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Jeûner : Faim Spirituelle et Divine

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JEÛNER : AVOIR FAIM DE DIEU

LE JEÛNE COMME COMBAT SPIRITUEL


Qu'est-ce que le jeûne pour nous, chrétiens ? C'est notre incorporation à cette
expérience du Christ lui-même, par laquelle il nous libère de notre entière
dépendance envers la nourriture, la matière et le monde.

Jeûner ne signifie qu’une chose : avoir faim, jusqu’à la limite de la condition


humaine qui dépend entièrement de la nourriture, et là, ayant faim, découvrir que
cette dépendance n’est pas toute la vérité au sujet de l’homme, que la faim elle-
même est avant tout un état spirituel et que, finalement, elle est en réalité la FAIM
DE DIEU....

Nous avons besoin avant tout d'une préparation spirituelle à cet effort du jeûne. Elle
consiste à demander aide à Dieu et à centrer notre jeûne sur Dieu. C'est par amour
de Dieu que nous devrons jeûner. I1 nous faut redécouvrir notre corps comme
temple de la divine présence, retrouver un respect religieux du corps, de la
nourriture, du rythme même de la vie.

Père Alexandre Schmemann

QUATRE PAROLES DE JÉSUS SUR LE JEÛNE


Alors Jésus fut emmené au désert par l'Esprit, pour être tenté par le diable. Il jeûna
durant quarante jours et quarante nuits, après quoi il eut faim. Et, s'approchant, le
tentateur lui dit : "Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains."
Mais il répondit : "Il est écrit : Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais
de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." (Matthieu 4, 1-4)

Jésus, voyant qu'une foule affluait, menaça l'esprit impur en lui disant : "Esprit
muet et sourd, je te l'ordonne, sors de lui et n'y rentre plus." Après avoir crié et
l'avoir violemment secoué, il sortit et l'enfant devint comme mort, si bien que la
plupart disaient : "Il a trépassé !" Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il
se tint debout. Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans
le privé : "Pourquoi nous autres, n'avons-nous pu l'expulser ?" Il leur dit : "Cette
espèce-là ne peut sortir que par la prière et le jeûne." (Marc 9, 25-29)

"Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre, comme font les hypocrites
: ils prennent une mine défaite pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En
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vérité, je vous le dit : ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes,
parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes,
mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le
rendra."(Matthieu 6, 16-18)

Les Pharisiens et leurs scribes dirent à Jésus : "Les disciples de Jean jeûnent
fréquemment et font des prières, ceux des Pharisiens pareillement, et les tiens
mangent et boivent !" Jésus leur dit : "Pouvez-vous faire jeûner les compagnons de
l'époux pendant que l'époux est avec eux ? Mais viendront des jours... et quand
l'époux leur aura été enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là." (Luc 5, 33-35)

LES ENSEIGNEMENTS DE JÉSUS SUR LE JEÛNE


L’enseignement de Jésus concernant le jeûne est très important pour nous assurer
que nos efforts de jeûne porteront fruit. Car le jeûne n’est pas sans danger ; il peut
devenir lui-même occasion de chute et, plutôt que d’être un moyen de s’approcher
de Dieu, le jeûne peut même nous en éloigner.

Les juifs pratiquaient le jeûne comme ascèse personnelle et collective, comme nous
l’apprennent l’Ancien et le Nouveau Testament. Dans le Nouveau Testament, nous
voyons que les disciples de Jean le Baptiste, ainsi que ceux des Pharisiens,
jeûnaient et que Jésus lui-même, avant d’entreprendre sa vie publique a jeûné
pendant quarante jours. À la suite de ce jeûne il a été tenté par Satan (Mt 4, 1-11;
Lc 4, 1-13). Voilà donc la première leçon à retenir des récits évangéliques
concernant le jeûne : Jésus nous enseigne l’importance du jeûne par l’exemple de
son propre jeûne avant de commencer sa vie publique. Ce n’est pas par hasard que
la première tentation de Jésus concerne justement la nourriture, car le Malin
cherche à éprouver Jésus là où il perçoit un point faible, là où Jésus a
volontairement affaibli son corps humain ; l'Évangile nous dit qu'après avoir jeûné
pendant quarante jours, Jésus « eut faim ». Et le Tentateur suggère à Jésus de
combler sa faim en exerçant son pouvoir divin de changer des pierres en pain. La
réplique de Jésus pour écarter la tentation est tirée du Deutéronome : Ce n’est pas
de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu
(Dt 8, 3).

Ici, le « pain » ne signifie pas seulement la nourriture dont l'homme a besoin pour
la vie de son corps, mais plutôt tout ce qui « nourrit » les sens, tout ce qui convient
au corps. Dans son sens plus large le « pain » est également tout ce qui est créé,
toute créature, tout ce qui nourrit l'affectivité et l'intellect de l'homme. Bref, tout ce
qui n’est pas Dieu lui-même. Ainsi que le corps de l’homme se nourrit d’aliments
physiques pour survivre, l’esprit de l’homme, créé à l'image de Dieu, se nourrit de
la parole de Dieu, donc de Dieu lui-même. Pour accéder à toute la noblesse de sa
3

nature humaine créée à l'image et faite à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26),


l'homme a besoin de la nourriture spirituelle que constitue la parole de Dieu.

La réponse de Jésus à Satan dénonce le mensonge du Malin, que l’homme peut se


nourrir des créatures, qu’il peut trouver la vie éternelle pour laquelle il a été créé
ailleurs qu’en Dieu lui-même. C’est le même mensonge que le Tentateur proféra à
Adam : Vous ne mourrez pas ! Dieu le sait : le jour où vous en mangerez, vos yeux
s’ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent ce qui est bon ou
mauvais (Gn 3, 5). Alors qu’Adam, le premier homme, a mangé du fruit interdit à
l’invitation du Malin, espérant ainsi trouver la vie éternelle sans Dieu, et qu’il a
entraîné la chute de l’humanité, le Christ, le nouvel Adam, refoule le mensonge du
Malin et expie la faute d’Adam, rétablissant l’humanité sur la bonne voie, celle
voulue par Dieu depuis toute éternité : que l’homme trouve sa nourriture en Dieu
lui-même, devenant véritablement « enfant de Dieu », partageant la vie divine.

Les circonstances du jeûne de Jésus nous aident également à comprendre le sens


spirituel du jeûne. Le jeûne de Jésus eut lieu « au désert », c’est-à-dire dans un lieu
aride, solitaire, éloigné des villes et des hommes, là où il n’y a que peu de
végétation et d’eau. Aujourd’hui, on dirait qu’il y a peu de « distractions » - ce qui
nous « distrait » de Dieu. C’est ainsi que doit être le « lieu » de notre jeûne, loin des
« distractions », nous permettant d’entrer dans le « désert », à la fois le désert
physique, ne serait-ce que notre chambre, et le désert spirituel, celui de notre cœur,
afin de nous préparer à la rencontre avec Dieu : le désert est le lieu où je suis seul
avec Dieu.

Le désert est aussi le lieu de la tentation : le moment le plus propice à la rencontre


avec Dieu est aussi le moment où le Malin cherche à nous faire chuter, car il sait
que c’est au désert que nous avons la possibilité de rejoindre la grâce divine. Si
Jésus a été tenté suite à son jeûne, comment pensons-nous nous échapper de la
tentation ? Le jeûne, la privation des plaisirs des sens, est accompagné de
tentations, non seulement celle d’abandonner le jeûne, mais d’autres encore - il ne
faut pas oublier que Jésus subit deux autres tentations après celle du pain.

Si donc le jeûne entraîne de tels risques, comment pouvons-nous nous préparer


pour la lutte inévitable ? Jésus nous donne une réponse dans le texte de l’Évangile
de Marc : Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière et le jeûne (Mc 9, 25-29).
Jésus nous enseigne ici à associer la prière au jeûne, si nous voulons expulser les
« esprits impurs » qui cherchent à s’installer en nous. Nous acquérons les bénéfices
du jeûne seulement si le jeûne est complété par la prière, un effort de prière
supplémentaire pendant la période du jeûne - se nourrir en Dieu, s’unir à lui par la
prière. L’effort ascétique, la maîtrise de soi, de ses « passions » comme diraient les
Pères du désert, doit être associé à la prière ; les deux sont essentiels pour le
progrès spirituel.
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Le deuxième texte de l’Évangile de Matthieu (Mt 6, 16-18), qui fait partie du


Sermon sur la Montagne, est une mise en garde concernant une des tentations
accompagnant le jeûne. Le jeûne n’est pas un but en soi et de nos jours on pratique
le jeûne pour toute sorte de raisons qui ne relèvent pas du domaine spirituel. Le
jeûne peut devenir lui-même une occasion de chute. Jésus souligne en particulier le
risque de vaine gloire en faisant allusion à ceux qui s'assurent que leur jeûne soit
remarqué par les hommes. Notre jeûne doit être un acte devant Dieu et non devant
les hommes, pas même nos confrères dans la foi. Celui qui jeûne se place devant
Dieu, son jeûne est une offrande à Dieu, et non aux hommes.

Dans le texte de l’Évangile de Luc (Lc 5, 33-35), les Pharisiens essaient


d’embarrasser Jésus en lui reprochant que ses disciples ne jeûnent pas, alors que
ceux de Jean le Baptiste et des Pharisiens jeûnent souvent. Sans répondre
directement, Jésus demande s’il est approprié que les compagnons de l’époux
jeûnent pendant que l’époux est avec eux - c’est-à-dire à l’occasion du mariage
proche. La réponse qui s’impose est « non », le jeûne n’est pas approprié à ce
moment-là, mais, comme l’indique Jésus en disant qu’ils jeûneront lorsque l’époux
ne sera plus avec eux. L’époux c’est Jésus lui-même, et pendant qu’il est avec ses
disciples, ils sont nourris et rassasiés par sa présence ; ils les comble du pain de vie
de sa parole. Quand l'époux leur aura été enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là.
Le jeûne n'a de sens que pour celui qui sait ce qui est la nourriture ou y aspire de
tout son être, et qui, dans la privation, souffre de l'absence de ce qui le rassasie.

Donc il y a des moments pour jeûner, et des moments pour ne pas jeûner - quand
l’époux est avec nous. L'année liturgique étant un rappel de la vie de Jésus, de la
Mère de Dieu et des saints, l’Église orthodoxe indique certains jours et certaines
périodes pour le jeûne, quand nous sommes dans l'attente de l'Époux, et certaines
périodes où le jeûne n’est pas indiqué - quand « l’Époux est avec nous », surtout les
jours des grandes fêtes liturgiques, même chaque dimanche, le jour de la
Résurrection du Christ. Même pendant le Grand Carême, le jeûne n’est pas total
tous les jours, car il y un allégement du jeûne les samedis et dimanches.

L’enseignement le plus important à retenir est peut-être la nécessité d’associer la


prière au jeûne, la prière afin de pouvoir accomplir l’effort nécessaire, mais encore
plus important, la prière en tant que rapprochement de Dieu - le jeûne nous présente
la possibilité de nous unir d’avantage à Dieu par la prière : « La prière est une
conversation de l’intelligence avec Dieu » (Évagre le Pontique, Chapitres sur la
prière, 3).
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DEUX FAÇONS DE JEÛNER


Il y a deux façons de jeûner, enracinées toutes deux dans l'Écriture et la Tradition,
et qui correspondent à deux besoins distincts, à deux états de l'homme. Le premier
peut être appelé jeûne total, car il consiste en une totale abstinence de nourriture et
de boisson. On peut définir le second comme un jeûne ascétique, car il consiste
surtout en l'abstinence de certaines nourritures et en une réduction substantielle du
régime alimentaire.

Le jeûne total, de par sa nature même, est de courte durée et généralement limité à
un jour ou même à une partie de la journée. Dès le début du Christianisme, il fut
compris comme un état de préparation et d'attente, de concentration spirituelle sur
ce qui va arriver. La faim physique correspond ici à l'attente spirituelle de
l'accomplissement, à l'ouverture de tout l'être à la joie qui approche.

C'est pourquoi, dans la tradition liturgique de l'Église, nous trouvons ce jeûne total
comme dernière et ultime préparation a une grande fête, à un événement spirituel
décisif, par exemple aux veilles de Noël et de l'Épiphanie ; et surtout, c'est ce jeûne
qui constitue le jeûne eucharistique, mode essentiel de notre préparation au banquet
messianique, à la table du Christ dans son Royaume. L'Eucharistie est toujours
précédée de ce jeûne total, qui peut varier dans sa durée, mais qui, pour l'Église,
constitue une condition nécessaire à la sainte Communion.

Le jeûne total n'est pas seulement un jeûne des membres de l'Église, c'est l'Église
elle-même qui jeûne, en attente du Christ qui vient à elle dans l'Eucharistie, dans
les grandes fêtes célébrant l'oeuvre du salut, et qui viendra en gloire à la
consommation des siècles.

Tout a fait différent est le sens spirituel du second type de jeûne que nous avons
défini comme « ascétique ». Ici, le but du jeûne est de libérer l’homme de la
tyrannie déréglée de la chair, qui s'établit lorsque l'esprit cède devant le corps et ses
appétits, résultat tragique du péché et de la chute originelle de l'homme.

C'est seulement par un lent et patient effort que l'homme découvre qu'il ne vit pas
seulement de pain, et restaure en lui-même la primauté de l'esprit. C'est
nécessairement et par sa nature même un long effort soutenu. Le facteur « temps »
est essentiel, car il faut du temps pour déraciner et guérir la maladie commune et
universelle que les hommes ont fini par considérer comme leur état normal. Le
succès de ce jeûne ascétique dépend précisément de l'application de certaines règles
fondamentales dont la principale se trouve être l'ininterruption du jeûne, sa
continuité dans le temps.

Père Alexandre Schmemann


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LA JOIE DE L'ÂME :
PAROLES DES PÈRES DU DÉSERT SUR LE JEÛNE
Abba Joseph interrogea abba Poemen : " Comment faut-il jeûner ? " Abba Poemen
lui dit : " Pour ma part, je préfère que celui qui mange chaque jour mange peu afin
de ne pas se goinfrer. " Abba Joseph lui dit : " Lorsque tu étais plus jeune, ne
jeûnais-tu pas deux jours de suite, abba ? " Et le vieillard lui dit : " En vérité, même
trois jours, et quatre, et toute la semaine. Et tout cela, les Pères l’éprouvèrent
comme ils en étaient capables ; et ils trouvèrent préférable de manger chaque jour,
mais en petite quantité ; et ils nous livrèrent la voie royale, qui est légère. "
(Paroles 127, 27)

Un samedi de fête, il arriva que les frères mangent à l’église des Kellia. Et comme
on présentait le plat de bouillie, abba Helladios l’Alexandrin se mit à pleurer. Abba
Jacques lui dit : " Pourquoi pleures-tu, abba ? " Il répondit : " Parce que c’en est fini
de la joie de l’âme, c'est-à-dire le jeûne, et que voilà maintenant le contentement du
corps. " (Abba 81)

Un jour à Scété fut donné ce commandement : Jeûnez cette semaine. Or il se trouva


que des frères vinrent d’Égypte chez abba Moïse et il fit pour eux un peu de
cuisine. Voyant la fumée, les voisins dirent aux clerc : " Voici que Moïse a violé le
commandement en faisant cuire quelque chose chez lui. " Ceux-ci dirent : " Quand
il viendra, nous-mêmes lui parlerons. " Le samedi venu, les clercs, sachant la
pratique excellente de Moïse, lui dirent devant tout le monde : " Ô abba Moïse, tu
as laissé tomber le commandement des hommes et gardé celui de Dieu ! "
(Abba 109)

Abba Euloge disait à son disciple : Enfant, exerce-toi à rétrécir peu à peu ton ventre
par le jeûne. Car de même qu’une outre étirée devient plus mince, ainsi également
le ventre quand il reçoit beaucoup d’aliments. Mais s’il en reçoit peu, il se rétrécit
et exige toujours peu. (Abba 74)

Abba Isidore le prêtre dit : Si vous pratiquer régulièrement le jeûne, ne vous


gonflez pas d’orgueil, mais si vous vous glorifiez de cela, mangez plutôt de la
viande. Il vaut mieux pour l’homme de manger de la viande que se gonfler
d’orgueil et se glorifier. (Paroles 81, 4)

L'ascèse personnelle, familiale et paroissiale, en particulier dans la prière et dans le


jeûne, est caractéristique de l'Orthodoxie.

Père Justin Popovitch


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COMMENT JEÛNE-T-ON ?
Pour le Grand Carême, l'Église orthodoxe propose une préparation progressive et
pédagogique au jeûne. Ainsi, une semaine avant l'entrée dans le Grand Carême, elle
indique de faire abstinence d'abord de viande, puis au début du Grand Carême, les
laitages, les œufs, les graisses et le vin seront à leur tour supprimés de
l'alimentation et le « régime de croisière » sera ainsi en place pour toute la Sainte
Quarantaine.

Pendant le Grand Carême, tous les jours, on s'abstient en principe de tout produit
animal (viande, poisson, œufs, laitage...), de graisses et de vin (sauf le samedi et le
dimanche étant le sabbat et le jour de la Résurrection).

Les mercredi et vendredi hors temps de Carême on s'abstient de tout produit animal
et dérivés ainsi que de d'huile et de vin. Les mercredi et vendredi de Carême on
s'abstient de toute nourriture jusqu'au coucher du soleil, mercredi étant le jour où
Judas trahit le Seigneur et vendredi le jour où le Seigneur fut crucifié.

À chacun aussi de trouver le « lieu » de son jeûne et de retrancher parmi les plaisirs
et les dépendances qui le tyrannisent et l'éloignent de Dieu : aliments, sommeil,
télévision, bavardage, médisance...

À chacun aussi de trouver de quelle façon son jeûne sera nourri dans la prière ainsi
que dans la charité. Pendant le Grand Carême, l'Église propose des offices, en
particulier le Canon de Saint André de Crête et la Liturgie des Présanctifiés, qui
aident les fidèles à vivre le Carême comme expérience spirituelle d'ascèse
personnelle en préparation de la Semaine Sainte. La prière personnelle est ainsi
renforcée par la participation en communauté chrétienne à la prière de l'Église.

QUAND JEÛNE-T-ON
DANS L'ÉGLISE ORTHODOXE ?
L'Église propose de jeûner :

le mercredi et le vendredi de chaque semaine (sauf aux semaines de Pâques, de


Pentecôte, de Noël, du Pharisien et du Publicain, et de Carnaval)

durant le Grand Carême et la Semaine Sainte


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durant le Carême des Saints apôtres (du lundi qui suit le premier dimanche après
la Pentecôte au 28 juin)

durant le Carême de la Dormition (du ler au 14 août)

durant le Carême de Noël (l'Avent) (du 15 novembre au 24 décembre)

la veille de la Théophanie (5 janvier), le jour de la décollation de Saint Jean


Baptiste (29 août), et le jour de l'Exaltation de la Croix (14 septembre).

Les jours recommandés pour le jeûne total sont la veille de la Théophanie (5


janvier), le Vendredi Saint, le Samedi Saint, le jour de la décollation de Saint Jean
Baptiste (29 août),· et le jour de l'Exaltation de la Très Sainte Croix (14 septembre).

Le vin et l’huile sont permis :

les samedis et les dimanches du Grand Carême

les mardis, les jeudis, les samedis et les dimanches pendant les jeûnes des
Apôtres et de Noël

les samedis et les dimanches pendant le jeûne de la Dormition.

Le poisson, le vin et l’huile sont permis :

les samedis et les dimanches pendant les jeûnes des Apôtres et de Noël

le jour de l’Annonciation et le dimanche des Rameaux.

L'Église orthodoxe, en général, donne des directives plutôt que des prescriptions
littérales. Elle indique des buts, elle montre des modèles, elle dit ce à quoi l'on doit
tendre; mais elle laisse chaque conscience juge de ce que, en présence d'une
tradition devenue règle, l'adaptation aux circonstances personnelles commande ou
permet.

Père Lev Gillet


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GUIDE DU JEÛNE DANS L’ÉGLISE ORTHODOXE

VIANDE
PRODUITS POISSON VIN HUILE
LAITIERS (ALCOOL)
Bœuf, Huile d’olive
poulet, Lait, Tout poisson Vin (certains (certains
œufs, fromage, ayant un arête incluent bière incluent toutes
agneau, beurre, Sont permis : et tout alcool) huiles
porc, yoghourt, crustacées Permis les végétales)
veau, crème etc. et autres fruits samedis et Permis les
PÉRIODES lapin etc. de mer sans os dimanches samedis et
dimanches
DE JEÛNE
Carême de S’abstenir S’abstenir Permis les Permis les Permis les
Noël samedis et mardis et mardis et
15 novembre dimanches jeudis avant le jeudis avant le
au 24 avant le 20 20 décembre 20 décembre
décembre décembre

Grand S’abstenir S’abstenir Permis à Permis à Permis à


Carême et l’Annonciation l’Annonciation l’Annonciation
Semaine et le Dimanche et le Jeudi et le Jeudi
Sainte des Rameaux Saint Saint
Du lundi après
le dimanche
du Pardon au
Samedi Saint

Jeûne des S’abstenir S’abstenir Permis les Permis les Permis les
Apôtres samedis et samedis et samedis et
Du lundi après dimanches dimanches dimanches
le Toussaint
(dimanche
après la
Pentecôte) au
28 juin

Jeûne de la S’abstenir S’abstenir Permis à la Permis à la Permis à la


Dormition Transfiguration Transfiguration Transfiguration
1er au 15 août

Jeûne S’abstenir S’abstenir S’abstenir S’abstenir S’abstenir


hebdomadaire
Chaque
mercredi et
vendredi
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JOURS DE JEÛNE STRICT OU COMPLET

On ne prend ni nourriture ni boisson (sauf eau et tisane, si nécessaire pour


s’hydrater) :
o les trois premiers jours du Grand Carême
o le 14 septembre (fête de l'Exaltation de la Croix), mais l'huile est permise
o le 24 décembre (veille de Noël), mais l'huile est permise
o le 5 janvier (veille de la Théophanie), mais l'huile est permise
o le Vendredi Saint et le Samedi Saint
o le 29 août (Décollation de saint Jean-Baptiste), mais l'huile est permise.

JEÛNE EUCHARISTIQUE

Jeûne complet depuis minuit pour communier à une Liturgie célébrée le matin ou
après un déjeuner léger pour communier à une Liturgie célébrée en après-midi ou
en soirée (minimum 6 heures).

PÉRIODES SANS JEÛNE

o Entre Noël et l’avant-veille de la Théophanie (25 décembre au 4 janvier)


o La semaine qui suit le dimanche du Publicain et du Pharisien
o La semaine qui suit le dimanche du Jugement Dernier (semaine des
laitages) :
on s’abstient de la viande, mais il n’y a pas de jeûne
o La semaine de Pâques
o La semaine après la Pentecôte

AUTRES CONDITIONS OÙ LE JEÛNE N’EST PAS INDIQUÉ

o En cas de grossesse ou d’allaitement


o Sans prière
o Selon sa volonté propre, sans le conseil du père spirituel

CONCERNANT LE JEÛNE

Le but du jeûne est de nous permettre de nous concentrer sur Dieu et les choses
d’en-haut, étant libérés de la dépendance envers les choses de ce monde.
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Le jeûne n’est pas en soi un moyen de plaire à Dieu.

Le jeûne n’est pas une forme de « punition » pour nos transgressions, ni une
« souffrance » subie volontairement comme réparation de nos manquements : le
Christ a souffert sur la Croix, pour nous, une fois pour toutes ; le salut, un don
gratuit de Dieu, ne dépend pas des mérites de notre faim et de notre soif.

Nous jeûnons afin de maîtriser nos passions, afin de faire fructifier en nous le salut
offert par Dieu.

Nous jeûnons en orientant nos esprits vers Dieu par l’Église ; le jeûne et la prière,
personnelle et communautaire, vont ensemble.

LES CONSÉQUENCES DU JEÛNE


Notre jeûne, si limité soit-il, s'il est un vrai jeûne, conduira à la tentation, à la
faiblesse, au doute et à l'irritation. En d'autres termes, il sera un réel combat et
probablement nous succomberons bien des fois. Mais l'aspect essentiel du jeûne est
justement la découverte de la vie chrétienne en tant que lutte et effort. Une foi qui
n'a pas surmonte les doutes et la tentation est rarement réelle. Aucun progrès n'est,
hélas, possible dans la vie chrétienne sans l'amère expérience de l'échec. C’est
précisément lors de cette première chute que se situe le véritable test : si, après
avoir faibli et donné libre cours a nos appétits et a nos passions, nous nous
remettons courageusement à la tâche, sans abandonner, quel que soit le nombre de
fois où nous faiblissons, tôt ou tard, notre jeûne produira ses fruits spirituels. Il n'y
a pas de raccourci pour aller à la sainteté ; on doit payer le prix de chaque pas en
avant.

Père Alexandre Schmemann

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