Decimales
Decimales
On rappelle que le corps R des nombres réels est archimédien, ce qui permet d’y définir la
fonction partie entière.
n2 + 1
Exercice 23.2 Montrer que pour tout n ∈ N \ {0, 1} le rationnel r = n’est jamais
n (n2 − 1)
décimal.
Solution 23.2 Il suffit de remarquer que 3 divise n (n2 − 1) (si n ≡ 0 mod 3 c’est clair et si
n ≡ 1 ou n ≡ 2 mod 3 alors n2 − 1 ≡ 0 mod 3) et 3 ne divise pas n2 + 1 (si n ≡ 0 mod 3 alors
n2 + 1 ≡ 1 mod 3 et si n ≡ 1 ou n ≡ 2 mod 3 alors n2 + 1 ≡ 2 mod 3), donc r s’écrit sous forme
p
irréductible r = avec 3 qui divise q et r ∈
/ D.
q
Exercice 23.3 Montrer que l’ensemble des nombres décimaux inversibles est :
© ª
D× = r = ±2α 5β | (α, β) ∈ Z2 .
587
588 Écriture décimale d’un nombre réel ; cas des nombres rationnels
a
Solution 23.3 Un rationnel r = est inversible dans D si, et seulement si, il existe un
10m
a b
entier relatif b et un entier naturel n tels que m n = 1, ce qui revient à dire que ab = 10n+m
10 10
ou encore que 2 et 5 sont les seuls diviseurs premiers possibles de a et b.
Démonstration. Il s’agit de montrer que dans l’anneau intègre D, tout idéal I est principal,
c’est-à-dire de la forme αD avec α ∈ D.
Le résultat est trivial si I = {0} .
Si I est un idéal de D non réduit à {0} , alors I ∩ N∗ est non vide. En effet comme I est un
sous-groupe additif de D, il contient un décimal d > 0 (si d ∈ I \ {0} , alors −d ∈ I \ {0}) et
a
en écrivant d = p avec a ∈ N∗ et p ∈ N, on a a = 10p d ∈ I puisque I est un idéal de D et
10
10p ∈ D avec a ∈ N∗ .
En tant que partie non vide de N∗ , I ∩ N∗ admet donc un plus petit élément α.
Du fait que I est un idéal de D on déduit que αD ⊂ I.
a
D’autre part, tout d ∈ I s’écrit d = p avec a ∈ Z et p ∈ N et en effectuant la division
10
euclidienne de a = 10p d par α, on a 10p d = αq + r avec q ∈ Z et 0 ≤ r ≤ α − 1 dans N, ce qui
donne r = 10p d − αq ∈ I ∩ N (10p d et αq sont dans D puisque d et α y sont et I est un idéal)
q
et nécessairement r = 0 par définition de α. On a d = α p ∈ αD et I ⊂ αD, soit en définitive
10
I ⊂ αD.
Solution 23.4 Soit I un idéal de A non réduit à {0} (le résultat est trivial si I = {0}).
L’intersection I ∩ Z est un idéal de Z, donc principal et il existe un entier a tel que I ∩ Z = aZ.
p
Tout élément r de I s’écrit r = avec p et q premiers entre eux et qr = p ∈ I ∩ Z (r est dans
q
I et q dans Z ⊂ A puisque A est unitaire), il existe donc un entier k tel que qr = ka, ce qui
ka k
donne r = = a. Par ailleurs le théorème de Bézout nous dit qu’il existe deux entiers u et v
q q
1 k
tels que up + vq = 1, donc = ur + v ∈ A (Z ⊂ A et r ∈ I ⊂ A) et ∈ A. On a donc montré
q a
que tout élément de I s’écrit r = sa avec s ∈ A et a ∈ I, ce qui signifie que I est principal. On
retrouve ainsi le fait que l’anneau D des nombres décimaux est principal.
a0 ≤ x < a0 + 1.
[10x]
on déduit que r1 = .
10 · ¸
1
En subdivisant de manière analogue l’intervalle r1 , r1 + en 10 intervalles de même
10
longueur, ce qui revient à écrire que :
· ¸ [ 9 · ¸
1 k k+1
r 1 , r1 + = r1 + , r1 +
10 k=0
100 100
[10n x]
∀n ∈ N, rn =
10n
et ces nombres vont nous fournir des approximations décimales de x.
En effet, par définition de la partie entière 10n rn = [10n x] , on a :
Exercice 23.5 Montrer que l’ensemble R \ Q des nombres irrationnels est dense dans R.
Solution
√ 23.5 Pour tout réel x il existe une suite
√ ¢ (rn )n∈N de rationnels qui converge vers
¡
x + 2 et la suite de nombres irrationnels rn − 2 n∈N converge vers x.
Théorème 23.4 Soient x, y deux réels et (rn )n∈N , (rn0 )n∈N les suites d’approximations déci-
males par défaut associées. On a x < y si, et seulement si, il existe un entier n tel que rn < rn0 .
Démonstration. Si x < y on peut alors trouver un entier naturel n tel que 10n (y − x) > 1
(R est archimédien) soit 10n y > 10n x + 1 et alors :
et rn < rn0 .
Réciproquement s’il existe n ∈ N tel que rn < rn0 , alors [10n x] < [10n y] , ce qui équivaut à
[10n x] ≤ [10n y] − 1 et entraîne :
soit x < y.
En utilisant (23.3) et (23.4) , la convergence de la suite (rn )n∈N vers x peut aussi se traduire
par le résultat suivant.
où ½
a0 = [x]
(23.6)
∀n ≥ 1, an = 10n (rn − rn−1 ) = [10n x] − 10 [10n−1 x]
avec a0 ∈ Z et pour n ≥ 1, an ∈ {0, 1, · · · , 9} .
On dit alors que cette écriture est un développement décimal illimité du réel x et les an pour
n ≥ 1 sont les chiffres de x dans cette écriture.
Par exemple pour x = 32, 456, on vérifie que :
a0 = [x] = 32,
a1 = [10x] − 10 [x] = 4
a2 = [100x] − 10 [10x] = 5
a4 = [1000x] − 10 [100x] = 6
ak = 0, pour k ≥ 5,
Mais pour x < 0, ce résultat n’est plus vrai. Par exemple pour x = −32, 456, on a :
a0 = [x] = −33,
a1 = [10x] − 10 [x] = −325 + 330 = 5
a2 = [100x] − 10 [10x] = −3246 + 3250 = 4
a = [1000x] − 10 [100x] = −32456 + 32460 = 4
4
ak = 0, pour k ≥ 5,
ce qui correspond à x = −33 + 0, 544.
Pour x > 0 le développement (23.5) est noté :
x = a0 , a1 a2 · · · an · · ·
et pour x < 0, on écrit :
x = − (−x) = −a0 , a1 a2 · · · an · · ·
où a0 , a1 a2 · · · an · · · est le développement décimal illimité de −x obtenu par le procédé précé-
dent, c’est-à-dire que :
½
a0 = [−x] ,
∀n ∈ N∗ , an = [−10n x] − 10 [−10n−1 x] .
√
Exemple 23.1 La constante de Ramanujan est le réel eπ 163 dont le développement décimal
s’écrit : √
eπ 163 = 262537412640768743.9999999999992...
On pourrait croire qu’il est entier si on ne calcule pas la 13-ème décimale.
Une question que l’on peut naturellement se poser est celle de l’unicité d’un tel développe-
ment. Plus précisément, on a définit une application δ de R+,∗ dans l’ensemble D des suites
réelles (an )n∈N telles que a0 ∈ N et ak ∈ {0, 1, · · · , 9} pour tout k ≥ 1 en associant à tout réel x
positif ou nul la suite (an )n∈N définie par (23.6) et la question est de savoir si cette application
est bijective.
Le résultat qui suit nous dit que cette application n’est pas surjective.
Théorème 23.6 Pour tout réel x la suite (an )n∈N définie par (23.6) ne peut pas être station-
naire sur 9 à partir d’un certain rang.
Définition 23.2 On appelle développement décimal illimité propre du réel x toute égalité x =
P ak
+∞
k
où (an )n∈N est une suite dans D0 . Un tel développement est noté x = a0 , a1 a2 · · · an · · ·
k=0 10
et les an , pour n ≥ 1, sont les chiffres de x dans cette écriture.
La suite (an )n∈N définie par (23.6) , fournit un développement décimal illimité propre de x.
Le réel x = 1 a pour développement propre 1 = 1, 00 · · · 0 · · · , mais on peut aussi écrire que :
+∞
X 9
1 = 0, 99 · · · 9 · · · = ,
k=1
10k
avec (bn )n∈N ∈ D0 . On a b0 ∈ N et du fait que la suite (bn )n∈N∗ n’est pas stationnaire sur 9 à
partir d’un certain rang, on a :
+∞
X +∞
X
bk 9
0 ≤ x − b0 = k
< k
= 1,
k=1
10 k=1
10
A = {x = 0, a1 a2 · · · an · · · | ∀k ≥ 1, 0 ≤ ak ≤ 8} .
Exercice 23.6 Montrer que pour tout entier naturel √ non nul n, le premier chiffre après la
virgule du développement décimal illimité propre de n2 + n est égal à 4.
£ √ ¤ £√ ¤ √
Solution 23.6 Ce premier chiffre est a1 = 10 n2 + n − 10 n2 + n . Avec n < n2 + n <
£√ ¤ √ £ √ ¤
n + 1, on déduit que n2 + n = n et avec 10n + 4 < 10 n2 + n < 10n + 5 que 10 n2 + n =
10n + 4. Le résultat en découle alors.
Théorème 23.9 Un réel x strictement positif est décimal si, et seulement si, son développe-
ment décimal illimité propre est fini, ce qui signifie que la suite (an )n≥1 des décimales de x
après la virgule est nulle à partir d’un certain rang.
a
Démonstration. Si x = est décimal, par division euclidienne on peut écrire a =
10m
P
n
q10m + r avec 0 ≤ r < 10m et en utilisant l’écriture en base 10 de r, à savoir r = rk 10k avec
k=0
n < m et 0 ≤ rk ≤ 9 pour k compris entre 0 et n, on a en posant rk = 0 pour n+1 ≤ k ≤ m−1 :
m−1
X rk
r
x=q+ = q + = a0 , a1 · · · am
10m k=0
10m−k
Définition 23.3 On dit que le développement décimal illimité propre d’un réel x est périodique
à partir d’un certain rang s’il existe un entier p ≥ 0 tel que la suite (an )n≥p+1 soit périodique,
ce qui signifie qu’il existe un entier q ≥ 1 tel que :
∀n ≥ p + 1, an+q = an .
Théorème 23.10 Un réel strictement positif x est rationnel si et seulement son développement
décimal illimité propre est périodique à partir d’un certain rang.
Démonstration. Le réel x > 0 est rationnel si, et seulement si, x − [x] est rationnel. On
peut donc se limiter à x ∈ ]0, 1[ , ce qui nous ramène à a0 = 0.
Si le développement décimal illimité propre de x ∈ ]0, 1[ est périodique à partir d’un certain
rang, on a alors :
a1 ap b1 bq b1 bq
x= + · · · + p + p+1 + · · · + p+q + p+q+1 + · · · + p+2q + · · · ,
10 10 10 10 10 10
a1 ap
soit en notant r = + ··· + p ∈ Q :
10 10
µ ¶ µ ¶
1 b1 bq 1 b1 bq
x=r+ p + · · · + q + p+q + ··· + q + ···
10 10 10 10 10 10
b1 bq
et en notant s = + · · · + q ∈ Q, on a :
10 10
µ ¶
s 1 1 10q s
x = r + p 1 + q + 2q + · · · = r + p ∈ Q.
10 10 10 10 (10q − 1)
a
Réciproquement supposons que x = avec 0 < a < b dans N. Pour tout entier k compris
b
entre 0 et b, on a la division euclidienne 10k a = bqk + rk , les restes rk étant compris entre 0
et b − 1, ces restes forment donc une famille de b + 1 entiers à valeurs dans un ensemble à b
éléments, il y en a donc forcément deux qui sont égaux, c’est-à-dire qu’il existe deux entiers
p < q compris entre 0 et b tels que 10p a = bqp + r et 10q a = bqq + r et b divise la différence
10q a 10p a 10q a 10p a
10q a − 10p a. On a donc − ∈ N et les rationnels et ont les mêmes décimales
b b b b
après la virgule (unicité du développement décimal illimité propre).
a
Si = 0, a1 a2 · · · an · · · alors :
b
p
10 a
= m0 + 0, ap+1 ap+2 · · · ap+n · · ·
b
q
10 a = m1 + 0, aq+1 aq+2 · · · aq+n · · ·
b
avec m0 , m1 entiers et il en résulte que ap+n = aq+n pour tout n ≥ 1, soit :
a
= 0, a1 · · · ap ap+1 · · · aq ap+1 · · · aq · · · ap+1 · · · aq · · ·
b
c’est-à-dire que le développement est périodique à partir du rang p + 1.
596 Écriture décimale d’un nombre réel ; cas des nombres rationnels
P
+∞ 1
Solution 23.8 On a x = pk
avec p0 = 2 et pour k ≥ 1, pk = pk−1 + k + 2, soit :
k=0 10
k (k + 1) (k + 1) (k + 4)
pk = p0 + 1 + 2 + · · · + k + 2k = + 2 (k + 1) = .
2 2
Si x est rationnel, alors son développement décimal est de la forme :
x = a0 , a1 · · · ap b1 · · · bq b1 · · · bq · · · b1 · · · bq · · ·
avec l’un des bj = 1 pour j compris entre 1 et q et à partir du rang p + 1 l’écart entre deux 1
consécutifs serait majoré, ce qui contredit pk − pk−1 = k + 2 pour tout k ∈ N.