Document generated on 07/04/2023 2:57 p.m.
L'Actualité économique
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE
L’AFRIQUE
Armand Totouom
Volume 94, Number 3, September 2018 Article abstract
Statistics show that Africa's share of world manufacturing value added is only
URI: [Link] about 1.6% in 2014 (UNIDO, 2016). This weak industrial performance of the
DOI: [Link] African continent is somewhat disappointing in view of the potential attraction
of the investments it has. The purpose of this article is to identify the obstacles
See table of contents to Africa's industrial development. The argumentation developed is based both
on the literature and on existing statistics. The article shows that the low level
of infrastructure in African countries, especially the transport,
telecommunications and energy infrastructure, is a major obstacle to the
Publisher(s)
continent's industrial emergence. The lack of political vision, political
HEC Montréal instability, the small size of the market, the difficulties of access to finance, and
the low level of human capital a real so highlighted as major obstacles to the
ISSN industrialization of the continent.
0001-771X (print)
1710-3991 (digital)
Explore this journal
Cite this article
Totouom, A. (2018). LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE
L’AFRIQUE. L'Actualité économique, 94(3), 363–387.
[Link]
Tous droits réservés © HEC Montréal, 2019 This document is protected by copyright law. Use of the services of Érudit
(including reproduction) is subject to its terms and conditions, which can be
viewed online.
[Link]
This article is disseminated and preserved by Érudit.
Érudit is a non-profit inter-university consortium of the Université de Montréal,
Université Laval, and the Université du Québec à Montréal. Its mission is to
promote and disseminate research.
[Link]
L’Actualité économique, Revue d’analyse économique, vol. 94, no 3, septembre 2018
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT
INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE
Armand TOTOUOM
Université de Dschang, Cameroun
[Link]@[Link]
R ÉSUMÉ – Les statistiques indiquent que la part de l’Afrique dans la valeur ajoutée ma-
nufacturière mondiale n’est que d’environ 1,6 % en 2014 (UNIDO, 2016). Cette faible
performance industrielle du continent africain est quelque peu décevante au regard du po-
tentiel d’attraction des investissements qu’il dispose. L’objectif de cet article est d’identifier
les obstacles au développement industriel de l’Afrique. L’argumentation développée s’ap-
puie à la fois sur la littérature et sur les statistiques existantes. L’article montre que le faible
niveau des infrastructures des pays africains, en particulier les infrastructures de transport,
de télécommunications, et d’énergie constitue un frein majeur à l’émergence industrielle
du continent. Le manque de vision politique, l’instabilité politique, la faiblesse de la taille
du marché, les difficultés d’accès au financement, et le faible niveau du capital humain sont
également mis en évidence comme entraves majeures à l’industrialisation du continent.
A BSTRACT – Statistics show that Africa’s share of world manufacturing value added is
only about 1.6% in 2014 (UNIDO, 2016). This weak industrial performance of the African
continent is somewhat disappointing in view of the potential attraction of the investments
it has. The purpose of this article is to identify the obstacles to Africa’s industrial de-
velopment. The argumentation developed is based both on the literature and on existing
statistics. The article shows that the low level of infrastructure in African countries, espe-
cially the transport, telecommunications and energy infrastructure, is a major obstacle to
the continent’s industrial emergence. The lack of political vision, political instability, the
small size of the market, the difficulties of access to finance, and the low level of human
capital are also highlighted as major obstacles to the industrialization of the continent.
I NTRODUCTION
Définie à la fois comme étant une multiplication des activités industrielles et
comme transformation des processus de production par utilisation de machines,
l’industrialisation est au centre de tous les développements économiques (Bikoué,
2010). Il existe un lien statistique relativement clair observable à l’échelle mon-
diale depuis 1950 mettant en relation l’importance de l’industrie dans une éco-
nomie et son niveau de croissance économique (Rodrik, 2008, 2009, cités par
3642 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
Goujon et Kafando (2011)). Le graphique 1 ci-dessous permet notamment de se
rendre compte de la corrélation entre le taux de croissance économique en Afrique
subsaharienne et son taux d’industrialisation. Le graphique montre qu’en général,
l’industrialisation en Afrique subsaharienne a évolué au fil du temps en parallèle
avec son taux de croissance économique.
GRAPHIQUE 1
É VOLUTION DU TAUX DE CROISSANCE DU PIB ET DE LA VALEUR AJOUTÉE
DU SECTEUR MANUFACTURIER EN A FRIQUE SUBSAHARIENNE
S OURCE : Auteur, à partir des données de la Banque mondiale (2016).
Le secteur industriel comprend les industries manufacturières, les industries
extractives et la construction. Les études tendent à montrer que le secteur manu-
facturier est la branche d’activité industrielle qui offre les plus grandes opportu-
nités en termes de croissance durable, d’emplois et de réduction de la pauvreté en
Afrique (CNUCED et ONUDI, 2011).
Conscient de l’importance de l’industrie comme moteur du développement,
de nombreux pays africains en avaient fait une priorité au lendemain des indépen-
dances, accompagnés dans cette démarche par la communauté internationale dont
l’ONUDI 1 et la CEA 2 qui consacrera la décennie 1980, « Décennie du développe-
ment industriel de l’Afrique ». C’est dans cette optique que la majorité de ces pays
vont adopter le modèle d’industrialisation par substitution aux importations dans
les années 1960 et 1970, modèle consistant à produire localement les biens néces-
saires pour satisfaire la demande intérieure et à protéger les entreprises locales de
la concurrence étrangère. Au cours de ces dernières années, les pays africains se
sont de nouveau engagés en faveur de l’industrialisation dans le cadre d’un plus
vaste programme visant à diversifier leur économie, mieux résister aux chocs et se
1. Organisation des nations unies pour le développement industriel.
2. Commission économique des nations unies pour l’Afrique.
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 3653
doter de capacités productives qui permettent une croissance économique forte et
durable, la création d’emplois et une réduction notable de la pauvreté (CNUCED
et ONUDI, 2011). Malheureusement, cette politique volontariste n’a pas toujours
produit les fruits escomptés et l’Afrique reste à la traîne au niveau de l’industrie
mondiale, et particulièrement au niveau de l’industrie manufacturière. En effet,
bien que la valeur ajoutée manufacturière créée sur le continent ait positivement
évolué passant par exemple de 79 milliards de dollars US à 144 milliards de dol-
lars US entre 1990 et 2014, elle reste très modeste comparée à la valeur ajoutée
manufacturière mondiale qui a quasiment doublé sur la même période, passant de
4 753 milliards de dollars US à 9 228 milliards de dollars US (UNIDO, 2016). Le
graphique 2 ci-dessous montre que l’Afrique est la région du monde dont la part
dans la valeur ajoutée manufacturière mondiale est la plus faible. Cette part a très
peu évolué dans le temps et se situe à seulement 1,6 % en 2014 pendant que celle
de la région d’Asie et du Pacifique était en hausse constante. Au même moment,
la part de la valeur ajoutée manufacturière dans le Produit intérieur brut (PIB) en
Afrique dégringolait de 12,8 % en 1990 à 10,1 % en 2014 (UNIDO, 2016).
GRAPHIQUE 2
PART (%) DE CHAQUE RÉGION DANS LA VALEUR AJOUTÉE
MANUFACTURIÈRE MONDIALE
S OURCE : Adapté d’UNIDO (2016).
Les statistiques relatives aux faibles performances industrielles du continent
africain sont quelque peu surprenantes au regard du potentiel d’attraction des in-
vestissements qu’il représente. Le continent africain regorge notamment d’impor-
tantes ressources naturelles. Il regorge près de 12 % des réserves mondiales de
pétrole, 40 % des réserves d’or et 80 à 90 % des métaux du groupe du chrome et
du platine, en plus de ses vastes terres arables et de ses ressources en bois (CEA
et CUA, 2012). En dépit de ces importantes dotations en ressources qui devraient
pourtant servir d’intrants en industrie et d’éléments attractifs pour les industriels,
3664 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
le continent peine à décoller sur le plan industriel. Les taux d’investissement y sont
encore très bas. L’Afrique en 2014 n’a pu capter que 54 milliards des 1 230 mil-
liards de dollars des flux d’Investissements directs étrangers (IDE) dans le monde
(UNCTAD, 2015). Bien plus, l’essentiel de ces IDE sont concentrés dans l’extrac-
tion des ressources naturelles plutôt que leur transformation locale. Or, comme
le disent Chaponnière et Lautier (2014), la vitesse de transformation d’une éco-
nomie dépend du taux d’investissement et de la qualité de ces investissements.
D’après les économistes du développement, du « Big Push » de Rosenstein-Rodan
au « Take off » de Rostow, le rattrapage exige l’élévation du taux d’investissement.
Cet article identifie les obstacles à l’essor industriel du continent africain. Les
arguments développés s’appuient à la fois sur la littérature et sur les statistiques
existantes. L’article met l’accent sur divers types d’entraves au développement in-
dustriel de l’Afrique. Dans les sections 1 à 6 sont évoquées tour à tour, le déficit en
infrastructures, le manque de vision politique, l’instabilité politique, la faiblesse
de la taille du marché, les difficultés d’accès au financement et le faible niveau du
capital humain. La dernière section conclut l’article.
1. L E DÉFICIT EN INFRASTRUCTURES
Dans les enquêtes évaluant le climat des investissements, les entreprises classent
généralement le déficit d’infrastructures comme un obstacle important à leur dé-
veloppement. À titre d’illustration, une évaluation faite par la Banque mondiale
sur le climat des investissements a indiqué que pour une grande proportion de
firmes enquêtées (20 % en Asie de l’Est et le Pacifique, et 55 % au Moyen-Orient
et Afrique du Nord, ainsi que l’Amérique latine), l’électricité, les télécommunica-
tions ou encore les transports constituaient les obstacles majeurs à leurs activités
(Straub, 2011).
L’infrastructure constitue également une contrainte aux affaires dans de nom-
breux pays africains, réduisant la productivité des entreprises d’environ 40 %
(BAD et BM, 2011). Dans la suite on s’intéresse particulièrement aux infrastruc-
tures de transport, de télécommunications, et d’énergie.
1.1 Les infrastructures de transport
Le rôle joué par les infrastructures sur le développement n’est plus à démon-
trer. Barro (1990) dans son modèle mettait déjà en évidence le lien existant entre
les dépenses en infrastructures et la croissance économique. Un faible niveau des
infrastructures ainsi que des services de transport et de commerce limités renché-
rissent les coûts de transaction et de logistique, rendent les produits non compéti-
tifs, limitent la production rurale et l’accès des populations aux marchés avec des
incidences négatives sur l’activité économique et la pauvreté (Escribano et al.,
2010).
Le continent africain fait face à des coûts de transport et de logistique élevés.
Ces coûts élevés résultent en partie du déficit que connaît le continent en matière
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 3675
d’infrastructure, tant au niveau des voies terrestres, aéroportuaires, portuaires, et
ferroviaires.
Concernant les voies terrestres qui constituent le moyen de transport le plus
utilisé en Afrique, la BAD (2010b) indique que l’ensemble du réseau routier de
l’Afrique subsaharienne est seulement de 204 km pour 1 000 km2 de superficie
(soit l’équivalent de 3,6 km de route pour 1 000 habitants), parmi lesquels seule-
ment 25 % sont asphaltés, alors que la moyenne mondiale est de 944 km pour
1 000 km2 de superficie 3 (soit l’équivalent de 7 km pour 1 000 habitants). Le
continent ne s’en porte pas mieux en matière de voies ferrées. En 2007, il dispose
de 69 000 km de voies ferrées parmi lesquels 55 000 km sont effectivement opé-
rationnels. Treize pays n’ont pas de réseau ferroviaire opérationnel. La densité du
réseau routier dans la majorité des pays varie entre 30 et 50 par million d’habitants
avec un nombre réduit de pays (Gabon, Botswana et Afrique du Sud notamment)
ayant une densité supérieure à 400. Cette densité du réseau ferré en Afrique reste
très faible comparée aux autres régions du monde comme l’Europe par exemple
où il se situe entre 200 et 1 000 (BAD, 2010b).
Concernant les ports, l’Afrique en exploite 64. D’énormes problèmes relatifs
à la capacité et la performance des installations existantes, ainsi que les coûts de
manipulation subsistent. À titre d’illustration, la BAD (2010b) indique que les
coûts de manutention en Afrique sont en moyenne de 50 % plus élevés par rap-
port à ceux d’autres régions du monde. Lors de la manutention des conteneurs,
le rendement y est inférieur à 20 mouvements/heure, contre 25 à 30 dans les ter-
minaux modernes à travers le monde. De plus, le coût du transport routier des
marchandises y est près de quatre fois plus cher (BAD, 2010b).
Les données de la Banque mondiale (2014) montrent qu’en matière de per-
formance logistique et de qualité des infrastructures de transport et de commerce,
l’Afrique subsaharienne a le plus faible score comme l’indique le tableau 1 ci-
dessous. Concernant particulièrement la qualité des infrastructures de transport et
de commerce qui est l’un des éléments utilisés pour calculer l’indice de perfor-
mance logistique 4 , les statistiques indiquent que la majorité des pays africains
figurent parmi les pays du monde ayant les plus faibles scores, avec en particulier
la Somalie et l’Érythrée qui ferment le classement avec un score respectif de 1,50
et 1,68.
Le problème avec les infrastructures de transport en Afrique n’est pas seule-
ment lié au déficit physique des infrastructures, mais aussi au manque de liaison
3. Il existe toutefois de fortes disparités entre pays. La longueur de routes rurales est par exemple
de 0,5 km pour 1000 habitants au Malawi contre 35,5 km en Namibie (BAD, 2010b).
4. La note globale de l’indice de performance de la logistique reflète les perceptions relatives à
la logistique d’un pays basées sur l’efficacité des processus de dédouanement, la qualité des infra-
structures commerciales et des infrastructures de transports connexes, la facilité de l’organisation des
expéditions à des prix concurrentiels, la qualité des services d’infrastructure, la capacité de suivi et de
traçabilité des consignations et la fréquence avec laquelle les expéditions arrivent au destinataire dans
les délais prévus. L’indice va de 1 à 5 et la note la plus élevée représente la meilleure performance.
3686 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
TABLEAU 1
I NDICE DE PERFORMANCE LOGISTIQUE ET DE QUALITÉ DES
INFRASTRUCTURES
Indice de Performance Indice de qualité des
Logistique infrastructures
Asie de l’Est et Pacifique 2,85 2,74
Europe et Asie Centrale 2,76 2,59
Amérique latine et Caraïbes 2,74 2,52
Asie du Sud 2,61 2,34
Moyen-Orient et Afrique du Nord 2,50 2,32
Afrique subsaharienne 2,46 2,27
N OTE : Calculs de l’auteur, à partir des données de la Banque mondiale (2014).
entre les routes et les lignes ferroviaires, et la faible connectivité aux ports (BAD,
2010b).
1.2 Les infrastructures de télécommunications
Les télécommunications sont susceptibles de favoriser le développement. Elles
ont un impact sur la productivité, la compétitivité des entreprises et le coût du
capital et, plus globalement, le coût des affaires (Isaksson, 2009b). L’étude me-
née par Isaksson (2009b) sur un panel de 80 pays montre notamment que les
infrastructures de télécommunications expliquent le niveau d’industrialisation des
États avec un impact qui est fonction du stade de développement. Les impacts les
plus importants sont enregistrés dans les pays à revenu moyen (tranche supérieure)
et les pays à revenu faible 5 . Lee et al. (2012) dans une étude sur un échantillon de
44 pays d’Afrique subsaharienne aboutissent au résultat selon lequel l’expansion
du téléphone mobile est un déterminant important du taux de croissance écono-
mique en Afrique subsaharienne. De plus, la contribution du téléphone mobile à
la croissance économique est de plus en plus importante dans la région, avec un
impact marginal plus important là où la téléphonie fixe est rare.
Le graphique 3 ci-dessous donne le nombre d’abonnements au téléphone fixe
et mobile pour 100 habitants dans le monde en 2014 6 . Le graphique montre que le
continent africain n’est pas particulièrement doté en infrastructures de télécommu-
nications. Il reste la région du monde avec le plus faible taux d’accès aux services
de télécommunications. Il n’enregistre que 1,11 abonnement au téléphone fixe
pour 100 habitants et 71 abonnements au téléphone mobile pour 100 habitants,
contrairement à l’Amérique latine et les Caraïbes où ces taux se situent respec-
5. Cela peut s’expliquer d’une part par le fait que les télécommunications contribuent davantage
dans les économies relativement complexes, et d’autre part par le fait que les rendements marginaux à
l’investissement diminuent avec la taille du stock d’infrastructure.
6. Par souci de clarté du graphique, le nom des régions n’a pas été écrit en intégralité. Il s’agit en
fait de : Afrique subsaharienne, Asie de l’Est et Pacifique, Europe et Asie Centrale, Amérique latine et
Caraïbes, Moyen Orient et Afrique du nord, Asie du Sud, Amérique du Nord.
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 3697
tivement à 19,96 et 114,73 abonnements pour 100 habitants, ainsi que l’Asie du
Sud où on a les taux respectifs de 2,16 et 75,4 abonnements pour 100 habitants.
GRAPHIQUE 3
N OMBRE D ’ ABONNEMENTS AU TÉLÉPHONE FIXE ET MOBILE POUR 100
HABITANTS EN 2014
S OURCE : Auteur, à partir des données de la Banque mondiale (2016).
Le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC)
a néanmoins connu une croissance remarquable ces dernières années en Afrique
avec notamment le développement de la téléphonie mobile dont le taux de péné-
tration a été le plus rapide au monde 7 . Les dix premiers pays africains en termes
d’indice de développement des infrastructures 2016 calculé par la Banque afri-
caine de développement sont notamment ceux qui ont connu la plus forte crois-
sance dans leurs secteurs des TIC. Il s’agit par ordre d’importance des Seychelles,
de l’Égypte, de la Libye, de l’Afrique du Sud, de l’Île Maurice, de la Tunisie, du
Maroc, de l’Algérie, du Cap-Vert, et du Botswana. Étant donné le faible coût de la
technologie des télécommunications mobiles par rapport à d’autres projets d’in-
frastructures, en particulier les grandes infrastructures de téléphonie fixe, les ser-
vices de télécommunications mobiles devraient être encouragés en Afrique (Lee
et al., 2012).
1.3 Les infrastructures énergétiques
L’incidence des infrastructures énergétiques sur le développement est impor-
tante. L’étude d’Isaksson (2009a) menée sur un échantillon de 79 pays permet
7. Il reste néanmoins que l’Afrique enregistre encore de très faibles performances dans d’autres
secteurs des TIC avec seulement 19 personnes sur 100 par exemple qui sont utilisateurs du service
Internet.
3708 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
notamment de mettre en évidence l’impact des infrastructures énergétiques sur
l’industrialisation des États, avec un impact qui varie d’un groupe de revenu à
un autre. Comparée à l’agriculture et aux services, l’industrie manufacturière est
relativement plus gourmande en énergie, ce qui implique que l’industrialisation
accroît la demande d’énergie et par conséquent nécessite des infrastructures adé-
quates (Isaksson, 2009a).
En Afrique, Adenikinju (2005) a mis en évidence les défaillances observées
dans l’offre d’électricité sur les activités des firmes nigérianes. Sur la base des
données collectées auprès d’un échantillon de firmes africaines, Escribano et al.
(2010) constatent que dans plus de la moitié des pays de l’échantillon, la qualité
de la fourniture d’électricité est un problème majeur pour plus de 50 % des firmes.
Au Burundi, au Cameroun, au Bénin, au Burkina Faso et au Cap-Vert notamment,
le pourcentage des entreprises considérant l’électricité comme un obstacle grave
ou très grave à leurs activités dépasse 80 %; en revanche, seulement 20 % des
entreprises au Maroc, en Afrique du Sud, au Botswana, et en Namibie considèrent
l’électricité comme un obstacle grave.
TABLEAU 2
S TATISTIQUES SUR L’ ACCÈS À L’ ÉNERGIE PAR RÉGION EN 2012
Électricité Énergie utilisée
Accès à
consommée (kg de pétrole
l’électricité (%)
(kWh/tête) équivalent/tête)
Afrique subsaharienne 35 496 676
Asie de l’Est et Pacifique 96 3 380 1 977
Europe et Asie centrale 100 5 519 3 270
Amérique latine et Caraïbes 96 2 069 1 363
Moyen-Orient et Afrique du Nord 96 2 818 2 264
Asie du Sud 78 640 543
Amérique du Nord 100 13 190 6 857
N OTE : Calculs de l’auteur, à partir des données de la Banque mondiale (2016).
Le tableau 2 ci-dessus permet de se rendre compte de ce que l’Afrique subsa-
harienne n’est pas assez dotée en infrastructures énergétiques. Elle est en effet la
région du monde ayant le plus faible taux d’accès à l’électricité (35 %), électricité
qui constitue pourtant la principale source d’énergie utilisée dans les industries sur
le continent. Et même pour ceux qui ont accès à l’électricité en Afrique, l’offre
disponible est chère et très peu fiable. Jusqu’à 30 pays africains connaissent des
pénuries chroniques d’électricité (BAD et BM, 2011).
Le tableau 2 montre également qu’en ce qui concerne la consommation d’élec-
tricité par individu, l’Afrique subsaharienne ferme la queue avec un niveau de
consommation se situant à 496 kWh/tête alors qu’il est de 640 kWh/tête en Asie
du Sud et 2 069 kWh/tête en Amérique latine et dans les Caraïbes. Pour ce qui est
du niveau d’énergie utilisée par tête, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud ont
respectivement 676 kg/tête et 543kg/tête.
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 3719
Le tarif moyen de l’énergie en Afrique subsaharienne se situe autour de 0,12
dollar US par kWh, soit environ le double des tarifs trouvés dans d’autres régions
en développement et en deçà des 0,18 dollar US par kWh que coûte en moyenne
le service d’électricité en Afrique subsaharienne (BAD et BM, 2011).
En 1970, l’Afrique subsaharienne comptait près de trois fois plus de capacité
de production d’électricité par millions d’habitants que l’Asie du Sud. Trois dé-
cennies plus tard, l’Asie du Sud avait devancé l’Afrique subsaharienne, avec près
du double de la capacité de production d’électricité (Isaksson, 2009a). Les prin-
cipaux défis auxquels est confronté le secteur de l’électricité en Afrique sont l’in-
suffisance des capacités de production, l’électrification limitée, la faible consom-
mation d’électricité, le manque de fiabilité des services, le niveau élevé des coûts,
et un déficit de financement de l’ordre d’environ 23 milliards de dollars US par
an (BAD, 2010a). Si l’on investit massivement dans l’infrastructure en Afrique,
notamment l’énergie, cela va créer un environnement propice à l’avènement de
l’industrialisation dans le continent (CEA et CUA, 2013). Cela passe notamment
par la mise en œuvre de politiques énergétiques adéquates, toutes choses à même
d’améliorer la compétitivité du secteur industriel 8 . Le potentiel qu’offre le secteur
de l’énergie renouvelable devrait notamment être suffisamment exploité. Le conti-
nent africain dispose en effet d’importantes sources d’énergie renouvelable qui
restent malheureusement peu exploitées. Les bassins hydrauliques d’Afrique cen-
trale, la faille de la Rift Valley, ainsi que l’ensoleillement dont bénéficie le conti-
nent en général sont des sources d’énergie hydraulique, géothermique et solaire
peu égalées dans le reste du monde.
2. L E MANQUE DE VISION POLITIQUE
Les mauvais choix politiques sont aussi la cause des faibles performances in-
dustrielles en Afrique subsaharienne (Lall et Wangwe, 1998). La stratégie d’indus-
trialisation au lendemain des indépendances en Afrique a consisté à appliquer une
politique industrielle protectionniste incluant les contrôles de change, les quotas,
les politiques tarifaires à l’importation, et les subventions accordées à des sec-
teurs spécifiques (Aryeetey et Moyo, 2012). Initialement, cette politique d’indus-
trialisation par substitution des importations a conduit à la croissance de la pro-
duction manufacturière dans plusieurs pays africains. Cependant, beaucoup des
firmes étaient incapables d’évoluer sans protection (Bigsten et Söderbom, 2011).
D’après Bigsten et Söderbom (2011), l’échec de cette politique industrielle est
expliqué en partie par la mauvaise implémentation des politiques qui elles-mêmes
étaient non appropriées, compte tenu des capacités de la région et du contexte. En
outre, la politique d’industrialisation par substitution des importations n’était pas
associée à une stratégie de promotion des exportations; et donc les gouvernements
étaient en train de promouvoir des industries qui étaient inefficientes et pas com-
8. La politique énergétique influence la compétitivité de son industrie en agissant notamment sur
le coût d’approvisionnement en énergie des industries et en développant des filières industrielles na-
tionales fortes dans l’énergie (producteurs et fournisseurs d’énergie, équipementiers. . . ), à même de
fournir de l’énergie aux industries dans des conditions compétitives (Le Cercle de l’Industrie, 2013).
37210 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
pétitives à l’international. Les activités axées sur les exportations à valeur ajoutée
qui ont stimulé la croissance dans de nombreuses économies dynamiques comme
celles de l’Asie de l’Est et du Sud-Est sont manifestement absentes en Afrique
subsaharienne (Lall et Wangwe, 1998).
Après les années 1960 et 1970 d’interventionnisme des gouvernements afri-
cains, la place va être cédée dans les années 1980 au tout libéral. Ce virage libéral
s’inscrivait dans le cadre des programmes d’ajustements structurels pilotés par le
FMI et la Banque mondiale suivant l’idée néoclassique selon laquelle la meilleure
politique industrielle consiste à libéraliser les marchés et à les laisser fonction-
ner de manière indépendante. D’après Lall et Wangwe (1998), la restructuration
industrielle et l’amélioration de la compétitivité industrielle ont été des compo-
santes de ces programmes. Une hypothèse implicite des politiques d’ajustement a
été que les inefficacités au niveau de l’entreprise sont principalement le reflet de
politiques macroéconomiques inadéquates et de distorsions dans l’allocation des
ressources introduites par des politiques industrielles sélectives. Les réformes ont
donc reposé sur l’hypothèse que des ajustements appropriés au niveau macro, ac-
compagnés de la libération des forces du marché, de la libéralisation des échanges
et de la privatisation des entreprises parapubliques, fourniraient les conditions né-
cessaires et suffisantes à la relance industrielle et à la croissance. Après des années
d’ajustement structurel, on a plutôt assisté à une désindustrialisation dans la plu-
part des pays avec la faillite des industries existantes, incapable de faire face à la
concurrence.
À partir du milieu de la décennie 1990, la plupart des pays africains vont
reprendre leur autonomie en matière de politique industrielle après des années
d’ajustements structurels. Au cours de la dernière décennie, certains États ont en
plus des politiques visant à améliorer les performances des économies, réalisé
des réformes générales des institutions qui soutiennent le développement indus-
triel, incluant les réformes du système juridique et des dispositions relatives aux
droits de propriété. La création des zones franches d’exportation a aussi été accep-
tée dans de nombreux pays et le développement des institutions financières pour
soutenir les industries a été encouragé. L’approche générale a été d’améliorer l’en-
vironnement des affaires. Il reste que l’objectif des gouvernements africains dans
le cadre de leur politique de développement industriel n’est pas clair (Aryeetey et
Moyo, 2012). Ce manque de vision des dirigeants africains en matière de politique
industrielle se manifeste notamment par l’échec de ces derniers à créer un envi-
ronnement qui soit propice aux investissements, notamment les investissements
industriels. Le classement Doing Business 2016 sur la facilité à faire les affaires
de la Banque mondiale, classement dans lequel trône Singapour et la Nouvelle-
Zélande montre que la plupart des pays africains sont mal classés 9 . Même si l’Île
9. Les économies sont classées de 1 à 189 par rapport à la facilité d’y faire des affaires. Une note
plus élevée indique un environnement réglementaire des affaires plus favorable à la création et au
développement d’entreprises locales. Le classement est déterminé en fonction des scores de distance à
la frontière agrégés par rapport aux 10 thématiques Doing Business, qui sont elles-mêmes composées
de sous indicateurs. La pondération par indicateur est la même.
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 11
373
Maurice occupe un rang honorable (32e), on note que les trois derniers pays de
ce classement sont des pays africains. De même, 18 des 25 derniers pays du clas-
sement sont africains. Le tableau en annexe résume les cinq premiers et les cinq
derniers pays africains du classement.
L’environnement des affaires en Afrique souffre cruellement de la faiblesse
des services publics et de l’absence d’un cadre judiciaire compétent et attractif.
Les pouvoirs publics peinent souvent à mettre sur pied des services publics et un
cadre judiciaire attractifs pour les investisseurs. Les services publics gangrénés
par la corruption créent un environnement juridique et réglementaire qui ne ras-
sure pas les investisseurs quant à la sécurité de leurs investissements. La dernière
publication 2015 sur l’Indice de Perception de la Corruption dans le monde faite
par l’ONG Transparency International montre par exemple que la plupart des pays
africains ont un score inférieur à 50 % indiquant une situation de corruption en-
démique. En particulier, 46 des 52 pays africains figurant dans ce classement qui
intègre en tout 168 pays et territoires se caractérisent par un niveau de corrup-
tion endémique. Le tableau 3 ci-dessous donne le score obtenu et le rang des six
premiers et six derniers pays africains du classement.
TABLEAU 3
L ES SIX PREMIERS ET SIX DERNIERS PAYS AFRICAINS SELON L’ INDICE DE
PERCEPTION DE LA CORRUPTION
Cap-Vert Seychelles Île
Botswana Rwanda Namibie
Maurice
Score 63 55 55 54 53 53
Rang 28 40 40 44 45 45
Guinée- Libye Angola Sud-
Soudan Somalie
Bissau Soudan
Score 17 16 15 15 12 8
Rang 158 161 163 163 165 167
N OTE : Calculs de l’auteur, à partir de Transparency International (2015).
Le classement de Transparency International (2015) montre que les bons élèves
en matière de bonne gouvernance en Afrique sont Botswana, le Cap-Vert, les
Seychelles, le Rwanda, l’Île Maurice et la Namibie avec un score supérieur à 50 %.
On constate également que le pays le plus corrompu du monde est la Somalie (ex
æquo avec la Corée du Nord). Cette corruption mine la capacité de fournir des
services de façon efficace, d’assurer la sécurité et de maintenir la paix, l’ordre et
la stabilité sociale (CEA, 2009). De nombreuses études mettent en évidence le fait
que la corruption décourage l’investissement et qu’elle constitue un coût supplé-
mentaire pour les entreprises, en réduisant la profitabilité des projets d’investisse-
ment (Chêne, 2014). D’après Chêne (2014), des données empiriques montrent que
la corruption pourrait avoir un impact négatif indirect sur les entreprises, via ses
effets sur des facteurs comme la croissance et la productivité des entreprises, leurs
37412 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
logiques d’investissement, leur efficacité et l’innovation. D’autres auteurs comme
Gerlagh et Pellegrini (2004) et Baliamoune-Lutz et Ndikumana (2007) apportent
des évidences empiriques sur l’effet néfaste de la corruption sur l’investissement
privé.
Les défis de la politique industrielle en Afrique subsaharienne selon Lall et
Wangwe (1998) consisteront à : promouvoir la compétitivité en améliorant en
particulier les capacités technologiques dans une économie de marché, déplacer
la structure d’incitation vers l’exportation, aider les industries de substitution à
l’importation à se restructurer et à améliorer leurs technologies et leurs compé-
tences, investir dans les infrastructures, l’éducation, la formation et la technologie,
et promouvoir la coopération régionale pour élargir les marchés.
3. L’ INSTABILITÉ POLITIQUE
Des travaux comme ceux de Jong-a-Pin (2009) ainsi qu’Aisen et Vaiga (2011)
mettent en évidence l’incidence négative de l’instabilité politique sur l’économie.
L’instabilité politique génère un environnement qui accroît les risques et réduit
les investissements. Busse et Hefeker (2007) reconnaissent que le risque poli-
tique est un important facteur qui influe sur les flux d’IDE vers l’Afrique. Leur
recherche conclut que la stabilité du gouvernement, les conflits internes et ex-
ternes, l’ordre et la loi, les tensions ethniques, et la qualité de la bureaucratie sont
des déterminants importants de l’IDE. L’étude établit également que la corruption
et la responsabilité démocratique sont également importantes, mais à un degré
moindre.
Le graphique 4 ci-dessous permet d’avoir une idée du nombre de conflits po-
litiques plus ou moins violents enregistrés dans le monde en 2015. Il montre no-
tamment que le continent africain est la région du monde ayant connu le plus de
conflits très violents. Avec 41 conflits de moyenne intensité et 36 conflits de faible
intensité enregistrés en 2015, l’Afrique vient respectivement en deuxième et troi-
sième position des régions du monde ayant connu le plus de conflits de moyenne
et faible intensité.
L’instabilité politique en Afrique prend diverses formes. Les principales formes
que revêt l’instabilité politique sur le continent sont :
Les coups d’État. Comme le montre le graphique 5 ci-dessous, l’Afrique est
la région du monde ayant le plus expérimenté de coups d’État dans le monde.
Le continent a enregistré 37 % (169 sur 467) des coups et tentatives de coups
d’État enregistrés dans le monde entre 1950 et 2010 (Powell et Thyne, 2011). Les
pays qui ont connu des coups d’État réussis au cours des dernières années sont
entre autres la Guinée-Bissau et le Mali en 2012, la République centrafricaine et
l’Égypte en 2013.
Les conflits inter- et intra-États. L’histoire de l’Afrique est entachée de nom-
breux conflits armés entre États sous forme de conflits pour le contrôle de terri-
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 13
375
GRAPHIQUE 4
D ISTRIBUTION DES CONFLITS PAR RÉGION ET PAR TYPE D ’ INTENSITÉ , 2015
S OURCE : HIICR (2016).
toires à l’instar du conflit armé de 1977-1978 entre l’Éthiopie et la Somalie pour
le contrôle de l’Ogaden, le conflit des années 1970 et 1980 entre la Libye et le
Tchad pour le contrôle de la bande d’Aouzou, le conflit de 1985 entre le Mali et
le Burkina Faso pour le contrôle de la bande d’Agacher, ou encore le conflit de
1993-1994 entre le Cameroun et le Nigeria pour le contrôle de la zone de Bakassi.
En dehors des conflits armés inter-États, le continent a été au cours des dernières
décennies davantage affecté par les guerres civiles à l’intérieur des États 10 . De
nombreux pays africains comme la Côte d’Ivoire, la République centrafricaine, la
République Démocratique du Congo, la Libye, la Somalie, le Kenya, le Soudan,
ou encore le Soudan du Sud ont particulièrement connu au cours de la dernière
décennie, des guerres civiles qui se sont soldées par des millions de morts.
Les mouvements de révolte et/ou d’insurrections populaires. De nombreux
mouvements de révolte et/ou d’insurrections populaires sont régulièrement enre-
gistrés en Afrique. Les récents mouvements du genre ont notamment été enre-
gistrés entre autres au Burkina Faso, au Gabon, en République Démocratique du
Congo, et au Congo-Brazzaville.
Le terrorisme. C’est un phénomène qui a particulièrement pris de l’ampleur
sur le continent africain depuis la chute du Guide de la Jamahiriya libyenne en
2011, faisant de la Libye le sanctuaire du terrorisme dans le Sahel. Autrefois
confiné dans des régions comme le Sud algérien et la Somalie, le terrorisme
semble désormais s’étendre à de nombreuses régions du continent avec la montée
10. Ces guerres ont toutefois généralement une connotation internationale car l’une des parties ou
la totalité des parties prenantes au conflit ont bénéficié d’appuis extérieurs.
37614 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
GRAPHIQUE 5
C OUPS ET TENTATIVES DE COUPS D ’É TAT ENREGISTRÉS DANS LE MONDE ,
1950 ET 2010
S OURCE : Auteur, à partir des données de Powell et Thyne (2011).
en puissance des mouvements djihadistes tels qu’Al-Qaida au Maghreb islamique,
le Front Al-Nosra, Ansar Dine, l’État islamique, le Mujao et Boko Haram. Abadie
et Gardeazabal (2007) montrent à la fois théoriquement et empiriquement que le
terrorisme accroît l’incertitude et réduit le rendement attendu de l’investissement.
Par conséquent, à une intensité élevée d’attaques terroristes est associé un faible
niveau des IDE nets.
4. L A FAIBLESSE DE LA TAILLE DU MARCHÉ
Lorsque les industries produisent, elles escomptent trouver en face une de-
mande susceptible d’absorber leur production. Suivant le principe de la « demande
effective » de Keynes, ce sont les entrepreneurs et leurs anticipations de débou-
chés qui déterminent les volumes de production et d’emploi, et partant, le niveau
des investissements à réaliser. Depuis les travaux de Krugman (1991), la taille et
l’accès au marché sur les décisions d’implantation des entreprises ne sont pour-
tant plus à démontrer. Les travaux empiriques conduits en Afrique comme ceux
d’Asiedu (2006) sur un panel de 22 pays et Anyanwu (2012) sur un panel de 53
pays mettent clairement en évidence la relation positive existante entre la taille
du marché et son évolution d’une part et l’afflux d’IDE sur le continent d’autre
part. Morisset (2000) dans une étude réalisée sur un groupe de 29 pays africains,
établit une corrélation positive entre les flux d’investissements directs et la taille
du marché avec un coefficient de corrélation égale à 0,99. L’idée est qu’un mar-
ché de grande taille permet aux entreprises de réaliser des économies d’échelle
permettant d’accroître leurs bénéfices, et donc leur incitation à investir.
L’Afrique reste un marché de taille relativement réduite. La faiblesse de la
taille du marché en Afrique réside moins dans le nombre d’habitants vivant sur
le continent qui reste tout de même important (plus d’un milliard d’habitants, soit
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 15
377
plus de 15 % de la population mondiale) que dans la faiblesse du pouvoir d’achat
des consommateurs et le faible niveau d’intégration sur le continent.
4.1 La faiblesse du pouvoir d’achat
L’Afrique semble être la région du monde où le niveau de vie de la population
a le plus stagné ces dernières décennies tandis qu’il explosait dans d’autres ré-
gions. En 1960 par exemple, un pays comme la Corée du Sud était plus pauvre que
le Ghana ainsi que de nombreux pays d’Afrique; le revenu par habitant à Taiwan
était inférieur à celui du Brésil et quatre fois plus faible qu’en Argentine; Hong
Kong et Singapour, proches de la moyenne latino-américaine, étaient déjà un peu
plus riches. Ces quatre économies d’Asie ont vu en moins d’une génération (1960-
1980), leur revenu par habitant être multiplié par quatre (Chaponnière et Lautier,
2014) alors que le Ghana est demeuré un pays relativement peu développé.
En considérant la classification des pays faite par la Banque mondiale suivant
leur revenu par tête, on observe que 27 des 31 pays à revenu faible, c’est-à-dire
ayant un Revenu National Brut par tête (RNB/tête) inférieur ou égal à 1,025 dol-
lars US en 2015 sont des pays africains. Il s’agit de la Gambie, de la Guinée-
Conakry, du Niger, du Bénin, de la Guinée-Bissau, du Rwanda, du Burkina Faso,
de la Sierra Leone, du Burundi, de la Somalie, de la République centrafricaine,
du Libéria, de la Tanzanie, du Tchad, du Sénégal, de Madagascar, du Togo, des
Comores, du Malawi, de l’Ouganda, de la République Démocratique du Congo, du
Mali, du Zimbabwe, de l’Érythrée, du Mozambique, du Sud-Soudan, et de l’Éthio-
pie. Dix-sept des 52 pays à revenu intermédiaire tranche inférieure, c’est-à-dire
ayant un RNB/tête supérieur à 1,026, mais inférieur ou égal à 4,035 dollars US en
2015 sont africains. Il s’agit de São-Tomé-et-Principe, du Kenya, du Cameroun,
du Cap-Vert, du Lesotho, du Congo-Brazzaville, de la Mauritanie, du Soudan, de
la Côte d’Ivoire, du Swaziland, du Djibouti, de l’Égypte, du Maroc, de la Tunisie,
du Ghana, du Nigeria, et de la Zambie. Seulement 8 des 55 pays appartenant à
la catégorie des pays à revenu intermédiaire tranche supérieure, c’est-à-dire ayant
un RNB/tête supérieur à 4,036 dollars US, mais inférieur ou égal à 12,475 dol-
lars US en 2015 sont africains. Il s’agit de l’Algérie, du Gabon, de l’Angola, des
Seychelles, de l’Afrique du sud, du Botswana, de l’Île Maurice, de la Namibie,
de la Libye et de la Guinée Équatoriale. Seules les Seychelles appartiennent à la
catégorie des pays à revenu élevé ayant RNB/tête supérieur à 12,476 dollars US
en 2015, catégorie dans laquelle on retrouve plusieurs pays d’Amérique latine et
d’Asie du Sud-est comme la Corée du Sud, le Singapour, Hong Kong, le Chili, et
l’Uruguay.
Ces statistiques sur le faible niveau de revenu des États africains sont suscep-
tibles de porter préjudice à l’industrialisation de l’Afrique. Beji et Belhadj (2016)
montrent notamment dans une étude menée sur un échantillon de 35 pays africains
que le PIB/tête a un effet positif sur le niveau d’industrialisation, avec néanmoins
un effet assez modéré 11 .
11. L’élasticité obtenue est de 0,01.
37816 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
4.2 Le faible niveau d’intégration régionale
L’importance de la coopération et de l’intégration économique régionale pour
le développement économique et social a été reconnue depuis longtemps par les
décideurs africains (CNUCED, 2009). Au cours des décennies 60, 70 et 80, il y a
eu plus de 200 initiatives intergouvernementales de coopération économique mul-
tisectorielle, ainsi que plus de 120 initiatives bilatérales ou multinationales pour
des secteurs uniques (Adedeji, 2002; cité par CNUCED (2009)). En juin 1991,
le Traité d’Abuja, qui prévoyait la création d’une Communauté économique afri-
caine (CEA) à l’échelle du continent a été signé. La CEA forme aujourd’hui l’aile
économique de l’Union africaine, et elle s’appuie sur les piliers que représentent
les communautés économiques régionales 12 (CUA, 2011).
En dépit de la volonté d’intégration affichée par les dirigeants, celle-ci semble
encore davantage se limiter à des déclarations d’intention du fait des microna-
tionalismes qui restent persistants. Même si globalement certains groupements
régionaux ont permis d’avancer sur la voie de l’intégration, les résultats restent
mitigés (CNUCED, 2009). La circulation des biens, services, et capitaux reste en-
core très faible entre les pays du continent. À titre d’exemple, plus de 80 % des
exportations africaines sont destinées aux marchés extérieurs, plus de 90 % de ses
importations proviennent d’ailleurs, et seulement 10 à 12 % en moyenne de son
commerce a lieu entre pays africains (Hartzenberg, 2011). À titre de comparaison,
les échanges de biens entre les États membres de l’UE ont été évalués, du point
de vue des expéditions, à 2 839 milliards d’euros en 2013, soit près de deux tiers
de plus que le niveau des exportations de l’Union européenne des 28 vers les pays
tiers 13 (Eurostat, 2014).
De nombreux facteurs à l’exemple du faible niveau des infrastructures de
transport et de télécommunications entre États justifient le faible niveau d’échange
sur le continent, et particulièrement les échanges de biens. En effet, les États afri-
cains restent très peu interconnectés par des voies de transport et de télécommu-
nications, toute chose de nature à accroître les coûts de transport et de transaction,
et donc à réduire les échanges. Bien même quand ces voies existent, elles ne sont
pas toutes de bonne qualité. Coulibaly et Fontagné (2006) ont par exemple établi
que les échanges entre pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-
africaine pourraient être multipliés par trois si toutes les routes nationales reliant
ces pays étaient asphaltées.
Outre le problème de la libre circulation des biens, services, et capitaux en
Afrique, celui de la libre circulation des personnes demeure. En effet, le principe
12. Il s’agit de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO); le Mar-
ché commun pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe (COMESA); la Communauté économique
des états de l’Afrique centrale (CEEAC); l’Union du Maghreb arabe (UMA); l’Autorité intergouver-
nementale pour le développement (IGAD); la Communauté de développement de l’Afrique australe
(SADC); la Communauté des états sahélo-sahariens (CEN-SAD); et la Communauté de l’Afrique de
l’Est (CAE).
13. Les niveaux les plus élevés de commerce intra-UE (près de 80 % du commerce total) ont été
enregistrés au Luxembourg, en République tchèque et en Slovaquie (Eurostat, 2014).
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 17
379
de la libre circulation des personnes prévu par le traité d’Abuja à la quatrième
étape du processus d’intégration en Afrique n’est pas encore effectif dans certaines
régions à l’instar de l’Afrique centrale où l’obligation du visa d’entrée subsiste
encore entre des pays de la région. Il faut encore par exemple un visa pour un
Camerounais pour se rendre en Guinée Équatoriale et au Gabon.
L’Afrique se présente ainsi davantage moins comme un marché intégré que
comme une juxtaposition de petits marchés correspondant aux différents États qui
le constituent. La CNUCED (2009) souligne le fait qu’avec le marché le plus seg-
menté du monde, l’Afrique a des coûts commerciaux supérieurs à ceux des autres
régions, ce qui est susceptible de décourager l’investissement tout en maintenant
les courants commerciaux à de très faibles niveaux. Une plus grande intégration
entre les pays africains permettrait de réduire l’obstacle relatif au faible niveau de
la demande intérieure dans les pays pris individuellement, ceci en réduisant les
coûts de transaction, en renforçant la constitution d’un véritable marché régional,
et en rendant la production industrielle locale et les exportations plus compétitives.
L’étude d’Asiedu (2006) parvient à la conclusion selon laquelle la coopération
économique régionale devrait par exemple accroître l’afflux d’IDE en direction
de l’Afrique. L’explication est que tout d’abord, le régionalisme peut favoriser
la stabilité politique en limitant l’adhésion uniquement à des gouvernements dé-
mocratiquement élus. Ensuite, il permet aux pays de coordonner leurs politiques.
Enfin, il augmente la taille du marché, et rend donc la région plus attrayante pour
les IDE.
5. L E FAIBLE ACCÈS AUX FINANCEMENTS
L’accès au financement tant au niveau du secteur public qu’au niveau du sec-
teur privé demeure un obstacle auquel font face les pays africains dans la pour-
suite de leur industrialisation (CEA et CUA, 2013). Les gouvernements ont besoin
de ressources pour financer les investissements publics indispensables pour l’in-
dustrialisation comme les investissements dans l’infrastructure, l’éducation, et la
technologie tandis qu’au niveau du secteur privé, les entreprises ont besoin de
ressources pour financer leurs investissements privés.
Les pays africains font face à d’importants besoins en ressources financières
pour assurer leur développement. Le problème se pose tant au niveau de la mobi-
lisation des ressources intérieures qu’au niveau de la mobilisation des ressources
extérieures 14 . Concernant la mobilisation des ressources intérieures, on observe
malheureusement en Afrique des difficultés d’accès au financement local des in-
dustries, particulièrement les plus petites d’entre elles, du fait qu’elles ne sont
14. Le financement du développement industriel à des fins publiques ou privées, par des sources in-
térieures conduit à l’appropriation locale des processus et des résultats et a donc de meilleures chances
de faire aboutir les mesures prises (CEA et CUA, 2013).
38018 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
pas en mesure de satisfaire aux conditions fixées par les banques 15 . En outre,
ces banques elles-mêmes font souvent face à des difficultés de mobilisation de
l’épargne locale en raison de la faible capacité d’épargne des agents économiques
locaux. Enfin, le continent connaît un faible développement des marchés finan-
ciers limitant de ce fait la capacité des investisseurs à mobiliser directement l’épargne
chez les agents à capacité de financement. Ainsi, comme concluent College et
Montie (2006), beaucoup de pays africains n’ont pas un système financier bien
développé pouvant jouer un rôle d’intermédiaire efficace entre, d’une part, les
créanciers privés intérieurs ou extérieurs, et d’autre part, les entreprises privées
nationales, ce qui se manifeste par une importante prime de financement externe.
D’après ces auteurs, le coût élevé de l’intermédiation financière en Afrique pour-
rait par conséquent fortement entraver le financement par le secteur privé des pro-
jets d’investissement des entreprises privées du pays. Le problème d’accès au fi-
nancement en Afrique est aussi lié au fait que le secteur financier formel est do-
miné par quelques banques commerciales, et les intermédiaires non bancaires sont
peu nombreux et de petite taille. Il existe des bourses dans certains pays, mais ces
bourses ne représentent qu’une petite part du financement des entreprises privées
(College et Montie, 2006).
Du côté des financements extérieurs, de nombreux pays africains ont une
faible capacité d’endettement extérieur (notamment d’endettement public), ce qui
rend difficile le recours au capital étranger. La dette extérieure demeure un énorme
problème pour ces pays, qui heureusement ont pour beaucoup d’entre eux béné-
ficié de l’Initiative en Faveur des Pays Pauvres Très Endettés et de l’allégement
de la dette unilatérale 16 . Le tableau 4 ci-dessous rend compte de l’évolution de la
dette extérieure des pays de l’Afrique subsaharienne :
Lall et Wangwe (1998) résument les problèmes de financement de l’industrie
en Afrique subsaharienne comme suit : insuffisance des liquidités dans les sys-
tèmes bancaires, attitude trop prudente des institutions de financement externe et
des nouvelles banques étrangères dans le pays, politiques inadéquates pour mobi-
liser l’épargne intérieure dans le système financier, et absence de projets solides
venant du secteur industriel comparé aux activités commerciales plus lucratives.
15. Bien que dans de nombreux pays, ces banques se trouvent en situation de surliquidités. Elles sont
jugées risquées à financer, en raison du manque d’informations sur leurs capacités de remboursement
et de la faiblesse des garanties qu’elles peuvent présenter.
16. Engagée par le FMI et la Banque mondiale en 1996, l’initiative PPTE avait pour objectif de
ramener le poids de la dette des pays pauvres très endettés à un niveau soutenable (c’est-à-dire à un
niveau qui leur permette de servir leur dette sans obérer leur développement), à travers l’allégement
de leur dette extérieure de la part de la communauté internationale. En 2005, en vue d’accélérer les
progrès pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement des Nations Unies, l’initiative
IADM s’est ajoutée à l’initiative PPTE. L’IADM vise l’annulation de la totalité des créances éligibles
détenues par les institutions multilatérales (principalement le FMI, l’AID de la Banque mondiale et le
Fonds africain de développement (FAD) sur les pays ayant atteint le point d’achèvement de l’Initiative
PPTE (Chauvin et Golitin, 2010).
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 19
381
TABLEAU 4
É VOLUTION DE LA DETTE EXTÉRIEURE EN A FRIQUE SUBSAHARIENNE ( EN
MILLIARDS DE DOLLARS US)
2000 2005 2010 2013
Dette extérieure totale (stock) 212 228,7 273,4 367,5
Ratio du stock de dette extérieure sur les exportations (%) 184,6 96 69,1 78,5
Ratio du stock de dette extérieure sur le RNB (%) 63,2 37,6 22,3 24,3
Ratio du service de la dette aux exportations (%) 11,8 9,1 3,5 6,3
N OTE : Adapté de Banque mondiale (2015).
L’épargne locale étant généralement faible, les marchés financiers locaux peu
développés 17 et l’accès aux marchés financiers internationaux limité, les pays
à faible revenu ne disposent, pour couvrir leurs besoins de financement, que de
trois sources principales de financement : les investissements directs étrangers, les
transferts de fonds des migrants et/ou de l’aide publique au développement, sous
forme de dons ou de prêts (Chauvin et Golitin, 2010). Selon Dorsey et al. (2008)
cité par Chauvin et Golitin (2010), les flux de capitaux privés (IDE et transferts de
fonds des migrants) ont été multipliés par quatre depuis le début des années 1980,
devenant la principale source de financement externe sur la période.
6. L E FAIBLE NIVEAU DU CAPITAL HUMAIN
Le développement du capital humain est considéré comme un levier pour faire
augmenter le développement industriel, réduire le chômage et faire croître l’offre
d’entrepreneurs dans toute économie (Adejumo et al., 2013). Beji et Belhadj
(2016) dans leur étude trouvent que le capital humain influence significativement
l’industrialisation en Afrique, avec des effets plus prononcés en Afrique de l’Est
et de l’Ouest.
L’éducation reste le pivot de la formation du capital humain, ce qui la met
au cœur des analyses du capital humain. Le graphique 6 ci-dessous donne le
taux d’alphabétisme par région dans le monde en 2014 18 . Il montre notamment
qu’en 2014, l’Afrique subsaharienne est la région du monde qui détient le taux
d’analphabétisme le plus élevé. Le taux d’alphabétisation n’y est que de 61 %.
L’Afrique subsaharienne compte la moitié des 60,7 millions d’enfants non
scolarisés dans le monde et le taux d’enfants non scolarisés y est le plus élevé de
17. « Le système financier de la plupart des pays d’Afrique est sous-développé et offre donc peu
d’outils de financement : les marchés des capitaux restent embryonnaires, l’actionnariat est limité et les
instruments de financement à long terme sont inexistants pour les PME. Les intermédiaires financiers
non bancaires, tels que les organismes de micro-crédit, pourraient jouer un rôle important dans les
prêts aux plus petites des PME, mais ne disposent pas de capacités suffisantes pour suivre leurs clients
lorsque ceux-ci se développent » (Kauffmann, 2005, page 2).
18. Par souci de clarté du graphique, le nom des régions n’a pas été écrit en intégralité. Il s’agit
en fait de : Caucase et Asie Centrale, régions développées, Asie de l’Est, Asie du Sud Est, Amérique
latine et Caraïbes, Asie de l’Ouest, Afrique du Nord, Océanie, Asie du Sud, Afrique subsaharienne.
38220 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
GRAPHIQUE 6
TAUX D ’ ALPHABÉTISME PAR RÉGION , 2014
S OURCE : Adapté d’ISU (2016).
toutes les régions du monde (ISU, 2012). Au sein de la population jeune spéci-
fiquement, 15 des 16 pays mondiaux ayant un taux d’alphabétisation inférieur à
50 % sont africains. Il s’agit des pays suivants : Burkina Faso, République centra-
fricaine, Tchad, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Guinée, Haïti, Libéria, Mali, Mauritanie,
Niger, Sénégal, Sierra Leone et Soudan du Sud (ISU, 2016).
Bien que les taux d’alphabétisme des jeunes âgés de 15 à 24 ans soient gé-
néralement supérieurs à ceux des adultes, reflétant l’accès accru à la scolarité des
générations plus jeunes, il reste que les taux d’alphabétisme des jeunes demeurent
faibles dans plusieurs pays, la plupart se trouvant en Afrique subsaharienne. Ceci
semble indiquer que ces pays font toujours face aux problèmes d’accès limité à
la scolarité, de décrochage scolaire précoce ou de mauvaise qualité de l’éducation
(ISU, 2016).
Bien plus, il se pose le problème de l’inadéquation entre les formations pro-
posées et les besoins des entreprises. En effet, les filières de formations sont da-
vantage orientées vers les formations générales au détriment des enseignements
scientifiques, techniques et professionnels. La conséquence est que des jeunes sont
formés, mais sont peu opérationnels sur le plan professionnel. Pas surprenant par
exemple qu’à défaut de n’avoir pu trouver des soudeurs qualifiés sur place lors
de la construction du pipeline Tchad-Cameroun au début des années 2000, il ait
fallu importer des soudeurs de Colombie. Bien qu’on note un intérêt accru pour
l’Enseignement technique et la Formation professionnelle (EFTP) en Afrique, la
proportion de jeunes qui y sont inscrits reste encore faible comparés aux autres
régions du monde. Au cours de la dernière décennie (1999-2009), le pourcen-
tage des effectifs dans l’EFTP de niveau deuxième cycle du secondaire a chuté de
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 21
383
34 % à 20 % dans les États arabes, de 43 % à 38 % en Asie de l’Est et Pacifique,
et de 31 % à 26 % en Amérique du Nord et Europe occidentale, mais il a aug-
menté de 9 % à 16 % en Afrique subsaharienne (ISU, 2011). Le développement
de la science et de la technologie rencontre d’énormes difficultés dans les pays
africains. Au regard du niveau de compétence élevé nécessaire pour l’industriali-
sation, l’Afrique doit valoriser son capital humain, dont la négligence favorise son
retard en matière d’industrialisation (CEA et CUA, 2013).
La santé est aussi un élément important du capital humain, et donc de déve-
loppement industriel. Il produit des dividendes économiques dans la mesure où
une personne en bonne santé est plus productive, et un nourrisson et un enfant en
bonne santé ont de meilleures chances de se développer et de devenir des adultes
productifs. De même, la bonne santé d’une population peut aussi contribuer à la
croissance économique dans une économie. On estime par exemple qu’une hausse
de 10 % de l’espérance de vie à la naissance dans certaines régions en Afrique
s’assortit d’une hausse annuelle de 0,4 % de la croissance économique (OMS,
2014).
Les statistiques sur les différents indicateurs de santé montrent malheureuse-
ment qu’ils ne sont pas favorables pour l’Afrique. L’espérance de vie à la nais-
sance n’y est par exemple que de 59 ans en 2014 contre une moyenne mondiale
de 71 ans (Banque Mondiale, 2016). Le graphique 7 ci-dessous donne les taux de
mortalité infantile et maternelle respectivement en 2012 et 2013 19 . Là encore, on
observe que le continent africain a les taux de mortalité les plus élevés du monde.
C ONCLUSION
Cet article s’est proposé d’identifier les obstacles au développement industriel
du continent africain. L’argumentation développée s’est appuyée à la fois sur la
littérature et sur les statistiques existantes. Six principaux obstacles ont été mis
en évidence dans l’article à savoir : le faible niveau des infrastructures des pays
africains, en particulier les infrastructures de transport et d’énergie, et de télécom-
munications, le manque de vision politique, l’instabilité politique, la faiblesse de
la taille du marché, les difficultés d’accès au financement et le faible niveau du
capital humain. S’attaquer à ces obstacles devrait certainement favoriser l’essor
du secteur industriel africain dont la part de la valeur ajoutée créée dans le produit
intérieur brut n’est que de 10,1 % en 2014 (UNIDO, 2016).
19. Par souci de clarté du graphique, le nom des régions n’a pas été écrit en intégralité. Il s’agit en
fait de : Afrique, Asie du Sud-Est, Méditerranée orientale, Pacifique occidentale, Amériques et Europe.
38422 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
GRAPHIQUE 7
TAUX DE MORTALITÉ ( POUR 100 000 NAISSANCES VIVANTES )
(a) (b)
TAUX DE MORTALITÉ INFANTILE (< 5 ANS ) TAUX DE MORTALITÉ MATERNELLE
S OURCE : Adapté de l’OMS (2014). S OURCE : Auteur, à partir de l’OMS (2014).
ANNEXE
TABLEAU A1
L ES CINQ PREMIERS ET CINQ DERNIERS PAYS AFRICAINS DU CLASSEMENT
D OING B USINESS
Afrique du
Île Maurice Rwanda Botswana Tunisie
Sud
Score 75,05 68,12 64,98 64,89 64,88
Rang 32 62 72 73 74
République
RDC Sud-Soudan Libye Érythrée
centrafricaine
Score 38,14 36,26 34,78 31,77 27,61
Rang 184 185 187 188 189
N OTE : Adapté de Banque mondiale (2015).
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 23
385
BIBLIOGRAPHIE
A BADIE , A. et J. G ARDEAZABAL (2007) : « Terrorism and the World Eco-
nomy », European Economic Review, 52, 1–27.
A DEJUMO , A. V., P. A. O LOMOLA et O. O. A DEJUMO (2013) : « The Role of
Human Capital in Industrial Development : The Nigerian Case (1980-2010) »,
Modern Economy, 4, 639–651.
A DENIKINJU , A. (2005) : « Analysis of the Cost of Infrastructure Failures in a De-
veloping Economy : The Case of the Electricity Sector in Nigeria », Document
de Travail, AERC.
A ISEN , A. et F. J. VAIGA (2011) : « How Does Political Instability Affect
Economic Growth ? », Document de Travail, FMI.
A NYANWU , J. C. (2012) : « Why does foreign direct investment go where it
goes ? : New evidence from African countries », Annals of Economics and
Finance, 13, 433–470.
A RYEETEY, E. et N. M OYO (2012) : « Industrialisation for Structural Trans-
formation in Africa : Appropriate Roles for the State », Journal of African
Economies, 21, 55–85.
A SIEDU , E. (2006) : « ). Foreign direct investment in Africa : The role of natu-
ral resources, market size, government policy, institutions and political instabi-
lity », World Economy, 29, 63–77.
BAD (2010a) : « Financement de réponses durables pour l’énergie. Réunion du
Comité des dix Washington, D.C., octobre 2010 », .
(2010b) : « Infrastructure Deficit and Opportunities in Africa », .
BAD ET BM (2011) : « Africa Infrastructure Knowledge Program : Handbook on
Infrastructure Statistics », Document de Travail, Banque africaine de dévelop-
pement.
BALIAMOUNE -L UTZ , M. et L. N DIKUMANA (2007) : « Corruption et croissance
dans les pays africains : le canal de l’investissement », Document de Travail,
Banque africaine de développement et la Commission économique des Nations
Unies pour l’Afrique.
BANQUE MONDIALE (2014) : « Indice de Performance Logistique (2014) », .
(2015) : « International Debt Statistics 2015 », .
(2016) : « World development indicators », .
BARRO , R. (1990) : « Government Spending in a Simple Model of Endogenous
Growth », Journal of Political Economy, 98, 103–126.
B EJI , S. et A. B ELHADJ (2016) : « The Determinants of Industrialization :
Empirical Evidence For Africa », European Scientific Journal.
B IGSTEN , A. et M. S ÖDERBOM (2011) : « Industrial Strategies for Economic
Recovery and Long-term Growth in Africa », Document de Travail, Department
of Economics and Gothenburg Centre of Globalization and Development.
38624 L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE
B IKOUÉ , S. M. (2010) : « Industrialisation par substitution des importations en
Afrique et compétitivité internationale : une revue critique », .
B USSE , M. et C. H EFEKER (2007) : « Political risk, institutions and foreign
direct investment », European Journal of Political Economy, 23, 397–415.
CEA (2009) : « Rapport sur la gouvernance en Afrique II », .
CEA ET CUA (2012) : « Libérer le potentiel de l’Afrique en tant que pôle de
croissance mondiale », .
(2013) : « L’industrialisation au service de l’émergence de l’Afrique », .
C HAPONNIÈRE , J. R. et M. L AUTIER (2014) : « Le modèle de développement
de l’Asie de l’Est », Recherches internationales, 98, 121–146.
C HAUVIN , S. et V. G OLITIN (2010) : « Besoins de financement et viabilité de la
dette extérieure dans les pays d’Afrique subsaharienne », .
C HÊNE , M. (2014) : « L’impact de la corruption sur la croissance et les inégali-
tés », Document de Travail, Transparency International.
CNUCED (2009) : « Le développement économique en Afrique », .
CNUCED ET ONUDI (2011) : « Le développement économique en Afrique », .
C OLLEGE , W. et P. J. M ONTIE (2006) : « Les obstacles à l’investissement en
Afrique : explication du paradoxe de Lucas », .
C OULIBALY, S. et L. F ONTAGNÉ (2006) : « South-South trade : geography
matters », Journal of African Economies, 15, 313–341.
CUA (2011) : « État de l’Intégration en Afrique, Troisième Publication », .
E SCRIBANO , A., L. J. G UASCH et J. P ENA (2010) : « Assessing the impact of
infrastructure quality on firm productivity in Africa : Cross-country compari-
sons based on investment climate surveys from 1999 to 2005 », Document de
Travail, Banque mondiale.
E UROSTAT (2014) : « Commerce international de biens », .
G ERLAGH , R. et L. P ELLEGRINI (2004) : « La santé des populations : les me-
sures efficaces – le Rapport sur la santé dans la Région africaine 2014 », Kyklos,
57, 429–456.
G OUJON , M. et C. K AFANDO (2011) : « Caractéristiques structurelles et in-
dustrialisation en Afrique : Une première exploration », Document de Travail,
CERDI.
H ARTZENBERG , T. (2011) : « Regional Integration in Africa. World Trade Orga-
nization », Document de Travail, OMC.
HIICR (2016) : « 24th edition of the annual Conflict Barometer », .
I SAKSSON , A. (2009a) : « Energy Infrastructure and Industrial Development »,
Document de Travail, UNIDO.
(2009b) : « Telecommunications and Industrial Development », Docu-
ment de Travail, UNIDO.
ISU (2011) : « Recueil de données mondiales sur l’éducation 2011 », .
(2012) : « Recueil de données mondiales sur l’éducation 2012 », .
LES OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L’AFRIQUE 25
387
(2016) : « 50e Anniversaire de la journée internationale de l’alphabé-
tisation : Les taux d’alphabétisme ont progressé, mais des millions restent
analphabètes », .
J ONG - A -P IN , R. (2009) : « On the measurement of political instability and its
impact on economic growth », European Journal of Political Economy, 25, 15–
29.
K AUFFMANN , C. (2005) : « Le financement des PME en Afrique », Document de
Travail, Centre de développement de l’OCDE.
K RUGMAN , P. R. (1991) : Geography and Trade. MIT Press.
L ALL , S. et S. WANGWE (1998) : « Industrial Policy and Industrialization in
Sub-Saharan Africa », Journal of African Economies, 7, 70–107.
L E C ERCLE DE L’I NDUSTRIE (2013) : « Impact de la politique énergétique sur la
compétitivité des industries françaises », .
L EE , S. H., J. L EVENDIS et L. G UTIERREZ (2012) : « Telecommunications
and economic growth : an empirical analysis of sub-Saharan Africa », Applied
Economics, 44.
M ORISSET, J. (2000) : « Foreign Direct Investment in Africa : Policies Also
Matter », .
OMS (2014) : « La santé des populations : les mesures efficaces – le Rapport sur
la santé dans la Région africaine 2014 », .
P OWELL et T HYNE (2011) : « Global instances of coups from 1950 to 2010 : A
new dataset », Journal of Peace Research, 48, 249–259.
S TRAUB , S. (2011) : « Infrastructure and development : A critical appraisal of the
macro level literature », Journal of Development Studies, 47, 683–708.
T RANSPARENCY I NTERNATIONAL (2015) : « Corruption perception index
2015 », .
UNCTAD (2015) : « World Investment Report », .
UNIDO (2016) : « Industrial Development Report », .