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Examen des Articles de la Charte ONU

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Chapitre XII

Examen des dispositions des autres Articles de la Charte

1169
Table des matières
Page

Note liminaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Première partie. Examen des dispositions de l’Article premier, paragraphe 2, de la Charte
Note . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Deuxième partie. Examen des dispositions de l’Article 2 de la Charte
A. Paragraphe 4, Article 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Note . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
**B. Paragraphe 5, Article 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
C. Paragraphe 6, Article 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Note . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
D. Paragraphe 7, Article 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Note . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Troisième partie. Examen des dispositions de l’Article 24 de la Charte
Note . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Quatrième partie. Examen des dispositions de l’Article 25 de la Charte
Note . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Cinquième partie. Examen des dispositions du Chapitre VIII de la Charte
Note . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
**A. Communications émanant du Secrétaire général de l’Organisation de l’unité
africaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
**B. Communications émanant du Secrétaire général de l’Organisation des États
américains . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
C. Communications émanant d’États parties à des différends ou situations . . . . . . . . . .
D. Communications émanant d’autres États concernant des questions soumises à des
organisations régionales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
**Sixième partie. Examen des dispositions du Chapitre XII de la Charte
Septième partie. Examen des dispositions du chapitre XVI de la Charte
Note . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
**Huitième partie. Examen des dispositions du Chapitre XVII de la Charte

1170
Note liminaire

Le chapitre XII porte sur l’examen par le Conseil de sécurité d’articles de la


Charte non visés dans les chapitres précédents 1.

Première partie

Examen des dispositions de l’Article premier, paragraphe 2, de la


Charte

Article premier, paragraphe 2

« Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du
principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux- mêmes,
et prendre toutes autres mesures propres à consolider la p aix du monde. »

Note

Pendant la période considérée, aucune des résolutions adoptées par le Conseil


n’a fait expressément référence à l’Article premier, paragraphe 2, de la Charte.
Cependant, l’importance de la disposition de la Charte touchant le droit des peuples
à l’autodétermination a été reflétée dans certaines des décisions et délibérations du
Conseil. Le principe d’autodétermination a été expressément invoqué dans les
résolutions 560 (1985) du 12 mars 1985, 569 (1985) du 26 juillet 1985 et 591 (1986)
du 28 novembre 1986 concernant la question de l’Afrique du Sud; dans la résolution
562 (1985) du 10 mai 1985 concernant la lettre datée du 6 mai 1985 du représentant
du Nicaragua; dans les résolutions 566 (1985) du 19 juin 1985 et 601 (1987) du
30 octob re 1987 concernant la situation en Namibie; dans la résolution 577 (1985)
du 6 décembre 1985 concernant la plainte de l’Angola contre l’Afrique du Sud; dans
la résolution 581 (1986) du 13 février 1986 concernant la situation en Afrique
australe; dans la ré solution 605 (1987) du 22 décembre 1987 concernant la situation
dans les territoires arabes occupés; et dans la résolution 621 (1988) du 20 septembre
__________________
1 Pour les méthodes adoptées en vue de la compilation du chapitre, voir R é p e r t o i r e d e l a p r a t i q u e
du Conseil de sécurité, 1946 -1 9 5 1 , note liminaire du chapitre VIII, d euxième partie; et la

1171
1988 concernant la situation en ce qui concerne le Sahara occidental. Le principe
énoncé à l’Article premier, paragraphe 2, de la Charte a également été invoqué dans
trois déclarations 2 publiées par le Président au nom des membres du Conseil.

Dans deux de ces cas 3, il a été mentionné la résolution 1514 (XV) de


l’Assemblée générale du 14 décembre 1960, intit ulée « Déclaration sur l’octroi de
l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux ». Dans trois autres cas 4, le texte

contenait également des références à la Déclaration universelle des droits de


l’homme. Il y a en outre eu trois cas 5 dans lesquels le te xte comportait également

des références au « suffrage universel des adultes ». Enfin, il y a eu un cas 6 dans


lequel le texte contenait une référence à un « référendum » en vue de
l’autodétermination.

À une occasion, lorsque le Conseil a adopté sa résolut ion 562 (1985), dans le
contexte de la lettre datée du 6 mai 1985 émanant du représentant du Nicaragua, il y
a eu ce que l’on pourrait considérer comme un débat de fond ou une discussion sur
le point de savoir si ce principe de la Charte était applicable aux « peuples » ou aux
« États ». L’on trouvera plus loin une étude de ce cas.

En outre, le Conseil a examiné trois projets de résolutions évoquant le principe


de l’autodétermination qui ont été mis aux voix et qui n’ont pas été adoptés. Deux
ont été prés entés au sujet de la situation en Namibie 7 et un dans le contexte de la

situation en Afrique australe 8.

__________________
structure des chapitres X- XII.
2 S/18157 et S/18808 (en ce qui concerne la question de l’Afrique du Sud), respectivement,
Documents officiels, quarante et unième année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité,
1986, et D o c u m en t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e- deuxième année, Résolutions et décisions du Conseil de
sécurité, 1987; et S/19068 (en ce qui concerne la situation en Namibie), ibid.
3 Résolution 566 (1985), cinquième alinéa du préambule et par. 7, et résolution 601 (1987),
quatrième alinéa du préambule.
4 Résolution 591 (1986), septième alinéa du préambule; résolution 605 (1987), deuxième alinéa
du préambule; et S/18808 (déclaration du président), D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e- d e u x i è m e
année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité, 1987, troisième paragraphe.
5 Résolution 581 (1986), paragraphe 7; S/18157 et S/18808 (déclarations du président),
respectivement, Documents officiels, quarante et unième année, Résolutions et décisions du
Conseil de sécurité, 1986, et D o c u m e nts officiels, quarante - deuxième année, Résolutions et
décisions du Conseil de sécurité, 1987.
6 Résolution 621 (1988), troisième alinéa du préambule.
7 S/17633 et S/18785, respectivement, Documents officiels, quarantième année, Supplément
d’octobre -d é c em b r e 1 9 8 5 et Documents officiels, quarante -d e u x i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ a v r i l -

1172
À une occasion, lorsque le Conseil a examiné la situation à Chypre, la
discussion a évoqué brièvement l’interprétation et l’application du principe
d’autodétermination consacré dans la Charte. D’une part, l’on a fait valoir que
l’argument turc selon lequel la communauté chypriote turque de l’île pouvait
exercer séparément son droit à l’autodétermination était insoutenable étant donné
qu’un tel exercice déformerait le principe d’autodétermination consacré dans la
résolution 1514 (XV) de l’Assemblée générale, ce droit devant être exercé par un
peuple dans son ensemble et non sur la base de critères soi -disant religieux,
communautaires ou ethniques. De plus, a-t-on fait valoir, les Chypriotes turcs ne
pouvaient pas exercer ce droit dans une région occupée du territoire chypriote où ils
avaient toujours constitué une minorité de 18 % tandis que la majorité de 82 % avait
été récemment expulsée et remplacée par des Turcs d’Anatolie et par les forces
militaires d’occupation turques. L’on a ajouté que le « référendum » concernant une
nouvelle « constitution » de la « République turque du nord de Chypre » et les
prétendues élections présidentielles qui avaient été organisées dans la partie occupée
de la République sur la base de la notion d’un « peuple chypriote turc » tournaient
en dérision tous les principes démocratiques et allaient à l’encontre de tous les
concepts internationalement reconnus à la base des droit s de l’homme. Le principe
d’autodétermination ne pouvait pas être interprété de manière à affecter l’unité du
peuple et l’intégrité territoriale d’un État quel qu’il soit. D’un autre côté, l’on a
soutenu que la République turque du nord de Chypre avait vu le jour en novembre
1983 en tant que manifestation du droit à l’autodétermination du peuple chypriote
turc. L’on a affirmé par ailleurs que, quels qu’aient été les droits existants dans le

__________________
juin 1987. Le premier projet de résolution a été présenté par le Burkina Faso, l’Égypte, l’Inde,
Madagascar, le Pérou et la Trinité- et -Tobago et a été mis aux voix à la 2629e s é a nce mais n’a
pas été adopté à la suite des votes négatifs de deux membres permanents. Le deuxième projet de
résolution a été présenté par l’Argentine, le Congo, les Émirats arabes unis, le Ghana et la
Z a m b i e e t a é t é m i s a u x v o i x à l a 2 7 4 7 e séance mais n’a pas été adopté à la suite des votes
négatifs de deux membres permanents. Les projets de résolutions rappelaient la résolution 1514
(XV) de l’Assemblée générale (cinquième alinéa du préambule), et le second (S/18785)
réaffirmait en outre les droits inaliéna bles du peuple namibien à l’autodétermination
conformément à la Charte des Nations Unies et à la résolution 1514 (XV) de l’Assemblée
générale (sixième alinéa du préambule)
8 S/18O87/Rev.1, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e e t u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ a v r i l-j u i n 1 9 8 6 .
Ce projet de résolution a été présenté par le Congo, les Émirats arabes unis, le Ghana,
Madagascar, la Trinité-et -tobago et a été mis aux voix à la 2686 e séance, mais n’a pas été adopté
à la suite des votes négatifs de deux membres permanents. L e projet de résolution réaffirmait la
légitimité de la lutte menée par le peuple sud -africain contre l’ apartheid c o n f o r m é m e n t à l e u r s
droits inaliénables tels que ceux -ci étaient consacrés dans la Charte des Nations Unies et dans la
Déclaration universelle des droits de l’homme (quinzième alinéa du préambule).

1173
sud de l’île pour les Chypriotes grecs, les mêmes droits existaient intégralement
dans le nord pour les Chypriotes turcs et, en l’absence de gouvernement fédéral
conjoint, le peuple chypriote turc avait le droit inaliénable d’être représenté par les
autorités et les organes qu’il avait librement élus étant donné que l’on ne pouvait
pas s’attendre qu’ils vivent dans un vide politique 9.

Dans un cas, pendant les débats du Conseil sur la question de l’Afrique du


Sud, le Préambule de la Charte a été expressément invoqué, et l’on a cité le passage
ci-après, qui semble avoir un rapport avec l’Article premier, paragraphe 2 : « à
proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la
dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et
des femmes » 10.

À une autre occasion, également dans le contexte de la question de l’Afrique


du Sud, l’Article premier, paragraphe 3, de la Charte a été expressément invoqué
dans le contexte des « droits de l’homme » et des « libertés fondamentales » dont il
est question à l’Article premier, paragraphe 2, de la Charte 11.

Lorsque le Conseil a examiné la lettre datée du 11 mars 1988 adressée au


Président du Conseil de sécurité par le représentant permanent de l’Argentine
touchant la décision du Gouvernement britannique de réaliser des manoeuvres
militaires dans les îles Falkland (Islas Malvinas), la discussion a apparemment porté
sur la question de savoir si la disposition de la Charte relative à l’autodétermination
des peuples était applicable à la situation dans ces îles. D’une part, l’on a fait valoir
que la décision d’organiser des manoeuvres militaires avait pour but de consolider
une domination coloniale des îles Falkland (Islas Malvinas) et que l’attitude du
Royaume -Uni méconnaissait les négociations en tant que base de règlement des
différe nds relatifs à la souveraineté. L’on a réaffirmé que l’opposition aux tentatives
d’appliquer la résolution 1514 (XV) de l’Assemblée générale au problème des îles
Falkland (Islas Malvinas) d’une façon sans rapport avec son véritable objet et avec
son esprit reflétait l’arbitraire avec lequel l’interprétation de cette disposition était
manipulée. L’on a dit en outre que les îles Falkland (Islas Malvinas) étaient une
__________________
9 Pour ces déclarations, voir S/PV.2591 : Chypre, p. 13; M. Koray, p. 38; et Turquie, p. 44 et 45;
et S/PV.2635 : C h y p r e , p . 1 8 .
10 S/PV.2600 : F r a n c e , p . 7 .

1174
enclave coloniale en territoire étranger et que, par conséquent, les habitants qui
étaient sujets de la Couronne n’avaient pas de droit légitime à l’autodétermination.
L’on a ajouté que la Cour internationale de Justice et l’Assemblée générale avaient
reconnu que le principe de l’intégrité territoriale primait sur le principe
d’autodétermination da ns les cas où l’occupation coloniale avait affecté la
souveraineté territoriale de pays indépendants. L’on a affirmé par ailleurs qu’il était
indubitable que l’Argentine avait des droits historiques et en titre de revendiquer
cette souveraineté sur les îles Falkland (Islas Malvinas), les îles South Georgia et
South Sandwich, et il était donc impératif que ces territoires lui soient restitués à la
suite de négociations tendant à parvenir à une solution pacifique et définitive. D’un
autre côté, l’on a fait va loir que l’invasion des îles Falkland (Islas Malvinas) par les
troupes argentines le 2 avril 1982 avait amené le Gouvernement du Royaume -Uni à
décider qu’une telle catastrophe ne devrait jamais se reproduire et que le
Gouvernement britannique manquerait en fait au devoir qui lui incombait en vertu
de l’Article 73 de la Charte s’il ne faisait pas le nécessaire pour sauvegarder la
sécurité de la population des îles. L’on a souligné par ailleurs que, tant que
l’Argentine continuerait de revendiquer les îles Fa lkland (Islas Malvinas), le
Royaume -Uni devrait conserver les moyens de parer à l’imprévu, et le
Gouvernement britannique était résolu à honorer ses engagements à l’égard de la
population des îles et à défendre son droit de choisir par qui elle entendait être
gouvernée. Si le Royaume -Uni était tenu d’agir de la sorte par la Charte et par le
Pacte international relatif aux droits civiques et politiques, l’appel à des
négociations sur tous les aspects des îles était un appel à des négociations sur la
souveraineté, lesquelles, comme l’avait indiqué clairement le Gouvernement
argentin, pouvaient seulement avoir pour résultat l’annexion des îles par
l’Argentine 12. Cependant, aucun projet de résolution reflétant ces arguments de fond

n’a été soumis à l’examen du Co nseil.

Dans plusieurs cas, l’Article premier, paragraphe 2, ou l’Article premier dans


son ensemble, a été invoqué dans le contexte du principe d’autodétermination sans
susciter de discussion de fond 13.

__________________
11 S/PV.2736 : Cuba, p. 29 - 3 0 .
12 P o u r l e s déclarations, voir S/PV.2800 : A r g e n t i n e , p . 1 1 ; R o y a u m e -U n i , p . 1 6 -18; S/PV.2801 :
N i c a r a g u a , p . 2 6 , G u a t e m a l a , p . 4 2 e t 4 3 ; A r g e n t i n e , p . 5 1 e t 5 2 ; e t R o y a u m e- U n i , p . 5 6 e t 5 7.
13 Dans le contexte de la question de l’Afrique du Sud, S/PV.2571 : P r é s i d e nt du Comité spécial
c o n t r e l ’apartheid , p. 22 et 23; S/PV.2600 : Afrique du Sud, p. 41 et 42; S/PV.2602 :

1175
Cas No 1

Lettre datée du 6 mai 1985 émanant du rep résentant du Nicaragua

(Dans le contexte d’un projet de résolution présenté par le Nicaragua, mis aux voix
et adopté le 10 mai 1985 à la suite d’un vote séparé sur chaque paragraphe)

Lors du vote séparé sur chaque paragraphe du projet de résolution 14 présenté

par le Nicaragua, le huitième alinéa du préambule et les paragraphes 1 et 2 du


dispositif du projet n’ont pas été adoptés. Après l’adoption à l’unanimité du projet
de résolution dans son ensemble, tel que modifié, en tant que résolution 562 (1985),
le représentant du Royaume -Uni a déclaré que sa délégation appuyait « le droit
inaliénable de décider librement des systèmes politiques, économiques et sociaux »
visé au paragraphe 1 de la résolution qui venait d’être adoptée mais insistait sur le
fait qu’il s’agissait d’un droit qui appartenait aux peuples et non aux États et que
cela était dit dans la Charte des Nations Unies, dans les Pactes internationaux
relatifs aux droits de l’homme et dans la Déclaration des principes du droit
international touchant les relations amicales et la coopération entre les États
conformément à la Charte des Nations Unies. 15 Après avoir souligné que c’était
également ce qui était dit au quatrième alinéa du préambule de la résolution, le
représentant du Royaume -Uni a cité : a ) la référence figurant dans la Charte au

__________________
Yougoslavie, p. 33; S/PV.2690 : Zaïre, p. 5 et 6; S/PV.2732 : Afrique du Sud. p.21; dans le
contexte de la situation au Moyen -Orient, y compris dans l es territoires arabes occupés,
S/PV.2572 : Yémen démocratique, p. 48; S/PV.2573 : République arabe syrienne, p. 61,
S/PV.2605 : République arabe syrienne, p. 32; Thaïlande, p. 54 et 56; S/PV.2646 : Égypte, p. 17;
M a u r i t a n i e , p . 4 1 ; I n d o n é s i e , p . 4 7 e t 4 8 ; S/PV.2649 : Yougoslavie, p. 14; S/PV.2770 : P r é s i d e n t
du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, p. 32; S/PV.2787 : OLP,
p. 98; Jamahiriya arabe libyenne, p. 58 -60; S/PV.2790 : T c h é c o s l o v a q u i e , p . 2 1 ; R o y a u m e - Uni,
p. 37; S/PV. 2 8 0 6 : M. Maksoud, de la Ligue arabe; dans le contexte de la lettre datée du
6 mai 1 9 8 5 é m a n a n t d u N i c a r a g u a , S / P V . 2 5 7 8 : Pérou, p. 11; Brésil, p. 88; dans le contexte de la
situation en Namibie, S/PV.2583 : Président par intérim du Conseil des Nations Unies pour la
Namibie, p. 18; Afrique du Sud, p. 92 - 93; S/PV.2587 : Panama, p. 48; S/PV.2589 : M. Ebrahim,
du PAC, p. 73 -76; S/PV.2600, Afrique du Sud, p. 41 -42; dans le contexte de la situation en
Afrique australe, S/PV.2660 : Thaïlande, p. 41; S/PV.2686 : Venezuela, p. 31-33; dans le
contexte de la lettre datée du 27 juin 1986 émanant du Nicaragua, S/PV.2695 : République arabe
syrienne, p. 22.
14 S/17172, Documents officiels, quarantième année, Supplément d ’avril -juin 1 9 8 5 . Pour la demande

tendant à ce que l e projet de résolution soit mis aux voix paragraphe par paragraphe et pour le
résultat des votes, voir le chapitre VIII, deuxième partie, sous la même rubrique.
15 Résolution 2625 (XXV) de l’Assemblée générale, annexe.

1176
« principe de l’égalité de droits et de l’autodétermination des peuples »; b ) les deux
Pactes internationaux, dans leur article premier commun, qui stipulait : « Tous les
peuples ont le droit à l’autodétermination. En vertu de ce droit, ils déterminent
librement leur statut politique et poursuivent librement leur développement
économique, social et culturel »; et c ) la Déclaration des principes susmentionnée,
où il était dit également que « ... tous les peuples ont le droit de déterminer
librement, sans ingérence de l’extérieur, leur statut politique et de poursuivre leur
développement économique, social et culturel ». Selon cette Déclaration, a insisté le
représentant du Royaume -Uni, tous les États avaient le droit et l’obligation de
« respecter ce droit » et de « promouvoir la réalisation du principe de l’égalité de
droits et de l’autodétermination des peuples ». Ces instruments fondamentaux, ainsi
que la résolution 38/10 de l’Assemblée générale du 11 novembre 1983 concernant la
situation en Amérique centrale, qui était citée au quatrième alinéa du préambule de
la résolution 562 (1985) du Conseil, montraient clairement que le droit à
l’autodétermination appartenait aux peuples et non aux États. Il s’agissait là d’une
distinction fondamentale, et l’interprétation de ce principe figurant au paragraphe 1
de la résolution 562 (1985) le faussait 16. Cette résolution se lit en partie comme

suit :

Le Conseil de sécurité,

...

Rappelant également la résolution 38/10 de l’Assemblée générale, dans laquelle celle -c i a


réaffirmé le droit inaliénable qu’ont tous les peuples de déterminer leur propre forme de
gouvernement et de choisir leur propre système économique, politique et social sans ingérence
étrangère, coercition ou limit ation aucune,


1. Réaffirme la souveraineté du Nicaragua et des autres États et leur droit inaliénable de
choisir librement leur système politique, économique et social et de mener leurs relations
internationales en fonction des intérêts de leur peuple et sans ingérence étrangère, subversion,
coercition directe ou indirecte ni menaces de quelque sorte que ce soit;

...

__________________
16 S/PV.2580, p. 128 -1 3 0 .

1177
Deuxième partie

Examen des dispositions de l’Article 2 de la Charte

A.. Article 2, paragraphe 4

« Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations


internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre
l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre
manière incompatible avec les buts des Nations Unies . »

Note

Deux résolutions adoptées par le Conseil pendant la période considérée


contenaient des références explicites à l’Article 2, paragraphe 4, de la Charte 17. À

bien d’autres occasions, les décisions et délibérations du Conseil ont reflété


l’importance des principes et obligations visés dans cette disposition de la Charte.
Cinq des résolutions mentionnant l’Article 2, paragraphe 4 18, contenaient des
expressions tirées de cette disposition de la Charte, et 17 résolutions s’y référaient
implicitement 19. Quinze déclarations faites par le Président au nom du Conseil

mentionnaient également l’Article 2, paragraphe 4 : cinq 20 reprenaient, tout au

__________________
17 R é s o l u t ion 573 (1985), quatrième alinéa du préambule; et résolution 611 (1988), quatrième
alinéa du préambule.
18 Résolution 568 (1985), quatrième alinéa du préambule; 574 (1985), résolution 580 (1985),
troisième alinéa du préambule; résolution 581 (1986), deuxièm e alinéa du préambule; et
résolution 588 (1986), quatrième alinéa du préambule.
19 Résolutions 561 (1985), par. 2; 564 (1985), par. 2; 567 (1985), deuxième alinéa du préambule et
par. 3; 571 (1985), troisième alinéa du préambule et par. 1; 575 (1985), par. 2 ; 5 7 7 ( 1 9 8 5 ) ,
sixième alinéa du préambule et par. 4 ; 5 8 2 ( 1 9 8 6 ) , s i x i è m e a l i n é a d u p r é a m b u l e ; 5 8 3 ( 1 9 8 6 ) , p a r .
2; 586 (1986), par. 2; 592 (1986), par. 2; 594 (1987), par. 2; 599 (1987), par. 2; 598 (1987), par.
1; 602 (1987), troisième alinéa du préambul e et par. 4 ; 6 0 6 ( 1 9 8 7 ) , t r o i s i è m e a l i n é a d u
préambule et par. 1; 609 (1988), par. 2; et 617 (1988), par. 2.
20 S/17215 du 24 m a i 1985 concernant la situation au Moyen - Orient, Documents officiels,
quarantième année, résolutions et décision du Conseil de sécurité, 1985; S/17486, dont il a été
donné lecture à la 2607e séance, le 20 septembre 1985, concernant la situation à Chypre, ibid.;
S / 1 8 6 9 1 e t S / 1 8 7 5 6 d e s 1 3 février et 19 m a r s 1987 respectivement concernant la situation au
M o y e n - Orient, D o c u m e n t s o f f i c i els, quarante - deuxième année, Résolutions et décisions du
Conseil de sécurité, 1987; et S/19959 du 24 juin 1988 concernant l’incident du 20 juin 1 9 8 8
(« Dernières attaques de l’Afrique du Sud contre le territoire du Botswana »), D o c u m e n t s
officiels, quarante- troisième année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité, 1988.

1178
moins en partie, le libellé de la Charte, tandis que les autres dix 21 contenaient

d’autres références implicites à cet article. Sept projets de résolutions, qui soit n’ont
pas été adoptés, soit n’ont pas été mis aux voix, contenaient également une
référence à l’Article 2, paragraphe 4, dont trois 22 reprenaient les termes de la
Charte, trois 23 contenaient d’autres références implicites à ce principe de la Charte

et un 24 rappelait la définition de l’agression contenue dans la résolution 3314

(XXIX) de l’Assemblée générale en date du 14 décembre 1974.

Dans un des cas indiqués ci-dessus, le Conseil a mis en relief le principe de


l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la force et a déploré les actes qui
avaient initialement suscité un conflit entre deux États 25. Dans un autre cas, le
Conseil, se référant à l’application des Articles 39 et 40 de la Charte 26, a exigé, à

titre de première mesure sur la voie d’un règlement négocié, l’observation d’un
cessez-le -feu immédiat, la cessation de toutes les actions militaires et le retrait de
__________________
21 S/17004, S/17036 et S/17130 des 5 et 15 mars et 25 a v r i l 1985 respectivement concernant la
situation entre l’Iran et l’Iraq, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t i è m e a n n é e , R é s o l u t i o n s e t d é c i s i o n s
du Conseil de sécurité, 1985; S/17932 et S/18538 des 21 m a r s e t 2 2 décembre 1 9 8 6
respectivement concernant la situation entre l’Iran et l’Iraq, Documents officiels, quarante et
unième année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité, 1986; S/18138 de juin 1 9 8 6
c o n c e r n a n t l a s i t u a t i o n a u M o y e n- Orient, ibid.; S/18610 du 16 janvier 1 9 8 7 c o n c e r n a n t l a
situation entre l’Iran et l’Iraq, Documents officiels, quarante - deuxième année, Résolutions et
décisions du Conseil de sécurité, 1987; S/19068 du 2 1 août 1987 concernant la situation en
Namibie, ibid.; S/19626 et S/20096 dont il a été donné lecture respectivement aux 2798 e et
2823e séances tenues les 16 mars et 8 août 1988, concernant la situation entre l’Iran et l’Iraq,
Documents officiels, quaran te- troisième année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité,
1988.
22 Dans le contexte des lettres, l’une et l’autre datées du 25 m a r s 1986, émanant des représentants
de Malte et de l’Union des Républiques socialistes soviétiques et de la lettre du 26 m a r s 1 9 8 6
émanant du représentant de l’Iraq, projet de résolution S/17954, deuxième alinéa du préambule,
D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e e t u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r-m a r s 1 9 8 6 . Dans le
contexte de la lettre datée du 12 avril 1 9 8 6 é m a n a n t d u r e p résentant de Malte, projet de
résolution S/17984, troisième alinéa du préambule, ibid.; S u p p l é m e n t d ’ a v r i l - juin 1 9 8 6 ; et dans
le contexte de la situation au Moyen - Orient, projet de résolution S/19434, par. 3 du dispositif,
Documents officiels, quarante - troi s i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r-m a r s 1 9 8 8 .
23 Dans le contexte de la situation au Moyen- Orient, projet de résolution S/17730/Rev.2, par. 3 du
dispositif, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e e t u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r -mars 1 9 8 6 ;
projet de résolution S/19868, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e- t r o i s i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e
janvier -m a r s 1 9 8 8 ; et dans le contexte de la lettre émanant de la République arabe syrienne,
projet de résolution S/17796/Rev.1, par. 1 et 2 du dispositif, Documents officiels, quaran te et
u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r-m a r s 1 9 8 6 .
24 Dans le contexte des lettres datées du 15 a v r i l 1986 émanant des représentants du Burkina Faso,
de la Jamahiriya arabe libyenne, de l’Oman, de la République arabe syrienne et du Soudan,
projet de réso lution S/18016/Rev. 1, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e e t u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t
d’avril -juin 1 9 8 6 .
25 Voir la résolution 582 (1986), sixième alinéa du préambule et par. 1.
26 Pour la discussion concernant les Articles 39 et 40 (Chapitre VII de la Charte), v o i r l e

1179
toutes les forces jusqu’aux frontières internationalement reconnues 27. Dans plusieurs

cas 28, le Conseil a exprimé son alarme ou son inquiétude devant la persistance des
attaques, a demandé aux parties de faire preuve de modération ou de cesser les
hostilités, a censuré la prolongation ou l’escalade d’un conflit et a demandé le
respect de l’in tégrité territoriale, de la souveraineté et de l’indépendance politique
des États. Dans d’autres paragraphes 29, le Conseil a exprimé sa grave préoccupation

devant les menaces de perpétrer des actes d’agression et a condamné un État pour
avoir fait ces menaces. Dans un cas 30, le Conseil a réaffirmé la légitimité de la lutte

que menait un peuple contre l’occupation illégale et a demandé à tous les États
d’accroître leur assistance morale et matérielle à ce peuple.

Les références comme celles indiquées ci -des sus aux dispositions de


l’Article 2, paragraphe 4, ont été fréquentes, mais le Conseil a rarement eu ce qu’on
pourrait qualifier de débat de fond sur ce principe de la Charte. À plusieurs
occasions 31, l’Article 2, paragraphe 4, a été expressément invoqué lo rs des

__________________
c h a p i t r e XI du présent Supplément.
27 Résolution 598 (1987), par. 1.
28 Résolutions 564 (1985), par. 2; 567 (1985), par. 3; 571 (1985), par. 1; 575 (1985), par. 2; 577
(1985), sixième alinéa du préambule et par. 4 ; 5 8 3 ( 1 9 8 6 ) , p a r . 2 ; 5 8 6 ( 1 9 8 6 ) , p a r . 2 ; 5 9 4 ( 1 9 8 7 ) ,
par. 2; 599 (1987), par. 2; 602 (1987), deuxième et quatrième alinéas du préambule et par. 1; 609
(1987), par. 2; et 617 (1988), par. 2. Voir également les déclarations faites par le Président du
Conseil de sécurité au nom des membres d u Conseil, S/17004, S/17036 et S/17130 des 5 et
15 mars et 25 a v r i l 1985 respectivement concernant la situation entre l’Iran et l’Iraq, D o c u m e n t s
officiels, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité, 1985; S/17932 et S/18538 des 21 m a r s
et 22 décembr e 1 9 8 6 r e s p e c t i v e m e n t , Documents officiels, Résolutions et décisions du Conseil
de sécurité, 1986 ; et S/19626 et S/20096 des 16 mars et 8 août 1 9 8 8 r e s p e c t i v e m e n t , D o c u m e n t s
officiels, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité, 1988.
29 Résolution 58 1 (1986), dixième alinéa du préambule et par. 1.
30 Résolution 566 (1985), par. 2.
31 Dans le contexte de la lettre datée du 6 mai 1985 émanant du représentant du Nicaragua,
S/PV.2578 : États-Unis d’Amérique, p. 29; dans le contexte de la situation en Nami bie,
S/PV.2590 : Afghanistan, p. 58; dans le contexte de la plainte de l’Angola contre l’Afrique du
Sud, S/PV.2596 : République - Unie de Tanzanie, p. 24; Pakistan, p. 44; S/PV.2631 : R o y a u m e-
Uni, p. 33; dans le contexte de la lettre datée du 17 juin 1985 ém anant du représentant du
Botswana, S/PV.2599 : S w a z i l a n d , p . 6 2 ; R o y a u m e- Uni, p. 78; dans le contexte de la lettre datée
du 1 er o c t o b r e 1985 émanant du représentant de la Tunisie, S/PV.2611 : Burkina Faso, p. 21;
R o y a u m e - Uni, p. 39 - 41; dans le contexte de la situation dans les territoires arabes occupés,
S/PV.2786 : Italie, p. 61 - 62; dans le contexte de la situation à Chypre, S/PV.2635 : Chypre,
p . 59; S/PV.2688 : Chypre, p. 9 -10; S/PV.2771 : Chypre, p. 26; dans le contexte de la situation
e n A f r i q u e a u s t r ale, S/PV.2658 : Ghana, p. 27 et 28; S/PV.2686 : Jamahiriya arabe libyenne,
p . 116 et 117; dans le contexte des lettres datées du 25 m a r s 1986 émanant des représentants de
Malte et de l’URSS et de la lettre datée du 26 m a r s 1986 émanant du représentant de l’Iraq,
S/PV.2669 : P o l o g n e , p . 1 7 ; R o y a u m e- Uni, p. 36; dans le contexte de la lettre datée du
27 juin 1986 émanant du représentant du Nicaragua, S/PV.2697 : É m i r a t s a r a b e s u n i s , p . 3 6 . L e s
références implicites sont trop nombreuses pour être énumérées ici.

1180
délibérations du Conseil, mais habituellement sans donner lieu à une discussion
quant au fond.

L’Article 2, paragraphe 4, a également été invoqué dans des communications


reçues dans le contexte des lettres datées du 15 avril 1986 émanant des représentants
du Burkina Faso, de la Jamahiriya arabe libyenne, de l’Oman et de la République
arabe syrienne 32, ainsi que dans le contexte de la question concernant la situation à

Chypre 33, et de la situation entre l’Iran et l’Iraq 34.

Dans un cas, lorsque le Conseil a discuté la situation à Chypre, après


l’adoption de la résolution 578 (1985) 35, dans laquelle le Conseil a prolongé le

mandat de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre


(UNFICYP), l’Article 2, paragraphe 4, a été expressément mentionné dans la
discussion concernant le Traité de garantie. La primauté de la disposition de la
Charte sur les autres accords internationaux, spécifiquement le Traité de garantie, a
été soulignée lors de la discussion par une mention explicite de l’Article 103 de la
Charte 36. D’une part, les représentants de Chypre et de la Grèce ont déclaré que la

clé de la solution du problème de Chypre résidait dans le retrait des troupes


d’occupation turques et que si le Conseil avait dû se réunir pour renouveler le
mandat de la Force, c’était parce que la Turquie n’avait pas retiré ses troupes de
Chypre. D’un autre côté, le représentant de la Turquie a fait valoir que, comme feu
l’Archevêque Makarios l’avait déclaré au Conseil en 1974 37, Chypre avait été
confronté non pas « à une invasion turque, mais à une invasion grecque » et que ce
qui s’était passé en 1974 avait été une « intervention turque » dans le cadre du Traité
de garantie. Le représentant de Chypre a répondu à cette affirmation en déclarant

__________________
32 S/17990 (lettre datée du 14 avril 1 9 8 6 é m a n a n t d u r e p r é s e n t a n t d e s É t a t s- Unis d’Amérique),
Documents officiels, quarante et unième année, Supplément d’avril -juin 1 9 8 6 .
33 S/18466 et S/19356 (lettres datées respectivement du 29 n o v e m b r e 1986 et du 17 dé c e m b r e 1 9 8 7
émanant du représentant de Chypre), Documents officiels, quarante et unième année,
S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e-d é c e m b r e 1986 et q u a r a n t e -d e u x i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e -
décembre 1987.
34 S/20001 (lettre datée du 9 juillet 1988 émanant du représe ntant de l’Iraq), Documents officiels,
quarante- troisième année, Supplément de juillet- septembre 1 9 8 8 .
35 Pour un compte rendu des débats du Conseil concernant l’adoption de la résolution 578 (1985),
voir le chapitre VIII, deuxième partie, sous la même rubrique.
36 Pour les discussions concernant l’ Article 103 de la Charte, voir la septième partie du présent
chapitre.
37 Voir, sous la même rubrique, Répertoire. Supplément de 1972 -1 9 7 4 , c h a p i t r e VIII, deuxième
partie.

1181
que, si le Traité de garantie avait prévu un tel droit d’ »intervention », le Traité lui-
même aurait été contraire aux dispositions de l’Article 2, paragraphe 4, et que,
manifestement, l’Article 103 de la Charte des Nations Unies ne permettait pas une
telle contradictio n 38.

Cas No 2

Lettre datée du 1 er octobre 1985 émanant du représentant de la Tunisie

(Dans le contexte d’un projet de résolution présenté par le Burkina Faso, l’Égypte,
l’Inde, Madagascar, le Pérou et la Trinité-et -Tobago, mis aux voix et adopté le
4 octobre 1985)

Pendant les débats du Conseil concernant l’incident à l’occasion duquel six


avions militaires israéliens avaient largué cinq bombes sur les faubourgs sud de
Tunis, le débat non seulement a été centré sur les dispositions de l’Article 2,
paragraphe 4, mais encore a fréquemment donné lieu à des déclarations insistant sur
l’obligation qui incombait aux États Membres de respecter ce principe de la Charte
sous tous ses aspects. Jusqu’à un certain point, la discussion a apparemment mis en
lumière aussi ce que l’on pourrait qualifier d’une certaine tension entre les
dispositions de l’Article 2, paragraphe 4, et de l’Article 51 de la Charte concernant,
dans ce dernier cas, le droit de « légitime défense » 39. D’un autre côté, l’on a fait
valoir que le raid israélien constituait un acte flagrant d’agression contre l’intégrité
territoriale, la souveraineté et l’indépendance de la Tunisie en violation manifeste
des règles et normes du droit international et des principes de la Charte des Nations
Unies. Plus précisément, il a été souligné que l’engagement de s’abstenir de recourir
à la force contre l’intégrité territoriale de tout État, le refus de régler les différends
internationaux par des moyens pacifiques et, surtout, le recours à une violence
arbitraire et disproportionnée – sous quelque prétexte que ce soit, y compris les
représailles – constituaient un manquement inadmissible aux dispositions de
l’Article 2, paragraphe 4, de la Charte. D’un autre côté, l’on a fait valoir qu’au cours

__________________
38 Pour les déclarations, voir S/PV.263 5 : Chypre, p. 9-1 3 , p . 5 7 ( d e u x i è m e i n t e r v e n t i o n ) e t p . 5 9
(troisième intervention); Grèce, p. 26 et 27, p. 57 (deuxième intervention); et Turquie, p. 58
(troisième intervention).
39 Pour les discussions concernant l’Article 51 de la Charte, voir le chapitre XI du présent
Supplément.

1182
de l’année écoulée, le quartier général de l’OLP en Tunisie avait planifié, organisé
et lancé des centaines d’attaques terroristes contre Israël, contre des objectifs
israéliens en dehors d’Israël et contre les Juifs partout dans le monde et que les
forces israéliennes avaie nt veillé tout particulièrement à ne cibler que le quartier
général de l’OLP. En ce qui concerne l’affirmation selon laquelle l’intervention
d’Israël avait été dirigée contre un pays qui n’était pas activement en guerre contre
Israël, l’on a fait valoir qu e tout État avait la responsabilité d’empêcher que des
attaques armées ne soient lancées à partir de son territoire et qu’aucun pays ne
tolérerait que ses citoyens fassent l’objet d’attaques répétées de la part de terroristes
qui avaient ouvertement établi leur quartier général dans un autre pays et qui
lançaient leurs attaques à partir du territoire de ce dernier. De plus, la souveraineté
ne pouvait pas être dissociée des responsabilités qu’elle supposait et tout pays qui
éludait sa responsabilité fondamentale d’empêcher qu’un territoire souverain soit
utilisé comme tremplin pour des actes d’agression risquait de supporter toutes les
conséquences de l’inobservation de ce devoir. L’on a soutenu en outre que l’intérêt
qu’avait un État à protéger ses ressortis sants pouvait primer sur la souveraineté
territoriale conformément au droit de se défendre contre des agressions armées
d’autres pays prévu par l’Article 51 de la Charte des Nations Unies 40.

À la 2615e séance, le 4 octobre 1985, le Président a appelé l’at tention des


membres du Conseil sur un projet de résolution présenté par six puissances, qui a
été mis aux voix à la même séance et adopté en tant que résolution 573 (1985) 41.
Cette résolution se lit en partie comme suit :

Le Conseil de sécurité,

...

__________________
40 Pour les déclarations, voir S/17509 (lettre datée du 1 er octobre 1985 émanant de la Tunisie),
Documents officiels, quarantième année, Supplément d’octobre-d é c e m b r e 1 9 8 5 ; S/PV.2610 :
Tunisie, p. 8 -1 1 ; I n d e , p . 2 3 e t 2 4 ; S / P V. 2 6 1 1 : France, p. 7; Danemark, p. 9; Chine, p. 11;
Turquie, p. 13 -16; Australie, p. 21; Israël, p. 22 -2 6 ; R o y a u m e- Uni, p. 41; Pakistan, p. 57;
S/PV.2613 : B u r k i n a F a s o , p . 2 1 ; T r i n i t é-et -T o b a g o , p . 4 2 ; M a r o c , p . 4 7 e t 48; Jordanie, p. 53 -
5 6 ; I s r a ë l ( d e u x ième intervention), p. 63; S/PV.2615 : Yougoslavie, p. 12 et 13; Indonésie, p. 2 6 ;
Nicaragua, p. 31; Bangladesh, p. 53 - 56; Viet Nam, p. 68; Tunisie (deuxième intervention), p. 81
et 82; Israël (troisième intervention). p. 87 et 88; et le Président (États- Un is d’Amérique), p. 111
et 112.
41 Pour le vote sur le projet de résolution (S/17535), voir le chapitre VIII, deuxième partie, sous la
même rubrique.

1183
Considérant que, aux termes du paragraphe 4 de l’Article 2 de la Charte des Nations Unies,
les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la
menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territor iale ou l’indépendance politique de
tout État, soit d’agir de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies,

...

Considérant que le Gouvernement israélien a revendiqué la responsabilité de l’attaque dès


que celle- ci s’est produite,

1. Condamne énergiquement l’acte d’agression armée perpétré par Israël contre le


territoire tunisien, en violation flagrante de la Charte des Nations Unies et du droit et des normes
de conduite internationaux;

2. Exige qu’Israël s’abstienne de perpétrer de tels actes d’agression ou de menacer de le


faire;

3. Demande instamment aux États Membres de prendre des mesures pour dissuader
Israël de recourir à de tels actes contre la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les États;

...

5. Prie le Secrétaire général de faire rapport au Conseil de sécurité le 30 n o v e m b r e 1 9 8 5


au plus tard sur l’application de la présente résolution;

...

Conformément au paragraphe 5 de la résolution 573 (1985), le Secrétaire


général a, le 29 novembre 1985, p résenté un rapport 42 contenant les réponses reçues

des États Membres. Dans sa réponse, le Gouvernement israélien a déclaré qu’il


rejetait toutes les allégations selon lesquelles son action, qui avait été dirigée contre
le quartier général de l’OLP en Tunisie, avait constitué un « acte d’agression ». L’on
a mentionné les résolutions de l’Assemblée générale de 1974 et de 1970 contenant
respectivement la définition de l’agression et la Déclaration des principes du droit
international touchant les relations amic ales et la coopération entre les États
conformément à la Charte des Nations Unies 43, dans lesquelles l’Assemblée avait

__________________
42 S/17659/Rev.1 (annexes), Documents officiels, quarantième année, Supplément d’octobre -
décembre 1985.
43 R é s o l u t i o n s 3 3 1 4 ( X X I X ) , a n n e x e ; e t 2 6 2 5 ( X X V ) , a n n e x e , d e l ’ A s s e m b l é e g é n é r a l e .

1184
clairement indiqué qu’il y avait « acte d’agression » dès lors qu’un pays ne
s’acquittait pas de son obligation « de s’abstenir d’organiser ou d’encourager
l’organisation de forces irrégulières ou de bandes armées, y compris de mercenaires,
en vue d’incursions sur le territoire d’un autre État ». En outre, dans lesdites
résolutions, l’Assemblée avait déclaré qu’un État avait obligation de ne pas accepter
« qu’il soit organisé sur son territoire des activités tendant à commettre ... des actes
[terroristes] »; la Tunisie, en autorisant l’OLP à établir une base extraterritoriale
pour la conduite de ses opérations, avait enfreint directement ces deux résolutions.
Israël soutenait en outre que la résolution 573 (1985) du Conseil de sécurité avait
déformé aussi bien le principe de légitime défense que le « concept même »
d’agression non seulement en refusant à Israël le droit de se défendre mais aus si en
le condamnant pour l’avoir fait. Israël considérait par conséquent le contenu de cette
résolution comme inacceptable et rejetait en particulier l’utilisation impropre qui
était faite des expressions « actes d’agression » et « actes d’agression armée ».

Cas No 3

Situation entre l’Iran et l’Iraq

(Dans le contexte d’un projet de résolution élaboré à la suite des consultations


tenues entre les membres du Conseil et adopté le 24 février 1986)

Le thème sous -jacent des débats du Conseil à ses 2663e à 2666e séances,
tenues entre le 18 et le 24 février 1986, était esquissé dans la lettre 44 datée du

12 février 1986 émanant du représentant de l’Iraq, transmettant le texte d’une lettre


signée par les membres du Comité des Sept du Conseil de la Ligue des États arabes.
Le Comité des Sept avait demandé la convocation d’une réunion du Conseil étant
donné la situation qui avait surgi à la suite de la « nouvelle agression armée de
grande envergure » lancée par la République islamique d’Iran contre la souveraineté
et l’intégrité territoriale de l’Iraq, dans le secteur situé à l’est de Bassorah et dans le
secteur du Chatt al-Arab, qui avait commencé dans la nuit du 9 au 10 février 1986.
Le Comité des Sept avait en outre demandé que le Conseil de sécurité discute de ces
__________________
44 S/17821 (annexe), D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e e t u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r-
m a r s 1 9 8 6 . P o u r l e s d é b a t s d u C o n s e i l c o n f o r m é m e n t à c e t t e d e m a n d e ( 2 6 6 3 e à 2 6 6 6e séa nces,
tenues entre les 18 et 24 février 1986), voir le chapitre VIII, première partie, sous la même

1185
événements et adopte des « mesures sérieuses » pour mettre un terme à la guerre et
régler le conflit par des moyens pacifiques conformément à la Charte des Nations
Unies et au droit international.

À la 2666e séance, le 24 février 1986, le projet de réso lution qui avait été
élaboré au cours des consultations du Conseil a été mis aux voix et adopté à
l’unanimité en tant que résolution 582 (1986) 45. Cette résolution se lit en partie

comme suit :

Le Conseil de sécurité,

...

Profondément préoccupé par la prolongation du conflit entre les deux pays, qui entraîne de
lourdes pertes en vies humaines et des dégâts matériels considérables et met en danger la paix et la
sécurité,

Rappelant les dispositions de la Charte, en particulier l’obligation qu’ont tous les États
Membres de régler leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que
la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger,

...

Soulignant le principe de l’inadmissibilité de l’ acquisition de territoire par la force,

...

1. Déplore les actes initiaux qui ont provoqué le conflit entre la République islamique
d’Iran et l’Iraq et déplore la poursuite du conflit;

2. Déplore également l’intensification du conflit, en particulier les incursions


territoriales, le bombardement de centres de peuplement exclusivement civils, les attaques contre
des navires neutres ou des avions civils, les violations du droit humanitaire international et
d’autres règles relatives aux conflits armés et , notamment, l’utilisation d’armes chimiques en
contravention des obligations découlant du Protocole de Genève de 1925;

__________________
rubrique.
45 Pour le vote sur le projet de résolution (S/17859), voir le chapitre VIII, deuxième partie, sous la
même rubrique.

1186
3. D e m a n d e à la République islamique d’Iran et à l’Iraq d’observer immédiatement un
cessez -l e-feu et la cessation de toutes les hostil ités sur terre, en mer et dans les airs et de retirer
sans délai toutes les forces jusqu’aux frontières internationalement reconnues;

...

5. D e m a n d e aux deux parties de soumettre immédiatement tous les aspects du conflit à


la médiation ou à tout autre moyen de règlement pacifique des différends;

...

Étant l’une des principales parties à la situation visée dans la résolution 582
(1986), la République islamique d’Iran avait jusqu’alors non seulement refusé de
participer aux débats du Conseil sur la qu estion mais encore s’était dissociée des
mesures adoptées par le Conseil 46. Néanmoins, après l’adoption de la résolution 582
(1986) relative à la situation entre l’Iran et l’Iraq, le représentant de la République
islamique d’Iran a communiqué au Secrétaire général la déclaration 47 publiée par le

Ministère des affaires étrangères de son pays. Cette déclaration soulignait que le
Conseil de sécurité s’était enfin rendu compte que, pour résoudre l’ensemble du
problème causé par la guerre conformément aux disposit ions de la Charte des
Nations Unies, il devrait examiner l’agression initiale de l’Iraq. En outre, les
passages de la résolution 582 (1986) concernant la question de la guerre et de la
cessation des hostilités manquaient d’équilibre et n’allaient pas assez loin mais
constituaient néanmoins un élément positif sur la voie de la condamnation de l’Iraq
en tant qu’agresseur et une cessation juste de la guerre. La résolution mentionnait
certes la nécessité de régler les différends par des moyens pacifiques mais n e
mentionnait pas la violation flagrante de ce principe par l’Iraq et le recours à la
force de la part de ce pays qui avait lancé une guerre d’agression contre la
République islamique d’Iran.

Cas No 4

__________________
46 Pour des informations de caractère général sur la position de l’Iran, voir R é p e r t o i r e , S u p p l é m e n t
d e 1 9 8 1 -1 9 8 4 , chapitre VIII, deuxième partie, sous la même rubrique.
47 S/17864 et Corr. l (lettre datée du 25 février 1986 émanant du représentant de la République
islamique d’Iran), D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e e t u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r -
mars 1986.

1187
Lettre datée du 25 mars 1986 émanant du représentant de Malte; lettre datée du
25 mars 1986 émanant du représentant de l’Union des Républiques socialistes
soviétiques; lettre datée du 26 mars 1986 émanant du représentant de l’Iraq

(Dans le contexte d’un projet de résolution présenté par la Bulgarie et l’Union


soviétique qui n’a pas été mis aux voix)

Pendant les délibérations du Conseil concernant la situation résultant des


revendications et contre -revendications sur le golfe de Syrte, dans le sud de la
Méditerranée, la discussion a apparemment porté principalement non pas tant sur
l’interprétation du principe contenu à l’Article 2, paragraphe 4, de la Charte, mais
plutôt sur son application. D’un côté, l’on a souligné qu’en vertu du paragraphe 4 de
l’Article 2, les États Membres étaient tenus de s’abstenir de recourir à la menace ou
à l’emploi de la force dans leurs relations internationales et que tous les droits
reconnus par la pratique et le droit internationaux, y compris le droit de libre
passage dans les eaux internationales, pourraient être pleinement garantis dans le
cadre des principes et procédures énoncés au Chapitre VI de la Charte. Le recours à
la force ou à des menaces pour faire valoir des revendications dans des eaux en
litige ne pouvait pas être toléré, surtout dans le contexte de l’affaire d ont le Conseil
était saisi, un État Membre ayant essayé d’exercer ce qu’il considérait être ses droits
dans les eaux internationales à des milliers de kilomètres de ses côtes. L’on a
souligné en outre que l’article 301 de la Convention des Nations Unies su r le droit
de la mer de 1982, qui consacrait la norme selon laquelle « les États parties
s’abstiennent de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité
territoriale ou l’indépendance politique de tout État » signifiait que le droit
contemporain de la mer reflétait « l’une des conditions fondamentales » de la Charte
des Nations Unies. D’un autre côté, l’on a fait valoir que la prétention de la
Jamahiriya arabe libyenne de contrôler la navigation dans une vaste zone de la mer
Méditerranée et le survol de cette zone était dépourvue de fondement dans la
pratique coutumière ou dans le droit international et que les attaques libyennes
contre des unités navales des États -Unis d’Amérique, qui naviguaient dans les eaux
internationales du golfe de Syrte, avaient constitué une violation des obligations qui
incombaient à la Libye aux termes de l’Article 2, paragraphe 4, et que les forces des
États -Unis avaient ainsi dû exercer leur droit de légitime défense conformément à

1188
l’Article 51 de la Charte 48. Étant donné que les actes de la Libye constituaient un

grave défi pour la liberté de navigation dans les eaux internationales, le Conseil de
sécurité devait réaffirmer les libertés internationalement reconnues de navigation et
de survol et condamner les États qui avaient recours à la force pour violer lesdites
normes. De plus, c’était les Libyens qui avaient les premiers ouvert le feu contre des
aéronefs opérant dans l’espace aérien international au-dessus de la haute mer, et la
question dont le Conseil était saisi tenait non pas aux moyens employés par les
États -Unis pour affirmer le droit à la liberté de navigation en haute mer dans le golfe
de Syrte mais plutôt aux moyens utilisés par la Jamahiriya arabe libyenne pour
prétendre illégalement à des droits exclusifs dans le golfe de Syrte 49.

À la 2671e séance, le 31 mars 1986, le Président a appelé l’attention des


membres du Conseil sur un projet de résolution 50 présenté par la Bulgarie et

l’URSS. Aux termes du projet, qui n’a pas été mis aux voix, le Conseil aurait
réaffirmé l’obligation de tous les États Membres de l’Organisation des Nations
Unies de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, conformément
à la Charte, et aurait condamné l’acte d’agression armée contre la Jamahiriya arabe
libyenne, qui avait constitué une violation flagrante de la Charte des Nations Unies
et des normes du droit international.

Cas No 5

Lettres datées du 15 avril 1986 émanant des représentants du Burkina Faso, de la


Jamahiriya arabe libyenne, de l’Oman et de la République arabe syrienne

(Dans le contexte d’un projet de résolution présenté par le Congo, les Émirats arabes
unis, le Ghana, Madagascar et la Trinité -et -Tobago, révisé, mis aux voix et non
adopté le 21 avril 1986)

__________________
48 Pour les débats concernant l’Article 51 de la Charte (légitime défense), voir le chapitre XI du
présent Supplément.
49 Pour les déclarations, voir S/PV.2668 : URSS, p. 7 et 8; Malte, p. 12 -14; États -Unis, p. 18 -22;
S/PV.2669 : P o l o g n e , p . 1 7 e t 1 8 ; R o y a u m e -Uni, p. 32, 36 et 37; S/PV.2670 : RSS d’Ukraine,
p . 8; Jamahiriya arabe libyenne, p. 27-31; États - Unis (deuxième intervention), p. 66; URSS
(deuxième et troisième interven t i o n s ) , p . 6 7 , 6 8 e t 7 4 ; R o y a u m e- U n i ( d e u x i è m e e t t r o i s i è m e
interventions), p. 72 -74; et S/PV.2671 : Y é m e n d é m o c r a t i q u e , p . 7; Jamahiriya arabe libyenne
(deuxième intervention), p. 36 et 38; États -Unis (troisième intervention), p. 38.
50 Pour le texte du p rojet de résolution (S/17954), voir Documents officiels, quarante et unième
année, Supplément de janvier -m a r s 1 9 8 6 .

1189
Pendant les délibérations du Con seil au sujet des plaintes concernant les
frappes aériennes lancées par les forces militaires des États -Unis contre des
objectifs spécifiques à Tripoli et à Benghazi, en Jamahiriya arabe libyenne, il y a eu
une sérieuse discussion de fond sur ce que l’on p ourrait qualifier de ligne de clivage
ou de tension entre ce que l’on a appelé la « règle générale » stipulée à l’Article 2,
paragraphe 4, et l’exception à cette règle – « le droit de légitime défense » – prévue
à l’Article 51 de la Charte 51. D’un côté, l’on a fait valoir que la règle générale était

celle qui était énoncée à l’Article 2, paragraphe 4, qui stipulait que tous les États
Membres « s’abstiennent dans leurs relations internationales de recourir à la menace
ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de
tout État ». Le droit naturel de légitime défense, en tant qu’exception à la règle
générale, devait être interprété « étroitement plutôt que largement » pour que la
règle générale ne puisse pas être violée en faisant valoir que le recours à la force
constituait un recours approprié au droit de légitime défense. Au « sens juridique »
strict, a -t -on fait valoir, le recours à la force après la cessation de l’agression n’était
plus une légitime défense mais « de s imples représailles ». En outre, en droit
international, le concept de « légitime défense préventive » n’existait pas car
invoquer un tel droit pourrait servir de prétexte à n’importe quel acte imaginable
d’agression armée en violation de l’Article 2, para graphe 4, de la Charte. En tout
état de cause, les internationalistes avaient reconnu que la lutte contre des actes de
terrorisme ne justifiait jamais le recours à la force en violation de l’Article 2,
paragraphe 4.

D’un autre côté, l’on a soutenu que, d ans l’exercice du droit naturel de
légitime défense reconnu à l’Article 51 de la Charte, les forces militaires des États -
Unis avaient exécuté une série de frappes aériennes soigneusement planifiées contre
des objectifs utilisés par les terroristes en Jamah iriya arabe libyenne. Ces objectifs,
qui faisaient partie d’infrastructures militaires de ce pays, comme systèmes de
commandement et de contrôle, systèmes de communication des services de
renseignement, installations logistiques et installations d’entraîne ment, étaient les
sites utilisés par le pays pour mener sa politique de terrorisme international et
d’attaques constantes contre les installations et les citoyens des États -Unis. L’on a

__________________
51 Pour les débats concernant l’Article 51 de la Charte (légitime défense), voir le chapitre XI du
présent S u p p l é m e n t, sous la même rubrique .

1190
fait valoir en outre que la Jamahiriya arabe libyenne ne s’était pas contentée de
simplement menacer de recourir à la force, ce qui, en soi, était une violation de la
Charte, mais encore avait mis ses menaces à exécution. S’agissant du paragraphe 3
du projet de résolution révisé 52 dont le Conseil était saisi, il a été dit que ce

paragraphe, s’il commençait à refléter une prise de conscience de la nature du


problème en cause, le faisait en termes si généraux qu’il ne donnait aucune idée de
l’ampleur de la menace représentée par les activités des terroristes en général et par
les violations flagrantes par la Libye de l’Article 2, paragraphe 4, de la Charte en
particulier. De plus, la question dont le Conseil était saisi ne concernait non pas les
actes d’individus ou de groupes mais plutôt une politique d’État de recours à la
forc e par des moyens clandestins. Si des actes de terrorisme pouvaient être commis
par n’importe quel petit groupe d’individus résolus ou fanatiques, cela n’exigeait
pas de technologies avancées ni les ressources d’un grand pays, et de tels actes
étaient encore plus dangereux s’ils étaient appuyés par un État, comme la
Jamahiriya arabe libyenne, en violation flagrante de l’Article 2, paragraphe 4, de la
Charte. Enfin, les principes que la communauté internationale tout entière avait
acceptés et sur lesquels il fallait appeler l’attention de la Jamahiriya arabe libyenne
étaient ceux qui avaient été consacrés dans la résolution 40/61 de l’Assemblée
générale du 9 décembre 1985 53, dans laquelle l’Assemblée avait demandé à tous les
États « de s’acquitter de leur oblig ation en vertu du droit international de s’abstenir
d’organiser, de fomenter ou d’appuyer des actes de terrorisme dans d’autres États ou
d’y participer ou d’accepter qu’il soit mené sur le territoire des activités d’entente à
la commission de tels actes » 54.

À la 2682e séance, le 21 avril 1986, le projet de résolution révisé présenté par


les cinq puissances a été mis aux voix mais n’a pas été adopté par suite du vote

__________________
52 Pour le texte intégral du projet de résolution S/18016/Rev.1, voir Documents officiels, quarante
e t u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ a v r i l- j u i n 1 9 8 6 .
53 Résolution 40/61 de l’Assemblée générale, par. 6.
54 Pour les déclarations, voir S/PV.2674 : Jamahiriya arabe libyenne, p. 7 -1 2 ; É t a t s- Unis, p. 13 -19;
S/PV.2675 : Bulgarie, p. 33; S/PV.2676 : RSS d’Ukraine, p. 14; Australie, p. 18; S/PV.2677 :
Qatar, p. 5 -10; Hongrie, p. 32; Viet Nam, p. 36; Jamahiriya arabe libyenne (deuxième
intervention), p. 50 et 51; S/P V.2678 : Soudan, p. 27 - 31; S/PV.2679 : R o y a u m e -U n i , p . 1 4 - 16 et
26-31; S/PV.2680 : Nicaragua, p. 48; S/PV.2682 : États- Unis (troisième intervention), p. 26 -3 1 ;
Australie (deuxième intervention), p. 33 et 34; S/PV.2683 : É t a t s- Unis (quatrième intervention),
p . 4 5 e t 4 6 ; R o y a u m e- Uni (deuxième intervention), p. 56 -58. Voir également le document
S/17990 (lettre datée du 14 avril 1 9 8 6 é m a n a n t d u r e p r é s e n t a n t d e s É t a t s- Unis d’Amérique),
Documents officiels, quarante et unième année, Supplément d’avril -juin 1 9 8 6 .

1191
négatif d’un membre permanent 55. Aux termes de l’un des alinéas du préambule du

projet rév isé, le Conseil aurait rappelé, entre autres, la définition de l’agression 56.
Selon le dispositif, le Conseil aurait condamné l’attaque armée des États -Unis
d’Amérique, condamné toutes les activités terroristes, qu’elles soient perpétrées par
des individus, des groupes ou des États, et demandé à toutes les parties de s’abstenir
de recourir à la force.

Cas No 6

Lettre datée du 5 juillet 1988 émanant du représentant de la République islamique


d’Iran

(Dans le contexte d’un projet de résolution préparé au cou rs des consultations du


Conseil, mis aux voix et adopté le 20 juillet 1988)

Au cours des délibérations du Conseil concernant l’incident à l’occasion


duquel un avion civil, le vol 655 d’Iran Air, avait, le 3 juillet 1988, été abattu par les
forces navales des États -Unis dans la région du golfe Persique, il y a eu un sérieux
débat de fond touchant l’interprétation des dispositions de l’Article 2, paragraphe 4,
de la Charte. Il a été dit qu’aux termes de cette disposition, tous les États Membres
devaient s’a bstenir dans leurs relations internationales non seulement de recourir à
la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance
politique de tout État, mais aussi de toute mesure pouvant mettre en danger la paix
et la sécurit é internationales. Par conséquent, la destruction du vol 655 d’Iran Air et
les 290 morts que l’incident avait faits parmi les passagers et l’équipage se trouvant
à bord d’un aéronef civil volant dans l’espace aérien de la République islamique
d’Iran et dans le couloir aérien Amber 59 établi au plan international constituaient
clairement une violation du principe de non -recours à la force dans les relations
internationales ainsi qu’une manifestation de mépris pour l’inviolabilité de
l’intégrité territoriale d’un État Membre de l’Organisation des Nations Unies. En
outre, abattre un aéronef civil était un exemple type d’agression, comme cela
ressortait de l’alinéa b) de l’article 3 de la définition de l’agression de 1974 56, selon

__________________
55 Pour le texte du projet de résolution révisé (S/18016/Rev.1), voir la note 52 ci - dessus; pour le
vote, voir S/PV.2682, p. 43. Voir également le chapitre VIII, sous la même rubrique.
56 Résolution 3314 (XXIX) de l’Assemblée générale, annexe.

1192
lequel le recours à la force armée par un État contre l’intégrité territoriale d’un autre
État était considéré comme un acte d’agression. Au paragraphe 4 de sa résolution
3314 (XXIX), l’Assemblée générale avait indiqué que le Conseil de sécurité devrait
tenir compte de cette définition conformément à la Charte des Nations Unies. En
outre, l’acte des États -Unis constituait une violation de la Convention de Chicago de
1944 57 qui garantissait la sécurité et la régularité de l’aviation civile internationale,

y compris la sécurité des passagers et des équipages. L’annexe II de la Convention


de Chicago avait été universellement acceptée et mettait en relief l’impératif
qu’était la sauvegarde de l’aviation civile internationale, et en particulier
« l’interdiction absolue » du recours à la force contre elle. En dépit de la clarté des
règles applicables, le Conseil et l’Assemblée générale de l’Organisation de
l’aviation civile internationale (OACI) avaient étudié la question plus en détail et
avaient suggéré des mesures tendant à promouvoir l’applic ation des règles et
réglementations existantes pour éviter tout risque d’interprétation erronée du droit
international coutumier qui protégeait l’aviation civile. Le résultats de ces efforts de
l’OACI avaient été l’adoption par consensus d’un amendement ad ditionnel, sous
forme d’un protocole distinct, lors d’une session extraordinaire de l’Assemblée
générale de l’OACI, le 10 mai 1984. Le paragraphe 1 du « nouvel article » de ce
protocole stipulait que les États contractants reconnaissaient que tout État dev ait
s’abstenir de recourir à l’emploi des armes contre des aéronefs civils en vol et qu’en
cas d’interception, la vie des personnes se trouvant à bord et la sécurité de l’appareil
ne devaient pas être mises en danger. En outre, en vertu de l’Article 51 58, la Charte
des Nations Unies reconnaissait qu’un acte de légitime défense devait dans tous les
cas être précédé par une agression armée et ne pouvait pas être exercé pour faire
face à d’autres violations du droit international. Des mesures préventives avant la
survenance d’une agression armée ne pouvaient pas être justifiées comme
constituant des actes de légitime défense; de telles mesures ne pouvaient en fait être
considérées que comme une violation du principe de non -recours à la force dans les
relations internationales 59.

__________________
57 Nations Unies, Recueil des Traités, v o l u m e 1 5 , N o . 1 0 2 .
58 Pour la discussion concernant l’Article 51 de la Charte (« légitime défense »), voir le
c h a p i t r e XI du présent Supplément, s o u s l a m ê m e r u b r i q u e .
59 Pour les déclarations, voir S/PV.2818 : R é p u b l i q u e i s l a m ique d’Iran, p. 32 -3 8 . P o u r l e s c o n t r e-
arguments, qui ont apparemment porté surtout sur la nécessité de régler le conflit plus large dans
la région entre la République d’Iran et l’Iraq sur la base d’une application intégrale et rapide de
la résolution 5 9 8 ( 1987) du Conseil de sécurité en date du 20 juillet 1 9 8 7 , v o i r l e c h a p i t r e VIII,
deuxième partie, sous la même rubrique. Voir également la quatrième partie de ce chapitre pour

1193
À la 2821e séance, le 20 juillet 1988, le projet de résolution qui avait été
préparé pendant les consultations du Conseil a été mis aux voix et a été adopté à
l’unanimité en tant que résolution 616 (1988) 60. Cette résolution se lit en pa rtie

comme suit :

Le Conseil de sécurité,

...

Profondément attristé par le fait qu’un avion civil d’Iran Air – le vol international régulier
655 – a été détruit en plein vol au - dessus du détroit d’Ormuz par un missile lancé à partir d’un
navire de guerre des États -Unis, le Vincennes,

...

4. Prie instamment toutes les parties à la Convention relative à l’aviation civile


internationale, signée à Chicago en l944, de respecter scrupuleusement et en toutes circonstances
les règlements et pratiques int ernationaux concernant la sécurité de l’aviation civile, notamment
ceux qui figurent dans les annexes à ladite convention, afin d’éviter que pareils incidents ne se
reproduisent;

...

** B. Article 2, paragraphe 5

C. Article 2, paragraphe 6

« L’Organisation fait en sorte que les États qui ne sont pas Membres des
Nations Unies agissent conformément à ces principes dans la mesure nécessaire au
maintien de la paix et de la sécurité internationales. »

Note

Pendant la période considérée, il n’y a pas eu de discussion de fond touchant


l’Article 2, paragraphe 6, de la Charte. Dans un cas, dans le contexte de la question
__________________
l’examen de l’application de la résolution 598 (1987) du Conseil (Article 25 de l a Charte).

1194
de l’Afrique du Sud, la résolution 61 adoptée par le Conseil contenait des

dispositions pouvant être interprétées comme une référence implicite au principe


énoncé au paragraphe 6 de l’Article 2. Le Conseil a également examiné un projet de
résolution 62, dans le contexte de la situation en Namibie, qui a été mis aux voix
mais qui n’a pas été adopté. Le projet de résolution se référait explicite ment aux
« principes énoncés à l’Article 2 de la Charte » dans son ensemble et demandait
spécifiquement aux États non Membres de l’Organisation des Nations Unies « d’agir
conformément aux dispositions du projet de texte ». Il n’y a eu aucune mention
explic ite des dispositions de l’Article 2, paragraphe 6, de la Charte pendant les
délibérations du Conseil.

D. Article 2, paragraphe 7

« Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à


intervenir dans des affaires qui relèvent essentie llement de la compétence nationale
d’un État ni n’oblige les Membres à soumettre des affaires de ce genre à une
procédure de règlement aux termes de la présente Charte; toutefois, ce principe ne
porte en rien atteinte à l’application des mesures de coercit ion prévues au Chapitre
VII. »

Note

Pendant la période considérée, aucune des résolutions adoptées par le Conseil


ne contenait de référence explicite à l’Article 2, paragraphe 7, de la Charte. Dans un
cas, cependant, dans le contexte de la lettre datée du 6 mai 1985 émanant du
représentant du Nicaragua, la résolution 63 adoptée par le Conseil de sécurité

rappelait, entre autres : a ) la résolution 38/10 de l’Assemblée générale en date du


11 novembre 1983, dans laquelle l’Assemblée avait réaffirmé les droit s inaliénables
de tous les peuples de décider de leur propre forme de gouvernement et de choisir
leur propre système économique, politique et social « à l’abri de toute intervention
étrangère, coercition ou restriction »; et b ) la résolution 2625 (XXV) de l’Assemblée

__________________
60 Pour le vote sur le projet de résolution (S/20038), voir S/PV.2821, p. 10 et 11.
61 Résolution 5 9 1 ( 1 9 8 6 ) , p a r . 1 2 .
62 S/17631, révisé et republié en tant que S/17633, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t i è m e a n n é e ,
S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e-d é c e m b r e 1986 .
63 R é s o l u t i o n 5 6 2 ( 1 9 8 5 ) , q u a t r i è m e e t s i x i è m e a l i n é a s d u p r é a m b u l e r e s p e c t i v e m e n t .

1195
générale 64, où était proclamé le principe selon lequel aucun État ne pouvait utiliser

ou encourager l’utilisation de mesures économiques, politiques ou autres pour


exercer une coercition sur un autre État afin de subordonner à des conditions
l’e xercice de ses droits souverains et d’obtenir de lui des avantages de quelque
nature que ce soit. De plus, la même résolution du Conseil 65 contenait une autre
référence implicite aux dispositions de l’Article 2, paragraphe 7, le Conseil
réaffirmant la souve raineté et le droit inaliénable des États de décider librement de
leurs propres systèmes politiques, économiques et sociaux et de mener leurs
relations internationales « à l’abri d’ingérence de l’extérieur, de subversion, de
coercition directe ou indirecte ou de menaces de quelque nature que de soit ». Le
Conseil a également examiné deux projets de résolutions 66 contenant des références

implicites à l’Article 2, paragraphe 7, mais ces projets soit n’ont pas été aux voix,
soit ont été mis aux voix mais n’ont pas été adoptés. Aux termes de l’un de ces
projets de résolutions 67, le Conseil aurait, entre autres, regretté l’embargo

commercial et les autres mesures économiques de coercition imposées comme étant


« incompatibles avec le principe de non -ingérence dans les affaires intérieures des
États » et demandé l’annulation immédiate de ces mesures.

L’importance de la disposition de la Charte énonçant le principe de non -


ingérence dans les affaires intérieures a été reflétée aussi à plusieurs occasions dans
les débats du Conseil. Dans un cas, après l’adoption de la résolution 569 (1985) du
Conseil et la déclaration 68 faite par le Président au nom des membres du Conseil à
propos de la question de l’Afrique du Sud, le Conseil ayant exigé que soit levé l’état
d’urgence dans les 36 districts où il avait été imposé et demandé au Gouvernement
sud-africain de libérer tous les prisonniers et détenus politiques, le principe de non -

__________________
64 Résolution 2625 (XXV) de l’Assemblée générale, annexe, intitulée « Déclaration des principes
du droit international touchant les relations amicales et la coopération entre les États
conformément à la Charte des Nations Unies ».
65 Résolution 562 (1985), par. 1.
66 S/17172, dans le contexte de la lettre datée du 6 mai 1985 émanant du représentant du
Nicaragua, par. 1, mis aux voix mais non adopté par suite du vote négati f d ’ u n m e m b r e
permanent du Conseil, lors d’un vote séparé sur chaque paragraphe. Documents officiels,
q u a r a n t i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ a v r i l- juin 1 9 8 5 ; et S/17522, dans le contexte de la plainte de
l’Angola contre l’Afrique du Sud, quatrième alinéa du préam bule et par. 4, qui n’a pas été mis
aux voix, ibid., S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e-d é c e m b r e 1 9 8 5 . Voir également le cas No 7 ci- dessous.
67 S / 1 7 1 7 2 ( v o i r l a n o t e 6 6 c i- dessus), par. 1. Voir également le chapitre VIII, deuxième partie,
sous la même rubrique.
68 S/l7 413; voir S/PV.2603. Voir également Documents officiels, quarantième année, Résolutions et
décisions du Conseil de sécurité, 1985, p . 9 .

1196
ingérence a été implicitement évoqué par le représentant de l’Afrique du Sud dans
une lettre 69 adre ssée à l’Organisation des Nations Unies. Dans cette lettre, le

Gouvernement sud -africain rejetait aussi bien la résolution que la déclaration du


Président du Conseil comme étant « illégales et inacceptables » dans la mesure où
elles violaient le principe de non -ingérence dans les affaires intérieures d’un État
Membre qui était consacré dans la Charte des Nations Unies. En outre, était -il dit, la
résolution et la déclaration du Président posaient un « dangereux précédent » dans la
mesure où le Conseil prétendait prescrire à un État souverain les mesures nationales
qu’il devait adopter.

Dans un autre cas, également dans le contexte de l’examen par le Conseil de la


question de l’Afrique du Sud, le principe de non -ingérence dans les affaires
intérieures des États a été invoqué fréquemment de façon implicite. D’une part, il a
été soutenu souvent que la convocation de la réunion du Conseil pour examiner la
question dont il s’agissait était un abus des pouvoirs du Conseil de sécurité car la
réunion avait été convoquée de façon irrégulière et en contravention avec la Charte
des Nations Unies, qui interdisait « de façon claire et dépourvue d’ambiguïté » toute
intervention dans les affaires intérieures d’un État Membre. D’un autre côté, s’il a
été admis qu’aux termes aussi bien de la Charte des Nations Unies et de la Charte de
l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) que du droit international, aucun État – et
encore moins l’Organisation des Nations Unies – n’avait un droit quelconque « de
s’immiscer ou d’intervenir » dans les affaires intérieures d’un autre État « sauf dans
des circonstances limitées », il a été déclaré que l’apartheid avait été rejeté et
déclaré « crime contre l’humanité » et que, par conséquent, un acte ou une omission
tendant à promouvoir l’apartheid n’était pas et ne pouvait pas être une affaire
interne pour l’Afrique du Sud 70.

Pendant les délibérations du Conseil au sujet de la plainte de l’Angola contre


l’Afrique du Sud, l’Article 2, paragraphe 7, a été invoqué implicitement, ce qui a
donné lie u à une discussion de fond dont il est rendu compte dans le cas No 7 ci-
dessous.

__________________
69 S/17426, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j u i n - s e p t e m b r e 1 9 8 5 .
70 Pour les déclarations, voir S/ P V . 2 5 7 l : Afrique du Sud, p. 62; S/PV.2600 : France, p. 7;
A u s t r a l i e , p . 2 1 ; A f r i q u e d u S u d , p . 38; Kenya, p. 86 et 87; et S/PV.2732 : Afrique du Sud, p. 21;

1197
L’Article 2, paragraphe 7, a été mentionné à la fois expressément et
implicitement dans plusieurs autres cas pendant les délibérations du Conseil 71 ainsi

que dans plusieurs communications 72 adressées à l’Organisation des Nations Unies


par des États Membres.

Cas No 7

Plainte de l’Angola contre l’Afrique du Sud

(Dans le contexte d’un projet de résolution présenté par l’Afrique du Sud, qui n’a
pas été mis aux voix)

Au cours des délibérations du Conseil au sujet de la plainte de l’Angola 73

concernant l’agression de l’Afrique du Sud, le représentant de ce pays a soutenu que


l’Union soviétique et Cuba avaient élargi leur rôle dans la « guerre civile » en
Angola en profitant de la résolution 571 (1985) du Conseil de sécurité 74, et en

particulier du paragraphe 5 de cette résolution, par lequel le Conseil avait demandé


aux États Membres d’accorder toute assistance nécessaire au « régime du MPLA » à
Luanda. Après avoir suggéré que, si le Conseil voulait déterminer quel était le
soutien dont l’União Nacional para a Independência Total de Angola (UNITA)
jouissait en Angola, le Conseil devrait envoyer une mission d’établissement des faits

__________________
et Angola, p. 24.
71 Dans le contexte de la situation au Moyen- Orient, S/PV.2582; Liban, p. 12; R épublique arabe
s y r i e n n e , p . 36 (référence explicite); dans le contexte de la situation en Afrique australe,
S/PV.2652 : Togo, p. 12 et 13; Soudan, p. 41; S/PV.2654 : Zimbabwe, p. 16 et 17; S/PV.2657 :
République- Unie de Tanzanie, p. 7 et 8; Danemark, p. 2 8 et 29; S/PV.2658 : A l g é r i e , p . 9 ;
République islamique d’Iran, p. 41 et 42; et S/PV.2660 : Égypte, p. 12; dans le contexte de la
plainte de l’Angola contre l’Afrique du Sud, S/PV.2691 : Afrique du Sud, p. 22 -25; et
S/PV.2693 : G h a n a , p . 3 1 .
72 S / 1 7 6 5 6 ( lettre datée du 27 novembre 1985 émanant du représentant de l’Inde), D o c u m e n t s
officiels, quarantième année, Supplément d’octobre -d é c e m b r e 1 9 8 5 ; S/17779 (lettre datée du 30
janvier 1986 émanant du représentant de l’Inde), Documents officiels, quarante et un i è m e a n n é e ,
S u p p l é m e n t d e j a n v i e r-m a r s 1 9 8 6 ; S/17921 (lettre datée du 14 m a r s 1 9 8 6 é m a n a n t d e s
représentants de l’Angola, de Cuba et de l’URSS), ibid.; S/17931 (lettre datée du 18 m a r s 1 9 8 6
émanant du représentant de l’Angola), ibid.; S/17975 (lettre datée du 7 avril 1 9 8 6 é m a n a n t d u
représentant du Ghana), ibid., Supplément d’avril -juin 1 9 8 6 ; et S/19240 (lettre datée du
29 octobre 1987 émanant du représentant de l’Afrique du Sud), Documents officiels, quarante -
d e u x i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e-d é c e m b r e 1 9 8 7 .
73 S/1 7510 (lettre datée du 1er octobre 1985 émanant du représentant de l’Angola), D o c u m e n t s
officiels, quarantième année, Supplément d’octobre -d é c e m b r e 1 9 8 5 .
74 Pour les débats du Conseil lors de l’adoption de la résolution 5 7 1 ( 1 9 8 5 ) , v o i r l e c h a p itre VIII,
deuxième partie, sous la même rubrique.

1198
dans le sud du pays, le représentant de l’Afrique du Sud a mis le Gouvernement du
MPLA de la République populaire d’Angola au défi d’organiser des élections libres
et de permettre au peuple angolais de déterminer son propre avenir par des moyens
pacifiques plutôt que de se détruire mutuellement dans une gue rre civile
interminable qui avait été fomentée par des puissances étrangères. Si le MPLA
décidait de poursuivre la guerre civile, il n’y avait aucune raison pour qu’il soit la
seule partie pouvant demander une assistance; le Congrès des États -Unis, en
abro geant l’amendement Clark, avait déjà reconnu l’admissibilité de l’aide à
l’UNITA. En outre, l’Afrique du Sud était vouée à la paix et à la stabilité en Afrique
australe, mais cela était impossible tant que des intérêts étrangers dictaient les
événements sur le sous-continent et tant que des puissances étrangères « abusaient »
des pays d’Afrique australe pour promouvoir leurs desseins mondiaux75. À la 2614e

séance du Conseil, le 4octobre 1985, le Président du Conseil a appelé l’attention


des membres sur un projet de résolution 76 présenté par l’Afrique du Sud. Aux
termes du quatrième alinéa du préambule du projet de résolution, le Conseil de
sécurité se serait déclaré « conscient » de la nécessité et du désir du peuple angolais
de déterminer son propre avenir à l’abri de toute ingérence étrangère. Aux termes du
paragraphe 3 du dispositif, le Conseil aurait demandé aux « différentes factions » en
Angola de régler leurs divergences de vues par des négociations pacifiques et dans
un esprit de réconciliation nationa le. En outre, aux termes du paragraphe 4, le
Conseil aurait demandé aux États Membres de s’abstenir d’intervenir dans les
affaires intérieures de l’Angola de sorte que le droit à l’autodétermination puisse
enfin être exercé dans ce pays. Cependant, le projet de résolution, qui avait été
présenté par l’Afrique du Sud en vertu de l’article 38 du règlement intérieur du
Conseil n’a pas été mis aux voix 77.

D’un autre côté, il a été dit, dans le contexte du même projet de résolution
présenté par l’Afrique du Su d, que le Conseil traitait des questions qui affectaient la
paix et la sécurité internationales qui lui étaient soumises conformément aux
Articles 34 et 35 78 de la Charte et que les questions internes et nationales ne

__________________
75 S/PV.2612 : Afrique du Sud, p. 11 - 1 3 .
76 S/17522, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e-d é c e m b r e 1 9 8 5 .
77 S/PV.2612, p. 16.
78 Pour les discussions concernant les Articles 34 et 35 de la Charte, voir le chapitre X d u p r é s e n t
Supplément.

1199
relevaient pas de la compétence du Conseil de sécurité et n’affectaient personne en
dehors des frontières de l’Angola 79.

Troisième partie

Examen des dispositions de l’Article 24 de la Charte

Article 24

« 1. Afin d’assurer l’action rapide et efficace de l’Organisation, ses Membres


confèrent au Conseil de sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix
et de la sécurité internationales et reconnaissent qu’en s’acquittant des devoirs que
lui impose cette responsabilité le Conseil de sécurité agit en leur nom.

2. Dans l’acco mplissement de ces devoirs, le Conseil de sécurité agit


conformément aux buts et principes des Nations Unies. Les pouvoirs spécifiques
accordés au Conseil de sécurité pour lui permettre d’accomplir lesdits devoirs sont
définis aux chapitres VI, VII, VIII et XII.

3. Le Conseil de sécurité soumet pour examen des rapports annuels et, le


cas échéant, des rapports spéciaux à l’Assemblée générale. »

Note

Pendant la période considérée, aucune des résolutions adoptées par le Conseil


ne contenait de référence explicite à l’Article 24 de la Charte. Cependant, la
disposition de la Charte en vertu de laquelle les Membres avaient conféré au Conseil
de sécurité la responsabilité primordiale du maintien de la paix et de la sécurité
internationales a été reflétée dans plusieurs décisions et a été mentionnée à plusieurs
occasions pendant les débats du Conseil. Dans un cas, dans le contexte d’une
déclaration faite par le Président (Royaume -Uni) au nom des membres du Conseil,
les délibérations sur la question intitulée « l’Organisation des Nations Unies pour un
monde meilleur et la responsabilité du Conseil de sécurité en matière de maintien de

__________________
79 S/PV.2617 : Angola, p. 55 et 56.

1200
la paix et de la sécurité internationales » ont donné lieu à ce que l’on pourrait
qualifier de sérieuses discussions de fond touchant l’Article 24 de la Charte, dont il
est rendu compte dans le cas No 8 ci-dessous.

Dans le contexte de la situation en Namibie, le Conseil a adopté sa résolution


566 (1985) du 19 juin 1985, contenant dans le préambule ce qui pourrait être
considéré co mme une référence implicite à l’Article 24 80. L’examen et l’adoption de

cette résolution, cependant, n’ont pas donné lieu à une discussion sur le fond de la
question.

Dans un autre cas, dans le contexte de la situation au Moyen -Orient, le Conseil


a adopté sa résolution 587 (1986) du 23 septembre 1986 contenant dans son
préambule une référence implicite à l’Article 24 81, sans que, dans ce cas également,
cela ne donne lieu à une discussion de fond.

Dans un troisième cas, dans le contexte de la situation ent re l’Iran et l’Iraq, le


Conseil a adopté sa résolution 588 (1986) du 8 octobre 1986 contenant dans le
préambule 82 une référence nette mais implicite à l’Article 24. Cependant, il n’y a

pas eu de débat de fond sur cet article lors de l’examen et de l’adoptio n de cette
résolution.

Dans un quatrième cas, dans le contexte de l’Afrique du Sud, le Conseil a


adopté sa résolution 591 (1986) du 28 novembre 1986 contenant dans le
préambule 83 une référence implicite à l’Article 24. Il n’y a pas eu, à cette occasion

non plus, de débat de fond sur l’article.

Le Président du Conseil a fait au nom de ses membres plusieurs déclarations 84


contenant des références implicites à l’Article 24. L’une d’elles concernait le

__________________
80 Résolution 566 (1985), neuvième alinéa du préambule.
81 Résolution 587 (1986), dixième alinéa du préambule.
82 R é s o l u t i o n 5 8 8 ( 1 9 8 6 ) , s i x i è m e a l i n é a d u p r é a m b u l e.
83 Résolution 591 (1986), dixième alinéa du préambule.
84 Dans le contexte de la situation en Namibie : S/17151, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t i è m e a n n é e ,
Résolutions et décisions du Conseil de sécurité, 1 9 8 5 ; S/19068, Documents officiels, quarante -
d e u x i èm e a n n é e , R é s o l u t i o n s e t d é c i s i o n s d u C o n s e i l d e s é c u r i t é , 1 9 8 7 ; S/20208, D o c u m e n t s
officiels, quarante- troisième année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité. 1988; dans
le contexte de la question de l’Organisation des Nations U n i e s p o u r u n m o n de meilleur et de la

1201
quarantième anniversaire de la première séance du Consei l de sécurité et le
lancement, le 1 e r janvier 1986, de l’Année internationale de la paix. Avant
l’adoption de l’ordre du jour de la 2642e séance 85, le 17 janvier 1986, le Président a

déclaré que les membres du Conseil de sécurité tenaient à réaffirmer leur


attachement à la Charte des Nations Unies, qui avait conféré au Conseil la
responsabilité primordiale en matière de maintien de la paix et de la sécurité
internationales. Il a déclaré en outre qu’à la première séance du Conseil, qui avait eu
lieu à Londres 40 ans auparavant, ses membres avaient assumé cette responsabilité
spéciale dans la conviction qu’elle marquerait un nouveau début dans la quête
continue d’une paix et d’une sécurité durables 86.

Pendant la période considérée, il y a eu plusieurs référenc es expresses à


l’Article 24 pendant les délibérations du Conseil mais, dans presque tous ces cas, il
n’y a pas eu de débat de fond 87.

Au cours de l’examen par le Conseil de la situation entre l’Iran et l’Iraq,


l’Article 24 de la Charte a été invoqué impli citement et d’une façon qui peut être
considérée comme ayant donné lieu à une discussion de fond. D’un côté, le
représentant de la Jamahiriya arabe libyenne a soutenu qu’étant donné l’« impasse »

__________________
responsabilité du Conseil de sécurité en matière de maintien de la paix et de la sécurité
internationales : S/17501, Documents officiels, quarantième année, Résolutions et décisions du
Conseil de sécurité, 1985 ( v o i r é g a l e m e n t l e c a s N o 7); dans le contexte du quarantième
anniversaire de la première séance du Conseil de sécurité et du lancement, le 1er janvier 1986,
de l’Année internationale de la paix : S/17745, Documents officiels, quarante et unième année,
Résolutions et décisions du Conseil de sécurité. 1986; et dans le contexte de la situation entre
l’Iran et l’Iraq : S/18610, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e-d e u x i è m e a n n é e , R é s o l u t i o n s e t
décisions du Conseil de sécurité, 1987.
85 L’ordre du jour de la 2642 e séance, tenue le 17 j a n v i e r 1986, était la situation au Moyen - O r i e n t .
86 Pour le texte intégral de la déclaration du Président, voir S/17745, Documents officiels, quarante
et unième année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité, 1986; v o i r é g a l e m e n t l a n o t e
8 4 c i- dessus.
87 Dans le contexte de la plainte de l’Angola contre l’Afrique du Sud, voir S/PV.2606 : A n g o l a ,
p . 12; S/PV.2765 : Zambie, p. 13 et 16; dans le contexte de la question de l’Organisation des
Nations Unies pour un monde meilleur et de la responsabilité du Cons eil de sécurité en matière
de maintien de la paix et de la sécurité internationales, voir S/PV.2608 : RSS d’Ukraine, p. 23;
l e P r é s i d e n t ( R o y a u m e -Uni), p. 121; dans le contexte de la situation entre l’Iran et l’Iraq, voir
S/PV.2663 : Iraq, p. 36; S/PV.2709 : Iraq, p. 18; dans le contexte des lettres datées du
15 a v r i l 1986 émanant du Burkina Faso, de la Jamahiriya arabe libyenne, de l’Oman et de la
République arabe syrienne respectivement, voir S/PV.2680 : RSS de Biélorussie, p. 6; dans le
contexte de la lettre datée du 27 juin 1986 émanant du Nicaragua, voir S/PV.2698 : Guyana,
p . 14; et dans le contexte de la lettre datée du 11 m a r s 1988 émanant de l’Argentine, voir
S/PV.2800 : Costa Rica, p. 58. Les références implicites à l’Article 24 sont trop nombreuse s
pour être énumérées ici.

1202
dans laquelle se trouvait le Conseil de sécurité, nombreux étaient les peuples et les
pays, dont la Libye, qui ne considéraient plus le Conseil comme un organe capable
de s’acquitter de sa tâche : ils avaient perdu confiance dans le Conseil et ne le
respectaient plus et avaient perdu l’espoir que le Conseil joue le rôle qui lui
incombait en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales. D’un
autre côté, les représentants de la France, du Royaume -Uni et des États -Unis ont fait
valoir que le Conseil ne pouvait pas accepter une situation dans laquell e des
représentants d’États Membres tiennent des propos contraires aux engagements que
leurs gouvernements avaient pleinement et librement assumés en adhérant à la
Charte des Nations Unies. Le représentant du Royaume -Uni a déclaré en outre, sans
prétendre que le Conseil fut une instance judiciaire, qu’un tribunal était protégé par
les règles interdisant les outrages à un magistrat, qu’un parlement était protégé par
les règles interdisant l’outrage au législateur et que le Conseil devrait constituer une
prat ique qui le mette à l’abri d’un « outrage au Conseil ». Étant aux yeux de
l’opinion publique mondiale l’organe central chargé de connaître des grands
problèmes internationaux de paix et de sécurité, le Conseil devrait insister – quels
que soient les problè mes politiques dont il était saisi – pour que les questions qui se
posaient soient réglées de façon ordonnée et méthodique et dans un esprit
respectueux88.

À une autre occasion, lorsque le Conseil a examiné la plainte de l’Angola


contre l’Afrique du Sud, le représentant du Ghana, présentant un projet de
résolution 89, a déclaré que les délégations qui avaient participé au débat avaient
toutes reconnu que les politiques d’agression de l’Afrique du Sud risquaient, s’il n’y
était pas fait échec, de saper les fondements mêmes de la Charte et qu’il avait
également été réaffirmé que le Conseil avait la claire obligation de préserver « le
principe du comportement civilisé » dans les relations internationales 90.

Dans un cas, à l’occasion des délibérations du Conseil au sujet de la lettre


datée du 11 mars 1988 émanant du représentant de l’Argentine, l’on a fait observer

__________________
88 Pour les déclarations, voir S/PV.2665 : Jamahiriya arabe libyenne, p. 37 et 38; États -U n i s , p . 4 1 ;
et S/PV.2666 (avant l’adoption de l’ordre du jour) : France, p. 2 - 5 ; e t R o y a u m e - Uni, p. 6.
89 Projet de résolution S/19291 prés enté par l’Argentine, le Congo, les Émirats arabes, le Ghana et
la Zambie, ultérieurement adopté en tant que résolution 6 0 2 ( 1 9 8 7 ) d a t é e d u 2 5 n o v e m b r e 1 9 8 7 .
90 S/PV.2767 : Ghana, p. 24 et 2 5 .

1203
qu’en principe, le Conseil de sécurité n’était pas l’instance la mieux appropriée pour
discuter de manoeuvres militaires en tant que telles 91.

L’Art icle 24, paragraphe 3, a été expressément mentionné dans une note 92
publiée par le Président du Conseil au nom de ses membres au sujet de la décision
prise par le Conseil de modifier la structure de son rapport annuel à l’Assemblée
générale.

Cas No 8

L’Organisation des Nations Unies pour un monde meilleur et la responsabilité du


Conseil de sécurité dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales

(Dans le contexte de la déclaration faite par le Président au nom des membres du


Conseil le 26 s eptembre 1985)

Pendant la discussion que le Conseil a consacré à la commémoration 93 du

quarantième anniversaire de l’Organisation des Nations Unies, tous les orateurs ont
été unanimes à souligner l’importance de la responsabilité qui incombait au Conseil
de maintenir la paix et la sécurité internationales, mais les observations formulées
quant aux résultats obtenus par le Conseil au cours des 40 années écoulées ont été
diverses et ont reflété une large gamme de propositions sur les moyens qui
permettraient au Conseil de s’acquitter plus efficacement du rôle primordial qui lui
avait été confié par l’Article 24 de la Charte. Il a été rappelé une déclaration faite
lors de la première séance du Conseil, en 1946, selon laquelle le Conseil avait pour
responsabilité non pas de créer les conditions nécessaires à la paix – tâche qui
incombait à d’autres organes du système des Nations Unies – mais de veiller à ce
que la paix soit en fait préservée; telle restait la contribution que le Conseil de
sécurité devait apporte r à un monde meilleur. Tous les orateurs ont souligné, à des
degrés divers, qu’il était essentiel pour la communauté internationale d’avoir dans le
__________________
91 S/PV.2801 : États-Unis, p. 48.
92 S/16913 (note datée du 29 janvier 1985 publiée par le Président du Conseil au nom de ses
membres concernant la structure du rapport annuel du Conseil à l’Assemblée générale),
Documents officiels, quarantième année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité, 1985.
93 Pour la décision de tenir une réunion commémorative du Conseil au niveau des Ministres des
affaires étrangères et pour la formulation de l’ordre du jour de cette séance, voir le chapitre

1204
Conseil de sécurité un gardien juste, efficace et résolu de la paix qu’elle puisse
respecter et sur lequel elle puisse faire fond. D’un côté, il a été dit que la force de
l’Organisation résidait dans l’équilibre entre le Conseil de sécurité et l’Assemblée
générale. De plus, le Conseil de sécurité était davantage orienté vers l’action du fait
des dispositions de la Charte, de sa composition et des règles régissant son
fonctionnement, tandis que le rôle délibérant de l’Assemblée générale était
« dominé » par les principes de l’universalité et de l’égalité des droits de vote. Tout
affaiblissement du Conseil mettrait en danger cet équilibre et porterait par
conséquent préjudice à l’efficacité et à la crédibilité de l’Organisation. Le maintien
de la paix et de la sécurité internationales était le « but principal » de l’Organisation
des Nations Unies, et la responsabilité primordiale à cet égard avait été conférée au
Conseil de sécurité, lequel, du fait de sa composition et de ses règles de
fonctionnement, demeurait l’organe le mieux à même de s’acquitter de cette
responsabilité. Ainsi, des réformes institutionnelles n’étaient pas la voie à suivre et
ce qui faisait défaut, ce n’était pas les moyens, mais plutôt la volonté politique.

Par ailleurs, il a été dit que la Charte des Nations Unies avait été conçue à une
autre époque et que les auteurs de la Charte l’avaient o rientée vers l’avenir afin de
garantir son dynamisme et son efficacité. Il était donc dans l’intérêt de tous les États
de faire en sorte que la Charte, en tant que reflet de l’histoire de nations en
mouvement plutôt que d’être une « relique de l’histoire », puisse se transformer
pour mieux se prêter à la solution des problèmes nouveaux. Si, jusqu’alors,
l’efficacité du Conseil de sécurité n’avait été que marginale, c’était parce que
certaines de ses structures avaient été « un peu dépassées » par l’histoire , de sorte
que le Conseil ne pourrait s’acquitter pleinement de sa responsabilité primordiale de
maintenir la paix et la sécurité internationales que si certaines de ses structures
étaient réformées dans un esprit constructif. L’une de ces réformes était
l’augmentation du nombre de ses membres, pour les mêmes raisons que celles qui
existaient en 1963, lorsque l’Article 23 a été modifié pour que le nombre de
membres du Conseil soit porté de 11 à 15. Un autre domaine qui devait être revu et
rectifié était le « droit de veto », qui ne répondait plus aux aspirations collectives et
qui pourrait peut -être être attribué selon la « répartition géographique » des
membres du Conseil de sécurité. De plus, nombre d’orateurs ont souligné que, si
l’on voulait que le Conseil puisse s’acquitter de son rôle primordial de maintien de
__________________
VIII, deuxième partie, sous la même rubrique.

1205
la paix et de la sécurité internationales, il devrait : a ) renforcer ses capacités
préventives, soit au moyen d’une procédure convenue pour l’établissement des faits
en application de l’Article 34, soit en autorisant le Secrétaire général à rassembler
des informations par tous les moyens à sa disposition pour pouvoir exercer les
pouvoirs que lui conférait l’Article 99 de la Charte; b ) tenir des réunions
périodiques régulières conformément au paragraphe 2 de l’Article 28 de la Charte;
c) de s’attaquer au problème central qu’était la réglementation des armements,
domaine dans lequel le Conseil devait jouer un rôle de premier plan conformément à
l’Article 26 de la Charte; et d ) assurer l’application de ses résolutions en ayant
recours aux mesures d’exécution prévues par le Chapitre VII de la Charte 94.

À la fin de la 2608e séance, tenue le 26 septembre 1985 au niveau des


Ministres des affaires étrangères, consacrée à la célébration du quarantième
annive rsaire de l’Organisation, le Président du Conseil (Royaume -Uni) a fait une
déclaration 95 au nom des membres du Conseil. Cette déclaration se lit notamment
comme suit :

...

Les membres du Conseil se sont montrés pénétrés de la responsabilité principale que la


Charte a conférée au Conseil de sécurité en ce qui concerne le maintien de la paix et de la sécurité
internationales, ainsi que des droits et devoirs particuliers de ses membres permanents. Ils ont
souligné qu’une approche collégiale en son sein éta it souhaitable pour faciliter la prise de
décisions réfléchies et concertées par le Conseil, principal instrument pour le maintien de la paix
internationale. Ils ont reconnu que les grandes espérances placées dans l’Organisation par la
communauté internationale ne s’étaient pas entièrement concrétisées et ils se sont engagés à
assumer leur responsabilité individuelle et collective pour la prévention et l’élimination des
menaces contre la paix avec un dévouement et une détermination renouvelés. Ils sont conv enus de
recourir, lors de l’examen des différends internationaux, des cas de menace contre la paix et de
rupture de la paix et des actes d’agression, à des mesures appropriées parmi celles prévues par la

__________________
94 Pour le texte des déclaratio ns, voir S/PV.2608, p. 7 -11 (le Secrétaire général); p. 18 et 19
(URSS); p. 23 et 2 4 ( R S S d ’ U k r a i n e ) ; p . 2 7 , 2 8 e t 3 2-3 4 ( T r i n i t é- et -T o b a g o ) ; p . 4 1 e t 4 2
(Thaïlande); p. 50 -5 3 ( P é r o u ) ; p . 5 8 -6 1 ( M a d a g a s c a r ) ; p . 6 5 -68 (Inde); p. 71 -74 (France); p. 81 -
8 6 ( É gypte); p. 90 -9 1 ( D a n e m a r k ) ; p . 9 5 - 9 7 ( C h i n e ) ; p . 1 0 4 -107 (Burkina Faso); p. 112
(Australie); p. 117 (États -Unis); et p. 121 -1 2 3 ( P r é s i d e n t , R o y a u m e- Uni).
95 Pour le texte intégral de la déclaration du Président, voir S/17501, Documents officiels,
q u a r a n t i ème année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité, 1985. Le texte de la
déclaration figure également dans le procès-v e r b a l d e l a 2 6 0 8 e séance, tenue le 26 s e p t e m b r e
1985 (voir S/PV.2608). Voir également le chapitre VIII, deuxième partie, sous la mê m e r u b r i q u e .

1206
Charte. Ils ont reconnu que les forces des Nations Unies chargées du maintien de la paix avaient
apporté en maintes occasions une contribution précieuse. Ils ont lancé un nouvel appel à tous les
États Membres de l’Organisation pour qu’ils s’acquittent de l’obligation qui leur incombe en vertu
de la Charte d’accepter et d’appliquer les décisions du Conseil de sécurité.

...

Quatrième partie

Examen des dispositions de l’Article 25 de la Charte

Article 25

« Les Membres de l’Organisation conviennent d’accepter et d’appliquer les


décisions du Conseil de s écurité conformément à la présente Charte. »

Note

Pendant la période considérée, aucune des résolutions adoptées par le Conseil


n’a expressément invoqué l’Article 25 de la Charte. Toutefois, cet article a été
expressément mentionné dans deux projets rés olutions, dont aucun n’a été adopté
après avoir été mis aux voix 96.

Plusieurs résolutions 97 et deux projets de résolutions 98 qui ont été mis aux

voix mais qui n’ont pas été adoptés contenaient des dispositions pouvant être

__________________
96 Dans le contexte de la situation en Namibie : projet de résolution S/17631, révisé et remplacé
par le projet S/17633, douzième alinéa du préambule et par. 9 , Documents officiels, quarantième
année, Supplément d’octobre -d é c e m b r e 1 9 8 5 ; égalem ent dans le contexte de la situation en
N a m i b i e : projet de résolution S/18785, dix - septième alinéa du préambule et par. 9, D o c u m e n t s
officiels, quarante-d e u x i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ a v r i l- juin 1 9 8 7 ; l’un et l’autre mis aux voix
mais non adoptés par suite d u v o t e n é g a t i f d ’ u n m e m b r e p e r m a n e n t .
97 Dans le contexte de la situation au Moyen- Orient, y compris la situation dans les territoires
a r a b e s o c c u p é s : r é s o l u t i o n s 563 (1985), par. a); 564 (1985), par. 4; 576 (1985), par. a); 584
( 1 9 8 6 ) , p a r . a ) ; 5 9 0 ( 1 9 86), par. a); 596 (1987), par. a); 603 (1987), par. a); 613 (1988), par. a);
624 (1988), par. a); dans le contexte de la situation en Namibie : résolutions 566 (1985), par. 3,
9 et 12; et 601 (1987), par. 1; dans le contexte de la plainte de l’Angola : réso l u t i o n 5 7 1 ( 1 9 8 5 ) ,
par. 4; dans le contexte de la situation entre l’Iran et l’Iraq : r é s o l u t i o n s 5 8 8 ( 1 9 8 6 ) , p a r . 1 ;
et 598 (1987), par. 4 et 5; dans le contexte de la question de l’Afrique du Sud : résolution 591
(1986), par. 10, 11 et 12; dans le context e de la lettre datée du 19 a v r i l 1988 émanant de la
Tunisie : résolution 611 (1988), par. 3; et dans le contexte de la lettre datée du 5 juillet 1 9 8 8
émanant de la République islamique d’Iran : résolution 616 (1988), par. 5 .

1207
interprétées comme des références implicites à l’Article 25. Le Président a
également fait au nom des membres du Conseil plusieurs déclarations 99 contenant

des passages pouvant être considérés comme des références implicites à l’Article
25, demandant souvent aux parties intéressées ou à l’ensemble des États Membres
de l’Organisation des Nations Unies de respecter leur obligation d’accepter et
d’appliquer les décisions du Conseil de sécurité.

Pendant les débats du Conseil, l’Article 25 a été expressément mentionné à


plusieurs occasions, habituellement dans le contexte de décisions précédentes du
Conseil 100. Néanmoins, il n’y a eu au Conseil aucune décision de fond concernant
l’Article 25 allant au -delà de considérations usuelles touchant sa signification, son
interprétation et son applicatio n .

__________________
98 Dans le contexte de la situa t i o n a u M o y e n- Orient : S/19434, par. 4, Documents officiels,
quarante- t r o i s i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r-m a r s 1 9 8 8 ; et S/20322, par. 4 et 5, ibid.,
S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e-d é c e m b r e 1 9 8 8 ; l e s d e u x p r o j e t s d e r é s o l u t i o n s o n t é t é m i s a u x v o i x m a i s
n’ont pas été adoptés par suite du vote négatif d’un membre permanent.
99 Dans le contexte de la question de l’Afrique du Sud : S/17413, par. 2, déclaration datée du
21 août 1 9 8 5 f a i t e p a r l e P r é s i d e n t a u n o m d e s m e m b r e s d u C o n s e i l (Documents officiels,
quarantième année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité, 1985); dans le contexte du
point de l’ordre du jour intitulé « L ’ O r g a n i s a t i o n d e s N a t i o n s Unies pour un monde meilleur et
la responsabilité du Conseil de sécurité dans le maintien de la paix et de la sécurité
internationales » (quarantième anniversaire de l’Organisation des Nations Unies) : S/17501, par.
5, déclaration datée du 26 s e p t e m b r e 1 9 8 5 f a i t e p a r l e P r é s i d e n t a u n o m d e s m e m b r e s d u C o n s e i l
(ibid.); S/l7745, par. 2, déclaration datée du 17 janvier 1986 faite par le Président à l’occasion
du quarantième anniversaire de la première séance du Conseil de sécurité et du lancement, le
1er janvier 1986 de l’Année internationale de la paix ( D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e e t u n i è m e
année, Résolutions et d écisions du Conseil de sécurité, 1986); dans le contexte de la situation
entre l’Iran et l’Iraq : S/17932, par. 6, déclaration datée du 21 mars 1986 faite par le Président
au nom des membres du Conseil (ibid.); S/18538, par. 2 (ibid.); S/19382, par. 1, 2 e t 5,
déclaration datée du 24 décembre 1 9 8 7 f a i t e p a r l e P r é s i d e n t a u n o m d e s m e m b r e s d u C o n s e i l
(Documents officiels, quarante -deuxième année, Résolutions et décisions du Conseil de sécurité,
1987); et S/19626, par. 4, 7 et 9, déclaration datée du 16 m a r s 1 9 8 8 f a i t e p a r l e P r é s i d e n t a u n o m
des membres du Conseil (Documents officiels, quarante -troisième année, Résolutions et
décisions du Conseil de sécurité, 1988); et dans le contexte de la situation en Namibie :
S/19068, par. 6, déclaration datée du 21 a o ût 1987 faite par le Président au nom des membres du
Conseil ( D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e-deuxième année, Résolutions et décisions du Conseil de
sécurité, 1987); et S/20208, déclaration datée du 29 s e p t e m b r e 1988 faite par le Président au
n o m d e s m e m b r e s du Conseil ( D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e- troisième année, Résolutions et
décisions du Conseil de sécurité, 1988).
100 Dans le contexte de la plainte de l’Angola contre l’Afrique du Sud, S/PV.2606 : Angola, p. 12;
dans le contexte de la lettre datée du 1er octobre 1985 émanant de la Tunisie, S/PV.2611 :
URSS, p. 37; dans le contexte de la situation en Afrique australe, S/PV.2658 : Ghana, p. 29 - 30;
dans le contexte de la situation entre l’Iran et l’Iraq, S/PV.2663 : Iraq, p. 26 et 37; S/PV.2664 :
J o r d a n i e , p . 8- 10; S/PV.2666 : France, p. 38; dans le contexte de la situation en Namibie,
S/PV.2743 : Pakistan, p. 71; et dans le contexte de la situation dans les territoires arabes
occupés, S/PV.2786 : OLP, p. 7 (libellé de l’Article 25).

1208
L’Article 25 a été implicitement invoqué dans trois communications 101

adressées à l’Organisation des Nations Unies par des États Membres, souvent pour
engager ou inviter le Conseil à adopter des mesures appropriées en vertu de la
Charte en vue d’assurer le respect de résolutions précédentes du Conseil.

Cinquième partie

Examen des dispositions du Chapitre VIII de la Charte

Article 52

« 1. Aucune disposition de la présente Charte ne s’oppose à l’existence


d’accords ou d’organismes régionaux destinés à régler les affaires qui, touchant au
maintien de la paix et de la sécurité internationales, se prêtent à une action de
caractère régional, pourvu que ces accords ou ces organismes et leur activité soient
compatibles avec les buts et les principes des Nations Unies.

2. Les Membres des Nations Unies qui concluent ces accords ou constituent
ces organismes doivent faire tous leurs efforts pour régler d’une manière pacifique,
par le moyen desdits accords ou organismes, les différends d’ordre local, avant de
les soumettre au Conseil de sécurité.

3. Le Conseil de sécurité encourage le développement du règlement


pacifique des différends d’ordre local par le moyen de ces accords ou de ces
organismes régionaux, soit sur l’initiative des États intéressés, soit sur renvoi du
Conseil de sécurité.

4. Le présent Article n’affecte en rien l’application des Articles 34 et 35. »

Article 53

__________________
101 S/17009, Documents offi c i e l s , q u a r a n t i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r-m a r s 1 9 8 5 (lettre
adressée par l’Inde au Secrétaire général); S/17114, ibid., S u p p l é m e n t d ’ a v r i l- juin 1 9 8 5 (lettre
adressée par l’Inde au Président du Conseil de sécurité); S/17l41, ibid. (lettre adressée par
l’URSS au Secrétaire général); et S/20227, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e-t r o i s i è m e a n n é e ,
S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e-d é c e m b r e 1 9 8 8 (lettre adressée par le Zimbabwe au Secrétaire général).

1209
« 1. Le Conseil de sécurité utilise, s’il y a lieu, les accords ou organismes
régionaux pour l’application des mesures coercitives prises sous son autorité.
Toutefois, aucune action coercitive ne sera entreprise en vertu d’accords régionaux
ou par des organismes régionaux sans l’autorisation du Conseil de sécurité; sont
exceptées les mesures contre tout État ennemi au sen s de la définition donnée au
paragraphe 2 du présent Article, prévues en application de l’Article 107 ou dans les
accords régionaux dirigés contre la reprise, par un tel État, d’une politique
d’agression, jusqu’au moment où l’Organisation pourra, à la dema nde des
gouvernements intéressés, être chargée de la tâche de prévenir toute nouvelle
agression de la part d’un tel État.

2. Le terme “État ennemi”, employé au paragraphe 1 du présent Article,


s’applique à tout État qui, au cours de la seconde guerre mondiale, a été l’ennemi de
l’un quelconque des signataires de la présente Charte. »

Article 54

« Le Conseil de sécurité doit, en tout temps, être tenu pleinement au courant de


toute action entreprise ou envisagée, en vertu d’accords régionaux ou par de s
organismes régionaux, pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales. »

Note

Pendant la période qui s’est écoulée entre 1985 et 1988 et conformément aux
obligations imposées par la Charte aux États Membres de l’Organisation des
Nations Unies et aux arrangements ou organismes régionaux, l’attention du Conseil
a été appelée sur les communications ci-après, que le Secrétaire général a fait
distribuer aux membres du Conseil mais qui n’ont pas été inscrites à son ordre du
jour provisoire.

**A. Communications émanant du Secrétaire général de l’Organisation


de l’unité africaine

1210
**B. Communications émanant du Secrétaire général de l’Organisation
des États américains

C. Communications émanant d’États parties à des différends ou


situations

i) Datée du 31 mai 1985 : Argentine, transmettant le texte de la résolution


adoptée le 30 mai par le Conseil permanent de l’OEA concernant la
situation dans la région des îles Falkland (Islas Malvinas)102.

ii) Datée du 20 septembre 1985 : Somalie, accusant l’Éthiopie d’avoir


attaqué au moyen de ses forces aériennes et terrestres des régions
peuplées de la Somalie les 15 et 16 septembre 1985 et avertissant que
l’Éthiopie serait responsable des conséquences qui pourraient
s’ensuivre 103.

iii) Datée du 25 septembre 1985 : Éthiopie, rejetant les accusations de la


Somalie comme une manoeuvre dénuée de fondement visant à détourner
l’attention mondiale de sa guerre civile interne et faisant observer que
seul le respect des principes de la Charte des Nations Unies et de la
Charte de l’Organisation de l’Unité africaine pourrait renforcer la
sécurité internationale et régionale 104.

iv) Datée du 14 février 1986 : Tchad, accusant la Jamahiriya arabe libyenne


d’avoir commis d’autres actes d’agression contre le Tchad et d’avoir
occupé une partie du territoire tchadien en violation de la Charte de
l’OUA et de la Charte des Nations Unies et faisant savoir que le Tchad
avait demandé au Secrétaire général de l’OUA d’inscrire la question du
conflit entre le Tchad et la Jamahiriya arabe libyenne à l’ordre du jour de
la prochaine réunion du Conseil des Ministres de l’OUA 105.

__________________
102 S/17233, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ a v r i l- ju in 1 9 8 5 .
103 S/17484, ibid., Supplément de juillet - septembre 1 9 8 5 .
104 S/17495, ibid.

1211
v) Datée du 18 février 1986 : Tchad, décrivant la situation de guerre que la
Jamahiriya arabe libyenne avait imposée au Tchad en violation des
résolutions et déclarations adoptées par l’OUA et l’ONU au sujet du
différend entre le Tchad et la Libye et faisant savoir que le Tchad avait
exercé son droit en vertu de l’Article 51 et que l’agression avait été
repoussée grâce à l’intervention militaire de la France aux côtés des
forces tchadiennes 106.

vi) Datée du 13 novembre 1986 : Argentine, transmettant le texte d’une


résolution adoptée le 11 novembre 1986 par le Conseil permanent de
l’OEA concernant la Déclaration sur les pêcheries dans l’Atlantique Sud -
Ouest publiée par le Gouvernement du Royaume -Uni le 29 octobre
1986 107.

vii) Datée du 21 novembre 1986 : Royaume -Uni, offrant une explication


quant à la nature et la portée de la déclaration faite le 29 octobre par le
Royaume -Uni touchant les limites de la zone de pêche à laquelle les îles
Falkland avaient droit en vertu du droit international108.

viii) Datée du 12 novembre 1987 : Chili, affirmant qu’il n’y avait pas de
problème territorial ou frontalier en suspens entre la Bolivie et le Chili
comme le prétendait la Bolivie dans les documents de l’Assemblée
générale (A/42/348 et A/42/662) 109.

ix) Datée du 26 novembre : Bolivie, soulignant que la communauté des


Amériques et la communauté internationale étaient convaincues qu’il
existait un grave problème entre la Bolivie et le Chili et que, depuis
1979, l’OEA avait adopté des résolutions réaffirmant qu’il était dans

__________________
105 S/17842, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e e t u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r-m a r s 1 9 8 6 .
106 S/17837, ibid.
107 S/18457, ibid., S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e-d é c e m b r e 1 9 8 6 ; v o i r é galement les lettres datées des
30 octobre et 3 n o v e m b r e 1986 (S/18438 et S/18441 respectivement) émanant de l’Argentine,
ibid.
108 S/18473, ibid.
109 S/19265, annexe, Documents officiels, quarante - d e u x i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e -
décembre 1987.

1212
l’intérêt de l’hémisphère de trouver une solution équitable qui donne à la
Bolivie un accès « souverain et effectif » à l’océan Pacifique 110.

x) Datée du 27 novembre 1987 : Tchad, transmettant le texte d’un message


daté du 25 novembre 1987 adressé par le Président de la République du
Tchad au Président du Comité spécial de l’OUA touchant le différend
entre le Tchad et la Jamahiriya arabe libyenne et accu sant la Libye
d’avoir attaqué le Tchad à partir du territoire soudanais en violation du
cessez-le -feu organisé sous les auspices de l’OUA 111.

xi) Datée du 3 décembre 1987 : Jamahiriya arabe libyenne, transmettant le


texte d’une lettre du dirigeant de la Jamahiriya arabe libyenne adressée
au Président du Comité spécial de l’OUA chargé d’enquêter sur les
revendications formulées par le Tchad contre la Libye, rejetant les
allégations faites comme dénuées de fondement 112.

D. Communications émanant d’autres États concernant des questions


soumises à des organisations régionales

i) Datée du 30 janvier 1985 : Malaisie, transmettant le texte d’une


déclaration concernant la situation au Kampuchéa publiée le 9 janvier
1985 par le Président en exercice du Comité permanent de l’ANASE113.

ii) Datée du 31 janvier 1985 : Italie, transmettant le texte de la Déclaration


sur le Kampuchéa adoptée lors de la Réunion sur la coopération politique
européenne de la Communauté européenne tenue à Rome le
23 janvier114.

__________________
110 S/1930 8, ibid.
111 S/19305, ibid.
112 S/19317, ibid.
113 S/16917, ibid., D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r-m a r s 1 9 8 5 .
114 S/16945, ibid.

1213
iii) Datée du 22 février 1985 : Malaisie, transmettant le texte de la
Déclaration conjointe publiée le 11 février par les Ministres des affaires
étrangères de l’ANASE 115.

iv) Datée du 17 juillet 1985 : Philippines, transmettant le texte des


documents ci-après concernant la situation au Kampuchéa; a ) déclaration
conjointe publiée le 8 juillet par les Ministres des affaires étrangères de
l’ANASE; et b ) communiqué conjoint publié par l’ANASE le
9 juillet 1985 116.

v) Datée du 15 janvier 1986 : Émirats arabes unis, transmett ant le texte


d’une résolution concernant les relations entre la Jamahiriya arabe
libyenne et les États -Unis d’Amérique, adoptée par la Ligue des États
arabes le 4 janvier 117.

vi) Datée du 27 mai 1986 : Pays-Bas, transmettant le texte d’une déclaration


conjointe de la Communauté européenne au Kampuchéa 118.

vii) Datée du 8 juillet 1986 : Guyana, transmettant le texte de la Déclaration


concernant la situation en Afrique australe adoptée le 3 juillet par la
septième Réunion des chefs de gouvernement de la Commu nauté des
Caraïbes 119 .

viii) Datée du 8 juillet 1986 : Singapour, transmettant le texte du communiqué


conjoint publié le 24 juin par l’ANASE concernant la situation au
Kampuchéa 120.

ix) Datée du 22 mai 1987 : Singapour, transmettant le texte d’une


déclaration publiée le 11 mai 1987 par le Président du Comité permanent
de l’ANASE concernant la situation au Kampuchéa 121.

__________________
115 S/1693l, ibid.
116 a) et b) respectivement, S/17344 et S/17345, ibid., Supplément de juin - a o û t 1 9 8 5 .
117 S/17742, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e e t u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r-m a r s 1 9 8 6 .
118 S/18110, ibid., S u p p l é m e n t d ’ a v r i l - juin 1 9 8 6 .
119 S/18211, ibid., S u p p l é m e n t d e j u i l l e t- s e p t e m b r e 1 9 8 6 .
120 S/181215, ibid.

1214
x) Datée du 8 juin 1987 : Belgique, transmettant le texte d’une déclaration
d u 3 juin 1987 des Ministres des affaires étrangères de la Co mmunauté
européenne concernant les relations entre le Mozambique et l’Afrique du
Sud 122.

xi) Datée du 15 juillet 1987 : Danemark, transmettant le texte d’une


déclaration adoptée le 13 juillet par les Ministres des affaires étrangères
de la Communauté euro péenne au sujet de la situation en Afghanistan et
aux alentours 123.

xii) Datée du 13 août 1987 : Thaïlande, transmettant le texte d’extraits du


communiqué conjoint publié par la Douzième réunion ministérielle de
l’ANASE, tenue à Singapour les 15 et 16 juin 1987, la Déclaration
conjointe publiée le 14 juin 1987 par les Ministres des affaires étrangères
de l’ANASE au sujet des réfugiés indochinois et la Déclaration conjointe
publiée le 16 juin 1987 par les Ministres des affaires étrangères de
l’ANASE au suje t de la situation en Afrique australe 124.

xiii) Datée du 28 septembre 1987 : Thaïlande, transmettant le texte d’une note


explicative de même date publiée par l’ANASE au sujet de la situation au
Kampuchéa 125.

xiv) Datée du 29 octobre 1987 : Émirats arabes unis, transmettant le texte


d’un communiqué publié le 25 octobre 1987 par le Conseil ministériel du
Conseil de coopération du golfe au sujet des relations entre le Koweït et
la République islamique d’Iran 126.

xv) Datée du 7 décembre 1987 : Danemark, transmettant le texte d’une


déclaration publiée par les chefs d’État et de gouvernement de la

__________________
121 S/18877, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a rante -d e u x i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ a v r i l -juin 1 9 8 7 .
122 S / 1 8 9 0 5 , ibid.
123 S/18980, ibid., Supplément de juillet - septembre 1 9 8 7 .
124 S/19048, ibid.
125 S/19159, ibid.
126 S/19241, ibid., S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e-d é c e m b r e 1 9 8 7 .

1215
Communauté européenne concernant la situation en Afghanistan et aux
alentours 127.

xvi) Datée du 24 décembre 1987 : Thaïlande, transmettant le texte de la


Déclaration de Manille de 1987 sur la situation au Kampuchéa publiée à
Manille le 15 décembre 1987 à l’issue de la Réunion des chefs de
gouvernement de l’ANASE 128.

xvii) Datée du 4 août 1988 : Brunéi Darussalam, transmettant le texte


d’extraits du communiqué conjoint de la vingt et unième Réunion
ministérielle de l’ANASE concernant la situation au Kampuchéa 129.

Indépendamment de la distribution de ces communications aux membres du


Conseil, la pratique a été d’en donner une énumération, sous différentes rubriques,
dans les rapports annuels du Conseil à l’Assemblée générale 130.

Pendant la période considérée, aucune des résolutions adoptées par le Conseil


ou des déclarations faites par le Président au nom des membres du Conseil ne
contenait de référence aux dispositions du Chapitre VIII de la Charte. Toutefois,
l’importance desdites dispositions a été soulignée à quelques occasions pendant
l’examen par le Conseil de différentes questions.

À une occasion, lorsque le Conseil a examiné la lettre datée du 6 mai 1985


émanant du représentant du Nicaragua, les dispositions du Chapitre VIII en général
ont été implicitement invoquées par les représentants qui ont contesté ou appuyé la
décision des États -Unis d’Amérique d’imposer un embargo commercial et d’autres
mesures économiques à l’encontre du Nicaragua. D’un côté, les États -Unis ont été
accusés, en adoptant des mesures économiques coercitives au plan international,
__________________
127 S/19323, ibid.
128 S/19385, ibid.
129 S/20091, D o c u m e n t s o fficiels, quarante -t r o i s i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j u i l l e t- septembre 1 9 8 8 .
130 Voir la quatrième partie du rapport du Conseil de sécurité à l’Assemblée générale, 1984/85
( D o c u m e n t s o f f i c i e l s d e l ’ A s s e m b l é e g é n é r a l e , q u a r a n t i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t N o . 2 ) , p. 96 et
115; 1985/86 ( D o c u m e n t s o f f i c i e l s d e l ’ A s s e m b l é e g é n é r a l e , q u a r a n t e e t u n i è m e a n n é e ,
Supplément No. 2), p. 187, 189, 204 et 225; 1986/87 (Documents officiels de l’Assemblée
g é n é r a l e , q u a r a n t e-d e u x i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t N o . 2 ) , p. 9 8 , 1 0 8 , 1 1 0 e t 1 0 6 ; 1 9 8 7 / 8 8
(Documents officiels de l’Assemblée générale, quarante -troisième année, Supplément No. 2),

1216
d’avoir violé non seulement la Charte des Nations Unies mais aussi, entre autres, la
Charte de l’Organisation des États américains (OEA), dont l’article 20 stipulait
qu’aucun État ne pouvait utiliser ou encourager l’utilisation de mesures coercitives
de caractère économique ou politique pour forcer la volonté souveraine d’un autre
État ou pour obtenir de lui des avantages de quelque nature que ce soit.

D’un autre côté, il a été affirmé que la « campagne de subversion et de


déstabilisation » menée par le Nicaragua en Amérique centrale avait violé
l’Article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations Unies, les Artic les 3, 18, 20 et 21
de la Charte révisée de l’Organisation des États américains et l’article premier du
Traité de Rio. Le droit international coutumier n’obligeait pas un État à commercer
avec un autre, mais le bon sens suggérait – et la pratique internationale confirmait –
que, d’une manière générale, tout État était libre de choisir ses partenaires
commerciaux. L’on a fait valoir en outre que, si la Charte des Nations Unies
n’écartait aucunement la possibilité pour un État de sauvegarder sa sécurité dans le
cadre de ses droits coutumiers et souverains, l’embargo commercial imposé par les
États -Unis au Nicaragua non seulement était conforme à la Charte de l’Organisation
des États américains mais encore était de nature à promouvoir ses objectifs 131.

À une deuxième occasion, lorsque le Conseil a examiné la situation au Moyen -


Orient à la demande du représentant de l’Égypte 132 dans le contexte du conflit « à
Beyrouth et aux alentours entre les Palestiniens et les Libanais », il y a eu une
référence expresse à l’Article 52. Après que la résolution 564 (1985) 133 a été

adoptée au début de la 2582 e séance, le 31 mai 1985, le représentant du Liban a


déclaré que son gouvernement avait précédemment indiqué clairement qu’il était
opposé à ce que le Conseil de sécurité examin e « la situation dans les camps
palestiniens et aux alentours », lesquels, a-t -il souligné, étaient situés en territoire
libanais. Le représentant du Liban a alors énuméré cinq raisons pour lesquelles son

__________________
p . 1 3 4 , 1 3 6 1 5 2 , 1 5 5 -1 5 6 e t 1 7 3 .
131 Pour les déclarations, voir S/PV.2577 : Nicaragua, p. 26-28; S/PV.2578 : P é r o u , p . 1 1 ; É t a t s-
Unis, p . 26 -31 et 89 (deuxième intervention); Mexique, p. 36 et 37; Brésil, p. 88, et Nicaragua,
p. 97- 101. Pour la discussion concernant l’Article 2, paragraphe 4, voir la deuxième partie, A,
ci- dessus.
132 La lettre datée du 30 mai 1985 adressée au Président du Conseil par le représentant de l’Égypte
(S/17228) a été inscrite à l’ordre du jour du Conseil. Pour le texte de la lettre, voir D o c u m e n t s
officiels, quarantième année, Supplément d’avril -juin 1 9 8 5 .
133 Pour l’adoption de la résolution 564 (1985) et des déba ts généraux du Conseil sur la question,
voir le chapitre VIII, deuxième partie, sous la même rubrique.

1217
gouvernement objectait à l’examen de la question pa r le Conseil. La cinquième
raison qu’il a donnée était qu’il n’était pas utile pour le Conseil d’examiner des
situations internes qui étaient traitées aux échelons tant régional que national et
qu’au contraire, le Conseil devait encourager tous les efforts déployés
conformément à l’Article 52 de la Charte des Nations Unies 134.

À une troisième occasion, lorsque le Conseil a examiné la lettre datée du


13 novembre 1986 émanant du représentant du Tchad touchant l’expansion des
territoires occupés dans le nord d u Tchad à la suite d’une nouvelle offensive
militaire de la Jamahiriya arabe libyenne, les dispositions du Chapitre VIII ont été
fréquemment mentionnées par presque tous les représentants qui ont pris la parole.
D’une part, le représentant du Tchad a réaffirmé que son gouvernement était disposé
à coopérer avec le Comité spécial chargé de régler les différends Tchad -Libye qui
avait été créé en 1977 par l’OUA mais qui, a -t -il souligné, s’était dès le début heurté
aux obstructions de la Libye. Il a été affirmé en outre, par le représentant du Congo,
qu’il existait au sein de l’OUA, qui était l’organe international éminemment
compétent pour traiter de la question, un large consensus au sujet de la question du
Tchad et que le moment était venu de réaffirmer que la Charte de l’OUA, à laquelle
avaient adhéré aussi bien le Tchad que la Jamahiriya arabe libyenne, préconisait le
respect des principes concernant le règlement pacifique des différends entre États
Membres. De plus, la Charte africaine prescrivait, conformé ment au respect du droit
universel, le recours à la négociation, à la médiation, à la conciliation ou à
l’arbitrage en cas de conflit. C’était dans cet esprit, a ajouté le représentant du
Congo, que la vingt -deuxième réunion au sommet de l’OUA avait instam ment
demandé la poursuite des efforts tendant à relancer le Comité spécial chargé de
régler le conflit Libye -Tchad étant donné que le règlement de la question se prêtait
admirablement à une initiative régionale dans le cadre de l’OUA. Il a donc été
demandé instamment au Conseil de sécurité, agissant conformément aux
dispositions permanentes de la Charte des Nations Unies, de tenir dûment compte de
ce facteur et d’encourager l’OUA dans ses initiatives et ses efforts visant à permettre
au Tchad de recouvrer la paix, l’unité nationale et l’intégrité territoriale. D’un autre
côté, l’on a fait valoir que le problème du Tchad était un problème interne qui avait

__________________
134 Pour le texte de la déclaration, voir S/PV.2582 : Liban, p. 12. Pour les quatre autres raisons
données par le Liban, voir le chapitre VIII, deuxième p artie, sous la même rubrique. Voir
également S/PV.2582, p. 11.

1218
été porté devant l’OUA, laquelle, à son tour, avait confié au Président de la
République populaire du Co ngo la tâche de promouvoir la réconciliation nationale
entre les parties tchadiennes en présence et, par conséquent, que la réunion du
Conseil de sécurité était sans objet et que l’encouragement donné au « groupe de
Habre » avait seulement pour but de faire obstacle aux efforts de l’OUA 135.

Indépendamment des occasions mentionnées ci-dessus, il y a eu de nombreux


cas dans lesquels les dispositions du Chapitre VIII ont été invoquées, expressément
et implicitement, lors des délibérations du Conseil 136 et dans quelques -unes des
communications adressées par les États Membres à l’Organisation des Nations
Unies 137.

**Sixième partie

**Examen des dispositions du Chapitre XII de la Charte

Septième partie

Examen des dispositions du chapitre XVI de la Charte

Arti cle 102

__________________
135 Pour les déclarations, voir S/PV.272l : Tchad, p. 8; Congo, p. 11 -13; Zaïre, p. 16-19; États -U n i s ,
p. 23; Jamahiriya arabe libyenne, p. 28, 31, 33 et 36; et URSS, p. 41 et 43.
136 Dans le con texte de la situation en Namibie, S/PV.2587 : Pologne, p. 51; dans le contexte de la
plainte de l’Angola contre l’Afrique du Sud, S/PV.2596 : République - Unie de Tanzanie, p. 29 -
30; dans le contexte de la question de l’Afrique du Sud, S/P V.2600 : K e n y a , p . 86; dans le
contexte du point de l’ordre du jour intitulé « L’Organisation des Nations U n i e s p o u r u n m o n d e
meilleur et la responsabilité du Conseil de sécurité dans le maintien de la paix et de la sécurité
internationales », S/PV.2608 : Madagascar, p. 61 (référence expresse); dans le contexte de la
lettre datée du 11 m a r s 1988 émanant du représentant de l’Argentine, S/PV.2800 : Argentine,
p . 11 et 12; Uruguay, p. 24 -2 5 ; P é r o u , p . 38 et 39; Mexique, p. 52; Équateur, p. 62; et
S/PV.2801 : Algérie, p. 7; Népal, p. 8 et 9; Chine, p. 21; et Guatemala, p. 4 2 .
137 S/l8554 (lettre datée du 2 janvier 1987 émanant du représentant de la Jamahiriya arabe
libyenne), Documents officiels, quarante - d e u x i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d e j a n v i e r -mars 1 9 8 7 ;
S/18603 et S/18619 (lettre et note verbale datées respectivement des 14 et 16 janvier 1 9 8 7
émanant du représentant du Tchad), ibid.

1219
« 1. Tout traité ou accord international conclu par un Membre des
Nations Unies après l’entrée en vigueur de la présente Charte sera, le plus tôt
possible, enregistré au Secrétariat et publié par lui.

2. Aucune partie à un traité ou accord in ternational qui n’aura pas été


enregistré conformément aux dispositions du paragraphe 1 du présent Article ne
pourra invoquer ledit traité ou accord devant un organe de l’Organisation. »

Article 103

« En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en
vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord
international, les premières prévaudront. »

Note

Pendant la période considérée, le principe énoncé à l’Article 103 a été


expressément invoqué à deux re prises, dans l’un et l’autre cas dans le contexte de la
situation à Chypre.

À la 2635e séance, le 12 décembre 1985, les représentants de la Grèce et de


Chypre ont souligné, ce dernier en se référant expressément à l’Article 103, que le
Traité de garantie ne donnait pas le droit d’intervention militaire à Chypre et que, si
le Traité avait créé un tel droit, il aurait été contraire aux dispositions de l’Article 2,
paragraphe 4, de la Charte, alors qu’une telle contradiction était interdite par
l’Article 103 138.

À la deuxième occasion, à la 2771e séance du Conseil, le 14 décembre 1987,


le représentant de Chypre a déclaré que l’allégation de la Turquie selon laquelle les
troupes turques avaient envahi Chypre et y étaient restées conformément au Traité
de garantie était absurde. Il a rappelé l’Article 2, paragraphe 4, en vertu duquel les
États Membres devaient s’abstenir de recourir à la force dans leurs relations

__________________
138 S/PV.2635 : Grèce, p. 59 (quatrième intervention); Chypre, p. 59 (quatrième intervention). Pour
les vues de la Turquie, voir ibid., p. 58. Voir égal ement la deuxième partie, A, ci - dessus, sous la
rubrique de l’Article 2 , p a r a g r a p h e 4 .

1220
internationales et a souligné que toute interprétation selon laquelle le Traité de
garantie aurait accordé à tout garant le droit de recourir à la force aurait rendu cette
disposition du Traité contraire à l’Article 2, paragraphe 4, de la Charte et aurait été
ipso facto nulle et dépourvue d’effet, comme le stipulait clairement l’Article 103 de
la Charte des Nations Unies 139.

Indépendamment des deux occasions susmentionnées, l’Article 103 de la


Charte des Nations Unies a également été mentionné explicitement dans une lettre
datée du 19 novembre 1986 adressée au Secrétaire général par le représentant de
Chypre 140.

**Huitième partie

**Examen des dispositions du Chapitre XVII de la Charte

__________________
139 S / P V 2 7 7 1 : Chypre, p. 24 -26; pour la position de la Turquie, voir ibid., p. 52 -55. Pour la
discussion concernant l’Article 2, paragraphe 4, de la Charte, voir la deux i è m e p a r t i e , A ,
ci - dessus.
140 S/18466, D o c u m e n t s o f f i c i e l s , q u a r a n t e e t u n i è m e a n n é e , S u p p l é m e n t d ’ o c t o b r e-d é c e m b r e 1 9 8 6 ;
pour la réponse de la Turquie, voir S/18495 (lettre datée du 3 d é c e m b r e 1 9 8 6 é m a n a n t d u
représentant de la Turquie), ibid.

1221
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