Université Les Frères Mentouri, Constantine
Département de Lettres et langue française
Cours de CCL 1e année
Enseignant Kaïs Benachour
Email :
[email protected] Avis aux étudiants:
Je mets à votre disposition des cours plus détaillés sous format vidéo, que vous pouvez
consulter sur les liens qui se trouvent à la fin de chaque cours dans ce PDF.
Cours 4
La littérature algérienne des années 1960/1970 : après l’euphorie, la désillusion !
L’Algérie obtint son indépendance en 1962 après 132 années de colonisation française, et on voit la promesse de
nouvelles perspectives démocratiques et culturelles.
Un nouveau pouvoir s’installe dès 1965, dirigé par le président Houari Boumediene qui va dans un premier
temps se méfier de la figure de l’intellectuel et de l’écrivain, puis rapidement, il y voit au contraire un éventuel
partenaire dans la reconstruction d’un pays selon le modèle socialiste. La maison d’édition la SNED est
nationalisée, en même temps que des revues culturelles voient le jour comme «Promesses» dirigée par Malek
Haddad est née en 1969. Un semblant de dynamise culturel est né à la fin des années 1960, mais en contradiction
avec les principes de beaucoup d’auteurs déçus par le pouvoir en place et aussi par une société encore trop
conservatrice. Ces écrivains vont remettre en question non seulement le climat général, mais critiquent aussi les
dépassements et les «non-dits» de la Guerre de libération, comme chez Mohammed Dib dans La Danse du Roi
(1968), Dieu en Barbarie (1970) et Le Maître de chasse (1973).
D’autres écrivains vont aller plus loin dans leurs critiques, en dénonçant notamment le conformisme social et
moral, relançant le débat sur la modernité/tradition, sur le rôle de la femme comme chez Assia Djebar, ou même
en critiquant la religion. Mourad Bourboune publie en 1968 Le Muezzin, dans lequel le personnage principal,
un muezzin bègue et athée de son état, est bien décidé à reprendre sa place et à dénoncer une certaine hypocrisie
générale.
Mais il faut surtout attendre l’année 1969, pour assister à la sortie de ce qui deviendra sans doute l’un des romans
les plus emblématiques de la littérature algérienne, un livre volontairement provocateur, audacieux et
extravagant. Il s’agit de La Répudiation de Rachid Boudjedra.
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COURS 5
Les années 1980 : L’Algérie selon Djaout et Mimouni
Tahar Djaout, Rachid Mimouni, deux noms qui ont marqué la littérature algérienne des années 1980, deux
auteurs dont les œuvres s’inscrivaient comme le prolongement des revendications émises par leurs
prédécesseurs, Rachid Boudjedra en particulier. Deux écrivains qui questionnent cette Algérie qui fête son 20ème
anniversaire d’indépendance, et qui va vivre une grave crise économique et sociale au milieu des années 1980.
Cette nouvelle génération composée aussi de poètes (Youcef Sebti, Habib Tangour, Rabah Belamri, Amin
Khan…) porta un regard pessimiste, critiquant avec virulence une société déstructurée et désenchantée où
l’individu devient un témoin passif de cette situation. La question épineuse abordée à cette époque fut : faut-il
s’ouvrir à la modernité et le progrès, ou au contraire, se figer dans un conservatisme social et culturel ?
L’originalité Djaout et de Mimouni c’est justement d’avoir su se heurter aux réalités de l’époque, leurs textes
sont apparus dans un contexte particulier, à savoir : le climat politique tendu, la montée inquiétante de
l’islamisme radical, les inégalités et les injustices sociales qui ont d’ailleurs mené aux événements tragiques du 5
octobre 1988.
Les personnages principaux dans les textes de Rachid Mimouni, de Tahar Djaout, de Habib Tangour ou de
Rachid Boudjedra, sont des héros marginalisés, des agitateurs souvent doués d’une intelligence et décidés à
rompre avec le passé (les protagonistes sont ainsi souvent des anciens combattants de la révolution). Mais surtout
ils sont courageux parce qu’ils fustigent la bureaucratie, l’état policier et la corruption.
D’ailleurs, le système absurdement bureaucratique est dénoncé dans plusieurs œuvres, on cite l’Escargot entêté
(1977) de Rachid Boudjdra, Le Fleuve détourné (1982) et Tombéza (1984) de Rachid Mimouni, et Les Vigiles
(1991) de Tahar Djaout.
Avant que l’Algérie ne bascule dans l’intégrisme et la guerre civile, cette génération des années 1980 a pu saisir
et raconter l’intense désarroi du peuple algérien, dénonçant aussi bien les dérives du pouvoir technocratique,
militaire et bureaucratique de l’époque, que le poids de la religion et de la tradition. Il ne s’agit pas pour eux de
critiquer sévèrement la société mais d’inciter aussi le lecteur à réagir, et à envisager de nouvelles perspectives
pour le progrès du pays.
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COURS 6
Les années 1990 : Ecrire dans l’urgence, décrire l’horreur.
L’Algérie a connu l’un des moments les plus sombres de son histoire durant les années 1990, le pays s’est
déchiré dans une guerre civile qui a fait des milliers de morts. Un pays au bord du chaos : attentats, assassinats,
répression et menaces, en plus d’une situation socioéconomique des plus précaires.
Le terrorisme frappe aveuglement les civiles, les militaires, les intellectuels, les journalistes, et les écrivains. Les
années 1993, 1994 et 1995, furent les plus sombres pour la littérature algérienne : le médecin et écrivain Laadi
Flici assassiné dans son cabinet dans la Casbah (mars 1993) ; quelques semaines plus tard, le cycle meurtrier de
l’assassinat des journalistes est inauguré lorsque Tahar Djaout est tué de trois balles devant son domicile (mai
1993); puis vint le tour de son ami le poète Youcef Sebti égorgé à Alger (décembre 1993) ; Abdelkader Alloula
tué par balles à Oran (mars 1994) ; Azzedine Mejoubi comédien et directeur du TNA assassiné à Alger (1995).
Le terme littérature de l’urgence fait alors son apparition à la fin des années 1990, une littérature qui se fonde
sur des fictions très réalistes afin de décrire toute forme de violence (attentats, assassinats, embuscades….).
Des romans réalistes et bouleversants ayant connus un grand succès comme ceux de Rachid Mimouni La
Malédiction (1993) ; Rachid Boudjedra avec Timimoune (1994) et La Vie à l’endroit (1997) ; Assia Djebar
avec Le Blanc de l’Algérie (1996) ; Yasmina Khadra l’Automne des Chimères (1998) et A Quoi rêvent les loups
(1999) ; de Mohammed Dib Si Diable veut (1998) ; de Maissa Bey avec Au commencement était la mer
(1996) ; de Aziz Chouaki l’Etoile d’Alger (1998) ; Boualem Sansal Le Serment des Barbares (1999).
On se focalise aussi sur le profil des «tueurs» ou des «terroristes», des personnages présentés comme de jeunes
marginalisés qui basculent du jour au lendemain dan l’intégrisme : à l’exemple de Nafa dans A Quoi rêvent les
loups de Yasmina Khadra un terroriste dont le rêve était pourtant de devenir acteur au cinéma ; ou du
personnage Moussa dans l’Etoile d’Alger de Aziz Chouaki, un musicien désespéré et trahi qui choisit la voie du
terrorisme.
La littérature algérienne a payé le prix fort de son engagement contre l’intégrisme, de nombreux écrivains,
intellectuels et universitaires vont s’exiler en Europe, en Amérique ou dans le monde arabe, fuyant un pays en
guerre. On citera les noms de Rachid Mimouni, Rachid Boudjedra, Arezki Metref, Aissa Khelladi, Aziz
Chouaki, Abdelkader Djemaï, et tant d’autres.
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COURS 7
Littérature algérienne des années 2000 : le temps du renouveau
La littérature algérienne de langue française est une littérature de son époque, qui s’ouvre tant bien que mal à la
modernité même si le temps des témoignages et de la dénonciation n’est pas tout à fait terminé. Cette période est
caractérisée par un foisonnement des œuvres et des formes (poésie, théâtre…), de nouveaux noms ont fait leur
apparition grâce notamment à l’émergence des maisons d’édition (Casbah, Chihab, Média-Plus, Sédia, Koukou,
Dalimen, APIC, Barzakh…)
Les contours et les codes traditionnels du roman sont bousculés pour laisser place à une création plus libre, plus
fragmentée et plus éclatée.
Dans leurs romans El-Mahdi Acherchour, Mourad Djebal, Djamel Mati, Habib Ayyoub, Mustapha
Benfodil, ou Kamel Daoud se nourrissent également des écrits de Kateb Yacine, de Rachid Boudjedra, de
Habib Tenggour, ou Tahar Djaout ; ils brouillent les repères et bouleversent le genre romanesque en incluant
de la poésie, du théâtre, des flash-backs, de longs soliloques, la mise en abîme…etc.
Et si l’humour est présent dans cette littérature, chez Chaouki Amari Le Faiseur de trous (2007), ou chez
Habib Ayyoub Le Remonteur de l’horloge (2012), il n’en demeure pas moins que les écrivains continuent à
décrire les réalités sociales dans cette époque de l’accumulation des frustrations et des déceptions, de
l‘effondrement des valeurs tels que l’imagine Boualem Sansal en critiquant la bureaucratie et la corruption dans
Dis-moi le Paradis (2003) ; ou Kamel Daoud dans Ô Pharaon (2004) un récit qui raconte le désenchantement
et les déceptions de l’Algérie des années 1990 et 2000.
Une littérature Monde
C’est à l’étranger surtout que cette littérature se fait connaitre, les textes ne traitent plus de l’Algérie mais vont
s’emparer de thèmes universels, explorer d’autres horizons et d’autres «urgences» : le terrorisme international
avec Salim Bachi dans Tuez-les tous (2006) et Moi, Khaled Kelkal (2012), ou encore Boualem Sansal avec
2084 (2015) ; les conflits au Moyen Orient avec la trilogie de Yasmina Khadra l’Attentat (2005); Les
Hirondelles de Kaboul (2002) et Les Sirènes de Bagdad (2006) ; la Deuxième Guerre Mondiale Anouar
Benmalek Fils de Shéol (2015). Des auteurs choisissent aussi de consacrer des œuvres biographiques sur des
personnalités historiques : La Dernière nuit du Raïs (2015) de Yasmina Khadra aborde la dernière nuit du
leader libyen Mouammar Kadhafi avant sa mort ; tout comme Salim Bachi qui publie en 2013 un étonnant
roman intitulé Le Dernier été d’un jeune homme sur le voyage d’Albert Camus au Brésil en 1949 ; enfin, Kamel
Daoud et Kaouthar Adimi surprennent le monde littéraire en France et en Algérie et obtiennent plusieurs prix
littéraires, le premier pour son roman Meursault Contre-Enquête (2013) dans lequel il réhabilite le personnage
de « l’Arabe » de l’œuvre d’Albert Camus, l’Etranger, tandis qu’Adimi avec son roman Nos Richesses (2017)
retrace la vie du libraire et éditeur Edmond Charlot.
La littérature algérienne du 21è siècle qui, à l’épreuve de la mondialisation, se distingue par une production
littéraire prolifique, soucieuse d’appartenir à son époque. Une littérature qui se place encore sous le signe de
l’urgence, de la dénonciation et de la description des maux qui rongent la société.
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