes efforcé de dégager des
obscurités amoncelées séculairement sur elle. Cette situation peut-elle être résolue? Comment? Tel est le
problème dont nous avons le devoir de chercher et d’exposer la solution de la façon la plus impersonnelle qui
soit possible, sans tenir aucun compte ni de nos intérêts, ni de nos idées, ni de nos sentiments, au besoin en les
heurtant.
Il est certain que le salut de la France n’est pas chose au-dessus des possibilités humaines.
Mais pour pouvoir il faut vouloir. Les volontés françaises voudront-elles? C’est une autre question.
Quoi qu’il en soit, nous accomplirons notre devoir en posant les données du problème.
La question judéo-maçonnique n’est pas seulement une question française ; c’est une question mondiale.
Dès lors, il y a lieu d’examiner ce que nous avons à attendre du dehors.
Un observateur qui, pour juger les affaires de ce monde, pourrait se placer en dehors et au-dessus de
l’atmosphère humaine, à l’abri des passions qui nous rapetissent, serait amené à conclure que l’Angleterre et
l’Allemagne ont de graves responsabilités vis-à-vis de la France et qu’elles lui doivent plus que des secours :
des réparations.
L’abaissement dans lequel ces deux nations nous ont mis n’a en effet rien de comparable à ceux que nous
leur avons infligés jadis dans certaines circonstances, et qu’en d’autres, elles nous ont rendus.
C’était alors loyalement, à ciel ouvert, qu’entre elles et nous s’engageait le combat ; pour des ambitions
souvent illégitimes, c’est vrai, plutôt que pour des besoins dont la satisfaction était d’une nécessité impérieuse
; mais du moins en dehors de toute collaboration avec ceux qui se sont montrés jusqu’ici les ennemis acharnés
de la Chrétienté.
Il n’en est plus de même aujourd’hui. Ce qui caractérise la fortune actuelle de l’Angleterre et celle de
l’Allemagne, c’est'en effet que l’une et l’autre ont été acquises, en partie, grâce à certains moyens que réprouvent
violemment la morale et la fraternité chrétiennes.
Avant d’attaquer sur le champ de bataille la France, nation fille du Christ comme elles, leur aînée, elles ont
commencé par l’affaiblir en lui glissant traîtreusement dans les veines le virus dont l’action corruptrice devait
leur assurer l’avantage. C’est-à-dire qu’avant de combattre par le fer, elles ont eu recours au poison. Devant la
face de l’Eternelle Justice, peuvent-elles se dire qu’en faisant cela, elles ont agi loyalement et courageusement?
Ajoutons que le virus maçonnique, par cela seul qu’il était corrupteur, était essentiellement antichrétien.
C’est en effet en détruisant l’enseignement chrétien qu’il affaiblissait la France. Celle-ci n’a donc pas été frappée
seule ; le christianisme l’était avec elle. Cela se trouve suffisamment démontré aujourd’hui. Et une pareille
œuvre était accomplie par les procédés hypocrites et lâches d’une association issue des sociétés secrètes juives
!
De même que Judas entrant au Jardin des Oliviers allait en ami vers Celui qu’il livrait, la Franc- Maçonnerie
entrait, elle aussi, en amie chez les nations catholiques, et elle y entrait présentée par des protestants, c’est-à-
dire par des chrétiens !
A la base de la fortune actuelle de l’Angleterre et de l’Allemagne, il y a donc une félonie non seulement
contre la France, mais contre la Chrétienté, et une félonie entreprise par les gouvernants anglais et allemands de
compte à demi avec les ennemis du Christ.
Ces réflexions, si j’étais chrétien anglais ou allemand, rabattraient quelque peu mon orgueil.
La France n’a pas un tel crime à se reprocher vis- à-vis de l’Angleterre ni de l’Allemagne. C’est pourquoi
nous sommes fondé à dire que, victime de pareilles manœuvres, elle aurait droit de leur part à des secours et à
des réparations.
Mais il est plus facile de concevoir ce que voudrait la justice que de le voir réalisé.
Nous ne devons donc pas nous leurrer. Ce n’est pas du repentir anglais ou allemand que nous avons à espérer
le salut. Heureux faut-il nous estimer si les gouvernants d’Angleterre et d’Allemagne parviennent à rompre les
liens dont le Pouvoir occulte s’est efforcé de les envelopper, s’ils se rendent compte des périls courus par leurs
peuples et s’ils comprennent la nécessité d’une alliance chrétienne générale pour empêcher les chefs de la nation
antichrétienne de réaliser leur plan de domination du monde.
Peut-être Edouard VII et Guillaume II qui ont des moyens d’information que nous n’avons pas, sont-ils
beaucoup plus préoccupés de cette question que nous ne nous imaginons. Mais en raison des actes de leurs
prédécesseurs et des leurs, ils sont obligés, s’ils nourrissent de telles préoccupations, de les cacher. En l’état
actuel du monde, ils ne pourraient d’ailleurs prendre de mesures contre la France-Maçonnerie et contre les Juifs
si leurs peuples n’étaient là-dessus en complet accord avec eux. Or les nations européennes ont été maintenues
jusqu’ici dans la plus complète ignorance de la question judéo-maçonnique. Elles en sont encore où en était la
malheureuse reine Marie-Antoinette, en 1787, lorsque, dans une lettre qu’elle adressait à sa sœur, elle faisait
l’éloge de cette Franc-Maçonnerie qui se préparait à la martyriser moralement et physiquement de la manière la
plus infâme. C’est encore à nous qu’incombera leur éducation...
Nous n’avons donc à compter que sur nous-mêmes. Toutefois nous ne devons pas oublier la situation que
nous avons indiquée dans le précédent chapitre, situation qui met les gouvernants anglais, allemands et juifs en
telle posture les uns vis-à-vis des autres que ces derniers sont désormais dans l’impossibilité de manœuvrer
librement contre nous.
C’est assez pour que nous puissions organiser notre défense.
LA QUESTION RELIGIEUSE.
Cela est d’ailleurs tellement évident que l’entente serait relativement aisée sur ce sujet entre Français
vraiment dévoués au salut public, s’ils ne se trouvaient aux prises avec les difficultés de l’action politique.
Ces difficultés résultent non seulement de l’état d’esprit créé par le Pouvoir occulte, mais aussi et surtout
des états des choses établis consécutivement à cet état d’esprit.
Voici quelles sont les indications fournies à cet égard par l’étude que nous terminons.
Au point de vue religieux, l’état de choses créé par le Pouvoir occulte, c’est la guerre à mort au catholicisme
et le remplacement de celui-ci par le matérialisme le plus bestial. .
Nous avons montré dans quel but le matérialisme était prêché. Le Pouvoir occulte juif le considère avec
raison comme destiné à nous achever.
Quant à la guerre déclarée au catholicisme, qu’est- ce qui la légitime? Rien. Au contraire, tout devrait nous
l’interdire si le Pouvoir occulte n’était parvenu à faire de nous un peuple malade, un peuple fou.
En effet, ce n’est pas seulement au nom de la liberté, comme certains le disent, que le catholicisme est fondé
à réclamer son droit à l’existence. Demander pour lui la simple tolérance, c’est humilier injustement sa cause.
Celle-ci doit être plaidée par des raisons plus hautes et infiniment honorables. Le catholicisme possède des titres
qui lui assurent le droit non seulement à la vie, mais aussi au respect de tous les hommes et des Français en
particulier. Voici en trois mots le rôle sublime qu’il a joué : il a ressuscité l’humanité après que celle-ci eût été
submergée par la barbarie ; il lui a fait une âme ; et il a construit la France. Et ce n’est pas dans « la nuit des
temps » que ces services glorieux et inoubliables ont été rendus par lui ; c’est au grand jour. Tels sont ses titres.
Le Pouvoir occulte juif veut la mort du catholicisme. Nous ne pouvons pas ne pas nous opposer à cet attentat,
à ce crime monstrueux contre l’idéal, contre la raison, contre la patrie, contre l’humanité.
Est-ce à dire que nous devions redevenir tous croyants et pratiquants? Cela ne se fait pas au commandement;
pas même au commandement qu’on se donnerait à soi-même. Les blessures laissent des cicatrices. Or nous
sommes des blessés.
Mais il est une chose qui se peut, pourvu qu’il nous reste quelque sentiment de justice et tant soit peu de
lucidité intellectuelle : c’est que nous redevenions des défenseurs du catholicisme, c’est-à-dire de l’état d’esprit
chrétien, y compris l’indispensable et noble idée de discipline. Ou bien nous serons ces défenseurs ou bien nous
serons les serfs des Juifs. Ces derniers ont si bien fait que la question religieuse se pose à nous dans ces termes
simples : ou le Christ, ou Judas ! Voudrions-nous nous dérober?... Impossible ! La logique des faits nous enserre
tous les jours davantage : si nous n’avons pas le courage de choisir, elle choisira pour nous. Ou le Christ, ou
Judas !
LA QUESTION POLITIQUE.
LA FORME DE GOUVERNEMENT DONT NE VEUT PAS
LE POUVOIR OCCULTE.
COMMENT SE RÈGLENT SES PRÉFÉRENCES EN CETTE MATIÈRE.
Il nous faut enfin arriver à l’examen de l’état de choses politique. C’est là que notre organisme national
présente le plus de points douloureusement sensibles. Le Pouvoir occulte juif a voulu qu’il en fût ainsi. Son
intérêt l’exige.
Actuellement, il nous a donné la République. Nous disons : actuellement, parce qu’à d’autres époques la
Franc-Maçonnerie a facilité l’avènement des deux Empires et celui de Louis-Philippe. Mais ce n’était là que
manoeuvres momentanées ayant pour but d’assurer certaines transitions nécessaires. Nous en avons la preuve
dans le fait que les deux Empires et la monarchie de Louis-Philippe ont eu à subir les assauts des sociétés
secrètes. Ils ont été détruits par elles, c’est-à-dire par le Pouvoir occulte, puisque celui-ci a la main dans toutes,
comme la Maçonnerie a la main dans toutes les sous-maçonneries. Ces gouvernements avaient donc été
considérés par lui comme des pis-aller. Pour éviter un retour de la France au traditionalisme intégral qui
comprend l’idée de patrie, la tradition religieuse et la tradition monarchique, le Pouvoir occulte concédait, selon
ce qu’exigeaient les circonstances, un traditionalisme partiel.
Tout considéré, il faut reconnaître que les formes de gouvernement qui conviennent le mieux chez nous au
Pouvoir occulte juif sont celles qui suppriment une plus grande part du traditionalisme intégral et qui, par là
même, le rapprochent davantage de son but définitif : la royauté juive par l’anéantissement de tout
traditionalisme et par l’établissement de la République collectiviste athée.
Ce dont il ne veut à aucun prix — les faits sont là pour le crier — c’est une monarchie qui, en même temps
qu’elle serait chrétienne, représenterait le droit traditionnel dans la personne de son chef. Supposez un tel régime
restauré, supposez le chef ayant conscience de toutes les nécessités actuelles, grâce aux lumières fournies par
l’étude de la question judéo- maçonnique, et prenant bravement les mesures nécessaires pour sauvegarder le
traditionalisme religieux et patriotique... Mais non ! N’évoquez pas une pareille vision devant le Pouvoir occulte
ni devant les Juifs et les francs-maçons défrancisés qui le servent !... Ce serait le vieil arbre séculaire français
réenfonçant ses racines dans le sol, ce serait l’anéantissement de la royauté juive. Tout plutôt que cela !
Par l’effet de ses suggestions, le Pouvoir occulte est parvenu à inoculer à un grand nombre d’entre nous sa
haine de la monarchie traditionnelle. C’est un fait indéniable. Or, en politique comme en médecine, ainsi que
nous l’avons dit, il faut tenir compte des faits. Celui dont nous parlons suffît à rendre le salut de la France
singulièrement difficile. Mais c’est un autre fait non moins indéniable, qu’un tel état d’esprit fait
merveilleusement les affaires de l’ennemi acharné de la France et du monde chrétien. Nous pouvons rester ce
que nous sommes ; mais nous devons avoir le courage de constater ce qui est, tout ce qui est.
A la monarchie dont nous parlons, le Pouvoir occulte en préférerait certainement une qui, fût-elle chrétienne,
ne pourrait s’appuyer sur le droit traditionnel. Ce serait toujours le traditionalisme attaqué sur un point.
Il accepterait encore plutôt une république chrétienne, fût-elle dictatoriale. Celle-ci lui laisserait l’espérance
de voir succéder au dictateur chrétien, un dictateur moins chrétien qui, n’ayant pas le souci d’une politique
traditionnelle, gouvernerait selon ses principes. Dans tous les cas, ce serait une racine du traditionalisme
stérilisée : l’hérédité.
Elle le serait plus sûrement si, au lieu d’une dictature chrétienne, il s’agissait d’une république libérale
chrétienne. Le Pouvoir occulte saurait jouer du libéralisme infiniment mieux que ses adversaires et ce serait
pour détruire tôt le régime.
Une dictature anticléricale, même sous forme d’empire ferait encore mieux son affaire. Il verrait là les deux
racines du traditionalisme fortement atteintes ou menacées. Il aurait en effet la possibilité des campagnes
anticatholiques tolérées, sinon favorisées par le gouvernement. En même temps, le chef de l’Etat n’ayant pas
pour lui la force du principe traditionnel, son autorité dictatoriale serait bientôt sapée par la propagande libérale
qu’on lui opposerait.
Nous avons d’ailleurs eu tout cela en France au cours du xix e siècle et nous savons que c’est en passant par
ces chemins qu’on arrive où nous sommes.
Dictature, anticléricale ou non, ou bien république, chrétienne ou non, le Pouvoir occulte est assuré, une
fois qu’il nous a mis là, une fois qu’il est parvenu à rompre un des étais du traditionalisme, de briser l’autre.
C’est l’affaire de quelques étapes : république progressiste, république opportuniste, et enfin république
radicale, c’est-à-dire athée. Cela se fait presque sans qu’on s’en aperçoive ; et, dans tous les cas, cela se fait
malgré les résistances, en raison de l’action de certains principes ou de certains illogismes qui, une fois introduits
dans les organismes politiques, ont pour effet de les fausser. Nos chefs d’opposition républicaine ne se sont pas
aperçus de cela ; ceux d’aujourd’hui, qui devraient pourtant être instruits par l’expérience, semblent ne pas le
voir mieux que ceux d’hier. C’est pourquoi ils ont laissé tomber la France où elle est. Lorsqu’on les pousse sur
ce sujet, on arrive à obtenir d’eux une réponse de ce genre : « Je ne vous dis pas que je sois aussi radicalement
républicain aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Mais la nation veut le maintien de la République. » Et ils continuent
à faire non seulement delà politique, mais de la propagande républicaine, sans s’inquiéter des résultats, comme
le médecin qui verserait lui-même du poison à son malade, sous prétexte que celui-ci en veut...
On peut dire d’eux que leur dévouement et leur habileté ont été vaincus par leur illogisme — si tant est que
celui-là soit réellement habile qui commence par se ranger du côté où n’est pas la logique.
République radicale athée : c’est celle que nous avons maintenant. Elle a pour objectif la préparation à la
république collectiviste. On l’a baptisée démocratique. Par là on capte pour elle l’adhésion des multitudes
aveugles, quelques crimes qu’elle commette contre la patrie. On entraîne en même temps les bourgeois vaniteux
auxquels on fait croire qu’ils sont des « avancés », des « évolués » parce qu’ils se sont soustraits à toute discipline
religieuse, alors qu’en réalité leur intelligence privée de direction supérieure glisse insensiblement vers
l’incohérence et l’anarchie. On séduit jusqu’aux catholiques en leur présentant « l’esprit démocratique » comme
une adaptation naturelle et nécessaire de l’esprit de charité à la politique. Conception fausse, à l’abri de laquelle
on leur suggère que l’esprit démocratique doit être le principe directeur de toute politique vraiment chrétienne.
On les conduit ainsi à la plus lamentable, à la plus désastreuse confusion entre les devoirs sociaux, les devoirs
politiques et les devoirs religieux ; la confusion qu’écartait le Christ par cette simple parole : Rendez à César ce
qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. On les hypnotise sur l’idée du droit des multitudes, généreuse en
apparence, mais rationnellement fausse et funeste à ces multitudes elles- mêmes lorsqu’elle leur est présentée
autrement que comme un corollaire de l’idée de devoir. On les grise de la suggestion qu’ils ont une mission à
remplir : celle de procéder à l’avènement de la bonté et de l’amour universel comme fondements de la politique;
conception absolument enfantine attendu que le fondement de toute politique doit être l’ordre. N’est-ce pas en
effet le besoin de sécurité qui est le point de départ, la raison d’être des sociétés humaines? Et la sécurité peut-
elle être assurée autrement que par l’ordre, résultant de l’accomplissement de certains devoirs qui, à leur tour,
deviennent générateurs de droits?
En faussant ainsi les principes, en les transportant a tort et à travers du domaine religieux dans le domaine
politique, ou inversement, le Pouvoir occulte bouleverse les conditions d’existence des nations. Il met à la base
des constructions sociales ce qui devrait être au sommet ; au sommet ce qui devrait être à la base. Il arrive enfin
à ce que la religion, initiatrice des dévouements, provocatrice des saints enthousiastes et, par là même, soutien
des sociétés, se trouve employée pour leur ruine.
Lorsque de telles confusions sont produites dans l’esprit des meilleurs catholiques, le Pouvoir occulte peut
se permettre les suprêmes attentats, puisque ceux qui devraient veiller à la défense commune sont occupés
d’autre chose, puisqu’ils concourent même à hâter l’heure où seront détruits, morceaux par morceaux, les
derniers liens qui maintenaient l’agrégation nationale. C’est après ces derniers efforts que doit enfin sonner
l’heure où pourra être instaurée la république collectiviste, celle par laquelle se trouvera définitivement
organisée la royauté juive.
C’est là que nous allons lentement, progressivement ; toutes précautions étant prises pour que la chose
n’apparaisse que lorsqu’il sera trop tard pour résister, ainsi qu’il a été fait pour la Révolution. Nous y allons,
conduits par les gouvernants eux-mêmes, les uns cyniques comme Clémenceau, les autres hypocrites comme
Briand, tous hypnotisés, même s’ils n’ont pas reçu l’initiation dans une loge, tous pénétrés de l’esprit
maçonnique, grâce aux milliers de conduites par lesquelles cet esprit est maintenant répandu dans le monde
profane. Bientôt, si le plan aboutissait enfin à sa réalisation définitive, la France ne serait plus la France. A son
organisation nationale en ruines aurait succédé une organisation purement financière, industrielle et
commerciale, dans laquelle tous, riches ou pauvres d’aujourd’hui, égalisés, nivelés, nous ne serions plus que les
ouvriers de la raison sociale : ISRAËL.
Que les amis, que les collaborateurs actuels des Juifs ne s’y trompent pas : la raison sociale sera Israël tout
court, et non pas Israël et Cie, parce qu’une fois roi, Israël n’admettra pas d’autre compagnie que celle de ses
fils. Et, à son point de vue, il aura raison, sa sûreté ne pouvant plus alors exister qu’à ce prix. On sera de « la
race élue » ou on n’en sera pas.
Encore une fois, nous marchons à ce but et par des voies beaucoup plus sûres que celles qu’ouvrirait la
révolution dans la rue ; nous y marchons par le désordre mis dans les consciences et en particulier dans un
nombre tous les jours plus grand de consciences catholiques ; et c’est en réalisation du plan qui était indiqué par
l’un des membres de la Haute-Vente lorsqu’il écrivait : Il nous faut une révolution en tiare et en chape.
Si la pente qui conduit à ce terme est si glissante une fois que sont acceptés les gouvernements où fait défaut
le principe d’hérédité monarchique uni au principe chrétien, faut-il proscrire la forme républicaine que nous
avons actuellement?
A la question posée avec cette netteté, les faits répondent encore ; et c’est pour nous dire que nous ne
pouvons détruire à notre fantaisie un état de choses existant, surtout lorsque cet état de choses repose sur un état
d’esprit précédemment créé et solidement assis. Un trop grand nombre d’entre nous demeurent attachés, malgré
tout, à la République. Nous y sommes peut-être attachés nous-mêmes Notre va
nité prend tant plaisir à se persuader que nous nous gouvernons librement ! Or l’étiquette républicaine nous
donne cette illusion ; et, en cela comme en tant d’autres choses, l’illusion nous suffît.
Nous disions tout à l’heure qu’on ne pouvait nous demander de redevenir croyants et pratiquants au
commandement ; mais nous ajoutions que nous pouvions et que nous devions redevenir des défenseurs du
catholicisme. On ne saurait nous demander non plus de redevenir monarchistes au commandement ; mais nous
pouvons tout au moins ne pas nous livrer à la propagande antimonarchiste. Nous pouvons, quelque conviction
religieuse ou quelque opinion politique que nous ayons, nous abstenir de faire de l’anticatholicisme contre les
catholiques de l’antimonarchisme contre les monarchistes, de même que nous ne faisons pas d’antipatriotisme
contre les patriotes. Oui ! cela, nous le pouvons ; et même, nous le devons.
Nous le devons, parce que l’idée de patrie, le principe catholique et le principe monarchique sont les trois
sources auxquelles s’est alimentée la vie de la France. Il est bien certain que ceux d’entre nous en qui. ces
sources sacrées continuent de couler toutes trois ont été moins atteints que les autres par la propagande de
l’infâme Pouvoir occulte. Dès lors, on ne voit pas pourquoi ils mériteraient notre haine ou notre hostilité. Dans
la terrible bataille dont la vie de la France est l’enjeu, ils ont été les moins grièvement blessés. Est-ce une raison
pour que nous nous dressions contre eux?
Il est une autre raison, d’une importance considérable, pour laquelle nous devons nous abstenir de faire de
l’antimonarchisme contre les monarchistes, aussi bien que de l’anticatholicisme contre les catholiques.
C’est que la division entre les Français est la garantie certaine du triomphe final pour le Pouvoir occulte. Si
cette division existe actuellement, c’est parce qu’il l’a voulue ; et s’il l’a voulue, c’est parce qu’il ne pouvait
s’en passer. Tout ce qui contribue à l’augmenter ou même seulement à l’entretenir est donc favorable au Pouvoir
occulte. Tout ce qui contribue à l’affaiblir lui est funeste.
C’est surtout ici qu’il y a lieu de distinguer entre politique et état d'esprit, parce que ce qui est impossible
d’un côté devient possible de l’autre.
Il existe des partis politiques, et ces partis sont représentés au Parlement. Laissons-les faire leur besogne,
cette besogne dont nous avons pu mesurer l’inanité puisque, depuis trente ans, l’opposition n’a cessé d’être
battue. Est-ce parce qu’elle n’a pas su manœuvrer? Nullement. C’est parce que l’adversaire, avant d’agir
politiquement, avait commencé par établir un état d’esprit, tandis qu’elle a négligé d’en faire autant.
Nous pouvons agir en dehors de ces partis politiques, même si nous appartenons à l’un ou à l’autre d’entre
eux ; et ce doit être pour réparer la faute qu’ils ont commise, c’est-à-dire pour travailler à la création de l’état
d’esprit dont ils ne se sont pas préoccupés. Ce faisant, nous agirons, disons-nous, en dehors des partis ; toutefois
nous n’en ferons pas moins œuvre politique.
Nous avons dit tout à l’heure quel est l’état d’esprit que nous devons combattre. Il est évident que celui que
nous avons à créer doit lui être directement opposé. Le Pouvoir occulte veut voir régner l’antitraditionalisme ;
nous devons essayer de faire rentrer le traditionalisme en nous ; chacun travaillant pour son compte, en lui-
même et sur lui-même.
Nous ne saurions douter qu’en demeurant attachés à telle forme de gouvernement plutôt qu’à telle autre
nous correspondons plus ou moins aux vues du Pouvoir occulte ennemi de la France et de la Chrétienté. Une
telle pensée devrait, semble-t-il, nous suggérer le désir d’examiner d’un peu plus près sur quoi ont été basées
jusqu’ici nos préférences. Nous laisse-t-elle indifférents et résolus à demeurer où nous sommes parce que nous
y sommes ou parce que la majorité s’y trouve? C’est affaire entre notre conscience et notre intelligence.
Mais encore pourrions-nous, même en ce cas, ne pas collaborer à la propagande antitraditionaliste entreprise
depuis plus d’un siècle par le Pouvoir occulte antifrançais.
Si, demeurés patriotes, mais devenus anticatholiques et antimonarchistes, nous faisions œuvre de pro-
pagande anticatholique et antimonarchique, il se trouverait que nous travaillerions par là même contre notre
conviction patriotique puisque, par notre effort contre le principe catholique ou contre le principe monarchique,
nous obéirions aux vues de l’ennemi de la France. De cela au moins nous pouvons nous garder.
Un raisonnement analogue s’imposerait si, étant patriotes et monarchistes, nous faisions de la propagande
anticatholique ou si, patriotes et catholiques, nous faisions de la propagande antimonarchique. Nous
travaillerions encore dans les deux cas selon les vues du Pouvoir occulte. De cela encore nous pouvons nous
garder.
Il est donc établi par les faits historiques et par l’attitude prise par le Pouvoir occulte contre le traditionalisme
français que, même si nous ne pouvons faire rentrer le traditionalisme en nous, soit au point de vue politique,
soit au point de vue religieux, nous rendrons encore service à la France contre son ennemi en nous interdisant
toute manifestation antitraditionaliste.
Qui n’a entendu certains des tenants de la Puissance judéo-maçonnique — les plus hypocrites — prêcher la
neutralité vis-à-vis des francs-maçons et des Juifs. Etre antimaçon, être antijuif, cela, prétendent-ils, est une
marque de sauvagerie, une preuve de fanatisme. Dès lors qu’il s’agit de l’appliquer aux maçons et aux Juifs, le
préfixe anti est déclaré par eux absolument condamnable. Ces bonnes âmes préféreraient, cela se conçoit, nous
voir tendre le dos à leurs coups. La besogne leur serait ainsi rendue bien plus facile.
Il y a dans ce conseil intéressé qu’ils nous donnent quelque chose que nous devons retenir, afin d’en faire
l’application utile à la France, à savoir : Que si nous ne pouvons être des traditionalistes complets, nous devons
nous garder de l’antitraditionalisme. Puisqu’il nous est tant recommandé de n’être pas des anti, commençons
par n’être des anti vis-à-vis d’aucune des doctrines qui font, à un titre quelconque, partie du traditionalisme
français.
A cet égard, il semblerait malheureusement que nous ayons reculé plutôt qu’avancé depuis quelques années
; et, il faut le reconnaître, la constitution des ligues d’opposition, avantageuse à d’autres points de vue, a été
pour beaucoup dans ce résultat négatif.
Précisément parce que le besoin d’union se fait impérieusement sentir à tous les esprits, il est tels directeurs
ou inspirateurs de grandes ligues qui semblent avoir pris pour objectif l’anéantissement de toutes les autres, sous
prétexte qu’ils sont les plus forts et qu’il faut faire l’unité. C’est là une erreur grave, une conception sauvage à
laquelle doivent résister tous les membres de semblables groupements. La réalisation d’une telle donnée est
d’ailleurs impossible. Ce n’est pas ainsi que se fait l’unité ; c’est ainsi que se créent, au contraire, les inimitiés
et que se font les ruines. Il y a donc là un véritable crime contre la France et, par conséquent, contre le catho-
licisme, puisqu’à l’heure actuelle les deux causes se confondent.
La division existe. C’est le fait dont il faut partir pour discerner ce qui est possible ou impossible. Pouvez-
vous, dès lors que vous avez votre drapeau particulier, entraîner ceux qui combattent sous un autre étendard et
pour un autre idéal que le vôtre? Evidemment non. Vous êtes, au contraire, sans aucune action sur eux. Vous
plaisez aux uns ; c’est une raison pour que vous ne plaisiez pas aux autres. Alors que deviendront-ils si vous les
empêchez de se grouper ou si tout au moins vous leur rendez le groupement difficile? Pourquoi vouloir étouffer
ceux qui ne sont pas nous? Quelle petitesse d’esprit que celle qui nous mène à raréfier l’air pour tous les
organismes autres que ceux que nous dirigeons ! Et quel orgueil fou de croire que nous avons l’esprit assez,
vaste pour tout voir, tout comprendre, tout entreprendre, tout réussir !
Il ne semble pas que l’unité soit désormais possible en France. Il n’en est pas de même de l’union. Celle-ci
peut encore être réalisée, mais ce n’est pas par l’absorption. Toute ligue qui vise à l’absorption n’est pas utile ;
elle est nuisible. En faisant tendre les efforts de ses adhérents à la destruction des ligues concurrentes au lieu de
les employer uniquement à la destruction de l’adversaire, elle ne féconde pas ces efforts, elle les stérilise.
Au lieu de détruire réciproquement nos forces, nous devons les faire converger. Pour cela, il suffît qu’en
dehors des conceptions qui nous sont particulières, nous en ayons une qui soit à la fois directement opposée aux
vues de l’adversaire et susceptible de solliciter l’activité de tous. Cette conception peut être fournie par l’étude
de la question judéo-maçonnique, qui nous éclaire sur la vraie nature de nos maux, qui nous enseigne les
procédés qu’ont employés les ennemis de la France pour la vaincre et qui nous révèle ceux par lesquels nous
pouvons avoir raison d’eux.
Mais l’étude, n’est-ce pas encore un effort que chacun de nous doit faire sur lui-même? Nous sommes donc
toujours ramenés là : c’est en nous que, même dans l’ordre politique, se trouve actuellement notre véritable
champ d’action ; c’est là que nous pouvons faire quelque chose pour la France. Quoi d’étonnant, puisque c’est
là que le Pouvoir occulte s’est efforcé de l’attaquer?...
Mais, comme conséquence, chacun de nous, dans ces conditions, peut, s’il le veut, quelque chose; et, par
suite, il encourt des responsabilités auxquelles, en face de l’Eternelle Justice, il lui est impossible de se dérober.
L’ŒUVRE DE PROPAGANDE.
Ce n’est pas assez que ceux qui pensent et qui veulent vraiment aider la France s’efforcent d’échapper par
l’étude de la question judéo-maçonnique à l’emprise intellectuelle et morale du Pouvoir occulte. 11 y a quarante
millions de Français et il faut que l’éducation de cette masse énorme soit entreprise. Sans doute il en est parmi
eux que nous n’atteindrons jamais. Cela n’est d’ailleurs nullement nécessaire. Mais nous en persuaderons un
nombre d’autant plus grand que notre effort d’enseignement sera plus élargi et mieux organisé. Pour cela, il faut
un centre de propagande.
Ce centre existe dans la Ligue Française antimaçonnique et dans la Ligue féminine Jeanne d’Arc qui ont
toutes deux leur siège à Paris, 33, quai Voltaire. La ligue Jeanne d’Arc réunit dans son Comité de patronage des
noms comme ceux de Mmes la Comtesse de Saint-Laurent, présidente de la Ligue des Femmes Françaises, la
marquise de Mac-Mahon, présidente d’une grande ligue royaliste, et la baronne Reille, présidente de la Ligue
patriotique des Françaises. Le rapprochement de ces noms nous dit à quel point l’étude de la question judéo-
maçonnique peut servir de champ d’action commun entre toutes les fractions de l’opposition et tendre par là
même à cette union qui porterait tout au moins sur un point et qui serait si indispensable au salut de la France.
Ce n’est pas le seul avantage que cette étude présente. A elle seule elle constitue une arme de premier ordre,
en raison de celles qu’emploie l’adversaire auquel nous avons à faire face.
En effet, cet adversaire n’a pu arriver au point où nous le voyons que parce qu’on ne le regardait pas et
parce que la manœuvre lui était ainsi rendue facile.
D’autre part la Franc-Maçonnerie a été construite par lui pour fonctionner dans l’obscurité. La mettre au
grand jour, c’est donc lui assurer un mauvais fonctionnement. Elle a pour base le mensonge. Si on ne la connaît
pas, elle peut mentir tout à son aise et avec profit. Il en va tout autrement si on la connaît.
Enfin le mode de transmission des volontés invisibles et le système de sélections et de suggestions que nous
avons exposé exige le temps comme élément coopérateur indispensable. Or le Pouvoir occulte, craignant d’être
démasqué aux yeux de la France avant d’avoir achevé son œuvre, est désormais obligé de se hâter, en raison
des suspicions déjà éveillées dans la nation. En se hâtant il manœuvre forcément mal, puisque l’organisme dont
il se sert ne permet pas la hâte. Comme conséquence, il compromet sa cause.
Par toutes ces raisons l’étude de la question judéo-maçonnique et plus encore la propagande tendant à la
diffusion de cette étude constituent certainement le meilleur moyen de lutte que nous ayons actuellement à notre
disposition contre la traîtresse puissance juive et contre l’hypocrite et menteuse Franc- Maçonnerie. Sans
compter qu’il en prépare d’autres...
Trahison ! Hypocrisie ! Mensonge ! Voilà ce dont nous avons à faire la preuve constamment et partout, afin
de réveiller la fierté française et de désuggestionner notre race.
C’est ainsi que nous constituerons un état d’esprit scientifiquement et rationnellement antijuif et anti-
maçonnique, tel que l’exigent les conditions de la guerre qui nous a été déclarée par le gouvernement secret de
la nation juive.
Donc Français de toute opinion qui voulez mettre votre patrie avant votre parti dans vos affections, et vous,
associations masculines et féminines qui cherchez l’œuvre utile à accomplir pour alimenter le zèle de vos
adhérents et de vos adhérentes, à la chaîne pour la propagande de l’étude de la question judéo-maçonnique !
Oui ! A la chaîne ! car la maison brûle et la France, comme sa sainte patronne Jeanne d’Arc, est sur le bûcher !
L’œuvre à laquelle on vous convie n’est nullement une œuvre de haine, puisqu’elle se résume dans ces deux
mots : étudiez ! enseignez ! Ce ne sont donc pas des armes homicides que celles dont il s’agit de charger vos
mains.
L’étude et la propagande à laquelle nous avons tous le devoir de nous livrer doivent toutefois conduire à
des mesures de défense indispensables au salut de la France. Mais ces mesures, pour efficaces qu’elles doivent
être, n’ont rien de terrible, ainsi qu’on va en juger.
Il est bien certain que l’état d’esprit antimaçonnique une fois créé, un changement de gouvernement aura
lieu, d’une ou d’autre manière.
Ce changement portera-t-il seulement sur les hommes, ou portera-t-il sur la forme elle-même? C’est là une
éventualité difficile à prévoir. Mais quel que soit ce changement, nous devons tenir pour certain qu’à lui seul il
ne saurait suffire pour que la France soit sauvée.
Nous avons fait comprendre pourquoi la forme républicaine est celle que préfère le Pouvoir occulte juif. Il
la considère comme la plus funeste pour nous, et comme la plus favorable à la réalisation de ses propres vues.
Elle est, en effet, plus opposée qu’aucune autre au traditionalisme ainsi qu’au génie de notre race, et en même
temps elle lui fournit une bien plus grande facilité pour mettre ses créatures au gouvernement. Mais une
monarchie traditionnelle succéderait-elle à la république actuelle que la France ne serait pas pour cela hors de
danger. Nous devons nous tenir pour fixés à cet égard par l’expérience déjà faite.
En effet après avoir été une première fois la proie du Pouvoir occulte, la France retourna à sa tradition. Elle
eut le gouvernement de Louis XVIII et de Charles X, après avoir passé par le premier Empire. Elle eut ensuite
le gouvernement de Louis-Philippe. Elle eut la République de 48, imprégnée d’esprit chrétien, bénissant les
arbres de la Liberté. Elle eut le second Empire. Bref, elle put goûter de tous les régimes, et elle ne s’est pas
trouvée sauvée pour cela. Pourquoi? Parce que les pouvoirs politiques ont eu jusqu’ici les yeux fermés sur la
question maçonnique comme sur la question juive. Ils ne se sont pas gardés de ce côté-là, et c’est de ce côté-là
qu’ils ont été frappés.
Quel que soit le gouvernement rêvé par nous en raison du côté de l’opposition où nous nous tenons, nous
pouvons être assurés que ce gouvernement ne pourrait durer s’il ne prenait sur lui d’interdire la Franc-
Maçonnerie en France et de retirer les droits de citoyens aux Juifs.
Ces mesures, reconnaissons-le, il ne saurait les proposer s’il ne se sentait appuyé par une opinion éclairée.
Et c’est pourquoi le vrai plan de bataille pour les Français contre la nation juive et contre la Franc-Maçonnerie
consiste à créer tout d’abord un état d’esprit basé sur la connaissance complète de la question judéo-maçonnique.
L’interdiction de la Franc-Maçonnerie n’est pas seulement un droit pour la France ; c’est une nécessité.
Un pays ne saurait permettre qu’on complote contre lui. Les gouvernements, même les plus libéraux, ne
tolèrent pas la conspiration. A fortiori les nations ont-elles le droit de se montrer intransigeantes sur ce point ;
ou bien c’est qu’elles n’ont même pas la force de vouloir vivre. Or la Franc-Maçonnerie, société secrète politique
— c’est maintenant démontré par les faits — n’est autre chose chez nous qu’un complot à l’état permanent. Elle
ne doit donc pas être tolérée par la nation française. Au nom de la sûreté générale, la Franc-Maçonnerie n’a pas
droit à l’existence. Nous disions en parlant du catholicisme qu’il avait droit à la vie parce qu’il a fait la France.
Nous pouvons dire de la Franc-Maçonnerie qu’elle a droit à la mort parce qu’elle a assassiné, trahi et livré la
France.
Ce n’est donc pas, en principe, contre les francs- maçons qu’il y a lieu de prendre des mesures, c’est contre
la Franc-Maçonnerie, c’est-à-dire contre l’organisme créé en vue de la préparation et de l’exécution de tous les
complots.
Il faut que cette organisation disparaisse du sol français. Il faut tout au moins qu’elle ne puisse y fonctionner
librement. Tout est là en effet. Que la Franc-Maçonnerie ne puisse fonctionner librement, et elle se trouve à peu
près annihilée.
Lorsque nous parlons de son interdiction, nous ne nous dissimulons pas qu’il lui resterait la ressource de se
cacher, comme se cachent les maçonneries supérieures. Mais la nécessité où elle serait de le faire la rendrait
sans puissance. Elle est, en effet, une société de déformation progressive des consciences, ainsi que nous l’avons
montré. La déformation totale ne saurait être effectuée que dans les groupes supérieurs. Or ceux-ci ne peuvent
se recruter que parce qu’il existe des groupes inférieurs dans lesquels a été opérée une déformation préparatoire.
Le grand service que rend la Franc-Maçonnerie au Pouvoir occulte consiste en ce que, grâce à son libre
fonctionnement, elle prend au sein du monde profane d’excellents citoyens qu’elle rend peu à peu hypocrites,
menteurs, fanatiques, sectaires, destructeurs et athées. Ne permettez pas son libre fonctionnement ; elle se
cachera, c’est entendu. Mais les bons citoyens dont nous parlons ne voudront plus y entrer. Elle ne pourra donc
plus les déformer. Elle ne pourra plus priver la France de ceux qui, sans cette déformation, seraient peut-être
demeurés ses plus fermes, ses plus dévoués et ses plus intelligents défenseurs. C’est donc par là qu’on peut la
museler, étant donné son mode d’action : rien qu’en empêchant son libre fonctionnement. Le moyen n’est pas
compliqué et il n’est pas féroce.
Le gouvernement qui voudra arracher la France au Pouvoir occulte ne devra pas hésiter à l’employer.
Complot organisé à l’état permanent, la Franc-Maçonnerie est en dehors du droit commun. Il faut l’y faire
rentrer en lui ôtant la possibilité de conspirer.
Le moyen à employer contre les Juifs n’est ni plus compliqué, ni plus féroce. C’est la même nécessité de
sûreté générale qu’on peut invoquer pour leur ôter les droits de citoyens français.
Lorsqu’on lit les interminables discussions qui eurent lieu de 1789 à 1791 au sein de la Constituante avant
qu’on se soit décidé à faire cadeau aux Juifs de la nationalité française, on constate que les députés qui firent
opposition à cette mesure voyaient juste en annonçant qu’en dépit de la naturalisation en masse, les Juifs
resteraient toujours Juifs. Quatorze fois en deux ans, l’assemblée fut de cet avis. Mais les Juifs savent tenir bon
et ils savent aussi inspirer la patience à leurs amis. Un quinzième assaut eut lieu. La majorité de la Constituante
se laissa enfin prendre aux suggestions qui tendaient à représenter les opposants à la naturalisation comme des
pessimistes et des rétrogrades. De guerre lasse, elle finit par donner gain de cause aux députés judaïsants. Les
droits de citoyens furent octroyés aux Juifs. Or les faits ont donné raison à ceux qui s’opposaient à cette mesure.
La preuve est maintenant acquise que leurs craintes n’étaient pas exagérées. Conséquemment il convient de
reconnaître que la mesure de naturalisation est tombée à faux et c’est à l’avis de ces opposants qu’il faut revenir.
Les Juifs, quoique ayant été faits Français, sont restés Juifs. Il en résulte qu’ils ont deux nationalités, tandis
que nous n’en avons qu’une. Ils sont ainsi en dehors et au-dessus du droit commun. Il faut les y faire rentrer,
eux aussi. Ils n’ont pas plus droit d’être Français et Juifs que d’autres d’être Anglais et Français ou Allemands
et Français à la fois. Ils se vantent de nous avoir dotés du principe d’égalité. Ce principe se retourne aujourd’hui
contre eux. Il n’y a aucune raison pour qu’ils n’y soient pas assujettis tout comme nous.
Qu’on les traite comme sont traités tous les autres étrangers, c’est déjà trop, car leur situation est très
spéciale. Ils ont, en effet, une organisation secrète que les autres n’ont pas. Il conviendrait donc pour la
tranquillité générale qu’on les soumît à un régime particulier. Au lieu de cela, on a procédé de telle manière vis-
à-vis d’eux que nous avons aujourd’hui sous les yeux ce spectacle vraiment extraordinaire d’une race qui, par
un privilège inouï, est parvenue à cumuler en elle toutes les nationalités !
Les républicains libéraux catholiques qui se bornent à réclamer timidement le droit à la vie pour le
catholicisme au nom de la liberté seulement — ce en quoi ils diminuent sa cause, ainsi que nous l’avons montre
— sont-ils capables, s’ils arrivaient au pouvoir, de supprimer la liberté de la Franc-Maçonnerie au nom de la
liberté et de la sécurité de la France? Au nom de la liberté et de la sécurité de la France et par application du
principe d’égalité, sont-ils prêts à retirer les droits de citoyens aux Juifs? Si oui, il se peut qu’ils soient aptes à
gouverner selon ce qu’exige le salut du pays. Si non, ce ne serait pas la peine de leur confier le pouvoir ; ils se
feraient rapidement dévorer comme ceux de 1848.
On en doit dire autant de leurs compétiteurs.
Aucun rôle utile à jouer pour un Empire qui, fait par les Juifs et par la Franc-Maçonnerie, se trouverait
obligé de prendre sous sa protection ce par quoi il serait arrivé, mais ce par quoi il serait aussi condamné à périr.
Une monarchie traditionnelle qui serait rappelée par le vœu du pays courrait peut-être, en raison de la force
de son principe, moins de dangers immédiats à ne pas se montrer intransigeante sur les deux points dont nous
nous occupons. Elle serait toutefois, elle aussi, condamnée à périr si elle s’abstenait, comme a péri la
Restauration.
Les mesures dont nous parlons sont légitimes autant que nécessaires.
Il y a, dit-on, cent mille Juifs en France et l’on y compte trente mille francs-maçons.
Aux cent mille Juifs nous devons les trois Judas connus sous les noms de Deutz, Dreyfus, Ullmo, sans
compter les inconnus ; nous devons aussi la ruine de l’Union générale, Cornélius Herz, les Reinach et la
corruption panamiste, les spéculations et les accaparements sur tous les produits, sans compter les viandes
pourries dont on empoisonne nos soldats.
A ces mêmes cent mille Juifs et aux trente mille francs-maçons opérant de concert nous devons toutes les
hontes du régime actuel, la vénalité, la forfaiture, la persécution, la proscription, la délation, le vol, Wilson, les
Humbert, les Baïhaut, les Merlou, les Pelletan, les André, les Clémenceau, l’augmentation de la criminalité dans
des proportions effrayantes, la morale bafouée, la prostitution honorée, la pornographie panthéonisée, la
dépopulation recommandée, la famille détruite, l’armée trahie, la marine livrée, les arsenaux incendiés...
Est-ce par de tels titres que cette infime minorité de cent trente mille individus a droit aux privilèges que
nous lui avons laissé prendre? Est-ce pour cela qu’elle doit être mise au-dessus de la loi commune ?
La France a vraiment le droit de demander aux partis d’opposition quel est celui d’entre eux qui se déclare
prêt à prendre la responsabilité des mesures de défense dont l’existence nationale dépend. Que celui-là parle qui
ne recule pas devant l’interdiction de la Franc-Maçonnerie en France ni devant le retrait des droits de citoyens
aux Juifs ! Si aucun ne se présente, c’est qu’aucun n’est digne d’arriver au pouvoir, et la pauvre France n’a plus
qu’à se coucher dans la tombe où dorment les héros qu’en d’autres temps elle sut enfanter.
Si, au contraire, il en est un qui ait l’audace, la nette vision, l’énergie et la franchise nécessaire, encore une
fois qu’il parle, car la France a besoin de connaître celui qui peut la sauver. L’instinct de conservation du pays
appelle celui-là. Quel qu’il soit, c’est dans ses bras que la France se jettera.
FIN
TABLE DES MATIERES
PREMIÈRE PARTIE
Les raisons du plan machiavélique sur lequel a été construite la Franc-Maçonnerie.
Expérience qu’avaient ses fondateurs en matière de société secrète,
CHAPITRE PREMIER
COMMENT LE POUVOIR OCCULTE FUT FORCÉ D’ABOUTIR. A LA CREATION DE LA FRANC-MAÇONNERIE
Questions à résoudre — Motifs pour lesquels le Pouvoir occulte a imaginé la création maçonnique — La fabrication de l'opinion. — Etrangeté
du plan. — Indication qui en résulte
CHAPITRE II
PREMIÈRES DIFFICULTÉS RENCONTRÉES PAR LES FONDATEURS DE LA FRANC-MAÇONNERIE. SURETE AVEC LAQUELLE ILS LES RÉSOLURENT.
Impasse dans laquelle se trouvèrent au début les fondateurs de la Franc-Maçonnerie. — Comment ils en sortirent. — Déclarations contradictoires
— Une société secrète qui a l’air de n’en pas être une — Sentiments divers dans le public à l’apparition de la Franc-Maçonnerie. — Perversité des
fondateurs — Le recrutement initial. — Les trois espèces d’initiés. — Ceux dont le Pouvoir occulte ne veut pas
CHAPITRE III
MODE DE TRANSMISSION DES VOLONTÉS DU POUVOIR OCCULTE. ON NE DONNE PAS D’ORDRES DANS LA FRANC-MAÇONNERIE.
Impossibilité où se trouvaient les Fondateurs de la Franc-Maçonnerie de procéder vis-à-vis de leurs adeptes par méthode impérative — La Franc-
Maçonnerie n’a pas été constituée pour être une une ligue d’action, mais une école de préparation à l'action — Raisons de la transformation
actuelle de la Franc-Maçonnerie française en ligue d’action, mais toujours en excluant la méthode impérative. Comment cela est possible
.
— Une exception à la règle. — Ordres donnés dans une circonstance importante. — Le cas du F. . Morinaud — importance du fait que
nous venons de signaler
DEUXIÈME PARTIE
Le mode d’action du Pouvoir occulte, Sélections. Suggestions.
CHAPITRE IV
LES SÉLECTIONS MAÇONNIQUES. — PRÉCAUTIONS PRISES POUR QUE L’ENSEIGNEMENT DONNÉ DAES LES ATELIERS PORTE SES FRUITS
La Franc-Maçonnerie sociétéd'éducation — La sélection automatiqueparélimination volontaire — Premières évolutions — Création d’une
atmosphère spéciale dans les Loges. — Précautions prises
CHAPITRE V
LES SUGGESTIONS MAÇONNIQUES. CRÉATION DE L’ÉTAT D’ESPRIT ANTICATHOLIQUE AU SEIN DES LOGES. L'ESPRIT D’INTOLÉRANCE SUSCITÉ AU NOM DE LA
TOLÉRANCE.
Ce qu’on fait dans les Loges. — Les deux suggestions maitresses — Première suggestion. — La Franc-Maçonnerie « bainte et Sacrée ». — La nuit
des temps. — Le monstre — La seconde suggestion. — Comment le Pouvoir occulte n'use de l’idée de tolérance que pour attirer les modérés et les
trahir — Le Fanatisme île la tolérance. — Le Jeu des « Influences individuelles soigneusement couvertes » dissimulant l’action occulte
CHAPITRE VI
CLÉRICALISME ET CATHOLICISME. LE BOUC ÉMISSAIRE. L’ACTION DU POUVOIR OCCULTE ÉTENDUE DANS LES MILIEUX CONSERVATEURS ET JUSQUE DANS LE
MONDE CATHOLIQUE.
Le mensonge du « Cléricalisme» — Marche progressive. — L’aveu du mensonge. — Effet de l’élimination automatique — La marche
progressive en politique conséquence de l’action exercée par le Pouvoir occulte — Intervention du Pouvoir occulte dans la direction des partis
qui lui font opposition et jusque dans le sein de l’Eglise
CHAPITRE VII
LES HYPNOTISÉS DU POUVOIR OCCULTE
Transport de l’état d'esprit maçonnique dans le monde profane — Les deux avantages dont a bénéficié la Franc-Maçonnerie : monopole comme
Société organisée, et invisibilité de son action — La perversité revêtue de sincérité — L’état profond d’inconscience —
CHAPITRE VIII
FRANCS-MAÇONNERIES EXTÉRIEURES ET SOUS-MAÇONNERIES. L’ABOUTISSEMENT.
Les francs-maçonneries extérieures — Les sous-maçonneries — Pénétration des groupes non maçonniques — L’envahissement total. — L’heure
de l’action — Celui qui est responsable
TROISIÈME PARTIE
Sur le chemin de la vérité
CHAPITRE IX
SUBTERFUGE AUQUEL A RECOURS LE POUVOIR OCCULTE POUR TROMPER LE PUBLIC SUR LA QUESTION RELIGIEUSE ET SUR L'ORIGINE ET LE
BUT DE LA FRANC-MAÇONNERIE.
Sur quoi nous pouvons nous appuyer pour découvrir le Pouvoir occulte — La Déesse Raison et le Catholicisme — Tactique connue
CHAPITRE X
LE MENSONGE DE LA VERSION MAÇONNIQUE SUR LA QUESTION RELIGIEUSE NOUS PERMET D'ENTREVOIR LE BUT DU POUVOIR OCCULTE.
Comment la question religieuse doit être posée pour être résolue d'une façon rationnelle — Sur quoi nous appuyer pour juger le catholicisme
dans le passé. — Donnée fournie à cet égard par le Pouvoir occulte et par la Franc-Maçonnerie — La Société future. — Le but poursuivi
révélé par la suprême contradiction. — La seule explication possible
CHAPITRE XI
LES CAUSES D'ERREUR RELATIVES A L’ORIGINE ET AU BUT DE LA FRANC- MAÇONNERIE. LEUR ÉLIMINATION SUCCESSIVE. LE DEFAUT DE LA THESE DE M. MAX
DOUMIC.
Les fausses apparences tendues autour de la question maçonnique. — Le point de départ— Comment sont nés les états d’esprit successifs
relativement à la question maçonnique et comment ont été détruites les unes après les autres les fausses apparences — La question est enfin
posée comme elle doit l’être. — Argumentation de M. Max Doumic
CHAPITRE XII
THÉORIE DE LA SOCIÉTÉ SECRÈTE. NÉCESSITÉ D’UNE PÉRIODE D’INCUBATION ANTÉRIEURE A LA NAISSANCE DE LA FRANC-MAÇONNERIE.
Conditions et circonstances dans lesquelles peuvent naître et se développer les sociétés secrètes — Sociétés secrètes enfantées par une société de
même nature préexistante — Les sociétés secrètes antiques — L’inaptitude du monde occidental à l’organisation secrète. — Importance
considérable de ce fait au point de vue la recherche de l’origine de la Franc-Maçonnerie
QUATRIÈME PARTIE
L’origine juive de la Franc-Maçonnerie.
CHAPITRE XIII
COMMENT LES COLONIES JUIVES QUI SE RÉPANDIRENT DANS LE MONDE APRÈS LA DISPERSION FURENT AMENÉES A SE CONSTITUER EN SOCIÉTÉS SECRÈTES ET
COMMENT CES SOCIÉTÉS, DE DEFENSIVES QU’ELLES POUVAIENT ÊTRE AU DÉBUT, DEVINRENT OFFENSIVES.
Le point de départ — Constitution des colonies juives en sociétés secrètes défensives — Transformation des sociétés secrètes juives défensives
en sociétés secrètes offensives
CHAPITRE XIV
IL EXISTE UNE NATION JUIVE QUI EST GOUVERNÉE SECRÈTEMENT COMME LA FRANC-MAÇONNERIE
La nation juive — Il existe un gouvernement national juif — Le gouvernement national juif est un gouvernement occulte comme celui de la
Franc-Maçonnerie7
CHAPITRE XV
LES TRACES DU GOUVERNEMENT NATIONAL JUIF DEPUIS LA DISPERSION JUSQU’AU XIe SIÈCLE.
Le Grand Sanhédrin — Les Patriarches de la Judée — Les Princes de la Captivité
CHAPITRE XVI
DU XIe SIÈCLE A NOS JOURS.
L’événement de l’an 1005. — La constitution secrète du gouvernement juif en fut nécessairement la conséquence — Deux documents du xve
siècle — Quelques témoignages. — Position de la question au point de vue rationnel. — Les vraies preuves
CHAPITRE XVII
LA PÉRIODE D'INCUBATION
La vraie situation du monde chrétien depuis le xie siècle — Les procédés de combat des sociétés secrètes juives — La brèche ouverte par le
protestantisme
CHAPITRE XVIII
EXAMEN CRITIQUE DE LA THÈSE DE L’ORIGINE ANGLAISE PRÉSENTÉE PAR M. MAX DOUMIC, DANS « LE SECRET DE LA FRANC-MAÇONNERIE».
Les conditions du problème de l'origine de la Franc-Maçonnerie qui se trouvent remplies par la thèse de l’origine juive — Résumé de la thèse
de M. Max Doumic — Première impossibilité : c'est l'ambition, et non la nécessité, qui serait cause de la naissance de la société secrète
maçonnique — La condition de temps — La condition d’aptitudes — Autre condition préalable indispensable
CHAPITRE XIX
LE VRAI ROLE DE LANGLETERRE
L'intermédiaire indispensable — La seule conclusion logique
CINQUIÈME PARTIE
Le plan juif. Les obstacles qu’il rencontre. — Nos moyens de combat.
CHAPITRE XX
COMMENT LE RÊVE DE LA DOMINATION DU MONDE SE PRÉSENTE A L'ESPRIT DU JUIF ET SOL’S QUELLE FORME.
La domination du monde — Caractère de cette domination — Les choses regardées en face. — Tableau de la marche de la nation juive
CHAPITRE XXI
LES OBSTACLES QUI SE DRESSENT DEVANT LE POUVOIR OCCULTE ET LES RAISONS QUE NOUS AVONS DE NE PAS DÉSESPÉRER.
La trame de mensonge et le retour des choses — La situation du Pouvoir occulte juif à l’intérieur — Autre conséquence des manœuvres du
Pouvoir occulte. — Création d’autres puissances occultes qui contrecarrent la première — Conséquence de cet état de choses dans la politique
internationale actuelle
CHAPITRE XXII
LES CONDITIONS DU SALUT
Sur qui devons-nous compter? — La tactique qui nous est commandée par la situation du Pouvoir occulte. — Distinction entre la politique et la
création d’un état d’esprit. — L’état d’esprit que préfère pour nous le Pouvoir occulte. — La question religieuse — La question politique. — La
forme de gouvernement dont ne veut pas le Pouvoir occulte. — Comment se règlent ses préférences en cette matière — Ce que nous avons à
faire dans l’ordre politique. — L’effort que chacun de nous doit tenter sur lui-même — L’œuvre de propagande — Les mesures de défense
indispensables au salut de la France
Lyon. — imprimerie Emmanuel VITTE, 18, rue de ia Quarantaine.