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Des souris, des génies et des hommes Divination par la

souris chez les Mòosé au Burkina Faso


Marc Egrot

To cite this version:


Marc Egrot. Des souris, des génies et des hommes Divination par la souris chez les Mòosé au Burkina
Faso. Edmond Dounias, Elisabeth Motte-Florac, Margaret Dunham. Le symbolisme des animaux.
L’animal, clef de voûte de la relation entre l’homme et la nature ?, Éditions de l’IRD, pp.861-875,
2007, Colloques et Séminaires. �halshs-00257621�

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Des souris, des génies
et des hommes
Divination par la souris
chez les Mòosé au Burkina Faso
Marc EGROT
[email protected]

Résumé
Identifier un animal “clef de voûte de la culture” chez les Mòosé n’est pas possible. Une
souris occupe néanmoins une place particulière dans le cadre de la divination. Considérée
comme originaire du lignage des rongeurs, elle aurait fuit la brousse pour vivre parmi les
hommes. Au quotidien, elle est décriée du fait des vols et des détériorations qui lui sont
attribués et donc chassée, tuée voire mangée. Il en va autrement dans la cour du devin, lieu
dans lequel les capacités qui lui sont reconnues de voir, de comprendre et de dire ce qui se
passe dans des espaces normalement inaccessibles aux hommes sont valorisées et utilisées.
Du fait de la place symbolique entre mondes profane et religieux qui lui est conférée et des
fonctions de communication qui lui sont attribuées, elle accède localement au statut
d’animal-devin.
Mots-clés
divination, animal, souris, rongeurs, Mossi

▌ Introduction

Les Mòosé 1 , une population majoritairement rurale, représentant plus de la moitié


de la population du Burkina Faso, entretiennent avec le monde animal des relations

1
.
La langue des Mòosé (prononcer Mossi) est le mòoré L’orthographe des termes en mòoré
adoptée ici se réfère aux conventions d’écriture de la sous-commission nationale du mòoré
entérinées par le raabo (décret) n° AN IV 001/ESRS/CAB du 30/9/1986 et au dictionnaire
orthographique du mòoré publié par les linguistes responsables de l’enquête préalable (Nikiema
et Kinda 1997). Le mòoré est une langue tonale et les tons sont signalés par un accent grave

© IRD, 2007
Le symbolisme des animaux. L'animal, clef de voûte de la relation entre l’homme et la nature ?
862 Animal symbolism. Animals, keystone in the relationship between Man and Nature?

multiples, fréquentes et diversifiées. Les savoirs populaires relatifs à de


nombreuses espèces apparaissent riches et précis. Les sentiments à leurs égards
sont souvent ambigus et contrastés et les comportements qui en découlent, variés et
complexes (cf. I. de Garine, cet ouvrage).
L’animal émerge au quotidien en différents espaces du social ou du culturel. Son
intervention est parfois inattendue, parfois ritualisée, quelquefois souhaitée, dans le
registre tant profane que religieux. Les animaux mobilisés dans les contes, les
mythes ou les proverbes sont ainsi devenus les emblèmes de différentes qualités,
pratiques ou attitudes. L’animal se manifeste également dans les modèles
explicatifs d’innombrables malheurs. Croiser un caméléon (cf. E. Fuchs et
M.W. Callmander, cet ouvrage), piétiner la trace d’un serpent, être survolé par un
oiseau nocturne (cf. H. Terashima, cet ouvrage), ne sont que quelques exemples
d’événements susceptibles d’avoir ultérieurement des conséquences néfastes
(Bonnet 1988, Bonnet 1999, Egrot 2001). Nombre de maladies sont nommées par
le nom d’un animal (cf. M. Fleury, cet ouvrage), cet usage reposant sur des
logiques analogiques, étiologiques ou thérapeutiques de nomination (Egrot 2001).
Plusieurs animaux interviennent dans l’interprétation de morts d’enfants. Pour le
chat ou la musaraigne, des cérémonies funéraires sont organisées lorsque l’un
d’entre eux meurt accidentellement (Houis 1963).
Mais l’homme sollicite aussi l’animal dans un objectif propitiatoire, diagnostique,
thérapeutique ou religieux. Les produits d’origine animale entrent ainsi dans la
composition d’amulettes ou de remèdes en raison de propriétés et de pouvoirs
attribués à l’animal utilisé (cf. M. Ichikawa, cet ouvrage). Certains animaux sont
sollicités afin d’aider les hommes dans leur démarche diagnostique, comme cette
fourmi que les Mòosé nomment yésga et qui permet de déterminer la qualité du lait
maternel (Alfieri et Taverne 2000, Taverne 2000). Nombre d’animaux domestiques
sont en permanence susceptibles d’accéder au statut d’animal sacrificiel (cf.
P. Roulon-Doko, cet ouvrage). Afin d’orienter favorablement l’issue d’un
événement ou le déroulement d’un projet, les Mòosé déposent parfois des offrandes
à une fourmi qu’ils appellent gúuri. Mais c’est aussi la terre de cette fourmilière qui
est utilisée dans la préparation d’une décoction pour une cérémonie de
“purification” des veuves, qui porte d’ailleurs le nom même de cette fourmi (Egrot
2001). Les animaux sont également convoqués lors de certaines funérailles (cf.
É. de Garine, cet ouvrage), puisque les masques qui sortent à cette occasion,
représentent, pour la plupart, des animaux et que les danses qu’ils effectuent,
imitent parfois le comportement d’un animal sauvage.
Cette rapide esquisse ne permet de produire qu’un pâle reflet d’une réalité bien
plus riche qui offre au regard le paysage d’un enchevêtrement complexe de

pour les tons bas ; aucun accent pour les tons moyens ; un accent aigu pour les tons hauts (il n’y
a pas d’accentuation des voyelles en mòoré). Les tildes ~ signalent une nasalisation et les
voyelles longues sont doublées. Certaines voyelles en mòoré ne peuvent être orthographiées
qu’avec des polices de caractères particulières qui ne sont pas toujours accessibles. En
conséquence, l’orthographe dans le présent chapitre ne respecte que partiellement ces
conventions officielles. Enfin, plusieurs références bibliographiques citées dans le texte sont
antérieures au consensus orthographique arrêté en 1986 ou à l’édition du dictionnaire de
référence en 1997 et utilisent donc des orthographes variables.
M. Egrot – Divination par la souris chez les Mòosé au Burkina Faso
Divination by mice in the Mossi region of Burkina Faso 863

relations entre l’homme et l’animal sans pour autant que l’un, ou quelques-uns
d’entre eux, ne domine le tableau (cf. É. de Garine et de nombreuses autres
contributions, cet ouvrage). Identifier chez les Mòosé un animal (ou même
plusieurs animaux) que l’on puisse qualifier “d’animal de civilisation” – comme
nous y étions invité pour le colloque Le symbolisme des animaux. L’animal “clef
de voûte” dans la tradition orale et les interactions homme-nature (cf. E. Douni as
et É. Motte-Florac (Avant-propos), cet ouvrage) –, semble donc impossible, tant les
interventions ou les sollicitations du règne animal dans cette société sont
nombreuses, de nature fort différente, et surtout parce qu’elles impliquent des
espèces extrêmement variées. Néanmoins, un animal joue un rôle particulier en
pays mòaga 2 , une souris que les Mòosé appellent yòngré. Sans pouvoir
nécessairement prétendre au statut d’“animal clef de voûte culturel”, cette souris
tient cependant une place privilégiée et très particulière dans la culture des Mòosé.

▌ 1. La famille des rongeurs

Les Mòosé distinguent différentes catégories de rongeurs en fonction de leur


pelage, de leurs habitudes alimentaires ou encore de leur lieu de vie comme en
témoigne le tableau 1.
« Pour les Mòosé », explique un homme 3 , « il y a plusieurs sortes de souris :
làoomíiga, sáoore, mógdre, zòllé … ! Mais elles font toutes partie de la même
famille : “le lignage est le même” búudu yàa a yémbré. »
« Et parmi tout ça, c’est ràyuuga qui est le chef de famille, “celui qui est devant”
tàoor-soàbá. Ce gros rat, qualifié de rat voleur, est en effet considéré comme
“grand-père” yáabá pour les autres rongeurs. Tous ces rongeurs vivent en brousse
et sont considérés comme des animaux sauvages. Seuls quelques-uns viennent
occasionnellement dans les maisons, en particulier ràyuuga ou sábtoaasgá. Mais si
comme les autres, yòngré fait également partie de cette famille, il est en revanche le
seul à avoir « quitté la brousse pour venir définitivement vivre parmi les
hommes ». Si tous les autres font généralement leur trou ou leur nid dans les zones
non-habitées, yòngré au contraire s’installe dans les cours et dans les maisons. Le
récit d’un vieil homme rapporte qu’« il y a très longtemps, yòngré a quitté la
brousse et que c’est parce qu’elle est venue dans les habitations des hommes

2
L’adjectif mòaga est le singulier de mòose. Ce terme s’utilise comme adjectif qualificatif singulier
ou comme terme de désignation d’un individu appartenant à l’ethnie Mòosé, mais ce dernier
usage est réservé aux personnes qui ne sont pas considérées comme adultes et constitue une
injure dans le cas contraire.

3
Les différents extraits cités dans ce passage proviennent d’entretiens réalisés récemment
(2003-2004).
Le symbolisme des animaux. L'animal, clef de voûte de la relation entre l’homme et la nature ?
864 Animal symbolism. Animals, keystone in the relationship between Man and Nature?

qu’elle a été amenée à changer, mais sinon c’est la même famille. ràyuuga vient
aussi dans les cours, mais lui, c’est seulement de temps en temps, et les autres sont
toujours en brousse ». Mais ces souris auraient aussi changé de nom car « quand
elles sont venues, raconte un vieil homme, elles ont commencé à grignoter la
nourriture et bien d’autres choses et on les a nommé yòngré, parce que grignoter,
enlever partout un peu, un peu, ça se dit yòngé 4 en mòoré ».
Les premières tentatives d’identification laissent penser qu’il s’agit d’une souris du
genre Praomys Thomas (Muridae), et très certainement de l’espèce Praomys
natalensis 5 (cf. Mastomys natalensis (Smith)) (photo 1).

▌ 2. Yòngré au quotidien

Au quotidien, les gens n’aiment pas cette souris. Tout d’abord, elle « détériore la
nourriture » et elle « vole dans les réserves alimentaires de la famille ». Or, comme
un homme l’explique « yòngré aime tout ce que les hommes mangent », avec
néanmoins des préférences, en particulier pour la pâte d’arachide et le condiment
káolgò 6 . Réserves de céréales, plats préparés, condiments, rien n’est épargné. Par
ailleurs, « ce qui énerve encore plus les gens, c’est que yòngré grignote aussi les
habits » : « si le tissu est taché d’huile, ou même simplement s’il est imprégné de
l’odeur de la nourriture », explique un homme, « yòngré les ronge. Mais en plus,
s’il veut mettre au monde ses petits, il les grignote aussi pour leur faire un nid » 7 .
Mais yòngré s’attaque également à l’argent, consommant parfois des morceaux de
billets, eux aussi lorsqu’ils sont imprégnés de résidus ou d’odeurs de nourriture.
Plus grave encore, yòngré vole, emportant avec elle aliments, mais aussi billets de

4
Le verbe yòngé a deux sens. Il signifie “puiser”, mais également “enlever une assez bonne
quantité, prélever” et yòngré (pl. yòngé) est une forme nominale dérivée (Nikiema et Kinda 1997).

5
Il n’est pas possible d’exclure formellement Praomys erythroleucus Smith (cf. Mastomys
erythroleucus (Temminck)), Muridae ou Mus musculus L., Muridae dans l’état actuel des
connaissances ethnographiques. L’identification demandée n’a pu se faire que sur photographies
d’un seul spécimen. Par ailleurs, il n’est pas certain que yòngré soit un terme générique désignant
différentes “souris de maison” et pouvant recouvrir plusieurs espèces de la classification
scientifique.

6
Condiment à base de mucilage de fruits du néré, Parkia biglobosa (Jacq.) R.Br.,
Caesalpinioidae: Mimosaceae (Alexandre 1953 : 91) róaagá. Ce condiment, nommé soumbala est
français local, sert à relever les sauces, mais il intervient aussi fréquemment comme offrande lors
de rituels ou comme présent lors de cérémonies traditionnelles, en particulier celle de l’alliance
matrimoniale.

7
Le terme yòngr-yénà, qui signifie littéralement “les dents de yòngré”, a également acquis un sens
figuré désignant les pantalons à lacets, dont les trous rappellent les dégâts de la souris.
M. Egrot – Divination par la souris chez les Mòosé au Burkina Faso
Divination by mice in the Mossi region of Burkina Faso 865

banque comme cet homme le raconte : « elle vole, même l’argent ! Les billets, elle
les vole pour les mettre dans son trou. Donc à cause de ça, à chaque fois, tu
cherches ton argent. Chaque fois, ça se perd et tu penses que ce sont les génies
(kìnkírgà, pl. kìnkírsè) qui ont tout pris. Or c’est yòngré ».
Si les enfants, et quelquefois les hommes, mangent yòngré après l’avoir tué, en
revanche, la viande de yòngré est interdite aux femmes. Comme pour beaucoup
d’autres animaux sauvages, la viande consommée par la mère, avant ou pendant la
grossesse, est en effet censée transmettre à l’enfant né ultérieurement l’un des
caractères de l’animal dont elle est issue. Pour yòngré, comme d’ailleurs pour
ràyuuga, c’est l’habitude de voler qui serait ainsi transmise.
L’animosité envers yòngré se traduit dans le langage courant par l’usage
d’expressions métaphoriques visant à déprécier ou critiquer la personne dont on
parle. Ainsi, dire de quelqu’un qu’il est « comme yòngré » permet d’évoquer soit sa
maigreur physique, soit une personne trop indiscrète et curieuse. C’est également
« la duplicité de l’animal […] stigmatisée par sa façon de mordre » (Zaongo 1985)
qui sert parfois à évoquer l’hypocrisie et la trahison d’un ami. Les Mòosé se
réfèrent au comportement de cette souris en disant, ainsi que nous l’ont expliqué
plusieurs informateurs, que comme elle, l’ami qui trahit « souffle avant de
mordre ».
Les Mòosé tentent régulièrement d’attraper cette souris, pour la manger parfois, ou
pour s’en débarrasser lorsqu’elle s’est installée dans leur habitation. Ils utilisent
alors les moyens dont ils disposent, du chat au souricide industriel, en passant par
les poisons traditionnels, mais le plus souvent à l’aide d’un simple bâton ou d’une
barre de fer. Néanmoins tout le monde s’accorde pour dire qu’une telle entreprise
n’est pas aussi facile qu’il y paraît. Ces souris ont en effet la réputation de
comprendre ce que disent les hommes, voire de deviner ce qu’ils pensent, en
particulier lorsqu’elles disparaissent le jour même où ces derniers projettent de les
chasser d’une cour. Toutes les personnes entendues fournissent une interprétation
similaire de cette difficulté à retrouver les souris lorsque l’on veut les chasser. En
voici un exemple :
« Si tu penses que demain on va enlever les briques qui sont de l’autre côté de la
cour, et qu’on va trouver des souris pour les tuer, ce sera difficile. Jamais tu ne
les verras, parce qu’elles seront au courant à l’avance de ce qui va se passer. Si
tu arrives à les surprendre, là oui, tu vas réussir. Mais si tu penses à l’avance
que tu vas le faire, tu n’es jamais sûr de trouver des souris ».
C’est souvent sur cette base que quelques connaisseurs précisent que beaucoup de
gens ignorent la valeur, les capacités et les pouvoirs de cette souris. En plus de sa
capacité à deviner les intentions des hommes à son égard, quelques actes de yòngré
ont également, dans certaines situations, valeur de présage. Lorsque yòngré lèche
les doigts ou les orteils de quelqu’un pendant son sommeil, ce fait est interprété
comme l’annonce d’une série de décès dans la famille. Sa morsure est par ailleurs
réputée être accompagnée dans les jours qui suivent, de la survenue d’un
événement malheureux dans l’entourage de l’individu mordu. Mais cette faculté à
deviner ce que pensent les hommes et à leur annoncer parfois l’arrivée d’un
Le symbolisme des animaux. L'animal, clef de voûte de la relation entre l’homme et la nature ?
866 Animal symbolism. Animals, keystone in the relationship between Man and Nature?

malheur, ne sont que de frustres manifestations d’un pouvoir encore plus grand. Un
vieil homme explique que « toute trace de la souris signifie quelque chose. “Les
souris sont des devins” yòensé yàa bágba, mais la plupart des gens ne le savent pas
en dehors de ceux qui “consultent les devins par la souris” yòngr-bágba ».

▌ 3. La divination par la souris

La divination est une institution sociale fortement implantée et fréquemment


utilisée chez les Mòosé, en particulier face à l’incertitude, à l’infortune, au
malheur, c’est-à-dire dans toutes les situations susceptibles de générer l’inquiétude,
l’anxiété, voire l’angoisse. Comme dans d’autres sociétés, elle s’appuie sur des
modèles d’interprétation culturellement codifiés des événements passés, présents
ou futurs. L’institution divinatoire constitue notamment le lieu de référence pour
une recherche de causalité dès qu’une situation suscite des interrogations
auxquelles l’individu concerné, et ceux qui l’entourent, n’arrivent pas à répondre
de manière certaine ou satisfaisante (Egrot 2002) (cf. I. de Garine, cet ouvrage).
Il existe chez les Mòosé plus d’une dizaine de techniques divinatoires différentes
(Egrot 2001). Mais l’une d’entre elles, la divination par la souris, yòngr-bágré,
occupe une place particulière. Elle est tout d’abord présentée et reconnue par
beaucoup comme l’une des méthodes de divination spécifiques aux Mòosé, même
si elle se retrouve également dans des ethnies voisines comme les Leyla ou les
Dagari. Les Dogon, qui pratiquent la divination par le renard pâle, disent également
que leur technique serait dérivée de la divination par la souris des Mòosé (Griaule
1937, Paulme 1937, Griaule et Dierterlen 1965) 8 . Par ailleurs, la divination par la
souris est réputée comme la technique la plus performante et la plus fiable 9 , bien
que peu accessible en raison du nombre réduit de devins pratiquant cette méthode
divinatoire.
Pour qu’une divination par la souris puisse se dérouler, le devin doit au préalable
préparer une table divinatoire 10 . Il réalise chaque matin une sculpture en sable qui

8
M. Izard (1985 : 79) signale également l’existence dans le Yatenga ancien – a priori sous le
règne de Naaba Kango (1757-1787) – d’un devin « connu sous le nom de Waana dans les récits,
spécialiste de la divination par le renard pâle (waaga, Vulpes pallida Cretzschmar, Canidae) », qui
était consulté par le roi avant toute action guerrière.

9
Propos confirmés dans la littérature (Delobsom 1934 : 30-38, Pacere s.d., Paternot 1949 : 99-
103).

10
Les données présentées ici sont issues d’un travail d’enquête réalisé de 1995 à 1996 avec un
devin dans la région du Bazega (fig. 2). En plus des entretiens et de l’observation directe des
consultations pendant plusieurs mois, environ vingt heures de film ont été réalisées au cours de
l’enquête.
M. Egrot – Divination par la souris chez les Mòosé au Burkina Faso
Divination by mice in the Mossi region of Burkina Faso 867

servira pour l’ensemble des consultants de la journée. Après avoir minutieusement


balayé la case de l’une de ses épouses, il commence à déposer du sable en tas de
différentes grosseurs et différentes formes. Il procède en laissant couler le flux de
sable entre l’auriculaire replié et la paume de sa main droite. Il tient sa main en
supination et peut donc, par inclinaison et réglage de l’ouverture réalisée avec son
auriculaire, accélérer ou ralentir l’écoulement du sable. Après avoir déposé les tas
d’une rangée ou d’une figure complète, le devin procède à leur aplatissement puis à
l’impression d’empreintes à l’aide d’un morceau de calebasse ou des doigts.
Certains symboles sont la résultante d’inclusions concentriques de plusieurs tas, de
superpositions de tas de diamètres décroissants, voire quelquefois un
enchevêtrement complexe de plusieurs tas. Au fur et à mesure que le dessin se
construit, le devin racle le sable perdu devant lui pour le ramener sur le monticule
entre ses pieds. Progressivement, il se recule pour laisser la place à de nouveaux
symboles (film 1).
Une fois achevée, la table divinatoire (fig. 1 et photo 2) comprend plus de
400 signes et offre au regard une représentation de l’univers moaga.
Les mondes tant profane que religieux y sont présents, occupés par différents
acteurs qui interviennent dans le système de pensée et la vie quotidienne des
Mòosé. Wéndè (Soleil) 11 , être suprême du monde mòagá, et son épouse Tèngá
(Terre), occupent le sommet de la table divinatoire. À leur côté se trouvent les
autels de la Terre (tèng-kúgà), considérés comme lieux de rituels mais également
comme des acteurs à part entière, capables d’agir de leur propre initiative 12 . Les
Mòosé opèrent une segmentation fortement marquée entre l’espace habité par les
hommes, les villages, et le monde de la brousse, peuplé par les animaux sauvages
et les génies. Le monde des hommes apparaît sur la table divinatoire sous la forme
de divers groupes sociaux ou lignagers auxquels la société attribue des fonctions
particulières, mais ce sont également les sorciers et les sorcières qui sont
symbolisés sur cette table.
Les événements susceptibles de survenir dans la vie d’un individu, tel le “mariage”
káadém, le “potentiel génésique des femmes” rógem, les “larmes” níntám ou le
“rire” láado, la maladie” báaga ou la “santé” làafí, un “bénéfice” yòodó ou une

11
En mòoré, wéndè désigne le soleil et Wéndè, l’être suprême du monde mòagá, sans pour autant
que le second soit réductible au premier (idem pour la terre : tèngá et Tèngá).

12
Les autels de la Terre sont matérialisés par un lieu et parfois un objet (morceau de granit,
forge, arbre, etc.), ainsi que par des objets sacrés ou des fétiches enterrés à l’endroit où se
déroulent les libations, les offrandes et les sacrifices. Les demandes formulées lors des rituels qui
y sont réalisés, s’adressent à l’autel de la Terre et parfois indirectement à la Terre (il existe des
autels de la Terre nommés tèngá, mais tout les tèng-kúgà sont en lien avec la Terre). Néanmoins,
chaque autel est considéré comme un lieu sacré autonome et spécifique (on ne sacrifie pas pour
les mêmes raisons ou les mêmes objectifs sur la forge ou sur le marigot), doté des capacités et
du pouvoir de répondre par lui-même aux demandes qui lui sont faites. Enfin, les autels sont
considérés comme des êtres à part entière qui peuvent agir de leur propre initiative et même se
déplacer, notamment pour se rendre visite. Pour plus de détails, cf. M. Egrot (2001 : 117-122).
Le symbolisme des animaux. L'animal, clef de voûte de la relation entre l’homme et la nature ?
868 Animal symbolism. Animals, keystone in the relationship between Man and Nature?

“perte” bòné ou encore la “richesse” nú ná pídi et la “pauvreté” nú-vìuugó 13 , figurent


également dans la sculpture.
Ailleurs ce sont des objets utilitaires ou rituels qui sont signifiés comme des
métaux, des habits, des “noix de cola” gúure, des “galettes” mìisdù, un
“vélomoteur” mòtére ou une “voiture” móbilli, des plumes, des braises ou des tissus.
Enfin, ce sont des animaux domestiques ou sacrificiels qui apparaissent en divers
endroits de la table.
L’ensemble de ces signes 14 fournit le lexique divinatoire qui va permettre à la
souris de s’exprimer.
Lors des consultations, le devin reçoit la personne venue le solliciter puis l’invite à
entrer dans la case où se déroule la divination. Une fois assis, il lui demande de
préciser le nombre de ses épouses et de ses enfants – informations qu’il inscrit sur
la table – puis il prononce une incantation. Les personnes présentes quittent ensuite
la case, le devin referme la porte et laisse à la souris le temps de formuler ses
énoncés divinatoires. Le devin explique que la souris lui signifie qu’elle a fini de
parler en marchant sur l’un des signes situé en bas de la table divinatoire et prévu à
cet effet. Après une vingtaine de minutes, le devin va donc régulièrement vérifier si
la souris a apposé un point final à la réponse qu’elle voulait fournir.
Entre temps, la souris, en marchant sur la table, a laissé des traces sur les signes en
sable (film 2), qui vont par la suite permettre au devin d’apporter les réponses
divinatoires aux questions que soulève la personne venue consulter.

▌ 4. Les paroles de la souris,


la souris et les génies

Par les traces qu’elle laisse sur le sable, la souris fournit donc au devin les termes
élémentaires qui lui permettent de construire l’énoncé divinatoire pour la personne
venue consulter. Mais le devin est formel : ce n’est pas lui qui donne des réponses
aux questions initialement formulées et qui produit l’interprétation divinatoire,
mais c’est “la souris qui parle”. Lorsqu’il entre de nouveau dans la case avec la
personne concernée, il débute d’ailleurs l’énoncé divinatoire par une formule
toujours identique signalant que la souris « a interrogé » tous les autels de la Terre
dans les villages du père, de la grand-mère paternelle et de la mère du consultant.
La souris aurait ainsi la capacité pour trouver des réponses, de solliciter les autels

13
Littéralement, les “mains pleines” pour la richesse et les “mains vides” pour la pauvreté.

14
Pour une présentation détaillée de la signification de chaque signe, se reporter à M. Egrot
(2001 : 241-258).
M. Egrot – Divination par la souris chez les Mòosé au Burkina Faso
Divination by mice in the Mossi region of Burkina Faso 869

de la Terre, et par leur intermédiaire, aussi bien le monde des ancêtres que les deux
êtres suprêmes que sont le Soleil et la Terre ou encore les génies des différents
villages des lignages paternel et maternel.
Mais le devin accepte d’en dire un peu plus sur cette souris. Comme pour d’autres
devins chez les Mòosé, celui-ci explique qu’il ne peut exercer sa pratique
divinatoire que grâce à l’aide de génies de la brousse qu’ils appellent “mes génies”
et qui auraient assuré son apprentissage au cours de ses rêves. Il possède d’ailleurs
dans sa cour un autel de divination sur lequel il sacrifie régulièrement des moutons
ou des chèvres pour remercier ses génies du don qu’ils lui ont transmis. Ces génies,
invisibles pour la grande majorité des humains, sont décrits comme des êtres
espiègles, susceptibles et d’humeur changeante. Ils sont présentés comme les
premiers descendants du couple divin et entretiennent avec les hommes des
relations complexes (Schweeger-Hefel 1986). Ils représentent en particulier le
potentiel génésique des femmes puisque tout enfant en gestation est considéré
comme issu de l’un d’entre eux 15 . Selon le devin par la souris, les génies sont
également cultivateurs des végétaux de la brousse et éleveurs des animaux
sauvages. À ce titre, la souris nommée yòngré appartient elle aussi aux génies de la
brousse. Toujours dans le discours du devin, ce sont donc les génies qui, lorsqu’ils
lui ont appris à déposer le sable, ont amené dans sa cour leur propre souris (cf. I. de
Garine, P. Roulon-Doko, A. de Saint Sauveur, cet ouvrage).

▌ Conclusion

La souris, bien qu’étant un animal peu considéré au quotidien, voire dénigré,


devient dans le cadre de la divination, un animal estimé et respecté. Dans le rôle
qui lui est assigné, la souris apparaît comme un intermédiaire, un relais ou encore
un agent de communication entre les génies et les hommes. Les capacités qui lui
sont attribuées, de voir, de comprendre et de dire ce qui se passe dans des espaces
normalement inaccessibles aux hommes, sont valorisées et utilisées.
Elle permet en effet aux hommes de penser leur ordre au monde, de déterminer la
nature et le déroulement d’événements futurs, de comprendre le sens des faits
passés, d’en rechercher les causes et d’orienter les actions rituelles ou
thérapeutiques. Ces actions réparatrices vont permettre de remédier au malheur,
d’apaiser si nécessaire ceux qui en sont la cause, d’agir sur la survenue potentielle
d’événements indésirables.

15
Cette représentation symbolique de la procréation (Badini 1978, Bonnet 1988, Badini 1994,
Bonnet 1994) n’exclue nullement la mobilisation d’interprétations relevant des représentations
culturelles de la physiologie de l’acte sexuel et de la reproduction (Egrot et Taverne 2003).
Le symbolisme des animaux. L'animal, clef de voûte de la relation entre l’homme et la nature ?
870 Animal symbolism. Animals, keystone in the relationship between Man and Nature?

Du fait cette place symbolique entre univers profane et religieux qui lui est
conférée et des fonctions de communication qui lui sont attribuées, la souris accède
au quotidien à un statut particulier, mais qui reste limité à l’espace de résidence du
devin. En effet, dans cette cour, les relations entre humains et souris sont
totalement différentes de ce que l’on peut observer ailleurs dans les autres familles
mòosé. En ce lieu, les souris sont libres de circuler et protégées de toutes
manifestations d’hostilité. Il est formellement interdit de les déranger, qui plus est
de les tuer ou pire encore de les manger. Des dizaines de souris circulent ainsi, tant
dans la cour que dans les habitations, et tout dormeur sur sa natte peut dans la nuit
observer cette multitude de petits yeux brillants qui se déplacent.
La question se pose de savoir pour quelles raisons les Mòosé ont choisi cet animal
pour l’une de leurs activités divinatoires. L’éventualité d’une corrélation entre les
savoirs éthologiques populaires et le statut d’animal de divination permet peut-être
d’avancer une hypothèse. Cette souris, considérée comme originaire d’un lignage
de rongeurs vivant habituellement en brousse, aurait décidé de venir vivre parmi
les hommes. De toute évidence, cette interprétation comportementale fournit un
argument pour assigner à yòngré une place symbolique entre monde profane et
mondes religieux et lui attribuer un rôle d’agent de communication entre les
hommes et les êtres sacrés.
Par ailleurs, le comportement de la souris, sa curiosité, son habitude de fouiller et
de fouiner, sont autant de caractéristiques qui lui confèrent une aptitude à explorer
les espaces invisibles aux hommes pour y trouver les réponses aux questions qu’ils
soulèvent.
L’utilisation d’animaux à des fins divinatoires fut et reste fréquente. Mais la
plupart de ces techniques utilisent des animaux morts et c’est alors le corps de
l’animal qui fournit le lexique divinatoire 16 . Dans la gallinomancie fréquemment
utilisée en Afrique, c’est aussi la position du poulet après sa mise à mort qui
apporte une réponse positive ou négative à la question formulée lors du sacrifice.
Dans de tels cas, le corps de l’animal est considéré comme objet, support de signes
à interpréter (cf. I. de Garine, cet ouvrage). Cet usage ne confère aucune valeur
symbolique particulière à l’animal utilisé et semble ne modifier ni son statut dans
les représentations culturelles de l’environnement, ni les relations que les humains
entretiennent avec lui au quotidien.
Au contraire, dans d’autres divinations, l’animal est envisagé comme un acteur,
comme un être doté de capacités particulières, lui permettant de voir et d’explorer
ce qui est invisible aux hommes, de mettre en communication les mondes sacrés et
profane et enfin de formuler des réponses sous forme de traces laissées sur une
table divinatoire ou par des modification d’un agencement préalable d’objets.
D’autres sociétés en Afrique utilisent ainsi des animaux vivants comme acteurs de

16
Les exemples ne manquent pas, en particulier la divination sur les entrailles d’animaux, que ce
soit dans les publications des ethnologues ou des historiens. À titre d’exemple, se référer à la
divination sur les entrailles en Mésopotamie (Glassner 1999) ou l’usage divinatoire d’animaux
dans l’église chrétienne du Moyen Âge (Boglioni 2000).
M. Egrot – Divination par la souris chez les Mòosé au Burkina Faso
Divination by mice in the Mossi region of Burkina Faso 871

divination. Il s’agit par exemple du renard pâle au Mali chez les Dogon (cf. supra),
de l’araignée notamment décrite au Cameroun chez les Mambila (Zeitlyn 1993), ou
encore de la souris en Côte d’Ivoire chez les Baoule (mais avec une autre technique
divinatoire 17 ). Dans ces procédés divinatoires, une place symbolique est accordée à
l’animal, ce qui entraîne un changement de son statut au quotidien, même si ce
n’est que dans un espace bien limité comme pour la souris chez les Mòosé. Ces
animaux acteurs de la divination en Afrique semblent par ailleurs ne jamais être
des animaux domestiques, mais il est possible que ce soit néanmoins leur proximité
et leur comportement envers les humains qui leur permettent d’accéder localement
à ce statut d’animal-devin. Sur ce point une étude anthropologique comparative
reste cependant à faire.

Remerciements

Je remercie les personnes qui ont accepté de participer à des entretiens portant
spécifiquement sur les rongeurs ou qui m’ont aidé à identifier des personnes ayant
des connaissances sur le sujet, en particulier l’historien Bougoum-Bougssaguilga
(Ouagadougou), Dieudonné Pousga (Gonse), Blandine Bouda (Tuiré) et Saïdou
Kabore (Tuiré).
Je remercie également Laurent Granjon (IRD, Bamako) et François Baillon (IRD,
Ouagadougou) pour leurs conseils relatifs à la capture des souris et à leur
identification.
Enfin, je remercie tout particulièrement Goomtiiga qui m’a accépté dans sa cour
pendant plusieurs semaines entre mars 1995 et février 1996 et m’a permis de
participer aux consultations divinatoires en m’autorisant à les filmer lorsque les
consultants étaient d’accord.

17
Pour cette divination, aucune référence bibliographique n’a encore été trouvée. Par contre, le
Musée du Quai Branly (Paris 13°) expose une boîte baoule (Côte d’Ivoire) de divination par la
souris, don de l’ethnologue allemand Hans Himmelheber en 1933. Il s’agit d’« un récipient à deux
compartiments communiquant entre eux. La souris se cache dans le compartiment inférieur et
monte dans celui situé au-dessus lorsque le devin y place de la paille de riz, avant de refermer le
couvercle en terre. En mangeant, elle modifie la position des baguettes attachées à un petit
plateau. Le nouvel arrangement de ces éléments est interprété par le devin » (site Internet Musée
du quai Branly).
Le symbolisme des animaux. L'animal, clef de voûte de la relation entre l’homme et la nature ?
872 Animal symbolism. Animals, keystone in the relationship between Man and Nature?

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M. Egrot – Divination par la souris chez les Mòosé au Burkina Faso
Divination by mice in the Mossi region of Burkina Faso 875

On mice, genies, and men


Divination by mice
in the Mossi region of Burkina Faso
Marc EGROT
[email protected]

Keywords
divination, animal, mouse, rodents, Mossi

The entangled relations between man and animals amongst the Mòosé (Burkina
Faso) does not allow for the identification of a ‘cultural keystone’ animal. One
mouse however occupies a special place within divination practices. Considered an
offspring of the rodent lineage, the grandfather of which is said to be the Thieving
Rat, the mouse is purported to have fled the bush to live among men. In daily life,
it is disparaged because of the thefts and damage attributed to it, and is therefore
hunted, killed, even eaten. Things are completely different in the courtyard of the
mouse diviner, where mouse capacities for seeing, understanding and relaying what
goes on in places not normally accessible to humans are valued and put to use.
Because it is said to hold a symbolic place between the profane and religious
worlds, and to be useful for communicating with the bush spirits, it is locally raised
to the status of animal-soothsayer. Other African societies also use living animals
like foxes and spiders in divination. In that case, the animal is considered to
possess special capabilities, which allow it to see and to explore what is invisible to
man, to create a communication channel between the sacred and profane worlds,
and lastly to formulate answers in the form of tracks left on a divinatory table or by
modifying a previously arranged pattern of objects. Such animals never seem to be
domesticated, but it is nevertheless likely that their particular status may be due to
their proximity and their behavior towards humans. As far as the mouse is
concerned in Mòosé society, this interpretation also revolves around the
modifications in the daily relations between humans and animals, at least within
the space allotted for the diviner’s residence.
▌ Figures

Figure 1. Table divinatoire (devin par


la souris)

(dessin de l’auteur, 1997)

Figure 2. Burkina Faso, lieux


d’enquête

(carte de l’auteur, 2002 modifiée 2005)


▌ Photos

Photo 1. Souris yòngré (Praomys


natalensis cf. Mastomys
natalensis (Smith), Muridae)

(cliché de l’auteur, Burkina Faso,


1995)

Photo 2. Table divinatoire (tiers


supérieur)

(cliché de l'auteur, Burkina Faso,


1995)
▌ Films

Film 1. Confection de la table


divinatoire

(film de l’auteur, Burkina Faso, 1995)

Film 2. Les traces de la souris

(film de l’auteur, Burkina Faso, 1995)


Tableau 1. Différents rongeurs en pays mòaga(1)
kítgà (kítsè) ou kítrè (kítá) Petite souris(2) qui ressemble au yòngré mais qui vit en brousse alors que
yòngré vit dans les maisons. Trop petite pour faire des dégâts dans les
champs, elle est rarement chassée.
làalé Musaraigne de brousse, qui vit dans les bas-fonds mais aussi dans les
arbres, se nourrissant surtout de tubercules ou de fruits de karité (Vitellaria
paradoxa Gaertn., Sapotaceae). Elle est crainte et son apparition entraîne
un arrêt des travaux des champs. Elle a la réputation de venir mourir au
pied des hommes, fait susceptible d’entraîner des morts d’enfants dans la
famille de l’individu ainsi désigné. Il est défendu de la tuer et si on la tue ou
si elle vient mourir auprès d’un homme, des funérailles sont organisées.
làoogá (làoosé) Rongeur vivant dans les champs, qui se nourrit de fruits sauvages,
d’herbes et de semences. Mais les Mòosé distinguent également làoomíiga,
le làoogá roux et làoopéelga, le làoogá blanc(3).
lùndré (lùndá) « Rat rayé(4), tacheté noir et rouge, très agile » (Alexandre 1953 : 241).
léega (léese) Rongeur(5) qui fait son trou dans les termitières et réputé faire beaucoup
de petits. Il est décrit comme un “symbole de fécondité” (Alexandre
1953 : 225).
mógdre (móagda) Petite souris grise(6) dont les poils sont raides et piquants, appelée aussi
“souris épineuses” (Alexandre 1953 : 256). C’est un animal qui vit
uniquement en brousse dans les bas fonds. Il ressemble au sáoore, en plus
petit. Il a la réputation de ne pas mordre même lorsque l’on creuse son
trou pour l’attraper.
ràyuuga (ràyuuse) Gros rat(7) surnommé “rat voleur” en français local. Il s’agit d’un animal
sauvage qui vit dans des trous mais qui vient régulièrement dans les
maisons. Il se nourrit de fruits sauvages, d’arachides, de maïs, de mil ou
de noix de karité. Ce rongeur est chassé pour être consommé, sauf par les
femmes pour lesquelles cette viande est interdite. La tête de ràyuuga est
utilisée pour soigner les maux de dents.
sábtoaasgá (sábtoossé) Sorte de musaraigne(8) à poils doux, noir foncé et dégageant une forte
odeur et « même les chats et les chiens ne la mangent pas » précise
G. Alexandre (1953 : 336). Carnivore, elle vit en brousse mais vient
fréquemment dans les maisons. Elle se nourrit de crapauds, de cerveaux
de poules et elle est réputée pouvoir tuer cinq poussins en une seule nuit.
Elle est détestée par tous en raison de son odeur et des ravages qu’il fait
dans les élevages domestiques.
sáoore (sáoa) Rat(9) vivant dans les bas-fonds, dit-on. Il est réputé toujours emprunter le
même chemin pour rejoindre son trou et les enfants le piègent ainsi
facilement pour le manger.
séerè (séyà) Rongeur(10) de taille moyenne, plus gros que le rat voleur, et que les
Mòosé chasse au fusil. Animal sauvage qui vit uniquement en brousse, il
se nourrit de fruits sauvages et de semence. « Ses poils servent à faire
des nids de pintades » (Alexandre 1953 : 354).
túbga (túbse) Petit rongeur noir(11) qui court vite et bondit. Il se logerait « dans les
tombeaux » (Alexandre 1953 : 406).
yòngré (yòensé) Est l’objet central du présent article.
zòllé (zòalá) Gros rat (sans autre précision).

(1)
La liste présentée ici n’est pas exhaustive. Les informations contenues dans ce tableau proviennent
de données ethnographiques recueillies lors d’un terrain réalisé de 1994 à 1996 dans la province du
Bazega, recoupées avec des données bibliographiques. Elle furent complétées en 2003 et 2004 par
des entretiens spécifiques sur ce thème à Ouagadougou (province du Kadiogo) et dans les villages de
Gonse (province de l’Oubritenga) et de Tuire (province du Ganzourgou) (fig. 2). En note de bas de page
apparaissent des propositions d’identification faite par G. Alexandre en 1953, qui semblent parfois
inexactes et sont bien évidemment antérieures aux classifications scientifiques plus récentes. Aucun de
ces rongeurs, en dehors de yòngré, n’a été capturé puis identifié et l’auteur ne prétend nullement dans
cette contribution fournir pour chaque nom vernaculaire de rongeurs une identification scientifique
précise.
(2)
Gustave Alexandre propose comme identification Laggada setulosa (Alexandre 1953 : 181), un taxon
inexistant dans les classifications actuelles des rongeurs. Cf. aussi Zaongo (1984, 1 : 193).
(3)
G. Alexandre écrit à propos du làoogá : “lérot du Sénégal, genre de Muridae” (1953 : 221) et propose
comme identification du làoopéelga Claviglis murinus Desmarest, Muridae. Cf. aussi Nikiema et Kinda
(1997 : 468) ou Zaongo (1984, 1 : 199).
(4)
G. Alexandre propose comme identification Lemniscomis striatus (Alexandre 1953 : 241) et pouvant
éventuellement correspondre à la souris rayée, Lemniscomys striatus (L.), Muridae.
(5)
G. Alexandre (1953 : 225) propose comme identification : “Gerbille” Taterillus Emini et pouvant
éventuellement correspondre à la gerbille d’Emin, Taterillus emini Thomas, Muridae. Cf. aussi Nikiema
et Kinda (1997 : 484).
(6)
G. Alexandre (1953 : 256) propose comme identification : Acomys Chudeaui Kollman, Muridae Cf.
aussi Zaongo (1984, 2 : 241) et Nikiema et Kinda (1997 : 548).
(7)
G. Alexandre (1953 : 80) propose comme identification : Cricetomys gambianus. Si elle s’avérait
exacte, il s’agirait donc du rat de Gambie, Crycetomys gambianus Waterhouse, Cricetomydae. Cf. aussi
Zaongo (1984, 1 : 53) et Nikiema et Kinda (1997 : 726).
(8)
G. Alexandre (1953 : 336) propose comme identification : Sorocida crocidura, donc probablement
une espèce du genre Crocidura, Sorocidae mais sans identification d’espèce. Cf. aussi Zaongo (1984,
2 : 362) et Nikiema et Kinda (1997 : 797).
(9)
G. Alexandre (1953 : 345) propose comme identification : Arvicanthis rufinus Temminck et l’appelle
“rat maure” ou Mus maurus Waterhouse (Muridae). Cf. aussi Zaongo (1984, 2 : 364) et Nikiema et
Kinda (1997 : 803).
(10)
G. Alexandre (1953 : 354) propose comme identification : Aulacodus swinderenianus. Il pourrait
éventuellement s’agir de Thryonomys swinderianus Temminck (Thryonomydae), un aulocode de petite
taille improprement appelé “agouti” en français local. Cf. aussi Zaongo (1984, 2 : 368).
(11)
G. Alexandre (1953 : 406) propose comme identification : gerboise Jaculus sp., Dipodidae. Cf. aussi
Zaongo (1984, 3 : 454) et Nikiema et Kinda (1997 : 968).

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