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Rimbaud : L'amour adolescent en poésie

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Arthur Rimbaud « Roman »

Intro : «Et sur les bataillons d’Alexandrins carrés je fis souffler un vent Révolutionnaire. Je
mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.» De Victor Hugo. Ainsi, dans sa réponse à un
acte d’accusation en 1856, Hugo se félicite d’avoir bouleversé l’ordre social des mots. Mais
c’est Arthur Rimbaud qui plongera allègrement dans la modernité poétique. Ce jeune
ardennais né à Charleville en 1854 est l’acteur de plusieurs poèmes écrit entre seize et vingt
ans. Il s’émancipe alors des règles de la Poésie classique. Ses poèmes sont réunis dans le
recueil Les Cahiers de Douai parmi lesquels « Roman » est le douzième. Dans ce poème
Rimbaud évoque vers la fin de l'été, une aventure amoureuse en cours.
Quelle image donne Rimbaud de la rencontre amoureuse ?
I-LE CADRE DE LA PROMENADE
— Les éléments qui peuvent paraître autobiographiques sont l’âge du jeune homme
(Rimbaud n’a pas encore 16 ans quand il écrit «Roman») et les «cafés tapageurs» où la
jeunesse bohème aime se retrouver ; les «bocks» de bière évoquent la région où Rimbaud a
passé son enfance et sa jeunesse. Plus loin dans le poème, le vers 26 présente le jeune
homme comme un poète. Cependant, alors que le lyrisme passe en général par l’emploi de
la 1re personne du singulier, Rimbaud emploie le «on», qui peut être interprété comme un je
déguisé, un nous ou un il général. L’action est lancée avec le vers 4 et le verbe de
mouvement «va» qui démarre la promenade.
— Cette strophe est riche en sensations et sollicite les sens : l’odorat (l’odeur des tilleuls et
les parfums du vent), le toucher (la douceur de l’air) et l’ouïe (les bruits de la ville apportés
par le vent). On peut parler de «synesthésie» : l’adjectif «bon» est répété au vers 5 et le mot
«parfums» au vers 8, ces répétitions insistant sur la correspondance entre les différents sens
et sur le caractère très agréable et même enivrant de cette promenade. Dans cette strophe
2, les 4 vers respectent la césure à l’hémistiche – ce qui procure une sensation d’harmonie.
De plus, les mots positifs «bons» et «doux» sont situés à la césure – ce qui insiste sur cette
volupté paisible

II-LES EMOIS DE L’ADOLESCENT DANS LA NATURE


— L’»azur», la «branche» et l’»étoile» appartiennent au champ lexical de la nature, qui est
personnifiée avec la métaphore du «chiffon» et des «frissons». C’est le sens de la vue qui
est sollicité dans cette strophe. Y apparaissent des éléments discordants : le mot «chiffon»
est familier et peu valorisant mais il est mis en valeur par l’enjambement ; la «mauvaise
étoile» et «toute blanche» peuvent être de mauvais augure ; les «frissons» peuvent révéler
une appréhension ; et l’adjectif «petit», qui minimise, est répété 3 fois.
— La métaphore de l’ivresse est explicite avec le verbe «griser» et l’assimilation de la
«sève» au «champagne». L’ivresse intérieure du jeune homme correspond à la montée du
désir en lui. Elle se traduit par la présence de phrases exclamatives qui sont aussi des
phrases nominales – ce qui met en valeur et la jeunesse du poète et le moment de la scène
(la nuit, souvent liée à l’amour). On remarque également, à la fin des vers 14 et 16, les
points de suspension qui miment la montée infinie du désir. Même effet avec le rythme des
alexandrins, qui mime, en plus, l’exaltation du jeune homme : vers 13 (3 + 3 + 6), vers 15 (3
+ 9), vers 16 (5 + 7). Le champ lexical de la sensualité («lèvres», «baiser») croise celui de
l’énergie vitale («sève», «palpite»).
III- LA RENCONTRE AVEC UNE JEUNE FILLE
— Le vers 17 développe l’ivresse intérieure du jeune homme, évoquée à la strophe
précédente, avec le néologisme «Robinsonne», qui assimile le jeune homme à l’aventurier
désobéissant et solitaire, échoué sur une île déserte, du roman de Daniel Defoe. Accentué
par le groupe nominal pluriel «les romans», ce néologisme montre que montée du désir et
littérature sont liées. La strophe 5 est celle de l’apparition de la «demoiselle». Celle-ci reste
anonyme, et son portrait très vague, très imprécis (comme la pâleur de la lumière du
réverbère). Le mot «demoiselle», le fait qu’elle soit accompagnée de son père et le «faux-
col» de ce dernier laissent entendre qu’elle appartient à la bourgeoisie. On peut penser
qu’elle est joliment coquette («petits airs charmants»). On remarque la rime interne entre
«charmant» et «effrayant» qui met en valeur la satire anti-bourgeoise : en effet, ce vers se
moque du côté guindé du «père» qui n’est pas capable de renoncer à ses atours bourgeois
comme son faux-col, alors qu’on est au mois de juin. Ce «père» rappelle les bourgeois de «À
la musique» qu’»étranglent les chaleurs». De plus, on devine que Rimbaud associe son
statut de bourgeois à son air «effrayant» (on peut noter, ici, l’hypallage, «effrayant» étant
accolé au «faux-col», alors qu’il qualifie certainement davantage le «père»).
— Les vers 21 à 23 dessinent vaguement l’image d’une jeune fille vivace, espiègle,
séduisante et plus expérimentée que le poète : l’allitération en [t] mime le son de ses talons ;
les points de suspension laissent deviner que le jeune homme est surpris et séduit ; le
rythme des vers (1 + 11 pour le vers 21 ; 4 + 8 pour le vers 23) imite ses mouvements
rapides. Le poète passe du «on» au «vous», sur lequel le lecteur du poème s’interroge :
désigne-t-il le lecteur ? Le poète lui-même, qui se parlerait à la 2e personne, dans une
distance un peu ironique ? Tandis que le «on» donnait un ton général au propos, le «vous»
le personnalise. Le vers 24 reprend le thème de la bouche du jeune homme du vers 15, mais
le poème passe du «baiser» aux «cavatines», qui annoncent les «sonnets» de la strophe
suivante. De plus, le verbe «meurent» signale la fugacité de la rencontre.

IV-L’AMOUR ET SES SUITES


— La répétition de l’hémistiche aux vers 25 et 26 qui fige le nouvel état du jeune homme, la
2nde moitié du vers 25 qui le chosifie, l’autodérision quant à la production littéraire du jeune
poète, la manière dont le vers 26 fait entendre le rire de la demoiselle et le vers 27 le
jugement des amis (mis en valeur par l’italique), et enfin la phrase exclamative qui clôt la
strophe révèlent l’ironie du poète envers lui-même et son aventure. La jeune fille est
idéalisée par la majuscule du vers 26 et l’expression «l’adorée».
— Après le suspense ménagé par le début du vers 29, le «roman» du jeune homme se
termine sans avoir vraiment commencé dans la réalité : aucun véritable échange avec la
jeune fille, qui reste évanescente tout au long du poème ; retour à la situation délaissée à la
strophe 1 (on retrouve les «cafés» et le terme «éclatants», les «bocks» et la «limonade»). Le
vers 31 répète le 1er vers, mais on peut imaginer que le vers 1 se fait l’écho d’un jugement
de valeur souvent porté par les gens âgés, alors que le vers 31 peut être le constat un peu
ironique et désabusé du jeune homme lui-même.
Comme dans d’autres poèmes du recueil, l’amour et la rencontre sont ici « rêvés ». (« Que
d’amours splendides j’ai rêvées ! » « Ma Bohême ») Le titre de ce poème est donc lié à sa
structure en chapitres, mais aussi à l’imagination : un roman est fictif, « se faire un roman »,
c’est imaginer…Rimbaud s’amuse avec autodérision à décrire les amours adolescentes, tout
en mélangeant les genres et en jouant avec les normes de la poésie de son époque.

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