Déformation et Tassement des Sols
Déformation et Tassement des Sols
8.1. Introduction
Lorsque l’on soumet les matériaux en général (les sols en particulier) à des contraintes, il se produit
des déformations. Ces déformations du sol vont agir sur les structures et peuvent provoquer des
désordres mettant en péril le bon usage, voire la sûreté des ouvrages. Ces problèmes se
rencontrent par exemple dans le cas des fondations d’immeubles ou d’ouvrages d’art mais
également pour les remblais et les ouvrages en terre en général.
L’application du postulat de Terzaghi (paragraphe 6.1) correspond au fait que c’est une variation
des contraintes effectives qui entraîne une variation de l’indice des vides du sol. Ces variations
peuvent être liées à des chargements ou des déchargements de nature mécanique ou hydrique. Il
s’agit par exemple dans le premier cas d’une construction ou d’une excavation, et dans le second
cas de phénomènes de séchage-humidification.
Nous n’aborderons pas les calculs de tassement ou de gonflement appliqués aux ouvrages mais
nous étudierons les déformations des sols, les paramètres qui les gouvernent et la détermination
expérimentale de ces différents paramètres.
On retiendra également que la cinétique de la déformation sera liée à la nature des sols et à leur
perméabilité : revoir les notions de chargement drainé ou non drainé définies dans le chapitre 6
(paragraphe 6-4).
Enfin, il faut se souvenir du fait que, pour les sols, les relations contrainte-déformation sont très
rarement de forme linéaire, ni identiques lors d’un chargement ou d’un déchargement (fig. 6-9) ; un
chargement entraîne souvent des déformations irréversibles.
D’une manière globale, les déformations du sol peuvent être attribuées soit aux déformations des
composants élémentaires, soit aux déformations de la structure du sol. Cependant, hormis l’air, les
autres composants du sol (grains + eau) sont en général considérés comme pratiquement
indéformables. Ceci a pour conséquence, dans le cas des sols saturés, d’entraîner que les
déformations ne peuvent se produire que grâce au départ ou à l’arrivée d’eau interstitielle.
Pour la suite du chapitre, on traitera tout d’abord et surtout des problèmes liés aux sollicitations
mécaniques, en fin de chapitre les problèmes de retrait –gonflement liés aux sollicitations
hydriques seront abordés d’une manière sommaire (paragraphe 8.9).
Dans le cas général, les déformations du sol sont de nature tridimensionnelle, on distinguera
classiquement :
En principe, le calcul des déplacements en chaque point d’un massif de sol est possible si l’on
connaît les caractéristiques du chargement (ou du déchargement) et les lois de comportement du
sol. Le schéma ci-dessous présente ce cadre général.
Dans la pratique, les calculs sont réalisés d’une manière approchée, compte-tenu de la complexité
du comportement des sols. Dans de nombreux problèmes, la surface du sol est horizontale, les
charges appliquées verticales et si la largeur de la surface chargée est importante par rapport à la
hauteur de la couche déformable, la majorité des déformations sont verticales, il s’agit de
tassements.
D’une manière générale, pour aborder ce problème, on distingue d’une part les déformations
totales : amplitude du tassement, et d’autre part la cinétique du phénomène : vitesse de
déformations du sol. L’amplitude des tassements est fonction de la contrainte appliquée, de
l’épaisseur de la couche considérée et de la « déformabilité » du sol. La vitesse du tassement est
liée à la capacité du sol à s’adapter à un nouvel état de contraintes : dans le cas des sols saturés,
cette capacité de réadaptation est fonction de la perméabilité du sol mais également des conditions
de drainage de la couche de sol considérée.
tassement immédiat ;
tassement de consolidation ;
tassement secondaire.
Le dispositif le plus courant est de type oedométrique (figure 8.1a) dans lequel une éprouvette
cylindrique de sol ne peut subir que des déformations verticales, ce qui correspond à une condition
Ko telle que définie au paragraphe 6.2.
On peut également se servir des appareils dit triaxiaux, tels que ceux utilisés pour les mesures de
résistance au cisaillement (chapitre 9), dans lesquels on impose à une éprouvette cylindrique
élancée une contrainte axiale σa et une contrainte radiale σr (fig. 8.1b). Avec ce dernier appareil,
plusieurs types de chemins de contraintes peuvent être imposés.
La figure 8.1c montre d’une part, le chemin oedométrique (A) et d’autre part, des chemins de
principe (B, C) pouvant être réalisés à l’appareil triaxial. Les deux familles d’appareils peuvent être
équipées de dispositifs de drainage ou de contrôle ou de mesure des pressions interstitielles, de
manière à pouvoir connaître les contraintes effectives.
8.4. Le tassement des sols grenus
Dans les domaines usuels de contraintes, les déformations des sols grenus sont, comme toujours,
celles du squelette solide, qui entraînent un réarrangement des grains avec un enchevêtrement
supplémentaire lors du chargement et la possibilité d’un désenchevêtrement partiel au
déchargement.
Ces déformations sont instantanées ou quasi instantanées, compte tenu de la grande perméabilité
de ces matériaux, et en amplitude elles sont identiques quel que soit l’état de saturation initial du
sol.
En résumé, dans les sols grenus, les déformations sont instantanées : c’est un chargement drainé
(paragraphe 6.4.1). Dans le cas d’une construction, ces tassements seront stabilisés dès la fin de la
construction.
Tant que les sols ne sont pas saturés, les déformations peuvent être très rapides, elles
correspondent à l’évacuation et à la compression de l’air compris dans le sol. Cependant, à partir
d’un degré de saturation de l’ordre de 80 à 90 %, la perméabilité à l’air chute très rapidement
comme on l’a vu dans le chapitre 5 (paragraphe 5.1.2). A ce stade, le sol se déforme sans variation
de volume, on peut admettre qu’il possède un coefficient de Poisson égal à 0,5.
Lorsque les sols sont saturés, en raison de la faible perméabilité des sols fins, les chargements
présentent un caractère non drainé et produisent des excès de pression interstitielle qui
s’accumulent dans la couche de sol fin. On considère alors et en fonction des coefficients de
Skempton (voir paragraphe 6.9) que l’augmentation de contraintes totale Δσ est traduite dans le
sol par une création de pression interstitielle égale au Δσ (coefficient B = 1). Cela conduit pour
étudier le tassement des sols fins à regarder :
d’une part, l’évolution des tassements dans le temps pour une augmentation de contrainte
totale donnée, ce que l’on décrira par une courbe de consolidation ;
et d’autre part, l’évolution de l’indice des vides en fonction de la contrainte effective
lorsque le tassement est stabilisé pour une augmentation de contrainte totale fixée, ce qui
donnera une courbe de compressibilité.
Les deux familles de courbes décrites ci-dessous correspondent à des chargements de type
oedométrique, mais peuvent être également obtenues grâce à d’autres types de chargement.
Il s’agit de suivre les tassements d’une éprouvette de sol soumise à un supplément de contrainte
totale en fonction du temps. On peut également, suivant le dispositif expérimental dont on dispose,
suivre la dissipation de la pression interstitielle.
Le phénomène est couplé, c’est-à-dire que les tassements du sol et la pression interstitielle
évoluent simultanément dans le temps. La figure 8.3 représente ces évolutions. Pour des raisons de
lisibilité, on a sur cette courbe représenté en fait le gain de contrainte effective. En supposant que
la surcharge soit appliquée instantanément, le Δu initial est égal au Δσ appliqué. La surpression
interstitielle générée entraîne d’une part, le départ d’une partie de l’eau du sol, et d’autre part une
réduction de l’indice des vides qui est fonction de la déformabilité du squelette solide du sol.
On peut également représenter ce phénomène d’une manière simple dans un diagramme (e, σ’)
(fig. 8.4.a). Partant de l’état initial du sol (ei, &sigma’i) (point 1) et appliquant un supplément de
contrainte Δσ, on arrivera à la fin du processus à l’état (ef,σ’f) (point 2). Le trajet du point 1 au point
2 se faisant en fonction du temps avec une vitesse décroissante liée à la dissipation progressive de
la pression interstitielle.
A un instant donné (point 3), le supplément initial de contrainte totale Δσ se répartit en un Δσ’ (t)
gain de contrainte effective et un u(t) surpression interstitielle résiduelle.
En réalité, la relation entre e et σ’ n’est pas linéaire, sa forme correspond plutôt à celle qui est
représentée sur la figure 8.4.b.
Enfin, d’une manière classique, on représente l’évolution des tassements en fonction du logarithme
du temps (fig. 8.5), ce qui permet de faire apparaître sur cette courbe les 3 parties du tassement
décrites plus haut :
tassement instantané (immédiat) Si ;
tassement de consolidation primaire Sc dont la fin correspond au point d’inflexion A noté
t100 sur le graphique : il s’agit en principe du temps au bout duquel tout l’excès initial de
pression interstitielle est dissipée et où le processus de consolidation schématisée sur la
figure 8.4 devrait s’arrêter (la théorie de la consolidation primaire sera décrite au
paragraphe 8.6) ;
tassement de compression secondaire Sf (fluage sous contrainte effective constante) qui se
poursuit au delà de t100.
Pour les sols fins argileux ou limoneux saturés, le tassement de consolidation primaire est
prépondérant, le tassement de fluage peut devenir une part significative dans le cas de sols
comprenant des composants organiques (vase-tourbe).
Dans la pratique courante des essais de chargement par paliers successifs, une surcharge est
appliquée toutes les 24 heures et à ce stade, on considère que le tassement de consolidation
primaire est terminé, et que l’on a atteint un état stabilisé tel que le point 2 de la figure 8.4.a.
En cumulant les résultats des essais successifs de consolidation (couple de valeurs e, σ’), on peut
tracer une courbe de compressibilité. On a pris l’habitude de tracer ces courbes dans un
diagramme (e, log σ’) (fig. 8.6 a). On se souviendra de ce qui a été exposé dans le chapitre 6 où
l’on a vu que la déformabilité du sol diminuait significativement avec l’augmentation de la
contrainte effective.
L’étude de la courbe de compressibilité permet de définir expérimentalement les paramètres de
compressibilité. Classiquement, on commence par une période de chargement ABCD, puis on peut
procéder à un déchargement partiel DE suivi d’une nouvelle phase de chargement EFG et d’un
déchargement total GH ; il faut bien se souvenir qu’il s’agit d’une courbe construite par points
successifs. Les parties AB et CG sont des droites (ou peuvent être linéarisées), de même que DE ou
FE et GH qui sont quant à elles parallèles entre elles et à la partie AB.
On comparera cette valeur à la contrainte effective actuelle σv’o correspondant aux « poids de
terres actuels » (voir calculs dans le chapitre 6, paragraphe 6.2), ce qui permet de distinguer les 3
cas :
On définit ensuite l’indice de compression du sol Cc comme la pente de la partie linéaire CG, et
l’indice de gonflement (ou de décompression-recompression) Cs comme la pente des parties AB ou
GH par exemple :
La partie de la courbe CG est dite la courbe « vierge » du sol, c’est celle qui correspond à un
premier chargement d’un sol normalement consolidé. Il s’agit d’une courbe limite à droite de
laquelle on ne rencontre pas d’état du sol, c’est une caractéristique intrinsèque d’un sol particulier.
C’est pour cela qu’elle est reliée aux paramètres de nature des sols, tel que par exemple la limite
de liquidité wl (voir résultats du tableau 8.1).
Les figures 8.6 b et c représentent des courbes réelles de compressibilité oedométrique, obtenues
pour différents sols naturels.
Sols terrestres
Cc = 0,007 (wl – 10) Sols remaniés
Skempton (1944)
Cc = 0,009 (wl – 10) Sols intacts
Terzaghi et Peck (1967)
Cc = awl + b Cozzolino (1961)
Avec 0,0046 < a < 0,0186
Cc = awo Koppula (1981)
Avec 0,0075 < a < 0,011
Sols marins
Cc = 0,011 (wl – 16) Delta du Mississipi
Mc Clelland (1969)
Cc = 0,385 e0 + 0,088) Golfe du Mexique
Ghazzaly et Mc Carlin (1973)
Cc = 0,315 (eo – 0,41) Sols des grands fonds océaniques
Tisot (1984)
coefficient de compressibilité av :
coefficient de compressibilité volumétrique mv :
Notons qu’il est également possible de définir des modules sécants entre 2 valeurs de contrainte.
Que ce soit pour les coefficients de compressibilité ou les modules définis ci-dessus (a v, mv, Eoed), il
convient toujours de préciser les intervalles de charge pris en compte.
Pour prédire dans la réalité le déroulement de la consolidation et pouvoir calculer les vitesses de
tassement et les tassements du sol, ou au besoin d’une théorie adaptée qui a été développée par
Terzaghi. Il s’agit d’une équation différentielle inspirée des équations de la chaleur. La forme des
équations qui ont été établies par Terzaghi est semblable à celles qui décrivent le refroidissement
d’une barre d’acier initialement portée à une température donnée. D’une certaine manière, on peut
dire que l’excès de température est analogue à l’excès de pression interstitielle et la conductivité
thermique à la perméabilité du sol (plus exactement au Cv défini ci-dessous).
Cette théorie nécessite des hypothèses de base parmi lesquelles on retient en particulier :
Terzaghi étudie un petit élément de sol (fig. 8.12) et calcule pour cet élément infinitésimal le
volume d’eau sortant du sol. Ce volume est fonction à la fois de la perméabilité du sol et des
charges appliquées qui sont différentes à l’entrée et à la sortie de l’élément. Sur la figure 8.12, la
pression interstitielle d’entrée est u, celle se sortie (u – Δu) et les charges respectivement h =
u/γw et (h – dh) =(u - du)/γ w , de sorte que la vitesse de sortie (v + dv) est supérieure à la vitesse
d’entrée v.
Dans l’élément, le gradient appliqué est i = dh/dz.
Le changement de volume associé à ce phénomène, pendant une période de temps dt peut s’écrire
Il faut bien noter que la pression interstitielle u dans l’élément de sol va être fonction à la fois du
temps et de la profondeur.
D’un autre côté, on met en relation le changement de volume du sol (traduit par le changement
d’indice des vides) et la variation de contrainte effective grâce au coefficient de compressibilité
av défini au paragraphe 8.5.2. On a évidemment Δσ’ = -Δu, u restant à la fois fonction de z et de t.
Soit : .
obtient :
soit .
La résolution proposée par Terzaghi, puis Taylor utilise les séries de Fourier. Les solutions vont être
fonction des conditions aux limites et de la géométrie du problème.
1 – Le drainage peut être simple ou double (fig. 8.13). On notera d le parcours de drainage (le plus
long parcours vertical qu’une particule d’eau a à parcourir pour atteindre une frontière perméable) ;
(H étant l’épaisseur de la couche) :
dans laquelle,
avec M = (π/2) (2 m + 1)
Dans le cas où le drainage est sur les 2 faces, on peut à partir de la solution dessiner des
isochrones en facteur temps Tv paramétrées en Z = z/d (fig. 8.14). Ceci permet de trouver en un
point quelconque de la couche le degré de consolidation local, en pression interstitielle uz, ou au
contraire en gain de contrainte effective.
En intégrant sur toute la hauteur de la couche, et en tenant compte des valeurs locales de Uz, on
obtient
Ceci permet de relier le degré de consolidation global au facteur temps Tv par des relations établies
une fois pour toutes, en fonction des conditions de chargement et de drainage définies sur la figure
8.15.
Le cas A correspond à l’application d’une surcharge sur une surface très large par rapport à
l’épaisseur de la couche considérée, ou à un rabattement de nappe ;
Le cas B décrit ce qui correspond à l’application d’une charge sur une petite surface ;
Le cas C est celui de la consolidation sous poids propre d’un sol constituant un remblai.
La figure 8.16 donne les relations U – Tv pour les différents cas. Pour le cas n° 1, celui qui est le
plus courant, des équations approximatives permettent de calculer U en fonction de Tv dans 2
domaines :
Si U < 60 % Tv = π/4 U2 ;
Tv
U% Courbe 1 Courbe 2 Courbe 3
10 0,008 0,047 0,003
20 0,031 0,100 0,009
30 0,071 0,158 0,024
40 0,126 0,221 0,048
50 0,196 0,294 0,092
60 0,287 0,383 0,160
70 0,403 0,500 0,271
80 0,567 0,665 0,440
90 0,848 0,940 0,720
Les isochrones peuvent être assimilées à des paraboles, ce qui fournit des solutions approchées
pour l’équation différentielle de la consolidation unidimensionnelle.
Dans le cas d’un drainage simple, ces solutions sont obtenues pour 2 cas distincts mais continus en
faisant apparaître un temps critique, défini comme le temps au bout duquel l’excès de pression
interstitielle commence à se dissiper à la base imperméable (ou au milieu de la couche dans le cas
du double drainage).
On visualise le processus de consolidation sur le graphique 8.17. On suppose une couche en train
de se consolider équipée d’une série de piézomètres permettant de mesurer u dans la couche.
L’utilisation d’un oedomètre permet cette détermination. On mesure les tassements d’une
éprouvette de sol en fonction du temps pour un intervalle de chargement donné, et on établit une
courbe de consolidation définie précédemment.
fonction de .
La première partie de la courbe est une droite, puisque si U < 60 %, on a Tv = π/4 U2, on trace
donc la droite expérimentale correspondante (D1).
Un tassement immédiat (Si) apparaît sur la courbe qui n’est pas pris en compte pour la
détermination de Cv. A partir du point d’intersection de cette partie droite de la courbe, on obtient
l’ordonnée à l’origine so. Ensuite on trace à partir de so une droite D2 dont la pente est égale à
1,15 fois la pente de la partie droite obtenue précédemment et on considère que le point
d’intersection de cette nouvelle droite avec la courbe expérimentale correspond à U = 90 %, ce qui
une portion initiale à concavité tournée vers le bas, qui a une forme parabolique ;
une portion linéaire qui correspond au temps où il y a proportionnalité entre le degré de
consolidation et le log Tv ;
une nouvelle portion linéaire de pente plus faible qui décrit la consolidation secondaire (voir
paragraphe 8.7), à noter que à partir de la théorie, cette dernière portion devrait avoir une
asymptote horizontale.
La compression initiale (instantanée) n’apparait pas dans le graphique. Pour déterminer la valeur
de so, on utilise la construction ci-après. En se plaçant dans la première partie de la courbe et en
appliquant la proportionnalité entre U et Tv2, on choisit un temps t et un temps 4t et on considère
que le tassement entre t = 0 et t est égal au tassement entre t et 4 t (point A et B sur la courbe
8.19). Ceci donne l’ordonnée de s0.
Puis on considère les deux parties linéaires de la courbe expérimentale, que l’on prolongent,
l’intersection des deux droites définit le s100 : point C sur le graphique.
On calcule alors,
Les résultats obtenus ne sont pas obligatoirement concordants, cependant, on obtient des valeurs
de Cv souvent du même ordre de grandeur.
La valeur moyenne obtenue est retenue avec un seul chiffre significatif car on considère que cela
est suffisant pour la pratique.
Cette méthode permet d’estimer la valeur du coefficient de perméabilité pour les sols de
perméabilité très faible.
Comme nous l’avons vu plus haut, en se plaçant dans un diagramme tassement-logt, l’asymptote
de la courbe de consolidation n’est pas une horizontale mais une droite de pente négative. Ce
phénomène qui se produit au delà de la dissipation de l’excès de pression interstitielle (fin de la
consolidation primaire) est appelé compression secondaire ou fluage (il se produit à contrainte
effective constante).
Son intensité dépend de la nature des sols, ce phénomène est particulièrement notable dans les
sols récents et plus spécialement organiques. Bien entendu, ce fluage commence dès l’application
de la surcharge totale mais il est masqué par les tassements de consolidation primaire.
Du point de vue physique, il correspond à un réarrangement des grains du sol et se traduit encore
par une expulsion d’eau interstitielle et une réduction de l’indice des vides du sol. Sur la courbe (e –
logt) de la figure 8.20, on mesure la pente de la droite correspondante que l’on appelle Cα le
coefficient de compression secondaire:
Cα = Δe / Δ logt.
La pente est mesurée pour un cycle de logarithme du temps par exemple entre 1000 et 10000 mn.
Pour un sol donné, la part de la compression secondaire est d’autant plus forte que l’incrément de
contrainte appliquée (Δσ/σo) est faible.
Suivant la nature du sol considéré, le rapport Cα/Cc change. La valeur moyenne du rapport est
généralement comprise entre 0,05 et 0,1 ; pour les sols inorganiques, cette valeur est plutôt de
0,025 à 0,06 alors que pour les sols organiques et les tourbes, cette valeur est plus importante.
Bjerrum a montré dans les cas des argiles norvégiennes glaciaires l’effet de cette compression
secondaire. Dans un diagramme e-logσ (fig. 8.21), on trace les courbes de compressibilité à
différentes dates : fin de la consolidation primaire t 100, puis les parallèles à cette courbe
correspondent à la sédimentation séparés par des temps correspondant à des multiples de 10 de
ce t100 respectivement 10 t100 ; 100 t100, etc.
Lorsque la sédimentation s’arrête au point A, le fluage entraîne une diminution d’indice des vides (à
contrainte effective constante) : trajet AB en fonction du temps.
Si au point B la contrainte totale augmente de nouveau, il apparaît une surconsolidation (trajet BC)
qui correspond à un gain apparent de consolidation. Ce gain est d’autant plus élevé que la phase
de compression secondaire est longue.
Ceci conduit également pour ces sols à un gain de cohésion non drainée comme nous le verrons
dans le chapitre 9 puisque pour un sol donné, le rapport Cu/α’c est une constante : les sols vieillis
auront une cohésion supérieure aux sols jeunes. C’est une forme de thixotropie telle que définie au
chapitre 3.
Lorsque les sols sont soumis à des variations de contraintes hydriques, la présence de minéraux
argileux, en raison de leur affinité avec l’eau peut entraîner des variations de volume importantes.
On a défini la limite de retrait des sols qui correspond à la teneur en eau (mesurée lors du séchage)
pour laquelle le volume se stabilise car les grains du sol entrent en contact direct et le squelette du
sol ne peut plus subir de diminution de volume.
la pression de gonflement ;
l’amplitude du gonflement sous une charge donnée ; et on parlera de gonflement libre
lorsque la charge appliquée est nulle.
Pression de gonflement
Elle peut être mesurée soit dans un dispositif oedométrique, soit dans des conditions triaxiales. Les
conditions oedométriques sont celles qui sont le plus souvent considérées.
1. Annulation du gonflement ;
2. Méthode de l’encadrement ;
3. Gonflement sous volume constant.
Dans la première méthode (fig. 8.22), on commence par laisser l’éprouvette d’essai gonfler sous
une charge très faible puis on recharge progressivement cette éprouvette jusqu’à l’annulation du
gonflement initial et on considère que la valeur obtenue correspond à la pression de gonflement
Pg1.
Dans la deuxième méthode, il faut disposer d’une série d’éprouvettes en principe identiques, à
chacune d’entre elles on impose une charge et on mesure le gonflement ou le tassement induit par
cette charge. Ensuite on reporte (fig. 8.23) les valeurs dans un diagramme Δh en fonction du
logarithme de la contrainte appliquée, on obtient par interpolation la valeur d’équilibre qui donne la
pression du gonflement Pg2.
Dans la troisième méthode, on enferme l’éprouvette dans un dispositif empêchant les déformations
de l’éprouvette et on mesure la pression développée en fonction du temps (fig. 8.24). Cette
pression tend vers une asymptote qui correspond à la pression de gonflement Pg 3.
En principe, les valeurs Pg 2 et Pg3 sont identiques et elles sont généralement inférieures à la valeur
Pg1. En effet, lors de la recompression dans la première méthode, des frottements parasites
peuvent se développer sur les bords verticaux (contact éprouvette – moule) qui nécessitent
l’application d’efforts supplémentaires pour revenir à l’équilibre.
Pour la deuxième méthode, la difficulté principale est d’obtenir des éprouvettes identiques, car les
sols ne sont pas obligatoirement homogènes.
Il faut noter également que les phénomènes de gonflement sont généralement anisotropes car la
plupart des sols sont anisotropes : les minéraux argileux sont souvent arrangés plus ou moins
parallèlement à la stratification des sols. Certains minéraux particuliers (gypse, pyrite) entraînent
également des phénomènes de gonflement par les transformations minéralogiques qu’ils subissent
en présence d’eau ou d’air.