Chapitre 2
Fonctions d’une variable réelle
à valeur réelle ou complexe
2.1 Généralités sur les fonctions
2.1.1 Définitions
Définition 2.1.1. Une fonction de E vers F (ici E et F sont
des parties de R, ou C pour F ) est une correspondance f qui à
tout élément x de E associe un unique élément de F noté f (x).
On dit que y = f (x) est l’image de x par f et que x est un
antécédent de y par f .
L’ensemble de définition de f , noté Df , est l’ensemble des
éléments pour lesquels f (x) existe. L’ensemble image est l’en-
semble des images des éléments de Df .
Dans un repère orthonormé, on appelle graphe de f l’ensemble
des points de coordonnées (x, f (x)) pour x ∈ Df .
Exemple :
f: R → R
x 7→ x2
17
2.1. GÉNÉRALITÉS SUR LES FONCTIONS 19
Définition 2.1.3. Un fonction f est périodique de période T ,
ssi, pour tout x ∈ Df , on a :
x + T ∈ Df et f (x + T ) = f (x).
Un fonction f est paire, ssi, pour tout x ∈ Df , on a :
−x ∈ Df et f (−x) = f (x)
Un fonction f est impaire, ssi, pour tout x ∈ Df , on a :
−x ∈ Df et f (−x) = −f (x)
Remarque :
• le graphe d’une fonction périodique reproduit indéfiniment le même
motif tracé sur une période,
• le graphe d’une fonction paire est symétrique par rapport à l’axe des
ordonnées,
• le graphe d’une fonction impaire est symétrique par rapport à l’origine.
2.1.2 Limites
Définition 2.1.4. Soit a ∈ R et I un intervalle de R contenant
a. Soit f une fonction définie sur I\{a}. On dit que f tend vers l
quand x tend vers a si on peut rendre f (x) aussi proche que l’on
veut de l, pour tout x suffisamment proche de a.
On écrit :
lim f (x) = l
x→a
ssi ∀ǫ > 0, ∃δ > 0 tel que ∀x ∈ Df , |x − a| < δ ⇒ |f (x) − l| < ǫ.
On a des définitions équivalentes pour l = ±∞ et a = ±∞.
Exemples : à l’aide des quantificateurs montrer que
lim x2 = 4.
x→−2
Théorème 2.1.5. Unicité de la limite Si la limite d’une fonc-
tion f en a (fini ou infini) existe, alors cette limite est unique.
20CHAPITRE 2. FONCTIONS D’UNE VARIABLE RÉELLE À VALEUR RÉELLE OU COM
Définition 2.1.6. On dit que f est continue en a si
lim f (x) = f (a).
x→a
Remarque : dans la plus part des cas, les fonctions sont continues quand
elles sont définies. Dans le cas contraire, leur graphe montre un “saut” : une
discontinuité. Par exemple la fonction f (x) = E(x), où E(x) est le nombre
entier relatif juste inférieur ou égal à x. Cette fonction est définie sur R mais
discontinue pour chaque x ∈ Z.
2.1.3 Dérivées
Définition 2.1.7. Soit x0 un point de Df . On dit que f est
dérivable en x0 si limx→x0 f (x)−f
x−x0
(x0 )
existe. Si elle existe, on note
cette limite f ′ (x0 ) et on l’appelle le nombre dérivé de f en x0 .
La fonction dérivée de f , notée f ′ est la fonction qui à tout point
x0 de Df où f est dérivable, associe le nombre dérivée f ′ (x0 ).
Propriétés 2.1.8. La dérivée correspond au coefficient directeur
de la tangente au graphe de f au point de coordonnées (x0 , f (x0 )).
L’équation de la tangente au graphe de f au point de coor-
données (x0 , f (x0 )) est :
y = f (x0 ) + f ′ (x0 )(x − x0 ).
2.1. GÉNÉRALITÉS SUR LES FONCTIONS 21
Remarque :
• on peut aussi utiliser la notation de Leibniz :
df
f ′ (x0 ) = (x0 )
dx
• en avant goût du Chap. 4, on peut aussi écrire :
f (x) = f (x0 ) + f ′ (x0 )(x − x0 ) + (x − x0 )ǫ(x − x0 ),
où limh→0 ǫ(h) = 0.
Proposition 2.1.9. Si f est dérivable en x0 alors elle est continue
en x0 .
Remarque : attention, une fonction
√ peut être continue mais pas dérivable.
Par exemple la fonction f (x) = x est continue en zéro, mais elle n’est pas
dérivable en zéro. Dans la plupart des cas, ceci se traduit par une tangente
verticale.
Opération sur les dérivées
Propriétés 2.1.10. Soient f et g deux fonctions et k un nombre
réel. Sous l’hypothèse de l’existence des dérivées on a :
(k f )′ = kf ′
(f + g)′ = f ′ + g′
(f g)′ = f ′ g + f g′
′
f f ′ g − f g′
=
g g2
(f ◦ g)′ (x) = g(x)′ f ′ (g(x))
Exemple : Calculer la dérivée de la fonction suivante √
(après avoir déterminer
son ensemble de définition et de dérivabilité) : g(x) = x2 − 1.
Propriétés 2.1.11. Soit f une fonction continue et dérivable
sur I. On suppose que f est strictement monotone sur I. Soit
J = f (I) et f −1 : J → I la fonction réciproque de f sur I. Alors :
′ 1
f −1 (x) = .
f ′ (f −1 (x)
22CHAPITRE 2. FONCTIONS D’UNE VARIABLE RÉELLE À VALEUR RÉELLE OU COM
Propriété fondamentale des dérivées
Proposition 2.1.12. Soit I un intervalle de Df . Si ∀x ∈ I,
f ′ (x) ≥ 0 (resp. f ′ (x) ≤ 0) alors f est croissante (resp.
décroissante) sur I. Cette proposition est aussi valable dans le
cas strict (inégalités strictes et stricte monotonie).
Proposition 2.1.13. Soit I un intervalle de Df et x0 ∈ I ne se
trouvant pas au bord de I. Si f ′ (x0 ) = 0 et f ′ (x) change de signe
en x0 alors f admet un extremum en x0 .
Ces propriétés sont utiles pour dresser le tableau de variation d’une fonc-
tion et déterminer ses extremum locaux.
Dans les exercices, étudier une fonction consiste donc à dresser son tableau
de variation, déterminer les extremum locaux, les limites aux bords, la parité
et la périodicité si il y a lieu et les asymptotes verticales et horizontales.
Dérivées successives
Définition 2.1.14. Soit f une fonction dérivable sur I. Si f ′
est à son tour dérivable, on note f ′′ sa dérivée, appelée dérivée
seconde de f . Plus généralement, soit n ∈ N, on appelle dérivée
n-ième de f , et on la note f (n) , la dérivée de la dérivée (n − 1)-
ième de f . Par convention f (0) = f .
Application : soit f une fonction deux fois dérivable sur I avec f ′′ continue
sur I (on dit que f est de classe C 2 ) et x0 ∈ I un extremum local de f tel que
f ′′ (x0 ) > 0 (resp. < 0) alors il s’agit d’un minimum local (resp. maximum
local).
En effet, si f ′′ (x0 ) > 0 alors il existe δ tel que f ′′ (x0 ) < 0 sur J =
[x0 − δ; x0 + δ] (c’est ce qu’on appelle un “voisinage” de x0 ), ainsi f ′ est
strictement croissante sur J, comme f ′ (x0 ) = 0 on a f ′ (x) < 0, et donc
f strictement décroissante sur [x0 − δ, x0 [ de même f ′ (x) > 0, et donc f
strictement croissante sur [x0 ; x0 + δ. Donc x0 est bien un minimum local. La
démonstration est identique pour le maximum.
Propriétés 2.1.15. Soit f une fonction dérivable deux fois sur un
intervalle I et x0 un point de I (non au bords). Alors si f ”(x0 ) = 0
et f ” change de signe en x0 alors le point (x0 , f (x0 )) est un point
d’inflexion du graphe de f .
2.1. GÉNÉRALITÉS SUR LES FONCTIONS 23
Remarque : en un point d’inflexion la tangente à la courbe coupe la courbe
et la concavité de la courbe change de côté.
Propriétés 2.1.16. Formule de Leibniz Si f et g sont des
fonctions n fois dérivables alors la fonction f g est n fois dérivable
et
(f g)(n) = f (n) g + Cn1 f (n−1) g ′ + · · · + Cni f (n−i) g (i) + · · · + Cnn f g (n) ,
n!
où les nombres Cni = i!(n−i)!
sont les coefficients binomiaux.
2.1.4 Calcul de limite
Règles de base
Soit k, l, et l′ des nombres réels. Si lim f = l et lim g = l′ alors
lim f + g = l + l′ ,
lim f g = l l′ ,
f l
lim = ′ (si l′ 6= 0),
g l
lim k f = k l.
f
fonctions f g f +g fg g
limites ∞ M ∞ ∞(rds) ∞(rds)
L ∞ ∞ ∞(rds) 0
+∞ -∞ FI −∞ FI
0 ∞ ∞ FI 0
∞ 0 ∞ FI ∞ (rds)
0 0 0 0 FI
(rds = la règle des signes s’applique ; FI = forme indéterminée)
Pour certaines formes indéterminées, l’indétermination est levée en met-
tant en facteur la partie dominante. Cette partie dominante est simplement
le monôme de plus haut degré dans le cas de polynôme pour une limite en
±∞. Ainsi on a la règle qu’en ±∞ le monôme de plus haut degré l’emporte.
Dans le cas d’exponentielle et de logarithme on utilise la règle des crois-
sances comparées.
24CHAPITRE 2. FONCTIONS D’UNE VARIABLE RÉELLE À VALEUR RÉELLE OU COM
Propriétés 2.1.17. Croissances comparées
ex
lim = +∞,
x→+∞ x
et
ln x
lim = 0.
x→+∞ x
On dit que l’exponentielle l’emporte sur tout polynôme et que tout po-
lynôme l’emporte sur le logarithme.
Il est recommandé dans l’application de ces règles de toujours faire la
mise en facteur par le terme dominant.
Propriétés 2.1.18. Règle de l’Hôpital Soit f et g deux fonc-
tions définies et dérivables sur un intervalle I de R et soit a ∈ I.
Si f (a) = g(a) = 0 mais que f ′ (a)/g ′ (a) existe, alors :
f (x) f ′ (a)
lim = ′ .
x→a g(x) g (a)
Appl. : calculer
1
lim (1 + x) x .
x→0
Propriétés 2.1.19. Existence de limite d’une fonction mo-
notone
Soit f une fonction décroissante (resp. croissante) sur I =
[a, +∞[. Si f et minorée (resp. majorée) par un nombre M sur
I, alors elle admet une limite l en +∞ telle que l ≥ M (resp.
l ≤ M ).
28CHAPITRE 2. FONCTIONS D’UNE VARIABLE RÉELLE À VALEUR RÉELLE OU COM
Montrer la relation fondamentale :
ch2 x − sh2 x = 1.
Propriétés 2.2.5. Quelques relations que l’on pourra démontrer
en exercice :
ch(a + b) = ch a ch b + sh a sh b ch(2a) = ch2 a + sh2 a
sh(a + b) = sh a ch b + ch a sh b sh(2a) = 2 sh a ch a
ch a + ch b = 2 ch a+b
2
ch a−b
2
sh a + sh b = 2 sh a+b
2
ch a−b
2
Application : résoudre shx = a avec a ∈ R.
2.2.6 Fonctions trigonométriques inverses
Fonction arc sinus
La fonction sinus est 2π-périodique, donc elle n’admet pas de fonction
réciproque sur son ensemble de définition R. Pour définir une fonction réciproque
il faut d’abord choisir un intervalle sur lequel la fonction sinus est strictement
monotone. Par convention, l’intervalle [−π/2; π/2] a été choisi. Sur cet inter-
valle la fonction sinus est strictement croissante et sin([−π/2; π/2]) = [−1; 1].
Ainsi :
2.2. FONCTIONS USUELLES 31
Fonction arc tangent
De nouveau on doit choisir un intervalle sur lequel la fonction tangente
est strictement croissante, par convention on choisi l’intervalle ] − π/2; π/2[
sur lequel la fonction tan est strictement croissante. Ainsi :
Définition 2.2.10. La fonction réciproque de la fonction tan-
gente, appelée arc tangente et notée arctan, est définie par :
arctan : ] − ∞; +∞[ → ] − π/2; π/2[
x 7→ y = arctan x t.q. tan y = x
Remarque, si il n’y a pas de risque de confusion, on peut aussi noter la
fonction arc tangente par tan−1 .
Ainsi, pour tout x ∈ R on a tan(arctan x) = x et pour tout x ∈]−π/2; π/2[
on a arctan(tan x) = x. Attention, comme pour la fonction arcsin, si x ∈] / −
π/2; π/2[ on aura arctan(tan x) ∈] − π/2; π/2[ donc arctan(tan x) 6= x. Il faut
être vigilant quand on résout des équations faisant intervenir les fonctions
trigonométriques inverses.
Exemple : résoudre tan x = −1 sur R.
Propriétés 2.2.11. :
• la fonction arctan est impaire,
•
1
arctan′ (x) = pour x ∈ R
1 + x2
•
π π
lim arctan x = − et lim arctan x =
x→−∞ 2 x→+∞ 2
Idem, le graphe de la fonction arctan s’obtient par symétrie du graphe de
la fonction tan sur −]π/2; π/2[ par rapport à y = x.