Ohadata D-24-12: Article Sélectionné Par Le Conseil Scientifique - Association Henri Capitant
Ohadata D-24-12: Article Sélectionné Par Le Conseil Scientifique - Association Henri Capitant
Paul EBENGA
Expert Juriste à la Commission Nationale OHADA-RDC ; Avocat au Barreau de
Kinshasa/Matete ; Assistant et Chercheur en droit international
Email : ebenga.paul11@[Link]
2
Introduction
L’exécution forcée, pour laquelle le législateur OHADA consacre quasiment tout un
acte uniforme, est tributaire du droit de saisir ou droit à l’exécution1. Pour le droit
communautaire, « à défaut d’exécution volontaire, tout créancier peut, (...) , contraindre son
débiteur défaillant à exécuter ses obligations à son égard ou pratiquer une mesure
conservatoire pour assurer la sauvegarde de ses droits »2. C’est là la consécration d’un des
principes fondamentaux de droit civil exprimant la corrélation patrimoniale indéniable entre
l’actif et le passif3.
Par ailleurs, les créances sujettes à l’obligation de recouvrement telle que conçue par le
droit OHADA doivent revêtir, de façon cumulative4, une certitude, être liquides et remplir leur
exigibilité5. La créance « certaine » est celle qui ne souffre d’aucune contestation6, dont
l’existence est incontestable, actuelle7 ou encore qui est indubitable8 ; elle est « liquide » en ce
que son montant est mentionné avec précision9 ou est déterminable en une somme d’argent10 ;
elle est enfin « exigible » lorsqu’elle est arrivée à échéance11.
1
Alidor KAHISHA MUNEMEKA, Le droit de l’exécution forcée, Louvain, Academia-L’Harmattan, 2019, p. 15.
2
Art. 28 de l’acte uniforme relatif aux procédures simplifiées de recouvrement des créances et voies d’exécution
du 17 octobre 2023, ci-après “AUPRSVE”.
3
Ph. THERRY, « Saisissabilité et limites », in Acte du Colloque du 9 juillet 2001 sur le « 10e anniversaire de la
loi du 9 Juillet 1991 sur la réforme des procédures civiles d’exécution », Paris, Editions Juridiques et Techniques,
2002, p. 61.
4
CCJA, 2e ch., n° 06, 25-8-2011 : BURKINA et SHELL SA c/ Les Syndics-Liquidateurs de TAGUI SA, Juris-
Ohada n° 3/2011, juillet-septembre 2011, p. 2, Ohadata J-12-150, J-13-159.
5
Art. 31 de l’AUPSRVE.
6
CCJA, n° 21, 17-6-2004 : SDV COTE D’IVOIRE c/ Sté RIAL TRADING, Le Juris-Ohada, n° 3/2004, juillet-
octobre 2004, p. 11, note BROU Kouakou Mathurin ; Receuil de la jurisprudence de la CCJA, n° 3, janvier-juin
2004, p. 130, Ohadata J-04-382. Voir aussi, CA Abidjan, 3° ch. civ. Et com., n° 234, 20-09-2006 : M. S. O. E. B.
S c/ SOCABO SARL, Ohadata J-08-89 ; TGI Ouagadougou, n° 155, 5-5-2004 : SODEGRAIN SA c/ STCK SA,
Ohadata J-05-246.
7
CA Ouagadougou, ch. Com., n° 041/99, 19-6-2009 : K. B. G. c/ SOPAFER-B, Ohadata J-10-217 ; TPI 1ère
classe, Lomé, ch. Civ. Et com., n°77/2009, 20-3-2009 : CFAO MOTORS c/ OCLOO Daniel, Ohadata J-11-116.
8
CA Abidjan Centre, n° 339/civ., 16-5-2003 : La CITIMA c/ Sieur F. P., Ohadata J-04-203. Par une reconnaissance
de dette, Voir CCJA, 1e ch., n° 16, 25-3-2010 : Sté INDUSTRAP c/ N., Le Juris-Ohada, n° 3/2010, juil.-sept., p.
1, Ohadata J-11-60, J-12-27.
9
CA Ouagadougou, ch. Com., n° 041/99, 19-6-2009 : KABEZ B. G. c/ SOPAFER-B, Ohadata J-10-217.
10
TGI Ouagadougou, n° 155, 5-5-2004 : SOGEDRAIN SA c/ STCK SA, Ohadata J-05-246.
11
Voir TGI Ouagadougou, n° 155, 5-5-2004 : SOGEDRAIN SA c/ STCK SA, Ohadata J-05-246 ; TGI
Ouagadougou, n° 16/2005, 26-1-2005 : EBDR c/ ECOBANK-BURKINA, Ohadata J-07-119 ; CCJA, n° 018/2006,
26-10-2006 : SAFCA c/ 1) Sté CTS SARL, 2) M. M. R. A., 3) P. M. L. N. D., Receuil de la jurisprudence de la
CCJA, n° 18/2006, p. 16, Le Juris-Ohada, p. 11, Ohadata J-08-93.
3
La question de l’immunité d’exécution des personnes morales de droit public a fait état
de cogitation en droit de l’exécution. Et si aucune problématique ne s’invite s’agissant de l’État
et des collectivités territoriales, moult préoccupations fusent donc de partout, surtout au regard
de la nature publique des États qui, de plus en plus, se mue en une nature économique avec des
interventions intempestives des gouvernements dans ce secteur particulier12. C’est le sens de
l’existence d’entreprises publiques ou encore des sociétés du portefeuille de l’État qui
interviennent dans le secteur économique en tant que personnes morales de droit privé au capital
desquels la RDC participe minoritairement13, majoritairement ou dont il est actionnaire
unique14. A ce titre, l’immunité d’exécution contre ces sociétés - malgré les multiples doutes
légaux et jurisprudentiels - sera écartée dans l’espace OHADA. La CCJA aura constamment
insisté dans ce sens qu’une société “a qualité de personne morale de droit privé donc une
société commerciale ordinaire et non de droit public et qu’à cet égard, la présence dans son
capital social de fonds publics ou d’une personne morale de droit public est indifférente”15.
D’autre part, après la circoncision de la personne morale bénéficiaire des immunités, cet
acte uniforme révisé le 17 octobre 2023 à Kinshasa comporte de diverses innovations pour les
États parties, notamment en présentant une structure nouvelle des dispositions 30, 30-1, 30-2 et
30-3 qui rendent cruciale la question de l’immunité d’exécution. Cette dernière se conçoit
comme un privilège personnel que la loi octroi à une catégorie des débiteurs afin de les
soustraire à une mesure d’exécution16. Et par les dispositions susmentionnées, malgré ces
immunités, il pourra être exécuté contre les personnes publiques en cas de renonciation
expresse, de compensation ou encore d’inscription au budget du suivant exercice.
La révision de l’AUPSRVE a ainsi clarifié la portée exacte et les limites aux immunités
des personnes morales de droit public. La présente réflexion se veut un essai d’appréhension de
la question au niveau communautaire, en saisissant clairement les limites de cette immunité (I.)
avant de traiter essentiellement des exceptions à cette dernière (II.).
12
A l’origine, les Etats n’avaient pas vocation à intervenir dans le négoce, ni à rechercher le profit. Au fil du temps,
ils se départissent de leur rôle traditionnel et deviennent acteurs de la vie des affaire. C’est ainsi que les services
publics industriels et commerciaux (SPIC) naquirent, puis ensuite les établissements publics industriels et
commerciaux, ainsi que les entreprises publiques. Voir H-M. BIABUETUSIWA et Gr. MUWAWA LUWUNGI,
« La mise en mort et résurrection des entreprises publiques en RDC, leur survie sous l’empire OHADA et la
question des immunités d’exécution », in Ohadata D-22-26, p.17.
13
Art. 2 lit. b) de la Loi n° 08/008 du 7 Juillet 2008 portant dispositions générales relatives au désengagement de
l’Etat des entreprises publiques, JO RDC, 49e Année, Numéro Spécial, 12 Juillet 2008, ci-après “Loi sur le
désengagement de l’Etat des entreprises du portefeuille”.
14
Art. 2 lit. c) de la Loi sur le désengagement de l’Etat des entreprises du portefuille.
15
Voir CCJA, Arrêt n°190/2020 du 28 mai 2020, Affaire SOTRA C/ SONAREST et l’Etat de Côte d’Ivoire.
16
Landry PONGO WONYA, Les immunités d’exécution de l’Etat et des organismes en droit Ohada, Kinshasa,
Hans Kelsen, 2024, p.9.
4
I. Portée des immunités d’exécution : des personnes morales bénéficiaires des
immunités d’exécution, des biens des services publics et des biens insaisissables
dans l’AUPSRVE
17
L’ancien Art. 30 al. 1er de l’AUPSRVE de 1998 disposait : “L’exécution forcée et les mesures conservatoires
ne sont pas applicables aux personnes qui bénéficient d’une immunité d’exécution.”.
18
Art. 30 al. 1er de l’AUPSRVE.
19
Voir NDIAW DIOUF, MOUNETAGA DIOUF et alii., Acte uniforme portant organisation des procédures
simplifiées de recouvrement des créances et voies d’exécution, Commenté et annoté, Université de Poitiers,
Addenda 2024, p. 200.
20
Louis YUMA BABIA, Manuel de droit administratif général, Kinshasa, CEDI, 2011, p.65.
21
Voir Art. 5 de la loi organique n° 08/016 du 07 octobre 2008 portant composition, organisation et fonctionnement
des ETD et leurs rapports avec l’Etat et les provinces.
22
Art. 2 de la Loi n° 08/007 du 7 Juillet 2008 portant dispositions générales relatives à la transformation des
entreprises publiques, JO RDC, 49e Année, Numéro Spécial, 12 Juillet 2008, ci-après “Loi relative à la
transformation des entreprises publiques”.
23
L’entreprise publique était comprise comme étant tout établissement qui, quelle que soit sa nature, 1°. - est créé
et contrôlé par les Pouvoirs Publics pour remplir une tâche d’intérêt général ; 2°. - est créé à l’initiative des
Pouvoirs Publics entre eux pour l’exploitation en commun d’un Service ou d’une activité donnée ; 3°. - est créé à
l’initiative des personnes morales de droit public entre elles pour l’exploitation en commun d’un Service ou d’une
activité donnée ; 4°. - est créé à l’initiative des Pouvoirs Publics en association avec les personnes morales de
droit public pour l’exploitation en commun d’un Service ou d’une activité donnée. L’entreprise publique est une
personne morale de droit public. Art. 2 de la Loi n° 78-002 du 6 Janvier 1978 portant dispositions générales
applicables aux entreprises publiques telle que modifiée et complétée à ce jour (Textes coordonnés et mis àjour au
29 septembre 2001), JO RDC, 42e année, Numéro spécial, Octobre 2001.
24
Voir en ce sens la Loi relative à la transformation des entreprises publiques.
5
Toutefois, c’est bien les sociétés commerciales dans lesquelles l’État est actionnaire qui,
portant renaissance fondamentale de l’entreprise publique en droit congolais, seront réparties
en entreprises du portefeuille de l’État dès que l’État y est actionnaire25 et spécialement
entreprises publiques si l’État est actionnaire en majorité absolue ou en totalité26.
En effet, la CCJA est allée dans le premier sens, dans l’affaire GNANKOU GOTH
Philippe contre FER, en précisant « qu’une société d’État doit, pour bénéficier de l’immunité
d’exécution, avoir pour objet une mission d’intérêt général, un capital entièrement détenu par
l’État et des ressources exclusivement d’origine publique constituées par des redevances et/ou
des allocations budgétaires étatiques »30. La même année courante, dans le second sens, le cours
des événements n’a laissé d’autres choix à la CCJA que de connaître un revirement
jurisprudentiel, et ce, par un arrêt rendu le 26 avril 201831, mettant en évidence la question
25
Art. 2 lit. b) de la Loi sur le désengagement de l’Etat des entreprises du portefeuille.
26
Art. 2 lit. c) de la Loi sur le désengagement de l’Etat des entreprises du portefeuille.
27
Art. 30 al. 2 et 3 de l’AUPSRVE de 1998.
28
CCJA, Arrêt n° 043/2005 du 7 juillet 2005 : Affaire Aziablévi YOVO et autres c/ Sté TOGO TELECOM.
29
CCJA, Arrêt n°024/2014 du 13 mars 2014 : Affaire KOUTOUATI A. AKAKPO DANWODINA et 18 autres
C/ Société TOGO-PORT dite Port Autonome de Lomé : « Mais attendu que , si la Loi n°90-26 du 04 décembre
1990 et son Décret d’application n°91 197 du 16 août 1991 soumettent les entreprises publiques aux règles de
droit privé, lesdites entreprises publiques dont le Port Autonome de Lomé bénéficient, aux termes de l’article
30,alinéa 1 de l’AU sus indiqué, de l’immunité d’exécution et, en ordonnant le sursis à l’exécution du Jugement
n°2431/07 du 16 novembre 2007, le juge des référés d’appel de Lomé n’a en rien violé l’article 30 al.1er de l’ AU
susmentionné ».
30
CCJA, Arrêt n° 044/2016, Affaire GNANKOU GOTH Philippe c/ FONDS D'ENTRETIEN ROUTIER dit «
FER », Arrêt disponible sur le site : [Link] Dans ce sens, CCJA, Arrêt n° 139/2021, du 24 juin
2021, Affaire KOUADIO N’GUESSAN Norbert c/ Société Nationale d’Opérations Pétrolières de la Côte d’Ivoire
(PETROCI) SA et Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie en Côte d’Ivoire (BICICI) SA.
31
CCJA, Arrêt n° 103/2018 du 26 avril 2018, Affaire MBULU MUSESO C/ la société des Grands Hôtels du
Congo S.A et consort, in LégalRDC, [Link].
6
d’une société d’économie mixte - privé 50 % et public 50% - et décidant de l’inapplication de
l’immunité d’exécution à ces personnes qui relèvent plutôt du droit privé32 et sont soumises
comme telle aux voies d’exécution sur leurs biens propres33. Par suite, en 2019, elle martèlera,
et cela est une position plus radicale, que les « bénéficiaires de l’immunité d’exécution énoncés
à l’article 30.1 ne sont pas régies par l’AUSCGIE »34. C’est à la suite de cette position que la
haute Cour assouplira, voire rejettera ce critère tenant à la constitution du capital pour
finalement embrasser le critère de la forme sociale dans les affaires SNEL et GENCAMINES
en 2022.
Pour la Cour, « la SNEL SA a perdu son statut de personne morale de droit public,
bénéficiaire de l’immunité d’exécution, dès le moment qu’elle s’est restructurée en société
anonyme, conformément aux articles 385 et 386 de l’AUSCGIE, et le fait qu’elle soit investie
d’une mission de service public et que l’État détient la totalité de son capital social étant
indifférent à sa soumission au droit privé »35. Dans cette orientation et à la même date, la CCJA
a rendu une décision dans l’affaire dite « GECAMINES »36, où elle précisa « qu’aucune société
ne peut être à la fois anonyme et personne de droit public »37. Ainsi, elle jugea que « bien que
bénéficiant de la participation de l’État au capital de la GECAMINES S.A, celle-ci est bel et
bien une société anonyme, comme l’indique si bien sa raison sociale et donc soumise aux
conditions d’exécution des sociétés de droit privé »38.
32
Voir CA Abidjan, n° 283, 1-3-2002 : Sté GESTOCI SA c/ D. A., Ohadata J-03-314 ; voir Ohadata J-04-93.
33
CCJA, 3e ch., n° 103, 26-4-2018 : M. M. c/ Stédes Grands Hôtels du Congo SA et 10 autres.
34
CCJA, Arrêt n° 267/2019, 28 novembre 2019 : Grégoire BAKANDEDJA Wa MPUNGU c/ Société des Grands
Hotels du Congo, p. 2.
35
CCJA, Arrêt n° 053/2022 du 03 mars 2022, Affaire ESTAGRI Sarl c/ SNEL SA. Cette position a été confirmée
par la CCJA dans son l’arrêt n°054/2023 du 30 mars 2023 en motivant que la société d’Etat soumise ou constitué
sous une forme juridique prévue par l’acte AUSCGIE n’est éligible à l’immunité d’exécution.
36
CCJA, Arrêt n° 060/2022 du 03 mars 2022, Affaire : Générale des Carrières et des Mines, en sigle «
GECAMINES SA », c/ La Société de Recherche et d’Exploitation Technologique, Agricole et Commerciale, en
sigle « SORETAC SARL » et consort, in légalRDC, [Link].
37
Voir aussi en ce sens, CA Abidjan, n° 762, 10-6-2003 : Sté AFFE-CI SECURITE c/ CNRA, Ohadata J-03-238.
38
CCJA, Arrêt n° 060/2022 du 03 mars 2022, Affaire GECAMINES SA c/ SORETAC SARL et consorts.
7
sont les personnes morales de droit public notamment l’État, les collectivités territoriales et les
établissements publics qui bénéficient de l’immunité d’exécution. L’utilisation de l’adverbe
notamment laisse penser à juste titre que la liste n’est pas limitative. Mais cela est certainement
pour tenir compte de la diversité des personnes morales de droit public qui peuvent exister au
sein des États parties ; il y a par exemple les agences d’exécution, les autorités administratives
indépendantes, certains organes de régulation qui ont parfois un statut ambigu39.
Désormais, nul doute. Les entreprises publiques ne sont point bénéficiaires des
immunités d’exécution de droit OHADA. S’agissant du cas particulier de la RDC - tel que
signalé plus haut, la transformation des entreprises publiques en services publics, en sociétés
commerciales et en établissements publics ne laisse clairement subsister dans le champ des
immunités que cette dernière espèce. En ce qui la concerne, la nouvelle entreprise publique de
2008 est une société commerciale40, soumise aux règles de droit privé applicables aux sociétés
commerciales41. Ainsi, autant ces sociétés seront régies par l’AUSCGIE42 de 2014, autant
l’AUPSRVE sur l’exécution leur sera applicable.
Après avoir analysé le sort des entreprises publiques, notons que le service public, défini
par le Loi n° 08/007 relative à la transformation des entreprises publiques, est conçu comme
39
NDIAW DIOUF, MOUNETAGA DIOUF et al., [Link]., p. 71.
40
Voir Art. 4 de la loi sur la transformation des entreprises publiques : “Les entreprises publiques du secteur
marchand sont transformées en sociétés commerciales soumises au régime de droit commun et aux dispositions
dérogatoires de la présente Loi.”.
41
Art. 1er al. 1er de l’Acte uniforme de l’OHADA relatif au droit commercial général du 15 décembre 2010, ci-
après “AUDCG” : “Tout commerçant, personne physique ou morale y compris toutes les sociétés commerciales
dans lesquelles l’Etat ou toute autre personne de droit public est associé, ainsi que tout groupement d’intérêt
économique, dont l’établissement ou le siège social est situé sur le territoire de l’un des Etats parties au Traité
relatif à l’harmonisation en Afrique du droit des affaires, (…), est soumis aux dispositions du présent Acte
uniforme”. Dans un arrêt rendu en 2022, la CCJA a réaffirmé que « toute entité, y compris celle appartenant à
l’État, qui opère sous la forme d’une personne morale de droit privé au sens de l’art. 1er de l’Acte uniforme relatif
au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, reste régie par les règles de droit privé
et à ce titre, est susceptible d’exécution forcée. » (CCJA, arrêt n° 053/2022 du 3 mars 2022 publié à l'adresse
internet consultée le 3 juillet 2024 [Link] Voir aussi en ce sens, CCJA arrêt n° 368/2020 du 26
novembre 2020 Société Ivoirienne de Concept et de Gestion Mali (SICG Mali) c/ Banque Malienne de Solidarité
& Banque Malienne de Solidarité Côte d’Ivoire, publié à l'adresse internet consultée le 3 juillet 2024
[Link]
42
Le fait pour l’État de s’insinuer dans les cadres juridiques du droit privé, entraîne comme conséquence que les
sociétés créées dans ce cadre sont régies en principe par le droit commun des sociétés. Voir en ce sens,
KOLONGELE EBERANDE, Pouvoir dans les sociétés mixtes de droit français, OHADA et congolais. Pour une
gestion équilibrée d’intérêts et de conflits entre l’Etat actionnaire et les investisseurs privés, Sarrebruck, P.U.E.,
2011, n° 23, p. 24 ; TAGAND R., Le régime juridique de la société d’économie mixte, Paris, LGDJ, 1969, p. 8 ;
LABASTE M., Le portefeuille de participations financières de l’Etat en France dans les sociétés d’économie
mixte, Mémoire DESS, Université de Paris, 1970, p. 18.
8
tout organisme ou toute activité d’intérêt général relevant de l’Administration publique43. C’est
bien dans ce sens que le service de l’eau44, celui de l’électricité, des médias audiovisuels et
écrits45, du sport46 ou encore celui des télécommunications et nouvelles technologies de
l’information et de la communication47 sont des services publics en droit congolais. Étant donné
que ces services constituent des activités ouvertes aux investissements privés, elles n’échappent
pas au monde des exécutions forcées sans que, toutefois, le législateur OHADA ne les laisse
libres au regard de l’intérêt général en jeu. En effet, « lorsque l’exécution forcée et les mesures
provisoires sont entreprises à l’égard de personnes morales autres que les personnes morales
de droit public et sont de nature à porter gravement atteinte à la continuité du service public,
le juge peut, à la demande de la personne morale intéressée ou du ministère public, prendre
toutes mesures urgentes appropriées, en subordonnant de telles mesures à l’accomplissement,
par le débiteur, d’actes à faciliter ou à garantir le paiement de la dette.”48.
Sans traiter des services publics organismes - qui sont certes bénéficiaires d’immunités,
les biens des personnes morales de droit privé investies d’une mission de service public peuvent
faire l’objet d’exécution forcée sans pour autant porter gravement atteinte à la continuité dudit
service. Il s’agit-là d’une bien louable intervention du législateur OHADA qui fixe ainsi une
protection des services publics qui, de par leur nature, ont pour objet la satisfaction d’un intérêt
général. Il demeure toutefois, au regard de l’état actuel du droit, une question cruciale des «
mesures appropriées » que peut prendre le juge en dehors des mesures conservatoires ou encore
de l’exécution forcée. Il n’est pas aisé d’en concevoir ; certes la jurisprudence future y relative
nous en apprendra davantage.
La portée du domaine de l’exécution forcée est d’autant plus restreinte que certains
biens, détenus ou pas par des personnes de droit public, ne peuvent faire l’objet de saisie.
43
Art. 3 pt. 3 de la Loi relative à la transformation des entreprises publiques.
44
Loi n° 15/026 du 31 décembre 2015 relative à l’eau, in JORDC, Kinshasa, 57e année, N° spécial, 13 janvier
2016.
45
Voir Art. 24 de la Constitution du 18 février 2006.
46
Voir Art. 40 de la Loi n° 11/023 du 24 décembre 2011 portant Principes fondamentaux relatifs à l’organisation
et à la promotion des activités physiques et sportives en République Démocratique du Congo, in JORDC, 52e
année, n° spécial, 28 décembre 2011.
47
Art. 7 de la Loi 20/017 du 20 Novembre 2020 relative aux télécommunications et technologies de l’information
et de la communication. Il dispose : « Les télécommunications et les technologies de l’information et de la
communication constituent un service public ».
48
Art. 30-2 de l’AUPSRVE.
9
Certains biens sont de par leur nature, insaisissables.
Alors que le législateur de 1998 n’avait que prévu que les biens insaisissables ne seront
déterminés par les États parties49, le nouvel AUPSRVE a tenté, sans pour autant annihiler cette
option, d’établir une liste des biens insaisissables dans l’espace OHADA.
Aux termes de l’acte uniforme, « sont insaisissables : 1°) les provisions alimentaires
adjugées par décision de justice ; 2°) les biens déclarés indisponibles par la loi des États parties
; 3°) les sommes et objets disponibles, déclarés inaliénables par le testateur ou le donateur,
lorsque la saisie est poursuivie par le créanciers postérieurs à l’acte de donation ou à
l’ouverture des legs, sauf autorisation du juge et pour la portion qu’il détermine ; 4°) les biens
que la loi rend incessibles, à moins qu’il n’en soit disposé autrement ; 5°) les provisions,
sommes et pensions à caractère alimentaire, sauf pour le paiement des aliments déjà fournis
par le saisissant à la partie saisie ; 6°) les biens mobiliers nécessaires à la vie du débiteur et
de sa famille ; 7°) les biens mobiliers nécessaires à l’exercice de l’activité professionnelle du
saisi, si ce n’est pour le paiement de leur prix, sauf si ces biens se trouvent dans un lieu autre
que celui où le saisi demeure ou travaille habituellement, ou s’ils constituent des éléments
corporels d’un fonds de commerce ou s’il s’agit de biens de valeur ; 8°) les objets indispensable
aux personnes en situation de handicap ou destinés aux soins des personnes malades ; 9°) les
avoirs des banques ainsi que ceux des autres établissements financiers ou de crédit, de
microfinance ou de paiement sous forme de dépôts dans les comptes des banques centrales ;
10°) les biens et droits déclarés insaisissables par les États parties. »50.
Ainsi, en droit positif congolais, à titre exemplatif, « les biens de l’État qui sont affectés
à un usage ou à un service public sont hors commerce, tant qu’ils ne sont pas régulièrement
désaffectés »51. Suivant notre sens, les biens déclarées hors commerce par le législateur
congolais, – bien que ce terme ne ressorte pas de l’AUPSRVE –, sont naturellement
insaisissables car étant de ce fait indisponibles et même incessibles.
49
Art. 51 de l’AUPSRVE de 1998.
50
Art. 51 de l’AUPSRVE.
51
Art. 10 de la Loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 portant régime général des biens, régime foncier et immobilier et
régime des sûretés, telle que modifiée et complétée par la loi n° 80-008 du 18 juillet 1980, ci-après “Loi dite
foncière”.
10
Par ailleurs, la brèche ouverte par l’AUPSRVE a laissé subsister la déclaration de
l’insaisissabilité de certains biens et droits par les États parties52. En ce qui le concerne, le
Gouvernement congolais n’y est pas allé de main morte, d’ailleurs à la limite de la légalité.
Pour la CCJA, partant de l’idée que la volonté du législateur OHADA est « de permettre
aux États de participer à la vie économique comme associé d’une société privée et non de
conférer à celle-ci une immunité d’exécution susceptible de porter préjudice au libre jeu de la
concurrence, vital à l’essor du secteur privé », il est clair qu’une personne morale de droit privé
régulièrement constituée sous l’une des formes prévues par l’AUSCGIE ne saurait, même si
elle compte parmi ses actionnaires un État ou une personne morale de droit public, bénéficier
de l’immunité d’exécution57. Ce qui n’a pas été pris en compte par ce Décret du 21 Août 2024,
pourtant postérieur à la révision de l’AUPSRVE.
Il est certes vrai que les immunités des personnes et l’insaisissabilité des biens sont deux
concepts différents. L’immunité est définie comme un bénéfice personnel que la loi accorde à
52
Voir Art. 51 pt. 10°) de l’AUPSRVE.
53
Il s’agit du Décret n° 24/04 du 21 Août 2024 portant sauvegarde du patrimoine des entreprises publiques, des
établissements publics et services publics, ci-après “Décret du 21 Août 2024”.
54
Voir Art. 1er du Décret du 21 Août 2024.
55
Voir Ces entreprises sont les anciennes entreprises publiques du secteur marchand défini par la loi comme “tout
secteur d’activités économiques soumis à la concurrence et dont le but est de générer des profits”.
56
Voir Art. 2 lit. c) de la Loi sur le désengagement de l’Etat des entreprises publiques.
57
CCJA arrêt n° 368/2020 du 26 novembre 2020 Société Ivoirienne de Concept et de Gestion Mali (SICG Mali)
c/ Banque Malienne de Solidarité & Banque Malienne de Solidarité Côte d’Ivoire, publié à l'adresse internet
consultée le 3 juillet 2024 [Link] Voir en ce sens, NDIAW DIOUF, MOUNETAGA DIOUF et
alii., [Link]., p. 70.
11
certains débiteurs pour les soustraire de toute mesure d’exécution forcée de sorte que si ces
derniers n’exécutent pas leurs créances, ils ne peuvent point y être contraints58. Et bien que les
immunités entraînent l’insaisissabilité des biens de leurs bénéficiaires, l’insaisissabilité à elle
seule suppose que la nature publique des biens ou encore leur objet de protection d’un intérêt
légitime59 ne peut laisser subsister une exécution sur eux. Dans ce sens, et malgré que
l’AUPSRVE le permet au droit national, ce Décret pèche en ce qu’il rattache l’insaisissabilité
de ces biens au seul fait de leur appartenance à aux entreprises publiques, estimant ainsi protéger
le patrimoine de l’État. Cela est bien plus flagrant du fait que non seulement le patrimoine de
l’État, actionnaire des entreprises publiques, est différent du patrimoine de ces entreprises mais
aussi que ces dernières ne sont point des personnes morales de droit public, mais plutôt des
personnes de droit privé60. Il s’agit-là bien plus d’un contournement de la non-immunité des
entreprises publiques par une prétendue insaisissabilité de tous leurs patrimoines que d’une
protection du patrimoine de l’État congolais. Comme le note la doctrine, peu importe l’intérêt
que poursuivait l’État en se lançant dans l’exploitation d’une activité économique, il semble
paradoxal de lui reconnaître une telle insaisissabilité vis-à-vis des particuliers, dès lors qu’il
exerce ces activités sous les mêmes conditions, ne serait-ce que sur le plan formel, que ces
derniers61.
En sus des limites tenant en aux bénéficiaires des immunités et aux biens insaisissables,
le monde des immunités d’exécution OHADA a, du fait de la modification de 2023, subi
d’autres restrictions permettant la saisissabilité des biens de l’État.
58
D-C KOLONGELE EBERANDE, « Immunité d’exécution, obstacle à l’exécution forcée en droit OHADA
contre les entreprises et personnes publiques ? », in Directeur du Centre d’Expertise juridique et d’actualités en
droit des affaires (CEJADA), PDF, 2019, p. 3.
59
Lire en ce sens, S. GUINCHARD et Th. DEBARD, Lexique des termes juridiques, 19e éd., Paris, Dalloz, 2012,
p. 472.
60
Art. 4 de la Loi n° 08/010 du 7 Juillet 2008 portant dispositions générales relatives à la transformation des
entreprises publiques, JO RDC, 49e Année, Numéro Spécial, 12 Juillet 2008, ci-après “Loi sur le portefeuille de
l’Etat”.
61
J. MASUKU AYIKABA, “La jurisprudence de la Cour commune de justice et d’artibrage (CCJA) sur
l’immunité d’exécution au profit des entreprises publiques - Quo vadis ?”, in Droit en Afrique 25 (2022), p. 226.
12
personnes morales de droit public, notamment l’État, les collectivités territoriales et les
Établissements publics ». Cette nouvelle formulation de l’acte uniforme pose ainsi le principe
des immunités d’exécution « sauf renonciation expresse ». Cette position est alors bienvenue
d’autant plus que la jurisprudence de la CCJA y faisait déjà allusion.
En effet, dans l’affaire ASECNA Article 2 c/ ses ex-employés, la CCJA s’est mise à
l’analyse de la validité d’un renoncement exprès à une immunité d’exécution au travers un
accord d’établissement passé le 9 Juin 2004 entre ASECNA Article 2 et la République
centrafricaine. Dans cette affaire, la Cour conclura « qu’aucune renonciation expresse à son
immunité de juridiction n’est invoquée contre l’ASECNA et que le consentement à l’exercice
de la juridiction par les tribunaux centrafricains n’implique pas le consentement à l’exécution
forcée, qui nécessite un consentement exprès distinct »62. Dans le même sens, la CCJA insistera
par la suite que « le renoncement d’un organisme de l’État à son immunité d’exécution ne peut
être présumé »63. En jugeant que la renonciation ne se présume pas, la CCJA a ainsi admis
implicitement la possibilité de renoncer à l’immunité d’exécution, pour autant qu’elle aura été
expressément stipulée dans une convention ou encore disposé dans une loi, tant il est vrai
qu’aucune disposition du Traité OHADA ou de l’AUPSRVE ne l’interdit64.
Avec cette modification de l’AUPSRVE, les personnes morales de droit public peuvent
délibérément consentir de se soumettre à l’exécution forcée ou aux mesures conservatoires.
Ceci est alors une exception à l’immunité d’exécution envisagée dans l’esprit du législateur
OHADA.
Quant à l’étendue de celle-ci, il est avisé de déterminer les biens qui peuvent faire l’objet
de renonciation au regard des biens relevant du iure gestionis65 faisant objet de la renonciation
et ceux du iure imperii ne faisant pas objet de la renonciation66. Dans le langage du droit de
l’exécution OHADA, ce questionnement trouve son application pratique en ce qui concerne les
biens insaisissables et les biens affectés à la satisfaction d’un service public. Dans ce sens,
malgré qu’il y ait renonciation expresse de la part de la personne bénéficiaire des immunités,
62
CCJA, ass. plén., n° 136, 11-11-2014 : Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à
Madagascar, dite ASECNA Art. 2 c/ Collectif des ex-employés de l’ASECNA, Art. 2, Ohadata J-15-226.
63
CCJA, 1e ch., n° 182/2020, 28-5-2020 : PRESAN-KL c/ BSIC-Mali SA.
64
CCJA, 1e ch., n° 030/2010, 29-4-2010 : Thalès Security Systems SAS c/ Maître O. K. ; CCJA, 2e ch., n°
151/2020, 30-4-2020 : ECOBANK-Niger c/ ISSA MAHAMADOU HABIBOU ; CCJA, 3e ch., n° 140/2021, 24-
6-2021 : Société OLHEOL Industries Côte d’Ivoire c/ BACI.
65
Cl. BRENNER Cl. (Dir.), Le droit de l’exécution forcée : entre mythe et réalité, Paris, Editions Juridiques et
Techniques, 2007, n° 90, p. 58.
66
L. MPONGO W. Ohada nouvel acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement
et des voies d’exécution : commenté et annoté, Kinshasa Edition Hans Kelsen, 2024, p.105.
13
l’exécution forcée contre cette dernière ne peut porter sur les biens insaisissables par la loi -
l’AUPSRVE ou les règles de droit interne - ou encore ne peut porter atteinte à la continuité du
service public exécuté par la personne concernée.
B) De la compensation
Sur pied des dispositions de l’AUPSRVE, et ceci n’est pas nouveau en 2023, « les dettes
certaines, liquides et exigibles des personnes morales de droit public donnent lieu à
compensation des dettes également certaines, liquides et exigibles dont quiconque sera tenue
envers elle, sous réserve de réciprocité »67.
La compensation dettes par dettes est ainsi un moyen direct de paiement de leurs dettes
par l’État, les collectivités territoriales et les établissements publics. On peut la définir comme
l’extinction de deux dettes réciproques jusqu’à concurrence de la plus faible68. Cette
compensation s’analyse alors, comme le précise la CCJA dans l’affaire Togo Télécom, comme
un tempérament au principe de l’immunité d’exécution69. Toutefois, pour éviter toute
équivoque sur la question, plusieurs tenteraient - et ce ne serait pas de refus pour les opérateurs
économiques - d’étendre l’applicabilité de cette compensation aux dettes fiscales. Ce cas
particulier est nettement à écarter dès maintenant, notant l’inapplication du droit OHADA en la
matière.
En effet, le droit OHADA ne régit pas les matières fiscales. Ces dernières ne ressortent
pas du champ d’application du Traité de l’OHADA70. Par ailleurs, en ce qui concerne les dettes
fiscales en RDC, elles ne sont pas sujettes à aucune compensation, cette hypothèse étant
nettement écartée par le législateur congolais71.
C) De l’inscription au budget
Aux termes de l’article 30-1 de l’AUPSRVE 2023 « Toute créance constatée par un
titre exécutoire ou découlant d’une reconnaissance de dette par une personne morale de droit
public, notamment l’État, une collectivité territoriale ou un établissement public peut, après
mise en demeure adressée à l’organe dirigeant ou à l’autorité compétente dans chaque État
67
Art. 30 al. 2 de l’AUPSRVE.
68
S. GUINCHARD et Th. DEBARD, Lexique des termes juridiques, 19e éd., Paris, Dalloz, 2012, p. 186.
69
CCJA, n° 043/2005, 7-7-2005 : A. Y. et autres c/ Sté TOGO TELECOM, receuil de la jurisprudence de ka
CCJA, n° 6, juin-décembre 2005, p. 25. Voir obs. Michel SAWADOGO in Ohadata D-07-16 ; Ohadata J-06-32.
70
Voir Art. 2 du Traité de Port-Louis (Ile-Maurice) du 17 octobre 1993 relatif à l’Harmonisation du Droit des
Affaires en Afrique, JO. OHADA, n°4, 01/11/97 révisé par le Traité de Québec du 17 Octobre 2008 portant révision
du Traité relatif à l’Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique, JO. OHADA, 01/11/2009, n°20.
71
Voir Art. 5 et 9 de l’Ordonnance-Loi n° 89-017 du 18 février 1989 relative à la réévaluation de l’Actif immobilisé
des entreprises, Code des impôts de la RDC, Ministère des Finances, DGI, mis à jour au 10 Juillet 2023.
14
parti et resté infructueuse pendant un délai de trois mois à compter de la notification, faire
l’objet d’une inscription d’office dans les comptes de l’exercice et dans le budget de ladite
personne morale, au titre des dépenses obligatoires ».
Premièrement, seules les créances constatées par un titre exécutoire ou découlant d’une
reconnaissance de dette par l’un des bénéficiaires de l’immunité d’exécution au titre de l’article
30 de l’AUPSRVE pourront faire l’objet d’une inscription d’office dans le compte de l’exercice
et dans le budget dudit bénéficiaire au titre des dépenses obligatoires. Le titre exécutoire dont
il est question ici doit revêtir l’une des formes prévues à de l’AUPSRVE72 et constater une
créance certaine, liquide et exigible à l’encontre du bénéficiaire de l’immunité d’exécution dans
les comptes et dans le budget duquel on souhaite inscrire ladite créance. La reconnaissance de
dette peut quant à elle revêtir quelque forme que ce soit, pourvu que le créancier parvienne à en
établir l’existence.
En deuxième lieu, la possibilité de faire inscrire sa créance dans les comptes et dans le
budget de son débiteur immunisé n’est ouverte qu’au créancier qui a préalablement mis ledit
débiteur en demeure de s’exécuter et que sa mise en demeure soit restée infructueuse pendant
un délai de trois mois à compter de sa notification. Cette mise en demeure est adressée à
l’organe dirigeant de l’entité débitrice immunisée ou à l’autorité compétente dans chaque État.
En troisième lieu, le créancier dont la créance est restée en souffrance doit adresser une
demande d’inscription de ladite créance à titre des dépenses obligatoires dans les comptes et
dans le budget de son débiteur au Ministre chargé des finances. A cette demande, il doit joindre
les pièces qui justificatives de sa créance et de la mise en demeure effectuée. La créance ainsi
72
Il ressort de l’article 33 de l’AUPSRVE que, « Constituent des titres exécutoires : 1) les décisions
juridictionnelles revêtues de la formule exécutoire et celles qui sont exécutoires sur minute ; 2) les actes et décisions
juridictionnelles étrangers ainsi que les sentences arbitrales déclarés exécutoires par une décision juridictionnelle,
non susceptible de recours suspensif d'exécution, de l'État dans lequel ce titre est invoqué ; 3) les procès-verbaux
de conciliation signés par le juge, le greffier et les parties ; 4) les actes notariés revêtus de la formule exécutoire ;
5) les accords de médiation revêtus de la formule exécutoire en application de l’Acte uniforme relatif à la médiation
; 6) les décisions auxquelles la loi nationale de chaque État partie attache les effets d'une décision judiciaire.»
15
inscrite à titre des dépenses obligatoires porte de plein droit des intérêts au taux légal en vigueur.
Ces intérêts courent à compter de la mise en demeure faite comme précédemment indiquée. Il
en découle qu’au jour du paiement, le créancier devra percevoir non seulement le principal mais
aussi les intérêts déjà courus depuis la date de la mise en demeure.
Il en demeure pas moins vrai que cette approche normative qui voudrait que la créance
envers laquelle une personne morale de droit public immunisée est tenue soit après observation
des impératifs, inscrite d’office dans son compte de l’exercice et dans son budget comme
dépense obligatoire constitue une exécution forcée sui generis à l’endroit de la personne morale
de droit public débitrice, au-delà d’être une innovation qui permettrait aux créanciers de venir
à bout de la mauvaise foi qui caractérise souvent les personnes morales de droit public
immunisées dans l’exécution de leurs obligations. Par ailleurs, il demeure tout aussi pertinent
de s’interroger sur la procédure de paiement la créance inscrite.
En effet, la position donnée par l’acte uniforme se présente comme un pis-aller laissant
le plein pouvoir à chaque État partie pour le choix des modes d’exécution ou de paiement. Pour
le cas de la RDC, le créancier qui déciderait de s’engager dans une procédure d’inscription
d’office au titre de dépenses obligatoires, devrait s’attendre à voir sa créance suivre la procédure
de dette publique : engagement, liquidation, ordonnancement et paiement73.
73
Serge MAABE MUANYIMI, Droit et économie des finances publiques en République démocratique du Congo,
Paris, l’Harmattan, 2023, p.165.
16
- Ensuite, la dette se verra renvoyée au cabinet du Ministre des finances et ce dernier va
in fine envoyer à la banque centrale du Congo, BCC, pour paiement en donnant à celle-
ci un Ordre de Paiement Informatisé.
A lumière de cette procédure, il est de toute évidence qu’il est serait difficile au
législateur de déterminer le délai dans lequel ce paiement doit intervenir, puisque la chaîne de
dépense reste un processus pouvant prendre du temps et est variable selon les règles de
l’administration de chaque État partie à l’OHADA ; ce qui serait paradoxal à l’objectif de
célérité et de simplification poursuivi par l’AUPSRVE dans l’exécution des engagements.
Néanmoins, par son inscription comme dépense obligatoire, cette créance revêt le caractère
annuel suivant le principe de l’annualité des finances publiques, c’est-à-dire, son paiement
devra intervenir dans un délai d’un an sauf dérogation expresse.
Conclusion
Par cette louable intervention de 2023, le législateur OHADA s’est mis dans la peau des
créanciers des personnes morales de droit public, en leur consacrant une protection plus grande
en vue que leurs créances soient apurées. Il n’en reste pas moins vrai que, par l’option de
déclaration d’insaisissabilité de certains biens par les États, ces derniers gardent toujours la
possibilité d’« organiser leur insolvabilité ».
A n’en pas douter, et que nul ne s’y trompe, les immunités d’exécution n’ont pas pour
effet de soustraire les personnes morales de droit public de leurs obligations. Et si l’idée part de
17
la protection d’intérêt commun, la satisfaction des intérêts personnels de leurs créanciers serait
tout aussi louable pour les États, immunisés mais toutefois solvables.
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE
I. TEXTES JURIDIQUES
II. JURISPRUDENCE
18
- CCJA, Arrêt n° 139/2021, du 24 juin 2021, Affaire KOUADIO N’GUESSAN Norbert c/
Société Nationale d’Opérations Pétrolières de la Côte d’Ivoire (PETROCI) SA et Banque
Internationale pour le Commerce et l’Industrie en Côte d’Ivoire (BICICI) SA ;
- CCJA arrêt n° 368/2020 du 26 novembre 2020 Société Ivoirienne de Concept et de Gestion
Mali (SICG Mali) c/ Banque Malienne de Solidarité & Banque Malienne de Solidarité Côte
d’Ivoire, [Link] ;
- CCJA, Arrêt n° 053/2022 du 03 mars 2020, Affaire ESTAGRI Sarl c/ SNEL SA ;
- CCJA, Arrêt n° 060/2022 du 03 mars 2022, Affaire : Générale des Carrières et des Mines,
en sigle « GECAMINES SA », c/ La Société de Recherche et d’Exploitation
Technologique, Agricole et Commerciale, en sigle « SORETAC SARL » et consort, in
légalRDC, [Link]. ;
- CCJA, 3e ch., n° 140/2021, 24-6-2021 : Société OLHEOL Industries Côte d’Ivoire c/ BACI
;
- CCJA, 2e ch., n° 151/2020, 30-4-2020 : ECOBANK-Niger c/ ISSA MAHAMADOU
HABIBOU ;
- CCJA, Arrêt n°190/2020 du 28 mai 2020, Affaire SOTRA C/ SONAREST et l’Etat de
Côte d’Ivoire ;
- CCJA, Arrêt n° 267/2019, 28 novembre 2019 : Grégoire BAKANDEDJA Wa MPUNGU
c/ Société des Grands Hotels du Congo ;
- CCJA, Arrêt n° 103/2018 du 26 avril 2018, Affaire MBULU MUSESO C/ la société des
Grands Hôtels du Congo S.A et consort, in LégalRDC, [Link]. ;
- CCJA, Arrêt n° 044/2016, Affaire GNANKOU GOTH Philippe c/ FONDS
D'ENTRETIEN ROUTIER dit « FER », Arrêt disponible sur le site :
[Link] ;
- CCJA, ass. plén., n° 136, 11-11-2014 : Agence pour la sécurité de la navigation aérienne
en Afrique et à Madagascar, dite ASECNA Art. 2 c/ Collectif des ex-employés de
l’ASECNA, Art. 2, Ohadata J-15-226 ;
- CCJA, 1e ch., n° 030/2010, 29-4-2010 : Thalès Security Systems SAS c/ Maître O. K. ;
- CCJA, Arrêt n°024/2014 du 13 mars 2014 : Affaire KOUTOUATI A. AKAKPO
DANWODINA et 18 autres C/ Société TOGO-PORT dite Port Autonome de Lomé ;
- CCJA, 1e ch., n° 16, 25-3-2010 : Sté INDUSTRAP c/ N., Le Juris-Ohada, n° 3/2010, juil.-
sept., p. 1, Ohadata J-11-60, J-12-27 ;
19
- CCJA, n° 018/2006, 26-10-2006 : SAFCA c/ 1) Sté CTS SARL, 2) M. M. R. A., 3) P. M.
L. N. D., Receuil de la jurisprudence de la CCJA, n° 18/2006, p. 16, Le Juris-Ohada, p. 11,
Ohadata J-08-93 ;
- CCJA, Arrêt n° 043/2005 du 7 juillet 2005 : Affaire Aziablévi YOVO et autres c/ Sté
TOGO TELECOM ;
- CCJA, n° 21, 17-6-2004 : SDV COTE D’IVOIRE c/ Sté RIAL TRADING, Le Juris-Ohada,
n° 3/2004, juillet-octobre 2004.
III. DOCTRINE
Ouvrages
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Editions Juridiques et Techniques, 2007 ;
- KAHISHA MUNEMEKA, A., Le droit de l’exécution forcée, Louvain, Academia-
L’Harmattan, 2019 ;
- KOLONGELE EBERANDE, Pouvoir dans les sociétés mixtes de droit français,
OHADA et congolais. Pour une gestion équilibrée d’intérêts et de conflits entre l’Etat
actionnaire et les investisseurs privés, Sarrebruck, P.U.E., 2011, n° 23 ;
- MAABE MUANYIMI, S., Droit et économie des finances publiques en République
démocratique du Congo, Paris, l’Harmattan, 2023 ;
- MPONGO WONYA, L., Ohada nouvel acte uniforme portant organisation des
procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution : commenté et annoté,
Kinshasa Edition Hans Kelsen, 2024.
- NDIAW DIOUF, MOUNETAGA DIOUF et alii., Acte uniforme portant organisation
des procédures simplifiées de recouvrement des créances et voies d’exécution,
Commenté et annoté, Université de Poitiers, Addenda 2024 ;
- PONGO WONYA, L., Les immunités d’exécution de l’Etat et des organismes en droit
Ohada, Kinshasa, Hans Kelsen, 2024 ;
- TAGAND R., Le régime juridique de la société d’économie mixte, Paris, LGDJ, 1969 ;
- YUMA BABIA, L., Manuel de droit administratif général, Kinshasa, CEDI, 2011
Articles
20
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résurrection des entreprises publiques en RDC, leur survie sous l’empire OHADA et la
question des immunités d’exécution », in Ohadata D-22-26 ;
- KOLONGLE EBERANDE, D.-C., « Immunité d’exécution, obstacle à l’exécution
forcée en droit OHADA contre les entreprises et personnes publiques ? » in Ohadata,
2013 ;
- NDIAYE, S., « La renonciation à l’immunité d’exécution garantie de la créance
arbitré » in Achille NGWANZA, Arbitrage et recouvrement de la créance en droit
OHADA, Inédit ;
- THERRY, Ph., « Saisissabilité et limites », in Acte du Colloque du 9 juillet 2001 sur le
« 10e anniversaire de la loi du 9 Juillet 1991 sur la réforme des procédures civiles
d’exécution », Paris, Editions Juridiques et Techniques, 2002.
21