Dr.
Hedhili Soumaya Université centrale 2024-2025
Chapitre I : Les anémies
I. Définition :
L’anémie est une pathologie se caractérisant par une baisse de la concentration de
l’hémoglobine, très souvent associée à une diminution de la masse de globules rouges
circulant. L'hémoglobine normale varie en fonction du sexe (chez l'adulte) et de l'âge. Le
diagnostic positif d'anémie dépendra donc de ces critères :
- Nouveau-né : 140 g/L
- Homme adulte : 130 g/L
- Femme adulte : 120 g/L
- Femme enceinte (à partir du second trimestre de grossesse) : 105 g/l
Selon le niveau d’hémoglobine, on distinguera trois formes d’anémie :
- Anémie légère correspondant à une hémoglobinérnie comprise entre 10,0 et 10,9 g/dl
- Anémie modérée correspondant à une hémoglobinémie comprise entre 7,0 et 9,9 g/dl
- Anémie sévère correspondant à une hémoglobinémie inférieure à 7,0 g/dl.
Les anémies sont le fait de causes et mécanismes physiopathologiques variés et complexes
qui rendent certains diagnostics intriqués et difficiles. L’anémie peut être d’origine
nutritionnelle (carence en fer, en folate, en vitamine B12) ou hémolytique (anémie
falciforme, thalassémie). Elle peut aussi être causée par des infections (infections
intestinales, malaria), des hémorragies, des problèmes de malabsorption ou par des
sérieuses lésions au niveau du tractus gastro intestinal. L’anémie affecte surtout les
femmes et les enfants d’âge préscolaire.
Les carences en fer, folates et vitamines B12 représentent les causes principales de
l’apparition de l’anémie. On peut classer les anémies de plusieurs façons. Les plus utilisés
sont :
- Une classification d’un point de vue physiologique : centrale ou périphérique.
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- Une classification en fonction du Volume globulaire moyen (VGM) : microcytaire,
normocytaire ou macrocytaire.
II. Prévalence dans le monde :
La prévalence mondiale de l’anémie dans la population générale est de 24,8 millions et on
estime à 1,62 milliards le nombre de personnes souffrant d’anémie.
Elle affecte tous les âges mais est plus fréquente chez les femmes enceintes et les jeunes
enfants. Chez les enfants d’âge préscolaire, la prévalence de l’anémie est de 47,4%, 293
millions d’enfants étant atteints à l’échelle mondiale. La prévalence la plus élevée est
constatée en Afrique (67,6%) et en Asie du Sud-est (65,5%) avec une prédominance pour
les pays en voie de développement. L’anémie occupe une part importante de la morbidité et
de la mortalité dans les formations sanitaires du pays en dépit des mesures prises par
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour sa régression. En effet une supplémentation
systématique de fer est recommandée.
III. Facteurs de risque : facteurs biologiques et physiologiques
Les déterminants dits biologiques de l’anémie sont en général l’âge et le sexe. À cela on
peut ajouter des facteurs tels la malnutrition et les infections sont des facteurs associés â
l’anémie chez les femmes et les enfants.
Des causes non alimentaires de l’anémie figurent en bonne place les infections
parasitaires. Les conditions d’hygiène du ménage et de la communauté sont plus ou moins
directement responsables de certaines infections parasitaires qui à leur tour causent
l’anémie.
Les parasites intestinaux provoquent des saignements au niveau de l’intestin et sont à
l’origine d’une malabsorption des nutriments au niveau intestinal. Ils provoquent aussi des
pertes d’appétit ce qui réduit les apports alimentaires et accroît le risque d’anémie. Les
principales familles parasites impliquées dans l’anémie sont les Ancylostoma duodenale,
les schistosomes et certains helminthes. Ces parasites s’attachent à ta muqueuse intestinale
et sucent le sang des vaisseaux de la sous muqueuse causent des ‘pertes’ martiales
quotidiennes.
IV. Les signes cliniques du syndrome anémique :
Deux types de signes cliniques sont spécifiques de l'anémie indépendamment de la cause :
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La pâleur :
- Elle est généralisée, cutanée et muqueuse.
- Elle est surtout nette au niveau de la coloration unguéale et au niveau des conjonctives.
Manifestations fonctionnelles hypoxiques :
* Un signe général : L’asthénie
*Des signes cardio-respiratoires :
- Dyspnée d’effort
- Palpitation, tachycardie
- Douleurs angineuses à l’effort puis au repos
* Des signes neurosensoriels :
- Vertiges
- Céphalées
- Bourdonnement d’oreilles
- Flou visuel et mouches volantes ou scotomes
- Parfois troubles de la conscience et coma si anémie très sévère
V. Les paramètres nécessaires pour préciser l’étiologie de l’anémie :
Les anémies sont classées en fonction du VGM, de la TCMH et du taux des réticulocytes
●VGM (Volume globulaire moyen) ou MCV (Median Corpuscular Volume) : en
femtolitre, fl (ou μ3) : Hte/nombre de GR
- Macrocytaire : VGM ≥ 100 fl (>95 chez l’enfant)
- Normocytaire : 80 ‹ VGM < 100 (75 < VGM < 95 fl chez l’enfant)
- Microcytaire : VGM ≤80 fl (≤ 75 chez l’enfant, £ 70 chez le Nourrisson)
●TGMH (Teneur Globulaire Moyenne en Hb) ou TCMH (Teneur Corpusculaire Moyenne
en Hémoglobine) ou MCH (Median Corpuscular Hemoglobin): en pg : Taux
d’hémoglobine/nombre de GR
- Normochrome : TCMH > 27 pg
- Hypochrome : TCMH ≤ 27 pg (≤25 chez l’enfant)
●Taux de réticulocytes : S’exprime toujours en valeur absolue : % des réticulocytes x
Nbre de GR. En l’absence d’anémie, le taux est entre 25 000 et 100 000/mm3 (25 et 100
G/L).
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- › 120 000/mm3 (120 G/L) : Anémie régénérative
- ‹ 120 000/mm3 (120 G/L) : Anémie arégénérative
VI. L’exploration d’une anémie : Paramètres hématologiques
1. Numération Formule Sanguine (NFS) : est réalisée par prélèvement d’une veine non
perfusée sur tube EDTA. La NFS est à prélever, de préférence, en premier le matin et analysé
dans les 24 heures. La NFS renseigne sur diverses données :
Hémoglobine : nombre de globules rouges (GR) rapporté au volume sanguin. Son unité est
le g/dL.
Hématocrite : volume circulant occupé par les GR. Elle est obtenue par centrifugation, c’est
le rapport du précipitât sur le volume total.
Volume Globulaire Moyen (VGM) : rapport entre hématocrite et nombre de GR. Sa valeur
est comprise entre 80 et 100 fL chez l’adulte. Il permit de classer les anémies en normo, micro
et macrocytaire.
Concentration Corpusculaire Moyenne de l’Hémoglobine (CCMH) : Rapport entre
l’hémoglobine et l’hématocrite. C’est la fraction de l‘hématie constituée d’hémoglobine. Sa
valeur normale est comprise entre 31 et 35 g/dL. Cela définit les anémies hypochromes
(CCMH31g/dL).
Teneur Corpusculaire Moyenne de l’Hémoglobine (TCMH) : rapport entre hémoglobine et
nombre de GR. C’est la quantité d’hémoglobine contenue dans une hématie. Son unité et le
picogramme (pg). La TCMH définit également l’anémie hypochrome ou normochrome.
2. Réticulocytes : Ils correspondent aux hématies les plus jeunes, de moins de 48 heures,
dans le sang. Leur comptage permet d’évaluer la capacité de production médullaire en tenant
compte de la valeur de l’hémoglobine. Leur élévation tardive (dans les anémies dites
régénératives) pouvant provoquer une erreur d’orientation diagnostique initiale. Ce chiffre est
essentiel dans la démarche étiologique.
3. Frottis sanguin : Il est réalisé par le biologiste après étalement du sang sur lame et
coloration. Il peut permettre de confirmer la formule faite par l’automate et chercher des
anomalies érythrocytaires, des cellules médullaires circulantes ou des cellules anormales.
4. Le myélogramme : Consiste à prélever par aspiration à la seringue quelques grains de
moelle osseuse. Son but est d’étudier morphologiquement et numériquement les éléments du
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tissu hématopoïétique de façon qualitative et quantitative. Indiqué en cas d’anémie
normochrome ou macrocytaire arégénérative après avoir éliminé un certain nombre
d’étiologies évidentes.
5. La biopsie ostéomédullaire : Indiqué si l’examen précèdent est non concluant, ce
prélèvement consiste en un fragment ostéo-médullaire ("carotte") au niveau de l’épine iliaque
postérosupérieure, sous anesthésie locale avec un trocart adapté. Elle permet : une étude
histologique moins détaillée sur le plan cytomorphologique mais apportant plus de précision
sur la richesse cellulaire, la répartition du tissu hématopoïétique, l'architecture du tissu de
soutien et ses modifications pathologiques (fibrose, sclérose), la présence de cellules
anormales (métastases...).
VII. Physiopathologie : Une anémie peut être due :
● Soit à un défaut de production médullaire ; mécanisme central
●Soit à un raccourcissement de la durée de vie des GR : par hémorragie abondante ou
destruction importante (hyperhémolyse) : mécanisme périphérique
En fonction de l’origine centrale ou périphérique
1. Les anémies centrales : Elles sont dues à un défaut de production soit par atteinte de la
cellule hématopoïétique soit par atteinte de son environnement. Toutes ces anémies ont un
point commun : les réticulocytes sont inférieurs à 80 G/L. Elles sont dites arégénératives.
Elles peuvent être dues à :
●Une disparition des cellules souches de la moelle osseuse : insuffisance médullaire
quantitative globale (aplasie médullaire) ou de la lignée érythroblastique
(érythroblastopénie)
● Une dysérythropoiese : insuffisance médullaire qualitative : syndromes
myélodysplasiques
● Un envahissement de la moelle osseuse par des cellules hématopoïétiques anormales
(blastes, plasmocytes, lymphocytes matures……) ou extra-hématopoïétiques (métastases
médullaires d'un cancer)
● Un manque de substrats « matière première » : fer, vitamine B12, acide folique
●Une anomalie de la structure de la moelle osseuse (myélofibrose)
● Une stimulation hormonale diminuée (déficit en érythropoïétine)
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2. Les anémies périphériques : Dans ce cas, la production médullaire est normale, voire
augmentée. , Ces anémies périphériques ont en commun un signe biologique : le nombre
de réticulocytes est supérieur à 100 G/L. Elles sont dites régénératives. Dans ce cas, la
production médullaire est normale, voire augmentée. Il existe deux types :
● Les pertes sanguines aigues et abondantes (hémorragies aigues)
● Les hémolyses pathologiques : destruction précoce des hématies dans l'organisme. Elles
peuvent être dues à :
- une cause extra-corpusculaire : C'est la plus fréquente,
- une cause corpusculaire par: Anomalies de la membrane de l'hématie, Anomalies du
système enzymatique de l'hématie, Anomalies de l'hémoglobine. Ces causes
corpusculaires sont quasi-exclusivement d'origine constitutionnelle (anémies
hémolytiques constitutionnelles).
En fonction du Volume Globulaire Moyen
1. Anémies normocytaires non régénératives
Elles sont donc définies par un VGM compris entre 80 fL et 100 fL et des réticulocytes
inférieurs à 80 G/L traduisant l'origine centrale de l'anémie. Dans ce cadre, le myélogramme
est à discuter. Le myélogramme permet de caractériser différents tableaux selon la richesse du
prélèvement :
Moelle pauvre :
Erythroblastopénie : c’est l’insuffisance médullaire touchant la lignée érythroblastique.
Rare, on l’évoque devant un taux d'érythroblastes < 5%. Elle peut être congénitale ou
secondaire à une hémopathie, un virus, un traitement...
Dans le cas d’une atteinte touchant les 3 lignées, une biopsie ostéomédullaire s’impose.
Elle permet d'affirmer la richesse exacte de la moelle et de poser un diagnostic : aplasie ou
myélofibrose.
Moelle riche par :
Envahissement médullaire par des cellules hématopoïétiques : o Blastes (leucémie aiguë) o
Plasmocytes (myélome) Cellules lymphomateuses (lymphome malin) o Lymphocytes matures
(leucémie lymphoïde chronique)
Envahissement médullaire par des cellules non-hématopoïétiques : o Cellules métastatiques
cancéreuses (sein, rein, thyroïde, prostate)
Myélodysplasie avec troubles morphologiques sanguins et médullaires.
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2. Anémies normocytaires ou macrocytaires régénératives : Elles sont définies par
un VGM supérieur à 80 fL et des réticulocytes supérieurs à 100 G/L. L’origine
régénératif de l’anémie est en faveur de son origine périphérique, il s'agit d'une
hémorragie aiguë, d'une hémolyse pathologique ou d'une régénération médullaire.
3. Anémie hémorragique aigüe : L'anémie est le plus souvent légèrement
macrocytaire. L'hyper-réticulocytose n'apparaît qu'entre 3 et 4 jours pour être
maximale à 7 jours. Il ne faut donc pas éliminer un saignement si le chiffre des
réticulocytes est inférieur à 80 G/L.
4. Anémie hémolytique : On distingue deux tableaux cliniques :
L’hémolyse chronique (pâleur, ictère avec selles non décolorées, urines orangées,
splénomégalie)
L’hémolyse aigu (tableau de douleur lombaire ou abdominale atypique, choc et
hémoglobinurie). L'hémolyse induit une augmentation de la bilirubine libre traduisant
le catabolisme de l'hémoglobine et une haptoglobine basse, voire effondrée. Un
contexte évocateur doit être recherché en premier (hémolyse constitutionnelle, maladie
hématologique, intoxication par des toxiques).