Gouvernance et aménagement à Marrakech-Safi
Gouvernance et aménagement à Marrakech-Safi
− Vous devez le citer en l’attribuant de la manière indiquée par l’auteur (mais pas d’une
manière qui suggérerait qu’il approuve votre utilisation de l’œuvre).
Le Prof. Said Boujrouf d’avoir proposé ce sujet et de m’avoir accepté dans son équipe. Au cours de mon cursus
universitaire, il a été toujours là quand j’avais besoin d’aide et a toujours su me pousser à donner le meilleur de
moi-même. Je le remercie pour ses précieux conseils et son soutien continu. Sa profonde connaissance et sa riche
expérience m'ont encouragées à chaque instant de ma recherche universitaire et de ma vie quotidienne. Cette
thèse et ce que je suis aujourd’hui lui doivent beaucoup. Pour tout cela merci.
Le Prof. Aude NUSCIA TAIBI en m'incitant à trouver de nouvelles idées et en exigeant une grande qualité de travail.
Elle a été une véritable source d'inspiration pour moi, elle a pris le temps de relire une grande partie de cette thèse,
et qui s’est arraché les cheveux pour essayer de comprendre le sens souvent complexe de mes phrases.
Le Prof. Mustapha EL HANNANI d’avoir co-encadré ce travail de thèse. Pour l'intérêt qu'il a porté à mon travail et
à ses précieux conseils qui m’ont aidé dans toutes les phases de recherche et de rédaction. Au cours de ce travail,
il a souvent attiré mon attention sur plusieurs détails et m’a consacré beaucoup de temps.
Je remercie également l’ensemble des acteurs rencontrés et interviewés. Mais c’est surtout vers le chef de
gouvernement que se tourne ma gratitude. M’ayant donné son accord pour participer à cette enquête.
J’adresse aussi mes remerciements aux personnes que je nomme « ressources » dans ma thèse et qui m’ont facilité
l’accès à certaines données et informations.
Je remercie tous les thésards et les autres membres du laboratoire LERMA de l’université Cadi Ayyad pour la bonne
ambiance de travail, mais également pour les nombreux bons moments passés ensemble.
Je remercie également tous les thésards et les autres membres du laboratoire ESO de l’université d’Angers
notamment ceux avec qui j’ai eu l’occasion de travailler et les autres simplement pour les bons moments partagés.
Je remercie également mes amis (e) et collègues pour leurs encouragements et leur soutien tout au long de mes
études.
Je tiens à exprimer ma gratitude à ma famille pour leur compréhension et soutien sans faille tout au long de cette
thèse et de ma vie en général. Un grand Merci.
SOMMAIRE
SOMMAIRE
GLOSSAIRE
INTRODUCTION GENERALE
PARTIE I : CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE
1. Introduction partie 1
2. Chapitre 1. Cadre méthodologique de l’étude et argumentaire du choix du terrain
3. Chapitre 2. Aménagement du territoire, gouvernance et politiques de décentralisation
et de déconcentration
4. Conclusion partie 1
PARTIE II : LA GOUVERNANCE TERRITORIALE ET LE SYSTEME D’ACTEURS DÉCENTRALISÉ ET
DÉCONCENTRÉ DE LA REGION MARRAKECH-SAFI
1. Introduction partie 2
2. Chapitre 1. Du territoire tribal à la Région de Marrakech-Safi
3. Chapitre 2. A chaque niveau de développement, un type de projets de développement
territorial
4. Conclusion partie 2
PARTIE III : LE DEVELOPPEMENT TERRITORIAL, LA GOUVERNANCE ET LES DISCOURS DES
ACTEURS DÉCENTRALISÉS ET DÉCONCENTRÉS
1. Introduction partie 3
2. Chapitre 1. La prise de décision : de la nécessité de coordination efficace, engagement
citoyen, autonomie locale et renforcement des compétences des acteurs
3. Chapitre 2. La gouvernance territoriale : un processus complexe face à la multiplicité
d’acteurs et aux spécificités locales
4. Conclusion partie 3
CONCLUSION GENERALE
BIBLIOGRAPHIE
TABLE DES MATIERES
TABLE DES ILLUSTRATIONS
TABLE DES TABLEAUX
ANNEXES
Glossaire
OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques
PI : Parti de l'Istiqlal
d’encadrement et d’institutions et toutes les sociétés humaines en ont développés au cours de l’histoire pour
la gestion des ressources. Un territoire, ou des territoires, sont d’abord des lieux de vie disposant de
ressources nécessaires pour y vivre. Au Maroc, il existait ainsi une multitude d’institutions dont les rôles et
les fonctions n’ont jamais cessé d’évoluer. Au Maroc précolonial, a l’exception des villes, il n’y avait pas de
collectivités organisées selon les règles de droit public actuelles, et ces structures traditionnelles - les Jemaâs
- répondaient plus à une logique de « consanguinité » réelle ou imaginaire qu’au concept de la territorialité.
De la sorte, les collectivités locales étaient organisées sur une base tribale et leurs limites géographiques
sont situées là où s’arrête les liens de filiation et d’alliance entre les membres de la tribu (De Lavergnee,
1991).
Les Jemaâs, et plus tard les communes, témoignent d’un lien très étroit entre le Makhzen (l’Etat) et les
citoyens, et peuvent être considérées comme une étape dans le processus de constitution des structures
locales, chacune résumant et représentant un moment de l’histoire du pays. Considérées comme une forme
d’autonomie, sorte de « décentralisation » primaire en milieu rural, les Jemaâs géraient les affaires locales
sur une base ethnique dans les tribus composées de fractions et de douars, et leurs préoccupations
habituelles étaient de faire régner l'ordre dans ces entités. Elles intervenaient dans les domaines économique
et social : elles veillaient à la protection des cultures, fixaient les périodes successives d'utilisation de la
forêt pour le pâturage ou la récolte, elles réglementaient l'usage et la répartition de l’eau (Surdon, 1936).
Les Jemaâs des douars comprenaient, en principe, tous les chefs de famille, alors que celles des fractions
et de tribus correspondaient à des conseils de notables qui se recrutaient par cooptation en fonction de la
classe sociale et de la valeur personnelle du candidat, et qui désignaient leur président et exécutif de tribu
appelé l'Amghar (Ennaciri, 2009). Ce dernier servait d'intermédiaire entre le Caïd (représentant du Sultan
Pendant la période du protectorat cette forme d’autonomie « décentralisation primaire » a été revue et
formatée pour s’adapter au contexte colonial, sans qu’une réelle administration décentralisée soit instituée.
En effet, l’ancien système caïdal est resté un pilier important de l'administration coloniale des tribus. Le Caïd
____________________________________________________________________________________________________
niveau du douar. Le système du protectorat a juxtaposé à ces diverses autorités des agents français de
contrôle qui intervenaient dans les choix des Caïds, Cheikh et Moqqadem, contrôlent leurs décisions et
Au lendemain de l'Indépendance, le Maroc a hérité d’un territoire déséquilibré, un système urbain inachevé
et une concentration importante des activités économiques surtout à Casablanca. Il apparaît alors essentiel
d’aménagement du territoire afin de rompre avec l’héritage colonial. Cette rupture devait au départ passer
par une réappropriation et reconstruction de l'administration centrale, régionale et locale. Face à une telle
situation, le Souverain Mohamed V a donc décidé de réorganiser l'édifice administratif territorial local par la
base, c'est-à-dire la cellule communale, tout en prenant en considération un certain nombre de paramètres
comme l’uniformisation du régime juridique des communes urbaines et rurales, le respect des réalités
tribales, la délimitation du territoire des collectivités locales sur des bases nouvelles pour leur permettre
autant compromettre l'harmonisation indispensable de l'action de l'État et de celle des collectivités locales
(Basri, 1994). C’est sur la base de ces éléments que sera construite la nouvelle institution communale
(promulgation du dahir du 2 décembre 1959 portant division administrative du Royaume et création de 801
communes urbaines et rurales sur une base territoriale généralisée, etc.). Elle prendra forme avec la Charte
La première phase du processus de décentralisation, toujours en cours au Maroc, ne saura lancer qu’avec
l’accession au trône du Roi Hassan II avec, d’une part, la promulgation de la première Constitution en 1962,
qui consacre à la préfecture et la province un statut de collectivités locales et, d’autre part, l’érigeant de la
préfecture et province en collectivité déconcentrées avec le Dahir du 12 septembre 1963 sur l'organisation
des préfectures pour les zones urbaines et des provinces pour les zones rurales. La préfecture et province
ont désormais une double facette entre la décentralisation et la déconcentration, car, elles représentent le
____________________________________________________________________________________________________
processus de décentralisation correspond plutôt à la mise en place de la charte de 1976, qui insiste sur le
rôle de la commune en matière de développement économique, social et culturel. Cette charte s’est traduite
par le transfert d’une série de compétences et responsabilités au profit des communes, le renforcement des
attributions du président du conseil communal qui, dans l'esprit de la nouvelle réforme, est appelé à remplir
les fonctions de gestion, de décision et même d'autorité. Néanmoins la réforme de 1976 n'a pas pour effet
de rejeter l'État hors du domaine local, puisque dans chaque commune on trouvera de concert deux réseaux
administratifs différents, celui de l'État, représenté par les agents d'autorité, et celui de la collectivité locale
Le défunt roi Hassan II a toujours rappelé la nécessité de créer un lien entre la décentralisation et
déconcentration. Dans son discours à l’occasion de l’ouverture du 7ème colloque National des Collectivités
locales 1998, il disait : « … la déconcentration est le moyen qui permet à l’homme de jouir des bienfaits de
moyen. La décentralisation est une culture. La déconcentration rejette toute attitude négative de repli,
d’esprit possessif, voire de monopole. La décentralisation doit impliquer tout le monde et la déconcentration
doit prévaloir dans tous les départements ministériels et au sein de toutes les administrations… ». D’ailleurs,
Il a débuté le chapitre de déconcentration dès les années 1977, en premier lieu par le Dahir du 15 février
1977 qui a attribué aux gouverneurs représentant le gouvernement central au niveau régional, provincial et
préfectoral, les responsabilités de coordination et de suivi des performances des services extérieurs des
ministères de tutelle, en vue d'assurer la cohérence des différentes politiques sectorielles au sein des
territoires. Puis, le décret du 20 octobre 1993 a défini plus précisément la répartition des attributions et des
Depuis son indépendance, le Maroc a connu des aménagements constitutionnels importants qui ont impactés
ce processus ; six constitutions, d’abord en 1962, 1970, 1972, 1992 puis en 1996 et en 2011, ainsi que 3
En conséquence, les dispositions relatives aux collectivités territoriales en particulier les régions, ont connu
à leur tour une évolution importante. Ainsi, initialement conçue comme un échelon de déconcentration de
____________________________________________________________________________________________________
région a été reconnue pour la première fois par la constitution du 4 septembre 1992 comme collectivité
locale décentralisée, puis confirmée par la constitution du 13 septembre 1996, et enfin par celle du 1er
juillet 2011.
Si l'année 1976 a été celle du démarrage de la décentralisation, l'année 2009 est celle de la démocratie
locale. S’inscrivant dans le cadre d'un vaste projet de modernisation de l'État et d'amélioration de son
efficacité en valorisant ses territoires et sa gestion locale, elle a été incitée par le Roi Mohammed VI, qui n'a
Face aux évolutions importantes que le Maroc a connues en matière de décentralisation, la volonté du Roi
Mohammed VI s’inscrit dans une continuité de celle de son père le Roi Hassan 2 en donnant un nouvel élan
Royaume. L'arrivée du projet de régionalisation avancée a été initiée par la mise en place d'une Commission
consultative de régionalisation (CCR) en 2010. Cette commission a mené une réflexion collective proactive
en lançant une large consultation et un débat national ouvert et engagé, impliquant l'ensemble des acteurs
La promulgation de cette réforme est passée par différents décrets et lois : le décret n°2-15-40 du 20 février
2015 qui fixe le nombre des régions, leur dénomination, leur chef-lieu ainsi que les préfectures et provinces
qui les composent. Actuellement, le Maroc comprend 12 régions, 75 provinces, 1503 communes pour un
pays d’une superficie de 710 850 km et une population de 35 millions d’habitants (Annuaire statistique du
Maroc 2017). Trois lois organiques de décentralisation relatives aux régions, aux préfectures/provinces et
aux communes et à l’organisation des élections locales, en septembre 2015. Trois ans plus tard en 2018, la
la politique de la décentralisation. Elle avait pour objectif la mise en place au niveau local des services
____________________________________________________________________________________________________
A son indépendance, le Maroc a décidé qu’il était nécessaire de rompre avec le modèle de développement
économique qui a prévalu durant l’époque coloniale, et avec la dualité du Maroc « utile 1 » (ou conquis «
pacifié » de la côte et des plaines) et « inutile2 » ou résistant « en cours d’être pacifié » celui de la montagne
et oasis du Sud du Maroc). Cependant, au lendemain de son indépendance, le Maroc a subi la fuite des
capitaux, ainsi qu’une chute brutale des investissements, car il ne représentait plus un territoire
d’investissement pour les capitaux étrangers et surtout français. C’est dans ce cadre que le plan quinquennal
1960-1964 a été réalisé, défini comme un plan de transition d'une économie coloniale à une économie
nationale. Cependant, dans le contexte de la crise budgétaire et politique et avec la démission du premier
gouvernement, les orientations globales de ce plan ont été abandonnées (Adidi, 2014). Cette période
représente le début de l'entrée en scène du FMI (Fonds Monétaire International) et de la BIRD (Banque
avec le FMI pour lui accorder un prêt de 1,3 million de dollars US. Le plan triennal 1965-1967, proposé
comme plan de stabilisation qui s’inspirait de l'idéologie de la BIRD, a classé l’industrie comme non prioritaire
face à l’agriculture, le tourisme et la formation des cadres, et fixé un taux de croissance de 3,7 % par an. Il
a été suivi par le deuxième Plan Quinquennal 1968-72 qui a repris les mêmes options mais en fixant un taux
de croissance de 4,3% par an. Le plan quinquennal (1965-67) a été le premier à traiter de l’Aménagement
du Territoire comme politique publique de développement régional, et cette définition sera ensuite adoptée
par tous les Plans de Développement Économique et Social successifs à partir de 1973. C’est en 1968 que
sera créé un comité interministériel de l’aménagement du territoire (CIAT), suivi en 1997 par la création du
2001 est organisé le débat National sur l’aménagement du territoire et l’établissement d’un Schéma National
beaucoup évolué. Ces transformations avaient et ont comme grand enjeu le développement équilibré du
Pays. L’objectif est de faire face à la concentration des de l’activité et de la population sur l’axe atlantique,
place un processus de gouvernance territoriale axé sur les projets et l’implication de différents acteurs. Pour
cela, il s’agit de faciliter la coordination entre les porteurs de projets et leur implication dans les processus
de décision qui n’est plus seulement laissé entre les mains de l’État, et d’éviter des conflits et controverses
et le revers d’une même politique et constituent ensemble les conditions nécessaires du développement
territorial. Ces politiques s’inscrivent dans un long processus toujours en cours et qui a un seul et ultime
objective de réussir le développement territorial. Toutefois, ces politiques favorisent l’émergence d’une
pluralité d’acteurs à différentes échelles et a intérêts multiplies voir divergents. Cette diversité d’acteurs et
territoriale. Cette, transformation s’explique par le fait que « les acteurs gouvernementaux n’ont plus le
monopole d’une action publique qui relève aujourd’hui d’une multiplicité d’acteurs dont la capacité d’action
collective détermine la qualité » (Duran, 2001, p. 370). Ainsi, mettre en place un processus de gouvernance
territoriale afin de mener une action collectivité et concilier l’intérêt multiple n’est pas une affaire facile, c’est
ce que nous allons développer tout en long de cette thèse à travers des études de cas multiples.
Zone d’étude
Généralement, notre zone d’étude est la région Marrakech-Safi (nous y reviendrons dans la méthodologie
pour une présentation détaillés). C’est l’une des douze régions du Maroc, créée par la loi 114-14. Cette
nouvelle entité territoriale comprend la préfecture de Marrakech Chef-lieu de la région et les sept provinces
____________________________________________________________________________________________________
l’ancienne région de Marrakech-Tensift-Al Haouz à laquelle se joignent désormais les provinces de Youssoufia
et de Safi. L’adhésion de ces deux provinces ont permis à l’ancien territoire régional de gagner une superficie
additionnelle de 13.141 km2 (en passant de 31160 à 44301km²), et a permis également à sa population de
passer de 3.102.652 (recensement de 2004) à 4.520.569 habitants selon le recensement de 2014, soit une
augmentation absolue de 1.417.917 habitants (Figure 1). Elle occupe ainsi la 3ème place, en termes de
(13.53%). Entre 2004 et 2014, la population régionale a crû au rythme moyen annuel de 1.27%, soit un
rythme plus accéléré que celui de la période intercensitaire précédente (1.17% entre 1994-2004) et
inférieure à la moyenne nationale qui est de 1.32%. Par ailleurs, ce Taux d’Accroissement Annuel Moyen
(TAAM) est plus important en milieu urbain qu’en milieu rural. En effet, tandis que le milieu urbain enregistre
un TAAM de 1.68%, le milieu rural n’affiche qu’un taux de 0.92%. (Monographie e SDAU de Marrakech,2017).
____________________________________________________________________________________________________
Sud, par la chaine montagneuse du Haut Atlas (régions du Souss-Massa et du Drâa-Tafilalet). A l’Est, par la
L'objectif de cette thèse est d’étudier les politiques territoriales mettant en jeu des rapports de pouvoir entre
les acteurs décentralisés (Acteurs politiques) et déconcentrés (Acteurs administratifs) dans la gouvernance
des projets d’aménagement des territoires à l’échelle locale. Des projets d’aménagement des territoires
locaux de la région Marrakech-Safi seront analysés au prisme des nouvelles politiques de décentralisation
et de déconcentration.
Une des originalités et contribution de ce sujet réside dans la masse d’information collectée sur terrain et
____________________________________________________________________________________________________
Jusqu’à présent, les études sur l’aménagement des territoires locaux et de la gouvernance des politiques de
lois et des documents administratifs, tels que le schéma national d’aménagement du territoire, la loi
organique des collectivités territoriales, la charte de déconcentration, etc., ainsi qu’aux nouveaux grands
Notre contribution se situe donc dans l’analyse des modes de gouvernance des politiques de
décentralisation/déconcentration récemment adoptées par le Maroc à travers des cas pratiques de projets
d’aménagement des territoires locaux de la région Marrakech Safi, plus spécifiquement avec 3 territoires
− Analyser comment les acteurs issues des nouvelles politiques de décentralisation et déconcentration
s’impliquent, ou pas, dans la réalisation et la réussite des projets d’aménagement des territoires locaux.
− Comprendre comment les pouvoirs sont exercés mutuellement entre les acteurs décentralisés et
− Identifier les jeux, les enjeux et les intérêts des différents acteurs déconcentrés et décentralisés.
L’administration marocaine a subi plusieurs transformations, tant sur le plan central qu'au niveau local. Elle
n'a pas cessé de se développer, de s'adapter et de se structurer pour rompre avec le déséquilibre hérité de
la colonisation et pour répondre au mieux aux besoins de l'administré. Pour cela le Maroc, s’est engagé
depuis son indépendance en 1956 à mettre sur pied et à parfaire les instruments nécessaires à ses politiques
de développement, à travers les réformes communales des années 1959-1960, les aménagements
____________________________________________________________________________________________________
le nouveau découpage régional des collectivités territoriales décentralisées en 1997 et la charte nationale
depuis 1960, elles n’ont pas donné leurs fruits en matière de développement économique et social. Ainsi, la
dualité d’un Maroc « utile » et un Maroc « inutile » de l’époque du protectorat reste toujours d’actualité.
C’est ce qui a donné un caractère urgent à la mise en œuvre de la régionalisation avancée, qui était lancée
en 2010, et renforcée un an plus tard par la nouvelle Dans ce cadre, et pour renforcer cette régionalisation
avancée, des lois organiques relatives aux collectivités territoriales ont été promulguées en 2015. Elles
avaient comme principaux objectifs l’encadrement des compétences des collectivités territoriales, la
comme fondement de l’organisation territoriale, ainsi que la libre administration. Trois ans plus tard et afin
la charte de la déconcentration a vu le jour en 2018. Elle avait pour objectif la mise en place au niveau local
des services déconcentrés de l’administration centrale et des services déconcentrés de l’Etat qui assurent la
décentralisée. Le développement territorial est désormais tributaire de la manière dont les deux acteurs
décentralisés et déconcentrés, à savoir les acteurs locaux gouvernent leurs territoires. Néanmoins, cette
gouvernance territoriale ne peut être mesurée qu’à travers les projets d’aménagement des territoires locaux,
représentant ainsi la scène de dialogue, de concertation de controverse et de conflits entre acteurs. En effet,
la relation entre ces deux politiques de décentralisation et déconcentration en principe est complémentaires,
elle vise à assurer un meilleur équilibre des pouvoirs sur l’ensemble du territoire (A. Nkoghe, 2013). Mais,
ces nouvelles politiques favorisent l’apparition de nouveaux acteurs territoriaux (comme la société civile, les
acteurs privés, etc) (Gumuchian et al, 2003), et l’émergence de ce nouvel acteur donne lieu à des nouvelles
interactions et enjeux de pouvoir décisionnel de nature différentes (N. Nejjar, 2016). Il s’agit donc d’une
réorganisation territoriale, ou l’espace devient redéfini comme lieu d’expression de conflits d’appropriation,
____________________________________________________________________________________________________
Mais certains auteurs affirment que la bonne gouvernance territoriale est un dissociable des conflits, car elle
consiste à intégrer et concilier les intérêts multiples voire divergents d’une pluralité d’acteurs (Vodoz et al,
2013), publics et/ou privés, déconcentrés et/ou décentralisés sur un territoire donné ou autour d’un projet
commun qui constitue une scène territoriale de dialogue entre acteurs (Kadiri et al. 2011). Mais pour que
les conflits nourrissent où faire émerger une autre façon de gouverner, ils passent nécessairement par la
mise en commun des ressources, l’harmonisation des logique différentes, par la cohésion dans les
interactions (Niang et al, 2021) la coordination, la coopération, la négociation, le choix des priorités et le
partage de responsabilité, sous l’égide de l’Etat, garant de sa légitimité afin d’aboutir à un développement
Les aménagements politico-constitutionnels adoptés au Maroc jusqu’à présent (Figure 3), sont loin d’être
des remèdes aux causes structurelles des disparités spatiales, de la pauvreté et des crises socio-
économiques. Car, n’a jamais été question de mener une vraie politique d’aménagement du territoire, mais
plutôt une politique sectorielle. D’où l’urgence de revoir le système de la gouvernance qui reste un chantier
à construire de point de vue contenue et modalité d’application. En fait, le déficit en termes de gouvernance
a été mentionnée dans le rapport « 50 ans de développement humain, Perspectives 2025 » réalisé en 2006,
spatiale des activités dans une partie seulement du territoire ; les disparités en matière de développement
que connaît le Maroc, est à trouver au niveau local et national, personne ne peut se prononcer sur l’efficacité
et la capacité des projets et stratégie menés actuellement pour résorber les déséquilibres hérites et
nouveaux. La raison fondamentale tient à la difficulté d’insertion de ces projets dans leur territoire et pour
en faire de véritable levier de développement, ainsi qu’à la difficulté d’adaptation des acteurs aux
gouvernance se fait la réalisation de ces projets et quels effets sur les territoires locaux ?
Est-ce que la gouvernance territoriale peut trouver écho dans le contexte marocain de l’approche territoriale?
En quoi la gouvernance est susceptible de résorber les controverses et les intérêts divergés des acteurs ?
s’agit-il d’un problème de coordination, s’agit-il d’un problème culturel ou tout simplement d’une autre façon
de concevoir le pouvoir décisionnel ? Quels effets sur le développement territorial des zones concernées par
H1 : Les intérêts opposés des acteurs déconcentrés et décentralisés affaiblis largement la démarche de
déconcentrés et décentralisés compliquent les tâches de l’action publique pour le développement territorial.
la persistance de la gouvernance top-down ce qui impacte négativement l’efficacité de réalisation des projets
de territoire et laissent des régions dans l’insuffisance des résultats de développement territorial.
____________________________________________________________________________________________________
Afin de construire notre connaissance en partant de notre vision de la réalité en tant que géographe, notre
posture sera précisément constructiviste avec une démarche hypothéco-déductive qui s’inscrit dans la
nouvelle géographie. Cette posture a été choisie grâce à un travail de recherche théorique approfondie, ou
nous avons bien pris connaissance des paradigmes existants. Différents approches et méthodes
pratiques ont été mobilisées dans notre recherche et seront développées dans la première partie
de cette thèse. Mais nous voudrions montrer ici l’édifice méthodologique construit pour appréhender de
Dans cette perspective, la présente étude repose à la fois sur l’approche systémique, prend appui sur les
interactions entre les différents acteurs d‘un territoire (Fromont et al, 2011) et multiscalaire, croisant
différentes échelles d’observation du développement territorial, elle renvoie à la multiplicité des niveaux de
gouvernement conjointement impliqués dans l’action publique territoriale (Mabileau, 1999). Le croisement
de ces approches permet d’une part de problématiser la définition du centre de gravité de l’action publique
territoriale et d‘identifier les acteurs dominants qui détiennent les fonctions d’intégration et de coordination
Structure de la thèse
Grâce aux résultats tirés de cette recherche, la présente thèse en géographie met en évidence la manières
dont les acteurs décentralisés et déconcentrés, gouvernent les projets d’aménagement des territoires à
l’échelle locale. Pour illustrer cela, cette thèse est organisée en trois parties majeures, chacune étant
Dans la première partie, nous exposons le protocole de recherche, incluant la justification du choix du terrain
d'étude, le processus d'enquête, de collecte et d'analyse des données. Ensuite, nous présentons les concepts
genèse dans le contexte marocain. Dans cette partie, une attention particulière est accordée au concept
polysémique de la gouvernance territoriale, afin de proposer une définition à la fois pertinente pour notre
____________________________________________________________________________________________________
analysons les décompositions et recomposition que la région Marrakech Safi a connues avant et après la
colonisation.
Pour ce faire, nous abordons la transition des territoires des tribus aux régions, les disparités et injustices
territorial en fonction du niveau de développement. Enfin, cette partie se termine par la présentation des
projets sur lesquelles nous avons travaillé pour analyser la gouvernance territoriale.
La troisième et ultime partie de notre étude se concentre sur la présentation des résultats issus des diverses
recherches et analyses réalisées sur nos 15 territoires d’études. Tout au long de cette partie, nous tenterons
d’exposer les résultats des enquêtes menées autours de la prise de décision et la coordination des acteurs
déconcentrés et décentralisés, les liens et la nature des relations entre les échelles territoriales, l’implication
des citoyens dans la prise de décision, l’autonomie dans la prise de décision au niveau local et à l’échelle de
Également, nous analysons des disparités « compétencielles » entre les acteurs décentralisés et
Par la suite, nous présenterons les résultats de la gouvernance territoriale, en examinant les rôles et
responsabilités des autorités locales, des élus, de l’État, de la société civile et du secteur privé pour renforcer
le système de la gouvernance territoriale des projets d’aménagement des territoires locaux. Enfin, nous
Pour conclure, nous aborderons la conclusion générale en mettant en lumière les principales contributions
théoriques et méthodologiques de la recherche ainsi que les résultats clés. Nous discuterons également des
____________________________________________________________________________________________________
____________________________________________________________________________________________________
1. Introduction partie 1
Depuis l'indépendance, le Maroc a connu des transformations profondes qui ont rendu nécessaire la révision
de la politique d'aménagement du territoire. Cette dernière a suivi les grandes étapes économiques et
politiques que le pays a traversées. Pendant les trente premières années qui ont suivi l'indépendance,
l’aménagement du territoire s'est inscrit dans une approche sectorielle de l'action de l’État ainsi que dans
une planification économique à caractère vertical. Aujourd’hui, les disparités spatiales héritées de la période
coloniale persistent toujours. Ces disparités (excepté celles imposées par la géographie physique) trouvent
leur explication dans la trajectoire historique du Maroc depuis sa colonisation et dans les choix stratégiques
du Maroc depuis l’indépendance. Pour comprendre cela, nous allons interroger la politique d’aménagement
par des disparités spatiales, est un élément très important qui a enclenché le processus de refonte de la
déconcentration. Ces réformes correspondent pour le Maroc à des outils de modération et de consolidation
de la gouvernance territoriale. Pour comprendre cela, il nous semble essentiel de passer par une
présentation du concept de gouvernance et de ses différentes acceptions et usages. Ensuite, nous allons
présenter la conception de la gouvernance territoriale au Maroc, tout en établissant une définition adaptée
le choix de la zone d'étude. Bien que nous ayons déjà introduit la position géographie de notre région d’étude
dans l’introduction générale, nous avons choisi de consacrer un chapitre entier à la première partie pour la
présentation du contexte spatial de notre région. Cette décision s'explique par notre adoption d'une méthode
innovante qui croise deux approches pour sélectionner nos zones d’études : l’approche géographique, par
____________________________________________________________________________________________________
Cette méthode nous a permis de classer en trois catégories les communes de la région, à savoir : communes
développées, en développement et sous-développées. Ainsi, nous avons estimé nécessaire de détailler ces
deux approches dans un chapitre. Pour ce faire, nous commençons par présenter le contexte spatial de la
Ensuite, nous exposons les étapes de calcule de l’indice de développement territorial multidimensionnel, les
études de cas, ainsi que les outils d’enquête, comprenant un guide d’entretiens et un questionnaire
complémentaire. Enfin, nous concluons le chapitre par en présentant le déroulement des entretiens et les
l’impossibilité d’étudier les 216 commune de la région de Marrakech-Safi. Nous nous sommes basés dans le
− Une approche géographique, par le choix des territoires selon leurs unités géographique.
− Une approche par niveau de développement par le calcul de l’indice développement territorial
multidimensionnel au niveau communal (IDTMC), afin de classées en trois catégories les communes de
développées.
Cette approche, consiste à choisir un territoire de chaque unité géographique de la région Marrakech-Safi.
Afin de choisir nos territoires, nous avons tracer deux axes Nord-Sud et Est-Ouest, qui regroupe l’ensemble
____________________________________________________________________________________________________
Le choix de notre zone d’étude s’est porté sur la région Marrakech-Safi caractérisée par un cadre
La Région dispose d’un cadre géographique varié (Figure 4) composé de 8 grands ensembles naturels et 5
unités géographiques :
____________________________________________________________________________________________________
plate.
− La Chaîne des Jbilets, formée de montagnes de faible altitude émergeant entre les plaines du Haouz et
la Bahira.
− La plaine du Haouz.
− La Plaine des Abda, les collines et les zones accidentées de Mouissates, les cordons dunaires du Sahel
____________________________________________________________________________________________________
− L’unité de la zone des plaines : Elle englobe les plaines du Haouz central, de Rehamna puis Tassaout
− L’unité de la zone du piémont (Dir) : Elle constitue une zone de transition entre la montagne et la
plaine, est caractérisé par l’existence de falaises et une altitude variant de 1.000 à 2.000 mètres (dont
fait partie les Jbilets qui sont formés par une chaîne de petites montagnes qui ne dépassent pas les
1.000 m d’altitude).
− L’unité de la zone de plateaux : Elle comprend les plateaux de Rehamna, Bahira et Gantour, présentant
− L’unité de la zone de montagne : Elle occupe une part importante de la chaîne du Haut Atlas ; cette
zone est caractérisée par une grande diversification et l’existence de montagnes rocheuses. Elle
renferme le point culminant du Maroc (Toubkal 4.167 m) et d’autres sommets dépassant 3.000 m
d’altitude : Taourirt (4.001 m), Bouaghiou (3.373 m). Ces montagnes constituent un réservoir d’eau et
la source d’un grand nombre d’Oueds dont notamment Zat, Ghmat, Ourika, Rhiraya, Assif Al Mal,
− L’unité de la zone côtière : Elle englobe la partie côtière du bassin d’Essaouira-Chichaoua limitée au
Nord par Jbel Lahdid, au Sud par oued Tidzi, à l'Est par les reliefs de Chiadma du Sud et Haha du Nord
et par le diapir de Tidzi et à l'Ouest par l’océan Atlantique, et, la partie plaine de Abda, s'étendant de
Doukkala au Nord, de l’Oued Tensift au Sud et par les collines des Mouissettes à l'Est.
Le climat
La région est caractérisée par un climat aride et semi-aride, soumis aux influences de l’Océan Atlantique et
aux altitudes très élevées du Haut Atlas. Le climat est océanique dans la province d’Essaouira et de Safi,
continental dans la préfecture de Marrakech, les provinces d’El Kelaâ des Sraghna, Rhamna, Youssoufia et
Al Haouz. Les zones intérieures de la région connaissent un hiver froid, avec de faibles précipitations, et un
été chaud et sec, avec un couvert végétal qui s’étend sur une superficie de 721.876 hectares, ce qui
représente 22,6% du total national, dont près de 65.120 hectares de plantations artificielles forestières et
fruitières. La région est caractérisée par des altitudes faibles au nord, moyenne au centre et élevée au sud.
____________________________________________________________________________________________________
haut atlas occidental (SUD). Le réseau routier dans la région de Marrakech-Safi totalise un linéaire de 18144
Km dont 15342,071 km godronnée et 2802,228 km en état de piste. Concernant les différents types
Dans la région Marrakech-Safi, le taux de la population active est de 47,2 %. Toutefois, la région affiche un
taux de chômage de 13,1 %, avec un taux d’analphabétisme de 37,8% et un taux de pauvreté de 11,3 %.
Cette région compte parmi les cinq régions « les plus pauvres » du pays. En effet, le taux de pauvreté est
tendance nationale, le taux de pauvreté à Marrakech-Safi est en en baisse puisqu’il est passé de 11.2% en
2007 à 5.4% en 2014. Des disparités particulièrement préoccupantes sont observées entre la préfecture de
l’agriculture vivrière, et à l’exode rural qui en découle (SDAU, 2017). Ainsi, Marrakech draine la majorité
des investissements et des forces vives de la région, et concentre la plupart des services comme la santé,
Cette approche (Figure 6) consiste à calculer l’indice de développement territorial multidimensionnel (IDTM)
des collectivités territoriales, à savoir les communes (IDTMC) et les provinces (IDTMP) qui composent la
région de Marrakech-Safi. Pour cela, on s’est basé sur les données du recensement général de la population
Afin d’analyser la relation de causalité et/ou corrélation entre les valeurs de déficits, nous avons effectué
une analyse statistique par composantes principales (ACP) et une classification ascendante hiérarchique
(CAH).
____________________________________________________________________________________________________
Le calcul de l’indice de développement territorial multidimensionnel (IDTM) est basé sur les données du
recensement général de la population et de l'habitat du Maroc de 2014, et sur la méthode du choix des
indicateurs, adoptée par le Programme des Nations unies pour le développement PNUD (2015) et
l'observatoire national du développement humain l’ONDH (2017). Cette méthode est basée sur le choix des
principales dimensions qui, ensemble, expriment mieux le niveau de développement. Ce sont le niveau
d’éducation, le taux d’activité économique, l’état de santé, les conditions de logement, le cadre de vie et la
− La dimension de l’état de santé est mesurée par l’espérance de vie à 60 ans et le taux de survie au-
delà de 70 ans ;
− La dimension de l’emploi est mesurée par le taux de chômage et le taux d’emploi rémunéré ;
____________________________________________________________________________________________________
de ménages disposant d’une douche, cuisine, WC, le pourcentage de villas, maisons marocaines, le
− La dimension des services sociaux est mesurée par le pourcentage de ménages disposant de
− La dimension cadre de vie est mesurée par le pourcentage de ménages ayant un ordinateur, téléphone
Par la suite, des tests statistiques d’homogénéité d’Alpha de Cronbach ont été appliqués aux différentes
Ensuite, l’indice dimensionnel (un indice dimensionnel est la moyenne arithmétique simple des sous indices
de ses indicateurs élémentaires) est créé en calculant les sous indices de chaque dimension (consistant à
définir des valeurs maximales et minimales pour convertir tous les indicateurs en indices compris entre 0 et
____________________________________________________________________________________________________
En se basant sur l’approche et les résultats de l’ONDH (2017) pour le calcul des déficits de développement,
On a calculé dans un premier temps la moyenne du déficit de développement par commune à travers
l’équation suivante :
∑(𝑑é𝑓𝑖𝑐𝑖𝑡𝑠)
𝑀𝐷𝐷𝐶 = (eq. 1)
𝑛 (𝑛𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒𝑑𝑒𝑠𝑑é𝑓𝑖𝑐𝑖𝑡𝑠)
Ensuite l’indice de développement territorial multidimensionnel au niveau communal a été calculé sur la
Enfin l’indice de développement territorial multidimensionnel au niveau provincial est calculé à partir de
l’équation suivante :
∑(𝐼𝐷𝑇𝑀𝐶×𝑝𝑜𝑝𝑢𝑙𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛)
𝐼𝐷𝑇𝑀𝑃 = ∑ 𝑝𝑜𝑝𝑢𝑙𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠
(eq. 3)
Les résultats de ces indices se situent entre 0, correspondant à un développement territorial minime, et 1
correspondant à un développement territorial adéquat . Ainsi, les communes et provinces les plus
développées sont celles qui affichent l’indice de développement local le plus élevé ou bien qui approchent
En croisant ces deux approches, nous avons pu sélectionner 15 communes sur lesquelles nous avons ensuite
____________________________________________________________________________________________________
− Pour la zone de plaine, nous avons choisi les communes de Marrakech (développée), Sidi Ali Labrahla
− Pour la zone du piémont (Dir), nous avons choisi la commune de Amizmiz (développée), Skhour
− Pour la zone de la Montagne, nous avons choisi la commune d’Asni (développée), Ouazguita (sous
− Pour la zone côtière, nous avons choisi la commune d’Essaouira (développée), Smimou (en
____________________________________________________________________________________________________
autour :
− Des investigations documentaires et bibliographiques, qui ont porté sur les publications et ouvrages qui
traitent la question de la gouvernance des projets d’aménagement, la relation entre les acteurs locaux,
− Des textes de lois et reformes qui encadrent l’action publique territoriale en général et les politiques de
communal.
− Des études réalisées par certaines institutions telles que l’OCDE, la GIZ et le PNUD, concernant la
− Des plans d’action, de développement, de planification (PAC, PDP, PDR, SNAT, le SDAU…etc) et tout
− Des participations aux congres, colloques, séminaires et journées d‘étude en relation avec notre
thématique.
− Nous avons aussi consulté les archives (archives diplomatiques françaises conservées à Nantes et à la
− Enfin, des enquêtes sur terrain, enrichies par des observations, des entretiens, des discussions avec
Après la détermination des zones d’études et après une phase de documentation et de lecture approfondie,
une enquête exploratoire sur terrain a été effectuée sur l’ensemble des communes du 19/01/2021 au
− La collecte des plans d’action et de développement, des documents de planification et toutes autres
informations nécessaires pour le choix des projets qui vont faire l’objet d’étude
____________________________________________________________________________________________________
sera mesurer la pratique de la gouvernance territoriale des projets d’aménagement des territoires
locaux.
Le travail à partir d’études de cas est très largement répandu, notamment dans la recherche en science
sociale (Gerring 2004 ; Hartley 2004 ; Robson 2011) où il est considéré comme avantageux car il peut
guider la recherche en offrant des méthodes diversifiées à travers des sources multiples. Cette recherche
examinant comment les acteurs décentralisés et déconcentrés gouverne les projets d’aménagement des
territoires locaux dans le contexte d’une gouvernance territoriale à plusieurs niveaux, cela nécessite des
données suffisantes pour fournir un aperçu approfondi tout en analysant les relations complexes entre les
acteurs à différentes échelles. L'approche par étude de cas peut répondre à cet objectif, car elle se
caractérise par l’efficacité de l'enquête et la richesse des données empiriques. Le choix de cette stratégie de
recherche est en effet principalement justifié par la complexité du contexte de recherche, la nature très
regroupent au moins un acteur déconcentré et un acteur décentralisé (Tableau 2, Figure 8). La justification
de notre choix est principalement basée sur le fait d’éviter les projets irréalisables 3. Également, le choix de
ces projets comme étude de cas va nous aider à déterminer les acteurs à enquêter.
3
Les projets irréalisables selon les acteurs locaux, sont les projets qui ne font pas l’objet d’une convention de partenariats signée de la part de l’ensemble des
partenaires. Car, sans convention il n’y a pas de budget ni d’engagement
____________________________________________________________________________________________________
____________________________________________________________________________________________________
1). Pour les entretiens, semi-directifs, ils se sont déroulés à partir d'un guide d'entretien défini au préalable,
et qui liste les thèmes qui doivent être abordés dans le courant de l’entretien (Given, 2008). La conception
du guide d’entretiens et du questionnaire est basée sur le choix des questions visaient permettant à
identifier les indicateurs et variables nécessaire pour répondre à notre problématique. L'ensemble de ces
questions ont été défini grâce à notre enquête exploratoire et à partir d'une analyse détaillée de la littérature
a) Les entretiens
Les entretiens avec les acteurs ont commencé le 26/01/2021. Nous avons commencé par le niveau
communal, pour passer ensuite au niveau provincial, puis régional et enfin national. Notre population ciblée
était les présidents des conseils provinciaux et communaux, les bénéficiaires des projets présentés par des
associations ou des personnes, le président du conseil régional, les directeurs provinciaux et régionaux, les
gouverneurs et le wali, les agences et les régies (qui sont partenaires dans l’un des projets choisis), les
téléphone. Ces correspondances étaient dues à la nécessité d'obtenir des clarifications supplémentaires ou
à des demandes de renseignements sur une nouvelle question ou information. D'autres contacts pour obtenir
des informations supplémentaires ont été pris en permanence au cours de la phase d'analyse des données
et de la phase de rédaction, lorsque cela s'est avéré nécessaire (Figure 9). Aussi, il est nécessaire de
mentionner que certains acteurs (4) n‘ont pas accepté de nous accorder un entretien.
Les entretiens, méthode la plus importante de cette recherche, ont été menés dans le but de comprendre
la manière dont la décision est prise, ainsi que les interactions et la nature des relations entre les acteurs
Afin d'atteindre cet objectif, les entretiens se sont déroulés en trois phases :
− La première phase concerne des entretiens à l’aide d’un guide d’entretien et d’un questionnaire adressé
− La deuxième phase concerne des entretiens à l’aide d’un questionnaire avec des représentants des
− La troisième phase concerne des entretiens avec les acteurs au niveau national, notamment les
____________________________________________________________________________________________________
la poursuite des entretiens sans difficulté. Ceci était crucial car les individus sont plus disposés à s'ouvrir
Des efforts particuliers ont donc été indispensable pour créer une atmosphère détendue, en choisissant,
dans la mesure du possible, le bureau de l’acteur interrogée ou un café comme lieu d'entretien, car
l'environnement de la discussion avec la personne concernée est primordial. Nous tenons également à
préciser que pour mener les entretiens il fallait effectuer beaucoup de déplacement à l’échelle locale et
nationale.
Au cours des entretiens, les interactions entre le chercheur et l'interviewé peuvent avoir une grande
importance car elles peuvent affecter le résultat de l'entretien. Un effet d'interaction positif améliore le
précieuses. L'absence d'une interaction appropriée ou une interaction négative entraîne l'échec de la
recherche, car il n'y aura pas suffisamment de données pour soutenir ou justifier les résultats.
Les entretiens effectués avec les acteurs déconcentrés et décentralisés ont été pour la plupart d'une durée
de 45 minutes à 1h30, tandis que les entretiens avec les acteurs au niveau central ont duré de 15 minutes
à 45minutes, selon la disponibilité de la personne interrogée. Étant donné que les entretiens doivent être
menés dans un intervalle de temps déterminé, la gestion du temps est une question importante et peut
entraîner des répercussions sur la qualité de l'entretien. A la fin de chaque entretient, nous avons procédé
au remplissage d’un questionnaire qui contient les mêmes axes du guide d’entretien mais avec des questions
fermées.
La confidentialité est l'exigence de base pour le chercheur pour garder l’anonymat de toutes les informations
recueillies lors de l'enquête. Cela signifie également que les chercheurs ne doivent pas divulguer ces
informations à quiconque qui n'a pas le droit légal d'y accéder, et qu'ils doivent empêcher le fournisseur
d'informations d'être retracé par les informations divulguées (Silverman, 2013). Ainsi, une promesse de
confidentialité a été faite explicitement aux interviewés avant le début de l’entretient, car la confidentialité
aide le chercheur à gagner la confiance et la coopération des interviewés tout au long de l'enquête. Par
____________________________________________________________________________________________________
propres intérêts. Simultanément, des pseudonymes ont été utilisés lors de l’analyse des résultats pour
protéger l'identité des interviewés et pour éviter les inconvénients d'un anonymat complet, car, selon
(Denscombe, 2010) la publication de détails sur les méthodes de collecte de données est fondamentale pour
la recherche scientifique. En effet, sans ces détails, il serait impossible d'évaluer le travail ou de vérifier la
le but unique de sélectionner nos communes d’étude parmi les 216 communes de la région Marrakech-Safi.
La projection spatial des résultats du calcul de l’indice de développement territorial multidimensionnel nous
a révélé d’autres pistes de recherche que nous explorerons ultérieurement dans la partie 2. De plus, la
Au sein de ces 15 communes, nous avons choisi un projet par commune et identifié les acteurs impliqués
dans chaque projet. Les acteurs identifiés représentent 40% des acteurs décentralisés, 31% des acteurs
déconcentrés, 8% des acteurs de l’administration centrale et 21% des acteurs de la sociétés civile ou
bénéficiaires de projets. Nous avons mené des entretiens avec chacun de ces acteurs en utilisant un guide
d’entretien et un questionnaire.
L’approche méthodologique que nous avons adoptée, nous a permis de constituer une base de données
riche et diversifie en termes de résultats. La confrontation de ces résultats avec le cadrage théorique que
nous nous présenterons dans le deuxième chapitre fournira des éléments de réponses efficace à notre
problématique.
du Maroc en matière de politiques publiques, passe tout d’abord par la décomposition de la trajectoire
____________________________________________________________________________________________________
Dans ce chapitre, nous allons présenter l’évolution de la définition de l’aménagement du territoire, sa genèse
et ses objectifs. Puis, nous allons présenter la naissance de la politique d’aménagement du territoire au
Nous allons finir le chapitre par l’analyse du concept de la gouvernance depuis sa naissance, en mettant
l’accent sur les différentes définitions qui lui ont été attribuées à travers le temps et les champs disciplinaires,
pas comprendre ces inégalités ni penser l’aménagement du territoire sans passer par l’histoire du territoire
concerné. En effet, le territoire est un produit historique, construit au fil des siècles par une société
organisée, afin de répondre à ses besoins de fonctionnement, de sécurité et de développement. Cette notion,
apparue au 13ème siècle, n'a pas cessé d'évoluer. Dans son ancienne acception, le territoire faisait référence
à la Région ou la Province. À partir du 17ème siècle, le territoire désignait aussi la ville et sa banlieue (De
Dainville, 1964) À la même époque, il est également utilisé dans un sens politico-administratif (George et
Verger, 2009) pour définir le périmètre étatique délimité par les frontières du pays. Puis, depuis 1990, la
définition du terme « territoire » s'est élargie, d'une simple appellation politico-administrative à un concept
qui désigne aussi un territoire d'appartenance où se déroulent différents projets et pratiques, individuels ou
collectifs. Le concept de territoire peut donc avoir des sens multiples, associés à son caractère dynamique
et évolutif à travers le temps. Nous y reviendrons, et expliquerons plus en détails la notion de territoire.
émergence en tant que mode d’action de développement transformation des territoires. Ensuite, nous
verrons les motivations qui ont amené aux modalités actuelles des politiques d’aménagement qui ont
____________________________________________________________________________________________________
en France à la fin de la Seconde Guerre mondiale, telle qu'elle a été introduite au Maroc pendant la période
l’aménagement est un ensemble d’actions visant à disposer avec ordre les habitants, les activités, les
constructions, les équipements et les moyens de communication sur l’étendue d’un territoire. Aussi,
l’aménagement est une action volontaire, impulsée par les pouvoirs publics (gouvernement ou élus selon
l’échelle du territoire concerné). L’aménagement peut se concevoir à des échelles très diverses : du territoire
d’un pays (aménagement du territoire), jusqu’à une ville ou un quartier (aménagement urbain ou
urbanisme), voire d’un local (aménagement d’un appartement, de bureaux, d’une usine), mais, dans ce
dernier cas, dans une acception plus limitée (disposition des objets et utilisation de l’espace disponible).
L’aménagement est par essence global. Il en est ainsi lorsqu’on parle d’aménagement du territoire, de
accompagné d’un adjectif, pour une action plus spécialisée : aménagement agricole, industriel, touristique,
etc. Il peut aussi s’appliquer à un milieu déterminé - aménagement de la montagne, du littoral, de l’espace
de l’espace dans lequel ils vivent, a toujours existé. L’idée et surtout le fait d’aménager sont très anciens.
Dans la recherche d’une adaptation à leurs milieux, des Etat et des communautés ont pratiqué
l’aménagement du territoire sans le penser comme une politique globale. L’aménagement du territoire est
étroitement lié au principe de survie sur un territoire. Les remparts, les châteaux, les ksour, les kasbahs,
les axes de communications ou les frontières sont également des raisons d’aménager autant que le
développement économique. A titre d’exemple, on peut citer les grands travaux d’irrigation qui remontent
à l’antiquité ou encore les voies romaines créée crées dans tout l’empire romain.
La conception actuelle de l’aménagement a commencé à prendre corps dans les années 1930 avec différents
projets. Par exemple en 1933, après le krach boursier de 1929 et sous la présidence de Franklin Roosevelt,
les États-Unis ont mis en place le programme du New Deal avec pour objectif de soutenir les couches les
____________________________________________________________________________________________________
vallée du Tennessee a été créée. Cette agence avait comme mission d’aider à un développement global de
l’agriculture, la reforestation.
Autre exemple, dans les années 1920, au sein de l'Union soviétique, une grande partie de l'activité
"raisonnable" pour le développement du pays et le bien-être de la population. Cependant, à partir des années
1930, la prééminence de la dimension économique de la planification et le cadre totalitaire dans lequel elle
On peut citer aussi en Italie, des projets pour réduire les disparités entre le nord du pays et le Mezzogiorno,
ou en Grande-Bretagne, pour faire face aux premières difficultés des régions d’ancienne industrialisation.
Ces exemples de politiques d’aménagement du territoire partagent presque les mêmes motivations, à savoir
parution en 1947 dans le livre de Jean-François Gravier « Paris et le désert français ». Pour ce dernier,
l’aménagement du territoire apparaît comme une « exigence de justice spatiale et de correction des
disparités ». Ajoutant à la mesure de la justice spatiale une dimension économique et une exigence
technique qui allie la poly fonctionnalité et la diversité, Eugène Claudius-Petit et Edgard Pisani définissent
l’aménagement du territoire comme « la prise en conscience de l’espace français comme richesse et comme
devoir »(Pisani,1956) et comme « la recherche dans le cadre géographique de la France d’une meilleure
répartition des hommes en fonction des ressources naturelles et de l’activité économique » (Petit,1950).
Ensuite, Lamour, considère que l’action d’aménager le territoire est une manière d’application de la
démocratie locale. Pour lui, « L'aménagement du territoire est l'instrument d'une démocratie moderne (…).
L'aménagement du territoire lui offre le territoire comme champ d'action et la possibilité de son
épanouissement. Ce n'est pas la politique d’un groupe, d'un gouvernement ou d'un régime. C'est l'œuvre
____________________________________________________________________________________________________
pour la conquête et la construction de leur avenir. C'est l'expression nouvelle de l'esprit civique. »
(Lamour ;1967). En 1979, Yves Madiot, propose à son tour une définition interdisciplinaire. Selon lui,
l’aménagement du territoire repose sur la mise en valeur des massifs montagneux, la protection du littoral,
les parcs naturels et la création des zones industrielles, il est également lié au tourisme et à l’amélioration
des voies de communication, tels que les transports aériens, les autoroutes ou les chemins de fer.
Également, selon le même auteur, parmi les vocations de l’aménagement du territoire, il y a la protection
de l’emploi là où il est menacé. Pour tenter de créer de nouveaux emplois dans les zones les plus touchées
par le chômage, l’aide à la création d’entreprises est donc un élément fondamental de la politique
d’aménagement du territoire.
Pour Yves Madiot, l’aménagement du territoire correspond pour le géographe à une nouvelle géographie
humaine et industrielle. Pour l’économiste, c’est une nouvelle répartition des activités économiques, une
d’une politique d’aménagement du territoire. Néanmoins, dans l’action d’aménager, d’autres experts doivent
intervenir, car l’aménagement du territoire exerce, à travers sa démarche prospective, une fonction de
transformation de la société dans tous les domaines (Dugas,2022). C’est une action volontaire et réfléchie
d’une collectivité sur son territoire, au niveau local, régional ou national (Brunet et al, 1992).
spatiale des politiques économique, sociale, culturelle et écologique de toute société. Il est à la fois une
discipline scientifique, une technique administrative et une politique conçue comme approche
politique de la ville au Maroc définit l’aménagement du territoire comme un « ensemble des stratégies et
actions qui visent la répartition adéquate de la population, des activités économiques, des équipements et
des infrastructures, en tenant compte des spécificités des territoires. Elle permet, en effet, de planifier et
____________________________________________________________________________________________________
Parmi les nombreuses définitions de l’aménagement du territoire qui ont été données, celle qui correspond
L’aménagement du territoire marocain, c’est la recherche d’une meilleure répartition de la richesse financière
et humaine dans le cadre géographique et politique du pays, basée sur une action aménagiste adaptée à
Dans le contexte marocain ces définitions trouvent leurs limites à l’échelle locale. Car, l’aménagement du
territoire ne règle jamais directement les disparités spatiales d’un pays. En effet, au Maroc, quels qu’aient
été les efforts apparents, le poids réel des centres (Rabat, Casablanca, Tanger…etc.) n’a cessé de s’alourdir,
et si ces centres ne cèdent pas leurs pouvoirs de décision dans l’espace national, les disparités spatiales
seront toujours d’actualités. Or, la disparité, c’est l’absence de parité dans la distribution des richesses et
des moyens humains et financiers d’aménagement des territoires. Aujourd’hui l'allocation des budgets des
collectivités est basée en grande partie sur le nombre d’habitants, et les centres puissants du Maroc n’ont
pas cessé de s’agrandir et de s’enrichir, et ils n’ont jamais été aussi puissants qu’aujourd’hui. Donc, si on
se base sur le principe de la répartition égale des richesses pour définir l’aménagement du territoire, la
Paris (Dessus, 1953), puis elle a été popularisée par le livre-slogan de J.-F. Gravier (Paris et le désert
français, 1947). En effet, c’est la dimension « disparités régionales », et la volonté de réduire la croissance
territoire. L’expression apparaît officiellement pour la première fois en février 1950, dans un rapport
4
Il était utile de faire bref rappel historique des politiques d’aménagements en France car les similitudes des politiques d’a ménagements au Maroc avec ces
dernières ne manquent pas et reflétant certaines continuités.
____________________________________________________________________________________________________
établi une procédure d'approbation préalable pour la construction et l'expansion d'installations industrielles
dans la région parisienne. Ensuite, l’année 1963 connaitra la création de la Délégation interministérielle à
l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (DATAR) chargée (depuis 1963 jusqu’à 2014) de
du territoire5. La Datar qui a été rattachée au Premier ministre (puis à divers ministères) a poursuivi la
politique de décentralisation industrielle, puis tertiaire, élaboré un schéma directeur des grands
équipements, et tenté (sans succès) d'élaborer un schéma directeur de la France. Elle a également favorisé
compétitivité des territoires (DIACT), puis est redevenu une Délégation interministérielle à l'aménagement
du territoire et à l'attractivité régionale (DATAR) en 2009, avant d'être fusionnée avec le Secrétariat général
du Comité interministériel des villes (SG-CIV) et l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des
chances (ACSé) dans un nouveau Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET) en 2014.
La venue au pouvoir de François Mitterrand en 1981 amorce une nouvelle ère en matière d’aménagement
du territoire, avec la mise en œuvre de la décentralisation par son premier ministre Pierre Mauroy et son
ministre de l'Intérieur Gaston Defferre. Cette politique permet le transfert des compétences de l’Etat aux
collectivités locales. Ainsi, l’action publique en faveur de l’aménagement du territoire relève désormais des
A partir des années 1990 et 2000, avec le renforcement de l’intercommunalité dans le cadre de la
décentralisation, Paris a moins d’influence sur l'avenir des territoires locaux en matière de projets
territoriaux. A cet effet, les interventions de la DATAR s'inscriront dans des cadres partenariaux, tels que
5Décret n° 2009-1549 du 14 décembre 2009 créant la délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale.
____________________________________________________________________________________________________
L'objectif de ces partenariats soutenus par les collectivités, est de concevoir, construire et gérer de grands
équipements que ni la collectivité ni l'État n’arrivent à financer seuls. Avec la montée en puissance de l’Union
Européenne, une politique de cohésion visant à réduire les inégalités entre les régions européennes a était
adoptée. Dans les années 2000, l'adoption de la charte environnementale orientera les actions de la DATAR,
avec un objectif de renforcement de l'attractivité et la cohésion territoriale. À partir de cette période, le rôle
dévolu au CGET (ex- DATAR), autrefois bras armé de l'État pour l'aménagement du territoire, ne constitue
plus qu'une structure vidée de sa substance, de ses moyens d'actions et de toute ambition. De son côté,
l'Etat, autrefois acteur clé de l'organisation du territoire, limite désormais son rôle au mieux à celui de
facilitateur, quand il n`est pas totalement désengagé. Après avoir été un des fers de lance de la
de quasi-abandon, au point qu'il est permis de se demander si cette notion a toujours un sens6.
Au Maroc, avant les années 1960, l'aménagement du territoire, en tant que composante qualitative du
développement, a été marginalisé, alors qu'il s'orientait vers un développement économique quantitatif.
Puis, à la fin des années 1960, les pouvoirs publics ont pris conscience des risques des déséquilibres
interrégionaux sur les taux de croissance économique, la cohésion sociale et nationale et la stabilité
politique.
Au début du 20ème siècle, le Maroc était fondamentalement enraciné dans les zones rurales, agricoles et
pastorales. Les agglomérations urbaines étaient peu nombreuses et de vastes régions ignoraient le fait
urbain et restaient fidèles « au monde des tribus ». Le Maroc, à la veille de la colonisation, était faiblement
peuplé avec 420 500 habitants et faiblement urbanisé, avec un taux d’urbanisation de 8 à 9% 7. Avec la
pénétration coloniale, l’espace marocain a connu des changements brutaux. Il a été décomposé en fonction
6 Rapport d'information n° 565 (2016-2017) de MM. Hervé Maurey et Louis-Jean de Nicolay, fait au nom de la commission de l'aménagement du territoire et
du développement durable, déposé le 31 mai 2017
7 Robert Escallier. La population urbaine du Maroc. Étude géographique. Géographie. Université de Nice Sophia-Antipolis (UNS), 1978
____________________________________________________________________________________________________
du territoire.
La colonisation a engendré une rupture fondamentale dans le mode d'organisation de l'espace marocain.
national, car il avait comme seul objectif l'intégration à son domaine d'exploitation de certains périmètres
du territoire national, organisés selon ses orientations, ses intérêts et son mode d'organisation économique.
La politique adoptée par la colonisation confrontée à la croissance urbaine incontrôlée, lié à l’exode rural, a
été une déconcentration industrielle et un aménagement au profit des petites/moyennes villes et des petits
centres ruraux. Cette politique privilégia les villes s’inscrit dans le nouveau mode de production et
d'organisation de l'espace. En effet, les motivations de l’urbanisation n’étaient pour répondre à la croissance
démographique (qui est passée de 540 0008 habitants en 1917, à 550 612 en 1918 et 612 9879 en 1924 et
n’a pas cessé d’augmenter depuis)10, mais plutôt en faveur des besoins coloniaux, c’est-à-dire aux colonies
agricoles, aux centres d’extraction minière et aux outils de commercialisation et d'échanges entre la
L’organisation spatiale du Maroc pendant la colonisation était structurée par les villes côtières. Ces villes
étaient préoccupation principale de la colonisation, qui avait comme objectif le rattachement du Maroc à
l'économie métropolitaine par le biais du commerce extérieur d’une part, et de l'espace de colonisation
agricole et minier avec l'espace de commandement d’autre part. Ce choix n'est pas dû au hasard. En effet,
une mission a été effectuée en 1904 par Paul LEMOINE qui avait comme objectif le repérage de la voie à
suivre pour effectuer la « pénétration pacifique » du Maroc. Cette mission a fait l’objet d’un rapport 11 dans
lequel Paul LEMOINE12 décrit en détail le Maroc occidental avec la population et l'état du pays, le cadre
8 Sur les 540.000 habitants, le quart environ n’est pas encore était soumis à l’autorité française
9 Le service de renseignement français évalue la population encore insoumise a 80.000 environ.
10 Ses statistiques ont été faites par le service des renseignements de la colonisation française, basée sur le nombre de tentes de chaque tribu, et, multipliant ce
nombre par 5, étant admis que chaque tente abrite une moyenne cinq personne. Donc, il est important de ne pas en tirer des co nclusions trop absolues.
11 Paul LEMOINE, 1904. Mission dans le Maroc occidental, rapport au comité du Maroc.
12 Préparateur de Géologie à la Sorbonne et collaborateur au Service de la Carte géologique de France. Il a fut employé à l'Ecol e des mines de Paris du 8
février 1911 au 19 décembre 1920. Il fut d'abord Préparateur à la collection de géologie appliquée, puis, à compter de décembre 1912, Chef de travaux de
géologie appliquée. A partir de novembre 1919, il est en congé, chargé de cours de géologie à l'Université de Toulouse.
____________________________________________________________________________________________________
« …. Le royaume de Marrakech a toujours été la portion réputée la plus tranquille de l'empire chérifien ;
c'est là que notre pénétration pacifique se fera le plus rapidement et le plus facilement. C'est là que se
trouvent les populations les plus fidèles au Sultan ; en sécurité au milieu d'elles et s'appuyant sur elles, il
pourrait avec notre aide, faire rentrer le Sous dans le Bled Maghzen, avoir son autorité sur le Bled Siba et
mettre à la raison les tribus révoltées de l'Est et au besoin les populations frondeuses du Gharb (Royaume
de Fez …P.238 ». Il indique aussi les lieux de concentration des richesses minérales et agricoles « …Il est
peu probable que le Maroc occidental soit appelé à un grand avenir minier ; cette Région n’est pourtant pas
absolument dépourvue de richesses minérales … le Maroc est constitué par des terrains généralement riches
; en certains points, exceptionnellement riches. Les régions côtières sont particulièrement propices aux
grandes cultures de céréales qui y sont très développées. Il y aura à ce point de vue de fort belles affaires
En effet, pour institutionnaliser cette nouvelle configuration territoriale du pays, le Résident Général Lyautey
(résident général au Maroc de 1912 à 1925) décrète la division du territoire sous colonisation française en
" Maroc utile ", incluant Fès et Casablanca-Marrakech, correspondant aux zones minières et agricoles les
plus riches, fertiles et irriguées ou les plus facilement irrigables 13, et " Maroc inutile", qui se réfère au reste
du territoire où les richesses étaient primitives et faibles (cette division utile/inutile, est plutôt basée sur
une distinction entre les territoires pacifiés et non pacifiés. Voir l’introduction générale « L'action aménagiste
du Maroc indépendant ».
Considéré comme le premier instrument législatif du Maroc en matière d’urbanisme, et dans une vision de
faire du Maroc « utile », un vaste chantier urbain, le dahir du 16 avril 1914, a constitué pour Lyautey un
cadre législatif d’action très efficace en matière d’urbanisme14. Ce dahir a permis à la colonisation de modeler
et de créer entre 1915 et 1925 une dizaine de villes nouvelles. Cependant, avec ce dahir, l’urbanisme au
Maroc se réduisait au développement et à l’embellissement des villes nouvellement créées, le tout dans un
13 Notamment, les plaines de Fès et de Meknès (210.000 ha.), la plaine du Rharb (200.000 hectares), la Chaouia (130.000 hectares) et d'une façon moins intense
les plaines du Tadla, du Haouz et du Sousa et du Nord-Est du Maroc, dans les plaines des Triffa (Robert Escallier, 1978).
14 (…Le dahir du 16 avril 1914 a, dès le début du protectorat, donné à l’urbanisme au Maroc une base solide et une arme efficace…), selon la note du 10 mai
1950 pour monsieur le conseiller juridique du protectorat, pour objet de révision du dahir du 16 avril 1914, sur le plan d’aménagement.
____________________________________________________________________________________________________
en rien, d’ailleurs, et se borne à adapter au caractère français l’esprit des législations étrangère les plus
moderne » Ce dahir s’occupait surtout des servitudes d’alignement, des plans d’aménagement et d’extension
et du lotissement. Néanmoins, il a fait l’objet de plusieurs reformes dont les plus importantes sont :
− Le Dahir du 19 février 1916, complémentant l'article 09, paragraphe 8, du Dahir du 16 avril 1914.
− Le Dahir du 25 juin 1916, portant modification du dahir du 16 avril 1916 sur les alignements et la voirie.
− Le Dahir du 23 octobre 1920, instituant des sanctions nouvelles au Dahir du 16 avril 1914.
− Le Dahir du 1 avril 1924, relatif au contrôle du service des beaux-arts et des monuments historiques
− Le Dahir du 27 janvier 1931, complétant la législation sur l'aménagement des centres et de la banlieue
des villes15.
− Le Dahir du 30 juillet 1952, relatif à l'urbanisme qui constitue la réforme la plus importante du dahir
du 16 avril 1914. En effet il est apparu en 1949 qu’il fallait donner à cette législation de nouveaux
pouvoirs, car, malgré les extensions de droit ou de pratique administrative, les services trouvaient leur
Le dynamisme colonial en matière d'organisation et d'aménagement des espaces urbains s’est traduit par
une évolution rapide de la législation relative à l’urbanisme. Ainsi, plusieurs autres dahirs et arrêtés viziriels
− Le Dahir du 23 janvier 1935, portant addition au dahir du 27 janvier 1931 complétant la législation sur
− Le Dahir du 31 mai 1935, portant suppression du service des beaux-arts et des monuments historiques
15 Ce dernier a fourni à l’administration les moyens nécessaires au contrôle des constructions isolées et des groupes de constructions édifiées illégalement dans
les environs des villes.
16 Le compte rendu de la commission consacré à l’étude de la réforme du dahir de 16 avril 1914. 24 mai 1950.
____________________________________________________________________________________________________
− Le Dahir du 31 aout 1914, sur l'expropriation pour cause d'utilité publique et l'occupation temporaire.
A noter que ce texte a été abrogé par la loi du 06 mai 1982 (BO du 15 juin 1983).
− Le Dahir du 30 septembre 1953, relatif aux lotissements et morcellements. Ce dahir représente une
réforme de celui de 1933 (qui donnait la responsabilité à l’autorité administrative de déterminer, selon
lotissement), et définit clairement le lotissement comme toute division d’une propriété foncière en deux
Dans ce contexte, l’émergence des villes nouvelles, bien séparées des anciennes médinas, avec une
séparation nette entre les populations marocaine et française, et la transformation rapide des villes,
espaces, l’un traditionnel et l’autre moderne, a laissé des disparités économiques, sociales et spatiales. Ceci
Au lendemain de l'indépendance, l'administration et les services marocains ont continué à s'organiser autour
des logiques et des réglementations héritées de la période coloniale. L'État marocain s'est largement inspiré
des modèles développés par la France, qui ont continué à prédominer sous la supervision de coopérants
français de l'urbanisme au Maroc après l’indépendance. Malgré l'exode des architectes urbanistes français,
les structures administratives et les pratiques professionnelles de l'époque coloniale ont survécu assez
____________________________________________________________________________________________________
collectivités locales17 : les régions, les préfectures18 et les provinces19 (issues des anciens départements
sous protectorat), et les communes. Toutefois, la multiplication des collectivités locales et le renforcement
des services et équipements administratifs n'ont pas réussi à combler ni les disparités spatiales, ni la
macrocéphalie urbaine. Ces disparités ont été accentuées dans un contexte de crise politique, économique
et de conflits sociaux. Le développement urbain après l’indépendance, dans ces contextes, est à la genèse
d'une crise multiforme, avec le développement de l'habitat illégal et des bidonvilles, un déficit
Entre 1960 et 1970 une nouvelle période s'ouvre, avec la priorisation du développement des campagnes
pour freiner l'exode rural, au détriment du développement urbaine (Naciri, 1990). Néanmoins, sans une
réelle prise de conscience de l'ampleur des problèmes urbains, cette période se caractérise par l'absence de
réalisations majeures. Toutefois, elle a donné lieu à une période de réflexion autour de l'ensemble de la
question urbaine au Maroc, aboutissant à une remise en cause de la politique d'aménagement du territoire
L’échec du premier plan quinquennal 1960-1964 et l’arrivée de la crise financière en 1964-1965, en raison
de l’inadaptation du plan à la réalité marocaine, ont marqué le début de l'intervention des institutions
internationales, Fond Monétaire International (FMI) et Banque Internationale … (BIRD) dans les orientations
économiques du pays. Le 25 juin 1964, le Maroc a signé un accord avec le FMI en vertu duquel le Maroc a
reçu des « facilités financières » s’élevant à 1,3 millions de dollars. Le plan triennal 1965-1967 se présente
comme un plan de stabilisation inspiré de l'idéologie de la BIRD. Dans ce dernier, l'industrie n'est plus une
priorité, elle vient après l'agriculture, le tourisme et la formation des cadres (Tableau 3). Le taux de
17 Dahir n° 1-59-351 (1er joumada II 1379) relatif à la division administrative du Royaume (Bulletin Officiel 4 décembre 1959 ; rectificatif B O 18 décembre
1959) – (L'existence de ces collectivités locales a été consacrée pour la première fois par la Constitution de 1962.)
18 Territoire à dominance urbaine
19 Territoire à dominance rurale
____________________________________________________________________________________________________
En 1967, la politique urbaine du gouvernement a évolué, avec la création d'une Direction de l'urbanisme et
de l'habitat (DUH) au sein du ministère de l'Intérieur20 sous la direction du général Oufkir. Cette direction
supervisait huit délégations régionales (DRUH) composées d'ingénieurs et d'architectes (Marshall, 1972).
Dans le même sens, le plan quinquennal 1968-72, qui a gardé les mêmes orientations que celui de 1965-
67, propose un taux de croissance de 4,3% et une part dominante de l’investissement public et semi-public
(Tableau 4). Ce plan, était le premier à poser la question de l'aménagement comme politique publique de
développement régional. Ce dernier, qui était auparavant rattaché à la planification économique, devient
indépendant en 1968 avec la création du Comité interministériel de l'aménagement du territoire (CIAT) 21.
Cette institution avait un caractère fortement centralisé et sa vocation était la réalisation des objectifs du
Néanmoins, jusqu’en 1972, il était impossible d'élaborer une quelconque stratégie d'ensemble, car les
services d'urbanisme étaient dispersés entre différents ministères, travaillant avec une législation datant de
recourir à aucune étude, et sans disposer de données économiques et sociales (Belfquih et Fadloulah.,
1986).
20 Le fait que le ministère de l'Intérieur ait été chargé de la responsabilité de la planification urbaine, signifie qu'il exist e un potentiel d'action efficace et
rapide.Aussi, ça reflète l'importance accordée à la politique urbaine par le gouvernement : les villes sont une source de richesse et des centres potentiels de
tensions.
21 Décret royal n° 938-68 du 11 joumada I 1388 (6 août 1968) portant création du comité interministériel pour l’aménagement du territoire, Bulletin Officiel
En 1971, le Maroc a lancé la première expérience de régionalisation. Tandis que la carte régionale, telle que
délimitée par le texte de loi de 1971, n'a pas manqué de faire l'objet de critiques, Michel Rousset souligne
dans son article publié dans Trente années de vie constitutionnelle au Maroc : édification d’un État moderne.,
qu‘aucun projet concurrent n’a jamais été opposé à ce découpage malgré les nombreuses critiques, et que
L'association entre aménagement du territoire, agriculture et tourisme traduit la nécessité d'une planification
____________________________________________________________________________________________________
d’une part par son ouverture sur le Maroc « inutile » de l’époque coloniale, et d’autre part par la mobilisation
des données régionales dans l’élaboration de la politique de développement économique et social. L'effort
consenti dans cette période a permis d'élargir le champ d'action publique territoriale dans l'objectif de
promouvoir le développement économique et de lutter contre les inégalités qui n'ont cessé de s'accroître
entrainé l'expansion de plusieurs villes. Dans ce contexte, pour accompagner ce processus le gouvernement
− La création en 1973 du Fonds spécial de développement régional (FDR) dont la mission est de financer
− La promulgation de la première loi des investissements industriels, qui accordait certaines incitations
− En 1981, la mise en place d’un Programme National d’Aménagement des Zones Industrielles (PNAZI).
Pourtant, malgré la bonne volonté des gouvernements successifs, l'aménagement du territoire n'a pas quitté
le champ du débat politique et les quelques actions qui ont eu lieu dans les années 1980 et 1990 n’avaient
généralement qu’une portée locale spécifique (Adidi, 2013). Ainsi, la culture et les idées de la période
coloniale se retrouvaient toujours dans les réglementations et les institutions impliquées dans la
planification.
Il faut dire que ces deux décennies étaient pour l’économie et l’État marocain des années financièrement et
socialement extrêmement difficiles, notamment avec la guerre du Sahara, les années de sécheresse,
pétrolière, l’expérience d’une décennie de Programme d'Ajustement Structurel (PAS) (1983-1993) et ses
effets désastreux sur le tissu social (chômage, pauvreté), l’impact de la privatisation et la détérioration du
22
Érigées en collectivités locales par la Constitution révisée de 1992 et confirmées par celle de 1996 dans son article 100.
____________________________________________________________________________________________________
éléments ont retardé la mise en œuvre des grands projets structurants de planification territoriale.
Bien que la nouvelle organisation spatiale qui découle du nouveau découpage territorial de 199723 ait créé
une nouvelle relation entre le milieu urbain et le monde rural, le Maroc "inutile" de la période coloniale est
resté à l'écart des investissements privés tout en bénéficiant d'un timide effort de l'Etat. Car, même si le
découpage instauré en 1997 avait comme objectif de rompre avec les régions économiques de 1971, il a
également fait l’objet de plusieurs critiques. Parmi les critiques à l’encontre de ce découpage :
et de l’aménagement du territoire
− Il est instauré sur des bases politiques. C’est un découpage fondé sur des considérations sécuritaires
et de contrôle de la population
Ensuite en 1998, avec le gouvernement d'alternance d’Abderrahman Youssoufi (1998-2002), incluant des
partis politiques qui faisaient auparavant partie de l'opposition, les réformes néolibérales se poursuivent et
une nouvelle période de libéralisation politique s'ouvre. Cette période est caractérisée par de grandes
ambitions réformatrices, notamment en matière d’aménagement et d'urbanisme, mais qui n'ont tenu que
partiellement leurs promesses. Ce gouvernement verra la création d’un grand ministère de l’Aménagement
la vie publique ; la mobilisation du mouvement associatif ; l’apparition de nouveaux concepts tel que le
territoriale…etc.
Mais, ce n'est qu'en 2000 que l'Etat a initié un débat national sur l'aménagement du territoire. Il s’agit de
premier débat national axé sur une approche de concertation entre les différents acteurs locaux et
23Décret N°2-97-246 du 17 Août 1997 fixant le nombre des régions, leur nom, leur chef-lieu, leur ressort territorial et le nombre des conseillers à élire dans
chaque région ainsi que la répartition des sièges entre les divers collèges électoraux et la répartition entre les préfectures et les provinces du nombre de sièges
revenant aux collectivités locales (B. O. n°4510 du 21août 1997).
____________________________________________________________________________________________________
Le tout sera couronné par la création du Conseil Supérieur d’Aménagement du Territoire (Décret N°
2.01.2331 du 13 décembre 2001) et par l’élaboration en 2002 du premier Schéma National d’Aménagement
du Territoire (SNAT) (Boujrouf, 2005). Ce schéma précise que l’aménagement du territoire se situe au cœur
du processus global de développement, car il permet de planifier et d’exécuter des projets de développement
de manière harmonieuse et concertée sur la base des potentialités existantes et des contraintes techniques
− Les efforts doivent se focaliser sur la conformité du découpage régional avec la réalité économique et
− La délimitation des régions doit être basée sur la correction des disparités spatiales et sur l’adoption de
plans régionaux.
− Afin d’élargir efficacement les compétences des régions, la région a besoin d’une certaine souplesse
En suivant la même logique du Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT), des Inspections
régionales du développement régional sont implantées dans les 16 régions. Trois agences de développement
Des Centres Régionaux d'Investissement fonctionnant comme des guichets uniques sont établis dans 16
régions. Aussi, une nouvelle stratégie de développement et de planification a vu le jour, avec la création de
Humain (INDH) d’une part, et l’émergence de nouveaux discours sur la régionalisation avancée d’une autre
part.
De ce fait, l’Aménagement du Territoire ne sera plus présenté comme une politique limitée à la réduction
des inégalités régionales, mais comme une approche globale publique, transversale et durable (Adidi, 2013).
____________________________________________________________________________________________________
vers une conception conciliant le développement durable, la bonne gouvernance territoriale et la recherche
l’aménagement du territoire implique l’orientation de tous les acteurs dans une vision commune, ce qui
suppose un bon esprit de coordination et de participation pour aboutir au consensus. La mission principale
de l’aménagement du territoire est de concilier entre les contraintes économiques avec une ouverture
La politique d’aménagement du territoire ne peut être que la traduction spatiale des visions politiques de
l’ensembles des acteurs au pouvoir. Les enjeux majeurs de l’aménagement du territoire c’est de tenir en
compte le plus précisément possible des caractéristiques physiques et historiques de l’ensemble des
territoires nationaux. Aujourd’hui, les outils essentiels de l’aménagement du territoire au Maroc sont :
Les recommandations de la Charte et le Schéma national d'aménagement du territoire sont réalisés à travers
les Schémas Régionaux d'Aménagement du Territoire (SRAT) qui constituent des déclinaisons des
orientations du SNAT au niveau régional. Les SRAT doivent être élaborés sur la base de la consultation et
de la participation de l’ensemble des acteurs agissant au niveau régional afin d'identifier les projets des
territoires locaux. Les recommandations du SNAT s'inscrivent également dans le cadre de la " Stratégie
Nationale de Développement Rural " (SNDR). Cette stratégie vise à répondre à une série de mesures pour
les zones rurales, par l’amélioration de l'attractivité des zones rurales, la promotion de la compétitivité de
Développement Urbain (SNDU) figure également parmi les recommandations du SNAT. Pilotée par le
sectorielles par une approche de développement territorial basé sur le concept de "projet de territoire". En
____________________________________________________________________________________________________
l’ensemble des acteurs locaux à toutes les étapes du projet. Pour concrétiser cette nouvelle approche
participative, le Ministère de l'Intérieur, à travers la Direction Générale des Collectivités Locales (DGCL), a
initié une série d'actions visant à développer la " Planification Stratégique Participative " à l'échelle des Plans
de Développement Locaux, de manière participative. Le lancement de cette initiative en 2007 par la DGCL
a permis d'élaborer un outil de planification stratégique concerté et partagé avec les acteurs nationaux et
internationaux réunis au sein d'un groupe de travail spécifique. Les PCD (qui sont actuellement remplacés
par les PAC) peuvent être de véritables instruments de développement local s'ils sont réellement élaborés
Tableau 5 : tableau synthétique de toutes les grandes actions d’aménagement du territoire au Maroc
Domaines Commune Province ou Préfecture Région Etat
L’urbanisme et L’élaboration et suivi de L’élaboration et suivi de L’élaboration et suivi Charte Nationale
l’aménagement du l’exécution du plan l’exécution du de l’exécution du d’Aménagement du
territoire d’action de la commune programme de programme de Territoire.
(ce plan fixe, pour six développement de la développement Schéma National
Dahir n° 1-92-31 du années, les actions de Préfecture ou de la régional (ce d’Aménagement du
15 hija 1412 (17 juin développement province (ce programme programme fixe Territoire.
1992) portant prévues d’être réalisés fixe pour six années, les pour six années, les La définition des
promulgation de la ou d’y participer sur le actions de actions de grandes stratégies.
loi n° 12-90 relative à territoire de la développement dont la développement dont La répartition des
l'urbanisme commune) programmation ou la la programmation budgets.
Veiller au respect des réalisation sont prévues ou la réalisation sont
choix et des règlements sur le territoire de la prévues sur le
contenus dans les plans préfecture ou de la territoire de la
d’orientation de province, en prenant en région, en prenant
l’aménagement de considération leur en considération
l’urbanisme, les nature, leur leur nature, leur
schémas de emplacement et leur emplacement et leur
l’aménagement et de coût). coût).
développement et tous L’élaboration et suivi
les autres documents de l’exécution du
d’aménagement du schéma régional
territoire et d’aménagement du
d’urbanisme territoire.
Examiner et approuver
les règlements
communaux de
construction
conformément aux lois
et à la réglementation
en vigueur.
L’exécution des
dispositions du plan
d’aménagement et du
plan de développement
rural concernant
l’ouverture de
nouvelles zones
d’urbanisation
conformément à des
modalités et des
____________________________________________________________________________________________________
Partagées entre l’Etat et la commune : L’aménagement des plages, des corniches, des lacs et des
rives des fleuves situés dans le ressort territorial de la commune ; La prise des actes nécessaires
pour la promotion et l’encouragement des investissements privés, notamment la réalisation des
infrastructures et des équipements, La contribution à la mise en place de zones d’activités
économiques et l’amélioration des conditions de travail des entreprises.
Partagées entre l’Etat et la région :
L’amélioration de l’attractivité des espaces
territoriaux et le renforcement de la
compétitivité ; L’emploi ; la mise à niveau du
monde rural ; Le développement des zones
montagneuses ; Le développement des zones
oasiennes ; la création d’agropoles.
Le diagnostic des besoins La définition des
en matière de logement. grandes stratégies.
Logement
La répartition des
budgets.
Le transport public Le transport scolaire L’élaboration du La définition des
urbain. dans le milieu rural plan de transport à grandes stratégies.
Le transport des l’intérieur de la
malades et des blessés. circonscription La répartition des
Le transport de corps et territoriale de la budgets.
l’inhumation. région.
Les gares routières de L’organisation des
Transports
transport des services du
voyageurs. transport routier
non-urbain des
personnes entre les
collectivités
territoriales situées
dans la région.
La distribution de l’eau La réalisation et La définition des
potable et de l’entretien des pistes grandes stratégies.
l’électricité l’éclairage rurales La répartition des
public. budgets.
L’assainissement
liquide et solide et les
stations de traitement
des eaux usées.
Services et Le nettoiement des
équipements publics voies et places
publiques et la collecte
des ordures ménagères
et des déchets
assimilés, leur
transport à la
décharge, leur
traitement et leur
valorisation.
____________________________________________________________________________________________________
____________________________________________________________________________________________________
____________________________________________________________________________________________________
d’aménagement du territoire, le Roi Mohamed VI, dans son discours du 30 juillet 201524 à l’occasion
de la fête du trône, les a jugés insuffisants, et la situation du milieu rural reste encore lamentable.
Dès lors, afin de faire face à ces disparités de développement, une politique de péréquation s'impose
d'urgence. Les enjeux sont désormais importants dans la nouvelle configuration du territoire national
(Badri, 2019)25, car il s'agit d'exprimer une volonté de rupture avec l’approche politico-administrative
2014).
Dans ce contexte, la nouvelle réforme territoriale a pour objectif de doter le pays d’un projet qui soit
a été pensée afin d’ajuster et d’organiser les échelles des pouvoirs aux niveaux territoriaux, dans un
objectif ; atteindre davantage de visibilité et d’efficience dans l’exercice des fonctions et des
responsabilités dévolues d’une part et d’avoir des pouvoirs territoriaux plus solides et des stratégies
de plus en plus intégrées, synergiques, globales et cohérentes d’une autre part. De ce fait, la révision
du découpage est désormais conçue afin d’avoir un cadre territorial régional plus étendu, en mesure
enjeux entre le local et le global26. C’est ainsi que le découpage de 2015 en 12 régions a été
accompagné par la promulgation des lois organiques des collectivités territoriales, qui offrent à ces
territorial (nous y reviendrons plus en détails par la suite), afin de concrétiser la Haute Volonté Royale
24 Extrait du discours royal du 30 juillet 2015 à l’occasion de la fête du trône « En dépit des progrès réalisés par notre pays, ce qui me désole, c’est
cette situation de précarité que vivent certains de nos concitoyens dans les régions éloignées et enclavées, surtout les sommets de montagnes de l’Atlas
et du Rif, les zones sahariennes arides et les oasis, ainsi que certains villages dans les plaines et sur les côtes »
25 Opt. Cit
26 CCR/Rapport sur la régionalisation avancée/Livre II : Aspects institutionnels. (p. 154).
______________________________________________________________________________________________
intégré et durable sur les plans économique, social, culturel et environnemental27. Cette réforme
Certes, au Maroc, il est quasi-impossible de dépasser certaines contraintes imposées par la géographie
physique et de corriger en peu de temps les dysfonctionnements hérités du passé, mais il est possible
territorialisation des actions de l’État. Dans cette perceptive, et afin d’assurer le succès des réformes
(OPPAT) a été lancé en 2019. Ce chantier stratégique, fondé sur de nouveaux paradigmes, incarne la
local, afin d’inscrire les territoires dans un nouveau modèle de développement inclusif et durable28.
réduisant les délais de décisions. La Banque mondiale (2014), définit, elle, la décentralisation comme
un transfert d'autorité et de responsabilités pour les fonctions publiques, des gouvernements centraux
27
CCR/Rapport sur la régionalisation avancée/Livre I : Conception générale
Rapport national sur la mise en œuvre du nouvel agenda urbain 2016 - 2020
28
______________________________________________________________________________________________
secteur privé. La délégation de pouvoirs aux autorités régionales est un processus multiple (Dubois &
Fattore 2009), déterminé par un ensemble de différents facteurs tels que l'échelle territoriale, la
citoyenneté et les caractéristiques socio-économiques (Treisman 2002), et surtout par les dispositions
institutionnelles et les caractéristiques des pays (De Vries 2000 ; Politt, 2005 ; Marks et al, 2008).
Merlin et Choayn (1988) considèrent que la décentralisation administrative est un transfert de pouvoir
administratif de l‘Etat vers les collectivités locales, s‘opposant à la déconcentration qui confie ce
à considérer le territoire en tant qu‘entité administrative locale libre de gérer ses affaires locales et
bien-être des citoyens. Cependant, chaque territoire à ses spécificités, et la décentralisation, par ces
mécanismes locaux de prise de décision, représente le meilleur moyen d‘expression de ces spécificités
au niveau locale. Ceci à travers, la proximité institutionnelle entre les acteurs locaux et les centre de
décision, et la jouissance des territoire locaux, de moyens et de compétences propres, donc d'une
Des lors, depuis son indépendance, le Maroc a entamé un long processus de décentralisation. Selon
la Constitution de 1996, les organes locaux sont composés des régions, des préfectures et provinces
et des municipalités (urbaines et rurales). Les trois niveaux ont un statut juridique, une autonomie
financière et peuvent élire des assemblées chargées de gérer démocratiquement les affaires locales.
Il n'y a pas de hiérarchie stricte entre les différents niveaux, et chaque collectivité locale et régionale
dispose d'une certaine autonomie dans le domaine de ses propres compétences. Cette constitution
vise à faire de la commune le cœur du progrès économique, culturel et social, de la province une
______________________________________________________________________________________________
financières pour leur permettre d'assumer pleinement les différentes tâches qui leur sont déléguées,
sous la supervision et la coordination des gouverneurs (au niveau provincial et préfectoral) et walis
territoriale comme mode de fonctionnement s’inscrit profondément dans son histoire sociale et
plan territorial, les familles étaient regroupées en douars, les douars en fractions, les fractions en
tribus. Chacune de ces entités était administrée par une assemblée délibérante : la Jmâa29, dont les
29 On trouve trois espèces de Jmâa : celle de douar, qui se composait de tous les notables ; celle de fraction, composée des délégués de tous les douars
de la fraction ; enfin l'assemblée générale de la tribu, qui comprenait des délégués de toute la tribu et parfois tous les hommes de la tribu. Ni le nombre
______________________________________________________________________________________________
domaines économique et social : elle veillait à la protection des cultures, fixait les périodes successives
d'utilisation de la forêt pour le pâturage ou la récolte des baies, elle réglementait l'usage et la
de l'eau et des irrigation (Basri, 1994 ; Surdon, 1936). La Jmâa des douars comprenaient, en principe,
tous les chefs de famille, alors que celles des fractions et des tribus comprenaient des conseils de
notables qui se recrutaient par choix mutuel en fonction de critères matériels et de la valeur
personnelle du candidat. Ses membres désignaient leur président et exécutif de tribu qui s'appelait
l'amghar31 (Ennaciri, 2009), qui servait d'intermédiaire entre le caïd (représentant du Sultan à la tête
de la tribu) et les gens de la tribu. En période d'hostilités, l'amghar devenait automatiquement chef
de guerre de sa tribu. Il ne pouvait être réélu que lorsque le tour de rôle avait atteint tous les autres
groupements, afin d'éviter de tomber dans des considérations ethniques qui pouvaient engendrer des
conflits, source de faiblesse, au sein d'une même tribu. L'amghar prend dans chaque groupement un
répondant qui devient responsable vis à vis de lui, et par l'intermédiaire duquel il commande (Basri
1994).
Pendant la parenthèse du protectorat, certains grands principes directeurs ont émergé et ont
transformé considérablement la structure traditionnelle de la Jmâa, mais ont conservé le principe des
institutions locales traditionnelles et des cadres administratifs locaux. Ce principe n'était pas
uniquement légitimé par une raison juridique, il reposait sur l'idée qu'il est plus facile de contrôler par
un nombre limité de chefs locaux que d'administrer directement. Cependant, ce maintien n'a pas exclu
ni la qualité des délégués n'étaient fixés dans la plupart de ces assemblées. Les grandes Jmâa ne se réunissaient que dans les circonstances les plus
graves. Celles qui se réunissaient le plus souvent étaient celles des douars. Tout homme adulte, brave, honnête, intelligent, aisé et réputé pour sa
générosité, pouvait faire partie de la Jmâa ordinaire. C'est surtout le mérite qui conférait la qualité de notable. Dans la J mâa, certaines personnalités
avaient voix prépondérante au cours d'une délibération, c'étaient celles dont le jugement et le bon sens avaient déjà été prouvés, et qui avaient ainsi
acquis du renom.
30
En Afrique du Nord, la séguia désigne le canal d'irrigation à ciel ouvert.
31 Pour l'exécution des décisions, chaque tribu avait son Amghar. Il est nommé pour une durée d'un an par le caïd et sur proposi tion de la Jmâa.
Lorsqu'il n'y avait pas de caïd, l'amghar était le seul chef tout-puissant.
______________________________________________________________________________________________
institutions ; les régions (Bassri 1994). L’ancien système caïdal est donc resté un pilier important de
l'administration des tribus, avec le caïd, représentant du Sultan à la tête de la tribu, le cheikh au
juxtaposé à ces diverses autorités, des agents français de contrôle qui interviennent dans leur choix,
visent leurs décisions et constituent le canal obligatoire pour toutes les relations avec le Makhzen
central. Cependant, ce modèle de gouvernance trouvait des difficultés à s'appliquer en pays berbère,
car la conservation des institutions berbères devait être conciliée avec l'unification du pays réalisée
au nom de la souveraineté non plus spirituelle mais politique du Sultan. Les institutions berbères
devaient certainement perdre leur caractère politique pour n'être plus qu'administratives et un certain
Dans cette perspective, le dahir du 21 novembre 1916 a un institué une reconnaissance juridique
dans les tribus et les fractions, aussi bien arabes que berbères, des Jmâas destinées à représenter
légalement les populations, et dotées à cet effet de la personnalité morale. Elles sont composées de
notables locaux nommés pour trois ans par un arrêté sur proposition des chefs de région. Leur rôle
est uniquement consultatif. Présidées par le caïd ou le cheikh elles assistent l’autorité de contrôle, et
sont consultées sur des questions d'intérêt local propre. Les Jmâas perdaient ainsi singulièrement de
leur importance, privées de leurs attributions politiques dans lesquelles s'affirmait toute la valeur des
anciennes Jmâas. Désormais astreintes à des taches purement administratives et judiciaires, les
nouvelles institutions n'étaient plus qu'un pâle reflet des Jmâas traditionnelles (Basri, 1994).
Après le protectorat
Dans son discours à l’occasion de l’ouverture du 7ème colloque National des Collectivités locales en
1998 feu Sa Majesté le Roi Hassan II a dit « …Nous n’avons pas à aller chercher ce genre de
décentralisation en dehors des frontières de notre pays. Avant le protectorat, nos illustres ancêtres
______________________________________________________________________________________________
telle vision signifie qu’ils étaient parfaitement conscients, comme d’ailleurs l’ensemble des Marocains
que la capitale du Royaume ne pouvait seule tout entreprendre… La décentralisation est donc telle
de rompre avec l'héritage colonial : cette rupture devait se concrétiser au départ par une
Souverain défunt (sa majesté Mohamed V) a donc décidé en 1959 d'opérer la construction de l'édifice
local par la base, c'est-à-dire la cellule communale. En même temps, il s’agissait de prendre en
communes urbaines et rurales, le respect des réalités tribales, la délimitation du territoire des
collectivités locales sur des bases nouvelles leur permettant d'envisager un développement
l'harmonisation indispensable de l'action de l'État et de celle des collectivités locales (Basri 1994).
C'est sur la base de ces éléments que sera construite la nouvelle institution communale « notamment
et créant 801 communes urbaines et rurales pour la première fois sur une base territoriale
généralisée. »34. Cette organisation communale prendra forme avec la Charte communale du 23 juin
1960 (inspirée de la loi française de 1884 sur la décentralisation), suivi par la promulgation de la
déconcentrées avec le Dahir du 12 septembre 1963 sur l'organisation des préfectures pour les zones
______________________________________________________________________________________________
charte communale de 1976 indique « Le conseil règle par ses délibérations les affaires de la commune
et, à cet effet, décide des mesures à prendre pour assurer à la collectivité locale son plein
développement économique, social et culturel. Le conseil bénéficie du concours de l'Etat et des autres
personnes publiques pour assurer sa mission »35. Cela par le transfert d’une série de compétences et
communal qui, dans l'esprit de la nouvelle réforme, est appelé à remplir les fonctions de gestion, de
décision et même d'autorité. Néanmoins cette réforme de 1976 n'a pas pour effet de rejeter l'État
hors du domaine local, puisque, dans chaque commune, on trouve le support de deux réseaux
administratifs différents ; celui de l'État représenté par les agents d'autorité, et celui de la collectivité
Cependant, la commune a pris aussi une autre dimension, elle n'est plus désormais un simple échelon
administratif, elle est « une école où l'on apprend à gérer le budget, à organiser l'action et à exécuter
les plans, une école qui forme des citoyens conscients des véritables priorités et sensibles aux besoins
de la population »36.
Comme le Maroc a connu des aménagements constitutionnels importants, avec six Constitutions
depuis l’Indépendance, en 1962, 1970, 1972, 1992 puis en 1996 et en 2011, ainsi que 3 réformes
des constitutions de 1972, 1992 et 1996, les dispositions relatives aux collectivités territoriales ont
connu à leur tour une évolution importante. Initialement conçue comme un échelon de
déconcentration de l'État et cadre d'intervention économique par le dahir du 16 juin 1971 37 portant
35 Bulletin Officiel n° : 3335-bis du 01/10/1976 - Page : 1051, Dahir portant loi n° 1-76-583 du 5 chaoual 1396 (30 septembre 1976) relatif à
l'organisation communale.
36 Discours Royal de SM Hasan 2 du 9 juillet 1976.
37 Bulletin Officiel n° : 3060 du 23/06/1971 - Page : 685, Dahir n° 1-71-77 du 22 rebia II 1391 (16 juin 1971) portant création des régions, Article
2 : On entend par région, au sens de l'article premier ci-dessus, un ensemble de provinces qui, sur les plans tant géographique qu'économique et social,
entretiennent ou sont susceptibles d'entretenir des relations de nature à stimuler leur développement et, de ce fait, justifi ent un aménagement
______________________________________________________________________________________________
1992 au statut de collectivité locale décentralisée38. A partir de cette date, « la région sera pourvue
constituera une étape vers une décentralisation régionale plus élargie 39 ». Puis la constitution du 13
septembre 199640 et enfin celle du 1er juillet 201141 se sont concrétisées par la définition des
L’arrivée au pouvoir de SM Mohamed VI en juillet 1999, s’est traduite par l’ouverture de nombreux
chantiers ayant trait à la bonne gouvernance : Instance Équité et Réconciliation, INDH, réforme du
droit de la famille, régionalisation, etc. (Goehrs, 2015). Trois ans après son intronisation, l’adoption
du Dahir du 3 octobre 2002 portant promulgation de la loi n° 78-00 portant charte communale sur
l’organisation des provinces et des préfectures, constitue une première réforme majeure dans le sens
de la démocratie communale, renforcée en 2009 par la loi du 18 février 2009 modifiant et complétant
Si l'année 1976 a été l'année du démarrage de la décentralisation, l'année 2009 est celle de la
démocratie locale, s’inscrivant dans le cadre d'un vaste projet de modernisation de l'État et
d'amélioration de son efficacité en valorisant ses territoires et sa gestion locale. Elle a été incitée par
le souhait de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui n'a cessé, depuis son intronisation, d'appeler à la
d'ensemble ; La région constitue un cadre d'action économique dans lequel des études seront entreprises et des programmes réalisés en vu e d'un
développement harmonieux et équilibré des différentes parties du Royaume.
38 Constitution du 4 septembre 1992, Titre 10 aux collectivités locales. Article 94 : les collectivités locales du Royaume sont les régions, les
préfectures, les provinces et les communes. Toute autre collectivité locale est créée par la loi. Article 95 : Elles élisent des assemblées chargées de
gérer démocratiquement leurs affaires dans des conditions déterminées par la loi.
39 La promotion de la région au titre de collectivité locale lui permet, comme l'a souligné SM le Roi Hassan II, ≪ de s'affirmer, de connaitre ses
besoins, d'évaluer l'échelle de ses priorités et d'exprimer collectivement, nonobstant la diversité des partis et des courant s politiques, ses aspirations
d'être le porte-parole, le promoteur, le planificateur, l'édificateur et l'exécutant sur son territoire ≫. (Discours du 24 octobre 1984, Fès, Publications
du ministère de l'Information, 3 mars 1984-3 mars 1985, pp. 131-157.)
40 Constitution du 13 septembre 1996, Titre 11 des collectivités locales. Article 100 : Les collectivités locales du Royaume sont les régions, les
préfectures, les provinces et les communes. Toute autre collectivité locale est créée par la loi. Article 101 : Elles élisent des assemblées chargées de
gérer démocratiquement leurs affaires dans des conditions déterminées par la loi. Les gouverneurs exécutent les délibérations des assemblées
provinciales, préfectorales et régionales dans les conditions déterminées par la loi.
41Constitution du 1er juillet 2011, Titre 9 des régions et des collectivités territoriales. Article 135 : Les collectivités territoriales du Royaume sont les
régions, les préfectures, les provinces et les communes. Elles constituent des personnes morales de droit public et gèrent démocratiquement leurs
affaires.
______________________________________________________________________________________________
Face aux évolutions importantes que le Maroc a connues en matière de décentralisation, la volonté
D’ailleurs, l'arrivée du projet de régionalisation avancée a été initiée par la mise en place d'une
Commission consultative de régionalisation (CCR) en 201044. Cette commission a mené une réflexion
collective proactive en lançant une large consultation et un débat national ouvert et engagé,
impliquant l'ensemble des acteurs (départements ministériels, élus, partis politiques, syndicats et
La constitution de 2011 est le résultat des réformes et des expériences accumulées par le Maroc
depuis plus d'un demi-siècle. Il fallait donc passer à une nouvelle phase de décentralisation et de
démocratie locale, basée sur le soutien de l'autonomie administrative et financière des collectivités
locales, et l'exercice de leurs pouvoirs dans le cadre de la libre administration avec le renforcement
On note ainsi notamment le rôle prééminent de la région par rapport aux autres collectivités
régional et des schémas régionaux d'aménagement du territoire et ce, dans le cadre du respect des
42 L’article premier de la Constitution de 2011 : « […] L’organisation territoriale du Royaume est décentralisée. El1e est fondée sur une régionalisation
avancée ».
43 L’article 136 de la Constitution de 2011 : « L'organisation régionale et territoriale repose sur les principes de libre admin istration, de coopération
et de solidarité […] ».
44 Le discours Royal du 3 janvier 2010 à l’occasion de l’installation de la Commission Consultative de la Régionalisation est co nçu comme une
référence majeure de la régionalisation avancée : « […] la régionalisation élargie escomptée n'est pas un simple aménagement technique ou
administratif. Elle traduit, plutôt, une option résolue pour la rénovation et la modernisation des structures de l'Etat, et p our la consolidation du
développement intégré. […] Nous invitons la commission à s'attacher à mettre au point un modèle maroco-marocain de régionalisation, issu des
spécificités de notre pays. […] Notre ambition nationale est de passer d'une régionalisation naissante à une régionalisation avancée […] ».
______________________________________________________________________________________________
affaires locales et des règles de gouvernance participative46. Il y a aussi l'adoption de l'élection des
conseils des Régions au suffrage universel direct47, l'octroi du droit d'exécution des délibérations des
conseils des collectivités territoriales aux présidents des conseils élus48, la précision de trois types de
compétences des collectivités territoriales, sur la base du principe de subsidiarité, à savoir des
compétences propres, des compétences partagées avec l'Etat et des compétences qui leur sont
transférables par ce dernier49. Enfin, il y a la concession aux collectivités territoriales d'un système de
ressources financières propres et de ressources financières affectées par l'Etat, pour leur permettre
L’exécution de cette réforme a été accomplie par l’adoption du décret n° 2-15-40 du 20 février 2015
fixant le nombre des régions, leurs dénominations, leurs chefs-lieux ainsi que les préfectures et
provinces qui les composent. Actuellement, le Maroc comprend 12 régions, 75 provinces, 1503
communes pour un pays d’une superficie de 710 850 km et une population de 35 millions d’habitants
(Annuaire statistique du Maroc 2017)51 . L’adoption de trois lois organiques (lois organiques de
45 L’article 143 de la Constitution de 2011 : « […] Aucune collectivité territoriale ne peut exercer de tutelle sur une autre. Dans l'élaboration et le
suivi des programmes de développement régionaux et des schémas régionaux d'aménagement des territoires, la région assure, sous la supervision du
président du Conseil de la région, un rôle prééminent par rapport aux autres collectivités territoriales, dans le respect des compétences propres de ces
dernières […] »
46L’article 136 de la Constitution de 2011 : « […] L'organisation régionale et territoriale repose sur les principes de libre administration, de coopération
et de solidarité. Elle assure la participation des populations concernées à la gestion de leurs affaires et favorise leur contribution au développement
humain intégré et durable […] »
47 L’article 135 de la Constitution de 2011 : « […] Les Conseils des régions et des communes sont élus au suffrage universel direct […] »
48 L’article 138 de la Constitution de 2011 : « […] Les présidents des Conseils des régions et les présidents des autres collectivités territoriales
des compétences partagées avec l'Etat et celles qui leur sont transférables par ce dernier […] » ; L’article 146 : « […] Une loi organique fixe
notamment : […] les compétences propres, les compétences partagées avec l'Etat et celles qui sont transférées aux régions et aux autres collectivités
territoriales, prévues à l'article 140 […] »
50 L’article 141 de la Constitution de 2011 : « […] Les régions et les autres collectivités territoriales disposent de ressources financières propres et de
ressources financières affectées par l'Etat. Tout transfert de compétences de l'Etat vers les régions et les autres collectivités territoriales doit
s'accompagner d'un transfert des ressources correspondantes […] » ; L’article 146 : « […] l'origine des ressources financières des régions et des autres
collectivités territoriales prévues à l'article 141 […] »
51 Décret n°2-15-10 du 20 février 2015, fixant le nombre des régions, leurs noms, leurs chefs-lieux et les préfectures et provinces les composant, BO
l’organisation des élections locales en septembre 2015 a également permis la mise en œuvre de cette
La subsidiarité
La répartition des pouvoirs entre l'État et les collectivités territoriales est un élément essentiel de tout
nouvelle constitution marocaine, et afin d’assurer une action publique efficace, le législateur a
redistribué la répartition des compétences entre l’Etat et les collectivités territoriales décentralisées
la subsidiarité, qui a alors fait partie pour la première fois de l’arsenal juridique marocain55. Pour cela,
nous allons présenter brièvement la définition théorique du principe de la subsidiarité, ainsi que sa
La subsidiarité : le concept
Le terme de « subsidiarité » provient d’une origine étymologique latine (Derosier, 2007). Il dérive
d’une part du terme subsidium qui signifie « renfort, ressource », et donne aujourd’hui le terme «
subside », impliquant l’idée de secours, obtenir un subside signifiant obtenir une aide financière, et
d’autre part, du terme subsidiarius, signifiant « qui est en réserve ». Dans l’Antiquité romaine, les
troupes subsidiaires étaient les troupes de renfort lorsque sont nécessaire56. Selon Barroche (2008),
52 Loi organique n° 111-14 relative aux régions, promulguée par le Dahir n° 1-15-83 du 07 juillet 2015, BO n° 6440 du 18 février 2016.
53 Loi organique n° 112-14 relative aux préfectures et provinces, promulguée par le Dahir n° 1-15-84 du 07 juillet 2015, BO n° 6440 du 18 février
2016.
54 Loi organique n° 113-14 relative aux communes, promulguée par le Dahir n° 1-15-85 du 07 juillet 2015, BO n° 6440 du 18 février 2016.
55 Article 140 de la constitution marocaine « … Sur la base du principe de subsidiarité, les collectivités territoriales ont des compétences propres, des
compétences partagées avec l'Etat et celles qui leur sont transférables par ce dernier… » ; Article 94 de la loi organique n° 111-14 relative aux régions
« …. Sont fixés sur la base du principe de subsidiarité, les domaines des compétences transférées de l’Etat à la région… » ; Article 4 de la loi organique
n°112-14 relative aux préfectures et provinces «…sur la base du principe de subsidiarité, la préfecture ou la province exerce les compétences
propres…. » ; Article 4 de la loi organique n°113-14 relative aux communes « …sur la base du principe de subsidiarité, la commune exerce les
compétences propres…. »
56 Dictionnaire étymologique et historique du français, Paris, Larousse, 1998.
______________________________________________________________________________________________
Beitone et al. (2019) indiquent que le principe de subsidiarité est une règle relative à l’intervention
des pouvoirs publics, qui stipule qu’une décision ne doit pas être traitée au niveau d’une instance
supérieure (État par exemple) si elle peut l’être par les acteurs directement concernés à un rang
Généralement, la subsidiarité se définit comme un principe selon lequel les décisions, législatives ou
administratives, doivent être prises au plus bas niveau possible (Drago, 1994). C’est un principe qui
permet de promouvoir les acteurs locaux décentralisés par rapport aux instances centralisées (Tosi,
2006), et sur lequel se fonde l’autonomie locale (Heckly et Oberkampf, 1995 ; Fong et Ichijo, 2022).
Il consiste à placer le pouvoir de décision au niveau le plus décentralisé (Coulange 2014). Selon
Naudet (2014), « la subsidiarité n’implique pas l’intervention de l’État ! Elle n’est donc ni la «
décentralisation » du pouvoir politique ni encore moins le fait que le « sommet » des pouvoirs publics
se déleste, « vers le bas », de fonctions qu’il délègue à des niveaux inférieurs. Au contraire, la
subsidiarité consiste à laisser faire la société civile –d’essence privée- et à la laisser déléguer au
centralisation et préconise que les questions soient résolues au niveau local, et le plus près possible
de l'individu. En ce sens, elle est une caractéristique du fédéralisme dont la philosophie est de protéger
globale entre les deux concepts de fédéralisme et de subsidiarité (Evan, 2014). Néanmoins, selon
Edward et al. (1994), Watts (1998) et Feely et Rubin (2008), ces avantages pourraient être obtenus
par la décentralisation sans « fédéralisme ». Ainsi, un gouvernement central unitaire peut choisir de
transférer le pouvoir aux autorités locales ou régionales sans donner à ces dernières une véritable
______________________________________________________________________________________________
Nation ou les unités régionales, ne doivent intervenir que lorsque cela est nécessaire pour protéger le
bien commun et pour accomplir les tâches qui ne peuvent pas être réalisées efficacement à un niveau
local. Ainsi, la subsidiarité souligne l'importance de doter les individus de l'autonomie et des
ressources nécessaires pour assumer la responsabilité de développer et de fournir les services dont
La subsidiarité au Maroc
s’adapter aux réalités locales, accompagné d’une évolution de la répartition des compétences entre
le centre et la périphérie. De la sorte, la nouvelle réforme des lois organiques relatives aux collectivités
territoriales semble rompre avec les anciens textes régissant la relation entre l’Etat et les collectivités
Ainsi, la subsidiarité est désormais au cœur des textes constitutionnels en matière de la répartition
des pouvoirs et compétences au Maroc, tout en précisant et en distinguant trois types de compétences
fixés par les lois organiques relatives aux collectivités territoriales57. Néanmoins, le législateur
prévoyait les transferts des compétences vers les collectivités territoriales de manière progressive et
régionales60. Pourtant, ce transfert de compétences selon les catégories de collectivités locales existait
déjà depuis la réforme de la charte communale en 1976, mais sans en parler de manière explicite.
envisagé des propositions pour préciser de manière claire les compétences attribuées à chaque
catégorie de collectivité territoriale. Il s’agit là d’un travail d’experts maîtrisant l’organisation des
57 Les lois organiques relatives à l’organisation communale (article 3 de la loi 113-14), préfectorale et provinciale (article 3 de la loi 112-14) et
régionale (article 4 de la loi 111-14).
58 Articles 77 et 91 de la loi 113-14 relative aux communes
59 Articles 78 et 90 de la loi 112-14 relative aux préfectures et provinces
60 Articles 80 et 95 de la loi 111-14 relative aux régions
______________________________________________________________________________________________
éviter les enchevêtrements de compétences entre les différentes collectivités territoriales, source de
confusions et de conflits, pour respecter, autant que possible, le principe « une compétence/une
collectivité territoriale », et pour veiller, y compris dans les cas de partenariat, à bien préciser les
responsabilités de chaque partenaire. Cette commission s’est penchée également sur la nécessité de
s'assurer que chaque collectivité territoriale dispose de ressources propres suffisantes pour pouvoir
exercer correctement les compétences spécifiques dont elle est responsable. Elle s’est aussi assurée
que le transfert des autres compétences à chaque collectivité territoriale se fasse, dans un cadre
négocié avec l’Etat, sous couvert de contrats définissant la compétence concernée, les conditions du
C’est en se basant sur ces recommandations que la nouvelle réforme a redéfinit les compétences pour
chacun des trois niveaux de collectivités territoriales. De ce fait, les trois lois organiques définissent
pour la première fois, les principes généraux guidant l’attribution des compétences.
La commune, compte tenu de sa proximité des citoyens, est chargée de fournir des services locaux
Les préfectures ou les provinces, relevant de leur compétence territoriale, sont chargées d’inciter le
et provinces
64 Des compétences de la région, Chapitre premier : Principes généraux, Articles 80 et 95 de la loi 111-14 relative aux régions.
______________________________________________________________________________________________
compétences partagées avec l’Etat ainsi que des compétences qui peuvent lui être transférées par ce
dernier.
La commune
primordial, dans la mesure où elle assure la proximité de l’administration avec les administrés.
Toutefois, la nouvelle réforme a renforcé le statut de la commune en tant que collectivité de proximité,
Ainsi, la nouvelle réforme a montré la place des organes de la commune. De la sorte, le conseil
municipal à travers son organe exécutif, en l'occurrence le président du comité municipal est tenu de
régler les affaires de la commune par ses délibérations. Ainsi, « la commune est responsable des
missions de prestation des services de proximité, dans le cadre des compétences qui lui sont
distribuées »65, et de la mise en place des plans d’action communaux (PAC) et de la coopération
internationale.
Les compétences propres de la commune (Figure 11 A), portent sur la gestion des services et
à son initiative, peut, par voie contractuelle avec l’Etat et par ses propres moyens, financer ou
service public, même si ne faisant pas partie de ses compétences propres. Il est primordial de
souligner l’importance d’un élément fondamental de la nouvelle réforme (la loi organique relative aux
65
Article 77 de la loi organique n°113-14 relative aux communes
______________________________________________________________________________________________
pays qui, dans le domaine de l’administration du territoire, a développé un discours pertinent et riche
sans jamais intégrer cet ensemble dans une politique cohérente d’aménagement du territoire (Sedjari,
1999). Malgré les défis rencontrés par le Maroc en matière d'aménagement du territoire et
d'urbanisation, les questions d'urbanisme relèvent particulièrement du champ d'action des pouvoirs
publics66. Néanmoins, les collectivités locales ont la possibilité de définir des Plans communaux de
Développement (PCD), qui sont les précurseurs des Schémas d’Aménagement Régional ou Local au
niveau d’orientation. Or, au niveau national, l’application de ces documents top down ne produit pas
une vision unifiée et cohérente pour le Maroc (Planel, 2009), dans la mesure où l’Etat occupe le rôle
principal, face au rôle secondaire qu’occupe les collectivités locales, en particulier, les communes.
En ce qui concerne les pouvoirs de la police administrative, c’est le président du conseil communal
qui exerce cette mission, par voie d’arrêtés réglementaires et de mesures de police individuelles,
portant autorisation, injonction ou interdiction, dans les domaines de l’hygiène, la salubrité, la sûreté
publique67. Ainsi, c’est lui qui doit veiller à l’application des lois et des règlements, ainsi qu’au respect
66 Dahir n° 1-92-31 du 15 hija 1412 (17 juin 1992) portant promulgation de la loi n° 12-90 relative à l'urbanisme. (Article 9) L'Etat, les collectivités
locales, les établissements publics et les personnes morales de droit privé dont le capital est souscrit entièrement par les personnes publiques précitées
sont tenus de respecter les dispositions du schéma directeur d'aménagement urbain. (Article 11) Les plans de zonage, les plan s d'aménagement et les
plans de développement prévus par le dahir n° 1-60-063 du 30 hija 1379 (25 juin 1960) relatif au développement des agglomérations rurales, doivent
respecter les dispositions des schémas directeurs d'aménagement urbain, Dont la durée peut aller jusqu’à 25 ans (Article 3).
67 Article 100, de la loi organique n°113-14 relative aux communes
______________________________________________________________________________________________
conseil communal qui seraient en violation des lois et règlements existants, ainsi qu’aux délibérations
ne faisant pas partie des attributions du conseil de la commune ou en violation des dispositions de la
loi organique et des textes législatifs et réglementaires en vigueur68. Le législateur prescrit également
construire, des permis d’habiter et des certificats de conformité69. Ainsi, tous les arrêtés à caractère
réglementaire pris par le président du conseil en matière d’urbanisme doivent être obligatoirement
______________________________________________________________________________________________
d’activités économiques et l’amélioration des conditions de travail dans les entreprises. Ainsi, les
actions principales auxquelles la commune peut contribuer pour promouvoir son développement local,
s’orientent vers une complémentarité entre l’action des autres échelons des collectivités territoriales,
En ce qui concerne les compétences transférées par l’Etat aux communes (Figure 11 C), il s’agit de la
sites naturels. Ces domaines de la culture, du tourisme et de l’environnement, font aussi l’essentiel
des compétences partagées entre l’Etat et la région. Les compétences transférées aux régions
La province ou la préfecture
En focalisant les prérogatives provinciales sur le développement social, la nouvelle réforme vise à
faire de la province ou la préfecture un relais pour l'action régionale. En plus de confier le pouvoir
exécutif aux présidents des conseils provinciaux et préfectoraux, la nouvelle réforme a également
profondément réexaminé les domaines d'action de ces collectivités, qui sont appelées à occuper le
Selon la nouvelle loi organique relative aux préfectures et provinces, « la préfecture ou la province
est chargée, à l’intérieur de son ressort territorial, des missions de promotion du développement
social, notamment en milieu rural de même que dans les espaces urbains »71. Ainsi, relèvent de leurs
71
Article 78 de la loi organique n°112-14 relative aux préfectures et provinces.
______________________________________________________________________________________________
l’entretien des pistes rurales, la mise en place et l’exécution de programmes pour réduire la pauvreté
Pour réduire les déficits en développement accumulés, en particulier dans les zones rurales et
montagneuses, la loi prévoit aussi des compétences partagées (Figure 12 B) entre l’Etat et la
préfecture ou la province. Il s’agit de compétences dont l’exercice s’avère efficace lorsqu’elles sont
partagées.
L’exécution de ces compétences partagées peut se faire sur la base des principes de progressivité et
de différenciation. Certaines compétences pourraient faire l’objet d’une contractualisation entre l’Etat
En matière de compétences transférées (Figure 12 C), la nouvelle loi organique apporte de grandes
précisions. Tout comme le plan d'action communal (PAC), les collectivités préfectorales et provinciales
sont invitées à mettre en place au cours de la première année du mandat électoral, un programme
______________________________________________________________________________________________
sur une approche participative sous la supervision du wali ou du gouverneur, ainsi que la coordination
de tous les services déconcentrés de l’administration centrale et avec les autres collectivités
notamment en milieu rural, est sans doute un des éléments les plus importants de la nouvelle réforme.
En outre, des précisions sont données concernant les champs d’action des collectivités préfectorales
province ». Ainsi, l’organisation de la préfecture ou de la province est basée sur les principes de
coopération et de solidarité entre les préfectures et les provinces, et entre celles-ci et les autres
Cette nouvelle réforme insiste sur l’efficacité, la mutualisation et la coopération entre les communes,
______________________________________________________________________________________________
la préfecture, ou la province, est chargée de l’exercice délégué de certaines des compétences dévolues
à une ou plusieurs communes sises dans son territoire si cela s’avère efficace. Cette délégation, qui
nécessite la délibération des conseils communaux concernés, peut intervenir par voie contractuelle,
soit à la demande des dites communes, soit à l’initiative de la collectivité préfectorale ou provinciale.
La collectivité préfectorale ou provinciale peut accomplir, dans le cadre du respect des compétences
dévolues aux autres collectivités territoriales, et chaque fois que nécessaire, toute action de nature à
les communes sises dans son territoire, pour tout ce qui concerne la maîtrise d’ouvrage déléguée, et
La région
administrative et financière. Cela revient à dire que ses affaires sont gérées par un conseil régional
dont les membres sont élus au suffrage universel direct conformément aux dispositions de la loi de
réglementation relative à l'élection des membres des conseils des collectivités territorial73.Comme
Royaume sont les régions, les préfectures, les provinces et les communes. Elles constituent des
personnes morales de droit public, qui gèrent démocratiquement leurs affaires… ». Après l'élection
des membres du Conseil régional74, et sur invitation du gouverneur ou de son représentant, la date
et le lieu de la réunion seront déterminés dans cet appel, pour élire le bureau du conseil régional. Ce
la loi organique n°59-11 relative à l’élection des membres des conseils des collectivités territoriales, (Article 9 du chapitre premier de l’organisation
du conseil de la région du dahir n°1-15-83 du 20 ramadan 1436 (7 juillet 2015) portant promulgation de la loi organique n° 111-14 relative aux
régions). Contrairement à l’ancien loi n° 47-96 relative à l'organisation de la région promulguée par le dahir n°1-97-84 du 23 kaada 1417 (2 avril
1997) (B.O n° 4470 du 3 avril 1997), ou « …Le conseil régional est composé de représentants élus des collectivités locales, d es chambres
professionnelles et des salariés… »
______________________________________________________________________________________________
présidents76. Le président du conseil et ses vice-présidents sont élus lors d’une seule séance prévue
à cet effet dans les quinze jours suivant l’élection des membres du conseil, de la sorte, qu’après cette
séance de l’élection du président, une séance consacrée à l’élection des vice-présidents est tenue sous
la présidence de ce dernier (Le wali de la région ou son représentant assiste à cette séance).
La région est devenue aujourd’hui un espace important pour la mise en œuvre des politiques
structurelles de développement économique. Elle est un échelon territorial entre l’Etat central et les
La nouvelle loi organique relative aux régions a fixé des compétences propres dans le domaine du
développement régional (Figure 13 A). Elles portent essentiellement sur l’organisation, la coordination
des ressources naturelles, leur valorisation et leur préservation, des mesures et des actions
durable et l’amélioration des capacités de gestion des ressources humaines et leur formation 77. La
région exerce ses missions, sous réserve des politiques et stratégies générales et sectorielles de l'État
75Contrairement à ce qui était prévu à l'article 10 de la loi n° 47-96 « … Les membres du bureau sont élus pour un mandat de trois ans renouvelable…
», loi organique n° 111-14 à préciser la durée du mandat dans son article 20 «….Le président et les vice-présidents sont élus pour la durée du mandat
du conseil… »,ainsi « … Les deux tiers (2/3) des membres du conseil de la région en exercice peuvent, à l’expiration de la troisième année du mandat
du conseil, présenter une demande aux fins de démettre le président de ses fonctions. Cette demande ne peut être présentée qu ’une seule fois durant
le mandat du conseil. La demande de démission doit être inscrite obligatoirement à l’ordre du jour de la première session ordinaire tenue par le conseil
lors de la quatrième année.
Le président est considéré démis de ses fonctions si la demande de démission est approuvée par les trois quarts (3/4) des membres du conseil en
exercice… » (Article 73)
76 Article 9 du loi organique n° 111-14 relative aux régions « … Le bureau du conseil se compose du président et des vice-présidents… »
77 Article 80 de la loi organique n° 111-14 relative aux régions
______________________________________________________________________________________________
le tourisme. Pareillement, la loi prévoit des compétences transférées (Figure 13 C) basées sur le
Dans ce contexte, le conseil régional est tenu de mettre en place son programme de développement
régional (PDR) au cours de la première année du mandat du conseil, sous la supervision de son
président et pour une durée de 6 ans. Il œuvre également à son suivi, son actualisation et son
évaluation.
L’élaboration des PDR doit être faite sur la base d’une démarche participative, en coordination avec
veiller à leur déclinaison au niveau régional et prendre en considération l’intégration des orientations
du schéma régional d’aménagement du territoire (SRAT) et les engagements convenus entre la région
et les autres collectivités territoriales, leurs instances, ainsi que les entreprises publiques et les
régionale, sont de nouveaux éléments qui peuvent faire de la région un véritable acteur du
développement économique.
Le roi Hassan II cherchait à suivre le processus de développement engagé par le roi Mohammed V,
se concentrant sur la nécessité de "poursuivre la mise en œuvre de l'ère royale en organisant des
élections villageoises et municipales avant la fin de 1959", conduisant à la consolidation des piliers de
représentation des ministères au niveau provincial, préfectoral et régional, la nécessité de confier des
nécessité de créer un lien entre la décentralisation et déconcentration. Dans son discours à l’occasion
78
Article 83 de la loi organique n° 111-14 relative aux régions
______________________________________________________________________________________________
déconcentration est le moyen qui permet à l’homme de jouir des bienfaits de la décentralisation. En
décentralisation est une culture. La déconcentration rejette toute attitude négative de repli, d’esprit
doit prévaloir dans tous les départements ministériels et au sein de toutes les administrations… ».
Également, la question de la déconcentration a suscité l’intérêt du roi Mohammed VI, qui s’est traduit
par de nombreux discours, visant à renforcer la démocratie locale par l'application des politiques de
de l'époque qui ont imposé la restructuration du rôle et des fonctions de l'État, plusieurs appels royaux
ont été lancés. Ces appels constituent le cadre général d’orientation des décisions politiques et
« … nous avons appelé à l'adoption d'un nouveau concept de l’autorité, pour que celle-ci soit au service
du citoyen, proche de ses préoccupations et de ses besoins, entretenant une relation qui ne se
caractérise ni par la tentation, ni par la crainte, mais par le respect mutuel et la complémentarité
entre gouvernants et gouvernés… »79. Ce concept ne se limite pas à l’administration territoriale, mais
décentralisation ne peut atteindre les objectifs escomptés que si, parallèlement, est engagé un
79 Extrait
du Message de S.M. le Roi Mohammed VI à l’occasion du 51ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (1999).
______________________________________________________________________________________________
« … A cet égard, la consécration de la régionalisation avancée constitue l'un des chantiers stratégiques
du Maroc d'aujourd'hui et de demain. Cela tient non seulement à son rapport avec la mise en place
de la chambre des conseillers, mais surtout aux opportunités que cette régionalisation, conjuguée
proximité par rapport au citoyen. Elle ouvre également des possibilités et des perspectives
et durable… »81.
Depuis son intronisation, le roi Mohamed VI, n’a pas cesser d’appeler à la consolidation des acquis de
Nous l’avons fait plus d’une fois auparavant, à l’élaboration et à l’adoption d’une charte avancée de
la déconcentration administrative. Nous exhortons également à la fixation d’un échéancier précis pour
Au Maroc, le chapitre de déconcentration a débuté dès les années 1977, en premier lieu par le Dahir
du 15 février 1977 qui a attribué aux gouverneurs représentant le gouvernement central au niveau
des services extérieurs des ministères de tutelle, en vue d'assurer la cohérence des différentes
80 Extrait du discours de SM le Roi Mohammed VI devant les responsables des Régions, Wilayas, Préfectures et Provinces du Royaum e, cadres de
l'administration et représentants des citoyens
81 Extrait du discours de SM le Roi lors de l'ouverture de la première session de la 5ème année législative de la 8ème législatu re
82 Extrait du discours royal a l’occasion de l'ouverture de la première session de la 2ème année législative de la 10ème législature. 13/10/2017
______________________________________________________________________________________________
défini plus précisément la répartition des attributions et des moyens entre services centraux et
extérieurs des administrations publiques. Il a stipulé que les administrations centrales assurent au
niveau national, sous l’autorité des ministres, une mission de conception, d’orientation, de gestion et
de contrôle des actions relevant de leur compétence. Ainsi, les services extérieurs (déconcentrés)
décisions et directives des autorités compétentes dans le cadre des dispositions législatives et
départements ministériels, ainsi que la répartition des attributions et des moyens entre leurs
administrations centrales et les services déconcentrés. Ainsi, est créée une commission dénommée
chargée d'étudier et d'approuver les schémas directeurs de déconcentration. A cette fin, elle examine
les propositions de répartition des attributions et des moyens entre les administrations centrales, les
de réforme du Maroc, consolidé par le décret n ° 2-17-618 du 26 décembre 2018, portant Charte
Nationale de la Déconcentration, fixant, d’une part, les objectifs et les principes de la déconcentration
83 Bulletin Officiel n° : 3359 du 16/03/1977 - Page : 341 ; Dahir portant loi n° 1-75-168 du 25 safar 1397 (15 février 1977) relatif aux attributions du
gouverneur
84 Décret n° 2-93-625 du 4 Joumada I 1414 (20 octobre 1993), Bulletin Officiel n° : 4227 du 03/11/1993
85 Décret n° 2-05-1369 du 29 chaoual 1426 (2 décembre 2005), fixant les règles d'organisation des départements ministériels et de la déconcentration
administrative.
86 Article 11 du chapitre III De la procédure d'organisation des départements ministériels du Décret n° 2-05 1369 du 29 chaoual 1426 (2 décembre
2005) fixant les règles d'organisation des départements ministériels et de la déconcentration administrative : « … Il est créé auprès de l'autorité
gouvernementale chargée de la modernisation des secteurs publics, une commission dénommée " Commission d'organisation des structures
administratives et de la déconcentration administrative ". Cette commission est composée : d'un représentant de l'autorité gouvernementale chargée
de la modernisation des secteurs publics, président ; d'un représentant de l'autorité gouvernementale chargée des finances ; d'un représentant de
l'autorité gouvernementale concernée par le projet soumis à la commission. Le président de la commission susvisée peut inviter aux réunions les
représentants d'autres services publics dont les attributions ont un rapport avec le projet de décret ou d'arrêté soumis à l'examen de la commission.
Lors de l'examen des projets de schémas directeurs de déconcentration, il est adjoint à cette commission les membres ci-après : un représentant de
l'autorité gouvernementale chargée de l'intérieur ; un représentant de l'autorité gouvernementale chargée de l'aménagement du territoire de l'eau et de
l'environnement ; un représentant du secrétariat général du gouvernement ; un représentant de l'autorité gouvernementale char gée des affaires
économiques et générales ; et un représentant de l'autorité gouvernementale chargée du plan… »
______________________________________________________________________________________________
Figure 15 : Les règles générales de l'organisation administrative des services déconcentrés au Maroc
depuis 2018
______________________________________________________________________________________________
relations des services déconcentrés de l'Etat aux niveaux régional, préfectoral ou provincial avec les
organismes et les institutions ci-après : les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs
organismes ; les établissements publics et toute autre personne morale de droit public ; les
entreprises publiques et tout organisme chargé de la gestion d'un service public (Figure 16).
du Royaume, ce qui en fait un échelon intermédiaire dans les relations entre les administrations
centrales de l'État et leurs représentations au niveau territorial. ii) Le wali de région a un rôle central,
en sa qualité de représentant du pouvoir central au niveau régional, dans la coordination des activités
des services déconcentrés, en veillant à leur bon fonctionnement et à leur contrôle, sous l'autorité
87
Article 5 du décret numéro 2.17.618 portants charte de la déconcentration administrative
______________________________________________________________________________________________
changement (Figure 17). Aujourd’hui, la libre administration est au cœur de la réforme territoriale.
Sa consécration par la loi de décentralisation et de déconcentration est l’une des mesures phare de
l’autonomie locale. Ainsi, la nouvelle réforme de 2015, a accordé une grande importance à l’autonomie
des collectivités territoriales, basée sur la subsidiarité. Elle a permis d’encadrer les relations entre
______________________________________________________________________________________________
question la pratique de la libre administration d’une part et l’efficience de l’action publique locale
(Figure18). Nous y reviendrons par la suite plus en détails, notamment concernant les réalités sur le
______________________________________________________________________________________________
groupes sociaux et d’institutions, en vue d’atteindre des objectifs définis et discutés collectivement
(Le Galès, 2004b). Elle se base sur les rapports horizontaux entre les acteurs locaux et sur
publiques et à la pertinence des territoires administratifs, ainsi qu'aux modes de participation des
conduit à une interrogation sur les enjeux de la gouvernance rurale (Welch, 2002) et du
développement durable (Lowe et Ward, 2007) et leur application aux territoires, et sur les questions
gouvernance territoriale revient à considérer les territoires comme des territoires de construction de
______________________________________________________________________________________________
Au Maroc, l’action publique locale s’inscrit dans le cadre d’une transformation continue, cherchant de
nouveaux modes de gestion et d’organisation des acteurs, et appelant les différentes collectivités
territoriales à agir comme de véritables acteurs de développement. D’ailleurs, c’est ici que s’inscrit
L'action publique peut être considérée comme l'expression de la gouvernance territoriale, et combine
les initiatives des autorités publiques et des acteurs privés dans une production globale de biens et
services mixtes. C’est « comme un modèle de coordination qui vise à intégrer les mécanismes
territoriale apparaît comme l’expression des tensions et des arbitrages entre différents intérêts au
a) La gouvernance
Le concept de "gouvernance" a pris une grande importance dans le domaine des sciences sociales.
Son utilisation en plusieurs langues remonte à plusieurs siècles, trouvant ses origines dans la langue
française depuis le 13ème siècle. A cette époque, le sens initial de ce mot ne semblerait pas
(gouvernance et gouvernement) évoluent en fonction de leurs usages dans les différentes langues et
disciplines et aussi selon les transformations que subissent les sociétés à travers l’histoire.
de gouvernance et à l'émergence de l'État moderne au 16ème siècle, générant une intense réflexion
conceptuelle sur le pouvoir. Or, les controverses et les débats qu’ont suscité l'État et le pouvoir ont
______________________________________________________________________________________________
La gouvernance est considérée comme un mode de gestion complexe dans lequel les acteurs sont
verticalement, en position de subordination vis-à-vis d’un acteur central (Le Galès, 1995). En effet,
c’est la transition d'une structure hiérarchique du pouvoir à une structure de type réseau qui justifie
l'utilisation d'un nouveau terme, celui de la gouvernance (Baron, 2003). Cependant, le concept
nouvelle organisation du pouvoir et à une autre manière de gouverner la société (Raw, 1996).
politiques de chaque pays (Lorrain, 1998). Par exemple en France, la gouvernance continue d'être
complémentaire du gouvernement, car l’Etat conserve encore son rôle d'intermédiaire, alors que dans
le monde anglo-saxon, la gouvernance est synonyme d'un État minimal (Allemand, 2000). Il est donc
réglementation, et la gouvernance en tant qu'art de gouverner (Baron, 2003). Dans cette optique, la
gouvernance prise dans le sens de la science de gouvernement, est conçue comme la manière de
gérer indépendamment la chose publique, contrairement à la notion de gouvernement qui est associée
A la fin du 17ème siècle, et avec l’apparition du concept de la société civile et des droits de l’homme,
la gouvernance constitue le point d’équilibre entre les pouvoirs royaux et parlementaires. Puis en
20ème siècle cette notion a pris une place importante dans l’univers des entreprises et des
La gouvernance génère une nouvelle façon de traiter la question du pouvoir. Elle joint étroitement les
dimension stratégique, tout en s’éloignant d’une vision hiérarchique dans laquelle l'Etat imposerait
(Morin, 1998). La dérèglementation et la désintermédiation financières qu’ont connus les pays anglo-
saxons à la fin des années 1970 (Rey, 2016), s’est traduite par la disparition des règles imposées aux
marchés et aux intermédiaires financiers. Ce processus s’est généralisé dans les années 1980 dans
les autres pays. Ces évènements ont engendré un essor considérable des marchés financiers,
générant un pouvoir des marchés financiers qui s’imposent au pouvoir politique, et deviennent capable
d’exprimer leur désaccord. Par ailleurs, la transformation de l’actionnariat dans les années 1990 a
déclenché un débat sur la question du pouvoir et de son contrôle au sein de l'entreprise (Baron, 2003),
pour ensuite aboutir à une séparation entre le pouvoir de gestion des dirigeants, et le pouvoir de
contrôle et de définition des orientations stratégiques par les actionnaires. Dès lors, le pouvoir des
actionnaires constitue un contre-pouvoir aux dirigeants, qui en orientant les entreprises vers des choix
d’investissements moins risqués et plus rentables, sont censés intégrer à ces choix les exigences des
actionnaires (Baron, 2003). C’est dans ce contexte que le concept de corporate governance (en
français « gouvernance d’entreprise ») (Fama et Jensen, 1983 ; Dignam et Lowry, 2022). A partir du
début des année 2000, ce concept a été utilisée par certains organisations et institutions (Banque
mondiale et FMI, PNUD, ONU…) pour décrire « l’art ou la manière de gestion des affaires publiques ».
En résumé, la mobilisation de ce concept est répartie en 3 périodes : une période de genèse (au
début des années 1980), au cours de laquelle certains rapports et articles ont utilisé ce terme ; une
période de spécification et d’extension (au début des années 1990), puis une période de diffusion
exponentielle (au début des années 2000), durant laquelle sa popularité s'est considérablement
accrue et où il a été massivement repris par les organisations internationales comme par les
La définition de la gouvernance
Toutes les définitions de la gouvernance s'accordent sur le fait que le concept désigne
fondamentalement toutes les situations de coopération qui ne peuvent plus être ordonnées par la
hiérarchie.
______________________________________________________________________________________________
Cette définition reste très classique mais englobante. Pour la banque mondiale, c’est une manière
dont le pouvoir est exercé dans la gestion des ressources économiques et sociales d’un pays en vue
du développement, car elle considère que le développement n’est pas envisageable sans une gestion
efficace de ces ressources. Pour l’OCDE c’est « la manière dont la société résout ses problèmes et
satisfait ses besoins collectivement ». Pour l’USAID (United States Agency for International
Development) c’est «la gestion impartiale, transparence des affaires publiques à travers la création
d’un système de règles acceptées comme constituant l’autorité légitime dans le but de promouvoir et
de valoriser des valeurs sociétales visées par les individus et les groupes ». Pour l’Union européenne
ce sont « les règles, les processus et les comportements qui influent sur l’exercice des pouvoirs au
administratives pour gérer les affaires d’un pays. Elle repose sur des mécanismes, des processus et
des institutions permettant aux citoyens d’exprimer des intérêts, de régler des litiges, et d’avoir des
Du point de vue des chercheurs, les définitions de la gouvernance sont infinies, et il semble que
chacun utilise une définition propre à sa discipline. Pourtant, il existe certains principes clés de la
gouvernance que la plupart des chercheurs qui utilisent le concept ont tendance à employer, tels que
la participation et l’implication des acteurs non étatiques, l’interaction et la coordination des acteurs,
autorités centrales (Rhodes, 1997 ; Jessop, 1998 ; Bulkeley et Mol, 2003 ; Bevir, 2004 ; Kohler-Koch
et Rittberger, 2006 ; Kazancigil, 2009 ; Turnhout et van der Zouwen, 2010 ). Ces principes sont
utilisés à la fois de manière prescriptive - comme moyens de parvenir à une bonne gouvernance - et
88
PNUD,2003 la gouvernance et accélération de développement humain au Maroc, rapport de développement humain.
______________________________________________________________________________________________
Les travaux théoriques sur la gouvernance reflètent l'intérêt porté par les chercheurs en sciences
sociales aux études sur l’évolution et les formes de gouvernement, car, selon son utilisation et sa
définition classique, la gouvernance est synonyme de gouvernement. Par contre, dans les nombreux
structurée (Pitseys,2010) ; ou à la nouvelle méthode par laquelle la société est gouvernée (Hamel et
Jouve,2006 ). La gouvernance a pour but ultime de créer les conditions d'une action collective et
efficace. Les résultats de la gouvernance ne sont donc pas différents de ceux du gouvernement. Il
s'agit plutôt d'une différence dans les processus. En fait, gouverner, c'est exercer un pouvoir et une
autorité sur un territoire, un système ou une organisation. Cela s'applique à la fois au gouvernement
important pour la gouvernance, mais il n'est plus le point central. En effet, dans la gouvernance, le
pouvoir n'est pas tant exercé que partagé, et l'autorité est définie non pas par rapport au contrôle du
détenteur du pouvoir, mais plutôt par rapport à la capacité du détenteur du pouvoir à gouverner.
orchestre et administre. Régner et orchestrer reposent sur des bases différentes. Régner, c'est être
la seule autorité, pour laquelle la réponse appropriée est d'obéir. En revanche, orchestrer, c'est faire
appel à tous les acteurs pour prendre les décisions dans une atmosphère de transparence et de
confiance, cadré par des lois, mais ce sont des lois auxquelles tous les acteurs ont contribué. Aussi,
dans ce cadre, la responsabilité est partagée, et ceux qui ont le plus grand pouvoir portent la plus
grande responsabilité. Toute gouvernance est un acte de leadership, visant à faire évoluer une société,
alors que le gouvernement peut avoir une connotation d'intérêt uniquement pour le maintien et la
préservation de la paix et de l'ordre. La gouvernance est le processus par lequel des acteurs exercent
leur pouvoir et leur autorité, et influencent et mettent en œuvre des politiques et des décisions
______________________________________________________________________________________________
bien un produit de la fin du 20ème siècle, lorsque le développement est apparu comme une
préoccupation des sociétés et des États. Le concept de la gouvernance s’articule autour des
institutionnelles ainsi que des interactions entre les différentes acteurs et niveaux territoriaux
(Bennacer, 2004).
La notion de territoire
Certains auteurs prétendent qu’on ne peut pas définir la gouvernance territoriale sans passer par la
définition du territoire. Selon une large littérature (Raffestin, 1980 ; Cox, 1997 ; Storper, 1997 ;
Scott, 1998 ; Amin, 2002 ; Scott et Storper, 2003; Pecqueur, 2005 ), le territoire est un concept
immatériel, une ressource épuisable, une "action" politique ou économique, une "construction sociale"
découlant de l'action collective des acteurs. La notion de territoire a connu plusieurs définitions. Pour
les politologues, le territoire est un « domaine géographique de l’autorité » (Moor, 2015). Chez les
économistes, la notion de territoire est apparue dans les travaux de Marshall (1890) et Perroux
(1950). En comparant l’univers des entreprises et celui du territoire, ces auteurs ont constatés qu’il y
a une ressemblance entre ces deux organisations (territoire et entreprise), particulièrement en termes
de relations horizontales.
Cette conception guidera plus tard les économistes (Maillat, 1992 ; Quevit, 1991 ; Perrin, 1990, 1992)
à penser le territoire comme un espace géographique délimité, propice à une organisation territoriale
des entreprises en tant qu’acteurs. Du côté des sociologues, le territoire est perçu comme un élément
structurant des jeux d’acteurs. Il peut être considéré comme un acteur autonome, participant à une
régulation collective d’ensemble face au centre qui est lui-même un acteur parmi d'autres (Thoenig,
______________________________________________________________________________________________
Fremont (1976), le territoire est perçu comme un « espace concret, un espace vécu, dont les
De ce fait, la position des géographes par rapport à la notion du territoire, peut être considérée comme
d'appropriation, mais il est aussi considéré comme un espace d'application du pouvoir (Micoud, 2000)
témoignant d’une appropriation économique, idéologique et politique de l'espace par certains groupes
(Di Meo, 1998). Cet espace est considéré comme le résultat de l'action des sociétés. Il fait l'objet de
systèmes de représentations mentales sur une base de données historiques et idéologiques (Poulle et
Gorgeu, 1997). Cependant, l'appropriation est aussi importante que l’action locale des sociétés qui
occupent et transforment le territoire (Brunet, 2001). D’ailleurs, chaque territoire a ses propres
acteurs et ses niveaux de pouvoir (Bussi et Badariotti, 2004). Ces systèmes sont inscrits dans les
Selon le dictionnaire de l'urbanisme et de l'aménagement, l’espace est une étendue indéfinie qui
comprend et entoure tous les objets. Dans cette définition, le terme important est sans doute « indéfini
». Celui-ci peut d’ailleurs s’entendre dans son sens mathématique, « qu’on ne peut limiter », qui est
synonyme d’infini, ou dans son acception générale, « qu’on ne peut définir ». Le terme est récemment
Pourtant, l’espace est resté quasi absent dans certains champs d’investigation scientifique, voire
inexistantes, pour les économistes, les psychologues et même les sociologues. Il a, en revanche,
donné lieu à des approches spécifiques, par exemple à travers le concept de proxémie89 humaine
89 Proxémie ou proxy est une approche de la relation avec l'espace matériel introduite par l'anthropologue américain Edward T. Hall en 1963. Selon
lui, le néologisme signifie "un ensemble d'observations et de théories selon lesquelles l'homme crée l'espace comme un produi t culturel spécifique"
______________________________________________________________________________________________
l’anthropologie de l’espace, la façon dont l’homme utilise l’espace, et en particulier la nature, et les
différentes modalités des relations de proximité qu’il établit avec ses semblables.
Pour leur part, certains psychanalystes ont montré le rôle important de la spatialisation dans le
Si l’espace est presque ignoré par certaines disciplines qui concourent pourtant largement à
l’aménagement et à l’urbanisme, il constitue la raison d’être d’un certain nombre d’autres disciplines:
− Les études spatiales qui se consacrent aux objets expédiés par l’homme au-delà de l’atmosphère.
de ses dimensions.
qui la composent.
− La géographie humaine qui s’intéresse aux relations qui caractérisent la vie des groupes humains
Or, chez les géographes, l’utilisation du concept d’espace a mis beaucoup de temps pour émerger.
Avant, les géographes parlaient plutôt de « milieu », qui répondait aux préoccupations de l‘époque,
avec la recherche des déterminants de la distribution des phénomènes géographiques dans le milieu
naturel. Avec l’arrivée de nouveaux phénomènes comme la structuration spatiale des villes, le
développement des mobilités la localisation des industries, etc., ce concept de milieu ne pouvait plus
apporter les explications pertinentes. De ce fait, au début du 19éme siècle, une branche de l'analyse
spatiale des activités agricoles a été développée par Von Thünen (1826), démontrant que sous
l‘emprise de la rente foncière, les variétés et la répartition des cultures changent par rapport à la
______________________________________________________________________________________________
fréquemment « le triangle de Weber », déterminant où une entreprise devrait s'établir dans l‘espace,
afin de minimiser ses coûts de transport par rapport à ses principaux fournisseurs et marchés.
Il faudra attendre les années 1930 pour voir se développer une autre théorie similaire concernant les
activités tertiaires. Celle-ci fut portée par Walter Christaller (1933) qui développe la théorie des lieux
centraux pour expliquer « La demande et l’offre de biens et de services s’équilibre spontanément dans
l’espace régional, ce qui minimise les coûts de déplacement pour les consommateurs. Il en résulte sur
le plan spatial des aires de marché de forme hexagonale s’emboîtant à la manière d’un pavage pour
couvrir tout le territoire ». Après la deuxième guerre mondiale, cette théorie est développée par les
concept d‘espace.
Pour les géographes, le territoire renvoie aussitôt à l‘appropriation de l‘espace. Selon Brunet et al
(2001) « Le territoire engage une appropriation de l‘espace ; il ne se réduit pas à une entité juridique
; il ne peut pas être assimilé à une série d‘espaces vécus, sans existence politique ou administrative
reconnue ». Ce territoire dépasse les limites du niveau administratif, et le système spatial évolue
nécessaires à son identification. Selon cette idée, Debarbieux (2002), présente une conception du
territoire en tant que ressources matérielles ayant la capacité de structurer l‘existence pratique des
individus tout en étant créateur d‘identité. Appuyant cette conception, Di Meo (2001) indique que «
90 Von Thünen tenait un raisonnement qui a débouché sur une autre source de rente foncière, basée sur la localisation (von Thüne n J.H., 1826, Der
isolierte staat in beziehung auf landwirtschaft und nationalökonomie). Il expliquait la répartition des cultures en cercles concentriques autour d’une
ville-marché, vers laquelle il fallait transporter les denrées agricoles. Cela conduisait à une localisation concentrique des cultu res dans la Prusse des
immenses domaines du début du XIXème siècle, en fonction du coût de transport des denrées : le lait et les produits maraîchers, qui doivent être livrés
en frais, étaient produits au plus près du marché, puis venaient les forêts puisque le bois est particulièrement pondéreux, suivies du blé et, au plus
loin, les élevages d’animaux, dont le coût de transport était le plus faible puisqu’il suffisait de les conduire à pied vers le marché.
______________________________________________________________________________________________
De ce fait, le territoire en géographie est une réalité objective indispensable dans la compréhension
des phénomènes socio-économiques. Pour Giblin-Delvallet (1993), le territoire « n‘est pas un espace
abstrait […] mais un espace concret dont les caractéristiques physiques et historiques ne doivent pas
être ignorées ». Une perception partagée par Bonnemaison (1982) qui décrit le territoire comme un
pilier d‘identité et d‘unité par l‘exercice de la fonction politique. Il permet de réduire les distances à
l‘intérieur et d‘établir une distance infinie avec l‘extérieur, par-delà les frontières. Cependant le
met principalement l'accent sur l'action collective, c'est-à-dire les actions menées par un ensemble
d'acteurs ayant pour but de résoudre un problème collectif. D’ailleurs, l'action collective naît de
interactions entre acteurs peuvent aboutir à des résultats variés, confrontation, coopération ou conflit.
Si l'on considère ce processus interactif dans « l’aménagement des territoire locaux », la gouvernance
peut être définie comme un mode d'action collective dans lequel les acteurs disposent d’une
Le territoire ne correspond pas à un niveau administratif où une politique s’applique selon une
démarche top-down, mais est une construction sociale permanente, en constante appropriation, avec
un système dynamique complexe (Leloup et al, 2004). Il se construit grâce aux relations de proximité
géographique développées entre une multiplicité d’acteurs, pouvant mener à des actions concrètes,
voire à l’élaboration commune de règles (on peut parler ici de la notion de proximité institutionnelle).
ou comme une forme de coordination, qui peut être à l’origine d’un système de création de valeur et
______________________________________________________________________________________________
construction, de négociation, de conflits et de partage d’un avenir commun, qui évolue à travers les
concertation) entre les acteurs territoriaux. Elle vise la construction collective d’objectifs et d’actions
en mettant en œuvre des dispositifs multiples (agencement des procédures, des mesures, des
(Maurel et al, 2014). Aussi, d’un point de vue territorial, la gouvernance met l’accent sur la multiplicité
et la diversité des acteurs qui interviennent ou peuvent intervenir dans la gestion des affaires
publiques (Lardon et al, 2008). Dans ce contexte, la gouvernance est considérée comme un moyen
d’intégration des acteurs locaux, avec leurs différents intérêts, afin de mener des stratégies et des
chaque fois un type de gouvernance approprié. Cette gouvernance peut être défini en fonction de
chercheurs comme Gilly et Perrat (2003) identifient trois types théoriques de gouvernance.
coordination sont pilotés par une institution ou un groupe d'institutions qui jouent un rôle clé,
comme l'Etat, les collectivités locales, etc., qui assurent la production de biens et services publics
d'entreprises, centre de recherche et développement, etc.) est un acteur clé dans le processus
de coordination des acteurs. Les mécanismes de coordination sont dirigés par des entités privées
qui opèrent pour l'appropriation privée. Dans ce cas, les négociations sont détournées en raison
______________________________________________________________________________________________
2016).
coopèrent sur un projet de développement commun. La coexistence de ces entités signifie que
l'appropriation des ressources et des compétences est un partenariat et provoque souvent des
Le territoire, le système de production et la société locale ne peuvent plus être pris séparément. En
effet, un territoire ne peut être saisi en examinant indépendamment des parties de celui-ci, car il
implique la dimension humaine, sociale et historique. Ainsi, le spatial redevient une condition du
distingue quatre niveaux différents de système de territoire, avec quatre sphères : la sphère
politique, la sphère spatiale, la sphère sociale et la sphère économique (Figure 19). Chacune des
sphères, définies en fonction de la dynamique relationnelle des acteurs qui en font partie, est capable
coopération, de négociation et de pouvoir, vont se manifester, tant entre les sphères, qu'à l'intérieur
de chacune. Ainsi, le croisement de ces relations donnera naissance à un territoire doté de son propre
développement.
La sphère politique
La sphère politique regroupe les responsables élus ou administrateurs. Sa fonction particulière est
d'assurer la cohésion sociale et l'ordre social. Cependant, même si l'État est au cœur du système
politique territorial et des stratégies de décision, il n'est pas la seule force qui tente de consolider son
pouvoir territorial. Les collectivités locales, les partis politiques, les groupes de pression, ou les ONG
les plus diverses, participent aussi à un jeu relationnel complexe de cette sphère.
Pour accroître sa puissance sur l'ensemble du territoire, l'État dispose d'ancrages territoriaux qui lui
permettent de contrôler les populations, leur mobilité ainsi que l’émergence de contre-pouvoirs. Dans
______________________________________________________________________________________________
Cependant, les collectivités locales disposent d'une certaine marge de manœuvre, ce qui leur permet
d'intervenir dans le domaine de l'économie et de diriger les secteurs stratégiques de l'action publique.
Ils agiront dans leurs périmètres d’action et s'engageront ainsi en concurrence directe avec l'Etat dans
Ainsi donc, l’enjeu de la sphère politique confère au territoire une double mission ; celle d’améliorer
La sphère économique
À une époque (19eme siècle) où les grandes entreprises étaient considérées comme le modèle le plus
approprié pour répondre au « développement industriel », les PME jouaient un rôle de second ordre.
Cependant, depuis que l'analyse des disparités spatiales a été complètement renouvelée pour se
concentrer sur le problème du développement local, et que le modèle dominant du fordisme a été
remis en question, nous commençons à nous intéresser au rôle que les PME peuvent jouer dans le
Actuellement, les PME sont considérées comme de véritables acteurs du développement au même
titre que les grandes entreprises. Plusieurs études mettent en évidence l'importance quantitative des
PME dans la structure de production. En Europe, comme aux États-Unis et dans certains pays en
développement, la lecture de l'économie ne nécessite plus uniquement l'analyse des grandes unités
de production, mais doit tenir compte des relations complexes entre les grandes entreprises et les
PME.
Longtemps considéré comme un secteur à faible productivité utilisé pour absorber le chômage, et qui
ne pouvait être intégré dans les secteurs primaire et secondaire, le secteur tertiaire joue désormais
un rôle principal qui accompagne et soutient l'activité de production. (Au Maroc, le secteur tertiaire
représentait à la fin du siècle près de 40% du PIB). Ainsi, la compréhension des transformations qui
______________________________________________________________________________________________
La sphère sociale
La sphère sociale acquiert une spécificité par le fait qu'elle s'attache à ce qui fait de l'individu un être
unique. La découverte des réalités territoriales par rapport aux contradictions engendrées par le
En effet, depuis longtemps, l'acteur, l'individu, tel que défini par la théorie néoclassique, agit en
dehors du réel enjeu social, Autrement dit, les actions engages par l’acteur ne sont pas contraintes
par la position que l’acteur occupe dans l’espace social. Aujourd'hui, les comportements individuels et
sociaux ne peuvent être exclus des actions économiques. L'individu agit dans un contexte social,
familial, communautaire, variant dans le temps et l'espace. Les relations de marché ne sont donc pas
La sphère spatiale
La sphère spatiale attribue au territoire une dimension spatio-temporelle. L’espace a longtemps été
considéré comme une donnée immatérielle sans aucune dimension. Toutefois, aujourd’hui, l’espace
À travers la lecture de ces différentes sphères, ainsi que leurs liens de dépendance mutuelle, on
constate la complexité existante. Dès lors, l’analyse d’une organisation territoriale suppose la prise
en compte de tous les aspects et relations rassemblant les différents acteurs intervenant sur le
territoire. La mise en place d’une bonne gouvernance nous invite alors à prendre en considération
l’ensemble de ces relations dans le but d’optimiser toutes les actions à mener sur un territoire.
______________________________________________________________________________________________
utilisé dans les débats politiques et universitaires pour évoquer les modes d’organisation et de gestion
Elle est définie en 1975 par Foucault comme « un ensemble hétérogène des discours, des institutions,
des aménagements architecturaux, des décisions réglementaires, des lois, des mesures
coordination, dans un cadre de subsidiarité plus ou moins défini (Davoudi et al, 2008). En 2013 elle
est présentée comme un concept basé sur plusieurs dimensions telles que la promotion de la
participation et la recherche d'un consensus entre les secteurs public et privé, la délégation de
______________________________________________________________________________________________
2014 une nouvelle définition est proposée par Maurel, ce dernier parle d’ « un processus dynamique
de coordination (hiérarchie, conflits, concertation) entre des acteurs publics et privés aux identités
multiples et aux ressources multiples qui reposent sur des apprentissages collectifs et participent des
al, 2014).
Dans le même contexte, mais avec une vision différente, le Réseau européen d'observation de
décrivant des orientations générales pour l'action politique : la coordination des actions des acteurs
dans la prise de décision (ESPON, 2014). Ces cinq dimensions peuvent être appliquées à tous les
niveaux territoriaux, mais il est important de noter qu'aucun acteur ne peut décider seul, et que
chaque acteur doit être conscient que ses propres actions entraînent des changements, que cela soit
La gouvernance territoriale n'est pas liée à un niveau de gouvernance précis, de sorte que les objectifs
administratives et politiques d'un territoire à l’autre. Elle implique une coopération entre différents
l’action publique territoriale, permettant efficacité et efficience des politiques publiques, ainsi qu’une
meilleure gestion locale et une participation concrète de la population dans les décisions de
développement territorial (Aït Lemqeddem et Tomas, 2019). C’est une réponse à l’émergence de
nouveaux espaces de développement, construits par et pour les acteurs qui se les approprient.
______________________________________________________________________________________________
régionalisation (CCR), le Roi Mohamed VI considère que le projet de réforme marque le lancement
d’un chantier structurant, pour en faire un tournant majeur dans les modes de gouvernance
territoriale au Maroc. Dans ce cadre, le renforcement de la région, qui est désormais un élément
central pour faire face aux différents enjeux qui pèsent sur le pays, à savoir la persistance des
disparités territoriales et des inégalités sociales pour donner suite à l'échec des politiques de
découpage régional. Selon la CCR (2010)92, le découpage est généralement perçu comme très
sensible, « ..visant à organiser des bassins de vie sociale et de démocratisation politique appropriés
décentralisation effective allant de pair avec une déconcentration conséquente.. » (CCR, 2015).
La question du découpage territorial constitue l’un des éléments qui ont animé le plus les débats sur
la régionalisation avancée (depuis le lancement de ce chantier en 2010), bien qu’en 1971 le Maroc ait
commencé à mettre en place un projet de régionalisation progressive, avec la création de sept régions
économiques, érigées en collectivités locales par la constitution révisée de 1996. Ainsi, selon le dahir
du 16 juin 197193, les sept régions économiques se présentent comme suit : Le Sud ; Le Tensift ; Le
régional s’est basé sur sept critères essentiels à savoir : le rayonnement des villes, les bassins
versants, les potentialités d'irrigation, la densité de la population rurale, le trafic ferroviaire, les ports,
91 Discours Royal du 3 janvier 2010 à l’occasion de l’installation de la Commission Consultative de la Régionalisation. «…Nous considérons qu'il
marque le lancement d'un chantier structurant, dont Nous voulons qu'il constitue un tournant majeur dans les modes de gouvern ance territoriale… »
92 La Commission Consultative de la Régionalisation a été instituée par le roi Mohammed VI le 3 janvier 2010 afin de proposer un modèle
______________________________________________________________________________________________
qui, sur les plans tant géographiques qu'économique et social, entretiennent ou sont susceptibles
d'entretenir des relations de nature à stimuler leur développement et, de ce fait, justifient un
lequel des études seront entreprises et des programmes réalisés en vue d'un développement
harmonieux et équilibré des différentes parties du Royaume… ». En effet, selon Boujrouf et Giraut
C’est pourquoi, le dahir n° 1-97-84 2 avril 199794 a doté la région d’un statut de collectivité territoriale,
de la personnalité morale et de l’autonomie financière, au même titre que les préfectures, les
provinces et les communes urbaines et rurales. Il sera suivi du décret n° 2-97-246 du 17 août 1997,
fixant le nombre des régions, leur nom, leur chef-lieu, leurs compétences et le nombre de conseillers
à élire dans chaque région. Pour donner suite à ce dernier, l’organisation territoriale au Maroc
comporte 16 Régions95.
Cependant, ce découpage montre une répartition inégale de la population ainsi que celle de sa densité
qui enregistre des écarts importants d’une région à l’autre. Ainsi, avec une superficie de moins de 10
000 km² chacune, les trois régions autour de l’axe Kénitra-Rabat-Casablanca qui abritent les grands
pôles urbains du Maroc, enregistrent une très forte densité de la population (Badri, 2019). Cette
densité ainsi que de la concentration de l’activité économique, expliquent que le découpage de 1997
ait été remis en question. Depuis le début des années 2000, la charte nationale d’aménagement du
94 Dahir n° 1-97-84 du 23 kaada 1417 (2 avril 1997) portant promulgation de la loi n° 47-96 relative à l'organisation de la région, Bulletin Officiel n°
: 4470 du 03/04/1997 - Page : 292.
95 Décret n° 2-97-246 du 12 rabii II 1418 (17 août 1997) fixant le nombre des régions, leur nom, leur chef-lieu, leur ressort territorial et le nombre de
conseillers à élire dans chaque région ainsi que la répartition des sièges entre les divers collèges, Bulletin Officiel n° : 4510 du 21/08/1997 - Page :
781
______________________________________________________________________________________________
Le projet de découpage de 2015 a donc été appelé à remédier aux insuffisances du découpage du
Après le discours du Roi Mohamed VI du 3 juillet 2010, et conformément à ses orientations, la CCR a
proposé un nouveau découpage régional pour passer de 16 à 12 régions, dans l'objectif d'instaurer
une « régionalisation institutionnelle et fonctionnelle ». Ce découpage est modulé suivant les deux
Au sein du premier domaine, sept régions sur douze sont définies à partir des pôles de rang de
métropoles (ou bi pôles) de croissance économique majeure. Elles sont qualifiées de « régions
fonctionnelles ». On y trouve :
− La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, conçue autour des pôles de Tanger du côté atlantique
d'Al Hoceima.
− La région Rabat-Salé-Kénitra, qui est une région rassemblant les deux capitales régionales des
deux anciennes régions, et qui connait un dynamisme de l’urbanisation. Cette fusion a permis
une augmentation de la population de la nouvelle région destinée à être une des entités les plus
− La région de Casablanca – Settat, contenant les deux pôles que constitue la métropole de
Casablanca et la ville d'El Jadida. La région Casablancaise, étendue vers le territoire des
Chaouiya, aura toujours un rôle très déterminant en matière d'organisation territoriale du Maroc.
Avec ses nouvelles frontières, la région casablancaise a vu sa superficie passer de 1 516 Km² à
19 448 Km². Comme nous l'avons vu, cet élargissement ne fait que conforter la position de la
96
Rapport sur la régionalisation avancée, Livre II : Découpage régional. (Page 168)
______________________________________________________________________________________________
sortir du périmètre étroit dans lequel elle a été enfermée depuis l'adoption du découpage de
1997.
− La région de Fès-Meknès, autour de ses deux pôles historiques qui portent les mêmes noms et
se partagent le riche territoire de Saïs. Il s'agit d'une région avec un énorme potentiel qui en fait
− La région de Béni Mellal- Khénifra, s'étalant sur une grande partie du moyen atlas et la plaine de
Tadla vers la ville de Khouribga. Entre les gisements de phosphate, le potentiel agricole et
touristique, la ville de Béni-Mellal a un statut de favori pour devenir une grande capitale régionale.
− La région de Marrakech -Safi, autour de l'axe Safi et la grande ville de Marrakech, permettant
une ouverture sur l'atlantique et aussi le renforcement des connexions entre les deux pôles avec
l'impact attendu sur les villes moyennes comme Kalaa d'Essraghna, Essaouira et Chichaoua ou
encore les petites villes comme Ben Guerir et Youssoufia ayant récemment acquis un statut de
capitales provinciales. Il s'agit d'une grande région qui abrite environ 17% des communes
− La région de Souss – Massa, une région qui s'étend sur le Souss, Cktouka-Massa, une partie du
Grand Atlas et l'Anti-Atlas. La nouvelle région est centrée sur la métropole d'Agadir qui a une
influence historique sur les six provinces qui l'entourent. Il s'agit d'une région à fort potentiel
Au sein du second domaine, on trouve les régions homogènes de l’espace ultra atlasique. Cet espace
est structuré en trois grandes aires divisées en 5 régions : la partie orientale (bassin versant de la
Moulouya), la partie centrale (bassins versants du Drâa et du Ziz), représenté par 2 régions, et la
partie occidentale (bassin versant du Noun et le Sahara atlantique), représenté par 3 régions.
Le découpage autour de deux grands bassins versants, la Moulouya dans la partie orientale, le Draâ
Rif, inscrite dans la continuité de l'ancienne région Orientale avec comme capitale la ville d’Oujda.
Pour le CCR, cette région est appelée à prendre en charge les dimensions économiques et
fonctionnelles de la partie Nord- Est et Est du territoire national. Dans l’objectif d'assurer une
Hoceima à l'ensemble du Rif dont la plupart des provinces faisaient déjà partie de l'ancienne
région (Nador, Driouch et une partie de Guersif). Le souci de la commission était de renforcer et
de créer une région stratégique où « le développement humain et économique est imbriqué aux
− La région de Drâa – Tafilalet est une nouvelle région constituée des provinces retranchées des
Souss-Massa-Drâa au Sud (pour les provinces de Ouarzazate, Zagora et Tinghir). Il s'agit d'un
espace homogène, que l'on peut qualifier de région des "Oasis" ou "manteau environnemental
protecteur du Maroc".
Quand a la partie occidentale (bassin versant du Noun et Sahara atlantique), où l’on trouve les trois
régions du sud, le même critère d'homogénéité a été retenu. Compte tenu de leur caractère spécifique
lié à leur statut politique, les trois régions du Sahara sont maintenues, avec quelques aménagements
Sidi Ifni) pour la nouvelle région nommée désormais région de Guelmim- Oued Noun. Les six autres
provinces du sud sont réparties entre la région de Laâyoune-Saguia Al Hamra (4 provinces dont la
préfecture de Laâyoune autour de laquelle est centré le nouveau découpage) et la région d’Ed Dakhla
______________________________________________________________________________________________
hérités du passé (Azbeg, 2014), ce nouveau découpage constitue une véritable régionalisation et
territorialisation des actions de l’État (Adidi, 2011), qui joue le rôle de locomotive de la gouvernance
constituent un véritable défi pour le Maroc, car cela impose de refondre les rapports entre l’État et le
citoyen, et entre l’État et les territoires, de réviser complètement la façon de faire, de rechercher en
permanence la cohérence et l’adaptation des supports et outils techniques. Partant de là, cela exige
niveau des politiques menées par le fait qu’elle impose de refondre ces rapports État - citoyen et État
- territoires.
______________________________________________________________________________________________
dédiée à la gestion intégrée et au développement territorial, dans les domaines économique, social,
d'établir de nouvelles relations entre le centre et la périphérie, à travers un partage équilibré des
Cette réforme territoriale a été déterminée par de multiples considérations. Outre l'introduction d'un
nouveau modèle de gouvernance territoriale, elle s'est attachée à répondre à un certain nombre de
à créer une situation propice à la résolution du conflit du Sahara (El Hachimi, 2014).
lequel l’Etat établit des nouvelles relations avec les pouvoirs publics par le partage des nouvelles
compétences avec l’échelon inférieur, notamment la région, la province et la commune. Elle doit
la valorisation des potentialités et des ressources propres à chaque région, la mobilisation des
différents acteurs locaux, la participation à l’élaboration et à la mise en œuvre des grands projets
Face aux crises vécues par l’Etat moderne en quête de légitimité, une nouvelle approche de prise de
décisions a émergé afin de reconsidérer les échelles de gestion et de redéfinir les relations entre les
différents acteurs territoriaux. Cette nouvelle approche a marqué une rupture avec la version classique
du pouvoir conçu de manière verticale, top down, hiérarchique. De la sorte, qu’elle opte pour une
transversalité locale, une coopération ou une complémentarité face à la multiplication d‘acteurs, cela
implique une nouvelle configuration de prise de décision, voire, une nouvelle forme d'action publique.
Cependant, le concept polysémique de gouvernance territoriale (Tableau 6) est apparu comme une
forme d'équilibre territorial et d'interdépendance dynamique entre les autorités locales et les différents
acteurs territoriaux.
______________________________________________________________________________________________
Moine (2003), le territoire est un système dynamique complexe. Il est le fruit d‘un construit social
(Raffestin, 1986) dû essentiellement à la proximité géographique entre les différents acteurs qui
l‘animent (D'Aquino, 2002). Dans notre cas, c‘est la combinaison des définitions de Laurie et al (2019),
Levy (2003) et Marlin et Choay (1988), qui semble se rapprocher de notre contexte marocain.
Nous allons donc le considérer à la fois comme une entité unique, strictement définie et délimitée
par le contrôle exercé sur l'espace, sur lequel s’exerce l’autorité d’un État ou d’une collectivité, il
l’aménagement, la notion de territoire est surtout liée au territoire national qui est l’objet des
Le Maroc a franchi une nouvelle étape vers la gouvernance territoriale par l’adoption de la
stratégique et définitif du pays sur lequel on ne reviendra plus. Ainsi, le nouveau statut des
stratégique. De la sorte, la réforme actuelle met en avant l’action locale afin d’apporter une réponse
À la suite de cet inventaire des définitions existant et de l’analyse des spécificités du Maroc, nous
La gouvernance territoriale est un mode de gestion politique locale basé sur des outils et dispositifs
ad hoc97. Elle constitue un processus paramétrable, dynamique, souple, réactif, transparent, parfois
flou. Elle consiste à assimiler et concilier les intérêts, les idéologies, les cultures 98et
les logiques
multiples, voire divergents, de l’ensemble des acteurs territoriaux. Elle repose sur la coordination, la
97
La constitution, la régionalisation avancée et les lois encadrant les politiques de décentralisation et de déconcentration.
98
Les facteurs culturels et idéologiques ont une grande influence dans le processus de la prise de décision.
______________________________________________________________________________________________
la définition des règles de prise de décision, du choix des priorités et de l'intérêt territorial. Aussi, elle
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
d’aménagement territorial et politique publique, étaient constamment guidés par des besoins
coloniale et ceux imposés par la géographie physique du pays, tout en dotant le pays d’un projet en
adéquation avec à son contexte historique et de sa composition territoriale. Cependant, ces choix
n’étaient pas toujours pertinents, que ce soit par faute de choix de priorité ou par leurs déconnexions
En ce qui concerne de gouvernance territoriale, à partir des définitions existantes et de l’analyse des
spécificités du Maroc, nous avons proposé une définition qui qui correspond davantage au contexte
marocain. Nous sommes convaincus que les définitions et principes occidentaux ne peuvent pas
pleinement répondre à nos problématiques locales. En effet, si ces définitions ont connu du sucée
dans leurs environnements d'origine, c’est parce qu’elles ont été construites sur la base des valeurs
et de la culture propres à l'Occident. Or, cela ne correspond pas nécessairement au contexte marocain.
4. Conclusion partie 1
Depuis l'indépendance, plusieurs politiques de planification et d’aménagement du territoire ont été
adoptées dans l’objectif de corriger les disparités spatiales entre les différents territoires du Royaume
du Maroc. Néanmoins, ces mesures n'ont pas été couronnées de succès et les déséquilibres n’ont fait
que s'accentuer au fil des années. Ainsi, ces disparités témoignent de l’échec des politiques de
______________________________________________________________________________________________
Mohamed VI a souligné que « …. Si le Maroc a réalisé des progrès manifestes, mondialement reconnus,
demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens, à réduire les disparités catégorielles et
les écarts territoriaux, et à réaliser la justice sociale… ». Ce constat d'échec ne remet pas en cause
les politiques de développement et les choix stratégiques que le Maroc a adoptés depuis son
indépendance, car, on peut estimer que le Maroc est sur la bonne voie dans son processus de
dépend pas seulement des ressources financières, mais également en grande partie de celles
humaines. Dans ce sens, le Roi Mohamed VI a réaffirmé récemment dans son message Royal adressé
aux participants aux premières Assises nationales du Développement humain le 19 septembre 2019,
que « … L’investissement dans le capital humain immatériel se hisse au rang de priorité absolue et
______________________________________________________________________________________________
1. Introduction partie 2
Retracer la trajectoire historique des transformations des structures territoriales du Maroc n’est pas
un travail simple étant donné leur complexité et le manque de sources. Cependant, nous nous sommes
malgré tout confrontés à cet exercice. Pour cela, nous avons consulté en plus de références
Avant la colonisation du Maroc, l’organisation territoriale du Maroc s’appuie sur deux systèmes de
nature différentes mais complémentaire : un pouvoir central, celui du sultan, et un système tribal qui
concerne la majorité du territoire. Ce dernier est un système dont le mode de fonctionnement est
autonome, et l’on peut considérer qu’il s’agit d’une forme de « décentralisation » embryonnaire
structures d’encadrement territorial, notamment par la création de régions militaires par opposition à
des régions civiles (qui concernent quelques grandes villes). Les premières régions ont été d’abord
des régions militaires et sécuritaires dont le premier objectif est la « pacification ». Après son
indépendance, le Maroc lancera sa première expérience de régionalisation en 1971, afin, d’une part,
rompre avec l’héritage colonial, et, d’autre part, répondre aux besoins du pays en matière de
développement et de croissance. Ce modèle régional s'est avéré inefficace sur le plan de la réduction
des inégalités spatiales, mais très utile sur le plan de l’encadrement territorial (avec le renforcement
des d'élites locales en lien avec le centre). C’est à partir des années 1990 que la région a reçu une
territoriale, lors de la réforme constitutionnelle de 1992. La deuxième réforme régionale s'inscrit dans
______________________________________________________________________________________________
cependant dotées d'une faible capacité d'initiative législative et d'un nombre limité de compétences.
Dans les deux processus de régionalisation, la politique régionale marocaine a été définie davantage
par le développement d'une politique de déconcentration, que par une politique de décentralisation
du pouvoir, en raison du transfert limité de ressources humaines et financières de l'État vers les
régions. L'idée dominante des deux modèles était la nécessité d'un État centralisé pour assurer le
au détriment de la région comme échelle de prise de décision, laissée sans pouvoir politique et
économique. Afin de remédier aux déficiences des anciens découpages, le Maroc va lancer en 2010
son projet de régionalisation avancée, qui donnera naissance en 2015 au dernier découpage en douze
carte territoriale du Maroc témoigne de la recherche constante du pays pour rompre avec l’héritage
Les disparités territoriales au Maroc sont donc devenues un élément structurel, même si plusieurs
colonial et rééquilibrer le territoire national. Malheureusement, au fil des années, ces déséquilibres
n’ont fait que s'accentuer. Dans son discours à l’ouverture de la première session de la deuxième
année législative de la dixième législature, le Roi du Maroc fait ainsi le constat que « …le modèle de
développement national, s’avère aujourd’hui inapte à satisfaire les demandes pressantes et les
besoins croissants des citoyens, à réduire les disparités catégorielles et les écarts territoriaux et à
______________________________________________________________________________________________
lumière sa structure tribale et son organisation territoriale, qui se caractérisaient par leur simplicité.
des relations entre le Sultan et les tribus, certaines étant géographiquement plus accessibles que
d’autres. Néanmoins, cette distance n’a jamais remis en question la reconnaissance de l’autorité
Par la suite, nous aborderons l’organisation administrative et la gestion traditionnelle des affaires
conservant « seulement » le cadre des institutions traditionnelles. Nous examinerons les différentes
formes de régionalisation que le Maroc a connues pendant et après la colonisation et leurs influences
Enfin, nous présenterons les résultats du calcul de l’indice de développement au niveau de la région
Marrakech-Safi. Cet indice a révélé plusieurs constats, tel que le phénomène des « zones cachées »
au développement territorial.
L’organisation spatiale du Maroc, que ce soit à travers l'organisation traditionnelle (tribale) ou actuelle,
a toujours été et est toujours grandement influencée par sa géographie. L'influence prédominante de
______________________________________________________________________________________________
physique du Maroc. Une série de trois chaînes atlasiques - l'Anti-Atlas aride, le Haut-Atlas enneigé
(qui atteint 4 165 mètres au Jbel Toubkal), et le Moyen-Atlas boisé de cèdres - traverse le pays en
diagonale du sud-ouest au nord-est. Une quatrième chaîne, le Rif, s'étend comme un croissant le long
de la côte méditerranéenne avec des sommets dépassant 2 000 mètres. Les montagnes séparent la
côte atlantique et les plaines centrales. Les précipitations sous forme de pluie sur les côtes et les
plaines et de pluie ou de neige sur les montagnes, alimentent ensuite plusieurs fleuves jusqu'à l'océan
Cette disposition géographique a en partie déterminé l’organisation tribale (Figure 21), avec de
et de mode de vie.
______________________________________________________________________________________________
Le nom partagé par un certain nombre de personnes résidant sur un territoire limité n'avait aucune
connotation de consanguinité. La tribu n'était en aucun cas une structure fermée ou permanente. Elle
était toujours prête à accueillir de nouveaux arrivants qui acceptaient un destin commun avec les
autres membres de la tribu. Les tribus ou confédérations tribales pouvaient émerger ou disparaître,
s'étendre ou se rétrécir, en fonction de leur évolution interne (coexistence entre différents segments)
La réalité tribale au Maroc est trop complexe pour qu'une seule définition puisse en rendre compte.
Certes, la nature géographique du Maroc a joué un grand rôle dans la structuration des relations entre
le Sultan et ces organisations tribales, puisque certaines tribus étaient géographiquement plus
accessibles, tandis que d'autres le sont beaucoup moins. Mais, cette distance n’a jamais mis en cause
En effet, l'organisation tribale varie selon la nature de la tribu : arabe ou berbère, nomade ou
sédentaire, Jaysh (exemptée d'impôt en échange d'un service militaire) ou nayba (payant des impôts).
Alors que dans les zones de sédentarité, la tribu est réduite à son aspect politico-militaire, dans les
zones de nomadisme ou de transhumance, elle constitue non seulement une référence politique et
une structure défensive, mais aussi une unité de production économique de base.
Pour les hommes de la tribu, la structure tribale offrait la seule forme possible d'organisation sociale,
économique et défensive. Ainsi, dans une société changeante, dans laquelle le Makhzen n'a jamais
réussi à s'implanter durablement, la tribu représentait la seule structure rassurante, car il ne pouvait
99 Le Makhzen est un terme utilisé au Maroc pour désigner l’appareil de l’Etat. Il constitue un type d’Etat où la centralité avait son propre mode de
fonctionnement politique à travers des relais, des chefs de tribus et des chefs des confréries, ainsi qu’à travers des échanges qui faisaient remonter les
informations et les impôts des tribus vers le centre. Il reposait également sur une légitimité culturelle et symbolique. Sur le plan local, le makhzen
était représenté dans les villes par les Pachas, dans le Bled, c’est-à-dire dans les zones rurales, par des Chefs de Tribus dénommés Caïds, choisis en
général dans les tribus elles-mêmes (Bourqia, 2011 ; Cheggari, 2016)
______________________________________________________________________________________________
serait redevable de l'impôt et du service militaire. Loin d'affaiblir la structure tribale, le Makhzen l’a
toujours encouragé, non seulement à des fins administratives, mais aussi pour des considérations
politico-militaires. La tribu constituait pour le Makhzen un moyen de maintenir son autorité sur des
territoires qu'il n'aurait pas pu contrôler autrement sans une armée fiable et un système administratif
efficace.
militaire du sultan.
L’ensemble des tribus reconnaissait l'autorité religieuse du sultan. Mais, certaines tribus refusaient de
payer les impôts « tout en reconnaissant l'autorité religieuse du sultan » parce qu'ils se sentaient
suffisamment à l'abri des représailles militaires du Makhzen, notamment certaines tribus des
éloignées, sur lesquelles le Makhzen ne pouvait pas espérer établir un contrôle durable, entretenaient
cependant un échange régulier de lettres avec le sultan, envoyant périodiquement des missions pour
renouveler leur loyauté et demandant même la nomination de Caïd du Makhzen. Ainsi, la population
du Touat accepte en 1800 de payer ses impôts légaux au bayt al-mal (trésor) au moment où le Mawlay
Sulayman lui accorde une autonomie locale, préférant confier l'administration de son territoire à un
En milieu rural, cette organisation tribale était le socle de la structure territoriale du Maroc précolonial.
Ainsi, pour la gestion de ses affaires locales, on trouvait à la tête de chaque tribu composée des
fractions et des douars, un Cheikh ou un Amghar désigné par la Jamâa101 (Boujrouf,2002). La Jamâa
100 Lettre de Mawlay Sulayman au peuple de Touat, 28 Safar, 1215/. 1 juillet 1800, in El-Ouataiq, I, 1976, pp.446-447. In, El Mansour, Mohamed.
1990. Morocco in the Reign of Mawlay Sulayman. Wisbech, Cambridgeshire, Menas Press, Middle East, and North Africa study .
101 Le terme Jemâa en dialecte marocain (arabe) est depuis longtemps utilisé au Maroc pour désigner les communautés des tribus et des villages.
Depuis l'adoption de la première charte communale, la notion de Jemâa a été remplacée par le terme Al Jamâa issu de l'arabe littéraire pour désigner
______________________________________________________________________________________________
de chefs de familles, de notables, comprenant une quinzaine de membres, choisis selon le système
de la cooptation (Bremard, 1949). Ses attributions étant illimitées, l’assemblée ne se réunissait pas
périodiquement, mais à l’occasion de tout ce qui avait trait à la vie de la tribu (Benbachir Hassani,
1993). Pour l’exécution de ses décisions, la Jemâa avait un Amghar, qu’elle désignait pour une période
d’une année, et en même temps que son agent d’exécution, il était son président (Laubadère, 1948).
De nombreux historiens et chercheurs étrangers ont décrit la relation du Makhzen et des tribus au
Maroc sur la base d’un dualisme supposé entre le pays du gouvernement « bilad al-makhzen » et le
pays de la rébellion « bilad al-siba ». Or, les nombreuses études monographiques qui ont été réalisées
au cours des quatre dernières décennies sur le Maroc du 19e siècle (Lahbabi, 1958 ; Berque, 1974 ;
Burke, 1976 ; El Mansour, 1990 ; Pennell, 1991) appellent à une remise en cause de cette dualité et
de sa validité dans l'interprétation de l'histoire du Maroc moderne. En effet, si cette dualité avait un
intérêt dans le contexte colonial pour justifier la colonisation et la « pacification », il reflète cependant
une incompréhension de la réalité marocaine décrite par ces chercheurs. Comme le rapport du Schéma
national d’aménagement du territoire l’a mentionné, « la fameuse distinction entre Makhzen et Siba
renvoie en fait à une problématique de l’unité, à deux modes d’exercice différents d’une même autorité
et non pas à un découpage territorial en deux parties ». Certes, le Royaume du Maroc a pu connaitre
des périodes de crise ou conflits, mais jamais il n’a été découpé en grands territoires indépendants.
Au cours de toute son histoire, le Maroc a été un pays unifié. Même quand deux sultans se disputaient
le pouvoir, l’un à Fès, l’autre à Marrakech, tous les deux étaient d’accord pour considérer le royaume
comme un tout indissociable. La souveraineté dans le cadre islamique est à la fois une souveraineté
religieuse et politique, et elle ne repose pas toujours sur le concept territorial qui définit la
souveraineté selon la zone où l'État peut contrôler administrativement et militairement. Une lettre,
les Collectivités communales avec une distinction entre les communes urbaines et rurales. Actuellement ce même terme (Al Jamâa) est maintenu pour
qualifier toutes les catégories des collectivités territoriales depuis l'adoption de la réforme Constitutionnelle de 2011.
______________________________________________________________________________________________
collaborateurs et aux chefs de service, confirme cela. Nous y relevons le passage suivant : « ici, nous
avons réellement trouvé un Etat et un peuple. Il passait, il est vrai, par une crise relativement récente,
et plus gouvernementale que sociale. (..) mais au-dessous du makhzen, la plupart des institutions
étaient encore debout, diverses selon les régions, mais représentant vraiment des réalités. Si c’était
au Sud, les grandes et solides organisations féodales, c’étaient dans le reste du Maroc des institutions
communales et sociales. Administration des villes fort bien gérées, corporations, Djemaa des tribus,
grandes firmes commerciales avec des agents résidants dans les grands ports anglais, allemands ou
italiens, une très forte bourgeoisie éclairée, riche et puissante. Rien d’analogue n’existe en Algérie
(…). De cet exposé succinct, il résulte que nous sommes loin d’avoir affaire à des populations
primitives, barbares et passives (…) notre établissement dans ce pays est basé sur la doctrine du
protectorat. Nous le proclamons, le gouvernement le proclame à toute occasion. Mais est-il d’autre
chose qu’une fiction ? à cet égard, depuis huit ans, sommes-nous en progrès sommes-nous
Toutefois, l’existence d’abus de pouvoir par les Caïds, est une réalité soulevée par plusieurs auteurs.
Ces Caïds nommées par le Sultan, étaient auparavant en majorité des cas des chefs de tribu (des
Amghars102). Il faut préciser que « La reconnaissance caïdale n'est ni une pure délégation d'autorité
... ni une pure allégeance volontaire et spontanée de protégé à protecteur. Il n'y a pas de statut du
comme des "serviteurs très agréés de sa majesté" et qui, par conséquent, lui sont parfaitement
soumis » (Pascon, 1983). Cependant, certains caïds des zones de montagne vont chercher à se
102Pour l’exécution de ses décisions, la Jemâa avait un Amghar, qu’elle désignait pour une période d’une année ou deux, et en mê me temps que son
agent d’exécution, il était son président ». Il était généralement choisi à tour de rôle, parmi les différentes fractions pour l’Amghar de tribu, parmi les
différents douars pour l’Amghar de fraction et parmi les différentes familles pour l’Amghar des douars. Ce dernier imposait l'achat des chevaux et
des munitions, faisait appréhender les délinquants et les traduisait devant le caïd. Il servait d'intermédiaire entre ce dernier et les gens de la tribu :
c’était son agent d'exécution. En période d'hostilités, l'amghar devenait automatiquement chef de guerre de sa tribu.
______________________________________________________________________________________________
de grand « seigneurs », tout en n'étant pas totalement soumis à l'autorité du Makhzen. Ainsi, leur
manière de concevoir la prise de possession du pays va être caractérisé par des abus de pouvoir,
engendrant par la suite la colonisation des territoires autour de leurs kasbahs et ont pu, par la force,
Au Maroc, les tribus, les jemâa et plus tard les communes, témoignent d'un lien très étroit entre le
précoloniale était de caractère très simple. Sur le plan central, le Makhzen se composait du Sultan et
ses 5 vizirs (sans compter les fonctionnaires liés à la maison du Sultan -Dar el Makhzen-). Ces 5 vizirs
étaient ;
− L’ouzir El Bahr, sorte de ministre des affaires étrangères chargé de la correspondance avec les
− L’ouzir Achikayat, ministre des réclamations chargé de recevoir les plaintes contre les
fonctionnaires du Makhzen
− L’allaf, ministre chargé de l’administration des différents corps de troupes et du paiement de leur
solde.
Ainsi pour la gestion des affaires locales, le Makhzen était représenté, dans les villes par des
gouverneurs et/ou un Pacha nommés par un Dahir du Sultan, et dans le monde rural, par le caïd
niveau du douar. Si on se réfère à l’architecture territoriale actuelle, on peut dire que l’organisation
au niveau communal des autorités locales (Caïd) et des jemâa. Cette organisation est une sorte de
______________________________________________________________________________________________
l’a précisé, selon une approche et principe de gestion territoriale caractérisés par un centralisme (avec
Les villes considérées aujourd’hui comme correspondant plus ou moins au niveau régional, étaient
dirigées par des pachas assistés par des khalifas. Ces deux instances avaient des statuts, missions et
compétences différents.
Le khalifa du Sultan (vice-roi) : Désigné par le Sultan, il était assisté dans ses fonctions par un
ministre choisi par le Sultan. Il représentait le pouvoir spirituel du Sultan, en revanche, son pouvoir
est temporaire, car dès que le Sultan s’installe dans une autre de ses capitales, le khalifa se retire
______________________________________________________________________________________________
le souverain était temporairement absent. La méfiance des sultans à l’égard de ces dignitaires était
de mise, choisis cependant le plus souvent parmi leurs fils ou leurs frères ou un proche parent. A la
demande du sultan, le khalifa pouvait exercer la fonction de commandant des troupes. La mission de
khalifa pouvait quelquefois le conduire au Trône. C’est notamment le cas de Moulay Hafid, qui avait
été nommé Khalifa à Marrakech par son frère Moulay Abdelaziz et qu’il avait remplacé en 1908 (Bachir,
1969). Quant à la participation de la population locale à la gestion dans ces villes, elle ne peut être
comparée à la jemâa. En effet, le Makhzen tenait compte surtout de la force et du poids moral et
politique de l'élite intellectuelle, commerçante et artisanale qui représentait les oulémas, les notables
et les communautés dirigées par les oumanas et qui faisait obstacle à toute administration autoritaire
(Waterbury, 1975).
Le Pacha : l’appellation Pacha est d’origine turque, et il a été introduit au Maroc à l’époque de l’empire
corps de troupes, son siège était aux environs du palais royal (Basri, 1987). Le Pacha était également
nommé par le Sultan, il était chargé de faire respecter les dahirs et d’appliquer les ordres et les
directives du Makhzen central. Il était aussi responsable du maintien de l’ordre et de la tenue générale
de la ville. Par délégation du Sultan, il exerçait le pouvoir règlementaire qui concernait la vie de la
ville. Dans ses fonctions, il était assisté par un ou plusieurs auxiliaires d’autorités, comme les
Moqadem (chef de quartiers) qui contribuaient au maintien de l’ordre et participaient aux expéditions.
Selon S.B. Bachir (1969) « L’importance des attributions du pacha pouvait parfois le présenter comme
un véritable « petit sultan », c’est le cas du Pacha de Fès-Jdid qui étendait son autorité sur
A ce niveau, le Makhzen était aussi omniprésent. Ainsi, la gestion territoriale locale était assurée par
des représentants locaux du Makhzen et par la jemâa, qu’on peut considérer comme une forme de
collectivités traditionnelles.
______________________________________________________________________________________________
La Caïd : il était le chef absolu des tribus non militarisées, soumis à l’impôt foncier dit « Naiba ». Le
caïd appartenait souvent mais pas nécessairement à l’une des familles anciennes, riches, influentes
et respectées dans la tribu. Selon P. Lemoine (1905) certains caïds achetaient la charge de
commander des tribus auprès des makhzen, pour les soumettre à leur autorité de manière à étendre
le pouvoir du Sultan. C’était le cas du caïd des Abdi, le caïd de Glaoui, le caïd de Goundafi et le caïd
de M'Tougui.
Ce poste était très sensible, car la circonscription caïdale correspondait à une fraction de tribu, voire
à une tribu entière dans les grands caïdats. Ainsi, parfois le caïd prenait un aspect seigneurial qui le
conduisait parfois à des abus de pouvoir. Pour cela, et afin de mettre un terme à ces seigneuries et
ces abus de pouvoir, le Sultan Moulay Hassan premier (1873-1894) avait entrepris une réforme
globale visant à substituer aux 18 grands caïdats, 330 circonscriptions gouvernées chacune par un
caïd, agent du makhzen (Benjelloun, 1984). Par rapport aux missions, le caïd en avait trois principales,
à savoir :
− Une mission d’ordre fiscale, à travers la répartition et le recouvrement des impôts normaux.
− Une mission d’ordre judiciaire, à travers le maintien de la sécurité publique et le jugement des
− Une mission d’ordre militaire, à travers le recrutement des contingents supplétifs que le makhzen
lui demandait.
assurait le respect des bonnes mœurs et des préceptes religieux. Le mouhtassib jouait aussi un grand
rôle dans la répression des fraudes et la défense du consommateur, il vérifiait la bonne qualité des
marchandises, contrôlait l’exactitude du poids et des mesures, veillait à la régularité des transactions
commerciales et fixait les prix des produits de base, comme le pain, l’huile, sucre, viande...etc. Aussi
______________________________________________________________________________________________
dernier avait surtout une fonction qui se limitait à la surveillance de la bonne exécution du travail.
C’est une institution délibérante qui avait comme exécutif l’amghar 104
. On trouvait trois types de
jemaa : celle de douar, qui se composait de tous les notables ; celle de fraction, composée des
délégués de tous les douars de la fraction ; enfin l'assemblée générale de la tribu, qui comprenait des
délégués de toute la tribu et parfois tous les hommes de la tribu. Ni le nombre ni la qualité des
délégués n'étaient fixés dans la plupart de ces assemblées. Les grandes Jemâa ne se réunissaient que
dans les circonstances les plus graves. Celles qui se réunissaient le plus souvent étaient celles des
douars. Les membres de jemaa ne sont pas des élus. Ils sont choisis par la méthode de cooptation.
Tout homme adulte, brave, honnête, intelligent, aisé et réputé pour sa générosité, pouvait faire partie
de la Jemâa ordinaire. C'est surtout le mérite qui accordait la qualité de notable. Dans la Jemâa,
certaines personnalités avaient voix supérieure lors d'une délibération, c'étaient celles dont le
jugement et le bon sens avaient déjà été prouvé, et qui avaient ainsi acquis de la réputation (Georges,
1936).
La Jemâa n’avait pas de siège fixe. Il n'y avait pas de réunion périodique fixe. Les réunions n'étaient
provoquées par l'amghar qu'en cas de nécessité, comme par exemple l’éventualité d'une attaque, le
départ en transhumance, etc. Ses réunions pouvaient se tenir au domicile de l’amghar ou chez l’un
de ses membres, ou encore au souk, à la mosquée, au champ ou à l’occasion d’une occasion familiale
(Brahimi, 2010).
Les préoccupations habituelles de la Jemâa étaient de faire régner l'ordre dans la collectivité. Aussi
intervenait-elle dans les domaines économique et social : elle veillait à la protection des cultures,
103
Nommé par le mouhtassib, sur proposition des membres de la corporation
104Pour l'exécution des décisions, chaque tribu avait son amghar. Il est nommé pour une durée d'un an par le caïd et sur proposi tion de la jemaa.
Lorsqu'il n'y avait pas de caïd, l'amghar était le seul chef tout-puissant.
______________________________________________________________________________________________
de l'eau et des irrigations, elle organise les travaux collectifs dits « touiza », gère les grenier collectifs,
gère la tenue des marchés et administre le domaine collectif (Basri, 1994). Aussi la jemaa règle les
litiges entre particuliers par voie de conciliation et via l’application du droit coutumier.
trouvait l’occupation espagnole, et, dans le reste du pays (la majeure partie du territoire national) la
colonisation française par l’imposition du dit « protectorat » au Sultan Moulay Abdelhafid. Dans une
conversation historique, que le Sultan a eu avec un rédacteur du Matin, afin de s’adresser par la
presse à l’opinion pour lui faire part des « évènements de Fez » (les troupes chérifiennes se sont
révoltées, et plusieurs instructeurs militaires ont été massacrés. À la suite de ces événements, l’armée
française a conquis la ville de Fez, en entrant ses troupes par la force et mit la ville de Fez en état de
siège), il a déclaré que à la suite de ces événements, selon un interview105 avec un journaliste du
journal le matin en 1912 il n’avait rien pu faire pour les conjurer, car on le tenait en dehors de tout.
La France fait reconnaitre dans l’article 1 du traité de Fez du 30 mars 1912, les zones d’occupation
espagnole. Ainsi, cette occupation sera considérée en tant que « protectorat de second rang » après
L'arrivée des troupes Françaises amorça une nouvelle ère au Maroc (Boujrouf, 2002). Au début de
l’occupation du territoire marocain par les forces françaises, tous les efforts étaient orientés vers
l’opération dite de « pacification » par les troupes française sur l’ensemble du territoire national
Marocain. A partir de cette époque, la notion de « région » commençait à apparaître. La région était
Discours cité dans la revue des deux mondes : recueil de la politique, de l'administration et des mœurs, Buloz François. 191 2, tome 9, page 474
105
______________________________________________________________________________________________
cadre des directives du Résident général, d’une large autonomie. Les régions « militaires » de 1912,
était divisées en territoires, cercles, annexes et bureau de renseignement (qui sera appelé plus tard,
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
1917106. Ce dahir concernait l’organisation municipale de l’ensembles des villes, sauf celles de
Casablanca et Fès dotées d’un statut particulier. La réforme de ce dahir le 18 septembre 1953 107,
La gestion de cet échelon administratif, à l’exception des villes de Casablanca 108 et de Fès109, sera
partagée entre le Pacha 110, le chef des services municipaux111 et la commission municipale112.
des jemâa de tribus a également été repensée, tout en conservant « seulement » le cadre des
institutions traditionnelles, car, avec cette rénovation institutionnelle, les jemâa ont perdus de leur
importance. Dépossédées de toutes leurs attributions politiques dans lesquelles s'inscrit toute la
valeur des jemâa traditionnelles, limitées à des tâches purement administratives et judiciaires, les
nouvelles institutions n'étaient qu’une image affaiblie des jemâa traditionnelles. Ainsi, des jemâa
administratives de tribus vont être créées par le dahir du 21 novembre 1916, et, qui seront modifiées
par les dahirs des 11 mars 1924, 19 octobre 1937, 10 aouts 1939 et 6 juillet 1951113. Cette dernière
réforme avait comme objectif de promouvoir l’accès progressif de la population à la gestion des
(conseil), l’un musulman (qui s’occupe des affaires de la médina) et l’autre israélite (qui s’occupe des affaires relatives au Mellah), sont formes et
appelés à s’exprimer sur les affaires de la ville indigène et de la ville nouvelle. Ces deux commissions ont la responsabilité de veiller à la salubrité du
quartier administré et à la salubrité des habitants qui y vivent.
110 Le pacha est en quelque sorte le « gouverneur » de la ville. Nomme par le sultan, il est placé sous l’autorité directe du Grand vizir et, en qualité de
représentant du pouvoir central, il doit assurer l’application des dahirs et règlement et l’exécution des mesures de sûreté générale.
111 Le chef des services municipaux, est place aux coté du Pacha pour le contrôler et l’assister. Certaines attributions de ce dernier, sauf celles résultants
de son pouvoir règlementaire, peuvent lui être déléguées par le grand Vizir.
112 Les attributions de la commission municipale, est purement consultatives et ses membres ne sont pas élus, mais nommées par le pouvoir central,
ils sont désignés par arrêté viziriel sur la proposition de chef de la région. Cette commission est composée de français et de marocain suivant une
proportion variable et compte tenue de l’importance respective des deux éléments dans la population de la ville.
113 La jemâa administrative est désormais un organisme élu et non plus désigné. Ses compétences consultatives deviennent délibératives. El le reçoit
administratives là où il apparaitrait nécessaire de le faire (peu de jemâa ont été constituées et celles
Les jemâa administratives, placées sous le contrôle du pouvoir de la tutelle française et l’autorité du
grand vizir, avaient comme attribution la délibération des affaires d’ordre économique et social
l’établissement annuel du budget et la supervision de son exécution dans les conditions qui seront
fixées par arrêté viziriel. Pour la gestion de ces jemaa administratives des tribus, les caïds, comme
les pachas des villes, sont nommés par dahir du Sultan, sur la proposition des autorités françaises
(autorités régionales et résidentielles). Représentant du makhzen central, le caïd est chargé, sous
l’autorité du grand vizir et sous le contrôle du chef de circonscription (contrôleur civil ou officier des
affaires indigènes) de l’application des dahirs et règlements et de l’exécution des mesures de sureté
contrôle. Il faut préciser que le caïd qui avait autrefois (avant la colonisation) des pouvoirs très
étendus au point de vue fiscal (ce qui causait parfois des abus de pouvoir de sa part), n’intervient
Cinq ans après, en 1919, l’arrêté résidentiel du 27 mars 1919 donne naissance aux premières régions
celles de Rabat et de Casablanca, suivies par la région civile d’Oujda, crée par l’arrêté résidentiel du
22 décembre 1919 , et par celle du Gharb, par l’arrêté résidentiel du 06 novembre 1920 115.
114
BO du « protectorat », numéro 336 du 31 mars 1919.
115
BO du « protectorat », numéro 422 du 23 novembre 1920
______________________________________________________________________________________________
(celles de Rabat, Chaouia, Gharb et d’Oujda), 3 contrôles civils (ceux de Mazagan (El Jadida actuelle),
Safi et Mogador (Essaouira actuelle)), et 3 régions militaires (cellse de Fès, Meknès et Marrakech).
Néanmoins, cette organisation, connait par la suite plusieurs reformes, notamment par l’application
adoptée en 1923. Cette nouvelle organisation divisait le Maroc en 4 régions civiles (régions civiles
d’Oujda, du Gharb, de Rabat et de Chaouia), 4 circonscriptions autonomes de contrôle civil (CACC des
Doukkala, des Abda Ahmar, des Chiadma et d’Oued Zem) et 4 régions militaires (Région militaire de
A souligner, que durant toute cette période, la gestion régionale était purement militaire, placée sous
le commandement d’un officier général, chargé avant tout d’assurer l’ordre et la sécurité intérieure,
après les progrès de l’extension de l’occupation française et la création des régions civiles en 1919
comme vu précédemment, un contrôleur Civil s’ajoutera à l’officier général, mais seulement dans les
régions civiles. Cependant, durant toute cette période il n’y a jamais eu aucune assemblée ou conseil
116 BO du « protectorat », numéro 730 du 19 octobre 1926, l’article 5 du décret « …le Maroc est devise, au point de vue politique et administratif, en
régions civiles et militaires, territoires, cercles et annexes, dont la composition est fixée par le commissaire résident général, et, en ce qui concerne
les régions militaires, après avis du général commandant supérieur… »
117 BO du « protectorat », numéro 737 du 07 décembre 1926.
______________________________________________________________________________________________
1934, l’organisation territoriale du Maroc adoptée en 1926 (Figure 26) connaitra une nouvelle réforme.
118
BO du « protectorat », numéro 1196 du 11 octobre 1935. Arrêté résidentiel concernant les régions civiles
119
BO du « protectorat », numéro 1211 du 10 janvier 1936. Arrêté résidentiel concernant les régions militaires
______________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
1 juillet 1936, deux arrêtés résidentiels vont créer, d’une part, les Conseils administratifs régionaux 120,
Cinq ans après, en 1940, une nouvelle forme de régionalisation (Figure 28), dite « Sécuritaire »
(Boujrouf et Giraut, 2000), verra le jour. Ainsi, l’arrêté résidentiel de 19 septembre 1940122, donnera
une nouvelle organisation territoriale du Maroc, en divisant le Maroc en 3 régions civiles (Rabat,
(commandement d’Agadir). A préciser qu’en décembre 1947, cette organisation de 1940 connaitra
une modification, par le rattachement à la région de Casablanca du cercle d’Azilal (auparavant faisant
partie de la région de Marrakech) et par la suppression de la circonscription d’El ksiba dans la région
de Meknès.
120 Les conseils administratifs régionaux vont être supprimée, suite à un arrêté résidentiel du 15 février 1941 (BO du « protectorat », numéro 1478)
121 BO du « protectorat », numéro 1236 du 3 juillet 1936
122 BO du « protectorat », numéro 1456 bis du 23 septembre 1940
______________________________________________________________________________________________
précédentes. La nouvelle région de Rabat englobera le territoire du port Lyautey, la nouvelle région
de Casablanca celui de Mazagan, la nouvelle région de Marrakech le territoire de Safi et une partie de
l’Atlas central, la nouvelle région de Fès le territoire de Taza, et la région de Meknès le territoire de
Tafilalet et l’autre partie de l’Atlas central (Bremard, 1949). Ensuite, l’organisation administrative
rattachement du cercle d’Azilal à la région de Casablanca, (enlevé à la région de Marrakech) ainsi que
décembre 1955, divisant le Maroc en 13 régions et deux grandes villes (Rabat et Casablanca) 124
(Figure 29). Ensuite, le dahir du 6 février 1956 modifiant et complétant le dahir du 16 décembre
1955125 (considéré comme le dernier dahir avant l’indépendance politique du Maroc), va ajouter la
______________________________________________________________________________________________
a été confrontée à divers problèmes tant dans les zones urbaines que rurales. En zone urbaine, elle a
n'était plus considéré comme le principal gardien de la sécurité et de la salubrité publique. En zone
rurale, cela s’est traduit par l’affaiblissement de l’institution des jemâa traditionnelles au profit des
caïds.
l’administration et de l’organisation territoriale marocaine, est liée à leur inadaptation aux contextes
et aux réalités marocaines. Selon Ben Barka (1958) « le protectorat a été un véritable retour en
du pays ». Malgré cela, ces réformes ont constitué la base des réformes entreprises dès
héritage colonial administratif relativement complexe. Cet héritage n’est ni totalement assumé ou
accepté, ni entièrement abandonné, ni adapté aux nouveaux besoins du pays. L’urgence était de
local. Pour cela, plusieurs actions et taches vont être menées par le Roi Mohamed V avec la
126
Le rôle de ce dernier devient ainsi purement consultatif
______________________________________________________________________________________________
Mohammed V a beaucoup insisté sur l'originalité des nouvelles institutions et leur adaptation à la
Les préoccupations du Roi Mohammed V allaient donc se concrétiser sur le terrain dès 1956 avec,
d’une part, le dahir du 13 octobre 1956 (modifiant celui du 16 décembre 1955) relatif à la division du
Maroc en 19 provinces (anciennes régions) et 5 grandes villes128, et, d’une autre part, par l'ouverture
mai 1958. Celle-ci est d’une très grande importance, car le roi allant au-delà des simples déclarations
d’intention qui émaillaient ses précédents discours, trace à travers cette charte « pour la première
fois » les étapes détaillées du programme constitutionnel, dont il apparait que la réalisation est
désormais imminente (Palazzoli, 1974). Considérée comme la base de l’élaboration d’une nouvelle
phase de la vie nationale, la charte royale adopte le principe de séparation du pouvoir législatif et
exécutif, et garantit aux citoyens la liberté d'opinion, d’expression et de réunion. Dans le même cadre,
le souverain estimait que la démocratie ne pouvait se faire sans l'édification d'une démocratie sociale
et économique, en jugeant préférable que la commune, nouvelle cellule sociale et politique, soit à la
127 En 1957, par « Opération labour » sur les terres de la Chaouia, « Opération école » et « La route de l’Unité »,1957, (qui avait mobilisé 100000jeunes
provinciales.
129 Cette institution constitue l'un des premiers jalons de l'édifice institutionnel du Royaume qui vise essentiellement la promo tion d'une vie
représentative permettant aux citoyens d'accéder aux affaires publiques dans le cadre de l'égalité et de la liberté.
______________________________________________________________________________________________
textes de lois vont être adoptés en 1959, le premier créant et énumérant les communes urbaines et
le chapitre de la décentralisation administrative fondée sur la démocratie locale a été amorcé, entre
130 « …pour instituer ce régime, nous avons décidé de procéder aux élections municipales et communales et de définir les attribut ions qui seront
dévolues aux assemblées locales aussitôt qu’aura été élaborée, par une commission dont nous désignerons les membres, une loi électorale et une loi
sur les libertés publiques… » Message à la nation lue par SM le roi Mohammed V en 1958.
131 Message à la nation lu par SM le roi Mohammed V, le jeudi soir, devant le micro de la Radiodiffusion nationale marocaine, déc larant charte du 8
mai 1958, qui marque, selon ses propres termes, l'ouverture d'une nouvelle phase de la vie nationale du pays
132 B.O 2458. Décret numéro : 2-59-1834 du 2 décembre 1959
133 BO 2458. Décret numéro : 1-59-351 du 2 décembre 1959. Ce dahir sera modifié par le dahir numéro 1-63-256 du 12 septembre 1963.
134 Ce chapitre connaitra un vrai démarrage avec la charte de 1976 (Voir partie 1) 3.2.1.1. Le processus de la décentralisation marocaine, avant après
et pendant la colonisation.
135 Déjà citer dans 3.1.2. La genèse de la politique de l’aménagement du territoire
______________________________________________________________________________________________
régions. Néanmoins, l’examen de la carte géographique issue de cette régionalisation, révèle que les
régions instituées sont semblables à celles existant du temps de la colonisation (Raounak, 1994), et
l’hétérogénéité des provinces constituant le territoire régional a fait l’objet de plusieurs objections.
Ainsi, comme l’a mentionné Naciri (1985), « comme la province est l’échelon le mieux structuré de
l’organisation territoriale du pays, on a cru qu’il suffisait d’en faire la somme pour créer la région et
mettre en place un cadre d’action économique pour le développement de l’économie régionale (……).
Les niveaux spatiaux antinomiques ne permettant pas l’harmonisation entre ces différents
découpages, chacun ayant sa propre rationalité (…). Les sept régions, sont en fait un cadre sans
consistance ». Pour sa part, A. Claisse (1985) mentionne que la région, depuis sa création, constitue
un cadre de référence et d’observation plutôt que d’action économique. Ainsi, ce découpage présente
______________________________________________________________________________________________
constituait un objet de planification et un champ d’intervention, plutôt qu’un partenaire de l’Etat dans
et l’hétérogénéité qui ont marqué le découpage régional de 1971, l’institution d’organes consultatifs
(Raounak, 1994).
Dès la réforme constitutionnelle de 1992, le découpage régional va être repensé et remplacé par celui
de 1997 (ce découpage est conçu pour rompre avec la régionalisation économique de 1971). En effet,
la régionalisation de 1997 instaurant la région en tant que collectivité locale (avec l’adoption de la Loi
______________________________________________________________________________________________
à la trame tribale (Boujrouf, 2002), et d’autre part, aux éléments géographiques 136
(Badri, 2019).
Bien que l’évolution de la politique territoriale reflète une volonté de changement, le découpage de
1997 a également échoué, puisqu’il a été conçu sur la base du découpage provincial, qui à son tour,
a fait l’objet de plusieurs critiques. Le découpage régional de 1997 en 16 régions a montré une
disparité de la densité et de la répartition de la population au sein des régions (Tableau 7). En effet,
les écarts de superficie et de population sont énormes, puisque le Sud, qui représente 55,4% du
territoire, englobe seulement 12,4% de la population, alors que le centre, qui ne représente que 4.2%
de la superficie, concentre 21,6 % de la population globale (Haddy, 2004). D’après le rapport sur les
136
Souss-Massa-Drâa, Tadla-Azilal…)
______________________________________________________________________________________________
seulement 1% du territoire (avec la Région du centre, qui concentre 32,3% des établissements
économiques et 46% de l’emploi), alors que 77% du territoire contribue seulement à 10% du PIB
(avec la Région du Nord-Ouest, qui concentre seulement 24,1% des établissements économiques et
18,6% de l’emploi.).
137Document de synthèse du Rapport de 50 ans de développement humain et perspectives 2025 : l’avenir se construit et le meilleur est possible »,
2006.
______________________________________________________________________________________________
En raison des disparités en densité de population et en richesse économique, et, afin de remédier aux
régionalisation dans le cadre de la décentralisation initiée depuis les années 1960. Cette initiative,
______________________________________________________________________________________________
aspects fondamentaux : un engagement fort envers les valeurs sacrées et immuables de la nation
(l'unité de l'État, de la nation et du territoire) ; le principe de solidarité ; une répartition équitable des
ressources entre les collectivités et les autorités locales et le gouvernement central; et l'adoption
d'une déconcentration élargie dans le cadre d'un système de gouvernance territoriale efficace basé
considérée comme faisant partie de la réforme institutionnelle, dans laquelle la bonne gouvernance
était l'objectif principal. Pour le Roi Mohammed VI, " La bonne gouvernance constitue assurément la
réforme devait être réalisée par le biais de la réforme du système judiciaire, la régionalisation
avancée, la déconcentration élargie et une nouvelle charte sociale. La création du CCR a engendré
une importante participation des acteurs politiques et sociaux institutionnels et non institutionnels. En
demandé au CCR de prendre en considération toutes leurs propositions. Au cours des quatorze mois
qu'a duré le travail de la CCR, plusieurs acteurs sociaux et politiques, tels que des partis politiques,
des syndicats et des associations, des institutions gouvernementales, les universités et d'autres
institutions nationales, ainsi que différentes organisations internationales, ont transmis un total de
124 propositions à la Commission. Le rapport final de la CCR comprend cinq livres dans lesquels la
Commission présente sa proposition. Dès les premières pages, il est clair que l'effort entrepris par la
Commission a été fidèle aux "grandes valeurs et orientations" exposées dans les différents discours
de SM le Roi. Le CCR a axé le projet de régionalisation avancée sur la promotion d'un développement
intégré et durable. Néanmoins, les pouvoirs des régions sont restés limités aux sphères économiques
138
Discours de SM le Roi à l'occasion du 10-ème anniversaire de l'accession du Souverain au Trône
______________________________________________________________________________________________
régionalisation peuvent être classées en trois catégories : les enjeux de la gouvernance, les ressources
En ce qui concerne la question de la gouvernance, le nombre de régions a été réduit de 16 à 12, avec
des assemblées régionales directement élues (elles étaient auparavant élues indirectement). Les
compétences propres (Cf chapitre 1) des régions ont été considérablement élargies et comprennent
transférables (Cf chapitre 1) ont été étendues et clarifiées, et le transfert des compétences seront
ainsi gérées par des contrats avec l'État, permettant de différencier les régions en fonction de leurs
priorités et de leurs compétences. Le wali, au niveau régional (nommé par le roi), ne détient plus les
pouvoirs de décision en matière de dépenses budgétaires. Il est désormais remplacé par le président
(élu) de l'assemblée régionale. Bien qu'il existe toujours une tutelle, c'est-à-dire un pouvoir de
visa/approbation par le wali, celle-ci est plus légère qu'auparavant, et les décisions de l'assemblée
régionale ne peuvent être contestées par l'exécutif que pour des raisons juridiques devant le tribunal
administratif. La loi organique prévoit également le droit des citoyens de présenter des pétitions et
d'influencer l'ordre du jour du conseil régional. Les conseils régionaux sont tenus de répondre aux
admissibles. Cette mesure devrait renforcer la confiance des citoyens dans leurs élus et favoriser un
En ce qui concerne les ressources financières régionales, les conclusions de la note d'information sur
les comptes régionaux réalisée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) pour les années 2015 et 2019,
montrent que les inégalités régionales persistent toujours, et que les disparités de PIB entre les
______________________________________________________________________________________________
En 2015, les indicateurs montrent la concentration de la richesse nationale sur les deux régions de
(48,2% du PIB en valeur), avec respectivement 32,2% et 16%. Les régions de Tanger-Tétouan-Al
Hoceima, Fès-Meknès, Marrakech-Safi, Sous-Massa, Beni Mellal-Khénifra viennent ensuite, qui ont
généré 40,4% du PIB, avec respectivement 10,1%, 9%, 8,9%, 6,5% et 5,8%. Et en dernier rang, les
régions de l'Est, du Drâa-Tafilalet et les trois régions du Sud (Guelmim-Oued Noun, Dakhla-Oued
Eddahab, Laâyoune-Sakia El Hamra) qui ont générés 11,3% du PIB, avec respectivement 4,8%, 2,6%
et 3,9%. En 2019, une troisième région s’ajoute à liste des premières régions concentrant la richesse
Hoceima ont créé 58% de la richesse nationale, avec respectivement 31,8%, 15,3% et 10,9%. Elles
l’Oriental, avec respectivement 8,5%, 8,4%, 6,7%, 6% et 5,1% du PIB. Et en dernier rang, les régions
______________________________________________________________________________________________
Sakia El Hamra) qui ont créé 7,1% du PIB, avec respectivement 2,6% et 4,5%. De ce fait, les
disparités en termes de création de la richesse entre les régions se sont accentuées. La moyenne des
écarts absolus entre le PIB des différentes régions et le PIB régional moyen est passée de de 53,1
milliards de DH en 2014, 56,9 milliards en 2015, 62,7 milliards de DH en 2018 à 63,9 milliards en
2019.
En termes de planification régionale, les conseils régionaux, qui pour la première fois ont été élus au
suffrage direct lors des élections de septembre 2015, vont définir leurs propres budgets et
programmes de développement régional (PDR) sur 6 ans, sur la base de conventions de partenariat
avec le ministère de l'Intérieur et les autres ministères déconcentrés (bien que tous les ministères ne
disposent pas encore de bureaux régionaux et provinciaux). Des Agences régionales d'exécution des
projets (AREP) seront créées sous la direction du président du conseil régional afin de gérer les projets.
Il est aussi intéressant de noter que la région n'a aucune autorité sur les autres collectivités
territoriales (provinces et communes). Cependant, la loi organique précise que les PDR détermineront
les plans de développement des autres niveaux territoriaux. Dans la loi organique relative aux
communes, l'ancien " plan de développement communal " est désormais appelé " plan d'action
communal ", impactant de fait le rôle de la commune qui n'est plus considérée comme stratégique
Au-delà des disparités à caractères économiques, les nouvelles régions affichent des inégalités en
matière sociale, mais aussi entre ses territoires urbains et ruraux. En effet, les disparités territoriales
sont encore plus prononcées à des échelles territoriales inférieures. Comme nous allons l’expliquer
par la suite, ces territoires de disparités représentent des zones que nous avons qualifié comme «
coordination des politiques et stratégies de développement et surtout, de l’absence d’un cadre « local
______________________________________________________________________________________________
Etant donné que la région Marrakech est notre zone d’étude, nous allons essayer de tracer la
trajectoire des phases de décomposition et recomposition qu’elle a connu, depuis le territoire des
tribus jusqu’à la région actuelle. Cette région a toujours été décomposée et recomposée autour de la
ville de Marrakech, ce qui nous pousse dans un premier temps à retracer l’histoire de la ville à partir
Toute trajectoire historique de Marrakech doit commencer par Aghmat Ourika, capitale de la première
principauté du Haouz, bien avant la création de Marrakech en 1062 139, par Youssef ben Tachfine as-
Sanhaji (premier sultan de la dynastie berbère des Almoravides). Aghmat fut le premier siège du
pouvoir Almoravide, qui sera ensuite remplacé par Marrakech. A partir de 1070, Marrakech connaitra
une expansion urbaine, avec la création de la kasbah (siège du pouvoir) et l´installation des premières
tribus berbères des Lomtouna et des Mossoufa140 dans la plaine. A l‘époque des mérinides (1270-
1420), les premières tribus arabes ont commencé à s’installer aux alentours de Marrakech,
cette épidémie, entre un quart et la moitié de la population totale a été perdue (Rosenberger, 1977 ;
A l’époque des Wattasides (1420-1525) la naissance d’un nouveau Royaume, dont la ville de Fès est
ville de Marrakech ancienne capitale du Royaume de Marrakech. Léon l´Africain décrit ainsi une ville
139 La date de la fondation de Marrakech est discutable. Nous constatons l’existence de plusieurs dates citées par plusieurs aute urs, à savoir ;
Muḥammad ibn Muḥammad al-Idrīsī. Nuzhat al-muštāq fī iḫtirāq al-āfāq , présume que la date de création est 1077 ; Description extraite du "Kitāb
al-istibṣār", Traduite par E. Fagnan, présume la date de 1066 ; Ibn-alathyr dans Annales du Maghreb et de l’Espagne, présume 1069 ; Bayan al-
Maghrib de Ibn Idhari, propose 1070 ; Ibn Khaldoun dans Kitāb al -ibar propose 1062 ; Victor-Amédée Barbié du Bocage dans le Maroc, notice
géographique propose 1073 ; Maroc géographie pittoresque et monumentale de Bernard Augustin, propose 1070 ; Le Maroc de Alber t Cousin et
Daniel Saurin, propose 1070. De notre part, nous avons choisi cette date, en se référant au fameux livre « Marrakech des origines à 1912 » de Gaston
Deverdun,
140 Les tribus berbères des Lomtouna et des Mossoufa seront expulsés en masse au milieu de 1145 (540 Hégire) par les Masmouda, après un séjour
d'environ soixante-seize ans a Marrakech. (Histoire des Almohades / d'Abd el- Wâh'id Merrâkechi ; traduite et annotée par E. Fagnan. 1893)
______________________________________________________________________________________________
a marqué la renaissance de la ville de Marrakech qui sera de nouveau la capitale de l’empire, dont la
richesse est étroitement liée au développement du commerce entre l’Afrique et l’Europe. Marrakech
redevenue capitale politique, elle sera aussi un carrefour commercial disposant d’une ouverture sur
l’atlantique avec la création du port commercial de Safi, également siège des diplomates étrangers.
Cette région a connu au cours de son histoire différents épisodes qui l’ont façonné jusqu’à aujourd’hui,
avec plusieurs vagues migratoires, celle des tribus Rehamna, Abda… (arabophones), celle des tribus
Guich, installées par le sultan de la dynastie Saadienne, et jusqu’à la fin du XVIIème siècle sous le
règne des Alaouites, puis les tribus amazighes du Haut-Atlas (telles que les Glaoua, des Goundafa,
des Souktana, des Mtouga, etc…) impactant l’équilibre démographique et ethnique de la région. En
définitive, parmi toutes les tribus qui entouraient le territoire de Marrakech, qu’elles soient Guich,
comme les Oudayas, ou des Naibas comme Harbil ou les Oulad Delim, c’est la tribu des Rehamna qui
est la plus importante par l’étendue de ses terres et le nombre de ses membres (Deverdun, 1966).
Avec l’arrivée de la colonisation, Marrakech fut occupée par les troupes françaises le 7 septembre
1912. Elle devient immédiatement le chef-lieu d’une région militaire et un passage vers la frontière
Sud. Face à la résistance qui se développait dans la montagne, la ville de Marrakech est devenue le
siège de la politique « des grands caïds qui participeront à la politique de pacification du grand Sud
»141. Cette politique permettait au commandement français une considérable économie de forces dans
l’œuvre de la « pacification » qui devait aboutir à soumettre son autorité sur toute la partie du Sud
marocain comprise entre Agadir et Tafilalet. Les limites de cette région ont évolué aux rythmes de
progression de la « pacification ». Cela a été facilité par la collaboration des grands caïds comme le
141Cette politique amorcée par le résident général Lyautey qui, à court de personnel sur le plan administratif et militaire, con fia la région du sud aux
grands caïds pour s'assurer leur soutien. C'est ainsi que la politique des grands caïds est émergée. Cette situation devenait par la suite une politique
officielle, justifiée par le souci de préserver les institutions indigènes. En fait les autorités estimaient surtout qu'il était plus économique et plus facile
de contrôler tout le pays par l'intermédiaire d'un nombre limité de chefs locaux que d'en assurer directement l'administration. (Waterbury John, 1975.
Le Commandeur des croyants. La monarchie marocaine et son élite Presses universitaires de France.)
______________________________________________________________________________________________
Haha, le caïd Aïssa Ben Omar de la plaine de Abda et le caïd El Ayadi bel Lhachmi de la tribu des
Avant 1940, la région de Marrakech couvrait le territoire du Sousse avec la ville d’Agadir, de
territoriale en septembre 1940, la région de Marrakech est rattachée au territoire de Safi et le territoire
142 Lecommandement Glaoui, s’étendait sur la presque totalité du territoire de Ouarzazate, sur la circonscription des Ait Ourir et celle de Marrakech-
banlieue.
______________________________________________________________________________________________
En 1948, la région de Marrakech s’étendait de Safi et Mogador sur la côte atlantique jusqu’au coude
de l’oued Draa et de l’Oum Errabiâ jusqu’au Jebel Bani en bordure du Sahara. Selon le recensement
officiel de 1947, les régions Marrakech (2 372 000 marocains/20 811 non marocains), Meknès (842
000 marocains/31 610 non marocains) et Casablanca (1 904 000 marocains /139 634 non marocains)
représentaient plus du quart de la population totale du Maroc. A préciser que la région de Marrakech
à cette époque était une région à vocation agricole et d’élevage, avec l’existence de quelques
exploitations minières.
La région de Marrakech comprenait une importante zone civile en plus de son statut militaire. La zone
civile qui couvrait seulement le 2/5 de la région, abritait en revanche près de ¾ de sa population
(Tableau 8).
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
Après son indépendance, le Maroc a amorcé une nouvelle expérience de la régionalisation, comme
découpage de 1992, Marrakech faisait partie de la région de Tensift (Figure 37), regroupant la
et cette toponymie avait comme objectif de masquer l’aspect hétérogène et l’incohérence de ces
géographique ».
______________________________________________________________________________________________
communal a été adopté en 1992 et un régional en 1997. Ce nouveau découpage a donné naissance
à la région de Marrakech-Tensift-Al Haouz143 qui représentait 4,5 % du territoire national (Figure 38).
Cette région, regroupait la préfecture de Marrakech 144 et les cinq provinces d'Al Haouz, de Chichaoua,
d'El Kelâa des Sraghna, d'Essaouira et de Rehamna. Cette région, selon la commission consultative
de la régionalisation, enregistre le nombre le plus élevé de communes rurales les plus pauvres du
Royaume (99 sur 403, soit le quart du total national, impliquant 14% de la population rurale totale
du pays).
143 La Région de Marrakech Tensift Al Haouz compose des toponymes se référant à l‘urbain pour le cas de Marrakech, à la notion de bassin
hydrographique de Tensift et à la plaine autour de Marrakech appelée Al Haouz et aussi à la province d’Al Haouz dominant les territoires de piémont
et de la montagne du Haut Atlas occidental (S.Boujrouf et M. Hassani, 2008)
144 Avec la création de cinq arrondissements (Médina ; Ménara- Guéliz ; Sidi Youssef Ben Ali ; Ennakhil et Méchouar) leur donnant autonomie
Depuis la nouvelle Constitution votée en 2011, l’organisation territoriale du Royaume est décentralisée
et basée sur la régionalisation avancée. Dans cette perspective, la région Marrakech-Tensift-Al Haouz
les provinces de Safi et de Youssoufia à l’ancienne région, qui prend désormais le nom de région
province de Safi et Youssoufia (rattachée auparavant à l’ancienne région Doukkala-Abda), avait pour
provinces comptent parmi les plus pauvres du pays, avec des taux de pauvreté de 14.2 pour Safi et
19.9 % pour Youssoufia. Également, les taux de chômage de la région Marrakech-Safi atteignaient
13.1 % en 2014 (RGPH, 2014), alors qu’il n’était que de 5,6 % en 2013 pour l’ancienne région de
Marrakech-Tensift-Al Haouz. Néanmoins, ce rattachement n’a pas abouti à la réduction des disparités
______________________________________________________________________________________________
toujours. Bien que des efforts aient été fait depuis l’indépendance pour trouver une certaine
homogénéité territoriale, la fracture territoriale héritée est toujours d’actualité et aggravée par les
modèles de développement territorial standardisés et les actions publiques globales inadaptées aux
reflétée par des variables économiques ou sociales des revenus, des activités, des équipements et
des potentialités de développement, entre les régions, ou voire au sein des régions (BM, 2009). Dans
de nombreux pays, c’est le constat de telles disparités qui a conduit à définir, puis à mettre en œuvre,
une politique d’aménagement du territoire, en France, Italie, URSS, Hongrie, Brésil ou Maroc par
exemple, visant un équilibre régional (Merlin et Choay, 1988 ; Rodríguez-Pose et Hardy, 2015 ; Kumar
et Rani, 2019). Les inégalités régionales sont un phénomène mondial, que ce soit dans les pays
phénomène est particulièrement exacerbé. Selon Myrdal & Sitohang (1957), les zones développées
145 Géré par des contrôleurs civils. Ces régions bénéficient notamment d’infrastructures (ports, chemins de fer, etc.), d’un cadre d'hygiène et de
salubrité publique (lutte contre les épidémies, etc.) et surtout d’un développement agricole et commercial. On y trouve Rabat, Casablanca et une partie
de Marrakech
146 Gérer par un commandement militaire, dans l’objectif est de maintenir l’ordre et de pacifier l’ensemble du territoire. En gén érale, ces territoires
ne bénéficient pas des infrastructures, si ce n’est que pour un objectif d’exportation des richesse minières. Par exemple la route Tizi n'Tichka, faisant
le lien entre le sud-est de Marrakech et le territoire de Ouarzazate.
147 La côte et des plaines
148 La montagne et des tribus berbères
______________________________________________________________________________________________
indispensable pour réduire ces disparités spatiales (Hirschman, 1958 ; Schaeffer, 2012). Williamson
(1965) et Ezcurra et Rapún(2006) ont également démontré que la voie du développement à l’échelle
d'un pays, n'est presque jamais équitable au niveau régional, ainsi qu’entre les milieux urbains et
ruraux (Cour, 2007 ; Sriroop et Roy, 2016), entre plaines et montagnes (Boujrouf, 2002), entre zones
côtières et intérieures (Catin et Van Huffel , 2004), et entre région et commune (Shefer et Antonio,
2013). Les études réalisées par de nombreux auteurs dont Koropeckyj (1972), Nair (1993), ou
généralement d'une augmentation des inégalités entre les régions, les provinces et les communes du
pays. Ainsi, la disparité spatiale constitue un obstacle important face au développement (Easterly,
2007). Dans la région Marrakech-Safi, les niveaux des différentes valeurs par commune au sein des
provinces/préfectures montrent une forte disparité, avec des déficits plus ou moins marqués selon les
communes dans chaque province/préfecture (Figure 39). Le déficit en services sociaux montre la plus
grande disparité, le maximum étant de 0,748 et le minimum de 0,014. En ce qui concerne le déficit
économique et en éducation, on constate que la valeur la plus faible de 0,137 concerne les activités
______________________________________________________________________________________________
varient de 0,4 à 0,8, et la valeur moyenne est de 0,6, avec un écart type de 0,09. La visualisation de
communal (Figure 40) , montre que la valeur la plus faible est enregistrée au niveau de la commune
de Bouabout Amdlane (Ref :41) de la province de Chichaoua et la commune Ait Aissi Ihahane de la
province d’Essaouira (Ref : 119) avec une valeur de 0,4. Ces communes sont localisées dans un
milieu rural pauvre, évoluant dans un paysage de moyenne montagne à fortes contraintes
géographique, disposant de peu de ressources hydriques et une faible accessibilité routière. La valeur
positive la plus élevée est enregistrée au niveau de la commune de Marrakech (Ref : 189) avec une
valeur qui atteint 0,8 (qui dépasse la moyenne nationale de 0.7), localisée dans une plaine, avec des
______________________________________________________________________________________________
que la préfecture de Marrakech enregistre la moyenne la plus élevée de 0,75, avec un maximum de
0,80 et un minimum de 0,57. Pour rappel, le chef-lieu de cette préfecture est la commune de
Marrakech (aussi siège de la Région), et c’est l’une des communes les plus riches du Maroc. Elle
remplit plusieurs fonctions d’ordre régional ; c’est le siège des institutions et organismes régionaux,
c’est une ville universitaire, et une capitale administrative régionale, sous régionale et préfectorale.
Dans le domaine économique, elle dispose d’un important tissu industriel, elle est le siège de plusieurs
______________________________________________________________________________________________
commercial et de service de premier ordre dans la Région, avec un stade sportif, etc. Mais elle est
surtout le lieu qui bénéficie d’une forte concentration de projets de développement, avec 29 projets
programmés dans le cadre des stratégies nationales et sectorielles (SNS) et du plan de développement
préfecture de Marrakech concentre à elle seule près de 51% de la population urbaine de la région, et
avec 9,7% de la population rurale vulnérable et un taux de pauvreté de 1,8%. Il s’agit des taux les
______________________________________________________________________________________________
maximum de 0,79 et un minimum de 0,54. La province d’Essaouira est celle aussi qui a enregistré le
niveau de développement de toute la région ou province/ préfecture, et cependant cache les disparités
en donnant une moyenne très élevée du niveau de développement. Un autre cas de figure est celui
toute la région ou de la province/ préfecture, et dissimule ainsi les zones potentiellement développées
en donnant une moyenne très basse du niveau de développement (Salhi et al, 2023). Ce concept des
zones cachées au développement vient compléter celui des « zones d’ombres » développé récemment
chez les urbanistes, qui correspondent en effet, à des territoires souvent placés dans l’orbite d’une
métropole et qui vivent sous son ombre. Toutefois, la différence entre les deux, c’est que les « zones
d’ombre » sont des territoires identifiés et classés comme pauvres et défavorisés au développement,
alors que les « zones cachées », sont des zones invisibles, non identifiées, et qui sont complétement
Si nous prenons l’exemple de la région Marrakech-Safi, nous pouvons dire que le phénomène des «
stratégique, dispose de 52 communes rurales (non développées) sur un total de 57. L’IDTMC faible
de ces 52 communes rurales a donc impacté négativement la moyenne en dévoilant les disparités
avec 25 communes, l’IDTMC élevé de trois de ses communes a impacté positivement la moyenne en
L’analyse de la corrélation entre l’ensemble des déficits (Tableau 9) montre que la plus forte
corrélation est observée entre le déficit en habitat et en éducation avec un facteur de corrélation de
r=0,87. Les 5 déficits en éducation, en habitat, en services sociaux et en niveau de vie sont
positivement corrélés entre eux, montrant une relation de causalité et d’influence entre eux. Les
corrélation monte jusqu’à 0.45 ou 0.43 pour santé avec éducation et avec habitat, ce qui représente
L’application d’un ACP sur le tableau de corrélation des déficits nous a permis de comprendre la
relation de causalité entre les déficits. Elle a dévoilé aussi des écarts et des inégalités importantes,
fiabilité et la robustesse de ces résultats. Au niveau des variables des axes F1 et F2, nous avons
identifié trois populations (Figure 42B). L La première population liée aux déficits en niveau de vie,
en éducation, en services sociaux et en habitat. La deuxième population est liée au déficit en santé
______________________________________________________________________________________________
Cette figure montre plusieurs éléments. Premièrement, le déficit des valeurs « niveau de vie » est lié
aux déficits en éducation, en habitat et en services sociaux. Deuxièmement, nous constatons des
fortes disparités économiques au niveau des provinces Rehamna, Essaouira et El Kala des sraghna,
et des fortes disparités concernant la santé au niveau des provinces de Chichaoua, Al Haouz et
Le Scatter plot (Figure 42A) qui permet de montrer la situation et la tendance des communes de
chaque province, nous a permis de grouper les provinces en trois catégories, à savoir :
Les provinces où les communes ont une tendance à droite >0 par rapport à l’axe F1 du scatter plot :
− Les communes de la province d’Essaouira présentent les plus fortes valeurs de déficits, surtout
en termes d’éducation, de santé, de services sociaux, d’habitat et de niveau de vie. Les valeurs
les plus élevées des déficits ont été enregistrés au niveau des communes de cette province (0.67,
0.34, 0.57).
− Les communes de la province de Chichaoua suivent la même tendance que celle d’Essaouira,
______________________________________________________________________________________________
déficits en santé.
Les provinces où les communes ont une tendance au centre légèrement >0 par rapport à l’axe F2 du
Scatter plot :
− Les communes de la province de Youssoufia enregistrent des faibles valeurs du déficit en santé.
− Les communes de la province d’El Kelaa des sraghna enregistrent les plus faibles valeurs des
Les provinces où les communes ont une tendance à gauche du Scatter plot (<0 dans l’axe F2) :
− Les communes de la province d’Al Haouz enregistrent des faibles valeurs de déficits en activités
économiques.
− Les communes de la préfecture de Marrakech, se distinguent par les valeurs les plus faibles des
Ces résultats montrent que le calcul de l’indice de développement (au niveau national, régional ou
provincial) ne reflète pas les réalités à l’échelle locale. Ainsi, selon la taille et la densité démographique
Cependant, malgré cette limite, on note que certains déficits sont plus étroitement liés entre eux que
développement territorial aboutisse, il est nécessaire de mettre en place des projets et des stratégies
répondant aux différents déficits constatés. Par exemple, de meilleures conditions d’habitat (sur la
base des critères retenus par le recensement de la population et l’habitat de 2014 : habitant dans des
______________________________________________________________________________________________
Nos résultats confirment que les mauvaises conditions socio-économiques sont à l’origine des
inégalités dans le domaine de l’éducation (Shavit et Blossfeld 1993 ; Meuret et Morlaix 2006 ; Mingat
2007 ; Lanus 2009 ; Alexiu et al. 2010 ; Pillay 2017). Parmi les variables qui illustrent cette inégalité,
nous pouvons citer notamment la distance entre l'école et le lieu de résidence. Plus la distance
augmente, plus la probabilité de quitter l'école est forte (Ibourk et Amaghouss 2016b).
D’une manière générale, quel que soit le niveau de l’indice de développement territorial
multidimensionnel au niveau provincial ou régional, il existe des écarts et des inégalités qui persistent
à des échelles territoriales encore plus fines telles que les communes et les Douars. Plusieurs facteurs
peuvent être à l’origine de ces disparités spatiales tels que le contexte physique et biophysique, les
moyens d’accessibilités, l’éloignement du centre industrialisé et des aires d’attraction et des territoires
favorisés (des communes aisées du fait de leur profil social ou des orientations politiques du conseil
communal).
En calculant les écarts types entre les IDTM à l’échelle communale, nous avons pu classer les provinces
de la région selon leurs niveaux de disparité (Figure 43). Les disparités les plus faibles sont observées
au sein des communes de la province d’El Kalaa des Sraghna, cette province présente une certaine
homogénéité dans les niveaux de développement des communes . Les disparités les plus élevées sont
observées entre les communes de la province de Youssoufia, caractérisée par des disparités
déperdition scolaire et les déficits hydrique dans plusieurs communes de la province. Les provinces
population urbaine de la région. Ces deux provinces font partie des zones qui se situent dans le «
______________________________________________________________________________________________
La région Marrakech-Safi connaît donc de fortes disparités, avec de forts contrastes entre le milieu
rural et urbain, et entre le chef-lieu de la région (Marrakech) et les autres communes. L’utilisation de
cet indicateur de disparités internes dans le classement du niveau de développement des territoires
pourrait donc être très intéressante et efficace lors de la réalisation des diagnostics territoriaux (ferons
territoriale conçue uniquement à l’échelle régionale, ne permettra pas d’atténuer les disparités
constatées. Un ciblage géographique plus fin, à l’échelle de la commune ou même celle du Douar,
conduirait à prendre des décisions plus performantes, à une plus grande efficience des politiques
______________________________________________________________________________________________
Depuis son indépendance, le Maroc n’a pas cessé de cherche la forme de régionalisation et
d’organisation la plus adaptée à ses problématique globales et locales. Dans cette perspective, le
gouvernement marocain a fait beaucoup d’effort pour réduire les disparités territoriales.
Ce chapitre met également en lumière la richesse de la région Marrakech-Safi, est une tant sur le
plan géographique que culturel, à travers les différentes tribus qui la constituent.
Par ailleurs, la région Marrakech a joué rôle crucial durant la période coloniale, car elle abritait
plusieurs territoires de commandement et faisait en grande partie du Maroc dit « utile/pacifié /conquis
période, qui ont été installées pour de répondre aux besoins de développer des activités profitables
aux/des colons.
Nous avons conclu le chapitre en présentant les résultats du calcul de l’indice de développement
territorial. Initialement destiné à la sélection des zones d'étude, a révélé par la suite l'existence de
zones que nous avons nommées « zones cachées » au développement territorial. A travers notre
analyse, nous avons constaté que ces zones résultent des limites de l’institutionnalisation et de la
d’une vision globale à une échelle territoriale inférieure. Il doit découler d'une dynamique de la
conciliation et l’interaction horizontales et verticales entre les stratégies, en valorisant les ressources
______________________________________________________________________________________________
les types de projets programmées dans les plans d’action des communes étudiées. Sur la base de nos
analyses, nous proposons des illustrations décrivant les éléments influençant le développement des
Pour décrire ces territoires, nous nous sommes concentrés sur les éléments les plus fondamentaux
que chaque territoire devrait posséder, tels que : le centre de la commune, commerces ou marchés,
les infrastructures de base (écoles, hôpitaux.etc), les principaux axes routiers, l’aéroport et zone
industrielle. De plus, nous présenterons les projets que nous avons sélectionnés comme étude de cas.
Ceci inclura la présentation des partenaires et leurs engagements, le contexte des projets et l’état
principalement basés sur des approches top-down. Les interventions étaient définies selon des
conservation des forêts, tourisme, artisanat culture, etc.) et ne répondaient que partiellement aux
contraintes et potentialités des territoires concernés. Les projets territoriaux étaient rarement adaptés
aux contextes locaux. Avec le passage des politiques publiques nationales aux politiques publiques
locales, ces projets purement centraux sont devenus de grands programmes et visions stratégiques
nationales et régionales. Ces stratégies sont désormais traduites au niveau local, par des acteurs
locaux décentralisés et déconcentrés grâces aux compétences propres, transférées et partagées aux
collectivités territoriales.
gouvernement à distance » (Epstein, 2006), générant une compétition entre les territoires (souvent
ruraux avec un budget très faible) pour l’obtention de financements (dans l’espoir de signer une
______________________________________________________________________________________________
aux visions nationales et ministérielles, peu importe s’ils répondent aux besoins réels de leurs
territoires. Ceci va créer, en plus des inégalités spatiales déjà existantes, une disparité en matière de
capacité des territoires en investissements, et une crise de l’action publique locale. Cette crise, selon
K. Kirsten et al (2016), s’explique par l’incapacité des acteurs locaux à cerner les besoins des
populations. Dès lors, la mise en concurrence des territoires génère, d’une part, un écart entre la
réponse aux besoins des citoyens et la réponse aux stratégies nationales, et, d’une autre part, des
conflits entre acteurs. Cette concurrence peut être considérée comme l’une des limites majeures au
développement territorial, car celui-ci ne se décrète pas. Ce doit être une construction territoriale des
acteurs locaux centrée sur la valorisation des ressources territoriales. La concurrence territoriale
suppose que le territoire dispose de certains potentiels de développement qui peuvent être identifiés,
puis mobilisés, transformés et activés via la mise en œuvre de projets de développement (Courlet
2008 ; Courlet et Pecqueur 2013). Elle permet aux acteurs des différents territoires de coordonner et
Au Maroc, la coordination (comme pour les conflits) entre les acteurs de l'action publique locale repose
plus sur un système de relations interpersonnelles que sur le système hiérarchique ou celui encadré
par la loi (nous y reviendrons par la suite). Ce type de relations, repose sur des situations de
connaissance mutuelle, produites à la fois par l'appartenance à une famille, un groupe ou à un courant
politique. Ce système peut renforcer la capacité d'action des acteurs dans leur contribution à la mise
en œuvre du projet territorial, comme il peut être également à l’origine du blocage des projets à cause
D’autre part, un processus de développement à l’échelle locale ne peut pas avoir lieu sans une réelle
autonomie territoriale, car il y a en effet une grande distinction entre l’autonomie et l’indépendance.
L’autonomie renvoie à la capacité à s'autogérer, par la définition collective de ses propres règles de
fonctionnement tout en intégrant les réalités locales et globales. L’indépendance, en revanche, signifie
de sorte que les collectivités territoriales, malgré les lois de décentralisation et de déconcentration,
restent régies par un ensemble de lignes directrices, de règles et de normes standards. Ainsi, les
territoires locaux composent une scène où se juxtaposent des normes et des règles qui limitent leur
autonomie, et les acteurs locaux consacrent la majorité de leurs temps et énergie à inscrire leurs
Le développement territorial tel que nous le concevons, ne doit pas être la transposition d’une vision
globale à une échelle territoriale inférieure (telle que les communes). Il doit être le résultat dynamique
de la conciliation et l’interaction horizontales et verticales entre les stratégies, par la valorisation des
ressources et en réponse aux besoins propres à un territoire. Cette définition s’inscrit d’ailleurs dans
la même logique que celle que nous avons proposée pour la gouvernance territoriale. Également, le
développement territorial est un processus paramétrable selon les territoires, qui s’ajuste aux
contraintes institutionnelles globales et locales. Son processus incite les acteurs à mettre de côté leurs
divergences et à se concentrer sur les décisions concrètes à prendre pour l’intérêt général. L’efficacité
du développement territorial est attachée à son enracinement local. Il nécessite l’adaptation des
actions au contexte local en coordination avec les acteurs locaux, afin de répondre à des problèmes
non pris en charge par le niveau central. L’absence de ces principes de base crée des disparités et
injustices territoriales.
Dans notre approche par l’analyse des projets pour mesurer la gouvernance territoriale des acteurs
décentralisés et déconcentrés, nous avons constaté, après l’analyse des plans d’action des communes,
que le type de projets change avec le niveau du développement territorial. Bien que les projets
développement par projet reste une démarche très complexe, notamment car les enjeux locaux
changent avec l’augmentation ou la diminution de population du territoire concerné (le territoire est
un carrefour d’enjeux, et plus la densité est forte, plus il y a d’enjeux), et également car le passage
à de grands projets nécessite tout d’abord l’acquisition de projets de base (Figure 44).
______________________________________________________________________________________________
Ainsi, le regroupement des territoires selon leurs niveaux de développement et le type de projet choisi,
s’inscrivent dans de grandes stratégies et programmes initiés soit par une volonté royale, soit
dans le cadre d’une stratégie nationale. Ces projets s’intègrent dans une logique de concurrence
rapidement aux nouveaux enjeux d’attractivité territoriale et des investissements. Ces territoires
bénéficient d’un grand budget et captent la majorité des projets programmés dans le plan de
développement régional. Mais ils sont assujettis à de fortes contraintes avec des disparités
internes, des problèmes sociaux et économiques, une explosion démographique, des bidonvilles
______________________________________________________________________________________________
de proximité. Ce sont des territoires relativement bien dotés en infrastructures de base, mais qui
par rapport aux territoires sous-développés leur permet d’avoir plus de partenaires et bien sûr
______________________________________________________________________________________________
ils sont en grande partie des territoires à caractère rural (sauf pour les centres urbains où il y a
une dynamique plus ou moins économique), touchés relativement par des pénuries de services,
− Les territoires sous-développés ou mal développés (Tableau 12 et Figure 47) bénéficient, ou pas,
pénuries de services d'accès à la santé, à l’emploi, aux transports et aux services publics en
général, sont par ailleurs souvent isolés et ont difficilement accès aux nouvelles technologies et
______________________________________________________________________________________________
rapport aux centres urbains (le plus proche) pèse lourdement sur la qualité de vie des habitants.
Les types de projets dans ces territoires sont globalement portés par la commune, en partenariat
avec l’INDH ou la province. Dans ces types de territoires, mobiliser des financements ou trouver
un partenaire est un défi pour les acteurs locaux, car, parier sur un territoire faible est quelque
chose que la majorité des partenaires essaye d’éviter, et d’autre part, les stratégies sectorielles
et nationales ne coïncident pas avec leurs réalités au niveau local. Ainsi, ces communes se
limitent à des petits projets d’infrastructure et de désenclave ment, puisque leur budget ne leur
permet pas plus. L’une des causes de la faiblesse de ce budget est l’exode rural marqué et
l’évolution négative de la population totale qui s’en suit avec un solde migratoire négatif. Cette
puisque la distribution de cette allocation de budget par l’Etat est basée sur des critères liés à la
propres (Al Arafi, 2018). Ainsi, en restant dans cette sphère de projets spécifiques aux territoires
pauvres, la collectivité peut profiter des financements et des fonds dédier à ces projets. Par
notamment le désenclavement des populations rurales et des zones de montagnes, ou les projets
______________________________________________________________________________________________
cependant constaté que l’ensemble de ces projets partagent relativement les mêmes problématiques
et contraintes, à savoir des difficultés liées au budget, à la gouvernance territoriale, aux conflits
Pour illustrer les types des difficultés précitées, nous allons ici dans un premier temps présenter en
bref chaque projet, l’acteur initiateur ou porteur du projet, les partenaires, le rôle de chacun et la
situation actuelle. Puis dans un deuxième temps, nous y reviendrons dans la partie 3 pour traiter de
la gouvernance territoriale de ces projets d’aménagement des territoires locaux, les discuter et
Le projet de la salle couverte omnisport est un projet initié par le conseil provincial pour répondre aux
besoins en équipement sportif de la commune de Tahanout (cf Annexe 2). Ce projet a connu un
______________________________________________________________________________________________
attendre la fin de la construction du nouveau marché hebdomadaire pour reprendre les travaux. Cet
exemple montre le manque de communication entre acteurs, et également que le choix des projets
n’est pas établi selon une logique ascendante de diagnostic territorial (Tableau 13).
Tableau 13 : Les partenaires et leurs engagements dans le projet de la salle couverte omnisports de
Tahnaout
Projet/Commune/Province Partenaires Engagement Honoration d’engagement
L’attribution d’un titre foncier
La maintenance de l’établissement
Conseil communal
D’engager les dépenses d’eau et
d’électricité
Contribuer avec une somme
d'argent de 920 000 000 Dh
Conseil Provincial
La réalisation d'études et de
Salle couverte omnisports conceptions du projet
Aujourd’hui, le projet de la salle couverte omnisport de Tahnaout, qui a été lancé en 2009 n’est pas
encore achevé à cause des contraintes budgétaires. Actuellement, il n’existe pas une date de fin
précise du projet. Le reste à faire, c’est l’achat et l’installation des équipements qui répondent aux
normes standards des salles omnisports. Ceci montre qu’il n’y a pas eu une étude préalable avant le
lancement du projet, et la détermination du budget du projet a était faite d’une manière ambiguë «
au hasard ».
Ce blocage résulte du changement du maitre d’ouvrage. En effet, avant les lois organiques relatives
aux collectivités territoriales, le maitre d’ouvrage était le gouverneur. Aujourd’hui, avec les nouvelles
lois organiques, c’est le conseil provincial d’Al Haouz qui est le maitre d’ouvrage.
______________________________________________________________________________________________
Le projet du village des artisans de la commune d’Amizmiz (cf Annexe 3) a été initié à l’occasion de
la réunion régionale de l’artisanat. C’est un projet qui s’inscrit dans le cadre de la stratégie régionale
Ce projet a été programmé dans la vision 2015 du ministère de l’artisanat qui a donné lieu à des plans
Tableau 14 : Les partenaires et leurs engagements dans le projet de village des artisans d‘Amizmiz.
Projet/Commune/Province Partenaires Engagement Honoration d’engagement
______________________________________________________________________________________________
Le projet de réhabilitation de la médina de la commune d’Essaouira (cf Annexe 4) fait partie d’un
projet royal de réhabilitation et mise en valeur des anciennes médinas du royaume, fondé sur une
______________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
déroulé sur deux mandatures de présidents différents. La moitié du projet a été réalisée pendant la
première mandature, mais avec beaucoup de contraintes, tel que l’assainissement et la non-
proviennent de l’absence d’un diagnostic préalable. Dans la deuxième mandature, avec le nouveau
président, une autre étude a été faite pour essayer de trouver des solutions alternatives (Tableau 16).
Le projet de l’abattoir de Souihla est un projet initié par la commune de Souihla (cf Annexe 6) en
partenariat avec plusieurs acteurs. Le projet a pour objet la réalisation d’un abattoir pour viande rouge
dans la commune de Souihla d’une capacité minimale de 120 têtes ovins et 70 têtes bovins par jour.
Actuellement ce projet est achevé mais il n’est pas encore opérationnel. Il a connu des retards dus
aux conflits personnels et politiques entre l’ancien directeur de l’Office National de Sécurité Sanitaire
______________________________________________________________________________________________
Le projet d’irrigation de la palmeraie de la commune de Marrakech (cf Annexe 7) fait partie d’un projet
lancé en mars 2007 par Son Altesse Royale la Princesse Lalla Hasnaa. Ce programme a pour objectif
initial de plantation de 430 000 plants. Ce projet a fait l’objet de conventions entre la Fondation
Mohammed 6 pour la protection de l’environnement et plusieurs autres acteurs locaux, fixant ainsi le
nombre de jeunes plants à planter et la durée d’entretien d’arrosage pour une durée de trois ans. Le
maître d’ouvrage de ce projet est la Radeema. Ce projet a connu des retards à cause de l’indisponibilité
du foncier nécessaire dans la zone Abiad, pour la mise en place de la station de pompage et du bassin
______________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
Le projet de l’aménagement du centre de la commune d’Asni (cf Annexe 8) était une initiative du
conseil provincial en partenariat avec la commune d’Asni. Actuellement le projet est achevé et selon
Tableau 19: Les partenaires et leurs engagements dans le projet d’aménagement du centre de la
commune d’Asni
Projet/Commune/Province Partenaires Engagement Honoration d’engagement
- Participation financière de
Aménagement du centre Conseil communal 200 000 000
de la commune d’Asni -Suivi des travaux du projet
- Participation financière de
Oui
Commune d’Asni 1 200 000 000
Conseil provincial d’Al
-Conduite des marchés
Haouz
Province Al Haouz publics et conclusion des
contrats
Le projet de l’école communale de la commune d’Agouatime (cf Annexe 9) a été pensé afin d’éradiquer
l’abandon scolaire dû à la pauvreté et l'éloignement de l'école par rapport aux lieux de résidence.
C’est la commune qui a initié ce projet pour répondre aux besoins et difficultés de la population.
Actuellement ce projet connait un grand échec et les classes bâties sont en ruine. Cet échec résulte
dernier a décidé d’arrêter tout projet de construction d’école communale au Maroc. Selon nos
projet découle de l’échec d’un projet d’école communale dans une ville au Nord du Maroc. Nous
n’avons pas d’autres informations plus détaillées puisque le ministère de l’éducation au niveau central
______________________________________________________________________________________________
Le projet du souk de la commune de Smimou (cf Annexe 10) était à l’initiative du conseil provincial
en partenariat avec la commune de Smimou. Ce projet a connu un retard de 3ans à cause de conflits
Tableau 21: Les partenaires et leurs engagements dans le projet d’aménagement du Marché
hebdomadaire de Smimou
Projet/Commune/Province Partenaires Engagement Honoration d’engagement
-Participation financière
Conseil communal
-Délivrance du titre foncier
Conseil provincial
Aménagement du Marché -Participation financière
d’Essaouira
hebdomadaire
Participation financière
-Coordination entre les Oui
Commune Smimou
partenaires et suivi du
Province Essaouira projet
Province Essaouira
-Réalisation du projet et
des rapports
d’avancement
______________________________________________________________________________________________
Le projet de la maison de l’étudiant de la commune de Skhour Rehamna (cf Annexe 11) est un projet
initié par la commune en partenariat avec plusieurs acteurs. Ce projet n’a pas connu de problème ni
Tableau 22: Les partenaires et leurs engagements dans le projet de la maison de l’étudiant de
Skhour Rehamna
Projet/Commune/Province Partenaires Engagement Honoration d’engagement
-Participation financière
Conseil communal
-Délivrance du titre foncier
La maison de l’étudiant -Participation financière
Conseil provincial de
-Réalisation du projet et des
Rehamna
Commune Skhour rapports d’avancement
Oui
Rehamna -Gestion administrative et
financière de la maison de
Province Rehamna Association l’étudiant
-Assurer la restauration pour
les élèves et les instituteurs
Le projet de Club des femmes de la commune de Ouazguita (cf Annexe 12) est un projet initié par la
commune en partenariat avec l’INDH. Le projet n’a pas connu de retard en termes de réalisation,
mais actuellement, la maison n’est pas fonctionnelle car il n’existe pas de personnes compétentes
capable de gérer l’établissement, à cause de l’exode des jeunes vers les grandes villes (Tableau 23).
Tableau 23: Les partenaires et leurs engagements dans le projet du club de femmes de d'Ouazguita
Projet/Commune/Province Partenaires Engagement Honoration d’engagement
-Participation financière
-Réalisation de projet selon les
normes
Club de femmes
-Délivrance des autorisation
Conseil communal
nécessaires
Commune Ouazguita Oui
-Suivi et évaluation du projet
-Conduite des marchés public et
Province Al Haouz
conclusion des contrats
-Financement du projet
INDH
-Suivi et évaluation du projet
______________________________________________________________________________________________
Le projet d’aménagement de la piste pour le désenclavement du Douar Anmer a été fait à la demande
de la commune d’Imi-N-Tlit (cf Annexe 13). Ce projet était programmé avec l’INDH, la commune et
l’Agence Nationale de Développement des Zones Oasiennes et l'Arganier (ANDZOA), mais l’INDH a
l’INDH, le projet n’a pas connu d’autres problèmes, il a été réalisé dans les délais (Tableau 24).
Tableau 24: Les partenaires et leurs engagements dans le projet d’aménagement de la piste pour le
désenclavement du Douar Anmer
Honoration
Projet/Commune/Province Partenaires Engagement
d’engagement
Aménagement de la piste -Participation financière
pour le désenclavement du -Réalisation de projet selon les normes
Douar Anmer -Délivrance des autorisation nécessaires
Conseil communal
-Suivi et évaluation du projet Oui
Commune Imi n Tlit -Conduite des marchés public et
conclusion des contrats
Province Essaouira ANDZOA -Participation financière
Le constat de la commune de Sidi Ali Labhala, confirme ce que nous avons développé concernant les
zones « cachées » au développement. La commune de Sidi Ali Labrahla (cf Annexe 14) ne dispose
pas de projet ni de plan d’action, à cause des contraintes budgétaires. Selon un entretien avec les
acteurs locaux de la commune, les compétences transférées à la commune dépassent largement ses
ressources. Personnellement, je vois ces décisions comme aléatoires, non réfléchies et complétement
au hasard […] CSAL, le 07/04/2021». Egalement, la commune ne dispose pas des infrastructures de
base comme l’éclairage publique, les routes, les écoles et les centres de santé. Il est totalement
enclavé. Selon les acteurs locaux, il faut des écoles primaires et l’aménagement d’un centre pour
attirer les investisseurs et les moyens de transports. Également, il n’y a pas de transport qui mène à
la commune de SAB, parce qu’il n’y a pas de mouvement pendulaire et la commune n’a pas de centre.
______________________________________________________________________________________________
développé, tel que les motos et les chariots, vu qu’il n’y a pas une grande distance entre les deux
commune de Benguerir, à cause de l’exode rural qui va y créer des aspects de ruralité.
Du coté des acteurs déconcentrés de l’Etat, la commune de Sidi Ali Labrahla (SAB) n’est qu’un dortoir
de la commune de Benguerir, et il est prévu dans le futur qu'elle rejoigne la commune de Benguerir
comme zone industrielle, surtout avec le projet d’AGROPOLE portée par le ministère d’intérieur, le
ministère d’agriculture et la société ONAPAR. En effet, bien que ce projet soit sur le territoire de la
commune de SAB, c’est qu’elle est à côté d’une commune très active et qui attire les investisseurs et
les projets, donc la seule solution, c’est qu’elle soit le dortoir de la commune de Benguerir. En termes
d’investissement, on ne peut pas investir là-bas, car il n’y a que des terrains agricoles. Aussi, c’est
une nouvelle commune crée en 1992 et qui n’a pas assez de poids, étant donné que dans
nature des nomades des tribus, donc même dans l’organisation de leurs douars, ils se mettent par
tribus et ils sont éparpillés en petits douars. De ce fait, on ne peut pas s’investir dans des grands
projets pour chaque petit groupe de ménage. Peut-être, il faut penser à des modèles adaptés au
territoire, comme leur fournir des moyens pour se déplacer en cas de besoins dans les grands centres,
Le projet de la maison de l’étudiante de la commune de Sidi Abdelmoumen (cf Annexe 15) était
l’initiative de la commune de Sidi Abdelmoumen pour les filles de la commune qui habitent loin et
______________________________________________________________________________________________
Le projet de protection contre les inondations est lancé à l’initiative de l’agence du bassin hydraulique
sur la base d’une demande de lutte contre les inondations que connaissait la commune de Sidi Chikr
(cf Annexe 16). La relation entre les acteurs dans ce projet est encadrée par une convention de
______________________________________________________________________________________________
Constat
Sur l’ensemble des projets choisis, nous avons constaté que les projets achevés partagent quelques
éléments caractéristiques : Quand le projet fait partie d’un projet royal ou dans le cadre d’une grande
______________________________________________________________________________________________
de conflits, mais plutôt l’existence d’une maturité politique capable de gérer ces conflits) et l’existence
d’un budget. Également, les raisons pour lesquelles les projets échouent sont presque toujours les
mêmes : il s’agit en majorité des acteurs déconcentrées (à cause du changement soudain des objectifs
stratégiques de leurs ministères de tutelle), avec des conflits politiques, le désengagement des
de proximité, car, ils sont des territoires relativement bien dotés en infrastructures de base, mais qui
et d’infrastructure de base. Ces territoires touchés par des pénuries de services d'accès à la santé, à
l’emploi, aux transports et aux services publics en général, sont par ailleurs souvent isolés et ont
Sur l’ensemble des projets choisis, nous avons constaté que les projets achevés partagent quelques
éléments caractéristiques : Quand le projet fait partie d’un projet royal ou dans le cadre d’une grande
stratégie nationale, l’existence d’un climat politique favorable (ça ne veut pas forcément dire l’absence
de conflits, mais plutôt l’existence d’une maturité politique capable de gérer ces conflits) et l’existence
d’un budget. Également, les raisons pour lesquelles les projets échouent sont presque toujours les
mêmes : il s’agit en majorité des acteurs déconcentrés (à cause du changement soudain des objectifs
stratégiques de leurs ministères de tutelle), avec des conflits politiques, le désengagement des
______________________________________________________________________________________________
développement mené doit être questionné, que ce soit du point de vue des méthodes, des approches
mobilisées ou des acteurs et des échelles d’application. Le local ne peut pas tout faire en l’état actuel,
et le central non plus. Également, une région développée ne reflète pas forcément les réalités de ses
provinces et communes (Jack et al., 2013). L’une des raisons de ces disparités entre les niveaux de
développement à l’échelle régionale et aux échelles locales, c’est que les élus, les représentants des
ministères, le gouverneur/wali, etc., pensent tous à titre individuel. Chacun d’eux pense qu’il est le
mieux placé pour trouver des solutions appropriées (souvent des solutions « miracles ») au
développement territorial. Cela se traduit par des résultats catastrophiques des modèles de
Afin de mettre en place une structure régionale ou provinciale équilibrée, les acteurs locaux doivent
prendre en considération les spécificités et les déficits de chaque territoire (Ibourk and Amaghouss
2016b) d’une part, et les « zones cachées » au développement, souvent localisées à l’échelle
communale, d’autre part. La solution aux problèmes d'inégalité de développement que tout territoire
connaît, réside dans l’échelle à laquelle est pensée le développement, l'efficacité et la capacité à créer
et réaliser des projets de territoire capables de répondre à l’ensemble des déficits locaux. Le problème
réside non seulement dans le choix des projets, plus ou moins importants, mais aussi dans la création
d’une synergie entre le potentiel territorial et ses ressources humaines (acteurs), assurant ainsi un
avec les orientations régionales et nationales. Ceci est avant tout une question de gouvernance
______________________________________________________________________________________________
1. Introduction partie 3
Dans la première partie, nous avons déterminé le contexte des aménagements institutionnels et
constitutionnels que le Maroc a connu depuis son indépendance. Également, nous avons développé
les concepts et notions qui prévalent dans la politique d’aménagement du territoire, ainsi que le
Dans la deuxième partie, nous avons également abordé la question des disparités spatiales, faisant
partie des premières causes d’adoption de la politique d’aménagement. Dans ce contexte, nous avons
jusqu’à aujourd’hui a pu générer ces fortes disparités spatiales. Ensuite, nous avons présenté les
phénomène des zones cachées au développement, en prenant l’exemple de notre zone d’étude, la
région Marrakech-Safi.
L’objectif de cette partie, est d’analyser de plus près comment les acteurs locaux décentralisent et
à travers des cas de projets regroupant un ensemble d’acteurs locaux. Nous avons fait ce choix
d’analyse, parce que nous sommes convaincus que les projets locaux représentent des scènes de
dialogue, de concertation et parfois de conflits entre les acteurs. Pour cela, nous allons présenter dans
un premier temps la nature des relations, la forme que prend la coordination et le croisement ou pas
des enjeux entre l’ensemble des échelles territoriales. Pour cela, nous allons analyser les résultats de
l’enquête menée auprès des acteurs de chaque niveau territorial. Ensuite, dans le cadre de la
gouvernance territoriale, nous allons analyser comment la population locale est impliquée dans le
processus de la prise de décision, s’il existe ou non une vraie autonomie de prise de décision locale,
______________________________________________________________________________________________
l’ensemble des résultats, nous proposons ensuite une définition de la gouvernance territoriale, en lien
des entretiens, nous a fait recourir à des logiciels d’aide à l’analyse automatique. Ils permettent de
faire de l’analyse lexicométrique ou des statistiques textuelles. « […] l’analyse lexicométrique vise à
dégager les régularités, spécificités et corrélations des formes graphiques dans un corpus […] »
(Bonnafous et Temmar, 2007, p. 13). Parmi ces logiciels, on trouve IRaMuTeQ (Ratinaud, 2012) ,
Alceste (Image, 2012a), Lexico (Lexico, 2012) et T-Lab (2019). Dans leurs analyses, ces logiciels ne
s’intéressent pas au sens des mots, mais plutôt à la structure lexicale du corpus du texte et aux mots
et groupes de mots qui composent le corpus. Selon (Bonnafous et Temmar, 2007 ; Lamalle et Salem,
2002 ; Roy et Garon, 2013), ce type d’analyse est considéré comme un moyen pertinent pour
plusieurs types de recherche tels que l’analyse de discours politique ou l’analyse de documents
d’archives.
Dans notre cas d’étude, nous avons utilisé le logiciel IRaMuTeQ149 (Version 0.7 alpha 2), T-LAB plus
2022150 et Lexico 5. Beta. Ce choix multiple de logiciel est justifié par les besoins en analyses précises
qu’un seul logiciel ne pourrait pas fournir. Par exemple, la fréquence absolue des mots dans un
discours et le rapprochement des discours selon la typologie et le niveau d’intervention des acteurs
est accessible avec Lexico 5. Beta. En revanche, c’est avec IRaMuTeQ, version 0.7 alpha 2L, que l’on
149 IRaMuTeQ signifie « Interface de R pour les Analyses Multidimensionnelles de Textes et de Questionnaires ». Il s’agit d’un logiciel libre construit
avec des logiciels libres, distribué sous les termes de la licence GNU GPL (version 2.0) et conçu à{ partir d’Alceste et de la classification hiérarchique
de données textuelles élaborée par son créateur Max Reinert (ingénieur CNRS rattaché au Laboratoire Printemps [Professions, Institutions,
Temporalités] UMR 8085, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Guyancourt). Quant à « R », il s’agit d’un langage de programmation
et d’un environnement mathématique utilisés pour le traitement de données et l'analyse statistique. Pour les informations con cernant ce logiciel, voir
: http://www.iramuteq.org/
150 T-LAB est un logiciel composé par un ensemble d'outils linguistiques, statistiques et graphiques pour l'analyse des textes qui peuvent être utilisés
dans les pratiques de recherche suivantes : Analyse du Contenu, Sentiment Analysis, Analyse Sémantique, Analyse Thématique, Text Mining,
Perceptual Mapping, Analyse du Discours, Network Text Analysis.
______________________________________________________________________________________________
formes actives et les variables, et des analyses « Classification Méthode Reinert » ou analyse de
similitude, qui est une analyse des cooccurrences présentées sous formes d’arbre de mots associés.
Avec T-LAB plus 2022, on peut réaliser un diagramme radial de la comparaison entre paires de mots-
clés. Le point commun entre ces logiciels est qu’ils proposent une analyse à partir de ce que l’on
appelle des « segments de texte ». C’est à partir de ces segments, composées d’un groupe d’environ
10 à 15 mots, que le logiciel détermine une corrélation entre les mots présents dans les textes. Ainsi,
des mots qui se trouvent dans un même segment, et ce à plusieurs reprises, ont une corrélation forte
entre eux. Le logiciel regroupe ensuite les segments de texte semblables (les plus corrélés les uns
avec les autres) sous forme de classes. Comme nous allons le voir dans les résultats d’analyse ci-
dessous, ces classes sont représentées par des mots clés (mots qui sont les plus fréquents dans les
segments), par des formes textuelles représentatives (noms, prénoms, adjectifs, etc.), ou encore par
des catégories représentatives de la classe (genre, âge, statut socioéconomique, etc.). Les logiciels
permettent, entre autres, de réaliser des analyses factorielles de correspondance (AFC) à partir de
ces éléments. Le résultat de l’AFC permet de visualiser graphiquement plusieurs éléments, comme
les unités récurrentes (par la taille du texte dans les graphiques), la proximité des termes (par la
distance entre les mots) et les différentes classes (par la couleur des mots).
Les corpus qui nous ont servis comme base d’analyses correspondent aux entretiens avec les acteurs
retranscrits fidèlement. Avant de procéder aux analyses, nous avons commencé par une préparation
et un formatage manuel du corpus, en plusieurs étapes (Figure 48). La première étape est
corpus selon les thèmes des chapitres et sections de notre thèse. La troisième étape est le formatage
(selon les règles de formatage ou balisage de chaque logiciel) des sous-corpus catégorisés et la
création de variables (dans notre cas, il s’agit des codes d’acteurs, des types d’acteurs et des échelles
L’analyse quantitative des résultats du questionnaire adressé aux acteurs a été effectuée à l’aide du
logiciel XLSTAT (licence XLSTAT BASIC+). Dans nos analyses, on s’est basé sur le tri croisé d’une
part, et d’autre part sur l’analyse en composante principale pour la visualisation des observations
(correspondant dans notre cas aux réponses des acteurs) dans un espace à deux ou trois dimensions,
afin d'identifier des groupes homogènes d'observations, ou au contraire des observations atypiques ;
la visualisation des corrélations entre les modalités des variables (correspondant dans notre cas au
codes, types et échelle d’intervention des acteurs interrogés).
______________________________________________________________________________________________
présentons, représentent le fruit d’une longue enquête effectuée auprès des acteurs au niveau
communal, provincial/préfectoral/ régional et national. Les enquêtes ont été effectuées à l’aide d’un
guide d’entretien et d’un questionnaire adressé aux acteurs. A travers l’analyse de contenue des
discours des acteurs, nous allons exposer dans ce chapitre, le profil des acteurs interrogés, la nature
de coordination entre les échelles territoriales, la relation existante entre les échelles territoriales, la
manière dont les citoyens sont impliqués dans la prise de décision, tout en expliquant les échelles de
la participation.
Nous allons présenter également, la perception par les acteurs de leur autonomie dans la prise de
décision au niveau local, les éléments influant sur la prise de décision au niveau local, la relations
entre les acteurs décentralisés et déconcentrés et nous finirons le chapitre par la présentation des
déconcentrés.
très complexe, caractérisé par une multitude de niveaux d’intervention territoriale, une multiplicité
d’acteurs qui sont censés travailler et se coordonner ensemble, et une diversité de compétences
______________________________________________________________________________________________
politiques repose sur la concertation, le dialogue, l’acceptation de la diversité des opinions, des enjeux
Dans notre zone de prospection en général (la région Marrakech-Safi) et nos 15 cas d’étude en
particulier (15 communes), nous avons effectué des entretiens (comme expliqué dans la
méthodologie) à l’échelle des différents niveaux territoriaux (du local au national), afin de comprendre
le lien, la coordination, le croisement des enjeux et les synchronisations entre l’ensemble des échelles
Les résultats de ces entretiens montrent que la perception des enjeux territoriaux diffère d’un acteur
à l’autre, selon son statut, son échelle d’intervention et son pouvoir budgétaire et décisionnel. Pour
cette raison, nous avons décidé de présenter nos interviewés selon le niveau d’intervention (national,
régional, provincial, communal) et les types d’acteurs (acteurs de l'administration centrale, acteurs
déconcentrés c'est-à-dire « l’État, les ministères, les agences » et acteurs décentralisés (élus,
directeurs généraux des services)), d’une part, et d’autre part, en affectant un code d’anonymat pour
chaque acteur (afin de respecter cet anonymat comme expliqué dans la méthodologie). Ce choix des
acteurs à interroger a été déterminé selon les projets, et par rapport aux échelles territoriales.
Nous avons interviewé 45 acteurs (hors représentants de la société civile, que nous allons présenter
par la suite). Sur le total des acteurs interviewés (Figure 49), nous avons une représentativité de 40%
au niveau communal, 35% au niveau provincial, 16% au niveau régional et 9% au niveau national.
Les interrogés appartiennent aux partis politique PJD, PI, PRNI, PAM, PUSFP, PMP, PUC, PPS, avec
une représentation diversifiée selon l’échelon territorial d’intervention. Néanmoins, la majorité des
______________________________________________________________________________________________
En ce qui concerne les profils des interviewés, nous avons une représentativité de 5% de femmes et
95% d’hommes. La moyenne d’âge des enquêtés est entre 45 et 54 ans (Figure 50).
______________________________________________________________________________________________
acteurs avec un niveau scolaire supérieur et une minorité de 30% avec un niveau scolaire variant
entre le primaire, le collège, le lycée et le niveau analphabète. Pour ces derniers, qui sont 30%, ils
D’une manière générale, on ne peut pas trancher concernant les liens existants entre les échelles
territoriales et la nature de ces relations, car, en analysant les résultats de nos entretiens avec les
C’est notamment l’analyse factorielle des correspondances (AFC) (logiciel Lexico 5) du sous-corpus
n°1151, qui montre qu’il y a une divergence des discours entre les acteurs. Néanmoins, le croisement
151
Sous-corpus 1 : Quels sont les liens, nature de relation et les synchronisations avec les autres échelles territoriales ?
______________________________________________________________________________________________
mêmes statuts et niveau d’intervention, partagent aussi les mêmes points de vue. L’AFC réalisée ici,
s’appuie sur un choix des mots les plus fréquents (par ordre lexicographique, selon le langage du
logiciel Lexico 5) utilisés par les interviewés dans la description des liens existants entre les échelles
correspondances, qui permet de mettre en évidence que chaque mot rejoint ou s’applique à un groupe
Figure 52: La coordination entre les échelles territoriales selon les types d’acteurs (sous-corpus1,
logiciel Lexico 5)
Les mots décrivant la relation entre les échelles territoriales selon les types d’acteurs et
leur échelle territoriale
Dans une seconde étape, nous avons appliqué une analyse de ventilation d’une forme du sous-corpus
numéro 1 avec le logiciel Lexico 5, pour analyser la fréquence de chaque mot dans le discours des
acteurs selon son type et son niveau d’intervention. Cette analyse porte sur les mêmes mots (sans
leurs concordance) que ceux choisis dans l’analyse précédente (complémentarité ; coordination et
conflits). Les résultats (Figure 53) confirment ceux obtenus avec l’AFC.
______________________________________________________________________________________________
Ces analyses indiquent que selon les acteurs au niveau national, la coordination avec les acteurs et
les échelles territoriales ne peut pas aboutir sans la réussite, d’abord, de la coordination interne au
sein des ministères. Selon ces acteurs, il y a une défaillance opérationnelle de coordination, résultant
déconcentré, est ce que l’ensemble des départements ministériels ou seulement un……bien que nous
fassions partie du même ministère, mais chacun travaille seul sans coordonner avec l’autre […]. C1,
le 06/07/2021 »152 . Néanmoins, en termes de coordination avec les collectivités territoriales, ils
indiquent que le Wali joue le rôle d’interlocuteur central. Cependant, cela reste insuffisant, car sur la
______________________________________________________________________________________________
collectivités territoriales comme acteurs principaux, il y en a d’autres tels que les services
déconcentrés, les agences, les administrations, les inspections, etc. Si nous prenons l’exemple du
la ville, il représente l’un des plus grands ministères, qui ont une action très forte au niveau territorial,
déconcentrées, telles que les inspections régionales au niveau des douze régions, et des structures
publiques telles que les agences urbaines. Toutefois, selon un entretien avec l’un des acteurs
principaux de ce ministère, il ressort que ces deux entités ne sont pas sous la tutelle de l’ensemble
donc pour coordonner avec ces entités il faut passer par le département. Par ailleurs, les directeurs
régionaux et provinciaux de l'habitat et de la politique de la Ville ne se coordonnent pas non plus entre
eux au niveau local, étant donné que les deux directeurs se coordonnent au niveau central, ce qui,
d’une part, rallonge excessivement les procédures administratives, et d’autre part, impacte
Au niveau régional, les acteurs décentralisés élus, considèrent que la coordination avec l’ensemble
des échelles territoriales est primordiale, surtout en ce qui concerne les échelles provinciales et
communales, puisqu’elles font partie de leur territoire. Selon ces acteurs, les relations sont de l’ordre
Néanmoins, selon l’avis des acteurs déconcentrés de l’État153 (à l’échelle régionale) cette relation est
______________________________________________________________________________________________
acteurs décentralisés élus, cette relation est limitée par le fait que chacun, à chaque niveau, se
cantonne à son domaine de compétences, sans un réel croisement des enjeux entre les échelles
aujourd’hui, la région a un rôle économique, les provinces et préfectures ont un rôle de promotion du
développement social, et les communes ont un rôle de proximité. Donc les enjeux ne coïncident pas
parce que chaque échelle a son rôle et il n’a pas le droit de piétiner les domaines des autres échelles.
». On constate ainsi que la conception de ce qu’est la coordination chez les élus montre une dichotomie
entres les échelles. Selon ces acteurs, le lien entre les échelles est déterminé par la représentativité
politique dans chaque conseil des niveaux communal, provincial ou régional. Selon eux, le choix des
projets est en effet très impacté par la politique et les conflits d’intérêts.
Les acteurs déconcentrés des ministères rejoignent les acteurs décentralisés élus dans leurs
descriptions du lien qu’ils ont avec les autres échelles territoriales. Pour eux, chaque acteur travaille
selon une approche sectorielle, en pensant à ses projets, son budget et son agenda. Pour ces acteurs,
la non-harmonisation des stratégies et des enjeux entre l’ensemble des échelles, résulte des conflits
d’intérêts entre les acteurs politiques. Néanmoins, selon les acteurs déconcentrés de l’État au niveau
provincial, la relation entre les échelles territoriales est à caractère administrative, de coordination,
La relations entre les échelles territoriales par l’analyse des champs lexicaux dominants
dans le sous-corpus 1 des entretiens
Selon la méthode Reinert, le logiciel Iramuteq permet d’identifier automatiquement sept grandes
classes représentant les champs lexicaux dominants dans le sous-corpus 1 des entretiens. Les
résultats obtenus par la méthode Reinert sont basés sur un procédé automatique qui décompose le
texte initial puis le recompose selon la répétition et la succession des mots qui le composent. Les
discours des acteurs concernant la coordination entre les échelles territoriales. La classe 1 avec 18,9%
______________________________________________________________________________________________
six autres classes, qui sont hiérarchisées en 4 sous-branches ; les classes 3 et 2 avec 27,1% des
formes, les classes 4 et 5 avec 29,8% des formes, la classe 6 avec 12,2% et la classe 7 avec 12,2%.
Cette classification à cinq branches montre l’existence de cinq mondes lexicaux différents dans les
discours des acteurs. Afin de mieux saisir comment ces cinq mondes lexicaux sont distribués, la
abscisses les valeurs du facteur 1 (représente les abscisses positives et négatives), et en ordonnées
séparées des classes 1, 2, 3, 4 et 5 (ordonnées positives). La combinaison de ces deux facteurs donne
une projection bidimensionnelle du sous-corpus permettant de distinguer quatre zones. Une zone à
abscisses négatives et ordonnées négatives, en bas à gauche, où l'on trouve la classe 6, correspondant
aux discours des acteurs au niveau national ; une zone à abscisses négatives et ordonnées positives,
en haut à gauche, où l'on trouve la classe 7, correspondant au discours des acteurs au niveau régional
; une zone à abscisses positives et ordonnées positives, en haut à droite, où se retrouvent les classes
4 et 5 qui représentent le discours des acteurs au niveau communal ; une zone à abscisses positives
et ordonnées positives, en bas à droite, où se retrouve les classes 1, 2, 3 représentant le discours des
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
des niveaux d’intervention impacte la qualité de la relation entre les échelles territoriales. En fait, plus
s’affaiblit. Ceci est d’ailleurs confirmé par l’analyse qualitative des question 30.31.32 du questionnaire
(Figure 55), qui montre que la complémentarité entre les enjeux locaux et les enjeux des autres
Figure 55 : Relation entre les enjeux locaux et les enjeux des autres échelles territoriales (questions
n° 30, 31 et 32 du questionnaire adressé aux acteurs (logiciel XLSTAT))
L’analyse de similitude, basée sur les propriétés de connectivité des mots qui compose le corpus,
prend en compte non seulement les mots les plus utilisés dans le corpus, mais également leurs
cooccurrences et proximité (Ratinaud et al., 2011). Le résultat de cette analyse se présente sous
forme d’un arbre composé de noyaux (mots centraux, d’arêtes, et de nœuds qui font les intersections
Cette analyse appliquée sur notre sous-corpus catégorisé n° 1 montre que le mot « projet » constitue
le terme central du sous-corpus et qu’il est associé à tous les autres mots (Figure 56). Cela démontre
que malgré la divergence et les désaccords entre les acteurs qui ressortent de leur description de
______________________________________________________________________________________________
Figure 56: Arborescence des liens et relation entre les échelles territoriales (Analyse de similitude
du sous-corpus n° 1 (logiciel IRaMuTeQ))
La nature des relations et la synchronisation entre les échelles territoriales ressort de façon plus
précise à travers l’analyse quantitative de la question 29 (Quels sont les liens, nature de relation et
les synchronisations avec les autres échelles territoriales ? Cf annexe 2) de notre questionnaire.
L’analyse en composante principale, sous logiciel XLSTAT, des résultats du questionnaire adressé aux
______________________________________________________________________________________________
les acteurs interviewés) et les variables actives (représentées dans notre cas par l’ensemble des
réponses formulées par les acteurs). On constate que pour une majorité des acteurs décentralisés,
leurs relations avec les autres échelles territoriales s’expriment par une relation de pouvoir et de
conflits (Figure 57). De leur côté, l’ensemble des acteurs au niveau central, ainsi qu’une partie des
acteurs déconcentrés, semblent en déconnexion totale avec les autres échelles territoriales.
Néanmoins, pour la majorité des autres acteurs déconcentrés, la relation entre les échelons
territoriaux est décrite comme une relation hiérarchique d’une part, et comme une relation
______________________________________________________________________________________________
L’ACP permet de conclure qu’il y a une déconnexion entre les échelles territoriales en général, et aussi
entre les niveaux central et régional et le niveau local. Les autorités déconcentrées, en l’occurrence
les gouverneurs au niveau provincial et les Walis au niveau régional, représentent les acteurs
principaux de la coordination. Ils ont pour mission d’assurer la coordination verticale et horizontale
entre l’ensemble des acteurs locaux. Cette coordination ne se limite pas à la juxtaposition des
politiques locales et/ou sectorielles, ce doit être une construction et une coproduction d’un compromis
au-delà des clivages, des divergences d’intérêts, des intérêts particuliers et conflictuels, pour l’intérêt
______________________________________________________________________________________________
walis et les gouverneurs ne peuvent pas assurer leur rôle de coordinateurs et aucune politique et/ou
permet de saisir leur intégration dans les différents niveaux des politiques publiques de
développement. Comme nous l’avons vu dans la première partie, plusieurs auteurs (Welch, 2002 ;
Bartle et Flinders, 2022) considèrent que la participation concrète de la population dans le processus
de prise de décision est l’un des principes phares de la bonne gouvernance territoriale. La participation
des citoyens de l’amont à l’aval des processus de prise de décision, permet de mieux répondre aux
préoccupations de la communauté. C’est dans cette idée que les lois organiques relatives aux
Cependant, la question fondamentale est de savoir s’il y a vraiment une implication citoyenne effective
Afin de mesurer cette implication des citoyens dans la prise de décision, nous avons effectué une
enquête à l’aide d’un questionnaire (Cf annexe 2) auprès d’un ensemble de représentants de la société
civile et/ou des bénéficiaires de projets dans chaque commune étudiée. Le choix des personnes à
interroger était basé sur le critère que la personne soit bénéficiaire de projet, et/ou qu’elle représente
une organisation de la société civile active dans la commune concernée. In fine, nous avons 60% de
personnes représentant les bénéficiaires des projets et 40% d’organisations de la société civile (Figure
58). 50% des enquêtés ont un niveau d’études supérieures, 30% un niveau secondaire et 20% sont
analphabètes.
______________________________________________________________________________________________
entre 36-45 ans, 30% entre 46-55 ans et 10% entre 26-35 ans (Figure 59).
communication (Figure 60). Toutefois, nous avons remarqué que la majorité des communes ne
disposent même pas de tableaux d’affichage des délibérations, encore moins de sites internet ou de
______________________________________________________________________________________________
décisions prises par les conseils municipaux. Sur un total de 15 communes étudiées, seules 6
disposent d’un site internet ou/et une page Facebook de la commune. Également, l’accessibilité des
citoyens aux documents administratifs et budgétaires autorisés par les lois organiques relatives aux
______________________________________________________________________________________________
civile d’une part et des autres acteurs décentralisés d’une autre part, à la question de l’implication
des citoyens dans la prise de décision, montre de grandes contradictions (Figure 61). Cela apparaît
à travers l’analyse factorielle des correspondances sur le sous-corpus n°2155 (permettant de distribuer
les variables « types d’acteurs » par groupe selon la proximité de leurs discours) et l’application de
l’opération « glissement de mots » (les plus fréquents dans la description de l’implication des citoyens,
par ordre lexicographique) sur la carte de cette analyse factorielle des correspondances. Il en ressort
Figure 61: Implication des citoyens selon les différents acteurs. (Analyse Factorielle des
Correspondances (AFC) du sous-corpus numéro 2 (logiciel Lexico 5))
Également, l’application de l’analyse des classes selon la méthode Reinert et l’analyse factorielle des
correspondances élargi (mots et classes) sur ce sous-corpus n° 2 permet de réaliser une classification
155
Sous-corpus 2: La collectivité dispose- t-elle d'un plan de communication ? Les citoyens sont-ils régulièrement informés de vos activités ?
Comment ?
______________________________________________________________________________________________
met en évidence 3 classes qui représentent les variables composant le sous-corpus ; acteurs de la
société civile et acteurs décentralisés élus et DGS. Cette classification à deux branches montre
l’existence de deux mondes lexicaux différents celle des acteurs de la société civile et celle des autres
acteurs décentralisés.
Figure 62: Implication des citoyens selon les discours des citoyens (Analyses des classes et analyse
factorielle des correspondances élargies du sous-corpus n°2 (logiciel IRaMuTeQ)).
Du coté des acteurs décentralisés, l’implication des citoyens est présentée comme indispensable. Ils
réclament que l’ensemble des décisions prises et projets programmés le soient sur la base d’une
consultation et d’une approche participative avec la population, par l’intermédiaire des personnes
acteur « […] Nous intégrons toujours la population dans le processus de la prise de décision. Lors de
la réalisation du PAC, nous avons effectué des réunions de concertation avec la population locale pour
connaître leurs besoins, ensuite après délibération avec le conseil, nous avons choisi les projets qui
seront programmés dans le PAC par priorité […]. CO, le 29/03/2021 ». En revanche, certains acteurs
soulèvent que la communication avec la population locale n’est pas efficace, car il n’y a pas de
______________________________________________________________________________________________
confiance en nous. Ils nous accusent de pratiquer la politique, or en réalité nous ne pratiquons pas la
politique, c’est l’État qui détermine et pratique la politique et nous ne sommes que des outils de cette
pratique, nous sommes des élus pas des politiciens […] CR, le 06/04/2021…». D’autres soulèvent que
l’implication des citoyens est complexe, à cause de faible nombre d’outils de participation citoyenne
et le manque d’accompagnement des élus dans ce volet. Selon un entretien avec un acteur « […]
Nous sommes très faibles par rapport aux outils de participation citoyenne, bien que nous ayons passé
plusieurs formations qui concernent la gouvernance participative, pour comprendre comment on peut
gérer participativement notre territoire par l’engagement efficace de nos citoyens dans les projets et
les décisions, et aussi comment répondre à leurs réclamations à travers les plateformes numériques.
En gros nous avons fait beaucoup d’efforts pour réussir ce volet […] CB, le 08/04/2021».
Les résultats quantitatifs des questionnaires viennent confirmer les discours des acteurs. En
interrogeant les acteurs décentralisés et déconcentrés sur la manière dont la population est informée
et impliquée dans la prise de décision (Figure 63), nous constatons que la majorité des acteurs
décentralisés interrogés revendiquent qu’ils optent en général pour des réunions participatives avec
la population locale comme moyen d’implication des citoyens. Néanmoins, pour les acteurs
déconcentrés et aux niveaux centraux, ils ne mettent en œuvre aucune initiative d’intégration de la
population dans le processus de prise de décision, ce qui est tout à fait normal, puisqu’ils ne sont pas
en lien direct avec la population locale à la différence des acteurs décentralisés qui sont mandatés par
la population.
______________________________________________________________________________________________
prise de décision ou à la gestion de la commune. Selon un entretien avec un acteur « […] Tout ce
qu’on sait par rapport à la commune, c’est à travers la presse, car la commune ne communique jamais
ses décisions ou l’avancement de ses projets. Certes, ils ont un site internet, mais il ne contient que
des informations très vagues […]. SC1, le 09/06/2021 ». D’autres pensent que l’intégration de la
population locale au processus de prise de décision ne changerait rien, car la prise de décision au
niveau de la commune se place au-delà du conseil communal, puisque la gestion de la commune est
une politique locale qui se décide au niveau central. Selon un entretien avec un représentant de la
société civile « […] Les grands projets de la commune sont décidés au niveau central, et le rôle du
président du conseil réside dans la gestion journalière des réseaux publics d’électricité, des déchets
et quelques infrastructures de base. Les grands projets structurants dépassent l’ambition et la façon
dont les élus pensent les territoires, car d’une manière ou d’une autre, ils cherchent qu’à s’enrichir en
______________________________________________________________________________________________
09/06/2021 ».
Certains vont encore plus loin, en évoquant que les associations présentées par les élus comme
association de la société civile, sont en réalité des associations crées dans un système orchestré
depuis l’État central, afin de détourner la démocratie participative. Ainsi dans ce système complexe,
l’élu ne représente qu’un simple maillon au niveau local. Selon un acteur « […] Aujourd’hui, les
associations ne sont plus tributaires d’une volonté d’un groupe de personnes qui veulent participer au
développement du pays. Ils sont désormais tributaires, au niveau central, d’un cadre que l’État
profond156 utilise pour gérer des affaires et des projets dans lesquels il ne veut pas assumer sa
responsabilité politique, et, au niveau local, d’un cadre que l’élu utilise pour défendre ses intérêts
personnels à travers des associations politisées. Cela a engendré un déséquilibre et une multiplication
des intérêts personnels des membres du tissu associatif, car la création de ces associations n’était
pas pour défendre une cause, mais pour faire diversion, ce qui a donné naissance aujourd’hui à la
société civile de l’État ou propre à l’État. Comme d’ailleurs les partis politiques que l’État a créés pour
défendre ses intérêts. Aujourd’hui, on ne peut plus distinguer entre les associations qui défendent des
vraies causes et les associations de la société civile de l’État qui défendent d’autres intérêts personnels
Néanmoins, une minorité des personnes interrogées reconnait qu’il y a un effort de consultation de la
faible taux de mise en œuvre des actions qui ont été planifiées, à cause du faible budget de la
commune. Selon un entretien avec un acteur de la société civile « […] La commune fait beaucoup
d’effort bien qu’elle n’ait pas assez de budget. Je pense que le niveau central doit donner plus
156C’est un terme utilisé par les militants, qui fait référence à l'idée qu'il existerait au sein d'un État, une hiérarchie parallèle ou une en tité détenant
secrètement le pouvoir décisionnel suprême sur la société et toutes les décisions.
______________________________________________________________________________________________
et les services de proximité, afin de répondre aux besoins de la population et pour limiter l’exode
Cependant, les analyses qualitatives des discours des acteurs de la société civile lors des entretiens
révèlent qu’il y a une très faible incorporation des citoyens dans le processus de prise de décisions,
Figure 64: Intérêt de la participation de la société civile au processus de prise de décision selon les
acteurs interrogés de la société civile. (question n° 20 du questionnaire adressé à la société civile
et/ou bénéficiaires des projets)
______________________________________________________________________________________________
Figure 65: Rôle des acteurs interrogés de la société civile dans la prise de décision (questions n° 9,
10, 11, 13 et 14 du questionnaire adressé à la société civile et/ou bénéficiaires des projets)
Les facteurs cités entravant cette participation (Figure 66) varient entre le manque de confiance entre
les élites politiques et la société civile, l’insuffisance de communication, l’existence d’un vide politique
entre les collectivités et la société civile, le manque d’intérêt de la part de la société civile et la
______________________________________________________________________________________________
fournissant des services plus proches des citoyens, ils doivent répondre aux exigences et aux besoins
de ces derniers. Lorsque les citoyens ont le pouvoir de contrôler les principales décisions des
et à l'évolution de la gouvernance territoriale, ils sont considérés comme des acteurs actifs et
responsables de cette gouvernance. La décentralisation est considérée comme une partie intégrante
de la démocratisation, qui passe par une division verticale du pouvoir entre les unités centrales et
locales, tout en accordant une autonomie administrative et financière aux instances locales. Ainsi,
pour avoir une bonne gestion et un climat de confiance, les citoyens doivent être considérés comme
des acteurs actifs dans la prise de décision et non comme des sujets qui choisissent simplement leurs
représentants élus.
Néanmoins, d’après les résultats de notre enquête, nous pouvons retenir qu’il y a une crise de
confiance envers les partis politiques en général, et les élites politiques en particulier. Cette crise
______________________________________________________________________________________________
sur un pied d'égalité informationnel, et d’une autre part, de la succession de scandales politiques et
de promesses non tenues. Aujourd’hui, les citoyens marocains sont convaincus que les élites politiques
n’administrent plus les décisions politiques et que ce n’est pas le gouvernement qui gouverne, que ça
soit au niveau national ou au niveau local, mais « l’Etat profond ». C’est ce sentiment qui a amené la
déception et la réticence politique des citoyens. Or, pour que les décisions aboutissent et soient
efficaces, que cela soit au niveau local ou central, il faut impliquer tous les acteurs présents sur le
territoire. Cette implication doit être cadrée par l’engagement et la mise en responsabilité de chaque
acteur. En effet, les fruits des décisions prises (tels que les projets) sans une implication et
consultation locale des acteurs, surtout les citoyens, ne parviendront jamais à aboutir totalement,
puisqu’ils ne seront pas appropriés par les citoyens, qui ne se sentiront pas concernés n’ayant pas été
intégrés et consultés. L’autre des avantages de la participation citoyenne dans la prise de décision,
c’est la mobilisation de l’intelligence collective des citoyens, qui permet d’en profiter pour le
développement territorial.
représentation des citoyens. Avant 2005, le nombre d’associations ne dépassait pas les 4 000
associations, alors qu’aujourd’hui, on en recense 220 000. Ce qui veut dire que ces dernières
décennies le taux de croissance est de 100 associations pas jour, et il a connu une forte augmentation
après la création de l’INDH en 2005 (Aabar, 2020). Derrière cette forte dynamique se cache aussi de
fausses associations, difficiles à repérer. Ces dernières peuvent être à caractère politique (association
politisée, créée en sous-main par des partis politiques), ou à caractère d’escroquerie (pour bénéficier
des aides et des financements de l’Etat et surtout des organisations internationales). Ces fausses
associations créent malheureusement également une crise de confiance entre les citoyens et le monde
associatif en général. Par ailleurs, l’inexistence d’un cadre juridique clair de ces organisations, est
l’une des causes de leur non-incorporation dans les processus de prise de décision et de gestion
locaux. En effet, sans un cadre légal, on ne peut pas les rendre responsables juridiquement.
______________________________________________________________________________________________
déconcentration en 2018, ont marqué une étape très importante en modifiant profondément les
relations entre l'État et les collectivités territoriales. Ces lois ont remplacé la tutelle de l’Etat a priori
sur les actes des collectivités territoriales, par un nouveau principe d'administration territoriale selon
lequel certaines délibérations du conseil local ne sont exécutoires qu’après visa du gouverneur de la
ses attributions, et ayant une incidence financière sur les dépenses et les recettes, notamment les
emprunts, les garanties, la fixation des tarifs des taxes, des redevances et droits divers et la cession
des biens de la commune et leur affectation. Elles concernent aussi la dénomination des places et
voies publiques lorsqu’elle constitue un hommage public ou un rappel d’un événement historique, les
conventions de coopération décentralisée et les jumelages que la commune conclut avec les
collectivités locales étrangères. Enfin les délibérations portent sur la création et les modes de gestion
des services publics communaux. Cela concerne également les services déconcentrés, qui sont censés
assurer le relais au niveau local des décisions prises par l’administration centrale, et gérer les services
de l’État au niveau local avec une certaine autonomie financière et décisionnelle. Néanmoins, la
niveau local d’une part, et dans l’incarnation d’une administration territoriale de l’État au niveau local,
avec relativement la même qualité de celle au niveau central d’une autre part. Également, elle réside
dans le degré d’autonomie de prise de décision transféré, ainsi que les moyens humains et financiers
qui l’accompagnent.
______________________________________________________________________________________________
D’après notre enquête, nous avons constaté que ce degré d’autonomie diffère selon le type d’acteurs,
nommés par le roi, ou grands ministères à caractère économique gérés par des personnalités
politiques proposées par le chef du gouvernement et nommés par le roi), et selon le type
Une analyse factorielle des correspondances du sous-corpus n°3158 permet d’identifier trois groupes
d’acteurs selon la proximité de leurs discours (c’est à dire que l’on a rapproché les acteurs qui
emploient les mêmes mots dans leurs discours sur la description de leur autonomie dans la prise de
décision) (Figure 67). Pour plus de précisions, nous avons aussi appliqué l’opération de « glissement
de mots » (avec concordance autour du mot) sur les mots les plus fréquents décrivant l’autonomie
de décision des acteurs, à savoir « autonomes » ( en concordance avec totalement), « visa » (en
157 Ce sont des ministères qui appartiennent au domaine royal et, de ce fait, c'est le Souverain lui-même qui en désigne les titulaires. La notion de «
ministère de souveraineté » est apparue avec le premier essai de formation d'un gouvernement d'alternance que le Roi Hassan II avait proposé à la
coalition politique marocaine de la Koutla après les élections de 1993. Ce choix a été justifié par la non-attribution de certains postes ministériels à
des partis politiques. Aujourd’hui, avec la nouvelle constitution, ce concept est plutôt lié à la nation. Mais, il reste fort présent dans la pratique de
classification des ministères. Ainsi, les ministères de souverainetés sont ceux des Affaires étrangères, des Habous et Affaires islamiques, de la Défense
et de l’Intérieur.
158 Sous-corpus 3 : Est-ce vous sentez que vous avez une autonomie dans la prise de décision au niveau local? Les principales décisions concernant
les projets d’aménagement de votre territoire sont-elles prise au niveau central ou local ?/ D’après vous que vous manque-t-il pour que vous puissiez
décider pour votre territoire ?/ Avez-vous déjà participé à la prise d’une décision pour la réalisation des documents d’urbanisme et/ ou de
développement tel que « SRAT, PCD, SDAU, PA… » ?
______________________________________________________________________________________________
En ce qui concerne les acteurs décentralisés, notamment les collectivités territoriales, le président du
conseil n’est pas libre dans ses décisions, car, elles sont prises à la suite des délibérations des conseils
décisions. Selon un entretien avec un acteur « […] C’est le conseil qui délibère les décisions et moi en
tant que président, j’exécute, c’est tout. Je ne décide pas tout seul, c’est le conseil communal qui
décide […] CSA, le 04/05/2021 ». Également, selon ces acteurs, la liberté de prise de décision est liée
au principe de la libre administration. Or ce qui n’est pas le cas, car le législateur marocain a seulement
remplacé la tutelle par le visa et le contrôle administratif du ministère de l'Intérieur, ce qui ne change
pas grand-chose en définitive. Selon un entretien avec un acteur « […] aujourd’hui nous avons juste
remplacé la tutelle avec le visa et le contrôle administratif, et nous avons vécu ça pendant la période
de la crise sanitaire, car d'après une circulaire du ministère de l’intérieur, monsieur le wali nous a
refusé la demande de validation d’un projet quoique nous ayons le budget et que nous en tant que
commune nous avons la personnalité morale et juridique et l'autonomie financière et nous ne devons
______________________________________________________________________________________________
contrôle […] CS2, le 09/06/2021 ». En plus, pour ces acteurs, l’État n’accorde pas sa confiance aux
élus locaux, et cela a été vigoureusement ressenti pendant la période de confinement. Selon un
entretien avec un acteur décentralisé « […] Pendant la période de confinement, nous avons ressenti
une forte présence de l’autorité locale, car ils ont bloqué toutes nous décisions et on ne pouvait rien
faire sans l’autorisation et le visa du monsieur le wali. Cela montre qu’ils n’ont pas confiance en nous
pour gérer nos affaires surtout pendant les états d’urgence comme le Covid19 […] CM le 01/07/2021».
Certains acteurs indiquent que certaines communes, surtout rurales, n’ont pas les compétences pour
gérer leurs affaires. Cependant, toujours selon ces acteurs, il ne faut pas généraliser pour toutes les
communes, et il faut adapter les lois organiques de 2015 relatives aux collectivités territoriales à
chaque territoire, puisqu’ils n’ont pas les mêmes situations et contraintes. Selon un entretien avec un
acteur « […] Il existe des communes qui n’ont pas encore les compétences surtout humaines ni les
outils pour gérer leurs affaires locales, mais il ne faut pas généraliser, car il y a aussi des communes
qui ont les compétences humaines et financières et les outils pour gérer totalement leur territoire.
Mais, malheureusement, la direction des collectivités territoriales ne fait pas cette distinction, et,
personnellement, je pense que le ministère de l'Intérieur a pris l’habitude de tout gérer et il n’arrive
pas à assimiler qu’il faut donner la liberté aux communes […] CM, le 01/07/2021».
D’autres acteurs invoquent fréquemment le manque de ressources budgétaires dans leur discours, et
que le pouvoir de décision est totalement lié au budget. Pour ces acteurs, celui qui détient le budget
possède ce pouvoir de décision, et on ne peut rien décider sans budget. Également, n’importe quelle
décision en relation avec le budget est soumise au contrôle juridique et réglementaire du gouverneur
« […] Nous sommes libres dans la gestion de nos territoires, mais toujours sous l’autorité de monsieur
le gouverneur […] CR, le. 06/04/2021 », « […] Même si le législateur m’a donné le droit d'autonomie
de gestion de ma collectivité, je ne me sens pas autonome, car je ne peux pas prendre une décision
sans l’accord du gouverneur. Dans les lois il y a l’autonomie de gestion, mais en réalité ce principe
souveraineté (qui ont une liberté de décision totale), la liberté de décision au niveau local dépend
toujours du ministère dont ils dépendent. Selon ces acteurs, ils sont juste force de proposition, mais
Par ailleurs, l’enquête a montré que certaines directions régionales des ministères travaillent toujours
sur la base de l’ancien découpage régional. L’un des acteurs déconcentrés précise « […] Nous
régional. En principe, je ne dois pas gérer la province de Safi, car dans l’ancien découpage elle
n'appartenait pas à la région Marrakech-Tensift-Al Haouz, mais dans la réalité des choses actuelles je
suis responsable sur la province de Safi qui désormais fait partie de la région Marrakech-Safi, et la
pire contradiction, c’est que le directeur provincial de la province de Safi a le même grade que moi
selon l’ancien découpage, mais actuellement je suis le seul responsable devant monsieur le wali de la
région en tant que directeur régional […] MS3, le 17/06/2021 ». Selon ces acteurs, avant la mise en
Pour les agences, les offices et les régies, bien qu’ils soient sous la tutelle de leurs ministères de
tutelle, ils ont une autonomie administrative et financière totale. En ce qui concerne les acteurs
déconcentrés de l’État (les représentants de l’autorité locale), ils sont entièrement autonomes. Selon
ces acteurs déconcentrés de l’Etat, l’autonomie absolue ne peut pas être déléguée aux élus, car les
présidents des communes n’ont pas encore le niveau intellectuel et culturel pour gérer leurs affaires
au niveau local. Ils doivent donc intervenir. Selon un acteur déconcentré de l’État « […] Les élus n’ont
pas le niveau qui leur permette de bien gérer leur territoire, étant donné que pour se présenter aux
élections, il suffit d’avoir un niveau de scolarité primaire, et je pense que cela, comme niveau, ne
suffit pas pour assurer la gestion d’un territoire. Le jour où on exigera d’avoir au moins un niveau de
baccalauréat pour se présenter aux élections, on pourra déléguer plus de pouvoir aux élus […] PE1,
le 21/05/2021 ».
______________________________________________________________________________________________
L’analyse de comparaison entre paires de mots clés avec le logiciel T-Lab, permet de comparer des
ensembles de contextes élémentaires (c’est à dire des contextes de co-occurrence selon le langage
du logiciel) dans lesquels sont présents les paires de mots-clés. En choisissant ‘décision locale’ et
‘autonomie’ comme mots-clés, nous avons constaté que l’autonomie et très liée au visa du wali et du
gouverneur, avec une similarité cosinus de 0.42 (Plus la similarité cosinus est proche de 1, plus les
deux mots sont liés), de même que pour « décision locale » avec 0.45 (Figure 68 A). Le radial
diagramme (Figure 68 B), présente les mêmes résultats, mais avec une présentation graphique sous
______________________________________________________________________________________________
Les missions en termes de prise de décision selon le type et le niveau d’intervention des
acteurs
Le tri croisé des questions 16, 17, 23 et 24 (relatives à la prise de décision) du questionnaire adressé
aux acteurs indiquent que l’autonomie dans la prise de décision diffère d’un acteur à l’autre (Figure
69). Ainsi, la mission des acteurs déconcentrés des ministères se limite à l’exécution des décisions
______________________________________________________________________________________________
concerne les élus, la décision dépend plutôt des délibérations des conseils communaux, provinciaux
ou régionaux. Néanmoins, cette décision peut être entravée, notamment par les difficultés
budgétaires (Figure 70 A), ainsi que par les relations politiques et interpersonnelles (Figure 70 B),
que ce soit entre les membres du conseil (la majorité face à l’opposition) ou entre les acteurs
______________________________________________________________________________________________
(logiciel XLSTAT) permet d’identifier les facteurs qui limitent la prise de leurs décisions (Figure 71).
Pour les acteurs déconcentrés de l’État et les agences, l’autonomie dans la prise de décision ne pose
pas de problème, ce qui semble tout à fait normal puisqu’ils sont totalement déconcentrés.
Néanmoins, pour les acteurs déconcentrés des ministères, la limite dans la prise de décision est plutôt
avec l’ensemble des acteurs, aux lacunes de potentiel humain et au manque de pouvoir budgétaire,
décentralisés, la décision est plutôt liée à l’appartenance politique dominante des membres du conseil,
des élus, qui en revendiquent plus, surtout en ce qui concerne le budget et l’importance de la voix du
président du conseil (car la voix du président n’est prépondérante qu’encas du partage égal des voix
du conseil). En effet, actuellement, les décisions sont prises par délibération de l’ensemble du conseil
(avec ses groupes d’opposition et de majorité), alors que seul le président est responsable devant la
des ministères de souveraineté et des agences) dans la prise de décision au niveau local est donc en
Les résultats de l’analyse de l’autonomie dans la prise de décision des acteurs au niveau local, nous
autonomie local dans la prise de décision. Car, la décentralisation est un moyen d'atteindre
l'optimisation du fonctionnement des services publics et/ ou une meilleure coordination des missions
En outre, la décentralisation ne correspond pas seulement à une répartition des ressources et des
responsabilités entre le niveau central et le niveau local, mais elle est avant tout une politique
délibérée qui vise à modifier et à adapter cette répartition afin d'améliorer le fonctionnement
administratif local. Cela signifie que la dimension normative de la décentralisation ne se limite pas à
la désirabilité de l'autonomie locale, mais concerne également des normes telles que l'efficacité et
l'efficience. En effet, l’autonomie dans la prise de décision et dans la capacité d’action au niveau local,
exige des acteurs leaders, responsables et capable de mettre en place et de stimuler l’économie locale,
______________________________________________________________________________________________
Également, une décision complètement autonome est une décision prise indépendamment d'autres
autorités, avec un degré substantiel de liberté et sur la propre initiative du conseil. Être responsable
exige un certain degré d'autonomie, qui constitue une garantie fondamentale pour le respect des
normes démocratiques. Le niveau d'autonomie reste l'indicateur le plus essentiel pour déterminer la
responsabilité. Néanmoins, cette autonomie est tributaire des moyens budgétaires et des
compétences transférés de l’État aux collectivités territoriales. Cependant, chaque territoire à ses
meilleur moyen d‘expression des spécificités au niveau local. En encourageant l‘autonomisation des
acteurs locaux avec le processus de prise de décision, cela permet de libérer des initiatives et
2.2.4. L’échelle de la prise de décision des projets d'aménagement des territoires locaux
D’après les acteurs interrogés, le niveau auquel est prise la décision concernant les projets
d’aménagement dans les communes, dépend de la grandeur du projet et des ressources engagées
pour le projet ou de la commune concernée. Concernant les projets propres à la collectivité, c'est-à-
dire mis en œuvre avec son propre budget, ils sont généralement décidés au niveau local, mais
toujours sous l’approbation du gouverneur ou du wali. Cependant, quand il s’agit de grands projets
dans le cadre d’un partenariat avec les acteurs déconcentrés, ils se décident au niveau central, dans
Selon l’enquête, les collectivités territoriales, notamment les communes, souffrent de problèmes
techniques, financiers et humains. Ce constat apparait également dans leurs plans d’action. En effet,
sur les nombreux projets ambitieux que regroupent les PAC, les taux de réalisation ne dépassent pas
les 40 %, à cause des ressources financières limitées, mais aussi à cause des partenaires, surtout les
représentants des ministères, qui n’ont pas les mêmes stratégies, ou plutôt leurs ministères de tutelle
au niveau central qui n’ont pas les mêmes visions et stratégies pour le niveau local. Également, la
______________________________________________________________________________________________
dits déconcentrés (mais qu’ils ne sont pas réellement), doivent toujours attendre la réponse de leurs
administrations de tutelle au niveau central avant de pouvoir agir, et cela prend beaucoup de temps.
Selon un entretien avec un acteur « […] les projets planifiés au niveau local dépassent le budget et
les moyens de la commune et les choix des projets ne sont pas basés sur un diagnostic territorial qui
détermine les besoins primaires. Aussi, la commune ajoute les partenaires sans coordonner avec eux,
ce qui fait que les services extérieurs ne respectent pas leurs engagements, car ils sont sous la tutelle
d’un ministère et généralement, les ministères au niveau central, n’ont pas les mêmes orientations
que les collectivités au niveau local […] PC1, le 03/05/2021 ». Par ailleurs, la non-transparence des
stratégies et objectifs de l’ensemble des acteurs impacte négativement la qualité et la fiabilité des
projets programmés. Selon un entretien avec un acteur « […] Pour un vrai développement territorial,
il faut que la commune soit la dernière entité qui élaborera son plan d’action, ainsi, elle sera au courant
de toutes les stratégies, que ce soient des ministères, du conseil provincial, régional et de l’INDH.
Pour qu’on puisse programmer des projets sur la base de leurs orientations avec la préparation en
avance des titres fonciers, pour gagner du temps. Mais malheureusement aujourd’hui on choisit des
Pour les communes déficitaires à faible budget (représentant la majorité des communes), elles se
limitent à des projets d’infrastructure de base, ou, dans les meilleurs des cas, à des projets en
partenariat avec l’INDH. Selon ces communes, pour avoir des partenaires, il faut avoir un grand
budget ou une bonne position géographique. Cependant, certains acteurs déclarent que l’efficacité de
l’INDH a été affaiblie depuis sa création. En effet, à la création de l’INDH, il y avait un comité par
commune qui veillait à la programmation des projets en concertation avec le président de chaque
commune, afin de répondre aux besoins des communes déficitaires. Aujourd’hui, ces comités décident
tout seuls au niveau central, sans connaitre ni consulter les collectivités territoriales. Dans ce contexte,
les marchés sont toujours confiés aux mêmes entrepreneurs, dans un cercle vicieux, ce qui est en
contradiction avec les objectifs définis au début de la création de l’INDH. Selon un entretien avec un
______________________________________________________________________________________________
l’INDH qui est désormais infecté par la corruption et les lobbyings […] CO, le 29/03/2021 ».
Afin de favoriser le développement territorial, les acteurs déconcentrés de l’État réalisent aussi des
projets locaux de développement. La planification de ces projets se fait selon plusieurs critères ; d’une
démographique est en croissance ou en décroissance (pour éviter de s’investir dans les communes où
il y a beaucoup d’émigration), et d’autre part sur le fait d’être un centre émergent ou pas. Du côté
des acteurs décentralisés, ces projets sont classés comme des projets de l’État central, représentant
des opportunités qu’il faut accepter. Selon des entretiens « […] Dans le cadre des politiques de l’État,
il y a des projets qui parviennent du haut (ministère de l’intérieur) sur lesquels nous n'avons aucun
contrôle et aucune décision à prendre. Dans le cas de ces projets nous sommes censés les programmer
dans l’une de nos séances de délibération […] CR, le 06/04/2021 », « […] Parfois, il y a des projets
qui se réalisent sur le territoire de ma commune sans me consulter, surtout de la part des
représentants des ministères. C’est vrai que c’est bénéfique pour le territoire, mais je pense que ça
sera plus bénéfique et plus utile s’ils nous consultent avant la réalisation et la programmation de ces
Au niveau local, la prise de décision des projets nécessite un processus déconcentré et décentralisé.
Or, selon notre enquête, ce processus de prise de décision est au contraire décentralisé et concentré
dans les communes de la région Marrakech-Safi, et la charte de déconcentration n’est pas mise en
œuvre jusqu’à présent. Les ministères gardent toujours leurs attributions, car ils n’ont pas encore une
vision claire des délégations. Cela influence négativement le processus décisionnel au niveau local et
ralentit l’exécution des projets. En effet, lors de l’élaboration des documents stratégiques des
collectivités territoriales, elles doivent à chaque fois négocier avec les services extérieurs
Certains acteurs interrogés pensent que le processus de prise de décision est toujours centralisé et
concentré. Bien qu’elles aient une certaine liberté de prise de décision, les collectivités ont toujours
______________________________________________________________________________________________
l’accord de leurs ministères de tutelle. Selon ces acteurs, cette concentration et centralisation
résultent du vide politique et de l’incompétence des partis politiques. Également, d’autres acteurs
situation budgétaire. Si l’acteur a un pouvoir budgétaire, c’est lui qui mène la décision. Mais si l’acteur
n’a pas de budget, il sera dans l’obligation d’obéir aux décisions […]CR, le 06/04/2021 ».
centralisé, car, d’une part, il y a un grand décalage entre la théorie et la pratique des lois et politiques,
et d’autre part, les collectivités territoriales sont très liées au ministère de l'Intérieur. « […] Pour avoir
une vraie décentralisation, il faut créer un ministère des collectivités territoriales indépendant du
local
Malgré les contraintes et critères que nous avons mentionnés précédemment, l’analyse par tri à plat
sous XLSAT de la question n° 22 du questionnaire adressé aux acteurs (Figure 72) montre que les
principales décisions concernant les projets d’aménagement du territoire au niveau local sont prises
en majorité (43%) au niveau communal. Cependant viennent ensuite, à un niveau proche, l’échelle
nationale et régionale, et, en dernier lieu, l’échelle provinciale / préfectorale. Ceci confirme ce que
______________________________________________________________________________________________
(logiciel XLSTAT) concernant la gestion des projets au niveau local (Figure 73), montre qu’une
majorité de (47%) d’acteurs déclarent avoir étaient concernés par chaque prise de décision (puisque
pour implanter le projet, il faut passer par la collectivité territoriale concernée pour demander le titre
foncier). Néanmoins, 40% des enquêtés (acteurs décentralisés en majorité) ont regretté que les
décisions en termes de gestion des projets locaux soient à caractère top down (sous forme de projets
______________________________________________________________________________________________
La multiplicité d’acteurs dans la prise de décisions créés des divergences de logiques et d'intérêts et
rend complexe le processus décisionnel au niveau des projets d’aménagement des territoires locaux.
38% des acteurs interrogés insistent sur ce sujet (Figure 74), avec une majorité des acteurs de
l’administration centrale. Également, 29% des acteurs (en majorité des acteurs décentralisés)
indiquent que cette multiplicité d’acteurs favorise les conflits. Enfin, 20% des acteurs considèrent que
cela a un impact sur la coordination entre les acteurs et sur le processus de prise de décision au
______________________________________________________________________________________________
L’échelle et l’autonomie dans la prise de décision au niveau local, que ce soit dans le cadre des projets
relation avec le cadre juridique. Les conditions de prise de décision sont basées sur le niveau
selon les caractéristiques des acteurs concernés par la prise de décision. Les facteurs les plus
importants influant dans la prise de décision sont la disponibilité de l’information et des ressources
budgétaires, la motivation ou l’intérêt des acteurs, la confiance entre les acteurs, le leadership
(Figure 75).
______________________________________________________________________________________________
sectorielle sur les territoires, mais plutôt en étroite synergie avec ce contexte territorial. En effet, le
degré d'intégration des projets dans leur contexte impacte leur gestion et leur succès. En outre, il y
a davantage de chances que la planification et l'exécution d'un projet se déroulent sans difficulté et
efficacement, lorsque l'objectif du projet et les mesures employées sont alignées sur les idées, les
structures et les contextes locaux du territoire concerné. Plus les projets sont innovants, complexes
et territorialement ciblés, plus l'autonomie revendiquée dans la prise de décision est pertinente (Figure
76).
______________________________________________________________________________________________
indépendamment des autres autorités, avec une grande liberté d'action et sur la base d'une
délibération. Certes, on peut argumenter qu’une indépendance absolue dans la prise de décision, que
cela soit au niveau local ou central, est un principe qui va à l'encontre de la démocratie. En effet, une
décision démocratique est avant tout une décision collective exprimée par l’ensemble des acteurs
concernés et dans l'intérêt général. Or, dans le contexte marocain, la notion d’intérêt général n’a pas
encore trouvé sa place, car les facteurs sociaux, politiques et idéologiques interviennent très
Une vraie décentralisation et déconcentration ne doit pas se contenter d’être dans les textes, réformes
et lois, mais doit s’exercer concrètement sur le terrain. Or, notre enquête a montré que « tout le
politique, correspond en revanche en fait à la réussite des intérêts et stratégies des autres acteurs,
dont les intérêts propres ne coïncident pas avec ceux du porteur de projet, stratégie ou politique.
Également, l’échec provient de la distance entre les discours et les pratiques d’une part, et d’autre
part du manque de crédibilité des acteurs qui ont souvent laissés passer des projets qu’ils savent non
réalisables à l’avance. Ce constat d’échec s’explique par les mentalités qui ne sont pas encore prêtes
au changement institutionnel actuel, et à cause des acteurs qui refusent de renoncer à leurs pouvoirs.
Pour répondre à ces enjeux, il faut donc une nouvelle vague de décentralisation et de déconcentration,
avec un encouragement du haut vers le bas pour un véritable changement des mentalités et
permettant aux citoyens d’être réellement des acteurs des territoires. D’après notre enquête, la
Depuis une soixantaine d’année, la décentralisation constitue un processus continu au Maroc. Suivie
périmètre des transferts de compétences et pouvoirs diffère d’un acteur à l’autre au sein d’un
écosystème territorial qui est caractérisé par un rapport de force et une interdépendance entre trois
catégories d’acteurs : les acteurs décentralisés, notamment les élus locaux qui jouent un rôle principal
; les acteurs déconcentrés des ministères ; les acteurs déconcentrés de l’État qui arbitrent et assurent
______________________________________________________________________________________________
L’analyse de Modélisation des Thèmes Émergents du sous-corpus numéro 5159 (avec le logiciel T-Lab
plus), permet de repérer, examiner et modeler les thèmes principaux qui émergent du corpus à
travers le choix d’un nombre restreint et significatif de thèmes (lors de la configuration des options
de l’analyse, le nombre minimum de thèmes recommandé est 10160). Les thèmes émergents fournie
produits, sont formés par un ensemble de contextes élémentaires (phrases, paragraphes, fragments
de texte) caractérisés par les mêmes groupes de mots-clés. Les résultats de cette analyse se
présentent sous forme d’un tableau avec les associations les plus fortes ou/et les plus faibles entre la
paire de mots dans chaque thème et un arbre qui contient la liste des mots qui caractérisent chaque
thème.
159 Sous-corpus 5 : Pouvez-vous me parler des dispositifs existants par rapport aux politiques de décentralisation et de déconcentration ?/ Quelle est
la genèse et le facteur déclenchant de ces dispositifs ?/ Quel est l’objectif principal de ces dispositifs ?/ Comment juger vous la trajectoire de ces
orientations depuis l’indépendance jusqu’à nos jours ?
160 Il convient de noter que plus ce nombre sera élevé plus cohérentes seront les relations de co-occurrence dans chaque thème ; en outre, si nécessaire,
certains thèmes - par exemple, ceux qui sont redondants ou difficiles à interpréter - peuvent être éliminés plus tard
______________________________________________________________________________________________
principaux thèmes émergents (Figure 77). L’analyse de la liste des mots qui caractérisent chaque
thème, montre que le mot « budget » est omniprésent dans l’ensemble des thèmes. Également,
l’analyse de l’association de mots en utilisant le coefficient du cosinus 161, montre que la valeur la plus
forte est celle qui existe entre la paire de mots (Budgétaire / Application) avec un coefficient de 0.81.
comprendre ces résultats. Suivant certains acteurs interrogés, notamment ceux décentralisés au
niveau régional, les nouvelles lois organiques ont renforcé les compétences et les moyens budgétaires
de la région, et elles ont apporté plusieurs nouveaux outils de gouvernance pour la mise en œuvre du
processus de régionalisation avancée. Pour eux, les lois organiques ont aussi grandement participé à
la réduction des inégalités spatiales. En effet, aujourd’hui, la région consacre 40% de son budget au
programme de réduction des disparités territoriales et sociales (PRDTS), sachant que cela représente
3 fois le budget global de la région avant l’adoption de ces nouvelles lois organiques. Cela montre le
grand effort que l’État a fait en la matière ces dernières décennies. Certes, les acteurs décentralisés
au niveau communal et provincial affirment pour leur part, que le budget est avant tout consacré pour
la région dans le cadre des nouvelles lois organiques, pour couvrir l’ensemble de ses besoins. Or,
selon ces acteurs, la répartition de ce budget n’est pas équitable sur les territoires de la région, à
cause de l’absence de contrôle, de la non-gouvernance (ou ingouvernance, lorsque les actions sont
aléatoires, sans suivre un processus ni être encadrées par des règles ou lois), du clientélisme, du
népotisme et des conflits politiques. Selon un acteur « […] dans la répartition des projets, le président
du conseil régional favorise toujours les territoires où il y a ses alliés politiques et les territoires des
membres du conseil régional, pour qu’ils votent pour lui pendant les délibérations […] PE3, le
23/05/2021 ». Aussi, « […] On rencontre plusieurs contraintes, telles que la pression politique et
Le coefficient du cosinus est calculé en vérifiant les cooccurrences de chaque paire de mots à l’intérieur des segments de texte
161
______________________________________________________________________________________________
ne peut pas dire que ces nouvelles politiques ont diminué les disparités territoriales tant que nous
n’avons pas une conscience des principes de développement territorial et de l’intérêt général […] CE,
le 24/05/2021 ».
Pour certains acteurs (toujours décentralisés), il n’y a pas de grande différence entre la centralisation
et la décentralisation actuelle, car, il n’y a pas d’interaction ni de synergie entre les acteurs, et aussi
à cause des conflits politiques et de la longueur des procédures. Également, selon ces acteurs, malgré
l’évolution des lois relatives aux collectivités territoriales, le ministère de l'Intérieur garde toujours
son pouvoir et ses décisions dépassent la loi. Selon un entretien « […] Peut-être qu’aujourd’hui on ne
parle plus de la tutelle, mais nous sommes toujours sous la domination des autorités locales et du
ministère de l’intérieur […] PE5, le 22/05/2021 ». Pour ces acteurs, il faut appliquer la loi et séparer
D’autres acteurs relèvent la question des découpages communaux, indiquant que l’une des raisons
de la situation déficitaire sur le plan budgétaire de leurs communes résulte du nouveau découpage de
2015, qui s’est traduit par la dépossession d’une partie très importante de leur territoire, où ils avaient
Certains acteurs vont encore plus loin, déplorant que s’il y a des lois, ce n’est pas le cas des ressources
humaines nécessaires. Ils précisent également qu’il existe un déphasage entre la théorie et la
pratique, qui est due aux déficits budgétaires, au manque de coordination, que ce soit horizontalement
ou verticalement, et au grand décalage entre l’adoption des lois et la publication des décrets
d’application. Selon ces acteurs, le problème central est celui des mentalités et de la citoyenneté. En
effet, sans un changement de mentalités des élus mais aussi des électeurs et un renforcement de la
Pour les acteurs déconcentrés, ces nouveaux dispositifs, notamment ceux de la déconcentration, sont
très mal fait, car il n’y a pas de stratégie claire pour leur application au niveau local. Pour ces acteurs,
______________________________________________________________________________________________
toujours vécu dans la capitale refusent de se laisser déconcentrer dans de petits territoires, sachant
qu’ils n’auront pas le même pouvoir. Selon un entretien « […] Comment un directeur qui a travaillé
toujours à Rabat là où il y a tous les services de proximité et les meilleures écoles, etc., va accepter
de venir représenter son ministère dans une petite province sans pouvoir décisionnel ni budgétaire.
Il faut faire des sacrifices pour laisser son poste à Rabat et venir travailler à une échelle provinciale
Autant les acteurs se rejoignent pour dire qu’au niveau théorique des lois et des stratégies de
développement, le Maroc est sur la bonne voie, autant ils déplorent un retard au niveau pratique, à
peuvent mettre en place les grandes visions et stratégies de l’État. Les lois sont là, mais pas les
mentalités qui vont avec ces lois, et il n’est pas possible de changer les mentalités par des décrets.
Toutefois, actuellement, les meilleures compétences, qui ont étudiées à l’étranger (même si le risque
est alors qu’ils appliquent des modèles occidentaux qui n’ont rien avoir avec le contexte marocain) et
dans les meilleures écoles, et les élites politiques de qualité, sont tous concentrés au niveau de la
capitale du Maroc. Or, au niveau local, les acteurs locaux, notamment décentralisés, n’ont pas les
mêmes compétences, et ne sont pas du même niveau que ceux exerçant au niveau central.
pas une stratégie claire pour leur application au niveau local, et car il y a une grande disparité des
Selon les résultats du tri croisé (sous XLSTAT) des questions 13, 14 et 15 du questionnaire adressé
aux acteurs, la majorité des acteurs interrogés affirment l’utilité des nouveaux dispositifs adoptés par
le Maroc. Ils sont également finalement une majorité à penser qu’ils fonctionnent bien (Figure 78).
______________________________________________________________________________________________
adressé aux acteurs (Figure 79), 53% des acteurs interrogés affirment que les nouvelles réformes,
depuis la régionalisation jusqu’à la charte de déconcentration, ont réduit les inégalités territoriales
existantes. 47% des acteurs interrogés pensent que l’échec de ces dispositifs résulte du décalage
entre la théorie et la mise en pratique des lois, l’analphabétisme et l’absence de capacités chez les
élites politiques (élus), le besoin de plus de temps, l’inadaptation des lois au monde rural, l’exclusion
des communes déficitaires des grandes stratégies de développement, les conflits politiques, le
______________________________________________________________________________________________
faibles compétences et capacités des élus à coopérer. Pour eux, la majorité des élus locaux manquent
si certains élus (qui restent cependant une minorité) arrivent à mener leur commune vers le
d’initiative et leur leadership politique, ce sont des qualités qui font défaut à la majorité des
responsables des collectivités territoriales. Selon un acteur, « […] le développement est une question
de compétence de l’élu, non pas de budget. Il y a des élus qui investissent avec un petit budget dans
plusieurs petits projets et ils vont chercher les partenaires au niveau national et international et les
organisations d’aide au financement. D’ailleurs, c’est ce type d’élus dont le Maroc a besoin, étant
donné qu’il ne faut pas croiser les bras et attendre que la solution vienne d’ailleurs, car la créativité
______________________________________________________________________________________________
scolaire supérieur, avec des compétences approfondies en termes de gestion et de planification. Ceci,
génère des disparités de compétences entre les deux types d’acteurs. En plus des défaillances de la
politique de déconcentration, ces disparités entre les acteurs déconcentrés et décentralisés entravent
la mise en œuvre du processus de développement territorial. L’inaptitude des élus résulte tout d’abord
des difficultés à s’approprier les nouveaux outils de gestion territoriale, notamment le diagnostic
partenariat, le marketing territorial…etc. D’autre part, cette incapacité est liée au nombre insuffisant
de fonctionnaires qualifiés et de cadres supérieurs en mesure d’assister les élus dans l’exécution de
leurs missions. Selon un entretien « […] Les compétences, elles sont concentrées dans les
administrations des services de l’État, que ça soit au niveau central ou local. Les communes durant
dues à un manque d'attractivité des rémunérations et des conditions de travail […] PY2, le
03/05/2021».
En termes de relations administratives entre les acteurs décentralisés et déconcentrés, nous avons
aussi constaté l’existence d’une difficulté à dimension juridique. Chaque acteur a une loi ou un Dahir
ou une Charte qui encadre son administration. Cependant, ces différentes lois ou réglementations
sont parfois contradictoires, créant des conflits ou des blocages lorsqu’elles sont appliquées en même
temps pas ces administrations. Selon un acteur « […] dans le cadre d’un projet, chaque administration
doit appliquer la loi qui encadre son domaine tout en étant d’accord et en harmonie avec les autres
acteurs, ce qui n'est pas réalisable et quasiment impossible, car les grandes contradictions entre ces
Un autre élément problématique est lié aux relations interpersonnelles. Selon un entretien « […] les
relations administratives se basent sur les écrits, sous couvert de la hiérarchie, ce qui prend beaucoup
beaucoup de temps, car on peut demander des infos ou des avis juste par téléphone, sans passer par
______________________________________________________________________________________________
positif ou négatif, est le plus important dans la gestion d’une administration, car s’il est positif, ça
nous fera gagner beaucoup de temps et ça va nous permettre d’avancer. Mais s’il est négatif, même
si on applique la loi, on aura toujours des blocages et on n’ira jamais jusqu’au bout que ça soit dans
Le rôle de l’élu d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier. Auparavant, l’image traditionnelle de l’élu s’est
forgée sur son rôle pour satisfaire les besoins quotidiens de ses électeurs, et d’intermédiaire entre
l’administration centrale et la population locale, et parfois d’arbitre intervenant dans les conflits
locaux. C’était une mission accordée aux notables locaux et qui ne demandait pas beaucoup de
compétences. Sa relation avec ses électeurs était basée sur la confiance à caractère héréditaire de
père en fils. Cependant, avec l’arrivée de la régionalisation et la décentralisation, le rôle de l’élu s’est
transformé d’un simple intermédiaire à celui d’un acteur décentralisé, responsable protagoniste et
responsabilités et compétences transférées de l’État, pour lesquelles l’élu est désormais censé
acquérir non seulement les qualités d’un politicien chevronné, mais également celles de leader, de
développement des collectivités territoriales est plus que jamais confronté à la qualité des acteurs
chargés de penser, mener et gérer les projets de développement. Or, bien qu’il existe des dispositifs
incompétente. En effet, l’illettrisme, sinon l’analphabétisme de la grande majorité des élus (le Code
électoral n’impose aucun niveau d’éducation aux candidats aux élections communales162), se traduit
par l’incapacité de ces derniers à assurer leur mission. On observe souvent sur le terrain un déphasage
avec les lois organiques des collectivités territoriales, puisqu’on trouve des élus illettrés détenteurs
162
Dahir n° 1-08-150 du 2 moharrem 1430, portant promulgation de la loi n° 36-08 modifiant et complétant la loi n° 9-97 formant code électoral,
Bulletin Officiel n° 5696.
______________________________________________________________________________________________
lois) et à la faible citoyenneté, est à relier à l’absence d’une doctrine politique et d’un programme et
de stratégies bien définis dans les partis politiques en amont et chez les élus en aval. Dès lors, sans
imposer un système de contrôle et de redevabilité, les reformes et dispositifs, malgré leur pertinence,
la prise de décisions créée des divergences de logiques et d'intérêts multiple et rend complexe le
provincial et les Walis au niveau régional, représentent les acteurs principaux de la coordination. Ils
ont pour mission d’assurer la coordination verticale et horizontale entre l’ensemble des acteurs locaux.
Cette coordination ne se limite pas à la juxtaposition des politiques locales et/ou sectorielles, elle doit
être une construction et une coproduction d’un compromis au-delà des clivages, des divergences
Nous avons retenu également, que contrairement aux acteurs décentralisés élus, l’ensemble des
acteurs déconcentrés ont un niveau scolaire supérieur, avec des compétences approfondies en termes
de gestion et de planification. Ceci, génère des disparités de compétences entre les deux types
d’acteurs. Or, aujourd’hui le développement des collectivités territoriales est plus que jamais confronté
à la qualité des acteurs chargés de penser, mener et gérer les projets de développement
Ceci donne le caractère urgent de la nécessité de mettre en place des outils de coordination efficace,
une volonté d’engagement citoyen, une réelle autonomie locale et un renforcement des compétences
des acteurs. Pour qu’ils soient efficace, ces éléments doivent être construits selon le contexte
______________________________________________________________________________________________
territoriale. Les acteurs identifiés dans cette analyse sont, l’autorité locale, les élus, l’État, la société
civile et le secteur privé. Chacun de ces acteurs à un rôle à jouer dans le processus de gouvernance
territoriale.
Ensuite, nous avons analysé la nature des relations entre les acteurs des projets locaux, à travers
l’analyse des facteurs de réussite et d’échec des projets locaux, les causes de la complexité de la
d’acteurs. A la fin du chapitre, nous avons proposé une méthode de calcul de l’indice de gouvernance
territoriale, en donnant comme exemple d’application les communes sur lesquelles nous avons
travaillé.
De l’avis de la grande majorité des acteurs interrogés, le rôle de l’État, de l’élu et de l’autorité locale
______________________________________________________________________________________________
L’autorité locale, composée des acteurs déconcentrés de l’Etat, comme le Wali et le Gouverneur, c’est
la locomotive de la gouvernance territoriale, car c’est à ce niveau de pouvoir que se fait la coordination
entre les acteurs. Elle joue un rôle de facilitateur. Selon les acteurs interrogés, le rôle de l’autorité
et la répartition du budget. Le gouverneur (au niveau provincial) intervient toujours pour résoudre les
conflits et les problèmes entre les acteurs. L’autorité locale est un partenaire de la mise en œuvre des
l’autorité locale au niveau régional, joue également un rôle très important par la présidence des
commissions régionales chargées du suivi et de la mise en œuvre des projets. Néanmoins, selon les
acteurs décentralisés, la présence accrue de ces autorités (acteurs déconcentrés de l’Etat) limite
______________________________________________________________________________________________
Les élus sont également des partenaires majeurs de la réussite de la gouvernance territoriale. Ils
doivent jouer un rôle capital comme promoteurs et défenseurs de la voie démocratique du Maroc,
pour trouver des solutions et répondre aux besoins de la population qu’ils représentent.
Pourtant, selon les acteurs déconcentrés de l’état, les élus ne jouent pas ce rôle, car ils ne sont pas
compétents et ils n’ont pas un niveau d’éducation suffisamment élevé pour permettre de penser le
développement territorial. Selon ces acteurs, la gouvernance territoriale est un concept majeur qui
demande de vraies compétences, pas des gens qui n’arrivent même pas à faire la différence entre
Le rôle de l’État est d'exercer la souveraineté et de légiférer. Également, selon les acteurs interrogés,
c’est lui qui maintient l’équilibre, la sécurité, mais également qui raisonne et responsabilise les élus
politiques et ceux qui enfreignent la loi. C’est l'État qui définit les stratégies, les politiques et les
orientations globales. La majorité des acteurs interrogés, résument l’État au ministère de l'intérieur,
représenté au niveau local par les autorités locales, en l’occurrence le wali et le gouverneur.
La société civile joue un grand rôle sur les territoires et qui est renforcé par la régionalisation avancée.
Aujourd’hui, les collectivités ont l’obligation d’impliquer la société civile dans l’élaboration des
documents stratégiques de développement. Elle est représentée aujourd’hui par des instances
consultatives dans les conseils communaux, provinciaux et régionaux. De l’avis des acteurs interrogés,
le rôle de la société civile peut être parfois négatif quand il est politisé, et d’autres fois positive quand
______________________________________________________________________________________________
développement.
Cependant, certains acteurs pensent qu’il n’y a pas vraiment une société civile au Maroc. Pour eux,
parmi toutes les associations du Maroc, seules 2 % représentent réellement la société civile, les
autres, n’étant que des imposteurs et de fausses associations opportunistes qui cherchent à bénéficier
des aides. Il n’y a pas un cadre juridique qui protège de ce genre d’imposteur, ce qui affaiblit la société
civile au Maroc.
Le rôle du secteur privé est d’animer et de créer des dynamiques territoriales. C’est la pièce maîtresse
du développement économique par la création d’emplois et de richesses. Selon les acteurs interrogés,
le secteur privé joue un rôle dans le renforcement de la gouvernance territoriale car il propose des
services aux citoyens. Également, la gestion déléguée est faite avec le secteur privé que l’on peut
L’analyse de la nature des relations entre les acteurs des projets locaux nous a permis de comprendre
______________________________________________________________________________________________
processus complexe nécessitant un écosystème favorable. Ce n’est pas l’affaire d’un seul acteur ou
d’un simple dispositif juridique, car cela dépend de tout un système territorial complexe, où, parfois
simple application de la loi peut être la source de conflits et du blocage des projets, car, au Maroc, il
y a un grand décalage entre les lois et les réalités locales et des contradictions fréquentes entre les
lois sectorielles.
Par l’analyse de différents projets sur les territoires de la région Marrakech-Safi, nous avons constaté
que la relation entre les acteurs et la qualité de la gouvernance territoriale, ne dépendent pas du type
des projets, ils partagent tous les mêmes problématiques et contraintes liées au manque de
coordination et de communication entre les acteurs concernés par ces projets, aux conflits politiques
______________________________________________________________________________________________
Figure 82: Etat d’avancement des projets selon les caractéristiques des communes
Une communication efficace entre les acteurs locaux est en effet vitale dans un projet, car elle permet
de fournir à tous les acteurs les informations pertinentes en temps voulu pour une action efficace et
communication peut aussi conduire à des conflits dans la gestion du projet et donc à son échec
éventuel.
D’autre part, le diagnostic territorial est un élément indispensable de l’avant-projet, notamment pour
le choix des projets locaux. L’absence de ce diagnostic territorial préalable, ou de mauvaise qualité
car non basé sur les réalités locales et les besoins des citoyens, est l'un des problèmes les plus
courants expliquant l'échec ou le blocage d'un projet ou des plans d’action. Par ailleurs, si les résultats
attendus et la manière dont ils seront atteints ne sont pas clairement définis à l’avance, les projets
______________________________________________________________________________________________
demande d’avis. Elle doit amener l’engagement, la participation et l’implication des citoyens dans une
logique de construction collective d’un système d’action territoriale. Cependant, malgré les bienfaits
de cette participation, et bien qu’elle génère aussi parfois quelques effets pervers, elle ne peut être
imposée aux acteurs. Il faut non seulement qu’elle soit rendue possible, avec de bonnes intentions,
mais aussi qu’elle soit voulue. Pour cela, il faut aussi que les individus soient suffisamment informés,
notamment du contexte général dans lequel elle est proposée. Également, il n’y a pas de participation
sans responsabilisation, car la responsabilité n’est ressentie qu’à partir du moment où l’on peut
mesurer et assumer les conséquences de la décision prise. Or, cette condition dépend du niveau
Également, une convention de partenariat entre les acteurs d’un projet ne garantit pas sa réussite, ni
l’engagement des acteurs. Bien que la signature de la convention nécessite l’engagement des
partenaires, elle ne sert à rien si des conflits politiques interviennent et si les acteurs déconcentrés
des ministères n’ont pas un pouvoir budgétaire et de décision, car ces éléments de blocage dépassent
______________________________________________________________________________________________
entre les acteurs (horizontalement et verticalement), et dans un cadre de subsidiarité. Elle est orientée
vers un objectif de développement territorial défini en commun à différentes échelles spatiales afin
coordination horizontale et verticale entre les échelles territoriales et de celle des différentes politiques
sectorielles.
Le tri croisé sous XLSTAT des questions 43, 44, 42, 47, 48, 49 et 50 du questionnaire adressé aux
acteurs montre que la majorité des acteurs interrogés pensent que la gouvernance territoriale
représente un défi complexe lié avant tout à des facteurs financiers, au manque de communication,
aux divergences des intérêts personnels et aux conflits politiques (Figure 85C). Également, ce
processus est tributaire des relations interpersonnelles entre les acteurs et dépend de leur implication
______________________________________________________________________________________________
Figure 85: Causes de la complexité de la gouvernance territoriale selon les dires d’acteurs
Dans la pratique, la gouvernance territoriale, c’est d’abord la programmation des projets, mobilisant
de multiples outils et compétences. Une bonne gouvernance territoriale de projet implique l’évaluation
de tous les risques territoriaux possibles à éviter, depuis la programmation du projet jusqu’à sa
finalisation. Le choix du projet, sa faisabilité et les conditions de sa mise en œuvre sont définis par la
Les relations interpersonnelles et politiques sont omniprésentes et font partie de la logique de la bonne
gouvernance territoriale de projet, et il ne faut pas nier leur impact. Il faut faire en sorte que ces
entre les acteurs dans la réussite de la gouvernance territoriale de projet. Également, le nombre
d’acteurs impliqués impacte la qualité de la décision prise, car leur multiplicité complique le processus.
Selon ces acteurs, pour qu’on puisse parler d’une vraie gouvernance territoriale de projet, il faut
responsabiliser toutes les parties prenantes qui participent à la prise de décisions. Sa réussite est
compliquée, les collectivités territoriales faisant face à de multiples enjeux et limites. L’élu préfère
alors parfois fuir sa responsabilité, car la décision ne dépend pas seulement de lui, mais de toute une
chaîne de personnes (dans les conseils) parfois malhonnêtes. Selon ces acteurs, il faut responsabiliser
chacun selon sa compétence, incluant aussi les bureaux d’études. La réussite de la gouvernance
territoriale de projet ne dépend pas seulement du conseil communal, mais des relations de
complémentarité entre l’ensemble des acteurs partenaires des projets. C’est un puzzle composé de
tous les acteurs locaux. Or, actuellement par exemple, les acteurs déconcentrés dépendent toujours
de leurs ministères au niveau central, générant un hiatus dans le puzzle et dans le processus de
Certains acteurs interrogés estiment aussi que la bonne gouvernance territoriale de projet est
étroitement liée à l’application et le respect de la loi. Sa réussite dépend aussi des réalités du terrain
l’application des lois trouve ses limites face aux spécificités territoriales. Selon un acteur « […] La
gouvernance pour moi, c’est la gestion et l’adaptation des lois aux spécificités territoriales. Si on prend
comme exemple les lois de construction, on ne peut pas les appliquer à tous les contextes, surtout
dans les milieux ruraux. Aussi pourquoi il y a l’agence urbaine, mais pas l’agence rurale ? Pour moi,
l’agence urbaine ne peut pas répondre aux besoins du monde rural […] CO, le 29/03/2021 ». La
dimension théorique des textes réglementaires du Maroc, ne coïncide pas avec les réalités sur le
terrain.
Les lois ne peuvent pas changer les mentalités. Quand les conflits politiques et idéologiques entrent
en jeu, la gouvernance territoriale perd sa valeur et on ne peut plus gouverner. Selon notre enquête,
______________________________________________________________________________________________
territorial, de la sorte que certains auteurs, notamment au niveau régional et provincial crée des faux
besoins dans les communes gérés par les membres de leurs alliées politique. Pour réussir la
gouvernance territoriale, il faut responsabiliser et mettre en avant l’intérêt du territoire avant les
intérêts personnels et politiques. Cette réussite dépend de deux institutions très essentielles, d’une
part, de l’institution du Wali au niveau de la région, et d’autre part, de celle du gouverneur au niveau
de la province. Les lois organiques actuelles donnent un rôle très important à ces deux institutions,
celui de la coordination entre les différents acteurs. Elles représentent les animateurs locaux du
cette condition du rôle du Wali et du Gouverneur, mais aussi du niveau culturel et intellectuel des
élus. Pour cela, les partis politiques doivent assurer l’encadrement et la formation des élites politiques.
Pour faire face à ce décalage entre l’administration et l’appareil élu, lié à des différences culturelles et
du niveau d’étude, il faut mettre, selon les acteurs interrogés des conditions strictes pour se présenter
aux élections. Selon un acteur « […] Il n’y a pas de place à la démocratie occidentale, parce qu’en
occident la lecture fait partie de leur culture et la qualité de leur programme scolaire primaire est plus
élevée que le nôtre, donc il faut adapter les choses à nos contextes […] PY1, le 03/06/2021 ».
L’analyse en composante principale sous XLSTAT des questions 46 et 51 du questionnaire aux acteurs
montre que les acteurs interrogés pensent en majorité (26%) que la complexité de la gouvernance
territoriale est due à la divergence entre les intérêts politiques et personnels. Vient ensuite la non-
maturité politique des élus et le manque de leadership politique (Figure 86). Néanmoins, selon ces
______________________________________________________________________________________________
réalité observée sur le terrain, nous a montré qu’il semble exister un grand hiatus entre les deux. Les
culturelle des acteurs, alors qu’elles interviennent toujours lors de la prise de décision. Également,
dans ces définitions, la réussite de la gouvernance territoriale renvoie essentiellement au respect des
« bonnes pratiques », souvent standardisées, alors qu’elles diffèrent selon chaque société et parfois
définie autrement, de sorte qu’elle approchera plus les réalités marocaines. Ainsi, nous proposons la
définition suivante : La gouvernance territoriale est un mode de gestion politique territoriale basé sur
des outils et dispositifs territoriaux ad hoc163. Elle constitue un processus dynamique, souple,
adaptable et paramétrable, réactif, transparent, parfois flou. Elle consiste à assimiler et concilier les
intérêts, les idéologies, les cultures (Les facteurs culturels et idéologiques exercent une grande
influence dans le processus de prise de décision) et les logiques multiples voire divergentes de
l’ensemble des acteurs territoriaux. Elle repose sur la coordination, la coopération et la négociation,
afin d’aboutir à un accord, en poursuivant les objectifs partagés, par la définition des règles de prise
de décision, du choix des priorités et de l'intérêt territorial. Également elle consiste au partage de la
Il est facile de trancher sur la bonne ou mauvaise gouvernance territoriale des projets, mais cela ne
reflète pas forcément la réalité des choses, car un projet réussi ne veut pas forcément dire qu’il était
bien gouverné, et inversement, un projet échoué, ne veut pas forcément dire qu’il était mal gouverné.
En effet, la gouvernance territoriale est un processus très complexe où le consensus est difficile à
trouver entre les acteurs, et qui doit être recherché tout au long du projet. De la sorte, on peut avoir
une bonne gouvernance avant le projet, mais une défaillance pendant et/ou après le projet. Donc
pour dire qu’il y a une bonne ou une mauvaise gouvernance, il faut savoir se positionner dans la partie
des projets où l’éthique de la gestion n’a pas été respectée, en expliquant pourquoi et comment. Un
indice de gouvernance territoriale peut ainsi être un bon outil pour tenter d’évaluer plus objectivement
sa qualité.
163
La constitution, la régionalisation avancée et les lois encadrant les politiques de décentralisation et de déconcentration.
______________________________________________________________________________________________
Afin d’évaluer concrètement la qualité de la gouvernance territoriale, nous allons calculer un indice
selon différents critères. Cette méthode va permettre d’identifier la source de l’échec ou la réussite
Pour le calcul de cet indice, nous avons mobilisé la méthode utilisée par la GIZ (l'agence allemande
coopération entre la République du Bénin et la République Fédérale d’Allemagne. Nous avons adapté
la méthode à nos besoins, au contexte marocain et à l’échelle communale. Cet indice nécessite la
collecte d’un certain nombre d’informations et nous avons donc adressé un formulaire de collecte de
données (annexe 16) à l’ensemble des communes sur lesquelles nous travaillons. Certaines
communes ont refusé de nous fournir les informations demandées, en raison de leur statut
confidentiel. Néanmoins, nous allons présenter la méthode et les résultats de quelques communes,
car nous jugeons qu’elle peut être très utile pour mesurer la qualité de la gouvernance territoriale.
Selon la GIZ, un indice de gouvernance territoriale (IGT) est une donnée indicative synthétique qui
Les domaines touchant à la gouvernance territoriale sont nombreux, car la gouvernance recouvre des
aspects variés dans toutes les actions et décisions prises au sein d’un territoire. Ces domaines sont
susceptibles de s’adapter et d’évoluer avec le temps et selon les circonstances. Le choix des domaines
et des indicateurs utilisés pour l’indice de gouvernance territoriale s’est appuyé directement sur les
directives des lois organiques relatives aux collectivités territoriales (LO n° 112-14/ 111-14/ 113-14),
plus particulièrement celle relative aux communes (113-14). Ainsi, cinq domaines et 40 indicateurs
− Gouvernance financière
______________________________________________________________________________________________
− Gouvernance relationnelle
correspond à la manière dont le pouvoir politique est exercé par les acteurs locaux. Ce domaine
mesurer (Annexe 16), nous avons besoin des informations concernant le taux de réalisation des
sessions ordinaires du Conseil Communal, qui mesure le nombre de sessions ordinaires tenues par
rapport au nombre de sessions prévues par la loi (trois fois par an, au cours des mois de février, mai
accomplissant leurs tâches conformément à la description des postes de l’organigramme. Quelle que
soit la division administrative du travail, c’est le nombre de services dotés d’au moins une personne
(fonctionnelle) qui est pris en compte ; Le taux de participation des élus aux sessions ordinaires du
conseil communal mesure l’assiduité des élus à ces conseils ; On va aussi utiliser l’existence ou non
d'un manuel de procédures à jour, document de référence pour le respect des normes, règles et
procédures validés, et qui doit avoir été actualisé depuis un an au plus ; Le taux d’évaluation du
commissions à travers la tenue des réunions et des propositions faites ; On va mesurer aussi le taux
d’adéquation entre les postes occupés et les profils des personnes qui occupent ces postes ; La
fonctionnalité du système de classement et d’archivage donne des indications sur l’existence d’un
système de rangement et de conservation des données afin de faciliter la mise à disposition rapide de
documents en bon état ; Le taux de services publics locaux en gestion déléguée identifie l’existence
d’un système de délégation de certaines tâches de la commune à des tierces personnes ou des
organisations compétentes pour exécuter ses tâches ; Le nombre de réunions du conseil communal
s’intéresse au nombre de réunions ordinaires tenues entre le président de la commune et ses adjoints
______________________________________________________________________________________________
de la commune aux adjoints est un autre critère utilisé ; ainsi que le nombre de délégation de pouvoir
territoriales gèrent leur budget. Dix indicateurs sont attachés à ce domaine, taux d’exécution du
ses propres investissements ; part des investissements dans les dépenses totales de la commune ;
taux des dépenses d’entretien, s’intéresse à la part du budget total de la commune consacrée aux
dépenses d’entretien ; adoption du budget dans les délais ; taux d’accroissement des ressources
propres, s’intéresse à la capacité de la commune à financer ses investissements par ses ressources
propre ; taux de recouvrement fiscal de la commune, identifie le volume des recettes fiscales (taxes
et impôts) collectées sur une année pour le compte de la commune ; délai moyen de passation des
marchés publics communaux, identifie si les marchés sont passés dans les délais prescrits ; existence
de plans ou décret de passation de marchés validés et publiés et le ratio des marchés publics ayant
commune intègre l’approche participatif. Conformément aux dispositions du premier alinéa de l’article
139 de la Constitution, les conseils des communes doivent mettre en place des mécanismes
des associations, dans l’élaboration, le suivi et l’évaluation des plans d’action, selon des modalités
fixées dans le règlement intérieur de la commune. La gouvernance territoriale ne devrait pas être le
monopole des conseils et des autorités locales. La société civile et le secteur privé ont leur mot à dire
lorsqu’il s’agit d’œuvrer pour le bien-être des citoyens et des entreprises. L’ensemble des acteurs joue
un rôle central dans le développement territorial. Sept indicateurs sont attachés à ce domaine ;
l’affichage des relevés de décisions du conseil communal dans les délais, cet indicateur permet
______________________________________________________________________________________________
doit être affiché au siège de la commune ; nombre de séances de reddition de compte ; taux de
réponse aux doléances ; taux de dématérialisation des services administratifs ; les subventions
allouées aux associations sur la base d’un appel à projet ou par consultation de la population par
rapport au total des subventions allouées aux associations ; nombre d’actions spécifiques en faveur
des femmes au cours de l’année , dénombrement des actions menées par la commune en faveur des
femmes au cours d’une année et l’existence d’un mécanisme participatif de dialogue et de concertation
des territoires locaux à court, long et à moyen terme. Au niveau de la programmation communale, le
Plan d’Action de la Commune (PAC), représente le document de référence pour la programmation des
projets et des activités prioritaires de la commune visant à produire des services de proximité au
profit des citoyen(ne)s. Il fait l’objet d’une programmation budgétaire pluriannuelle, ce qui permet à
la commune de disposer d’une vision de développement à traduire à travers des actions concrètes
réalisées sur une durée de 6 années. Six indicateurs sont attachés à ce domaine : existence d’un plan
d'aménagement ou d'un plan de zonage ou plans de développement ; existence d’un Plan d’Action
ici de l’existence d’accords de coopération avec d’autres communes et de leur mise en œuvre au
l’intercommunalité, il s’agit du paiement des sommes dues au titre des accords d’intercommunalité
pour réaliser des activités planifiées conjointement par deux ou plusieurs communes dans leur intérêt
commun ; existence d’un cadre de concertation fonctionnel, cet indicateur renvoie à l’existence d’un
gouvernance relationnelle, le président de la commune est censé se synchroniser avec l’ensemble des
des services déconcentrés de l’administration centrale. Cinq indicateurs sont attachés à ce domaine ;
le nombre de participation aux séances en session ordinaire, cet indicateur permet d’apprécier
d’autres acteurs comme le gouverneur, … la loi prévoit trois sessions ordinaires par an (Article 33 de
la loi organique relative aux communes) ; taux de conformité des actes communaux ou visa du
gouverneur et/ou wali, il s’agit surtout des actes communaux soumis à approbation du gouverneur
ou Wali et qui doivent être conformes à la règlementation en vigueur. ; transmission du budget dans
les délais ; l’existence d’un cadre de concertation entre le président de la commune et les services
déconcentrés, cet indicateur renvoie à l’existence d’un cadre de concertation qui permet au président
de la commune, au nom de la commune, d’échanger des informations avec les services déconcentrés
pour une aide à la planification, à la prise de décision et au suivi évaluation des activités et le nombre
de projet réalisé dans le cadre d’un partenariat avec les services déconcentrés.
b) Le calcul de l’IGT
Le calcul de l’IGT est effectué en deux étapes : la détermination des sous-indices ou indice par
domaine puis l’association des sous-indices pour obtenir l’indice de Gouvernance Territoriale.
Les sous-indices de l’IGT ou indices par domaine sont déterminés selon la démarche suivante qui
______________________________________________________________________________________________
Globalement, un indice est généré à partir d’un ensemble d’indicateurs souvent de nature différente.
Pour pouvoir les associer en un seul indice, ils sont normalisés, c’est-à-dire convertis en une échelle
commune qui permet de créer des classements de performance pour cet ensemble d’indicateurs, quel
que soit le degré de différence entre ces derniers. Selon l’approche retenue, il s’agit de fixer pour
chaque indicateur une valeur maximale et une valeur minimale qui permet de convertir les indicateurs
en indices compris entre 0 et 1 de sorte que la valeur maximale équivaut à un indice dimensionnel de
Ainsi, pour chaque indicateur (𝒊) du domaine (𝒋) de Gouvernance Territoriale,𝒋𝝐 {𝟏, 𝟐, 𝟑, 𝟒, 𝟓}, noté 𝑿𝒊𝒋 ,
indicateur, il est déterminé l’indice primaire qui lui est associé, selon la formule suivante :
𝑿𝒊𝒋 − 𝑿𝒎𝒊𝒏
𝒊
𝑰𝒊𝒋 = (𝐞𝐪. 𝟒)
𝑿𝒎𝒂𝒙
𝒊 − 𝑿𝒎𝒊𝒏
𝒊
Cet indice primaire vise à mettre en évidence l’effort accompli pour combler le déficit en matière de
gouvernance territoriale et le niveau auquel la commune se situe par rapport à ce déficit. Dans cette
perspective, le choix des valeurs « minimales » et « maximales » a été effectué selon l’approche
relative. Les seuils sont déterminés sur la base des comparaisons entre les communes mais aussi
suivant les normes et les valeurs cibles des indicateurs afin de rendre réellement compte des
performances enregistrées par rapport aux résultats souhaités. Généralement, les valeurs maximales
retenues sont celles des indicateurs effectivement constatés à l’année de calcul. La référence aux
valeurs minimales permet d’apprécier les efforts réalisés par rapport à chaque indicateur.
______________________________________________________________________________________________
𝒏𝒋
𝑰𝒋 = √𝑰𝟏𝒋 × 𝑰𝟐𝒋 × … × 𝑰𝒏𝒋 𝒋 (𝐞𝐪. 𝟓)
Pour les sous-indices composites relatifs à chaque domaine, la pondération est identique pour tous
les indicateurs. Le choix de la pondération uniforme appliquée aux différents indicateurs vise à
indiquer qu’ils se valent tous dans un domaine donné de la Gouvernance Territoriale. Plus la valeur
de l’indice d’un domaine est proche de l’unité, moins la commune a des efforts à fournir par rapport
à ce domaine. Toutefois, une valeur proche de zéro signifie que la commune, par rapport au domaine
L’IGT est obtenu par l’agrégation des sous-indices composites en utilisant également la moyenne
∑ 𝒘𝒊
𝒘 𝒘 𝒘 𝒘 𝒘
𝑰𝑮𝑻 = √𝑰𝟏 𝟏 × 𝑰𝟐 𝟐 × 𝑰𝟑 𝟑 × 𝑰𝟒 𝟒 × 𝑰𝟓 𝟓 (𝐞𝐪. 𝟔)
𝒘𝒊 représente le poids attribué à chaque domaine, et . Plus la valeur de l’IGT d’une commune est
proche de 1, plus on peut affirmer qu’elle a réalisé une très bonne performance en termes de
A partir des résultats de calcul de l’IGT, une classification des communes par rapport au niveau de
gouvernance territoriale a été élaborée à l’aide d’une échelle de performance composée de cinq
niveaux. A chaque niveau est associée une couleur spécifique traduisant l’ampleur de la performance,
______________________________________________________________________________________________
Les scores des sous-indices par domaine et pour les 6 communes qui ont accepté de nous fournir les
informations, montrent que le niveau de performance par domaine de gouvernance de l’ensemble des
communes est acceptable. Nous constatons que les communes enregistrant les valeurs les plus faible
de l’IGT, partagent pareillement les plus faibles niveaux de performance en termes de la gouvernance
de la planification stratégique. Également pour les communes qui ont enregistré la valeur la plus
élevée de l’IGT, ils partagent le même niveau élevé de performance en termes de la gouvernance de
l’augmentation ou/ diminution du score des sous-indices par domaines en particulier, et, de l’indice
de gouvernance territoriale en générale, nous avons présenté les scores des différents indicateurs par
domaine dans chaque commune (Tableau 29). Nous avons considéré que les valeurs les plus faible
représente les points faibles des communes (ou les communes ont investie moins d’effort), ainsi les
valeurs les plus élevées représente les points fort des communes (ou les communes ont investie plus
d’effort).
______________________________________________________________________________________________
Par rapports au point forts des communes dans les différents domaines, nous observons que :
Dans le domaine de la gouvernance politique et administrative, les communes ont fait l’effort de tenir
Dans le domaine de la gouvernance financière, les communes ont fait l’effort de respecter le délai
moyen de passation des marchés publics ; rendre disponible leur plan de passation des marchés
publics ; respecter les procédures de passation des marchés publics conformément au code des
marchés public.
Dans les domaines de la gouvernance participative et genre, les communes ont fait l’effort d’afficher
dans les délais les relevés de décisions du conseil communal ; mettre en place un mécanisme
d’information du public par rapport aux prestations communales ; répondre aux doléances et
______________________________________________________________________________________________
Dans le domaine de la gouvernance relationnelle, les points forts notés concernent les taux de
En ce qui concerne les points faibles des communes dans les différents domaines, nous observons
que :
Dans le domaine de la gouvernance politique et administrative, les faiblesses notées ont trait à la
participation des élus aux sessions du conseil communal ; à la fonctionnalité des commissions
permanentes et a l’inadéquation des profils par rapport au poste occupé par le personnel communal.
Dans le domaine de la gouvernance financière, les faiblesses notées concerne le faible taux
d’exécution des budgets communaux (qui pourrait s’expliquer par une mauvaise évaluation des
recettes et dépenses et à la faiblesse des mécanismes de suivi de l’exécution des budgets communaux
) et le faible taux d’autofinancement des investissements des communes (ce qui veut dire que les
communes sont dans leur grande majorité tributaires des ressources externes, comme les budget des
Dans le domaine de la gouvernance participative et genre, les faiblesses notées concerne la faiblesse
des actions spécifiques en faveur des femmes et celle des subventions allouées aux associations
Dans le domaine de la gouvernance relationnelle les faiblesses constatées concernent le faible nombre
de projet réalisé dans le cadre d’un partenariat avec les services déconcentrés.
Au regard des résultats obtenus, beaucoup d’efforts restent à faire dans les communes afin
d’améliorer la gouvernance territoriale. Il est essentiel de commencer par l’amélioration des éléments
______________________________________________________________________________________________
Néanmoins, ces résultats ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble de la région, car ils concernent
seulement les communes qui ont accepté de nous fournir les informations nécessaires. La
nécessite une étude approfondie qui reste encore à faire, à l’aide de la méthode de calcul d’IGT.
développement territoriale multidimensionnel, nous avons montré que les inégalités interrégionales
et intercommunales persistent toujours, en créant un phénomène que nous appelons « zones cachées
standardisation des modèles appliquées surtout de l’indice de développement qui rend difficile le
repérage de ces zones cachées. Cette situation engendre en l’occurrence des fractures territoriales et
Aujourd’hui, le dilemme du pouvoir public est de concilier les exigences des spécificités locales avec
celles relatives à la normativité nationale et internationale. À l’opposé les acteurs locaux décentralisés
et déconcentrés font face à la fois aux défis des projets Top-down (souvent déconnecter des réalité
et spécificité locales), aux intérêts électoraux qui se traduisent par des projets sélectifs à rentabilité
politiques et aux intérêts sectoriels de chaque ministère. Toutefois, la réponse à toutes ces contraintes
est de concilier l’approche Top down avec celle Bottom up tout en favorisant l’intérêt général des
territoire locaux.
Ces constats tirés des résultats présentés en dessus font partie d’une démarche de vérification de nos
hypothèses. Pour la confirmation ou l‘infirmation de nos hypothèses, nous avons utilisé la corrélation
Pearson , qui est très utilisée pour cela. Afin d’appliquer cette méthode nous avons attribué à chaque
hypothèse des indicateurs adéquats, tires des réponses des acteurs. Ensuite, par rapport à chaque
acteurs autour des projets d’aménagement du territoire au niveau local ; l’origine de la complexité de
______________________________________________________________________________________________
Les résultats de l’analyse de corrélations, nous a fournis un tableau avec les valeurs de corrélation
entre l’ensemble des indices (Figure 89) et une matrice de corrélation (Figure 90). Pour la validation
de nos hypothèses, nous avons choisis les corrélations les plus fortes ≥0.8.
______________________________________________________________________________________________
ont une corrélation très forte sont celles qui décrivent, d’une part les intérêts opposés des acteurs
autour des projets (par exemple : l’interaction à caractère personnelle, conflictuelle, politique…etc) et
d’autre part, les origines de la complexité et d’échec de la gouvernance territoriale des projets
d’aménagement du territoire au niveau local. Également, nous avons constaté une corrélation
négative très forte entre plusieurs variables, qui dans le cas présent, peut infirmer notre hypothèse
(à titre d’exemple, les variable X et C, avec une corrélation de -0.863). Ainsi, ces résultats confortent
territoriale ; la raison des interactions entre acteurs ; l’impact de la multitude des réseaux d’acteurs
______________________________________________________________________________________________
territoriales.
Ces indicateurs, sont composée de 24 indices et sur lesquelles nous allons appliquer l’analyse de
corrélation.
Les résultats de l’analyse de corrélations, nous a fournis un tableau avec les valeurs de corrélation
entre l’ensemble des indices (Figure 91) et une matrice de corrélation (Figure 92). Pour la validation
de nos hypothèses, nous avons choisis les corrélations les plus fortes ≥0.8.
______________________________________________________________________________________________
ont une corrélation très forte sont celles qui montrent le manque de coordination entre les acteurs et
les échelles territoriales : selon la matrice de corrélation, ce manque de coordination résulte des
interactions existantes entre les acteurs, de l’indépendance des enjeux entre les niveaux territoriaux,
processus de prise de décision est centralisé et concentré ou plutôt décentralisé et déconcentré : les
______________________________________________________________________________________________
corrélation.
Les résultats de l’analyse de corrélations, nous a fournis un tableau avec les valeurs de corrélation
entre l’ensemble des indices (Figure 93) et une matrice de corrélation (Figure 94). Pour la validation
de nos hypothèses, nous avons choisis les corrélations les plus fortes ≥0.8.
______________________________________________________________________________________________
ont une corrélation très forte sont celles qui affirment que la réussite de la gouvernance territoriale
corrélation, bien que les acteurs soient concernés par chaque prise de décision au niveau local, il
existe des décisions (top-down-Projet parachutés) du ressort des administrations centrales dont elles
n‘ont aucune information. Ceci montre, que le processus de décision est relativement concentré et
centralisé. Par conséquent, la difficulté de passage d’un gouvernement à une gouvernance territoriale
et le refus des acteurs au niveau central de renoncer à leurs pouvoirs, peut être l’une des raisons.
communication et l’écoute sont des démarches clés pour assurer la réussite de la gouvernance
territoriale. Cette réussite repose principalement sur deux institutions essentielles : d’une part,
______________________________________________________________________________________________
lois organiques et la charte actuelles attribuent un rôle crucial en leur confiant la responsabilité de
coordonner les différents acteurs. Elles agissent qu’animateurs locaux du développement local et
De plus, en confrontant les définitions existantes de la gouvernance territoriale aux résultats obtenus,
nous avons été amenés à proposer une définition adaptée à notre contexte marocain. En effet, Les
idéologique et culturelle des acteurs, alors qu’elles jouent un rôle crucial lors de la prise de décision.
des « bonnes pratiques », souvent standardisées, alors qu’elles varient en réalité selon chaque société
4. Conclusion partie 3
Cette partie a été consacrée à la présentation des résultats des entretiens et questionnaire avec les
acteurs, ainsi que la validation des hypothèses. Nous avons à cet effet, examiné la manière dont les
projets d’aménagement. Notre recherche a démontré, à partir des résultats obtenus, que la qualité
de la relation entre les acteurs locaux dépend en partie de la relation interpersonnelle politique entre
l’application des lois et normes, mais aussi d’autres considérations qui entrent en jeu, et varient selon
les territoires. De la sorte, la gouvernance territoriale, ne peut guère être standardisée sous forme
d’un modèle applicable sur l’ensemble des territoires. En matière du calcul de l’indice de gouvernance
territoriale (IGT), la méthode que nous avons proposée mérite d’être appliquée sur l’ensemble de la
région de Marrakech-Safi et pourquoi pas au Maroc. Néanmoins les limites de cette méthode résident
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
et de déconcentration, nous avons étudié le cas particulier de la région Marrakech-Safi pour saisir sa
gouvernance territoriale.
Il est à conclure que ce processus connaît globalement des difficultés dans sa mise en œuvre, que ce
soit au niveau central, décentralisé ou déconcentré, et que ces difficultés d’application de ces
Olowu (1993), Goodwin (2022) et Abadie (2013) affirment que le succès d'une réforme de
décentralisation nécessite certaines conditions préalables. Ils insistent ainsi sur la nécessité d’un
engagement politique des acteurs, d’une conception adaptée aux contextes sociaux, politiques et
économiques du moment où elle est pensée et promulguée, d'une administration locale compétente
et leur bon fonctionnement. Or, l'objectif ultime des réformes de décentralisation et déconcentration
est d'élaborer un nouveau système capable d'assurer une prestation de services efficace, effective et
équitable, sur lequel la population puisse exercer un contrôle démocratique. De telles réformes doivent
être formulées en tenant compte des leçons tirées des expériences précédentes de gouvernance
territoriale, ainsi que de l'histoire et de la culture du pays ou de la localité où une telle réforme est
envisagée.
Au Maroc, la trajectoire historique a créé un contexte particulier qui a influencé, d’une manière ou
Avant l’arrivée des français au Maroc, on peut considérer que les Jemâa représentaient une forme de
décentralisation « primaire ». Ces Jemâa géraient les affaires locales sur une base ethnique au sein
______________________________________________________________________________________________
» a été revue et formatée par les français pour le contexte de centralisation coloniale, sans qu’une
réelle administration décentralisée soit instituée. La marge de manœuvre des entités administratives
Au lendemain de l'Indépendance, le Maroc a hérité d’un territoire déséquilibré, avec un système urbain
inachevé et une concentration importante des activités économiques surtout à Casablanca. Il est alors
d’aménagement du territoire afin de rompre avec cet héritage colonial qui handicapait le
développement du pays. Cette rupture devait tout d’abord passer par une réappropriation et
Ce processus s’est déroulé en plusieurs étapes, et est toujours en cours. En effet, même si le Maroc
a amorcé des politiques de décentralisation et de régionalisation depuis 1960, elles n’ont pas donné
leurs fruits attendus en matière de développement économique et social. Ainsi, depuis l’indépendance
du pays, l’administration marocaine a subi plusieurs transformations successives, tant sur le plan
central qu'au niveau local. Elle n'a pas cessé de se développer, de s'adapter et de se structurer pour
rompre avec le déséquilibre hérité de la colonisation et pour répondre au mieux aux besoins des
citoyens.
Le Maroc s’est donc engagé depuis son indépendance en 1956 à mettre sur pied et à parfaire, de
manière douce en « goutte à goutte » les instruments nécessaires à ses politiques de développement,
à différentes dates depuis 1962 (la dernière constitution est mise en place depuis 2011), la charte de
______________________________________________________________________________________________
Cependant, la dualité d’un Maroc « utile » et d’un Maroc « inutile » de l’époque coloniale reste toujours
Dans ce cadre, et pour renforcer cette régionalisation avancée, des lois organiques relatives aux
collectivités territoriales ont été promulguées en 2015. Elles avaient comme principaux objectifs
Trois ans plus tard, afin d’apporter un soutien à cette régionalisation avancée et accompagner la
centrale et ses services déconcentrés qui accompagnent la territorialisation de l’action publique avec
C’est dans ce contexte foisonnant de réformes, que cette thèse s’est positionnée de manière à étudier
les politiques et les actions territoriales mettant en jeu des rapports de pouvoir entre les acteurs
projets d’aménagement des territoires à l’échelle locale. Dans ce sens, notre question de recherche
était d’analyser comment le montage des projets de territoire de la région de Marrakech-Safi se font
gouvernance se fait la réalisation de ces projets et quels effets sur les territoires locaux ?
Jusqu’à présent, les études sur l’aménagement des territoires locaux et de la gouvernance des
et à l’analyse des lois et des documents administratifs, tels que le schéma national d’aménagement
du territoire (SNAT), la loi organique des collectivités territoriales, la charte de déconcentration, etc.,
______________________________________________________________________________________________
grands projets urbains et à leurs modes de gouvernance. Notre contribution se situe donc dans
projets d’aménagement des territoires locaux de la région Marrakech Safi, plus spécifiquement avec
d’inégalité-équité.
Notre constat tiré avance que les projets d’aménagement des territoires locaux sont confrontés à la
faiblesse et la complexité de la gouvernance territoriale. Pour comprendre les éléments qui expliquent
ce constat et les difficultés qui en découlent, nous sommes parti de trois hypothèses ; Les intérêts
opposés des acteurs déconcentrés et décentralisés affaiblis largement la démarche de réalisation des
de communication entre les acteurs déconcentrés et décentralisés, comme a été bien confirmé sur
terrain, compliquent les tâches de l’action publique pour le développement territorial, et enfin nous
l’efficacité de réalisation des projets de territoire et laissent des régions dans l’insuffisance des
Afin de vérifier les résultats de ces questionnements, nous avons adopté une nouvelle approche, pour
tout d’abord identifier et choisir les zones sur lesquelles serait appliquée l’étude de ces différents
éléments, reposant sur le calcul d’un indice de développement territorial et le choix des territoires
étudiés par unité géographique (plaine, montagne, piémont, côte). Cette méthode a permis
méthodologiques. Nous avons axé notre démarche sur un travail de terrain permettant de collecter
des données et des informations auprès des personnes issues de toutes les administrations et à toutes
______________________________________________________________________________________________
dans son compte. Nous avons aussi procédé à l’analyse d’un nombre important de documents
administratifs liés aux collectivités territoriales, dont la fiabilité est parfois difficilement mesurable car
les données mentionnées sont difficiles à vérifier faute, dans plusieurs cas, de documents de
référence. Cependant, c’est un travail indispensable pour comprendre les « subtilités » du langage
administratif, ce que de nombreux acteurs (surtout les élus) ne parviennent pas à décortiquer. Un
travail qualitatif a été adossé au traitement quantitatif de ces données, avec analyses du contenu et
statistiques, indispensables dans l’élaboration de méthodes d’évaluation et des indicateurs pour aller
mesurer les effets des actions de montage des projets et les impacts sur le développement territorial
au niveau local de la région de Marrakech Safi. Pour inscrire ce travail dans une démarche de
trajectoire territoriale amenant à comprendre l’environnement historique et actuel pour voir les
tendances d’avenir, il a fallu aussi mobiliser l’histoire (étude des archives et la bibliographie adéquate)
pour comprendre les enjeux territoriaux actuels dans un pays dont l’organisation territoriale est encore
L’une des finalités principales de ces différentes démarches méthodologiques, est la vérification de
nos hypothèses. Ainsi, la validation de nos trois hypothèses a été basée non pas sur une analyse
théorique classique, mais surtout sur une analyse de corrélation entre les réponses de tous les acteurs
interrogés.
La validation de la première hypothèse a été basée sur la corrélation très forte entre les indices qui
décrivent les intérêts opposés des acteurs autour des projets (par exemple les conflits à caractère
personnel, politique, etc.) d’une part, et les causes de la complexité de la gouvernance territoriale
d’autre part.
La validation de la deuxième hypothèse a été basée sur la corrélation très forte entre les indices qui
montrent l’insuffisance de coordination et de communication entre les acteurs et entre les différentes
échelles territoriales. Cette analyse de corrélation a également montré que la carence dans le système
de coordination résulte du type d’interactions existants entre les acteurs, du degré d’indépendance
______________________________________________________________________________________________
et le Wali.
La validation de la troisième hypothèse a été basée sur la corrélation très forte entre les indices qui
montrent que la réussite de la gouvernance territoriale et ses effets sur le développement territorial
dépend en majorité de la capacité des acteurs à mettre en application une vraie déconcentration et
décentralisation et à adapter les lois au contexte territorial avec un vrai écoute des citoyens. Ainsi,
l’analyse de corrélation a montré que bien que les acteurs soient concernés par chaque prise de
décision au niveau local, il existe des décisions (top-down-Projet parachutés) du ressort des
administrations centrales sur lesquelles elles n’ont pas assez d’information ou mal exprimée ou mal
décentralisation mais surtout un vrai croisement de ces deux approches. Il semble que cela soit lié à
la difficulté de passage d’un gouvernement à une gouvernance territoriale et au refus non déclaré des
acteurs au niveau central à renoncer aux pouvoirs qui devraient être pris au niveau local et régional.
La seconde finalité de notre démarche méthodologique est l’apport des études des projets de
territoire. Nous avons sélectionné les projets étudiés en fonction des unités géographiques et du
comparaison entre les territoires dans le choix des projets, en tenant compte de leurs spécificités
effectuées ont révélé que, d’une part, les spécificités géographiques sont souvent des facteurs oubliés
dans le choix des projets, et d’autre part, l’ampleur et l’importance des projets de territoire varient
Avant la transition des politiques publiques nationales vers les politiques publiques territorialisées, les
projets étaient rarement adaptés aux contextes locaux. Ils découlent principalement des grands
programmes et visions stratégiques nationales et régionales. Avec l’impulsion vers des politiques de
au niveau local. Selon ces politiques publiques locales, la territorialisation de ces stratégies et visions
au niveau local est censée orienter les projets et s'adapter aux spécificités géographiques et aux
enjeux de chaque territoire, dans le cadre d’une approche territoriale fondée sur le principe de la
Les zones montagneuses, côtières et de plaine sont généralement confrontés à divers défis liés à leur
développement. Au sein de chaque zone de montagne, par exemple, on observe encore une grande
diversité, tant en termes de climat et d'écosystèmes que de populations et d'infrastructures. Les zones
de montagne de la région Marrakech-Safi abritent à la fois des zones rurales enclavées. Tandis que
certaines zones sont presque dépourvues d’infrastructure de transport, d'autres englobent une grande
Quant aux zones côtières, elles constituent une spécificité géographique majeure de la région
Marrakech-Safi. En tant qu’interface entre la terre et la mer, elles offrent la possibilité d'exploiter des
opportunités économiques de la mer. Cependant, elles font face à de nombreux défis, d’une part, en
nécessité constante de gérer le littoral, et d’autre part, à cause des pressions croissantes exercées
connectivité, et du développement d'un tourisme de masse. Le contraste est encore fort entre les
Les zones de piémont présentent un attrait significatif pour le développement urbain et agricole,
comme en témoignent les nombreux territoires de la région Marrakech-Safi. Elles ont plus de chance
d'être équipées d’un certain nombre d’infrastructures et de services appropriés. De vastes parties des
massifs montagneux se situent à proximité des villes ou peuvent bénéficier de cette proximité pour
développer des activités économiques surtout le tourisme et les loisirs. Cependant, les zones de
______________________________________________________________________________________________
comme des « zones cachées au développement », et leurs défis socio-économiques spécifiques, par
rapport aux zones de montagne accessibles, continuent de s’accentuer. Ces zones représentent un
degré particulièrement élevé de marginalisation par rapport aux processus de développement socio-
économique, comme pour l’exemple de la commune de Sidi Ali Labrahla. Elles sont souvent
déconnectées des systèmes de communication et ont parfois une longue histoire de déclin
démographique.
A l'instar des zones de piémont, les plaines sont également très attractives pour le développement
urbain. Dans la région de Marrakech-Safi, ces zones représentent une minorité dont on y trouve des
territoires mal connectés entre eux par faiblesse des infrastructures routières. En revanche, les
territoires privilégiés de la plaine, comme pour le cas de la commune urbaine de Marrakech, sont
économiquement prospères. Ils attirent de nouveaux migrants des territoires défavorisés, qui y
comme compétitifs sur le plan régional. Cependant, les longues distances séparant ces centres, ainsi
De plus, leur rayonnement et leur capacité à attirer les capitaux et les entreprises, ces centres
favorisent l’émergence de « zone d’ombre ». Ces zones dites d'ombre (un concept récemment
développé en urbanisme) sont souvent placées dans l’orbite d’une métropole et qui vivent dans son
ombre. Au fil du temps, ces zones d’ombre vont être dissimulés au développement et aux actions
Les résultats tirés de l’étude montrent aussi que ces projets de territoire varient en fonction du niveau
de développement territorial. Les projets territoriaux sont des moyens pour stimuler le développement
territorial. Mais ils constituent une démarche très complexe. En effet, les enjeux locaux changent en
______________________________________________________________________________________________
Dans l’analyse des projets de territoire étudiés nous les avons classés aussi en fonction de leur niveau
de développement et en fonction les plans d’action de chaque projet. Ces analyses nous ont permis
Les territoires assez développés, comme le cas des communes de, Tahnaout, Amizmiz, Essaouira,
Benguerir, Souihla, Marrakech, bénéficient généralement des projets de grande taille, destinés à
Ces projets s’inscrivent dans le cadre de grandes stratégies et programmes initiés par la volonté
royale, ou dans le cadre d’une stratégie nationale. Ils s’alignent sur la logique de concurrence
territoriale et se positionnent comme des projets porteurs d’avenir, capables de s’adapter rapidement
aux nouveaux enjeux d’attractivité territoriale et d‘investissements. Ces territoires, plus aux moins
riches, captent la majorité des projets programmés dans le plan de développement régional. Toutefois
ils sont assujettis à des contraintes considérables, avec des disparités internes, des problèmes socio-
Les territoires en développement, comme le cas des communes d’Asni, d’Aghouatim, de Smimou et
territoires par rapport aux territoires sous-développés leur permet d’avoir plus de partenaires et, par
conséquent, plus de chance d’obtenir des projets. L’existence d’infrastructures de base (généralement
des micros-investissements. Néanmoins, ces territoires restent vulnérables, car ils font partie du rural
marginal à l’exception des territoires dominés par des centres urbains où existe une dynamique
______________________________________________________________________________________________
Les territoires sous-développés ou mal développés, comme la cas des communes d’Ouazguita, d’Imi
n Tlit, de Sidi Ali Labrahla, de Sidi Abdelmomen et de Sidi Chikr, bénéficient rarement des projets de
Ces territoires classés en « zones cachées au développement » sont souvent isolés et ont difficilement
accès aux nouvelles technologies. Également, ils sont affectés par l’enclavement, et l’éloignement par
rapport aux centres urbains, même les plus proches, ce qui pèse lourdement sur la qualité de vie des
habitants. Les types de projets dans ces territoires sont globalement portés par la commune et les
acteurs publics. Dans ce type de territoires, mobiliser des financements ou trouver un partenaire est
un défi pour les acteurs locaux. D’une part, la majorité des partenaires hésitent à investir dans un
territoire pauvre, et d'autre part, les stratégies sectorielles et nationales ne coïncident pas avec leurs
réalités au niveau local. Ainsi, ces communes se limitent à des petits projets d’infrastructure car leur
budget ne leur permet pas de faire mieux. L’une des causes de la faiblesse de ce budget est
démographique impacte aussi négativement les dotations globales de ces collectivités, puisque la
distribution des subventions publiques est basée sur des critères liés à la superficie, à la population,
Cette approche méthodologique à différente rentrée, nous a permis de conclure, à travers divers
projets d’aménagement des territoires locaux, que les acteurs s’impliquent, ou pas, dans leur
réalisation sans de vrais soucis d’implication ou non de l’autre, les pouvoirs de chaque acteur devraient
s’ajuster pour reconnaitre l’autre. La gouvernance de ces politiques et de ces projets de territoire se
font avec la faiblesse du système de confiance entre eux. La faiblesse de communication complique
et brouille les jeux, les enjeux et les intérêts de ces différents acteurs.
D’autre part, nous avons pu aussi développer et mobiliser de nouveaux concepts, comme celui du
phénomène des « zones cachées au développement », qui résulte de la standardisation des modèles
______________________________________________________________________________________________
souligner la nécessité de prendre en compte le plus bas niveau des collectivités territoriale (la
commune) dans le processus de rattrapage des inégalités et de réduction des disparités régionales.
le pilier du développement territorial au Maroc, étant donné qu’elle procède au développement de son
territoire et en mettant en œuvre des projets en relation avec ses potentialités et ses ressources
spécifiques.
Par ailleurs, sur la base de nos résultats, et en les affrontant avec les définitions existantes de la
gouvernance territoriale, nous avons proposé la définition suivante qui s’approche plus des réalités
marocaines : la gouvernance territoriale est un mode de gestion de la politique territoriale basé sur
des outils et dispositifs territoriaux ad hoc. Elle constitue un processus dynamique, souple, adaptable
et paramétrable, réactif, transparent, parfois flou. Elle consiste à assimiler et concilier les intérêts, les
idéologies, les cultures (Les facteurs culturels et idéologiques exercent une grande influence dans le
processus de prise de décision) et les logiques multiples, voire divergentes, de l’ensemble des acteurs
territoriaux. Elle repose sur la coordination, la coopération et la négociation, afin d’aboutir à un accord,
en poursuivant les objectifs partagés, par la définition de règles de prise de décision, le choix de
Cette thèse a permis de dégager plusieurs constats et proposer des démarches qui peuvent aider à
l’élaboration d’un modèle de gouvernance territoriale marocain. En effet, si la réponse aux problèmes
de l’incohérence territoriale héritée de la période coloniale que connaît le Maroc, avec la concentration
spatiale des activités dans une partie seulement du territoire et les disparités en matière de
développement, est à trouver au niveau local et national, personne ne peut se prononcer sur
l’efficacité et la capacité des projets et stratégies menés actuellement à résorber les déséquilibres
hérités et nouveaux. La raison fondamentale tient à la difficulté d’insertion de ces projets dans leur
territoire, pour en faire de véritables leviers de développement, ainsi qu’à la difficulté d’adaptation
______________________________________________________________________________________________
nouvelles responsabilités et compétences transférées de l’État, pour lesquelles l’élu est désormais
censé acquérir non seulement les qualités d’un politicien chevronné, mais également celles de leader,
Aujourd’hui, le développement des collectivités territoriales est donc plus que jamais confronté à la
qualité des acteurs chargés de penser, mener et gérer les projets de développement.
modernisation administrative de l'État et des leviers pour l’évolution de l'appareil d'État et de l'action
publique territoriale auprès des citoyens. Dans cette logique, nous pouvons estimer qu’aujourd’hui le
Maroc est sur la bonne voie dans ses réformes structurantes. Néanmoins, ces réformes et dispositifs
trouvent leurs limites dans les mécanismes de leur mise en œuvre. En effet, la réussite de ces
processus ne dépend pas seulement des modalités d’application de la loi ou des ressources financières,
mais également en grande partie des acteurs impliqués dans le pilotage ou la mise en œuvre de ces
dispositifs. Dans ce sens, le Roi Mohamed VI a réaffirmé dans son message Royal adressé aux
participants aux premières Assises nationales du développement humain le 19 septembre 2019, que
En ce qui concerne les modèles de développement, cette thèse a également montré que les acteurs
locaux doivent prendre en considération les spécificités et les déficits de chaque territoire d’une part,
et les zones cachées au développement, souvent localisées à l’échelle communale, d’autre part. La
solution aux problèmes d'inégalité de développement que tout territoire connaît, réside dans l’échelle
à laquelle est pensée le développement, l'efficacité et la capacité à créer et réaliser des projets de
territoire capables de répondre à l’ensemble des déficits locaux. Le problème réside non seulement
dans le choix des projets, plus ou moins importants, mais aussi dans la création d’une synergie entre
Cette complexité trouve ses origines dans le manque de coordination et de communication entre les
acteurs au niveau local, la faible maturité politique des élus, les divergences d’intérêts personnels et
politiques entre les acteurs, la construction qui n’est pas collective des projets territoriaux, la
divergence entre les enjeux au niveau local et les enjeux régionaux et nationaux, l’absence d’un cadre
entre le pouvoir central et local et les acteurs décentralisés et déconcentrés, et enfin le déphasage
entre la théorie et la pratique effective sur le terrain de l’application des lois et réformes. Selon les
principaux résultats de cette thèse, la disparité des compétences entre les acteurs décentralisés et
couplés à l’analphabétisme et au faible sens civique, sont à relier à l’absence d’une doctrine politique
et d’un programme et de stratégies bien définis dans les partis politiques en amont et chez les élus
en aval. Dès lors, sans mesure concrète pour mettre de l’ordre, sensibiliser à la citoyenneté et
moraliser les élus, et pour imposer un système de contrôle, les reformes et dispositifs, malgré leur
déconcentration, on constate, après avoir analysé finement les discours des acteurs et les décisions
et les lois territoriales prises jusqu’à nos jours, qu’ils sont en quasi-totalité recentralisés (on peut
reconcentrés (on peut parler d’une déconcentration concentrée, par le faible transfert du pouvoir
décisionnel et des ressources). Cela vaut aussi pour la charte de la déconcentration de 2018 et les
lois relatives aux collectivités territoriales. Bien que l’Etat ait délégué, transféré et partagé certaines
compétences, il a fixé des normes et des procédures extrêmement rigides qui n’ont pas donné de
véritables marges de manœuvre aux Collectivités Territoriales. En effet, pour pouvoir parler d’un
réellement au moment où l’on permet aux collectivités territoriales d’avoir les moyens budgétaires et
la liberté d’agir sur leur territoire, et de construire de vraies philosophies d’action. Les principaux
résultats de cette thèse, montre que l’autonomie dans la prise de décision au niveau local est tributaire
des moyens budgétaires et des compétences transférés de l’État aux collectivités territoriales. Pour
les acteurs décentralisés, la décision est plutôt liée à l’appartenance politique dominante des membres
des élus, qui en revendiquent plus, surtout en ce qui concerne le budget et l’importance de la voix du
président du conseil (car la voix du président n’est prépondérante qu’en cas du partage égal des voix
du conseil).
que s’il y a une véritable volonté politique de changement au plus haut sommet de l‘État (niveau
central), mais aussi au plus bas niveau territorial (niveau local). Ainsi, le changement ne pourra se
faire qu’avec des reformes qui toucheront la mentalité de l’acteur responsable de la territorialisation
de ces dispositifs. Dans la majorité des processus de prise de décisions, ce sont les intérêts individuels
et politiques qui commandent et qui contrôlent l’équilibre au sein des conseils élus, que ce soit au
niveau local ou central. Ainsi, pour atteindre ces objectifs de changement, le rôle des partis politiques
est primordial, dans le recrutement des élites et leaders politiques et la sélection des candidats,
puisqu’ils sont les intermédiaires entre le peuple et le gouvernement, et qu’ils jouent un rôle central
dans le processus de production, de formation et d’encadrement des élites politiques. L’une des
conclusions de cette thèse, est que les lois ne peuvent pas changer les mentalités. Quand les conflits
politiques et idéologiques entrent en jeu, la gouvernance territoriale perd sa valeur et on ne peut plus
gouverner.
En ce qui concerne, la coordination entre les acteurs, cette thèse a montré que la proximité
géographique des niveaux d’intervention impacte la qualité de la relation entre les échelles
représentants de l'Etat, doivent veiller à la coordination entre l’ensemble des acteurs territoriaux. Nos
résultats montrent que sans un engagement et une volonté politique de l’ensemble des acteurs, les
walis et les gouverneurs ne peuvent pas assurer leur rôle de coordinateurs et aucune politique et/ou
Également, concernant l’implication de la population dans la prise de décision, nous pouvons retenir
à travers les résultats de cette thèse qu’il y a une crise de confiance envers les partis politiques en
général, et les élites politiques en particulier. Cette crise résulte, d’une part, de la non-transparence
des pouvoirs locaux, qui ne permet pas aux citoyens d'être sur un pied d'égalité en termes
gouvernance, l’échec ou la réussite des projets, sont la conséquence d’un processus complexe
nécessitant un écosystème favorable. Ce n’est pas l’affaire d’un seul acteur ou d’un simple dispositif
juridique, cela dépend de tout un système territorial complexe, où, parfois, un maillon faible peu
loi peut être la source de conflits et du blocage des projets, car, au Maroc, il y a un grand décalage
entre les lois et les réalités locales et des contradictions fréquentes entre les lois sectorielles. Donc,
les principaux défis de la gouvernance territoriale sont donc de réussir la conciliation de la coordination
horizontale et verticale entre les échelles territoriales et entre les différentes politiques sectorielles.
De ce fait, s’il est facile de trancher sur la bonne ou mauvaise gouvernance territoriale des projets,
cela ne reflète pas forcément la réalité des choses, car un projet réussi ne veut pas forcément dire
qu’il était bien gouverné, et inversement, un projet échoué ne veut pas forcément dire qu’il l’était
mal. En effet, la gouvernance territoriale est un processus très complexe où le consensus est difficile
à trouver entre les acteurs, et qui doit être recherché tout au long du projet. De la sorte, on peut
avoir une bonne gouvernance avant le projet, mais une défaillance pendant et/ou après le projet.
Donc, pour dire qu’il y a une bonne ou une mauvaise gouvernance, il faut savoir se positionner dans
______________________________________________________________________________________________
comment.
Pour tenter de caractériser « objectivement » cette gouvernance territoriale, nous avons proposé une
méthode de calcul d’un indice de gouvernance territoriale, adaptée au contexte marocain et à l’échelle
communale à partir de celle utilisée par la GIZ (l'agence allemande de coopération internationale pour
le développement) pour la république du Benin. Cet indice peut être appliqué par les chercheurs, mais
aussi par les communes comme une forme d’auto-évaluation annuelle. Cependant pour les chercheurs
les limites de cette méthode résident dans l’accessibilité des données, comme ce fut notre cas, puisque
nous n’avons pu l’appliquer qu’à quelques communes en raison de la difficulté d’obtention des données
Cette thèse ouvre des perspectives sur des recherches ultérieures qui pourraient enrichir davantage
l’analyse du système des acteurs de la gouvernance territoriale en relation avec les politiques et
actions publiques. Un élargissement des communes étudiées permettrait de construire la réflexion sur
plus de données et de faire émerger d’autres réalités qui pourraient changer la vision des études
axées seulement sur le niveau national, régional et provincial. En effet, comme nous l’avons suggéré
à plusieurs reprises dans cette thèse, les niveaux national, régional ou même provincial, ne reflètent
A partir de nos résultats, des recherches futures pourront se focaliser sur le développement d’une
contexte local, et solution pour la non-standardisation des modèles de gouvernance. Dans le même
sens, il est souhaitable de se pencher sur la possibilité de mettre en place des politiques de
Ce système de gestion territorial à géométrie variable et flexible pourrait faire écho à l’une des
(qualificatif employé par Ahmed al Mansur dans son livre « Morocco in the reign of Mawlay Sulayman
______________________________________________________________________________________________
a montré que le pouvoir central mobilise plusieurs modalités de gestion en prenant en compte les
contextes locaux. La centralité n’est pas érigée en dogme absolu assurant la fidélité envers le pouvoir
central. Une gouvernance à géométrie variable signifie plus d’autonomie dans la prise de décision
pour les acteurs locaux. Un processus long et délicat mais indispensable dans la construction de la
légitimité des acteurs et la quête de la confiance du citoyen envers leurs représentants ainsi que leurs
dirigeants.
______________________________________________________________________________________________
ABADIE, M., 2013., La décentralisation, une vraie - mais partielle - réforme de l’État, in La
décentralisation 30 ans après. Toulouse : Presses de l’Université Toulouse Capitole, p. 15-27.
ABBAR, M.S., 2020., La relation problématique entre le rôle de la société civile et la décision politique
au Maroc. Thèse de doctorat spécialisée en sociologie politique, Faculté des Lettres et Sciences
Humaines de Casablanca.
ADELA, J., MCMURRAY, R., WAYNE, P., DON, S., 2004, Research: a commonsense approach, Australia,
Thomson Learning Social Sciences, 314p.
ADIDI, A., 2011, « De l’aménagement du territoire au développement territorial : quelle transition et
quelle articulation ? », 1ère Conférence Intercontinentale d’Intelligence Territoriale ”I.C.I. les
territoires, l’Intelligence, la Communication et l’Ingénierie territoriales pour penser ensemble le
développement des territoires”, Gatineau, Canada, p.11.
ADIDI, A., 2013, De l’aménagement du territoire au développement territorial : quelle transition et
quelle articulation ? 1ère Conférence Intercontinentale d’Intelligence Territoriale ”I.C.I. les territoires,
l’Intelligence, la Communication et l’Ingénierie territoriales pour penser ensemble le développement
des territoires”, Gatineau, Canada, 11p.
AGUADÉ, J., ELYAACOUBI, M., 1995., El dialecto árabe de Skūra. Editorial CSIC - CSIC Press, 188p.
AÏT LEMQEDDEM, H., TOMAS, M., 2019, « gouvernance territoriale au Maroc : quelle évolution ? »,
revue du contrôle, de la comptabilité et de l’audit, n° 8, 3, p : 579- 598.
ALLEN, J. S., 1998., Regions and the world economy: the coming shape of global production,
competition and political order, Oxford University Press,192p.
ALLOGHO-NKOGHE, F., 2013, Décentralisation et développement local au Gabon : Une mise en
perspective, Paris, Publibook, 458 p.
AMADOU, N., ANDRÉ, T., SÉBASTIEN, B., 2021, « Territorial governance and actors’ coordination in
a local project of anaerobic digestion », A social network analysis, European Planning Studies, 86, p.
102-400.
ARNAUD, A.J., LE MOIGNE, J.L,1995, Les épistémologies constructivistes, France, Que sais-je ?, 128p.
ASH, A., 2002., Spatialities of Globalisation, Environment and Planning A: Economy and Space, 34,
n°3
AVENIER, M.S., THOMAS, C., 2015, « Finding one’s way around various methodological guidelines for
doing rigorous case studies: A comparison of four epistemological frameworks », Systèmes
d’Information et Management, vol. 20,n°1, p.61,98.
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
______________________________________________________________________________________________
ANNEXES
______________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
Est-ce vous sentez que vous avez une autonomie dans la prise de décision local par rapport acteurs déconcentrées de l’Etat ?
D’après vous que vous manque-t-il pour que vous puissiez décider pour votre territoire ?
Les principales décisions concernant les projets d’aménagement de votre territoire sont-elles prise au niveau central ou local?
CAS DU PROJET (X)
Sentez-vous concerné par chaque prise de Comment sont pris en charge les
décision en termes de gestion de projet (X) ? point de vue divergents ?
Quels sont les formes de coordination
existantes entre les acteurs dans la gestion du
projet (X) ?
Qui décide en matière de gestion du projet (X)
Rencontrez-vous des difficultés au niveau du financement du projet (X) ?
LA COORDINATION ENTRE ACTEURS TERRITORIAUX : ANALYSE DU SYSTEME D’ACTEURS
Questions principales Questions complémentaires Questions de clarification
Au niveau territorial, la relation entre acteurs décentralisées/déconcentrer se présente sous quelle forme ?
CAS DU PROJET (X)
Comment les taches sont reparties entre acteurs Existe-t-il des tensions entre les
dans la gestion du projet (X) ? deux pouvoirs lors de la mise en
Quels sont les acteurs impliqués dans le projet (X) ? place du projet (X) ?
Quelle est votre relation avec les
Quels sont les intérêts de chaque acteur en terme
acteurs déconcentrées de l‘Etat
du projet (X) ? dans le cadre du projet (X) ?
Quel est leurs dégrée d’implication dans la gestion
du projet (X)
A votre avis entre les acteurs déconcentrés et
décentralisés qui sont les plus compétents en
matière de gestion du projets (X) ?
GOUVERNANCE TERRITORIALE DU PROJET (X)
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________________________________________________________________
Territorial planning and the governance of public policies have evolved considerably over the past
fifty years. Today, all actors agree that good territorial governance based on decentralization,
deconcentration, participation and coordination of actors is the key to successful development in
Morocco.
The objective of our research is therefore to study how the territorialization of the new policy of
decentralization and deconcentration participates, or not, in the creation of a governance that can
allow the effectiveness, efficiency and performance of local territorial development projects.
It is based on an analysis of the interplay, challenges, and interests of the different actors in this
new policy in the Marrakech-Safi region.
Présidence de l'université
40 rue de rennes – BP 73532
49035 Angers cedex
Tél. 02 41 96 23 23 | Fax 02 41 96 23 00