Chapitre III - Genèse de la IIIe République
lundi 25 mars 2024 08:25
1870 - 1879 : Genèse de la IIIe République et de la "Constitution Grévy"
INTRODUCTION
C'est une nouvelle phase républicaine. Sa durabilité n'est pas assurée d'emblée. Au début de la
période, les conditions sont plus favorables à une restauration monarchique. En février 1871, lors de
la première élection après la chute du Second Empire, les monarchistes l'emportent assez
largement.
Entre mars et mai 1871, il y a une tentative d'insurrection de la commune de Paris face à l'assemblée
monarchiste (qui ose aller s'installer à Versailles), qui souhaite une République sociale, égalitaire. La
commune est écrasée, c'est la fin du rêve de la République sociale.
Il y a plusieurs idées de la République, sociale ou modérée/libérale.
En 1875, des lois constitutionnelles sont adoptées. Celles-ci fondent la République constitutionnelle.
Ce stade marque le passage d'une République provisoire à une République ancrée.
En 1879, le Président Mac-Mahon démissionne. C'était un Président monarchiste, le dernier vestige
des monarchistes au pouvoir. On dit alors que la République est désormais aux Républicains. On met
en place un régime parlementaire, par la Constitution Grévy. Elle porte le nom du premier Président
républicain, Jules Grévy.
Comment s'est opérée la conquête de la République par les Républicains, à partir d'une base
minoritaire ? Quelle conception de l'exécutif cela a-t-il entraîné ?
I. Le temps des exécutifs transitoires
A. Conceptions républicaines de l'exécutif
1. Avant 1870 : République conçue dans la marginalisation de l'exécutif
Les Républicains du XIXe siècle se méfient d'un exécutif trop fort. L'exécutif est associé à la notion de
pouvoir arbitraire et personnel, ce qui est cohérent avec le régime de Napoléon III, entre autres.
Pour eux, un exécutif fort est synonyme de répression des libertés.
Léon Gambetta en 1870, député républicain, prononce au corps législatif un discours définissant la
République pour les Républicains :
- "La République doit fonctionner comme une politique tirée du suffrage universel." L'institution
qui détient la légitimité issue du suffrage universel est le Parlement. Il est la seule expression
légitime du peuple, c'est une adhésion à la démocratie représentative. Le Parlement incarne la
souveraineté nationale. Il doit donc être prépondérant dans les institutions, il faut limiter le
moins possible son pouvoir.
- Il admet la "nécessaire existence de l'exécutif". Ce n'est cependant pas une priorité.
- Le suffrage universel est vu comme un instrument principal de transformation sociale,
d'émancipation. Un vote éclairé du peuple ne peut mener qu'à un progrès.
- L'enseignement constitue un enjeu majeur. Il faut donner aux jeunes français une éducation
morale et civique. Ils doivent devenir capables de s'émanciper des traditions, notamment de
l'Eglise catholique.
Les Républicains affichent de grands principes généraux, mais il n'y a pas de réflexions
constitutionnelles précises. En 1875, les conceptions qui s'imposent alors sont celles des
monarchistes.
2. Exceptions, peu influentes
Emile Ollivier, initialement républicain, exprime des idées favorables à un exécutif présidentiel
capable de contrebalancer l'assemblée.
Étienne Vacherot, ayant écrit La démocratie, évoque la nécessité d'un exécutif qui ne soit pas soumis
au législatif. Il veut également un législatif capable de gouverner pleinement, avec à la tête de l'Etat
un Président élu par l'Assemblée qui soit à la fois chef de l'Etat et du gouvernement. Il choisirait lui-
même ses ministres, sans être soumis à l'Assemblée. Il veut éviter la toute-puissance du législatif.
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même ses ministres, sans être soumis à l'Assemblée. Il veut éviter la toute-puissance du législatif.
Ces idées sont peu influentes dans l'immédiat, mais elles réémergeront plus tard, après la première
guerre mondiale.
B. Gouvernement provisoire et Assemblée nationale
1. Gouvernement de Défense nationale
Il porte le titre de "défense nationale" car la guerre se poursuit. L'armistice ne viendra qu'en janvier
1871. Le gouvernement est dirigé par un militaire, le général Trochu. Le gouvernement est surtout
composé de Républicains (Gambetta, Fabre, Simon…). Ce gouvernement poursuit la guerre et se
heurte à des problèmes stratégiques. La ville de Paris est menacée d'encerclement par la Prusse. On
instaure une bicéphalie de l'exécutif, transplantant une partie du gouvernement en province (à
Tours). Malgré sa grande volonté de renverser la situation, la France connaît un échec militaire.
2. Problème de légitimité du gouvernement
Il ne contrôle qu'une partie du pays. La partie nord-est est sous occupation prussienne. Dans
certaines villes, des pouvoirs locaux insurrectionnels échappent au gouvernement. A Paris, le 31
octobre 1870, il y a un soulèvement populaire contre le gouvernement. Le gouvernement arrive à
garder le contrôle grâce à la garde nationale des quartiers bourgeois.
Pour retrouver une légitimité, on organise un plébiscite à Paris pour le maintien du gouvernement
de Défense nationale. Le oui l'emporte largement.
Bismarck souhaite négocier un armistice (= cessation provisoire des combats dans l'attente d'un
traité de paix, signé par un gouvernement). Bismarck n'estime pas ce gouvernement légitime car il
n'a pas été élu. Il attend les élections pour déboucher sur un traité de paix. De plus, Bismarck se
heurte à la résistance de Gambetta, qui s'isole des autres républicains. L'armistice est signé le 28
janvier 1871.
3. Victoire électorale des monarchistes
Les élections ont lieu le 8 février 1871. Les conditions sont particulières, une partie des Français
votent sous les regards prussiens. C'est un scrutin de liste à un tour. Les candidatures multiples sont
permises, on peut se présenter dans plusieurs départements à la fois. Ce contexte favorise les
candidats notables (= hommes politiques bien enracinés), notamment dans les campagnes. Cela
génère la victoire des monarchistes, qui axent leur programme sur la paix. Ils obtiennent 396 sièges
sur environ 650.
Des députés libéraux sont également élus, oscillant entre République et monarchie. Pour Adolphe
Thiers, c'est un quasi plébiscite : il est élu dans 26 départements.
Les Républicains sont battus. Ils apparaissent pour les électeurs comme le camp de la guerre. Or, la
France épuisée veut la paix.
Pour les monarchistes, cette victoire est ambiguë. Ils pensent que les Français veulent rétablir la
monarchie. En réalité, les Français ont voté pour la paix et pour les candidats rassurant qu'ils
connaissaient.
C. Présidence de Thiers
1. Acceptation de fait de la République par les monarchistes
L'objectif final est de rétablir la monarchie. Ils veulent passer le cap du traité de paix sous la
République car celui-ci s'annonce catastrophique.
Adolphe Thiers est élu le 17 février 1871 "chef du pouvoir exécutif de la République française en
attendant qu'il soit statué sur les institutions de la France". Donc il est chef en attendant qu'on
puisse rétablir la monarchie. Ce titre de chef n'empêche pas une dépendance de Thiers à l'égard des
assemblées. Il a le choix des ministres, mais est responsable devant le législatif. Il est révocable à
tout moment.
Thiers conclut le pacte de Bordeaux avec l'Assemblée. Bordeaux est le siège provisoire des
institutions (Paris est assiégé par les Prussiens). C'est un pacte de neutralité avec les monarchistes.
Thiers s'engage à se concentrer sur la paix et la réorganisation du pays. Il s'engage néanmoins à ne
pas intervenir sur le choix du futur régime, il ne s'occupe que des questions primordiales et vitales.
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2. Adolphe Thiers, entre mythe du sauveur et image de bourreau de la Commune
Thiers apparaît comme homme providentiel. Quand il accède au pouvoir suprême, il a 74 ans (il est
né à la fin du XVIIIe siècle!). C'est une personnalité très controversée, notamment constamment
détestée par la gauche.
Dans la mémoire collective de la gauche française, il est le bourreau de la Commune. La Commune
était un pouvoir insurrectionnel mise en place en 1871, pouvoir de gauche. Thiers fait partie des
Versaillais, allant de Bordeaux à Versailles (= les monarchistes) pour se rapprocher de Paris (= les
révolutionnaires) qui est alors dirigé par la Commune.
Il est néanmoins vu également comme libérateur du territoire, car c'est lui qui conclut le traité de
paix de Francfort le 10 mai 1871. Cependant, il a dû admettre (hors une lourde indemnité envers
l'Allemagne) l'annexion de l'Alsace-Moselle.
3. Retour du titre du Président de la République
La loi rétablissant ce titre est nommée loi Rivet. Elle donne également des pouvoirs constituants à
l'Assemblée. Seulement, le titre de Président de la République est remis en place par une assemblée
monarchique. Ce n'est pour autant pas la reconnaissance de leur part de la République, car ce titre
n'est donné qu'à Thiers, c'est une attribution personnelle qui ne signifie pas que le titre restera après
Adolphe Thiers. Le pacte de Bordeaux reste valable.
Le titre est avant tout honorifique. Thiers reste responsable devant l'Assemblée.
La fonction de vice-président du conseil (des ministres) est confiée à un orléaniste modéré, Jules
Dufaure.
En même temps que le loi Rivet, on limite la prise de parole de Thiers pendant les assemblées. Il doit
préalablement informer le Président de l'Assemblée s'il veut prendre la parole.
Le régime reste provisoire, on se rapproche néanmoins d'un régime parlementaire (le chef de
l'exécutif est responsable devant le législatif. Ce régime parlementaire donne un rôle très important
à l'Assemblée, le Président ne peut pas dissoudre l'Assemblée.
4. Evolution vers la chute d'Adolphe Thiers
Thiers se rallie explicitement à la République. Cela creuse un fossé avec les monarchistes, et crée un
éloignement croissant avec l'Assemblée. Il rompt le pacte de Bordeaux par une déclaration faite le
13 novembre 1972. Il prend acte de la République comme régime, il la définit comme gouvernement
légale du pays. Pour lui, c'est le régime qui permet la stabilité de la France. Il dit que le pays est
divisé, mais que la République est le régime qui nous divise le moins. Il pense qu'essayer un autre
régime (insinuation de la monarchie), c'est prendre le risque de nouvelles révolutions.
Cependant, cette République n'est pas n'importe laquelle : "Cette République sera conservatrice ou
ne sera pas." Elle doit être respectueuse de la hiérarchie sociale. Thiers a donc un programme de
républicain libéral, il est hostile aux socialistes sur les plans économique et social et est conservateur
sur le plan social. Il se montre pragmatique, il achève son parcours politique dans la camp
républicain, conservateur et libéral.
Une certaine fureur monte chez les monarchistes. L'Assemblée vote la loi De Broglie (prononcé deu
breuil) ou loi chinoise qui a pour but d'affaiblir Thiers. Pour une intervention devant l'Assemblée, il y
a au préalable toute une nouvelle procédure qui lui complique la tâche. De plus, s'il réussit à prendre
la parole, son discours n'est pas suivi d'un débat. Cette loi est une défaite pour Thiers, on le
transforme en monarque constitutionnel qu'on éloigne des affaires, qui n'a pas de véritable pouvoir.
Le contexte électoral ne va plus ni en son sens, ni en celui des monarchistes. On procède à des
élections partielles (postes vacants, décès ou démission) et les républicains gagnent à chaque fois.
On attribue la faute à Thiers. En mai 1873, l'Assemblée vote un texte demandant une politique
nettement conservatrice, luttant contre les idées républicaines. Le but est de préparer le terrain
pour une nouvelle monarchie. Thiers refusant de l'appliquer, il démissionne. Il pensait sûrement
qu'étant indispensable on allait le rappeler, ce qui n'est pas le cas. Les monarchistes obtiennent
l'intégralité du pouvoir.
D. Début de la présidence Mac-Mahon et mise en place de l'Ordre Moral
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D. Début de la présidence Mac-Mahon et mise en place de l'Ordre Moral
1. Enjeu d'une possible restauration
C'est l'enjeu majeur des monarchistes. Ils ont réussi à se mettre d'accord sur le prétendant au trône,
choix qui résulte d'un accord entre les deux branches royales majeures en France, la branche aînée
des Bourbons (descendent de Louis XIV) et la branche cadette des Orléans (descendent d'un frère de
Louis XIV). Il y a au final effacement du candidat Orléans, Philippe d'Orléans, comte de Paris, petit-fils
de Louis Philippe. Il accepte de s'effacer face au petit-fils de Charles X, le comte de Chambord, "Henri
V" (s'il montait sur le trône un jour).
Cette restauration semble très proche en 1873. Napoléon III vient de mourir. Le comte de Chambord
fait beaucoup de concessions politiques pour se mettre en bonne condition : il était conservateur
voire réactionnaire (sa France rêvée est celle de l'Ancien Régime, avant 1789). Il finit par accepter
l'idée de suffrage universel et de monarchie parlementaire.
Il suffirait alors que l'Assemblée adopte un texte qui se prononce pour la réadoption d'un roi en
France. On pense déjà aux tenues, aux carrosses… Seulement, le comte de Chambord met une
condition à son retour au pouvoir : il faut changer le drapeau. Le drapeau tricolore venant de la
Révolution française est inadmissible, il veut revenir au drapeau bleu avec la fleur de lys. Or, les
orléanistes ne sont pas d'accord et veulent rester au drapeau tricolore. Il n'y a plus d'accord entre les
monarchistes orléanistes et légitimistes, la fusion est un échec, la restauration n'aura pas lieu. Ils
disent attendre que le comte de Chambord "ouvre les yeux ou que Dieu les lui ferme". Il décède en
1883, bien trop tard pour une restauration.
2. Mac-Mahon comme solution d'attente
Le Maréchal de Mac-Mahon est le successeur de Thiers, il est élu en mai 1873. Les monarchistes
possèdent l'exécutif et le législatif. Mac-Mahon choisit comme chef du gouvernement, vice-
président du conseil, De Broglie. Mac-Mahon est un militaire ayant servi sous le Second Empire. Il a
commandé les troupes versaillaises qui ont écrasé la commune. Il est de conviction légitimiste.
En novembre de 1873, il reçoit une visite discrète du comte de Chambord qui essaye de trouver un
accord avec Mac-Mahon. Celui-ci refuse de le rencontrer, il refusait une rencontre secrète. Il
montrait alors son légalisme et sa loyauté à l'égard du gouvernement provisoire.
La restauration n'étant plus au goût du jour, on cherche à laisser Mac-Mahon le plus longtemps au
pouvoir. En 1873, on lui fixe un mandat de sept ans, renouvelable. Les monarchistes disposent
désormais de la durée.
3. Politique d'Ordre Moral
Cette politique demandée par De Broglie est nettement conservatrice. Le terme "d'Ordre Moral" est
une formule de Mac-Mahon : pour les monarchistes, c'est la reconquête morale et religieuse de la
société. Il faut éradiquer l'influence des Lumières, toutes les idées malsaines sur l'égalité,
l'émancipation à l'égard de la religion, les libertés. On luttera alors contre l'esprit républicain.
Une phase d'exécutif autoritaire est mise en place. L'exécutif peut toujours s'appuyer sur une
majorité à l'Assemblée. Les monarchistes font passer des lois et des décrets restrictifs par rapport à
certaines libertés :
- en 1874, loi sur les municipalités et conseils municipaux, qui rétablit la nomination des maires
des petites communes par les préfets, alors qu'une loi de 1871 avait permis l'élection des
maires par les conseils municipaux. Cette mesure vise à mieux contrôler les mairies, or elle est
assez maladroite, car les petites communes des populations rurales étaient attachées à la loi
de 1871.
- suspensions de journaux (environ 200, et pas au hasard, ils sont principalement républicains)
- censures sur les spectacles
- limitations des ouvertures de débit de boissons, forme de restriction morale de la
consommation d'alcool, mais aussi car ces lieux sont sujets à des réunions politiques, qu'on
tente de limiter
- en 1873, le gouvernement soutient officiellement la construction du Sacré-Cœur, symbole de
la renaissance du catholicisme en France. Ce bâtiment servirait à expier les péchés liés à la
Commune (qui ont quand même butés des prêtres). Le gouvernement classe cette dépense
comme d'utilité publique.
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comme d'utilité publique.
- la France organise de grandes campagnes "ultramontaines", pour soutenir le pape
Certaines mesures sont même prises par des préfets :
- le préfet de Lyon décrète pour sa commune que les enterrements non-religieux doivent être
faits avant 6h du matin : c'est une façon d'obliger les gens à faire un enterrement religieux
- il retire également les bustes de Marianne des lieux publics
II. Les lois constitutionnelles de 1875 : un régime orléaniste ?
A. Evolution du contexte politique : vers une convergence des centres
1. Affaiblissement de la majorité monarchiste et poussée républicaine
L'affaiblissement de la majorité monarchiste est lié à l'excès de l'Ordre Moral et aux restrictions des
libertés. De plus, la politique extérieure est influencée par les ultramontains qui échauffent les
Italiens. Les monarchistes sont désormais associés à des tensions, à la dureté, à l'autoritarisme, plus
à la paix et à la stabilité. Leur image se dégrade et s'inverse.
Symétriquement, les républicains bénéficient d'une image plus modérée. Ils sont plus rassurants
pour les électeurs. Gambetta apparaît comme le leader républicain. Il évolue vers la modération : en
1871, il est vu comme radical et intransigeant, image qui est nuancée à travers le discours de
Grenoble de 1872. Ce discours se veut rassembleur, autour de la République. Gambetta parle de la
"couche nouvelle" : il veut permettre à une couche nouvelle de la société française d'accéder au
pouvoir, la classe moyenne. Gambetta veut changer les élites politiques, remplacer les notables,
promouvoir la classe moyenne dans la politique du gouvernement.
Ce discours modéré vaut aux républicains des victoires aux élections partielles législatives, mais aussi
locales. Ils gagnent des voix dans les assemblées départementales.
2. Convergence des centres
Dans l'immédiat, le pouvoir est détenu par une droite légitimiste. Les orléanistes sont au centre
droit, ils sont plus modérés. Les droites monarchistes sont alliés, c'est l'entente Mac-Mahon
(légitimiste) - De Broglie (orléaniste). Cette entente est peu durable, De Broglie est renversé par
l'Assemblée car il a suspendu des journaux légitimistes qui le critiquaient, ne le trouvant pas assez à
droite. Il est renversé par une alliance entre légitimistes et républicains. De Broglie est succédé par le
général de Cissey, général orléaniste. Le centre droit orléaniste est en difficulté mais veut
absolument rester au pouvoir pour faire une Constitution qui permette la future restauration. Il
cherche une alliance. Les hommes du centre droit orléaniste s'approchent du centre gauche
républicain. Celui-ci est constitué avant tout d'hommes dans la mouvance de Thiers, libéraux plutôt
conservateurs sur le plan social. On y trouve entre autres Jean Casimir-Perier. Il deviendra Président
de la République dans les années 1890.
La convergence des centres a une conséquence immédiate : elle permet le vote des lois
constitutionnelles.
B. Vote des lois constitutionnelles de 1875
1. La procédure
Le vote de ces lois appartient à l'Assemblée, mais le projet est préparé par une commission
restreinte, la Commission des Trente. Elle est à majorité monarchiste, le président est monarchiste. Il
y a une minorité républicaine.
L'Assemblée vote trois lois successives, qui vont être le socle de la Troisième République.
2. Rôle décisif de l'amendement Wallon, 30 janvier 1875
Cet amendement porte sur les conditions d'élection du Président de la République. Il est adopté à
une voix de majorité : 353 voix contre 352. C'est la convergence des centres qui permet de justesse
l'adoption de cet amendement. Wallon, auteur de cet amendement est de centre gauche assez
modéré, il est catholique plutôt conservateur. Wallon installe dans la Constitution le terme de
"République". Les orléanistes, bien que monarchistes l'ont votés. Pour eux, ce terme ne fondait pas
vraiment la République. Il suffirait de changer le terme "Président de la République" par "roi". Au
final, il contribue à l'instauration de la République. Le titre de Président de la République n'est plus
attaché à une personne en particulier, cadre provisoire, mais il est désormais officialisé
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attaché à une personne en particulier, cadre provisoire, mais il est désormais officialisé
complètement. L'institution du Président de la République ne dépend plus d'une personne en
particulier.
3. Elargissement des majorités
Les trois lois constitutionnelles successives sont votées avec une majorité croissante. La troisième
est votée en juillet 1875 à une très large majorité. La Constitution est républicaine, paradoxe car elle
est votée par une Assemblée à majorité monarchiste.
Le texte est très technique et précis. Il est bref et sans préambule, sans déclaration des droits.
C. Contenu des lois constitutionnelles
1. Exécutif
¤ Rôle du Président de la République
• Le Président de la République détient l'exécutif. Il a un mandat de sept ans, un septennat,
renouvelable. Le Président partage l'initiative des lois avec le Parlement. Il promulgue les lois
une fois qu'elles sont votées et en assure l'exécution (art. 3 du 25 février 1875). Il dispose de la
force armée, dont il est le chef.
• Il nomme aux emplois de haut-fonctionnaires civils et militaires.
• Le Président a un rôle en politique étrangère : "Le Président négocie et ratifie les traités, en
donne connaissance aux Chambres dès que l'intérêt et la sûreté de l'Etat le permettent." Les
traités sont ceux de paix et de commerce, ils doivent être votés après négociations par les
Chambres. Il n'y a néanmoins pas de mention des alliances, ce qui permet au Président de
s'allier directement par l'exécutif sans passer par la Chambre, ce qui est une marge de
manœuvre diplomatique non négligeable.
• Le Président a désormais le droit de dissolution de la Chambre des députés. Il n'est plus
responsable devant le Parlement.
• L'élection n'est pas au suffrage universel. On ne veut pas renouveler l'expérience de 1848. Le
Président de la République est élu par les deux Chambres, l'Assemblée Nationale et le Sénat.
¤ Sorte de monarque constitutionnel
Les pouvoirs obtenus par le Président ressemblent à ceux que possédaient Charles X et Louis-
Philippe. Pour les monarchistes, la situation est favorable, il suffit de remplacer le titre de président
par roi des Français, ce qui permettrait de recréer en France une monarchie constitutionnelle, c'est
en partie pour ça que la majorité est allée en augmentant sur les lois constitutionnelles.
Le Président participe aux grandes fêtes nationales, il a un rôle protocolaire qui ressemble à celui
d'un monarque.
Pour les déclarations de guerre, il a besoin de l'accord des deux Chambres.
¤ Toutefois, il n'est pas seul dans l'exécutif
Les ministres sont responsables devant les deux Chambres. Le système mis en place est
parlementaire. Les ministres sont responsables par solidarité, s'ils doivent démissionner, c'est tout le
gouvernement qui démissionne (sauf le Président de la République qui est dit irresponsable).
De plus, le Président de la République est chef d'Etat, pas chef du gouvernement. Une fonction
coutumière est mise en place, celle de Président du Conseil. Celui-ci est de facto chef du
gouvernement. C'est le principal ministre. Il doit obligatoirement avoir un portefeuille ministériel (=
être ministre de quelque chose), qu'il cumule avec la fonction coutumière de Président du Conseil.
Les ministres et le Président du Conseil assurent l'exécutif au quotidien.
2. Relation de l'exécutif avec le législatif
¤ Le bicamérisme s'impose
Le bicamérisme n'est pas une tradition en France. On estimait que la souveraineté du peuple ne se
divisait pas. On retrouve la conception du bicamérisme (plutôt monarchiste) dans la Constitution de
la Troisième République. On cherche à mettre en place le Sénat, un pôle stable et conservateur. Il a
donc un rôle considérable, éminent, bien qu'il ne soit pas élu au suffrage universel (c'est un suffrage
indirect). De plus, pour une dissolution de la Chambre des députés, le Président a besoin de l'accord
du Sénat.
¤ Le Sénat
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¤ Le Sénat
Les Républicains sont assez hostiles initialement à l'idée du Sénat. En 1873, Gambetta tient un
discours dans lequel il considère cette chambre comme "non-démocratique". En 1875, il se rattache
à l'idée du Sénat et le compare à un "grand conseil des communes françaises", car les sénateurs sont
élus par des élus locaux. Le Sénat est donc plus démocratique que prévu.
III. Crise du 16 mai 1877 et fin de la présidence Mac-Mahon
A. Genèse et développement de la crise jusqu'à la dissolution de 1877
1. Progrès électoraux des républicains
L'élection de la Chambre des députés du début des années 1876 se déroule dans un contexte d'état
de siège. Une pression est exercée sur les préfets et les maires pour les inciter à voter monarchiste,
ce qui est inefficace, car la victoire revient aux républicains : on retrouve sur les bancs de la Chambre
360 républicains pour seulement 160 conservateurs monarchistes. Mac-Mahon se voit obliger d'élire
à la présidence du Conseil un monarchiste, Jules Simon. La cohabitation est difficile et aboutie à une
crise.
2. Crise du 16 mai 1877
Un conflit fait rage entre le Président de la République, Mac-Mahon, et le Président du Conseil, Jules
Simon.
Les origines du conflit sont diverses :
- l'ultramontanisme est critiqué par les républicains (Gambetta, "le cléricalisme, voilà l'ennemi")
- la majorité républicaine abroge la loi sur la presse
- désaccord de Mac-Mahon avec Jules Simon car il le juge trop favorable à la majorité
républicaine
Mac-Mahon tente de pousser son Président du Conseil vers la démission. Cet acte est vu comme
monarchiste par les républicains. Il n'y a plus de confiance entre le Président de la République et le
Président du Conseil. De Broglie revient, il a la confiance de Mac-Mahon mais est en minorité aux
assemblées législatives.
3. Conflit politique ouvert
La Chambre des députés s'opposent au gouvernement nommée par Mac-Mahon : c'est l'adresse des
363 (texte adressé directement au gouvernement). Les députés condamnent le coup de force de
Mac-Mahon contre la majorité de la Chambre élue au suffrage universel. Il y a une motion de
défiance à l'égard du pouvoir exécutif. Le conflit entre le législatif (Chambre des députés) et
l'exécutif (gouvernement Mac-Mahon) est ouvert.
Mac-Mahon décide de dissoudre la Chambre. Néanmoins, la Chambre des députés, élue au suffrage
universel, a une légitimité populaire : dans l'esprit des républicains, l'exécutif doit se soumettre au
législatif (Gambetta, "il faut se soumettre ou se démettre").
B. Défaite de Mac Mahon et conséquences
1. Absence de victoire massive pour les républicains, mais suffisante
Une majorité républicaine est réélue après la dissolution, Mac-Mahon est donc obligé d' renoncer. Il
est affaiblit, et doit reconnaître l'indépendance des ministres à son égard, pour qu'ils ne dépendant
que du Parlement. On passe à un système dans lequel la présidence de la République s'efface.
2. Processus menant à démission de Mac Mahon après soumission
L'emprise républicaine ne cesse de s'accroître. En 1877, se produit la révolution des maires : les
républicains l'emportent aux élections municipales. Cela a des répercussions sur le Sénat.
Le Président de la République n'a plus de pouvoir véritable. Les républicains en profitent pour
remplacer les préfets et les juges. On s'en prend à l'armée, ils refusent de valider la mise en retraite
de généraux monarchistes. Mac-Mahon démissionne le 30 janvier 1879.
3. Constitution Grévy
Jules Grévy devient le nouveau Président de la République. A partir de son élection, tous les pouvoirs
passent aux mains des républicains. Jules Grévy avait déjà participé à la II° République en tant que
député, dans laquelle il faisait partie de ceux voulant éviter une présidence personnalisée, au profit
d'un exécutif collégiale.
Dès son élection Grévy fait dériver le système républicain : c'est une dérive coutumière, qui va
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Dès son élection Grévy fait dériver le système républicain : c'est une dérive coutumière, qui va
s'imposer.
La dérive ouverte par Grévy passe par un message transmis au Parlement : il affiche son respect total
au système parlementaire, dit s'y soumettre, refuser toute confrontation, toute dissolutions, ne pas
vouloir prendre d'initiatives législatives et renonce à adresser d'autres messages.
Cette dérive est appelée Constitution Grévy, qui est passée dans la pratique. L'esprit orléaniste de la
Constitution (idée d'équilibre des pouvoirs) est désormais annihilée par la Constitution Grévy. On
passe à un régime d'assemblées, dans lequel l'exécutif gouvernemental est complètement soumis au
pouvoir législatif.
CONCLUSION
Cet échec ouvre la voie à la République. Dans les années 1870, cette République s'affirme dans les
élections. Elle reste modérée : ce n'est pas la République sociale préconisée par la Commune. Elle
rassure alors de larges pans de la société française : les classes moyennes, la paysannerie.
Cette République parlementaire correspond aux idées des républicains modérés, aussi appelés
opportunistes (pas forcément péjoratif, signifie vouloir mettre en place le programme républicain de
manière progressive au moment opportun).
Ce régime est un régime d'exécutif faible. La prépondérance va au Parlement.
La Troisième République dure jusqu'en 1940, cela en dépit d'un défaut majeur du régime :
l'instabilité gouvernementale.
Annexe
L'affaiblissement du courant monarchiste est graduel. A partir des années 1890, son déclin est
irréversible. Dans les années 1890, le Ralliement, soit l'adhésion de raison des monarchistes à la
République affaiblit le courant. Les ecclésiastiques sont à l'initiative du Ralliement. En 1892, Léon XIII
(le pape) publie une encyclique en français Au milieu des sollicitudes qui invite les catholiques
français à se rallier aux républicains en signe d'apaisement. Les monarchistes ralliés forment dans le
camp républicain une aile de droite et conservatrice.
Il subsiste des mouvements royalistes qui demeurent jusqu'à aujourd'hui. En 1899, l'Action Française
conjugue le monarchisme avec le nationalisme. Il y a eu une candidature monarchiste à la
présidence de la République en 1974 sous la Ve République, qui obtient 0,17% des voix.
Aujourd'hui, nous avons trois prétendants au trône de France : Jean-Christophe Napoléon Bonaparte
(né en 1986) qui règnerait en Napoléon VII, Jean d'Orléans (né en 1965), comte de Paris, qui
règnerait en Jean IV, et Louis de Bourbon (né en 1974), duc d'Anjou, qui règnerait en Louis XX.
Histoire contemporaine Page 8