Dictionnaire du passé de l’Algérie :
de la préhistoire à 1962
Sous la direction de
Hassan REMAOUN
Edition DGRST / CRASC, 2015
Programme national de recherche :
Population et société (PNRn°31)
2011-2013
Intitulé du projet :
L’Algérie entre histoire et mémoire : les hommes, les
évènements et les lieux. Dictionnaire du passé et de
ses représentations - DICRAHM
Membres du Projet :
- REMAOUN Hassan (responsable du projet)
- BENZENINE Belkacem
- HADDAB Mustapha
- MARADJ Souad
- MOHAND-AMER Amar
- MOULOUDJI-GARROUDJI Soraya
- SOUFI Mustapha Fouad
La Loi n° 08-05 du 16 Safar 1429 correspondant au 23 février 2008, portant loi
d'orientation et de programme à projection quinquennale sur la recherche scientifique
et le développement technologique 2008-2012, définit les principaux objectifs de la
recherche scientifique et du développement technologique projetés pour la décennie à
venir. Pour atteindre ces objectifs, 34 programmes nationaux de recherche (PNR), ont
été arrêtés par la Direction Générale de la Recherche Scientifique et du Développement
Technologique (DGRSDT). Ces programmes sont définis en domaines, axes et thèmes
(ci-joint liste des 34 programmes).
1. Agriculture, Alimentation, forêts,
18. Santé.
espaces ruraux.
2. Pêche et aquaculture. 19. Transport.
3. Ressources en eau 20. Education et Formation.
4. Environnement et développement
21. Jeunesse et Sport.
durable.
5. Prévention des catastrophes naturelles
22. Langue arabe et linguistique.
et protection contre les risques majeurs.
6. Exploration et exploitation des
23. Langue et culture Tamazight.
Matières premières.
7. Valorisation des Matières premières et
24. Traduction.
industrie.
8. Sciences fondamentales. 25. Culture et civilisation.
9. Energie et techniques nucléaires. 26. Communication.
10. Energies renouvelables. 27. Economie.
28. Histoire de la résistance populaire et
11. Hydrocarbures.
de la guerre de libération nationale.
12. Technologies de l’information et de la
29. Histoire, Préhistoire et archéologie.
communication.
13. Technologies industrielles. 30. Droit et justice.
14. Biotechnologies. 31. Population et société.
15. Technologies spatiales et leurs 32. Sciences humaines et Etudes
applications. Islamiques.
16. Habitat, construction et urbanisme. 33. Aménagement du territoire.
34. Développement des régions arides,
17. Travaux publics. semi arides, montagneuses et lutte contre
la désertification.
Le Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle (CRASC) a été
désigné par la Direction Générale de la Recherche Scientifique et du Développement
Technologique (DGRSDT), pour le pilotage de quatre programmes nationaux de
recherche. Sur un total de 387 propositions de projets soumis, 221 projets ont été
validés, suite à une double expertise confirmée par le Conseil Scientifique élargi du
CRASC et entérinée par les Commissions Intersectorielles (CIS).
PNR20 - Education et Formation : 101 projets
PNR25 - Culture et civilisation : 42 projets
PNR 29 - Histoire, Préhistoire et archéologie : 30 projets
PNR 31 - Population et société : 48 projets
PLAN DE L’OUVRAGE
Dédicace ................................................................................................................. 7
Liste des contributeurs .................................................................................... 9
Liste des sigles .................................................................................................. 11
Présentation ...................................................................................................... 15
Liste des notices ............................................................................................... 19
Repères chronologiques ............................................................................. 563
Bibliographie générale ................................................................................ 569
Index ................................................................................................................... 605
Dédicace
A la mémoire de notre collègue
le professeur Abed Bendjelid (1944 – 2015),
qui nous a tant donnés,
et s’en est allé… sans tambour, ni trompette !
Liste des contributeurs
1. REMAOUN Hassan,socio-historien, Professeur { l’université Oran
II,ancien directeur de la Division de recherche en socio-anthropologie de
l’Histoire et de la Mémoire (Histmem-CRASC), directeur de recherche
associé, conseiller scientifique au CRASC.
2. ABI AYAD Ahmed, hispaniste, Professeur { l’Université d’Oran I,
chercheur associé au CRASC.
3. BEDDOUBIA Siham, politologue, Enseignante chercheure au Centre
universitaire de Relizane.
4. BELLIL Rachid, anthropologue, chercheur au CNRPAH.
5. BENDJEBBAR Belaid, sociologue, chercheur au CRASC, membre de la
division de recherche Histoire et Mémoire (Histmem).
6. BENZENINE Belkacem, politologue, Maitre de recherche au CRASC,
membre de la division de recherche Histoire et Mémoire (Histmem).
7. BESSAOUD Omar, économiste, Directeur d’études { l’IAM de
Montpelier, chercheur associé au CRASC.
8. DJEBBAR Ahmed, Historien des sciences, Professeur émérite à
l’Université de Lille I, directeur de recherche associé au CRASC.
9. HADDAB Mustapha, sociologue, Professeur { l’Université d’Alger,
directeur de recherche associé au CRASC.
10. KATEB Kamel, historien et démographe, chercheur { l’INED.
11. KEDIDIR Mansour, chercheur, juriste, docteur en sciences
politiques.
12. LARDJANE Omar, philosophe et sociologue, enseignant chercheur à
l’Université d’Alger.
13. MARADJ Souad, anthropologue, chercheure au CRASC, membre de
la division de recherche Histoire et Mémoire (Histmem).
14. MEBAREK Taklit, linguiste, enseignante-chercheure, Université de
Béjaia.
15. MOHAND-AMER Amar, historien, Maitre de recherche au CRASC,
membre de la division de recherche Histoire et Mémoire (Histmem).
16. MOULOUDJI-GARROUDJI Soraya, traductologue, chercheure au
CRASC, membre de la division de recherche Imaginaire et signification
(CRASC)
17. NAIT DJOUDI Oulhadj, géographe, Maitre de conférences HDR à
l’Université de Tizi Ouzou.
18. SALHI Karim, sociologue, enseigant chercheur { l’Université de Tizi
Ouzou, chercheur associé au CRASC.
19. SALHI Mohamed Brahim, sociologue, Professeur à l’Université de
Tizi Ouzou, directeur de recherche associé au CRASC, directeur de
l’INRE.
20. SOUFI Fouad Mustapha, chercheur associé au CRASC, ancien sous-
directeur aux archives nationales, ancien directeur des archives de la
wilaya d’Oran.
Coordination
BENZENINE Belkacem
MARADJ Souad
MOULOUDJI-GARROUDJI Soraya
Secrétariat
BAB HAMED-SOULIMANE Fatima-Zohra
BENHALIMA Nadéra
MILIANI-NOUAR Soraya
SAHRAOUI Adila
SEDJAI-ABDELHALIM Manel
TABETDERRAZ-BENHENDASamia
Liste des sigles
AEMAN : Association Des Etudiants Musulmans d’Afrique du Nord
AEMNA : Association Des Etudiants Musulmans Nord-Africains
APRA : Alliance populaire révolutionnaire américaine
ALN : Armée de Libération Nationale
AML : Amis du Manifeste et de la Liberté
AUMA : Association des Ulémas Musulmans d’Algérie
BP : Bureau politique
CARNA : Comité D’action Révolutionnaire Nord-Africain
CCE : Comité de coordination et d’Exécution
CCTU : Confédération générale des travailleurs unifiés
CDL : Combattants de la Libération
CEE : Communauté Economique Européenne
CENTO : Central Treaty Organisation (Organisation du traité
central)
CFLN : Comité Français de Libération Nationale
CGT : Confédération Générale du Travail
CGTU-UGSA : Confédération Générale du Travail Unitaire- Union
Générale des Syndicats Algériens
CISL : Confédération internationale des syndicats libres
CMA : Congrès Musulman Algérien
CNEH : Centre National des études historiques
CNRA : Conseil National de la Révolution Algérienne
CNRPAH :Centre National de Recherche en Préhistoire,
Anthropologie et Histoire
CRAPE : Centre de Recherches en Anthropologie, Préhistoire et
Ethnographie
CRASC : Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et
Culturelle
DOM-TOM : Département d’Outre-Mer, Territoire d’Outre-Mer
EMG : Etat-Major Général
ENA : Etoile Nord-Africaine
FADRL : Front Algérien pour la Défense et le Respect des Libertés
FFS : Front des Forces Socialistes
FIS : Front Islamique du Salut
FLN : Front de Libération Nationale
FMI : Fonds Monétaire International
FSM : Fédération Syndicale Mondiale
GPRA : Gouvernement Provisoire de la République Algérienne
HCA : Haut-Commissariat { l’Amazighité
IGAME : Inspecteur général de l'administration en mission
extraordinaire
MCB : Mouvement Culturel Berbère
MNA : Mouvement National Algérien
MTLD : Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques
OAS :Organisation Armée Secrète
OCRS : Organisation Commune des Régions Sahariennes
ONU : Organisation des Nations Unies
ORP : Organisation de la Résistance Populaire
OS : Organisation Spéciale
OTAN (ou NATO):Organisation du Traité de l’Atlantique du Nord
OTASE (ou SEATO) : Organisation du Traité de l’Asie du Sud-Est
PAG : Parti d’Avant-Garde
PAGS : Parti de l’Avant-Garde Socialiste
PC : Parti Communiste
PCA : Parti Communiste Algérien
PCF : Parti communiste Français
PMR : Programme Méditerranéen Rénové
PNR : Parti National Révolutionnaire
PPA : Parti du Peuple algérien
PRS : Parti de la révolution socialiste
RASJEP : Revue Algérienne des Sciences Juridiques, Economiques
et Politiques
S-C : Sénatus-consulte
SFIC : Section Française de l’Internationale Communiste
SFIO : Section Française d’internationale Ouvrière
SMA : Scouts Musulmans Algériens
SNEP : Société Nationale des Entreprises de Presse
T.E.F : Tableau des Etablissements Français
UDMA : Union Démocratique du Manifeste Algérien
UNEF : Union Nationale des Etudiants de France.
UE : Union Européenne
UFI : Union Française D’information
UGEMA : Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens
UGSA : Union Générale des Syndicats Algériens
UGTA : Union Générale des Travailleurs Algériens
UGTT : Union Générale Tunisienne du Travail
UMA : Union du Maghreb Arabe
UMT : Union Marocaine du Travail
URASC :Unité de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle
USTA : Union Syndicale des Travailleurs Algériens
ZAA : Zone Autonome d’Alger
Présentation
Présentation
Ce dictionnaire est le fruit d’un travail accompli dans le cadre du
second Programme national de recherche (PNR 2011-2013) rattaché au
Domaine de Recherche « Population et société » par l’équipe « L’Algérie
entre histoire et mémoire : les hommes, les évènements et les
lieux. Dictionnaire du passé et de ses représentations- DICRAHM », du
CRASC. Ce travail, qui avait été expertisé et agréé en 2013-2014, a
nécessité cependant une année de travail supplémentaire parce que les
auteurs avaient considéré qu’il devait encore être amélioré et enrichi
avant la publication de cette première version.
L’objectif est de fournir un dictionnaire historique - avec une
ouverture sur l’anthropologie - suffisamment étoffé pour être utilisé par
le grand public cultivé qui sans être spécialisé dans le domaine, pourrait
avoir accès { l’essentiel de l’information concernant le passé de l’Algérie
des origines à 1962. Il pourra être consulté avec profit par les
chercheurs, les étudiants, les enseignants, ainsi que les personnels des
institutions patrimoniales (archivistes, bibliothécaires, muséologues,
archéologues…), les journalistes, mais également les cinéastes, les
dramaturges. Les autres personnes pas forcément initiées mais
intéressés par la connaissance de l’Algérie et de son passé, pourront
utilement s’y référer avec quelque intérêt. Il pourra leur apporter des
éclairages susceptibles d’aiguiser un peu plus leur curiosité.
Pour l’essentiel, les notices/entrées ont été inscrites dans les
contextes idéologiques, politiques, sociaux, économiques ou culturels de
l’époque qui caractérisait l’évènement ciblé. Le lecteur comprendra que
pour cette première version, la décision a été prise de viser la
présentation succinte, mais avec des objectifs de synthèse et de
transmission pédagogique ; du moins dans la mesure du possible. Les
contributeurs sollicités ont après discussion avec les concepteurs de
l’ouvrage sur les objectifs recherchés été laissés juges de leurs choix
même si des échanges ont suivi la première version de chaque texte en
vue de son amélioration grâce à la participation de tous les membres de
l’équipe. Tous se sont appuyés sur leur expérience de recherche et
d’enseignement dans des disciplines telles que l’histoire, la sociologie,
l’anthropologie, la socio-linguistique, la politologie, voire même la
préhistoire, etc. Aussi l’œuvre présentée ici a nécessité quatre années de
travail. Mais cette synthèse à portée pédagogique et culturelle,
composée de quelques 145 entrées/ notices est loin d’être exhaustive.
Tous les hommes qui ont fait l’Algérie depuis la plus haute Antiquité
jusqu’{ l’Indépendance ne sont pas mentionnés, loin de l{. De la même
15
Présentation
manière, tous les événements qui ont marqué cet espace n’ont pu être
rapportés.
Sont proposées des notices biographiques, des notices d’organismes,
des notices de lieux de mémoire et d’histoire, des notices d’événements.
Des repères chronologiques permettent de faire défiler le passé de
l’Algérie en essayant de restituer en faisant preuve de pédagogie la
richesse et la diversité de ce qu’il fut.
Le lecteur trouvera donc des notices/entrées qui lui permettront de
survoler des milliers d’années allant de la préhistoire { notre accession {
l’indépendance en 1962. Le dictionnaire que nous présentons ici
englobe, en effet, la préhistoire et l’antiquité berbère, phénico-punique
et romaine, le Moyen-âge berbéro-arabo-musulman, la période moderne
qui ici se confond avec l’ère d’intégration { l’Empire ottoman, et enfin la
période contemporaine avec la colonisation française et les
transformations suscitées au sein de la société algérienne jusqu’{ la
Guerre de libération nationale et l’accession du pays { l’indépendance.
Le passé de l’Algérie ne pouvait être isolé des dynamiques globales et
des grandes réflexions inhérentes au processus historique mondial au
sein duquel l’Afrique du Nord et le Maghreb central ont évolué. Un
certain nombre d’entrées ont donc été consacrées { ces aspects et qu’on
pourra visiter en abordant par exemple les articles Préhistoire ; Histoire ;
Empire romain ; Arabe(s) ; Maghreb ; al-Andalûs ; Empire ottoman ;
colonisation, colonialisme et impérialisme ; ou encore Marx et l’Algérie ou
le saint-simonisme et l’Algérie.
Quelques entrées aborderont de même des aspects anthropologiques
(par l’approche des composantes de la population et de certaines
tribus), voire socio-linguistiques, scientifiques et culturels.
Ce travail commencé par une équipe de sept membres qui
participaient au projet initial, auxquels sont venus se greffer des
collègues de spécialités diverses qui ont accepté de répondre à notre
sollicitation, constitue donc la production d’une vingtaine de chercheurs
et enseignants-chercheurs venus du CRASC mais aussi d’autres
universités et institutions de recherche, cinq d’entre eux étant de jeunes
doctorants. Qu’ils en soient tous remerciés pour leur précieuse
contribution ; nos remerciements vont aussi au personnel du CRASC qui
a contribué aux travaux de secrétariat nécessités par l’ouvrage et { sa
fabrication finale ; leur apport aura été d’une grande valeur.
Cet ouvrage doit beaucoup aussi { des collègues qui n’y ont pas
directement participé et tous ceux qui auront d’une manière ou d’une
autre contribué { l’accumulation du savoir concernant l’Algérie. En effet
nous avons abondamment puisé dans leurs écrits à travers les centaines
d’ouvrages et d’articles et autres travaux consultés. Nous retrouverons
16
Présentation
d’ailleurs en fin d’ouvrage une bibliographie non exhaustive renvoyant {
quelque 600 titres, cités à la fin des différents articles.
Chaque article proposé est suivi par ailleurs d’une bibliographie
sommaire et généralement accessible et de corrélats renvoyant à
d’autres notices susceptibles d’enrichir les informations données. Un
index enfin, recensant les noms de personnes et de lieux cités, de
groupes sociaux d’évènements et périodes abordées regroupant
quelques 1.600 références, pourra être utilisé par le lecteur pour la
recherche d’informations complémentaires.
Il n’est pas possible cependant de ne pas redire encore une fois
combien les auteurs de ce dictionnaire considèrent cette œuvre comme
encore inachevée, vu le grand nombre de questions qui n’ont pas été
directement abordées, voire à peine effleurées.
C’est ainsi que nous pensons déj{ { d’autres éditions enrichies et plus
agréablement présentées avec la participation éventuelle d’autres
collègues qui voudront nous rejoindre. Comme nous espérons pouvoir
mettre ce travail { la disposition d’un public plus large en le faisant
traduire en arabe pour toucher notamment l’ensemble de nos étudiants.
Nous sommes ainsi disposés à étudier toutes les propositions qui
pourraient nous être faites. Sans pour autant pécher par excès
d’optimisme, en espérant que la déception ne l’emportera pas chez nos
éventuels lecteurs sur leur satisfaction. Et à ce propos toutes les
critiques qui ne manqueront pas d’être portées { cette contribution
encore modeste, et visant à aider à remédier à ses insuffisances, ne
peuvent être aussi que les bienvenues.
Hassan Remaoun
17
Liste des notices
-A-
Abbas Ferhat (1899-1985) ..................................................................................... 33
B. Benzenine
Abd Al Mu’min Ibn Ali(1094 / 1106 ? – 1163) .............................................. 36
F. Soufi
Abd el Kader, Émir, Initiation et formation (1807/ 1808, 1883) ....... 39
F. Soufi
Abd el Kader (Emir) et la résistance face aux Français
(1832-1847) .................................................................................................................... 42
H. Remaoun
Âbilî (al), (681 / 1282 – 1348) Mathématicien, philosophe et
précepteur...................................................................................................................... 45
A. Djebbar
Administration coloniale de l’Algérie (1830- 1962) ............................... 47
H. Remaoun
Afrique romaine .......................................................................................................... 54
H. Remaoun
Ahmed Bey et la résistance dans le Beylek de Constantine ................ 57
H. Remaoun
Ain Hanech (Paléolithique inférieur) .................................................................. 58
H. Remaoun
Alger Républicain(de 1938 à 1965 avec des périodes d’interdiction) ... 59
H. Remaoun
Algérie - al Djazaïr ..................................................................................................... 62
H. Remaoun
Almohades - al-Muwahidun(1130- 1269) ..................................................... 64
F. Soufi
Almoravides - al-Murabitun (1073-1147) .................................................... 69
F. Soufi
19
Liste des notices
Andalus (al).................................................................................................................... 71
H. Remaoun
Anthropologie, ethnologie ou savoir colonial ............................................ 74
S. Mouloudji-Garroudji
Apulée de Madaure(vers 125 / entre 170 et 180 après J.-C.) .................. 77
H. Remaoun
Arabe(s) ........................................................................................................................... 81
H. Remaoun
‘Asabiyya .......................................................................................................................... 83
M. Haddab
Associationdes Ulémas musulmans algériens(AUMA) ........................... 87
B. Benzenine
Atérien(Paléolithique supérieur) .......................................................................... 91
H. Remaoun
Atlanthrope (Paléolithique inférieur) ................................................................ 92
H. Remaoun
-B-
Bandung (Conférence afro-asiatique, avril 1955) .......................................... 97
H. Remaoun
Ben Allel Sidi M’barek Mohammed (1814-1843) ...................................... 99
M. Haddab
Bendjelloul Mohamed Salah (1893-1985) .................................................. 102
B. Benzenine
Berbères ....................................................................................................................... 105
H. Remaoun
Bouamama, insurrection (1881-1894) ........................................................ 107
M. Kedidir
Byzantins ...................................................................................................................... 109
H. Remaoun
-C-
Capsien- Protoméditerranéen .......................................................................... 117
H. Remaoun
20
Liste des notices
Centenaire de l’occupation de l’Algérie (1930) ........................................ 118
B. Benzenine
Cervantès (Miguel de), et l’Algérie (1547-1616) ...................................... 121
A. Abi-Ayad
du Cessezlefeu { l’indépendance : la Période transitoire
(19 mars-20 septembre 1962) ............................................................................. 122
A. Mohand-Amer
CGT-CGTU-UGSA, Syndicats................................................................................. 124
S. Beddoubia
Christianisme en Afrique du nord .................................................................. 127
H. Remaoun
Circoncellions ............................................................................................................. 129
H. Remaoun
Codedel’Indigénat(1881) ...................................................................................... 132
H. Remaoun
Colonisation, colonialismeetimpérialisme ................................................ 133
H. Remaoun
Comitéd’actionrévolutionnairenord-africain(CARNA - 1939) ......... 140
H. Remaoun
Congrèsde laSoummam(août 1956)................................................................ 142
M. Kedidir
Congrèsmusulmanalgérien(1936-1938) ...................................................... 146
F. Soufi
Course-corsaires ....................................................................................................... 152
M. Haddab
-D-
Dâr-el-hadîth(1937) ................................................................................................ 159
M. Haddab
Décembre 1960 (Manifestations) ...................................................................... 161
A. Mohand-Amer
Derqawa(s) .................................................................................................................. 162
H. Remaoun
Djedar(s) ....................................................................................................................... 165
S. Maradj
21
Liste des notices
Donatisme .................................................................................................................... 166
H. Remaoun
-E-
Ecole et enseignement colonial ....................................................................... 171
K. Kateb
Emir Khaled (1875-1936)..................................................................................... 178
B. Benzenine
Empire ottoman........................................................................................................ 181
H. Remaoun
Empire romain .......................................................................................................... 184
H. Remaoun
EtoileNord-Africaine (ENA) ................................................................................ 186
H. Remaoun
Etudiants en situation coloniale: de l’AEMAN { l’UGEMA
(1919-1962) ................................................................................................................. 189
H. Remaoun
Expressions esthétiques durant l’Epipaléolithique, le Néolithique
et les débuts de l’histoire .................................................................................... 193
H. Remaoun
-F-
Fatimides – Banu ‘Ubayd (909-973) .............................................................. 197
F. Soufi
Fédération des Élus indigènes (1927) .......................................................... 199
B. Benzenine
Front algérien pour la défense et le respect des libertés (FADRL, août
1951 – mai 1952) ........................................................................................................ 201
H. Remaoun
Front de libération nationale(FLN, 1954-1962) ..................................... 202
A. Mohand-Amer et H. Remaoun
-G-
Grève des huit jours et ses conséquences (28 janvier-
4 février 1957)............................................................................................................. 209
H. Remaoun
22
Liste des notices
Groupe de Tlemcen ................................................................................................. 211
A. Mohand-Amer
Guerres puniques ..................................................................................................... 213
H. Remaoun
-H-
Hammadides - Banû Hammâd (1018-1152) ............................................... 217
F. Soufi
Hanafisme - Hanafiyya(al)................................................................................... 219
S. Maradj
Hassan Agha défait Charles Quint (Alger, Octobre 1541) ..................... 221
F. Soufi
Hilaliens - Banû Hilâl .............................................................................................. 224
H. Remaoun
Histoire .......................................................................................................................... 226
H. Remaoun
-I-
Ibadites (les) ............................................................................................................... 233
M. Kedidir
Ibéromaurusien (Paléolithique supérieur-Épipaléolithique) ............... 237
H. Remaoun
Ibn Badis, Abdelhamid (1889-1940) .............................................................. 238
B. Benzenine
Ibn Khaldoun, Abderrahman (1332-1406) ................................................. 241
M. Haddab
Ibrahimi (al), Mohammed el-Bachir (1889-1965) .................................. 244
B. Benzenine
Imache, Amar (1895-1960) .................................................................................. 247
K. Salhi
Insurrection de 1871 (al-Moqrani, Mohamed et Cheikh al-Haddad) .. 250
M. Kedidir
23
-J-
Janissaires.................................................................................................................... 257
F. Soufi
Jeunes Algériens (Mouvement) ......................................................................... 260
B. Benzenine
Jonnart, Charles Célestin Auguste (1857-1927)....................................... 264
B. Benzenine
Judaïsme en Algérie................................................................................................ 267
B. Benzenine
-K-
Kahina, (al) -Dihya .................................................................................................. 275
S. Maradj
Khalil (Sidi)(m. 767 / 1366) ................................................................................ 276
S. Maradj
Khamessat ................................................................................................................... 277
M. Haddab
Kharijisme ................................................................................................................... 282
H. Remaoun
Koukou (Royaume de) .......................................................................................... 285
O. Nait Djoudi
Kouloughli(s) / Kulughlu .................................................................................... 292
F. Soufi
-L-
Libyque, écriture ancienne de l’Afrique du nord ................................... 297
T. Mebarek
Loi Warnier (1873) .................................................................................................. 306
O. Bessaoud
Lois foncières (XIXèmesiècle) ................................................................................ 310
O. Bessaoud
24
-M-
Maghili (al) Abdelkrim (1426-1503) .............................................................. 321
M. Kedidir
Maghrîb (al), Maghreb ........................................................................................... 327
H. Remaoun
Mahakma (tribunal musulman) .......................................................................... 325
S. Maradj
Mai 1945(manifestations et répression) ......................................................... 328
H. Remaoun
Malékisme – Malikiyya (al) ................................................................................. 332
S. Maradj
Manar (al), journal .................................................................................................. 334
B. Benzenine
Manifeste du Peuple algérien(Mars 1943) .................................................. 335
H. Remaoun
Marabout, maraboutisme .................................................................................... 342
M. Haddab
Marx et l’Algérie ........................................................................................................ 346
H. Remaoun
Mathématiques et astronomie dans le Maghreb central(IXème – XVème
siècle) ............................................................................................................................... 351
A. Djebbar
Mazagran (bataille de)août 1558........................................................................ 357
F. Soufi
Medersa – Madrassa ............................................................................................... 359
O. Lardjane
Messali Hadj(1898-1974)...................................................................................... 364
H. Remaoun
Messali Hadj et le Congrès musulman algérien (Juillet - août 1936) ... 368
A. Mohand-Amer
MohamedalKebir, Beydel’Ouest (1779-1797) ........................................... 371
F. Soufi
Morisques ..................................................................................................................... 375
H. Remaoun
25
Liste des notices
Moudjahid(el), (Journal) juin 1956-juin 1962 ........................................... 377
H. Remaoun
Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques(MTLD,
1947-1954) ................................................................................................................... 379
F. Soufi
-N-
Nadi at-taraqui (Cercle de progrès) ................................................................. 385
B. Benzenine
-O-
Oran et Mers el Kébir sous occupation espagnole ................................ 389
A. Abi-Ayad
Oran Républicain (1937-1962) ......................................................................... 390
F. Soufi
Organisation spéciale(O.S, février 1947 – mars 1950) ........................... 391
H. Remaoun
Ouled Sid Cheikh, insurrection (1864-1880)............................................. 393
M. Kedidir
-P-
Parti communiste .................................................................................................... 401
H. Remaoun
Phénico-punique (s)............................................................................................... 404
H. Remaoun
Pieds – noirs................................................................................................................ 408
H. Remaoun
Plan de Constantine................................................................................................ 412
M. Haddab
Parti du Peuple Algérien (PPA) ....................................................................... 415
F. Soufi
Préhistoire................................................................................................................... 419
H. Remaoun
26
Liste des notices
Premier novembre 1954 ...................................................................................... 421
F. Soufi
Presse écrite ................................................................................................................ 427
S. Mouloudji-Garroudji
-Q-
Qadiriya ......................................................................................................................... 431
B. Benzenine
Qalaa des Beni Abbès ............................................................................................. 433
O. Nait Djoudi
-R-
Rahmaniya ................................................................................................................... 441
B. Salhi
Régence d’Alger ......................................................................................................... 447
H. Remaoun
Résistance algérienne(octobre 1955-juin 1957) ....................................... 454
H. Remaoun
Résistance et insurrections berbères contre les Romains ................ 456
H. Remaoun
Rostomides - Banû Rostum ................................................................................. 457
H. Remaoun
Royautés berbères (Antiquité) ........................................................................... 461
H. Remaoun
-S-
Sahnun Ibn Sa'id Ibn Habib at-Tanukhi (160/776-7- 240/854-5) .. 469
B. Beldjebbar
Saint Augustin (354-430) ...................................................................................... 470
H. Remaoun
Saint simoniens (les) et l’Algérie ..................................................................... 472
M. Haddab
Sanhadja (s) ................................................................................................................. 476
H. Remaoun
27
Liste des notices
Sénatus-Consulte de 1863 .................................................................................. 480
O. Bessaoud
Statut musulman indigène (Sénatus-consulte de 1865) ........................ 484
H. Remaoun
-T-
Tamazight .................................................................................................................... 493
H. Remaoun
Tassili-n’Ajjer, art néolithique ......................................................................... 496
H. Remaoun
Tidjaniyya .................................................................................................................... 498
B. Benzenine
Touaregs de l’Ahaggar .......................................................................................... 500
R. Bellil
-U-
Union générale des travailleurs algériens (UGTA,syndicat),
de 1956 à 1962) ........................................................................................................... 511
S. Beddoubia
Union démocratique du Manifeste algérien(UDMA,1946-1956)..... ..512
B. Benzenine
Unité maghrébine .................................................................................................... 515
H. Remaoun
-V-
Vandales et Germains............................................................................................ 523
H. Remaoun
Voix des Humbles (La) .......................................................................................... 526
S. Beddoubia
-W-
Wancharissi (al), Ahmed (v.1428-1508) ...................................................... 531
F. Soufi
28
Liste des notices
Warthilânî (al) (1710-1779)................................................................................ 532
M. Haddab
Wilayisme ..................................................................................................................... 534
A. Mohand-Amer
Y-Z
Yaghmurasan (633/1236-681/1283) ................................................................ 539
F. Soufi
Zénètes ........................................................................................................................... 545
R. Bellil
Zirides - Banu Ziri (972\984-1148) ................................................................. 550
F. Soufi
Zyanides – Banu Zayan (1236-1555) .............................................................. 554
F. Soufi
29
30
A
32
Abbas Ferhat
Abbas Ferhat (1899-1985)
« Si la France avait trouvé des solutions équitables aux problèmes qui
se sont posés chez nous, il est probable que je me serais contenté de
« cultiver mon jardin ». Cette phrase de Ferhat Abbas, résume, à elle
seule, l’origine de l’engament et de la pensée de l’homme qui consacra
toute sa vie, sous le colonialisme français, { l’émancipation des
Algériens.
Né dans la région de Taher (wilaya de Jijel), d’un père paysan devenu
agha, Ferhat Abbas est parmi les rares Algériens qui ont eu l’occasion de
poursuivre des études supérieures dans l’Algérie colonisée. Actif au sein
de l’Amicale des étudiants musulmans d’Afrique du Nord (AEMAN), dont
il est le président entre 1927 et 1931, il assure la vice-présidence de
l’UNEF { l’occasion de la tenue de son congrès { Alger en 1930. Il se
montre ainsi l’un des jeunes étudiants algériens les plus brillants et les
plus influents en cette période. Avec son diplôme de pharmacien, il
réussit { s’imposer dans la vie politique locale, tout d’abord gr}ce { ses
mandats de conseiller municipal de Sétif, conseiller général de
Constantine, puis comme délégué financier de Sétif.
Ses premiers écrits dans les journaux Al Taqaddum du Docteur
Bentami et Le Trait d’Union de Victor Spielmann (réunis dans son livre
Le Jeune algérien, paru en 1931) témoignent de l’intérêt particulier qu’il
portait aux conditions sociales des Algériens et de l’Algérie coloniale. Il y
plaide pour l’émancipation de ses compatriotes et de son peuple vis-à-
vis de l’administration coloniale.
Homme libéral qui se présente comme formé aux sciences positives
et adepte des sciences expérimentales, Ferhat Abbas consacre sa vie de
militant { la défense de l’idée de l’entente entre Français et Algériens,
qui peut se résumer dans un « vivre ensemble » fondé sur le respect et
l’intérêt commun des deux peuples. Mais c’est surtout l’idée de
l’assimilation défendue par les Jeunes Algériens qui demeure liée { la
personne de Abbas. La thèse de l’assimilation consiste { défendre les
intérêts des musulmans algériens dans le cadre de la République
française. Son fameux article « La France, c’est moi » publié le 27 février
1936 dans L’Entente, dans lequel il déclare qu’il ne « mourrai pas pour la
patrie algérienne parce que cette patrie n’existe pas », est souvent cité
comme référence rappelant la pensée de Abbas et sa conception de la
Nation algérienne. La thèse de l’assimilation prend une autre tournure
avec la réplique du cheikh Ibn Badis pour qui « … la nation algérienne
musulmane s'est formée et existe comme se sont formées toutes les
nations de la terre… ».
33
Abbas Ferhat
Ses revendications, et donc sa pensée, évoluent selon les
circonstances et les politiques menées par l’administration coloniale. «
Le refus systématique ou déguisé de donner accès dans la cité française
aux Algériens musulmans a découragé tous les partisans de la politique
d’assimilation. […] Désormais un musulman algérien ne demandera pas
autre chose que d’être un Algérien musulman ». Cette déclaration de
Abbas témoigne de sa déception quant à la manière par laquelle
l’administration française considérait les Algériens.
En effet, Abbas, qui croyait { la possibilité d’être Français et
musulman, pensait que la France coloniale est aussi celle des Lumières
et de la tolérance. Cette idée était exprimée dans le cadre de l’Union
Populaire Algérienne (UPA) qu’il fonda en juillet 1938, et qui se voulait
un « parti de masse » en s’appuyant sur la Fédération des élus. Cette
Union se présente comme un parti « qui veut le bien-être du peuple, sa
renaissance effective, sa culture, ses libertés véritables », elle se réclame
de « la démocratie souveraine de la Nation française ». Cependant, cette
formation politique ne durera que deux ans et échouera à trouver place
dans la vie politique algérienne, laquelle connait déj{ l’émergence d’un
autre courant, celui qu’incarne Messali Hadj et le PPA.
Sous le régime de Vichy, Abbas s’adresse, en vain, au Maréchal Pétain
à travers un rapport intitulé « La France de demain » pour demander
des réformes administratives au profit des Algériens. Avec l’arrivée des
Alliées en Algérie, il demande, de nouveau, inutilement, au nom des élus
musulmans { l’administration coloniale une réforme du Statut de
l’Algérie. Avec le Manifeste du Peuple Algérien, lancé le 19 février 1943,
Abbas ouvre une nouvelle page du militantisme nationaliste. Puisqu’il
est question notamment de « la condamnation et l'abolition de la
colonisation » et de « la dotation de l’Algérie d’une Constitution ». Ce
nouveau positionnement de Abbas déplait aux autorités françaises, il est
renvoyé du 25 septembre au 2 décembre 1943 en résidence surveillée
dans le sud algérien. Convaincu de la nécessité des réformes pour un
avenir meilleur pour son pays, Abbas lance, le 14 mars 1944, Les Amis
du Manifeste de la Liberté, ce qui le rapprocha de Messali Hadj et de
Bachir al Ibrahimi. Après les événements de mai 1945, il est arrêté
comme les autres leaders nationalistes, puis amnistié. Durant les onze
mois desa détention, il rédigea son Testament considéré comme « une
courageuse profession de foi en faveur de la démocratie et de la liberté,
de la discipline dans le travail, de la morale en politique et par-dessus
tout de la fraternité des races » (Ageron, p. 184). Avec un ton modéré, il
réitère ses idées relatives à un avenir commun entre Algériens et
Européens. Les événements de mai 1945 le conduisent à penser à la
nécessité d’incarner les principes d’égalité, de fraternité et de tolérance
entre les différentes communautés qui cohabitent en Algérie. « Ni haine
34
Abbas Ferhat
de race, ni haine de religion... assez de racisme, assez de sectarisme ».
« Un Algérien chrétien, israélite doit être le frère d'un Algérien
musulman », écrit-il en prison. Dans son Testament, Abbas évoque aussi
sa conception des relations entre Etat et religion, la place du
communisme et du socialisme en Algérie, son regard sur la place et le
rôle du paysannat. Ses réflexions en prison l’ont conduit certainement {
approfondir ses idées { propos de l’Algérie de l’après mai 1945.
Voil{ qu’il fonde L’Union Démocratique pour le Manifeste Algérien
(UDMA), un an après. Le programme du nouveau parti est axé sur les
principes d’égalité et de fraternité. L’UDMA réussit, en peu de temps, {
réaliser un score impressionnant { l’occasion de l’élection des membres
algériens (deuxième collège) de la seconde Assemblée constituante. Il
devint en cette période un acteur politique incontournable dans la
défense des intérêts des Algériens { travers, notamment l’adoption
d’une « Constitution de la République algérienne » dans le cadre d’un
régime fédéral unissant l’Algérie { la France. Durant son mandat, Abbas
mène plusieurs activités politiques et participe infatigablement aux
débats parlementaires dans le but de consolider son projet fédéraliste.
Considérant que ses efforts n’aboutissent pas, il refuse la promulgation
du Statut de l’Algérie par le gouvernement français en 1947. Entre 1948
et 1956, il exerce son mandat de délégué { l’Assemblée Algérienne sans
grande conviction. Au déclenchement de l’insurrection du Premier
novembre 1954, Abbas subit les pressions des deux camps. Il mène,
publiquement et discrètement plusieurs contacts avec Jacques Soustelle,
gouverneur général de l’Algérie. Ces contacts seront condamnés par le
FLN, considérant que l’administration coloniale « espère par
l’intermédiaire des Abbas, Kiouane, et autres Messali, arrêter l’action de
l’ALN moyennant quelques réformes politiques ». Avec les évènements
du 20 août 1955 et l’assassinat de son neveu Allaoua, pharmacien et élu
local de l’UDMA { Constantine, par le FLN (Pour collaboration avec
l’ennemi, prise de position contre la Révolution), Abbas se rend compte
de l’impossibilité du dialogue avec les Français. Il subit lui-même de
violentes attaques des Colons l’accusant de mener un double jeu. Abbas
noue des contacts directs avec le FLN grâce à Ramdane Abbane et Amar
Ouamrane. Parce que «... le sort définitif d'un pays, dit-il, relève aussi
bien de l'action des hommes que de la conjoncture historique, c'est à-
dire de la volonté de Dieu ». Comme il l’écrit dans la Nuit Coloniale, il
attend le moment opportun pour passer à une autre étape de sa vie de
militant et de nationaliste. Il considère, { l’instar du groupe des 61 élus
musulmans, que la politique d’intégration est « dépassée ». Pour Abbas,
déçu, il s’agit d’une « simple mystification ». Après la dissolution de
l’UDMA, il se rallie ensuite officiellement au FLN qu’il rejoint au Caire le
22 avril 1956. Il y trouve toute sa place, malgré des relations difficiles
35
Abd Al Mu’min Ibn Ali
avec certains de ses leaders. Après le congrès de la Soummam, il devint
membre du CNRA, grâce au soutien de Abbane Ramdane, puis il rejoint
le CCE un an après. Considéré comme un homme de compromis, il est
nommé premier président du GPRA formé au Caire en septembre 1958.
Les divergences internes au sein du FLN et de l’ALN d’un côté, et les
agissements du gouvernement français proposant des contacts pour la
solution de la « question algérienne », de l’autre côté, le mettent en
difficulté face à sa mission. Il est remplacé par Youssef Benkhedda le 09
août 1961. Durant la crise de l’été 1962, il rejoint le segment le plus fort,
celui qui se forme autour de Ahmed Ben Bella (groupe de Tlemcen), lui
apportant une double caution : politique et morale.
Elu député de Sétif { l’Assemblée Constituante, il en devint président.
Mais { cause d’un important différend avec Ben Bella dont il dénonce
« son aventurisme et son gauchisme effréné » et la manière par laquelle
la Constitution algérienne fut adoptée, il démissionne de son poste. Il est
emprisonné jusqu’{ 1965. Libéré, il se retire de la vie politique. Ferhat
Abbas demeure l’un des leaders nationalistes les plus influents et les
plus brillants de sa génération.
B. Benzenine
Corrélats : Bendjelloul Mohamed Salah ; Congrès musulman algérien ; FADRL ;
Fédération des Élus indigènes; FLN ; Ibrahimi (al), Mohammed el Bachir ;
Manifeste du Peuple algérien ; Messali Hadj ; MTLD ; PPA ; Premier novembre
1954.
Bibliographie : Abbas, F. (1931), (1962) et (1980) ;Ageron, Ch.-R. (1994) ;
Mandouze,A. (1962) ; Rahal,M. (2008); Zakia, D. et Stora, B. (1995).
Abd Al Mu’min Ibn Ali (1094/1106?-1163)
Abd AlMu’min Ibn Ali est né près de Nedroma { une date imprécise,
elle varie selon les historiens entre 1094 et 1106 (487 et 500 de
l'hégire). Après des études à Tlemcen, il entama en 1118 le traditionnel
voyage en Orient. C’est { Mallala, petit village près de Bejaïa, qu’il fit la
rencontre d’Ibn Tumart. Ce dernier, de retour de la Mecque, s’y était
installé après avoir créé quelques problèmes { l’émir hammadide al Aziz
de Bejaïa en prônant la censure des mœurs. Renonçant { son voyage,
Abd al M’umin devint le disciple préféré d’Ibn Tumart. Tous deux
revinrent au Maghrîb al Aqsa jusqu’{ Marrakech où la violente
controverse avec le sultan Ali b. Yusuf et les fuqqaha almoravides les
obligèrent à se réfugier avec les premiers disciples à Tinmal dans le
Haut Atlas. En 1121 ou 1123, selon les auteurs, Ibn Tumart se fit
36
Abd Al Mu’min Ibn Ali
proclamer Mahdi des Muwahidun (Almohades) et organisa solidement
la communauté almohade. Il créa un véritable État montagnard,
disposant d’une armée fanatisée chargée de répandre la doctrine
almohade. Abd al Mu’min se vit confier la mission de commander la
première attaque contre Marrakech qui se solda par un cuisant échec en
1129. En 1130 (ramadan 524), { la mort d’Ibn Tumart, Abd al-Mu’min se
fit admettre comme son successeur et fut proclamé Calife à Tinmal.
Le nouveau calife se lance alors dans une série d’expéditions qui
conduisent { un affrontement avec les Murabitun lors d’un épisode dit
La Guerre de Sept ans (1139-1146). La prise d’Oran en 1145 marque le
début des grandes victoires des Almohades. L’année suivante (1146),
après pratiquement, sept mois de siège, la reddition des deux villes,
Tagrart et Agadir, qui formaient Tlemcen, achève la conquête de cette
partie du Maghreb.
Après avoir occupé successivement Fès, Meknès, Ceuta et Salé, Abd
al-Mu’min fait le siège de Marrakech où s’étaient enfermés les derniers
éléments des Murabitun et les mercenaires chrétiens. Le siège dura
entre sept et onze mois selon les chroniqueurs. Ces derniers rappellent
la mort héroïque au combat de Fannu, fille d’un chef almoravide Yintan
b. Umar – dont l’un des frères avait défendu Fès – et l’attitude du tout
jeune et dernier souverain Ishaq b. Ali. La fin de cette guerre de Sept ans
entraîna la fin de l’histoire maghrébine des Murabitune.
Abd al-Mu’min hérita alors des provinces espagnoles que dirigeaient
des gouverneurs almoravides. Il en prit possession soit par soumission,
soit par la force. C’est ainsi qu’Ibn Maymun fit sa soumission en mettant
au service du nouveau calife la flotte dont il était l’amiral et la ville de
Cadix. Les autres émirats furent soumis de gré ou de force : Séville,
Carmona, Cordoue, Grenade, Malaga, Badajoz… entre 1145 et 1150.
En 1152, Abd al-Mu’min mit fin { la dynastie hammadide et, du même
coup, { celle des Zirides dans l’ensemble de l’Occident musulman. Il
s’empara d’Alger, de Bejaïa, de Constantine (1151), puis de Tunis, de
Kairouan, et enfin de Tripoli (1158-1159), unifiant ainsi pour la
première fois le Maghreb.
Un évènement majeur se produisit en 1153, le 28 avril. Sentant le
danger que représentait pour leurs privilèges cette nouvelle puissance,
les Banu Hilal et les Banu Sulaym s’unirent pour lutter contre les
Almohades. Ils entrèrent dans le Constantinois et le contact avec les
Almohades commandés par le fils du Calife, eut lieu à Sétif. Les trente
mille cavaliers almohades rapides et disciplinés mirent en déroute leurs
ennemis pourtant en plus grand nombre. La bataille de Sétif a eu trois
conséquences essentielles.
37
Abd Al Mu’min Ibn Ali
En dispersant les Banu Hilal, Sulaym, Ryah, Athbej, Djochem, etc.,
dans diverses provinces du Maghreb, en général et du Maghreb central,
en particulier, Abd al-Mu’min a facilité, non seulement une sorte
d’intégration réciproque entre Berbères et Arabes, mais surtout permis
le développement de l’usage de la langue arabe au Maghreb. D’un autre
côté et de façon plus forte, cette victoire permit { Abd al Mu’min
d’imposer la légitimité de son pouvoir contre l’autre légitimité incarnée
par les frères du Mahdi Ibn Tumart qu’il ménageait jusque-là. Il s’en
débarrassa sous prétexte d’un complot et fit reconnaître son fils, comme
héritier du califat créant ainsi la dynastie dite des Mu’minides.
Pour Rachid Bourouiba, il lui a fallu en fait « un ascendant peu
commun et un rayonnement intellectuel puissant pour s'imposer, à la
mort du Mahdî, à des Berbères de la haute montagne si farouchement
hostiles à tout ce qui lui est étranger. Homme d'une piété exemplaire,
'Abd al-Mu'min est aussi un grand chef de guerre, un remarquable
administrateur, un mécène sensible aux Lettres et aux Arts, un grand
bâtisseur, un grand unificateur du Maghrîb, qualités qui en firent le
"flambeau des Almohades" ».
Abd al Mu'min proposa aux Banu Hilal de combattre les chrétiens, qui
se rendaient maîtres d'une grande partie de l’Andalousie. L’historien
marocain Abdallah Laroui, qui doute de l’intégration des Banu Hilal au
sein de l’armée régulière almohade, émet l’hypothèse qu’Abd al-Mu’min
a utilisé ces derniers comme soldats et collecteurs d’impôts.
Ayant placé sous son autorité l’ensemble des territoires qui
relevaient de l’Empire almoravide, Abd al-Mu’min se lança { la conquête
de l’Ifriqiya sous le prétexte de lancer une guerre sainte contre
Guillaume 1er fils de Roger II de Sicile (mort en 1154). Les Normands de
Sicile tenaient la plupart des villes côtières d’Ifrikiya, et principalement
Mahdia (qui avait été la capitale des Fatimides puis des Zirides), Sfax,
Gabès et Tripoli. Il en profita pour soumettre Tunis et toute l’Ifriqiya et
réduire l’ultime révolte des Banu Riyah lors de la bataille du Djebel Qarn
au sud de Kairouan en avril 1160. C’est { Salé, alors qu’il se préparait {
lancer ses armées contre les chrétiens d’Andalousie, qu’il mourut en
mai-juin 1163 (djumada ath Thani 558). Son projet de conquête fut
poursuivi par ses successeurs, Abu Yaqub Yusuf (1163-1184) et Yaqub
al-Mansur (1184-1199).
Homme d’État et grand organisateur, il fit régner l’ordre partout et
établit le cadastre. Il dota son empire d’une administration (makhzan)
centralisée et efficace en modifiant les institutions héritées du Mahdi et
en nommant ses fils gouverneurs des différentes provinces en leur
adjoignant les chaykhs almohades. Il développa son armée, en
s’entourant d’une garde personnelle formée des membres de sa tribu les
Kumiya, et une forte marine confiée { l’ancien amiral almoravide
38
Abd el Kader, Émir, initiation et formation
Ibn Maymun, et en créant des arsenaux à Honain et à Oran. On lui doit
aussi la fondation d’universités, ce qui a favorisé l’éclosion d’une intense
activité intellectuelle et artistique. Le conflit sourd avec les fuqqaha
malékites hostiles { la doctrine almohade ne l’a pas empêché de
construire des édifices religieux et de renforcer ceux existants. On lui
doit la mise en place d’un réseau routier et d’un réseau d’adduction
d’eau notamment { Marrakech.
F. Soufi
Corrélats : Almohades - al-Mawahidun ; Almoravides - al-Murabitun ;
Andalus (al) ; Hammadides ; Hilaliens ; Malékisme ; Zirides ; Zyanides .
Bibliographie : Bourouiba, R. (1982) ; Ibn Khaldoun, A. (2010) ; Laroui, A.
(1970) ; Meynier, G. (2011 et 2012).
Abd el Kader, Émir (1807/1808, 1883), initiation
et formation
« Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme ; interrogez
plutôt sa vie, son courage, ses qualités et vous saurez qui il est ». Cette
grande sagesse, on la doit à un jeune homme âgé de 18-19 ans. On est en
1826-27, il visite Baghdad avec son père après avoir effectué le
pèlerinage aux Lieux Saints de l’islam. Le bruit s’était répandu {
Baghdad qu’un jeune maghrébin donnait des leçons dans la Mosquée de
Sidi Abd el Kader el Jilani et tenait tête aux savants de la ville avec
audace et habileté. C’est ainsi qu’il avait répondu { l’un de ses
interlocuteurs qui lui avait demandé si son confiance venait de sa
généalogie ? Le jeune Abd el Kader répondit : « Si l’eau puisée dans une
rivière est saine, agréable et douce, c’est qu’elle vient d’une source pure ».
Cette source est assurément autant un milieu familial favorable, qu’une
origine sociale particulière due au statut de sa famille, et enfin un espace
culturel et politique aussi riche qu’actif : la plaine de Ghriss et Mascara.
Son père, Mahi Eddine b. Mustafa est le mokaddem de la zaouïa
Qadiria. Ses connaissances en matière religieuse font autorité et sa
sagesse et sa droiture en font un intermédiaire entre le pouvoir du bey
et la population. Sa mère, Lalla Zohra, seconde épouse de Mahi Eddine,
est la fille de Sidi Omar Bendoukha, mokaddem d’une zaouia assez
influente de Hammam Bou Hadjar. Elle savait lire et écrire et était
savante en religion. Elle avait su transmettre son savoir { son fils. C’est
de sa mère qu’il reçoit ses premiers enseignements.
39
Abd el Kader, Émir, initiation et formation
Cette famille, réputée chérifienne, vit et évolue dans un espace
politique et culturel particulier, La plaine de Ghriss constitue depuis le
XVIIème siècle, alors que le bey de l’Ouest s’est installé { Mascara, un haut
lieu de la production intellectuelle de l’Algérie, dépassant d’ailleurs
Tlemcen. L’installation du bey Mohamed b. Uthman { Oran n’entame en
rien le prestige de la zaouïa de la Guethna.
C’est donc dans ce milieu qu’Abd el Kader nait selon les historiens,
soit le 22 rajab 1222 qui correspond au 25 septembre 1807, soit le 15
rajab 1223, c’est-à-dire le 6 septembre 1808. C’est cette date qui est
consacrée aujourd’hui.
Gr}ce { l’excellente formation coranique qu’il reçut de sa mère
d’abord, puis de son père, il put aisément renforcer ses connaissances de
la Sunna et des traditions du Prophète. C’est ainsi qu’il fut autorisé {
commenter le Coran vers l’}ge de 12 ans. Il n’a pas 14 ans quand son
père l’initie { la règle de la Tariqa avant de l’envoyer { Arzew (en fait,
l’actuelle Bettioua) auprès du cadi de cette ville, Si Ahmed b. Tahar. Il y
étudie la grammaire, la philologie et la philosophie. Il découvre Aristote,
Ibn Hazm, Ibn Tufayl, Ibn Bajja, les Mu’tazilla, ainsi que les Zindiq ibn
Rochd, Ibn Sina, el Ghazali, Ibn Taymiyya et Mawardi si précieux pour
apprendre les règles de gouvernement. Grâce à son vieux maître, il
apprend l’importance de l’astronomie, de la géographie, de l’histoire et
surtout, il découvre le monde qui l’entoure au-delà des frontières du
beylick, dans les pays musulmans et jusqu’aux pays des Associassionistes
(L’Europe). Déjà commentateur avisé du Coran, il devient Hafidh et
rejoint l’école la plus prestigieuse du beylik, celle que tenait Ahmed ben
Khodja el Mostaghanmi à Oran. Dès lors, un monde nouveau s’ouvre
devant lui : celui d’une ville riche et cosmopolite qui abrite des
Janissaires, des Kouloughlis, nobles par naissance, des Arabes hauts
fonctionnaires, des marins, des Juifs et enfin des chrétiens. Oran, c’est
aussi le lieu du pouvoir celui qu’exerce d’une main de fer le bey Hassan
depuis 1817.
Revenu à la Guethna, il a 15 ans. Il est marié à sa cousine Kheira bent
Boutaleb. Son père le prépare pour le grand voyage vers l’Est, vers la
Mecque. Le bey méfiant leur interdit de quitter Oran où il les assigne à
résidence. Abd el Kader en profite, deux années durant, pour
approfondir ses connaissances en poursuivant ses études avec son
cousin Mustapha ben Thami dont le père Ahmed était le muphti de la
ville. Ce dernier, avec l’appui de Badra la femme du bey et de certains
fonctionnaires, réussit à infléchir la position du bey, et en 1825, Mahi
Eddine et Abd el Kader sont autorisés à quitter Oran pour la Mecque. Le
Grand Voyage vers les Lieux Saints les mènent d’étape en étape d’abord
à Tunis. Abd el Kader y découvre une ville autrement plus importante
qu’Oran. En attendant le bateau pour Alexandrie, Il se fait remarquer {
40
Abd el Kader, Émir, initiation et formation
la Zitouna lors des échanges avec les Ulémas et par sa fréquentation
assidue des bibliothèques.
Mais c’est au Caire qu’il fit la rencontre certainement la plus décisive
de son interminable apprentissage. Le vice-roi d’Egypte Mohamed Ali
reçoit cette forte délégation venue du Maghreb. Abd el Kader est
subjugué par le personnage et ses réalisations. Pourtant le souvenir de
la défaite navale de Navarin s’était quelque peu estompé. A Navarin en
Grèce en pleine guerre d’indépendance anti-turque, le 20 octobre 1827,
la flotte égypto-ottomane, { laquelle s’étaient joints des navires
algériens, avait été écrasée par une flotte franco-russo-britannique.
Du Caire, Mahi Eddine b. Mustafa et ses compatriotes rejoignent les
Lieux saints, on est en Ramadan 1243 correspondant au mois de mars
1828. Ce séjour confirme, aux yeux d’Abd el Kader, { quel point, dans les
débats avec les Ulémas, son père était savant et clairvoyant.
A l’issue de ce séjour, ils se joignirent { une caravane qui se rendait
au Bilad- ach-Cham, en Syrie. À Damas, Abd el Kader découvre une
société complexe, des Arabes non-musulmans et des minorités
religieuses de toute sorte. Il visite le tombeau du cheikh al Akbar, Ibn
Arabi. Après Damas, Baghdad et Abd el Kader el Jilani l’ancêtre et le
saint patron de la Qadiriya. C’est { Baghdad qu’Abd el Kader prend pour
la première fois la parole lors des débats et « rapidement, se répandit
dans la ville qu’un petit Maghrébin donnait des leçons y compris dans la
Koubba du Faucon gris ! ». C’est au cours d’un de ces débats qu’il
répondit de façon magistrale à une question sur sa généalogie. Ils
revinrent à la Mecque pour accomplir le pèlerinage et regagnèrent
l’Algérie et la Guethna après trois mois de marche. On était en 1829.
La capitulation du Dey le 5 juillet 1830, sitôt connue, provoque un
effondrement de l’autorité temporelle. Le bey d’Oran Hassan tente de se
rapprocher de Mahi Eddine lequel, sur conseil de son fils Abd el Kader,
lui refuse alliance et protection. Oran tombe entre les mains de l’armée
française le 2 janvier 1830. Le gouvernement de la ville est confié, un
premier temps, à un bey tunisien Khayr dine qui se rend très vite
impopulaire. Il quitte Oran le 17 août 1831. La France décide dès lors
d'occuper par elle-même Oran, et envoie le général Boyer, Pierre le
Cruel, qui s’était rendu tragiquement célèbre en Espagne lors des
conquêtes napoléoniennes.
Il revient au vieux Mahi Eddine de conduire les premiers combats
contre l’armée française dès avril 1832. Abd el Kader s’y distingue. Mais
fatigué, il décline la proposition qui lui est faite de devenir Emir. Il
propose, avec l’appui de Sidi Laradj, son fils Abd el Kader. Le premier
serment d’allégeance et de fidélité mubayaa { l’Emir Abd el Kader se
déroule le 21 Novembre 1832 { Ghriss sous l’arbre de la Dardera.
41
Abd el Kader (Emir) et la résistance face aux Français
Il a 24-25 ans et une nouvelle vie commence pour lui : combattre
l’armée d’occupation et construire un Etat.
F. Soufi
Corrélats : Abd el Kader (Emir) et la résistance face aux Français ; Ahmed Bey
dans le Beylek et la résistance à Constantine ; Qadiriya ; Régence d’Alger.
Bibliographie : Ageron, Ch-R. (1977) ; Aouali, S., Redjala, R. et Zoumerrof, P.
(1994) ; Azan, P. (1925) ; Bessaieh, B. (2008) ; Emerit, M. (1951 et 2003) ;
Etienne, B. (2003a, 2003b) ; Galissot, R. (1987) ;Stora, B. (2011) ;
Abd el Kader (Emir) et la résistance face aux
Français (1832-1847)
Avec le débarquement français en Algérie, dans les beyliks de l’ouest
et du centre du pays, et jusque dans certaines franges du Constantinois,
la résistance allait être marquée par le rôle de l’Emir Abd el Kader et sa
tentative de construction d’un État susceptible de remplacer celui de la
Régence.
La guerre menée contre les Français, et dont il sera le principal artisan
jusqu’en 1847, créera en Algérie « les conditions d’une nouvelle forme
d’unité, expression d’aspirations d’un caractère incontestablement
national, qui persistèrent à travers les conflits ensuite plus ou moins
localisés, mais guère interrompus jusqu’en 1871 ». (Nouschi, Prenant,
Lacoste).
La constitution de l’Etat de Abd el Kader
Abd el Kader qui sera proclamé Emir le 25 novembre 1832 par un
congrès de tribus, et reconnu comme tel { Mascara puis dans d’autres
cités du pays, était le fils de Mahieddine, notable de la tribu des Hachem,
et Mokadem de la puissance zaouïa (confrérie religieuse) des Kadiriya,
dont le siège était dans la proche région de Mascara (ville qui fut
capitale du beylik de l’Ouest jusqu’au départ forcé des Espagnols d’Oran
en 1792). Le traité, signé à Oran le 6 janvier 1834 avec le général
Desmichels, va reconnaître l’autorité de l’Emir sur toute l’Oranie, sauf
Oran et Mostaganem.
Les tentatives françaises pour enfreindre l’autorité d’Abd el Kader ne
l’empêcheront pas d’étendre son domaine, et le traité de Tafna signé
avec Bugeaud, le 30 mai 1837 va non seulement confirmer son autorité
en Oranie, mais la faire reconnaître pour l’essentiel de l’Algérois (en
42
Abd el Kader (Emir) et la résistance face aux Français
dehors d’Alger et d’une partie de la Mitidja), et jusqu’aux confins du
Constantinois.
A côté de ses qualités d’homme de lettres et de soufi (intellectuel
mystique) disciple d’Ibn Arabi, il allait bientôt s’avérer un véritable chef
militaire et homme d’État, mettant en place une administration
territoriale structurée en Khalifaliks (sorte de préfectures) et en
Aghaliks (arrondissements). Au moment de la plus grande extension de
son État, les Khalifaliks au nombre de huit, étaient organisées autour de
Tlemcen, Mascara, Miliana, Médéa, la Kabylie, la Medjana et les Zibans
(dans le Constantinois), et enfin le nord du Sahara oranais et algérois. Á
leur tête, étaient placés des hommes de confiance issus du terroir, tels
Bouhamidi (Tlemcen), Benallal (Miliana), Berkani (Médéa), ou Bensalem
(Kabylie). Abd el Kader procédera aussi { la frappe d’une monnaie et { la
réglementation de l’impôt, ainsi qu’{ la mise sur pied d’un système
d’enseignement et de justice financé par l’État.
Sur le plan militaire, il lèvera une armée composée de fantassins et de
cavaliers, fera exploiter des mines pour approvisionner ses fonderies et
armureries, et construira des villes pouvant servir de lieux de repli dans
la zone steppique (Saïda, Tagdempt, Taza et Boghar).
Pour affirmer son autorité sur le territoire qu’il contrôle, il devait, par
ailleurs constamment s’opposer aux velléités des féodalités
préexistences, celles notamment des anciennes tribus makhzen chargées
par les autorités turques de prélever les impôts sur les tribus raïa. Il
sera ainsi de même amené à livrer bataille à la puissante confrérie
saharienne des Tijaniyya qui avait des velléités d’indépendance et dont
il attaquera le siège à Ain Madhi (en 1838).
La guerre de Abd el Kader et la défaite algérienne face aux Français
L’intervention des Français pour soutenir les tribus makhzen de la
région d’Oran (les Douaïrs et les Smalas), et en violation des accords
signés entre Desmichels et les représentants de l’Emir, amènera ce
dernier à affronter les troupes du général Trézel à qui il infligera une
défaite lors de la bataille de la Macta en juin 1835. C’est cependant une
série de violations de l’accord de Tafna par les Français, et, notamment
en octobre 1839, la traversée du territoire que contrôle Abd el Kader
par une colonne française qui cherchait à relier directement Alger à
Constantine, qui va déclencher une guerre, laquelle ne s’achèvera qu’en
décembre 1847 avec la reddition du chef algérien. Après des succès
militaires au début du conflit et une résistance qui en 1845-1846 avait
pris la forme d’une véritable guerre de partisans, l’Emir finira par
perdre du terrain face à la machine de guerre française qui mobilisait
près de 80 000 hommes en 1842, et 101 000 en 1846, tout en
43
Abd el Kader (Emir) et la résistance face aux Français
bénéficiant d’un puissant appui logistique. Si les Algériens avaient
durant un certain temps pu bénéficier de l’appui du sultan chérifien
Moulay Abderrahmane, ce ne sera plus le cas après la défaite, le 14 août
1844, des troupes marocaines { la bataille d’Isly et la signature du traité
franco-marocain du 18 mars 1845 qui interdisait désormais toute
possibilité pour l’Emir et ses hommes de se replier au-delà de la
frontière du voisin de l’ouest.
La destruction de l’État d’Abd el Kader reculera au siècle suivant la
possibilité pour l’Algérie d’émerger en tant que nation constituée. En
fait, la doctrine coloniale visait à briser tout ce qui pouvait permettre la
naissance en Algérie d’un véritable État-nation. Et quelle meilleure façon
pour affaiblir la résistance des Algériens, que d’exiler le leader de leur
combat, loin du pays. En fait il sera d’abord transporté en France dès fin
décembre 1847, où il sera détenu à Toulon, puis à Pau et à Amboise,
avant d’être exilé après la proclamation du Second Empire en Orient.
Embarqué en décembre 1852 { Marseille { destination d’Istanbul, il
devra en effet séjourner à Brousse puis à Damas où il finira ses jours en
1883. Entre temps ce Soufi avait durant sa guerre de résistance en
Algérie fait montre de qualités humaines reconnues et respectueuses du
droit de la guerre, aura encore { exprimer ses qualités de cœur en
sauvant des milliers de chrétiens durant les troubles suscitées en 1860
en Syrie. En Algérie même le souvenir de son combat restera vivace et
inspirera largement les luttes qui déboucheront plus d’un siècle après
sur l’indépendance du pays (en 1962).
La voie ouverte { la constitution d’un empire colonial
C’est le général Bugeaud qui déclarait le 15 janvier 1840 { la chambre
française des députés : « Il faut que vous attaquiez le chef et la
nationalité arabe dans leur source, il faut que la nationalité soit
renversée, que la puissance d’Abd el Kader soit détruite, ou vous ne
ferez jamais rien en Afrique ». Plus explicite encore, il précisera le 14
mai de la même année : « Il faut une grande invasion en Afrique qui
ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths ».
Avec la défaite de l’Émir, la résistance des Algériens devait s’affaiblir
considérablement même si les insurrections plus localisées allaient se
poursuivre jusqu’au début du siècle suivant, alternées parfois de
soulèvements de plus grande ampleur, à base religieuse et tribale, et qui
pouvaient s’étendre { plusieurs régions du pays. Ce fut ainsi les cas de
celui de 1871 dont le bachagha de la Médjana, El Mokrani, prendra la
tête avec le soutien de la puissante confrérie kabyle de la Rahmaniya
dirigée par le Cheikh El Haddad, de celui en 1864-1865 des Ouled Sidi
Cheikh déclenché à partir du Sud-Oranais et qui reprendra de 1881 à
1883 sous la direction de Bouamama. Parallèlement, l’extension
44
Âbilî (al),mathématicien, philosophe et préscepteur
de l’occupation française se poursuivra difficilement vers les régions
sahariennes, notamment celles du Grand Sud, que ne contrôlait pas
l’État de la Régence. Il fallait en effet ériger un empire colonial qui
permettrait d’intégrer toutes les terres d’Afrique comprises entre la
Méditerranée et le Sénégal, et plus au sud encore le Congo, qui étaient
reconnues { la France par les autres puissances d’Europe qui se
partageront l’Afrique lors de la conférence de Berlin (1884-1885).
Marquée par l’épisode de la mission Flatters qui fût anéantie en 1881
par les Touaregs, la conquête du Grand Sud ne s’achèvera qu’en 1902
avec le contrôle du Hoggar par les Français et leur installation à
Tamanrasset. Entre temps, le protectorat français sur la Tunisie est
proclamé en 1882, et le Maroc suivra en 1912.
H. Remaoun
Corrélats : Abd el Kader Émir: initiation et formation ;Ahmed Bey et la
résistance dans le Beylek de Constantine ; Ben Allel Sidi M’barek Mohammed ;
Bouamama, insurrection; Colonisation, colonialisme et impérialisme ;
Insurrection de 1871 ; Ouled Sidi Cheikh.
Bibliographie : Ageron, Ch.-R. (1977) ; Aouali, S., Redjala, R. et Zoumerrof, P.
(1994) ; Azan, P. (1925) ; Emerit, M. (1951 et 2002) ; Etienne, B. (2003a et
2003b) ; Gallissot, R. (1987) ;Lacheraf, M. (1965 et 1978) ; Lacoste, Y. (1960) ;
Laroui, A. (1970) ; Prenant, A., Nouschi, A. et Lacoste, Y. (1960) ; Remaoun, H.
(2000) ; Rey-Goldzeiguer, A. (1977) ; Stora, B. (2011).
Âbilî (al),mathématicien, philosophe et préscepteur
(681/1282 – 1348)
Muhammad ibn Ibrâhîm al-Âbilî est né à Tlemcen vers 681/1282
dans une famille originaire d’Avila, une ville d’al-Andalus. Son père était
un officier dans l’armée du royaume zyanide et son grand-père maternel
un juge important très cultivé. C’est ce dernier qui semble avoir influé
sur les orientations futures d’al-Âbilî puisqu’il a choisi de se former dans
les sciences rationnelles. Nous n’avons cependant aucun détail sur cette
formation qui s’est poursuivie, dans sa ville natale, jusqu’{ vers
700/1300, date à laquelle la vie du jeune homme a basculé.
En effet, { l’}ge de 17 ans, il s’est retrouvé, comme tous les habitants
de sa ville, assiégé par l’armée du roi mérinide Abû Ya’qûb Yûsuf (1286-
1307) qui voulait reconstituer l’empire almohade. C’est au cours de ce
siège que le père d’al-Âbilî a été fait prisonnier. Ayant appris que les
assiégeants acceptaient de libérer les détenus s’ils étaient remplacés par
45
Âbilî (al),mathématicien, philosophe et préscepteur
l’un de leurs enfants, le jeune al-Âbilî décide de se porter volontaire
pour cet échange. Mais au lieu d’être mis en prison, il est enrôlé comme
soldat dans l’armée adverse. Contrarié, il demande l’autorisation d’aller
{ la Mecque. Il l’obtient et ne tarde pas { rejoindre un groupe de pèlerins
dont le chef était un prédicateur chiite venu de la ville de Kerbala pour
faire connaître ses idées et les diffuser au Maghreb. Au cours du voyage
par bateau, il est sérieusement malade. On lui prodigue des soins à base
de camphre, ce qui aggrave son état et provoque même des troubles
cérébraux qui l’empêcheront de suivre les cours des professeurs du
Caire qu’il souhaitait écouter.
Vers 1307, et après quelques années passées à Kerbala, il quitte
l’Orient et arrive { Tlemcen qui venait de retrouver la paix après
l’assassinat du roi mérinide. Dans sa ville natale, il poursuit son
perfectionnement dans les sciences rationnelles tout en assurant
quelques enseignements de mathématique et de logique. En 1308, Abu
Hammu Musa, le nouveau roi, lui propose de diriger les services
financiers de son royaume. Il refuse le poste et, pour éviter d’éventuelles
représailles, il quitte Tlemcen dans le plus grand secret et s’installe {
Ceuta chez Ibn Khallûf, un astronome juif qu’il connaissait. Il profite de
ce séjour pour poursuivre sa formation en mathématique et en
astronomie.
Vers 1310, il quitte Ceuta et se dirige vers Marrakech pour y suivre
les cours du célèbre mathématicien Ibn al-Bannâ. A la mort de ce
dernier, en 1321, il reste dans la région de Marrakech et il y enseigne
durant une quinzaine d’années.
En 1336, il est invité par le roi mérinide Abû l-Hasan à rejoindre Fès
pour faire partie des savants de la cour. Nous ignorons quelles étaient
ses activités au cours des dix années suivantes si ce n’est qu’il était tenu,
comme ses collègues, d’accompagner le roi dans ses grands
déplacements, en particulier lorsqu’il dirigeait des expéditions militaires
contre ses adversaires du Maghreb.
C’est au cours de l’une de ces campagnes, celle de 1347, qui aboutit {
la prise de Tunis, qu’al-Âbilî fait la connaissance de la famille Ibn
Khaldoun et qu’il devient le précepteur du jeune ‘Abd al-Rahmân (m.
1406), le futur grand historien et l’auteur de la célèbre Muqaddima [Les
Prolégomènes] et du Kitâb al-‘ibar [Livre des sentences]. De 16 à 18 ans,
Ibn Khaldoun se formera auprès d’al-Âbilî dans des domaines aussi
variés que la logique, les fondements du Droit, la philosophie et les
mathématiques. Il étudiera sous sa direction certains ouvrages d’Ibn
Sînâ (m. 1037) et de Fakhr al-Dîn al-Râzî (m. 1210).
46
Administration coloniale de l’Algérie
Trois ans après son arrivée à Tunis, le nouveau roi mérinide Abu Inan
l’invite { s’installer { Fès où il poursuivra ses activités scientifiques
jusqu’{ sa mort qui survient en 1355.
Al-Âbilî était connu pour son savoir encyclopédique dans les sciences
rationnelles et pour la qualité de ses enseignements qui ont permis de
former un certain nombre d’étudiants. Deux d’entre eux sont évoqués
par les sources aujourd’hui accessibles. Le premier est ‘Abd al-Rahman
Ibn Khaldoun, que nous venons d’évoquer, et qui a consacré { son
professeur tout un chapitre de son autobiographie dans laquelle il
évoque les aspects essentiels de sa vie. Le second, Ibn al-Najjâr, un
brillant mathématicien qui est mort jeune, victime de la terrible peste de
1348, mais qui a eu le temps de former quelques étudiants parmi
lesquels al-Ghurbî.
Malheureusement, il n’a laissé aucun écrit permettant de préciser les
sources à la base de sa formation et de délimiter le champ de ses
connaissances. Il semble même qu’il ait délibérément abandonné la
rédaction d’ouvrage au profit de l’enseignement direct parce qu’il
considérait que le recours aux contenus des livres n’était pas suffisant
pour une véritable acquisition du savoir scientifique. Il pensait même
que la prolifération des livres ne pouvait que nuire
{l’approfondissement des connaissances et { leur assimilation. Dans le
même esprit, il mettait en garde ses étudiants contre les ouvrages
abrégés dont le contenu, relativement pauvre, n’encourageait pas { la
confrontation des idées et aux échanges. Et, pour éloigner ses
étudiantsde cette démarche de simples consommateurs, il les
encourageait à faire des voyages d’étude, { suivre les cours de
professeurs différents, à confronter leurs savoirs et à comparer leurs
pédagogies.
A. Djebbar
Corrélats : Andalus (al) ; Ibn Khladoun, Abderrahman ; Mathématiques et
astronomie au Maghreb central ; Zyanides.
Bibliographie : Djebbar, A. (1998) ; Encyclopédie de l’islam ; Harbili, A. (1997) ;
Ibn Khaldoun (2002).
Administration coloniale de l’Algérie (1830- 1962)
Avec la reddition du Dey d’Alger le 5 juillet 1830 et les conquêtes qui
s’en suivirent, l’autorité dans ce qui deviendra une colonie française est
de fait entre les mains du commandement du corps expéditionnaire et
47
Administration coloniale de l’Algérie
de l’Armée d’Afrique. Tout en confirmant que l’Algérie est une colonie
militaire, l’ordonnance royale du 22 juillet 1834 stipulera que le pays est
dirigé par un gouverneur général jouissant d’une certaine autonomie de
décision tandis que dès 1848, soit après la défaite de l’Emir Abd el
Kader, seront créés trois départements recouvrant pour Constantine et
Oran les anciens beylecks ottomans de l’Est et de l’Ouest et pour Alger le
Dar Es Soltane et le beyleck du Titeri. Par ailleurs, dès 1830 Alger, puis
en 1834 Oran, Bône (Annaba), Bougie (Béjaia) et Mostaganem vont
disposer d’une organisation municipale avec responsables désignés et
qui tendront { assumer les fonctions léguées par l’État de la Régence
(Aghas, Khodjas, Amins des corporations) avant de les intégrer au
système français, ou même de les faire disparaitre à moyen et long
terme.
Territoires civils, territoires militaires, communes de plein exercice
et communes mixtes
Au fur et { mesure de l’avancée de la colonisation on verra apparaître
une différence entre les territoires civils à forte concentration
européenne et les territoires militaires où une certaine autonomie est
laissée aux tribus avec leurs structures traditionnelles, mais sous
surveillance des Caïds eux-mêmes placés sous contrôle d’organes
administratifs militaires, les bureaux arabes. C’est dans ces territoires
militaires que Napoléon III et ses conseillers saint-simoniens (tel Ismaël
Urbain) pensaient expérimenter la politique indigènophile du
« Royaume arabe ». En fait, ce rêve vécut et disparut avec le second
Empire (1851-1870) puisque sous la pression des colons, la IIIème
république surtout va étendre les zones civiles au point ou les territoires
militaires finiront par être cantonnés au Sahara et à ses confins.
Toute la partie nord du pays, constituée par les trois départements
institués en 1848 relèvera donc du régime civil mais avec une
organisation administrative toujours différenciée selon que l’on a affaire
ou non aux zones de forte concentration européenne et centres de
colonisation.Dans les zones à forte présence européenne et même si
cette dernière n’est pas majoritaire, ce qui est le cas le plus courant,
seront instaurées les communes de plein exercice régies selon les lois en
vigueur en France depuis 1847, notamment celle de 1884, qui fixait les
modalités d’élection des municipalités, mais avec une adaptation
permettant une représentation minoritaire et plutôt formelle des
étrangers d’origine européenne et de la population dominée. Dans les
régions ou l’élément européen est très peu représenté au sein de la
population globale plus être érigé en collectivités locales, sera instauré à
partir de 1868 le régime des communes mixtes dirigées par des
administrateurs civils nommés par le gouverneur général et assistés par
48
Administration coloniale de l’Algérie
des commissions consultatives composées de notables issus des
différentes communautés.
Les réformes des 1898- 1900 et de 1918-1919
L’administration centrale connaitra des phases ou les pouvoirs
exercés { partir d’Alger seront renforcés comme c’est le cas avec les
dispositions de 1858 et 1860 qui permettront l’instauration d’un Conseil
supérieur d’Algérie, auprès du gouverneur général, consultatif, et {
vocation surtout financière (budget, impôts…), et des phases de
marginalisation qui en limiteront les attributions lorsque le gouverneur
ne sera plus que consulté puisque les administrations en place vont
relever directement des ministères en fonction à Paris. Dans les années
1890 cette tendance est de nouveau renversée surtout avec les lois de
1898 et 1900 qui accorderont plus de pouvoirs aux autorités installées à
Alger, en instaurant des délégations financières comprenant 48
européens (dont 24 colons) et 21 Algériens (15 arabes et 6 kabyles), et
structurées en 4 chambres qui se réunissent séparément (les Européens
colons, les Européens non colons, les Arabes et les Kabyles), sous
l’autorité du gouverneur général qui dirige un véritable cabinet de
directeurs centraux, avec autonomie civile et budgétaire de la colonie.
En 1918 et 1919, le Président du Conseil Georges Clemenceau
introduira de nouvelles réformes pour répondre aux protestations des
Algériens victimes d’une inégalité flagrante face { l’impôt et { l’offre de
services de la part des municipalités, les communes de plein exercice
surtout dominées par les représentations de la population européenne
minoritaire. C’est ainsi qu’en 1918, les délégations financières dans le
but de respecter l’égalité devant le cens vont décider de supprimer les
« impôts arabes » traditionnels (La Zekkat, le Achour, la Lezma, le Hokor)
qui continuaient à être versés par les Algériens aux autorités françaises
en plus des impôts auquel tout un chacun était tenu.
Par ailleurs, les douars constitués après le démembrement des tribus
opéré avec la promulgation du Sénat-consulte de 1863 et qui avaient vu
leurs organes traditionnels de gestion dépérir sous l’emprise du Code de
l’indigénat, des bureaux arabes et des caïds, vont désormais être dotés
de conseils de djemâa ayant droit de regard et élus en leur sein. Si les
dispositions prises en faveur d’une forte autonomie de la colonie
devaient servir surtout les intérêts de la minorité européenne détentrice
des leviers du pouvoir, ces dernières mesures répondaient plus { l’éveil
politique des Algériens suscité par leur déplacement massif en Europe
et leur participation à la 1ère Guerre mondiale.
49
Administration coloniale de l’Algérie
L’évolution de l’administration coloniale de la 2ème Guerre mondiale
{ la proclamation de l’indépendance : du Statut de l’Algérie aux
pouvoirs spéciaux
Sous le régime de Vichy (1940-1942) instauré après la débâcle
française de juin 1940 face aux Allemands, les assemblées sont
suspendues tandis que des partis politiques étaient interdits et leurs
militants déportés. Le débarquement anglo-américain du 8 novembre
1942 à Casablanca, Oran et Alger (Opération Torch), permettra la
libération de détenus politiques et la reprise progressive du
fonctionnement des différentes institutions. Les Algériens radicalisent
leurs revendications avec la publication en mars 1943 du Manifeste du
Peuple algérien, puis en mars 1944 la création des AML (Amis du
Manifeste et de la Liberté) et les manifestations sanglantes de mai 1945,
tandis que le décret Crémieux de 1871 accordant la citoyenneté
française aux juifs d’Algérie et abrogé en 1940, est rétabli (après
quelques péripéties). Le Gouvernement provisoire de la République
française (installé à Alger entre 1943 et 1945) et les gouvernements qui
lui succèdent à Paris seront ainsi poussés à promulguer un certain
nombre de réformes.
Après l’ordonnance signée le 7 mars 1944 par le Général de Gaulle et
qui reprendra notamment les dispositions du Projet Blum-viollette
(1936) en accordant la citoyenneté à certaines catégories de musulmans
(quelques 60.000 en tout) avec préservation de leur statut personnel, et
surtout en permettant à tous les musulmans de sexe masculin de
devenir électeurs, puis celle du 17 aout 1945 qui accorde la parité aux
collèges électoraux européenet musulman dans la représentation
parlementaire (Assemblée Nationale et Sénat), sera promulguée le 20
septembre 1947, le Statut organique de l’Algérie. En plus de quelques
décisions renforçant l’autonomie de la colonie, sont adoptées des
dispositions moins discriminatoires telles celles reconnaissant aux
Algériens l’égalité politique et civique avec les Européens dans l’accès
aux fonctions publiques, et celle faisant de l’arabe une langue de la
communauté alors que jusqu’ici il avait le statut de langue étrangère. De
même les communes mixtes et territoires du sud devaient être
supprimés comme entités administratives tandis qu’on octroyait
formellement aux femmes algériennes le droit de vote, le tout devant
être couronné par la décision de remplacer les délégations financières
par une assemblée élue par chacun des deux collèges d’électeurs avec
parité dans la représentation.
En réalité, les élections de 1948 pour constituer cette dernière ont
été caractérisées par une opération massive de trucage des urnes,
opérée par l’administration et le gouverneur général socialiste Edmond
Naegelen qui en était à la tête. La plupart des mesures promulguées
50
Administration coloniale de l’Algérie
dans le statut devront d’ailleurs attendre le déclenchement de la Guerre
de libération pour commencer à être mises en exécution.En fait les
choses vont se précipiter à partir de novembre 1954, puisque si en 1956
l’Algérie comptait encore 78 communes mixtes et 333 communes de
plein exercice, les premières vont être rapidement supprimées, tandis
que les secondes atteindront en 1959, le nombre de 1525, la majorité
d’entre elles n’ayant d’ailleurs pas d’existence réelle. De même entre
1955 et 1956, les anciens départements d’Alger, Constantine et Oran
donnent naissance à trois igamies dirigées par des IGAMES (inspecteurs
généraux de l’administration en mission spéciale) qui chapeauteront 13
préfets de départements installés à Bône-Annaba, Batna et Sétif (autour
de Constantine), Orléansville-Chlef, Tizi-Ouzou et Médéa (autour
d’Alger), Mostaganem, Tiaret, Saida et Tlemcen (autour d’Oran).
Ces différentes opérations avaient d’ailleurs été préparées { partir de
septembre 1955 par la création dans les zones rurales de sections
administratives spécialisées (SAS) dirigées et encadrées par des
militaires et dans les banlieues des villes de sections administratives
urbaines (SAU), les deux types constituant sans doute une émanation
des anciens bureaux arabes avec le but cette fois-ci de contrôler la
population algérienne pour la couper des réseaux du FLN. D’ailleurs {
partir de 1955 voient le jour les centres de regroupement dans les zones
frontalières et montagneuses, au sein desquels l’armée française
parquait près d’un million de personnes, sans compter les autres
centaines de milliers qui ont dû fuir vers les villes. D’ailleurs dès la
nomination de Robert Lacoste comme ministre résident en lieu et place
des anciens gouverneurs généraux, la politique d’autonomisation de la
colonie est abandonnée avec la décision de dissoudre les assemblées et
de promulguer les pouvoirs spéciaux (en mars 1956), laissant aux
militaires toute latitude pour mener les affaires.
L’administration coloniale et les territoires du sud
Tout au cours du XIXème siècle et au fur et { mesure de l’avancée de la
colonisation on verra dans le nord de l’Algérie, les territoires civils
gagner en extension et notamment après la chute du second Empire
(1870), ceci au détriment de ce qui apparaissait comme des zones
tribales, dites encore territoires indigènes ou territoires militaires. C’est
dans ces contrées que finiront par être érigées les communes mixtes
moins nombreuses que les communes de plein exercice, mais coiffant
des superficies nettement plus importantes et particulièrement sous-
administrées, alors même qu’elles seront progressivement intégrées aux
territoires civils.
51
Administration coloniale de l’Algérie
En fait les territoires militaires finiront par être cantonnés au sud du
pays parce que leur conquête s’est avérée lente et difficile (la mission
Flatters est anéantie par les Touaregs en 1881 et le Hoggar n’est
vraiment contrôlé par les français qu’{ partir de 1902), et aussi parce
qu’il y a peu de terres susceptibles d’intéresser les colons et que la
population y est particulièrement dispersée. L’administration des
régions sahariennes continuera donc à être confiée aux militaires
lesquels devront s’appuyer sur des chefferies issues des familles de
Grande tente, même lorsque le mythe du « Royaume arabe » un moment
entretenu par Napoléon III et les saint-simoniens n’est plus { l’ordre du
jour. D’ailleurs au moment même où une forte autonomie par rapport {
la métropole est accordée aux autorités en résidence à Alger, la loi du 24
décembre 1902 confirmera la séparation entre l’administration du nord
du pays et les territoires du sud, désormais domaine de prédilection des
communes indigènes. La découverte des premières réserves de pétrole
en 1955 au moment où la Guerre de libération vient d’être déclenchée
va bien sur accentuer la tentation de scinder définitivement le pays en
deux, avec même le projet de faire du Sahara une sorte de mer
intérieure séparant le Maghreb du Sahel en lui promulguant un statut
qui accordait aux compagnies pétrolières françaises une sorte de
monopole assuré après les indépendances de l’Algérie et des autres pays
de la région. C’est ce qui explique sans aucun doute la création par le
gouvernement français en janvier 1957 d’une Organisation commune
des régions sahariennes (OCRS) placée sous la tutelle d’un ministère du
Sahara. C’est dans cette perspective que le vaste ensemble en 1959
restructuré administrativement en 54 communes de plein exercice
réparties à travers deux départements dirigés par des préfets rattachés
directement à Paris, celui des Oasis et celui de la Saoura avec comme
chefs de lieu respectifs Ouargla et Bechar. La pugnacité du FLN quant à
cette question avec le soutien de la population saharienne qui
s’exprimera avec force notamment lors du referendum d’autodétermination
de l’Algérie en juillet 1962, feront capoter le projet français.
H. Remaoun
Corrélats : Code de l’Indigénat ; Colonisation, colonialisme et impérialisme ;Loi
Warnier (1873) ; Lois foncières (XIXème siècle) ; Manifeste du Peuple algérien ;
Saint-simoniens ; Sénatus-consulte de 1863 ; Statut musulmanindigène ;
Bibliographie : Ageron,Ch.-R. (1979) ; Collot, C. (1987) ; Julien, Ch.-A. (1964 et
1979) ; Kaddache, M. (1980 et 1993, 2 vol.) ; Meynier, G. (réed. 2010) ;
Rey-Glodzeiguer,A. (1977).
52
Administration coloniale de l’Algérie
Gouverneurs de l’Algérie pendant la période coloniale
1. Commandants militaires
5 juillet 1830-12 août 1830: Louis de Ghaisne de Bourmont.
12 août 1830-21 mars 1831: Bertrand Clauzel (première fois).
21 mars 1831-6 décembre 1831: Pierre Berthezène.
6 décembre 1831-29 avril 1833: René Savary.
29 avril 1833-27 juillet 1834: Théophile Voirol.*
2. Gouverneurs généraux
27 juillet 1834-8 juillet 1835: Jean-Baptiste Drouet d'Erlon.
8 juillet 1835-12 février 1837: Bertrand Clauzel (deuxième fois).
12 février 1837-13 octobre 1837: Charles-Marie Denys de Damrémont.
11 novembre 1837-Décembre 1840: Sylvain Charles Valée.
22 février 1841-27 septembre 1847: Thomas-Robert Bugeaud.
1er septembre 1845-6 juillet 1847: Louis Juchault de Lamoricière.
6 juillet 1847-27 septembre 1847: Marie-Alphonse Bedeau.
27 septembre 1847-24 février 1848: Henri Eugène Philippe Louis d'Orléans.
24 février 1848-29 avril 1848: Louis-Eugène Cavaignac.
29 avril 1848-9 septembre 1848: Nicolas Anne Théodule Changarnier.
9 septembre 1848-22 octobre 1850: Viala Charon.
22 octobre 1850-10 mai 1851: Alphonse Henri d'Hautpoul.
10 mai 1851-11 décembre 1851: Aimable-Jean-Jacques Pélissier (première fois).
11 décembre 1851-31 août 1858: Jacques Louis César Alexandre de Randon.
24 novembre 1860-22 mai 1864: Aimable-Jean-Jacques Pélissier (deuxième fois).
1er septembre 1864-27 juillet 1870: Patrice Maurice de Mac-Mahon.
27 juillet 1870-23 octobre 1870: Louis Durrieu.
23 octobre 1870-16 novembre 1870: Jean Louis Marie Walsin-Esterhazy.
3. Commissaires extraordinaires
16 novembre 1870-8 février 1871: Charles du Bouzet.
8 février 1871-29 mars 1871: Alexis Lambert.
4. Gouverneurs généraux
29 mars 1871-10 juin 1873: Louis Henri de Gueydon.
10 juin 1873-15 mars 1879: Antoine Eugène Alfred Chanzy.
15 mars 1879-26 novembre 1881: Albert Grévy.
26 novembre 1881-18 avril 1891: Louis Tirman.
18 avril 1891-1er octobre 1897: Jules Cambon.
1er octobre 1897-26 juillet 1898: Louis Lépine.
26 juillet 1898-3 octobre 1900: Édouard Laferrières.
3 octobre 1900-18 juin 1901: Charles Célestin Jonnart.
53
Afrique romaine
18 juin 1901-11 avril 1903: Paul Révoil.
11 avril 1903-5 mai 1903: Maurice Varnier.
5 mai 1903-22 mai 1911: Charles Célestin Jonnart.
22 mai 1911-29 janvier 1918: Charles Lutaud.
29 janvier 1918-29 août 1919: Charles Célestin Jonnart.
29 août 1919-28 juillet 1921: Jean Baptiste Eugène Abel.
28 juillet 1921-17 avril 1925: Théodore Steeg.
17 avril 1925-12 mai 1925: Henri Dubief.
12 mai 1925-20 novembre 1927: Maurice Viollette.
20 novembre 1927-3 octobre 1930: Pierre Louis Bordes.
3 octobre 1930-21 septembre 1935: Jules Gaston Henri Carde.
21 septembre 1935-20 juillet 1940: Georges Le Beau.
20 juillet 1940-16 juillet 1941: Jean Charles Abrial.
16 juillet 1941-20 novembre 1941: Maxime Weygand.
20 novembre 1941-20 janvier 1943: Yves Charles Chatel.
20 janvier 1943-3 juin 1943: Marcel Peyrouton.
3 juin 1943-8 septembre 1944: Georges Catroux.
8 septembre 1944-11 février 1948: Yves Chataigneau.
11 février 1948-9 mars 1951: Marcel Edmond Naegelen.
12 avril 1951-26 janvier 1955: Roger Léonard.
26 janvier 1955-1er février 1956: Jacques Émile Soustelle.
5. Ministres Résidents
1er février 1956-9 février 1956: Georges Catroux.
9 février 1956-13 mai 1958: Robert Lacoste.
13 mai 1958-1er juin 1958: André Mutter (n’a jamais quitté Paris).
6. Délégués généraux
7 juin 1958-12 décembre 1958: Raoul Albin Louis Salan.
12 décembre 1958-23 novembre 1960: Paul Albert Louis Delouvrier.
23 novembre 1960-19 mars 1962: Jean Morin.
19 mars 1962-3 juillet 1962: Christian Fouchet (Haut commissaire).
Afrique romaine
Le terme Africa (certainement de Afri-Ifri, d’origine berbère, bien
qu’il existe aussi une hypothèse le reliant au punique) avait été donné
en 146 (av.J.-C) par les Romains pour désigner la province sénatoriale
qu’ils avaient fondée dans l’ancien territoire de Carthage, délimitée à
l’est et au sud par une ligne (la Fossaregia) allant de Thabraca (Tabarca
en Tunisie) jusqu’au sud de l’actuelle ville de Sfax. Après la défaite face à
César des partisans de Pompée à Thapsus (Ras Dimas sur la côte est de
54
Afrique romaine
la Tunisieen 46 av .J.-C), une Africa Nova est constituée englobant une
région de l’extrême est de la Numidie, et au moins une partie de la
Tripolitaine, ainsi différenciée d’Africa Vetus (ancien pays Carthaginois).
Après l’annexion (en 25 ap. J.-C) de ce qui restait de la Numidie (après
différents dépeçages), puis sous Caligula (en 42 ap. J.-C), de la Grande
Mauritanie. L’appellation Afrique (Africa en latin), finira par s’étendre {
toutes les conquêtes romaines de l’actuelle Afrique du Nord. L’Afrique
romaine était donc constituée d’une ligne de territoires allant de la
Tripolitainejusqu’au nord du Maroc actuel, mais se rétrécissant de plus
en plus vers la côte de la Méditerranée, lorsqu’on se dirigeait d’Est en
Ouest.
Les différentes provinces
Si au milieu du premier siècle de notre ère cet immense territoire
était divisé en une Proconsulaire regroupant l’Africa Vetus et l’Africa
Nova (avec Carthage comme capitale), une Numidie (avec Cirta-
Constantine) et d’une Maurétanie (avec Césarée-Cherchell et Tingis-
Tanger), provinces dirigées par des gouverneurs (ou procurateurs)
recevant leurs ordres de l’Empereur (le gouverneur résidant { Carthage,
ayant le titre de Proconsul), de nouveaux découpages interviendront
avec le temps. C’est ainsi que dès le règne de l’Empereur Claude (41-54),
la Maurétanie est organisée en deux Provinces différenciées, la
Césarienne (avec Caésarée comme Capitale) et la Tingitane (avec Tingis,
puis Volubilis). A la fin du IIIème siècle, sous l’Empereur Dioclétien (284-
305), l’ancienne Proconsulaire (ou Africa) est divisée en trois
provinces : la Zeugitane (avec Carthage), la Byzacéne (centre et sud de la
Tunisie avec Hadrumète- Sousse comme capitale) et la Tripolitaine
(Oea-Tripoli). De même la région orientale de la Maurétanie césarienne
est constituée en une Maurétanie sitifienne (avec Sitifis-Sétif comme
capitale), et la Numidie elle-même sera pour une brève période jusqu’au
règne de Constantin (306-337), divisée en une Numidie de Cirta et une
Numidie militaire dans la partie sud (centrèe sur Lambèse).
En dehors, de la Maurétanie tingitane qu’on a préféré rattacher au
Diocèse d’Espagne, toutes ces provinces étaient rattachées au Diocèse
d’Afrique dont le siège était à Carthage (en Proconsulaire ou Zeugitane)
et à la tête duquel officiait un Vicaire du Préfet du Prétoire de Rome,
chargé de transmettre aux différents gouverneurs, les ordres de
l’Empereur.
55
Afrique romaine
Municipalités et statut social
Les collectivités de base étaient constituées en communes dont le
statut divergeait (quatre types de municipes) selon qu’elles étaient
destinées { des vétérans de l’armée (village de colonisation) et des
citoyens, ou de simples sujets berbères (sédentaires ou nomades), le
statut fiscal étant différencié selon la catégorie concernée, ceci même si
l’Edit promulgué par l’Empereur Caracalla, ou Loi antonine (en 212 ap.
J.-C) accordait théoriquement le statut de citoyenneté à tous les hommes
libres de l’Empire.
Le statut social était en fait très différencié dans une société qui
demeurait inégalitaire et esclavagiste, même s’il existait une minorité de
Berbères assimilés et ayant accès aux privilèges du système, comme ce
fût le cas pour de nombreux notables et sénateurs, ou même quelques
empereurs tels ceux de la dynastie des Sévères (192-235) avec
notamment Septime severe et son fils Caracalla. L’ascension dans
l’échelle sociale pour la population dominée et l’accession { la propriété
foncière étaient parfois possibles pour ceux qui optaient pour la carrière
militaire notamment comme le relate à propos de sa famille, Apulée de
Madaure (125-180), dont le père fût vétéran de l’armée.
L’Armée
Les légions romaines et les troupes auxiliaires qu’elles recrutaient
dans les tribus locales jouaient en effet un rôle décisif dans le contrôle
de la société dominée et la fortification et la surveillance dulimes
(frontières de l’Empire romain). L’armée aura d’ailleurs tendance {
prendre de l’autonomie par rapport au pouvoir civil, depuis notamment
la nomination par Caligula (en 337ap.J.-C), au détriment des pouvoirs du
Proconsul, d’un Légat à la tête de la IIIème légion romaine. Quelques trois
siècles plus tard et face { l’insécurité qui devait aller grandissante,
Dioclétien, nommera pour chaque province un Dux, chef militaire aux
pouvoirs étendus face au gouverneur, et même un Comte de l’Armée
d’Afrique, personnage des plus puissants de l’Empire, dont on a pu
constater les prérogatives étendues lors de l’insurrection des
Circoncellions. La crise de l’Empire sera accentuée aux IVème et Vème
siècles par l’incapacité financière et organisationnelle { mobiliser des
légions aussi redoutables que celles qui avaient permis d’asseoir jadis
son contrôle sur toute la Méditerranée. C’est en s’appuyant sur elles que
les Empereurs souvent issus de ses rangs, avaient pu aussi marginaliser
{ l’excès le rôle du Sénat pour déployer leur absolutisme et aspirer
même avec le Bas-empire à la théocratie.
H. Remaoun
56
Ahmed Bey et la résistance dans leBeylek de Constantine
Corrélats : Apulée de Madaure ; Circoncellions ; Donatisme ; Empire romain ;
Guerres puniques ; Résistance et Insurrections berbères contre les Romains ;
Royautés berbères (antiquité) ; Saint Augustin.
Bibliographie : Benabou, M. (1975) ; Benseddik, N. (1979) ; Decret, F. et Fantar,
M. (1982 et 2008) ;Hugoniot,C. (2000) ; Ibba,A. et Traina,G. (2006) ; Julien,
Ch.-A. (1951 et 1966, Vol 1) ; Kaddache, M. (1972) ; Le Bohec, Y. (2005-2013) ;
Meynier,G. (2007).
Ahmed Bey et la résistance dans leBeylek de
Constantine
A l’est du pays, la résistance face aux Français du Bey Ahmed qui était
kouloughli (c’est-à-dire d’ascendance mixte algéro-turque) laissait sans
doute entrevoir les possibilités existantes dans la Régence d’une fusion
entre certaines fractions de l’aristocratie ottomane et la population
locale.Ahmed bey était le petit-fils d’Ahmed el Kolli, bey de 1758 { 1771
et le neveu de Salah bey (1771-1793).
Ceci aurait pu susciter l’émergence d’un (ou de plusieurs ?) État-
nation sur le modèle qui avait vu le jour dans l’Égypte de Mohamed Ali
et ses successeurs, et qui semblait se dessiner en Tunisie avec la
dynastie des Husseynides et sous l’impulsion d’hommes d’État tel
Kheïreddine Pacha.
Les choses se sont déroulées autrement d’autant plus que la
dispersion territoriale de la population algérienne et la faiblesse de
l’urbanisation n’avaient rien { voir avec le cas de l’Égypte où le
peuplement est depuis la protohistoire concentré autour du Nil
relativement facile à contrôler politiquement, ou de la Tunisie à la
superficie utile nettement plus restreinte et ramassée, et qui, ainsi, a pu
bénéficier d’une continuité politico-historique remontant à Carthage.
L’expérience du beylik de l’Est algérien indiquait cependant qu’un pareil
processus était latent, et pouvait dans certaines conditions prendre
forme. En tous les cas, elle est { relever, même si son ampleur n’a pas
atteint celle de la résistance menée par l’Emir Abd el Kader.
Le Beylik de Constantine a, en effet, été le centre d’une résistance que
ne laissait nullement présager la rapidité avec laquelle Alger avait été
prise tandis que le dey capitulait. Dès août 1830, le corps
expéditionnaire français avait été refoulé du port de Annaba (Bône),
tandis que le débarquement à Bougie qui échoua en 1830, nécessitera
cinq jours de combats de rue pour que la ville soit occupée l’année
suivante. L’attaque contre Constantine s’était, en novembre 1836, soldée
par une véritable déroute des troupes de Clauzel, et celles dirigées
57
Ain Hanech
parVallée du 5 au 13 octobre 1837, n’a permis l’occupation de la ville
qu’au prix de plusieurs jours de combats, occasionnant de lourdes
pertes au corps expéditionnaire, dont celle du gouverneur général
Damrémont. Le Bey Ahmed pourra encore continuer la lutte jusqu’en
mai 1848, en s’appuyant notamment sur les populations des Aurès.
Dans les autres Beyliks, bien que la structure de l’État de la Régence
éclate rapidement, la résistance n’en est pas moins vive. Si au Centre, le
Bey du Titteri (Mostefa Boumezrag) fait connaître sa soumission dès le
6 juillet 1830, il devra être destitué par les Français dès le mois de
novembre, et pour cause : une tentative d’occupation de Blida échouera
le 23 juillet, tandis qu’une expédition contre Médéa nécessitera le 7
décembre l’envoi d’une colonne de 5 000 hommes pour la dégager d’un
véritable bourbier. A l’ouest du pays, la soumission du Bey Hassan a
provoqué l’abandon de la ville d’Oran par sa population, et son
remplaçant le Bey Kheireddine ramené de Tunis par les
autoritésd’occupation ne sauvera en aucune façon la situation. Les
garnisons turques de Tlemcen et Mostaganem devront d’ailleurs faire
appel auxtroupes françaises pour tenter de tenir tête aux soulèvements
de la population.
H. Remaoun
Corrélats : Abd el Kader (Émir) et la résistance face aux Français ; Abd el Kader
Emir, initiation et formation ; Régence d’Alger.
Bibliographie : Emerit, M. (1951 et 2003) ; Julien, Ch-A. (1964 et 1979) ;
Nouschi,A., Prenant A. et Lacoste, Y. (1960) ; Remaoun,H. (Coord. 2000).
Ain Hanech (Paléolithique inférieur)
Le site préhistorique de Ain Hanech (dans la région de Sétif en
Algérie) permet d’attester avec d’autres sites localisés par les
préhistoriens de l’ancienneté d’un peuplement humain en Afrique du
Nord durant le Paléolithique (ou âge de la pierre taillée) qui constitue la
période la plus longue de la préhistoire et qui s’étend des débuts de
cette dernière (sans doute il y a plus de trois millions d’années) {
l’apparition du Néolithique ou Age de la pierre polie, ( il y a une dizaine
de milliers d’années). Les fouilles de Ain Hanech (menées notamment
par Camille Arambourg en 1949 et l’équipe de Mohammed Sahnouni en
1992 et 1993) comme celles menées à El Kherba (à proximité de Ain
Hanech), Mansourah et les Monts du Tessala (à Constantine et dans la
région de Sidi Belabbés), au Sahara ou au Maroc Atlantique (Région de
Casablanca notamment avec les carrières Thomas) permettent
58
Alger Républicain
d’indiquer en fait { partir de l’analyse de centaines de restes d’animaux
fossiles et surtout d’industries lithiques (outils en pierre) que dès le
Paléolithique inférieur (ou ancien) ce qui constitue actuellement le
Maghreb, était concerné par les premières migrations humaines sans
doute { partir d’un berceau en Afriqueorientale.
Les sites de Ain Hanech et d’El Kherba semblent dans l’état actuel de
la recherche, les plus anciens signalés dans la région puisqu’ils auraient
été datés, de 1.77 { 1.95 M.a (millions d’années) (Sahnouni et autres, in
travaux du CNRPAH, nouvelle série n°11) ce qui concorderait avec la
première arrivée d’hominidés au Moyen Orient et de l{ aux portes de
l’Europe, il y a environ 1.8 millions d’années. Les outils de pierre parmi
lesquels on peut retrouver des bifaces et des racloirs sont fabriqués à
partir du silex du calcaire et pourraient être rattachés à un style
industriel Pré-acheuléen ou plus précisément Oldawayen, du nom
d’uneculture qui aurait d’abord foisonné en Afrique orientale et australe
il y a 1.5 M.a { 2.5 M.a (le qualicatif d’Oldawayen renvoyant lui-même à
celui du site d’Olduvai en Tanzanie).
H. Remaoun
Corrélats : Atlanthrope ; Histoire ; Préhistoire.
Bibliographie : Balout, L. (1955) ; Camps,G. (1974) ; Sahnouni, M.et autres, in
CNRPAH (L’Afrique berceau de L’humanité, 2013) etin CNRPAH (Préhistoire
Maghrébine, tome II, 2011) ; Saoudi, N. (2002).
Alger Républicain (de 1938 à 1965 avec des périodes
d’interdiction)
La fondation du quotidien Alger Républicaindont le premier numéro
est publié le 6 octobre 1938, faisait suite à celle 20 mois plutôt (en
février 1937) d’Oran Républicain, et le projet devait se poursuivre avec
un troisième journal Constantine Républicain qui ne verra jamais le jour.
Dans la conjoncture qui suivait la dynamique suscitée par l’accession au
pouvoir du Front Populaire en France et ses effets en Algérie dont la
constitution du Congrès musulman algérien l’objectif avait été de
constituer un réseau de journaux pouvant porter les voies de la gauche
avec ouverture vers les Algériens (dits { l’époque « musulmans »), bien
entendu dans une perspective assimilationniste dominante { l’époque.
C’est d’ailleurs l’ancien responsable de la section socialiste de Béni-Saf,
Paul Schmitt, lequel avait été parmi les initiateurs d’Oran Républicain,
qui va être le premier directeur du Quotidien algérois avant de céder la
59
Alger Républicain
main au petit fils du critique d’art Élie Faure et arrière-petit-fils d’Elysée
Reclus, Jean Pierre Faure, qui sera secondé par le rédacteur en chef
Pascal Pia et le jeune Albert Camus (alors âgé de 25 ans) qui rejoindra
l’équipe. Le journal constitué par 5000 petits actionnaires (pour 5500
actions) a d’abord eu son siège { Bab El Oued avant d’occuper { sa
seconde parution en 1943 au Boulevard Laferrière (devenu Bd
Khemisti) { l’architecture hispano-mauresque de la Dépêche d’Algérie
(fondée en 1885). Le même local hébergeait d’ailleurs la Société
nationale des entreprises de presse (SNEP) qui gérait les journaux
nationalisés pour collaboration avec les Allemands sous l’occupation
allemande et le Régime de Vichy.
Le journal, sous la plume de Camus, rendra compte de la misère en
Kabylie et prendra la défense de Cheikh Okbi et Abbas Turqui dans
l’affaire du meurtre du Muphti d’Alger, Kahoul, ou encore des
responsables du Secours populaire, Larbi Bouhali et Maurice Priand
poursuivis au vu des dispositions du Décret Regnier, pour s’être
solidarisés avec Chebbah El Mekki lui-même aux prises avec la
répression coloniale dans la région de Biskra.
Alger Républicain cessera de paraitre cependant après la déclaration
de la Seconde Guerre mondiale (en septembre 1939) et la publication du
Soir Républicain qui en avait pris la relève, sera suspendue par le
Gouverneur général en Février 1940.
Le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Afrique
du Nord (Opération "Torch") va créer les conditions de la seconde
parution du journal qui a lieu à partir de février 1943. Il faudra
cependant de nouvelles combinaisons financières qui feront intervenir
René Capitan et le journal de la Résistance, Combat puis surtout l’Union
française d’information (UFI) d’obédience communiste. La rédaction
sera d’abord animée par Michel Rouzé (qui avait été rédacteur en chef
d’Oran Républicain) puis à partir de 1947 par Karl Ecure avec à ses côtés
déjà Boualem Khalfa. Avec la Guerre froide au cours de laquelle
socialistes et communistes se retrouvent sur les lignes politiques
opposées, Alger-Républicain sans être juridiquement rattaché au PCA, va
de plus en plus apparaitre comme le quotidien du parti, même si ce
dernier édite d’autres périodiques, tel l’organe officiel, Liberté, ou El
Jazair el Jadida (organe en langue arabe animé par Mahmoud Latrèche,
un vétéran du Mouvement communiste arabe et international). Ce sera
le cas surtout à partir de 1950-1951 lorsque émerge une nouvelle
équipe avec Henri Alleg comme directeur, Boualem Khalfa rédacteur en
chef, et JacquesSalort administrateur et de jeunes journalistes comme
Henri Maillot, Abdelhamid Benzine, KatebYacine, Yahia Briki et quelques
autres tel Mohammed Dib. Le journal qui tire à près de 25000
exemplaires développe ses rubriques culturelle et sportive ainsi que des
60
Alger Républicain
pages courrier et débats, en tout en rendant compte de la vie politique et
sociale avec une orientation de gauche et en se faisant le porte-voix
unitaire des différentes composantes du Mouvement national comme
cela a été le cas en 1951-1952 avec le Front algérien pour la défense et
le respect des libertés (FADRL). Son imprimerie servira d’ailleurs { la
publication de leurs affiches, tracts et brochures ainsi que leurs
journaux : L’Algérie libre et El Maghreb el Arabî pour le PPA-MTLD, le
travailleur Algérien pour la CGT-UGSA, l’Ouvrier algérien pour l’UGTA,
ainsi que les organes d’associations de jeunesse et de femmes et autres.
A partir du 1er Novembre 1954, le journal sera l’objet de plusieurs
saisies et emprisonnements de ses responsables et collaborateurs par
les autorités coloniales, avant d’être totalement interdit le 12
septembre1955. Ses locaux plastiqués (déj{ avant l’OAS) finiront par
être occupés par les parachutistes lors de la Bataille d’Alger pour en
faire le siège du journal de propagande de l’armée coloniale, Le Bled. On
sait ce qu’il adviendra de nombres de ses journalistes morts dans le
combat, ou arrêtés et torturés comme en témoignera Henri Allegdans
ses ouvrages dont La Question publié en 1958 et qui fera date, ceux
envoyés aussi au camp militaire de Lodi (Région de Médéa). A la
proclamation de l’indépendance en juillet 1962, le journal pourra de
nouveau paraitre avec Henri Alleg et Boualem Khalfa comme co-
directeurs, Abdelhamid Benzine rédacteur en chef, Jacques Salort
administrateur et secrétaire général et d’anciens et nouveaux
collaborateurs qui compléteront l’équipe.
Avec un tirage ayant à certains moments atteint 100.000 exemplaires,
soit le plus fort dans l’Algérie des débuts de l’indépendance, il sera un des
principaux porte-voix de l’orientation socialisante de l’époque. Alors
qu’un projet de fusion était envisagé avec le quotidien du FLN, Le Peuple,
il cessera de paraitre de nouveau suite au coup d’État du 19 juin 1965. Il
faudra attendre les changements politiques et institutionnels intervenus
dans le pays en 1988-1989, pour qu’il recommence { paraitre de
nouveau mais de manière très épisodique après la plus longue de ses
trois périodes d’interdiction (1939-1943, 1955-1962 puis 1965-1989).
Durant des années, le quotidien aura cependant marqué le paysage
politique et social de l’Algérie.
H. Remaoun
Corrélats : Front algérien pour la défense et le respect des libertés (FADRL) ;
Oran Républicain ; Parti communiste ; Presse écrite.
Bibliographie : Ageron, Ch.-R. (1979) ; Alleg, H. (1958), (1982) et (2005) ;
Alleg, H., Khalfa, B. et Benzine, A.(1987) ; Gallissot, R. (2006 et 2007).
61
Algérie - al Djazaïr
Algérie - al Djazaïr
Etat républicain situé au centre de l’Afrique du Nord ou Maghreb. Il a
une superficie de 2380.000 km2 répartie entre la rive méditerranéenne
(avec 1300 km de côtés) et le Sahara (qui totalise plus de2000.000 de
km2) avec une distance nord-sud qui approche les 2000 km. En 2015 la
population globale devait atteindre les 40.000.000 d’habitants.
Situation géographique et climatique
Traverse par le Méridien de Greenwich qui passe notamment par la
localité de Stidia (entre Oran et Mostaganem dans l’Ouest du pays),
l’Algérie s’étend { peu près dans sa partie nord entre 8° de longitude est
(-8°) et 2° de longitude ouest (+2°), pour s’élargir dans sa partie sud
entre 10° de longitude est (-10°) et 8° de longitude ouest (+8°). Du sud
au nord, il s’étend de 19° de latitude nord (+19°) ({ son extrême sud) {
37° de latitude nord (+37°) { son extrême nord. L’Algérie partage par
ailleurs une frontière continentale avec 7 pays, soit dans sa partie
occidentale avec le Maroc (1559 kms), le Sahara occidental (42 km) et la
Mauritanie (1376 kms), dans sa partie méridionale avec le Mali (956
kms) et le Niger (982 kms) et enfin dans sa partie orientale, avec la
Lybie (982 km) et la Tunisie (965 kms). Sur le plan climatique le pays
est considéré pour sa partie nord comme relevant de la zone semi-
tempérée méditerranéenne et pour sa partie sud (soit la plus grande en
superficie) comme désertique, avec un temps particulièrement chaud et
sec. Le tout est marqué par un réseau hydrographique assez irrégulier et
pondéré selon l’importance des chaines montagneuses, dont pour le
nord du pays les Atlas tellien et saharien marqués d’Est en Ouest par les
massifs des Aurès, des Kabylies, l’Ouarsenis et les Monts de Saïda et de
Tlemcen, et au Sahara central par la protubérance du Hoggar qui
culmine à plus de 3000 m.
L’Economie et la société
La pluviométrie irrégulière sinon plutôt faible même dans le nord,
permet cependant une agriculture à base de céréales et de maraichers
en irrigué dans les plaines à proximité des villes, mais aussi de
l’arboriculture en montagne (agrumes, oliveraies, figues et autres fruits
de contexte méditerranéen) et aussi palmiers-dattiers et légumes
diverses dans les oasis du Sahara. Le pays fût assez marqué dans le
passé par la pratique du nomadisme et du pastoralisme, ovins et caprins
notamment, mais aussi élevage de mulets, chevaux et dromadaires dans
62
Algérie - al Djazaïr
le sud, mais aujourd’hui la vie sédentaire semble généralisée. Il dispose
aussi de produits miniers tel le phosphate, le fer et autres minerais
métallurgiques, mais surtout dans le Sahara de réserves, de pétrole et de
gaz naturel qui permettent au pays d’engranger ses principaux revenus.
L’Algérie demeure un pays { population jeune avec une transition
démographique toujours en cours, puisque le pays a plus que quadruplé
sa population depuis la proclamation de son indépendance en juillet
1962, et bien entendu la pression sur l’emploi est telle qu’il y a un
gonflement de l’économie informelle et une forte pression migratoire.
Les mouvements migratoires se font des campagnes vers les villes, qui
surtout dans le nord du pays concentrant de 60 à 70% de la population
et aussi vers la France, d’autres pays européens, et depuis ces dernières
décennies le Canada et d’autres régions du monde, la migration en
direction de l’étranger concernant de plus en plus les cadres et autres
personnes éduquées.
L’histoire et la culture
Le Toponyme Algérie renvoie bien entendu à la dénomination de la
ville d’Alger, capitale du pays et déformation européanisée du nom arabe
d’El Djezaïr. C’est en effet { partir de cette cité-Etat que s’est faite { partir
de 1516-1518 autour des personnalités de Aroudj et de KhayrEddine (les
frères Barberousse) et avec l’intégration { l’Empire ottoman, l’unité du
territoire algérien actuel, pour le nord du pays notamment, l’extension
vers l’extrême sud s’étant affirmée plus tard avec la colonisation
française. Cette dernière commencée avec le débarquement de 1830 et la
capitulation du Dey d’Alger, va complétement déstructurer la société
algérienne traditionnelle avec notamment la pénétration du capitalisme
colonial. Celui-ci était caractérisé par une agriculture tournée (au
détriment des produits vivriers) vers le marché français avec des denrées
telles la vigne et les agrumes, mais aussi l’exportation de produits miniers
et l’importation de produits manufacturés surtout destinés à un assez fort
peuplement européen (1M de personnes environ en 1962) à qui profitait
la domination coloniale. Après la résistance à base de mobilisation tribale
et confrérique menée tout au long du XIXème siècle avec l’Émir Abd el
Kader comme précurseur, un Mouvement national moderne s’appuyant
sur des associations, des syndicats et des partis politiques va se constituer
dans la 1ère moitié du XXème siècle et déboucher sur l’insurrection armée
du 1er novembre 1954 et l’accession { l’indépendance en juillet 1962.
En fait l’État algérien qui commence { se constituer avec la Régence
d’Alger est considéré par l’historiographie nationale comme un
continuateur des différentes formations étatiques qui se sont formées
au Maghreb central depuis l’antiquité et jusqu’au Moyen-âge et parmi
lesquelles on pourra citer ici au moins les royautés de Numidie et des
63
Almohades –al-Muwahidun
Mauritanies, les Émirats rostémide, hammadide et zyanide. En fait
l’identité algérienne de nos jours largement intégrée { l’ensemble
maghrébin se serait formée pour être assez schématiques { partir d’une
synthèse basée sur le vieux fond berbère (ou amazigh) et peut être
même libyco-punique auxquels seraient venus s’ajouter au Moyen-âge
l’apport arabo-musulman puis les déstructuration-restructurations dues
notamment aux périodes ottomane, française, puis nationale (avec le
Mouvement national puis l’accession du pays { l’indépendance).
Les traces qui persistent de ce parcours sur la longue durée en sont
sans doute l’usage linguistique du tamazight et de l’arabe, mais aussi la
référence { l’islam et (pour combien de temps encore ?) une certaine
pratique de la langue française et une aspiration au système républicain
de gouvernance.
H. Remaoun
Corrélats : Le dictionnaire portant exclusivement sur l’Algérie tous les articles
qui le composent peuvent être considérés comme des corrélats à cette
contribution. On pourra cependant particulièrement se référer aux notices
suivantes : Abd el Kader Émir ; Afrique romaine ; Almohades ; Almoravides ;
Arabes ; Berbères ; Colonisation agraire et lois foncières ; Congrès de la
Soummam ; du Cessez le feu { l’indépendance; Fatimides ; FLN ; Hammadide ;
Histoire ; Kharejisme ; Maghrîb ; Malekisme ; Manifeste du Peuple algérien ;
Phénico-puniques ; Régence d’Alger ; Résistance et insurrections berbères
contre les Romains ; Rostomides ; Royautés berbères, Unité maghrébine ;
Zirides ; Zyanides.
Bibliographie : Djender, M. (1968) ; Encyclopédie berbère ; Encyclopédie de
l’islam ; Encyclopédie Larousse ; Encyclopédie universalis ;Lacheraf, M. (1965 et
1978) ; Manuels de géographie de l’Éducation nationale.
Almohades –al-Muwahidun (1130- 1269)
L’histoire des Muwahidun (Almohades) débute comme celle des
Fatimides et des Murabituns, par la rencontre de deux hommes : un
prédicateur réformateur reconnu comme Mahdi et un chef militaire et
politique. Abd al-Mu’min b. Ali (1131 - 1163) est d’abord le disciple
préféré d’Ibn Tumart. Il lui succéda { la tête du double mouvement
religieux (revenir aux fondamentaux de l’islam) et politique (mettre en
place un État qui réponde aux exigences de la Communauté
musulmane).
64
Almohades –al-Muwahidun
L’épopée almohade commence par une série d’expéditions qui leur
permet d’asseoir leur contrôle sur les régions montagneuses de l’Atlas.
À partir de Tinmal dans le Haut-Atlas marocain, Abd al-Mu’min b. Ali,
qui se fait proclamer calife à la mort (caché trois années durant) du
mahdi Ibn Tumart, se lance à la conquête de tout le Maghreb et de
l’Andalousie. Le choc avec les Murabituns était inévitable. Après un
premier échec devant Marrakech en 1129, une guerre, désignée par les
chroniqueurs sous le nom de guerre de Sept ans, dura de 1139 à 1146.
Abd al-Mu’min et ses successeurs dits les Mu’minides, au fur et {
mesure de leurs succès militaires, ont su mettre sur pied une
administration d’État { travers ses trois conseils / diwans essentiels :
celui de l’armée, celui de la mer et celui des affaires générales. L’armée
almohade se détache des tribus. Elle recrute et entraîne des soldats qui
aident le calife { se libérer de l’emprise des cheikhs almohades.
La prise d’Oran en 1145 marque le début des grandes victoires des
Almohades. Celle de Tlemcen eut lieu l’année suivante (1146) après
pratiquement sept mois de siège. La reddition des deux villes, Tagrart et
Agadir qui formaient Tlemcen, achève la conquête du Maghreb central
mais au prix d’une centaine de milliers de morts selon Ibn al-Athir.
Après avoir occupé successivement Fès, Meknès, Ceuta et Salé, Abd
al-Mu’min fit le siège de Marrakech où s’étaient enfermés les derniers
éléments des Murabituns et les mercenaires chrétiens. Le siège dura
entre sept et onze mois selon les chroniqueurs. Vingt mille personnes
seraient mortes de faim et soixante mille autres auraient trouvé la mort
dans les combats. Les chroniqueurs rappellent la mort héroïque au
combat de Fannu, fille d’un chef almoravide Yintan b. Umar – dont l’un
des frères avait défendu Fès – et l’attitude du tout jeune et dernier
souverain Ishaq b. Ali. La fin de cette guerre de Sept ans entraîna la fin
de l’histoire maghrébine des Murabitun.
Abd al-Mu’min hérite alors des provinces espagnoles que dirigeaient
des gouverneurs almoravides. Il en prit possession soit par soumission
soit par la force. C’est ainsi qu’Ibn Maymun fit sa soumission en mettant
au service du nouveau calife la flotte dont il était l’amiral et la ville de
Cadix. Les autres émirats furent soumis de gré ou de force : Séville,
Carmona, Cordoue, Grenade, Malaga, Badajoz… entre 1145 et 1150. Ibn
Abi Zar auteur du Rawd al Qirtas, mentionne le débarquement à
Algésiras d’une armée de dix mille cavaliers.
Ayant placé sous son autorité l’ensemble des territoires qui
relevaient de l’Empire almoravide, Abd al-Mu’min se lança { la conquête
de l’Ifriqiya. En 1152, Abd al-Mu’min mit fin { la dynastie hammadide et,
du même coup, { celle des Zirides dans l’ensemble de l’Occident
musulman.
65
Almohades –al-Muwahidun
Un évènement majeur se produisit en 1153, le 28 avril. Sentant le
danger que représentait pour leurs privilèges cette nouvelle puissance,
les Banu Hilal et les Banu Sulaym s’unirent pour lutter contre les
Almohades. Ils entrèrent dans le Constantinois et le contact avec les
Almohades eut lieu à Sétif en 1158. Les trente mille cavaliers almohades
rapides et disciplinés mirent en déroute leurs ennemis pourtant en plus
grand nombre.
La bataille de Sétif a eu deux conséquences essentielles. En
dispersant les Banu Hilal, Ryah, Athbej, Djochem, etc., dans diverses
provinces du Maghreb en général et du Maghreb central en particulier,
Abd al-Mu’min a facilité, non seulement une sorte d’intégration
réciproque entre Berbères et Arabes, mais surtout il a permis le
développement de l’usage de la langue arabe au Maghreb. De plus, mais
de façon plus forte, cette victoire permit { Abd al Mu’min d’imposer la
légitimité de son pouvoir contre l’autre légitimité incarnée par les frères
du mahdi Ibn Tumart qu’il ménageait jusque-l{. Il fit reconnaître son fils
comme héritier du califat et se débarrassa des frères du mahdi sous
prétexte d’un complot. Ce conflit entre l’armature almohade et le
nouveau personnel gouvernemental n’allait être réglé que beaucoup
plus tard sous le règne du calife Ya’qub Abu Yusf al-Mansur (1184-
1199).
Abd al-Mu'min propose aux Arabes Banu Hilal de combattre les
chrétiens, qui se rendaient maîtres d'une grande partie de l’Andalousie.
Ibn al-Athir met dans la bouche du « Prince des Croyants » un discours
qui en appelle à l'« arabité » des premiers conquérants d'al-Andalus et
au modèle que ceux-ci représentaient pour exhorter les tribus arabes
d'Ifriqiya à se montrer dignes de leurs ancêtres : « Les chrétiens ont
occupé une grande partie du pays qui était aux mains des musulmans, et
personne ne se bat contre eux comme vous. C'est vous qui avez conquis
le pays aux premiers temps de l'islam, et c'est par vous que l'ennemi en
sera chassé aujourd'hui. Aussi voulons-nous de vous 10 000 cavaliers
valeureux et courageux qui mènent le jihâd dans le chemin de Dieu. Ils
écoutèrent et obéirent».
Abdallah Laroui, qui doute de l’intégration des Banu Hilal au sein de
l’armée régulière almohade, émet l’hypothèse qu’Abd al-Mu’min a utilisé
ces derniers comme soldats et collecteurs d’impôts. En tout état de
cause, c’est ainsi que pour la première fois de son histoire, le Maghreb
de Marrakech à Tripoli connut un État unitaire.
L’armée almohade était composée { ses débuts d’éléments des tribus
du Haut-Atlas marocain, les gens de Tinmal, les Masmudas. L’ont
intégrée au nombre de quarante mille, ceux de la tribu d’Abd al-Mu’min
(les Kumiyas), puis les Zénètes parmi lesquels les Banu Abd el-Wad.
Après la soumission de Béjaïa, les officiers hammadides ont renforcé
66
Almohades –al-Muwahidun
une armée déjà structurée. Selon Ibn Abi Zar, les Banu Hilal matés à
Sétif, les archers kurdes venus d’Égypte, des arbalétriers et enfin des
miliciens chrétiens ont fini par donner { cette armée une allure d’armée
nouvelle au service d’un État nouveau. Abd al-Mu’min aurait réussi {
rassembler derrière son étendard pour la conquête de l’Ifriqiya
soixante-quinze mille cavaliers et cinq cent mille fantassins (al-Hulal al-
Mawchiya). Ibn Abi Zar évalue à trois cent mille cavaliers qui rejoignent
en Espagne les troupes qui s’y trouvaient déj{ et qu’il estimait { huit
cent mille cavaliers et cent mille fantassins. Les mêmes chroniqueurs,
cités par Rachid Bourouiba, nous donnent les noms des généraux d’Abd
al-Mu’min : Abu Hafs Umar (l’ancêtre éponyme des Hafsides),
Abderahman b. Aggu, Abu Ibrahim, Abu Bakr b. Jabr, Yusuf b. Sulayman,
Abd al Salam al-Kumi et les fils d’Abd al-Mu’min.
Cet État almohade qui regroupait le Maghreb et l’Andalousie portait
en lui ses propres contradictions. Il était trop vaste pour être dirigé
depuis Marrakech ou même Séville. Le calife fut obligé de distribuer à sa
famille et aux proches du Mahdi des parcelles de son pouvoir. Comme le
rigorisme des Murabitun, la doctrine unitarienne et anti-malékite
officielle fut combattue de façon souterraine par les Fuqahas malékites.
De plus, la splendeur politique des successeurs immédiats d’Abd al-
Mu’min cachait mal une sorte de crise économique latente malgré la
puissance du Dinar Yusufi.
Enfin la crise du pouvoir local en Andalousie a facilité les attaques
chrétiennes. Les interventions de Yusuf Abu Ya'qub (1163 - 1184) et de
Ya'qub Abu Yusuf (1184-1199) en Espagne pour contenir l’avancée des
chrétiens entraîne autant d’interventions en Ifriqiya des Banu Ghania,
ces Murabituns qui tenaient encore les Îles Baléares. Ya'qub Abu Yusuf
ne tire pratiquement aucun profit de la victoire de son armée { al-Arak
(Alarcos) en juillet 1195. Or cette victoire avait eu pour conséquence
principale le ralentissement de la Reconquista. Les rois Alphonse IX de
Léon et Sanche II de Navarre furent obligés de payer un lourd tribut et le
roi de Castille Alphonse VIII fut obligé de signer une trêve avec
Muhamed an Nasir.
Par ailleurs, c’est le vainqueur d’al-Arak, Abd al-Wahid Umar,
descendant d’Abu Hafs Umar, premier compagnon du Mahdi, qui vient {
bout des Banu Ghania en Ifriqiya en 1209. Nommé gouverneur de
l’Ifriqiya, Abd al-Wahid Umar prépare le terrain à la dynastie des
Hafsides. Le nouveau jihad lancé en 1211 par Muhamed an-Nasir (1199-
1213)en Andalousie s’achève par laterrible défaite d’Al-Uqab / Las
Navas de Tolosa le 16 juillet 1212.
Bousculés, contournés par une armée chrétienne pourtant moins
importante, les Almohades essuient un revers catastrophique. Ce fut une
véritable débâcle. Cet évènement a constitué un double tournant. Il
67
Almohades –al-Muwahidun
marque le début d’une grave crise politique au sein de l’Empire
almohade alors que dans le même temps il constitue une date clé dans le
mouvement de reconquête chrétienne et affirme l’unité des chrétiens
derrière le roi de Castille. Les Almohades se replient sur le Maghreb et
ne subsiste en Espagne en 1230 que l’Émirat de Grenade des Nasrides
qui va résister jusqu’en 1492. Le régime almohade s’écroule
progressivement.
Le califat almohade sort affaibli de cette bataille et l’équilibre
politique s’en est ressenti. Les luttes d’influence que se livrent les
Mu’minides et les cheikhs almohades aggravent la crise politique. Le
calife Idris al-Ma’mun (1227-1232) dénonce en 1229 la doctrine
almohade et ordonne l’exécution des cheikhs, perdant ainsi toute
légitimité. Le danger est désormais { l’intérieur du Maghreb. Dans ce
contexte de crise générale, le démembrement amorcé en Espagne se
reproduit au Maghreb. Il commence en Ifriqiya. Le hafside Yahia Ier Abu
Zakaria (1228 - 1249) fait dire la Khotba au nom du mahdi Ibn Tumart
et rompt avec le calife al-Ma’mun. Il reconstitue l’Ifriqiya ziride et
hammadide et hérite de leurs positions politiques et de leurs traités
internationaux. Il devint le souverain le plus puissant du Maghreb. Son
fils et successeur Muhamed Ier al-Mustansir (1249 - 1277) prit pour un
temps le titre de calife et, selon Abdallah Laroui, « il gagna un tel
prestige que des ambassadeurs lui furent envoyés de pays éloignés tels
que le Kanem, le Bornou (1257) et la Norvège (1262) ».
Au centre du Maghreb, tout se joue entre Zyanides à Tlemcen,
Mérinides { Meknès, Almohades { Marrakech et les Banu Hilal jusqu’en
1269. Les Banu Hilal contrôlent la route Fès-Marrakech, les Mérinides
surveillent l’axe Meknès-Taza et les Zyanides tiennent le chemin de
l’Ifriqiya. En 1236, Yaghmorasanrompt avec le calife Abd al-Wahid II ar-
Rashid et prend le contrôle de l’Oranie actuelle. Il laisse le calife
almohade Ali as-Said enlever Meknès aux Mérinides. Pourtant, les
Mérinides, qui déj{ en 1216 avaient infligé une première défaite aux
troupes du calife almohade Yusuf II al Mustansir, devaient « réussir,
entre cette date et l'année 1258, à se doter comme leurs rivaux zyanides
d'un domaine-plate-forme cohérent », (A. Laroui) le nord-marocain
actuel. En 1269, lemérinide Ya'qub Abu Yusuf al-Mansur (1258-1286)
prend Marrakech et met fin au califat almohade.
F. Soufi
Corrélats : Abd Al Mu’min Ibn Ali ; Almoravides - al-Murabitun ; Andalus (al) ;
Hanafisme - al Hanafiyya ; Hilaliens; Malékisme ; Zyanides.
68
Almoravides - al-Murabitun
Bibliographie : Bourouiba, R. (1982) ; Ibn Khaldoun (2010) ; Julien, Ch.-A.
(1951 et 1966, vol2) ;Laroui,A. (1970) ; Merad,A. (1962) ; Meynier,G. (2011 et
2012).
Califes almohades
Abd el-Mu'min b. Ali (1130–1163)
Yûsuf 1er Abû Ya'qûb (1163–1184)
Ya'qûb Abû Yûsuf al-Mansûr (1184–1199)
Muhammad an-Nâsir (1199–1213)
Yûsuf II al-Mustansir (1213–1223)
Abd al-Wâhid b. Yusuf 1er al-Makhlû' (1223-1223)
Abdallah b.al Mansur al-`Âdil (1223-1227)
Yahyâ b. al Nasir al-Mu`tasim (1227)
Abû al-`Alâ' Idrîs b. al Mansûr al-Ma'mûn (1227-1233)
Abu Muhammad `Abd al-Wâhid ar-Rachîd (1233–1242)
Ali as-Sa`îd al-Mu'tadid (1242–1248)
Abû Hafs `Umar b. Ishaqal-Murtadâ (1248–1266)
Idris b. Mohamed b. Omar b. Abd el Mu’min
Abu Debbus (1266–1269)
Ishaq (1269)
Almoravides - al-Murabitun (1073-1147)
Les Murabituns (Almoravides), ces moines-soldats, sous la conduite
de leur idéologue Abdallah b. Yasin et de leur chef militaire Yusuf b.
Tashfin, commencent par contrôler le commerce saharien. Yusuf b.
Tashfin qui se désintéresse du Sahara remonte vers le Nord.
Marrakech, fondée en 1062 par Abû Bakr ibn ‘Umar al-Lamtûni, va de
pair avec la construction de nombreuses mosquées et madrasas, qui se
répandent également dans les autres villes du territoire.
Abû Bakr ibn ‘Umar fonde sa capitale Marrakech en 1062, occupe Fès
en 1069. En 1079, il envoie son général Mazdali contre Agadir / Tlemcen
la capitale des Maghrawas. En 1101, il vient lui-même renouveler
l'attaque, prend la ville et fonde Tagrart. Il réussit à soumettre à son
pouvoir tout le Maghreb central jusqu’{ Alger (1082). Pour la première
fois, le Maghreb central et occidental sont placés sous une autorité
politique unique.
Un État se met en place. Géographiquement les frontières
méridionales le mettaient en contact avec l’Empire du Ghana et les
frontières septentrionales lui ouvraient la porte du jihad contre les
chrétiens dans la péninsule ibérique. Cet État s’appuie sur l’armée et un
réseau de fuqahas, gardiens vigilants du dogme malékite.
69
Almoravides - al-Murabitun
La base de cet État est l’armée, une armée tribale mais déj{ ouverte {
d’autres composantes. Aux éléments de la confédération saharienne
autour des Lamtunas, principalement, s’agrègent d’autres dont les
Masmudas puis plus tard des mercenaires turcs (Ghuzz) et même
chrétiens. Ibn Khaldoun estime cette armée à 100 000 personnes,
cavaliers, Ghuzz et garde personnelle du sultan comprise. Armée encore
tribale certes mais au fur et à mesure de leur marche vers le nord
(actuels Maroc et Espagne) et la conquête du Maghreb central, les
Murabituns améliorent leur armement et leur tactique. Yusuf b. Tashfin
crée un corps d’archers. Les dépenses de l’État sont donc d’abord
militaires. Il faut payer et entretenir cavaliers, chameliers et fantassins.
Pour l’historien sénégalais Yoro Fall, ce fut « une œuvre unificatrice ».
Selon notre auteur, «combinant les opérations militaires (chevauchées
de reconnaissance, escarmouches ou offensives foudroyantes) à une
politique opportuniste d’alliance matrimoniale, une habile diplomatie et
un prosélytisme rigoureux, ils contribuèrent à la construction et à la
stabilisation d’un espace musulman sahélo-maghrébin centré sur les
cultures urbaines ».
Dans leur avancée vers le Maghreb oriental, Alger a marqué la
frontière entre leur zone d'influence et celle des Hammadides. Et pour
cause, l’Andalousie était leur véritable centre d’intérêt. La victoire de
Zallaqa, en Espagne, en 1086, offre { Yusuf b. Tashfin, la légitimité
nécessaire pour soumettre progressivement à son autorité les royaumes
des Taifas et annexer leur territoire à son empire. Un empire avec deux
capitales : l’une maghrébine, Marrakech, l’autre andalouse, Séville. Pour
l’historien marocain Abdallah Laroui, « il faut donc { la fois tenir le
Maghreb et défendre l’Andalousie ; une série de forteresses sont donc
construites ou reconstruites aux points stratégiques. L’élément militaire
se fait cependant rare, puisqu’il dépend entièrement du recrutement
almoravide […] ».
Ali b. Yusuf (1106 - 1142) qui réussit à maintenir, malgré tout, ses
positions militaires surtout en Espagne, puis son fils Tashfin b. Ali qui lui
succède en 1142, avaient essayé en vain d'endiguer d’une part la
Reconquista chrétienne et d’autre part la vague almohade qui avait pris
naissance déjà en 1124. Malgré leur force militaire et la série de
fortifications mises en place au Maghreb, les Murabituns succombentaux
attaques almohades. C’est Tlemcen qui fut le thé}tre de la bataille
décisive que Abd al-Mu’min, livra { Tashfin b. Ali en 1142. Cette bataille
est connue sous le nom de Yawm Mindas (journée / bataille de Mindas).
Tashfin b. Ali se réfugie { Oran où il y est assiégé par Abd al-Mu’min,
plusieurs mois durant. Il trouve la mort en tentant de rejoindre sa flotte
commandée par son amiral Ibn Maymun (1145) au lieu-dit Saut du
Cheval (non loin de Mers el Kebir). En 1147, Abd al-Mu’min b. Ali
70
Andalus(al)
enlève Marrakech { Ishaq b. Ali et ouvre une nouvelle page de l’histoire
du Maghreb dans son ensemble.
F. Soufi
Sultans almoravides
Yusuf b. Tashfin (1073-1106)
Ali Abu L-Hassan (1106-1142)
Tashfin Abu l-Mu’izz (1142-1146)
Ibrahim b.Tashfin (1146)
Ishaq b. Ali (1146-1147)
Corrélats : Almohades - al-Muwahidun ;Andalus (al); Hammadides - Banû
Hammaâd ; Malékisme ; Zirides.
Bibliographie : Ibn Khaldoun (2010) ; Julien, Ch. A. (1951 et 1966, vol. 2) ;
Lagardere, (1998) ; Laroui, A. (1970) ; Meynier, G. (1980) ; Meynier,G. (2011 et
2012).
Andalus(al)
Nom donné à la Péninsule ibérique par les musulmans et notamment
dans les régions où ils seront présents en exerçant leur autorités depuis
le franchissement du détroit de Gibraltar (Djebel-Târik) en 711, et
jusqu’{ la chute en 1492 du dernier émirat qu’ils y contrôlaient Grenade.
Al-Andalusfût d’abord la province la plus occidentale (avec le Maghrîb el
Aqça) du Maghrîb el islamî, tel que perçu du centre politique de l’Empire
musulman soit Damas sous les Ommeyades (660-752) puis Bagdad sous
les Abbassides. En fait les Abbassides qui contrôlaient à peine une partie
du Maghreb oriental dirigé par les gouverneurs aghlabides, ne semblent
avoir eu aucune emprise sur al-Andaluspuisque dès leur accès au
pouvoir (en 752), la Péninsule ibérique devint le refuge des Ommeyades
déchus qui y installeront en 756 avec Abderrahmane un émirat ayant
pour siège Cordoue, promu à partir de 912, Khalifat ommeyade de
Cordoue. Dans la 1ère moitié du XIèmesiècle, le Khalifat de Cordoue tendra
cependant à éclater en une multitude de principautés (les Tawaîfs), dont
quelques-uns seulement auront quelqu’importance, pas suffisamment
cependant pour tenir tête { la Reconquista Chrétienne qui s’achèvera
avec la prise de Grenade en 1492.
71
Andalus(al)
al-Andalus et le Maghreb
De 711 à 1492 les relations entre les Andalus et le Maghreb étaient
extrêmement denses et se traduisaient par de forts flux de populations
entre les deux ensembles. Tout d’abord la phase de conquêtes de la
Péninsule ibérique par les Musulmans déclenchée à partir du Maghreb,
verra un grand nombre de Berbères s’installer sur la rive nord, sans
doute comme soldats mais aussi agriculteurs.
À cela il faudra ajouter avec la consolidation de la puissance
Ommeyade (du VIIIème au Xème siècle) un jeu politique intense des Émirs
puis Khalifes de Cordoue en Afrique du Nord, où ils serviront de contre-
poids aux puissances abbasside (représentée par les Aghlabides de
Kairaouan), puis fatimide. Les différentes Émirats nord-africains, y
compris idrisside de Fez et rostémide de Tihert chercheront
constamment l’appui, sinon la protection de leurs voisins d’Espagne, au
point où le premier finira par être purement et simplement annexé par
eux.
C’est d’ailleurs au cours du Xème siècle que des marins andalous
fonderont le port d’Oran (en 903) alors que les Zénètes du Maghreb
central et oriental sont nombreux à émigrer pour répondre aux besoins
en troupes qui commence à se faire sentir au sein de la péninsule.
Avec l’effondrement de l’Empire ommeyade de Cordoue au XIème
siècle, les principautés qui en hériteront, ne sont cependant plus en
mesure de tenir tête à la forte pression chrétienne venue du nord et ce
sont les empires nord-africains, qui deviendront les protecteurs des
musulmans d’al-Andalus. En effet les Almoravides (aux XIème-XIIème s) qui
triompheront des chrétiens à la bataille de Zellaka / Ucles (en 1108)
puis les Almohades (aux XIIème et XIIIème s) jusqu’{ leur défaite { El-Ikâb
/ Las Navas de Tolosa (en 1212), se comporteront en dominateurs de
l’Espagne musulmane, avant que les princes Andalous ne soient livrés {
leur sort, malgré quelques velléités sans suite des successeurs des
Almohades (Hafcides de Tunis, Zyanides de Tlemcen et Mérinides de
Fez), et ce jusqu’{ la chute de Grenade en 1492.
Migrations d’Al-Andalusau Maghreb central
Le terme al-Andalusdésigne aussi les habitants musulmans du pays
du même nom. Cette population doit être cependant distinguée des
musulmans restés dans la Péninsule ibérique après la fin de la
Reconquista (1492) que l’inquisition forcera { la christianisation et qui
sous la dénomination de Morisques feront l’objet en 1609 d’un décret
d’expulsion signé par le roi Philippe III d’Espagne (cf. article Morisques).
Au fur et à mesure que la Reconquista gagnera en territoire du nord
au sud de l’Espagne un grand nombre de musulmans d’al-Andalusauront
72
Andalus(al)
tendance { émigrer vers les autres pays d’islam et notamment au
Maghreb, ou leurs compétences seront largement reconnues. Ce sont en
effet des agriculteurs et artisans novateurs qui s’installeront dans les
villes ou à leur périphérie en impulsant de manière notoire la vie
économique dans leurs lieux d’implantation.
Ahl al-Andaluscontribuèrent à développer au Maghreb les techniques
d’irrigation pour les cultures maraichères et l’arboriculture, mais aussi
la production de miel et de soie ainsi que la culture du coton. Ceci aura
des effets sur l’industrie textile tenue souvent par des exilés andalous
lesquels étaient réputés aussi pour leur savoir-faire en architecture et
bâtiment, le travail du bois et des métaux, et tout ce qui touchait à la
navigation maritime, et { l’art de la guerre.
al-Andalusétaient réputés aussi pour leurs qualités artistiques,
poésie et musique andalouse notamment qui continuent à être usités de
nos jours dans les principales cités maghrébines, ainsi que pour leurs
connaissances linguistiques ou dans les sciences profanes et religieuses
et la maîtrise du soufisme qui en ont fait des enseignants précepteurs
très recherchés. Ils étaient très sollicités aussi par les souverains pour
leur savoir-faire dans l’administration des affaires de l’État, comme nous
l’indique l’exemple de Tlemcen sous les Zyanides.
Le cas du royaume zyanide
Recherchés pour leurs compétences dans le domaine de la gestion
des affaires publiques, les exilés andalous étaient présents dans les
principales cités du Maghreb ou les princes en place sollicitaient leurs
services. Ibn Khaldoun qui eut à servir comme grand Wizir et
conseillerauprès de nombreux souverains et gouverneurs (de Tunis à
Fez en passant par Constantine, Bougie et Tlemcen) était certainement
le plus célèbre d’entre eux. Les exilés venus d’al-Andalusont largement
servi les Zyanides de Tlemcen en enseignant dans leur medersa (comme
Ibn Khaldoun lui-même et son frère Yahia Zakkariâ, ou El-Abili et sans
doute { un moment donné l’homme de lettres grenadin Ibn al-Khatîb).
Constitués en véritable corporation, ils disposaient d’un véritable
monopole pour tout ce qui relevait de la gestion des finances, du
protocole officiel des États et de l’initiative dans la diplomatie. Maitres
dans l’art de la négociation et de la préservation du secret, ils savaient
de même faire jouer la balance en faveur de tel ou tel prétendant au
trône ou de tel ou tel allié potentiel. N’ayant pas de force
militairepropre, ils n’hésitaient pas { s’appuyer sur les Hilaliens qui les
sollicitaient aussi contribuant même à aspirer vers Tlemcen et son port
Honaine une partie du commerce transsaharien dominé au XIXème siècle
par les Mâakil.
73
Apulée de Madaure
Des historiens comme Abdellah Laraoui n’hésitent pas { voir en eux
des acteurs qui auraient pu contribuer si ce n’était le contexte
économique en crise, à libérer la politique à la fois de la religion et de la
société, rompant ainsi avec les pratiques des Fatimides, Almoravides et
Almohades et de leur héritage makhzenien, plus prégnant chez les
Mérinides de Fez et Hafsides de Tunis.
La pression espagnole qui sera plus tard opérée à partir des côtes et
sur la lancée de la Reconquista, et encore plus d’intégration du Maghreb
central { l’Empire ottoman dès le début de la première moitié du XVIème
siècle, en décideront autrement.
H. Remaoun
Corrélats : Abilî(al) ; Almoravides ; Almohades ; Course-corsaires ; Ibn
Khaldoun ; Morisques ; Rostomides ; Zyanides.
Bibliographie : Dufourc, Ch. E. (1966) ; Encyclopédie de l’islam ; Julien, Ch.-A.
(vol 2, 1951 et 1966) ; Laroui, A. (1972) ; Levi-Provençal, E. (1950) ; Sanchez-
Albornoz, C. (1985).
Anthropologie, ethnologie ou savoir colonial
Se trouvant au cœur des études menées en sciences sociales et
humaines, l’anthropologie est définie comme l’étude de l’Homme dans
tous ses aspects existentiels. Elle porte sur l’analyse descriptive des
groupes humains dans leur jeu de perception de « Soi » et de « l’Autre »,
et dans la conception du patrimoine matériel et immatériel, décentré
aussi bien que diversifié. C’est une science qui permet d’expliquer la
complexité du monde contemporain à travers l’interprétation des
acteurs culturels et civilisationnels, mais aussi, l'organisation sociale,
économique et religieuse. (Marc Augé et Jean-Paul Colleyn, 2004).
L’anthropologie coloniale
Considérée comme science coloniale, l’ethnologie contribua
longtemps { servir la cause anthropologique dans sa quête d’une
certaine souveraineté coloniale, mais aussi, scientifique en Algérie. En
exploitant les différents outils méthodologiques et procédés
opérationnels ethnographiques et en déployant les moyens humains et
matériels nécessaires, les études ethno-anthropologiques entreprises
sur ce terrain dit étranger et inconnu, aussi bien géographiquement que
culturellement, parviendront à instaurer un nouveau savoir riche en
thèmes et en matières et qu’on nomma par la suite «Savoir colonial ».
74
Apulée de Madaure
En effet, les premières investigations ethnologiques se disaient
exploratrices de sociétés ou de groupes primitifs auxquels on nie
complètement le caractère de civilisation. Aux vues de l’ethnologue, cet
Autre n’était la plupart du temps qu’un sauvage, victime de sa barbarie
et de sa pseudo-culture, { l’attente de cet Homme occident détenteur de
la « Culture Suprême » pour le sortir du gouffre et des longs siècles
d’obscurité. « L’ethnologie était donc la science qui étudier l’altérité dans
un sens particulier : celui des sociétés « autres » parce qu’elles
représentaient des voies différentes de la civilisation occidentale ou
antérieures à elle. Cette altérité était surtout incarnée par les « primitifs »
(Digard, 1986, p. 69).
En Algérie, l’émergence de ce phénomène explorateur et son
accentuation s’accroitront au fil de l’invasion coloniale et de son
imprégnation territoriale et régionale. En effet, les difficultés
communicationnelles, les obstacles culturels, la distance géographique
et intellectuelle contribuèrent, à la veille de la colonisation, à diminuer
la possibilité de disposer pour le colonisateur d’une stratégie pouvant
répondre au besoin incessant de domination. Pour ce faire, les
premières expéditions ne tarderont pas à rejoindre le front colonial. En
premier lieu, une commission scientifique d’exploration de l’Algérie
composée majoritairement de militaires est mise en place en 1837, mais
la mise en œuvre réelle ne verra le jour qu'en 1840. La mission
principale des scientifiques inscrits dans la liste de la commission en
question (vingt scientifiques en moyenne) était principalement de
sillonner le pays et de réaliser des recherches diverses selon les
spécialités des scientifiques conviés (géographes, ethnologues,
historiens, démographes, agronomes, architectes, esthètes…, etc.) parmi
lesquels nous citerons, Adrian Burberugger, archéologue et philologue,
Antoine Carette, géographe mais également militaire, et Bory de Saint-
Vincent, Président de la commission.
Le travail l’érudition donnera naissance { l’émergence d’un nombre
significatif d’ouvrages en particulier celui de Adolphe Hanoteau et
Aristide Letourneux sur les Kabyles et leurs coutumes (La Kabylie et les
coutumes kabyles, 3 vol., Paris, 1872-1873, 2ème édition, Paris, 1893). Par
ailleurs, les enquêtes systématiques organisées durant la période allant
de 1844 à 1867 donneront lieu à la publication d'environ quarante 40
volumes mais, également à la création en Algérie en 1856 de la Revue
africaine (P. Bonte, M. Izard, 1991).
Dans l'Algérie des anthropologues, Philipe Lucas et Jean-Claude Vatin
mentionnent l'existence de trois périodes distinctes dans
l'anthropologiecoloniale en Algérie, celles marquées par les militaires et
les administrateurs, auxquelles s'ajoutera à la fin du XIXème siècle, une
75
Apulée de Madaure
autre portée essentiellement par des universitaires (P. Lucas, J.-C. Vatin,
1975).
En dépit de leur intérêt scientifique, la valeur de ces connaissances
demeure pour certains très problématique, leur objet étant construit sur
un regard de supériorité (Bonte p., 1991). A noter aussi que cette
ethnologie algérienne ou même maghrébine n’a pas surgi du néant, mais
pour la plupart, des travaux déjà existant de la période musulmane et
ottomane, et surtout sur des traductions (comme par exemple la
traduction d’El-Mukadima d’Ibn Khaldoun, dans le cadre d’un projet
proposé par le gouvernement du Roi Louis Philippe et adopté par celui
de l’Empereur Napoléon III).
Le rôle des Orientalistes n’est pas moins important que celui des
administrateurs et des militaires fortement inspirés par les œuvres de
ces derniers. Esthètes et artistes orientalistes confirmés contribuèrent
tous dans la conception de la photographie exotique d’un Orient nord-
africain très convoité.
La Kabylie occupa une place primordiale dans les études
ethnographiqueet anthropologique entreprises en Algérie, notamment
dans les travaux de Pierre Bourdieu qui forgea bien des concepts de son
approche anthropologique de terrain en partant des travaux menés
essentiellement sur cette région. Ces concepts ont constitué dans
l'ensemble le fondement de la théorie de Bourdieu notamment la notion
du capital symbolique, la violence symbolique, la dynamique de la
distinction sociale, l’Habitus…etc. (L. Addi, 2003).
Anthropologie postcoloniale
Localement, après l’indépendance, est entreprise une critique des
« sciences coloniales » qui prend pour cible l’anthropologie et favorise
l’émergence de nouveaux genres d’expression littéraire (essais et
surtout romans de Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun, Mohamed Dib,
R. et A. Zenati…). (P. Bonte, M. Izard, 1991).
Force est de constater que cette même anthropologie dite coloniale
très critiquée, voir rejetée après l’indépendance demeure en soi une
source référentielle fondamentale pour les recherches entreprises dans
le cadre d’une anthropologie nationale ou postcoloniale.
Ces études ont été mises en cause par Jacques Berque (1955) à
travers, notamment la contestation de la notion de la structure sociale
telle que définie dans la pensée coloniale (sa thèse intitulée « Les
structures sociales du Haut Atlas » et l’étude intitulée : « Qu’est-ce qu’une
tribu nord-africaine ? » (1953). En effet, il tenta d’effectuer une autocritique
de l’ethno-anthropologie coloniale en déclarant la rupture avec ses
paradigmes théoriques et en contribuant { la récurrence d’une nouvelle
76
Apulée de Madaure
forme d’anthropologie qui s’intéresse beaucoup plus aux différents
changements sociaux que connait la société algérienne et bouleversa
avec bien d’autres le cheminement des recherches sur l’Algérie et
l’Afrique du Nord.
Après l’indépendance de l’Algérie, l’anthropologie fût officiellement
réfutée lors du XXIVème Congrès de sociologie qui a eu lieu en 1974. A
l’issue de cette décision politique, l’anthropologie est essentiellement
abritée dans des Centres de recherche (le CRAPE devenu CNEH puis
CNRPAH, l’URASC (1980), devenu CRASC (1992), puis, progressivement
réintroduite dans le cursus de l’université algérienne (H. Remaoun,
1990).
S. Mouloudji-Garroudji
Corrélats : Arabe(s) ; Berbères ; Centenaire de l’occupation de l’Algérie ; Code
de l’indigénat ; Colonisation, colonialisme et impérialisme ; Etudiants en
situation coloniale ; Marx et l’Algérie ; Saint simoniens ; Statut musulman
indigène.
Bibliographie : Addi, L. (2002-2003) ; Auge, M. et Colleyn, J-P. (2004) ;
Bernard, C. et Digard, J.-P. (1986) ; Berque, J. (1953 -1978) ; Bonte, P. et Izard,
M. (1991) ; Hippolyte Carette, A.-E. (1849) ; Lucas, Ph. et Vatin, J.-C. (1975) ;
Moussaoui, A. (2005) ; Remaoun, H. (1987) ; Saadallah, A. (1998).
Apulée de Madaure (Vers 125 / entre 170 et 180 après
J.-C.)
Ecrivain, avocat, polémiste, ouvert sur le savoir et les courants de
pensée en vogue au IIème siècle, de notre ère né { Madaure (M’daourouch
dans l’Est-algérien), mort peut-être à Carthage. Il se définit lui-même
dans son Apologie, comme demi-Numide par sa mère et demi-Gétule par
son père, lequel avait participé { la création d’une colonie de vétérans
(sans doute { Madaure même) c’est-à-dire de retraités de la Légion
romaine, devenu notable pour avoir occupé d’importantes fonctions
dans sa cité ; dont celle de Duumvir (Maire). Le fils semble fier de cette
filiation qu’il a continuée en entamant lui-même une carrière des
honneurs (le « Cursus honorum » en vogue dans l’administration
impériale), puisqu’il a été membre de la Curie, sorte de conseil
municipal. Il ne renie pas pour autant son héritage berbère puisqu’il
écrit aussi dans le même texte: « Cela ne veut pas dire que je rougirais
de ma partie, même si nous étions encore la cité de Syphax. Mais après
la défaite de ce prince, la faveur du peuple romain nous fit passer sous la
77
Apulée de Madaure
domination du roi Massinissa ». La personnalité et l’œuvre d’Apulée ne
sont cependant pas réductibles à la berbérité et à la latinité romaine.
Un homme ouvert sur l’universalité de son époque
Ce fût un esprit très curieux qui s’intéressa { tous les savoirs de son
époque, en mathématiques, astronomie, musique, physique en
botanique et médecine et en philosophie, et qui maitrisait en sus de sa
langue maternelle (berbère ou punique) au moins le grec et le latin. En
fait si on lui attribue un certain nombre d’écrits sur ces différentes
disciplines (même si tous n’ont pas été retrouvés), il ne semble pas avoir
dépassé le stade de la vulgarisation concernant des écrits hérités
notamment de l’antiquité classique. Ce qui ne l’aurait pas empêché de
tenter quelques expériences dans la propriété en Tripolitaine, de la
veuve riche et cultivée, Pudentilla qu’il épousa. Il laissa aussi des
commentaires plus ou moins pédagogique mais ayant surtout trait à la
dimension métaphysique chez Socrate, Aristote et bien entendu Platon,
puisqu’il se réclamait lui-même du platonisme, ou néo-platonisme tel
qu’il était compris au second siècle de notre ère. En fait son attirance par
la métaphysique dominera son œuvre, puisqu’il semble s’être initié {
différentes croyances religieuses en vogue en son temps
Son désir de savoir positif ou ésotérique, sera favorisé par la
fréquentation d’importants lieux de savoir de la Méditerranée de
l’époque ; sa ville natale Madaure, tout d’abord, puis la grande
métropole africaine que fût Carthage (Saint Augustin étudiera plus tard
aussi dans ces deux cités), mais aussi Athènes, Corinthe, l’Asie mineure
qu’il visita, suivie peut être d’Alexandre, ainsi que de Rome où il
pratiqua le métier d’avocat. Il finira par retourner { Madaure, puis {
Carthage avant de s’installer quelques temps { Oéa (Tripoli) et Sabratha
en Tripolitaine. Sa trace sera perdue cependant vers la fin de sa vie alors
qu’il vivait { Carthage.
La quête de ce qui fait fonction de savoir ésotérique et ses déboires
Il y a chez Apulée une véritable quête de ce qui fait fonction de savoir
métaphysique et ésotérique. C’est ce qui l’attire d’abord en philosophie
dans le Péripatétisme hérité d’Aristote avec sa théorie du moteur
immobile et son rapport au monde sublunaire (c’est-à-dire la terre où
nous vivons), ou encore dans l’essentialisme et l’idéalisme platoniciens
exacerbés dans le Néo-platonisme. Il reconnait lui-même la ferveur qu’il
vouait à Mercure (ou Hermès) et à Isis, au culte de laquelle il se fera
initié à Corinthe, en devenant même une sorte de prêtre. Il aura été
attiré ainsi par toutes les croyances à mystère magique, loin des
religions monothéistes qui ne deviendront dominantes dans l’univers
78
Apulée de Madaure
méditerranéen et qui dans les siècles suivants (judaïsme et surtout le
christianisme qui élargira son audience à partir des III ème et IVème
siècles).
Il portait d’ailleurs un fort intérêt { la démonologie et considérait que
les démons étaient des intermédiaires entre les hommes et les dieux, et
qu’il y en avait des bons et des mauvais. Ceci lui suscitera quelques
déboires lorsqu’après avoir épousé { Oéa (Tripoli) la riche Pudentilla,
mère de son ami et condisciple à Athènes, Pontianus, il est accusé par
des proches de sa belle-famille, sans doute pour des raisons d’héritage,
d’avoir envouté la veuve en faisant appel { des démons. Il en découlera
un procès célèbre dirigé à Sabratha par le proconsul romain pour la
province d’Afrique en personne, Claudius Maximus. Organisant lui-
même sa défense, Apulée produira une plaidoirie où il expose au mieux
ses croyances, laissant exprimer ses talents d’avocat et de rhéteur. Il
nous en a laissé l’écrit dans l’ouvrage De Magia, traduit par Apologie et
dans lequel il surpasse certainement ses autres discours dont 23 ont été
repris dans un autre ouvrage ayant pour titre les Florides.
Une maîtrise de la langue latine dans une continuité nord-africaine
L’auteur qui maitrisait aussi le grec, exprimera dans tous ces écrits
l’excellente maîtrise de la grammaire, de la langue, et de l’éloquence
latine au point où on a pu le comparer { l’avocat et orateur romain,
Cicéron (106-43 avant J.-C.). En fait comme penseur, auteur et rhéteur, il
se situe dans la lignée d’autres Africains de l’Antiquité, tels Fronton son
contemporain (95 ou 100 / 166 ou 167 après J.-C.) originaire d’une
famille nomade de la région de Cirta (Constantine) percepteur de
l’empereur romain, Marc-Aurèle et qui devint questeur de province de
Sicile et même consul, ou encore Saint Augustin de Thagaste (354-430
après J.-C) et les autres prédicateurs chrétiens de l’Antiquité. Parmi ces
derniers, on ne pourra pas ne pas citer les noms de Tertullien de
Carthage (entre 150 et 160- 258 après J.-C), de Saint Cyprien (vers 200-
258) qui fut évêque de la même ville, Arnobe (vers 240-vers 304 après
J.-C) ayant notamment vécu à Théveste et Ammaedara (soit Tebessa et
Haidra dans l’Algérie et la Tunisie actuelles) ainsi que les prédicateurs,
disciples de Donat et quelques autres. Chacun d’entre eux est cependant
porteur de particularités, et l’une d’entre elles dans le cas d’Apulée
réside dans un talent littéraire qui en ferait le précurseur dès l’antiquité
de la forme romanesque. Le seul récit du genre qui nous est parvenu de
lui (il en aurait écrit au moins un autre), a pour intitulé Les
Métamorphoses, connu aussi sous le titre de L’âne d’or. En fait, en plus
d’une description assez originale de la société dans laquelle il vivait et
des mœurs dominantes, ce roman aura permis aussi { Apulée d’illustrer
de manière assez riche son imaginaire ésotérique et mystique.
79
Apulée de Madaure
Les Métamorphoses, ou l’âne d’or
Ce qu’on pourrait considérer comme un roman d’Apulée s’inspirant
de fables et de contes en vogue { l’époque, a pour personnage central
héros ou anti-héros, Lucius de Thessalie que l’on voit évoluer tout au
long des onze livres (ou chapitres constituant l’ouvrage). Le personnage,
attiré par la sexualité et la magie, aurait au contact d’une sorcière été
transformé en âne suite à une erreur de manipulation, en réalité il
cherchait à se transformer en oiseau pour pouvoir voler (en quelque
sorte le mythe d’Icare).
Lucius qui malgré sa forme d’}ne garde la raison humaine, va au
cours d’une série d’aventures et de mésaventures, observer des scènes
dures mais cocasses qui illustraient la société dans laquelle vivait
l’auteur. En fait on y découvre les croyances d’Apulée avec son
attachement au Néo-platonisme, à la démonologie et la
métempsychose,et surtout au danger encouru par l’excès de curiosité
dans le domaine ésotérique, surtout lorsqu’on n’y est pas initié.
A travers l’humour, la satire et la dramatisation de la vie humaine,
c’est cependant l’adepte initié au culte d’Isis qui laisse s’exprimer son
imaginaire, puisque la déesse elle-même punira l’imprudence et
impudence de Lucius en le transformant en âne, pour finir par prendre
pitié de lui à la fin et lui redonner forme humaine.
L’ouvrage Les Métamorphoses s’inspire sans doute d’autres textes,
puisqu’au moins un écrit intitulé Lucius ou l’âne était attribué, tantôt à
Lucius de Patras, tantôt à Lucien de Samosate (un contemporain
d’Apulée). Il y était raconté de façon humoristique et satirique comment
un personnage portant le même nom que le héros d’Apulée et originaire
aussi de Théssalie (en Grèce), attiré par la magie et la sorcellerie aurait
été transformé en âne. En tous les cas le thème semble redondant à
l’époque et puiserait dans le fond intellectuel qui imprégnait les
hommes de culture dans l’environnement méditerranéen.
L’ouvrage écrit par Apulée, tel qu’il nous est parvenu semble
cependant plus consistant en volume, et plus riche en rebondissements
et anecdotes. En tous les cas l’auteur y réaffirme sa vision du rapport au
monde et { l’imaginaire métaphysique et fantastique, telle qu’exprimée
ailleurs à travers sa vie et ses écrits.
H. Remaoun
Corrélats : Afrique romaine ; Christianisme en Afrique du nord ; Donatisme ;
Royautés berbères ; Saint Augustin.
80
Arabe(s)
Bibliographie : Apulée (1960), (2003 et 2009) ; Benabou, M. (1975-1976) ;
Encyclopédie berbère ; Fronton (2007) ; Teraha, Z. (in Insaniyat n° 32/33, 2006,
en langue arabe).
Arabe(s)
Cette notion renvoie à la langue parlée dans une grande partie du
Moyen-orient et dans leMaghreb soit sur une sphère géographique allant
du Golfe arabo-persique { l’Océan atlantique ; cette région englobe
actuellement des centaines de millions de personnes réparties à travers
une bonne vingtaine d’États indépendants où l’arabe est au moins
majoritairement usité et qui sont tous membres de la Ligue des États
arabes. Par extension cette notion est utilisée aussi pour désigner les
différentes populations qui en usent, généralement à travers ses
variantes dialectales et régionales présentes surtout dans la
communication orale, ou sa forme littéraire plus formalisée et
transcrites en caractères arabes. Très tôt en fait les auteurs arabes ont
cherché à distinguer en Arabie même qui semble être le berceau de cette
langue, entre al arab - al ariba (des arabes originels en quelques sortes)
et al-arab al musta'riba (des arabes qui le seront devenus suite à leur
arabisation au contact des premières cités).
Emergence et extension de la langue arabe
Au moins depuis le 1er millénaire avant notre ère les Arabes avaient
suscité l’intérêt des peuples du Moyen-orient qui disposaient déj{ d’une
tradition écrite, avant qu’eux même ne disposent de l’écriture
alphabétique (issue sans doute du phénicien et de l’araméen) qu’on leur
connait, dès la fin de l’antiquité.
La langue littéraire serait une Koîne issue de différents parlers (celui
de la tribu de Koreiche notamment), qui prend forme avec l’émergence {
la veille de l’islam d’une littérature connue surtout gr}ce { la tradition
poétique des Mû’allaqât de la Mecque et qui atteindra sa gloire au
VIIèmesiècle de notre ère avec la diffusion du Coran. Les chroniqueurs,
philologues, jurisconsultes (Fuqâhâ) et autres lettrés et savants qui ont
écrit dans cette langue ont laissé une littérature abondante, grâce à
laquelle son évolution et ses modalités d’extension de l’antiquité { nos
jours sont beaucoup mieux connues que celles du Tamazight. L’arabe va
en effet très tôt s’étendre dans la zone d’extension qu’on lui connait
depuis les Futûhatou conquêtes arabes qui suivirent la révélation
islamique au VIIème siècle, avec le caractère diglossique prononcé qu’on
lui connait encore, mais aussi avec l’émergence et la diffusion de toute
81
Arabe(s)
une littérature religieuse ou profane qui aura permis l’extension aussi
d’une langue savante avec des canons d’écriture qui seront bien établis
et reconnus dans toute la sphère de locution.
Le processus d’arabisation en Afrique du Nord
Entre la seconde moitié du VIIème et les débuts du VIIIème siècle,
commence un processus très rapide d’islamisation du Maghreb qui très
tôt semble toucher l’essentiel des habitants, avec cependant une
arabisation qui d’abord ne touche que quelques villes, centres
d’administration et de garnison, pour ne devenir significative qu’{ partir
du XIème siècle, s’étendant d’abord dans un certain nombre de régions.
En effet, la principale vague arabe, celle des tribus issues de Banû Hilal,
BanûSulyam, Maâqil et autres, arrivées au XIème siècle, qui ne mettait
pourtant en mouvements que quelques 100.000 à 200.000 personnes
(selon les statistiques) allait avoir un impact très important puisque sur
la moyenne et longue durée elle changera la donne linguistique. De nos
jours, un tiers seulement de la population use du Tamazight (en
particulier dans les zones montagneuses et sahariennes), encore qu’avec
les progrès de la scolarisation, on peut considérer que la majeure partie
d’entre eux maitrise l’arabe et dans une certaine mesure le français. Il y
aurait eu au cours du dernier millénaire pour la majeure partie du
Maghreb, un véritable phénomène d’osmose entre tribus arabophones
et tribus berbérophones qui pourrait sans doute nous éclairer aussi sur
la manière dont le tamazight avait pu se généraliser quelques
millénaires auparavant, sauf que les données pour cette période plus
éloignée, sont moins vérifiables. En tout état de cause, l’influence
réciproque exercée par les dialectes arabes et berbères semble réelle, et
aurait contribué à leur donner leur physionomie actuelle. Il est à
remarquer aussi que ces deux langues sont seules à marquer de façon
profonde l’Afrique du Nord où elles semblent s’être implantées et
acclimatées selon les mêmes modalités de diffusion, en empruntant des
voies steppiques et continentales. Les Phéniciens avec Carthage, puis les
Romains et ceux qui ont transité après eux par des voies maritimes,
ciblant essentiellement des zones urbaines et de colonisation (surtout
côtières) n’auront sans doute laissé que quelques toponymes et autres
substantifs, assimilés par le tamazight et l’arabe. L’école, les moyens
modernes de communication et la mondialisation permettront-ils un
autre sort au français, ou le défavoriseront-ils face { l’extension et { la
généralisation d’autres langues ? (l’anglais par exemple, ou pourquoi
pas le chinois) ?
82
‘Asabiyya
Sur les origines de la langue arabe
L’état des connaissances actuelles permet par ailleurs de considérer
que le tamazight et l’arabe auraient une origine lointaine commune,
puisque tous les deux appartiendraient à la grande famille des langues
afro-asiatique (ou chamito-sémitiques) et dont le foyer serait localisé
quelque part entre le Soudan et l’Éthiopie (mais on a dans le passé
proposé aussi des pays comme le Yémen ou la Mésopotamie). En tout
état de cause, le déchiffrage du sanskrit à la fin du XVIIIème siècle, puis les
travaux mettant en exergue l’existence d’une famille de langues indo-
européennes, auront contribué { l’émergence au XXème siècle de
l’hypothèse afro-asiatique, même si la référence aux langues sémitiques
serait plus ancienne (la première édition de l’ouvrage d’Ernest Renan,
Histoire générale des langues sémitiques, date de 1855). En effet, en
même temps que le proto-berbère, l’égyptien ancien et autres langues,
l’afrasien (ancêtre de toutes les langues afro-asiatiques), serait à
l’origineaussi du proto-sémite ancêtre lui-même des langues sémitiques :
akkadien, phénicien, araméen, arabe, guèze et amharique (en Ethiopie).
Parlera-t-on un jour de langues arabes et de langues berbères (au
pluriel), ou irons-nous vers de nouvelles convergences ? L’histoire en
décidera.
H. Remaoun
Corrélats : Berbères ; Hilaliens ; Maghrîb ; Phénico-Punique(s) ; Tamazight.
Bibliographie : Encyclopédie de l’islam ; Hourani, A. (1993) ; Robin, Ch. (1991) ;
Rodinson, M. (1979) ; Taleb-Ibrahimi, Kh. (1995-1997).
‘Asabiyya
Dans ce que l’on serait en droit d’appeler aujourd‘hui l’anthropologie
politique et historique d’Ibn Khaldoun, la notion de ‘asabiyya a une
fonction fondamentale.
La situation sociopolitique de la partie du monde sur laquelle
s’étendait l’Islam, et que Abderrahmane Ibn Khaldoun (1332-1406)
pouvait observer de son vivant, de même que l’ensemble des
connaissances dont il disposait sur l’histoire et la géographie de cet
espace, et sur des espaces avoisinants, l’ont conduit { la conviction que le
ressort principal de l’émergence des pouvoirs et de différentes formes de
domination, est constitué par les rapports qui s’établissent entre les
‘asabiyya dont disposent les différents groupes ou tribus qui cohabitent
dans ces espaces. Ibn Khaldoun observe que la cohésion des groupes,
83
‘Asabiyya
tribus ou confédérations de tribus qui évoluent dans l’univers islamique
dans sa partie occidentale (le Maghreb et la péninsule ibérique) comme
dans sa partie orientale qui s’étend loin dans le continent asiatique,
repose sur une énergie endogène à ces groupes, la ‘asabiyya.Cet esprit de
corps – traduction consacrée de ce terme - se manifeste concrètement
parmi les membres du groupe par un fort sentiment de proximité et de
solidarité entre eux, et par la conscience d’appartenir { un même
ensemble parental ou agnatique. Cette solidarité s’actualise en particulier
lorsque les circonstances exigent de défendre tout le groupe ou une partie
de celui-ci contre des menaces extérieures. La ‘asabiyya est ainsi
fortement liée à la généalogie, au nasab. L’appartenance { un groupe tribal
est dans son principe de type parental. « …les liens dusang sont naturels
chez les hommes à de rares exceptions près, écrit ainsi Ibn Khaldoun.
C’est en vertu de ce lien que l’on éprouve une sollicitude jalouse pour ses
proches et ses parents, lorsqu’ils sont victimes d’une iniquité ou menacés
d’un péril (Muqaddima, trad. Abdeslam Cheddadi, p. 207). Il est important
toutefois de noter que pour Ibn Khaldoun, des formes analogues
d’ « esprit de corps » fondées non exclusivement sur des liens de parenté
mais sur des liens d’ « allégeance » (ouala’) sont susceptibles de se
constituer. « Sont de même nature les liens qui naissent du patronat et du
pacte d’alliance. Car le patron, le client ou l’allié éprouve pour son client
son patron ou son allié, une affection jalouse en raison de la répugnance
que l’}me ressent quand son voisin son proche ou son parent, à quelque
degré que ce soit, est victime d’une injustice » (Muqaddima, idem, p. 207).
La force de cohésion que procure la ‘asabiyya est inégale selon les
groupes et selon la phase d’évolution de ces derniers. C’est dans les zones
rurales (al badw) qui offrent les conditions de vie les plus rudes, que les
‘asabiyyât sont les plus fortes et les filiations généalogiques les plus
homogènes. Il se constitue ainsi une hiérarchie des ‘asabiyyât, qui
prédispose les plus fortes à exercer différentes formes de domination. Des
alliances entre groupes agnatiques distincts peuvent ainsi se former. « On
n’a pas cessé de voir des généalogies passer d’un groupement { un autre
groupement, de voir une tribu se rendre parente d’autres, pendant la
jâhiliyya comme pendant l’Islam, aussi bien chez les Arabes que chez les
étrangers… » (Muqaddima, p. 211).
Si la force d’une ‘asabiyya dépend d’abord des conditions matérielles et
morphologiques dans lesquelles vivent les tribus, et des caractéristiques
de leur généalogie, elle ne manque toutefois jamais d’impliquer une
dimension religieuse. Les actions qu’une tribu ou un groupement de
tribus conduisent en vue d’assurer leur domination s’inscrivent le plus
souvent explicitement, dans un projet de réforme, de redressement ou de
revivification religieuse. Le destin des dynasties almohade et almoravide
par exemple illustre particulièrement bien ces processus.
84
‘Asabiyya
Une des raisons de l’importance du facteur religieux dans la formation
d’une ‘asabiyya forte, est selon Ibn Khaldoun, qu’il contribue { maintenir
la cohésion du groupe et l’union entre ses membres, lesquelles sont
habituellement mises à mal par les tendances à la compétition et à
l’indiscipline engendrées par la rudesse et l’incivilité des tempéraments
que la vie bédouine donne aux habitants des contrées rurales ou
désertiques (voir Muquaddima, chapitre 27). « … si la foi décuple les
forces de la tribu elle doit { l’inverse s’appuyer sur une ‘asabiyya
bédouine pour triompher parmi les hommes », observe ainsi Gabriel
Martinez-Gros. Le titre de l’un des principaux paragraphes que Ibn
Khalddoun consacre à la relation entre la dynamique de la ‘asabiyya et
celle de la religion est significatif : « La souveraineté lit-on n’échoit aux
Arabes que sur son aspect (sibgha) religieux émanant d’un prophète, d’un
saint, ou d’une manière plus générale, sous une forte influence de la
religion » (Muqaddima, chapitre 26, p. 250). Ibn Khaldoun met ainsi au
jour l’existence d’une dialectique complexe entre la‘asabiyya qui constitue
la source principale de la dynamique pouvant conduire au pouvoir, et
l’appel au ralliement autour d’un projet de redressement religieux
(da’awa) condition de la pleine réalisation de l’indispensable cohésion du
groupe. (Voir Muqaddima, chapitre 6, p. 268).
Le sens des concepts de la théorie socio-historique d’Ibn Khaldoun,
résulte dans une large mesure des relations qui s’établissent entre eux.
Ainsi le concept de ‘asabiyya ne se comprend qu’en relation avec celui de
‘umran (sociabilité ou vie en société), de hadhar (sédentarité et/ou
citadinité) et de badw (ruralité et/ou nomadisme).
Ainsi, pour l’ensemble des sociétés dont il a pu avoir connaissance, soit
en les observant directement, soit grâce aux récits ou documents dont il a
pu disposer, quelque chose comme un processus récurrent apparaît,
processus qui en quelque sorte prend sa source dans la nature de la
‘asabiyya. C’est toujours au sein des groupements humains (tribus ou
ensembles de tribus) les plus ruraux, les plus éloignés du confort et du
raffinement des cités, que se forment les ‘asabiyya les plus fortes. Or la
structure de celles-ci est telle qu’elles ne peuvent avoir d’autre finalité
que de tendre vers la domination, la prise de pouvoir et l’exercice de la
souveraineté. «… celui qui bénéficie de l’esprit de corps , s’il est parvenu {
un certain rang cherche à gagner un rang plus élevé ; s’il parvient au faîte
de la puissance morale et { être suivi par les autres et qu’il trouve le
moyen d’assortir cela de la contrainte et de la force, il ne quitte plus cette
voie, tant elle a d’attraits pour l’}me. Or cette }me ne peut y parvenir que
par l’esprit de corps par quoi elle obtient d’être suivie par son peuple. La
force contraignante de la souveraineté est donc l’aboutissement de
l’esprit de corps… » (Muqaddima, chapitre 16, p. 226).
85
‘Asabiyya
Pour Ibn Khaldoun, un ensemble de processus qui interagissent entre
eux conduit le groupe porteur de la ‘asabiyya la plus forte, à imposer son
pouvoir (mulk) sur un important territoire, et en particulier sur les cités
de ce territoire ; cette prise de pouvoir implique l’éviction de la dynastie
qui auparavant exerçait sa souveraineté principalement sur les zones
urbanisées de ces territoires.
La chute de la dynastie ainsi renversée, s’explique autant par la force
de la ‘asabiyya que les rudes conditions de la vie rurale avaient permis à la
tribu conquérante d’acquérir, qu’{ l’affaiblissement progressif de la
‘asabiyya de l’ancienne dynastie. Cet affaiblissement est le résultat de
mécanismes sociaux dont Ibn Khaldoun montre la complexité. Les
groupes qui s’installent dans les capitales des dynasties déchues, troquent
peu à peu leurs habitudes rudes de « campagnards » contre les mœurs
raffinées qui se pratiquent dans les zones urbanisées. (Muqaddima, chap.
14, p. 290).
Outre ces changements culturels qui réduisent la combativité et la
cohésion du groupe régnant, d’autres mécanismes liés { la stratégie
politique des dirigeants entrent en jeu: ainsi ces derniers une fois installés
dans leurs positions de souverains, sont-ils portés à écarter de l’exercice
du pouvoir les membres de son groupe, affaiblissant ainsi la ‘asabiyya
grâce à laquelle ils avaient triomphé (Muqaddima, chapitre15, p. 296). La
génération suivante s’engage dans des dépenses somptuaires qui
nécessitent que de lourds impôts soient prélevés sur les populations
qu’ils contrôlent. Leurs descendants perdent tout esprit de créativité puis
entrent dans une phase de gaspillage et de relâchement, « détruisant ainsi
ce qu’avaient édifié leurs ancêtres ». (Muqaddima, chapitre 15, p. 298).
Une telle dynastie ne résiste guère aux assauts de groupements issus le
plus souvent de zones rurales où règnent des mœurs rudes, propices {
l’émergence de ‘asabiyyas fortes.
Dans les six volumes qui suivent la Muqaddima, cette Histoire
Universelle qui constitue le domaine d’application de la Muqaddima », Ibn
Khaldoun décrit de très nombreux cas de triomphe d’une ‘asabiyya portée
par des groupes dont la force a crû aux marges de brillantes dynasties
citadinisées mais aussi affaiblies, et finissant par les renverser à leur
profit. Inductivement, Ibn Khaldoun établit que c’est le plus souvent { la
troisième génération des souverains de ces dynasties que s’accomplissent
leur déclin et leur chute. C’est ainsi, { travers cette conception, de la
logique de l’histoire que Ibn Khaldoun analyse le surgissement puis
l’évolution de l’Empire islamique : la ‘asabiyya Koraïchite n’a-t-elle pas été
le support de l’expansion de l’Islam, au moins jusqu'{ la fragmentation de
la dynastie abbasside ?
86
Association des Ulémas musulmans algériens
Sans doute doit-on admettre que les tendances qui se sont
développées dans le monde moderne, à des degrés divers selon les
régions, { l’effacement de la frontière entre la ruralité et la citadinité,
n’offre plus les conditions de formation, dans un processus échappant aux
Etats centraux, de forces, des ‘asabiyyât alimentant des cycles de
conquêtes et de déclins. On peut toutefois se demander si les dynamiques
qui se forment dans des sociétés multinationales, des partis, des
organisations diverses etc., et l’esprit de conquête qui en découle ne
méritent pas parfois, mutatis mutandis, l’appellation de ‘asabiyyât ».
M. Haddab
Corrélats : Histoire ;Ibn Khaldoun ; Maghrîb.
Bibliographie : Djaghloul, A. (1986) ; Encyclopédie de l’islam ; Ibn Khaldoun, A.
(1867), (2002), (2006) et (2010) ; Labica, G. (1965) et (1968) ; Martinez-Gros,
G. (2011).
Association des Ulémas musulmans algériens
(AUMA)
« Le nom de Bachir al Ibrahimi était par ailleurs parmi les plus cités
dans la presse, à la télévision ou à l'école, davantage que celui de
n'importe quelle autrepersonnalité du mouvement national, autant
sinon plus que celuid'Abdelhamid Ibn Badis » (Remaoun et Manceron,
1994, p. 19), voil{ en gros le résultat d’un sondage réalisé auprès des
étudiants de l’histoire { Alger. Ce résultat montre en effet, la place dont
jouissent les ulémas dans la mémoire de la jeunesse algérienne
aujourd’hui.
La décision des autorités algériennes de célébrer la date anniversaire
de la mort du cheikh Ibn Badis, le 16 avril de chaque année, comme
journée nationale du savoir (youm el-‘ilm), durant laquelle sont
organisées plusieurs manifestations scientifiques et culturelles, atteste
de l’importance du rôle des ulémas sinon dans la vie culturelle du moins
dans la lutte contre les politiques coloniales. Depuis la plate-forme de la
Soummam (août 1956) l’éloge que le pouvoir consacre aux ulémas,
qualifiés de « mouvement progressiste », n’a cessé d’enfler. Dans la
Charte d’Alger (avril 1964), critiquée pourtant par les ulémas eux-
mêmes, on parle d’un « combat acharné [mené par les ulémas] pour
libérer le peuple des superstitions religieuses et du maraboutisme et de
ses efforts méritoires [déployés] pour aider à la renaissance culturelle et
{ la propagation de l’enseignement de l’arabe. Son leader,cheikh
87
Association des Ulémas musulmans algériens
Abdelhamid Ibn Badis, contribua efficacement { l’affermissement de
l’idée nationale ».
La naissance de l’Association des ulémas musulmans algériens {
Alger le 5 mai 1931, par des notables issus dans leur majorité de l’est
algérien, comme Ibn Badis, al-Ibrahimi, el-Okbi et el-Mili coïncide avec la
célébration du centenaire de l’occupation de l’Algérie. Le cercle At-
Taraqi (Le Progrès) a joué un rôle primordial dans l’épanouissement des
idées réformistes des ulémas. Liée aux grandes idées réformistes qui
pullulent et se pressent dans le Monde arabe depuis la fin du XIXème
siècle, la naissance de l’AUMA s’est imposée comme étant une entité
chargée de rendre aux Algériens leur identité.
Propageant des idées réformistes, sous l’influence de grands
réformateurs de l’Orient, comme al-Afghani, Abduh, et Arsalan, les
activités AUMA ont été centrées sur l’éducation et la lutte contre les
fléaux sociaux (art. 4 de son règlement intérieur). Sur le plan religieux,
culturel et politique, l’islam, l’arabe et la patrie algérienne, ont,
respectivement constitué les trois piliers de l’identité algérienne. Bien
qu’apolitique par son statut, l’AUMA ne s’est pas empêchée d’intervenir
dans les affaires publiques. De par ses revendications et activités s’est
mis en place au nom de la défense de l’identité algérienne, en se référant
même au principe de la laïcité française, l’idéal des ulémas qui consiste {
promouvoir les composantes de l’identité algérienne. Ardemment
défendue par cheikh al Ibrahimi, la séparation du politique et du
religieux a été revendiquée pour permettre aux ulémas d’agir en liberté
et en cherchant à dégager les autorités et autres biens des habous de
l’emprise des autorités françaises.
Au sein du mouvement national, l’AUMA a pris des positions claires
sur la scène politique dès la première année de sa fondation. La forte
participation au Congrès musulman en 1936, malgré ses revendications
modérées, a fait entrer les ulémas dans la sphère politique. Cela a été
possible grâce surtout à leur rapprochement avec la Fédération des élus.
En cette période, elle s’est imposée comme étant le principal fer de lance
du nationalisme algérien (Carlier, p. 215). Son soutien au « Manifeste du
Peuple algérien », présenté par Ferhat Abbas aux autorités françaises, en
février 1943, et son adhésion aux Amis du Manifeste et de la liberté » en
avril 1944, ses prises de positions quant { la Constitution de l’Algérie en
1946 et le Statut de l’Algérie en 1947 consolident le caractère politique
de ses activités et ses engagements.
Rapidement, les actions de l’AUMA ont pris de l’ampleur. Ses
bureaux, publications, écoles, sympathisants, se multiplient dans tout le
territoire national. La formation et l’enseignement des Algériens
constituent à ses yeux des créneaux importants pour réaliser « la
libération des esprits de l’occidentalisation menée par l’administration
88
Association des Ulémas musulmans algériens
française et l’ignorance propagée par les marabouts hérétiques ». En
prenant conscience des fondements de l’identité nationale (religion,
langue, patrie), les ulémas ont mis l’accent dans leurs enseignements et
publications sur la mémoire et le patrimoine que représente l’histoire
sociale et culturelle de l’Algérie. Malgré leur forte influence surtout dans
les milieux citadins, et particulièrement dans le Constantinois et à Alger,
les ulémas n’ont pas réussi { s’imposer auprès de l’administration
coloniale comme les interprètes les plus qualifiés de l’opinion
musulmane (Mérad, 395). Parce qu’ils étaient, les « partisans d’une
intendance acquise lentement, donc négociée », les ulémas menaçaient
la France et mécontentaient les indépendantistes (Vatin, p. 194), les
messalistes notamment.
En s’opposant { la politique culturelle de la France coloniale qui
consistait à dépersonnaliser les Algériens et en combattant radicalement
les actions et idées de certaines confréries maraboutiques, les ulémas
imposent leur présence dans le paysage sociopolitique algérien. Leur
propagande cinglante et dissolvante contre le maraboutisme a conduit à
discréditer et affaiblir ce dernier (Montagne, Merad).
Dans la mémoire coloniale, les ulémas ont constitué un réel défi pour
l’Algérie française. Le référent religieux et identitaire qui cimente leur
discours était aussi invoqué face aux nationalistes algériens, qui avaient
souvent tendance { s’y référer.
Soucieux de former de jeunes élites, selon les idéaux réformistes des
ulémas, des centaines d’étudiants algériens ont été envoyés en Égypte (Al-
Azhar) et en Tunisie (Zeitouna). Ils contribueront à leur retour au pays,
avant et après l’indépendance, { la formation et l’enseignement dans les
écoles de l’AUMA dont le nombre a atteint 125 en 1951 et 193 en 1955.
L’éducation dans leurs écoles a été marquée par l’enseignement de
l’arabe, mais aussi par une forte présence des filles (6696 sur 16286) (Al-
Bassai’r, 1951). Après l’indépendance, ces élites vont occuper des postes
importants (directeurs, inspecteurs, ambassadeurs).
La répression contre les nationalistes et les communistes à la veille de
la Guerre et sous le régime de Vichy, puis la disparition du Cheikh Ibn
Badis en 1940 auront entravé les activités de l’AUMA qui ne reprendront
que lentement, après la libération de son successeur al-Ibrahimi en
novembre 1942. Les convergences entre ulémas et les Amis du Manifeste
de la Liberté ont fait revenir l’AUMA sur la scène politique. Mais les
événements de mai 1945, ayant conduit les autorités { l’arrestation d’al
Ibrahimi et la fermeture des écoles de l’Association, l’ont de nouveau
cantonné dans une action presque clandestine. Les leaders de
l’Association ont d’ailleurs, selon le rapport du Commandant J. Carret
conduit « { l’échauffement des esprits par des discours anticolonialistes et
89
Association des Ulémas musulmans algériens
antifrançais, parfois, par des appels à la révolte à peine voilés » (Carret, p.
47).
Durant la guerre de libération, Cheikh Ibrahimi se trouve en long
voyage dans les pays de l’Orient. Son absence a fait entrer l’AUMA dans
une crise interne, mais non avérée. (Saadallah, t. 2. 63-86).
Malgré des critiques adressées au ulémas, les accusant de n’avoir
rejoint la guerre de libération que tardivement et modérément, il est un
fait que, d’une manière officielle l’AUMA a très tôt « béni » la Révolution
du 1er novembre 1954. L’implication directe de certains de ses leaders
comme cheikh Tebessi et Tawfik el-Madani dans les rangs du FLN a été
suivie de l’adhésion complète de l’AUMA au FLN dont le ralliement sera
effectif en mars 1956. Le 7 janvier 1956, dans un communiqué de leur
assemblée générale, les ulémas déclarent « qu'il n'est possible de
résoudre d'une façon définitive et pacifique l’affaire algérienne qu’en
reconnaissant solennellement et sans détours la libre existence de la
nation algérienne, ainsi que sa personnalité spécifique, son gouvernement
national, son assemblée législative souveraine… ».
[ la proclamation de l’indépendance, l’Association se trouvera divisée
quant { la position { prendre { l’égard du régime qui sera instauré en
l’Algérie. Si certains de ses leaders comme Tawfik el-Madaniou cheikh
Abbas ont accepté de se rallier au Président de l’époque, Ahmed Ben
Bella, d’autres, dont le charismatique Bachir al-Ibrahimi, s’y sont apposés.
Les ulémas qui ont cautionné la position de leur leader, ont contesté
surtout l’orientation socialiste des nouvelles autorités et leur politique
jugée éloignée des valeurs de l’islam et de l’arabité (Benzenine, 2012).
Depuis la disparition d’al-Ibrahimi en mai 1965, l’AUMA a perdu de
son influence et de son allant. Elle n’a aujourd’hui qu’une présence
emblématique. La « vrai » présence de l’AUMA dans la mémoire des
Algériens reste liée à ses leaders historiques. Toutefois, les manuels
scolaires continuent aujourd’hui dans les trois cycles d’enseignement de
citer les textes (pamphlets, articles de presse, poésie) des ulémas en
particulier Ibn Badis, al Ibrahimi et al Khalifa.
L’islamisme radical, quant { lui, a fait, dès sa naissance, l’éloge des
ulémas et s’est revendiqué de leur héritage. Les positions des cheikhs
Arbaoui et Soltani présentés comme les vétérans de l’islam politique
algérien (Al- Ahnaf, Botiveau, Frégosi, 1991, 60, sq), qui figurent parmi
les membres des ulémas les plus opposés au régime de Boumédiène, sont
souvent glorifiées par les leaders du FIS, se réclamant sinon de l’héritage
des ulémas, au moins de leur voie réformiste.
En outre, les écoles de l’Association sont encore aujourd’hui le
symbole de sa forte présence dans l’histoire sociale et culturelle de
l’Algérie des années 1930 et 1940 et témoignent de son rayonnement
90
Atérien
intellectuel. Dar el-Hadith de Tlemcen, inauguré par Ibn Badis en 1937,
l’Institut Ibn Badis { Constantine créé en 1947 pour préparer les élèves
algériens à rejoindre Al-Azhar et Zeitouna (devenu après l’indépendance
un lycée dépendant du ministère de l’éducation) témoignent en partie de
l’héritage des ulémas et de leur contribution dans la sauvegarde des
valeurs culturelles des Algériens.
B. Benzenine
Corrélats : Congrès musulman algérien ; Dâr-el-hadîth ; FLN ; Front algérien
pour le respect et la défense des libertés (FADRL) ; Ibn Badis ; Ibrahimi (al).
Bibliographie : Bassa’ir,al- (1951) ; Benzenine, B. (2012) ; Carlier, O.
(2009).Carret J. (2008) ; El Korso, M. (1988) ; Hellal, A. (2002); Manceron, G.
(1994) ; Manceron, G. et Remaoun, H. (1993) ; Mérad, A. (1967) ; Saadallah, A.
(1998) ; Vatin, J.-C. (1983).
Atérien (Paléolithique supérieur)
Terme dérivé du nom de Bir el Ater, localité située { l’est des
Nemenchas et au sud de Tébessa en Algérie. Culture qui affirme sa
présence dans toute l’Afrique septentrionale, du Sahel actuel jusqu’{ la
Méditerranée. Bien que contemporaine du Paléolithique supérieur
puisqu’elle daterait d’environ 30.000 ans, elle semble continuer les
techniques levalloisiennes et moustériennes du Paléolithique moyen
(100.000 à 35000 ans avant notre ère)qui permettaient de produire des
petits bifaces et des éclats triangulaires, sortes de pointes et de
couteauxà dos arrondis avec une fabrication importante de hachereaux
en Afrique du Nord notamment. L’Atérien introduit cependant une
importante innovation avec l’apparition d’un pédoncule { l’extrémité de
la pierre travaillée, « cette technique de fixation de l’outil à son manche,
inconnue du moustérien européen, fût appliquée à tous les types
d’armes et d’instruments : points, racloirs, grattoirs, burins, perçoirs »
(Gabriel Camps, 2007 et 2011).
L’Atérien dont on retrouve les traces dans tout le Maghreb est
largement représenté { travers l’Algérie, dans la proximité côtière
d’Oran notamment où on aurait découvert la présence la plus ancienne
de ce type de fabrication (non loin de Mostaganem, Arzew et Cap Blanc).
A propos de l’Atérien dont on ne retrouve trace qu’au Maghreb, reste
posée la question de ses origines et d’une éventuelle postérité : sur les
plans technologiques et de l’anthropologie physique, il se situerait { la
lisière des industries moustériennes du Paléolithique moyen assurée
91
Atlanthrope
par un type humain proche de l’homme de Neanderthal en Europe, et de
l’homme de Mechta el arbi apparu avec l’Iberomaurusienet plus proche
physiquement du type de Cromagnon en Europe (qu’on assimile {
l’Homo Sapiens ou homme moderne pour le différencier du
Néanderthalien, lui-même considéré déjà comme un Homo Sapiens). Si
on sait cependant que pour l’Europe le type humain de Cromagnon n’est
pas dans la lignée de l’homme de Néanderthal qu’il va supplanter, en
Afrique du Nord la question de la continuité physique entre
Néanderthalien local, dominant au Paléolithique moyen et porteur
del’industrie moustérienne avec celle des hommes Atérienspuis
Mechtoide (ibéromaurusien) semble encore en débat.
Les spécialistes sont cependant plus assurés dans leur affirmation d’un
bouleversement humain important qui verra le jour avec l’apparition dès
l’Epipaléolithique (extrême fin du Paléolithique supérieur) puis l’Holocéne
(âge géologique contemporain du Néolithique moyen-oriental) du type
humain porteur du Capsienou homme Protoméditerranéen).
H. Remaoun
Corrélats : Ain Hanech ; Atlanthrope ; Capsien ; Ibéromaurusien ; Préhistoire.
Bibliographie :Balout, L. (1955) ; Camps, G. (1974) ; Saoudi, N. (2002) in
CNRPAH, Préhistoire Maghrébine Tome I (2011).
Atlanthrope (Paléolithique inférieur)
La fabrication d’outils en pierre (industries lithiques) qui caractérise
toute la préhistoire a connu une phase acheuléenne succédant à celle
pré-acheuléenne ou oldowayenne (comme c’est le cas pour Ain Hanech et
El Kherba),et qui s’étend sur une grande partie du Paléolithique inférieur
(ou Paléolithique ancien) et peut-être du Paléolithique moyen comme
l’indiqueraient les fouilles de Mesra (ancien Aboukir près de
Mostaganem) ou de Tighenif (dit aussi Ternifine, ancien Palikao dans la
région de Mascara). L’intérêt des fouilles de Tighenif d’abord menées
par Charles Camille (entre 1954 et 1956) réside cependant surtout dans
le fait qu’on y ait découvert aussi des ossements d’hominidés, en fait les
plus anciennement connus en Afrique du Nord puisque remontant à
quelques 600.000 ans, (donc toujours durant le Paléolithique inférieur).
L’homme de Ternifine (ou de Palikao), baptisé Atlantropus
Mauritanicus (ou Atlanthrope), a été classé dans une catégorie de
l’évolution humaine qu’on a dénommé « Homo-erectus » (ou homme
debout) qui a succédé { l’Homo faber (ou Homme fabriquant d’outils).
92
Atlanthrope
L’Atlanthrope est considéré par les spécialistes comme proche
morphologiquement du Sinanthrope (ou Homme de Pékin) qui lui serait
assez contemporain et de l’Homme de Rabat qui aurait vécu un peu plus
tardivement.
H. Remaoun
Corrélats : Ain Hanech ; Histoire ; Préhistoire.
Bibliographie :Balout, L. (1955) ; Camps, G. (1974) ; Illou, Kh. (2002) ;Saoudi,
N. in CNRPAH (Préhistoire maghrébine) tome I (2011).
93
B
96
Bandung
Bandung (Conférence afro-asiatique, avril 1955)
S’écrit aussi Bandœng et Bandoung.
Ville d’Indonésie où s’est tenue du 18 au 24 avril 1955 la première
Conférence afro-asiatique regroupant les Etats indépendants des deux
continents avec admission comme observateurs des mouvements de
libération nationale en activité, ou personnalités représentatives, (tel le
Muphti palestinien de Jérusalem). En fait, 24 gouvernements y
participèrent, représentés par leurs chefs d’Etats ou de gouvernement,
dont Soekarno pour l’Indonésie, Chou En Lai pour la Chine, Nehru pour
l’Inde et Nasser pour l’Egypte. Par ailleurs, même si certains pays de la
région tels les deux Etats coréens en étaient absents, ce regroupement
semblait plus { base géographique qu’idéologique, sauf pour le cas de
pays pratiquant en Afrique une politique d’apartheid tels l’Union sud-
africaine et la Fédération des Rodhésies-Nyassaland qui, n’avaient pas
été représentés. Il était possible de retrouver ainsi à cette rencontre
aussi bien des pays qu’on pouvait qualifier déj{ de « neutres » (on
parlera plus précisément de « neutralisme positif »), tels l’Indonésie,
l’Inde ou l’Egypte, que de pays { orientation communiste comme la
République populaire de Chine ou la République démocratique du
Vietnam (représentée par son 1er ministre Pham Van Dong). D’autres
étaient militairement alliés aux puissances occidentales tels la Turquie
(déj{ membre de l’OTAN-NATO), l’Irak, et bientôt le Pakistan et l’Iran
dans le cadre du Pacte de Baghdad ou Traité turco-irakien qui venait
d’être signé, (devenu CENTO après la Révolution irakienne de juillet
1958 et le retrait de ce pays), ou toujours le Pakistan les Philippines, la
Thaïlande et bientôt le Sud-Vietnam dans le cadre de l’Organisation du
traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE ou SEATO). Une mission algérienne,
envoyée par le FLN comprenant notamment Hocine Aït Ahmed et
Mhamed Yazid avait pu assister à la Conférence, intégrée en réalité à
une délégation regroupant les trois pays maghrébins sous domination
française avec comme, personnalités notoires pour le Maroc Allel el
Fassi et pour le Tunisie Salah Ben Youssef, (encore secrétaire général du
Néo-Destour et qui assumait la fonction de chef de la délégation
maghrébine).
Malgré les divergences politiques et idéologiques qui auraient pu
miner la rencontre, le consensus semble établi en ce qui concerne la
question coloniale puisque la conférence déclare « que la question des
peuples soumis { l’assujettissement { l’étranger, { sa domination et son
exploitation constitue, une négation des droits de l’homme, est contraire
97
Bandung
à la Charte des Nations Unies, et empêche de favoriser la paix et la
coopération mondiale ».
Les Maghrébins en particulier ne se seront pas déplacés en vain
puisque un paragraphe très explicite quant au soutien à leur cause est
aussi inséré dans la déclaration finale ; on y lit : « En ce qui concerne la
situation instable en Afrique du Nord et le refus persistant d’accorder,
aux peuples d’Afrique du Nord leurs droits { disposer d’eux-mêmes, la
Conférence afro-asiatique déclare appuyer les droits des peuples
d’Algérie, du Maroc et de Tunisie { disposer d’eux-mêmes et à être
indépendants, et elle presse le gouvernement français d’aboutir sans
retard à une solution pacifique de cette question ».
Le Maroc et la Tunisie allant dès Mars et avril 1956 accéder à
l’indépendance, c’est surtout l’Algérie qui s’engage dans une longue
Guerre de libération nationale (1954-1962) qui aura à bénéficier de
manifestations de solidarité du groupe afro-asiatique très actif { l’ONU.
Ce dernier imposera dès septembre-octobre 1955 la première
inscription de la question algérienne { l’ordre du jour de l’Assemblée
générale, pression renouvelée chaque année sur les autorités françaises
jusqu’{ ce qu’elles finissent avec leurs alliés par reconnaitre l’exercice
du droit à l’autodétermination du Peuple algérien et son accession {
l’indépendance nationale. C’est ainsi que dès février 1957, l’Assemblée
générale se prononcera pour « une solution pacifiée » en Algérie, puis le
10 décembre 1957, pour « une solution négociée » tandis que le 19
décembre 1960, toujours sur proposition du groupe afro-asiatique, est
reconnu formellement le droit du Peuple algérien { l’autodétermination
et { l’indépendance.
Encore méconnus sur le plan international contrairement à Messali
Hadj perçu comme un leader éminent depuis sa participation au
Congrès de Bruxelles organisé en février 1927 par la Ligue contre le
colonialisme et l’impérialisme (auquel avaient pris part de nombreux
asiatiques dont l’indien Nehru lui-même), les jeunes responsables du
FLN vont ainsi à partir de Bandung, faire une percée diplomatique aux
conséquences certaines pour le renforcement de leur cause.
C’est ce dont témoignent aussi la participation des délégations du
FLN et { partir de septembre 1958 du GPRA, et l’accueil chaleureux qui
leur est chaque fois réservé aux différentes rencontres qui suivront dans
la continuité de l’esprit de Bandung. On pourra citer ainsi en décembre
1957 au Caire la Conférence des Peuples d’Afrique et d’Asie, en avril
1958 puis en décembre 1958 à Accra, la première Conférence des Etats
africains, et la Conférence des peuples africains en janvier 1960, le
deuxième Congrès panafricain des peuples à Tunis, puis en Janvier
98
Ben Allel Sidi M’barek Mohammed
1961, la Conférence de Casablanca. Il faudra certainement ajouter à
cette liste, toutes les autres rencontres qui mèneront { l’élaboration de
la ligne de « neutralisme positif » et de « non-alignement » (avec la
contribution de Tito et de la Yougoslavie) ou plus tard à un
élargissement { l’Amérique latine dans le cadre de la Tricontinentale.
Dans l’organe du FLN El-Moudjahid(cf. sa livraison n° 15 du 1er
janvier 1958) qui publiait sur sa "une" un éditorial ayant pour titre
« Renforcement de la solidarité afro-asiatique avec l’Algérie» ({
l’occasion de la conférence du Caire) et un commentaire de fond
intitulé : « L’Algérie { l’ère de Bandoeng » ; on pouvait y lire : « L’action
de l’impérialisme est multiforme. Si ses buts sont toujours identiques,
ses moyens sont nombreux et aussi variés que les pays où il exerce sa
férule. Seule l’Union des peuples afro-asiatiques peut accélérer son
destin et mettre un terme à ses empiètements et ses crimes. La
conférence de Bandoeng qui s’est tenue en avril 1955 n’avait d’autre but
qu’un rapprochement des puissances indépendantes d’Asie et d’Afrique,
afin de mieux organiser le combat anticolonialiste { l’échelle mondiale.
La conjoncture historique dans laquelle elle s’est tenue en fait un
tournant décisif dans le mouvement de la libération des deux
continents. Bandoeng est un aboutissement et un point de départ ».
H. Remaoun
Corrélats : Colonisation, Colonialisme et impérialisme ; Etoile Nord-
Africaine (ENA) ; Front de libération nationale (FLN) ; Messali Hadj ; Unité
maghrébine.
Bibliographie : Aït Ahmed, H. (1964) ; Driss, R. (1996) ;El Moudjahid (N° 15, 1er
Janvier 1958) ; Grimaud, N. (1994) ; Guitard, O. (1965) ; Résistance Algérienne
(N° 14, Fin 1956) ; Wright, R. (1955).
Ben Allel Sidi M’barek Mohammed (1814-1843)
Mohammed Ben Allel Sidi M’barek a été l’un des huit khalifa à qui
l’Emir Abd-el-Kader avait confié le gouvernorat des différents territoires
qui composaient l’espace sur lequel s’étendait son autorité. Le rôle qui
fut le sien auprès d’Abd-el-Kader aussi bien dans la lutte qu’il mena
contre les troupes françaises et les groupements (tribus et confréries)
qui s’opposaient { lui, que dans son effort pour construire un Etat, fut
important et dura jusqu’{ sa mort au combat en 1843.
99
Ben Allel Sidi M’barek Mohammed
Mohammed Ben Allel est né en 1814 à Koléa dans la grande famille
composée des descendants du saint Sidi Mbarek que la généalogie de la
famille Ben Allel fait remonter au XVIème siècle. Le rayonnement et
l’autorité spirituelle de cette famille, et de sa zaouïa s’étendaient sur
une vaste zone comprenant toute la Mitidja, et touchant Blida, Miliana,
Mouzaïa et Médea. L’ensemble des tribus vivant sur ces territoires
(comme les Mouzaïa, les Beni Menad, les Soumata, les Ouled Ayad…)
reconnaissaient l’ascendant maraboutique de Sidi Ali Ben Allel, l’ancêtre
éponyme de la famille et de ses descendants et tenaient en haute
considération sa zaouïa sise à Koléa.
En 1830 c’était Mahieddine Es-S’ghir, l’oncle de Mohammed qui était
à la tête de la famille Ben Allel Sidi Mbarek et de sa zaouïa. Avant
l’invasion française, une bonne entente entre le pouvoir ottoman et cette
famille avait longtemps régné. En juillet 1831, Mahieddine Es-S’ghir
accepte la fonction d’agha que lui proposaient les Français. Il
démissionne toutefois de cette fonction dès décembre 1831.
Mohammed Ben Allel Mbarek était très proche de son oncle
Mahieddine Es-S’ghir, qui avait suivi son éducation dans la zaouïa et qui
très tôt l’associait { ses activités de chef d’une grande famille influente et
de cheikh d’une zaouïa, qui attirait de nombreux étudiants et de
nombreux pèlerins.
La rupture de Mahieddine Es-S’ghir avec les Français, ouvre
rapidement les hostilités avec ces derniers : en Octobre 1832 a lieu un
violent combat à Boufarik opposant les troupes françaises et celles de
Mahieddine Es-S’gir composée d’hommes venus de plusieurs tribus en
particulier celle des Hadjoutes. Le jeune Mohammed participe à ce
combat.
En novembre 1832, une troupe de soldats français pénètre à Koléa, et
procède { l’arrestation du jeune Mohammed, de son père, Sidi Allel, de
son oncle Sidi Mohammed, ainsi que de quelques autres parents, du cadi
et du muphti de Koléa. Quant à Mahieddine Es- S’ghir, il parvient {
échapper { l’arrestation. Une forte rançon est exigée pour la libération
des prisonniers.
Mohammed Ben Allel n’a été libéré qu’en 1835. Il semble que durant
sa captivité la proposition de se soumettre au pouvoir français lui ait été
faite, contre la promesse que des charges importantes lui seraient
confiées. Après la mort de son oncle et mentor Mahieddine Es S’ghir ben
M’brek, et celle de son père, il devient le chef de la famille et hérite du
charisme maraboutique légué par ses aïeux.
100
Ben Allel Sidi M’barek Mohammed
C’est en 1835 que Mohammed Ben Allel fait la connaissance de l’Emir
Abd-El-Kader lors d’une rencontre de ce dernier { El Attaf, avec son
oncle Mahieddine Es S’ghir. Celui-ci avait alors accepté sa désignation
par l’Emir comme khalifa, ayant autorité sur l’Algérois et le Titteri.
La signature du traité de la Tafna en 1837 plaçait la famille Ben Allel
dans une situation délicate, car l’ensemble du territoire sur lequel
s’étendait l’influence de la famille, y compris Koléa, (occupée par les
troupes françaises depuis mars 1838), figurait dans la zone relevant de
l’autorité des Français. Auprès de Mahiedddine Es S’ghir, le jeune
Mohammed avait suivi ou participé aux attaques nombreuses menées
contre les troupes françaises dans la Mitidja.
De 1838 à 1840, Mohammed Ben Allel, exerce les fonctions de Khalifa
de l’Emir ; il réside à Miliana qui devient ainsi la capitale du « khalifalik »
qu’il administre selon des règles analogues { celles que Abd el Kader
applique { l’Etat qu’il s’efforce de mettre en place. Il installe en
particulier une manufacture d’armes. Il établit pour ses troupes un
règlement écrit dans lequel sont définies les fonctions de chacun.
Durant toute la période pendant laquelle Ben Allel a combattu sous
l’autorité de l’Emir, les relations entre les deux hommes ont été
empreintes de loyauté et de sympathie. Ainsi la famille de l’Emir s’était-
elle un temps installée à Miliana sous la protection du khalifa Ben Allel.
Il accepte et souscrit { la plupart des décisions de l’Emir comme lorsque
celui-ci souscrivit au traité de la Tafna en 1837, ou qu’il refusa en 1838,
les demandes des Français de modifier les termes de celui-ci afin de
disposer d’une liaison terrestre, traversant les territoires reconnus à
Abd el Kader, entre Alger et Constantine conquise en 1837. Ben Allel a
souvent aidé l’Emir dans les combats qu’il livrait aux français ou ceux
qu’il menait contre les confréries ou les tribus qui s’opposaient { lui :
ainsi en a-t-il été de sa lutte contre les Tidjaniya, en particulier lors du
long siège de Aïn–Madhi, foyer de la confrérie.
Après le refus d’Abd-el-Kader d’entériner la révision du traité de la
Tafna, et après que le duc d’Aumale eût franchi les Portes de Fer dans sa
route vers Constantine, les combats reprennent, y compris dans les
zones placées sous l’autorité de Mohammed Ben Allel. Ses premiers
accrochages avec les Français furent victorieux ; il avait en particulier
réussi { ch}tier des tribus qui s’étaient soumises aux Français.
Après ces premiers succès, échecs et défaites se succédèrent. En
décembre 1839, il lance une attaque contre Boufarik, mais il doit reculer
devant la riposte des troupes françaises ; il est défait à Oued El Alleug le
31 décembre 1839. A Mouzaïa il essuie une lourde défaite alors qu’il
bénéficiait du soutien des troupes d’Abd el Kader.
101
Bendjelloul Mohamed Salah
Depuis qu’il a fallu évacuer les villes de Koléa puis de Miliana et de
Médéa, Ben Allel et ses troupes continuaient le combat à partir des
campagnes et des forêts alentour ; il est finalement contraint de se
replier dans l’Ouarsenis, puis au sud du Sersou. Parmi les tribus
quiautrefois combattaient à ses côtés, beaucoup avaient fait leur
soumission aux Français comme les Mouzaïa, les Beni Menad, les
Soumata, les Ouled Ayad. A la fin de l’année 1842, Ben Allel disposait
encore de suffisamment de forces, pour tenter de châtier, en compagnie
de l’Emir Abd el Kader des tribus ralliées aux Français.
La prise puis le saccage de la Smala d’Abd el Kader, le 16 mai 1843 fut
pour lui un coup très dur, pour les conséquences militaires et politiques
qui s’ensuivirent, mais aussi parce que toute sa famille, qui y avait été
mise { l’abri, fut capturée pour être emprisonnée dans l’île Sainte-
Marguerite.
La lutte de Mohammed Ben Allel M’barek ne cesse qu’avec sa mort
lors d’un dernier combat, celui qui l’opposa, le 11 novembre 1843 aux
soldats d’un général français.Ben Allel fut décapité et sa tête rendue { sa
famille dans un sac de cuir.
La résistance contre les troupes françaises menée par les populations
algériennes après l’effondrement du pouvoir ottoman, a été dans une
grande mesure, comme le montre bien l’épopée de Ben Allel, le reflet de
l’organisation de l’Algérie telle qu’elle s’était établie depuis de longs
siècles et telle qu’elle était encore, en ces premières décennies du XXème
siècle, à savoir une organisation fondée sur les relations entre de
nombreux ensembles tribaux, le plus souvent appuyés sur le charisme
de lignages saints et sur des confréries.
M. Haddab
Corrélats : Abd el Kader (Émir) et la résistance face aux Français ;
Administration coloniale de l’Algérie.
Bibliographie :Ageron, C.-R. (2005) ; Ben Allel, A.- M. (2011) ; Dinesen, A.-V.
(2011) ; Emerit, M. (2002) et (1947) ; Lacoste, Y. et autres (1960) ; Nadir, A.
(1972).
Bendjelloul Mohamed Salah (1893-1985)
Né le 8 décembre 1893 à Constantine, le docteur Mohamed Salah
Bendjelloul est issu d’une grande famille notable. Parmi les premiers
algériens diplômés en médecine, Bendjelloul fut une personnalité
politique et intellectuelle très influente dans les années 1930.
102
Bendjelloul Mohamed Salah
Il s’engage très tôt dans l’action sociale, puis politique. Très jeune il
milite pour l’égalité entre Algériens et Européens. Ses positions sont
connues tout d’abord dans la presse algérienne comme la Voix
Indigènealors qu’il présidait le Cercle de l’Union qu’il a créée en 1932
(proche des Ulémas, notamment grâce au lien de parenté qui lie
Bendjelloul et Ibn Badis).
Il entre en 1927 dans la vie politique comme élu municipal de la
petite ville de Herbillon (Actuellement Chetaibi, wilaya de Annaba).Puis,
durant dix années (de 1935 à 1945), il est élu conseiller municipal de
Constantine et adjoint au maire de la ville.
La constitution de la Fédération des élus de Constantine, créée en
1930 dont il fut un membre actif fera de lui une personnalité influente.
Ses divergences avec Zenati, leader de la Fédération, à cause des
positions à prendre vis-à-vis de l’administration coloniale et de ses
projets pour l’Algérie l’ont mené { s’imposer comme le vrai leader
politique. Il prend les rênes et s’impose comme président de la
Fédération le 27 avril 1933. Il lui donne une nouvelle orientation, mais
aussi une nouvelle équipe composée notamment de Benozène, Dr Smati,
Khellil Benkhellil, Dr Hadj Ali et Dr Saadane. La Fédération devient aux
yeux de l’administration un mouvement radical au regard de ses
revendications exigeant plus de représentation dans les assemblées
élues, et le parlement notamment, l’annulation du Code de l’Indigénat, la
fin de la surveillance de la police et des tribunaux spéciaux. Il
revendique également aux Algériens leur droit inconditionnel à la
citoyenneté française, tout en préservant leur statut de musulmans.
Arguant don mandat d’élu et représentant des intérêts de ses
coreligionnaires, il demande également d’être membre de la
Commission interministérielle des affaires musulmanes. Il présenta
également des propositions visant améliorer les conditions de vie des
Algériens. Ces revendications restées sans réponses, Bendjelloul appelle
les élus de sa Fédération à déposer leur démission collective.En 1934, il
est { l’apogée de popularité dans l’est algérien. Durant les émeutes
« antisémites » de Constantine en août 1934, Bendjelloul joua un rôle
d’intermédiaire pour les trois parties : les musulmans, les juifs et
l’administration coloniale. Il va être toutefois taxé d’antisémite pour
avoir appelé au boycott des commerçants juifs de Constantine.
Même en dehors de Constantine, sa célébrité ne cessa de croitre. En
visite à Paris, il est contacté par des responsables de l’ENA malgré les
divergences entre les deux compositions politiques.
103
Bendjelloul Mohamed Salah
En août 1935, Bendjelloul fonde L’Entente franco-musulmane, organe
hebdomadaire de la Fédération des Élus des Musulmans et de l’Union
Populaire Algérienne pour la Conquête des Droits de l’Homme et du
Citoyen. Il tire jusqu’{ 3000 exemplaires.
Grâce à sa proximité avec les Ulémas, le docteur Bendjelloul adhère
aux idées du Congrès musulman algérien de 1936 et devient, mais
seulement pour une courte période, son président ; et conduit, à ce titre
sa délégation { Paris. En effet, l’échec du Projet Blum Violette va affaiblir
les positions défendues par Bendjelloul (que l’on présente comme
l’intermédiaire entre l’administration et les musulmans d’Algérie). Il
commence à perdre de crédibilité, devant la montée de popularité de
Messali d’un côté, et l’intransigeance de l’administration coloniale. Selon
Kaddache, Bendjelloul a « saboté l’union » (le Congrès musulman) à
cause de son anticommunisme et sa peur de nationalisme (Kaddache,
409).
Malgré ses divergences avec Ferhat Abbas, il signe le Manifeste du
Peuple algérien.Il devient membre de l’Assemblée Consultative d'Alger de
1943 à 1945. À la tête de l'Union démocratique franco-musulmane, il est
élu en 1945 membre de l’Assemblée nationale, député du département de
Constantine et territoire de Touggourt pour le Collège des électeurs
français musulmans non-citoyens). Ses opposants le critiquent et le
qualifient de « docteur pirouette » ; les députés de sa liste sont nommés
« députés préfabriqués ».
Député durant la seconde législature, il condamne ce qu’il qualifie de
« troubles » du 1er novembre et apporte son soutien au gouvernement
Mendes France, tout en l’appelant { faire plus d’effort pour que
« l’Algérie reste française ». « Les renforts, ce sont les réformes »,
déclare-t-il. Un an après, suite aux événements du 20 août 1955 dont il a
été lui-même une cible (Harbi, 1984), il opte pour l’autonomie de
l’Algérie ou son assimilation. L’évolution des évènements liés à la Guerre
de libération l’ont conduit {changer de position et { croire de
l’inévitable indépendance de l’Algérie.
Ainsi, il préside le « Groupe des 61 » demandant la reconnaissance de
l’ «idée nationale algérienne » puisque la politique d’intégration est
« dépassée ». Après l’indépendance, il s’éclipse de la vie politique. Il
meurt en France en 1985.
B. Benzenine
Corrélats : Abbas Ferhat ; Congrès musulman algérien ; Fédération des
Élus indigènes ; FLN ; Ibn Badis ; Manifeste du Peuple algérien ; Messali Hadj.
104
Berbères
Bibliographie : Ageron, Ch.-R. (1979) ;Fromage, J.(in Bouchène et autres,
2012) ; Jolly, J. (1966) ; Stora,B. (1985).
Berbères
Le mot Berbèresurement dérivé du terme barbare d’origine grecque
puis latine, utilisé pour désigner des populations qui ne parlaient ni grec
ni latin a fini par identifier des populations considérées comme
autochtones en Afrique du Nord. Au-delà des différences manifestes qui
peuvent les caractériser du point de vue de l’anthropologie physique et
des modes d’organisation sociale et de subsistances, ces groupes
humains usent certainement dès le Néolithique et la Protohistoire de
parlers très proches issus d‘une même langue dite protobèrbere,
berbère, ou tamazight. Ce dernier terme d’origine endogène et dont
l’usage est préféré par les Nord-Africains renvoie en fait au nom
d’Amazigh par lequel ils se désignent eux-mêmes et qui postulerait
l’existence d’hommes « nobles » ou « libres », même si on s’est posé la
question de l’existence concomitante d’un statut d’hommes non libres
ou de serfs (S. Gsell), tels les Haratines dans les Oasis du Sahara, et ce un
peu sur le modèle de la domination des Francs après les invasions
germaniques en Gaule.
Si de nos jours, des disciplines comme la paléontologie, l’archéologie
et la linguistique ont beaucoup fait progresser nos connaissances sur la
question, il ne faudra pas perdre de vue même si elles ne sont pas
toujours très fiables, les informations transmises par la tradition
historiographique. Les chroniques égyptiennes reprises au Vème siècle av.
J.-C par Hérodote sont certainement les premières à signaler sous le nom
de Lebou (ou Libyens), l’existence de tribus parfois turbulentes aux
confins occidentaux de la terre des Pharaons. Avec la fondation de
Carthage (en 815 av. J.-C), les Phéniciens suivis des Grecs, utiliseront
pour désigner les populations avoisinantes de Carthage (en Tunisie
actuelle et l’extrême est-algérien), la notion d’Afri ou Ifri, un toponyme
berbère (ou Punique ?) qui semble très fréquent de nos jours encore et
qui donnera plus tard les toponymes Africa puis Afrique.
Les historiographes latins et les inscriptions archéologiques nous
indiquent qu’{ côté de l’Etat carthaginois apparaissent au moins dès le
IIIème siècle les royaumes Massaessyle (avec Syphax) et Massyle (avec
Gaia et Massinissa), unifiés par Massinissa au sein de la Numidie qui
s’étendait des lisières occidentales du Maroc jusqu’{ une partie de la
Tunisie et peut être de la Tripolitaine actuelles, ainsi que le Royaume de
Maurétanie (dans le nord du Maroc actuel).
105
Berbères
La conquête romaine induira de nouveaux découpages et ses
chroniqueurs nous feront connaitre de nouveaux noms de tribus.
Salluste notamment signalera les Getules (ancêtres des Tachelhit ?),
terme en fait utilisé pour toute une série de populations établies sur les
franges du limes à la lisière des Hautes plaines et du Sahara. Hérodote
en son temps nous avait cependant déjà parlé des Garamantes,
conducteurs de chars et précurseurs peut être des Touaregs dans les
contacts avec les populations mélanodermes (ou éthiopiques) du Sahara
et du Sahel. Lorsque l’Empire romain tire à sa fin (avec
AmmienMarcellin comme informateur) puis aux époques vandale et
byzantine (selon les chroniques de Procope et de Copillus), { l’est, des
confins de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine, puis du sud pointent de
nouvelles tribus nomades et chamelières qu’on classifiera dans la
rubrique fédératrice de Zénétes. Les historiens arabes avec notamment
Ibn Khaldoun, au XIVème nous traceront un tableau complétement
transformé avec un Maghreb où les populations sont réparties selon les
habits qu’elles portent, mais aussi le genre de vie, entre Botr, porteurs
de Tunique et Branes porteurs de burnous, ou Zénétes nomades et
Sanhadja montagnards et sédentaires (même si cela ne se passe pas
toujours de la sorte). Il y a cependant aussi les fondateurs d’Empires,
Ketama alliés aux Fatimide et Zirides-Hammadides en Grande Kabylie et
dans l’est du Maghreb, et Almoravides (tous plutôt Sanhadja), les
Masmouda et Koumya almohades, et les Louata, Maghraoua et autres
Zénétes fondateurs des Etats zyanide et mérénide. Ensuite tout
s’entremêle entre tribus berbères et arabes, aux époques ottomane et
française notamment. La colonisation entamera une déstructuration
totale de la société donnant naissance au Mouvement national puis à
l’Etat national. On en vient ainsi aux débats sur les
identitésnationalesauMaghreb, menés autour du triptyque islamité,
arabité, et amazighité.
La crise « berbériste » de 1949 au sein du PPA-MTLD et le Printemps
berbère de 1980 sont passés par là, en Algérie notamment. Si avec
l’islamisation de la région qui a commencé au VIIème siècle, la majeure
partie de la population sera progressivement arabisée(surtout après les
vagues hilaliennes du XIème, siècle), un tiers environ des habitants de ce
qui est devenu le Maghreb continue de nos jours à utiliser le tamazight,
surtout dans ses régions centrale (Algérie) et occidentale (Maroc),
même si des petites minorités continuent à en user en Tunisie et en
Libye et même dans le Sahel et dans certaines oasis de l’extrême Ouest-
égyptien (Siwâh notamment).
106
Bouamama, insurrection
L’interpénétration et influences réciproques entre parlers tamazights
et arabes, les similitudes culturelles, religieuses et ethniques, ainsi que
les métissages sont tels, qu’on peut parler d’un Maghreb où se fonde une
identité arabo-berbère travaillée par des apports méditerranéens et
universels. C’est l{ un processus qui semble irréversible.
H. Remaoun
Corrélats : Arabe(s) ; Libyque ; Phénico-punique(s) ; Royautés berbères
(Antiquité) ; Tamazight.
Bibliographie :Camps, G. (1960 Et 2007-2011) ; Encyclopédie Berbère ;
Encyclopédie de l’islam ; Gautier, E.F. (1964) ; Gsell, S. (1913-1928) ; Hachid, M.
(2000) ; Ibn Khaldoun, A.(Réed.2010) ; Julien, Ch.- A. (1952-1966) ; Kaddache,
M. (1972).
Bouamama, insurrection (1881 -1894)
Alors même que l’armée d’occupation croyait avoir, { la fin des
années 1870, pacifié le Sud-ouest, un ascète, Cheikh Bouamama, vivant
en reclus dans l’oasis de Moghrar Tahatni, située au Sud d’Ain-Sefra,
décida de proclamer le djihad contre les troupes françaises. Né en 1840
à Figuig, au Maroc, Cheikh Bouamama Ben-El Arbi Ben El Heurma,
apprit, dès son jeune âge le coran et étudia les sciences islamiques, sous
l’autorité de plusieurs chouyoukhs. Informé des événements qui avaient
secoué les régions du Suddurant plus de dix années ainsi que des
souffrances endurées par les tribus lors des expéditions de l’armée
française, Cheikh Bouamama, attendant son heure, avait tissé des liens
avec des tribus H’myan, les Trafis, les Ouled Ziad, les Jaafra de Saida et
d’autres fractions de Frenda. Les Moqadems, représentants de sa Zaouïa
dans la région des hauts plateaux, constituaient en réalité un véritable
réseau de renseignements qui rendaient compte du mouvementdes
colonnes françaises, de l’emplacement de nouveaux postes militaires et
les agissements des chefs des bureaux arabes { l’égard des populations.
Avec l’arrivée des tentes des Ouled Sid Cheikh Ghraba qui se sont
réfugiés au Maroc et la visite de chefs de familles et de notables, Cheikh
Bouamama envoya ses émissaires à toutes les tribus pour se préparer à
l’insurrection.Avant qu’il ne déclare la guerre, une action vint précipiter
le cours des événements.Le chef du bureau arabe de Geryville, l’officier
Winbrenner, accompagné de deux spahis, du maréchal des logis et du
caïd de céans, était venu arrêter deux chefs des Djaramna, fidèles
auCheikh Bouamama. Tombé dans un traquenard, au début du mois
107
Bouamama, insurrection
d’avril 1881, l’officier est assommé, les deux spahis tués et les deux
autres blessés réussirent à prendre la fuite.
Suite à cet événement, rassemblant deux mille combattants entre
fantassins et cavaliers, Cheikh Bouamama lança sa première attaque le
27 avril de la même année contre les unités de l’armée française au lieu
dit Sfisiffa. Les deux camps ont enregistré des pertes humaines, mais du
côté du cheikh Bouamama, on comptait la mort des deux chefs des Maali
et des Rezayna. Evaluant les risques de contagion de l’insurrection
déclenchée, le commandement régionaldécida d’envoyer des
renfortsconstitués de deux goums, l’un dirigé par le caïd Kadour Ouled
Adda, alors que le deuxième parti de Tiaret, était confié { l’agha el Hadj
Kadourel Sahraoui. A cet effectif, était jointe une caravane de mille
chameliers, accompagnée de fantassins. Sous les ordres du général
Colineau d’Annecy commandant du secteur militaire de Mascara, cette
colonne livra bataille aux combattants du cheikh Bouamama le 19 mai à
El Mouileh, situé dans les monts des Ksours. Selon un bilan dressé par
l’armée française, cette dernière eut soixante tués et vingt-deux blessés.
Sorti vainqueur de cette bataille, cheikh Bouamama s’attaqua aux postes
français, aux exploitations alfatières détenues par les Espagnols, coupa
les fils téléphoniques et put mener ses incursions jusqu’{ l’entrée de
Frenda. Devant l’aggravation de la situation, le gouvernement général
mobilisa quatre colonnes :
- celle de Ras El Ma, sous les ordres du colonel Janine devrait barrer
la route au mouvement des insurgés vers la frontière marocaine et
avancer vers le cercle d’Ain Sefra ;
- celle de Khreider, commandée par le Colonel Zouini, marchait sur
Mecheria et Ain Sefra, pour dissuader les tribus des deux cercles de
rejoindre les insurgés ;
- celle de Tiaret, dirigée par le colonel Brounoussiart, visait à
sécuriser les alentours de Frenda et descendre au centre pour empêcher
toutes diversions des goums de CheikhBouamama ;
- la dernièred’elBayadh, la plus importante, confiée un temps au
colonel Tadieu, puis au colonel Negrier, fut celle dont les unités se sont
attaqués aux foyers de l’insurrection avecacharnement.
De ces quatre unités, c’est celle dirigée par le colonel Negrier qui, se
chargeant de punir les tribus fidèles au Cheikh Bouamama, entra à
l’Abiod Sid Cheikh, massacra les populations, démolit le mausolée de Sid
Cheikh, puis passa ensuite à Chellala ou elle continua de raser les
108
Byzantins
Ksours. Plus loin, longeant la frontière, la colonne du général Colineau,
renforcée par de nouveaux détachements avait marché sur Ain-Sefra.
Renforcée par des bataillons sous les ordres du général Louis, la colonne
envahit Moghrar Tahtani, démolit la zaouïa du Cheikh Bouamama et se
mit à la poursuite de ce dernier qui se refugiaau Maroc. Le temps de
reconstituerses troupes, CheikhBouamama livrabataille le 16 avril 1882
aux soldats français dans le chott Tighri, puis se replia sur Figuig où il se
fixa durant de longs mois.
Sous la pression du gouvernement français, le sultan du Maroc intima
l’ordre au Cheikh Bouamama de quitter le territoire marocain. [ la fin de
l’année 1883, ce dernier quitta Figuig et se refugia à Deldoul, une oasis
située dans le Gourara. De cet endroit reculé dans le désert, Cheikh
Bouamama, fondant une zaouïa, renoua les contacts avec les tribus du
Suddont les chefs lui rendirent visite et pris contact avec les Touaregs.
Au sujet de ses fidèles restés dans les hauts plateaux, ils continuaient à
marquer leur insoumission, dans des attaques contre les postes
militaires, le refus de payer l’impôt et la destruction des voies de
communication. Craignant de nouveau un regain insurrectionnel, le
gouvernement français tenta d’entrer en contact avec Cheikh
Bouamama pour lui accorder l’Aman avec conditions en 1893. Mais
devant la soumission totale des tribus du Sud livrées à la misère, il
donna son accord au Cheikh Bouamama de rejoindre le Maroc où il se
refugia à Ain Sidi Melouk, près d’Oujda, jusqu’{ sa mort.
M. Kedidir
Corrélats : Abd el Kader (Emir) et la résistance face aux Français ; Administration
coloniale de l’Algérie ; Insurrection de 1871 ; Marabout, maraboutisme ;Ouled Sidi
Cheikh, insurrection; Rahmaniya.
Bibliographie : Andre, J-P. (1956) ; Bessayeh, B. (1985 et 1987) ; Eberhard, I.
(1908 et 2008) ; Remaoun, H. (Coord.) (2000) ; Trumelet, C. (Revue Africaine,
N°20 (1876), 21 (1877), 22 (1879), 24 (1880), 25 (1881), 26 (1882), 27 (1883).
Byzantins
La petite colonie de Byzance fondée en 658 (av. JC) en Thrace sur la
cote du Bosphore par des Mégariens venus de Grèce, va connaitre une
destinée exceptionnelle avec l’intégration de la région { l’Empire romain
(au 1er siècle après JC), et surtout à partir de 330 lorsque l’Empereur
Constantin (qui a donné aussi son nom à Constantine dans l’Algérie
actuelle) y érigera la ville de Constantinople en tant que métropole
orientale de l’Empire romain. Elle aura un sort plus prestigieux encore
109
Byzantins
lorsque deux héritiers de l’Empereur Théodose 1er (379-395) vont à la
mort de ce dernier, rendre irrémédiable la réorganisation de l’ensemble
romain en deux Etats bien conscrits, l’Empire romain d’Occident centré
sur la ville de Rome et qui échoit à Honorius (395-423) et celui d’Orient
ou Empire byzantin avec Constantinople pour capitale et pour souverain
Arcadius (395- 408). L’Empire byzantin qui s’étendra sur toute la partie
orientale de la Méditerranée, de la Cyrénaïque et de l’Egypte jusqu’aux
Balkans, tentera lors de l’effondrement final de l’Empire d’Occident (en
476), de procéder à la conquête sans y réussir tout à fait, des territoires
désormais occupés par les Barbares (germaniques notamment). Il
subira lui-même d’ailleurs les pressions permanentes à partir du
Danube des Goths et des Huns ainsi que de l’Empire perse sassanide sur
sa frontière { l’Est avant de perdre sous la poussée islamique, ses
territoires dans l’ensemble syrien en Egypte et en Afrique (au VIIème
siècle) jusqu’{ disparaitre avec la prise définitive de Constantinople (par
les Ottomans en 1453).
Les Byzantins et la conquête de l’Afrique du nord
Les Byzantins semblent s’intéresser { l’Afrique du Nord dès la
fondation de leur empire, puisque déjà des proches d’Arcadius, auraient
encouragé, Gildon qui avait été nommé Comte d’Afrique par Théodose
1er après la défaite de son propre frère Firmus (lequel avait pris la tête
de l’insurrection des Circoncellions), à se soulever contre Honorius en
demandant le rattachement du territoire qu’il administrait { l’Empire
d’Orient (peut-être guidé par des velléités indépendantistes et pour
échapper { l’emprise des deux souverains { la fois). L’échec de Gildon ne
les décourageait pas puisque l’Empereur Léon de Thrace tentera, mais
en vain de profiter de la conquête Vandale (en 429), pour organiser un
débarquement de ses troupes en Afrique, avec l’expédition du « Grand
Naval » (en 468). En effet, si le comte Marcellin réussit en s’appuyant sur
des forces venues d’Italie à occuper momentanément la Sardaigne
l’armée venue d’Egypte, et commandée par Basilicus, débarquée en
Tripolitaine devait faire face aux hommes de Genséric et avant même
d’attaquer la ville de Carthage, subir un cuisant échec dans le Cap Bon.
Plus d’un demi-siècle après, l’Empereur Justinienconnu pour la
promulgation du code qui porte son nom, entreprendra une nouvelle
tentative qui sera la bonne, réussissant même après son succès africain
et dans son désir de reconstitution de l’Empire romain dans ses
frontières du IVème siècle, à étendre ses possessions de façon il est vrai
mitigée contre les Goths en Italie, et dans le Sud-Ouest de l’Espagne,
s’assurant ainsi une prédominance dans le contrôle de la navigation en
Méditerranée. C’est { un des plus prestigieux généraux byzantins,
Bélisaire, secondé par son chef d’Etat-major l’eunnuque
110
Byzantins
Solomonqu’échoit la mission d’aller mettre fin au Royaume vandale,
accompagné aussi de son secrétaire Procope qui allait dans ses écrits
relater le déroulement des combats. C’est ainsi qu’après avoir reçu la
bénédiction du Patriarche catholique de Constantinople, il pût
embarquer le 22 juin 533 sur une importante flotte transportant 10.000
fantassins et 5000 cavaliers (en partie des Barbares fédérés, c'est-à-dire
alliés de l’Empire), auxquels il faudra ajouter un millier de Huns et
autres Férules qui constituaient sa garde rapprochée ; cette armada
devait affronter une armée de quelques 30.000 vandales dont 5000
venaient tout juste d’être envoyés en Sardaigne (qui avec d’autres iles
de la Méditerranée était soumise aux Vandales), pour réprimer une
tentative de sécession d’un gouverneur d’origine gothe. Après quelques
péripéties et des hasards plutôt favorables, liés surtout { l’effet de
surprise et des divisions dans les rangs des défenseurs, le corps
expéditionnaire qui avait débarqué en septembre au Sud de
Hadramétum (Sousse) à cinq jours de marche de Carthage, allait
triompher à la bataille de Décimum (Sidi Fathallah près de Carthage) et
entrer dans la capitale ou il semble d’ailleurs avoir été bien accueilli par
une partie de la population. En effet des catholiques persécutés par le
clergé arien et des partisansd’un roi lié { Justinien, Hildéric qui venait
d’être déposé puis assassiné par les hommes de son cousin
Gélimer,voyaient en cette victoire comme l’expression d’une véritable
revanche contre leurs adversaires, vaincus et réduits { l’esclavage.
Gélimer lui-même, donc arrière-petit-fils de Genséric et qui s’était
réfugié chez des montagnards berbères, devait être définitivement battu
et fait prisonnier à Hippone (Annaba, le 13 avril 534), cité qui avait
d’ailleurs été durant quelques années la première capitale vandale
(après le siège au cours duquel devait décéder en 430 Saint Augustin).
L’effondrement du Royaume vandale ne signifiait cependant pas que les
Byzantins étaient au bout de leurs peines. Ils devaient assumer le
contrôle du territoire conquis en mettant sur pied une administration,
ceci dans un contexte marqué par la résistance des berbères auxquels
avant eux Romains et Vandales avaient déjà été confrontés.
L’administration de l’Afrique du Nord, les querelles religieuses et le
mécontentement social
Comme avant eux les Vandales, les Byzantins vont tenter de
ressusciter les circonscriptions et le type d’administration tels qu’ils
existaient du temps de l’Empire d’Occident. Le Diocèse d’Afrique était
structuré en sept provinces dont l’ancienne Proconsulaire ou
Zeugitaneavec pour siège Carthage et les deux autres Consulaires de
Byzacéne (sud de la Tunisie) et de Tripolitaine ainsi que des quatre
Praesides répartis entre la Sardaigne, la Numidie (avec Cirta –
111
Byzantins
Constantine), et enfin des Mauritanies Sitifienne (Sitifis-Sétif) et
Césarienne (Césaria-Cherchell). Cette dernière était réduite au contrôle
de quelques ports, et on avait tout d’abord rattaché l’ancienne
Mauritanie tingitane, avec en réalité l’occupation du seul port de Ceuta.
Plus tard ce qui faisait fonction de Césarienne sera rattachée à la
Sitifienne, tandis que la Tingitane sera comme jadis intégrée au Diocèse
d’Espagne reconstitué lorsque le Sud-Ouest de la péninsule sera à son
tour conquis. Les sept gouverneurs civils doublés par les chefs militaires
ou Dux, seront chapeautés par un Préfet du prétoire doublé lui-même
par un commandant en chef des troupes, le Magister militum siégeant à
Carthage, les deux fonctions pouvant être occupées parune même
personne comme ce fût le cas au tout début pour l’eunnuque Solomon
qui avait accompagné Bélisaire au moment de la conquête. Le système
évoluera pour donnernaissance{ l’Exarchieplus proche encored’un
pouvoir militaire ; l’Exarque chapeautant tout le système sera sans
doute un des personnages les plus puissants de l’Empire, en tout cas
suffisamment pour susciter les plus hautes ambitions,
puisqueHéracliusqui en avait le titre, pourra s’appuyer sur ses positions
en Afrique pour envoyer des troupes { l’assaut de Constantinople et se
faire proclamer Empereur (en octobre 610, c’est-à-dire à la veille de
l’émergence de l’islam en Arabie, et donc du début du démembrement
de l’Empire). Les Byzantins s’appuieront bien sûr sur le Clergé
catholique revigoré et qui très tôt récupèrera ainsi que les Romains
d’origine les anciennes propriétés et déploiera des persécutions non
seulement contre les déchus de rite arien (les Vandales), mais aussi
contre les païens, les juifs et bien entendu les donatistes. Cependant face
{ l’abus de pouvoir des nouvelles autorités, leurs rapines contre la
population ruinée par l’imposition excessive et la corruption des
occupants, le Donatisme semble reprendre en audience avec des
conversions nouvelles. L’Eglise catholique elle-même semble à maintes
occasions se démarquer paradoxalement des décisions théologiques des
Empereurs aspirant à la théocratie et des Papes complaisants. C’était le
cas déjà sous le règne de Justinien, qui en plus du code qui porte son
nom, avait procédé à la condamnation des « Trois Chapitres », livres
portant sur la doctrine de la Trinité et défendant des positions proches
du Nestorianisme (du nom du prêtre exilé Nestorius) sur la double
nature, de cette dernière divine et humaine. La mobilisation de l’Eglise
d’Afrique contre le Monophysisme (une seule nature de la Trinité,
d’origine divine) soutenu par le souverain et l’impératrice Théodora,
sera de nouveau effective au siècle suivant contre la doctrine similaire
du Monothélisme, que voulait officialiser Héraclius (que les Africains
avaient pourtant fait accéder au pouvoir impérial).
112
Byzantins
Les insurrections berbères et l’évolution jusqu’{ l’approche des
Fûtuhat
La principale menace pour la domination byzantine venait cependant
des Berbères dont certaines tribus comme du temps des Vandales
pouvaient être leurs alliés moyennant des avantages et des versements
d’argent, mais en rejoignant les irréductibles en cas de mécontentement.
S’ils avaient pour l’essentiel évité de prendre nettement position pour
les uns ou pour les autres lors de la guerre entre les Vandales et les
Byzantins en soutirant des subsides aux deux protagonistes, les
tentatives des seconds après leur victoire pour asseoiret élargir leur
emprise sur le pays vont être confrontées à une vive résistance. Dès que
Bélisaires’en fut retourné { Constantinople après la conquête, les
Berbères de Byzacèneet de Numidie s’insurgèrent contre l’Armée
byzantine qui s’appuyant sur quelques 1800 soldats (dont des
archers),ainsi que les divisions entre tribus dont ils n’hésitaient pas {
acheter certains chefs, réussit à maitriser les sédentaires, mais eût fort à
faire face à un roi des Aurès Iabdas et aux nomades chameliers de
Tripolitaine et du Sahara, dirigés par des chefs tel Cutzina. Solomon qui
avait été nommé à la tête du Diocèse d’Afrique dûtpar ailleurs faire face
à une mutinerie au sein de ses propres troupes mécontentes de non-
paiement des soldes. Stozas qui en avait pris la tête chercha à constituer
un front composé outre des soldats révoltés (souvent des Germains
ariens), de Vandales et de Berbères de Numidie, et il a fallu après que
Solomon se soit réfugié en Sicile, de nouveau faire appel à Bélisaire puis
au Patrice Germanos (cousin de Justinien), pour vaincre la coalition,
mais provisoirement seulement. Si Solomon qui est de retour pût
pénétrer dans les Aurès et vaincre Labdas, il dût faire face au
soulèvement des Louata en Tripolitaine auquel se rallie un ancien allié
numide des Byzantins, Antalas, qui réussiront à vaincre et tuer Solomon
(en 543). Strorzas entre temps réfugié en Mauritanie et marié à une
princesse locale, réussit à lever des troupes pour se lancer à nouveau
dans le combat tandis qu’un Dux (Général Byzantin) de Numidie,
Athanagild rejoint la révolte et tente d’occuperCarthage. Un autre
général célèbre, Jean Troglita est envoyé à la rescousse (entre 546 et
548) par Justinien et semble rétablir la situation en ralliant à lui le chef
nomade Cutzina, que les Byzantins feront pourtant assassiner en 563,
alors même que des tribus maures se soulevaient à nouveau. Désormais
les Byzantins qui depuis qu’ils avaient tenté en vain de reconstituer
l’ancien limesromain en s’appuyant sur des fortifications défenduespar
des archers, des soldats colons et une cavalerie constituée de troupes
fédérées ou alliées de façon plus ou moins incertaines, ne peuvent
contrôler que quelques ports en dehors de ce qui relèverait du nord de
la Tunisie actuelle et de l’Est de l’Algérie (la Numidie). Et encore il
113
Byzantins
s’agira de tenir compte ici du mécontentement de citadins, propriétaires
fonciers ou colons subjugués par le prélèvement forcé et la corruption
d’une administration qui tend { se replier sur l’ossature militaire. Au
VIème et VIIème siècles, partout ailleurs, dans les Maurétanies notamment
et au sud de cette zone d’implantation, des populations plus ou moins
organisées en confédérations tribales ou déjà en structure régionales à
vocation étatiques (comme ce sera le cas pour le Royaume des Djeddars
dans l’Ouest algérien) semblent couver d’autres évolutions possibles et
qui s’exprimeront après les Futûhât venues d’Arabie et de Syrie via
l’Egypte(à partir du milieu du VIIème siècle) dans le cadre de nouveaux
enjeux marqués par la dynamique de l’islamisation.
H. Remaoun
Corrélats : Afrique romaine ; Berbères ; Christianisme en Afrique du nord ;
Circoncellions ; Donatisme ; Empire romain ; Judaïsme en Algérie ; Résistance et
insurrections berbères contre les Romains ; Saint Augustin ; Vandales et
Germains.
Bibliographie : Brehier, L. (1969) ; Briand-Ponsart, C.(Dir, 2007) ;Cheynet, J.-C
(2010) ; Corripus, (a vécu en Afrique au VIèmesiècleaprès J.-C) ; Cuoq, J. (1984) ;
Ducelier, A. et Kaplan, M. (2007) ;Julien, Ch.-A. ; Kaddache, M. (1972) ;
Procopede Césarée (Né en Palestine, Mort en 562 à Constantinople).
114
C
116
Capsien- Protoméditerranéen
Capsien- Protoméditerranéen (Épipaléolithique-
Néolithique)
Le Capsien correspond à une culture qui doit son nom à la ville de
Gafsa (Capsa en latin) dans le centre de la Tunisie et à proximité de
laquelle, plus précisément à El Mekta, fût découvert le premier gisement
préhistorique qui portera ce nom.
Il concerne notamment en Afrique du Nord, des communautés
humaines caractérisées par la présence sur leurs lieux d’habitat
d’escargotières (ramadiyate en arabe), un mélange de cendres et de
résidus alimentaires (dont des coquilles d’escargots) qu’on retrouve
surtout en Tunisie et en Algérie orientale mais aussi occidentale
(Sersou) ainsi qu’en cyrénaïque et au Sahara.
Cette culture dont l’existence est attestée durant le Mésolithique
(IXème millénaire avant notre ère), et l’Holocène (âge géologique situé
entre le VIIIème et le IVèmemillénaire avant notre ère) donc
contemporaine du Néolithique même si à ses débuts du moins, elle ne
pouvait être assimilée à ce dernier (le Néolithique…).
En fait les spécialistes différencient entre un Capsien typique et un
Capsien supérieur (plus récent que le premier). Tous deux sont
caractérisés par une industrie lithique surtout, mais aussi osseuses,
produisant des grattoirs, burins, perçoirs, meules, lamelles à bord,
rabattu, couteaux { dos, mais aussi pour le second et comme c’est le cas
aux Némenchas et ailleurs de Houes, pics, tranchets et même haches,
herminettes, ce qui supposerait l’existence d’activités forestières, de
défrichage et d’agriculture, même si la chasse de l’antilope bubale et le
pastoralisme semblent encore dominants. Du Capsien, les archéologues
ont retrouvé aussi la trace de sépulturesavec des squelettes parfois
teints d’ocre rouge et des offrandes funéraires ainsi que des
manifestations esthétiques affirmées comme l’indiquent les parures {
base de coquillages, de galets perforés, de dessins sur coquilles
d’autruches ainsi que sur céramique et autre gravures sur pierres avec
représentations animalières des silhouettes humaines et des formes
géométriques.
Ces dernières semblent d’ailleurs largement identiques { celles qui
seront utilisées dans l’art berbère, ce qui laisserait supposer que ces
Capsiens venus sans doute d’Orient, avec d’autres vagues humaines qui
les suivront jusqu’{ la période historique seraient { l’origine d’un
substrat proto-berbère, refoulant plus vers l’ouest et le sud ou les
117
Centenaire de l’occupation…
assimilant les communautés humaines préexistantes, progressivement
condamnées ainsi { l’extinction (notamment les Ibero maurusiens de
culture mechtoide). Le peuplement humain en Afrique du Nord subira
ainsi une transformation telle que la culture Capsienne dont on a
retrouvé des traces attestées aussi en Afrique orientale et australe
(Kenya, mais aussi Boschimans du Kalahari par exemple) est considéré
comme précurseuse avec d’autres groupes humains du Moyen-orient ou
de l’Europe du type méditerranéen moderne, d’où l’appellation de Proto
méditerranéen usitée aussi par les spécialistes et accolée souvent à
l’appellation du Capsien au Maghreb.
H. Remaoun
Corrélats : Atérien ; Expressions esthétiques durant l’Epipaléolithique;
Histoire ; Iberomaurusien ; Préhistoire.
Bibliographie :Balout, L. (1955) ; Camps, G. (1974 et 2011) ; CNRPAH
(Préhistoire maghrébine, Tome II, 2011) ; Saoudi, N. (2002).
Centenaire de l’occupation de l’Algérie (1930)
Célébré en grandes pompes par les autorités françaises, le centenaire
de l’occupation de l’Algérie a été consacré comme une manifestation
officielle et nationale qui s’étend du territoire algérien { l’hexagone afin
de commémorer les cent ans de l’occupation de l’Algérie.
Les autorités françaises n’ont pas lésiné sur les moyens pour la
réussite de cet événement. Ce fut l’occasion pour l’autorité française de
confirmer son attachement à « l’Algérie française » et de louer
extrêmement « l’œuvre française », accomplie en 100 ans d’occupation.
Triomphalisme, réalisations, et confirmation de la souveraineté française
ont prévalu lors de cette manifestation.
Pour Maurice Violette, l’occasion de la commémoration du Centenaire
ne devrait pas être corrélative { l’œuvre de la conquête, mais il s’agirait de
l’organiser de manière qu’ « Européens et indigènes puissent
fraternellement s’unir dans la pensée d’une grande espérance
commune ».
Le comité de propagande du Centenaire a commencé ses travaux dès
1927. Installé par André Tardieu, Président du Conseil et Ministre de
l’intérieur, il a été chargé de la commémoration afin de faire de cet
événement « une manifestation de force civilisatrice, une œuvre matérielle
et morale, une démonstration de [la] capacité [des Français] de jeter outre-
mer des racines profondes, une affirmation d’énergie française ». L’accent a
118
Centenaire de l’occupation…
été mis sur la propagande pour rappeler aux Algériens et aux Français, à
« cette heureuse occasion », ce que fut « non pas la conquête, mais la
création de l’Algérie ».
Sous la direction de Gustave Mercier, commissaire général du
Centenaire, le comité a été chargé de mobiliser la presse, d’adapter des
films, d’organiser des expositions et de créer des brochures distribuées
dans tout le territoire algérien, notamment dans les écoles pour la
campagne de propagande. La Collection du Centenaire composée de 40
volumes et les Cahiers du Centenaire de l'Algérie au nombre de douze ont
été un vrai outil d’endoctrinement. Ils portaient sur l’instruction, la vie
intellectuelle et artistique, l’évolution de l’histoire de l’Algérie, le Sahara,
les institutions algériennes, la géographie, la vie et les mœurs des
Algériens. Ces œuvres ont constitué une partie de l’histoire, écrite pour
servir la politique coloniale. Ainsi, le Centenaire, a imposé une « vraie
escroquerie scientifique ».PourJ.C. Vatin, c’était donc l’occasion de mettre
l’histoire « de façon, délibérée au service d’une politique » (Vatin, p. 24).
La célébration a été accompagnée par le lancement de grands projets
de constructions comme le Palais du Gouvernement général et le Palais
des Beaux-Arts. Les Français semblaient être convaincus de la réussite de
leur mission. Même Louis Massignon, qui fut un des rapporteurs de la
Commission du centenaire estimait que « l’élite indigène se tourne encore
vers la France et espère encore en Paris ». C’est l’occasion, selon lui, de lui
« rendre justice… » (Cité in Agéron).
Mais les politiques français avaient toutefois conscience de l’ampleur
des problèmes qui se posaient sur les plans politique et social notamment,
allant jusqu’{ poser la question de l’avenir de l’Algérie française. Dans
L’Algérie vivra-telle ?, écrit par Maurice Violette au lendemain du
centenaire (1931), l’on parle « des problèmes fort graves et fort difficiles ;
il est périlleux de se laisser envahir par un optimisme né tout à la fois du
pittoresque de la nature, des mœurs et du costume, du beau ciel, et d’un
effort de colonisation véritablement extraordinaire ».
Pour les Algériens, la célébration du Centenaire a été vécue dans un
climat de doute de méfiance entre les deux communautés « autochtone »
et européenne. C’était un moment d’une prise de conscience des injustices
du colonialisme et, en général, des affres qu’il leur inflige.
Autrement dit, le Centenaire est jugé comme une occasion inespérée et
un espoir envolé pour rendre justice aux Algériens et de revoir la
politique coloniale. Robert Montagne exprime l’erreur commise {
l’occasion de la célébration du centenaire par celle d’ « omission », car « il
eût été facile, dans la paix et la puissance dont nous jouissions alors
d’accorder généreusement des droits politiques plus étendus »
(Montagne, p. 77)
119
Centenaire de l’occupation…
Les débats des différentes formations qui ont été menés dans le sillage
de la commémoration du Centenaire sur l’identité des Algériens, le
devenir de leur pays ont sans doute réveillé leur esprit patriotique.
La prise de conscience a conduit les Algériens à se mobiliser derrière
plusieurs formations politiques. La constitution de la Fédération des Élus
en 1927 puis de Constantine en juin 1930 a créé une atmosphère
politique nouvelle, et ce malgré les divergences qui marquaient cette
composante politique. Abdelhamid Ibn Badis a fait en 1930 une longue
tournée dans le territoire algérien pour insuffler à ses compatriotes les
idéaux de son futur mouvement : l’Association des Ulémas Musulmans
Algériens qui sera créée en mai 1931. L’Etoile Nord Africaine, active
depuis 1926 en France, a multiplié ses activités en Algérie ; elle lança son
premier numéro du journal El-Ouma en 1930. Le militant syndicaliste et
communiste Boualam Belarbi crée en 1931 le Parti National
Révolutionnaire avec A. Mestoul et A. Mezghena.
Le Parti Communiste Algérien affiche son indépendance en 1936.
Toutes ses formations dénonçaient la situation déplorable dans laquelle
vivaient les Algériens, l’absence des libertés, la scolarisation très limitées
et les réformettes, notamment celles de Jonnart, qui ont échoué à cause
d’une forte pression de la part des Colons.
En outre, il importe de souligner que la célébration du Centenaire a
coïncidé avec un mouvement de grèves sans précédents, menés tout
d’abord par les éboueurs d’Alger. En 1929, ont été enregistrées { Alger 22
grèves, 14 à Oran et 13 à Constantine. Jamais le mouvement ouvrier
algérien n’a été aussi décidé et dynamique. [ l’occasion de la célébration
de la fête des travailleurs le 1er mai 1930, un appel a été lancé aux
ouvriers : « …dressez-vous contre la tromperie du Centenaire de l’Algérie…
Debout pour l’indépendance des peuples coloniaux ».
En juin 1930 eut lieu à Alger le Congrès des ouvriers arabes qui lança
un appel pour l’indépendance de l’Algérie et la constitution de la CGTA. Le
congrès afficha également sa consternation quant au discours colonialiste
propagé par l’administration française { l’occasion du Centenaire.
En somme, le Centenaire a été un fait marquant pour l’administration
française et pour le mouvement national algérien. La première pour
renforcer son système colonial autour de la thèse de l’ « Algérie
française », le second pour mener sa longue lutte pour l’indépendance de
l’Algérie.
B. Benzenine
120
Cervantès (Miguel de)…
Corrélats : Administration Coloniale de l’Algérie ; Algérie - al Djazaïr ;CGT-
CGTU-UGSA, Syndicats ; Etoile Nord-Africaine ; Fédération des Élus indigènes ;
Parti communiste.
Bibliographie : Ageron, Ch.-R. (1988) ; Julien, Ch.-A. (1979) ; Montagne, R.
(1945) ; Viollette, M. (1931).
Cervantès (Miguel de), et l’Algérie (1547-1616)
Parler du grand romancier Miguel Cervantès de Saavedra et sa
relation avec l’Algérie, notamment Alger et Oran, est une façon
d’évoquer une partie importante de l’Histoire nationale et régionale des
relations hispano-algériennes { l’époque moderne.
La production romanesque et thé}tre de l’auteur de Don Quichotte
évoque fréquemment l’Algérie qu’il avait connue en vivant à Alger
comme captif de rachat durant 5 années (1575-1580), ainsi que par son
inoubliable voyage à Oran et à Mostaganem une année après sa
libération en 1581.
Cet aspectlittéraire de références concernant notre pays, constitue
un document précieux et intéressant sur la captivité de l’auteur | Alger,
tout comme untémoignage personnel sur lavie quotidiennedans la
capitale. Ainsi donc, Alger représentera dans ses œuvres, un espace
d´écriture et une source littéraire réelle et historique qui lui
permettrad´étalertous ses souvenirs et prouesses personnelles.
C´estaussi le reflet de quelquesélémentsbiographiques déterminants
développés danscelieuurbainetévoqués danslesrécitsetcomédie.
En effet, depuisla correspondance Epístola a Mateo Vázquez, écrite
dans les bagnes d´Alger en 1577, jusqu´aux Trabajos de Persiles y
Segismunda, la ville d´Alger devient le scénario de toute la captivité, où
les exploits et les références personnelles sont racontés fréquemment.
De son abondante et fructueuse production littéraire, Cervantès nous
a laissés deux comédies en souvenir de son étape algéroise : Le
Traitement d´Alger, et Les Bagnes d´Alger, ainsi qu’une nouvelle
"histoiredu captif " incorporée dans Don Quichote, sans oublier les
nombreuses et évidentes allusions qu´on retrouve dans les autres
nouvelles, telles que La Española Inglesa, El Amante Liberal, et celle de
Persiles y Segismunda.
Alger apparaissait comme une ville cosmopolite où cohabitaient
toutes les religions, toutes les communautés et oùse pratiquaient toutes
les langues avec une tolérance extrême comme Cervantès nous le
rappelle assez souvent dans ses œuvres.
121
du Cessez le feu à l’indépendance…
L´aspect culturel, anthropologique et linguistique de notre société qui
imprégna ses écrits, représente justement cet impact magique et noble
que ressentait Cervantès et qu´il répercutait magistralement dans toute
son œuvre. Ce témoignage cervantin est un grand apport pour nous
tous, puisqu´il nous permet d´étudier plusieurs facettes de la vie
quotidienne d’Alger et de mesurer l´importance de nos échanges et
interférences culturelles à cette époque-là.
Les cinq années que Cervantès passa aussi bien dans la ville que dans
les bagnes d’Alger (Cervantès était captif de rachat, et par conséquent,
son traitement était plus souple. Il jouissait d’une certaine libertéde
mouvement pour se promener dans la ville), furent capitales dans la
formation de sa conscience d´écrivain et contribueront fortement au
déploiement de son activité littéraire et créatrice.
Sa longue et probablement dure période algérienne, marquée par
cinq tentatives d´évasion, développa sa personnalité et enrichit son
esprit au contact d´une culture et civilisation qui ne lui furent pas
inconnues du tout.
A. Abi Ayad
Corrélats : Colonialisation, colonialisme et impérialisme ; Course-Corsaires ;
Morisques ; Oran et Mers el Kébir sous occupation espagnole ; Régence d’Alger.
Bibliographie : Abi-Ayad, A. (1987) ; Alvarez, G. (1956) ; Cervantes, M. (1969) ;
Daha Ba, Ch. (2010) ; Epalza, M. et Bautista Vilar, J. (1988) ; Ibn Meriem (1940) ;
Morales, O. (1960).
du Cessez le feu { l’indépendance : la Période
transitoire (19 mars-20 septembre 1962)
L’Algérie a recouvré son indépendance en juillet 1962. C’est le
résultat d’une guerre de sept ans et demi. La fin de la domination
coloniale en Algérie s’est achevée par la signature, le 18 mars, par
legouvernement français et le FLN, principal artisan du recouvrement
de la souveraineté nationale, des Accords d’Evian.
L’article premier de ces accords met un terme aux hostilités entre les
deux armées (cessez-le-feu du 19 mars). La période qui s’ensuit est
balisée par une série de mesures politiques et militaires ayant pour
objectifs principaux, la garantie de l’intégrité du territoire et de l’union
de la Nation algérienne, et la protection des Européens d'Algérie.
Ce projet s’appuie sur une dynamique et une logique sérieuses et
bien pensées. Un gouvernement de fait, l’Exécutif provisoire, présidé par
122
du Cessez le feu à l’indépendance …
Abderrahmane Fares, et constitué par des membres du FLN et de la
société civile (Algériens et Européens). Une armée, la Force locale,
dirigée par le préfet de Saida Omar Mokdad, et formée de 40 à 60 000
hommes (conscrits algériens de l'armée française). Les deux institutions
sont chargées d’accompagner le processus de décolonisation jusqu’{
l’élection d’une Assemblée nationale constituante (20 septembre 1962).
Cependant, la mise en place des conditions politiques, militaires, et
juridiques assurant une cohabitation pacifique et constructive entre
l’ensemble des habitants d'Algérie (l’esprit d’Evian), est remise en cause
par l’Organisation de l’armée secrète (OAS). En usant d’une grande
violence, en particulier contre les civils musulmans et les libéraux
européens (stratégie de la terre brulée), l’organisation paramilitaire
extrémiste (terroriste) provoque le départ massif de 800 000 français
d’Algérie (les rapatriés).
Cette situation est exacerbée par les graves dissensions au sein du
FLN. Aussi, dès le lendemain de la session extraordinaire du CNRA à
Tripoli (25 mai/6 juin), la crise, latente depuis 1954, éclate au grand
jour (crise du FLN de l’été 1962). Elle a comme conséquence, la
déliquescence des institutions politiques issues de de la Guerre de
libération nationale (GPRA et CNRA).
Le 3 juillet, les résultats provisoires du référendum sur
l’autodétermination de l’Algérie du 1er juillet 1962 sont proclamés. À la
question « Voulez-vous que l’Algérie devienne un État indépendant
coopérant avec la France dans les conditions définies par les
déclarations du 19 mars 1962 ? », 5 975 581 voix, sur un total de
6 549 736 inscrits dans les quinze départements, ont répondu
positivement. Au nom de la République française, le général Charles de
Gaulle prend acte des résultats du scrutin d’autodétermination du 1er
juillet 1962 et reconnaît l’indépendance de l’Algérie. Conformément au
chapitre 5 de la Déclaration générale du 19 mars 1962, tous les pouvoirs
sont transférés { l’Exécutif provisoire de l’État algérien. Devenu
indépendant, ce dernier est confronté à la fragilité des institutions
duFLN. Au clivage GPRA/EMG, s’ajoutent les prétentions politiques des
wilayas (wilayisme). Les puissances étrangères (France, Egypte, Tunisie,
et Maroc) s’ingèrent directement dans la crise du FLN. Alger, la capitale
officielle, est concurrencée par Tlemcen, fief du Groupe de Tlemcen dont
le leader naturel et charismatique est Ahmed Ben Bella.
123
CGT-CGTU-UGSA, Syndicats
Finalement, la Période provisoire s’achève le 20 septembre, comme
cela a été prévu dans les Accords d’Evian,par l’élection d’une Assemblée
nationale constituante, avec comme président, Ferhat Abbas. C’est la fin
de mission de l’Exécutif provisoire. Quant { la Force locale, elle avait
implosé la veille du referendum pour l’autodétermination, l’ALN ne
pouvant accepter d’autre autorité militaire sur le pays que la sienne.
A. Mohand-Amer
Corrélats : Décembre 1960 ; FLN ; Groupe de Tlemcen ; Premier novembre
1954; Wilayisme.
Bibliographie :Abbas, F. (1984) ; Ben Khedda,B. (1986) ; Benaboura, M.
(2005) ; Haroun, A. (2000) ; Haya, D. (2008) ; Marboeuf, E. (1996) ;Taleb-
Ibrahimi,A. (2006).
CGT-CGTU-UGSA, Syndicats
Il est de fait historique que le mouvement ouvrier en Algérie restera
de nature européenne jusqu’{ la première Guerre mondiale. La présence
de la CGT en Algérie évolue à la fin du XIXème siècle avec la création des
bourses de travail dans les villes, notamment celles d’Alger et de
Constantine en 1892, celle d’Oran en 1895 et celle de Bône (Annaba) en
1902.
Les lois foncières auront pour impact dans la seconde moitié du
XIXème la dépossession des Algériens de leurs terres ; beaucoup d’entre
eux se dirigeront vers les villes à la recherche de travail à partir des
années 1900 dans des secteurs divers (mines, ports, b}timent….). La
participationdes Algériens à la première Guerre mondiale avec plus de
172019 soldats et 78000 travailleurs recrutés dans les usines françaises,
aura pour conséquences l’émergence des premiers signes de
« conscience ouvrière». Entre 1912 et 1923, et en dehors du pic de la
guerre 1914-1918, le nombre d’Algériens ayant quitté leur pays {
destination de la France passe de 5000 à 92000 ; beaucoup d’entre eux
côtoient étroitement les organisations syndicales françaises et
notamment la confédération générale du travail (CGT). En décembre
1921, l’on verra naitre la Confédération générale du travail unitaire ; un
courant révolutionnaire proche du Parti communiste français (SFIC
fondée la même année), en rupture avec la Confédération générale du
travail qui a vu une scission en son sein opérée entre ceux qui étaient
pour les 21 conditions de Lénine (CGTU) et ceux qui s’y opposaient (et
qui gardaient le nom de CGT, proche du Parti Socialiste-SFIO). Lénine et
le Kominterm reprochaient à la deuxième Internationale (ou
124
CGT-CGTU-UGSA, Syndicats
Internationale socialiste) d’avoir pris des positions nationalistes durant
la première Guerre mondiale, or la guerre est considérée comme
bourgeoise et de plus impérialiste donc en contradiction avec les
intérêts du mouvement ouvrier et les ouvriers n’avaient pas { y prendre
part. La huitième condition de Lénine par ailleurs exigeait l’engagement
de tous les communistes qui voulaient intégrer la IIIème Internationale
(ou Internationale communiste-Kominterm) à condamner la colonisation
et soutenir les mouvements anti-coloniaux. Deux courants syndicalistes
se côtoientdonc désormais en Algérie: la CGTU courant révolutionnaire
communiste et la CGT, courant réformiste et socialiste. En1924 le
nombre de syndicats français installés en Algérie atteint 341(203 à
Alger, 82 { Oran, 59 { Constantine). La même annéel’Emir Khaled lance
un appel aux Algériens pour rejoindre les syndicats afin de mieux
défendre leurs droits. L’entre deux-guerres verra l’explosion du nombre
de grèves en Algérie. Le mouvement algérien se confondera très
rapidement avec la lutte nationale dans le cadre du mouvement
national. En fait, la CGT et le CGTU serviront certainement de structures
favorisant la formation des premiers militants de la cause nationale. En
1925 la IIIème Internationale décide la création d’une section coloniale
avec une branche nord-africaine en France, et Hadj Ali Abd El Kader en
sera le responsable. Le premier meeting de l’Etoile Nord-Africaine
(l’ENA), qui en est issu tiendra le 14 juillet 1926 sous la présidence de
Hadj Ali Abd El Kaderau 33 rue de la Grange aux belles qui se trouve
être le siège parisien de la CGTU. Gilbert Meynier nous rappelle que sur
les 26 membresdu comité central du mouvement de l’ENA, 08 militaient
à la CGTU, qui se plaçait sur des positions anti-coloniales. [ l’occasion du
Centenaire de la colonisationdes tracts du PC et de la CGTU, sont
diffusés le 1er mai 1930, et on peut y lire les passages suivants :
« Travailleurs indigènes et européens, élevez une protestation
vigoureuse { l’occasion du 1er mai… Manifestez votre volonté pour la
convocation d’une Assemblée Nationale Populaire, premier pas vers un
gouvernement ouvrier et paysan. Travailleurs… dressez-vous contre la
tromperie du Centenaire de l’Algérie… Debout pour l’indépendance des
peuples coloniaux » (in Archives de France, série F7…).
La même année se tient à Alger un Congrès des ouvriers arabes
(similaire à celui de Haifa en Palestine) en présence de 80 délégués dont
69 Algériens : une motion est adoptée pour la création d’une CGT
algérienne « CGTA » et un appel { la lutte pour l’indépendance de
l’Algérie. Ce même slogan relatif { l’indépendance sera repris lors des
manifestations antifascistes du 12 février 1934 à Alger, auquel
participeront 5000 algériens qui répondaient { l’appel du Parti
communiste et de la CGTU.
125
CGT-CGTU-UGSA, Syndicats
En 1936 il y a réunification de la CGTU et de la CGT la nouvelle
organisation gardant le sigle premier de CGT, et ce pour tenir tête à la
montée de l’extrême droite et renforcer le Front populaire. La nouvelle
CGT connaitra un grand succès, en Algérie notamment où elle attirera
dans ses rangs un grand nombre d’Algériens (ouvriers agricoles,
mineurs, dockers, traminots,…). En 1939 la deuxième Guerre mondiale
éclate et aboutit { la déb}cle française de juin 1940 et { l’instauration du
régime de Vichy lequel interdira le Parti du Peuple algérien, le Parti
communiste algérien (fondé en 1936 et qui se reconstituera en 1943),
mais aussi la CGT. Après le débarquement anglo-américain de novembre
1943 en Afrique du Nord et la chute du régime de Vichy les effectifs de la
CGT s’accroitront considérablement pour atteindre en 1943 plus de
73.000 adhérents { Constantine, 20.000 dans l’Oranie et 40.000 dans
l’Algérois. En 1947 les signes précurseurs de la séparation entre la CGT
et le mouvement syndical algérien commençant cependant à apparaître
avec la constitution des Unions Algériennes des Syndicats CGT, alors que
durant la même année le Mouvement pour le triomphe des libertés
démocratiques (MTLD) appelle ses militants à rejoindre la même
centrale. Durant le congrès de la CGT en 1948 un Algérien se prononce
dans les termes suivants: « les travailleurs algériens sont de plus en plus
conscients que leur lutte pour les revendications est inséparable de la lutte
pour la liberté. Les travailleurs prennent chaque jour une part plus grande
dans le mouvement de libération national contre l’exploitation capitaliste
et le régime colonialiste qui en est la forme la plus odieuse ». La C GT
algérienne s’autonomise peu { peu vis-à-vis de la CGT et est même
représentée en tant que tel à la FSM dès 1950. Cette réalité sera vite
renforcée par la constitution en juin 1954 de l’Union Générale des
Syndicats algériens (UGSA) qui s’appuie sur les syndicats algériens
affiliés { la CGT. Mais la création de l’Union générale des travailleurs
algériens (UGTA) par le FLN, le 24 février 1956 dans le but de
rassembler tous les travailleurs algériens autour du mot d’ordre
d’indépendance du paysva montrerque les Algériens sont désormais
confrontés à un enjeu majeur qui déterminera leur adhésion à la
Révolution algérienne. L’UGSA avait d’ailleurs proposé une fusion
entreles deux organisations, proposition rejetée par la nouvelle centrale
et le FLN auquel elle était rattachée.
Du fait de la répression et du repli des syndicalistes européens
l’UGSA disparait petit { petit du paysage syndical algérien, alors que
l’UGTA repliée à Tunis et dans le contexte de la Guerre de libération
préfère pour des raisons présentées comme tactiques adhérer plutôt à
126
Christianisme en Afrique du nord
le CISL (Confédération internationale des syndicats libres dont le siège
était { la Haye) qu’{ la FSM (Fédération syndicale mondiale, qui avait
Prague pour siège).
S. Beddoubia
Corrélats : Parti communiste ; UGTA.
Bibliographie : Benallegue-Chaouia, N. (2005) ; Chikhi, S. (1986) ; Djabi,N.
(2005) ; Gallissot, R. (2007).
Christianisme en Afrique du nord
La présence du christianisme en Afrique du Nord serait attestée au
moins depuis le IIème siècle (après J.-C) en suivant la voie de diffusion du
judaïsme certainement plus anciennement implantée ici et avec lequel il
paraissait d’abord se confondre. Cette progression se fera semble-t-il à
partir de Carthage capitale de la Proconsulaire, ou première colonie
romaine en Afrique, pour s’étendre progressivement plus au sud et {
l’est vers la Byzacène et la Tripolitaine, et { l’Ouest vers la Numidie et les
Maurétanies, en investissant les villes et les campagnes environnantes.
Vers 212 le Rhéteur et défenseur du christianisme Tertullien (qui vécut
entre 155-160 et 240 à Carthage) pouvait écrire : « nous sommes une
multitude immense, presque la majorité dans chaque cité ».
On a pu ainsi considérer que dès le milieu du IIIème siècle, les évêques
d’Afrique qui se réunissaient parfois en synode pouvaient atteindre le
nombre de 150, certes répartis dans des circonscription où ne s’exerçait
pas la même influence et au nombre déclinant depuis la Proconsulaire-
Zeugitane dont Carthage était le siège du métropolite pour toute
l’Afrique, titre porté par l’évêque de la ville (Saint-Cyprien de 249 à
258), la Byzacéne et la Numidie jusqu’aux provinces des Maurétanies
Sétifienne, (Sitifis-Sétif), Césarienne (Césarée-Cherchell) ou Tingitane
(Tingis-Tanger) placées chacune sous l’autorité du doyen des évêques
qui détenait le titre de Primat.
On notera aussi que le grec qui était { l’origine la langue liturgique
pour une religion propagée { partir de l’Orient méditerranéen va
progressivement céder la place au latin, au point qu’il ne semble pas
impossible que ce soit en Afrique du Nord que la Bible ait été traduite
pour la première fois dans cette langue.
L’attitude des empereurs romains vis-à-vis des chrétiens alternait
entre les périodes de tolérance et d’autres plus répressives avec des
persécutions qui auront marqué notamment les règnes de Septime
127
Christianisme en Afrique du nord
Severe (193-211), de Decius (248-251) de Valérien (253-260) qui fût à
l’origine de la décapitation de Cyprien (en 253), puis de Dioclétien(qui
régna entre 284 et 305 et mena ses persécutions de 303 à 305).
En fait, si la conversion au christianisme de larges fractions de
l’aristocratie romaine et surtout de l’EmpereurConstantin1er (qui règne
de 305 à 337) allait enclencher une politique de collaboration entre
l’Eglise catholique et les autorités romaines, la crise sociale et politique
qui minera l’Empire et les dissensions au sein de la communauté
mèneront à des scissions comme ce fût le cas avec les Donatistes (du
nom de l’évêque Donat). De nouvelles persécutions contre ces derniers
qui étaient considérés comme hérétiques par la hiérarchie catholique et
qui iront jusqu’{ encourager des insurrections { caractère social (celle
des Circoncellions notamment). L’installation des Vandales en Afrique
du Nord (de 429 { l’arrivée des Byzantins en 533), de rite arien
(propagé par Arianus qui contestait la doctrine de la Trinité) va être à
l’origine de nouvelles vagues répressives, mais { la fois contre
Donatistes et Catholiques et Saint Augustin lui-même mourra en 430
lors du siège d’Hippone (Annaba) par les nouveaux conquérants.
L’expansion arabo-islamique à partir des VIIème et VIIIèmesiècles sera
marquée par un déclin irréversible du christianisme face à la
progression de la nouvelle religion et si l’existence de communautés
chrétiennes et l’usage du latin sont encore signalés dans la seconde
moitié du XIème siècle notamment lorsque l’Émir En-naçir de Bejaia
demandera au Pape Grégoire l’envoi d’un évêque pour guider ses sujets
chrétiens, il semble bien que les Almohades au XIIème siècle aient obligé
les derniers chrétiens d’Afrique du nord traités de « Mouchrikoun » à
renier leur foi.
Désormais, il n’y aura plus de chrétiens en Afrique du nord que des
mercenaires, commerçants et diplomates de passage, ou des captifs
comme ce fût le cas { l’époque, de ce qu’en Europe on dénommera « les
États barbaresques » dont la Régence d’Alger.
Durant la période coloniale, le christianisme semble refaire surface
mais porté essentiellement par les populations européennes qui arrivent
sur les pas de l’armée française et qui finiront par représenter près d’un
million de personnes en Algérie, et quelques autres centaines de milliers
répartis entre la Tunisie et le Maroc.
Quelques conversions auront pu être obtenues cependant auprès des
autochtones notamment lors des famines et épidémies, et de recueil
d’enfants orphelins comme { l’époque du Cardinal Lavigerie (compagnes
d’évangélisation menées entre 1863 et 1879). Mais ce sera là un
128
Circoncellions
phénomène marginal, le christianisme étant perçu par les Musulmans
comme une entreprise liée à la pénétration coloniale, ce que le
comportement de l’Églisecatholique, semblait corroborer avec des
manifestations, tels le Congrès eucharistique organisé en 1930 à Carthage,
sur la lancée de la préparation des cérémonies commémoratives du
Centenaire de la colonisation de l’Algérie, ou encore du Congrès
eucharistique tenu à Alger en 1939. Durant le Guerre délibération menée
dans ce pays, un certain nombrede Chrétiens libéraux et progressistes
avec { leur tête l’Archevêqued’Alger et futur Cardinal Monseigneur
Etienne Duval avaient cependant courageusement pris position en faveur
de la lutte des Algériens.
Si après les indépendances nationales l’Église catholique continuera à
encadrer surtout des expatriés en évitant autant que possible l’activité
missionnaire, même si des sectes évangéliques d’origine surtout anglo-
saxonne auront tenté de s’installer en usant d’un prosélytisme plus
agressif, ce qui a poussé les autorités algériennes à élaborer des
législations plus contraignantes pour contrôler et limiter leurs activités.
H. Remaoun
Corrélats : Afrique romaine ; Apulée de Madaure ; Donatisme ; Saint Augustin.
Bibliographie : Ageron, Ch.-R. (1979) ; Berque, J. (1979) ; Chaulet, C. et P.
(2012) ; Cuoq, J. (1984) ; Decret, F. et Fantar, M. (1998-2008) ; Julien, Ch.-A.
(1951-1966 et 1964-1979) ; Kaddache, M. (1972 et 1982-1992) ; Lancel, S. et
Mattei, P. (2003) ; Les Cahiers de L’IHTP (CNRS Paris, N° 9, Octobre 1988).
Circoncellions
La domination romaine qui depuis la prise de Carthage à la fin de la
troisième Guerre Punique (149 { 146) s’étend lentement mais surement
d’Est en Ouest en Afrique du nord s’affirmait plus sûrement dans les
plaines et les zones urbanisées que sur les montagnes et aux lisières des
Hauts plateaux. De ces zones, l’insécurité pour l’occupant pouvait se
manifester à tout moment, mobilisant les légions romaines qui selon les
siècles qui s’écoulaient ne pouvaient toujours disposer des mêmes
capacités d’intervention. Le tout sera compliqué à partir du règne de
Septime Severe (193-211) lorsqu’aux nombreux problèmes politiques,
venait s’ajouterune crise financière et économique accompagnée de
troubles sociaux qui semblent devenir chroniques s’accentuant plus
encore à partir du règne de Dioclétien (284-305).
129
Circoncellions
Deux grandes insurrections berbères menées par une coalition de
tribus regroupant les Bavars répandus dans les Hauts plaines des
Maurétanies Césarienne et Sitifienne, les Quinquegentiani (les cinq
tribus de Grande Kabylie) et les Gentiles Fraxinenses, Berbères ayant
pour chef Faraxen, vont ainsi affronter les légions romaines et leurs
alliés entre 253 et 262, puis de 289 à 297, la seconde période mobilisant
l’Empereur Maximien en personne pour la mâter, (Maximien était
Auguste en même temps que Dioclétien et abdiquera avec lui en 305).
Par ailleurs, pour différentes raisons, les gros propriétaires fonciers à
la tête de latifundia exploités grâce au travail des esclaves, vont
progressivement se reconvertir { l’agriculture extensive basée plus sur
le colonat (une sorte de Khamassat) et le salariat saisonnier. Le principal
mouvement de révolte sociale en Afrique va ainsi apparaitre à la lisière
des IIIème et IVème siècles avec le soulèvement des Circoncellions qui se
poursuivra jusqu’au Vème siècle, assez similaire semble-t-il au
phénomène contemporain des Bagaudes qui ébranlait la Gaule,
s’étendant jusqu’en Espagne. Les Circoncellions, « ceux qui tournent
autour des granges » et autres celliers (des maraudeurs en quelque
sorte) auraient été constitués d’anciens colons, paysans ruinés auxquels
se joignaient des esclaves fugitifs, voire des éléments récemment
détribalisée. On a pu dire d’eux qu’ils apparaissaient comme des
redresseurs de torts qui occupaient les marchés et interdisaient aux
créanciers de réclamer le remboursement des dettes. Parmi leurs
adversaires, l’évêque catholique Optat de Milev pouvait noter vers
340 : « Sur leur décision et leur ordre, la situation était renversée entre
les maîtres et les esclaves », et Saint Augustin écrire en 417 au Comte
d’Afrique Boniface : « des chefs de familles d’une naissance honorable et
d’une éducation raffinée survécurent { peine { leurs coups ou enchainés
à une meule, furent contraints à coup de fouet de la faire tourner comme
des bêtes ».
Si au début Catholiqueset Donatistes demandaient aux autorités
romaines de sévir contre les rebelles, ce que fit avec vigueur l’Empereur
Constantin (337-350) au début de son règne, l’Église de Donat va
changer de position après le massacre des habitants de Baghai (actuel
Ksar Baghai non loin de Mascula, c'est-à-dire Khenchela) et le soutien
énergique des autorités romaines à la hiérarchie catholique, (ceci à
partir de 347).
Aux Circoncellions qu’on appelait les Saints et leurs premiers chefs
connus Axido et Fasir, les Chefs des Saints, les Donatistes apportaient
ainsi une légitimation idéologico-religieuse, mais c’est avec leur
ralliement à la révolte de Firmus que leur mouvement prendra un
caractère nettement plus politique.
130
Circoncellions
En effet, sous le règne de Valentinien 1er (354-364), le comte
d’Afrique Romanus dont le caractère véreux était avéré, va profiter du
décès de Nubel chef d’une puissante confédération tribale, qui s’étendait
des Bibans au Tittéri et aux confins de la Kabylie, de l’Ouarsenis et du
Haut Chélif, pour intervenir dans des querelles de succession entre deux
de ses enfants Firmus et Sammac, mécontentant le premier. Firmus va
ainsi se retrouver { la tête d’une açabyâ (déj{ au sens d’Ibn Khaldoun)
particulièrement menaçante pour les Romains, mobilisant à la fois sa
base tribale, les Circoncellions et les Donatistes et enflammant une
région qui s’étendra de la Numidie aux Maurétanie sitifienne et
césarienne.
Après s’être emparé de Rusicade (Skikda), Icosium (Alger) et
Caeserea (Cherchel), Firmus va échouer devant Tipaza et trahi, se
suicider en 375 pour ne pas être capturé par les troupes du général
romain Théodose (dit l’ancien). Plus tard un autre fils de Nubel, Gildon
qui avait été nommé par l’Empereur Théodose 1er(379- 395), Comte
d’Afrique, (c'est-à-dire commandant en chef de l’armée) va profiter de la
mort de son bienfaiteur qui avait laissé deux successeurs, Honorius
(395-423) à la tête de l’Empire d’Occident (avec Rome pour capitale), et
Arcadius (395-408) de l’Empire d’Orient (ayant pour siège
Constantinople), pour se révolter contre le premier en s’alliantau second
et en bloquant les envois de blé à Rome. Gildon arrivera ainsi à
mobiliser la même base sociale que son défunt frère, mais il sera vaincu
aussi en 395 par des troupes romaines dirigées par un quatrième fils de
Nubel, Mascezelqui mourra mystérieusement après son retour
triomphal à Rome, sans doute éliminé par le général Vandaleromanisé,
Stilicon (par ailleurs mentor et beau-père d’Honorius, qui ne manquera
pas de la faire disparaitre à son tour en 408).
Perdant ainsi ses chefs politico-militaires et subissant les effets de
l’affaiblissement de ses idéologues donatistes, le mouvement des
Circoncellions aura pris l’allure d’une jacquerie ayant pu durer plus
d’unsiècle pour s’éteindre de sa belle mort { la veille de l’arrivée des
Vandales en Afrique du Nord (à partir de 429).
L’alliance déj{ problématique entre un mouvement d’essence
populaire et millénariste et une aristocratie tribale (un peu comme en
Algérie les révoltes anti-française du XIXème siècle) ne parviendra pas à
tirer profit de la dégénérescence inéluctable de l’Empire romain, pour
accoucher d’un nouvel État berbère dans cette aire géographique.
H. Remaoun
131
Code de l’Indigénat
Corrélats : Afrique romaine ; Byzantins ; Christianisme en Afrique du nord ;
Donatisme ; Royautés berbères ; Vandales et Germains.
Bibliographie :Benabou, M. (1975) ; Cuoq, J. (1984) ; Decret, F. et Fantar, M.
(1998-2008) ; Hugoniot Ch. (2000); Ibba, A. et Traina, G. (2006) ; Julien, Ch.-A.
(1951-1966) ; Kaddache, M (1972) ; Lancel, S. et Mattei, P. (2003) ; Le Bohec,
Y. (2005-2013).
Code de l’Indigénat (1881)
Le Général Bugeaud va dès 1844 fixer une série d’infractions ciblant
spécialement ce qu’on appelait les indigènes et les faire sanctionner par
des amendes : désobéissances diverses aux injonctions de
l’administration coloniale, refus ou retard dans le paiement des
taxations et impôts et dans l’exécution des corvées,et tout ce qui pouvait
être considéré comme participation ou incitation au désordre public et à
la rébellion.
Ces pouvoirs d’abord confiés aux militaires { la tête de « bureaux
arabes » seront progressivement pris en charge par l’administration
civile qui tendra à les remplacer à partir de 1854 en prenant en charge
ces bureaux qui pouvaient décider aussi de l’emprisonnement des mis
en cause et notamment à partir de la IIIème République (1870-1940),
dans le cadre des communes mixtes où résidaient la majorité des
colonisés. Ainsi sera mise en place une juridiction d’exception relevant
aussi de la justice civile chargée par ailleurs de garantir les lois
métropolitaines dont bénéficiaient les Européens de souche et les rares
naturalisés d’origine algérienne.
Cette politique répressive sera perfectionnée et couronnée le 28 juin
1881 par ce qui désormais sera le Code de l’indigénat que l’Etat français
étendra en 1887 { toutes ses colonies, { l’instar ailleurs de dispositions
similaires mises en place dans les autres empires coloniaux.
Le dispositif d’ensemble qui officialisait la responsabilité collective
accompagnera notamment les opérations de répression militaire,
d’imposition de paiement de tributs, de séquestre des terres, de
déplacements collectifs forcés et déportations hors d’Algérie visant les
tribus et confréries considérées comme insoumises ou révoltées.
Le nombre d’infractions punissables par les administrateurs de
communes mixtes et les juges qui en étaient seuls responsables dans les
communes de plein exercices, sera porté de 27 { 33 en s’appliquant par
exemple aussi bien à des actes de désobéissance, des propos tenus en
public contre l’autorité française, { l’absence d’autorisation pour tout
132
Colonisation, colonialisme et impérialisme
repas public ou déplacement en dehors de la commune (y compris pour
des obligations de travail familiales ou religieuses).
Ce code imposé en fait au parlement français par les délégués de la
minorité européenne coloniale qui était seule bénéficiaire du statut de
citoyenneté et du droit à y être représentée, permettait une politique de
contrôle de la population colonisée, spoliée de ses terres par les
séquestres et lois foncières promulguées tout au long du XIXème siècle
(dont le Sénatus-consulte de 1863 et la loi Warnier de 1873) et
cantonnée au statut inférieur de « Français musulmans » (avec le
Sénatus-consulte de 1865).
Le Code de l’indigénat, restera en vigueur en Algérie dans toutes ses
dispositions jusqu’en 1927 et ne sera définitivement abrogé qu’en avril
1946 lorsqu’allait rentrer en vigueur la constitution de la IVème
République (après le référendum constitutionnel d’octobre 1946).
Encore que le Décret Régnier du 30 mars 1935 (du nom du ministre
français de l’intérieur en fonction Marcel Régnier) qui renforçait la
répression des « manifestations contre la souveraineté française en
Algérie » ne pourra être lui-même abrogé qu’en octobre 1948, c’est-à-
dire après la promulgation en 1947 du Statut de l’Algérie. [ rappeler
aussi que durant la Guerre de libération nationale (1954-1962) devait
être rétablie l’obligation d’une autorisation officielle pour pouvoir
circuler entre l’Algérie et les autres pays, y compris la France, et dans de
nombreux cas { l’intérieur même du pays.
H. Remaoun
Corrélats : Colonisation, colonialisme et impérialisme ; Loi Warnier (1873);
Lois foncières (XIXème siècle); Sénatus-consulte de 1863 ; Statut musulman
indigène.
Bibliographie : Ageron,Ch.-R.(1968 et 1979) ; Collot, C. (1987) ; Gallissot, R.
(2007) ; Guignard, D. (2010) ; Thenaud, S. (in Bouchène A. et autres, 2012),
Weil, P. (2002) ;
Colonisation, colonialisme et impérialisme
La notion de colonisation peut renvoyer à un déplacement important
opéré par une population d’une région { une autre où elle s’implantera
lorsqu’elle pourra s’y adapter.Le phénomène vu sous cet angle est aussi
vieux que l’est la vie sur terre puisque des espèces végétales et animales
et ceci a été le cas pour l’homme dès la préhistoire ont eu sous des
conditions diverses { migrer de leurs lieux d’apparition originelle vers
133
Colonisation, colonialisme et impérialisme
d’autres contrées et ce, pour des causes et { travers des moyens divers
(les effets du vent ou les excréments de nourriture d’animaux, oiseaux
notamment pour les graines végétales, changements écologiques ou
phénomène de surpeuplement pour les animaux et les hominiens à la
recherche de nouveaux territoires pour la cueillette et la chasse…). C’est
ce qui explique la présence d’espèces similaires dans des lieux très
éloignés les uns des autres et le fait que l’homme certainement parti
d’Afrique soit présent aujourd’hui sur tous les continents.
En fait, le terme lui-même de colonie serait dérivé d'un mot latin,
utilisé pour signifier cultiver la terre, ce qui renverrait { l’usage de
l’agriculture qui sans doute dès les débuts du néolithique et
certainement dans l’antiquité aurait impulsé la migration de
populations humaines à la recherche de ressources hydrauliques et de
terre arables.
Dès l’antiquité, le phénomène de colonisation semble prendre une
signification plus précise et proche de son usage actuel, puisqu’il est
question de l’occupation de terres souvent lointaines par des migrants
qui y créent des établissements (les colonies) gardant un lien avec l’État
d’où ils sont issus, ceci pouvant aller jusqu’{ la dépendance politique.
C’est ainsi que les cités phéniciennes et grecques puis l’Empire romain
entretenaient des réseaux de colonies à vocation marchande ou agricole,
sur tout le pourtour de la Méditerranée.
Colonialisme et Impérialisme
Si le Moyen-âge peut avoir connu aussi le phénomène de possessions
et de dépendances territoriales à des fins commerciales ou politico-
militaires (avec versement de tributs au dominant), c’est surtout avec
l’expansion européenne qui débute { l’extrême fin du moyen-âge et au
début de l’époque moderne (XVe- XVIe siècles), en bénéficiant de
l’émergence des routes océanes, que la colonisation prendra la forme
classique devenue la sienne, pour s’ériger en système mondial jusqu’{ sa
contestation par les mouvements nationaux dans les colonies et la vague
des indépendances.
La colonisation moderne qui constituait un phénomène socio-
économique aura pour expression idéologique le colonialisme, doctrine
qui cherchera { légitimer l’expansion coloniale en avançant des
nécessités économiques, et sociales liées aux besoins du développement
dans les métropoles, mais aussi morales :
On prétextait en effet une supériorité de la civilisation occidentale
qui imposerait aux colonisateurs de dominer et guider « vers le progrès»
des populations (on disait des « races ») considérées comme
naturellement inférieures ; leur exploitation économique et le pillage de
134
Colonisation, colonialisme et impérialisme
leurs ressources avec usage du travail forcé et de l’esclavage, étant
érigés en moyens légitimes.
La généralisation de l’expansion coloniale et l’adaptation des formes
de domination a des contextes socio-économiques divers déboucheront
sur un véritable partage du monde entre territoires directement
occupés, semi-colonies ou protectorats et zones d’influence, qui sera
connu sous le nom d’impérialisme et de néo-colonialisme (depuis
l’émergence des mouvements d’indépendance surtout).
La colonisation { l’époque mercantiliste
Les campagnes de croisades menées au Moyen-orient dans les
derniers siècles du Moyen-âge (depuis la fin du XIème siècle) ainsi que les
opérations de Reconquista, par les chrétiens des Royaumes musulmans
dans la Péninsule ibérique (achevées en 1492 avec la chute de Grenade)
toutes deux, favorisées sans doute par une forte pression
démographique au nord de la Méditerranée, auront un impact certain
sur la dynamisation des rapports marchands en Europe après une
longue période de stagnation qui avait suivi la crise puis l’effondrement
de l’Empire romain ({ la fin du Vèmesiècle après J.-C.). Détenue alors par
le Monde musulman où aboutissaient les routes caravanières venues de
la Chine et de l’Asie centrale (route de la soie), ou tournées vers l’Océan
indien (route des épices) et l’Afrique subsaharienne avec ses
nombreuses ressources (et notamment l’or du Ghana), la suprématie
commerciale va progressivement passer { l’Europe. Pour différentes
raisons, cette dernière arrivera à capter les flux commerciaux et ce, en
contournant les circuits continentaux par les voies maritimes rendues
praticables depuis les explorations océanes du XVème siècle couronnées
par l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique (en 1492).
La recherche de minerais précieux or et argent et de produits
exotiques épices et autres cultures tropicales provenant de plantations
de canne à sucre, cacao, indigo et plus tard d’autres végétaux { valeur
marchande (coton, café), ou même l’élevage, vont pousser Portugais et
Espagnols d’abord { acquérir des possessions au-delà des mers. Ils
fonderont ainsi les premiers empires coloniaux des temps modernes, en
conquérant d’immenses territoires notamment aux Amériques, mais
aussi en instaurant des comptoirs qui longeront les côtes africaines et
asiatiques jusqu’en extrême-orient, bientôt talonnés par les Hollandais,
les anglais et les français dès les XVIèmeet XVIIème siècles. Ces derniers
armeront { leur tour, de puissantes flottes qui favoriseront l’essaimage
des grandes Compagnies, sociétés privées constituées dans chacun de
ces États et qui acquerront un monopole dans l’exploitation des
richesses de telle ou telle région conquise en créant leurs propres
troupes et administration et ce sera le cas pour les Compagnies des
135
Colonisation, colonialisme et impérialisme
Indes orientales ou des Indes occidentales qui rivalisent dans
l’entreprise coloniale.
Le capitalisme de la phase mercantiliste, c’est-à-dire surtout
caractérisé par un dynamisme de la sphère de circulation des
marchandises va trouver selon Marx dans ce type de colonisation une
des principales sources d’accumulation primitives du capital en Europe,
dont tireront notamment profit les premiers pays qui accèderont aux
XVIIIèmeet XIXème siècles à la Révolution industrielle.
Par ailleurs, cette première étape de la colonisation permettra à des
pays européens de commencer à régler les problèmes de surplus
démographiques face à la raréfaction des terres cultivables, surtout
avant l’enclenchement des révolutions industrielles. Les émigrés
installés outre-mer disposeront de terres en général confisquées aux
autochtones et pourront dans ces premières colonies de peuplement se
consacrer { l’agriculture de plantation.
La colonisation mercantiliste qui domine ainsi entre le XVI èmesiècle et
le début du XVIIIème siècle sera d’ailleurs illustrée par la pratique du
commerce triangulaire qui verra des navires partir des côtes
européennes de l’Atlantique accoster dans le Golfe de Guinée pour y
échanger des produits manufacturés contre des Africains qui seront
ensuite vendus comme esclaves en Amérique, puis revenir en Europe
pour y écouter sur le marché les produits tropicaux dus au travail des
esclaves dans les plantations qui avaient vu le jour en Amérique.
Progressivement va ainsi être imposé aux dominés « le pacte
colonial » qui obligera les colonies { ne commercer qu’avec les
métropoles européennes de qui elles dépendent désormais, les
marchandises transitant essentiellement à travers des ports
spécialement construits pour cette fin.
Le capitalisme de libre concurrence et la première crise du système
colonial
L’interdiction de l’esclavage dans la 1ère moitié du XIXème siècle sous
la pression des organisations philanthropiques, voire la baisse de sa
rentabilité pour l’Europe qui entre dans ses phases de Révolution
industrielle et de capitalisme de libre concurrence puis de capitalisme
monopoliste et financier, ainsi que l’émergence de nouvelles puissances
à vocation expansionniste vont contribuer à bouleverser la physionomie
et le fonctionnement du système colonial.
En fait, à la suture des XVIIIème et XIXème siècles, le système colonial va
connaitre sa première crise avec l’extinction progressive des grandes
compagnies (la Compagnie britannique des Indes orientales arrivera
cependant { se maintenir jusqu’en 1853) et les mouvements
136
Colonisation, colonialisme et impérialisme
d’autonomisation qui toucheront d’abord les colonies de peuplement
avec des nationalismes « blancs » (créoles) opposés { l’hégémonie
européenne.
Ce sera le cas pour les treize colonies américaines de l’Angleterre (les
futurs États-Unis) qui accèderont { l’indépendance en 1783, puis le
Brésil séparé du Portugal en 1822, ou en 1824 un certain nombre de
colonies espagnoles révoltées en Amérique latine, alors que le Canada
devra attendre 1867 pour accéder au statut de premier dominion
britannique, suivi de l’Australie, de la Nouvelle Zélande puis de la
Province du cap.
Du côté des Français et après l’échec de la tentative de Bonaparte de
s’approprier l’Égypte, c’est la colonie noire de Haïti qui proclamera son
indépendance dès 1804, et les débuts en 1830 de la conquête en Algérie
devant faire face ainsi { la résistance de l’Emir Abd el Kader puis { des
insurrections telle celle de 1871 tandis que les Britanniques verront leur
domination en Inde ébranlée par les révoltes des Sikhs (1845-49) puis
celle des Cipayes (en 1857) qui cherchaient { restaurer l’Empire
Moghol. En Chine même qui apparaît déjà comme une semi-colonie (un
État formellement indépendant mais sous contrôle économique et
politique avec le système des concessions octroyés à des pays
étrangers), la présence occidentale est contestée par l’insurrection des
Taïpings (1851-1864) qui bien que vaincus se retrouveront parmi les
Pavillons noirs qui en Indochine s’opposent { l’avancée des troupes de
conquête française. Par ailleurs, malgré l’émergence de tentatives de
rénovation telles celles de Mohammed Ali en Égypte et des Nouveaux
ottomans en Turquie, et encore plus celle triomphante de la Révolution
de Méiji au Japon, le capitalisme européen qui est en train de passer
dans la seconde moitié du XIXème siècle à sa phase monopoliste, a besoin
plus que jamais de s’appuyer sur des possessions coloniales autour
desquelles les rivalités s’aiguisent donnant naissance ainsi au système
impérialiste.
Du partage du monde à la décolonisation : l’ère de l’impérialisme
À la lisière des XIXème et XXème siècles, la course aux colonies semble
s’accélérer entre puissances rivales et notamment de nouveaux venus
tels l’Allemagne et le Japon en Extrême-Orient ou même la Belgique et
l’Italie ou la Russie (qui se taille en Asie un empire continental) qui
disputent aux Anglais et Français notamment, mais aussi aux hollandais
et aux empires déclinants, espagnol et portugais l’accès aux possessions
territoriales. Des transformations majeures vont ainsi intervenir entre
la conférence de Berlin (en 1884-1885) qui décidera du partage de
l’Afrique par les puissances européennes et la première (1914-1918)
puis la seconde Guerre mondiale (1939-1945), la violence et l’étendue
137
Colonisation, colonialisme et impérialisme
de ces deux conflits indiquant d’ailleurs une exacerbation inconnue
jusqu’alors des rivalités entre puissances, puisque leur thé}tre bien que
centré sur le continent européen s’étend désormais aux quatre coins du
monde.
En fait la concentration des capitaux { l’échelle de chaque puissance
avec tendance au monopole et à la domination du système financier et
bancaire vont assigner de nouvelles fonctions aux colonies comme
sources de matières premières très disputées et terrain d’exportation de
capitaux { la recherche de profits particulièrement élevés. C’est l’ère de
l’impérialisme, système particulièrement analysé sur la lancée des
travaux de Hilderfing et de Hobson par les théoriciens marxistes (Rosa
Luxembourg, Lénine…), tandis que des révolutions voient le jour un peu
partout, triomphant notamment à la périphérie du système capitaliste
en Russie (en 1917) puis en Chine (en 1949 République populaire de
Chine) et dont la portée mondiale sera considérable.
Les transformations sociales induites dans le monde colonial vont
d’ailleurs susciter l’éveil des mouvements nationaux et préparer la
vague de décolonisation menée au nom du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes et qui tendra à se généraliser dans les années et décennies
qui suivront la seconde Guerre mondiale avec comme moments
révélateurs la victoire vietnamienne de Dien Bien Phu contre les
Français en juillet 1954, la Conférence afro-asiatique de Bandung en
avril 1955, la Révolution cubaine en 1959, la Guerre de libération
nationale en Algérie (de 1954 { 1962), ou encore l’indépendance des
colonies portugaises d’Afrique après la Révolution des Œillets en 1975,
puis en 1988 l’effondrement du système de l’Apartheid en Afrique du
sud.
Il faudra noter cependant que les indépendances politiques qui ont
permis l’émergence de dizaines d’Etats nationaux sont loin d’avoir mis
fin au système de domination impérialiste toujours centré sur le Nord
de la planète. Si ce dernier semble avoir renoncé aux formes archaïques
et couteuses d’occupations militaires et d’administration directe des
pays du Sud, et que d’ailleurs les peuples ne peuvent plus tolérer, il
continue toujours à user de sa supériorité technologique et financière
pour pratiquer une domination indirecte, dite, néo-coloniale et en fait
assez tôt expérimentée par les Américains. Ce qui n’empêche pas
d’ailleurs comme l’indique l’histoire récente que la politique de la
canonnière puisse s’avérer encore nécessaire.
138
Colonisation, colonialisme et impérialisme
Colonisation et décolonisation en Algérie
La colonisation française en Algérie s’insère bien entendu dans le
contexte d’ensemble décrit ci-dessus, mais avec des spécificités aussi
comme cela peut-être le cas pour chaque colonie et chaque empire
colonial pris en particulier et il serait utile d’en signaler quelques-unes
ici. Au-delà du contexte en France marqué en 1830 par un changement
de régime (passage de la Restauration à la Monarchie de Juillet), la
France avait déjà en 1830 des possessions dispersées sur les océans, aux
Antilles ou même en Afrique (Saint Louis au Sénégal), même si face aux
Britanniques notamment, elle en avait perdu quelques-unes en
Louisiane et au Canada. Ces « vieilles » colonies comme on finira par les
appeler, étaient surtout utilisées { des fin d’économie de plantation avec
la configuration qui fût celle de la phase mercantiliste du capitalisme.
Elle en aura d’autres plus tard, en Afrique ou en Indochine qui
s’inséreront dans le cadre du pacte colonial dominant { l’époque
impérialiste (seconde moitié des XIXème et XXème siècles) et caractérisées
outre par des fonctions de stratégie géo-politique, par l’exploitation de
sources de produits agricoles et de matières premières pour l’industrie
et de terrains d’exportation de capitaux particulièrement
rémunérateurs en surprofits.
La conquête de l’Algérie commence cependant au moment où la
colonisation de type mercantiliste est déjà en déclin (avec les premières
indépendances aux Amériques) et où la colonisation de type
impérialiste qui s’épanouira à partir de la deuxième moitié du XIXème
siècle (avec la Conférence de Berlin et le partage de l’Afrique), n’a pas
encore pris forme). On retrouvera donc ici les deux aspects avec un
cachet de peuplement et d’administration directe relevant de la
première période, et de grosse colonisation foncière et de concessions
minières dont profiteront en premier lieu des sociétés capitalistes et des
banques, ceci en tenant cependant compte aussi de spécificités
colonisatrices assez inhérentes à la France. Tout d’abord si la
colonisation mercantiliste est généralement accompagnée de forts
mouvements migratoires en période où la Révolution industrielle n’a
pas été vraiment enclenchée (XVIIIème siècle pour l’Angleterre et XIXème
siècle pour la France), cette affirmation nécessité d’être nuancée pour la
France qui pour des raisons historiques et en dehors du cas du Québec
n’a contrairement { l’Espagne, le Portugal, l’Angleterre ou même la
Hollande, jamais constitué un pays fournisseur de grandes migrations
en direction des colonies. Sur le million d’Européens qui peuplaient
l’Algérie { la veille de l’indépendance du pays (en 1962), une bonne
moitié était d’ailleurs composée de naturalisés originaires de la
Méditerranée occidentale (Espagne, Italie et Sicile, Malte). Ensuite la
France est un pays à la tradition jacobine très ancrée et donc fortement
139
Comité d’action révolutionnaire nord-africain
prédisposée { l’administration directe des colonies, ce qui se passera
effectivement en Algérie.
En Tunisie et au Maroc pays dont elle s’est accaparée assez
tardivement (respectivement en 1881 et en 1912) en signant avec eux
des accords de protectorat, la France n’a ainsi pas hésité { doubler
l’administration de ces deux pays par son propre « contrôle civil ».
Il aura d’ailleurs fallu le déclenchement de la Guerre de libération
nationale en Algérie pour que la France accepte d’adapter ses formes de
domination en accordant des systèmes d’autonomie puis
d’indépendance { ces deux États maghrébins (en 1956) puis { ses
colonies d’Afrique subsaharienne (en 1960). L’institution par la France
de l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS en janvier
1957) semblait de même constituer une adaptation tardive et avortée,
après que des sources en hydrocarbures aient été découvertes dans le
Sahara algérien.
Il faudra signaler enfin que l’Algérie a constitué la première colonie
érigée par un Etat européen sur les bords de la Méditerranée et dont la
distance géographique par rapport à la France était la plus rapprochée
(800 kms séparent les deux côtes), ce qui a contribué sans doute à
favoriser chez les autorités coloniales l’adhésion { la fiction juridique
présentant l’Algérie comme une suite de départements français.
H. Remaoun
Corrélats : Administration coloniale en Algérie ; Code de l’indigénat ; Oran
et Mers el Kebir sous occupation espagnole ; Statut musulman indigène.
Bibliographie : Beaud, M. (1981) ; Berque, J. (1964) ; Braudel, F. (1980) (3
Volumes) ; Fanon, F. (1972) ; Hobsbawm, E.-J. (1999) et )2008, 3 Volumes) ;
Labica, G. et Bensussan, G. (Dir.), (1985) ; North, D.-C. et Thomas, R.-P.
(1980) ;Rivet, D. (2003) ;Rodinson, M. (1966).
Comité d’action révolutionnaire nord-africain
(CARNA – 1939)
Il s’agit d’un comité qui se serait constitué au début de 1939 dans le
but de se procurer chez les Allemands et leurs alliées un soutien
matériel et des armes en vue de combattre la colonisation française. Ceci
se passait dans un contexte d’intense propagande allemande et italienne
en direction des musulmans d’Afrique du Nord en leur promettant la
libération. Des émissions des radios allemande et italienne en arabe
classique ou dialectal étaient d’ailleurs dirigées vers les populations
140
Comité d’action révolutionnaire nord-africain
d’Afrique du Nord avec le soutien de personnalités arabes tel Chakib
Arslane tandis que des officiers allemands tentaient de prendre des
contacts directs en Algérie même ou en France (notamment après la
débâcle française de juin 1940).
La création du CARNA semblait avoir eu { l’origine l’assentiment de
dirigeants du PPA, tels à Alger Hadj Cherchalli et Mohammed Taleb à et
à Paris Si Djilani et Amar Khider. Dès sa création ce Comité enverra une
délégation en Allemagne introduite par un ancien étudiant à Alger,
installé en France, Yacine Abderrahmane qui deviendra speaker à la
radio allemande. Ils y recevront durant quelques semaines (entre juin et
juillet 1939) une formation en techniques de guerilla et de sabotage
avant de revenir { Alger avec la promesse d’une aide du IIIème Reich pour
combattre les Français.
Mis au courant, Messali qui n’avait pas de sympathies pour le
nazisme et considérait les Allemands comme aussi impérialistes que les
autres colonisateurs, exigera aussitôt la démission de ceux qui avaient
fait partie du voyage. Il désavoua la création du CARNA et ceux qui
étaient favorable à cette initiative en procédant à des changements y
compris à la direction du parti. Les membres et sympathisants du
CARNA exclus du PPA, ne purent le réintégrer qu’en 1943 après avoir
reconnu leurs erreurs.
Après la défaite française en juin 1940, la propagande française
basée sur l’anti-sémitisme sera relayée par l’administration pétainiste
en réussissant à donner quelques illusions à certains notables
ouassimilationnistes qui finiront par déchanter. Les partis
politiquesnationaux algériens interdits ou tolérés et au même titre que
les autres patriotes maghrébins auront pour l’essentiel quant { eux
susprendre leurs distances vis-à-vis des vaines promesses faites par les
autorités de Vichy au nom de leur « Révolution nationale ».
H. Remaoun
Corrélats : Abbas Ferhat ; Association des Ulémas musulmans algériens ;
Bendjelloul Mohamed Salah ; Mai 1945, Manifestation et Répression ; Manifeste
du Peuple algérien; Messali Hadj ; MTLD ; Organisation spéciale (OS) ; PPA ;
Statut Musulman Indigène.
Bibliographie : Ageron, Ch.-R.(1969) ; Harbi, M. (1980 et 1985) ; Kaddache, M.
(1980, Vol.2) ; Stora, B. (1985).
141
Congrès de la Soummam
Congrès de la Soummam (août 1956)
A l’instar de toute guerre de libération, celle menée par les algériens
contre l’occupation française, ne saurait échapper, dans ses débuts, {
des faiblesses, tant sur le plan politique qu’organisationnel.
Prenant conscience des insuffisances constatées au cours des mois
qui suivirent le déclenchement du 1er Novembre 1954 et durant l’année
1955, les dirigeants de l’insurrection, présents en Algérie, et en accord
avec ceux de l’extérieur, avaient jugé nécessaire la tenue d’une
rencontre. Il s’agissait de regrouper les principaux responsables de la
Révolution pour débattre des problèmes liés aux actions menées sur le
territoire national et de l’élaboration d’une stratégie pour insuffler une
nouvelle dynamique en faveur de l’unité politique de la Révolution et de
l’organisation de la lutte armée sur le terrain. Le congrès allait se tenir
dans un contexte où les principales formations politiques nationales (en
dehors du MNA de Messali) avaient rejoint le FLN au cours de 1955 et
1956.
Dans cette perspective, les dirigeants présents lors du congrès de la
Soummam sont arrivés { s’entendre sur un document, considéré, { juste
titre, comme un texte fondamental traduisant sur le plan structurel et
organisationnel les principes édictées par la proclamation du
1erNovembre. Ils ne pouvaient, cependant, une fois confrontés aux
contraintes de la Guerre, oublier totalement leur dissensions qui, faisant
surface, allaient influer considérablement sur leur posture devant les
crises qui ont affecté la Révolution algérienne et la construction de l’Etat
national.
Si les principaux chefs de la Révolution, impliqués directement dans
la confrontation avec les troupes françaises, avaient ressenti le besoin
d’organiser la lutte armée, il revient à Abane Ramdane et Larbi Ben
M’hidi d’avoir initié la rencontre de la Soummam dès les premiers mois
de l’année 1956.
Libéré des geôles françaises en fin 1955, Abane Ramdane, devant la
difficulté d’avoir une idée précise de la situation { l’intérieur des maquis
essorés par les troupes françaises, et dans la perspective de fédérer les
militants des autres formations et personnalités politiques au FLN,
programma avec Larbi Ben M’hidi et Zighoud Youcef la tenue d’une
rencontre nationale. La conception d’un premier texte conçu au début
comme un guide pour les commissaires politiques et dont l’élaboration
fut confiée { Chentouf, Lebdjaoui et Ouzegane allait servir, après qu’il
ait été enrichi par Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, comme un avant-
projet à la Plate-forme de la Soummam.
142
Congrès de la Soummam
Se posa alors le problème du lieu du congrès qui initialement devait
se tenir en zone II (Nord-constantinois) où les responsables de cette
dernière avaient déjà pris des dispositions. Mais par la suite on changea
d’endroit en optant pour la zone III (Kabylie) retenue pour sa centralité.
La localité envisagée avait été celle des Portes de Fer située dans les
Bibans. Cependant, suite à un incident provoqué par la fuite de la mule
transportant les documents qui, effrayée par le bruit des avions, tomba
sur un camp militaire français, les organisateurs choisissent Ifri, lieu
niché dans un massif boisé dont la sécurité devait être assurée par des
unités de Amirouche.
Le congrès débuta le 20 août et se termina le 15 septembre. Parmi
les présents, on compta, selon le procès-verbal de la réunion, six
membres. Il s’agit de Zighoud Youcef pour la zone II (le Nord
Constantinois), Krim Belkacem pour la zone III (la Kabylie), Ouamrane
Amar pour la zone IV (l’Algérois), Ben M’Hidi pour la zone V (l’Oranais),
Abane Ramdane pour le FLN (Alger). A titre exceptionnel, Benthobal
Lakhdar fut autorisé à prendre part aux travaux du congrès. Quant au
représentant de la zone I, Benboulaïd Omar, mandaté à la place de son
frère mort en mars 1956, il n’a pu assister, suite { son arrivée tardive {
Ifri, tandis qu’en ce qui concernait le Sud, le délégué de cette région,
n’ayant pu venir, envoya un rapport. Les grands absents de ce congrès
furent les responsables de l’extérieur en résidence au Caire. Bloqués en
Italie, ils s’apprêtaient { venir par la Libye quand ils apprirent la clôture
des travaux du congrès. Le ressentiment éprouvé par cette absence et
celle de bien d’autres responsables n’allait pas sans peser sur le cours de
la révolution.
Présidée par Larbi Ben M’hidi, Abane Ramdane assurant le
secrétariat, la première séance commença par l’exposé des deux
initiateurs qui, après lecture de l’ordre du jour, annoncèrent les objectifs
assignés. Par la suite, les chefs de zone donnèrent chacun, un état de
leur région sur les plans de l’armement, l’organisation des maquis, des
actions accomplies et les problèmes rencontrés. Après un débat critique,
les participants, { l’issue de plusieurs journées de discussion, et non
sans passion ni tensions devant les enjeux d’une telle rencontre, sont
arrivés { s’entendre sur une stratégie de la Révolution algérienne
matérialisée dans un document intitulée Plate-forme du congrès de la
Soummam.
En procédant { l’analyse de la situation politique, les congressistes,
situant la Révolution algérienne dans le cadre de la libération du
Maghreb, dressent un constat des politiques coloniales des
gouvernements qui se sont succédés, relèvent les défaillances de
certaines formations politiques, et considèrent l’importance des
143
Congrès de la Soummam
mouvements, paysan, ouvrier, des jeunes, des intellectuels et des
femmes, dans le combat libérateur.
Véritable programme politique, la Plate-forme, qui réaffirmait la
solidarité nord-africaine, trace les grandes lignes de l’activité
internationale que doivent mener les dirigeants du FLN de l’extérieur,
tant au niveau des Nations-Unies qu’au niveau des organisations
régionales telles que le mouvement des afro-asiatiques.
En fixant ainsi le cadre idéologique dans lequel doit s’inscrire toute
action, la Plate-forme définit deux principes politiques à partir desquels
doivent être définis les rapports entre l’intérieur et l’extérieur, d’une
part, et le Politique et le Militaire, d’autre part. Elle prévoit la création de
nouvelles structures du mouvement de la Révolution, décide d’un
nouveau découpage du territoire et apporte une nouvelle organisation
de l’armée de libération nationale.
Au sujet des termes énoncés et relatifs { la primauté de l’intérieur
sur l’extérieur et du Politique sur le Militaire, les présents considèrent
au titre du premier principe que l’organisation interne de la Révolution,
émanation de la volonté populaire, reste la source de toute décision ou
action. En ce sens, elle est la seule détentrice du pouvoir délibératif de
prise de décision, l’extérieur, dans ce cadre, n’étant qu’une
représentation qui agit par mandat de l’intérieur. Pour le deuxième
principe, la Plate-forme, considérant que « Le but de la guerre reste la
paix », souligne la prééminence de la politisation de l’action
révolutionnaire { travers tous les échelons de l’organisation. Dans ce
cadre, la Plate-forme reprend la Proclamation du 1er Novembre qui
affirme que la lutte armée est une revendication politique, tant dans son
essence que dans ses principes et objectifs.
Balisée par ces deux principes, l’action révolutionnaire dépend de
l’efficacité de ses structures. A cet effet, la Plate-forme de la Soummam a
prévu deux instances : le Conseil National de la Révolution Algérienne
(CNRA) et un Comité de coordination et d’exécution (CCE). Assumant la
fonction d’une assemblée représentative, le CNRA est composé de 34
membres dont la majorité est constituée de représentants des maquis.
Dépositaire de la souveraineté nationale, il est le seul organe habilité à
prendre des décisions relatives { l’issue du combat, tels que le cessez-le
feu et l’ouverture des négociations. Par rapport au CNRA, le CEE est une
instance exécutive comprenant cinq membres : Larbi Ben M’hidi, Abane
Ramdane, Youcef Benkheda, Krim Belkacem et Saad Dahlab. Chargé de
contrôler les activités de l’ALN et du FLN, { l’intérieur comme {
l’extérieur, ce comité est habilité { créer des commissions pour préparer
des dossiers portants sur les différents aspects de la Révolution et
décide des questions importantes posées par l’organisation de la lutte
armée.
144
Congrès de la Soummam
Parallèlement aux aspects politiques et structurels de la Révolution,
le Congrès de la Soummam, considérant que la réussite de l’action
militaire dépend de l’efficacité d’une organisation qui tienne compte
d’une approche opérationnelle du terrain et de l’ALN, a procédé au
découpage politico-militaire du territoire national en six wilayas : la
wilaya I (les Aurès), la wilaya II (Nord Constantinois), la wilaya III (la
Kabylie ), la wilaya IV (l’Algérois), la wilaya V (l’Oranais), et la wilaya VI
(le Sud Est et Centre). Chaque wilaya étant constituée de plusieurs
zones, ces dernières comprenant des secteurs. En abordant
l’organisation de l’ALN, la Plate-forme de la Soummam, fixant le cadre de
la hiérarchie, a défini les différentes composantes : groupe (faoudj),
section (ferka) compagnies (katibas), le rôle des commissaires
politiques, la question des grades et la rémunération des militaires.
Pour conforter ce cadre politique et structurel, la Plate-forme de la
Soummam, soulignant la dimension arabo-islamique de la guerre
menée par le peuple algérien, réitère les principes de liberté et de
justice et affirme le respect de la collégialité dans la prise de décision
comme garante de la réussite du combat libérateur.
Intervenant dans un contexte difficile de l’histoire d’une nation, le
congrès de la Soummam marque une étape décisive dans la guerre de
libération au sens où, s’inscrivant dans le prolongement de la
Proclamation du 1er Novembre, il apporte une nouvelle vision dans les
choix stratégiques opérés { l’effet de garantir, tant sur le plan militaire
que politique, la réussite de la Révolution. Cependant, toute cette
démarche ne pouvait s’accomplir sans écueils dans le cours de l’action
armée et dans le parcours des principaux acteurs. Ce qui fait qu’au-delà
des résultats avérés auxquels sont arrivés les concepteurs de la Plate-
forme de la Soummam et ceux qui ont exécuté ses décisions, les
dissensions entre frères d’armes qu’on croyait s’estomper, allaient
jusqu’{ l’indépendance du pays et bien au-delà, servir certains et
desservir d’autres.
M. Kedidir
Corrélats : Association des Ulémas musulmans algériens ; Bandung ;
FLN ;Moudjahid (el) ; MTLD ; Parti communiste ; PPA ; Résistance algérienne ;
Union démocratique du Manifeste Algérien (UDMA).
Bibliographie : Alistair, H. (1980) ; Bedjaoui, M. (1961) ; Cheikh, S. (1981) ;
Harbi, M. (2004) ; Kaddache, M. (2000) ; Kafi, A. (2002) ; Meynier, G. (2002).
145
Congrès musulman algérien
Congrès musulman algérien (1936-1938)
Le 7 juin 1936, dans la salle de cinéma le Majestic à Alger, se tint un
grand meeting politique. Participèrent à ce rassemblement, les Élus
« musulmans » des trois départements, dont le chef de file était le
Dr. Mohamed Salah Bendjelloul, président de la Fédération des Élus du
département de Constantine,les membres de l’Association des Ulémas et
leur président le shaykh Abdelhamid Benbadis, les communistes et leur
porte-parole Benali Boukort et l’architecte Abderrahmane Bouchama,
les socialistes algériens de la SFIO (Section Française de l’Internationale
Ouvrière/parti socialiste), les militants de la CGTU (Confédération
Générale du Travail Unitaire/communiste) et des personnalités
indépendantes, journalistes, instituteurs, commerçants, industriels,
fellahs, sportifs, etc. … L’Etoile Nord-Africaine, encore très peu
implantée en Algérie, était tout de même présente par ses jeunes
militants qui assurèrent le service d’ordre.
Aux origines de ce rassemblement se trouve une inspiration
immédiate, l’exemple des forces françaises de gauche (socialistes,
communistes et radicaux) qui avaient dépassé leur désaccords pour de
réunir dans un Front Populaire et leur victoire aux élections législatives
d’avril-juin 1936. Mais également c’est aussi l’aboutissement d’un débat
assez ancien sur la nécessité d’un parti politique algérien. En effet,
depuis au moins 1934, de nombreuses voix s’élevaient appelant les
Algériens à se réunir dans un parti politique et mettre fin à la division
qui ruinait les espoirs d’une amélioration de leur situation politique. Les
dispositions du décret Régnier de 1935, et la répression qui s’en suivit,
illustraient le peu de volonté de l’administration coloniale et de l’Etat
français à ouvrir le champ des libertés publiques en Algérie. Les
manifestations du 14 juillet 1935, tant en France qu’en Algérie, avaient
déclenché un processus de mobilisation des partis politiques, des
syndicats et des associations proches de la gauche française, socialistes
communistes et radicaux-socialistes. Les militants de l’Etoile Nord-
Africaine s’étaient mêlés au cortège parisien. Cette journée avait
constitué l’acte de naissance du Front Populaire. Elle avait soulevé de
fortes attentes même en Algérie où la plupart des élus et autres
militants favorables à un projet de loi de naturalisation de 24 000
personnes proposé par le sénateur Maurice Viollette, ancien gouverneur
général de l’Algérie.
Le débat sur la nécessité d’un parti politique musulman algérien avait
donc pris de l’ampleur au cours de l’année 1935 alors que dans tout le
pays, se développaient des mouvements de grèves et des manifestations
146
Congrès musulman algérien
contre la vie chère et qu’une répression féroce s’abattait sur les
militants politiques et syndicaux. L’hebdomadaire La Défensequi
exprime en langue française les positions de l’Association des Ulémas
était devenu le principal vecteur de cette idée de rassemblement des
élites politiques algériennes. L’Entente, organe de la Fédération des Élus
du Département de Constantine et La Justice du cadi Benhoura,
encourageaient vivement, mais chacun pour ses raisons propres, cette
idée. Les communistes apportaient leur soutien tout en insistant, en
cette période électorale, que le rapprochement avec le Front Populaire
contre l’ennemi fasciste reste essentiel.
Le 3 janvier 1936, le shaykh Ibn Badis publia dans le journal « La
Défense » de Lamine Lamoudi un appel { la tenue d’un Congrès qui
rassemblerait toutes les forces politiques algériennes. Cet appel fut
considéré comme une sorte d’appel { la mobilisation générale et à
l’union des Algériens. Il entraîna un fort engouement populaire.
Tandis que les comités locaux de préparation du Congrès se
formaient à travers tout le pays, une polémique éclata entre Ferhat
Abbas et Abdelhamid Benbadis. Au titre tonitruant de l’article de Ferhat
Abbas: « La France, c’est moi ! » et à ce qui a été pris comme une
affirmation : « j’ai cherché la patrie algérienne dans l’histoire, je ne l’ai
trouvée nulle part », Abdelhamid Benbadis avait répondu par son poème
devenu plus tard chant patriotique : « le peuple algérien est musulman…
celui qui croit qu’il a perdu son identité ou qu’il est mort, ment … ».
Le militant communiste Abdallah de Annaba avait été plus radical, dans
sa diatribe : « La France, ce n’est pas toi ! ». Incident de parcours ?
Les deux hommes se retrouvent dans une alliance autant politique
qu’amicale qui ne se démentira plus jamais et se poursuivra plus forte
encore lorsque le cheikh Bachir al Ibrahimi prendra la direction de
l’Association des Ulémas.
L’appel fut donc entendu. Tout ce que l’Algérie comptait comme
personnalité civile ou religieuse, élu, membre d’un parti politique
proche du Front populaire (communiste, socialiste, radical et autres
tendances de gauche), membre d’une association littéraire et de
bienfaisance, de club sportif musulman, se rencontraient pour élire ou
désigner les délégués. Quarante-cinq comités locaux du Congrès furent
créés dans le pays : dix-neuf dans le département d’Oran, neuf dans celui
d’Alger et dix-sept à Constantine.Les comités eurent à désigner trois
représentants : un élu, un Uléma et un militant. Le 7 juin 1936, le
premier Front anticolonialiste était né sous le nom de Congrès
musulman Algérien.
La Charte revendicative qui fut adoptée comportait des
revendications d’ordre cultuelles sociales, économiques et politiques. En
fait, chacune des revendications remettait en cause l’ordre colonial, le
147
Congrès musulman algérien
système colonial, mais pas la présence française. Si les revendications
relatives { la liberté du culte musulman et { l’enseignement de la langue
arabe portent la signature des Ulémas, celles concernant les
revendications sociales portaient la marque des communistes et des
socialistes : instruction obligatoire, travail égal/salaire égal. Tous les
participants ont demandé la suppression de toutes les lois d’exception :
code de l’Indigénat, circulaire Michel, décret Régnier, code forestier
notamment. Dans le domaine économique les congressistes
demandèrent une réforme agraire par la distribution des terres des
grandes propriétés inexploitées aux petits fellahs, des coopératives
agricoles et une aide aux fellahs. Les revendications politiques n’avaient
pas fait toujours l’unanimité. C’est ainsi que rapporte le journal
communiste La Lutte sociale (n°51 du 15-31 mai 1936 et n°52 du 1-15
juin 1936), dès avant la réunion, « le Congrès ne retint pas le mot d’ordre
défendu par les communistes à savoir "un Parlement algérien élu au
suffrage universel ». Le rattachement à la France par suppression du
gouvernement général, des délégations financières, des communes
mixtes, était réclamée par les trois Fédérations socialistes SFIO d’Algérie
et violemment combattue par les défenseurs du colonat. Mais il existait
bien un fort courant assimilationniste qui avait pour leader celui qui fut
élu président du Congrès musulman, le docteur Bendjelloul. La
Fédération des Élus s’imposait tout en ayant cédé sur le suffrage
universel. La Charte peut être considérée comme une sorte de
programme national minimum. Mais, le Congrès Musulman portait en
lui les germes de sa division. Deux fortes individualités s’opposaient :
Mohamed Salah Bendjelloul qui s’appuyait sur sa réputation de leader
d’opinion, aussi anti-ulama qu’anti-communiste et Abdelhamid
Benbadis soutenu par les communistes.
Les structures du Congrès furent mises en place : une sorte de Comité
central de 66 membres, un Comité Exécutif de 16 membres et un Bureau
de 9 membres. Toutes ces structures étaient dominées par les partisans
de M.S. Bendjelloul avec l’aide des élus et militants SFIO.De la même
manière, les Élus composaient la majeure partie des membres de la
commission qui fut reçue à Paris le 23 juillet par Léon Blum président
du conseil des ministres français. Cette commission de 16 membres ne
comprenait que quatre ulémas, Benbadis, Brahimi, Lamoudi et el Okbi et
deux communistes Amara et Bouchama. Le séjour à Paris ne fut pas
concluant et un nouveau personnage allait s’inviter au débat : Messali
Hadj président de l’Etoile nord-africaine.
Amnistié par le gouvernement de Front populaire, Messali Hadj était
revenu { Paris de son exil forcé { Genève le 10 juin. L’E.N.A était alors
très peu présente en Algérie. De Paris, el Ouma avait accueilli
favorablement le Congrès musulman. La présence dans la salle d’au
148
Congrès musulman algérien
moins deux jeunes militants Mestoul et Mezrana et le fait qu’une partie
du service d’ordre était assuré par les jeunes étoilistes, montrait bien
que les militants algérois de l’E.N.A. ne pouvaient rester { la marge de ce
grand mouvement qui mobilisait la rue algérienne. Le premier contact
entre la délégation en fait le shaykh Benbadis et Messali Hadj eut lieu à
Paris. Ils se retrouveront au stade municipal d’Alger le 2 août 1936.
Messali fit son entrée dans la scène politique algérienne par un discours
mémorable : « cette terre n’est pas { vendre ! ». Réagissant à ce discours
et { l’assassinat du muphti Kahoul, et pour lequel El Okbi fut injustement
incriminé et inculpé, le Dr. Bendjelloul dénonça autant les nationalistes
que les communistes. Il quitta ou fut exclu de la présidence du Congrès
le 5 août.
Ni cette première fissure, ni les premières critiques formulées par
Messali Hadj dans des meetings privés et en présence de jeunes de plus
en plus nombreux, n’entamèrent l’enthousiasme et la détermination de
Lamine Lamoudi, vice-président du Congrès. Mais l’unité politique des
Algériens fut bel et bien affectée. De plus la conjoncture internationale,
la guerre civile en Espagne et la montée du fascisme, allait détourner le
Front Populaire de ses engagements politiques envers l’Algérie. La
propagande de l’extrême-droite, le conflit larvé entre le shaykh Ibrahimi
solidement installé à Tlemcen et le shaykh Zahiri à Oran prend
progressivement de l’ampleur. Le shaykh Mohamed Saïd Zahiri avait
créé, déjà le 1er juin 1936, le Bloc des Organisations Musulmanes
d’Oranie (B.O.M.O), sorte de Congrès musulman local. De leur côté, les
militants socialistes se méfiaient des communistes. Ces derniers créent
leur parti en octobre 1936 tout en soutenant le Congrès et en renforçant
leur alliance avec les Ulémas.
Le mouvement de création de comités locaux et d’arrondissements
du Congrès musulman se poursuivit en dépit d’une conjoncture de plus
en plus défavorable, Les atermoiements du gouvernement Front
Populaire vis-à-vis de la question coloniale et plus précisément du
projet Blum-Viollette, encouragèrent la propagande démagogique du
Parti Populaire Français (PPF) en direction des Algériens. Les
ressentiments des Algériens { l’endroit d’une justice { double vitesse
lors des manifestations et des grèves ont petit à petit démobilisés les
Algériens. La dissolution de l’Etoile Nord-Africaine, le 27 janvier 1937,
accueillie favorablement par les organisations politiques en Algérie,
affiliées ou pas au Congrès musulman, ne fit que préparer le terrain au
Parti du Peuple Algérien fondé le 11 mars 1937. Maisla répression qui
s’abattit indistinctement sur le PPA, les cercles etc. ne fut pas faite pour
développer la compréhension à l'égard du gouvernement de Front
Populaire, malgré les accusations portées contre l’E.N.A. et Messali Hadj.
La seule vraie réponse du gouvernement Front Populaire aura été
149
Congrès musulman algérien
d’envoyer, en mars-avril 1937, une sous-commission parlementaire.
L'espoir né de la venue de la commission d'enquête futvite ébranlé par
les manœuvres de la toute-puissante administration coloniale et les
provocations du P.P.F. et des autres organisations et partis d’extrême-
droite. Par contre, la parution le 21 février 1937 d’Oran
républicainpermit au Congrès Musulman et au Front Populaire de
bénéficier enfin d’une surface éditoriale quotidienne face aux quotidiens
défenseurs du système colonial.
Le9 mai 1937, une commission interdépartementale du C.M.A. se
réunit au Cercle du Progrès à Alger qui décide la neutralité du C.M.A.
lors des futures élections municipales et surtout débattre de la
participation de deux membres du bureau, Benhadj et Boukerdenna
(SFIO) { la délégation d’élus conduite par le Dr. Bendjelloul { Paris, le 25
février 1937. Cette démarcation des élus socialistes favorise la création
à Oran, en mars 1937, contre le B.O.M.O. de Saïd Zahiri accusé d’être
trop proche du Parti Communiste Algérien, d’un Comité d’Action
Musulmane d’Oranie (C.A.M.O.), formé de militants et sympathisants
SFIO, partisans « du Projet Blum-Viollette élargi, de la lutte contre le
colonialisme, le fascisme » mais aussi contre « toute tendance vers le
nationalisme algérien et le séparatisme ».
De nombreuses réunions de préparation du 2ème Congrès furent tout
de même tenues à travers le pays. La question des rapports avec le Front
Populaire, la présence des élus et militants de la S.F.I.O., les critiques de
plus en plus fortes du Parti du Peuple Algérien, les avancées notables de
la démagogie anti-juive du P.P.F., entamèrent la confiance envers le
Front populaire quidevint conditionnelle Il lui est accordé « un crédit
mais du crédit limité dans le temps ».
Le 2ème congrès se tint du 3 au 9 juillet 1937. Oran Républicain fut le
seul quotidien qui par ses correspondants Michel Rouzé et Saïd Zahiri
rapporta chaque jour des informations sur son déroulement. Les 157
congressistes se retrouvèrent au Cercle du Progrès : 47 pour le
Constantinois, 54 pour l’Algérois et 56 pour l’Oranie. Aucune avancée
spectaculaire ne fut enregistrée au niveau des propositions par rapport
au 1er Congrès sinon la menace de démission des Élus. Trois tendances
se sontaffrontées. Celle des Élus représentée par Ferhat Abbas soutenue
par les socialistes dont Benhadj, celle de Lamine Lamoudi soutenue par
les communistes et enfin celle minoritaire représentant le PPA dont les
motions déposées étaient systématiquement rejetées. Par contre, les
Ulémas se retirèrent des instances dirigeantes { l’exception de Lamine
Lamoudi qui lança un nouveau mouvement, les Jeunesses du Congrès
Musulman Algérien (J.C.M.A.). La question de la transformation du
Congrès en parti politique fut remise { l’ordre du jour { l’occasion d’un
débat sur les relations avec le Front Populaire.Les communistes
150
Congrès musulman algérien
préconisaient la collaboration, les socialistes souhaitaient la fusion et le
shaykh Benabdis opéra un rapprochement avec le Dr. Bendjelloul en
soutenant l’idée de faire du Congrès Musulman un parti politique. La
décision finale va porter la marque des luttes politiques sur le terrain.
Le nouveau bureau du C.M.A. apporte son soutien au mouvement de
démission des Élus d’août 1937 mais ne put empêcher des candidats de
se revendiquer du sigle du C.M.A. aux élections départementales
d’octobre, en dépit de la décision du 2ème Congrès. Succès ou résultats
mitigés, la grosse surprise vint des scores des candidats PPA notamment
{ Oran et { Alger. L’administration saura faire élire ses candidats.
Les événements se précipitèrent en décembre 1937. La publication
du rapport de la Commission Lagrosillère favorable aux thèses du
Congrès Musulman fut bien accueillie mais la nomination en son
absence du shaykh Benbadis à la présidence du Comité Exécutif du
Congrès ne provoqua pas le sursaut espéré. En revanche l’interpellation
par la police à Tlemcen du shaykh Bachir Ibrahimi le 19 décembre et la
fermeture de Dar al Hadith furent considérées comme une grave
provocation de la part de l’administration. Ce double événement allait
entrainer un rapprochement entre Congrès Musulman et Front
Populaire d’un part mais ne put endiguer le désenchantement de gagner
les militants et la population.
Un congrès commun se réunit à Oran le 30 janvier 1938. Tous les
courants politiques étaient présents sauf le PPA en pleine ascension. Si
le programme retenu reprenait dans ses grandes lignes les propositions
de la Charte de juin 1936, il allait plus loin en exigeant l’égalité { tous les
niveaux entre Algériens et Européens par l’abolition de toutes les
dispositions légales et réglementaires qui touchaient spécifiquement les
Algériens. Il était également demandé l’épuration et la transformation
de l’administration et de la justice. Il ne s’agissait plus tout { fait du
Projet Blum-Violette.
Manœuvres politiciennes et administratives, désenchantement
déception et démissions se conjuguèrent et entrainèrent une sorte de
démobilisation politique. Le rapprochement Bendjelloul-Benbadis au
sein du Rassemblement Franco-Musulman en se posant en héritier du
Congrès Musulman en y ajoutant le Statut du Comité de coordination
oranais prononça le décès du Congrès Musulman le 31 juillet 1938. Le
Congrès Musulman est donc mort. Le militant Mabed qui avait occupé
des postes de responsabilités au sein du Comité Exécutifen signa l'acte
de décès dans une tribune libre publiée le 19 août 1938 : « Le congrès
musulman est mort. Sa mystique aussi il est inutile de s'y accrocher
éternellement par bluff ou par amour propre ».
151
Course-corsaires
La dégradation de la situation internationale, la répression qui de
nouveau s’abattit sur le PPA et sur certains responsables du PCA
achevèrent de renvoyer à plus tard les débats sur la question nationale.
Pour conclure, on pourra faire remarquer quele 7 juin 1936 avait été
fait « Le jour de l’Algérie » (Ech Chihab, juillet 1936). Il avait été
considéré par le cheikh Bachir al Ibrahimi comme « la première page
glorieuse du peuple algérien… ». Il fait aujourd’hui partie de ces
événements nationaux qui ont fini dans les placards de notre histoire.
L’histoire du Congrès Musulman est certes celle d’un échec. Pourtant
première expérience de front anticolonial, il aura servi d’exemple et
d’expérience aux autres rassemblements des années 1940 et 1950 : aux
Amis du Manifeste de la Liberté (A.M.L.), au Front Algérien pour la
Défense et le Respect des Libertés (F.A.D.R.L.) , au Congrès National
Algérien (C.N.A.) et même au F.L.N. en faisant de la question de l’union
politique des Algériens, idéal politique, une réalité politique.
F. Soufi
Corrélats : Abbas Ferhat ; Association des Ulémas musulmans algériens ;
Bendjelloul ; FARDL ; Fédération des Élus indigènes ; Ibn Badis ; Ibrahimi (al) ;
Manifeste du Peuple algérien ; Messali Hadj ; Oran Républicain ; Parti
communiste.
Bibliographie :Ageron, Ch.-R. (1979) ; Bennallegue-Chaouia, N. (2004) ; Collot,
C. (1974) ; Gallissot, R. (2006) ; Kaddache, M. (1980) et (1970) ; Marynower, C.
(2012), (2011) et (2013) ; Planche, J.-L. (1980) ; Soufi, F. (1976) et
(2006) ;Taleb-Bendiab, A. (1973).
Course-corsaires
Par « course » on désigne cette pratique qui s’est développée dans la
mer Méditerranée, mais aussi { certaines périodes dans l’océan
Atlantique, et qui a consisté { conduire { partir d’embarcations diverses,
(galères, galions, voiliers, corvettes, chebecs, etc.) des attaques contre
d’autres b}timents afin de s’emparer de leur cargaison (butin), et aussi
souvent des personnes qui s’y trouvent, réduites { l’état de prisonniers
et /ou d’esclaves. L’appellation de course concerne aussides
opérationsd’incursionsurles rivages, ainsi livrés { différentes formes de
violence et de pillage.
On peut faire remonter cette pratique à des périodes forts anciens :
ainsi durant la période de la domination romaine sur l’ensemblede la
Méditerranée, les navires qui la sillonnaient et ses côtes n’étaient pas {
l’abri d’attaques relevant de la piraterie. On est amené { distinguer, pour
152
Course-corsaires
les trois siècles (XVIème, XVIIème, XVIIIème), pendant lesquels la course a
existé d’une manière quasi institutionnelle, les activités de course
proprement dite des activités de piraterie : les premières s’inscrivaient
dans lespolitiquesdes dirigeants des puissances concernées, et
respectaient un ensemble de règles, les secondes visaient { s’accaparer
de butins sans s’astreindre { deslimitations.
Le développement de la course en Méditerranée a d’abord été
fortement lié { l’expansion de l’Espagne dans la région durant la
Reconquista et particulièrement après la chute de Grenade en 1492.
L’afflux de Musulmans venus d’Espagne et installés dans plusieurs villes
côtières du Sud de la Méditerranée, a beaucoup contribué au
renforcement des capacités guerrières des flottes qui conduisaient des
attaques contre les expéditions des navires espagnols, en particulier
celles qui visaient { soutenir les places occupées par l’Espagne (Mers El-
Kebir occupée en 1505, Ténes en 1508, Oran en 1509, Bougie en 1510).
En particulier, les musulmans d’origine andalouse ont toujours
fidèlement soutenu Kheir El-dîn Barberousse (vers1470 -1546).
La course a pris une grande ampleur durant toute la période pendant
laquelle les deux grandes puissances de l’époque { savoir la puissance
ottomane et la puissance espagnole, étaient en compétition pour la
domination de la Méditerranée occidentale.
Ainsidurant le XVIème siècle, la course répondait à des fins aussi bien
économiques que religieuses et diplomatiques. Entre 1534 et 1546, la
course était étroitement contrôlée par Kheir el-dîn, qui était grand
amiral de la flotte ottomane. Ce fut aussi une période de prospérité de la
ville d’Alger. Les actions des corsaires contre les navires relevant d’Etats
chrétiens ou de communautés comme les chevaliers de Malte et les
chevaliers de Saint Etienne, s’inscrivaient dans la lutte { coloration
religieuse qui opposait l’empire ottoman { l’empire espagnol. C’est dans
le cadre de cette lutte entre ces deux puissances que s’inscrit l’échec de
l’expédition de Charles Quint contre Alger en 1541.
La maîtrise ottomane en Méditerranée { l’établissement de laquelle
les flottes corsaires du sud-ouest de la Méditerranée, en particulier celle
d’Alger, ont beaucoup contribué, a été importante au moins jusqu’{
labataille de Lépante en 1571, qui fut une défaite de la flotte ottomane. À
cette batailleparticipait notamment la flotte d’Euldj ‘Ali (vers 1520-
1587), nommé grand amiral de la flotte ottomane à parti de 1571. Au
cours de cette bataille, les navires des Chevaliers de Malteont joué un
rôle important.
L’}ge d’or de la course, notamment celle conduite { partir d’Alger, fut
la période allant environ de 1580 à 1699, en gros le XVIIème siècle.
153
Course-corsaires
Durant ce siècle, se produisirent des changements dans les relations
entre les grandes puissances de l’époque et aussi des modifications
importantes dans l’organisation du pouvoir { Alger, qui ont contribué {
l’essor de la course. La victoire anglaise sur l’ « invincible Armada » en
1588 et le détachement de la Hollande de l’Empire espagnol, réduisent
l’emprise de l’Espagne en Méditerranée laissant ainsi le champ plus libre
à la course algéroise. A Alger le pouvoir effectif tend à échapper au
pacha désigné par la Sublime Porte, pour se concentrer dans le Grand
Divan qui rassemble les raîs, les officiers des janissaires et de hauts
dignitaires.
Durant cette période aussi, les activités en rapport avec la course
tendent à constituer la part prédominante de la vie économique
algéroise et les emplois qui lui étaient liés occupaient la course occupent
la majeure partie des actifsde la ville.
De grandes figures de raîs émergent durant cette période, par
exemple celle deMourad Raïs qui fut Qubtân (Amiral de la flotte) de
1595 { 1607, et celle de ‘Ali Bitschin, Qubt}n de 1637 { 1645.
L’apogée de cet « }ge d’or » se situe entre les années 1607 et 1629,
période pendant laquelle le nombre des prises de navires chrétiens fut
très élevé, environ une centaine par an, tandis que le nombre de captifs
auquel ces prises donnaient lieu était d’environ mille par an. Durant ces
deux décennies de prospérité de la course, l’essentiel des expéditions
menées contre des navires chrétiens se déroulait sous l’égide du pouvoir
de la Régence et ainsi respectait lesrègles imposées par celui-ci (en
matière de répartition du butin par exemple) et les accords
internationaux qui le liaient à despuissances européennes.
On observe dès la fin du XVIIème siècle des signes du déclin de la
course algéroise : l’importance des butins et le nombre des captifs
diminuent significativement. Ce déclin est lié dans une certaine mesure
aux affrontements qui opposaient le pouvoir d’Alger aux dirigeants
maghrébins qui avaient fait alliance contre lui.
Bien que plus réduites, les opérations de course { partir d’Alger se
poursuivirent pendant tout le XVIIIème siècle, en particulier durant la
première partie de celui-ci. Cette persistance de la course a dans une
grande mesure été facilitée par lesrivalitésopposant entre elles les
puissances européennes. Il y eut des périodesdans la deuxième partie du
XVIIIème siècle (par exempleentre 1793 et 1815) où les revenusde la
course atteignaient des niveaux importants. C’est la période pendant
laquelle s’est illustré le célèbre amiral, Raïs Hamidou (1770-1815).
Entre 1816 et 1830 on ne note plus qu’une activité résiduellede la
course algérienne. Observons toutefois que, entre 1802 et 1815, les
corsaires algériens ramènentencore à Alger 1500 captifs.
154
Course-corsaires
Parmi les conséquences de cet affaiblissement de la « rentabilité » de
la course au XVIIIème siècle on peut évoquer la tendance de la flotte
algérienne à dépendre de plus en plus fortement de l’Etat pour
l’acquisition et la construction de navires et pour l’entretien des
navigants. N’étant plus rentable, elle n’incitait guère les particuliers
disposant de capitaux, à investir dans cette activité. Autre conséquence :
la diminution des revenus de la courseporte le pouvoir d’Alger {
exigerdes populations des impôts plus lourds, ce qui fut parfois à
l’origine de troubles.
L’affaiblissement de la course s’explique aussi dans une mesure
considérable par le retard technologique de plus en plus grand que
prend l’empire ottoman et la Régence d’Alger, par rapport aux États
européens.
Il n’en demeure pas moins que parmi les prétextes invoqués pour
l’expédition française contre Alger en 1830, figure encore la nécessité de
mettre fin à la pratique de la course algéroise.
M. Haddab
Corrélats : Derqawa(s) ; Empire ottoman ; Morisques ; Régence d’Alger.
Bibliographie :Bono, S. (1998) ; Braudel, F (1966) ; Fisher (sir), G. (1991) ;
Julien, Ch.-A. (1956) ; Merouche, L. (2007) ; Valensi, L. (1969).
155
D
Donatisme
158
Dâr-el-hadîth
Dâr-el-hadîth (1937)
L’établissement d’enseignement D}r-el-hadîth, fondé en 1937 à
Tlemcen par l’Association des Ulémas Musulmans d’Algérie (AUMA),
était destiné à constituer une sorte de couronnement, au moins
provisoire, au réseaud’établissementsd’éducationet d’enseignementque
cette Association avait réussi à mettre progressivement en placedepuis
son institutionnalisation en 1931. Son premier directeur fut Bachir el-
Ibrahîmî, (1889-1965).
Cet établissement avait pour vocation d’accueillir une partie
desélèvesqui dépassaient le niveaud’instruction donné dansles
écolesdépendant de l’Associationouliées { celle-ci. L’appellation « Dâr-
el-hadîth », fait écho à la tradition des « Dâr-el-hadîth » où durant des
siècles, la science du hadithfut { l’honneur» (Merad Ali, 1967, p.89). Elle
faisait plus particulièrement référence { l’établissement séculaire sis {
Damas appelé « Dâr-el-hadîth el achraf », au sein duquel El Bâchir el-
Ibrahimî donna des enseignements (Mohammed Salah Ramadhan,
2003).
La localisation de Dâr-el-hadîth à Tlemcen marquait fortement la
présence dans l’Ouestdu pays, du mouvement réformiste qui avait
commencé à se développer plutôt { Constantine et dans l’Est.
La fondation de cet établissementconstituaitune étape dans le projet
de réalisationd’un Institut islamique qui aurait été la préfiguration
d’« une faculté religieuse musulmane à Alger ». L’idée de ce projet est
formuléedès 1929 par Ibn B}dis. Idée repriseformellementparl’AUMA,
dès sa fondation, en 1931.
L’inauguration de Dâr-el-hadîth, le 27 septembre1937, donna lieuà
une importante cérémonie présidée par Ibn Bâdîs, au cours de laquelle
les dirigeants de l’Association ont exposé les principes religieux,
culturels et implicitement politiques qui inspiraient leur action. A cette
cérémonie d’ouverture de D}r–el-hadîth, qui attira un nombre très
élevéde membres et de sympathisants de l’AUMA, étaient présents de
nombreux dirigeants de cette association et de personnalités liées à elle,
comme, outre Ibn Bâdis et Bachir el Ibrahîmî, Moubarak el Mili, Larbi
Tebessi, El Fodhîl el Warthilânî le poète Al Khalifa etc.
L’administration coloniale empêcha l’entrée en activité de cette
institution. Le préfet d’Oranne se contenta pasde décider la fermeturede
cetétablissement, le 31décembre 1937 mais il engagea aussi des
poursuites contre ses fondateurs dès le 4 janvier 1938. Cette
interdiction d’activité dura cinq ans, et ce n’est qu’en 1942, après
159
Dâr-el-hadîth
l’arrivée des alliés, en Afrique du Nord, que D}r-el-hadîth put ouvrir ses
portes.
Bâchîr el Ibrahîmî, son premier directeur ayant entre temps, succédé
{ Ibn B}dîs { la tête de l’AUMA, c’est Mohammed Salah Ramadhan qui
assume, de 1945 à 1953 la direction de cette institution.
Mohammed Salah Ramadhan dirige Dâr–el-hadîth dans l’esprit des
principes pédagogiques suivis dans l’ensembledes établissements
scolaires de l’AUMA. La pédagogie pratiquée dans ce réseau
d’établissements différait fortement de celle des kouttabs et des
zaouïas ; elle empruntait nombre de ses traits{ l’organisationdes écoles
relevantde l’administration française ; l’agencement des classes, leur
mobilier, l’organisation des horaires d’enseignement étaient
d’inspiration modernes .On y faisait apprendre par cœurdes sourates du
Coran accompagnéesde commentaires simples ; on y enseignaitaussi la
langue arabe enutilisant des manuels de textes choisis ; on y délivraitdes
éléments d’histoireet de géographie. Cet enseignement s’adressait aussi
bien aux garçons qu’aux filles. Différentes activités d’animation
culturelleétaient organiséesdans cet établissement, notamment la
pratique du chant. En 1952 une annexe, « madrasat ‘aicha » réservée aux
filles, fut jointe à Dar-el-hadith ».
Les effectifs des élèvesaccueillis dans ces établissements ont toujours
été relativement faibles durant toute la période où ils ont fonctionné.
Ainsi, selon les évaluations établies par Ali Merad, le nombre
d’élèvesfréquentantles écoles de l’AUMA étaitd’environ30.000. Aux
dires de Mohammed Salah Ramadhan, en 1952, les élèves de Dâr-el-
hadîth qui avaient été reçus au « Certificat d’études primaires »
(certificat délivré en fin de cursusdes écoles de l’AUMA) étaient au
nombre de 35 sur les 123lauréats de l’ensemble de ces écoles. D}r-el-
hadith comptait, à la veille du déclenchement de la lutte de libération
nationale, 1800 élèves divisés en quatre groupes : un groupe qui suivait
{ plein temps les enseignements, deux groupes du soir (l’un de garçons
et l’autre defilles) composés des élèves scolarisés dans les
établissements français, et un groupe de nuit pour les jeunes et les
travailleurs.
Etant représentative, par le contexte et les conditions de sa création,
et par l’esprit doctrinal et pédagogique qui l’animait, de l’évolution du
mouvement réformiste algérien, cette institution mérite de faire l’objet
d’une analyse historique approfondie.
M. Haddab
160
Décembre 1960
Corrélats : Association des Ulémas musulmans algériens ; Ibn Badis ; Ibrahimi
(al) ; Mederssa - Madrassa
Bibliographie : Haddab, M. (2011) ; Mérad, A. (1967) ; Ramadhan,M. S. (2003).
Décembre 1960 (Manifestations)
La fin de l’année 1960 est marquée, en Algérie, par une série de
manifestations populaires. Commencées à Ain Témouchent, elles ont
culminé à Alger la capitale le 11 décembre. Ces évènements
emblématiques constituent un moment de basculement dans l’évolution
de la Guerre de libération nationale (1954-1962), dans le sens où ils
enclenchent un processus nouveau dans le cadre des formes de
résistance au colonialisme.
En raison de la consolidation des barrages aux frontières est et ouest
(lignes Morice et Challe) et du Plan Challe, les maquis se sont fortement
affaiblis. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’importance des
manifestations de décembre 1960. Ces évènements historiques
s’inscrivent dans une logique politique audacieuse. Pragmatique, Le FLN
en application des résolutions du CNRA de décembre 1959/janvier
1960, a dynamisé sa diplomatie et réorganisé l’ALN par la constitution
d’un état-major général (l’EMG) et la formation, au Maroc et en Tunisie,
d’une armée professionnelle (l’Armée des frontières).
En France, l’avènement du général Charles de Gaulle au pouvoir,
suite { la fronde des militaires en mai 1958, s’est traduit par une
stratégie politique, diplomatique et militaire offensive envers le FLN et
l’ALN. Sur le plan politique, la constitution d’un large courant favorable {
l’accession de l’Algérie { l’indépendance dans le cadre d’un régime
d’association étroit avec la France (la troisième force ou l’Algérie
algérienne) est mise en branle.
Le volet politique de la stratégie de de Gaulle s’appuya notamment
sur le Plan de développement économique et social en Algérie (Plan de
Constantine : 1958-1963) annoncé le 3 octobre 1958. Il s’agit de faire
bénéficier l’Algérie d’un nombre considérable d’avantages dont la
construction de 200.000 logements, la redistribution de 250.000
hectares de terres agricoles, le développement de l’irrigation, la création
de 400.000 emplois industriels, la scolarisation de tous les enfants en
}ge d’être scolarisés { l’horizon de 1966, l’emploi, { hauteur de 10% de
Français musulmans d’Algérie dans la Fonction publique, l’alignement
des salaires et revenus par rapport à ceux perçus en « métropole », un
programme d’industrialisation, subventions { l’investissement,
l’aménagement de zones industrielles (notamment celle de Rouiba-
161
Derqawa(s)
Reghaïa, mise en valeur des ressources en hydrocarbures (pétrole et gaz
naturel)…
Conscient du reflux, sur le plan international, de la conception
colonialiste des rapports dominants et dominés, et l’importance
grandissante du rôle des opinions publiques de par le monde, mais aussi
pour asseoir la pérennité de sa présence en Afrique sub-saharienne au
moment où son avenir en Algérie devenait de plus en plus
problématique, la France reconnait l’indépendance de plusieurs pays
africains. L’objectif premier est fondamentalement politique et est en
rapport avec la présence française en Algérie. Ces Etats nouvellement
indépendants vont cautionner, dans leur grande majorité, la politique
gaullienne et voteront { l’ONU, dans la même logique, concernant
l’Algérie, que l’ancienne puissance colonisatrice.
L’aspect militaire, quant { lui, est plus complexe. Il s’articule sur deux
grandes idées : l’affaiblissement militaire de l’ALN puis son implosion
par des tentatives de déstabilisation d’ordre psychologique et politique.
En effet, aux considérables opérations militaires du Plan Challe, il faut
adjoindre les tentatives de déstabilisation des maquis de l’intérieur, Paix
des braves et cessez-le-feu locaux (l’affaire Si Salah).
In fine, la stratégie pluri-forme de de Gaulle de créer les conditions de
l’avènement d’une nouvelle Algérie affranchie, { la fois, des tenants du
système colonial et du FLN a échoué. Les manifestations de décembre
1960 y ont joué un rôle décisif.
A. Mohand-Amer
Corrélats : du Cessez le feu à l’indépendance ; FLN ; Grève des huit jours ;
Premier novembre 1954 ; Wilayisme.
Bibliographie :Chikh, S.(1998) ; De La Gorce, P-M. (1999) ; Elsenhans, H.
(1999) ; Harbi, M. (1980) ;Meynier,G. (2002).
Derqawa(s)
Appellation d’un ordre religieux ou confrérie qui apparait vers la fin
du XVIIIème siècle au Maghrîb el-Aqsa (Maroc actuel), fondée par Moulay
el-Arbi ad-Darkaoui, un chérif idrisside formé { l’école de la Shadliya par
Ali adld al-Rahmane al-Djamal, lui aussi Cherif idrisside. La Zaouïa
largement implantée chez les Beni-Zarwal du Maroc a eu pour siège
Boubrih puis Amjot. Elle finira par s’implanter surtout dans le Maroc
oriental mais aussi dans l’ouest de l’Algérie ou Sahara, en Tunisie et
jusqu’en Arabie, touchant y compris une cour chérifienne avec les
162
Derqawa(s)
Sultans à la recherche de stabilité de leur pouvoir (Moulay
Abderrahmane qui régna de 1822 à 1859, puis Moulay Yusuf qui régna
de 1912 à 1927) durant les débuts du protectorat français.
Les Derqawa(s) et la question sociale
Leurs doctrine et rituel qui comme c’est le cas pour d’autres
confréries était d’inspiration mystique et soufie pouvait cependant aller
jusqu’au vœu de pauvreté et un type de vie qui rappelait celui des
ordres mendiants dans la chrétienté avec cependant un véritable intérêt
porté aux préoccupations des populations démunies. Ceci au point où
malgré le prône du détachement vis-à-vis de tout ce qui relève de la vie
dans le monde, certaines de leurs branches furent très impliquées dans
ce qu’on pourrait appeler la question sociale. Ils auraient participé ainsi
aux troubles suscités par le mécontentement qui marquera les
campagnes marocaines dans les dernières années du règne du Sultan
Moulay Soulayman (1792-1822), ce qui avait même suscité un
emprisonnement de leur guide quelques années auparavant en 1804-
1805, leurs affiliés dans l’Ouest algérien s’étaient déj{ distingués en
participant à une révolte rurale contre les autorités ottomanes.
La révolte en Oranie
En Oranie la révolte éclata en 1804- 1805 { l’appel du Cherif
Bensalah qui dirigeait les Derqawa(s) implantés dans la province. Parti
de la région de Tlemcen, le Cherif prôna la fin du régime turc et il
assiégea leur garnison retranchée dans le mechouar de la ville avant de
les pousser à quitter Mascara qui quelques années auparavant était
encore la capitale du Beylek de l’Ouest. Il aurait même tenté d’assiéger la
nouvelle capitale Oran. Il s’agit en fait d’une révolte qui semble
s’appuyer sur les campagnes embrasant toute la région de la frontière
marocaine jusqu’au Chelif. On a parfois affirmé que cette révolte aurait
été suscitée contre les Turcs par les Derqawa(s) { l’instigation du Sultan
du Maroc (Moulay Souleymane). Ce sont cependant des faits assez
difficiles à étayer, parce que la monarchie ne semble pas très introduite
dans la vie de la confrérie avant le règne de Moulay Abderahmane (1822
{ 1859) et bien au contraire puisqu’elle la confrérie était aussi impliquée
dans le mécontentement social exprimé à la fin du règne de Moulay
Souleymane.
163
Derqawa(s)
D’ailleurs le chef suprême de la confrérie au Maroc, aurait
désapprouvé la révolte dirigée contre les Turcs par le Chérif Bensalah.
Le soulèvement contre les autorités otomanes ne semble d’ailleurs pas
s’être cantonné au Beylek de l’Ouest et il serait d’abord d’origine socio-
économique.
Les confréries et le mécontentement socio-politique
Pour des raisons liées { leurs convictions et vœux de pauvreté, les
Derqaoua(s) avaienten effet un recrutement essentiellement populaire
et ils semblaient être impliqués ailleurs aussi en Algérie dans
l’opposition aux autorités en place. Toujours en 1804 un autre chérif
Derqaoui s’était d’ailleurs retrouvé { la tête d’une révolte partie de la
Kabylie de Collo, arrivant même à infliger une défaite aux troupes
turques et à assiéger le Bey à Constantine. Les Tijaniyya(s) qui avaient
eux reçu l’appui du Sultan du Maroc de l’époque (Moulay
Abderrahmane), vont d’ailleurs reprendre l’étendard de la révolte du
Tittéri { l’Oranie avant de finir par échouer (en 1827) devant Mascara.
Les organisations confrériques semblent en fait à cette époque encadrer
le mouvement de mécontentement social et politique, comme on
continuera { le voir { l’époque coloniale avec la Qadiriya, les Ouled Sidi
Cheikh ou la Rahmaniya.
Une effervescence d’origine socio-économique
On assiste d’ailleurs aussi de 1800 à 1830 à de nombreuses
rebellions de janissaires et parfois à des émeutes dans les marchés
contre les autorités et parfois contre les juifs pris comme boucs
émissaires, comme ce fût le cas en 1805.D’ailleurs la même année, le Dey
Mustapha Pacha et le négociant Boudjenah qu’il avait autorisé en pleine
famine à exporter du blé à partir du Beylek de Constantine, sont tous
deux assassinés.
De mauvaises récoltes combinées à lademande en exportations de
blé très demandées en Europe, la pression fiscale sans doute liée à
l’effondrement depuis assez longtemps déj{ des activités de course { la
mer, ne peuvent qu’engendrer comme le montrent les calculs
économiques liés aux salaires et prix (Lemnouar Merouche) une longue
période de famine, d’épidémies et d’insurrections. Ce n’est sans doute
pas la colonisation française qui se déploie à partir du débarquement de
1830 qui va changer cet état de fait.
La confrérie continuera en fait à essaimer en Algérie durant la
période coloniale et même après l’indépendance en Oranie notamment
sous différents appellations (Hebria notamment). Une des Zaouïa fondée
164
Djedar(s)
à Tlemcen par le cheikh Mohamed Benyelles (disciple du cheikh el
Hebri) et fréquenté par les Kouloughlis a même été dirigée par Hadj
Abdelkader Memchaoui dont la famille était parenté de celle de Messali.
H. Remaoun
Corrélats : Abd el Kader Émir ; Abd el Kader (Emir) et la résistance face aux
français ; Bouamama, insurrection ; Course, corsaires ; Insurrection de 1871 ;
Janissaires ; Marabouts, maraboutisme ; Messali Hadj ; Ouled Sidi
Cheikh, insurrection ; Qadiriya ; Rahmaniya ; Régence d’Alger ; Tidjaniyya.
Bibliographie : Général Andre, P.J; (1956) ; Encyclopédie de L’islam ; Julien,
Ch.-A. (1979) ; Laroui, A. (1970) ; Laroui,A. (1993) ;Merouche, L. (2007 et 2010,
2 Volumes) ; Valensi, L. (1967 et 2004).
Djedar(s)
Désigne en arabe un mur. Les djedars sont des constructions
funéraires qui se situent sur les hauteurs { l’est de Frenda, dont trois
mausolées, désignés par les lettres : A, B et C, se situent sur le Djebel
Lakhdar et dix autres, désignés par les lettres : de A à M, sur le Djebel
Araoui sur le plateau de Ternaten. La morphologie architecturale de ces
monuments funéraires est en forme de carré, avec un couronnement
pyramidal, de ce fait elle se distingue de celle de « Médracen » et
du« mausolée de la Chrétienne, qabr erromiya) par leur forme circulaire.
F. Kadra, archéologue algérienne, a mené des études sur ces
monuments, et a découvert des motifs décoratifs géométriques et
figuratifs : des étoiles, de chevrons de rosaces à six pétales, des
colombes, un calice, un oiseau { longue queue…etc. Certains de ces
mausolées sont construits selon un système de galeries et de chambres
qui entourent un noyau central carré.
Les Djedars remontent { l’antiquité tardive, entre le cinquième et le
septième siècle, à une période ultérieure à celle des Byzantins. Les
traces de banquettes en briques dans plusieurs chambres ont conduit
Faudra { former l’hypothèseque ces banquettes auraient eu la fonction
de lits funéraires des rois berbères ou d’une ou plusieurs familles
princières.
165
Donatisme
Cependant, jusqu’au nos jours, rien n’est affirmé sur l’histoire des
royaumes qui ont régnésurla région pendant cette époque. Cette
dernière s’inscrit dans ce que E.-F. Gautier appelait « les siècles obscurs
du Maghreb » qui s’étendaient du Vème au VIIème siècle. Les Djedars
témoignent de l’attributiondes royaumes à des Maures, venus du pré-
désert, qui ont régné sur des populations romanisées et christianisées,
mais ils témoignent aussi des pratiques païennes de ces populations.
S. Maradj
Corrélats : Afrique romaine ; Byzantins ; Christianisme en Afrique du nord ;
Maghrîb (al).
Bibliographie : Camps, G. (1984), (1995) ; Julien Ch.-A. (1951-1966, Vol.1) ;
Kadra K.F. (1983);Laporte, J.- P. (2005) ;
Donatisme
Les différentes vagues de persécution que subiront les chrétiens
d’Afrique entre l’extrême fin du IIème siècle et les toutes premières
années du IVèmeavaient pour enjeu la volonté des dirigeants de l’Empire
romain de renforcer leur pouvoir en obligeant tous les habitants à
adhérer aux cérémonies de culte de l’Empereur dont la fonction était
ainsi divinisée, ce qui bien entendu était inacceptableà faire du point de
vue de l’Église chrétiennequi assimilait cette pratique { de l’idol}trie
païenne. La question on le sait ne sera résolue qu’avec la conversion des
empereurs eux-mêmes au christianisme, processus qui tendra à
s’affirmer depuis le règne de Constantin 1er (306-337).
La répression des fidèles dont un grand nombre devront apostasier
laissera des stigmates au sein du catholicisme auquel était désormais
posée la question des lapsi, c'est-à-dire de ceux qui craignant la torture
et le martyre subis par certains, ou tout simplement par peur d’être
dépossédés de leurs biens ou privilèges ont dû opter pour l’apostasie en
acceptant d’acquiescer aux injonctions des dominants.
Dans les moments intermittents de tolérance religieuse, beaucoup de
ces « apostats », voulaient cependant réintégrer leur foi d’origine ce qui
ne manquera pas de provoquer des tiraillements au sein de la hiérarchie
ecclésiastique entre les modérés qui prônaient la clémence face aux
égarés, et les radicaux faisant preuve des plus d’intransigeance en
refusant tout acte de repentir, avec bien entendu des attit