100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
93 vues37 pages

9782402219716

Transféré par

demabdo316
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
93 vues37 pages

9782402219716

Transféré par

demabdo316
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Retrouver ce titre sur Numilog.

com
Retrouver ce titre sur Numilog.com

P U B L I C A T I O N S DE L ' U N I V E R S I T É DE D I J O N

XXXVII

Claude TREYER
D i p l ô m é ESSEC
D i p l ô m é de l ' I n s t i t u t d ' E t u d e s Européennes de l'Université de la Sarre
D o c t e u r de l'Université de Dijon

S A H A R A 1956-1962

1966

DL - 2 5 2 1957 . 0 3 '2 9 5
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Ce travail a reçu l'aide :

de l'ex-Ministère du Sahara,
de l'ex-Organisation Commune des Régions Sahariennes — O.C.R.S.,
du Centre de Recherches sur les Zones Arides - - C.N.R.S.,
1 de la Compagnie d'Assurances 'Le Phénix" — Vie.
du DAAD-BONN.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

N o u s r e m e r c i o n s de t o u t c œ u r :

M o n s i e u r l ' A m b a s s a d e u r EIRIC L A B O N N E , Ancien Résident Général


de F r a n c e au M a r o c et e n T u n i s i e ;

Monsieur l'Ambassadeur PHILIPPE KOENIG, Ancien Consul Général


de F r a n c e à S a r r e b r ü c k ,

q u i n o u s o n t p e r m i s la réalisation d e cet o u v r a g e .

M o n s i e u r AUGUSTIN A L L I N E , C o n s e i l l e r des Affaires E t r a n g è r e s ;

Monsieur HENRI BAZIN, Conseiller Civil, ex-Ingénieur en Chef de


l'O.C.R.S.;

M a d a m e ELISABETH V E S S I L I E R , M a î t r e - A s s i s t a n t à la F a c u l t é de D r o i t
et des Sciences E c o n o m i q u e s d e Paris,

q u i n o u s o n t i n s p i r é le sujet de cette thèse.

Q u e ce travail soit p o u r e u x l ' e x p r e s s i o n d e n o t r e r e c o n n a i s s a n c e et le


témoignage de notre respectueux dévouement.

M o n s i e u r EMMANUEL H A M E L , C o n s e i l l e r R é f é r e n d a i r e à la C o u r des
Comptes, M a î t r e de C o n f é r e n c e s à l'E.S.S.E.C.,

q u i n o u s a g u i d é et conseillé d u r a n t n o s é t u d e s s u p é r i e u r e s . E n r e c o n n a i s -
sance p o u r l ' i n t é r ê t b i e n v e i l l a n t et a m i c a l q u ' i l n o u s a t o u j o u r s t é m o i g n é .

M o n s i e u r le D o y e n M A R T I N et M o n s i e u r le P r o f e s s e u r F O L Z , F a c u l t é
des Lettres et Sciences H u m a i n e s , D i j o n .
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Retrouver ce titre sur Numilog.com

A mon Père,

A Monsieur le Professeur Jean Chardonnet.


Retrouver ce titre sur Numilog.com
Retrouver ce titre sur Numilog.com

PREFACE

Dans l'histoire des hommes, il est certaines périodes où des décisions


d'une lourde gravité engagent de -îna-nière décisive l'avenir; les uns prennent
parti pour ces décisions, les autres s'insurgent contre elles : la justice des
hommes essentiellement contingente, brise ces derniers, la faveur du pouvoir
comble inversement, et parfois en les méprisant, ceux qui se rangent à ses
côtés. Tout cela, faveurs d'un côté, sanctions de l'autre, n'échappe jamais au
caractère essentiellement provisoire des actes humains. Dans l'espace comme
dans le temps « vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà ».
Mais, il est un tribunal qui, sans avoir l'infaillibilité divine, juge avec le
recul du temps, éloigné des passions du moment, sur les pièces que lui lègue
l'évolution des faits, c'est celui de l'Histoire.
L'affaire d'Algérie n'est pas jugée encore, elle ne peut l'être alors que les
passions restent vivantes, que des hommes, en France et au-delà de la Médi-
terranée, dans ce qui fut la France jusqu'au 1er juillet 1962, en souffrent
encore dans leur esprit, dans leur cœur et dans leurs corps. L'un des éléments
essentiels du dossier, qui permettra un jour au tribunal de l'Histoire de juger,
avec impartialité, est le compte rendu de la situation avant « l'indépendance »
de l'Algérie et du Sahara.
Le travail, que j'ai le plaisir et l'honneur de préfacer, constitue précisé-
ment l'un des éléments de ce dossier, antérieur à l'indépendance de l'Algérie
et du Sahara, élément partiel certes, car il se limite volontairement au Sahara
d'une part, et aux aspects économiques de l'évolution du Sahara jusqu'au
ier juillet 1962 d'autre part, mais élément capital par les qualités qu'il comporte
et qui ont valu à son auteur la mention très honorable pour la thèse présentée
en vue du doctorat de l'Université de Dijon en Juin 1964.
Ce pouvait sembler tout d'abord une gageure de traiter d'un pareil sujet,
en quelque sorte « à chaud », alors que s'affrontent encore, dans des oppositions
qui brisent l'unité morale de la Nation, partisans et adversaires de la politique
de de Gaulle au regard de l'Afrique du Nord. Je dois à la vérité de reconnaitre
— et c'est là un réel mérite — que Monsieur TREYER a su s'abstraire de
toute polémique, qu'il a volontairement exclu tout jugement politique, appor-
tant, coordonnant, synthétisant des faits économiques : c'est sur le plan
économique et humain un dossier de juge d'instruction, qui laissera ensuite le
lecteur libre d'apprécier, de tirer la conclusion.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Au surplus, ces faits eux-mêmes ont été rassemblés avec un esprit scien-
tifique auquel j 'ai plaisir à rendre hommage. Le véritable esprit scientifique,
dans la recherche économique, implique le refus de la compilation, le recours
à l observation directe du pays, la consultation de ceux qui, aux divers échelons
de l administration et de l'exécution, ont œuvré pour faire du plus grand désert
du monde un pays qu'ils souhaitaient prospère et riche; l'esprit scientifique
suppose aussi une critique de ces sources, de manière que ne soient conservées
des informations recueillies que celles qui offraient la garantie de l'authenticité.
Monsieur TREYER, loin de s'être contenté de compulser une très abondante
littérature sur la mise en valeur du Sahara, s'est rendu sur place, a conduit son
enquête sur les champs pétroliers, dans les oasis. Il a travaillé en étroit contact
avec ce corps admirable de fonctionnaires de « l'Organisation Commune des
Régions Sahariennes » qui avaient la passion de leur travail, on ne peut dire
de leur métier, car le terme de métier implique plus ou moins je ne sais quelle
routine, un certain manque d'enthousiasme et de passion, alors que l' enthou<-
siasme et la passion pour une œuvre humainement noble et économiquement
rentable constituent la marque de leur action. C'est unI métier aussi — je me
plais à le souligner — d'avoir suivi de près les enseignements, d'avoir étudié
les conceptions d'un homme qui devait être l'initiateur du Sahara moderne :
l'Ambassadeur Eiric LABONNE ; il est le premier, en effet, à avoir compris
ce que pouvait apporter le Sahara à la France, et, la France au Sahara, et à
allier, en vue d'une intervention de grande envergure dans ce vaste territoire,
le sens de l'action et une préscience prophétique.
Pour qui traitait des aspects économiques du Sahara ces dernières années,
la tentation était grande d'axer la recherche sur les découvertes de pétrole et!
de gaz, et, sur leur intérêt pour la France et l'Europe de l'Ouest. Car ce sont
là des éléments essentiels et nouveaux, et l'auteur de cette préface qui a
spécialement étudié la question et s'est rendu à plusieurs reprises sur place
pour étudier les grandes réalisations dues aux techniciens français et aux
capitaux français pour la recherche et l'exploitation des hydrocarbures sahariens,
se garde bien de minimiser cet aspect capital du problème économique saharien.
Mais pétrole et gaz ne résument pas, il s'en faut, toute l'économie saharienne :
une répartition des bénéfices tirés de l'exploitation des hydrocarbures, favorable,
ainsi qu'il était normal, au territoire détenteur de la richesse géologique, n'y
permettait pas seulement ici le développement, là la création d'une infrastruc-
ture de transports et de télécommunications, indispensables à la vie de relations
entre oasis et au déverrouillage du Sahara vers l'extérieur; mais aussi elle
dégageait des facultés d'investissement grâce auxquelles la fourniture d'eau à
partir de nappes souterraines, l'organisation de périmètres d'irrigation rendaient
possibles des cultures sédentaires de rendement important. Cette œuvre
considérable, conduite par la C.A.P.E.R., donnait déjà des résultats notables
lorsque les Français sont partis; elle constituait l'amorce d'une transformation
sociale et humaine du Sahara par la sédentarisation des nomades et l 'enrichis-
sement des populations des oasis. La liberté dont jouit maintenant le gouverne^
Retrouver ce titre sur Numilog.com

ment algérien pour l'emploi des bénéfices pétroliers a-t-elle permis au Sahara
la continuation de cette œuvre riche d'espoirs ? Tout cet aspect de l'inter-
vention française au Sahara est minutieusement analysé dans l'ouvrage de
Claude TREYER ; c'est là, à 'mon sens, l'un de ses intérêts principaux, car
il montre le sens profond d'une politique économique qui, sans faire abstraction
de considérations de rentabilité, ni de l'intérêt bien compris de la métropole,,
s'attachait au Sahara à promouvoir l'homme; l'accusation de « colonialisme »
égoïste est, dans certains cas comme celui du Sahara, une imagerie d'Eprnal
qui déforme et trahit.
Je souhaite que ce livre, témoignage sérieux et impartial, soit lu et médité
par tous ceux qui veulent avoir une vue objective de faits souvent mal connus
ou déformés. Je souhaite aussi, que, dans quelques décennies, ceux qui auront
à juger à tête reposée et sans passion d'une époque douloureuse et de faits
graves, retrouvent et lisent ce livre. L'Histoire jugera.

JEAN CHARDONNET,
Ancien Elève de l'Ecole Normale Supérieure,
Professeur de Faculté,
Membre du Conseil Economique et Social.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Retrouver ce titre sur Numilog.com

INTRODUCTION

Entre 1956 et 1962 la France a développé systématiquement et globale-


ment le Sahara.
La mise en valeur économique et sociale de ses départements sahariens
de la Saoura et des Oasis est l'une des oeuvres maîtresses de la France
d'après-guerre.
Loin de considérer ces départements sahariens uniquement comme un
champ pétrolifère à exploiter au profit de la Métropole, la France a tenu à les
développer globalement dans l'intérêt de son indépendance énergétique, dans
l'intérêt des populations sahariennes et au profit des Etats riverains du Sahara
algérien.
Dans l'esprit des promoteurs du Sahara moderne, celui-ci devait être
exploité au profit de toute l'Union Française, puis de la Communauté Française.
Il devait devenir la plaque tournante de l'Afrique francophone.
C'est dans cette perspective que l'Organisation Commune des Régions
Sahariennes — O.C.R.S. - avait été créée en 1958. L'idée avait prévalu à
l'origine, que, en raison même de son découpage politique, le Sahara — aussi
bien algérien que mauritanien, malien, nigérien et tchadien - devait être
considéré comme un tout et être exploré, puis exploité, dans toutes ses parties,
au profit de tous les participants.
En fait, des raisons politiques et économiques ont orienté les efforts, pour
l'essentiel, sur le développement du seul Sahara algérien. C'est la raison pour
laquelle nous limiterons notre étude au développement du Sahara algérien,
que nous appellerons Sahara, dans notre thèse, pour la commodité du terme.
La création d'une infrastructure économique n'a pas seulement conditionné
la découverte du pétrole et son exploitation. Elle a été elle-même une
conséquence de l'exploitation des gisements pétroliers et gaziers.
La présence de ces importants gisements a permis la mise en valeur
systématique des oasis et le début de promotion sociale des 600.000 sahariens
vivant dans ces deux départements.
Nous nous proposons d'examiner, dans ce travail, les différents aspects
du développement économique et social du Sahara, compte tenu, des motivations
politiques, économiques et humaines qui y ont conduit. La création de l'infras-
tructure, la recherche et l'exploitation des gisements pétroliers, gaziers et
miniers, le début de la mise en valeur systématique des oasis grâce aux forages
hydrauliques, seront tour à tour examinés.
L'action de la France au profit des populations sahariennes fera l'objet
d'un chapitre.
Ce développement économique et social original sera placé dans le cadre
politique et administratif qui l'a suscité et organisé.
Nous examinerons, enfin, le rôle que le Sahara aurait pu jouer en ce qui
concerne l'approvisionnement énergétique de la France, de la Zone Franc et
de la Communauté Economique Européenne.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

L'oeuvre considérable de la France dans ce désert absolu devait commencer


à porter ses fruits et être poursuivie encore plus intensément lorsque la France
renonça à ces 2.170.000 km2 de son territoire, qui font l'objet de notre étude.
Avec ce changement de souveraineté, le Sahara devait entrer dans une nouvelle
ère. Le développement économique de ce désert prenait désormais un autre
sens et ne revêtait plus la même importance en raison même de la politique
du Gouvernement Algérien.
Considérant que le développement du Sahara par la France répondait à
certains critères bien définis et à une politique précise, nous limiterons donc
notre étude à la date du 1er juillet 1962.
Ce travail est le résultat de nombreux entretiens avec des fonctionnaires,
ingénieurs, administrateurs de sociétés, militaires et notables, que nous avons
eus à Paris, Alger et au Sahara. Notre voyage au Sahara, en novembre 1960,
subventionné par l'O.C.R.S., nous a permis d'étudier sur place un certain
nombre des réalités sahariennes.
Ce voyage a été effectué en voiture, avion de ligne, piper-club et à dos
de chameau, sur l'itinéraire suivant :
Laghouat - Berriane - Hassi R'Mel - Ghardaïa - Ouargla - Fort Lalle-
mand - Hassi Bel Gebbour - Gassi - Touel - Hassi-Messaoud - Touggourt -
El Oued - Colomb Béchar - Kenadza - Abadla - Beni Abbès.
Nous tenons à ce que ce travail soit le plus concret possible ; c'est
pourquoi nous l'avons illustré de nombreux exemples, cartes et croquis.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

LE S A H A R A

Le SAHARA

« Un morceau de continent livré au soleil le


plus ardent, à l'aridité, à la solitude; une terre
fauve, aux horizons illimités, battue par les vents
de sable et rongée par l'érosion; un témoignage
de la vitalité des hommes continuellement en
lutte avec une nature hostile.
« Tel était le sens profond du mystère du
Grand Désert quand la France fut appelée à le
mettre en valeur. »

ROBERT LECOURT,
Ministre d'Etat
chargé du Sahara,
des T.O.M., D.O.M.,
1962.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Retrouver ce titre sur Numilog.com

CHAPITRE PREMIER

La s t r u c t u r e g é o g r a p h i q u e
et d é m o g r a p h i q u e du S a h a r a

Pour pouvoir comprendre le développement économique et social du


Sahara, il nous faut tout d'abord rappeler quelques éléments sommaires de
géographie et de démographie.

A) LA GEOGRAPHIE DU SAHARA.

1. - L'ÉTENDUE DU SAHARA GÉOGRAPHIQUE ET DU SAHARA ALGÉRIEN (1 ).


Géographiquement, le Sahara algérien — objet de notre étude — ne
représente que 2.171.800 km2 (2) sur les 8.000.000 de km2 (3) du désert
qui s'étend entre le 32e et le 16e parallèles, depuis l'Océan Atlantique
jusqu'à la Mer Rouge.
Sur les 1.800.000 habitants environ vivant dans ce plus grand désert du
monde, 600.000 vivent dans le Sahara algérien.
Du nord, c'est-à-dire de l'Atlas saharien, à l'extrême pointe sud, à In
Guezzam, le Sahara algérien s'étend sur 1.600 kilomètres.
De l'extrême pointe ouest, c'est-à-dire de Tindouf, à sa frontière orientale,
le Sahara algérien s'étend sur 1.400 kilomètres (4).
Les frontières — tout artificielles — du Sahara algérien sont l'héritage
du découpage administratif colonial et ont été confirmées lors de l'indépen-

(1) Tout au long de n o t r e thèse, nous désignerons le S a h a r a algérien p a r le t e r m e


simplifié de « S a h a r a ».
(2) Surface établie p a r l'O.C.R.S.
(3) Estimation du Professeur Capot-Rey.
(4) Soulignons que certaines limites du S a h a r a sont toujours contestées (Cf. le récent
conflit algéro-marocain, et les revendications marocaines sur les territoires espagnols et la
Mauritanie).
Retrouver ce titre sur Numilog.com

dance des n o u v e a u x Etats d ' A f r i q u e — Mauritanie, Mali, Niger, Tchad —■


le 2 8 s e p t e m b r e 1958, puis en juillet 1960 et, e n f i n , lors d e l ' i n d é p e n d a n c e
d e l ' A l g é r i e , l e 1er j u i l l e t 1 9 6 2 .
Les territoires sahariens des quatre Républiques de Mauritanie, du
Soudan-Mali, du Niger et du Tchad, représentent une étendue désertique
d'environ 2.300.000 km2. D e s conventions de développement économique et
social ayant été signées entre l'O.C.R.S. — Organisation Commune des
R é g i o n s S a h a r i e n n e s — e t l e s E t a t s d u N i g e r e t d u T c h a d , il n o u s a r r i v e r a
d ' é t e n d r e n o s c o n s i d é r a t i o n s é g a l e m e n t à ces t e r r i t o i r e s s a h a r i e n s .

2. - LES GRANDES RÉGIONS NATURELLES DU SAHARA.

— Au nord, le Sahara comprend une vaste dépression est-ouest s'étendant


de l'Atlas saharien au Hoggar. La présence de nombreux oueds descendant de
l'Atlas saharien, de l'Anti-Atlas marocain ou du Hoggar, en fait une zone
d'oasis : Saoura, M'Zab, El Goléa, Touat, Gourara, Tidikelt, Oued-Rhir,
Oued-Souf, Ouargla.
— A l'ouest, le Massif des Eglab a une altitude moyenne de 500 mètres.
— Au centre, le Massif du Hoggar culmine avec ses 2.918 mètres.
Trois grands ensembles dunaires s'étendent entre les regs et les hamadas :
l'Erg Chech, la Grand Erg Occidental, le Grand Erg Oriental. Le Massif du
Hoggar est entouré d'une série d'ergs.
Le Sahara est une vaste plate-forme faisant partie du vieux socle cristallin
qui caractérise toute l'Afrique.
Stabilisé avant l'ère primaire, il n'a subi lors des plissements hercyniens
et alpins que quelques ondulations à grands rayons de courbure et quelques
fractures ayant donné naissance à des éruptions volcaniques.
Le Sahara occidental commence au nord avec le Massif des Eglab, à
proximité des chaînes de l'Atlas marocain. Le relief s'abaisse jusqu'à la côte
mauritanienne et jusqu'à Taoudeni.
Le massif cristallin des Eglab et la chaîne des Yetti, arasés en pénéplaine,
forment une longue dorsale — la dorsale Reguibat — sur 1.500 km. Ils
constituent la réapparition du vieux socle cristallin datant du pré-cambrien
qui réapparaît également à l'est, au Hoggar. Sur ce socle, se sont déposées des
formations primaires. La cuvette de Tindouf, à l'extrême pointe occidentale
du Sahara, est recouverte d'éléments du tertiaire et du quaternaire, avec
alternance de grès et d'argile imperméable.
Au nord-ouest, nous trouvons le bassin carbonifère de Colomb-Béchar,
Abadla, Kenadsa, dont les prolongements atteignent la pénéplaine de Tadémaït.
Le Sahara occidental comporte un ensemble sédimentaire très important
qui pourrait receler des hydrocarbures, soit dans la région de Tanezrouft, soit
dans celle du Taoudéni, soit dans la cuvette de Tindouf.
— L'hydrographie du Sahara occidental :
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Signalons la Saoura, réunion de l'oued Guir et de l'oued Zousfana,


au cours nord-ouest/sud-est, qui va se perdre dans les Sebkhas de la
région d'Adrar. Elle arrose une série d'oasis prospères. L'O.C.R.S. avait
envisagé la construction d'un barrage sur l'oued Guir qui aurait permis
d'irriguer 150.000 hectares (1 ).
— Le Sahara algérien central et oriental :
Il comprend essentiellement, du nord au sud :
a) le Grand Erg Oriental;
b) la Hammada de Tinrhert qui borde le bassin sédimentaire d'Edjéleh
et de Tinguentourine ;
c) le bouclier des Tassilis qui entoure, au nord-est, le Hoggar;
d) le Hoggar, d'une étendue à peu près égale à celle de la France; ce
massif montagneux qui culmine avec l'Atakor à 2.918 mètres, est composé
de terrains cristallins arasés à la fin du pré-cambrien, puis rajeunis lors des
éruptions volcaniques du quaternaire.
Entre les massifs du Hoggar et des Tassilis d'une part, et l'Atlas saharien
d'autre part, s'étend la grande dépression saharienne est-ouest qui nous
intéresse plus particulièrement. Le socle anté-cambrien a été recouvert par des
sédiments divers, recouverts eux-mêmes par des sédiments marins du conti-
nental intercalaire et du crétacé supérieur.
C'est dans cette couche, d'une profondeur moyenne de 1.500 mètres,
que se trouve une vaste mer souterraine, la « couche albienne ». Cette couche
albienne est soit une nappe d'eau fossile, soit une nappe d'eau alimentée par
les infiltrations provenant du versant sud de l'Atlas saharien.
Certains (2) estiment son importance à 20.000 milliards de mètres
cubes, ce qui suscite tant d'espoirs depuis 1960, en ce qui concerne le rajeunis-
sement des oasis et la création de nouvelles oasis.
Les gisements gaziers et les gisements pétroliers ont été découverts dans
ce vaste couloir sédimentaire.
—• L'hydrographie du Sahara algérien central et oriental est pauvre.
L'oued Tamanrasset va se perdre dans le désert du Tanezrouft.
Les autres oueds — comme l'oued Rirh — sont des thalweg fossiles qui
aboutissent dans le Grand Erg Oriental ou dans des vallées fermées.

3. - LE CLIMAT DU SAHARA.

C'est le climat qui caractérise le désert. Se trouvant dans la zone des


hautes pressions, le Sahara ne reçoit ni les pluies méditerranéennes d'hiver ni
les pluies tropicales d'été.

(1) L étude du projet d ' u n barrage sur l'Oued Guir avait été commencée p a r les services
techniques du Gouvernement Général de l'Algérie et reprise p a r le Comité Z.O I.A.
(Mémoires du Professeur Deleau et de M. Kervran).
(2) M. J e a n Godard, Attaché à la Section S a h a r i e n n e du C.D.S.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

L e s p r é c i p i t a t i o n s s o n t rares et très irrégulières.


L e S a h a r a s ' é t e n d e n t r e les i s o h y è t e s d e 100 à 150 m m .
L ' a l i z é a u g m e n t e la sécheresse d e la c o u c h e d ' a i r se t r o u v a n t au-dessus
d u sol.

L e S a h a r a est aussi caractérisé p a r d e g r a n d e s variations d e t e m p é r a t u r e s


nocturnes et diurnes. Nous avons p u constater u n e différence de 28° entre
la t e m p é r a t u r e n o c t u r n e et d i u r n e , à O u a r g l a .
M a i s il n e r è g n e p a s d e c l i m a t u n i f o r m e s u r t o u t e l ' é t e n d u e d u Sahara
algérien :
— Le Tanezrouft, « désert de la s o i f », reçoit moins de 20 mm de
précipitations.
— L ' E r g C h e c h est, lui aussi, très aride.
— L e G r a n d E r g O c c i d e n t a l et le G r a n d E r g O r i e n t a l , s u r t o u t , o n t p l u s
de chances de p r o v o q u e r des précipitations en r a i s o n d e l e u r a l t i t u d e , et, le
p r e m i e r , p a r s u i t e d e sa p r o x i m i t é r e l a t i v e d e l a m e r (1 ).

4 . - L A VÉGÉTATION DU S A H A R A .

Un a u t r e c r i t è r e n o u s p e r m e t d e c o n s t a t e r l e d é b u t d u S a h a r a : la d i s p a -
rition d e la v é g é t a t i o n .
E n d e h o r s des oasis, o n n e t r o u v e q u e des touffes d ' h e r b e très c l a i r s e m é e s
s u r le r e g o u au creux des dunes, ainsi q u e les a c h e b s , p â t u r a g e s é p h é m è r e s
a u x q u e l s d o n n e n t n a i s s a n c e les r a r e s p l u i e s p r i n t a n i è r e s .
Trois types d'oasis existent au Sahara :
a) les oasis t r a d i t i o n n e l l e s d e c u l t u r e i n t e n s i v e :
Lorsque les g é n é r a t i o n s antérieures qui disposaient de peu de moyens
techniques ont trouvé d e l ' e a u p r è s d e l a s u r f a c e ils o n t donné naissance à
u n e oasis.

b ) les p a l m e r a i e s p l u s o u m o i n s s a u v a g e s et a b a n d o n n é e s :
Lorsque l'eau s'épuise et disparaît, l'oasis décline et les hommes, ne
p o u v a n t p l u s la c u l t i v e r , l ' a b a n d o n n e n t .
c ) les n o u v e l l e s oasis c r é é e s d e p u i s 1960, grâce à l'eau du continental
intercalaire.

Les m o y e n s t e c h n i q u e s ont permis d ' a m e n e r à la s u r f a c e d e l ' e a u p l u s


profonde. Le pompage est l'une de ces techniques mais c'est u n moyen
c o û t e u x , r e n d a n t d o n c très aléatoire l ' o p é r a t i o n é c o n o m i q u e d e création d ' u n e
n o u v e l l e oasis.

L ' a u t r e t e c h n i q u e consiste d a n s le f o r a g e d e p u i t s artésiens : l ' e a u jaillit


et p e r m e t d'irriguer d e larges périmètres.
D ' u n façon générale, on rencontre trois étages de végétation dans
u n e oasis :

(1) Des pluies diluviennes se sont abattues sur Ouargla et Touggourt, en automne 1963.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

— les légumes et légumineuses qui profitent de l'eau d'irrigation et de


l'ombre des arbres et arbustes;
— les arbres fruitiers et arbustes à fleurs odoriférantes, notamment les
orangers, à l'ombre des palmiers ;
— les palmiers-dattiers, dont on exploite les fruits, les palmes, le bois
et le lagmi, sécrétion que font fermenter les Sahariens.

B) LA DEMOGRAPHIE DU SAHARA.

L'Lhote et l'abbé Breuil ont prouvé, à l'aide de leurs découvertes préhis-


toriques, que le Sahara était habité pendant la préhistoire. Sa densité de
population devait même êti°, relativement forte.
Nous avons pu nous-même nous rendre compte de l'importance des
traces préhistoriques lors de l'inauguration de la route du Gassi Touil, le
20 novembre 1960. Une exposition d'objets préhistoriques très divers qui
avaient été découverts lors de la construction de la route O.C.R.S. du Gassi
Touil, avait été présentée au Délégué général de l'O.C.R.S. et à sa suite,
dont nous étions.
Il est connu que le chameau fut introduit en Afrique environ 500 ans
avant J.-C. et qu'à la chute de l'Empire romain, il existait dans toutes les
régions du Sahara. On peut donc supposer que dès le ve siècle après J.-C., le
Sahara fut à nouveau parcouru dans tous les sens par l'homme.
Les Noirs, qui avaient occupé le sud du Sahara, en furent chassés aux
ve, vie et vue siècles par les Berbères.
Vers l'an 700 de notre ère, les Arabes se seraient fixés au Sahara.
A partir du xvi' siècle, les Berbères qui s'étaient établis dans le Nord du
Sahara (1 ), furent de plus en plus arabisés.
A la date du 15 octobre 1960, l'O.C.R.S. estimait à 583.000 le nombre
d'autochtones habitant les deux départements sahariens.
L'évolution démographique des différentes oasis et des différents ensembles
de populations sahariennes a été très fluctuante.
Ainsi, Marc-Robert Thomas relève dans son livre Sahara et Communauté
qu'au xix' siècle, Tindouf aurait eu 60.000 habitants et que lorsqu'il entra
dans cette oasis comme officier, en 1934, il serait resté dix habitants seulement.
Signalons qu'en 1960, le taux moyen de natalité des Sahariens
était de 35 pour mille.
Sur les 600.000 Sahariens, 200.000 environ sont nomades.
Les grands groupes ethniques sont essentiellement les suivants :
— les Arabes, au nord d'une ligne horizontale passant par In Salah ;
— les Mozabites ;
— les Maures-Reguibats, dans l'Ouest saharien ;

(1) Le M'Zab où s'établirent des m u s u l m a n s schismatiques.


Retrouver ce titre sur Numilog.com

— les Touaregs, dans le Centre;


— les Haratin, Noirs, répartis dans les oasis.
0 Les Arabes :
Ils sont essentiellement nomades (Chââmba).
Les nomades retournent régulièrement à l'oasis pour contrôler le travail
effectué par le Khammès ou métayer et, surtout, pour vendre leurs récoltes.
Le Khammès est presque exclusivement un hartani ou ancien esclave noir.
Dans le Sahara du nord, c'est-à-dire entre l'Atlas saharien et une ligne
Rhadamès-Reggan, la frontière tunisienne et la rivière Saoura, vivent 300.000
nomades qui pratiquent l'élevage. Au nord, ils sont moutonniers, au sud ils
pratiquent la transhumance (chèvres, moutons). Plus au sud, ils sont
chameliers.
Les Chââmba, au nombre de 25.000, mènent leurs troupeaux des
confins algéro-marocains au Gassi-Touil. Nous en avons rencontrés même dans
la région d'Hassi-Bel Guebbour. Quelques-uns d'entre eux se sont séden-
tarisés, surtout dans les oasis de la région d'El Goléa.
Notons qu'ils se sont caractérisés par leur irrédentisme farouche au siècle
dernier et au début de ce siècle, et qu'ils ont constitué par la suite le plus grand
contingent des Compagnies Sahariennes.
fb Les Mozabites :
Les Mozabites sont des sédentaires d'origine berbère et qui ont été plus
ou moins arabisés par la suite. Leur langue, le Zénatia, est franchement
berbère. Ils appartiennent à la secte ibadite et vivent au M'Zab où ils ont
développé une civilisation particulièrement prospère, fondée sur une hydrau-
lique à bon rendement et sur le commerce. Leurs sept villes saintes ont pour
capitale Ghardaïa.
0 Les Maures-Reguibats-Lgouacem :
Ils sont d'origine arabe et berbère, pratiquent l'Islam et parlent l'arabe.
Ils sont pasteurs et guerriers, vivent à cheval sur la frontière marocaine,
mauritanienne et algérienne.
10 Les Touaregs :
Ceux-ci vivent au Hoggar (6.500) mais, essentiellement, au Niger
(300.000), au Mali (164.000), au Tchad (4.000) et au Fezzan (80'0). Ils
sont d'origine berbère, parlent le tamachek et pratiquent l'Islam. Leur
organisation sociale est du type aristocratique et féodal. Ils se sont longtemps
opposés aux Chââmba. Les Touaregs sont essentiellement nomades.
0 Les Haratin :
D'orioine
O noire,' ils vivent dans les oasis et sont les Khammès des nomades.
Signalons que le Souf, l'Oued Rhir et le M'Zab sont les seules régions
sahariennes où des Blancs travaillent dans les oasis.
Nous terminerons ce bref aperçu démographique en notant le phénomène
de sédentarisation progressive des nomades. Il faut l'imputer à la paix française
instaurée depuis le début du siècle, et au développement économique du
Sahara depuis 1956.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Autour des oasis vit très souvent un sous-prolétariat n'ayant plus d'attaches
tribales et qui est l'une des conséquences de cette sédentarisation dont les
effets sont loin d'être bénéfiques.
Nous avons nous-même pu constater ce genre de vie lamentable des
Sahariens sédentarisés vivant autour des oasis et en marge de la vie de celles-ci.
Ces « bidonvilles sahariens » nous ont particulièrement frappé autour de
Laghouat, de Ghardaïa-Melika et de Ouargla.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

LA POPULATION SAHARIENNE
DES DIFFERENTS ARRONDISSEMENT
DES DEUX DEPARTEMENTS SAHARIENS

(1) Journal Officiel du 13 octobre 1960.


(2) Les Militaires ne figurent pas dans ces statistiques.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

CHAPITRE II

L'organisation politique, administrative


et militaire du S a h a r a

A) L'ORGANISATION POLITIQUE DU SAHARA.

De 1902 au 7 août 1957, l'ex-Sahara Français était organisé en quatre


« Territoires du Sud-Algérien », qui étaient administrés par le Gouverneur
Général de l'Algérie au nom de la France.
Les autres territoires sahariens étaient administrés, avant 1957, par le
Gouverneur Général de l'A.O.F. et par le Gouverneur Général de l'A.E.F.
Dès 1950, on se rendit compte qu'il fallait sauvegarder le caractère
unitaire du Sahara de l'Union Française, pour des raisons aussi bien politiques
qu'économiques.
Plusieurs députés et spécialistes du Sahara estimaient que le statut
politique et administratif du Sahara — celui des « Territoires du
Sud-Algérien » — n'était plus valable pour une exploration et une mise en
valeur systématique du désert. Ils voulaient, d'une part, réafirmer la présence
française et d'autre part créer une institution ou un organe doté d'un budget
spécial et de moyens spécifiques.
Plusieurs théories furent élaborées à cette fin :
a) « Le Sahara - Territoire National ».
L'idée fut émise par le spécialiste saharien Emile Belime, en 1951. Les
Territoires Sahariens relevant de l'Algérie,
O ' de l'A.O.F. et de l'A.E.F.,7 devaient
constituer un seul territoire administratif dont l'appartenance à la France
devrait être soulignée. Ce Sahara - Territoire National aurait dû être administré
directement par la France.
b) « L'Afrique Saharienne Française » (Département).
Retrouver ce titre sur Numilog.com

En 1952 et en 1956, Pierre July défendit cette idée (1) devant


l'Assemblée Nationale, alors que Pierre Cornet la soutint devant l'Assemblée
de l'Union Française.
Le 9 mars 1956 les députés July, Edgar Faure et Paul Reynaud déposèrent
une autre proposition de loi visant à réorganiser tout le Sahara de l'Union
Française et à le diviser en trois « départements français », à statut particulier.
c) « Le Sahara - Organisation Economique ».
Ce projet fut présenté en 1953 par Alduy devant l'Assemblée de l'Union
Française. Le Ministre d'Etat Houphouet-Boigny, du gouvernement Guy
Mollet, élabora ce projet qui fut finalement un compromis entre les projets
et propositions antérieures. Le 29 décembre 1956, l'Assemblée Nationale
l'admit.
Le 10 janvier 1957, la loi créant l'Organisation Commune des Régions
Sahariennes — O.C.R.S. — fut promulguée. Bien que le législateur n'ait
voulu doter cette nouvelle organisation d'un type inédit que de prérogatives
d'ordre économique et social, l'O.C.R.S. apparut très rapidement comme une
institution à caractère politique.
Lorsque le 13 juin 1957, un Ministère du Sahara fut créé, le Ministre
du Sahara (2) devint également délégué général de l'O.C.R.S. La confusion
des prérogatives politiques et économiques devait handicaper le démarrage de
l'O.C.R.S. et limiter son action jusqu'en 1959. Les lois du 10 janvier 1957
et du 13 juin 1957 institutionnalisèrent donc le Sahara.
En Août 1957, les quatre « Territoires du Sud-Algérien » furent
transformés en deux « Départements Sahariens », dont l'organisation devait
être calquée sur celle des départements métropolitains.
Grâce aux efforts du successeur de M. Max Lejeune, M. Jacques
Soustelle, l'O.C.R.S. fut dépolitisée par l'ordonnance du 4 février 1959 et
par l'arrêté du Il mars 1959. Le Ministre estimait, en effet, que l'Organisa-
tion Commune des Régions Sahariennes ne serait une organisation vraiment
commune que dans la mesure où elle ne serait qu'un organisme de dévelop-
pement économique et social.
La vocation communautaire de l'O.C.R.S. et du Sahara, dans le cadre
de la Communauté Française encore constitutionnelle à l'époque, serait
possible dans la mesure où les compétences du Ministère du Sahara et de '
l'O.C.R.S. seraient nettement séparées.
Les nouveaux Etats africains promus à l'indépendance le 28 septembre
1958 et qui possédaient des territoires sahariens n'auraient, en effet, pas voulu
participer à l'Organisation Commune du Sahara, si le Délégué Général de
l'O.C.R.S. avait continué à exercer des prérogatives d'ordre politique sur une
partie du Sahara.

(1) L e 27 m a r s 1955 les d é p u t é s P i e r r e J u l y e t C o r n e t d é p o s è r e n t u n e p r o p o s i t i o n d e loi


t e n d a n t à faire d é p e n d r e le S a h a r a d ' u n e I n s t i t u t i o n et d ' u n e A d m i n i s t r a t i o n u n i q u e s .
(2) L e p r e m i e r M i n i s t r e d u S a h a r a f u t M. M a x L e j e u n e .
Retrouver ce titre sur Numilog.com

A vrai dire l'O.C.R.S. ne réussit jamais à jouer un rôle communautaire


en Afrique, bien que la République du Niger et la République du Tchad
aient signé des accords de coopération avec l'O.C.R.S. en 1959.
Le décret du 10 juin 1960 devait préciser les compétences, strictement
* économiques et sociales, du Délégué Général de l'O.C.R.S.
Le caractère politique initial de l'O.C.R.S. et l'évolution de la guerre
d'Algérie devaient finalement limiter l'action de l'O.C.R.S. au deux seuls
ex-Départements Sahariens de la Saoura et des Oasis ( 1 ).
D'août 1957 au 1er juillet 1962, un préfet administrait à Colomb-Béchar
le département de la Saoura, un autre préfet représentait le Gouvernement
Français, d'abord à Laghouat, puis à Ouargla dans le département des Oasis.
Le 30 novembre 1958 eut lieu dans les deux départements l'élection les
députés (2), alors que le 24 mai 1959 furent élus les sénateurs (2) de ces
deux départements. Par le décret du 27 mars 1959, les populations sahariennes
déléguèrent également des représentants au Conseil Economique et Social.
Les élections citées ci-dessus, avaient donc confirmé l'identité des deux
départements sahariens avec les départements métropolitains.

(1) Les accords de coopération signés en 1959 p a r l'O.C.R.S. et p a r la République du


Niger d ' u n e p a r t , la République du Tchad d ' a u t r e p a r t , sont restés plus ou moins lettre
morte. Quelques réalisations limitées ont eu lieu au Tchad et au Niger. (Etudes et amélio-
rations de l'élevage, construction d ' u n t u n n e l frigorifique, p a r exemple.)
(2) Département des Oasis : 3 députés, 1 sénateur.
Département de la S a o u r a : 1 député et 1 sénateur.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

B) L'ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU S
Retrouver ce titre sur Numilog.com

- LES HABITANTS DU SAHARA : 583.'000 habitants (1).

Les 81.000 Sahariens restant sont des semi-nomades, agglomérés la


plupart du temps autour des oasis.
Les tribus principales, constituant la population nomade sont les
suivantes :
Ouled Sidi Cheikh 7.000 hommes
Rgueihat 25.000 —
Touaregs 10.000 —
Rebaca (Souf) . . . . . . . . . . . . 30.000 —
Chââmba . . . . . . . . . . . . . 18.000 —
Les autres nomades se trouvent essentiellement dans les régions de
Touggourt, d'El Oued et de Ouargla.
Les sédentaires sont répartis comme suit :
1° ) Département des Oasis :
Souf 60.000 habitants
Oued Rhir * * * 55.000 —
Ouargla 25.000 —
Laghouat 20.000 —
M'Zab * * * 43.'000 —
El Golea . . . . . . . . . . . . . — —
2° ) Département de la Saoura :
Colomb-Béchar - Kenadsa . . . . . . . . 40.000 habitants
Gouara (Timimoun) 33.000 —
Touat . . . . . . . . . . . . . . . 35.000 —
Les principales agglomérations du Sahara sont celles ci-après :
Colomb-Béchar 23.000 habitants
Laghouat 17.000 —
Ghardaïa 17.000 —
Djemaa . . . . . . . . . . . . . . 14.000 —

(1) Premier recensement du S a h a r a effectué p a r l'O.C.R.S. e n 1959-1960.


Retrouver ce titre sur Numilog.com

Touggourt 18.000 —
El O u e d 19.000 —

Ouargla . . . . . . . . . . . . . . 13.000 —
Jusqu'en 1 9 5 8 , les c o m m u n e s m i x t e s e t les c o m m u n e s indigènes étaient
a d m i n i s t r é e s p a r des Officiers S a h a r i e n s o u des E u r o p é e n s . L e s C a ï d s et
n o t a b l e s divers, auxiliaires des officiers des Affaires S a h a r i e n n e s ( 1 ) , a v a i e n t
le d r o i t d e l e v e r u n certain nombre d ' i m p ô t s s u r l ' e a u , les p a l m e r a i e s et u n
impôt foncier.
Les décrets d u 20 septembre 1958 ont démocratisé ce système. La loi
française d u 5 avril 1 8 8 4 , qui prévoit l'organisation c o m m u n a l e en France,
fut étendue au Sahara.

A partir de 1958, trois sortes d e c o m m u n e s f u r e n t créées :


a) 6 communes ayant un conseil m u n i c i p a l élu et u n maire élu ;
b) 62 communes ayant u n conseil m u n i c i p a l élu et u n m a i r e ; celui-ci
était assisté p r o v i s o i r e m e n t d'un conseil d'administration ;
c) 25 communes administrées par u n conseil municipal élu; le préfet
du département nommait un fonctionnaire qui exerçait provisoirement la
p r é s i d e n c e d e ce conseil m u n i c i p a l .
Les c o m m u n e s s a h a r i e n n e s é t a i e n t , e n t r e 1 9 5 8 et 1 9 6 2 , soit des c o m m u n e s
normales ou des « c o m m u n e s - n o m a d e s » ayant u n conseil m u n i c i p a l et u n
c e n t r e a d m i n i s t r a t i f fixé ( s o u v e n t l ' e n d r o i t d u m a r c h é h e b d o m a d a i r e ) . C e s
c o m m u n e s a v a i e n t d ' i m m e n s e s territoires de' p a r c o u r s et des p â t u r a g e s éloignés
les u n s des a u t r e s .

Le 2 6 d é c e m b r e 1 9 5 8 f u r e n t é g a l e m e n t créés des syndicats de c o m m u n e s


sahariennes pour l'accomplissement de travaux inter-communaux.
S o u l i g n o n s ici le r ô l e i m p o r t a n t q u ' o n t j o u é les officiers C . A . S . ( 2 ) d a n s
l ' a d m i n i s t r a t i o n d u S a h a r a . D a n s 6 3 c o m m u n e s , ceux-ci o n t j o u é le rôle d e
conseillers administratifs, assistant le maire élu. Dans 23 autres communes
restées en retard sur le plan administratif, les officiers C.A.S. exerçaient
p r o v i s o i r e m e n t les f o n c t i o n s d e p r é s i d e n t d u c o n s e i l m u n i c i p a l .
A u - d e l à d e l e u r rôle a d m i n i s t r a t i f , les officiers C . A . S . ont été les
représentants permanents d e la France auprès d e ces p o p u l a t i o n s lointaines.
Ils a i d è r e n t les p o p u l a t i o n s de l e u r cercle s u r le p l a n économique, médical,
scolaire.

C) L'ORGANISATION MILITAIRE DU SAHARA.

Le décret 59-1044 d u 3 septembre 1959 créa u n c o m m a n d e m e n t u n i q u e


e t i n t e r a r m é e s p o u r le S a h a r a .
L'efficacité opérationnelle d'une telle réorganisation dans un territoire de
2.000.000 de k m 2 , jouxtant l'Algérie en rébellion, était évidente.

(1) Les officiers des Affaires Sahariennes étaient les délégués du pouvoir politique, au
Sahara.(2) C.A.S. : Centre d'Administration Saharienne. (A comparer avec les ex-officiers S.A.S.
en Algérie).
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Les troupes françaises du Sahara placées sous ce commandement unique


devaient continuer à veiller à la Pax Gallica qui régnait au Sahara depuis
1902. La rébellion algérienne n'avait, en effet, pas réussi à contaminer les
oasis et les nomades. D'autre part, les troupes de l'Istiqlal étaient elles-mêmes
prêtes à conquérir le Nord-Ouest du Sahara. Les frontières algérienne,
marocaine, tunisienne, libyenne et, à partir de 1961, malienne, du Sahara,
étaient constamment menacées
Les « Compagnies Sahariennes » créées en 1902 furent réorganisées en
« Compagnies Sahariennes Portées » extrêmement rapides et efficaces
jusqu'en 1962.
A l'époque, on était de plus en plus conscient, dans certains milieux
militaires, de l'importance stratégique du Sahara lors d'une éventuelle guerre
mondiale. Cet immense espace qui prolonge la ceinture de déserts constituée
par les déserts russes, iraniens, ceux d'Arabie, d'Egypte et de Libye, aurait
pu être le théâtre d'opérations stratégiques importantes.
L'affirmation du général allemand von Ravenstein, en 1942 : « Le
désert est le paradis de la tactique et l'enfer de la logistique », ne devait pas
être oubliée par les stratèges.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Retrouver ce titre sur Numilog.com

CHAPITRE III

L'Economie du S a h a r a

A) L'HISTOIRE ECONOMIQUE DU SAHARA

JUSQU'A LA FIN DE 1956.

Il nous semble important d'étudier l'économie traditionnelle des


Sahariens, puis l'influence de l'occupation du Sahara par la France sur cette
économie et, enfin, le développement du Sahara entre 1945 et 1956, pour
pouvoir donner une idée de l'importance des changements qui ont eu lieu à
partir de 1956.
L'analyse de l'économie traditionnelle des Sahariens nous paraît indis-
pensable car, loin d'avoir disparu, cette économie millénaire subsiste à côté
de la nouvelle économie du Sahara pétrolier.
Cette dernière, d'ailleurs, comme nous le préciserons par la suite, n'a eu
que des conséquences très limitées pour l'économie traditionnelle. En somme,
les deux systèmes se sont juxtaposés mais ne se sont guère pénétrés.
Nous examinerons :
a ) l'économie traditionnelle du Sahara jusqu'à la pacification française ;
b ) son économie entre 19'00 et 194 5 ;
c) la décennie 1945-1956 :
— période d'un développement plus systématique du désert,
— période des études d'organisation du Sahara.
d) le développement du Sahara de 1956, année de la découverte des
premiers gisements pétroliers et gaziers, à 1962, année du changement de
souveraineté sur le Sahara.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

a ) L'ÉCONOMIE TRADITIONNELLE DU SAHARA

JUSQU'A LA PACIFICATION FRANÇAISE.

On peut parcourir des centaines de kilomètres dans les regs et les ergs
sans rencontrer une oasis. Mais dès qu'il y a un petit peu d'eau, une oasis
a été créée. Il est certes très difficile aujourd'hui de se faire une idée du
Sahara au siècle dernier, car de nombreuses oasis ont disparu sous les sables ;
un certain nombre de Sahariens ont quitté leur oasis pour s'établir en Algérie ;
d'autres ont été victimes des djichs et des rezzous; d'autres, enfin, ont été
victimes d'épidémies et de la famine. Malgré les migrations traditionnelles
des caravanes vers l'Algérie, le Maroc, le Mali (Tombouctou), le Sahara était
une véritable île coupée du monde extérieur. N'oublions pas qu'une caravane
prend quatre mois pour traverser le désert du nord au sud.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Les Sahariens étaient donc forcés de vivre en économie fermée et de se


suffire pratiquement à eux-mêmes. Grâce à une adaptation constante au
désert, grâce aussi à l'expérience durement acquise au cours des siècles, les
Sahariens purent non seulement subsister, mais organiser leur vie d'une façon
originale. Une civilisation saharienne s'est ainsi constituée.
Nous nous efforcerons de montrer sur quels facteurs reposait l'économie
autarcique des Sahariens.
Les nomades, Arabes et Berbères, importèrent des esclaves noirs dans
leurs oasis pour les y faire travailler. N'oublions pas ce que dit le Coran :
« Là où entre la charrue, entre la honte ». Ces esclaves noirs se sont multipliés
et ont fini par former une sorte de groupement ethnique : les haratin. Ceux-ci
devaient et doivent encore s'occuper de la culture du palmier-dattier, de la
récolte des dattes, de l'entretien des foggaras et des seguias envahies constam-
ment par les sables. Ce sont également eux qui cultivent les légumes et les
céréales sous les palmiers-dattiers.
Les nomades pratiquaient également la traite des Noirs, achetaient du
sel et de l'or au Mali pour les revendre au Maroc, en Algérie et en Tunisie.
Marc-Robert Thomas, dans son ouvrage Sahara et Communauté, estime que
les nomades sahariens auraient fait transiter environ 2 millions d'esclaves à
travers le Sahara lors des siècles derniers. Comme l'écrit très justement Pierre
Cornet, dans son livre Sahara, terre de demain, les rezzous étaient érigées en
institution et les djichs en industrie, avant la pacification du Sahara par la
France.
Ces rezzous et ces djichs provoquaient des luttes et des batailles conti-
nuelles entre les diverses tribus sahariennes, qui se sont ainsi en partie
exterminées.
Les grands nomades vivaient principalement de l'élevage du chameau,
les semi-nomades de l'élevage de la chèvre et parfois du mouton. Les habitants
des oasis tenaient leur viande des nomades.
Certains de ceux-ci cultivaient et cultivent encore des céréales, dans les
lits des oueds ou au creux humide de quelque dune. Ainsi, une partie de la
tribu s'occupait de ces cultures pauvres pendant qu'une autre partie faisait
du commerce caravannier ou s'adonnait aux djichs et aux rezzous. Dans le
M'Zab, les Mozabites entretiennent depuis longtemps une économie prospère.
Grâce à leur intelligence et à leur travail méthodique, ils ont construit, il v a
bien longtemps, 3.000 puits qui irriguent leurs oasis. Une partie des Mozabites
se rend chaque année en Algérie pour s'enrichir par le commerce de l'épicerie,
en particulier. Fortune faite, ils reviennent au M'Zab. C'est ainsi que le
M'Zab s'est enrichi petit à petit. L'économie du M'Zab est en quelque sort(
un cas particulier au Sahara. Mais soulignons que, loin de présenter une
unité sur le plan économique, sociologique, humain, le Sahara vu de l'intérieur
est caractérisé par sa diversité. Seuls, le climat et la désolation de ce vastp
ensemble de pierres et de sable, présentent un caractère unitaire.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

L'économie du Sahara était et reste encore constituée par un certain


nombre d'économies fermées les unes par rapport aux autres et souvent
autarciques.
L'économie du M'Zab forme, par exemple, un tout. Les Mozabites l'ont
fondée sur la culture des palmiers-dattiers et sur les échanges avec la côte
algérienne.
Le Hoggar a organisé son économie autour de l'élevage du chameau et
des chèvres, et autour de quelques rares cultures.
L'économie du Souf, elle, repose presque exclusivement sur la culture et
l'exportation des dattes vers l'Algérie. Pendant tout notre périple saharien,
nous n'avons remarqué nulle part ailleurs les méthodes culturales du Souf.
Ici, les petites palmeraies se trouvent dans de nombreuses cuvettes. A El Oued,
les Sahariens n'ont pas besoin d'organiser toute leur économie autour des
foggaras comme à Beni-Abbès par exemple, car l'eau se trouve au fond des
cuvettes. A El Oued, l'économie de la datte est en partie orientée vers
l'exportation en Algérie et en Tunisie. A Beni-Abbès, par contre, la culture
de la datte sert exclusivement à l'auto-consommation.
Alors que nous notons des différences souvent importantes dans l'organi-
sation de l'économie des différentes régions sahariennes, les occupations des
habitants de presque toutes les oasis et celles des nomades de tout le Sahara,
ainsi que la nature des relations entre nomades et habitants des oasis de toutes
les régions sahariennes, sont une constante.

b,1 L'ÉCONOMIE DU SAHARA ENTRE 1900 ET 1945.

Vers 1900, une grande partie du Sahara était pacifiée par la France (1 ).
Deux batailles eurent, à notre avis, des conséquences importantes pour
l'éconcmie saharienne traditionnelle.
D'une part, la bataille de Koussouri qui fut livrée le 12 avril 1900 par
les troupes françaises venue d'A.O.F., d'A.E.F. et d'Afrique du Nord, sous
le commandement du Commandant Lamy, au Sultan Rabah, dernier grand
marchand d'esclaves du Sahara. C'est ainsi que s'arrêta le commerce des
esclaves dans le plus grand désert du monde.
D'autre part, la bataille livrée le 7 mai 1902 par Cotenest et ses
Chââmba, à 300 Touaregs, à Gara du Tit. Depuis cette bataille, la paix
existe entre les différentes tribus sahariennes. En raison de l'implantation
progressive des militaires français, les rezzous et les djichs, qui constituaient
un des moteurs de cette économie particulière disparurent. Les nomades
ne purent plus amener d'esclaves noirs dans leur oasis pour les y faire

(1) Le S a h a r a ne f u t complètement pacifié que le 7 avril 1934, lors de la jonction à


Bir-Moghrem (500 k m au sud de Tindouf) des colonnes venues du Sud-Algérien, du Sud-
Marocain e t de l'A.O.F.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

travailler. Les foggaras, les seguias et les palmeraies s'ensablèrent petit à petit.
Ils ne purent plus se procurer une partie de leurs ressources par le commerce
des esclaves.
L'équilibre auquel cette économie saharienne était ainsi parvenue fut en
quelque sorte ébranlé par la pacification française. U n certain nombre
d'oasis disparurent sous les sables, d'autres furent abandonnées par leurs
habitants qui émigrèrent en Algérie.
L'administration militaire qui fut implantée au Sahara avait également
reçu comme mission d'aider les populations sahariennes. Mais ses moyens
étaient bien entendu fort limités. Son action devait rester une action locale
mais n'en fut pas pour autant négligeable.
Les Sahariens connurent donc des difficultés économiques accrues, entre
1900 et 1950. Une partie des nomades fut ainsi forcée de venir s'agglutiner
aux oasis et forma un sous-prolétariat vivant à la périphérie de celles-ci. Ces
nomades, devenus semi-nomades ou sédentaires, tirent leur principale source
de revenus de l'élevage de la chèvre et du mouton, lorsque cet élevage est
possible.
C'est ainsi que l'oasis de Beni-Abbès, qui abritait 200 habitants en
1900, en comprenait 1.200 en 1950.
Ce n'est qu'à partir de 1958-1960 qu'un nouvel équilibre de l'économie
saharienne devint possible. Les ressources du pétrole saharien et le dévelop-
pement de l'hydraulique devaient permettre à cette économie de commencer
à sortir de sa léthargie.
Dès les années 1930-1935, Eiric Labonne, futur Résident Général de
France au Maroc, avançait que l'Afrique du Nord et le Sahara pouvaient
receler de nombreuses richesses minérales. Il fit prescrire des études et des
recherches pour préciser et localiser les principales richesses minérales. Pour
pouvoir mettre ses plans de recherches à exécution, il dut provoquer un
changement radical de la conception des fonctionnaires et des milieux poli-
tiques vis-à-vis de l'Afrique du Nord.
Eiric Labonne passait à cette époque pour un visionnaire. Il voulait
fabriquer sur place de l'acier et de la fonte grâce au minerai de fer, au
pétrole et au gaz à trouver, et en utilisant la main-d'œuvre nord-africaine bon
marché. Il fonda, en 1928, le B.R.P.M. — Bureau de Recherches et de
Participations Minières — première société susceptible d'explorer le sous-sol
nord-africain et saharien. Cinq ans plus tard, le premier gisement de pétrole
d'Afrique du Nord fut trouvé par le B.R.P.M. à Petitjean (1 ). C'était là le
gage des découvertes futures que lui promettait le Sahara. Eiric Labonne mit
alors toute son énergie à l'œuvre pour intéresser les milieux gouvernementaux
à l'idée d'une exploration systématique de l'Afrique du Nord et du Sahara.
Alors que Kilian avait été parmi les premiers à explorer systématiquement
le Sahara, Meyendorff et Menchikoff commencèrent également à étudier le

(1) Maroc.
désert. Mais les hauts fonctionnaires gagnés à l'idée d'Eiric Labonne, ces
g é o g r a p h e s et g é o l o g u e s , n e p a r v i n r e n t à i n t é r e s s e r s é r i e u s e m e n t le g o u v e r n e -
m e n t français a u S a h a r a q u ' a p r è s la d e u x i è m e g u e r r e m o n d i a l e .
Entre 1 9 0 0 et 1 9 4 5 , les officiers des A f f a i r e s S a h a r i e n n e s e t les C o m p a -
gnies Sahariennes avaient joué u n rôle p r i m o r d i a l a u désert. C o m m e le l e u r
avait prescrit le g é n é r a l Laperrine, en 1902, ces officiers des Affaires Saha-
r i e n n e s d e v a i e n t r e p r é s e n t e r la F r a n c e a u p r è s d e s p o p u l a t i o n s s a h a r i e n n e s . Ils
gagnèrent p e t i t à p e t i t ces p o p u l a t i o n s à la France. Grâce à eux, les p l a n s
d'Eiric Labonne, de Kilian (1), de M e y e n d o r f f p u r e n t être mis à exécution
a p r è s le s e c o n d c o n f l i t m o n d i a l .

c) LA DÉCENNIE 1945-1956 :

— période d'un développement plus systématique du désert;


— période des études d'organisation du Sahara.
Trois facteurs devaient rendre l'exploration du Sahara possible.
1° ) La loi du 30 avril 1946 prescrivant une exploration systématique de
toutes les régions de l'Union Française, en vue d'une utilisation de toutes les
ressources de la Zone Franc.
2°) L'ordonnance du 30 octobre 1945 qui donnait naissance au
B.R.P. (Bureau de Recherches des Pétroles). Celui-ci devait, en effet, être
l'organe directeur de toutes les recherches pétrolières en France, en Afrique
du Nord, au Sahara et en Afrique Noire.
3°) Le développement de la technique pendant la deuxième guerre
mondiale. Avant ce conflit, une exploration systématique du Sahara eût été
impensable car on ne disposait ni du matériel de transport, d'exploration, de
communication, ni des machines permettant de construire des pistes pour
l'acheminement du matériel de recherche et de forage. o Les nouvelles méthodes
de recherches pétrolières avaient, d'autre part, été mises au point pendant et
après la guerre 1939-1945.
C'est dans le domaine de l'hydraulique que s'affirma d'abord la volonté
de développer les ressources du Sahara.
En 1946, la Commission supérieure de Réforme du Gouvernement
Général de l'Algérie s'était fixé pour objectif de créer une série de villages
modèles entre la côte algérienne et El-Goléa. C'est ainsi que fut créée l'oasis
de Zelfana, entre Laghouat et Ghardaïa.
Dans le cadre de la loi du 30 avril 1946, quelques Secteurs d'Amélioration
Rurale et des Stations d'essais furent également créés au Sahara. Ain Ben
Noiri et El Arfian en sont des exemples. Le Gouvernement Général de
l'Algérie consacra, à cette époque, tous ses efforts à l'amélioration de l'hydrau-

(1) N o t o n s q u e K i l i a n s ' é t a i t s u r t o u t i n t é r e s s é à l a d é c o u v e r t e p é t r o l i è r e a u F e z z a n .
S e s p l a n s , q u i p r é v o y a i e n t le r a t t a c h e m e n t d u F e z z a n a u S a h a r a a l g é r i e n , a v e c u n c o u l o i r
s u r la Syrte, n ' o n t p u ê t r e m i s à e x é c u t i o n e n r a i s o n de la c r é a t i o n d u r o y a u m e indé-
p e n d a n t d e Lybie, sous la p r e s s i o n a n g l o - a m é r i c a i n e .

Vous aimerez peut-être aussi