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Chronique 57

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La croissance urbaine en Afrique de l’Ouest

Eric Denis, François Moriconi-Ebrard

To cite this version:


Eric Denis, François Moriconi-Ebrard. La croissance urbaine en Afrique de l’Ouest : De l’explosion à
la prolifération. La Chronique du CEPED, 2009, 57, pp.1-5. �halshs-00371263�

HAL Id: halshs-00371263


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Submitted on 27 Mar 2009

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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
LA CHRONIQUE
ISSN 1157-4186 Mars 2009 – Numéro 57

LA CROISSANCE URBAINE EN AFRIQUE DE L’OUEST


DE L’EXPLOSION À LA PROLIFÉRATION

Que savons-nous sur l’urbanisation de l’Afrique ? La variabilité de la définition de l’urbain dans


chaque pays rend difficile toute comparaison internationale des indicateurs d’urbanisation et toute
analyse historique de la croissance de ce phénomène. Certes l’urbanisation croît, mais de quelle
manière et où précisément ? Plutôt par les grandes métropoles ou par les petites villes ? Combien
d'agglomérations urbaines y a-t-il dans chaque pays ? La première tranche du programme Africapolis1
apporte de nouveaux éléments à ce sujet concernant l’Afrique de l’Ouest2. Commandé par l’Agence
Française de Développement (AFD), Africapolis donne une mesure de l’urbanisation et de ses formes
depuis les années 1950, et projette ses résultats jusqu’à 2020, de manière plus précise que les travaux
précédents sur l’urbanisation en Afrique de l’Ouest. Ce projet s’inscrit dans un programme de
recherche mondial, e-Geopolis, soutenu depuis 2008 par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). e-
Geopolis a pour objectif la mise en ligne d’une base de données internationale sur l’évolution de
l’urbanisation, en partant d'une définition harmonisée de l’urbain appliquée à tous les pays3.

En matière de population urbaine, la référence quasi exclusive WALTPS4 et, à l’échelle du monde, du Global Rural-Urban
reprise tant par les chercheurs que par les experts et les agences Mapping Project (GRUMP)5 de l’université de Columbia.
de développement est le World Urbanization Prospects WALTPS a été mis en place au début 1990 avec des objectifs
préparée par la Division Population des Nations unies. Elle est plus larges qu’Africapolis et ne recoupant pas exactement les
citée en prémisse de tous les articles comparatifs et globaux mêmes pays. Cependant, ce projet étant fondé sur l’utilisation
touchant à l'urbanisation, tant en démographie qu'en économie, exclusive de données démographiques pour mesurer les
géographie ou sciences politiques. Organisme multilatéral, dynamiques du peuplement, ses résultats sont tributaires du
l'ONU travaille avec les statistiques proposées par les pays. Les découpage administratif en vigueur dans les pays concernés.
statistiques sur l'urbanisation proviennent des instituts Les résultats d’Africapolis confirment ceux de WALTPS en les
nationaux et sont donc fondées sur des définitions des unités affinant, du fait de la postériorité d’Africapolis et de la prise en
urbaines extrêmement hétérogènes. À l'échelle de l'Afrique de compte de la morphologie urbaine associée à une définition
l'Ouest, les unités dites « urbaines » sont parfois définies sur harmonisée de l’urbain. La base GRUMP, établie au début des
une base purement administrative comme au Sénégal, au années 2000, vise à mettre en relation images satellites Landsat
Burkina Faso ou en Guinée, tandis que le statut urbain repose et effectifs de population urbaine en 1990 et 2000, par une
sur un simple seuil quantitatif de population de la « localité », détection automatique du contour des agglomérations. Mais les
comme au Ghana, en Sierra Leone, au Libéria ou au Nigeria. polygones ainsi définis ne correspondent pas toujours à la
Ainsi, la plupart des « localités » du Nigeria sont en réalité de réalité, et les différences de définition sous-jacentes aux
vastes circonscriptions administratives dont seule une petite données censitaires utilisées n’y sont pas prises en compte.
partie est agglomérée : la « taille » de la localité entière n'est
donc pas une taille « urbaine ». Au contraire, au Ghana, Agglomération
l'agglomération d'Accra englobe de nos jours, autour de la ville Littéralement, l’agglomération est un processus qui tend à unir
proprement dite, 35 « localités » de plus de 5 000 habitants qui en masse compacte. En géographie, le mot désigne un
sont comptées comme des « villes » séparées dans les statis- ensemble dense et continu de constructions. Pour Geopolis, la
tiques ghanéennes. continuité est définie par un seuil de 200 mètres entre les
Le principe de e-Geopolis est de restituer des données constructions, déduction faite des plans d’eau traversés par un
universellement comparables et vérifiables sur l’évolution de la pont, des parcs et des grandes infrastructures routières (échan-
population urbaine en partant d'une définition harmonisée geurs, parkings, aéroports, etc.). Une agglomération Geopolis
appliquée rigoureusement à tous les pays, quelle que soit la peut être indifféremment, pour l'administration du pays auquel
définition officielle de l’urbain. elle appartient, rurale ou urbaine. Dans la base de données
Avant Africapolis et e-Geopolis, deux projets ont tenté Geopolis, elle est considérée comme urbaine si la somme de la
d’atteindre un tel objectif : en Afrique de l’Ouest, il s’agit de population des unités locales sur laquelle elle s’étend dépasse
l’étude des perspectives à long terme d’Afrique de l’Ouest dite 10 000 habitants.

CEPED, UMR 196 Université Paris Descartes-INED-IRD


221 boulevard Davout, 75020 Paris, France – Tél. : +33 (0) 1 78 94 98 70 – Fax : +33 (0) 1 78 94 98 79
Courriel : contact@[Link] – [Link]
L'approche Geopolis mise en œuvre pour l'Afrique de l'Ouest Il n'en reste pas moins qu'entre 2000 et 2020, 500 nouvelles
dans Africapolis est la première méthode appliquée qui pallie agglomérations y franchiront le seuil des 10 000 habitants.
ces lacunes. Fondée sur le plus petit dénominateur commun, L’Afrique de l’Ouest comptera alors autant d’agglomérations
elle permet de reconstituer la totalité des systèmes d'agglomé- que l’Amérique du Nord. La population urbaine y atteindra 124
rations, grâce à la mise en correspondance de trois types millions d’habitants, contre 74 millions en 2000. En 20 ans, il
d’informations distincts : des données statistiques de popula- faudra donc compter 50 millions d’urbains supplémentaires.
tion, des images satellites et des cartes ou des coordonnées
géographiques. Accroissement de la population urbaine

L'approche Geopolis comprend trois étapes fondamentales. 400

Population (millions d'habitants)


– Les données issues des dénombrements et recensements de 350
population sont repérées (coordonnées géographiques) à partir 300 Population totale
d’une base qui pour l’Afrique de l'Ouest comprend 160 000
250
unités locales. Les populations sont estimées à des dates Population des
harmonisées (1er juillet 1950, 1960, 1970, 1980, 1990, 2000, 200 agglomérations
(Africapolis)
2010 et 2020) à partir des données de recensement ; 150

– La surface de la terre est balayée systématiquement de 100


manière à repérer toutes les agglomérations dont la tache 50
urbaine dépasse 500 mètres de longueur sur le terrain. Les
périmètres urbains sont digitalisés à partir d’images satellites 0
1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
récentes (2001-2008) des agglomérations ; Année

– Les polygones obtenus sont superposés à la base de données


en coordonnées géographiques des localités avec leur nom et
Évolution du taux d’urbanisation
leur population.
50%
Les agglomérations d’Afrique de l’Ouest ont donc fait l’objet
d’un triple repérage. Pour conduire une prospective crédible à 40%
l’horizon 2020, le champ d’investigation a été étendu aux
Taux d'urbanisation

agglomérations de 5 000 à 10 000 habitants afin d'anticiper 30%


l'émergence de la plupart des agglomérations qui pourraient
dépasser 10 000 habitants en 2020. Africapolis propose ainsi 20%
une cartographie de 2 500 agglomérations de plus de 5 000
habitants en 2000 et permet de suivre l’évolution de la
10%
population et de l’extension spatiale de ces agglomérations sur
70 ans.
0%
1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
L’extension du bâti dans la région d’Accra (Ghana)
Année
en 1960 et en 2005

En 1960, il n'y avait encore aucune agglomération urbaine de


plus d'un million d'habitants en Afrique de l'Ouest. En 2010
elles ne seront pas moins de 16 où vivront quelque 28 millions
de personnes. Simultanément, le nombre d'agglomérations de
moins de 20 000 habitants a été multiplié par 10, passant de 60
en 1950 à 600 en 2010.

La multiplication des agglomérations urbaines


en Afrique de l’Ouest

1600

1400
1 000 000 et plus

1200 De 500 000 à 999 999


habitants
1000 De 200 000 à 499 999
habitants
SEULEMENT 124 MILLIONS D'URBAINS EN AFRIQUE DE
De 100 000 à 199 999
L'OUEST À L'HORIZON 2020 800
habitants
De 50 000 à 99 999
En Afrique de l'Ouest, un habitant sur trois vivra dans une ville 600 habitants

en 2010 contre un pour treize en 1950. Malgré cette croissance De 20 000 à 49 999
400 habitants
remarquable, le taux d'urbanisation y demeure l'un des plus De 10 000 à 19 999
faibles du monde. La population urbaine a doublé tous les dix 200
habitants
ans entre 1950 et 1970. Cette croissance s’est progressivement
ralentie et il faut désormais 30 ans à la population urbaine de 0
ces 16 pays pour doubler. 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
La tendance est donc autant à une métropolisation marquée capitales nationales. Puis la déconcentration administrative et
qu'à la prolifération de petites agglomérations ; autrement dit, à les expériences de décentralisation se sont traduites par la
une « métropolisation par le haut », relayée par une promotion et l'équipement de petits bourgs. Cet effet chef-lieu
« urbanisation par le bas », laquelle procède de la croissance renforce l’importance du maillage administratif dans la
structurelle des villages et bourgs dans un contexte de baisse croissance urbaine. Ce processus induit un effet pervers qui n'a
des migrations résidentielles vers les grandes villes pas ou qui a mal été prévu par les institutions : l'atomisation de
(Beauchemin, 2005). l'urbanisation dans de multiples petits centres (par exemple, les
Le fléchissement de l'attractivité démographique des plus chefs-lieux des nouvelles « communes » ou local governement
grandes villes d'Afrique de l'Ouest n'est cependant pas encore areas qui sont l'échelon majeur de la décentralisation) a certes
assez significatif pour avoir enclenché une réduction de la pour effet bénéfique de rapprocher la ville du citoyen, mais ce
suprématie des plus grandes métropoles. resserrement des mailles tend d'un autre côté à renforcer la
primatie de la capitale, en affaiblissant le poids relatif des
La consolidation de la trame des villes intermédiaires
métropoles secondaires. La croissance de la plupart des
accompagne la dynamique de décentralisation qui prolonge
grandes villes secondaires tend ainsi à ne pas être accompagnée
aujourd'hui la construction, puis la consolidation des maillages
par l’État, de sorte que la capitale reste bien souvent la seule en
administratifs et économiques régionaux qui avaient suivi les
position d'accueillir les investissements étrangers et les grands
indépendances.
équipements nationaux modernes (universités, grands hôpitaux,
Les agglomérations de plus de 10 000 habitants en 1950 aéroports et hôtels internationaux). Or, c'est précisément ce que
en Afrique de l’Ouest voulaient éviter les institutions internationales.
(125 agglomérations, 4 millions d’urbains, urbanisation 7,5 %)

Métropole (metropolis)
Étymologiquement, une métropole est une « ville-mère ».
Politiquement, sa présence est liée à celle d’un empire :
« métropole » était un titre donné à une ville par un empereur,
puis, par extension, par toute institution structurée par un
pouvoir centralisé. Ainsi, toute capitale nationale est une
métropole. Les métropoles nationales concentrent les fonctions
de commandement des États et, en même temps, constituent
une interface entre l’hinterland national et l’économie
mondiale.

Quelques tendances significatives peuvent être dégagées. Parti


d'un noyau ancien centré historiquement sur le système de
villes nigérian, en pays Yoruba en particulier (Camara, 1993),
la trame urbaine s'est peu à peu étendue vers l'Ouest et
renforcée dans la bande sahélienne. On observe de 1950 à 2020
la continuation des fortes dynamiques côtières et des dyna-
miques réticulaires associées mais aussi l'affirmation de pôles
Les agglomérations de plus de 10 000 habitants en 2020 régionaux majeurs au contact sahélien, tant autour de Kano au
en Afrique de l’Ouest Nigéria qu'à Ouagadougou au Burkina Faso. Le vide forestier
(1 431 agglomérations, 123 millions d’urbains, urbanisation 34 %) intermédiaire reste marqué. Le programme Africapolis permet
de qualifier de façon précise des tendances observées,
notamment sur l'affirmation d'un réseau urbain sahélien
(Bruneau, Giraut, Moriconi-Ebrard, 1994).

DES STADES VARIÉS D’ÉVOLUTION DES SYSTÈMES URBAINS


EN AFRIQUE DE L’OUEST

Il existe différentes étapes dans la genèse de tout système


urbain. Ces étapes sont essentiellement au nombre de quatre, et
l’Afrique de l’Ouest ne semble pas déroger à cette règle.
– Au cours de la phase initiale, l’urbanisation repose sur un
petit nombre d’agglomérations.
C’est le cas des villes d’Afrique de l’Ouest au début de la
période coloniale où l’urbanisation moderne est un phénomène
récent, à l’exception du Nigeria où le réseau urbain précolo-
nial a subsisté, notamment en pays Yoruba.
Par la suite, apparaissent des agglomérations secondaires, de
La période 1950-2020 se révèle une phase de déploiement des sorte qu’à un deuxième stade le réseau urbain repose sur une
systèmes de villes sur le territoire qui accompagne métropole et quelques petites villes. Bien que sa primatie ne
l'indépendance des États. Les efforts d'industrialisation et la soit pas remise en cause, le poids de la métropole dans la popu-
construction des appareils d'encadrement public ont conduit, lation urbaine décroît mécaniquement du fait de l’apparition de
dans un premier temps, à l'émergence ou au renforcement de nouvelles agglomérations.
C’est le cas aujourd’hui des pays les plus petits ou les moins recensements de population est la plus contestée. Des
peuplés de la région, tels que la Gambie, la Guinée Bissau et le opérations de collecte démographique ont eu lieu relativement
Togo. C’était le cas en Côte d’Ivoire dans les années 1950- régulièrement depuis les années 1950, environ tous les dix ans.
1960 et dans la plupart des autres États d’Afrique de l’Ouest Le recensement de 1952 fournit la population de 288 unités
dès l’indépendance. locales de plus de 5 000 habitants. Celui de 1963 en fournit
2 113. Mais, dès ce recensement, on relève de très fortes
– Lors d’un troisième stade d’évolution, le système urbain s’est surestimations et surtout des surestimations très inégales selon
étoffé tandis que les villes secondaires se sont hiérarchisées. les régions et les villes. Le recensement suivant, en 1973, fut
Parmi ces dernières, on trouve plusieurs générations d’agglo- officiellement annulé et aucun résultat ne fut publié. Dans les
mérations. Les plus anciennes et les plus favorisées ont eu le années 1980, aucun recensement n’eut lieu, et les résultats de
temps de devenir de grandes villes. Les taux d’urbanisation se celui de 1991 soulevèrent à leur tour une vive polémique
sont élevés, de sorte que les réservoirs de l’exode rural (Omoluabi et Levy, 1994), du fait du décalage entre les
commencent à se tarir. dénombrements officiels et les projections sur lesquelles
C’est ainsi que se présentent actuellement le système urbain de étaient jusqu’alors estimées l’importance relative de la popu-
la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Nigeria. lation de chaque zone administrative et des incohérences entre
- Un quatrième stade est représenté par les systèmes urbains résultats urbains et globaux. Les résultats provisoires du
anciens, tels ceux des pays d’Europe. À ce stade, les hiérar- recensement de 2006 sont disponibles à l’échelle des Local
chies urbaines se sont stabilisées. La croissance démographique Government Areas (LGA). Eux aussi objet de polémiques, ils
des villes est faible. Le taux d’urbanisation est élevé, de 60 % à n’ont pas encore été confirmés.
90 % selon les continents et les milieux. Cependant, les Ces données très lacunaires ont été complétées par les images
effectifs globaux de la population urbaine aussi bien que le satellites issues de diverses sources, d’une part pour attester
nombre d’agglomérations restent quasi stables. l’existence de toutes les agglomérations de plus de 5 000 habi-
tants de 1963, d’autre part pour déterminer leurs périmètres
Aucun pays d’Afrique de l’Ouest n’est encore parvenu à ce actuels. Ces surfaces d’agglomération ont ensuite été mises en
stade, qui implique en premier lieu la maîtrise de l’équilibre relation avec les unités locales pour lesquelles on dispose des
démographique. données de population de 2006, ainsi que des séries tempo-
relles plus ou moins complètes. Ainsi a été développé un
MESURER L’URBANISATION DU NIGERIA modèle de densités de populations, urbaines et rurales, ajusté
par région et ajusté sur les densités observées dans les pays
Le Nigeria est le premier pays d’Afrique de l’Ouest qui ait voisins, à configuration comparable (milieu naturel, ancienneté
connu une urbanisation importante. De plus, de par sa taille, il des tissus…).
présente à la fois les spécificités d’un peuplement côtier, dans L’approche par les densités montre les incohérences des
le Sud du pays, et sahélien, dans le Nord. L’exemple du chiffres de recensement évoquées plus haut. Ces dernières
Nigeria illustre particulièrement bien la démarche utilisée dans témoignent de la logique de surévaluation des populations qui
le projet Africapolis et l’apport de ce nouvel éclairage sur se joue à deux niveaux possibles : soit en ayant recours à une
l’urbanisation de l’Afrique de l’Ouest. L’absence d’un corpus pure et simple manipulation des données, réévaluées à la
récent et cohérent des unités de base de peuplement du Nigeria hausse, soit en comptabilisant, au niveau des unités locales, les
a amené à développer l’étude des morphologies urbaines de populations dispersées dans des aires bien plus larges que les
façon systématique, à partir de photos satellites. Cette approche agglomérations elles-mêmes. Le croisement des deux types
a été ensuite étendue à l’ensemble de la région. d’information, l’extension de la ville et les données de
Géant démographique de l’Afrique, le Nigeria est aussi l’un population proposées, révèle immanquablement les biais et,
des pays où la qualité des dénombrements fournis par les sinon, vérifie la fiabilité de la source. Ainsi, compte tenu des

L’extension spatiale des agglomérations du Nigeria en 2000


Population totale estimée au 1er juillet
2000 des dix agglomérations les plus
peuplées (méthode Geopolis)

Agglomération Population
Lagos 8 052 958
Ibadan 2 489 974
Kano 1 855 340
Kaduna 1 029 918
Port Harcourt 883 919
Benin City 848 162
Jos 766 821
Ilorin 666 031
Maiduguri 506 632
Uyo 488 318
2
morphologies observées, il n’est en effet pas possible Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Liberia, Ghana, Gambie,
d’admettre pour les villes nigérianes des densités plus de deux Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal,
Sierra Leone et Togo.
fois supérieures à celles observées ailleurs en Afrique de 3
[Link] e-Geopolis reprend et met à jour la base
l’Ouest.
Geopolis (Moriconi-Ebrard, 1994), tout en assurant l’archivage et la
La méthode d’analyse morphologique appliquée vient mise à disposition des données ainsi construites.
4
confirmer les cas de surestimation et conduit à réviser profon- Club du Sahel/OCDE, 1998. Pour préparer l’avenir de l’Afrique de
dément les estimations relatives à la taille des villes. La l’Ouest: Une vision à l’horizon 2020. West Africa Long-Term
superposition des cartes de population par LGA avec les Perspective Study (WALTPS). Club du Sahel, OCDE, Paris (France),
157 p.
images satellites montre de même que le recensement de 2006 5
présente de graves cas d’ajouts de populations fictives en Center for International Earth Science Information Network (CIESIN),
International Food Policy Research Institute (IFPRI); The World Bank;
milieu rural, en particulier dans l’extrême nord, dans le pays and Centro Internacional de Agricultura Tropical (CIAT). 2004. Global
Yoruba et dans plusieurs secteurs du delta du Niger. En Rural-Urban Mapping Project (GRUMP), Alpha Version : http://
revanche, les données concernant Lagos ainsi que quelques [Link]/gpw/[Link]
autres régions semblent réalistes.
Ainsi, pour près de la moitié des petites villes, les estimations Références
d’Africapolis permettent à peine, en 2006, d’atteindre le niveau Beauchemin C., 2005, « Pour une relecture des tendances migratoires
de population supposé de 1963… D’après les résultats du entre villes et campagnes : une étude comparée Burkina Faso – Côte
d'Ivoire ». Études de la Population Africaine (20) 1, pp. 141-165.
recensement de 2006, le pays compterait 140 millions
d’habitants. En réalité, il en compte probablement guère plus Bertrand M., Dubressson A. (éds.), 1997, Petites et moyennes villes
d'Afrique noire. Karthala, 326 p.
de 100 à 120 millions, ce qui en fait de toute façon, et toujours
de très loin, le pays le plus peuplé d’Afrique. Bruneau J.C., Giraut F., Moriconi-Ebrard F., 1994, « Villes
nigériennes. L'émergence d'une armature urbaine nationale en pays
sahélien au contact Sahara-Sahel ». Revue de Géographie Alpine,
UNE CARTOGRAPHIE CENSITAIRE QU’IL EST IMPORTANT DE vol. 1, pp. 241-257.
MIEUX PRÉSERVER Camara C., 1993, « L'organisation de l'espace géographique par les
villes Yoruba ». Annales de géographie, n° 257, pp. 257-287.
Le programme Africapolis de e-Geopolis a permis d’identifier, Dorier-Apprill E., Domingo E., 2004, « Les nouvelles échelles de
de localiser et de mesurer l'extension spatiale de 2 500 l’urbain en Afrique. Métropolisation et nouvelles dynamiques
« agglomérations » de plus de 5 000 habitants et de reconstituer territoriales sur le littoral béninois », Vingtième siècle, n°1/81, pp. 41
l’évolution de leur population depuis 1950 et sa projection à 54.
jusqu’à 2020. Mais à quel prix ? Moriconi-Ebrard F., 1994, Geopolis : Pour comparer les villes du
monde. Anthropos, col. Villes, 246 p.
La principale difficulté consiste à localiser les données des
Omoluabi E. et Levy M.L., 1992, « Le recensement du Nigeria ».
recensements nécessaires. En effet, si la plupart des recense- Population et Sociétés, n° 272, octobre 1992, pp.1-3.
ments incluent la publication de « cahiers de villages » et des Satterthwaite D., 2006, “Outside the large cities; the demographic
listes exhaustives des lieux habités, la cartographie précise, importance of small urban centres and large villages in Africa, Asia
voire les simples coordonnées géographiques de ces localités, and Latin America”. Human Settlements Discussion Paper – Urban
restent souvent inconnues. Ceci explique la difficulté à décrire Change 3, IIED, London, 30 p.
le bas des hiérarchies des systèmes de villes.
L’Afrique de l’Ouest reste à l’heure actuelle l’une des régions
les moins avancées en ce qui concerne la cartographie détaillée Eric DENIS
du peuplement. Dans la plupart des pays, aucune carte à jour ne François MORICONI-EBRARD
permet de localiser la totalité des localités recensées et, quand SEDET – CNRS-Paris Diderot
ce document existe, l'appariement, notamment toponymique,
avec les cahiers des villages issus des recensements précédents
est souvent fastidieux. Les unités retenues peuvent ne pas être
les mêmes entre les deux sources ou bien représenter des
regroupements de villages ou de hameaux qui apparaissent de Publications
façon distincte selon les recensements. Ainsi, ces informations
cartographiques, souvent longuement préparées au moment de
la collecte, disparaissent ensuite alors qu’elles auraient facilité Série « Les Clefs pour »
une analyse localisée du peuplement et de ses caractéristiques. Understanding the family composition of
Quelques pays ne disposent que de séries statistiques anciennes households in Demographic and Health
et/ou de mauvaise qualité. Au Togo par exemple, le dernier Surveys, C. Tichit together with N.
recensement date de 1981. Néanmoins, malgré ces lacunes, la Robette.
couverture censitaire existante sur l'Afrique de l'Ouest est loin
d’être négligeable. L’ensemble des publications de recense-
ments de la région, qui ont servi au projet Africapolis, sont
consultables au centre de documentation du CEPED.

Série « Regards sur »


1
L’équipe d’Africapolis est composée de Cathy Chatel, Eric Denis, Estimation et analyse de la variation
Dominique Harre, François Moriconi-Ebrard, Marion Séjourné
(SEDET, CNRS-Paris Diderot) et Ousmane Thiam (ESPACE, CNRS- spatiale du risque de mortalité maternelle
Université d’Avignon). Résumés rapport et atlas, auxquels renvoie ce en Guinée, M.L. Keita et H. Touré.
texte, sont disponibles en ligne sur le site de l’AFD à l’adresse : http://
[Link]/jahia/Jahia/home/publications/NotesetEtudes/Africapolis
Renforcer l’accès et l’utilisation des enquêtes démographiques nationales
et des recensements de la population dans les pays africains : un objectif de ValDemo

La déclaration de Québec* consacre en juin 2007 la volonté commune de nombre de chercheurs et de représentants des instituts
nationaux de statistique de contribuer ensemble à la sauvegarde et la mise en valeur des recensements africains. Avec une nouvelle
vague de recensements en préparation pour le continent africain, se pose plus que jamais la question de la préservation de l’ensemble
des documents et des données relatives aux opérations censitaires précédentes. Les recensements, exploités dans l’urgence, sont
utilisés par l’administration pour la planification, et utilisés par les instituts de statistiques qui les ont produits pour servir de base aux
enquêtes qui ont lieu dans la décennie qui suit. Ce sont des outils souvent décriés pour leur coût, mais précieux pour eux-mêmes
comme pour la totalité des opérations de collecte économique ou démographique qui sont construits à partir d’eux. Pour les
chercheurs, même si les recensements de population ne peuvent pas (et ne doivent pas) répondre à toutes les questions de recherche,
ils apportent un cadre général incontournable. Exhaustifs, ils permettent une analyse spatialisée à tous les niveaux possibles, d’une
information démo-économique simple, recueillie à un moment précis de l’histoire. La succession de recensements permet de plus
d’appréhender les changements survenant dans la répartition et la structure démographique de la population. La mise en regard de
recensements de pays différents devrait permettre d’appréhender la population à l’échelle régionale.
La question de la préservation et de la valorisation du patrimoine démographique se pose dans des termes similaires au sujet des
enquêtes nationales. Hormis les Enquêtes Démographiques et de Santé, relativement connues et exploitées, mais qui méritent encore
d’être analysées de manière systématique, d’autres opérations de collecte produisent des données démographiques, sociales,
économiques, agricoles, nationales ou transnationales. Ces données, parfois issues de différentes institutions nationales, méritent
d’être prises en compte dans les travaux de recherche portant sur des sujets proches. Mais tout comme les données censitaires, les
données d’enquêtes africaines sont encore difficilement accessibles à l’heure actuelle malgré leur nombre croissant, et ce, même pour
la communauté académique du pays concerné.
À l’heure de la déclaration de Québec, le travail conjoint des chercheurs et des statisticiens s’impose. D’un côté, les chercheurs ont
besoin des données nationales pour leurs projets et ont les moyens de les exploiter de manière plus approfondie que les instituts de
statistique, en particulier en les appréhendant dans une perspective comparative, et de l’expertise des producteurs de données pour
comprendre leurs limites. De l’autre, les instituts de statistiques peuvent tirer eux aussi profit d’un partenariat fort avec les chercheurs,
dont l’expertise peut être mise à contribution dans les phases préparatoire d’une opération de collecte nationale tout autant que dans
l’analyse des données, et dont l’expérience internationale pourrait être mise à contribution afin d’harmoniser les questions posées et
les définitions sous-jacentes.
Cependant, à l’heure actuelle, les données nationales demeurent rarement accessibles, pour diverses raisons. Outre les efforts des
Nations unies et de l’African Census Analysis Project (ACAP), plusieurs initiatives vont dans le sens d’une ouverture des données
d’enquêtes et de recensements à la communauté scientifique internationale (et ce, tant en Afrique qu’en Asie). C’est avant tout le cas
du programme de statistique accéléré de PARIS21** qui soutient l’archivage des micro et méta données dans un grand nombre de
pays du Sud, et conduit à la définition d’une politique de diffusion de ces données. Ainsi, chaque institut national de statistique
s’inscrivant dans ce projet archive et documente les données disponibles, en suivant une même norme internationale, et définit une
politique nationale d’accès aux documents publiés et aux micro-données. Il faut saluer les efforts dans ce sens de l’Ethiopie, de
l’Ouganda, du Cameroun, du Mali, du Niger, etc.
Par ailleurs, en ce qui concerne plus spécifiquement les recensements de population, le rôle du projet IPUMS-International*** est
à souligner. Il s’agit d’une mise à disposition via internet d’échantillons représentatifs de micro-données d’opérations censitaires.
Outre un travail d’harmonisation sur la documentation de ces données, qui en facilite l’analyse comparative, de nouvelles variables
sont construites, facilitant par exemple l’analyse des structures familiales. L’initiative IPUMS-I assure une diffusion rapide des
données censitaires, sous un format directement utilisable dans les logiciels d’analyse statistique les plus courants, et favorise les
comparaisons dans l’espace et dans le temps. À l’heure actuelle, sont directement accessibles par IPUMS-I les données de 10
recensements de 6 pays africains : l’Afrique du Sud (1996, 2001), l’Égypte (1996), le Ghana (2000), le Kenya (1989, 1999),
l’Ouganda (1991, 2002) et le Rwanda (1991, 2001). Chaque année, de nouveaux échantillons sont mis en ligne, étendant la couverture
spatiale du projet. Pour des raisons de maintien de l’anonymat, ces données ne sont pas mises à disposition au niveau spatial le plus
fin, mais au moins au niveau district/département, distinguant urbain et rural. Ce projet répond ainsi à une grande partie des besoins
du monde de la recherche démographique.
Le groupe de travail international ValDemo (Valorisation des données démographiques nationales) du Bureau d’appui à la
recherche de l’UMR CEPED a pour objectif de développer l’accès et l’utilisation des enquêtes démographiques nationales et des
recensements de la population dans les pays du Sud. De plus en plus de micro-données d’opérations africaines de collecte
démographique sont accessibles aux utilisateurs, en particulier de la communauté académique, et nous souhaitons apporter un appui
aux projets de recherche fondés sur la valorisation de ces gisements.
Valérie GOLAZ
Démographe, INED – [Link]@[Link]
UMR CEPED, Université Paris Descartes, INED, IRD

* [Link]
** Partnership for statistics in the 21st century, consortium OCDE-Banque mondiale-Commission européenne-FMI-ONU.
*** Integrated Public Use Micro Data Series, du Minnesota Population Centre de l’université du Minnesota.

Directeur de la publication : Yves Charbit – Assistante de rédaction : Yvonne Lafitte


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