Chapitre 1 : I - Suites numériques
1. Généralités
En économie, il est courant d’avoir à faire correspondre, suivant une certaine loi, un réel `à
chacun des naturels 0, 1, 2, … n. Ainsi, pour traduire l’´evolution mensuelle d’une grandeur
(production, demande, prix, ...), il est commode de choisir une date d’origine, zéro, et de
numéroter 0, 1, 2 ,…, n… , les mois successifs. La demande d’un bien au cours du troisième
mois pourra être désignée, par exemple, par d3 ; le prix unitaire d’un produit au cours du
cinquième mois par p5.
Définition 1. On appelle suite numérique une application de IN (où IN*) vers IR.
Notation et vocabulaire :
u : IN → IR
n → u(n) = un
u(n) est la notation usuelle de fonction alors que un est la notation traditionnelle pour les
suites.
Par abus de langage on parle de la suite (un)nIN ou de la suite de terme général un ou la
suite un.
Exemple : Le premier janvier 1997, la population d’une commune ´etait de 3 000 personnes.
On admet que cette population a augmenté de 2% par an. On note un le nombre de
personnes de cette commune après n année. On a :
u1 = 3000 + 3000 (0, 02) = 1, 02 3000
un = un-1 + un-1 (0, 02) = 1, 02 un-1.
On voit bien que l’´etude de cette population est régie par une suite.
Soulignons qu’il est possible définir une suite de divers manières :
1. Le mode explicite.
Ici un = u(n) ou u est une fonction, par exemple : un = n2 ; un = 2 (1/2)n.
Deux suites sont particulièrement importantes; ce sont les suites arithmétiques et
géométriques. Leur importance tient au fait qu’elles interviennent dans la description de
phénomènes économiques (intérêts simples, intérêts compos´es, croissance d’une grandeur
économiques, ...).
2. Le mode récurrent.
On se donne les k premiers termes u0, … , uk-1 et une relation de la forme :
un+k = f(un, un+1, … , un+k-1) permettant de calculer les termes suivants, c’est le mode
récurrence d’ordre k.
Pour k = 1 on retrouve le mode de récurrence simple un+1 = f(un). Ce mode est rencontré dans
certaines applications économiques o`u l’accent est mis sur l’´evolution dans le temps d’une
variable économique.
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Définition 2.
1. On dit qu’une suite (un)n IN est majorée s’il existe M IR tel que n IN, un M.
2. On dit qu’une suite (un)n IN est minorée s’il existe m IR tel que n IN, m un.
3. On dit qu’une suite (un)n IN est bornée si elle est majorée et minorée.
4. On dit qu’une suite (un)n IN est croissante si n IN, un un+1.
5. On dit qu’une suite (un)n IN est décroissante si n IN, un+1 un.
6. On dit qu’une suite (un)n IN est monotone si elle est croissante ou décroissante.
7. On dit qu’une suite (un)n IN est constante si n IN, un+1= un.
2. Limites de suites
Définition 1. On dit qu’une suite u = (un)n IN est convergente s’il existe un réel ¸ tel que
ε > 0, ∃n0 IN , tel que n > n0 , u n − <ε
Le nombre ¸ s’appelle la limite de la suite u et se note : lim u n =
n →
On dit qu’une suite est divergente si elle ne converge pas.
Dans ce cas la suite ne converge vers aucun nombre comme la suite (-1)n, mais il se peut
aussi que son terme général devienne de plus en plus grand sans tendre vers un nombre réel.
Par exemple, la suite - 3n + 5 ou 2n, ce qui nous amène à poser la définition suivante.
On dit qu’une suite u diverge vers + l’infini (resp. - l’infini) si et seulement si pour tout
nombre A, le terme un est supérieur (resp. inférieur) à A dès que n est assez grand. On
traduit cette phrase mathématiquement par :
Définition 2. On dit qu’une suite u diverge vers+ (resp. vers - ) si et seulement si
A IR, ∃n0 IN tel que n > n0 , un > A (resp: < A).
Et on écrit : lim u n = + (resp : − )
n → +
Suites adjacentes
Deux suites (un)n∈N et (vn)n∈N sont adjacentes si la suite (un)n∈N est croissante; la suite (vn)nN
est décroissante la suite (vn − un)n∈N converge vers 0.
Deux suites adjacentes sont convergentes et ont la même limite.
Exemple : Monter que les deux suites: (un)n∈N et (vn)n∈N les suites définies par :
n
1
un =
1
et v n =u n +
k =0 k ! n .n!
sont adjacentes
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3 . Suites arithmétiques
Définition : On dit que un est une suite arithmétique, de raison r IR et de premier terme u0,
si un vérifie la relation de récurrence :
un+1= un + r
On a : un = un-1 + r = un-2 + 2r = …
d’où : un = u0 + nr : (1)
Remarque : Certaines suites sont définies de IN* vers IR, c’est à dire qu’elles ne commencent
que par le terme u1. La formule (1) devient alors
un = u1 + (n - 1)r : (2)
Dans ce cas u1 est le premier terme.
D’une façon générale, on a : un = uk + (n - k)r: (3)
Soit un une suite arithmétique de raison r et de premier terme u0, on note Sn la somme des n
premiers termes. On a:
n −1
Sn = u0 + u1 +… + un-1 = u
k =0
k
et
n
Sn = ( 2u 0 + u n −1 )
2
n −1
n
En particulier, on a : k = 2 ( n − 1)
k =0
Application économique
Faire un placement ou un prêt à intérêts simples veut dire que les intérêts dus à la fin de
chaque période sont calculés sur le capital initial.
A la fin de chaque période, les intérêts produits ne sont pas ajoutés au capital et ne pouvant
en aucun cas produire d’autres intérêts
Formule
– V0 : le capital initial (somme prêtée ou empruntée).
– n : nombre de période (horizon).
– I0 montant d’intérêt sur une période.
– In montant d’intérêt accumulé sur n périodes.
– Vn : le capital final ou valeur acquise.
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Période Intérêts Valeur acquise
1 V0 . t V0 .+ V0 . t
2 V0 . t V1 .+ V0 . t = V0 .+ 2V0 . t
…. ….
N V0 . t Vn-1 .+ V0 . t = V0 .+ nV0 . t
La valeur acquise (Vn) est une suite arithmétique de raison i = V0t et de premier terme V0.
4. Suites géométriques
Définition : On dit que un est une suite géométrique, de raison q IR et de premier terme u0,
si un vérifie la relation de récurrence :
un+1 = qun : (1)
On a :
un = qun-1 = q2un-2 = … d’où un = qnu0 : (2)
Remarque : Certaines suites sont définies de IN¤ vers IR, c’est `a dire qu’elles ne
commencent que par le terme u1. La formule ( 2) devient alors :
un = q n -1u1 : (3)
Dans ce cas u1 est le premier terme.
D’une façon générale, on a :
un = q(n - k)uk: (4)
Proposition : Soit q un nombre réel. Alors la suite (qn)
1. converge vers 0 si et seulement si q < 1.
2. Converge vers 1 si et seulement si q = 1.
3. Diverge vers + si et seulement si q > 1.
4. Ne possède pas de limite si et seulement si q -1.
Soit un une suite géométrique de raison q et de premier terme u0, on note Sn la somme des n
premiers termes. On a :
n −1
Sn = u0 + u1 +… + un-1 = u
k =0
k (1)
qSn = qu0 + qu1 + … qun-1 = u1 +… + un (2)
qn − 1
(2) - (1) : qSn - Sn = Sn ( q- 1) = un - u0 = qn u0 - u0 , donc Sn = u0
q −1
n −1
q n −1
En particulier, on a : qk =
k =0 q −1
n −1
q n −m − 1
On a aussi, pour 0 m n-1, qk = qm
k =m q −1
Application : Intérêts composés
Faire un placement à intérêts composés veut dire que les intérêts dus à la fin de chaque
période sont ajoutés au capital afin de générer d’autres intérêts la période suivante.
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Ce qui veut dire qu’à la fin de chaque période, l’intérêt simple gagné au cours d’une période
s’ajoute au capital pour forme un nouveau capital et porte intérêt la période suivante, d’où la
notion d’intérêt composé (intérêt sur l’intérêt).
– V0 : le capital initial (somme prêtée ou empruntée).
– n : nombre de périodes.
– In montant d’intérêt accumulé sur n périodes(horizon).
– Vn : le capital final ou valeur acquise.
On a le tableau qui donne les valeurs acquises.
Période Intérêts Valeur acquise
1 V0 . t V0 .+ V0 . t = V0 (1 + t)
2 V0 . t V1 .+ V1. t = V1 (1 + t)
…. ….
N V0 . t Vn-1 .+ Vn-1 . t = Vn-1 (1 + t)
Ainsi (Vn)nIN est une suite géométrique de raison (1 + t) et de premier terme V0.
Donc :
Vn = Vn-1(1 + t) = V0(1 + t)n
5 Suite arithmético-géométrique
Définition : On dit que un est une suite arithmético-géométrique, de paramétres a; b IR et
de premier terme u0, si un vérifie la relation de récurrence :
un+1 = aun + b (1)
Remarque :
- Si b = 0, alors un+1 = aun et la suite devient une suite géométrique.
- Si a = 1, alors un+1 = un + b et la suite devient une suite arithmétique.
On a la proposition suivante qui donne une écriture explicite d’une suite artimético
géométrique :
Proposition : Soit un une suite arithmético-géométrique, de paramètres a; b IR et de
premier terme u0, on a, pour tout
b
n IN, un = an(u0 - ) + ( 2 ) où =
1− a
6 .Suite récurrente simple
C’est des suites de la forme : un+1 = f(un) ou f est fonction num´erique. Il n’est pas toujours
possible de calculer un en fonction de n, mais il existe un théorème fort intéressant et simple
qui permet de prévoir souvent la limite d’une telle suite.
Notons au passage que un+1 = f(un) est bien définie si et seulement si un Df pour tout n IN
et où Df est le domaine de définition de f.
Théorème : Lorsqu’une suite de type un+1 = f(un), où f est une fonction continue, admet une
limite l alors cette limite vérifie : l = f(l).
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Ce théorème est connu sous le nom du théorème de point fixe. Un point qui vérifie f() =
est dit point fixe de la fonction f
Exercices : Applications économiques
Exercice 1
1. On considère une suite un définie par u0 et la relation de récurrence :
un+1 = (1, 1).un + 3000
(a) Montrer qu’il existe un nombre tel que vn = un + soit une suite géométrique.
(b) En déduire la valeur de vn, puis la valeur de un en fonction de u0 et de n.
2. On place le premier janvier 1986 `a un taux de 10 % un capital de 5000 DH, chaque année
ce capital est augmenté des intérêts acquis et d’une somme de 3000 DH. Calculer la somme
disponible 10 ans plus tard.
Exercice 2
Au poste de péage d’une autoroute, on a constat´e qu’entre 17 h et 20 h le nombre de passage
augmente de 10 % toute les 20 minutes. Entre 17h et 17h 20mn, sont passés 200 véhicules.
1. Combien en passera-il entre 19h 40 et 20h ?
2. Combien en passera-il entre 17h et 20h ?
Exercice 3
Un employé gagne 10 000 dh par mois. On lui propose deux types d’augmentation :
A- augmentation de 350 dh chaque mois
B- augmentation de 3% du salaire mensuel, chaque mois.
1. Soit an salaire mensuel, après n mois, résultant de la formule A; bn salaire mensuel, après n
mois, résultant de la formule B. Exprimer an et bn en fonction de n.
2. Faire un tableau permettant de savoir au bout de combien de mois la formule B deviendra,
mensuellement, plus avantageuse pour l’employé que la formule A, on arrondira à un dh
prés.
3. Si l’employé prévoit de rester 16 mois (en comptant le mois initial o`u il gagne 10 000 dh)
quelle est la formule qui lui apportera le plus, sur ces 16 mois ?
Exercice 4
Chaque année, la production d’une entreprise subit une baisse évaluée à 4% de la
production. Au cours de l’année 1999, l’entreprise a produit 25 000 unités et on estime que la
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fabrication n’est plus rentable d`es que la production annuelle devienne inférieure `a 16 000
unités.
1. Déterminer l’année `a partir de laquelle la production n’est plus rentable.
2. Si l’entreprise décide d’arrêter la fabrication au 31 décembre de l’année calculée
précédemment, combien d’unit´es aura-t-elle produites entre le premier janvier 2000 et
l’arrêt de la fabrication ?
Exercice 5
La production d’une entreprise est de 800 unités à la fin de la première année de
fonctionnement. On suppose que cette production augmente de 400 unités chaque année.
Combien d’unités produira-t-elle la 7ième année ?
Quelle est la production totale des 10 premières années ?
Exercice 6 Dans un certain pays et lors d’une crise financière, la population : Offre d’emploi
diminue de moitié chaque année. On note P0 la population initiale et Pn la population au bout
de la nième année.
On considère les deux suites (un) et (vn) définies pour tout entier naturel n, par :
1
un = Pn+1 - Pn et vn = p n +1 − pn
2
1. Montrez que un est une suite géométrique, puis exprimez un en fonction de n.
2. Montrez que vn est une suite constante.
3. Déduisez l’expression Pn en fonction de n, P0 et P1.
4. Calculer : lim Pn quand n →+
5. On suppose que P0 = 1000000 et que P1 = 900000. Quelle sera approximativement la
population offre d’emploi au bout d’un nombre d’années suffisamment grand ?
Exercice 7
En économie, on désigne par Rn le revenu national la nième année suivant une année de
référence. Ce revenu se répartit en une consommation directe Cn et l’investissement
In = Rn - Cn
La consommation dépend du revenu, mais avec retard d’une p´eriode : Cn = aRn + b pour
n1
L’investissement est réalisé pour répondre à l’accroissement de la consommation totale, on
supposera qu’il y’a proportionnalité et qu’il y’a un délai de réponse d’une période entre la
variation du revenu et la réalisation de l’investissement.
In = c(Rn-1 - Rn-2)
1. Déterminez une relation entre Rn, Rn-1 et Rn-2.
2. Etude du cas particulier a = 1, b = 0 et c = 1=4.
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5 1
(a) Montrez que la suite Rn vérifie la relation : R n + 2 =
R n +1 − R n
4 4
(b) D´eduisez-en que Rn+2 ¡Rn+1 est une suite g´eom´etrique et que la Rn+2 - 1/4 Rn+1
est une suite constante.
(c) Déduisez-en l’expression de Rn en fonction de R0 et R1.
Exercice 8
Le premier janvier 1997, la population d’une commune rurale était de 3 000 personnes. On
admet que cette population à diminué de 4% par an.
1. Quelle a été la population de cette commune au premier janvier 2002.
2. A partir de quelle année la population chutera-t-elle `a moins de 2 000 personnes?
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