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Les problèmes juridiques à résoudre pour permettre

l’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban


Linda Al Tannoury

To cite this version:


Linda Al Tannoury. Les problèmes juridiques à résoudre pour permettre l’extraction et l’exploitation
du pétrole au Liban. Droit. Normandie Université, 2021. Français. �NNT : 2021NORMLH27�. �tel-
03585531�

HAL Id: tel-03585531


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L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L'EXTRACTION ET L'EXPLOITATION DU
PÉTROLE AU LIBAN

Recherche sur la contextualisation et la valorisation de l’exploration et


de l’exploitation pétrolière au Liban.

LexFEIM (Laboratoire d'études en droits fondamentaux, des échanges internationaux


et de la Mer (de l'Université du Havre)

Thèse présentée par Linda AL TANNOURI Soutenue le 16 décembre 2021

Thèse dirigée par Michel Bruno, Professeur, Université du Havre Et Georges Saad,
professeur, co-directeur

Jury :

M. Michel Bruno, Professeur, Université du Havre


M. Georges Saad, professeur, co-directeur
M. Arnaud De Raulin professeur de droit public à l’université de Polynésie française
(president)
Mme Sophie Perez, MCF-HDR, Université de Toulon (rapporteur)
M. Pascal Richard, MCF-HDR, Université de Toulon (rapporteur)
M. Alioune Sall, professeur Université Cheikh Anta Diop de Dakar

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L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

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L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

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L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L'EXTRACTION ET L'EXPLOITATION DU
PÉTROLE AU LIBAN

Recherche sur la contextualisation et la valorisation de l’exploration et


de l’exploitation pétrolière au Liban.

LexFEIM (Laboratoire d'études en droits fondamentaux, des échanges internationaux


et de la Mer (de l'Université du Havre)

Thèse présentée par Linda AL TANNOURI Soutenue le 16 décembre 2021

Thèse dirigée par Michel Bruno, Professeur, Université du Havre Et Georges Saad,
professeur, co-directeur

5
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L’Université du Havre n’entend donner aucune approbation ni improbation aux


opinions émises dans cette thèse. Celles-ci doivent être considérées comme propres à
leur auteur

6
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Remerciements:

Mes remerciements vont d’abord à monsieur le professeur Michel Bruno, mon


directeur de thèse, sans qui et par ses efforts continuels et sa patience je n’aurais jamais
soutenu ma thèse. Je remercie également monsieur le professeur Arnaud de Raulin qui
m’avait conseillé de faire un doctorat en France alors que j’étais Anglophone. Il a bien
fait car me voici en train de soutenir une thèse dans une des plus prestigieuses
universités du monde. Je n’oublie pas mon professeur depuis la licence Georges Saad,
un grand juriste francophone du Liban et amoureux de la France. Je remercie enfin les
professeurs Pascal Richard, Sophie Pérez et Alioune SALL PU pour avoir accepté de
faire partie du jury. Je me sens honoré en présence de cette intelligence. C’est pour moi
immense.

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L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

8
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dédicaces

A mon père et ma mère, qui m’ont donné sans compter, à mes frères, à ma patrie le
Liban blessé, et à tous ceux qui étoilent par l’amour, tel un soleil, les zones les plus
ténébreuses de l’humanité

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L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

10
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Liste des principaux sigles

APE Activité principale exercée

ASEAN L'Association des nations de l'Asie du Sud-


Est
ASJP Algerian scientific Journal Petrolium
CCG Le Conseil de Coopération du Golfe
CEDEAO La Communauté économique des États de
l’Afrique de l’Ouest.
CFP Contribution à la Formation Professionnelle
CGSP Commission de Gestion du Secteur
Pétrolie.
CIJ Cour Internationale de Justice

CNOOC China National Offshore Oil Corporation


CPC Code de procedure civile
CPI Compagnies pétrolières internationales
CPN Compagnies pétrolières nationales.
DPM Domaine public maritime
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L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

EDL Électricité du Liban


EITI Extractive Industries Transparency Initiative
EUOAG EU Offshore Oil and Gas Authorities Group.

FMI Fonds monétaire international


FINUL Force intérimaire des Nations unies au Liban
IFSL International Financial Services, Londres.

IUCN International Union for Conservation of


Nature
LOPI Initiative libanaise pour le pétrole et le gaz
LOSC Law of the Sea Convention.
NYMEX The New York Mercantile Exchange

OCDE Organisation de Coopération et de


Développement Économique
ONG Organisation non gouvernementale
ONU Organisation des Nations Unies
OPA Opération d'acquisition de parts d'une société
cotée en Bourse
OPEP Organisation des pays exportateurs de pétrole

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L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

FPI Fonds Public d’Investissement


PME Petites et Moyennes Entreprises
PNUD Programme des Nations Unies pour le
développement
PNUE Programme des Nations Unies pour
l'environnement
RQSV Réseau québécois pour la simplicité volontaire
RSA Revenu de solidarité active
RUA Revenu universel d'activité.
UBI Universal basic income.
UKHO British Hydrographic Office
UNCLOS United Nations Convention on the Law of
the Sea
URSS Union des Républiques Socialistes
Sovietiques
ZEE Zone économique exclusive.

■■

13
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

14
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

SOMMAIRE DE LA THESE
L'EXTRACTION ET L'EXPLOITATION DU PÉTROLE AU LIBAN........................................................2
RECHERCHE SUR LA CONTEXTUALISATION ET LA VALORISATION DE L’EXPLORATION
ET DE L’EXPLOITATION PETROLIERE AU LIBAN. ..............................................................................2
… ........................................................................................................................................................................5
LISTE DES PRINCIPAUX SIGLES ............................................................................................................11
INTRODUCTION ..........................................................................................................................................17
PREMIÈRE PARTIE .....................................................................................................................................41
UN CADRE JURIDIQUE ACTUEL CRITIQUABLE ET IMCOMPLET : ...............................................41
« UNE RESSOURCE STRATEGIQUE ET UN USAGE STRATEGIQUE DE LA RESSOURCE
JURIDIQUE. » ................................................................................................................................................41
PREMIER TITRE : ............................................................................................................................ 47
IMPACT DU PÉTROLE SUR LE DROIT ET L’ÉCONOMIE ET ÉTAT DE LIEUX AU LIBAN .... 47
CHAPITRE PREMIER : LE PÉTROLE, UN GRAND ENJEU MONDIAL ..................................... 49
SECTION 1. HISTORIQUE ET NOTIONS ..................................................................................... 50
SECTION 2 : IMPACT SUR LE DROIT, L’ÉCONOMIE ET L’ENVIRONNEMENT ...................... 72
CHAPITRE DEUXIEME : LE PÉTROLE AU LIBAN : ÉTAT DES LIEUX ET CONFLITS ......... 89
SECTION PREMIÈRE : DU PÉTROLE AU LIBAN : UNE VISION RATIONNELLE ................... 89
SECTION DEUXIEME : TEXTES JURIDIQUES, CONFLITS POLITIQUES ET BLOCAGES .. 105
TITRE DEUXIEME : ........................................................................................................................ 123
TEXTES JURIDIQUES LIBANAIS ................................................................................................ 123
ANALYSE, CRITIQUES ET PROBLÉMATIQUES ....................................................................... 123
CHAPITRE PREMIER : LA LOI 132 SUR LES RESSOURCES PÉTROLIÈRES DANS LES
EAUX MARINES LIBANAISES ET L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE ............................. 125
SECTION PREMIÈRE : JALONS ET PRINCIPES DE LA LOI LIBANAISE .............................. 125
SECTION DEUXIEME : ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU SECTEUR PÉTROLIER ... 143
CHAPITRE DEUXIEME : LA LOI 132 : LES PROBLÉMATIQUES ET LES SOLUTIONS...... 152
SECTION PREMIÈRE : PROBLEMES SOULEVÉE DANS LA LOI SUR LES RESSOURCES
PÉTROLIÈRES ............................................................................................................................... 153
SECTION DEUXIEME : ETUDES COMPARATIVE ENTRE LE LIBAN ET L’ALGÉRIE AU
REGARD DE L’EXPÉRIENCE JURIDIQUE ALGÉRIENNE (LA SONATRACH) ...................... 178
DEUXIEME PARTIE : UN NOUVEAU CADRE JURIDIQUE INSPIRÉ PAR DES EXEMPLES
ÉTRANGERS : ............................................................................................................................................194
15
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

« LES CONDITIONS D’UNE « BONNE EXPLOITATION » DE LA RESSOURCE PETROLIERE »


........................................................................................................................................................................194
PREMIER TITRE : FONDS SOUVERAIN ET DÉLIMITATION DES FRONTIERES MARITIMES
DU LIBAN ........................................................................................................................................ 200
CHAPITRE PREMIER : LE FONDS SOUVERAIN LIBANAIS : UN PROJET POUR LES
GÉNÉRATIONS FUTURES .............................................................................................................. 202
SECTION PREMIÈRE : LES FONDS SOUVERAINS DANS LE MONDE : CONCEPT ET RÔLE
......................................................................................................................................................... 204
SECTION DEUXIEME : LE FONDS SOUVERAIN LIBANAIS : UN PROJET PROMETTEUR 223
CHAPITRE DEUXIÈME : LA DÉLIMITATION DES FRONTIÈRES MARITIMES LIBANAISES
AU REGARD DU DROIT INTERNATIONAL ET DU CONFLIT AVEC ISRAËL ....................... 243
SECTION PREMIERE : FRONTIERES, DELIMITATION ET CONFLITS ................................... 244
SECTION DEUXIEME : DELIMITATION DES FRONTIÈRES MARITIMES LIBANAISES ET
CONFLITS DE PÉTROLE .............................................................................................................. 258
DEUXIEME TITRE : LES NORMES JURIDIQUES ENVIRONNEMENTALES AU LIBAN ET
LES PERSPECTIVES D’AVENIR.................................................................................................. 273
CHAPITRE PREMIER : IMPACT DU PÉTROLE SUR L’ENVIRONNEMENT LIBANAIS ET
LES MESURES DE PRÉVENTION ................................................................................................. 275
SECTION PREMIÈRE : IMPACT DU PÉTROLE SUR L’ENVIRONNEMENT : IMMENSES
PROBLÈMES, PEU DE SOLUTIONS ........................................................................................... 276
SECTION DEUXIEME : IDEES POUR ÉVITER LES ATTEINTES À L’ENVIRONNEMENT
DANS L’EXPLOITATION FUTURE DU PÉTROLE AU LIBAN ................................................... 287
CHAPITRE DEUXIEME : PERSPECTIVES POUR UNE EXPLOITATION RÉUSSIE DU
PÉTROLE AU LIBAN ......................................................................................................................... 308
SECTION PREMIÈRE : IDEES MATERIELLES SUR L’AVENIR DU PÉTROLE ET LEÇONS
POUR LE LIBAN ............................................................................................................................ 310
SECTION DEUXIEME : IDEES MORALES SUR L’AVENIR DU PÉTROLE ............................. 328
CONCLUSION .............................................................................................................................................346
BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................................................352
TABLE DES ANNEXES .............................................................................................................................376
TABLE DES MATIERES............................................................................................................................405

16
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

INTRODUCTION

La naissance de l'industrie pétrolière est traditionnellement associée au nom d'Edwin


Drake elle manifeste ce qu’il est maintenant convenu de présenter comme « la seconde
révolution carbone » après l’exploitation du charbon. Edwin Drake est ainsi le premier
à avoir produit du pétrole en forant un puits en Pennsylvanie en 1859. C’est sur la base
de cette réussite initiale que les États-Unis produisirent les premiers barils de l'ère
moderne et allaient devenir le plus important producteur de pétrole. Dès lors, la ruée
vers « l'or noir » commença à se développer et ceci jusqu’à gagner plusieurs régions
du monde comme la Californie, la Transylvanie, la Pologne et l'Azerbaïdjan.

Au-delà de ce développement, force est de reconnaître que l’histoire du pétrole est


intimement liée avec l’histoire du territoire américain. En 1901, le premier puits est en
effet foré dans le champ Spindletop au Texas. Cet évènement a marqué le début d'une
nouvelle époque géopolitique : l’ère contemporaine qui semble avoir été dominée par
la présence de plus en plus importante des États-Unis. Cette période a également été
concomitante à l’invention du moteur à combustion interne qui a entraîné une
augmentation considérable de la demande de carburants liquides.

Le pétrole s'impose alors comme « LA » source d'énergie majeure. Sa production


augmente ainsi régulièrement jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Naturellement,
cette ressource allait alors devenir un enjeu majeur du conflit.

Cette situation stratégique des réserves mondiales de pétrole devait par la suite
renforcer la puissance du Moyen-Orient sur le marché mondial du pétrole. Plus que
jamais, l’économie pétrolière allait être liée au Moyen-Orient. C’est à ce titre que le
pétrole comme ressource stratégique concerne alors le Liban.

17
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ce sujet est d’une importance toute particulière aujourd’hui au Liban. En effet, on a


découvert il y a quelques années l’existence du pétrole au Liban. Pour un « petit pays »,
la question du pétrole est d’une importance primordiale, car l’extraction du pétrole peut
sauver le Liban qui sombre dans une crise économique très difficile. Cette exploitation
d’un gisement pétrolier peut ainsi être une bénédiction ou la source de nouveaux
malheurs pour le Liban.

Notre principale problématique dans cette recherche sera alors la suivante : quelles sont
les contraintes qui pèsent sur le Liban afin que le projet d’extraction et d’exploitation
du pétrole se déroule conformément aux meilleures règles juridiques, économiques et
éthiques. Cette question nous amène naturellement à élargir l’angle d’analyse au-delà
d’une approche strictement juridique (l’objet de cette étude impose, selon nous, en effet
un traitement transdisciplinaire) et à traiter en plus de la situation du Liban des
expériences d’autres pays en la matière (comme la sonatrach algérienne).

Il s’agit là, selon nous, d’une originalité de notre recherche. Celle-ci a pour objet
d’éclairer l’élaboration contemporaine d’un cadre juridiquement contraignant de
l’exploitation et de l’extraction du pétrole au Liban, mais en prenant acte des
contraintes politiques, sociétales qui existent dans ce pays qui est caractérisé par la
complexité. Cette dialectique entre le régime juridique et ses contraintes traversera
l’intégralité de notre étude. Elle exprime un certain réalisme dans la compréhension du
phénomène juridique et le fait que le droit est toujours conditionné par les conditions
concrètes de sa mise en œuvre.

Ainsi nous ferons le pari d’un traitement qui éclaire le droit à la lumière d’analyses
géopolitiques, politiques et parfois éthiques et philosophiques. Cette démarche
transdisciplinaire pourrait surprendre, mais elle nous semble nécessaire vis-à-vis d’un
sujet qui serait mutilé à partir d’une conception qui s’attacherait uniquement à un
« devoir être » sans considérer la réalité du milieu de la mise en œuvre. Le pétrole

18
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

comme ressource stratégique implique un usage stratégique de la ressource juridique.


C’est cette réalité que nous avons cherché à mettre en évidence dans cette thèse.

L’impact du pétrole (qui est lui-même un « bien » qui directement ou indirectement


traverse et influence tous les aspects de la vie des Libanais) sur l’environnement, le
réchauffement climatique (et les nouveaux concepts afférents à celui-ci comme celui
de la simplicité volontaire) seront alors l’horizon de cette recherche.

Notre ligne directrice

Dans cette thèse, nous analyserons deux volets spécifiques de l’exploitation des
ressources pétrolières :

Il s’agira, en premier lieu, de s’attacher à l’état des lieux des divers aspects du droit
positif relatif au pétrole au Liban (à ce titre, nous étudierons notamment de manière
approfondie la loi n°132 de 2010 ainsi que la question de la délimitation des frontières
maritimes) ;

En second lieu, nous chercherons à répondre à diverses questions qui sont posées
actuellement au niveau de l’industrie pétrolière. Il s’agira de traiter par exemple de
l’impact du pétrole sur l’environnement, les fonds souverains, etc.

Nous avons opté pour une approche qui est volontairement didactique et analytique.
Nous avons mis l’accent sur la présentation de certaines données et sur la traduction
originale de certains documents. Nous avons conscience que cette thèse ne
révolutionne pas la manière d’appréhender l’exploitation pétrolière, mais elle devrait
permettre d'entrouvrir une fenêtre sur la situation très singulière du Liban et ceci à un
moment ou ce pays traverse une très profonde crise et développe une réelle opacité
dans la mise en œuvre de certains textes essentiels pour son avenir.
Nous concentrons ainsi la première partie de notre thèse à l’examen de la loi n°132 de
2010 qui concerne spécifiquement les ressources pétrolières au Liban. Nous serons
19
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

conduits à ce titre de présenter l'historique du projet pétrolier au Liban et ceci depuis


le lancement de la phase de préqualification qui a débuté le 15 février 2013.

Parmi les 38 entreprises sélectionnées, 12 avaient été retenues pour participer à l'appel
d'offres en tant qu'opérateurs, 26 n'étaient éligibles qu'à participer à un consortium
dirigé par une autre entreprise.

Cette situation de préqualification était antérieure à l'adoption des deux décrets (très
attendus) organisant l'appel d'offres pour la première attribution de permis
d'exploration pétrolière dans les eaux territoriales libanaises.

Ces deux décrets définissent les coordonnées des dix blocs de concessions prévus dans
la zone économique exclusive (ZEE) du Liban et précisent les termes des contrats
d'exploration et de production conclus entre l'État libanais et les concessionnaires.

La loi de 2010 dessinait les lignes directrices qui lient le gouvernement dans la mise
en œuvre des projets d'extraction pétrolière. Elle offre ainsi au Liban le cadre général
dédié à l’exploitation des ressources pétrolières.

Elle insiste bien évidemment sur plusieurs critères :

 La propriété du pétrole et du gaz au Liban appartient ainsi à l’ensemble du peuple


libanais ;
 Le contrôle du pétrole et du gaz doit se faire de manière à assurer une répartition
équitable des ressources à la population ;
 Il est enfin nécessaire d’adopter des politiques stratégiques pour l'organisation
et le développement de l'industrie pétrolière et gazière, afin d'apporter le plus
grand bénéfice au peuple libanais.
20
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Cette question de la répartition des bénéfices engendrés par l’exploitation des


ressources pétrolières implique de comprendre l’organisation et la répartition
singulière des pouvoirs et des compétences politiques au Liban. Nous discuterons alors
du confessionnalisme au Liban et tenterons d’expliquer comment la répartition du
pouvoir entre les confessions porte selon nous atteinte à la démocratie et à la
construction effective d’un véritable État de droit au Liban.

La situation interne au Liban semble avoir été débloquée en juillet 2016, et ceci avec
l’adoption d’un accord conclu entre le président de l’Assemblée nationale (M. Nabih
Berri) et le ministre des Affaires étrangères libanais de l’époque (M. Gebran Bassil)
sur le dossier du pétrole.

Leurs divergences concernaient essentiellement le lancement d’un appel d’offres pour


les 10 blocs des eaux territoriales libanaises.

Une formule de compromis a enfin été trouvée dans l’adjudication de trois blocs Sud
(les blocs 8, 9 et 10) et des deux blocs Nord.

Nous expliquerons que dans la suite de notre analyse que les blocs pétroliers ont été
répartis sur la base d’un compromis confessionnel : les blocs Sud sont attribués aux
chiites ; à Beyrouth et au Nord, ils sont accordés aux sunnites ; entre Beyrouth et Sidon
ils sont confiés aux Druzes, et enfin entre Beyrouth et Tripoli ils sont accordés aux
chrétiens

21
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Répartition des 10 blocs

La seconde partie de notre recherche sera dédiée au cadre dans lequel va se dérouler
l’exploitation pétrolière au Liban. Il s’agira, à ce titre, de démontrer comment la
nécessité de préserver l’avenir de notre nation ou de garantir un niveau de vie
satisfaisant par l’entremise de la manne pétrolière conditionne la mise en place du
régime juridique de l’exploitation pétrolière.

L’examen des fonds souverains et d’un éventuel revenu universel sera alors abordé de
même que les conditions nécessaires à une exploitation durable de cette ressource. À
ce titre, nous serons conduites à développer des analyses qui seront susceptibles de
détailler les relations entre l’exploitation pétrolière et la nécessaire protection de
l’environnement dans la perspective d’une exploitation soutenable dans la durée de
cette ressource.

22
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L’un des défis de cette recherche aura été de mettre en évidence dans la naissance et la
gestion du régime pétrolier la nécessité d’une gouvernance adaptée aux singularités du
Liban.
C’est à ce titre que se manifestera une thématique qui traverse toute notre recherche :
la possibilité de doter cette exploitation d’une certaine valeur sociale. Notre projet n’a
pas été uniquement d’expliciter les conditions d’exploitation, mais d’expliciter les
conditions d’une bonne exploitation. À ce titre, la question de la valeur sociale de cette
ressource était une dimension essentielle de notre thèse.
C’est dans la relation qui va s’établir entre la société et cette exploitation qu’est
susceptible de s’établir la valeur du pétrole pour le Liban. Cette dimension qui a été
pour nous déterminante explique notre volonté de mettre l’accent sur la gouvernance
et sur les conditions qui permettent à la population de contrôler cette exploitation afin
qu’elle reste conforme aux besoins de la nation libanaise.
Ce qui se manifeste au regard de l’exploitation du pétrole au Liban n’est pas la
manifestation d’un gouvernement de cette activité, mais pleinement une gouvernance
qui exprime de la sorte non seulement la faiblesse du pouvoir, mais également le
partage de celui-ci entre diverses factions.
Dans cette perspective, différentes questions vont jalonner notre recherche d’une
exploitation pétrolière de qualité. Sans déflorer notre analyse, nous allons dans cette
introduction tenter de préciser ces notions afin de pouvoir par la suite les développer
plus utilement.

S’agissant de la nécessité d’une bonne gouvernance…

23
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En ce sens, la gouvernance du secteur pétrolier au Liban opère sur quatre niveaux : le


Parlement, le Conseil des ministres, le ministère de l'Énergie et des eaux, et la
Commission de Gestion du Secteur Pétrolier (CGSP).

Cette dernière supervise les activités pétrolières sous la tutelle du ministre de l’Énergie.

L'administration pétrolière libanaise devrait, quant à elle, appliquer les normes de


transparence les plus strictes et ceci conformément aux exigences du décret de 2013
relatif au déroulement du processus de préqualification des sociétés étrangères.

Il est à noter que la Commission pousse actuellement, l’État libanais à faire partie de
l’Initiative mondiale de transparence pour les industries (EITI) qui se présente comme
une norme mondiale pour la « bonne gouvernance » des ressources pétrolières,
gazières et minérales.

Nous avons ainsi en tout 13 décrets relatifs à l’industrie pétrolière au Liban (qui
expriment la mise en œuvre du cadre législatif).

Les premiers décrets nécessaires au démarrage ont été adoptés et forment un ensemble
hétérogène…

Le décret no 10289 du 30-4-2013 vise à dresser les règlements et normes des activités
pétrolières.

Nous analyserons spécifiquement ce décret. En effet il engendre les règles relatives aux
activités pétrolières à tous les stades des activités pétrolières (les activités relatives à
l'exploration, à la production et au développement de l’industrie pétrolière, à l'arrêt
définitif de l'exploitation, à l’évaluation du prix du pétrole, à l’estimation de la valeur
du pétrole, etc.).

Nous définirons le cahier des charges qui fixe les conditions de participation aux cycles
des licences.
24
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Le décret 9882 du 15-2-2013 s’attache, quant à lui, à imposer le respect de toutes les
clauses incluses et acceptées de la part des sociétés préqualifiées.

Nous aborderons, dans la première partie de notre recherche, les problèmes que soulève
cette loi si importante pour l’avenir dès lors qu’elle constitue la base pratique
permettant l'établissement du système législatif et réglementaire relatif au secteur
pétrolier au Liban.

Cette analyse préalable est essentielle, car l’industrie pétrolière va placer le Liban sur
la carte mondiale des pays producteurs du pétrole. Il faudra alors impérativement que
toutes les activités pétrolières soient non seulement conformes aux exigences du droit
international, mais également aux exigences du droit interne (notamment des normes
constitutionnelles).

S’agissant de la question du boycott d’Israël et le « trou » de l’article 38

La question du boycott d'Israël occupera une place importante dans notre travail. Il est
patent qu’au Liban les questions géopolitiques dominent et orientent les interprétations
juridiques. En ce sens, le droit positif n’est malheureusement interprété qu’à la lumière
des rapports de forces.

Pour le Liban, qui se trouve aujourd’hui au centre du conflit israélo-arabe, l'existence


d'Israël en tant qu'entité internationale reconnue est toujours refusée.

Conformément au Code pénal libanais, il est ainsi interdit d’avoir des relations avec
Israël ou avec l'un de ses sujets.

Ce traitement ressort de la loi du 23 juin 1955 qui porte sur le boycott de l’État d’Israël
et qui reçoit, paradoxalement, au Liban, une application plus stricte que dans beaucoup
de pays arabes.

25
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

De nombreux problèmes sont soulevés par cette loi, dont ce qui a été curieusement
présenté comme « le trou de l’article 38 ». Il s’agit de ce que l’on pourrait analyser
comme une dénégation juridique.

Cet article 38 de la loi 132 de 2010 sur les ressources pétrolières a ouvert un espace de
vacuité dans le domaine du boycott. Il s’agit, à l’origine, d’une question purement
juridique et technique qui concerne spécifiquement l’unification de plusieurs réservoirs
ou activités pétrolières conjointes et pose alors le problème du boycott d’Israël.

En effet concrètement et de manière pragmatique les autorités libanaises seront dans


cette perspective amenées à collaborer avec des sociétés qui auront des liens avec
l’État d’Israël.

C’est alors la rédaction du premier alinéa de l’article 38 qui fait problème.

Nous faisons allusion ici à la manière dont cette loi est rédigée par le législateur.

Pour certains ce texte pourrait laisser entendre qu’il est possible d’avoir des activités
pétrolières avec Israël et ceci sans passer par l’accord du gouvernement. Cette analyse
signifierait que dans de nombreux cas il se peut qu’il y ait collaboration avec des
sociétés israéliennes (ou qui travaillent pour Israël). Ainsi dans cette perspective serait
éliminé le rôle du Conseil des ministres. Cette analyse constitue une atteinte flagrante
à la loi sur le boycott d’Israël.

S’agissant de la comparaison qui s’impose selon nous avec l’Algérie.

Pour appréhender l’évolution possible de la situation du Liban, nous avons cherché à


développer une réflexion adossée au droit comparé. Il nous semble que la situation de
l’Algérie pourrait apparaître à ce titre comme particulièrement pertinente.

La loi la plus importante en Algérie dans le domaine des hydrocarbures est la loi n° 28
avril de 2005. Ce texte vise à réglementer l'activité pétrolière et en particulier les droits
et devoirs de tous les participants (titulaires du droit) lors de l'exercice de l’ensemble
26
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

des activités de l’exploration et de la production du pétrole et ceci à toutes les étapes.


Elle offre ainsi un point de comparaison particulièrement important au bénéfice de
l’analyse de la situation du Liban.

Nous exposerons ainsi dans la suite de cette recherche les moyens utilisés par les
autorités algériennes pour lutter contre l'influence dans le secteur des hydrocarbures de
la société Sonatrach (et nous tenterons d’expliquer comment ces autorités algériennes
ont réussi, selon nous, à établir une véritable redistribution des pouvoirs de gestion de
ce secteur).

Nous verrons comment cette loi cherche à consacrer la libre concurrence dans le
domaine de raffinage et de transfert des carburants, de stockage et de distribution des
produits pétroliers, ainsi que dans le domaine des structures et installations qui
permettent sa mise en pratique.

S’agissant de la présence et de l’influence des fonds souverains pour un bon


déroulement du projet pétrolier futur au Liban

Nous avons également cherché à placer cette analyse du futur du Liban entendu comme
pays producteur de pétrole à la lumière de la finance internationale. Il est évident que
cette manne pétrolière implique une perception des ressorts qui associent cette
ressource à divers outils financiers.

Nous consacrerons ainsi un chapitre à la question des fonds souverains.

En effet, ces fonds de placements financiers (actions, obligations, etc.) qui sont détenus
par les États occupent une place primordiale dans les pays producteurs de pétrole.

Les fonds souverains permettent une gestion de l'épargne nationale et l’investissement


de celui-ci dans des placements variés (actions, obligations, immobilier, etc.).

Nous tenterons alors de répondre à la question suivante : pourquoi ce regain d’intérêt


actuel pour les fonds souverains (et ceci en questionnant la croissance soutenue des
27
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

actifs sous gestion qu’ils possèdent et la très importante largeur du spectre


d’investissement dans les sociétés cotées étrangères) ?

Nous éclairerons cette question à partir de diverses analyses, par exemple, celles
présentées en 2006, par de nombreux membres du Congrès américain (qui s’étaient
alarmés, pour des questions de sécurité nationale, de la tentative de rachat par Dubai
Ports World, qui était la filiale d’un fond souverain, de P&O, la société britannique
exploitant plusieurs ports américains).

Ces fonds, d’un genre nouveau, ont ainsi, pendant de nombreux mois, suscité les
débats, « avant que la crise financière de 2008 et celle de la dette en 2010 ne viennent,
sur ce sujet, apaiser les esprits »1.

Nous tenterons alors de dresser une carte des liens qui existent entre les ressources
publiques et les fonds souverains.

Il est à noter que nous entendons dans cette étude par « ressources publiques » les
prélèvements ou contributions obligatoires (impôts, taxes, cotisations parafiscales),
complétés par des emprunts.

De fait, aucun État n’est actuellement à l’abri d’une remise en cause de son « crédit »
public et de son image d’État sain.

Il est, selon nous, toujours surprenant (ou inquiétant) de constater que tous les États
attentent des notations venant d’entreprises étrangères imposant leur principe
d’économétrie.

1
Yves JEGOUREL, « Fonds souverains : comment repenser le capitalisme d'État ? »,
dans Géoéconomie 2012/4 (n° 63), pages 85 à 97.
28
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Le pétrole libanais arrive ainsi à un moment où le concept même de l’Etat est remis en
cause2.

Il faudrait ainsi oublier pour un long moment peut-être les fonctions traditionnelles de
l’Etat : fonctions de régulation ou stabilisation, d’allocation des ressources ou
affectation, de distribution ou répartition.
C’est dans cette perspective d’une sorte de tutelle toujours possible imposée à l’État
que se manifeste selon nous la question de son rôle et de sa capacité à redistribuer les
richesses et ses prestations.

La question du revenu universel est ainsi en rapport direct avec la production du


pétrole.

Si la terre est susceptible de générer des richesses pourquoi alors n’assurons-nous pas
un revenu pour tout le monde sur le territoire national. Pourquoi de façon polémique
ne pas entendre les ressources pétrolières comme un « bien commun » ?

Or, il est évident que les États pétroliers sont loin de faire une distribution égalitaire de
ses richesses.
Dans les Émirats arabes unis il y a clairement une redistribution très inégalitaire et très
éloignée des principes des promoteurs d'un schéma de type revenu universel.

Le contre-exemple est celui de la Norvège. Dans ce pays la redistribution est égalitaire :


elle est réalisée sur une toile de fond politique sociale-démocrate.

2
Voir sur la définition des trois fonctions de l’Etat, Jacques GENEREUX, « Les trois fonctions de l’Etat,
selon Richard Musgrave », ALTERNATIVES ECONOMIQUES, 2003, N°219.
29
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Son fonctionnement devrait alors être transparent pour rendre compte de cette forme
de justice sociale au regard de ce qui apparaît comme un bien commun national.

Naturellement au Liban tous les espoirs sont orientés en direction d’un fonds souverain
libanais qui se comporterait à la norvégienne (de manière éthique et juste et dans le
respect de la transparence=.

Nous exposerons ensuite la position de la France du fait de son implication historique


très forte sur l’évolution du Liban et de ses prises de position très claires sur l’éthique
relatives à la gestion des fonds souverains :

« La France sera toujours ouverte aux fonds souverains dont les intentions sont sans
ambiguïté, dont la gouvernance est transparente et dont le pays d'origine pratique la
même ouverture à l'égard des capitaux étrangers » (Nicolas Sarkozy).

Pour mieux appréhender ces questions, nous avons été conduites à exploiter des
entretiens avec certains des opérateurs le plus importants du Liban sur ces questions.

Ainsi, les entretiens que nous avons réalisés avec des personnalités libanaises,
notamment Cézar Abi Khalil, le promoteur du projet de loi sur les fonds souverains
nous semblent apporter une certaine lumière sur ces questions délicates.

Nous évoquerons, également, la question de consultations publiques. Cette pratique


démocratique par excellence joue un rôle important dans la construction d'un langage
commun entre l'autorité publique d'une part, et la société civile d’autre part. Il s’agit en
effet dans le cadre d’une volonté de démocratisation de la pratique administrative de
parvenir à permettre aux citoyens d’être des parties prenantes de la norme
administrative.

30
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Notre volonté était de manifester clairement l’idée selon laquelle le droit moderne
devait être réflexif. Les textes législatifs doivent ainsi naître au sein même de la société
(et ne doivent plus être imposés par une instance plus ou moins légitime au Liban qui
serait en surplomb de la société).

Un projet de loi sur la consultation publique sera ainsi proposé au parlement par des
associations et des centres d’études libanais qui se préoccupent de cette question
(l’initiative libanaise pour le pétrole et le gaz « LOPI »).

Il est à noter que le cadre de ce projet est très large. En effet, le projet de loi sur les
consultations publiques présenté par l’Initiative libanaise sur le pétrole et le gaz
s'applique à toutes les consultations publiques organisées par les autorités publiques
concernant toute initiative législative, à l'exception des cas relatifs aux questions de la
Défense nationale, de la protection des intérêts nationaux, de sécurité, etc.

S’agissant de la délimitation des frontières

L’éventuelle exploitation du pétrole au Liban pose également un problème de


délimitation des frontières entre le Liban et Israël ainsi qu'entre le Liban et la Syrie.

Il faut savoir que les frontières n'ont jamais été précisément déterminées, et ceci non
seulement en 1920, mais également par la suite dans le cadre du mandat français3.

Nous avons insisté dans cette recherche sur cette question de la délimitation des
frontières et ceci dans tout un chapitre du fait de l’importance de cette problématique
dans une zone particulièrement instable politiquement. La Méditerranée orientale est

3
La résolution 425 du Conseil de sécurité de l'ONU, relative au retrait israélien du sud du Liban, ne
mentionne pas les fermes de Chebaa, qui relèvent plutôt de la résolution 242, désignées pour les terres
occupées en 1967.
31
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

ainsi un espace particulièrement tendu du fait de cette présence de gisements


revendiqués par les États riverains.

Cette délimitation va servir de base à la répartition des revenus en cas d’exploitation


d’un gisement transfrontalier.

C’est le cas du bloc 12 alloué par Chypre à Noble Energy qui se trouve près des
frontières maritimes libanaises.
Nous exposerons en détail les différents points de vue qui sont relatifs à la délimitation
des frontières maritimes avec Israël au regard du droit international.
Depuis le 17 août 2011 le British Hydrographic Office (UKHO) a soumis un rapport
au gouvernement libanais à sa demande, avant la promulgation du décret 6433 du 1er
octobre 2011 dans le but de parvenir à tracer les frontières maritimes de la zone
économique exclusive libanaise, y compris la frontière maritime sud avec une ligne
partant d'un point près du cap Naqoura jusqu'au point 23 au large.
Malheureusement, le décret 64334 a été rédigé sans tenir compte de ce rapport (celui-
ci n’a même pas été présenté au Premier ministre de l’époque Nagib Mikati).
Par la suite Israël a créé une nouvelle ligne localisant la frontière au point 1, qui prive
le Liban de 860 km² en plus des 1400 précédemment mentionnés.
Cette question est objet de nombreux débat de nos jours et il existe une forte division
politique sur cette question.
Cette problématique implique la prise en compte de l’étude des énergies qui sont
présentes dans la région. Cette question n’est pas triviale elle est à l’origine de certains
troubles importants inhérents à cette partie de la méditerranée.
Certains auteurs expliquent ainsi la crise syrienne par la variable énergétique.

4
- Qui avait été signé par le ministre des Transports de l'époque Ghazi Zeaïter (bloc Amal).
32
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Celle-ci, en effet, même si elle ne peut être considérée comme le facteur nécessaire et
suffisant pour expliquer l’origine, de la crise syrienne, reste d’une particulière
importance. La question de la souveraineté énergétique est ainsi le cadre aujourd’hui
d’une nouvelle déclinaison du « Grand jeu ».
Nous rendrons compte de ce « nouveau Grand Jeu énergétique » propre au début du
XXIe siècle, au regard de sa modalité gazière (cette ressource apparaît, selon nous,
comme l’hydrocarbure appelé à un avenir faste et ceci en contrepoint de la baisse
inexorable des réserves connues de pétrole5).
À ce titre, le futur tracé d’un gazoduc « sunnite » qui transporterait le gaz du Qatar vers
l’Europe via la région centrale du pays aux environs de Homs, est à prendre en
considération dans l’équation du commerce gazier mondial.

5
-David Rigoulet-Roze, La question stratégique du contrôle d'un futur gazoduc méditerranée,
Dans Confluences Méditerranée 2014/4 (N° 91), pages 95 à 106.

33
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Après une longue attente Bachar el Assad vient d’énoncer que les Fermes de Chebaa
appartiennent à la Syrie. Par cette décision la Syrie est soupçonnée de souhaiter vouloir
bloquer la délimitation des frontières maritimes libanaises.
Officiellement le pouvoir syrien a toujours considéré que cette zone était libanaise. Les
forces israéliennes ont quitté le territoire libanais en 2000, mais elles ont conservé leur
position au sein des fermes de Chebaa.

34
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

C’est de fait le principal argument avancé par le Hezbollah pour continuer son
mouvement de résistance contre l’État hébreu. Le gouvernement libanais affirme,
quant à lui, le caractère strictement libanais des fermes de Chebaa.

S’agissant enfin des impacts du pétrole sur l’environnement au Liban

Les principes et les objectifs du développement durable exigent que les villes
partout dans le monde trouvent un équilibre entre un développement urbain
maîtrisé et la préservation des espaces et des ressources naturelles. L’inscription
d’un développement économique dans la durée est devenue dans les années 80
(au regard de la prise de conscience inhérente à certaines limites planétaires) une
contrainte mondialement partagée. Dans cette perspective d’un développement
durable des villes, la France était pionnière : le ministère des Affaires étrangères
et européennes français a lancé, depuis juillet 2007, une réflexion associant
l’ensemble des acteurs de la coopération afin d’élaborer un document
d’orientation. La France a eu également l’idée importante de mettre en place un
« Partenariat français pour la ville »6. C’est dans le cadre ainsi tracé que la France
a créé la notion de « gouvernance urbaine démocratique ».

Nous expliquerons dans la suite de cette thèse pourquoi la lutte menée afin de
défendre l’environnement et de sanctionner les atteintes résultant du travail
pétrolier n’est pas séparée de la lutte contre les atteintes à l’environnement au
Liban en général.

Il fallait également explorer les perspectives afin de permettre une exploitation


convenable du pétrole au Liban.

6
Voir Charbel ESTEPHAN, Les politiques publiques au Liban, Instruments juridiques et moyens pour un
développement durable, Thèse, Faculté de droit de Douai, p. 121.

35
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L'humanité se considère de nos jours comme une espèce en danger (Jeremy


Rifkin). Pour cet auteur le New Deal vert se traduit par une « transformation
complète de l'économie vers un nouveau paradigme ». La question est alors la
suivante : pourquoi la civilisation fossile devrait-elle s'effondrer d'ici 2028 ?
Nous essayerons d’y répondre en analysant les recherches récentes menées sur
cette question. Jeremy Rifkin prédit, quant à lui, l'irrémédiable chute du pétrole et
du charbon. Au regard de cette tragédie possible, le temps presse. C’est pourquoi
l’auteur insiste sur la nécessité d’une troisième révolution industrielle dédiée aux
infrastructures, repensées pour les énergies renouvelables.
Pour régler le problème de l’environnement, il faut alors un projet d'ampleur
permettant une transformation des infrastructures et surtout un changement
radical dans les mentalités (des Libanais).
Enfin nous aborderons la question du pétrole dans cette thèse dans une perspective
philosophique sociologique et anthropologique. Il s’agira de prendre acte des effets
d’une forme de nihilisme qui semble coloniser les consciences et qui s’impose comme
une puissante contrainte dans les représentations des Libanais. Gaël Giraud estime que
la fin du XIXe siècle avait été l’époque d’une découverte majeure : « celle des
possibilités inouïes qu'offre l'industrialisation du pétrole. Une nouvelle ère semblait
s'ouvrir alors : celle des transports à longue distance presque gratuits et d'une électricité
urbaine (dérivée du pétrole) abondante et également bon marché ». A contrario notre
époque signe au « le début d'une ère où le pétrole ne sera plus jamais disponible en
abondance comme il le fut jadis ». Cette pénurie impose une mutation
anthropologique d’une dimension rare.

Cette question va impacter notre représentation du pouvoir ainsi que la réalité de sa


mise en œuvre. Matthieu Auzanneau, un grand ancien journaliste d’investigation,
estime ainsi que la puissance, le pouvoir : c’est l’énergie. La plus forte énergie c’est le
pétrole. Le paradoxe dans cette analyse c’est que le pétrole, se présente comme
l’élephant-in-the-room, c’est-à-dire un sujet qui est tellement énorme massif et
36
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

omniprésent dans nos vies qu’on oublie sa présence et son influence : il est notre
ordinaire.
Nous serons dans cette partie de notre thèse amenée à évoquer l’exemple des militants
québécois qui selon nous illustrent cette lutte à travers le concept de « simplicité
volontaire » pour la sauvegarde de la nature dans le but d’humaniser le rapport entre
les hommes et les ressources naturelles, dont essentiellement les hydrocarbures.
Nous avons tenté dans ce dernier chapitre de mettre en rapport hydrocarbures, Éthique,
changement climatique et philosophie. La philosophie change les comportements
humains. La philosophie radicalise, dans le bon sens du terme, notre rapport au monde.
Elle offre d’universaliser cette relation et offre ainsi la base à un traitement éthique de
ces questions. Elle nous amène vers le sérieux de la raison. Nous sommes, d’une
certaine manière ainsi revenue à Hippocrate.
Cette question inhérente à la relation de l’homme et de la nature dans l’exploitation
d’une ressource ne pouvait être abordée dans le cadre du Liban sans traiter du rapport
de ce pays avec l’islam. Cette question était également imposée par l’influence au
Liban des pays musulmans producteurs de pétrole. Cette influence prend souvent la
forme d’une sorte de vision complotiste, non partagée heureusement par tous les
musulmans : dès lors, tout le mal vient de l’occident et ce dernier ne veut que piller
notre pétrole...

Comme remède à ces impasses nous évoquerons le concept de simplicité volontaire.


« Tant que nous continuerons à le sortir de terre, il nous sera impossible d’atteindre les
objectifs de contrôle des changements climatiques proposés par la Conférence de
Paris ». Les propos sont tranchants. Selon les militants québécois, l’accélération des
changements climatiques, dont l’exploitation des sables bitumineux est ici un élément
essentiel, doit nous obliger à réévaluer notre option pour la simplicité volontaire et les
pratiques émancipatrices. C’est le comportement des hommes qu’il faut changer. Puis

37
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

le changement doit également passer par la constitution de collectifs autogérés et


l’action des communautés autochtones.

Le Liban a reçu un coup dur lorsque la compagnie française Total a annoncé l’absence
de découverte de réservoir de gaz commercialisable dans le bloc 4 des eaux libanaises
il y a quelques mois. L’aventure pétrolière était mal engagée. En outre, le Liban
traverse aujourd’hui une crise économique jamais vécue au pays du Cèdre.

Le Liban a reçu la nouvelle de la société Totale comme un signal négatif (même si cela
est habituel concernant les premières explorations ou tentatives d’exploration).
L’attente des Libanais est sur cette question immense. Nous espérons tous des résultats
positifs dans les prochaines explorations, afin d’encourager les investisseurs
internationaux.

Notre thèse porte sur “l’extraction du pétrole au Liban : Problèmes et perspectives”.


Notre principale problématique est la suivante : quelles sont les conditions que le Liban
doit remplir pour que le projet d’extraction et d’exploitation du pétrole se déroule
conformément aux meilleures règles juridiques, économiques et éthiques. Ceci nous a
amenés à élargir l’angle d’analyse et traiter en plus de la situation du Liban les
expériences d’autres pays en la matière : la sonatrach algérienne, l’impact du pétrole
sur l’environnement, le réchauffement climatique, les nouveaux concepts comme celui
de la simplicité volontaire.

Dans la première partie “Le pétrole au Liban : histoire, répartition des blocs,
encadrement juridique et multiples blocages” nous exposerons l’histoire du pétrole, la
naissance des découvertes au Liban et la loi no 132 de 2010. Dans la deuxième partie :
“Outils de protection, environnement et perspectives d’avenir” nous analyseront les
fonds souverains, la délimitation des frontières maritimes, l’impact de l’environnement
et l’avenir du pétrole dans une perspective quelque peu philosophique.

38
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La recherche développée dans cette thèse sera donc conduite conformément à deux
axes. En premier lieu, l’explicitation du régime juridique de cette exploitation
pétrolière (il s’agira donc d’étudier non seulement le droit positif, mais également la
manière dont celui-ci est utilisé stratégiquement par les acteurs de cette règle). En
second lieu, nous examinerons dans la seconde partie de cette recherche comment les
conditions d’une bonne exploitation sont liées aux rapports qui s’établissent entre cette
ressource pétrolière et la société qui lui offre son milieu de mise en œuvre.

39
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

40
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

PREMIÈRE PARTIE

UN CADRE JURIDIQUE ACTUEL CRITIQUABLE ET


IMCOMPLET :

« UNE RESSOURCE STRATEGIQUE ET UN USAGE STRATEGIQUE DE


LA RESSOURCE JURIDIQUE. »

41
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il convient de se demander dans le premier titre de cette recherche quel est impact du
pétrole sur le droit et l’économie et l’état de lieux au Liban. Cette première question
recouvre en fait plusieurs notions et concepts et pose diverses problématiques.

En effet, le pétrole fait aujourd’hui l’objet de conflits et se trouve être l’enjeu de


nombreux rapports de forces : il n’existe aucun État dans le monde qui soit dispensé
de ces conflits et à l’abri de ces rapports de force.
À l’origine, le pétrole se présente comme une huile minérale, ou sous la forme d’un
produit pharmaceutique et cosmétique. Il a même été utilisé historiquement comme
une arme afin d’incendier et ainsi de couler les navires.

Plus tard on transporta l’or noir par le canal de Suez afin de le distribuer au bénéfice
des diverses activités industrielles contemporaines : son influence sur ‘industrialisation
des économies est alors devenue essentielle. Cette influence n’a cessé de grandir. Le
pétrole est apparu comme essentiel dans les périodes de conflits permettant de mettre
en mouvement le matériel nécessaire à la guerre : les blindés et les avions…
L’utilisation du pétrole durant les conflits contemporains fut déterminante : à chaque
étape, les nazis cherchèrent ainsi à remporter la victoire en dépensant le moins possible
de pétrole. La détermination de l’économie mondiale à cette substance ne pouvait que
donner lieu à des crises. Les rapports géopolitiques ayant pour motivation la maîtrise
de cette ressource allaient favoriser la mise en lumière des nécessités stratégiques
afférentes au pétrole. De même, la crise écologique ou la crise sanitaire vont permettre
au monde de percevoir la fragilité liée à notre dépendance au pétrole.

Depuis plusieurs décennies l’histoire de l’économie pétrolière tend à se confondre avec


la région du Moyen-Orient. Ce phénomène s’est encore développé avec la prise de
conscience liée à l’amenuisement des réserves mondiales de pétrole. Fort de cette prise

42
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

de conscience l’influence du Moyen-Orient sur le marché pétrolier mondial a été


considérablement renforcée.
Aujourd’hui l’impact du pétrole est énorme et domine le droit international marchand
et l’économie internationale : les contrats pétroliers, l’arbitrage, les conventions
internationales, le droit du travail, le droit de l’environnement, la fiscalité en particulier
sont impactés par l’évolution et la commercialisation de cette ressource.

Cette situation implique que le contrat d’exploitation pétrolier a acquis aujourd’hui une
importance particulière.

L’impact sur l’économie est également immense : le pétrole est le plus important
élément du commerce international de matières premières de la planète et son poids est
essentiel sur les équilibres commerciaux des États.

La découverte de réserves de pétrole dans un pays est donc souvent perçue comme
très positive au niveau économique. C’est le cas au Liban où la découverte de pétrole
et de gaz naturel au large des côtes libanaises a été considérée comme hautement
bénéfique.

Dans cette perspective, nous parlerons dans ce premier titre des impacts négatifs
du pétrole. En effet, au-delà de ses bienfaits le raffinage du pétrole entraîne
nécessairement le rejet de nombreux polluants atmosphériques : oxydes de soufre,
oxydes d'azote, monoxyde de carbone, etc. à ce titre se pose la question de
l’exploitation soutenable de cette industrie.

On doit, également, évoquer au titre de ces impacts négatifs la possible


déstabilisation de la zone liée à la découverte de cette ressource. La Méditerranée
orientale est devenue ces dernières années l’un des nouveaux centres d’intérêt des
différents acteurs du monde du pétrole et du gaz : elle abriterait dans ses fonds
sous-marins d’importants gisements en hydrocarbures. C’est l’arc syrien ou le
43
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

bassin levantin. Quant au Liban les indices encourageants sont nombreux qui
permettent d’imaginer sérieusement l’existence du potentiel pétrolier et gazier.
On a ainsi découvert des roches mères, de suintements de pétrole et de réservoirs
dans lesquels seraient piégés ces hydrocarbures.

Nous évoquerons, dès lors, la question de la délimitation des frontières maritimes


qui font naître de nombreux conflits internationaux (comme entre Israël et le
Liban). Cette délimitation des frontières est importante dans une configuration
comme celle de la Méditerranée orientale, étant donné la proximité des gisements
revendiqués par les États voisins.

Au regard de l’importance de cette question géopolitique, un chapitre entier sera


dédié à l’analyse de cette question. Nous examinerons également les textes
juridiques relatifs à cette question et qui posent le cadre juridique de cette question
géopolitique, nous les exposons et commentons, sans oublier d’évoquer les
blocages formés par les conflits politiques et d’intérêts. Cette approche
géopolitique implique selon nous la nécessité de traiter de la situation politique
du Liban au regard de la présence des diverses confessions religieuses.

Dans le deuxième titre intitulé « textes juridiques libanais : analyse, critiques et


problématiques », nous centrons notre analyse sur la loi 132 relative aux ressources
pétrolières dans les eaux marines libanaises et l’organisation administrative. Il s’agira
pour nous de mettre en place un examen critique du texte qui est la base essentielle du
droit positif inhérent à cette exploitation de la ressource pétrolière.
Après plusieurs retards la situation interne au Liban a été enfin débloquée en juillet
2016, avec un accord célèbre sur le dossier du pétrole. Cet accord a été trouvé afin de
résoudre les problèmes qui étaient engendrés par l’adjudication de trois blocs Sud (8,
9 et 10) et des deux blocs Nord.

44
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ainsi, après plusieurs années de blocage du dossier, le gouvernement a adopté les deux
fameux décrets manquants qui étaient indispensables au lancement de l’appel d’offres
sur l’attribution des licences d’exploration des blocs maritimes.

Nous serons amenés à examiner le domaine d’application concret de cette loi. Il


apparaît que celle-ci s’applique aux activités pétrolières dans les eaux territoriales et
les eaux de la zone économique exclusive (ZEE), et qu’elle est relative aux
hydrocarbures et enfin qu’elle pose l'autorité juridictionnelle de la République
libanaise sur ces questions et sur ce territoire.
Les autorités libanaises parlent au sujet du pétrole de la nécessité d’une gouvernance
qui repose sur deux concepts : à savoir la transparence et la responsabilité. En ce sens,
la démarche est assez classique et apparaît comme conforme à la perception
traditionnelle du concept de gouvernance qui offre une cogestion de certains problèmes
dès lors que les mécanismes de partage du pouvoir sont connus et mis en œuvre de
façon transparente.

Dans cette perspective il était nécessaire de s’attacher à l’examen des pouvoirs exacts
du Conseil des ministres en matière d'activités pétrolières.

En effet, le législateur a tenu à confier les grandes décisions dans le secteur pétrolier
au Conseil des ministres qui constitue le pouvoir exécutif du pays.

Au regard des difficultés que connaît le Liban aujourd’hui il était impossible de traiter
ce sujet et sa gouvernance sans traiter également des mesures mises en place afin de
lutter contre la corruption. En ce sens, il sera également question dans cette partie de
l’illégalité de tout acte qui serait non conforme aux lois en vigueur dans le pays de la
société étrangère (par exemple la Convention sur la lutte contre la corruption).

45
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Pour expliciter le cadre géopolitique, nous parlerons de l’encadrement juridique de la


zone économique exclusive, en droit international où chaque pays devrait avoir sa
propre part économique dans un secteur maritime s'étendant jusqu'à 200 milles marins.
Le cahier des charges relatif aux concessions des blocs occupe une place importante
en droit pétrolier, ainsi que l’évaluation de la valeur du pétrole et la nature des contrats.

Il apparaît de l’examen de ce texte que la loi 132 traite des problèmes cruciaux. Nous
tenterons dans cette recherche d’exposer les solutions proposées et de mettre en
évidence certaines impasses.

Un premier problème apparaît selon nous avec la règle de boycott d'Israël, surtout au
regard de sa mise en œuvre concrète sur le plan économique (les articles 3 à 6 consacrés
aux sanctions imposées à ceux qui enfreignent les dispositions de la loi de boycott).

Ensuite nous analyserons ce qui est présenté dans les médias au Liban sous
l’appellation maladroite du « trou » dans l’article 38 de la loi 132 dont l’ambiguïté pose
de graves problèmes d’irrespect de la règle de boycott d’Israël et vis-à-vis du droit
commercial libanais.

46
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

PREMIER TITRE :

IMPACT DU PÉTROLE SUR LE DROIT ET


L’ÉCONOMIE ET ÉTAT DE LIEUX AU LIBAN

47
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Pour comprendre les enjeux de notre recherche, il nous semble nécessaire de revenir
de façon liminaire sur l’importance de la ressource pétrolière dans le développement
des relations internationales contemporaines. Ainsi, dans ce titre premier nous
exposerons la place prépondérante du pétrole dans le monde en revenant vers l’histoire.

C’est le chimiste américain Benjamin Silliam Jr. Qui a étudié certains produits obtenus
par distillation du pétrole : goudrons, lubrifiants, naphta, solvants et essence. C’est en
1901 que le premier puits de forage a été réalisé dans le gisement de Spindletop au
Texas. Au-delà de ces rapides rappels historiques, nous serons amenés à exposer les
crises qui se sont multipliées du fait de l’influence du pétrole comme ressource
stratégique : l’irrespect de l’Iran et l’Irak des directives de l’OPEP.

Nous tenterons ensuite de démontrer que le coronavirus n’est pas le seul responsable de la
crise que connaît actuellement le secteur pétrolier et que derrière la crise sanitaire perdurent des
problèmes géopolitiques très importants.

L’impact du pétrole est énorme, car il se présente comme la ressource historique aujourd’hui
encore la plus stratégique. De ce fait cette ressource a été appréhendée de manière spécifique par
les divers champs sociaux et elle influence ainsi le droit, l’économie et plus largement
l’environnement.

Nous allons ensuite, fort de cette analyse géopolitique recentrer notre réflexion sur le
Liban. Le sort de ce pays est en effet conditionné par le jeu de cette géopolitique. Bien
souvent le Liban n’est ainsi que le lieu ou s’importent les conflits des puissances
voisines.

Nous recentrerons alors notre analyse sur le Liban (deuxième chapitre). Il s’agira pour
nous d’énoncer les conditions de la découverte du pétrole dans ce pays et d’étudier
quels sont les textes juridiques qui gèrent le domaine de l’exploration et l’extraction du
pétrole. En effet en matière d’exploration pétrolière en Méditerranée orientale, tous les
riverains ne sont pas allés au même rythme dans l’exploitation de cette ressource.
48
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En outre, les problèmes du voisinage vont impacter considérablement l’exploitation


éventuelle. La présence de conflits avec Israël, la Turquie et Chypre apparaît comme
un facteur évident de complexité.

En ce sens, l’exploitation n’est pas facile pour la frontière maritime du Liban du fait de
l’influence d’Israël.

Cette délimitation des frontières est ainsi d’une particulière importance dans une
configuration comme celle de la Méditerranée orientale étant donné la proximité des
gisements revendiqués par les États voisins engagés dans des relations belliqueuses.

Cette partie sera organisée de la manière suivante après avoir examiné les enjeux pour
un pays comme Liban de la découverte au large de ses cotes d’une ressource pétrolière
importante (Chapitre 1) nous chercherons à comprendre comment cette manne
pétrolière est cependant conditionnée par un contexte politique et géopolitique qui peut
être dirimant (Chapitre 2).

CHAPITRE PREMIER : LE PÉTROLE, UN GRAND


ENJEU MONDIAL

L’histoire de l'exploitation pétrolière est riche et passionnante. Elle offre une relecture
de l’histoire à la lumière de cette ressource stratégique. Elle explique et élucide de
multiples conflits et de nombreux rapports de force.

Comment s’est tissée cette histoire ?

Elle est intimement liée à l’évolution des techniques et au développement de la science


ainsi que d’une civilisation industrielle. C’est ainsi grâce à l’énergie qu’offre cette
ressource que le monde est devenu plus petit et que les distances sont devenues des

49
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

contraintes moins fortes dans le développement d’une société internationale qui


parvenait de plus en plus à se structurer.

L’influence du pétrole sur la révolution des transports est ainsi évidente et elle a pris le
relais d’autres ressources comme la valeur qui n’offraient pas la même efficacité. C’est
le pétrole qui allait ainsi permettre la modernisation des liaisons aériennes et des flottes
navales.

Au regard de cette évolution, force est de reconnaître que le Moyen-Orient et le monde


arabe sont devenus d’une certaine manière dans ce secteur le centre de cette grande
industrie (première section).

Cette ressource stratégique ne pouvait être ignorée par les États. Dès lors le droit positif
devait s’attacher à régir cette ressource et les relations de celle-ci avec d’autres sous
systèmes sociaux. Nous verrons ainsi comment se développe l’impact du pétrole sur le
droit, l’économie et l’environnement.

Il apparaît dans cette perspective que contrat d’exploitation et d’extraction de pétrole


est un contrat spécial du fait de l’importance des enjeux qu’il véhicule : droit d’accès
au sous-sol, droit de disposer des ressources découvertes et développées.

Le pétrole est le plus gros facteur d’évolution du commerce international de matières


de la planète en valeur. Il entraîne le rejet de nombreux polluants atmosphériques
comme les oxydes de soufre : les conséquences économiques et juridiques sont
considérables. Dans ce domaine également le droit ne pouvait rester insensible à de
nécessaires régulations (deuxième section).

SECTION 1. HISTORIQUE ET NOTIONS

50
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Même s’il est certainement illusoire de tenter en quelques mots de dresser l’historique
de l'exploitation pétrolière il est cependant nécessaire de mettre en évidence certains
jalons dans l’exploitation de cette ressource. Naturellement nous allons tenter par ce
biais de mettre en lumière l’impact de cette ressource sur le jeu des relations
internationales et sur les effets contemporains géopolitiques qu’implique l’exploitation
de cette ressource (sous-section 1). Il nous appartiendra par la suite de tenter
d’expliquer pourquoi le Moyen-Orient est ainsi au centre de toutes les convoitises
(sous-section 2).

Sous-section 1. Histoire de l'exploitation


pétrolière
L’exploitation de la ressource pétrolière est liée au développement de la perception
stratégique de cette ressource. C’est la conjonction de la révolution industrielle et de
l’exploitation industrielle de cette ressource pétrolière que va naître l’importance de
l’or noir (A). Cette exploitation pétrolière allait au regard de son influence de plus en
plus grandissante dans le développement des relations internationales devenir le point
d’achoppement des intérêts étatiques : l’or noir devenait ainsi le centre de diverses
convoitises du fait de son impact sur le développement contemporain des États (B).

A- La place prépondérante du pétrole


Le pétrole apparaît comme un or noir. Cette métaphore témoigne de la valeur et de la
rareté qui sont accordées à cette ressource. Le pétrole occupe ainsi une place
prépondérante et singulière tout au long du XXe siècle.

Il a fait l’objet de conflits et rapports de forces et ne laisse aucun État indifférent. La


culture populaire témoigne de cette influence et de cette attractivité contemporaine.

Hergé, dans son Tintin au Pays de l’or noir participe à accroître cet imaginaire autour
de cette ressource naturelle. Au pétrole sont alors associés bien des maux :

51
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

impérialisme économique, guerres, appauvrissement, pollution. De fait cette influence


n’est pas seulement imaginaire elle apparaît également comme bien réelle.

Selon nous le pétrole a été le véritable moteur de l’histoire du XXe siècle. Il a été à
l’origine de la création de certains états et de la destruction de certains régimes
politiques. En ce sens, il exprime à sa manière cette ruse de l’histoire chère à Hegel et
explique la dialectique contemporaine de certains conflits.

Comment l’utilisation et l’exploitation de cette ressource naturelle connue depuis


l’Antiquité peuvent-elles ainsi expliquer la marche du siècle présent ?

Le pétrole, huile minérale qui fournit la grande majorité des carburants liquides actuels,
est devenu l’uns des piliers de l’économie mondiale et une ressource majeure de
l’industrie.

Le pétrole est l’énergie principale du XXe siècle, il est en lui-même « synonyme


d’industrialisation, d’amélioration du confort de vie et de généralisation des moyens
de transport, automobiles comme aériens7 ».

Pour comprendre ce phénomène, il est nécessaire de revenir sur certains jalons


essentiels de cette histoire du pétrole : faire ainsi l’histoire du pétrole aujourd’hui c’est
d’une certaine manière éclairer l’histoire elle-même.

Les grandes étapes qui ont donc marqué l’histoire de cette matière première, des débuts
de l’exploitation de l’or noir à la raréfaction de cette énergie fossile sont les suivantes.

Si l’exploitation industrielle du pétrole date concrètement de la seconde moitié du


XIXème siècle, cette matière était cependant connue et utilisée dès l’Antiquité.

7
- Philippe COPINSCHI, Introduction, Dans Le pétrole, quel avenir ? (2010), pages 5 à 9.
52
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Anciennement elle était recueillie dans des affleurements naturels. Cette huile minérale
était alors employée par les civilisations mésopotamiennes (dès 6000 av. JC.) en tant
que produit pharmaceutique et cosmétique, elle était également utilisée comme
combustible pour les lampes à huile ou encore pour le calfatage des bateaux.

Au Moyen Âge, les Byzantins puis les Vénitiens l’utilisèrent dans une perspective
moins pacifique afin d’incendier et de couler les navires ennemis.

Mais c’est plus tard que va naître véritablement l’industrie pétrolière. Elle sera
contemporaine du développement de l’ère industrielle elle-même. La naissance de
l’industrie pétrolière est associée au nom d’Edwin Drake, qui a été le premier à produire
du pétrole en forant un puits en Pennsylvanie, en 1859. Les États-Unis produisirent
ainsi les premiers barils de l’ère moderne, soit 274 tonnes en 1859.

La ruée vers l’or noir commence alors et supplante la ruée vers l’or dans différentes
régions du monde telles que la Californie, la Transylvanie, la Pologne et l’Azerbaïdjan.

Cette industrie allait connaître des écarts importants et allait devenir un enjeu
économique essentiel. La fluctuation des prix du pétrole a, en effet, des conséquences
importantes pour les producteurs et exportateurs de pétrole et de nombreux pays restent
dépendants du pétrole (parce qu’ils considèrent celui-ci comme un élément clé dans
leurs industries énergétiques, de fabrication et de service).

Le pétrole est aujourd’hui encore la première source d'énergie mondiale : elle est la
plus utilisée sur terre pour se déplacer ou se chauffer (39 % de la consommation
mondiale d’énergie primaire).

53
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Le pétrole comme ressource stratégique est à l’origine de trois crises récentes qui
apparurent successivement en 1973, 1979 et 2008 et qui vont modifier durablement les
rapports politiques et internationaux entre les États8.

Au début des années 1970, la demande de pétrole augmente, et ceci en particulier aux
États-Unis où l’extraction coûte de plus en plus cher.

Les Américains choisissent alors de s’approvisionner à bas prix au Moyen-Orient


accordant à ceux-ci un pouvoir de nuisance sur l’économie américaine. Cependant, le
dollar est alors dévalué et les pays exportateurs s’estiment exploités.

En pleine guerre du Kippour, qui oppose Israël à l'Égypte et la Syrie, les représentants
des pays arabes producteurs de pétrole décident d’utiliser l’arme pétrolière et de réduire
la production de 5 % jusqu'à l'évacuation des Territoires occupés. Pour Philippe
Tristani « Une seule donnée semble intangible : premiers producteurs et premiers
consommateurs de pétrole au monde, les États-Unis dominent le système pétrolier
mondial »9.

L’auteur signale également avec une grande pertinence que dans le monde du pétrole,
les équilibres sont toujours éphémères.

Il suffit d’un conflit militaire, d’une nationalisation, d’un changement politique ou


d’une évolution dans la nature d’un régime ou même de la vague rumeur inhérente à la

8
- Voir l’article de Eugène Berg, Choc pétrolier : La fin du pétrole à bon marché ? Diplomatie,
No. 17 (NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2005), pp. 34-36, 38-39 (5 pages), Areion Group.
ttps://[Link]/stable/26980691. Quand bien même l’article traite une question actuelle
particulière nous y trouvons des références excellentes sur l’histoire et du pétrole comme les
ouvrages de Xavier Boy de La Tour, de Etienne Dalemont et Jeaan Carrié (que-sais-je), etc.
9
- Philippe Tristani, L'Iraq Petroleum Company, les États-Unis et la lutte pour le leadership
pétrolier au Moyen-Orient de 1945 à 1973, dans Histoire, économie & société 2010/2 (29e
année), pages 81 à 107.

54
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

présence de découvertes nouvelles pour que soudain un équilibre ancien soit remis en
question.

Le deuxième choc pétrolier se présente en 1979 il est généré par la chute du Shah
d’Iran, et le retrait du circuit économique du pétrole iranien.

Ce double choc va durablement changer l’économie de la planète.

La guerre Iran-Irak est déclarée, faisant suite à la révolution iranienne. L'arrêt des
exportations iraniennes provoque alors une hausse du prix du baril et une
désorganisation importante du marché international. Une crainte sans précédent
s'empare des pays consommateurs du monde entier et cette psychose sociale va
modifier le comportement de certains États10.

Il est nécessaire de revenir à ce moment sur la manière dont s’est structurée l’industrie
pétrolière. En 1870, John D. Rockefeller fonde la Standard Oil, il s’agissait d’une
société de raffinage dont l’activité principale était la production du kérosène, elle
exerçait un monopole sur le raffinage américain.

10
- Voir cet important article sur le site Slate de Gilles Bridier sous le titre : “Comment la
géopolitique du pétrole explique la crise en Irak”.
Source: [Link]
Lisons ces deux paragraphes :
« En Irak, les conflits religieux rallumés par l’insurrection des djihadistes sunnites de l’Etat
islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont de forts relents de pétrole. Dans un pays qui puise
les neuf dixièmes de sa richesse nationale dans ses réserves d’or noir, le nerf de la guerre,
l’argent, passe forcément par le contrôle des puits et des pipelines. L’Irak est redevenu une
grande puissance pétrolière. Avec des réserves évaluées à plus de 144 milliards de barils
contre 265 milliards pour l’Arabie saoudite et 157 milliards pour l’Iran, il est, selon les dernières
statistiques de l’Opep, l’un des pays les plus richement dotés du Moyen-Orient. Et la
production, qui fut longtemps désorganisée à cause du conflit avec l’Iran, de la première
guerre du Golfe au Koweit, des sanctions de l’Onu puis de l’invasion américaine, retrouve ses
records d’antan ». Idem.

55
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En 1885, tandis que la famille Rothschild lance la production pétrolière en Russie, la


compagnie néerlandaise Royal Dutch développe quant à elle la production à Sumatra.

Parallèlement, le chimiste américain Benjamin Silliam Jr. étudie certains produits


obtenus par distillation du pétrole : il s’agit comme nous l’avons précédemment
indiqué des goudrons, des lubrifiants, des solvants et de l’essence.

L’essence, qui était alors considérée comme un produit mineur, était à cette époque
employée comme détachant.

En 189211, Marcus Samuel engendre la compagnie Shell afin de transporter l’or noir
par le canal de Suez en 1896. Il est à noter que l’invention de l’automobile par Daimler
et Benz allait donner une nouvelle impulsion décisive à ce marché émergent.

B- Le début d’une ère nouvelle


En 1901, le premier puits foré dans le gisement de Spindletop au Texas marque le début
d’une ère nouvelle, et ceci alors même que la généralisation du moteur à explosion
entraîne une demande accrue en carburants liquides.

Cette ressource s’impose alors comme une source d’énergie majeure : sa production va
augmenter de façon soutenue, et ceci jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Dès lors
l’approvisionnement en pétrole devient un enjeu majeur du conflit (et nous pourrions
dire un enjeu majeur des conflits).

À partir de 1945, l’industrie pétrolière se développe. Elle reste cependant dominée par
la production américaine qui représente alors 60% de la production mondiale.

Entre 1950 et 1973, la forte croissance économique des pays développés s’accompagne
d’un très fort accroissement de la consommation d’énergie, qui devient trois fois plus

11
- Voir Matveichuk, Alexander A. Intersection of Oil Parallels: Historical Essays. Moscow:
Russian Oil and Gas Institute, 2004.
56
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

en 20 ans. C’est à ce moment que débute une évolution engendrée par l’essor de cette
demande.

Le pétrole, qui était alors bon marché, remplace progressivement le charbon afin
d’alimenter les centrales électriques et l’industrie.

Sa production devient immense, mais vers 1970, on s’aperçoit qu’une nouvelle


croissance exponentielle de la production ne peut plus être maintenue indéfiniment. Il
apparaît que cette évolution ne peut s’inscrire dans la durée sous cette forme : le
développement durable ou soutenable au regard de l’industrie pétrolière commence à
émerger.

On distingue de manière classique deux périodes de croissance du marché pétrolier


depuis 1914 :

La première période est entamée aux États-Unis à la fin du XIXe siècle et se développe
jusqu’à la grande crise de 1929 ;

La seconde phase quant à elle va correspondre aux « trente glorieuses » affectant


l’Europe, les États-Unis et le Japon de 1945 jusqu'au début des années 1970.

Il convient de se rappeler qu’au XIXe siècle, le pétrole était réservé aux nouvelles
lampes domestiques et le charbon restait l’énergie principale de la première
industrialisation. Les deux inventions que sont le moteur à explosion en 1856 et le
moteur Diesel en 1897 provoquèrent un regain d’intérêt pour les hydrocarbures. Le
pétrole prit alors comme nous l’avons indiqué une grande importance avec le
développement des industries aéronautique et automobile et ceci dès 1911. Par la suite,
le marché américain va stimuler la croissance des productions d’hydrocarbures avec
l’essor du fordisme12.

12
- Une voiture pour quatre habitants en moyenne aux Etats-Unis contre une pour 18 en
France. Le fordisme est devenu un concept conomique. Il se distingue par l’utilisation
57
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe et l’URSS vont s’éveiller et


développer leurs économies pour compenser leur retard. C’est la période de la
démocratisation de l’automobile, qui a été entamée dès la fin des années 3013.

C’est à partir de cette période que l’on peut dater la révolution des transports. Les
liaisons aériennes et la modernisation des flottes navales se font grâce au pétrole (le
fuel) qui depuis les années 30 va remplacer alors définitivement le charbon.

Plus tard ce sont les évolutions de la pétrochimie où l’on multiplie les inventions qui
vont offrir au pétrole de nouvelles perspectives : les fibres textiles nouvelles
(NYLON), les matières nouvelles (plastique), etc. vont dynamiser l’importance déjà
essentielle du pétrole.

Au Moyen-Orient, le premier conflit mondial avait provoqué des bouleversements


économiques et territoriaux majeurs.

La révolte arabe avait chassé les Allemands de la région, en particulier de l’Irak et les
accords Sykes-Picot de 1916 entre la France et le Royaume-Uni allaient consacrer le
partage du Moyen-Orient libéré des Ottomans14. La France avait ainsi obtenu en 1920

extensive de l’énergie et une utilisation intensive du travail. Les forts gains de productivité
trouvent origine dans l’augmentation rapide de la quantité d’énergie incorporée au processus
de production. La preuve est après 1970, le ralentissement de la croissance de la quantité
d’énergie est allé de pair avec le ralentissement de la productivité du travail et contribue à
l’érosion du compromis social fordiste. Voir Louison Cahen-Fourot et Cédric Durand, La
transformation de la relation sociale à l’énergie du fordisme au capitalisme néolibéral,
[Link]
13
- Daniel Puiboube, Un Siècle d'automobiles en France, Sélection du Reader's Digest, 2000.
L’auteur s’appuie sur la création de modèles à bon marché, largement encouragée par les
États. On se rappelle la Coccinelle de la firme Volkswagen du régime nazi, de la 4 CV Renault
et de la 2 CV Citroën en France.

14
- À la France reviennent la Syrie et le Liban ; à la Grande-Bretagne la Jordanie, la Palestine
et surtout l’Irak que les scientifiques supposent riche en hydrocarbures (Clemenceau, peu au
fait de ces questions, avait laissé attribuer la pétrolifère région de Mossoul aux Britanniques).
58
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

un droit de participation de 25 % dans la future société d’exploitation des pétroles de


la Mésopotamie15.

Une autre puissance pétrolière de l’entre-deux-guerres demeure l’URSS. Le pétrole du


Caucase, en particulier celui de Bakou, était déjà exploité, et ceci depuis la fin du XIXe
siècle par des compagnies privées à capitaux étrangers.

On comprend que dans le cadre ainsi tracé le pétrole durant cette période allait jouer
un rôle déterminant dans le succès des opérations militaires : aviation et sous-marins
en 1915, blindés en 1916 étaient en effet dépendant de cette ressource.

Dans la Seconde Guerre mondiale, la situation a radicalement changé dans le sens


d’une augmentation encore plus marquée de l’intérêt stratégique de cette ressource :
l’usage massif des blindés et de l’aviation implique que le pétrole est clairement devenu
le sang noir de la guerre. Dès lors la situation est devenue évidente : l’accès aux
ressources pétrolières est devenu une préoccupation stratégique.

Pour Jean Lopez16 en 1939, environ 98 % des ressources pétrolières exploitées se


trouvaient hors des pays qui ont déclenché la Seconde Guerre mondiale (Allemagne,
Italie, Japon). C’est-à-dire 98 % de l'extraction pétrolière était contrôlée directement
ou indirectement par les Anglo-saxons pour les trois quarts et les Soviétiques pour le
quart restant.

15
- Afin de pourvoir au transport et au raffinage du pétrole irakien, le gouvernement de
Poincaré a constitué en mars 1924 une société privée, mais avec une forte participation de
l’État : la Compagnie Française des Pétroles (TOTAL).
16
- Jean LOPEZ, Guerres et histoires, Interview : « Le rôle du pétrole dans la Seconde Guerre
mondiale », parue le 06 juin 2014.
[Link]
guerre-mondiale-140606

59
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il y a donc une disproportion évidente entre les alliés et les forces de l’Axe qui n’ont
pas de réserves de pétrole. Face à la faiblesse du commerce international et au manque
d'accès aux ressources sur la base d'un commerce normal, les pays privés de pétrole
veulent alors briser cette barrière de l'accès aux réserves.

« La France, comme son allié anglais, dépend des importations, mais a un accès illimité
à ces importations avec ses devises et peut s'appuyer, si nécessaire, sur la flotte de
pétroliers britannique, néerlandaise et norvégienne. À chaque étape, les Allemands
cherchent à remporter la victoire en dépensant le moins possible de pétrole et en
mettant la main sur le maximum de ressources pétrolières »17.

C’est l’un des facteurs conduisant les Allemands à choisir la « Blitzkrieg », c'est-à-dire
des attaques militaires violentes, mais très courtes.

Les Allemands sont privés des moyens en 1939 qui permettaient de faire rouler leurs
tanks et leurs camions plus que quelques mois. Campagne après campagne, ils essaient
donc d’accumuler des réserves qu’ils consomment dans le même temps.

La Première Guerre mondiale avait engendré la disparition de 18 millions de soldats et


de civils. Les pertes en vies humaines ont été quatre fois plus élevées pendant la Seconde
Guerre mondiale. Les raisons de cette tragédie ne se trouvent pas seulement dans la
violence ou la cruauté des belligérants ni dans le seul fait que le conflit a duré plus
longtemps… Pour Matthieu Auzanneau la cause réelle se trouverait dans la puissance
énergétique qui soutenait les armées de la guerre de 1939-1945, ce qui a renforcé leur
puissance meurtrière en même temps que leur rayon d'action.

Diverses illustrations semblent militer dans le sens de cette analyse. Ainsi, le


bombardement du village espagnol de Guernica par les avions de la légion allemande et

17
- Idem.
60
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

les raids aériens japonais sur des civils dans la ville chinoise de Chongqing apparaissent
selon nous comme des exemples pertinents18.

Devant la dépendance énergétique de certains pays liée aux chocs pétroliers des
politiques de diversification énergétique sont mises en place, dès 1973, dans les pays
dépendants du pétrole : éoliennes, barrages hydrauliques, énergie nucléaire.

Des campagnes et des mesures anti-gaspillage se développent et tendent à corriger cette


réalité. En France si les achats pétroliers sont limités, le chauffage domestique l’est
aussi à 20° et la vitesse maximale sur autoroute est alors réduite à 130 Km/h19.

Si le recul de la consommation ne s’est pas effectué dans des proportions


exceptionnelles, il n’en demeure cependant pas moins réel. Il brise alors plus d’un
siècle de croissance continue de la dépendance au pétrole.

Malheureusement comme nous l’avons évoqué les crises vont se multiplier. Plus grave
encore, deux des piliers de l’OPEP, par ailleurs principaux producteurs de pétrole,
l’Iran et l’Irak ne vont plus respecter les directives de l’organisation (ils sont entrés en
guerre l’un contre l’autre en 1980). Après l’agression irakienne sur l’Iran en 1980,
l’enlisement du conflit accroît les dépenses de guerre, et contraint les belligérants à la
vente massive de pétrole à des cours inférieurs à ceux fixés par l’OPEP.

C’est sous cette forme que se développe ce qu’on a appelé le « second choc pétrolier »
il s’agissait de présenter sous cette qualification le second cycle de hausses des prix.

18
- Matthieu Auzanneau, Le grand faiseur de la Seconde Guerre mondiale, dans Or
noir (2015), pages 219 à 248.
19
- 1975 c’est la date de l'augmentation massive du prix du pétrole due en particulier au fait
que les États-Unis ont atteint leur pic de production en 1971, suivi de l'abandon de Bretton
Woods et d'une dévaluation du dollar ajoutant à la pression haussière sur le baril.
61
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Sous les effets conjugués de la Révolution khomeyniste et de la guerre Iran-Irak,


le prix du pétrole est alors multiplié par 2,7 entre la mi-1978 et 1981. Cette situation
allait elle-même engendrer aux États-Unis la crise monétaire de 198020.

À la suite d’une baisse continue des prix depuis 1981, le contre-choc pétrolier éclate
en 198621. Le prix du baril s’effondre alors à 12 $ (il était encore à 45 $ en 1984). Ces
bas prix perdurent jusqu’au début des années 1990, accompagnant ainsi une reprise
économique des pays développés lors de la décennie 1990-2000,

L’année 2000 marque cependant une rupture. Une hausse rapide et continue du prix du
baril se développe alors. Il est possible de dégager deux raisons à cette situation
nouvelle : la première tient au caractère continu et progressif de ce relèvement des prix,
la seconde à sa nature capitaliste. Cette hausse n’est nullement artificielle comme en
1973, mais résulte selon nous d’une inversion du rapport entre l’offre et la demande.

Nous allons tout au long de notre thèse chercher à questionner cette relation du pétrole
à l’indépendance des États. Dans ce paragraphe nous avons essayé d’insister sur
l’importance stratégique du pétrole entendu comme un invariant susceptible
d’expliquer les crises modernes que traverse la société internationale, et ceci en
dressant quelques jalons de l’histoire, y compris de l’histoire militaire.

Du fait de l’importance de cette ressource, il est légitime de s’interroger sur l’usage du


pétrole comme d’une arme dans les négociations internationales. Les pays producteurs
de pétrole resteront-ils soucieux de coopération ou seront-ils prêts à utiliser l’« arme
du pétrole » contre les consommateurs ? Des évènements majeurs rendent incertaines
les réponses à cette interrogation. Les attentats du 11 septembre, le conflit israélo-

20
- Voir Jean-Pierre FAVENNEC, « Géopolitique du pétrole au début du xxie siècle »,
Dans Commentaire 2002/3 (Numéro 99), pages 537 à 550
21
- Voir un commentaire de ce contre-choc : Jean-Luc WINGERT, La Vie après le pétrole,
éditions Autrement, 2005.
62
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

palestinien et la situation au Moyen-Orient peuvent conditionner les réponses


apportées à notre interrogation22.

Le pétrole est ainsi devenu si important qu’il a changé le contexte politique de grands
pays, qu’il a provoqué des crises, qu’il provoque ou module les alliances… Lorsque
Hugo Chavez est élu, le prix du pétrole est par exemple au plus bas. « Mais le nouveau
Président, nationaliste convaincu, retrouve le discours tiers-mondiste d’anciens
dirigeants sud-américains. Il prône la solidarité au sein de l’OPEP, milite pour une
discipline accrue et un meilleur respect des quotas »23. Il effectue en ce sens plusieurs
tournées dans les pays de l’ΟΡΕΡ mais aussi auprès de nombreux pays en
développement et ceci afin de renouer des liens de solidarité face aux pays développés.
Effet de persuasion du discours d’Hugo Chavez ou simple coïncidence ? Toujours est-
il que le prix du pétrole va se relever au début de 199924.

Après l’analyse de cette perspective historique de l’influence du pétrole sur l’histoire des
relations internationales, nous allons tenter de dégager les leçons de notre histoire récente. Il
s’agira de démêler les relations complexes qui existent entre l’évolution récente du cours du
pétrole et les conséquences de la crise sanitaire que nous traversons.

Pour Emile Bouvier25 le prix du baril du pétrole est aujourd’hui à son taux historique le plus bas
en 150 ans (en fait depuis 1870, date à laquelle les prix du pétrole ont commencé à faire l’objet
d’un suivi statistique). Le 29 avril, le prix du baril de pétrole se situait ainsi à 13,78$26 sur la

22
- Jean-Pierre FAVENNEC, « Géopolitique du pétrole au début du xxie siècle »,
Dans Commentaire 2002/3 (Numéro 99), pages 537 à 550
23
- Idem.
24
- La remontée des prix est attribuée à plusieurs facteurs : diminutions successives des
quotas OPEP au cours de 1998 ; au début de 1999, accord entre le Mexique, le Venezuela et
l’Arabie Saoudite qui crédibilise les diminutions de production ; amélioration des relations
entre l’Arabie Saoudite et l’Iran.
25
- Emile BOUVIER, « Coronavirus et pétrole : une crise géopolitique dans l’ombre de la crise
sanitaire », Revue Les clefs du Moyen-Orient, 5/2020.
26
- [Link]
63
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

bourse du New York Mercantile Exchange, spécialisée dans l’énergie et les métaux. La situation
semble irréelle : le baril de pétrole est moins cher aujourd’hui qu’en 1870. Cette situation
apparaît irréelle que, comme le rappellent certains économistes27. Le responsable de cette
situation est généralement identifié comme était le COVID19. Avec les chaînes de production à
l’arrêt et les transporteurs sans activité, la demande en produits pétroliers a très nettement
décru28.

Pour autant et malgré l’apparente pertinence de l’analyse, le coronavirus ne s’avère pas être le
seul responsable de la crise que connaît actuellement le secteur pétrolier. Du moins il est le
révélateur de la résilience de cette ressource qui apparaît aujourd’hui toujours plus fortement
comme au cœur de diverses convoitises. La gouvernance du pétrole implique une unité que la
crise sanitaire n’offre paradoxalement pas.

M. Bouvier l’explique parfaitement : L’OPEP+, c’est-à-dire l’ensemble des membres29 de


l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) auxquels se sont adjoints en 2016 la
Russie, le Mexique, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, Bahreïn, Brunei, la Malaisie, Oman, le
Soudan et le Soudan du Sud, « a en effet été parcourue de fortes tensions internes à l’occasion
de la crise sanitaire, provoquant un affrontement diplomatique entre la Russie et l’Arabie
saoudite et provoquant, in fine, une discorde et une dissonance de l’OPEP+ à un moment où la
communauté internationale attendait plus que jamais de celle-ci qu’elle se montre unie »30.

27
- A l’instar de Jim Reid et Nick Burns, experts auprès de la Deutsche Bank :
[Link]
spectacular-plunge-below-0-a-barrel-2020-04-22
28
- En Inde par exemple, au 9 avril, la chute était de 66% pour le pétrole et le diesel, et de 90% pour le
kérosène.
29
- Les membres de l’OPEP sont les suivants : Arabie saoudite, Iran, Irak, Koweït, Venezuela, Qatar,
Libye, Emirats arabes unis, Algérie, Nigeria, Equateur, Gabon, Angola Guinée équatoriale, Congo-
Brazzaville.
30
- Emile Bouvier, Coronavirus et pétrole : une crise géopolitique dans l’ombre de la crise sanitaire
64
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Devant l’évolution de la dépendance mondiale à l’égard de cette ressource


pétrolière, il était inéluctable que le Moyen-Orient devienne le centre de toutes les
convoitises internationales.

Sous-section 2. Le Moyen-Orient au centre de


toutes les convoitises
Les analyses développées dans cette recherche visent à démontrer l’importance
géopolitique de la ressource pétrolière. Cette approche géopolitique implique
également que la géographie s’apparente parfois au destin des États. De fait, la
prépondérance de la production pétrolière dans la région du Moyen-Orient impose à
celle-ci un statut particulier et délicat. Cette zone allait devenir un lieu naturel
d’affrontement et de compétition (A). En outre, cette situation allait être encore
complexifiée par l’assimilation du pétrole au monde arabe et à son extrême complexité
(B).

A- L’économie pétrolière tend à se confondre


avec cette région
L’amenuisement des réserves mondiales de pétrole renforce inéluctablement le pouvoir
et l’influence du Moyen-Orient sur le marché pétrolier mondial.

Plus que jamais l’économie pétrolière va se confondre avec cette région du monde, qui
est la dernière à présenter des réserves importantes pour les années futures. Beaucoup
de pays à commencer par les pays émergents de l’Asie ont pris conscience de leur
dépendance vis-à-vis de cette région du monde, qui reste la première productrice et
exportatrice de brut. En ce sens, les pays asiatiques importent 75 % de leur pétrole du
Moyen-Orient.

65
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dès lors, l’accès aux ressources énergétiques de cet espace devient un objet de rivalité
entre les pays consommateurs. Il faudrait, dans cette perspective, mentionner le rôle
important qu’a joué la Compagnie française des pétroles.

Même limitée dans ses marges de manœuvre et « contrainte par une faible présence,
voire par l’absence de l’État français, la CFP créa un instrument original afin de mener
avec succès une véritable diplomatie d’entreprise qui permit au groupe, et plus
généralement aux entreprises françaises, de s’imposer dans une zone d’influence
anglo-saxonne »31.

Il convient également de noter que le Moyen-Orient pèse lourdement dans la politique


énergétique de la Russie32.

Ainsi, si la Seconde guerre du Golfe, lancée en mars 2003 par l’intervention militaire
des États unis en Irak n’était pas en apparence directement motivée par des
préoccupations pétrolières, mais essentiellement sécuritaires, il ne fait nul doute
cependant que la question de l’accès futur aux ressources immenses de ce pays ait joué
dans la décision de certains pays de se ranger ou pas derrière la superpuissance
mondiale. Ainsi, si la Chine s’est opposée à l’intervention américaine, le Japon et la
Corée du Sud directement menacés dans leur puissance économique régionale par la
croissance chinoise, ont envoyé des contingents en Irak.

Pour Olivier Da Lage, le but ultime de l’intervention américaine en Irak c’est le


pétrole. L’auteur énonce qu’à la mi-avril 2003 Bagdad était en proie aux pillages, les
hôpitaux étaient mis à sac, les pièces de valeur des musées irakiens étaient détruites…
Et ceci sous le regard bienveillant de soldats américains qui « expliquaient

31
-
32
- Julien NOCETTI, « La politique énergétique de la Russie et le Moyen-Orient », Diplomatie,
Areion Group, mars-avril, 2016, No. 79, pp. 46-49.
[Link]
66
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

officiellement que ces scènes étaient la conséquence légitime des frustrations de


citoyens privés de liberté depuis trente-cinq ans ». Pour autant il apparaît qu’un
bâtiment échappait au saccage, il était en effet protégé par des marines et ceci en
nombre conséquent ainsi que par des véhicules blindés américains : il s’agissait du
ministère du Pétrole.

Comme il était prévisible, ce traitement de faveur n’a fait que renforcer la conviction
de ceux qui sont persuadés de longue date que l’intervention américaine en Irak avait
réellement « trois motifs : le pétrole, le pétrole et le pétrole », pour reprendre l’un des
slogans les plus fréquents du mouvement pacifiste33.

En effet, l’intervention visait le pétrole et l’argent. Au-delà de cette triste réalité


comment expliquer que l’USAID, l’agence gouvernementale américaine qui était
chargée de la coopération, ait lancé un appel d’offres fermé pour la reconstruction de
l’Irak alors même que les combats n’avaient pas commencé34.

B- L’assimilation du pétrole au monde arabe


Une représentation se présente comme particulièrement récurrente dans l’esprit des
Occidentaux. Il s’agit de l’assimilation entre le pétrole et le monde arabe. Par le terme
de monde, nous entendons parler de l’ensemble cohérent des représentations qui sont
associées à cette espace géopolitique.

Est-ce véritablement un mythe que celui qui offre d’assimiler ainsi le pétrole au monde
arabe et plus particulièrement au Moyen-Orient ?35

33
- Olivier DA LAGE, « Une guerre pour le pétroleErreur ! Signet non défini. ? Pas seulement,
mais... », dans Outre-Terre 2003/4 (no 5), pages 95 à 113.
34
- « US quietly soliciting bids for rebuilding postwar », Wall Street Journal, 10 mars 2003.

35
- C’est pourquoi pour beaucoup de Libanais la découverte éventuelle du pétrole au Liban
depuis 2009 fut un phénomène tout à fait normal.
67
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Si cette représentation est juste, elle ne peut cependant l’être réellement que depuis les
années 60. En effet, comme nous l’avons indiqué avant 1945, les États-Unis et l’URSS
étaient les principaux producteurs, et le Moyen-Orient ne s’imposa que tardivement
comme la principale région productrice et ceci entre 1950 et 1973.

Encore faudrait-il préciser que pendant la crise des années 70, de nouveaux pays situés
en Afrique noire et en Amérique latine, qui étaient non affiliés à l’OPEP, prirent
également une part grandissante dans les importations des pays développés.

La production pétrolière ne saurait donc être réduite à l’OPEP et au Moyen-Orient36.

Certains pays de la péninsule arabique se sont regroupés pour former le conseil de


coopération du Golfe (CCG). Celui-ci ayant un but politico-économique et il a permis
de développer le partenariat entre les pays riverains en matière énergétique, militaires,
transport et aussi dans les échanges économiques. Le CCG comprend actuellement
l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, l’Oman et le Qatar.

Il faudrait ainsi relativiser le mythe du pétrole moyen-oriental. Comme toutes les


représentations sociales, il explicite non pas la réalité, mais la manière dont celle-ci est
construite à partir d’un système de croyances propre à ceux qui font usage de cette
représentation. En ce sens, ce mythe est davantage explicatif d’une certaine
construction de la relation à l’autre que d’une quelconque réalité factuelle.

36
- Le Moyen-Orient est la région qui se situe entre la rive orientale de la mer Méditerranée
et la ligne tracée par la frontière entre l’Iran d’une part, le Pakistan et l’Afghanistan d’autre
part. Ainsi, on peut voir que celle-ci comprend les pays dits de la péninsule arabique ou pays
du golfe (Arabie Saoudite, Yémen, Oman, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, Koweït), ceux
du croissant fertile (Israël, Territoires palestiniens, Jordanie, Irak, Syrie, Liban) et on y ajoute
souvent l’Iran et la Turquie, parfois même le Pakistan et l’Afghanistan et la Libye. Le Moyen-
Orient est notamment connu comme lieu de naissance des religions monothéistes telles que
le judaïsme, le christianisme et l’islam. Cette région est principalement constituée de pays
arabes. Source : Citino, Nathan J., From Arab Nationalism to OPEC: Eisenhower, King Sa'ud,
and the Making of U.S.-Saudi Relations. Bloomington, IN: Indiana University Press, 2002.
68
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Frédéric Encel admet que la plupart des observateurs de la vie politique ou économique
internationale considèrent que le pétrole moyen-oriental est l’une des clés du monde
contemporain. Il est même responsable directement ou indirectement des guerres qui
affectent fréquemment le Moyen-Orient37.

Il faut donc regarder autrement cette manière de considérer le Moyen-Orient et ses


guerres comme objet de convoitise pour le pétrole. Cette convoitise est ainsi plus
complexe que ne le laisse entendre une approche trop triviale du problème. La réalité
de ce territoire est plus complexe. Le pétrole est un enjeu pour les Occidentaux, mais
les conflits inhérents à ce territoire impliquent bien d’autres raisons pour les
protagonistes locaux. En ce sens, il convient de prendre des précautions dans l’usage
des représentations sociales.

En ce sens, aucune des trop nombreuses guerres israélo-arabes ne s’est enclenchée pour
la possession du pétrole.

La guerre de 1948 en Palestine ne visait pas les richesses pétrolières qui alors
n’existaient pas. En 1956 « ce n’est pas par rapport à des enjeux pétroliers que le
président égyptien Gamal Abdel Nasser nationalise le canal de Suez en juillet, ce n’est
pas davantage pour protéger d’hypothétiques intérêts pétroliers que Paris et Londres
dépêchent des parachutistes en octobre pour prendre possession de la voie d’eau »38.

Le pétrole est également un facteur de faiblesse pour les pays du Moyen-Orient. En


effet, l’enrichissement rapide de ces pays bloque leur développement économique
durable. Le pétrole est pour certains une malédiction qui masque sous les aspects de
l’aubaine financière des carences structurelles dans le développement du pays. D’autre

37
- Frédéric ENCEL, « Le pétrole du Moyen-Orient est-il géo- politiquement si précieux ?
Réflexions autour d'une contestable centralité économique, stratégique et énergétique »,
dans Management & Avenir 2011/2 (n° 42), pages 281 à 292
38
- Idem.
69
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

part, la corruption et la frénésie de la consommation trouvent avec la manne pétrolière


un terrain de développement parfaitement adapté.

En outre, la présence aujourd’hui du pétrole et de ses bienfaits pousse parfois certains


Etats à l’aveuglement au regard de la viabilité de cette ressource. Nous verrons dans
d’autres endroits de notre thèse que pour beaucoup de scientifiques le pétrole va
inéluctablement s’épuiser.
Lorsque les ressources seront épuisées, que feront ces pays du Moyen-Orient ?

Il est un fait également que les pays riches en pétrole sont davantage exposés aux
conflits (c’est le cas avec le conflit Iran-Irak, ou bien avec celui entre le Koweït et
l’Irak)39.

Prenons comme exemple le traumatisme que vivent les Algériens actuellement : les
exportations d'énergie de l'Algérie sont en déclin, cette situation menace de donner
naissance à de nouvelles difficultés financières pour le membre de l'OPEP et à une
possible répétition des manifestations qui ont renversé le président il y a deux ans. La
baisse est ainsi si forte que l'Algérie pourrait cesser d'être un exportateur de pétrole brut
d'ici une décennie.

Selon Cherif Belmihoub, le ministre en charge des prévisions économiques :


« L'Algérie n'est plus un pays pétrolier »40.

39
- Voir Barah Mikaïl, « Les grandes puissances et le Moyen-Orient : vers une rémanence du
facteur américain ? », Dans Revue internationale et stratégique 2010/4 (n° 80), pages 165 à
173

40
- Revue Al Araabya, La Rédaction, 7 juillet 2021. [Link]
stories
70
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La fin de l'ère pétrolière dans le monde arabe serait alors imminente et la région devrait
bientôt ressentir la douleur de cette transformation41.

La crise de l'épidémie de Corona est venue compliquer la situation.

Les prix du pétrole ont chuté à des taux record, obligeant les pays arabes à prendre des
mesures drastiques. L’enjeu pour les pays arabes est de taille : comment restructurer
aujourd’hui l’économie pour que les pays arabes soient prêts lorsque va arriver la fin
du pétrole.

Le sport, le tourisme, la culture, la technologie sont des secteurs privilégiés : il faudra


nécessairement chercher d’autres moyens dans d’autres horizons.42

L’histoire prouve que fonder son économie sur une ressource naturelle n’est pas viable
à long terme, et les pays du Golfe semblent aujourd’hui l’avoir bien compris.

L’Algérie connaît des troubles sociaux suscités par une économie au plus bas ; le
Venezuela, quant à lui, est plongé dans une crise politique, économique et sociale qui
semble malheureusement durable. Cependant, les pays du Golfe Persique comptent
quant à eux utiliser l’or noir pour financer leur diversification économique43.

La coupe du monde de football au Qatar, le tourisme à Dubaï, le projet NEOM en


Arabie Saoudite, démontrent que les gouvernements sont actifs et investissent à coup

41
- C'est ce qu'affirme un reportage du magazine britannique The Economist, qui précise que
la trajectoire de hausse des budgets des pays arabes dépendants du pétrole s'est arrêtée.
Revue Al Araabya, cirant The Economist, 7-7-2021 (report).
42
- [Link] [Link]
[Link]/pays-du-golfe-fin-petrole/
43
- Comme prevue « les projets fous du Prince Ben Salmane » (tiré : Le Parisien).
[Link]
[Link]
71
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

de milliards pour ne plus être considérés, à terme, comme seulement des exportateurs
de pétrole (et de gaz naturel)44.

SECTION 2 : IMPACT SUR LE DROIT,


L’ÉCONOMIE ET L’ENVIRONNEMENT
La ressource pétrolière est la forme de vie actuelle sur la base de laquelle se sont
développées nos sociétés contemporaines. À ce titre, elle donne forme à celles-ci. Elle
va à ce titre organiser ou informer les sous-systèmes qui donnent sa consistance à notre
société. Le développement et la gestion de cette ressource stratégique vont dès lors
impacter non seulement le droit qui est le servant de la société, mais également le
champ économique et la sphère sociétale ou environnementale. L’impact du pétrole sur
le droit et l’économie est ainsi énorme. Le droit ne pouvait que s’attacher à régir l’usage
et le statut de cette ressource. L’économie quant à elle devait théoriser la manière dont
la richesse est produite par cette ressource. En ce sens la question pétrolière et ses
implications sociétales dominent notre rapport au politique dans toutes ses dimensions
(sous-section 1). Cette présence impose de devoir traiter économiquement et
juridiquement l’impact de cette ressource sur l’environnement et le réchauffement
climatique (sous-section 2).

Sous-section 1. Impact sur le droit et


l’économie
Le droit nous l’avons déjà signalé est une discipline ancillaire. Il doit permettre de faire
convenablement fonctionner les autres champs sociaux qui offrent à une société de
fonctionner convenablement. À ce titre de fonction sociale vitale, le droit ne pouvait

44
- Cherif al Mawla, Raghbat al Tanwii fil Khalij al Arabi (le désir de diversification dans les
pays du Golfe), Jaridat al Charq al Awsat, 3-4-2020.
72
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

qu’être intéressé par la ressource pétrolière (A). Cette influence provient d’autres sous-
systèmes : principalement le champ économique (B).

A- Impact sur le droit


Nous allons centrer notre recherche dans cette sous-section sur la fonction sociale du
droit vis-à-vis de la ressource pétrolière. Il ne sera pas question de détailler le régime
juridique de cette ressource au Liban ce qui sera réalisé ultérieurement, mais
uniquement de comprendre comment cette fonction sociale joue sa partition au regard
du caractère stratégique pour les Etats de cette ressource. Nous nous contentons donc
ici d’énoncer brièvement le rôle important que joue le droit pour comprendre ce
phénomène mondial qu’est le pétrole.

Les contrats pétroliers, l’arbitrage, les conventions internationales, le droit du travail,


le droit de l’environnement45, la fiscalité en particulier46… Il ressort de cette
énumération que tous les dispositifs juridiques sont mobilisés afin de suivre l’évolution
du phénomène pétrolier. Le droit à ce titre doit répondre aux attentes normatives
engendrées par l’influence sociétale de cette ressource qui directement ou
indirectement conditionne la vie des hommes et la relation de ceux-ci au sol et à la
terre. Ce que le droit explicite ainsi c’est la capacité offerte aux hommes d’habiter un
espace et d’examiner comment cette capacité et impacter par la production pétrolière.

En effet, la production pétrolière suppose un accès au sous-sol (potentiellement ou


effectivement) pétrolifère, et ceci de la part d’acteurs qui sont disposés à investir les

45
- Voir le Rapport Droit minier et droit de l’environnement ; Éléments de réflexion pour une
réforme relative à l’évaluation environnementale, à l’information et à la participation du public,
remis à madame Nathalie Kosciusko-Morizet, 12 octobre 2011.
46
- Voir Albert Léonard DIKOUME, La fiscalité pétrolière des Etats membres de la CEMAC,
L’Harmattan, 2008.

73
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

capitaux nécessaires à la découverte et au développement de ressources


d’hydrocarbures.

Deux solutions sont alors possibles.

Soit l’acteur qui contrôle l’accès au sous-sol s’engage lui-même dans l’activité
industrielle d’exploration et de production ; soit, il conclut un contrat avec un autre
acteur dont c’est l’activité propre (il s’agira spécifiquement d’une compagnie
pétrolière). Dans ce dernier cas, on se trouve en présence, d’un côté, d’un « offreur »
d’accès au sous-sol - le propriétaire des ressources en terre - et de l’autre d’un «
demandeur » l’industriel pétrolier.

Ces deux acteurs vont se mettre d’accord afin de fixer des conditions mutuellement
acceptables qui permettent la cession d’un droit d’accès au sous-sol et l’adoption des
dispositions sur les ressources éventuelles47.

Il existe actuellement et nécessairement au regard de la fonction sociale du droit un


l’effort de « construction » (ou de reconstruction) d’un marché mondial de l’accès au
sous-sol, dont nous verrons, par la suite, qu’il implique un travail juridico-politique
très important.

Les discussions juridiques au Liban ont été pléthoriques afin de déterminer avec quelles
sociétés nous devions traiter et sous quelles conditions48.

47
- Dans notre travail nous traiterons à plusieurs reprises de cette question relative aux
contrats passés entre l’Etat libanais et les sociétés étrangères, Voir Journal Orient-le-jour,
article “Liban, Hydrocarbures”, no29/07/2015.
48
- Voir Bawabatoka lil Charw al AWsat, 55 compagnies ont pu accéder aux examens
finaux,27 avril 2017.
74
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L’impact du pétrole est également très important au niveau du « droit public général ».
Il concerne l’extraction et l’exploitation du pétrole ce qui va nécessiter l’adoption
d’innombrables décisions administratives49.

Nous allons voir dans le chapitre suivant l’organigramme et l’articulation normative


de tous les textes relatifs au pétrole au Liban (lois, décrets, décisions). Nous verrons
que même pour le Liban (qui n’a pas encore commencé concrètement ses travaux
d’exploitation) on ne compte plus les décisions administratives relatives à la
constitution de commissions, à la signature de contrats, à la désignation de
fonctionnaires pour des missions particulières. Cela nécessite tout un travail d’analyse
juridique qui va au-delà de la simple détermination de la fonction sociale du droit au
regard de ces attentes normatives et que nous développerons dans la suite de cette
recherche.

Il apparaît que dans l’examen du droit positif engendré par la réponse aux attentes
normatives des acteurs du système pétrolier, le contrat d’exploitation acquiert une
importance particulière. En effet, l’industriel acquiert généralement, en plus d’un droit
d’accès au sous-sol, le droit de disposer des ressources découvertes et développées,
c’est-à-dire de les commercialiser.

Ainsi, toute transaction sur le marché de l’accès au sous-sol est porteuse d’un effet
potentiel sur l’offre de pétrole brut.

En conséquence, la structure du marché de l’accès aux ressources n’est pas neutre par
rapport à la structure du marché pétrolier50.

49
- Par exemple l’arrêté français du 17 septembre 2015 relatif au déstockage de produits
pétroliers.
[Link]
50
- Avec grand intérêt on lira ce livre en anglais (téléchargeable) :
Oil Contracts: How to read and understand them
75
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La fonction juridique va intervenir également au regard d’une attente normative en


quelque sorte nouvelle : la lutte contre la corruption.

Avec les événements qui se sont déroulés au Liban depuis août 2015 (« le mouvement
« kellon yeeni kellon- Tous c’est-à-dire tous ») on se rend compte que les Libanais
n’acceptent plus que la corruption des hommes politiques se développe impunément.

Le droit doit alors empêcher que « l’or noir » ne devienne une nouvelle occasion de
voler le peuple51.

Nous analyserons en détail le projet de fonds souverain qui apparaît comme une
construction juridique qui est destinée à garantir que l’argent du pétrole bénéficie
vraiment à la nation libanaise et aux générations libanaises futures.

Nous aurons recours au droit international pour comprendre cette question de la


délimitation des frontières maritimes entre le Liban et Israël52.

Enfin le rapport entre le droit et le pétrole se manifeste au niveau des marchés financiers
et des cotations.

Nous faisons référence ici à la distinction entre le « brut de participation » (il s’agit du
brut revenant au pays hôte qui peut le rétrocéder en tout ou partie au concessionnaire à
un prix dit de buy-back) ; et le « brut de concession » (qui quant à lui va revenir au
concessionnaire et dont le prix prend en compte la redevance - royalty -, le montant de
la fiscalité et les charges de production appelées encore coûts techniques).

[Link]
51
- Pour comprendre le Liban cf. l’ouvrage de Georges CORM, Le Liban contemporain, histoire
et société, Ed. La Decouverte, Nouvelle édition 2014.
52
- Le droit occupe la part de lion surtout puisque nous analysons dans deux chapitres la loi
libanaise sur les ressources pétrolières 132/2010.

76
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

On sait que le commerce international du pétrole brut, ainsi que celui des produits
pétroliers intermédiaires et celui des produits finis, est centralisé sur deux marchés, qui
sont situés à New York (le NYMEX)53 et à Londres (l'ICE).

D’autres places existent, mais elles ne font que relayer via internet ces deux marchés.
Ce système de transaction est comparable à ceux des marchés financiers.

Nous voyons ainsi que le droit occupera une place essentielle de notre travail.
Cependant d’une certaine manière il ne fait que répondre aux attentes qui sont suscitées
par le sous-système social économique. Ce qui implique de devoir appréhender
convenablement ce dernier.

B- Impact sur l’économie


Le pétrole est le plus important vecteur du commerce international de matières de la
planète et ceci en valeur et en volume. Il engendre de la sorte une contrainte importante
sur les équilibres commerciaux. Les grands pays producteurs disposent de recettes
telles que leurs gouvernements ont souvent un excédent public à placer, ce qui leur
donne un poids financier important sur la scène internationale.

À titre d’exemple, en 1998, la Russie avait une dette publique très importante et
semblait proche de la cessation de paiement. Depuis cette période critique, la hausse

53
- The New York Mercantile Exchange (NYMEX) is a commodityfutures exchange owned and
operated by CME Group of Chicago. NYMEX is located at One North End Avenue
in Brookfield Place in the Battery Park City section of Manhattan, New York City. Additional
offices are located in Boston, Washington, Atlanta, San Francisco, Dubai, London,
and Tokyo. Voir: Futures & Options Trading for Risk Management. CME Group (2013-03-27).
Retrieved on 2013-07-21.

77
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

du prix de pétrole et celle de sa production lui ont permis de rattraper le retard et la


dette a été pratiquement remboursée.

Les fluctuations du prix du pétrole ont également un impact direct sur le budget des
ménages et donc sur la consommation dans tous les pays. Elles vont influer, dans des
proportions variables, sur les prix de tous les biens et services (en effet tous les biens
et services sont produits en utilisant du pétrole, comme matière première ou bien
comme source d'énergie.

C’est en raison de cette influence que la découverte de réserves de pétrole dans un pays
est souvent perçue comme bénéfique pour son économie.

Dans le cas du Liban la découverte de pétrole et de gaz naturel au large des côtes
libanaises a été considérée comme hautement bénéfique pour le Liban et pour
l'économie du pays : cette découverte devait permettre la couverture des besoins
énergétiques nationaux et la possibilité éventuelle d'exportation pouvait générer des
revenus considérables, et une solution pour la dette publique, en engendrant une
certaine aisance dans la gestion des finances publiques. À ce titre cette découverte
pourrait permettre la création d'emplois, ou « lancement de projets de développement
dont le pays a un si grand besoin dans les différents domaines des infrastructures, de la
santé, de l'éducation, de l'industrie, de l'agriculture, du tourisme, etc. »54.

Pour autant il ne faudrait pas minorer les impacts négatifs. En effet le pétrole peut être
une malédiction dans certains cas.

54
- Nicolas SARKIS, « Pétrole et gaz naturel : une bénédiction ou une malédiction pour le Liban
? », Orient-Le Jour, 3 mars 2014.

78
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L’afflux soudain de devises venant du pétrole est parfois bien mal géré55, il peut
encourager la corruption et les ingérences étrangères.

L’effet réel est donc souvent plus ambivalent, et ceci surtout pour les pays du tiers
monde, au point que l'on parle parfois de malédiction pétrolière56.

Devenu indispensable à la vie quotidienne dans la plupart des pays développés, le


pétrole a un impact social important. On a vu des émeutes parfois violentes dans
certains pays à la suite de hausses de prix.

En 2006, certains syndicats français demandent l’instauration d’un « chèque


transport » pour aider les salariés qui se déplacent beaucoup à faire face au prix des
carburants, qui est constitué pour les deux tiers, au moins de taxes. La crise récente en
France des « gilets jaunes » semble avoir des origines identiques.

Au-delà de cet exemple, les troubles existent dans tous les pays. Nous songeons bien
sûr aux nombreuses stations-services fermées de nos jours au Liban. Les gens se ruent
vers les stations avec des bouteilles d'eau afin de pouvoir obtenir quelques litres de
carburant. Ce qui provoque dans tout le Liban des scènes de colère et de
désemparement57.

55
- Exemple le syndrome hollandais. Le syndrome hollandais, en anglais Dutch disease, ou
encore malédiction des matières premières, est un phénomène économique qui relie
exploitation de ressources naturelles et déclin de l'industrie manufacturière locale. Inspiré du
cas des Pays-Bas des années 1960, le terme maladie hollandaise est utilisé par extension
pour désigner les conséquences nuisibles provoquées par une augmentation importante
des exportations de ressources naturelles par un pays. Voir W. Max CORDEN, J. Peter
NEARY, “Booming Sector and De-Industrialisation in a Small Open Economy”,The Economic
Journal, vol. 92, no 368 (décembre 1982), p. 825-848.
56
- Aussi au Liban certains auteurs commencent-ils à voir le noir : Voir article de Nicolas
SARKIS, « Le pétrole au Liban : espoir ou catastrophe », ‫ نعمة أو نقمة‬: ‫ اليترول والغاز في لبنان‬journal
al Safir, 15-11-2014.
57
- L’Orient-Le Jour,8 juillet 2021.
En France en octobre 2018 la [Link] titre: « Hausse du prix des carburants : les appels
au blocage se multiplient ».
79
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dans les pays développés, une hausse du prix du pétrole se traduit par un accroissement
du budget consacré à la voiture. Cependant, dans les pays les plus pauvres, elle signifie
moins d’éclairage et moins d’aliments chauds, car le kérosène est souvent la seule
source d’énergie domestique qui est disponible58.

Outre que le pétrole est utilisé dans toutes les industries mécanisées au titre
d’énergie de base, ses dérivés chimiques servent à la fabrication de toutes sortes de
produits, qu’ils soient hygiéniques (shampooing), alimentaires, de protection, de
contenant (matière plastique), tissus, etc. Ainsi le pétrole est devenu un besoin
économique stratégique, mais également vital, car ordinaire dans ses multiples usages.

Le pétrole est donc convoité partout sur la planète et son extraction difficile et limitée
en fait un produit rare et nécessairement cher.

C’est cela qui donne plus d’importance aux projets d’exploration et d’extraction du
pétrole au Liban. En effet, de nouvelles réserves de pétrole sont découvertes au large
du Liban. ELLES pourraient produire jusqu'à 675 millions de barils de pétrole et 15
trillions de mètres cubes de gaz naturel selon la société d'étude Beicip-Franlab, filiale
de l'Institut français du pétrole-Energies nouvelles59.

[Link]
[Link]
58
- Comme prevue de l’impact du pétrole sur l’économie constatons que depuis quelques
années le resserrement des prix du gazole par rapport à l'essence est lui-même la
conséquence de la politique gouvernementale qui profite de la turbulence du marché des
matières premières (dont le pétrole) pour augmenter ses recettes fiscales.
59
- Ces réserves peuvent produire entre 440 et 675 millions de barils de pétrole ce qui pourrait
rapporter plusieurs milliards de dollars au pays, selon un rapport de la compagnie française
cité par le journal libanais an-Nahar. Ces nouvelles réserves contiendraient également 15
trillions de mètres cube de gaz naturel, toujours selon le rapport.
Source : Journal Orient le Jour, 2 avril 2011.
80
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Les Libanais qui souffrent depuis de longues années de pénuries d’électricité, liées
notamment à un manque d'investissement dans ce secteur sont particulièrement
sensible à cet espoir.

Cependant, afin de pouvoir affirmer qu’il existe une élasticité de la demande du pétrole
par rapport aux revenus d’un pays, il faut préalablement vérifier le rapport récession-
demande. Pour comprendre ce phénomène, prenons l’exemple de la Grèce qui connaît
une récession, et où la demande pétrole a baissé. Ainsi, le PIB de la Grèce avec une
base 100 en 2008 était de 87 en 2011. Dans le même temps, la demande pétrole a (sur
cette même période) baissée de 18%. Ainsi, par cet exemple on souhaite montrer qu’il
existe une élasticité de la demande de pétrole par rapport aux revenus et à la richesse
d’un pays.

On peut alors en déduire que sur le court terme, les consommateurs de pétrole60 ne
changent pas leurs habitudes et continuent à consommer le pétrole et ses produits
dérivés, quel que soit son prix.

Cependant, à long terme, existe un changement de comportement de la part des


utilisateurs de pétrole et de ses produits dérivés. En effet, les entreprises investissent
dans la recherche pour découvrir des alternatives au pétrole et les particuliers
s’équipent par exemple de biens qui sont non-consommateurs de pétrole.

Nous aurons l’occasion de traiter dans plusieurs endroits de notre thèse de


l’impact du pétrole sur l’économie, mais disons ici que pour mesurer l’impact du
pétrole sur l’économie il suffit de se reporter aux importants débats qui ont eu lieu au
Liban sur l’effet positif ou négatif de la baisse du prix du pétrole survenue en 2015.

60
- C'est-à-dire notamment les industriels qui utilisent le pétrole dans la fabrication de
matières, et les particuliers qui utilisent le pétrole comme énergie chauffante ou pour leurs
déplacements.
81
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dans l’examen de cette balance entre les intérêts et les méfaits il semble que les
côtés positifs soient bien plus nombreux, c’est du moins ce que nous lisons dans la
plupart des commentaires61.

Les pays consommateurs profitent grandement de la baisse des prix du pétrole, car
leurs factures d'importation de pétrole diminuent, leur pouvoir d'achat augmente et
leurs économies se redressent.

Quant aux pays producteurs de pétrole, leurs revenus diminuent, leurs revenus
diminuent et ils s'appauvrissent, notamment dans les pays densément peuplés, comme
l'Iran, l'Indonésie, le Brésil, le Mexique et le Nigeria62.

Les données indiquent de la sorte que les périodes les plus prospères pour les pays
industrialisés ont été celles où les pays de l'OPEP souffraient beaucoup de la baisse de
leurs revenus due à la chute des prix du pétrole63.

Sous-section 2. Impact du pétrole sur


l’environnement
Il s’agira dans le cadre de cette sous-section d’appréhender les attentes que le droit va
devoir intégrer à partir de l’influence du pétrole sur l’environnement. C’est le caractère

61
- Voir sur cette question l’article de Mohamad WEHBE, « l’effet de la baisse du prix du
pétrole », journal al Akhbar, 9 janvier 2015.
62
- ANAS BEN FAYSAL AAL HEJJI, Les effets des bas prix du pétrole sur les pays producteurs,
Revue al Arabya al Mostaquella, [Link]
63
- Ainsi l’impact du pétrole sur l’économie est essentiel : par exemple avec l'effondrement
des prix du pétrole au milieu des années 1980, les pays consommateurs de pétrole,
notamment européens, ont imposé des taxes élevées sur leurs dérivés du pétrole. Ces taxes
ont augmenté avec le temps dans la mesure où les revenus de ces gouvernements provenant
des taxes sur le pétrole sont supérieurs aux revenus des gouvernements des pétro-états
provenant de la vente de leur pétrole. Avec l'augmentation de la force des partis et
mouvements écologistes, ces groupes ont exigé d'augmenter les taxes sur les produits
pétroliers chaque fois que les prix du pétrole baissent, craignant l'impact négatif des prix du
pétrole sur leurs programmes environnementaux, qui incluent des sources d'énergie
alternatives, telles que l'énergie solaire et éolienne. Idem.
82
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

durable ou soutenable de l’activité pétrolière sur le territoire même que devra prendre
en compte la fonction juridique. À ce titre, le droit va devoir sécuriser ces attentes en
équilibrant les besoins politiques et environnementaux (A). Parmi ces atteintes une
place particulière doit être accordée aux différentes marées noires (B).

A - Un mauvais impact avec des


conséquences économiques et juridiques
considérables
Le raffinage du pétrole entraîne le rejet de nombreux polluants atmosphériques. On
peut citer, à ce titre, les oxydes de soufre, les oxydes d'azote, le monoxyde de carbone
et le benzène, ainsi que de nombreux gaz à effet de serre. En outre, la combustion
du pétrole qui va servir à alimenter les véhicules libère dans l'air du CO2, des
hydrocarbures mal brûlés, du plomb, des suies, des minéraux lourds, qui sont
responsables avec d'autres polluants de la pollution atmosphérique, mais
également de pluies acides qui tuent faune et flore64.

Si le pétrole est d’une utilité primordiale, il a clairement certains inconvénients.

Le pétrole n'est pas ainsi une énergie renouvelable, mais une énergie fossile. Ses
ressources sont donc limitées en quantité, même si tous les gisements n'ont pas encore
été découverts65.

Les plates-formes de forage émettent des gaz à effet de serre (CO2, méthane et oxyde
nitreux) qui contribuent au réchauffement de la planète à travers les brûlures des
combustibles fossiles.

64
- « Taathir al talawoth al Nafti ala al bi’a wal kainat aal Haya » (Impact de la pollution
pétrolière sur l’environnement et les espèces maritimes), Revue Dirasat Khadaara, Dubai, juin
2017, p. 9.
65
- [Link]
Visite 8-7-2020.
83
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Cette ressource fragiliser l’écosystème : les oiseaux plongeurs comme les petits
pingouins et les canards de mer sont au nombre des espèces les plus vulnérables aux
déversements de pétrole.

Les machines qui forent le fond marin pour atteindre les gisements pétroliers dégagent,
en outre, des débris de roche imprégnés d'hydrocarbures et d'autres produits
chimiques66.

Il convient de rappeler que l'exploitation pétrolière comporte trois grandes étapes :


l'exploration, la production et enfin le transport par bateau (chacune présentant ses
propres risques pour l’environnement). Nous ne nous attarderons pas à l’examen de
ces problèmes techniques. Nous nous conterons d’observer que l'exploration suppose
le recours à des levés sismiques pour localiser les gisements potentiels.

66
- Cherif AL JAAFAR, Journal al Qabas, mai 2006. Nous lisons aussi dans cet article les
propos alarmants du directeur du Département des sciences de l'environnement de l'Institut
koweïtien pour la recherche scientifique, le Dr Abdul-Nabi Al-Ghadban, qui met en garde
contre l'impact de la marée noire sur la destruction de l'environnement marin et naturel dans
la région du golfe Persique, en particulier des pétroliers géants qui traversent les eaux du
Golfe. Al-Ghadban a déclaré à la Revue Notre environnement, nos vies que cette pollution
nuit à la pêche et élimine les algues et les mollusques crustacés, sans parler de l'élimination
des oiseaux endémiques et migrateurs et de l'eau potable dont les pays du Golfe dépendent
du dessalement pour leur sécurité. Il n'a pas négligé l'impact de la pollution en général sur les
services de navigation et la beauté des plages. Enfin il a déclaré que l'une des manifestations
de la pollution par les hydrocarbures est le déclin de la productivité de la pêche, qui est dû à
une diminution des processus vitaux, tels que la croissance, ou cela peut être dû à la réticence
des gens à acheter du poisson par peur des risques de la pollution, ou que les pêcheurs eux-
mêmes arrêtent de pêcher dans les zones polluées de peur d'endommager leur matériel, ce
qui accroît la pénurie de nourriture.
Il a révélé que les œufs et les larves de nombreux poissons, qui représentent de nombreuses
espèces commerciales telles que les sardines flottant à la surface de la mer ou habitant les
couches supérieures de celle-ci, sont exposés à l'impact du pétrole déversé, et peuvent
souffrir de décès importants, comme cela arrive à l'approche des entrées des centrales
électriques réparties sur les côtes du Golfe. Ces propos sont de 2006, ce qui prouve le degré
élevé de conscience de l’impact néfaste du pétrole sur l’environnement chez les autorités
koweitiennes.

84
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

B- Les marées noires


Une marée noire est naturellement une catastrophe industrielle et écologique due à
l'échouement d'une nappe d'hydrocarbures en zone côtière.

Cette nappe est due à un déversement volontaire ou accidentel d'une quantité de pétrole
brut (ou bien de produits pétroliers) à la mer et qui est ramenée vers la côte par l'effet
des marées, des vents et des courants.

Ces marées noires sont la cause de pollutions graves qui portent gravement atteinte à
l'environnement.

Elles perturbent durement et durablement la faune et la flore. Elles génèrent de graves


dégradations au niveau biotique et de l'écosystème, ce qui causera à terme l'asphyxie
totale du milieu.

Les animaux ainsi que les fonds marins seront détruits sans oublier comme nous
l’avons déjà signalé la faune et flore des zones côtières67.

On peut affirmer que la vie végétale et animale dans la mer et sur les rives est en partie
détruite par les marées noires. Les rayons du soleil n’atteignent plus les fonds marins
et l’air ne peut plus passer dans le milieu marin à cause de ces marées noires. Résultat :
les végétaux ainsi que les animaux disparaissent et la chaîne alimentaire est détruite.

L'explosion et le naufrage d'une plate-forme d'extraction pétrolière au milieu du golfe


du Mexique ont mis en lumière le problème de la marée noire et ses répercussions
environnementales et économiques à long terme, et ont tiré la sonnette d'alarme aux
États-Unis. Quant au golfe Persique, il n'a pas échappé à ce genre de catastrophe

67
- Sur le rapport environnement – pétrole voir les multiples rapports publiés par le Ministère
français de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer. Exemple celui
rédigé en 2010 par Patricia Crifo, Michèle Debonneuil, Alain Grandjean, Paris, disponible sur
le site de la Documentation française.
85
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

écologique et ceci d'autant qu'il est l'un des principaux exportateurs de pétrole au
monde.

Selon une étude récente qui a été menée à la demande des États membres du Bureau
régional de l'UNESCO dans les États arabes du Golfe à Doha68 (qui comprennent les
Émirats arabes unis, le Royaume de Bahreïn, l'État du Koweït, le Sultanat d'Oman,
l'État du Qatar et le Royaume d'Arabie saoudite), 75 % des accidents de marée noire
surviennent dans le monde dans les eaux du Golfe69.

Les pétroliers qui naviguent dans les eaux du Golfe laissent ainsi derrière eux des
résidus de pétrole, polluant les eaux. Ajoutons à cela que les coûts des déversements
de pétrole sont chers.

Par exemple, un cas de marée noire résultant de la guerre Irak-Koweït en 1991 a


entraîné des pertes matérielles très importantes dans la région, atteignant environ 23
millions de dirhams (aux prix actuels) afin de mener des recherches sur l'impact de
cette catastrophe sur la vie marine.

Il convient de noter que les plus importantes catastrophes de marée noire dans le golfe
Persique ont eu lieu le 10 février 1983 pendant la première guerre du Golfe, lorsqu'un
pétrolier est entré en collision avec le poste d'amarrage du puits de pétrole de Nowruz.
Cet accident a entraîné la fuite d'environ 1 500 barils par jour, et en 1991, on estimait
à huit millions de barils de fuites de pétrole dans le Golfe après que les forces irakiennes

68
- [Link]
69
- Le Dr BENNO BOR - Conseiller en sciences de l'environnement à l'UNESCO et délégué
pour la région arabe - a déclaré que de telles catastrophes environnementales coûtaient au
secteur de l'énergie des milliards de dollars dépensés en opérations de nettoyage, en plus
des dommages causés à la vie marine et à la communauté vivant autour du Golfe.

86
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

eurent ouvert les vannes des puits de pétrole et des oléoducs après leur retrait du
Koweït70.

En dehors des marées noires notons que la plupart de temps, les extractions de pétrole
sont faites dans le désert. Cela n'empêche pas malheureusement la pollution des forêts.

Ainsi, en Équateur, le pétrole a été exploité pendant 30 ans, ce qui a fait perdre 2000
Km² de forêt vierge. Les pipelines ne fonctionnent pas toujours convenablement
surtout lorsqu' il y a des accidents qui ont le même effet que des marées noires71 72.

Nous développerons dans d’autres endroits des questions relatives à l’environnement


en nous inspirant notamment de l’expérience et de l’expertise française73.

Terminons ce chapitre par un mot sur le Liban74 afin de faire la transition avec la partie
suivante. Il semble que se trouvent immergés au large du Liban 3 trillions de mètres

70 - Rosenker, Mark V., Sumwalt, Robert L., Higgins, Kathryn O'Leary et Hersman, Deborah
A. P., « Marine Accident Report: Allision of Hong Kong-Registered Containership M/V Cosco
Busan with the Delta Tower of the San Francisco–Oakland Bay Bridge, San Francisco,
California, November 7, 2007 », National Transportation Safety Board, 18 février 2009,
consulté le 12 mai 2010). Cité par Cherif Abdulrahman, Al Maschreq Review, Cairo, juin 2017.
71
- Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et le Programme des
Nations Unies pour le développement (PNUD) étudient l'impact de la pollution provoquée par
l'extraction pétrolière dans 300 endroits de la région d'Ogoni, dans le delta du Niger. Cette
initiative fait suite à une demande en ce sens présentée par le gouvernement nigérian, qui
s'inscrit dans le cadre du processus de paix et de réconciliation mené par les autorités du
pays. Source : L'impact de la pollution provoquée par l'extraction pétrolière étudiée :
[Link]
php4

73
- Sur la Charte française de l’environnement voir :
Capitani (Amandine), « La charte de l'environnement, un leurre constitutionnel ? », Revue
française de droit constitutionnel (Paris), 63, 2005, pp. 493-516
74
- Voir ces oouvrages sur le Liban de M. Antoine MESARRA :
- La gouvernance d'un système consensuel (Le Liban après les amendements constitutionnels
de 1990), Beyrouth, Librairie Orientale, 2003.
- Le Pacte libanais (Le message d'universalité et ses contraintes), Beyrouth, 1997, réed. 2003.
87
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

cubes de gaz naturel et 850 millions de barils de pétrole. Cette masse est assez
importante pour mettre fin à une pénurie d’énergie, à régler la question de la dette
publique au Liban et ainsi de relancer durablement l’économie.

C’est du moins ce que pensent les experts et ceci a été confirmé par nos autorités
publiques.

Les recettes tirées des ressources naturelles comme le pétrole et le gaz assureraient
alors à notre pays une « indépendance économique », créant ainsi des emplois et une
répartition des richesses.

Cette découverte ferait entrer le Liban dans le cercle des pays pétroliers.

Cependant, beaucoup de Libanais sont encore sceptiques quant à une répartition


équitable des recettes issues du pétrole. Le Liban étant mal classé en termes de
corruption : il semble ainsi frappé de manière endémique par cette situation.
Transparency International, une organisation internationale (luttant contre la
corruption), classe ainsi le Liban au 127e rang parmi sa liste la plus récente comptant
177 pays – et ceci au même niveau que la Russie, le Mali et le Pakistan.

Au regard de l’importance de ces questions qui sortent, certes, du cadre strict de


l’exploitation du pétrole proprement dit, mais qui conditionnent cependant la réussite
de cette opération d’exploitation, nous consacrerons une part essentielle de notre travail
(les fonds souverains, la délimitation des frontières maritimes, l’environnement.) à
l’examen et à l’étude de l’environnement politique et géopolitique de cette exploitation
pétrolière au Liban.

- Théorie générale du système politique libanais (Essai comparé sur les fondements et les
perspectives d'évolution d'un système consensuel de gouvernment), Paris-Cariscript,
Beyrouth-Librairie Orientale (avec le concours du Centre National des Lettres, Paris), 1994.
88
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

CHAPITRE DEUXIEME : LE PÉTROLE AU LIBAN :


ÉTAT DES LIEUX ET CONFLITS
Le bassin de l’« arc syrien » abriterait aujourd’hui 3454 milliards de mètres cubes de
gaz, soit la moitié environ des réserves en gaz qui ont été trouvées aux États-Unis. C’est
dire combien cette région semble riche en pétrole. Les autorités libanaises ont assuré
avec véhémence et ceci depuis longtemps qu’elles sont certaines de trouver du gaz «
en quantités commerciales ».

Au regard de ce constat politique, une question s’impose : comment a-t-on évalué le


potentiel pétrolier et gazier du sous-sol libanais ? En outre, quel impact et quels
blocages se présenteront au regard des rapports tendus avec le voisinage du Liban
(Israël, Chypre. Cette question géopolitique va nous arrêter dans le cadre de cette
première section (Section 1). Par la suite nous serons conduites à opérer l’analyse non
seulement du droit positif qui rend possible cette exploration, mais également et surtout
des éléments politiques et sociaux qui apparaissent comme dirimant au regard de la
qualité de cette exploitation. Divers blocages existent ainsi : il s’agit non seulement des
carences inhérentes à la mise en œuvre concrète du droit au Liban, mais aussi les
multiples décisions des membres du ministère de l’Énergie, qui sont toujours pressés
de prendre des décisions qui souvent ne sont pas appliquées. Enfin ces décisions sont
mises en œuvre dans un contexte politique très singulier. Au Liban le
confessionnalisme fausse le fonctionnement « normal » des institutions et impose des
conventions qui s’appliquent au droit (Section 2).

SECTION PREMIÈRE : DU PÉTROLE AU


LIBAN : UNE VISION RATIONNELLE
89
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La présence du pétrole au Liban semble aujourd’hui établie dès lors que les plus grands
experts le disent. Cependant cette présence impose la prise de conscience d’une
situation géopolitique très particulière (sous-section 1) qui engendre des problèmes là
aussi spécifiques (sinon du fait de la nature de ces problèmes du moins du fait de
l’intensité de la crise qui est susceptible de naître). Il s’agira alors d’appréhender les
questions dédiées à la délimitation des frontières maritimes, et ceci en particulier avec
l’ennemi israélien (sous-section 2).

SOUS-SECTION 1. Les indices. Le mot des


experts
La découverte d’un possible gisement pétrolier au large du Liban semble assez
logique au regard de la géologie qu’offre l’espace territorial concerné. En effet, la
méditerranée orientale est une terre largement concernée par le pétrole.
Cependant, la possibilité d’une exploitation commerciale viable d’un gisement
profond place aujourd’hui le Liban dans une position géopolitique
particulièrement délicate (A). Cette ressource a été l’enjeu d’estimations par
certaines sociétés qui sont rentrées ainsi dans le jeu diplomatique lié à
l’émergence pour le Liban de cette ressource stratégique (B).

A - La Méditerranée. Terre à pétrole


La Méditerranée orientale est ainsi devenue durant ces dernières années l’un des
nouveaux centres d’intérêt des différents acteurs du monde du pétrole et du gaz.
En effet, elle abriterait dans ses fonds sous-marins d’importants gisements en
hydrocarbures.

90
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Baptisé « arc syrien » ou encore « bassin levantin », ce nouveau territoire va de


l’Égypte à la Syrie, en passant par Gaza, Israël et le Liban, et en incluant les eaux
chypriotes.

Selon une étude américaine du US Geological Survey, ce bassin abriterait ainsi


3454 milliards de mètres cubes de gaz, soit la moitié environ des réserves en gaz
prouvées des États-Unis – et 1,7 milliard de barils de pétrole. En d’autres termes,
des dizaines de milliards de dollars.

Il ne s’agit naturellement aujourd’hui que d’estimations, car, comme le disent tous


les spécialistes, seuls les forages permettent de donner une idée plus juste des
volumes d’hydrocarbures gisant dans les fonds marins.

En la matière, les tout récents forages réalisés par la compagnie américaine Noble
Energy75 dans les eaux israéliennes, à une quarantaine de kilomètres de la
frontière maritime libanaise, sont très prometteurs. En effet, ils semblent aller au-
delà des estimations : le seul gisement baptisé Léviathan76 recèlerait 450 milliards

75
- Noble Energy est une entreprise américaine basée à Houston dans leTexas faisant partie
du classement Fortune 1000. Son secteur est le pétrole et le gaz. L'entreprise compte Bill
Clinton parmi ses lobbyistes à Washington.

76
- Les exploitants d’un important gisement de gaz offshore israélien ont signé récemment
une lettre d’intention avec un consortium égyptien pour lui livrer jusqu’à 2,5 milliards de mètres
cubes de gaz naturel par an. Un accord en vue qui illustre l’accession d’Israël au statut de
potentielle puissance exportatrice d’énergie. Mais des critiques se demandent comment la
transformation du premier d'importateur en exportateur peut-elle affecter ses relations avec
l’Egypte et la Jordanie ? Leur utilisation du gaz israélien représente-t-elle pour eux un gain ou
une perte sur les plans politique et économique ? En effet le gaz israélien sera exporté vers
l'Egypte via un gazoduc reliant la ville israélienne d'Ashkelon à l'égyptien Al-Arish.
Israël a accepté de commencer à exporter du gaz naturel vers l'Égypte, et la société
américaine exploitant le champ israélien Leviathan a annoncé le début imminent des
exportations de gaz vers la Jordanie dans les semaines à venir. Des critiques estiment que
ce projet ne profite qu’à Israël, en particulier à cause de la question des amendes financières
colossales. Source: [Link]
Visite 18-12-2019
91
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

de m3 de gaz. Il s’agit de la plus grande découverte de gaz en eaux profondes dans


le monde depuis dix ans. Les experts évaluent la future production à 90 milliards
de dollars.

Au Liban, sur la base d’études couvrant tout l’espace maritime libanais (qui
mesure 25000 kilomètres carrés : soit deux fois et demie la taille du Liban) et
d’études en trois dimensions (qui couvrent une large partie de cet espace), le
ministre sortant de l’Énergie et des Ressources hydrauliques, Gebran Bassil, disait
qu’il était « presque certain » de trouver du gaz « en quantités commerciales »,
c’est-à-dire en mesure de satisfaire les besoins de consommations du Liban et
l’exportation des excédents77.

Sarkis Hlaiss, directeur général des installations pétrolières, va plus loin encore :
pour lui « Les gisements libanais sont plus importants que ceux d’Israël ; ce sont
les gisements les plus importants du bassin levantin. »

Ce n’est bien entendu pas la présence de ces gisements qui est nouvelle, car leur
constitution date d’il y a 60 à 65 millions d’années, mais l’intérêt qu’ils suscitent
depuis que leur exploitation est désormais possible sur le plan technique

En effet, il y a une dizaine d’années, le forage en eau profonde concernait des


profondeurs de 500 à 600 mètres… Aujourd’hui, il est possible de creuser à partir
de 1500 à 2000 mètres sous l’eau.

Auparavant, c’est l’Egypte qui exportait son gaz vers Israël. Si l’accord se concrétise, c’est
Israël qui va livrer aux Egyptiens sa matière première. Et le pays a d’autres projets. Un
protocole d’accord a été signé en septembre avec la Jordanie pour qu’Israël livre au royaume
hachémite la majorité de ses besoins en gaz naturel pour les 15 prochaines années.
Source : [Link]
Visite 12 octobre 2015.
77
- Le Commerce du Levant, Février 2011
92
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

À cette profondeur, suivant la qualité du fond marin, chaque opération de forage


peut coûter de 60 à 200 millions de dollars.

En matière d’exploration pétrolière en Méditerranée orientale, tous les riverains


ne sont pas allés au même rythme.

Le Liban, sans surprise, est particulièrement à la traîne. Les récentes découvertes


israéliennes et la crainte d’être spolié de ses ressources par son voisin du Sud ont
récemment permis d’accélérer le programme pétrolier auquel travaille
l’administration libanaise depuis plusieurs années. À ce jour, seuls l’Égypte et
Israël exploitent du gaz situé dans leurs eaux territoriales78.

B- L’évaluation du potentiel pétrolier et gazier


du sous-sol libanais
Comme nous l’avons indiqué, les indices encourageants sont nombreux au niveau
de l’évaluation du potentiel pétrolier et gazier du sous-sol libanais79.

La porte permettant une exploitation commerciale viable a enfin été ouverte dans
un dossier longtemps assombri par les incessants blocages politiques qui entravent
l'exploration du potentiel « offshore » du pays.

78
- Idem.
79
- L'interprétation des données acquises a nécessité près de six mois. La société chargée
de l’exploration Neos GeoSolutions avait affirmé que ces données seront commercialisées à
partir du deuxième trimestre de 2015. (Revue Commerce du Levant du 11-6-2015.
Visite 11 octobre 2015.

93
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La société américaine Neos GeoSolutions avait confirmé avoir découvert des


indices d'importants gisements d'hydrocarbures dans le sous-sol libanais, et ceci
à la suite des résultats obtenus par les recherches effectuées dans le cadre du projet
CedarsOil en 2015.

Ce projet consistait notamment à effectuer un balayage aérien d'une zone


d'environ 6000 km2 entre le littoral et la frontière syrienne, dans la moitié nord
du pays.

La présence de roches mères, de suintements de pétrole et de réservoirs dans


lesquels seraient piégés ces hydrocarbures semble maintenant démontrée.

Pour ce faire la société exploratrice a utilisé plusieurs types de détecteurs


aéroportés : des capteurs de gravité ont ainsi permis de mesurer la densité dans
chaque zone balayée ; des détecteurs hyperspectraux ont fourni des images d'un
grand nombre de bandes étroites tandis que des détecteurs électromagnétiques ont
permis de déterminer si les structures repérées contenaient des particules
hydrauliques ou des hydrocarbures80.

En vertu d'un contrat avec le ministère libanais de l'Énergie et de l'Eau, les coûts
de l'opération ont été exclusivement assumés par Neos GeoSolutions.

Le directeur adjoint de la branche Moyen-Orient de la société avait antérieurement


précisé que plusieurs sociétés d'exploration pétrolière ainsi que des fonds
d'investissement avaient pris part au financement du projet.

Cette société exploratrice avait ensuite indiqué, en décembre, que ces données
seraient commercialisées auprès des compagnies intéressées par l'attribution de
licences d'exploration dans le courant de l'année 2015. Selon la même source,

80
- Le Commerce du Levant, 1 octobre 2015.
94
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

l'État devait encaisser une part des revenus81 de ces ventes. Nous reviendrons sur
ces conditions financières lors de l’étude de la loi 132/2010 (dans le cadre du
second titre de notre première partie).

Il est à noter que la société en question a pourtant effectué ce travail en dépit des
années de retard pris dans le dossier de l'exploration des hydrocarbures « offshore
» dans la zone économique exclusive (ZEE) du Liban.

En effet, les 46 compagnies qui s'étaient qualifiées en avril 2013 pour participer à
l'appel d'offres sur l'attribution de ces licences d'exploration n'ont toujours pas pu
présenter leurs offres du fait d'ajournements successifs de l'adoption par le Conseil
des ministres de décrets essentiels à ce processus.

Il s'agit en particulier d'un décret définissant les coordonnées des dix blocs de
concession prévus dans la ZEE du Liban, et d'un décret précisant les modalités du
contrat d'exploration et de production devant lier l'État aux concessionnaires.

Malgré les blocages politiques et juridiques, le ministre de l'Énergie actuel, Arthur


Nazarian, estime que les recherches effectuées par Neos GeoSolutions avaient «
replacé le dossier de l'exploration pétrolière et gazière en tête de l'agenda national
»82.

81
- Le pétrole et le gaz rapporteraient 600 milliards de dollars au Liban dit un rapport de la
banque Audi du 17-02-2014 :
Dans son dernier rapport de l’année 2013, la Bank Audi estime à 600 milliards de dollars le
potentiel du Liban mhydrocarbures.
« Sur la base du prix du gaz et du pétrole actuel, et si on premièestime à environ 3 000 milliards
de mètres cube les réserves de gaz, à 865 millions le nombre de barils de pétrole, les recettes
de l’Etat seraient de 600 milliards de dollars ».
82
- Journal Orient le Jour, 02/04/2015.

95
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Un premier pas a enfin été franchi le 17 août 2010 et ceci lorsque le Parlement
libanais a approuvé une loi-cadre sur l’exploration et l’exploitation du pétrole
offshore.

Cette loi prévoit notamment la création d’un Comité qui supervisera l’exploration
et le forage au large du Liban. Sa mise en œuvre reste cependant subordonnée à
l’adoption d’une trentaine de décrets d’application.

Cette loi-cadre devra également être complétée par une autre loi devant
déterminer l’organisation et la répartition des recettes : le principe de la création
d’un Fonds souverain est acquis, de même que la nécessaire affectation d’une
partie du capital et des revenus « aux générations futures » alors qu’une autre
partie des ressources devra être affectée à des activités de l’État sans « impact
négatif sur l’économie à court et moyen terme ».

Cependant, la composition et l’organisation de ce Fonds ne le sont pas encore.

Il est à noter que lorsque se manifeste un différend entre deux États, ils peuvent
utiliser tous les moyens pour le régler.

À défaut de parvenir à une entente, l’un des deux États peut recourir à un
règlement judiciaire.

C’est l’une des nouveautés de la convention sur le droit de la mer de Montego


Bay. Les États partis à la convention ont le choix de l’organe du règlement de leur
différend : soit un tribunal arbitral83, soit le Tribunal de la mer, soit enfin la Cour
internationale de justice dont la compétence est générale.

83
- Le Liban de nos jours adopte largement l’arbitrage comme procédé de resolution de litiges
surtout que la loi libanaise actuelle a étendu l’arbitrage pour les contrats administratifs, ce que
nous développerons dans d’autres chapitres consacrés à cette question. Contentons-nous ici
de dire ceci : L’article 762 du CPC a été réformé par la loi no 440 du 29 juillet 2002. Deux
alinéas ont été ajoutés à cet article, disposant expressément qu’il est possible pour l’Etat et
96
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Un État peut ainsi saisir seul le Tribunal de la mer et la décision rendue par celui-
ci est obligatoire. Si l’État n’est pas signataire de la convention de Montego Bay,
il peut malgré tout accepter le recours au tribunal.

La première affaire de délimitation des frontières maritimes dont a été saisi le


Tribunal de la mer en décembre 2009 concerne le Bangladesh et Myanmar dans
le golfe du Bengale.

Sous-section 2. Problèmes avec le voisinage


Cette découverte d’un potentiel gisement pétrolier au large du Liban va
naturellement poser d’une manière renouvelée les problèmes classiques que le
Liban connaît au regard de ses voisins (A). Cette situation pose des problèmes
stratégiques et géopolitiques d’une particulière complexité (B).

A- Israël, Liban, Turquie et Chypre : la


découverte du pétrole approcherait les
ennemis
Les relations ne sont pas faciles le long de la frontière maritime du Liban avec
Israël. Il existe naturellement des méthodes théoriques qui permettent de tracer les

les personnes morales de droit public de recourir à l’arbitrage sous la condition de l’obtention
à cette fin, pour les contrats administratifs d’un décret pris en Conseil des ministres sur
proposition du ministre compétent pour l’Etat, ou de l’autorité de tutelle pour les personnes
morales de droit public. Ainsi, ne se pose plus la question de l’aptitude de l’Etat et des
personnes morales de droit public de recourir à l’arbitrage quelle que soit la nature du contrat.
En dépit de la position du conseil d'Etat libanais dans les arrêts Cellis et Libancell, la Societe
française France Telecom et la Societe Telecom Finland ont pu avoir recours à la technique
de l'arbitrage pour la résolution de leurs litiges sur le fondement de traités bilatéraux
d'investissements entre le Liban et la France et le Liban et la Finlande. Il a été accordé à
l'investisseur français la somme de 266 millions de dollars pour compenser les pertes subies
du fait de la résiliation abusive du contrat qui le liait au Liban. Dans le même sens, le Liban a
été condamné à payer à la société Finland Telecom International des indemnités quasi
identiques à celles prononcées dans l'arbitrage France Telecom.

97
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

délimitations maritimes (comme la méthode de l’équidistance) 84; mais le résultat


obtenu par ces méthodes est rarement adopté tel quel et ne sert généralement de
base qu’à des négociations bilatérales ou multilatérales. Cette analyse va dépendre
en réalité de divers rapports de forces entre les acteurs géopolitiques.

Malheureusement dans le cadre qui nous concerne le problème est le suivant : il


n’y a pas aujourd’hui de discussions possibles entre le Liban et Israël dès lors qu’ils
sont en état de guerre.

La situation est encore compliquée par le fait que le Liban est une des parties à la
convention de Montego Bay sur le droit de la mer, alors qu’Israël ne l’est pas. Dès
lors, il faut s’attendre à tout, commente Sarkis Hlaiss, responsable du dossier
pétrolier au sein du ministère de l’Énergie libanais, qui cite les litiges réguliers
entre pêcheurs israéliens et libanais85.

Certaines situations offertes par le voisinage du Liban permettent d’imaginer


différents scénarii.

Un accord sur la délimitation de la frontière maritime et sur le partage des


ressources a cependant été signé en 2010 entre Israël et Chypre.

84
- Nous analyserons dans un chapitre entier la question de la délimitation des frontières
maritimes en particulier entre le Liban et Israël.

85
- Sarkis Hlaaiss, MOunchaat al Naft fi Lobnan:
[Link]
Visite 2-5-2018.
98
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ces deux pays se sont engagés en signant également un pacte militaire (des avions
de chasse israéliens stationnent sur une base chypriote pour surveiller différents
gisements pétroliers en Méditerranée)86.

Israël s’est engagé à aider Chypre en cas d’attaque. La situation qui était déjà
délicate est devenue encore plus complexe du fait que la Turquie remet en cause
les accords entre ces deux pays (car la République turque de Chypre du Nord a été
ignorée dans les accords concernant la délimitation de la ZEE)87.

À la suite de la découverte en 2010 du champ gazier géant au cœur du bassin


Levantin, appelé Tamar 2 par Israël, la République chypriote a commencé
courant 2011 les premières explorations dans sa ZEE88 .

Grâce à ces relations, Chypre espère profiter de l’importante manne financière que
les exportations de gaz vers l'Union européenne devraient lui fournir.

La Turquie fait cependant de la surenchère en réclamant le droit d'opérer ses propres


forages et l'arrêt de l'exploitation et de l'exploration de tous les sites chypriotes. En
outre, elle souhaite elle-même opérer des explorations dans la ZEE chypriote, et
exprime ainsi la volonté de s'affirmer en Méditerranée et de s'opposer à l'hégémonie
israélienne sur l'exploitation des hydrocarbures.

L'Union européenne cherche à se poser en médiateur dans ce conflit, mais a besoin


de diversifier ses approvisionnements en matières énergétiques. C’est la raison pour

86
- T. YEGAVIAN, « Chypre : une présidence tendue » dans Carto no 12 : juillet-août 2012 p.
27.
87
- Celle-ci n'est reconnue officiellement comme un État indépendant que par la Turquie.
88- « Pétrole : la Turquie et Chypre s'affrontent autour de projets d'exploration », sur le site
du Monde, 19 septembre 2011.
99
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

laquelle elle soutient l'initiative chypriote tout en ménageant la Turquie, Israël et le


Liban entre lesquels s'entretiennent des relations diplomatiques délicates89.

On sait que la Turquie veut s’opposer à la volonté d'autodétermination de Chypre, et


ceci davantage pour des raisons économiques que politiques ou idéologiques.

Les conséquences sont bien entendu toujours plus de tensions entre les pays levantins.

Du côté de la Palestine, les nombreuses explorations maritimes qui sont actuellement


à l’œuvre dans la bande frontalière des ZEE israélienne et palestinienne laissent
envisager de riches gisements d’hydrocarbures en perspective.

Les eaux au large de Gaza contiendraient des hydrocarbures dont l’ampleur serait
estimée à un trillion de mètres cubes de gaz. Dans ce cadre, en septembre 2012,
l’Autorité palestinienne et Israël se seraient mis d’accord90 sur l’opportunité de
développer ces explorations maritimes dans l’intégralité des eaux territoriales
palestiniennes. Toutefois jusqu’ici aucun accord n’a pu concrètement voir le jour.

B- Méditerranée orientale et blocages


devant le Liban
La délimitation des frontières est particulièrement importante dans une
configuration telle que celle de la Méditerranée orientale étant donné la proximité
des gisements revendiqués par les États voisins.

89
- « Un gisement de gaz offshore sème la discorde entre Chypre, Israël et la Turquie »,
sur le site du Figaro, 12 septembre 2011.

90
- [Link]
[Link]
100
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

C’est néanmoins cette délimitation qui va servir de base pour répartir les revenus
en cas d’exploitation d’un gisement transfrontalier.

Par exemple c’est le cas du bloc 12 alloué par Chypre à Noble Energy qui est situé
tout près des frontières maritimes libanaises. C’est la raison pour laquelle Nicosie
insiste pour que Beyrouth ratifie l’accord de délimitation conclu entre les deux pays
en 2004. « Il est très important pour nous de le faire, car le Liban pourrait le cas
échéant profiter de sa quote-part d’éventuelles découvertes dans ce gisement sans
avoir à effectuer le moindre investissement »91.

Le blocage de ce dossier est lié à la Turquie qui est clairement opposée à tout accord
avec la partie grecque de Chypre qui ne prendrait pas en considération les intérêts
de sa partie turque.

Différentes sources évoquent diverses pressions exercées par Ankara qui aurait
« envoyé sa marine militaire croiser pas loin des bateaux libanais au moment des
études sur les fonds sous-marins »92.

Le Liban devrait, en théorie, conclure des accords de délimitations avec ses deux
autres voisins : la Syrie au nord et Israël au sud comme on l’a déjà signalé dans le
paragraphe précédent.

En ce qui concerne la Syrie, des négociations informelles ont commencé au niveau


politique, cependant aucune démarche officielle n’a vraiment commencé.

Dès lors que la Turquie souhaite une approche globale en Méditerranée, son
opposition reste le principal obstacle à la ratification par le Liban de l’accord de

91
- Comme l’a affirmé le Ministre libanais de l’Energie Gibran Basil.
92
- La Turquie a également protesté officiellement contre la conclusion d’un accord similaire
de délimitation des frontières maritimes entre Chypre et l’Égypte et celui qui a été conclu
tout récemment entre Chypre et Israël le 17 décembre 2010.

101
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

démarcation de ses frontières maritimes avec Chypre, signé en 2004. Ankara ne


reconnaît pas la légitimité de la République grecque de l’île et donc s’oppose à un
accord entre Chypre et Israël en décembre 2010.

La Turquie estime que les travaux d’exploration ont besoin d’un environnement
politique convenable. La Turquie a fait part de ses préoccupations au Liban, mais
se défend d’avoir exercé de quelconques pressions93.

Devant cette situation il était normal que le Liban demande l’aide de l’ONU. Dans
une lettre adressée au secrétaire général Ban Ki-moon, le ministre des Affaires
étrangères de l’époque Ali al Chami a demandé que l’ONU fasse « tout ce qui est
possible pour garantir qu’Israël n’exploite pas les ressources d’hydrocarbures du
Liban. Toute exploitation par Israël de cette ressource est une violation flagrante
de la loi internationale et une attaque contre la souveraineté libanaise 94».

Après un temps de flottement, qui a notamment permis à la Finul95 de préciser


qu’une telle tâche ne relevait pas de son mandat, le coordinateur spécial de l’ONU
au Liban, Michael Williams, a déclaré que les Nations unies étaient prêtes à aider
le Liban à délimiter sa frontière maritime avec Israël et ceci afin de protéger ses
ressources en gaz naturel.

Cependant d’autres problèmes allaient surgir. Les Nations unies n’ont pas ainsi la
compétence pour délimiter une frontière, cette dernière étant forcément l’objet d’un
accord entre les États concernés.

93
- Le Commerce du Levant. Février 2011.
94
- Annahar, Sarkis Naoum, 2-2-2010.
95
- La Force intérimaire des Nations unies au Liban (ou FINUL) (en anglais : United Nations
Interim Force in Lebanon ouUNIFIL) a été mise en place par les résolutions 425 (1978) et 426
des Nations unies en mars 1978. L’initiateur était le général français Jean Cuq, suite à
l'escalade de la violence le long de la frontière israélo-libanaise qui avait culminé avec
l'invasion du Liban par Israël. Elle fut déployée à l'origine avec 4000 hommes sur 650 km2.
102
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La fameuse ligne bleue (au Sud Liban) qui a été tracée par l’ONU pour constater
le retrait israélien du sud du Liban en 2000 ne fait ainsi que reprendre la frontière
entre les deux pays telle qu’elle a été définie par l’accord d’armistice de 1949. Et
chacune des deux parties a émis des réserves sur plusieurs points de ce tracé, au
point qu’il est aujourd’hui très difficile pour les Casques bleus de matérialiser la
ligne par des bornes en ciment comme le souhaite la Finul.

Un mois après l’annonce de la découverte du gisement Léviathan (juillet 2010), le


Liban a décidé d’officialiser ses revendications à l’ONU en déposant un document
déterminant le tracé de sa frontière maritime avec Israël.
En octobre 2010, Beyrouth dépose un autre document à l’ONU précisant cette fois le
tracé de sa frontière maritime avec Chypre.
Il est à noter qu’un accord portant sur ce sujet avait pourtant été signé – mais pas
ratifié – entre les deux États en 2007.
Si les dirigeants libanais souhaitent aujourd’hui remettre en cause cet accord, c’est
qu’ils aspirent à redéfinir la limite méridionale de la frontière libano-chypriote.
En décalant cette limite de 17 kilomètres vers le sud, la zone maritime d’Israël
serait de facto réduite de 850 km2. Or, dans la course à l’exploration, le moindre
kilomètre carré en mer peut devenir une zone énergétique prometteuse96.
De son côté, l’État hébreu a décidé de délimiter officiellement sa zone économique
exclusive durant l’été 2011. Il conteste ainsi la nouvelle délimitation libanaise et
reprend le tracé prévu par les accords libano-chypriotes de 2007, c’est-à-dire
l’acception la plus large de la souveraineté israélienne en mer.

96
- Notons que les cartes envoyées par le Liban à l’ONU excluent les gisements Tamar et
Léviathan de sa ZEE, alors qu’à l’origine Beyrouth souhaitait délimiter sa frontière pour
contester la propriété israélienne du gisement Tamar. Or avec cette frontière, le Liban
reconnaît que les deux gisements israéliens appartiennent en totalité à l’État d’Israël.
Toutefois, si Beyrouth reste aussi actif dans ce dossier, c’est en raison du potential gazier en
Méditerranée orientale, qui ne se limite pas aux deux gisements israéliens.

103
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dernier mot :

Comme on le voit, les problèmes sont nombreux et épineux. Ils sont d’ordre
énergétique et financier. Le pétrole du Liban se présente à un moment de crise
géopolitique particulièrement violent entre tous ses voisins et ceci à un moment ou la
ressource pétrolière est devenue toujours plus stratégique. Cette manne pétrolière
pourrait changer l’aspect du Proche-Orient qui fut longtemps considéré comme le
parent pauvre du Moyen-Orient dans le domaine énergétique. Dorénavant, les choses
changent au bénéfice du bassin Méditerranéen. En effet, d’un point de vue géologique,
le Proche-Orient appartient davantage au bassin méditerranéen qu’à l’ensemble arabo-

104
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

persique, largement plus riche en hydrocarbures97. Cependant, depuis 2009, les


découvertes de gaz naturel s’accumulent en Méditerranée orientale dans ce qu’on
nomme le bassin levantin. La dernière en date (août 2015) a permis de mettre à jour le
mégagisement Zohr, contenant près de 850 milliards de mètres cubes, situé à quelques
dizaines de kilomètres des côtes égyptiennes. C’est un gisement de plus qui vient ainsi
enrichir les nombreux autres gisements présents au large d’Israël ou de Chypre.
Le pétrole et le gaz ne sont certes pas à l’origine les multiples conflits entre Israël et le
Liban, ils vont toutefois aggraver la situation en ajoutant un volet maritime au conflit
territorial entre les deux pays. Lorsque le territoire du bassin levantin devient un enjeu
énergétique majeur, dès 2009, un flou juridique existe : en effet, Israël n’a signé aucun
accord de délimitation maritime avec ses voisins en Méditerranée.

SECTION DEUXIEME : TEXTES JURIDIQUES,


CONFLITS POLITIQUES ET BLOCAGES
Une présentation organisée des textes juridiques (lois, décrets, décisions
ministérielles) qui sont relatifs à l’exploitation pétrolière au Liban s’impose du
fait de la complexité de ce régime juridique (sous-section 1). Cette complexité
explique pour partie les multiples blocages formés par les conflits politiques et
d’intérêts viennent gâcher le projet. En effet, ce régime n’est que le reflet des
équilibres et des difficultés que connaît le Liban sur le plan politique et social
(sous-section 2).

Sous-section 1. Les textes juridiques

97
- Les seules régions pétrolifères du pourtour méditerranéen sont la Libye, l’Algérie, le
désert occidental égyptien, le delta du Nil et le Sinaï.

105
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Cette présentation du droit positif n’a de sens que dans le contexte de la


compréhension du régime juridique dans lequel elle se place. Les divers textes
dont nous allons rendre compte peuvent ainsi se représenter comme l’ossature ou
le squelette du droit positif en matière d’exploitation pétrolière au Liban (A).
Cependant, ce squelette normatif peut être déformé par le régime juridique qui
s’exerce (B).

A - Exposé succinct des textes


Dans cette sous-section nous allons exposer les principaux textes régissant la
matière, avec quelques explications.

Commençons par présenter les principaux textes juridiques libanais relatifs au


pétrole et au gaz.

Plusieurs lois sont ainsi d’une grande importance.

♦ Les lois

- Loi n° 132/2010 : Ressources pétrolières offshore.


- Loi n° 57/2017 : Dispositions fiscales relatives aux activités pétrolières.
- Loi n° 84/2018 : Soutenir la transparence dans le secteur pétrolier.

Ces lois trouvent une application concrète par l’entremise de divers décrets.

♦ Les décrets

- Décret n° 7968/2012 : La Commission de Gestion du Secteur Pétrolier


- Décret n° 10289/2013 : Règlements et règles relatifs aux activités
pétrolières en application de la loi n° 132/2010
- Décret n°42/2017 : Division des eaux maritimes libanaises soumises à
la juridiction de l'État libanais sous forme de blocs.

106
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

- Décret n° 43/2017 : Cahier des charges de participation au cycle


d'autorisation et formulaire de convention d'exploration et de production
(modifié par le décret 4918/2019)
- Décret n°1137/2017 (modifiant l'annexe n° 3 du cahier des charges issu
du décret n° 43/2017)
- Décret n°4918/2019 : modifiant certains articles et annexes du décret
43/2017
- Décret portant création du registre pétrolier, hypothèque et cession des
droits pétroliers (en préparation)
- Décret sur la divulgation des contrats (en préparation)
- Décret n°6437/2020 : Dépôt des candidatures au cycle des licences en
ligne
- Décret n° 6940/2020 : Décret d'application de la loi sur le droit d'accès
à l'information sous le titre « Détermination détaillée de la loi n° 28 du
10/12/2017 (le droit d'accès à l'information)

Le droit positif ainsi présenté n’est cependant pas exhaustif si l’on occulte les
décisions politiques explicitant la mise en œuvre de ces textes. Du fait du principe
de la concrétisation des normes juridiques ont prends conscience de l’importance
des arrêtés ministériels qui règlent cette situation.

♦ Décisions du ministre

Dans le cadre de la mise en œuvre, de la gestion et du contrôle des activités


pétrolières et de la mise en œuvre des dispositions stipulées dans la Convention
d'Exploration et de Production, le ministre libanais de l'Énergie et de l'Eau prend
des décisions émises par lui et qui sont publiées au Journal Officiel et sur le site
Internet de l'Administration pétrolière. Dans ce qui suit, nous exposons les

107
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

décisions les plus importantes prises par le ministre depuis le début du premier
cycle d'autorisation à ce jour :

• arrêté n°2 du 13 février 2013 : Cycle de préqualification pour les entreprises.

• Arrêté n°1 du 26/1/2017 : Achèvement du premier cycle d'autorisation dans les


eaux maritimes libanaises.

• Arrêté n° 6 du 08/2017 : Acceptation des garanties liées au premier cycle de


licence en euros et en dollars US.

• Arrêté n° 9 du 3 septembre 2017 : Report de la date de dépôt des appels d'offres


du premier cycle d'autorisation.

• Arrêté n° 15 du 29/1/2018 : Approbation de la signature des sociétés associées


détenant les capitaux à 100% par les titulaires de droits pétroliers, d'accords
d'exploration et de production dans les blocs 4 et 9 dans les eaux offshores
libanaises.

• Arrêté n°18 du 03/09/2018 : Nomination d'un représentant de l'État libanais dans


les deux comités de gestion appartenant aux blocs 4 et 9 dans les eaux maritimes
libanaises.

• Arrêté n°19 s/f du 27/3/2018 : publication des deux accords d'exploration et de


production relatifs aux blocs 4 et 9 dans les eaux marines libanaises sur le site
internet de l'autorité.

• Arrêté n° 21 du 28/5/2018 : Approbation des deux plans d'exploration des blocs


4 et 9 dans les eaux marines libanaises.

• Arrêté n°1 du 06/10/2019 : Lancement du deuxième cycle d'octroi de licences


dans les eaux maritimes libanaises et détermination de certaines procédures
connexes.
108
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

• Arrêté n° 6 du 28/1/2019 : Acceptation des garanties liées au deuxième cycle de


licence en euro en plus du dollar américain

• Arrêté n° 9 du 12/12/2019 : Permis de forer un puits d'exploration dans le bloc


n° 4 dans les eaux offshores libanaises.

• Arrêté n°10 du 10 janvier 2020 : report de la date limite de dépôt des demandes
de participation au deuxième cycle de licences dans les eaux maritimes libanaises.

• Arrêté n° 3 du 3 avril 2020 : Report de la date limite de soumission des demandes


de participation au deuxième cycle de licences dans les eaux maritimes libanaises.

• Arrêté n°7 du 29 mai 2020 : la date limite de dépôt des demandes de participation
au deuxième cycle d'octroi de licences dans les eaux maritimes libanaises a été
temporairement reportée.

Nous avons conscience de l’effet de catalogue qu’offre l’énumération de ces textes.


Mais il nous est apparu nécessaire de rendre compte de cet échafaudage juridique
afin de permettre plus aisément la manière dont celui-ci fait l’objet d’un régime
juridique et politique spécifique.

B - Réflexions diverses sur le


fonctionnement de ce régime juridique
Après avoir exposé les principaux textes juridiques qui sont relatifs à l’exploration et
à l’exploitation du pétrole au Liban nous allons faire part ici de certaines réflexions
critiques du fonctionnement de l’administration pétrolière libanaise. Il s’agit de rendre
justice à ce régime juridique dont nous avons explicité la présence.

La loi sur les ressources pétrolières a été promulguée en 2010, et la Commission de


Gestion du secteur pétrolier a commencé son travail (qui était essentiellement

109
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

réglementaire) en 2012. Cette commission a adopté comme on l’a vu les textes


nécessaires.

Les deux fameux décrets qui sont ainsi relatifs à la définition des blocs et à l'élaboration
du modèle d'accord d'exploration et de production n'ont quant à eux été rendus qu'en
janvier 2017 et ceci quatre ans après leur rédaction.

Quant à la loi portant dispositions fiscales liées aux activités pétrolières, nécessaires
pour compléter le système financier pétrolier libanais, elle n'a été promulguée qu'en
octobre 2017, soit deux ans après l'élaboration du premier projet de loi98.

Ce processus a donc pris beaucoup de temps au Liban par rapport à d'autres pays de la
région : l'Égypte, par exemple, a démarré la production dans le champ gazier géant de
Zohr moins de trois ans après sa découverte.

Le secteur du pétrole et du gaz au Liban a naturellement beaucoup souffert de ces


retards qui sont en grande partie liés aux crises régionales.

Selon le journaliste Talal Selman il ne faut pas cependant sous-estimer le travail qui a
été accompli ou alors il faut que les critiques soient vraiment justes afin de ne pas
détourner l’opinion publique et nuire à l’intérêt général99.

De nombreuses lois fondamentales ont encore besoin d’être promulguées au Liban


pour consolider le fonctionnement du secteur pétrolier :

1- Loi sur la Direction de la gestion des actifs pétroliers :

Cette loi devra créer une nouvelle direction sous la tutelle du ministère des Finances.
Sa mission devra consister à assister le ministre des Finances dans la mise en place du
mandat d'investissement du fonds souverain, qui devra ensuite être approuvé à la fois

98
- Voir Al Ahkam Aldaaribye al moutaalliqa Bilanchita Alpetrlya, article sans nom d’auteur
sur le site du ministère des Finances : [Link]
99
- Talal Faysal Selman, Al-Akhbar, 26 mars 2018.
110
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

par le Cabinet et la Chambre des représentants. Conformément aux meilleures


pratiques, présentent dans le monde, l'autorisation d'investissement consiste en un
document technique qui est préparé par des experts du ministère des Finances et qui
comprend des directives générales pour le fonds souverain dans le cadre de la politique
macroéconomique au Liban.

2- Loi sur les fonds souverains :

Le fardeau de la dette du Liban est aujourd’hui devenu particulièrement élevé. Selon


les principes économiques de base, cette dette doit être remboursée avec des fonds
publics excédentaires avant de tenter d'obtenir des rendements plus élevés sur les
marchés financiers et ceci lorsque le coût de la dette est élevé100. Les problèmes
d'endettement chroniques, le manque d'investissement dans les infrastructures, la
défaillance des services publics et les déficits annuels élevés font que, au niveau de
l’industrie pétrolière, le fonds souverain déviant ne résulte pas d'un manque de liquidité
du système. Les revenus des ressources non renouvelables comme le pétrole devraient
alors être transférés vers des ressources financières renouvelables hors budget général
et préservés pour les générations futures, à condition qu'ils ne soient utilisés que dans
des conditions strictes et dans les secteurs économiques convenables et productifs.

Enfin le Liban a toujours été un pays emprunteur. Depuis longtemps des solutions ont
été proposées par des auteurs éminents101. Au Liban il est désormais nécessaire de
lancer une culture de l'épargne pour couper avec une trop longue période de dépenses
publiques.

100
- La Banque mondiale classe le Liban actuellement parmi les pays qui vivent des graves
crises exceptionnelles. Elle se dit excédée par l’irresponsabilité « délibérée » des dirigeants
libanais et dénonce un « processus d’ajustement » financier qui se fait aux dépens des plus
vulnérables100. Source : Philippe HAGE BOUTROS, L’Orient-Le Jour, 2 décembre 2020.
101
Georges Corm, al forsa aaaaal Daiaa fil Islah al Mali fi LObnan (l’occasion perdue dans la
réforne financière au Liban, Neel wa Furat, Charikat aal Matbouat lil tawzii wal Nachr, 2001,
p. 78 et s.
111
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

3- La loi sur la compagnie pétrolière nationale :

Le but de cette loi est d’organiser la gestion pétrolière en permettant à l’État une
participation supplémentaire des « droits de retour », c'est-à-dire la participation à une
part des champs pétrolifères à travers les bénéfices futurs du champ et l'imposition de
toutes les exigences matérielles pour la production à des sociétés étrangères102.

Cette loi commence par la consolidation des actifs pétroliers et gaziers du


gouvernement sous une seule entité juridique. Le projet de loi stipule clairement que
la Compagnie nationale de pétrole sera établie conformément à la loi sur les ressources
pétrolières de 2010 qui stipule qu'elle doit être établie par un décret pris en Conseil des
ministres, après avoir prouvé la viabilité commerciale et non immédiatement103.

Ainsi, à travers cette loi, les compagnies pétrolières internationales pourront connaître
de manière claire le mode approuvé pour la participation de l'État en tant
qu'investisseur, en plus de sa part dans l'accord de production.

L'objectif de ce texte est d'être transparent sur l'intention du gouvernement dans les
futurs cycles d'octroi de licences. En effet, la manière dont l'État est impliqué en tant

102
- A national oil company (NOC) is a public enterprise whose main activity is related to the
exploitation of petroleum. These emerged from the 1970s and tend to compete with the
Western supermajors, who are older and benefit from the most advanced technologies
(especially in offshore).
According to the EIA, NOCs account for 52% of global oil production and control 88% of proven
oil reserves.
Saudi Aramco, officially Saudi Arabian Oil Company, is the Saudi national hydrocarbon
company (its name is the contraction of Arabian American Oil Company). It owns almost all of
the kingdom's hydrocarbon resources and is the world's leading oil company in terms of
production. Its headquarters are in Dhahran, in the east of the country. Its main oil deposit is
Ghawar, the largest deposit in the world:
Source : [Link]
deal-with-global-investor-consortium
103
- Comme l’ont dit certains experts non-initiés.
112
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

qu'investisseur affectera la part des entreprises dans les futures opérations de


production104.

4. Enfin il convient de citer le projet de loi sur les ressources pétrolières dans les
territoires libanais : étant donné que la loi sur les ressources pétrolières de 2010 ne
couvre que les activités d'exploration et de production dans les eaux, il est clair qu'il
est nécessaire d'avoir un cadre législatif pour les activités onshore qui diffèrent par leur
nature des activités offshore.

Cette nécessité offre de mettre en relief le besoin de réglementer intégralement ces


activités dans un cadre normatif cohérent. Cette loi définirait la portée des activités à
terre, y compris le développement, la production, le déclassement, la propriété des
ressources, la méthode d'acquisition des terres, l’expropriation, la participation de
l'État, le rôle des divers organismes gouvernementaux et la manière de préserver tout
patrimoine culturel ou historique105.

104
- Pour une vue qui dépasse la question de l’importance des companies nationales ptrolières
voir Marc-Antoine Pérouse de Montclos, États et compagnies pétrolières nationales : des
acteurs du futur ou du passé, dans Politique étrangère 2016/2 (Été), pages 171 à 181.
105
- Sur les possibilités de l’extraction du pétrole dans les terres libanaises voir GHassan Chlouq et
Mostafa Mroue, Al Naft fi LObnan: al Ihyimalat wal INikasat (Le pétrole au Liban, les possibilités et les
repercussions), Revue de l’armée libanaise, juillet 2003, p. 47.

113
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

114
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Sous-section 2. Les blocages formés par les


conflits politiques et d’intérêts
Les blocages qui se présentent sont engendrés pour certains par la situation
géopolitique du Liban et par la récurrence ou la persistance de certains conflits (B).
Pour appréhender convenablement cette situation, il convient d’avoir une lecture
pertinente de la situation politique et géopolitique du Liban (A).

A- Le Liban : aperçu bref de la nature politique


du pays
Le Liban est essentiellement un pays qui exprime sa dépendance politique à
l’égard des communautés religieuses. À ce titre, le texte de référence pour la
reconnaissance officielle des communautés est un arrêté du 13 mars 1936 du
Haut-Commissaire de la République française pour la Syrie et le Liban106.

106
- Voir sur la nature du système politique libanais les livres du professeur Antoine MESSARA, très
instructifs et indispensables pour celui qui veut approfondir ses connaissances sur le Liban :
- La gouvernance d'un système consensuel (Le Liban après les amendements constitutionnels de
1990), Beyrouth, Librairie Orientale, 2003.
- Le Pacte libanais (Le message d'universalité et ses contraintes), Beyrouth, 1997, réed. 2003.
- Théorie générale du système politique libanais (Essai comparé sur les fondements et les perspectives
d'évolution d'un système consensuel de gouvernment), Paris-Cariscript, Beyrouth-Librairie Orientale
(avec le concours du Centre National des Lettres, Paris), 1994.
- Le modèle politique libanais et sa survie (Essai sur la classification et l'aménagement d'un système
consociatif), Beyrouth, Publications de l'Université Libanaise, "Section des études juridiques,
politiques et administratives", VII, 1983.
- La structure sociale du Parlement libanais, Beyrouth, Publications du Centre de Recherches de
l'Institut des Sciences Sociales, n°18, Université Libanaise, 1977.
- La religion dans une pédagogie interculturelle (Essai comparé sur le concept de laïcité en éducation
et son application aux sociétés multicommunautaires), Francfort, Deutsches Institut für Internationale
Padagogische Forschung, 1988.

115
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L'article 2 de cet arrêté dispose clairement que « la reconnaissance légale d'une


communauté à statut personnel a pour effet de donner au texte définissant son
statut force de loi et de placer ce statut et son application sous la protection de la
loi et le contrôle de l'autorité publique ».

Les communautés confessionnelles ont été consacrées par la Constitution dans


l'article 9. Ce texte va garantir ainsi aux populations, et ceci à quelque rite qu'elles
appartiennent, le respect de leur statut personnel et de leurs intérêts religieux. De
même, l'article 10 prohibe toutes les atteintes « au droit des communautés d'avoir
leurs écoles, sous réserve des prescriptions générales sur l'instruction publique
édictées par l'État ». Enfin, pour permettre l’effectivité de ces droits il est à noter
que les chefs des communautés confessionnelles peuvent saisir directement le
Conseil constitutionnel sur toutes les questions qui concernent le statut personnel,
la liberté de croyance, la liberté de culte et la liberté de l'enseignement religieux107.

Certes, cette singularité confessionnelle n’a pas de rapport direct avec le pétrole
au Liban, mais elle offre une clé de lecture pertinente dans la compréhension du
régime politique qui est inhérent à la gestion de la ressource pétrolière et ceci dès
qu’il s’agit de comprendre pourquoi les conflits politiques font obstacle à un bon
fonctionnement concernant cette question. Il est certainement possible
malheureusement d’étendre cette influence à l’ensemble de toutes les questions
au Liban). On est alors nécessairement amené à rechercher les causes des
dissensions libanaises et de revenir à cette question communautaire.

On verra que le retard survenu au Liban pour l’adoption du décret relatif à la


distribution géographique des blocs est lié à cette question confessionnelle.

107
- Voir sur ce sujet Faiza TOBICH, Les statuts personnelts dans le monde arabe : de l’éclatement à
l’harmonisation, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2015.
116
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Comme le dit Mme Élisabeth Picard « Une communauté ... est plus qu'une
adhésion à une foi, c'est un cadre social, politique, voire économique. »108

La question confessionnelle au Liban a une histoire.

Le Liban adhère le 7 avril 1945 à la Ligue arabe et s'oppose avec l'ensemble des
pays de la région à la naissance d'Israël en 1948. Cet accord reposait sur un
échange : les sunnites concédaient l'indépendance du Liban en contrepartie de la
reconnaissance par les maronites de l'arabité du Pays du Cèdre. Le Liban repose
ainsi sur un « foedus », un « pacte », qui était l'expression d'un compromis
communautaire, d'un modus vivendi, d'un « mode de vie collective »109.

Avec les Accords de « +Taëf » de 1989 on a ensuite essayé de créer un certain


équilibre entre les chrétiens et les musulmans.

Le « Document d'entente nationale »110 qui a été ratifié dans la ville saoudienne
de Taëf par les députés libanais en novembre 1989 a ainsi pour origine un plan en
sept points qui avait été élaboré par un comité tripartite arabe réunissant l'Algérie,
le Maroc et l'Arabie Saoudite .

L'accord de Taëf qui était défini comme « le pacte de la coexistence »,


préconisait : la fin des hostilités, une nouvelle formule de partage du pouvoir, le
retrait des troupes syriennes et ceci jusqu'à la Bekaa et l'élection d'un nouveau
président.

- Voir Elizabeth Picard, “Lebanon, The Demobilization of the Lebanese Militias”, Centre for
108

Lebanese Studies, 59 Observatory Street, Oxford OX2 6EP. Voir son point de vue sur les
communautés libanaises.
109
- Voir l’excellent travail de synthèse Quel avenir pour le Liban“? fait Par la Commission des
lois - rapport 111 - 1996 / 1997 du Sénat français: Jacques Larché, Pierre Fauchon, Charles
Jolibois, Michel Rufin et Jacques Mahéas.
110
- Wathiqat aal Ittifaq al WAtani ‫وثيقة االتفاق الوطني‬
117
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L'accord de Taëf préconisait également le retour à l'État de droit en présentant le


Liban comme une « République démocratique parlementaire fondée sur le
principe du respect des libertés publiques et en premier lieu de la liberté d'opinion
et de croyance ». Le libéralisme politique trouvait un prolongement dans le
domaine économique, puisque l'accord de Taëf réaffirmait avec force que le
système économique devait être libéral et devait garantir comme telles l'initiative
individuelle et la propriété privée.

Le schéma que nous venons d’exposer fait du Liban un pays de divisions qui
connaît des équilibres très fragiles. Au moindre problème c’est ainsi toute la
stabilité du pays qui est mise en cause. Pour ce qui nous concerne et au niveau de
la question du pétrole et des décrets qui devaient être pris nous assistons au même
blocage engendré par les divisions confessionnelles ainsi que par les divisions
ayant comme origine les intérêts étroits et égoïstes des hommes politiques111.

B- Équilibre fragile en raison du


confessionnalisme
Depuis novembre 2013, le processus a été suspendu.

Les 46 compagnies préqualifiées, dont de grands noms de l’industrie


internationale, n'étaient pas en mesure de présenter leurs offres tant que deux des
décrets-clés n'avaient pas été adoptés en Conseil des ministres.

Il s'agit d'un décret définissant les coordonnées de dix blocs de concession dans
la zone économique exclusive (ZEE) du Liban et d'un décret précisant les

111
- À l’Ecole supérieure des affaires (Liban), Stéphane ATTALI, directeur de cette Ecole a dit
« si le sujet suscite beaucoup de débats et fait couler beaucoup d'encre, le dossier du pétrole
n’avance pas. Source : Sybille RIZK, Orient le Jour, 09/06/2015
118
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

modalités du contrat d'exploration et de production (EPA en anglais) devant lier


l'État aux sociétés concessionnaires.

Un projet de loi sur la fiscalité du pétrole a parallèlement été élaboré afin de


compléter l'arsenal légal et réglementaire dont le coup d'envoi a été donné en 2010
avec la loi-cadre sur l'exploration et l'exploitation du pétrole offshore instaurant
notamment une Autorité de l'énergie.

Le ministre de tutelle de l’époque Arthur Nazarian a expliqué que « les deux décrets
sont prêts, ils ont fait l'objet de discussions approfondies en commission
interministérielle et avec les compagnies internationales. Le ministère de l'Énergie
et de l'eau, et l'Autorité de l'énergie ont fait ce qui relève de leur responsabilité. La
décision de les inscrire à l'ordre du jour du Conseil des ministres relève du Premier
ministre ». Ces propos en disent long : le blocage est manifestement ailleurs, et
notamment dans les conflits confessionnels.

Certains auteurs au lieu de parler de confessionnalisme emploient le terme de


factionnalisme afin de placer sous cette appellation tous les qualificatifs qui se
rapportent à la division au Liban : c’est ce que fait, par exemple, Ziad Hafez pour qui
« Le Liban est bel et bien un État de factions qui en fragilisent l’existence. Le
factionnalisme (en arabe fi’awiyya) a plusieurs formes telles que le communautarisme
(ta’ifiyya), le confessionnalisme (madhabiyya), le tribalisme (kabaliyya), le clanisme
(‘asha’iriyya), le régionalisme (manatikiyya) et le corporatisme (comme dans la caste
des militaires), qui peuvent se manifester séparément, partiellement ou
conjointement »112. Ainsi le système politique libanais serait conçu au Liban selon les
divers paramètres du factionnalisme, qui est bien l’antithèse de la démocratie : en ce

112
- Ziad Hafez, « La rente et le confessionnalisme au Liban »,Erreur ! Signet non défini.
dans Confluences Méditerranée 2009/3 (N°70), pages 89 à 103.

119
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

sens, on constate que tout gouvernement qui est basé sur le factionnalisme ne peut
qu’engendrer la déstabilisation, les conflits permanents, la violence et le mal-
développement. La question du pétrole malheureusement ne semble pas échapper à la
règle.

Il est également à noter dans la logique de cette communautarisation qu’existe une


subordination des droits individuels à ceux de la communauté. Cette situation va
affaiblir les libertés individuelles et va limiter la responsabilisation et la possibilité de
demander des comptes à la puissance publique.

Il semble impossible de chercher au Liban actuellement qui est responsable du retard


de la mise en oeuvre des règlements nécessaires pour démarrer le chantier pétrolier !

Si vous désignez tel responsable maronite, c’est toute la communauté maronite, y


compris le grand patriarche qui s’opposera à cette désignation. De même si c’est un
chiite c’est tout le Hezbollah et le Mouvement Amal qui vont se révolter.

On peut même citer l’explosion horrible du port de Beyrouth du 4 août 2020.


L’ambassadrice de La France n’a pas ménagé ses mots lorsqu’elle a dit au Premier
ministre démissionnaire (juillet 2021) Hasan Diab que la responsabilité de ce qui se
passe chez vous n’incombe pas, comme vous le dites toujours, aux « autres », c’est
chez vous qu’il faut chercher les causes113.

Les libertés individuelles sont ainsi prises en otage par les chefs confessionnels114.

113
- [Link]
hassan-diab.N1120014
114
- Georges CORM, Une Introduction au Liban et aux Libanais, en arabe, (Beyrouth, Dar El Jadid, 1996),
p. 130.

120
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Sur la base de ce triste constat, il est possible de conclure que la Constitution actuelle
qui est issue des accords de Taëf est foncièrement antidémocratique, car le partage des
pouvoirs est essentiellement confessionnel115.

C’est en ce sens que toutes les sources s’accordent pour énoncer que le retard des
deux décrets exprime des blocages qui sont d'ordre « politique ».

Certains analystes ont un temps évoqué la chute des cours du brut comme un facteur
aggravant de ce retard. Un motif qui a toutefois été balayé par plusieurs experts. Pour
ceux-ci c'est au contraire en période d'atonie du marché que le forage est
particulièrement indiqué, car il serait à ce moment moins coûteux.

Quel que soit le niveau des cours, la demande sera en tout cas très forte : « Elle va
doubler d'ici à 2040-2050 et les hydrocarbures continueront de jouer un rôle
prépondérant dans le mix énergétique116».

Stratégiquement, le Liban bénéficie d'une situation géographique intéressante. Il est


aux portes de l'Union européenne, alors que celle-ci souhaite à terme réduire sa
dépendance envers le gaz russe.

Nous partageons l’avis d’autres observateurs qui préfèrent attribuer la paralysie sur
le dossier du gaz offshore aux mêmes raisons que celles qui entravent la quasi-
totalité des problèmes du pays : à savoir des considérations d’appartenance
confessionnelle.

115
- Farid EL KHAZEN, The Breakdown of the Lebanese State, (Cambridge, Harvard University Press,
2000). L’auteur propose la décentralisation de l’État pour accommoder la « décentralisation
confessionnelle » déjà en place.
116
- Déclaration de Mounir BOUAZIZ, du groupe Shell. Cité par Sybille RIZK, op. cit.
121
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Plus prosaïquement, la classe politique serait ainsi en train de se disputer la peau de


l'ours avant de l'avoir tué, comme le dénonce M. Fouad Jawad, fondateur de
PetroServ International.

Selon Fouad Makhzoumi c'est l'économie qui fait avancer la politique. Cependant,
chez nous, les politiques utilisent l'économie pour leurs intérêts particuliers »117.

117
- Le Commerce du Levant. 10-10-2013.
122
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

TITRE DEUXIEME :
TEXTES JURIDIQUES LIBANAIS
ANALYSE, CRITIQUES ET PROBLÉMATIQUES

123
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dans ce titre qui sera consacré à l’étude des textes juridiques libanais, nous analysons
principalement de manière approfondie le texte de la « loi 132 » qui concerne les
ressources pétrolières dans les eaux marines libanaises, ainsi que l’organisation
administrative inhérente à ce régime juridique (Chapitre premier). À la suite de
l’examen de ce texte, nous nous attacherons à appréhender l’effectivité de ce texte.
Nous verrons ainsi comment des blocages et des tensions politiques se sont manifestés
au sein du gouvernement et ceci dès le début du débat sur l'exploitation des champs
offshore, ce qui a contribué à différer successivement le lancement de l'appel d'offres
prévu pour novembre 2013. Nous exposons également les objectifs législatifs qui sont
relatifs à l'adoption de la loi sur les ressources pétrolières. En effet, les autorités
libanaises insistent sur la question de la bonne gouvernance. Il faudrait, à ce titre,
mentionner le rôle de la société civile dans la prise de décision, le suivi et la
responsabilisation des autorités. Il sera question également de la Commission de
Gestion du secteur pétrolier et de son rôle, mais aussi des critiques qui ont été formulées
contre sa composition confessionnelle au lieu d’être formée selon les critères objectifs
de la compétence.
Puis nous nous attacherons à étudier le problème juridique principal souleva dans notre
thèse, à savoir l’analyse des critiques de la loi 132 de 2010 (Chapitre second). Nous
passerons alors en revue les points problématiques les plus importants aux niveaux
juridiques, théoriques et appliqués. Nous analyserons les textes et nous étudierons leur
portée et leurs effets à l’avenir. Il conviendra d’accorder une place spécifique à la
question du « trou » présent dans l’article 38 : c’est-à-dire l’étude de l’ambiguïté qui
entache ce texte et qui fait naître des conflits relatifs à la règle de boycott d’Israël, au
regard des règles propres au droit commercial libanais et à la période de l'essai de même
qu’à la production.

124
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

CHAPITRE PREMIER : LA LOI 132 SUR LES


RESSOURCES PÉTROLIÈRES DANS LES EAUX
MARINES LIBANAISES ET L’ORGANISATION
ADMINISTRATIVE

Un point central de notre thèse est formé par la loi no 132 de 2010. Nous savons que
des blocages et des tensions politiques ont retardé la prise des décrets nécessaires, ce
qui a fait différer le lancement de l'appel d'offres prévu pour novembre 2013.
Mais quels sont les objectifs législatifs qui sont spécifiquement visés par l'adoption de
la loi sur les ressources pétrolières ?
Le principal objectif réside dans le devoir d’appliquer les principes de transparence au
bénéfice du secteur pétrolier et gazier sur lequel insiste la société civile. (Section 1).
Par la suite nous analysons l’organisation administrative du secteur pétrolier. Il s’agira
d’examiner la mise en place de la Commission de Gestion du Secteur Pétrolier (CGSP),

ainsi que sa constitution, ses compétences et les conflits confessionnels suscités.

SECTION PREMIÈRE : JALONS ET PRINCIPES


DE LA LOI LIBANAISE

Ce texte essential, la loi libanaise n° 132/2010 sur les Ressources pétrolières offshore
mérite selon nous l’intégralité d’un titre avec deux chapitres. Cette loi a été adoptée
dans un contexte politique difficile et interfère avec les rapports qui existent avec Israël
(sous-section 1). Après l’étude et l’examen de ce contexte, nous exposerons et
analyserons les principes qui sont contenus dans cette loi (sous-section 2).

125
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Sous-section 1. Exposé et bref historique


Il sera nécessaire pour nous d’examiner le contexte politique délicat qui préside à
l’adoption de ce texte (A). Ce texte apparaît finalement comme la transposition de
certaines contraintes propres au conflit avec Israël (B).

A- Un contexte politique difficile


Avant d’exposer dans ce chapitre l’encadrement juridique de la question
de l’exploration du pétrole au Liban, reprenons brièvement l’historique de ce texte.

Le lancement de la phase de préqualification a ainsi débuté le 15 février 2013. Le


ministre de l’Énergie libanais avait alors annoncé le lancement de la phase de
préqualification des compagnies intéressées par l’exploration pétrolière et gazière dans
les eaux territoriales libanaises. Parmi les 38 compagnies retenues, 12 avaient été
sélectionnées afin de participer à l'appel d'offres en tant qu'opérateurs, alors que les 26
autres n’étaient éligibles qu'à participer à un consortium mené par une autre entreprise.
Les 12 candidats qualifiés pour devenir opérateurs figurent parmi les compagnies
leader du secteur dans le monde, ce qui avait été perçu comme un signe positif de
l’intérêt suscité par la prospection dans les eaux libanaises118.
Le 22 mars 2013, le gouvernement du Premier ministre Nagib Mikati démissionne
avant d’adopter les deux décrets119 qui organisent l’appel d’offres pour la première
attribution de licences d’exploration pétrolière dans les eaux territoriales libanaises.

118
- Ces compagnies sont Chevron, Exxon Mobil, Total, Repsol, Royal Dutch Shell, Eni,
Petrobras, Pretronas, etc. Toutes ces sociétés ont eu la possibilité d’acquérir les études
sismiques réalisées en 2D et 3D. Source : Nada Abdul Rahim, Christine Godart, Najwa Eid,
Flanders Investment and trade,
[Link]
119
- Le décret no 6433 du 1-10-2011 qui détermine la zone économique maritime libanaise et
le décret 7968 du 4-12-2012 qui a créé la Commission de Gestion du secteur pétrolier (CGSP).

126
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ces deux « fameux » décrets doivent clarifier les coordonnées des dix blocs de
concessions prévus dans la zone économique exclusive (ZEE) du Liban et préciser les
modalités des contrats d’exploration et de production conclus entre l’État libanais et
les concessionnaires. Le processus a alors été gelé durant une longue durée120.
Des blocages et des tensions politiques sont ainsi apparus au sein du gouvernement dès
le début du débat sur l'exploitation des champs offshore.
En conséquence, le cadre juridique indispensable au bon déroulement de l'enchère n'a
pas été pleinement finalisé, ce qui a contribué à différer le lancement de l'appel d'offres
prévu pour novembre 2013 et l'ouverture des offres.
Ainsi l'appel d'offres n'a jamais été lancé en raison des deux décrets manquants.
Ces controverses ont été développées par la CGSP dont les fonctions incluent la
supervision de l'exploitation des hydrocarbures dans la zone économique exclusive
libanaise.
À la suite de nouvelles découvertes de gisements en 2011 dans le bassin du Levant, les
relations entre le Liban et Israël se sont encore détériorées.
Cette découverte va donner naissance à un nouveau différend au niveau de leurs
frontières maritimes.
Le différend entre le Liban et Israël porte sur une partie des blocs du sud et remonte à
la décision prise par Tel Aviv en 2011 d'officialiser sa ZEE en empiétant sur environ
850 km² sur celle qui avait été déclarée un an plus tôt par Beyrouth à l'ONU et qui
totalise 22730 km²121.

120
- L’élection de Michel Aoun le 31 octobre 2016 à la présidence de la République libanaise
a mis un terme à un vide institutionnel de deux ans et demi qui a marqué une réelle avancée
pour le Hezbollah qui a apporté à Michel Aoun un soutien de poids. Voir : Agnès RICHIERI,
« La guerre de Syrie peut-elle embraser toute la région ? », Conflits, no 13, janv.-mars 2017,
p. 54-56.
121
- Le Liban et Israël, toujours officiellement en guerre, ont tenu en octobre 2020 des
discussions jugées "productives" organisées sous l'égide des Etats-Unis et de l'ONU pour
délimiter leur frontière maritime et lever les obstacles à la prospection d'hydrocarbures. Les
deux pays ont annoncé le 1er octobre 2020 le coup d'envoi de ces pourparlers qualifiés
127
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

B- Le reflet du conflit avec Israël

Les enjeux de ce conflit sont évidents. Pour Israël, il s’agit de développer une
indépendance énergétique qui lui donnerait la possibilité de peser davantage au niveau
régional. Quant au Liban, une exploitation de réserves de pétrole et de gaz lui
permettrait de réduire sa dette nationale. En mars 2017, Israël propose une loi sur ses
zones maritimes dans laquelle le pays cherche à établir sa souveraineté vis-à-vis de la
zone litigieuse avec le Liban que les deux pays revendiquent comme faisant partie de
leurs eaux territoriales122.

La situation interne au Liban n’a été débloquée qu’en juillet 2016, et ceci avec un
accord qui porte sur le dossier du pétrole conclu entre le président de la Chambre, M.
Nabih Berri et le ministre des Affaires étrangères libanais de l’époque, M. Gebran
Bassil.

d’« historiques » par Washington. Il est important de signaler que l’annonce a été faite
quelques semaines après la normalisation entre Israël et deux pays du Golfe, les Emirats
arabes unis et Bahreïn. Les critiques ont estimé qu’il s’agit d’un clin d’œil du Liban en direction
d’Israël même si le Liban insiste sur le caractère "technique" et non politique des discussions.
C’est un sujet auquel nous consacrerons une bonne place dans notre thèse. Voir L’Orient-Le
Jour, e 29 octobre 2020.

122
- Le conflit entre le Liban et Israël est d’actualité de nos jours. Des spécialistes libanais
montrent l’avantage que retirerait le Liban s’il négociait sur les 1400 km² de plus dans le tracé
des frontières. Une grande discussion est engagée actuellement en vue d’appeler à
l’amendement du décret 6433 afin d’y inclure les conclusions d’un rapport britannique qui
donne au Liban un droit sur 1400 km² de plus dans le tracé adopté et c’est un avantage
considérable pour l’exploitation future d’un champ minier frontalier. L’idée a surgi lorsque
Issam Khalifé, géographe et historien libanais de renom, a donné une conférence explicative
sur le contentieux de la délimitation de la frontière maritime entre le Liban et Israël. Source :
L’Orient-Le Jour, 6 mars 2021.

128
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Leurs divergences portaient principalement sur le lancement d’un appel d’offres pour
les 10 blocs des eaux territoriales libanaises ou d’adjudications. Il semble que
Washington ait fait pression sur le gouvernement libanais pour faire avancer le dossier.
Une formule de compromis a donc été trouvée dans l’adjudication de trois blocs Sud
(8, 9 et 10) et des deux blocs Nord.

Le 31 octobre 2016, Michel Aoun est élu Président de la République libanaise après
une vacance présidentielle de 29 mois (la situation était ainsi apaisée et pouvait
permettre un retour à la normale).

En janvier 2017, après plusieurs années de blocage du dossier, le gouvernement


d’unité nationale a adopté les deux décrets manquants indispensables au lancement de
l’appel d’offres sur l’attribution des licences d’exploration des blocs maritimes.
L’adoption des deux décrets qui manquaient pour l’appel d’offres ainsi qu’une décision
prise quant à la loi fiscale concernant le secteur des hydrocarbures a ainsi permis de
lancer les nouveaux processus d’adjudication concernant l’exploration des fonds
marins et la production d’hydrocarbures123. Conformément à l’accord trouvé en juillet
2016, ce seront donc les trois blocs Sud (8, 9 et 10), un bloc au centre et un autre au
nord qui seront exploités.

123
- Il est à noter que depuis le début on sentait le grand intérêt que portaient les Américains,
les Européens et les Asiatiques au pétrole et gaz libanais. Ceci est indiqué par les noms des
grandes entreprises qui se sont précipitées pour aborder ce marché, en particulier les
entreprises américaines de haut rang. C’est pourquoi malgré la démission du gouvernement
à cette époque le train a continué sa marche. Car on avait jugé que tout gel des étapes menant
au début des investissements dans les champs de gaz et de pétrole affectera négativement
la réputation du Liban et ses institutions, et renversera tous les efforts qui ont été construits
jusqu'à présent. Source : Hyam al Ossaife, Al Akhbar, 25 mars 2014.
129
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ces blocs d’exploitation 8, 9 et 10 présentent une géologie particulièrement


intéressante en ce que des sédiments de plusieurs origines s’y sont accumulé, ce qui
augmente la probabilité d’y trouver des réservoirs d’hydrocarbures124.
Nous reviendrons sur les détails relatifs à cette évolution. Disons dès maintenant que
l’absence de découverte de réservoir de gaz commercialisable dans le bloc 4 des eaux
libanaises, annoncée en mai 2020125 par la compagnie française Total et ses partenaires,
constitue un coup dur pour le Liban, surtout durant cette période de crise économique
et sanitaire (Covid-19) inédite.

Sous-section 2. Les principes établis par la loi


sur les ressources pétrolières dans les eaux
maritimes libanaises
Dès lors que l’on analyse avec précision la loi sur les ressources pétrolières, il est
nécessaire d’examiner les objectifs adoptés par ce cadre législatif (A). Il sera également
essentiel de mesurer l’effectivité du respect de ces divers principes (B).

124
- Résumé du calendrier du premier cycle d’attribution des
licences d’exploration :
- 2 février-31 mars 2017: cycle de pré-qualification.
- 13 avril 2017: publication de la liste des sociétés pré-qualifiées.
- 15 septembre 2017: date limite pour passer des offres.
- 22 septembre 2017: publication de la liste des candidats par bloc.
- 16 octobre 2017: évaluation des offres par la CGSP.
- 15 novembre 2017: signature des accords pour l’exploration et la production (EPA –
Exploration and production management).
Source: Nada Abdul Rahim, Christine Godart, Najwa Eid, Flanders Investment and trade, op.
cit.
125
- L’Orient-Le Jour, 28 mai 2020.
130
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

A- Les objectifs législatifs pour l'adoption de


la loi sur les ressources pétrolières

Divers objectifs peuvent être trouvés dans la loi sur les ressources pétrolières. Il s’agit
tout d’abord d’objectifs classiques (1). Ces objectifs pour être assurés impliquent une
gouvernance spécifique (2).

1-Des objectifs classiques


Cette loi126 s’applique aux activités pétrolières dans les eaux territoriales et les eaux de
la zone économique exclusive (ZEE), elle est relative aux hydrocarbures et implique
que ces activités soient soumises à l'autorité juridictionnelle de la République libanaise.
Elle réglemente le premier processus d'arpentage, les droits pétroliers exclusifs et
l'accord d'exploration et de production entre l'État libanais et les ayants droit. Selon
cette loi, l'État libanais maintient le droit d'établir et de participer aux activités
pétrolières, et de placer les produits résultant de ces activités dans un fonds souverain.

La loi a établi certaines lignes directrices qui lient le gouvernement lors de la mise en
œuvre des projets d'extraction pétrolière. Les objectifs que l’État libanais souhaite
atteindre avec l'adoption de cette loi peuvent être résumés de la manière suivante127 :

- La propriété du pétrole et du gaz au Liban est pour tout le peuple libanais.


- Le contrôle du pétrole et du gaz doit être fait de manière à assurer une
distribution équitable des ressources à la population.

126
- Loi no132, 23-8-2010 sur Ressources pétrolières dans les eaux marines, Qanoun al
Mawared al Ma’ya.
127
- Nous avons trouvé important de citer toutes ces règles et précautions que nous avons
traduites de manière littérale pour transmettre l’exact esprit du législateur.
131
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

- Il faut assurer la participation du gouvernement à la gestion et au développement


des ressources pétrolières afin de préserver l'intérêt national à tout stade des
opérations pétrolières.
- Il faut adopter des politiques stratégiques pour l'organisation et le
développement de l'industrie pétrolière et gazière, afin d’apporter le plus grand
bénéfice au peuple libanais.
- Il convient d’atteindre le plus haut niveau de croissance sur le plan des réserves
et de la production.
- De maximiser les ressources financières grâce à un investissement optimal de la
richesse pétrolière et gazière et à sa préservation à travers des techniques
économiques solides et valorisantes.
- Il convient également d’assurer le transfert de technologie et la formation
perfectionnée des travailleurs libanais dans cette industrie.
- Il convient de permettre l'utilisation optimale de l'infrastructure, ainsi que son
développement et la protection de l'environnement.
- Il convient de permettre de développer le secteur privé libanais pour qu'il soit
efficace, qualifié et capable de contribuer d'une manière satisfaisante aux
opérations pétrolières.
- Il faut assurer le professionnalisme et la pleine compétence technique et
économique des titulaires de licence et des concessionnaires du secteur privé.
- Il sera nécessaire de mettre en place un système moderne et avancé de gestion
des opérations pétrolières au Liban, y compris la mise en place de stratégies,
politiques et plans à long, moyen et court terme.
- Il sera également nécessaire de consolider les bases de la coopération entre les
ministères concernés et entre eux et les organismes régionaux.
- Il faudra mettre en œuvre les opérations pétrolières au Liban sur la base des
dernières technologies et de l'économie de marché.

132
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

- Il conviendra enfin de mettre en place un échange d'expertise entre le secteur


pétrolier libanais et l'industrie pétrolière mondiale.

Le contexte de mise en œuvre de ces principes et de celui de l'absence jusqu'à présent


au Liban d'une compagnie pétrolière nationale et le besoin corrélatif qui se manifeste
parfois de créer une telle compagnie révèlent en grande partie l'absence d'une politique
énergétique libanaise nationale claire (ainsi que la faiblesse du pouvoir politique face
à certains intérêts privés).

Au Liban, les arguments généralement soulevés contre la mise en place rapide de la


compagnie nationale reflètent des préoccupations douteuses ainsi que des rivalités
entre clans et communautés religieuses. Ces arguments révèlent également
l'insuffisance des cadres nationaux ou des ressources financières, etc. Un ultime
argument régulièrement cité réside en ce que la loi pétrolière de 2010 (dans son article
6) stipule que la création d'une telle compagnie sera envisagée seulement quand le
pétrole et le gaz seront découverts en quantités commerciales128.

2- Nécessité de la gouvernance

128
- Ceux qui avancent de tels arguments semblent oublier que la plupart des Compagnies
pétrolières nationales du monde ne sont pas seulement de vulgaires revendeurs ou
distributeurs de produits pétroliers. Il est clair que leur domaine de travail ne se limite pas à
l'exploration / production, mais s'étend plutôt de l'amont à l'aval, y compris le transport, le
raffinage, la distribution, la pétrochimie et bien d'autres activités associées. En fait, ces
compagnies sont devenues, en particulier dans les pays en développement, le véritable pilier
de l'économie nationale. Signalons que le Liban est aujourd'hui le seul pays arabe à ne pas
posséder de compagnie pétrolière nationale. Source : (avec synthèse) Nicolas Sarkis,
« Pétrole et gaz au Liban : les potentialités, les chances et les risques », Extraits d'un exposé
présenté à la Chambre de commerce franco-libanaise à Paris, le 27 juin 2016. Publication
L’Orient-Le Jour, 5 juillet 2016.
133
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La gouvernance doit permettre la présence d’une réponse pertinente aux exigences que
posent deux concepts, à savoir la transparence et la responsabilité.

Le système tenant à l’élaboration d’une articulation des acteurs ayant une part de
pouvoir se présente comme l’illustration d’une gouvernance. Celle-ci apparaît dans
toutes les politiques publiques, y compris naturellement le secteur pétrolier. M. Gabi
Daaboul, membre de la Commission de gestion du secteur pétrolier libanais (CGSP)129,
indique dans un entretien que la gestion rationnelle du secteur pétrolier se configure de
la manière suivante. Au sommet de la pyramide de ce système, on trouve le Parlement,
puis le Conseil des ministres, puis le ministre concerné, jusqu’à l’organe de direction
du secteur pétrolier.

Toutefois, il ne faudrait pas négliger dans l’analyse de cette gouvernance les acteurs
privés et le rôle de la société civile dans la prise de décision, le suivi et la
responsabilisation des autorités.

La Chambre des représentants (le parlement libanais) est ainsi le premier responsable
dès lors qu’elle exerce un contrôle sur le conseil des ministres et ceci conformément à
la Constitution. Ce contrôle va également s’opérer sur le travail du ministre de l'Énergie
et de l'Eau. Ce contrôle est exercé conformément à la loi no 132/2010 régissant la tutelle
exercée sur l'Administration pétrolière.

Il convient de noter que le député peut également adresser des questions au


gouvernement, ou une motion de censure afin d’engager la question de confiance ou
demander d’ouvrir une enquête parlementaire.

129
- Voir Zainab Srour, Troisième séance pour la lutte contre la corruption, Journal al Safir, 9
octobre 2014.

134
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Conformément à l'article 65 de la constitution libanaise, le Conseil des ministres établit


quant à lui la politique générale de l'État et ceci dans tous les domaines. Il assure la
mise en œuvre des lois, des règlements et les règles de la tutelle administrative.

Il apparaît ainsi qu’en matière de gouvernance pétrolière le Conseil des ministres vient
directement après le Parlement sur le plan des responsabilités130.

Il n'y a pas d'ambiguïté particulière quant aux pouvoirs du Conseil des ministres en
matière d'activités pétrolières.

Le législateur a donc tenu à confier les grandes décisions dans le secteur pétrolier au
Conseil des ministres qui constitue le pouvoir exécutif du pays, à commencer par la
définition de la politique générale pétrolière, le lancement des sessions d’octroi de
licences, les contrats d'exploration et de production du pétrole, la nomination et le
remplacement du concessionnaire (article 20 de la loi de 2010), l’approbation des plans
d’exploitation des sites, etc.

Le ministre de l’Énergie et de l'Eau est le responsable du secteur de l’administration


publique qui assure la gestion de cette politique au bénéfice du Conseil des ministres
dans la hiérarchie de la gouvernance sectorielle.

La loi de 2010 et le décret de 2013 ont précisé les compétences du Ministre, et ceci
notamment en matière de contrôle et de supervision des activités pétrolières. Le
ministre de l’Énergie prend alors les mesures nécessaires pour protéger la vie, la santé,
les biens et l'environnement de la pollution.

130
- D’ailleurs la loi de 2010 explicite ces compétences dans les articles 1. 12 et 19.
135
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Après le ministre de l'Énergie et de l'Eau, vient la Commission de gestion du secteur


pétrolier (CGSP)131, qui est investie d'un certain nombre de compétences132 :

- Cette commission a la charge de développer des études en termes de valorisation des


ressources pétrolières potentielles au Liban.

- Elle doit soumettre un rapport au ministre sur l'évaluation des qualifications et les
décisions des candidats à l'obtention d'un permis pour l’exploitation pétrolière.

- La commission assure la préparation des projets d'invitation à participer, des cahiers


des charges, conditions, autorisations et divers accords.

- Elle aide le ministre à négocier les accords d'exploration et de production et à


soumettre des rapports à l'issue des négociations.

- Elle assure la gestion le suivi, la supervision et le contrôle des activités pétrolières


ainsi que la mise en œuvre des licences et accords, la préparation de rapports
périodiques trimestriels à cet égard, et leur soumission au ministre pour ratification.

- Elle doit évaluer les plans de développement des sites pétroliers, de transport, d'arrêt
des activités pétrolières et suppression des installations.

- Elle gère les données sur les activités pétrolières.

- Elle assure enfin la tenue et la gestion du registre pétrolier133.

Pour conclure : on aura compris que la gouvernance du secteur pétrolier au Liban opère
sur quatre niveaux : Chambre des représentants, Conseil des ministres, ministre de

131
- En anglais LPA (Lebanese petrolium Administration).
132
- Pascale Sawma, Deuxième séance, projets de décrets d’application, Journal al Safir, 9
octobre 2014.
133
- Voir sur des développements relatifs à ces tâches l’ouvrage de Hussein al EZZI, « Les
contrats de participation dans la production », Revue de la Faculté, Université libanaise, no 12,
2018.
136
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

l'Énergie et des eaux, et la CGSP qui exerce le pouvoir de gérer, contrôler et superviser
les activités pétrolières sous la tutelle du ministre de l’Énergie.

Cependant, à cette gouvernance doit être ajoutée une cinquième autorité : celle des
citoyens libanais et de la société civile (le secteur privé, les secteurs professionnels et
les institutions académiques).

Toutes ces composantes doivent être au courant de tous les détails relatifs à la gestion
de ce secteur, et doivent jouer un rôle important dans l’avènement d’un Parlement qui
répondrait aux exigences de la société civile. En ce sens pour permettre un
fonctionnement démocratique du Parlement la gouvernance a le devoir devoir
d’associer la société civile et les citoyens au niveau de l’exercice du contrôle et de la
transparence134 de la gestion pétrolière et ceci pour lutter contre le phénomène de la
corruption135.

134
- Joseph MAALOUF (député), Colloque sur le pétrole et le gaz, Montada al Hiwar, Université
de la Sagesse, 15 mars 2016.
135
- L'Association libanaise pour la transparence (ALT), la branche nationale de Transparency
International, trace les contours d'un phénomène qui affecte tous les aspects de la vie au
Liban. Une enquête menée par ce réseau auprès de 250 petites et moyennes entreprises
privées sur «la corruption dans le secteur public en 2010 » montre l'ampleur du fléau dont le
coût annuel représenterait entre 1,25 et 1,5 milliard de dollars (entre 4 et 5% du PIB) selon
l'ONG. 65% des entreprises interrogées déclarent avoir versé des pots-de-vin afin de faciliter
ou d'accélérer les démarches administratives. De plus, 38% des entreprises ayant conclu des
contrats avec l'administration ont dû verser un pourcentage aux « managers » afin de faciliter
l'obtention de ces contrats. Le système judiciaire n’est pas épargné. Le contrôle fiscal,
l'enregistrement d’entreprises, les prestations publiques essentielles telles que l’électricité,
l’eau, le téléphone… donnent lieu au versement de pots de vins. Dans 30% des cas, un pot
de vin est indispensable uniquement pour que le dossier puisse suivre son cheminement
normal au sein de l’administration. Le secteur privé tout en se plaignant de la corruption du
secteur public et son effet néfaste sur les affaires ne fait rien contre ce phénomène. Source :
Nadine ABDALLAH, Revue Libre Afrique,
[Link]
♦ Le soulèvement sans précédent qui a eu lieu au Liban le 17 octobre 2019 est essentiellement
un mouvement de révolte contre le phénomène de la corruption : routes bloquées, barricades
de pneus en flammes… Les protestataires se sont révoltés contre une élite politique qu'ils
accusent d'avoir pillé le pays, alors que le Liban se rapproche de l'effondrement économique.
C’est la conséquence principale d'une « mauvaise gestion du gouvernement », selon Sami
NADER, directeur du groupe de réflexion Levant Institute for Strategic Affaires, interrogé par
137
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

À l’heure actuelle, la participation de l’État aux activités pétrolières se résume à être


essentiellement partie au contrat d'exploration et de production, dans lequel il partage
la production avec les compagnies pétrolières en ayant sa part dans la collecte des
redevances et des impôts.

Si la loi actuelle de 2010 n'autorise pas la création d'une compagnie pétrolière


nationale, en attendant les résultats de l’exploration, il faudrait affirmer d’ores et déjà
la nécessité de créer cette importante institution.

Au sujet de la corruption et de la nécessité de transparence, il apparaît que la loi


libanaise no 84 qui porte sur la transparence du 10-10-2018 admet dorénavant la
création d’associations ayant pour but de soutenir la transparence dans le secteur
pétrolier notamment. Ce texte devrait ainsi permettre de favoriser le développement de
deux principes) :

- L’amélioration de la transparence et la lutte contre la corruption dans le secteur


pétrolier.
- La vérification du degré de conformité des autorités concernées aux normes en
vigueur visant cette lutte contre la corruption.
-

B- Le devoir d’appliquer les principes de


transparence dans le secteur pétrolier et
gazier

l'AFP. Source : [Link]


manifestations-taxes-corruption-dollar-penurie-chomage-pauvrete

138
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Le ministère libanais de l'Énergie et de l'Eau ainsi que la Commission de gestion du


secteur pétrolier ont intégré les concepts mondiaux de transparence.

En ce sens, les deux décrets d’application de la loi de 2010 comprennent des


dispositions spéciales relatives à la transparence. Ces dispositions s’imposent au
président et aux membres de la CGSP qui doivent déclarer à l’avance leurs biens et
possessions et s'abstenir de travailler avec les compagnies pétrolières pendant une
période de deux ans après la résiliation de leur adhésion à la Commission.

Ils ne doivent de même accepter aucune offre ou avantage de toute nature, car ceci
serait naturellement interprété comme une pratique illégale ou corrompue, de manière
directe ou indirecte.

De même seront illégaux les actes qui seraient non conformes aux lois en vigueur dans
le pays de la société étrangère136, et ceci conformément aux lois et textes juridiques du
pays (comme la Convention sur la lutte contre la corruption d'agents publics étrangers
dans les transactions commerciales internationales signée à Paris le 17 octobre 1997
ou la convention de l’ONU, UNCAC ratifiée par le Liban le 16 octobre 2008).

Concernant cette première convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption, il


apparaît que celle-ci a pour objet d’établir des normes juridiquement contraignantes.
Elle tend ainsi à ériger en infraction pénale la corruption d'agents publics étrangers
dans le cadre de transactions commerciales internationales. Elle prévoit également un
certain nombre de mesures afin de permettre la mise en œuvre effective de ses
dispositions.

C'est le premier et le seul outil international de lutte contre la corruption qui vise à
«offrir» des pots-de-vin à des agents publics étrangers.

136
- Les lois françaises pour la compagnie Total par exemple.
139
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

S’agissant ensuite de la convention de l’ONU « La Convention des Nations Unies


contre la corruption137 » elle se présente comme le seul instrument universel de lutte
contre la corruption juridiquement contraignant. L'approche ambitieuse de cette
Convention et le caractère obligatoire de nombre de ses dispositions, en fait un outil
unique susceptible d’élaborer une réponse globale à un problème mondial.

La grande majorité des États membres des Nations Unies sont partis à cette Convention
qui a été adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 31 octobre 2003, par
la résolution 58/4 et qui est entrée en vigueur le 14 décembre 2005, conformément au
paragraphe 1 de l'article 68138.

137
- La Convention couvre cinq domaines principaux : les mesures préventives, la
criminalisation et l'application de la loi, la coopération internationale, le recouvrement d'avoirs
et l'assistance technique et l'échange d'informations. Le champ est donc vaste devant le Liban
qui a signé cette convention. La Convention couvre de nombreuses formes de corruption, tel
le trafic d'influence, l'abus de fonctions et divers actes de corruption dans le secteur privé.
N’oublions pas de signaler l’importante Coalition UNCAC qui est un réseau mondial de plus
de 350 organisations de la société civile (OSC) dans plus de 100 pays, engagées à promouvoir
la ratification, l’application et le suivi de la Convention des Nations unies contre la corruption
(CNUCC). [Link]
[Link]
138
- Nous lisons dans le préambule de cette Convention des supports significatifs :
Considérant que la corruption est un phénomène répandu dans les transactions commerciales
internationales, y compris dans le domaine des échanges et de l’investissement, qui suscite
de graves préoccupations morales et politiques, affecte la bonne gestion des affaires
publiques et le développement économique et fausse les conditions internationales de
concurrence ;
Considérant que la responsabilité de la lutte contre la corruption dans le cadre de transactions
commerciales internationales incombe à tous les pays (…).
Et sur « L’infraction de corruption d’agents publics étrangers » notons que ce texte incite
chaque partie à prendre les mesures nécessaires pour que constitue une infraction pénale en
vertu de sa loi le fait intentionnel, pour toute personne, d’offrir, de promettre ou d’octroyer un
avantage indu pécuniaire ou autre, directement ou par des intermédiaires, à un agent public
étranger, à son profit ou au profit d’un tiers, pour que cet agent agisse ou s’abstienne d’agir
dans l’exécution de fonctions officielles, en vue d’obtenir ou conserver un marché ou un autre
avantage indu dans le commerce international (…). Source : [Link]
corruption/ConvCombatBribery_FR.pdf

140
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dans la loi libanaise, l’agent public qui est visé est toute personne qui occupe un poste
législatif, administratif ou judiciaire, ou qui est employé par un organisme public, une
institution publique ou une organisation internationale publique, un parti politique, etc.

L'article 25 de la loi de 2010 implique que le titulaire du droit (le concessionnaire) est
obligé d’informer l'Administration pétrolière libanaise de tout arrangement ou accord
relatif à des activités pétrolières pouvant avoir un impact direct ou indirect sur les
intérêts de l'État libanais (conflits d’intérêts).

Il convient de noter que l'administration pétrolière libanaise a appliqué les normes de


transparence les plus élevées et ceci conformément aux exigences du décret de 2013
pour le déroulement du processus de préqualification des sociétés étrangères en
incluant le cahier des charges prévu pour les contrats.

En outre la Commission libanaise de gestion du secteur pétrolier incite actuellement


l’État libanais afin qu’il fasse partie de l’Initiative mondiale de transparence pour les
industries EITI.

Cette initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) se présente


comme une norme mondiale pour la bonne gouvernance des ressources pétrolières,
gazières et minérales.

Ce régime cherche à résoudre les principaux problèmes de gouvernance dans les


secteurs extractifs. La Norme ITIE requiert des informations tout au long de la chaîne
de valeur de l'industrie extractive, du point d'extraction, à la manière dont les revenus
transitent par le gouvernement et à leur contribution à l'économie.

Ceci concerne la façon dont les licences et les contrats sont attribués et enregistrés,
l’identité des bénéficiaires effectifs de ces opérations, les accords fiscaux et juridiques,
le volume produit, le volume payé, les revenus alloués, les contributions à l'économie,
etc.

141
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il est exigé par la Norme ITIE (respectée par 55 pays à travers le monde en 2021) de
publier un rapport ITIE annuel afin de divulguer des informations.

La présidente actuelle du Conseil d'administration de l'ITIE est Helen Clark, qui est
l’ancienne première ministre de la Nouvelle-Zélande et une ancienne administratrice
du PNUD139.

C’est en raison de cette influence internationale que le législateur libanais a adopté la


loi libanaise sur la transparence no84 du 10-10-2018 : cette loi était attendue, car le
secteur pétrolier est un secteur particulièrement lucratif et de ce fait il aiguise les
appétits pour le gain facile d’argent (rendement rentier) à travers la corruption qui
risque d’être fortement présente.

Cette loi a détaillé les caractéristiques des ressources pétrolières afin de lutter contre
ce risque :

1- Ces ressources sont d’abord instables puisqu’affectées par les variables des prix
internationaux, ce qui se traduit par les fluctuations des prix internationaux dues
à de multiples causes, dont les événements politiques.
2- Elles sont limitées et sujettes à épuisement : ainsi les revenus générés par ces
ressources doivent être utilisés dans des investissements à long terme pour
assurer la pérennité des rendements dans une vision de développement durable
pour servir les générations futures.
3- L’immensité des rendements rend le secteur vulnérable ouvert à la cupidité et à
la corruption, notamment dans les pays en voie de développement.
4- Puisque les ressources pétrolières s’obtiennent sans trop de fatigue, alors le
risque sera grand de dilapider les rentes et d’affaiblir le sens de responsabilité.
En effet, la corruption dans le secteur pétrolier et gazier peut se produire dans

139
- "EITI Board Appoints Mark Robinson as new Executive Director". Extractive Industries
Transparency Initiative. 15 October 2018. Retrieved 5 January 2021.
142
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

toutes les étapes : depuis le lancement des appels d’offre, les multiples contrats
de sous-traitance jusqu’à l’achèvement de l'extraction et jusqu’au processus de
production. Les pots de vin peuvent être (et sont en effet) présents à petite échelle
et à une plus grande échelle : les hautes sphères de l’État. C’est pourquoi la loi
libanaise de 2010 sur les ressources pétrolières dans les eaux offshore et les lois
générales relatives à la corruption ont prévu des principes directeurs. Les
différents principes directeurs sont alors les suivants :

a- L’augmentation du niveau de transparence dans toutes les transactions afin


de permettre un suivi à tous les niveaux administratif, législatif et de la
société civile.
b- La mise en place des contrôles de surveillance à tous les niveaux,
administratif et législatif, et de la société civile.
c- L’adoption d’une saine gestion du contrôle financier.

Notons enfin que si l’État libanais n’applique pas les normes de la transparence que
nous venons d’évoquer il sera exposé aux scandales, voire à la faillite.

Actuellement le Liban est dans le collimateur des autorités internationales. Des


sanctions se préparent en France contre des personnalités politiques libanaises. Les
Libanais ont ainsi tout intérêt à ce que le travail futur pétrolier soit sain, propre et
éloigné de toute corruption.

SECTION DEUXIEME : ORGANISATION


ADMINISTRATIVE DU SECTEUR PÉTROLIER
La détermination de la zone économique (ZEE) pose de multiples problèmes (sous-
section 1) de même que les contrats avec les concessionnaires qui doivent contenir des
cahiers de charges gagnant le consensus des deux parties, ainsi qu’un accord sur
l’évaluation des prix (sous-section 2).

143
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Sous-section 1. La détermination de la zone


économique
Dans le cadre de la détermination de la ZEE il est impératif de s’attacher à l’examen
du régime juridique qui s’impose au Liban (A) avant d’étudier l’influence des
conventions internationales (B).

A- L’encadrement juridique de la zone


économique exclusive
En 2021 nous attendons encore la publication de tous les autres décrets d'application
qui sont nécessaires à la mise en marche du secteur pétrolier. Ces décrets doivent établir
les cahiers des charges, les conditions de validité des contrats, les redevances et les
prestations de l’Etat libanais, le cadre juridique qui régit le secteur pétrolier, le
lancement des premières licences pour les entreprises étrangères participantes, etc.

Nous avons en tout 13 décrets. Les premiers décrets nécessaires ont cependant été
adoptés : a été adopté ainsi le décret no 10289 du 30-4-2013 visant à dresser les
règlements et normes des activités pétrolières. Afin d'achever la construction de la
pyramide d'ingénierie des activités pétrolières, fut également publié un décret no 1177
du 30-4-2017 visant à amender quelques articles du décret 10289 (suppression de
l’article 79 et amendement des deux articles 80 et 81).

Ces textes doivent être articulés avec les éléments qui offrent de délimiter la zone
économique exclusive au Liban.

Le 1er octobre 2011, le décret n° 6433 (définissant les limites de la zone économique
exclusive libanaise) est publié140. Ce décret définissait la zone économique exclusive
dans son premier article comme la zone qui « se situe au-delà de la mer territoriale et
englobe toute la zone contiguë s'étendant vers la haute mer courbe à partir de la ligne

140
- Au Journal officiel - n ° 47 du 13 octobre 2011.
144
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

de base et selon les dispositions de la Convention des Nations Unies sur le droit de la
mer ».

Dans ce décret, la zone économique exclusive de la République libanaise a été définie


selon les règlements des coordonnées des points maritimes attachés au décret, des côtés
sud, ouest et nord.

Le décret prévoyait la possibilité de revoir et d'améliorer les limites de la zone


économique exclusive, et en conséquence de modifier la réglementation de ses
coordonnées lorsque des données plus précises sont disponibles et en fonction des
besoins à la lumière des négociations avec les pays voisins concernés141.

Comme c'est souvent le cas dans cette région du monde, les rivalités géostratégiques
sont un enjeu majeur.

En fait, six pays partagent l'exclusivité économique des eaux de la Méditerranée


orientale : la Turquie, la Syrie, le Liban, Israël, l'Égypte et Chypre.

En outre existe le problème inhérent à la bande de Gaza. Cet espace territorial, bien
que non reconnu comme un État par les Nations Unies a été cependant désigné comme
bénéficiant d’une zone maritime économique exclusive.

En vertu du droit international, chaque pays a sa propre part économique dans un


secteur maritime s'étendant jusqu'à 200 milles marins (soit environ 370 km) de littoral.

Une « zone économique exclusive142 » doit ainsi être comprise comme une zone
maritime sur laquelle un État côtier exerce des droits souverains en matière
d'exploration et d'utilisation des ressources.

141
- Antoine MANSOUR, Président de l'Ordre des Topographes du Liban - Vice-Président de
L'Union Méditerranéenne des Géomètres.
[Link]
142
- La zone économique exclusive a été introduite dans le nouveau droit de la mer en tant
que revendication des pays en développement ; elle est généralement acceptée par les pays
145
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

B- Les conventions internationales


Selon les analyses classiques engendrées par le droit international cette zone
économique exclusive comprend les eaux intérieures (dans les baies) et les eaux
territoriales (bande Navy jusqu'à 12 miles), ainsi que les environs (encore 12 miles).

Ceci est établi en vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (dite
Convention de Montego Bay)143, qui a été signée le 10 décembre 1982 et qui clarifie le
statut juridique de la zone économique exclusive.

Cette convention stipule que : « La zone économique exclusive est une zone située au-
delà de la mer territoriale et adjacente à celle-ci, soumise au régime juridique particulier
en vertu duquel les droits et la juridiction de l'État côtier et les droits et libertés des
autres États sont gouvernés par les dispositions pertinentes de la Convention. »

En ce qui concerne les pays mentionnés plus haut, seuls le Liban, l'Égypte et Chypre
ont signé cet accord, ce qui naturellement ne facilite pas les processus de démarcation
des frontières.

développés, y compris ceux qui avaient été réservés jusque-là. La France a ainsi adopté une
loi le 16 juillet 1976 créant une zone économique le long de ses côtes pouvant s'étendre à
188 milles au-delà de la limite extérieure de la mer territoriale.
[Link]
economique-exclusive/
143
- Voir D, ALLAND, « Les représentations de l’espace en droit international public », Arch.
Phil. Droit, p. 173, 1987. Et Niki ALOUPI, « Les influences réciproques entre les statuts des
espaces maritimes et les statuts des ressources marines », Dans Annales des Mines -
Responsabilité et environnement 2013/2 (N° 70), pages 65 à 69 : Notamment sur Le système
des zones maritimes, tel que prévu par la Convention de Montego Bay, partiellement
codificatrice du droit coutumier, et qui illustre le passage d’une simple dualité entre le territorial
et l’international à une pluralité de statuts intermédiaires entre ces deux extrêmes.

146
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La démarcation de la frontière entre les régions libanaise et syrienne n'a pas conduit à
un conflit, alors que la séparation de la région libanaise de la région chypriote a conduit
à un accord entre les deux pays en 2007.

En revanche, il y a un désaccord patent qui concerne la frontière qui sépare les zones
économiques exclusives entre le Liban et les territoires occupés.

La zone économique exclusive du Liban est, en effet, contiguë à celles de la Syrie, de


Chypre et des territoires palestiniens occupés par Israël. La délimitation des zones
libanaises et syriennes n’a pas donné lieu à contentieux, tandis que celle séparant la
zone libanaise et la zone chypriote a donné lieu à un accord entre les deux pays en
2007.

Il en ressort donc une controverse quant au tracé de la limite séparant les zones
économiques exclusives entre le Liban et les territoires occupés. En effet, le
gouvernement libanais, qui était signataire de la Convention sur la mer, a adressé en
2010 au Secrétariat général des Nations Unies les coordonnées de sa frontière maritime
sud.

Conformément à cette adresse, la ligne part du « point 1B», que le Liban adopte pour
sa frontière terrestre SUD, selon l'accord d'armistice de 1949, et arrive en mer à un
«point 23», pointe frontalière tripartite entre les 3 pays concernés.

Lorsqu’Israël notifie à son tour l'ONU de son tracé, le différend est constitué : en mer,
le point frontalier tripartite choisi est le « point 1 », qui est situé 17 km plus au nord
que le « point 23 », ce qui engendre un empiétement de 866 km2.

Il est à noter u’Israël n’ayant pas signé la convention de Montego Bay, et le Liban ne
reconnaissant pas l’Etat d’Israël, les mécanismes de résolution de conflit (le Tribunal
de la mer) ne sont pas applicables entre les deux parties. Une tentative d’arbitrage sous
l’égide des États-Unis a cependant été initiée par la suite, mais sans succès.

147
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Sous-section 2. Les normes juridiques des


activités pétrolières
Différentes normes régissent les activités pétrolières. Il est possible de trouver celles-
ci dans le cahier des charges relatif aux différentes concessions (A). Il sera cependant
nécessaire de préciser différentes notions qui se trouvent présentes dans ce texte (B).

A- Le cahier des charges relatif aux


concessions des blocs
Le décret 10289 du 30-4-2013 permet d’établir les règles relatives aux activités
pétrolières, et ceci à tous les stades des activités pétrolières : relatives à l'exploration,
à la production et au développement de l’industrie pétrolière, à l'arrêt définitif de
l'exploitation, à l’évaluation du prix du pétrole (estimation de la valeur du pétrole), la
dépréciation, ainsi qu’à la suppression des installations pétrolières.

Ce décret incluait, également, le processus d'évaluation du pétrole brut et l’estimation


de la valeur du pétrole (autre que le pétrole brut).

Il permet également l’adoption d’un cahier des charges qui fixe les conditions de
participation aux cycles des licences. Il est à préciser que toutes les clauses incluses
doivent être respectées de la part des sociétés préqualifiées et ceci conformément au
décret 9882 du 15-2-2013.

Un modèle d'accord d'exploration et de production a été approuvé, qui doit être signé
entre l'État libanais et les ayants droit sur chacun des blocs sur lesquels un droit
pétrolier exclusif est accordé.

On trouve avec ce modèle différentes annexes : parmi celles-ci se trouvent un cahier


des charges faisant partie du contrat d'exploration et de production, une carte et des
coordonnées géographiques, des procédures comptables et fiscales précises, un
148
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

formulaire de garantie de la société mère, un formulaire d’approbation des conditions


de travail, le modèle de cautionnement solidaire entre les actionnaires.

Toutes les dispositions de l’accord d’exploration et de production doivent recevoir


application immédiate dès la signature de l’Accord entre l'État libanais et les ayants
droit.

B- L’évaluation de la valeur du pétrole et la


nature des contrats
Différentes précisions doivent être apportées qui concernent non seulement la valeur

du pétrole, mais également la nature spécifique des contrats qui sont en cause.

1- L’évaluation
Les règles pétrolières imposent, en premier lieu, des différences et des modalités
spécifiques dans l’évaluation de chaque type de pétrole brut :

Et ceci en cas de vente de pétrole brut à des entités qui ne font pas partie des entreprises
associées au prix moyen du Baril pondéré (livraison pour chaque niveau d'exportation
de pétrole brut avec un prix « livraison à bord » -FOB-)144.

144
- L'incoterm FOB, uniquement applicable au transport maritime, désigne l'achat ou la vente d'une
marchandise sans les frais de transports et autres frais d'assurance. FOB signifie Free on board,
c'est à dire en français "sans frais à bord" ou franco à bord (FAB). Il s'agit d'un Incoterm, à savoir
un terme se rapportant à l'ensemble des droits et devoirs dans le cadre de négociations
internationales. Il désigne les accords commerciaux suivant lesquels le prix d'une marchandise
exclut ses frais de transport. [Link]

149
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

♦ Dans le cas où le titulaire du droit vend du pétrole brut à des tiers sur la base de
conditions différentes de celles de la livraison à bord (FOB) il faudrait alors déduire du
prix convenu les coûts réels dépensés.

♦ En cas de vente de pétrole brut à une société associée, le prix sera convenu entre le
ministre libanais de l’Énergie et le détenteur du droit sur recommandation de la
Commission de gestion du secteur pétrolier (CGSP) en y ajoutant ces deux critères :

• Le prix mensuel moyen sera alors pondéré sur procédé FOB.

• Une prime ou une remise devra être déterminée sur le prix du pétrole brut en
fonction du mélange du Brent ou tout autre indicateur adapté au pétrole en
question.

2- Sur les différents contrats


Quant à la nature des contrats, dans l’histoire de l’industrie pétrolière, les agents
ont essentiellement privilégié trois contrats pour explorer et produire du pétrole
dans le monde : le contrat d’amodiation de pétrole et de gaz naturel (oil and gas
lease) ou bail, le contrat de concession et enfin le contrat de partage de
production145.

145
- Par exemple le contrat de partage entre l’Etat du Cameroun et la société concessionnaire
: Article 1 - Nature juridique et objet du contrat.1.1. Le présent Contrat est un Contrat de
Partage de Production au sens des articles 15 et 16 du Code Pétrolier et est régi par les
dispositions de la Législation Pétrolière. 1.2. Le présent Contrat a pour objet la Recherche et
l'Exploitation d'Hydrocarbures (…). Pendant la durée du présent contrat (…)
Source :
[Link]
0fran%C3%[Link]
150
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

D’autres contrats ont également été utilisés de façon plus marginale afin de
développer ces activités, comme le contrat de coentreprises (joint ventures), le
contrat de partage des bénéfices, le contrat d’alliance stratégique, le contrat de
service146, etc. Mais aucun de ces contrats n’a eu autant de succès que les trois
premiers auprès des agents pour explorer et produire du pétrole sur le long terme
dans le monde147.

En effet, le contrat d’amodiation de pétrole et de gaz est utilisé aux États-Unis


depuis le début du XXe siècle et jusqu’à nos jours.

Le contrat de concession fut quant à lui utilisé dans tous les pays membres de
l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) jusqu’aux années 1980.

Et le contrat de partage de production prédomine désormais dans le monde des


activités d’exploration et de production de pétrole et de gaz naturel en dehors de
l’Amérique du Nord, de l’Europe occidentale et de quelques pays d’Amérique
latine et des Caraïbes.

146
- Les experts estiment que pour un grand projet d'extraction de ressources naturelles, il
faut plus de 100 contrats pour la construction, l’exploitation et le financement, qui relèvent tous
de la catégorie générale de « contrats pétroliers ». Un tel projet peut aussi impliquer plus de
100 parties prenantes, dont les suivantes :
• les gouvernements et leurs compagnies pétrolières nationales (CPN), comme Gazprom,
Petronas • les compagnies pétrolières internationales (CPI), comme BP, Exxon, Chevron,
CNOOC
• les banques privées et les bailleurs de fonds publics, comme JP Morgan, la Banque Mondiale
• Les sociétés d'ingénierie, les entreprises de forage et les opérateurs de plates-formes,
comme Halliburton, Schlumberger, Technip.
• Les sociétés de transport, de raffinage et de commerce, comme Hess, Glencore, Trafigura,
Koch Industries, etc. Parmi ces nombreux contrats, le plus important est celui conclu entre le
gouvernement et le concessionnaire. Source : [Link]
P%C3%A9troliers-%C3%A0-la-port%C3%[Link]. Visite 2-3-2020.
147
- [Link]
de-gaz-aux-etats-unis/. Visite 1-2-2020.
151
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Aucun de ces trois contrats n’est véritablement un modèle en soi, parce qu’il n’existe
pas « un » modèle de contrat pétrolier, seules existent quelques dispositions
communes à chacun d’eux telles que l’identification des parties (les agents ou les
acteurs) ainsi que les droits et les obligations réciproques dans un domaine
spécifique sur le long terme, compte tenu de la nature des activités que ces contrats
régissent148.

CHAPITRE DEUXIEME : LA LOI 132 : LES


PROBLÉMATIQUES ET LES SOLUTIONS
Plusieurs problèmes sont soulevés par la loi no132 qui porte sur les ressources
pétrolières (Section 1). Pour répondre à ces défis, nous utiliserons l’argument du
droit comparé (Section 2).

En premier lieu, la règle de boycott d'Israël. La participation à des discussions ou à


des négociations sur les questions du pétrole et gaz offshore avec l'ennemi israélien
s’impose désormais. Le travail commun avec des sociétés qui sont en rapport avec
Israël pose cependant un problème. En effet, l’article 38 de la loi 132 n’est pas clair
dès lors que son application « à la lettre » pourrait enfreindre la règle de boycott
d’Israël. En second lieu, existent aussi la question des délais et les réponses à des
commentaires.

Au regard de ces problèmes, le Liban doit tirer profit de l’expérience des autres pays
et utiliser l’argument du droit comparé.

148
- A propos des contrats de « L’Iraq Petroleum Company » et pour une vue sur l’histoire de
cette compagnie (juridique et commerciale) voir la thèse de Philippe Tristani, Université paris-
sorbonne, Histoire des relations internationales et de l’Europe, sujet « L’Iraq Petroleum
Company de 1948 à 1975 », 17 octobre 2014, notamment page 398 et s.
152
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dans notre travail nous avons ainsi jugé utile de faire une étude comparative entre
le Liban et l’Algérie au regard de l’expérience juridique algérienne (la sonatrach).

En effet, l’Algérie avait un souci majeur : celui de se préparer pour répondre aux
pressions (menaces) des pays étrangers puissants qui cherchent à ouvrir le secteur
pétrolier algérien des hydrocarbures aux grandes entreprises internationales et
surtout les entreprises américaines. Il semble ainsi important de comparer la
structure administrative choisie en Algérie, afin de juger de la pertinence de celle
adoptée au Liban. Nous verrons que cette organisation est largement différente de
celle qui a été adoptée au Liban. Il sera donc important de comparer certains articles
dans les deux lois algérienne et libanaise.

SECTION PREMIÈRE : PROBLEMES


SOULEVÉE DANS LA LOI SUR LES RESSOURCES
PÉTROLIÈRES
Plusieurs problèmes juridiques sont exprimés par cette loi. Le problème majeur réside
dans les interférences qui se manifestent avec la règle de boycott d’Israël et les conflits
résultant de l’ambiguïté de l’article 38 (sous-section 1). Il sera nécessaire de détailler
ces problèmes et d’examiner concrètement dans les relations qui vont se tisser avec les
sociétés étrangères comment se manifestent les atteintes au droit commercial libanais
et notamment à la règle de la solidarité entre les associés (sous-section 2).

Sous-section 1. Les problématiques juridiques


La problématique la plus essentielle que semble poser ce texte réside dans une
potentielle contradiction avec le boycott d’Israle (A). Il sera également nécessaire de
clarifier certaines notions inhérentes à la concession pétrolière (B).
153
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

A- La règle de boycott d'Israël


Afin de comprendre cette question, il est nécessaire de revenir sur l’examen des
principes et des textes qui élabore cette interdiction (1).

1-Principes et textes
La loi libanaise no132 de 2010 qui porte sur les ressources pétrolières constitue la base
pratique pour l'établissement du système législatif et réglementaire relatif au secteur
pétrolier au Liban.

L’industrie pétrolière devrait placer le Liban sur la carte mondiale des pays producteurs
de pétrole, et il est alors important que toutes les activités pétrolières soient conformes
aux exigences du droit international, mais aussi aux exigences du droit interne,
notamment constitutionnelles.

La loi 132 se compose de dix chapitres. Ceux-ci comportent divers principes qui sont
relatifs aux activités pétrolières.

Pour Gaby Daaboul149, celle-ci s’est donné la promesse de tout bâtir dans la légalité et
la transparence. Elle vise ainsi à centrer la politique pétrolière sur des objectifs clairs
et solides afin d’assurer une exploitation de cette richesse qui présente le plus grand
défi pour notre pays150.

Conformément à cette exigence, évoquons d’abord les termes de l’article 89 de la


constitution libanaise : « Aucune concession, ayant pour objet l’exploitation d’une
richesse naturelle du pays ou un service d’utilité publique, ni aucun monopole ne
peuvent être accordés qu’en vertu d’une loi et pour un temps limité ».

149
- Directeur de l’unité juridique à la Commission de Gestion du Secteur Pétrolier (CGSP).
150
- Georges Boustane, L’extraction du pétrole et du gaz au Liban, Annahar, 2 octobre 2013.

154
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il est alors légitime de se poser plusieurs questions : y a-t-il une contradiction entre la
loi 132 et le principe selon lequel la concession ne peut être accordée que par une loi ?
En outre est-ce que la question de la durée de la concession est respectée ? Dans quelle
mesure cette loi va-t-elle contredire la nature de la relation avec Israël ? Enfin, dans
quelle mesure cette loi est-elle en mesure de respecter le principe de la solidarité
commerciale qui est établi dans la loi sur le commerce ordinaire au Liban ?

En effet, le Liban, qui est toujours au centre du conflit israélo-arabe, n'accepte pas l'idée
de l'existence d'Israël en tant qu'entité.

Officiellement cette reconnaissance fait encore l’objet d’un véritable tabou.

Dans le travail pétrolier, le Liban sera cependant obligatoirement emmené entraîné à


participer à des discussions ou à des négociations sur les questions du pétrole et gaz
offshore avec l'ennemi israélien ou l'un des détenteurs de sa nationalité ou avec des
entreprises qui y investissent.

Pourtant, selon le Code pénal libanais il demeure interdit d’avoir des relations avec
Israël ou avec l'un de ses sujets.

Il s’agit de la loi qui a été adoptée le 23 juin 1955 sur le boycott de l’État d’Israël.

Il est à noter que cette loi reçoit, paradoxalement, au Liban, une application plus stricte
que dans beaucoup de pays arabes151.

151
- Un exemple parmi d’autres : la douane libanaise interprète de manière stricte la loi du
boycott avec Israël. Les marques faisant commerce avec Israël ont fait que presque aucun
ordinateur n’a pu être importé par le Liban durant plusieurs mois (en 2019). « La douane
libanaise a empêché l’entrée au Liban de la plupart des ordinateurs parce qu’ils contenaient
soit des composants Motorola, soit des composants Intel » (Orient-le Jour, 3-12-2019). Or ces
deux fabricants américains sont associés avec des compagnies israéliennes, au profit du
groupe français Bull.
155
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il faut savoir qu’Israël a ainsi expulsé des centaines de milliers de Palestiniens de leurs
propriétés, villes et villages et est accusée d’avoir commis ce qui est présenté comme
des massacres par certains. Il faut savoir que le boycott est un phénomène relativement
commun dans l’histoire152 et que le boycott d’Israël concerne l’intégralité du monde
arabe et se présente aujourd’hui comme relativement ancien.

Dès la fin du XIXe siècle, des leaders arabes appelèrent ainsi au refus de toute vente de
terre aux immigrants juifs et au boycott des biens produits par eux153.

Créée en 1945, la Ligue arabe appela également formellement dès le 2 décembre 1945
au boycott des marchandises (qualifiées indistinctement dans ses déclarations d'alors)
de « sionistes » ou de juives 154.

152
- Le boycott n’est pas nouveau dans l’histoire. Pour Ingrid Nyström, Patricia Vendramin
« Ostraciser, mettre à l’index, mettre au ban, excommunier, frapper d’un embargo ou encore
d’un blocus : comme le boycott, toutes ces actions ont pour but d’affaiblir un adversaire en
l’isolant socialement ou économiquement. Les origines en sont lointaines. Dès l’Antiquité, la
belle Lysistrata, dans la comédie du même nom écrite par Aristophane en 411 avant Jésus-
Christ, n’invite-t-elle pas déjà les femmes d’Athènes à faire une grève totale des relations
sexuelles avec leur mari tant qu’ils ne mettront pas fin à la guerre contre Sparte ? ». Source :
Ingrid NYSTRÖM, Patricia VENDRAMIN, Chapitre 1, « Origines et définition(s) du boycott »,
Dans Le Boycott (2015), pages 13 à 30).

153
- À l'inverse, Sir John Hope Simpson, un expert dépêché par la puissance mandataire, la
Grande-Bretagne, signalait : « le boycott... du travail arabe » (Cf. Bichara KHADER, L'Europe
et la Palestine : des Croisades à nos jours).
154
- « Les produits manufacturés juifs seront considérés comme indésirables pour les pays
arabes. ». Toutes les « institutions, organisations, commerçants, commissionnaires et
particuliers arabes étaient appelés à « refuser de vendre, distribuer ou consommer des
produits sionistes ou des produits manufacturés. ». Source: Mitchell BARD, « The Arab
Boycott », sur Jewish Virtual Library, septembre 2007. Cf. aussi : Sami HADAWI, Bitter harvest:
a modern history of Palestine, notamment p, 206.
156
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Jusqu'à la fin des années 1970, le boycott fut appliqué et respecté par tous les membres
de la Ligue arabe155. Cependant, l'Égypte va renoncer au boycott en 1980156 .

Le 30 septembre 1994, les pays du Conseil de coopération des États arabes du


Golfe ont rétréci le périmètre du boycott 157 et la Jordanie - qui maintenait des relations
commerciales depuis 1967 avec la Cisjordanie occupée - et l'Autorité palestinienne
abandonna le boycott en 1995.

Par la suite (et bien avant la vague de normalisation de 2020) l'Arabie saoudite et le
Bahreïn mirent fin à leur participation au boycott pour être en conformité tant avec les
lois des États-Unis qu'avec les règles de l'Organisation mondiale du commerce.

De nos jours le nombre des pays arabes qui continuent à appliquer le boycott d’Israël
est bien réduit, dont justement le Liban et la Syrie158.

Notons que les conflits entre les pays arabes sont profonds et que cela engendre un
impact très négatif sur la production et la commercialisation du pétrole.

En effet, le commerce a besoin d’une certaine paix afin de prospérer. Les pays arabes,
à notre avis, doivent tirer les leçons réalisées dans l’expérience des pays africains159.

155
- Ainsi des produits comme le Coca-Cola n'étaient pas distribués dans les pays arabes ; à
l'inverse, Pepsicola et MacDonald qui avaient choisi d'être présents dans les pays arabes,
n'avaient pas d'activité en Israël.
156
- Cela n'advint pas immédiatement à la signature du Traité de paix israélo-égyptien :
l'Égypte traîna les pieds et les diplomates israéliens durent multiplier les demandes. (Cf.
Ephraïm DOWEK, Vingt ans de relations égypto-israéliennes,1980-2000, Collection :
Comprendre le Moyen-Orient, Ed. L’Harmattan, 2016, p. 34.
157
- Constance A. HAMILTON, Effects of the Arab League Boycott of Israel on U. S. Businesses.
[Link]
158
- Voir l’ouvrage de Amr SAAD EDDIN, The BDS Movement: A Study of Methods, Values, and
Impact, Ed. L'Institute for Palestine Studies, 2021. L’auteur met en lumière l'expérience du
mouvement mondial pour boycotter, désinvestir et imposer des sanctions à Israël (BDS), Il
examine les circonstances de sa création et son rôle dans la résistance à l'entité sioniste
depuis sa création.
159
- En effet l’intégration dans les pays africains dénote une grande conscientisation des dirigeants,
chose qui est loin d’être réalisée dans nos pays arabes : « La souveraineté des Etats africains n’a jamais
157
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Le président des Émirats cheikh Khalifa ben Zayed Al-Nahyane a ainsi abrogé la loi
fédérale n°15 de 1972 concernant le boycott d'Israël ainsi que les sanctions y relatives.
Désormais, il sera permis de faire entrer, d'échanger et de posséder des biens et produits
israéliens de tout type aux Emirats et de les commercialiser160.

L'accord de normalisation entre Abou Dhabi et l'État hébreu, annoncé le 13 août par le
président américain Donald Trump, a été présenté comme un « coup de poignard »
dans le dos par les Palestiniens et a donc été plus ou moins bien accueilli dans les
capitales arabes.
Ainsi les Émirats sont le premier pays du Golfe et le troisième pays arabe à établir des
relations avec Israël après l'Égypte (1979) et la Jordanie (1994)161.

Quant au deuxième volet de la loi de boycott israélien, il traite spécifiquement du


boycott économique, et de son axe : L'article 5 stipule : « Il est interdit d’échanger des
marchandises et produits israéliens de toutes sortes, et de quelques autres valeurs
mobilières.

été aussi concrète que dans les cadres d’intégration communautaires. En effet, dans ces Etats qui, au
sortir de la colonisation étaient dotés de souverainetés fragiles, immatures voire même fictives, c’est
principalement à travers leurs différentes expériences d’intégration communautaires que ces
souverainetés nationales vont progressivement puiser les éléments nécessaires à leur
concrétisation ». Voir Ami COLLE SECK. Intégration et Souveraineté étatique, approche comparative
entre l’Europe et l’Afrique à travers l’UE, l’UEMOA et l’OHADA. Droit. Normandie Université, 2018.
Sous la direction de Michel BRUNO, Laboratoire LexFEIM, HAL, [Link] page
351.

160
- L’Orient- Le Jour, 29 août 2020).
161
- Signalons que le texte législatif libanais sur le boycott a un caractère catégorique et
tranchant, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de place à l'interprétation. Voici le texte : « Il est
interdit pour toute personne physique ou morale de conclure un accord, personnellement ou
par un intermédiaire, avec des organismes ou des personnes ayant rapport avec l’ennemi
israélien… ».
158
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Quant au troisième volet (ou troisième section)162 il est consacré au mécanisme de mise
en œuvre du boycott économique. Les articles 3 à 6 ainsi que la dernière section sont
spécifiquement consacrés aux sanctions qui sont imposées à ceux qui enfreignent les
dispositions de la loi de boycott.

Nous constatons que ces sanctions sont de deux types :

♦ Les sanctions imposées pour violation des dispositions de tous types. Ce sont les
alinéas 1 et 2 de l’article 7 :

« Quiconque enfreint les dispositions des articles 1 et 2 sera puni de travaux forcés
temporaires de trois à dix ans, et une amende de cinq milles à quarante mille livres
libanaises ».

♦ Le deuxième type de sanctions s’attache à celles qui affectent la violation de


l'interdiction économique et que nous trouvons dans les articles 7 à 11 de la loi de
boycott.

Nous comprenons à travers cette présentation des textes que l'expression « toute autre
transaction de quelque nature que ce soit » qui se trouve dans l’article premier de la loi
de boycott doit être comprise restrictivement. Il apparaît ainsi que cette interdiction ne
dépend pas seulement de la décision ministérielle de faire figurer la société
concessionnaire sur la liste noire, il faut en outre prouver, puisque cela concerne les
non-Israéliens, par des preuves suffisantes qu’il y a entre ces entités, personnes ou
institutions, une effective interaction avec Israël. S’agissant des citoyens israéliens,
toutes les relations économiques sont interdites, et ceci sans que cela ne nécessite de
décision préalable concernant cette interdiction.

2- Le « trou » dans l’article 38

162
- Dans la traduction littérale (al Quesm)..
159
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La question du « trou » de l’article 38 offre de comprendre que conformément à la


nature des textes juridiques ces derniers sont tributaires d’une nécessaire interprétation.
En soi un texte n’énonce rien c’est l’opérateur juridique qui va permettre de donner la
signification de la norme véhiculée par le texte. En ce sens, la signification est toujours
la construction d’un certain sens. C’est ce à quoi nous allons nous attacher maintenant
au regard de l’article 38 de cette loi.

2-1. Le contenu de l’article 38


Nous allons voir que toutes les critiques adressées à la loi et règlement libanais ont un
rapport avec un souci principal : celui qui porte sur le respect du devoir de l’Etat
libanais de maintenir sa souveraineté sur ses ressources naturelles.

À ce titre, il est à noter que l'article 38 de la loi 132 de 2010 sur les ressources
pétrolières a ouvert un espace dans le domaine du boycott.

En effet, cet article stipule :

1- Lorsqu'un réservoir s'étend à travers la ligne de délimitation d'une zone soumise à


un accord d'exploration et de production vers une autre zone, les titulaires de droits
chercheront à parvenir à un accord sur la manière coordonnée la plus efficace pour
assurer une récupération optimale du pétrole, y compris la répartition des droits entre
les titulaires de droits à Pétrole.

Ce principe s'applique également si le réservoir chevauche la ligne de délimitation du


plateau continental ou des eaux territoriales soumises à la juridiction d'un autre État.
Le même principe s'applique lorsqu'il devient clair que l’unification de plusieurs
réservoirs ou activités pétrolières conjointes serait plus efficace. Pour cela il faut une
décision du Conseil des ministres sur la base d'une proposition du ministre de l’Énergie
et l'avis de la CGSP.

160
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

2- Lorsque le réservoir s'étend au-delà de la zone de l'accord d'exploration et de


production dans une zone non soumise à une convention d'exploration et de production,
le titulaire du droit peut déposer une demande auprès du ministre afin d'étendre le
périmètre de la zone du Contrat actuel d'exploration et de production. L'extension d'une
zone conformément au présent paragraphe est soumise à l'approbation du Conseil des
ministres sur la base d'une proposition du ministre fondée sur l'avis de la CGSP.

3- Les accords de forage d'exploration doivent être soumis à l'Administration


pétrolière.

4- Les accords sur la production conjointe, le transport, l'utilisation et la cessation des


activités pétrolières doivent être soumis au Conseil des ministres, sur la base d'une
proposition du ministre basée sur l'avis de l'administration pétrolière (CGSP).

5- Si le consensus entre les titulaires de droits sur la mise en œuvre des accords de
coopération en vertu du présent article n'est pas atteint dans un délai raisonnable, le
Conseil des ministres, sur proposition du ministre et sur l'avis de l'administration
pétrolière, peut déterminer comment ces activités seront menées, y compris, si
nécessaire, la répartition des droits des titulaires de droits sur le pétrole163».

Ce texte mérite d’être interprété et de dégager différentes analyses afin de le clarifier.

2-2. Commentaire :
La première remarque permettant de clarifier la portée de ce texte est une remarque
géopolitique.

163
- Article 38 de la loi 132 sur les ressources pétrolières de 2010.
161
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Les pays avec lesquels nous partageons les frontières des eaux territoriales sont la
Syrie, Chypre et un État officiellement ennemi : Israël.

Il y a donc dans l’application de cet article une très probable atteinte à la loi sur le
boycott d’Israël.

En effet, qui dit mener des activités pétrolières conjointes dites nécessairement
collaboration, ce qui suscite des soupçons.

La rédaction du premier alinéa de l’article 38 suscite dès lors des interrogations : Avoir
des activités pétrolières communes est une opération dépendant du volume, de la
valeur, de la nature et de la géographie du droit concernés, c’est pourquoi on peut se
demander si la séparation voulue par le législateur entre les phrases ne fait pas
comprendre qu’il est possible d’avoir des activités pétrolières avec Israël sans passer
par l’accord du gouvernement, ce qui signifierait alors que dans beaucoup de cas il se
peut qu’il y ait collaboration avec des sociétés israéliennes ou qui travaillent pour Israël
sans besoin de passer par le Conseil des ministres.

Sans doute cette hypothèse serait alors constitutive d’une atteinte flagrante à la loi sur
le boycott d’Israël.

B- Concessions et délais
S’agissant maintenant des délais présents dans les contrats de concessions. Il est
important pour comprendre cette question de revenir sur la nécessaire clarification de
certaines définitions (1) puis d’examiner la période déterminée pour les essais (2).

1-Retour aux définitions

162
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Avant d’aborder le contrat pétrolier proprement dit, il nous apparaît nécessaire de


présenter rapidement les contrats qui se recoupent avec le contrat pétrolier ou au moins
avec certains types de contrats propres à cette famille juridique.

Revenons au droit français dont les définitions sont adoptées presque à la lettre par le
droit et la jurisprudence libanaise.

Le contrat de concession de services au sens du Code de la commande publique


français est un contrat ayant pour objet la gestion d’un service.

Il peut consister à concéder la gestion d’un service public. Le concessionnaire peut être
chargé de construire un ouvrage ou d’acquérir des biens nécessaires au service164.

Très proche est la notion de la « concession de services » qui est un contrat présentant
les mêmes caractéristiques qu'un marché public de services, à « l'exception du fait que
la contrepartie de la prestation des services consiste soit uniquement dans le droit
d'exploiter le service, soit dans le droit assorti d'un prix »165.

Le contrat de concession de travaux publics au sens du code de la commande publique


a pour objet :

1° Soit l’exécution, soit la conception et l’exécution de travaux dont la liste figure dans
un avis annexé au présent code ;

164
- La délégation de service public mentionnée à l’article L. 1411-1 du code général des
collectivités territoriales est une concession de services ayant pour objet un service public et
conclue par une collectivité territoriale, un établissement public local, un de leurs
groupements, ou plusieurs de ces personnes morales.
En fonction de l'objet du contrat et de son caractère onéreux ou non les contrats de mobilier
urbain peuvent être qualifiés de marchés publics, ou de convention d'occupation du domaine
public ou de contrat de concession. Revue [Link]
publics/Definitions/Entrees/Concession-travaux-publics.

165
- Idem.
163
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

2° Soit la réalisation, soit la conception et la réalisation, par quelque moyen que ce soit,
d’un ouvrage répondant aux exigences fixées par l’autorité concédante166.

Malgré ces recoupements le contrat pétrolier présente cependant des caractéristiques


qui le distinguent des autres contrats de concessions.

Il n’y a pas, en fait, une définition juridique déterminée et claire.

Les contrats pétroliers ne sont pas des contrats commerciaux internationaux purs, ils
sont conclus entre des parties étrangères ou entre une partie étrangère et un État
agissant jure gestionis.

Pour Ebtissam El Kailani-Chariat167 il s’agit d’un contrat entre une « personne morale
» qu’est une entreprise étrangère privée et une personne publique ou quasi publique
qu’est l’État ou une entreprise nationale mandatée par la loi nationale pour gérer les
ressources naturelles comprenant le pétrole (la plupart du temps appelée : la
Compagnie Nationale Pétrolière). Selon ce contrat, la partie « étrangère » du contrat
pétrolier acquiert, de manière exclusive et pendant une durée longue et déterminée, le
droit de conclure les opérations pétrolières de nature commerciale.

Ces opérations se déroulent en deux phases. La première phase est la « pré-découverte


de la production pétrolière commerciale », ce qui signifie l’ensemble des activités
d’étude, de recherche et d'exploration, jusqu'à la découverte d’une production

166
- Source : Article L. 1121-2 du code français de la commande publique (applicable à
compter du 01/04/19.
Enfin le contrat de concession de travaux publics au sens de l'ordonnance n° 2009-864 du 15
juillet 2009 est un contrat administratif dont l'objet est de faire réaliser tous travaux de bâtiment
ou de génie civil par un concessionnaire dont la rémunération consiste soit dans le droit
d'exploiter l'ouvrage, soit dans ce droit assorti d'un prix.
167
- Ebtissam EL KAILANI-CHARIAT, La stabilisation des contrats pétroliers. Droit. Université
Panthéon- Sorbonne - Paris I, 2017. Français, p. 67 et s.
164
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

pétrolière de nature commerciale168. Cette phase nécessite un transfert important de


ressources humaines, de capitaux et de savoir-faire du parti étranger à l'État hôte. La
deuxième phase commence par la découverte de la « production commerciale » et
comprend les opérations d'exportation de la production.

Pendant cette seconde phase, Ebtissam El Kailani-Chariat cite deux options : la société
étrangère possède la totalité de la production pétrolière et, en retour, elle a l’obligation
de payer certaines rémunérations à l'État ou son entreprise. Ces rémunérations se
présentent sous la forme de « Royalties »169 et loyers (contrat de la concession).

La concurrence qui porte sur le choix des opérateurs est en revanche une préoccupation
d'intensité variable selon les pays.

À l'exception du Mexique, où prévaut un monopole géré par une société nationale, la


situation est différente au Brésil, Australie, Norvège et Royaume-Uni.

Nous trouvons important d’exposer ces détails : en effet, une procédure de mise en
concurrence est prévue et ceci

168
- La « découverte commerciale » désigne : « Commercial Discovery means a Discovery
which is potentially commercial when taking into account all technical, operational, commercial
and financial data collected when carrying out appraisal works or similar operations, including
but not limited to: recoverable reserves of Petroleum, sustainable regular production levels
and other material technical, operational, commercial and financial parameters, all in
accordance with standard practices in the international petroleum
industry ». Cité par Ebtissam El Kailani-Chariat.

169
- “Les « royalties/redevances » sont les paiements exprimés en pourcentage des volumes
de pétrole qui sont produits par les « contrats, généralement des contrats de concession ». Ils
sont présentés en espèces ou dans une même valeur. Ces paiements doivent être payés au
propriétaire du pétrole in situ, dans la plupart des cas des pays pétroliers de la région MENA,
l'État agissant au nom de la nation”. Voir Bernard TAVERNE, Petroleum, Industry and
Governants, Wolters Kluwer law & business, 2010 pp. 129-130. Cité par Ebtissam El Kailani-
Chariat.

165
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

- avant l'exploration-recherche en Australie ;

- avant l’exploitation-production au Brésil, dès la publication du projet de contrat de


partage de production et avant l'attribution des licences en Norvège et au Royaume-
Uni.

La Norvège et le Royaume-Uni ne prévoient cependant pas d'appel d'offres pour la


délivrance d'autorisations d'exploration (non exclusives).

Les cinq États considérés contrôlent les méthodes de recherche, de développement et


de production des gisements170.

Les États se réservent le droit d'intervenir afin d'assurer une gestion optimale des
ressources :

- en le confiant à leur opérateur national (Mexique) ;

- en obligeant les entreprises ayant signé des contrats de partage de production à former
des consortiums avec leur opérateur historique (Brésil) ;

- en exerçant un contrôle étendu sur les plans d'exploration, de développement et


d'exploitation des gisements et des investissements (Australie, Royaume-Uni et
Norvège) ;

- en fixant le programme de travail minimum et les investissements estimés


correspondants (Brésil) ;

- en prévoyant des délais maximums d'exploration avant production, ainsi que des
obligations de restitution des zones temporairement dévolues aux opérateurs
(Australie, Brésil et Royaume-Uni) ;

170
- Site du Sénat français. Étude de législation comparée n° 230 - janvier 2013 - L'exploration
et l'exploitation pétrolières en mer.

166
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

- et le retrait de la licence en cas de non-exploitation pendant une période continue d'au


moins cinq ans (Australie).

Au niveau de « l'exploitation préalable », l'Australie garantit l'exclusivité à


l'explorateur dans une zone. En revanche, au niveau de « l'exploration-production »,
les cinq États considérés garantissent l'exclusivité des droits de l'explorateur en liant,
dans un même contrat, l'exploration et l'exploitation171.

2-La période de l'essai et la production


rationnelle
2-1. La période de l'essai
L'étape de l’essai réglée par la loi 132 n’est pas une étape indépendante en soi. Elle
doit être au contraire appréhendée comme faisant plutôt partie du processus
d'exploration et de production. À ce titre il est nécessaire de s’y attarder plus
longuement et d’examiner spécifiquement l’article 33 de cette loi.
Dans les clauses des contrats de concessions modernes, la phase d'essai acquiert ainsi
une importance particulière.
Le commerce en général, y compris le commerce du pétrole, vise principalement à
réaliser le profit et c’est un domaine où le risque existe réellement. Cela signifie que
plus le risque est élevé, plus le profit est important. L'essai permet d'évaluer les risques,
et sur la base des essais, les entreprises sont identifiées.
Dans cette perspective l’examen de l’article 33 de loi 132 est déterminant. Nous
constatons que :

♦ ce texte a lié la production expérimentale à l'approbation du ministre, sur la base de


l'avis de la CGSP, ce qui semble tout à fait normal.

171
- Idem (avec résumé de notre part).
167
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Cela ne soulève selon nous aucune question.


♦ il a empêché la production, mais uniquement pour une période temporaire et
nécessaire.
La rédaction ici fait problème. Elle est trop vague selon nous. On ne sait pas quelle est
la durée exacte de cette période d’essai ? quand commence-t-elle et quand elle se
termine ?
Dès lors, nous devons constater que la période d'essai dans le texte du législateur
libanais n'a pas de limite de temps. C’est la Commission et le ministre qui estiment et
jugent de l’étendue et de la nécessité de cette période.
Le problème réside dans le fait que l'expression « une période temporaire » est une
expression inutile et accorde un pouvoir illégitime et discrétionnaire au ministre.
Le Liban a pourtant tout intérêt à signer des contrats précis qui ne négligent aucun
point172.

- Plus précis par exemple sont les termes employés dans le contrat d’exploration conclu
172

entre la République islamique de Mauritanie et les sociétés concessionnaires :


Article 5 : Etablissement et approbation des programmes annuels de travaux.
5.1 Au plus tard deux (2) mois après la Date d'Effet, le Contractant préparera et soumettra au
Ministère pour approbation un Programme Annuel de Travaux détaillés poste par poste y
compris le Budget Annuel correspondant pour l'ensemble du Périmètre de Recherche en
spécifiant les Opérations Pétrolières se rapportant à la période allant de la Date d'Effet au 31
décembre suivant. Ensuite, au plus tard trois mois avant le début de chaque Année Civile, le
Contractant préparera et soumettra au Ministère pour approbation un Programme Annuel de
Travaux détaillés poste par poste y compris le Budget Annuel correspondant pour l'ensemble
du Périmètre de Recherche puis, le cas échéant, pour le ou les Périmètre(s) d'Exploitation en
spécifiant les Opérations Pétrolières qu'il se propose de réaliser au cours de l'Année Civile
suivante. Chaque Programme Annuel de Travaux et le Budget Annuel correspondant seront
subdivisés entre les différentes activités d'exploration et, s'il y a lieu, d'évaluation pour chaque
découverte, de développement et de production pour chaque gisement commercial.
Source: Contrat d'exploration - production entre la République islamique de Mauritanie et
tullow mauritania limited c-18, [Link]
limited-block-c18-psa-2012%20(2).pdf

168
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En négligeant de définir clairement le délai, on a ouvert la porte de la corruption


qui est un véritable virus au Liban et on enfreint l'article 89 de la Constitution
(susmentionnée).
Cette situation a malheureusement au Liban un triste précédent en matière de
corruption celui du régime juridique des carrières au Liban.

♦ Le précédent des carrières


Le précédent des carrières au Liban devrait pourtant donner une bonne leçon à
l’administration libanaise pour que les mêmes problèmes ne se répètent concernant la
future industrie pétrolière.
Les carrières au Liban ont laissé des blessures indélébiles.

Ce sont plus de 1300 carrières en activité, qui ont été exploitées sans réelle
planification ni contrôle.

Il ne faut pas répéter les mêmes vides juridiques. « Les carrières de sable et de pierre
non organisées affectent l'environnement libanais à travers leurs cicatrices brutales.
Mais cela perturbe également la vie des citoyens, et en particulier des habitants des
zones touchées, de diverses manières »173.

C’est le problème des permis temporaires qu’il ne faut absolument pas revoir
apparaître en matière de contrats pétroliers.

La carrière est un site qui fonctionne sous un permis spécifique qui est accordé par le
Conseil suprême des carrières dirigé par le ministre de l'Environnement, et un mandat
du gouvernorat (al Mohafez, sorte de préfet).

Lorsque le permis n’a pas une durée déterminée, c’est une catastrophe pour l’état de
droit. Le permis classique pour ouvrir une carrière implique des contraintes définies

173
- Suzanne BAAKLINI, Orient –Le Jour20, mars 2018.
169
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

par la législation, c’est pourquoi beaucoup préfèrent passer outre, et travailler avec de
simples permis – moins contraignants – dits de « bonification de terrains », de
« déplacement de stocks » ou d’ouverture d’une (prétendue) route174…

Dans les régions très éloignées, où l’on fait parfois peu de cas des institutions
étatiques, on préfère même se passer de permis tout court.

2-2. La production rationnelle


L'article 27 de la loi 132 stipule que la production doit être effectuée de manière à
permettre l'extraction de la plus grande quantité possible de pétrole et ceci selon les
meilleures normes techniques et selon des principes économiques réalisables, de
manière à éviter le gaspillage et au rythme approprié pour l'économie de l'État175.
Le titulaire du droit (le concessionnaire) doit développer et évaluer la stratégie de
production et trouver des solutions à tous les problèmes qui se posent.
En effet, on constate dans la plupart des pays que le législateur a prêté attention à
l'importance de ces principes qui gouvernent la production du pétrole et a ainsi
déterminé un quota de production, des délais, les sanctions, la nature des contrats,
l’examen annuel du cycle économique, et ceci en fonction des besoins et des exigences
de la conjecture.

174
- Idem.
Une carrière illégale est donc celle qui fonctionne sans permis adapté ou sans permis du tout.
Mais dans le cas des exploitants qui ont pris la peine de présenter des papiers en règle,
personne ne surveille s’ils suivent scrupuleusement ce qui leur est demandé. Cela peut tout à
fait se répéter dans l’exécution de contrats pétroliers. De célèbres carrières à la porte de la
Bekaa bénéficient d’un permis accordé par le Conseil des ministres (instance supérieure au
Haut-Conseil des carrières) pour 25 ans ! On est sûr que personne ne leur demande des
comptes à rendre durant tout ce temps.

175
- Le style est le plus possible fidèle à l’origine textuelle et au style arabe.
170
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Par conséquent, les États peuvent annuler ou modifier les contrats en fonction de la
situation ou les modifier en fonction des changements afin de garantir les meilleures
conditions et assurer un maximum de profits (autrement dit, dans le but de préserver
l'intérêt général du pays).
Quant au législateur libanais, il n'a pas procédé de la même manière : il a accordé au
titulaire le droit, voire l’obligation d’évaluer lui-même un plafond annuel pour la
production, ce qui a été jugé par des plumes critiques comme étant une renonciation à
la souveraineté.

Il y a des obligations générales dont le respect s’impose au contractant.


Nous exposerons et analyserons les manquements qui entachent les textes libanais.
Disons ici tout simplement et en termes généraux que les obligations s’imposant aux
sociétés concessionnaires de l’industrie pétrolière dans la phase d’exploration et de
production sont strictes.

Le Contractant devra en effet fournir tous les fonds nécessaires et acheter ou louer tous
les matériels, équipements et matériaux indispensables à la réalisation des Opérations
Pétrolières.

Il est alors responsable de la préparation et de l'exécution des Programmes Annuels de


Travaux qui devront être réalisés de la manière la plus appropriée, et ceci en respectant
les règles de l'art en usage dans l'industrie pétrolière internationale.

Le contractant doit, en outre, communiquer à l’État tout rapports, informations et


renseignements utiles pour la continuation du travail.

L’État doit imposer au contractant de prendre, au cours des Opérations Pétrolières,


toutes les mesures nécessaires à la protection de l'environnement. Il devra en
particulier, pour toute Opération Pétrolière soumise à autorisation préalable selon le
Code de l'Environnement libanais, soumettre au Ministre, selon le cas, les études ou

171
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

notices d'impact environnemental requises pour ce type d'opération, réaliser les


mesures et observer les restrictions qui sont prévues au regard de la gestion
environnementale.

Le Contractant devra également prendre toutes les dispositions raisonnables selon les
règles de l'art de l'industrie pétrolière internationale pour s'assurer que l'ensemble des
installations et équipements utilisés pour les besoins des Opérations Pétrolières soit à
tout moment en bon état et en conformité avec les normes applicables, y compris celles
qui résultent des conventions internationales. Il s’agira d’éviter les pertes et rejets
d'Hydrocarbures, y compris le brûlage à la torche du Gaz Naturel (à l'exception de
certains cas prévus dans les textes en vigueur), de boues, ou de tous autres produits
utilisés dans les Opérations Pétrolières, de stocker les Hydrocarbures produits dans les
installations et réceptacles construits à cet effet, démanteler les installations qui ne
seront plus nécessaires aux Opérations Pétrolières et de remettre en état les sites ; de
prévenir la pollution du sol et du sous-sol, de l'eau et de l'atmosphère, etc.

Enfin le contractant devra au cours des Opérations Pétrolières prendre toutes les
mesures nécessaires afin d’assurer la sécurité et de protéger la santé des personnes et
ceci selon les règles de l'art de l'industrie pétrolière internationale et la réglementation
interne176.

Sous-section 2. Problèmes pratiques

Dans le cadre de cette partie, nous serons conduites à traiter de divers problèmes
pratiques qui apparaissent dans la mise en œuvre de cette exploitation au regard de

176
- Voir pour une comparaison intéressante la Loi congolaise n°15/012 du 1 er août 2015
portant régime général des hydrocarbures.
[Link]
[Link]

172
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

certaines déclinaisons de la souveraineté (A) et à porter diverses critiques sur le


principe de solidarité entre les entreprises concernées par l’exploitation (B).

A- Le principe de souveraineté

Nous avons vu antérieurement que tous les problèmes qui sont relatifs aux contrats
pétroliers trouvent leur raison d’être dans le concept de souveraineté. Au regard de
l’importance de cette notion dans l’origine des problèmes traités, nous avons jugé utile
de s’y attarder durant quelques lignes.

Le principe de souveraineté implique que celle-ci puisse être permanente vis-à-vis des
ressources naturelles. La souveraineté se présente ainsi comme un concept juridique
limite : il symbolise l’exception qui offre de fonder le système juridique. En ce sens,
bien qu’il soit naturellement un concept juridique, il est aussi un concept économique,
social et politique.

Pour Ebtissam El Kailani-Chariat177 c’est le processus de décolonisation du début du


XXe siècle et les efforts des États nouvellement indépendants, riches en ressources
naturelles, qui ont eu un impact profond sur l'évolution du principe de la souveraineté.

Ces États ont adopté le principe de la « souveraineté permanente sur les ressources
naturelles », en dépit de son apparente contradiction avec les principes traditionnels
comme la règle pacta sunt servanda, le principe d’inviolabilité des contrats des
concessions pétrolières, et celui du strict respect des droits des investisseurs étrangers.
En réalité il conviendrait davantage de parler de supériorité que de contradiction. Ces
notions ne se situent pas au même plan : la souveraineté étant réellement la condition
offrant sa consistance à l’ordre juridique.

177
- Ebtissam EL KAILANI-CHARIAT, La stabilisation des contrats pétroliers. Droit. Université
Panthéon- Sorbonne - Paris I, 2017. Français.
173
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Pour certains auteurs l’invocation de la « souveraineté permanente » en elle-même


conteste les droits qui sont détenus par les concessionnaires pétroliers étrangers178.

La souveraineté accorde également le pouvoir de réguler les mouvements


sociopolitiques à travers leurs frontières et permet une régulation de celle-ci au regard
de son environnement politique.

Cette théorie de la souveraineté est appelée par M. Brownlie « la souveraineté


territoriale ». Elle aurait deux fonctions : d’une part, la terre et ses effets, l'espace
aérien, la mer territoriale, les personnes vivant sur cette terre ; et, d’autre part, la
représentation juridique de la personne morale en droit international et au sein de la
communauté internationale identifiée comme un « État ».

Cette capacité juridique accorde bien la compétence de l’État à se prononcer, se


protéger et réglementer dans les limites de la fonction physique179.

Ebtissam El Kailani-Chariat énonce ainsi que le principe de souveraineté permanente


entendu comme manifestation contemporaine du droit international en matière de
contrats d'investissement pétrolier est affirmé par la résolution 1803 (XVII) de
l'Assemblée générale des Nations Unies du 14 décembre 1962.
Selon celle-ci “La Commission était priée d’achever l’élaboration de ses
recommandations touchant le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, y

178
- Voir l'évolution historique de ce concept chez SCHRIJVER Nico Sovereignty over natural
resources : Balancing rights and duties, Cambridge University Press, 1997; Lorenzo COTULA,
Human rights, Natural Resources and Investment Law in a Global World, Cornwall, 2012. Voir
aussi Dominique ROSENBERG, Le principe de souveraineté des Etats sur leurs ressources
naturelles, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1983.
179
- Voir BROWNLIE Ian, Principles of public international law - 5th edition, Oxford University,
Oxford, 1998
pp.107 et s.
174
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

compris des recommandations concernant leur souveraineté permanente sur leurs


ressources naturelles.180
La résolution énonce, par ailleurs, le principe du droit inaliénable de tous les États de
disposer librement de leurs richesses et ressources naturelles, conformément à leurs
intérêts nationaux, et celui du respect de l'indépendance économique des États.

Ainsi est-il affirmé, en son 20e paragraphe: “Noting that the creation and strengthening
of the inalienable sovereignty of States over their natural wealth and resources
reinforces their economic independence”181.

Il est à noter que la résolution crée ainsi un concept exprimant un pouvoir interne de
l’État souverain de gérer et de contrôler librement le domaine de ses ressources
naturelles.

Cette compétence est motivée par la notion d'intérêt collectif et par le développement
économique et social des États en voie de développement. Les textes internationaux
accordent un caractère d'inaliénabilité qui reconnaît l’État comme étant le seul organe
ayant l'autorité exclusive de disposer des ressources naturelles. On sait combien enfin
cette notion d'inaliénabilité est liée à la perception des droits de l'Homme182.

180
- Voir ONU Résolution 1803 : § 4.
181
- Voir ONU Résolution 1803 : § 8.
182
- Citons l’Article 1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques : “Tous les
peuples ont droit à l'autodétermination. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur
statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. 2.
Tous les peuples peuvent, à leurs propres fins, disposer librement de leurs richesses et
ressources naturelles, sans préjudice des obligations qui découlent de la coopération
économique internationale, fondée sur le principe de l'intérêt mutuel, et du droit international.
En aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance ».
175
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

B- Le dépassement du bloc et l’absence de


solidarité entre les sociétés concernées

Nous allons être amenées à examiner comment le bloc d’exploitation peut être
dépassé dans le cadre de l’exploitation pétrolière (1) puis nous verrons les
problèmes posés par l’absence de solidarité (2).

1-Le dépassement du bloc et les devoirs du


législateur libanais

Nous avons vu que l'article 38 de la loi de 2010 énonce que dans le cas où un réservoir
franchirait les limites d'un bloc d’exploration pour atteindre un espace non soumis à
l’accord de l’exploration et de la production, ou à un autre accord, le titulaire du droit
devrait faire une demande afin d’élargir la zone d’exploration auprès du ministère de
l’Énergie.

L’élargissement est accordé par une décision prise en conseil des ministres sur avis de
la CGSP.

Dans cette hypothèse le problème est le suivant : il apparaît que le réservoir (makman)
a des limites matérielles précises alors que le bloc renvoie quant à lui à des limites qui
sont d’avantages virtuelles. La question qui se pose alors est la suivante : doit-on et
peut-on modifier les frontières de la zone de l’exploration ?

En principe la modification s’impose selon les textes cependant un problème est


apparu :

♦ La modification de la zone d’exploration et d’exploitation contredit le principe de la


stabilité des transactions commerciales. La zone « adjacente » (imprévue à l’origine)

176
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

peut s’avérer plus importante et cause une perte importante à l’État libanais et une
atteinte à l’intérêt général.

♦ se manifeste ensuite un risque au niveau de la valeur économique : en effet, le titulaire


du droit qui va pouvoir élargir sa zone de travail pourrait gagner beaucoup sur le plan
financier, ce qui sera une porte ouverte devant la corruption.

2- L’absence de solidarité entre les sociétés


concernées et les problèmes juridiques posés

♦ Absence de solidarité entre les participants au travail d’exploration et de

production

Cette question se présente sous le double aspect d’une lacune juridique et d’une
contradiction : la loi libanaise considère que les participants doivent leurs obligations
en fonction de leur part de participation prévue dans le contrat, alors que la loi sur les
transactions commerciales terrestres prévoit une solidarité totale entre les participants,
de sorte que chaque participant est responsable solidairement de la globalité de
l’obligation.

À ce titre, il doit rembourser ou remplir l'intégralité de l'obligation encourue par tous


les associés, et ceci à condition qu'il conserve son droit de revenir sur ses partenaires
pour récupérer ce qu'il a avancé ou a dû payer183.

183
- Cela ressemble à l’action récursoire. L'adjectif "récursoire" qualifie l'action par laquelle
une personne contre laquelle est introduite une instance, y fait intervenir un tiers pour qu'il
réponde des condamnations qui pourront être prononcées contre elle.
[Link]

177
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il est donc à noter que pour le législateur libanais la responsabilité est individuelle alors
qu’elle devrait être collective selon le code de commerce libanais184.

Cela nous place de nouveau devant un danger de corruption : on peut être sûr que les
personnes influentes vont dans cette hypothèse « toucher » leurs commissions.

♦ La solidarité entre les participants est en fait purement fictive

La corruption se présente sous plusieurs aspects qui sont parfois bien dissimulés. Face
à cette question, le législateur devrait chercher à fortifier le texte juridique.

Le problème, répétons-le, est qu’en raison de l’absence d’obligation solidaire les


responsables corrompus vont trouver un partenaire corrompu qui va toucher de la
commission et en cas de responsabilité ils vont ainsi parvenir à se sortir de l’affaire,
car ils ne sont pas responsables des fautes qu’il aura commises.

C’est ainsi que les entreprises vont créer de faux partenaires pour réaliser des
bénéfices : en cas de gain les partenaires vont ramasser les bénéfices et en cas de pertes
il n’y aura pas de solidarité et chacun payera en fonction de sa part de participation, ce
qui veut dire qu’il y a absence d’équilibre entre les risques et les bénéfices.

SECTION DEUXIEME : ETUDES COMPARATIVE


ENTRE LE LIBAN ET L’ALGÉRIE AU REGARD DE
L’EXPÉRIENCE JURIDIQUE ALGÉRIENNE (LA
SONATRACH)

184
- Akram BAMELKI, « La responsabilité solidaire des associés », Dar al Nahda, Le Caire p.
72-75.
178
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Une comparaison entre les lois régissant le secteur pétrolier entre l’Algérie et le Liban
est selon nous d’un intérêt manifeste pour notre sujet. Nous mettrons en œuvre une
étude de microcomparaison au regard des régimes juridiques liés à l’exploitation
pétrolière qui sont présents dans les deux pays cibles (sous-section 1). En effet, le Liban
pourrait tirer un grand bénéfice de l’expérience de la SONATRACH, notamment sur
le plan de la mise en œuvre du principe de la transparence (la non-transparence en
Algérie et la corruption) ainsi que vis-à-vis de la structure administrative qui permet la
gouvernance dans la matière pétrolière (sous-section 2).

Sous-section 1. Une comparaison entre les lois


régissant le secteur pétrolier entre l’Algérie et le
Liban
Nous allons débuter cette approche comparative par l’étude du dispositif légal présent
en Algérie (A). Puis nous verrons les leçons qu’il est possible de déduire de cette
situation dans la perspective d’une évolution du régime législatif en œuvre au Liban
(B).

A- La loi sur les hydrocarbures en Algérie et


la loi sur les ressources pétrolières au Liban
L’évaluation de l’expérience du Liban en matière de réglementation du secteur
pétrolier ne doit pas se faire indépendamment de l’expérience d’autres pays. Les
évolutions législatives doivent pouvoir ainsi se nourrir des bonnes pratiques étrangères.
À ce titre l’apport du droit comparé est évident. Le Liban n’est pas le seul pays à avoir
vécu cette expérience et il exprime même dans ce registre un certain retard.

Il a ainsi été précédé par de nombreux pays à cet égard.

Nous allons mettre en œuvre une comparaison entre le Liban et l'Algérie, car
l'expérience cette dernière est l’une des expériences les plus marquantes au niveau

179
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

mondial avec la reconnaissance et le témoignage d'experts et d'organisations


internationales185.

Nous comparerons les lois régissant les deux pays, ainsi que la structure juridique
adaptée au suivi, à la gestion et à la supervision, à savoir l’organisme qui est
responsable de cette activité au Liban, la CGSP et en Algérie la SONATRACH.

Il ne fait aucun doute que toutes les politiques pétrolières doivent s'articuler autour
d'objectifs fondamentaux garantissant une bonne indépendance de cette richesse léguée
par la généreuse nature.

La loi la plus importante d'Algérie dans le domaine des hydrocarbures est la loi n° 28
avril de 2005 relative aux hydrocarbures, et qui vise à réglementer l'activité pétrolière
à partir d'un point de vue juridique, en régissant les droits et devoirs de tous les
participants (titulaires du droit) lors de l'exercice de toutes les activités à toutes les
étapes de l’exploration et de la production du pétrole.

1- Les véritables raisons de la loi algérienne


Il fallait initialement se préparer pour répondre aux pressions (menaces) des pays
étrangers puissants qui cherchent à ouvrir le secteur pétrolier algérien des
hydrocarbures aux grandes entreprises internationales et surtout les entreprises
américaines.

Il fallait, en outre, lutter contre l'influence sur le secteur des hydrocarbures de la société
Sonatrach et aller vers une redistribution des pouvoirs de gestion de ce secteur.

185
- Pour s’en rendre compte il suffit de lire la littérature récente sur l’évolution de Sonatrach
au niveau de l’Evaluation des risques professionnels. Source : Algerian scientific Journal
Petrolium (ASJP), Volume 4, Numéro 1, 2016, Pages 15-20.
180
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il était ensuite nécessaire d’introduire la transparence dans les modes de gestion et de


contractualisation, etc.

Cette loi a également cherché à consacrer la libre concurrence dans le domaine de


raffinage et de transfert des carburants, de stockage et de distribution des produits
pétroliers, ainsi que dans le domaine des structures et installations qui permettent sa
mise en pratique.

Enfin cette loi a défini les droits et obligations des personnes physiques ou morales
exerçant des activités relatives à ce secteur, ainsi que le cadre institutionnel de ces
activités.

2-Les deux dimensions de cette loi


Au-delà de ces objectifs, la loi algérienne semble disposer de deux dimensions : une
dimension strictement politique et une dimension plus nettement économique.

S’agissant en premier lieu de la dimension politique de ce texte.

On peut noter le souci politique d’internationalisation de la richesse énergétique ainsi


que la volonté d’un développement de l'idée d'un patrimoine humain commun186.

186
- S. SUCHARITKUL, Evolution continue d'une notion nouvelle : « le patrimoine commun de
l'humanité », [Link]
Le concept de patrimoine commun de l'humanité est relativement nouveau en droit
international. L'auteur rappelle que des concepts assez similaires existent dans certains
systèmes de droit interne, en particulier en droit romain. Il se demande quel détour ce principe
va prendre dans l'avenir du droit international de demain. Il note que cet avenir dépend de la
capacité de l'humanité en tant qu'institution à s'adapter et à savoir équilibrer les différents
intérêts en jeu.
En effet il y a toute une liste des biens, avoirs, droits et intérêts qui font partie du patrimoine
commun de l'humanité. SUCHARITKUL y met l'univers, le cosmos, le soleil, la lune, les étoiles,
ainsi que tous les autres corps célestes, les espaces atmosphériques supérieurs autour de la
terre, les territoires des régions polaires, les fonds marins au-delà de la juridiction nationale,
la haute mer et l'espace aérien au-dessus. A ces héritages célestes et terrestres, il ajoute un
héritage spirituel constitué des droits fondamentaux de l'homme et de tous les droits
humanitaires que l'homme peut invoquer, ainsi qu'un patrimoine culturel dans lequel on trouve
181
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

S’agissant, en second lieu, de la dimension économique :

Il apparaît que la recherche du développement des ressources financières reste l'objectif


premier de l'État (de même la loi de 2010 montre que le Liban tient également
beaucoup à l’affirmation de ce principe).

À travers l’industrie pétrolière, il faudrait ainsi assurer la stabilité et la sécurité


financière et fournir un niveau de vie du citoyen assez élevé et satisfaisant.

Il convient de relativiser cette perspective. En effet, ce n’est pas pour jeter du noir dans
le blanc, mais des auteurs comme Yves Cochet prédisent la fin de l’abondance de
pétrole à bon marché « qui a fondé notre modèle de développement »187. « Le dernier
ouvrage d’Yves Cochet, Pétrole Apocalypse, martèle ainsi une évidence que les
adeptes de la croissance, productivistes et scientistes, de gauche comme de droite, se
refusent à prendre en compte : « les mutations qui s’annoncent, tout à la fois
géologiques, économiques et géopolitiques, imposent des révisions majeures, à court
terme, de nos modes de vie188 ».

B- La loi libanaise et la comparaison de


certaines dispositions

des propriétés intellectuelles et industrielles et certains biens culturels qui dessinent l'histoire
de la civilisation humaine.

187
- À plusieurs voix autour d'Yves COCHET, Pétrole Apocalypse, Dans Mouvements 2006/3-
4 (no 45-46), pages 222 à 229. Le livre de Yves Cochet « Les ressources énergétiques au
cœur de l’organisation sociale » est coécrit avec Agnès Sinaï en 2004, les sociétés elles-
mêmes doivent déterminer leur avenir et s’abstraire du fatalisme de la technique et de la
matière : voir « Énergie: à contre-courant », Ecorev’, n° 20, septembre 2005.
188
- Idem.
182
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Pour le Liban la loi sur les ressources pétrolières dans les eaux maritimes n°132 du 24-
8-2010 constitue la base du système législatif et réglementaire du secteur pétrolier.

Ces dispositions juridiques vont façonner la structure organisationnelle de l'industrie


pétrolière et gazière qui est susceptible de placer le Liban sur la scène mondiale du
pétrole. Ce texte réglemente les diverses opérations et activités pétrolières, et ceci
conformément aux exigences du droit international.

Après un bref examen de chacune des deux lois (algérienne et libanaise) qui
réglementent le secteur pétrolier et sur la base d’une recherche comparative, nous
avons obtenu les résultats comparatifs suivants :

1-Comparaison de l'article 12 de la loi algérienne


avec l'article 15 de la loi libanaise

Le législateur algérien a créé deux agences nationales indépendantes, qui sont dotées
de la personnalité juridique et de l'indépendance financière : la première est dite
« autorité de régulation des hydrocarbures » et l’autre, plus importante, ALNAFT189. Il
s’agit d’une sorte d’Algérienne des pétroles, comme l’exprime le sens de ses initiales
en arabe.

Dotées chacune d’une personnalité juridique et financière et d’un patrimoine propre


géré sous la forme commerciale et qualifiée de « structures indépendantes », ces deux
agences ont des domaines d’attributions tout à fait différents.

189
- « NAFT » signifie pétrole en arabe, « al » peut être soit le début des initiales d’Algérie ou
d’al-Djazaïr, soit l’article défini de Naft.
183
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

C’est à la lumière de ces caractéristiques et de leurs attributions que leur nature et leur
place sont appréciées dans le « dispositif » pétrolier algérien190.

Les deux agences d'hydrocarbures ne sont pas soumises aux règles applicables à
l'administration, notamment en ce qui concerne leur régulation, leur fonctionnement et
le statut des travailleurs. Elles sont soumises au contrôle de l’État.

Quant au législateur libanais, il a créé par l’entremise de l’article 15 de la loi no 132 un


organe indépendant appelé Commission de Gestion du Secteur Pétrolier qui jouit d’une
indépendance financière et administrative, mais qui dépend du ministre de la tutelle.
Ses pouvoirs sont les suivants :

- Le développement des études en termes de valorisation des ressources


pétrolières potentielles au Liban.
- La soumission d‘un rapport au ministre de l’Énergie sur les compétences et
l’évolution du travail des sociétés participantes.
- La préparation des projets, des appels d’offres, des cahiers des charges,
autorisations et accords.
- Il aide le ministre à négocier des accords d'exploration et de production et à
soumettre des rapports sur le résultat de ces négociations.

190
- L’autorité de régulation, aux termes de l’article 14 de la loi, « veille au respect de diverses
réglementations relatives aux activités régies par la loi ». Elle veille aussi au respect de
l’application des pénalités dues au Trésor en cas d’infractions aux réglementations
techniques, d’hygiène, de sécurité industrielle et d’environnement. "L’agence apparaît comme
une autorité administrative qui joue le rôle que jouait jusque-là la Direction de l’énergie et des
carburants (DEC) du ministère chargé des Hydrocarbures. Elle mérite donc bien l’appellation
« d’autorité » que lui donne la loi ». Source : Madjid BENCHIKH, « La nouvelle loi pétrolière
algérienne : direction publique et économie de marché ». Revue L’année du Maghreb,
II | 2005-2006.

184
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

- Il assure la gestion, le suivi, la supervision et le contrôle des activités pétrolières,


ainsi que la bonne mise en œuvre des licences et accords, et la préparation des
rapports périodiques trimestriels afin de les soumettre au ministre de l’Énergie.
- La soumission des plans pour développer de nouveaux projets d’exploration,
plans pour le transport du pétrole, l’arrêt des activités pétrolières et leur
suppression.

Nous constatons à la suite à cette comparaison rapide que le législateur algérien a voulu
faire dépendre le travail de ces deux organes du contrôle de l’État alors que le
législateur libanais s’est contenté d’un contrôle de l’autorité de tutelle.

Il faut également noter que le travail concentré entre les mains d’une seule commission
(le cas libanais) rend le contrôle plus difficile que dans le cas de deux organes
indépendants séparés, avec des compétences bien précises.

2-Comparaison de l'article 18 de la loi algérienne


avec l'article 32 de la loi libanaise

L’article 18 de la loi algérienne stipule que :

« Toute personne, avant d'exercer toute activité soumise à cette loi, doit préparer et
présenter avec l'approbation de l'Autorité de contrôle des carburants, une étude
d'impact environnemental et un plan de gestion environnementale obligatoire
comprenant une description des mesures de prévention et de gestion des risques
environnementaux associés à ses activités, conformément à la législation et à la
réglementation en vigueur dans le domaine de l'environnement ».

La loi libanaise sur les ressources pétrolières stipule quant à elle que :
185
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

« Les procédures, les conditions liées à l'étude d'impact environnemental sont définies
par décret sur proposition du ministre, sur avis de la Commission (la CGSP), après
coordination avec les ministères concernés ».

Si l’on compare les deux textes, nous constatons que le législateur algérien a adopté
une approche (en matière d'évaluation de l'impact environnemental) qui est plus solide,
car il impose l’obligation pour chaque personne, avant d'effectuer toute activité, de
présenter son rapport sur l’impact environnemental alors que nous trouvons que le
législateur libanais a accordé ce pouvoir au Conseil des ministres, sur avis du ministre
et proposition de la Commission.

En effet, la plupart des contrats pétroliers que nous avons pu consulter imposent des
obligations environnementales sur le contractant plus importantes que celles que le
législateur libanais impose.

Citons à titre d’exemple le contrat de partage entre l’État de Cameroun et la société


concessionnaire (extraction et production de pétrole).

Le ton est donné dès le préambule :

« Considérant que le CONTRACTANT ou une des entités constituants le


CONTRACTANT qui est désigné comme Opérateur, est une Société Pétrolière et
justifie d'une expérience satisfaisante en tant qu'Opérateur (et notamment dans des
zones et conditions similaires à celles du Périmètre Contractuel), et en matière de
protection de l'environnement »191 ;

21.1.1 Le CONTRACTANT soumettra au Ministre chargé de


l’environnementErreur ! Signet non défini., dans les deux mois précédant le
démarrage du Programme minimum des Travaux, un plan de protection de

191
- Contrat de partage entre l’Etat de Cameroun et le concessionnaire d’extraction de pétrole,
[Link]
186
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

l’environnement comportant notamment, un plan de gestion des déchets sur la base


d’un système intégré de contrôle de pollution conformément aux articles 63 et 64 du
Règlement Pétrolier192.

Comparaison de l'article 54 de la loi algérienne avec l'article 27 de la loi


libanaise

Selon l’article 54 de la loi algérienne : « Dans le cas où un réservoir déclaré étend la


possibilité de son exploitation commerciale à au moins deux zones, il incombe aux
contractants respectifs, après en avoir informé l'agence de l’évaluation des ressources
pétrolières nationales, de préparer conjointement un plan de travail et de le soumettre
à l’Agence ».

L’article 38 de la loi libanaise impose quant à lui que l’on accorde au Conseil des
ministres le pouvoir d'étendre la zone et non à une institution décentralisée comme le
prévoit la loi algérienne.

3-Comparaison de l'article 50 de la loi algérienne


avec l'article 27 de la loi libanaise

L’article 50 de la loi algérienne stipule :

« Des limitations de la production des réservoirs peuvent être appliquées, le cas


échéant, pour des raisons relatives à la politique énergétique nationale. Ces limitations

192
- Idem. La mise en application de ce plan pourra être contrôlée sur le terrain par
l’Administration en charge de l’environnement
Le Ministre chargé de l’environnement dispose d’un délai de trente jours pour approuver le
plan de protection de l’environnement ou communiquer ses observations au CONTRACTANT.
A défaut de réponse dans ce délai, ce plan sera réputé avoir été approuvé.

187
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

font l'objet d'une décision du ministre qui détermine les quantités et la date de début
d'application de ces restrictions et sa durée. L'Agence nationale d'évaluation des
ressources en carburants (pétrole) répartit ces limitations entre tous les entrepreneurs
en fonction de la production prévue pour chacun d’entre eux ».

L'article 27 de la loi libanaise sur les ressources pétrolières est rédigé d’une manière
très différente dès lors qu’il prévoit que la production doit être réalisée de manière à
permettre l'extraction de la plus grande quantité de pétrole possible dans chaque
réservoir séparément ou à partir de plusieurs réservoirs combinés, à condition que la
production soit réalisée selon les meilleurs standards et principes économiques de
manière à éviter le gaspillage de pétrole ou d'énergie.

Nous constatons que la loi algérienne a fixé des restrictions à la production des
réservoirs pour des raisons liées aux objectifs de la politique nationale de l'énergie et a
accordé le pouvoir de déterminer les limites au ministre de l'Énergie et à l'Agence
d’Évaluation des ressources pétrolières nationales, ainsi que la répartition équitable
entre tous les entrepreneurs. A contrario, le législateur libanais n'a pas fixé de limites
pour la production de réservoirs, mais est plutôt allé à l’extrême dans la formulation du
texte pour imposer l'extraction de la plus grande quantité possible de pétrole.

Sous-section 2. La comparaison et les leçons à


tirer
Au regard de ce travail de comparaison, il est possible maintenant de tenter une
synthèse (A) et de faire diverses propositions (B).

A- La synthèse de la comparaison
Dans ce qui va suivre, nous essaierons de faire une comparaison entre les expériences
libanaise et algérienne en ce qui concerne la structure juridique nécessaire à tout secteur
188
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

pétrolier dans le monde. Il est naturel pour tout pays qui se prépare à devenir un pays
producteur de pétrole de bien organiser la conception, la mise en œuvre, le suivi de la
politique pétrolière globale. Nous avons constaté que chaque pays a ses propres
circonstances et exigences qui diffèrent d'un pays à l'autre et pour cette raison la
stratégie qui peut convenir à l’Algérie ne peut pas convenir nécessairement pour le
Liban193.

Cependant, le facteur commun entre les deux pays réside dans la création d’une autorité
de supervision, de contrôle et de gestion de tous les aspects de l'industrie pétrolière.

L'Algérie figurait parmi les pays qui cherchaient le plus à trouver la meilleure façon de
gérer le secteur des hydrocarbures et qui a réussi, et ce à travers la création de la Société
Nationale Sonatrach spécialisée dans le transport et la commercialisation de
carburants194. Son activité s'est initialement cantonnée au transport et à la
commercialisation de carburants, pour se développer progressivement par la suite et
intégrer finalement l'ensemble de l'industrie pétrolière algérienne, en un temps record.

L’histoire de Sonatrach provient directement de l’histoire des relations entre la France


et l’Algérie. Houari Boumediene a ainsi hérité du nouvel accord algéro-français
réglant les questions « touchant les hydrocarbures et le développement industriel de

193
- Voir Madjid BENCHIKH, « La nouvelle loi pétrolière algérienne : direction publique et
économie de marché », L’Anne du Maghreb, p. 201-221
[Link]

194
- Sonatrach Petroleum Corporation a été créée en 1989 et est enregistrée dans les îles
Vierges britanniques. Il s'agit d'une filiale à 100% de Sonatrach International Holding
Corporation, qui est détenue à 100% par SPA Sonatrach. Sonatrach Petroleum Corporation
BVI jouit d'une solide réputation internationale grâce à ses nombreuses années d'expérience
dans le commerce de tous les hydrocarbures, liquides et gaz: pétrole brut, condensat,
essence, naphta, gasoil, jet, mazout, butane, propane, bunker C, bitume, aromatiques et
autres produits raffinés. Source : [Link]
189
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

l'Algérie », qui avait été négocié durant la période Ben Bella et signé à Alger le 29
juillet 1965, quarante jours après le coup d'État195.

Bien que favorable aux intérêts français, cet accord allait permettre le décollage de
l'industrie pétrolière algérienne et celui de la compagnie nationale196.

La création de la Société nationale en Algérie diffère cependant en quelques points


essentiels avec la CGSP libanaise comme le montre le tableau suivant :

B- Les Leçons à tirer


À travers cette étude et pour une meilleure régulation du secteur pétrolier au Liban,
nous pouvons proposer quelques solutions :

1- L’État libanais devrait fixer un plafond de production pendant la période d'essai.


Il en va de la souveraineté de l’État libanais. Il faudrait s’inspirer de l’article 46 de la
loi algérienne qui fixe un délai de 12 mois au maximum, pour la période d'essai,
considérée comme étant une période durant laquelle le concessionnaire a le droit de
produire et qui est suffisante pour qu’il prenne les décisions définitives pour le futur.

195
- Voir JORADP, n° 98, 30 novembre 1965, pour le texte complet de l'«Accord d'Alger entre
la République algérienne démocratique et populaire et la République française concernant le
règlement de questions touchant les hydrocarbures et le développement industriel de l'Algérie
», Alger, 29 juillet 1965.
196
- Voir Mohamed EL-AZIZ-KOUADRI, « Place et rôle du secteur pétrolier dans le
développement de l'économie algérienne », Tiers-Monde, vol. 10, n° 39, 1969, p. 629-658.
D'inspiration française, cet accord portait la très nette empreinte de Pierre Guillaumat. Il
comportait une innovation importante, celle du rôle d'opérateur qui serait confié à la Sonatrach
sur certaines parcelles de l'association à parts égales que l'Algérie et la France allaient
constituer en vue de l'exploitation des hydrocarbures algériens. Idem.

190
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

2- Il faudrait également que l’État libanais mette des limites (fixer des plafonds)
pour la production, comme le réalise l’État algérien afin de rester maître de sa politique
énergétique nationale. La décision de fixer des limites devrait être prise par le ministre
compétent, à condition que la détermination soit faite sur un pied d'égalité entre les
parties contractantes.

3- Il faudrait amender l’article 38 de la loi no 132 qui permet aux sociétés


contractantes de collaborer avec des sociétés travaillant en Israël, car cela contredit les
règles de boycott de l’État d’Israël.

4- La mise en place d'un organe de contrôle indépendant est un acte d’une


importance considérable. Le législateur algérien a prêté attention à l'importance de
disposer d'une autorité de contrôle compétente et indépendante qui contrôle les
activités liées au pétrole. Le législateur libanais, au contraire, a exempté la Commission
de toute forme de censure, à l'exception du contrôle de tutelle du ministre ; quant au
contrôle de la Cour des comptes, il est exercé au Liban a posteriori. Nous proposons
bien entendu un contrôle a priori (à l’avance). En effet, une fois que la corruption a
lieu il est difficile de la contrôler, et ceci d’autant plus que pour condamner un ministre
libanais il faut appliquer la procédure compliquée de la mise en accusation des
ministres et des présidents pour juger les présidents et les ministres. C'est pourquoi
nous suggérons que ces contrats soient ouverts au contrôle préalable de la Cour des
comptes et de l'Inspection centrale197.

5- Nous suggérons aussi d’adopter la solution algérienne en ce qui concerne le cas


du réservoir dépassant la superficie de la zone prévue : contrairement à ce que prévoit
l’article 35 de la loi 132 libanaise qui permet au titulaire du droit dont le réservoir

197
- Bechara el-Khoury, Al Majles al Aala limouhakamet al Rouasaa wal wouzara (Le Conseil
supérieur pour juger les présidents et ministres, Revue al Difaa al Watani, no 84- 2013, p. 76.
191
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

dépasse la zone prévue de conclure de nouveaux contrats, le législateur algérien prévoit


deux cas. Le premier : où l'extension du réservoir se situe entre deux zones soumises
à l’accord d’origine ; dans ce cas la solution est identique à l’Algérie, les contractants
sont libres de leur action. Le deuxième cas : « [dans l’hypothèse ou] ce réservoir
s'étendrait sur une ou plusieurs zones non soumises à l’accord (convention d’origine),
dans ce cas l'Agence nationale pour l'évaluation des ressources pétrolières prend en
charge cette mission par l’annonce d’une mise en concurrence pour conclure des
contrats relatifs à la prolongation de cette zone. La solution algérienne est meilleure,
car elle met fin à la corruption alors que dans le cas libanais l’accord se trouve entre le
ministre et l'entrepreneur.

192
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

193
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

DEUXIEME PARTIE : UN NOUVEAU CADRE


JURIDIQUE INSPIRÉ PAR DES EXEMPLES
ÉTRANGERS :

« Les conditions d’une « bonne exploitation » de la ressource


pétrolière »

194
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dans cette seconde partie de notre recherche, nous allons mobiliser une démarche
juridico-philosophique afin de traiter de plusieurs problématiques adossées à
l’exploitation pétrolière qui conditionnent la qualité de la mise en œuvre de cette
exploitation.
Dans l’examen du cadre dans lequel le régime juridique est mis en œuvre, nous
chercherons en premier lieu à examiner des questions économiques et géopolitiques
qui sont prises en compte par le droit international.
Il s’agira d’examiner ainsi la question inhérente aux fonds souverains ainsi que la
délimitation des frontières maritimes. Les fonds souverains sont les fonds
d'investissement détenus par un État. Ils gèrent l'épargne nationale et permettent
d’investir celle-ci dans des placements variés. C’est une activité qui remonte à plus
d’un demi-siècle avec le premier fonds souverain koweïtien. Ces fonds tirent leurs
ressources des réserves des banques centrales ou des fonds tirés de l'exploitation de
matières premières. Nous parlerons du rapport entre fonds souverain et revenu
universel lorsque nous exposerons la position de la France qui n’est pas hostile aux
investisseurs étrangers, mais dont la protection de ses intérêts reste une préoccupation
première.
Dès lors que l’exploitation des gisements pourrait rapporter plusieurs milliards de
dollars à l’État libanais, le fonds souverain devient un projet indispensable.
Le Liban doit pouvoir profiter de ses richesses. Hélas, cette source de richesse non
renouvelable ne semble pas constituer une priorité pour les dirigeants.
Nous exposerons le projet de loi qui a été présenté pour le fonds souverain libanais et
dont le noyau est centré sur la question de la transparence, ce qui nous amènera à
analyser les instruments propres à la lutte de la société civile libanaise pour introduire
au Liban la technique démocratique des consultations publiques.

195
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La question de la délimitation des frontières occupera également un chapitre au sein de


cette partie. C’est une question qui engendre au Liban des débats constants puisqu’il
s’agit de frontières et des conflits économiques avec l’ennemi israélien.
Les besoins de l'économie favorisent aujourd’hui le processus de délimitation des
frontières, même si les conflits politiques compliquent encore le processus. Nous
évoquerons ainsi la question des fermes de Chebaa qui nous semble particulièrement
pertinente pour notre sujet. Il sera aussi question du recours à la Cour Internationale de
justice et des difficultés d’exécution des décisions de la CIJ.

Nous toucherons le délicat problème de la normalisation avec Israël.

Après les Émirats arabes unis, d’autres pays arabes sont maintenant tentés d’amorcer
un rapprochement diplomatique avec Israël.

La position du Liban sur cette question est ambiguë. Pour certains, le Liban devrait
reconnaître Israël alors que d’autres refusent encore à cette reconnaissance. Dans cette
question se manifeste une certaine hypocrisie.

Pour certains depuis 2006 un front tout à fait stable et paisible est assuré par le
Hezbollah, ce qui joue dans un sens positif pour Israël. Dans le strict respect d’un angle
technique et juridique, nous exposerons le tracé maritime entre Israël et le Liban et les
modifications qui ont eu lieu. Nous constaterons que la délégation israélienne refuse
de négocier sur une base autre que celle fixée dans le décret libanais déposé auprès
avec des Nations Unies en 2011. Or le Liban désire changer de plan pour gagner plus
de superficies.

À l’issue de ce titre premier, nous verrons dans un second titre des aspects
environnementaux et sociétaux qui nous semblent susceptibles d’encadrer
convenablement la mise en œuvre d’une bonne exploitation des ressources
pétrolières au Liban.

196
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En ce sens, nous ne pourrions réaliser une étude sur le pétrole au Liban sans aborder le
problème de l’environnement.

Il sera donc question de la position de l’Union européenne sur le problème des


déversements de pétrole. Nous parlerons de la catastrophe de Deepwater Horizon
survenue au printemps 2010 au large des côtes de la Louisiane et qui fut d’une ampleur
sans précédent.

Le Liban a grand intérêt à puiser dans l’expérience de l’Union européenne et de la


France.

L’Union européenne légifère abondamment sur les problématiques environnementales


auxquelles elle se trouve confrontée, ainsi que sur les activités d’extraction
d’hydrocarbures en mer.

Afin de renforcer les textes juridiques après la catastrophe de Deepwater Horizon


l’Union européenne a adopté la Directive 2013/30 afin de lui permettre de prévenir
autant que possible une catastrophe d’une grande ampleur dans les eaux de ses États
membres. Le Liban devrait adopter les textes juridiques nécessaires à la lumière de
l’expérience européenne afin d’éviter des catastrophes éventuelles.

Il était indispensable pour nous de parler de développement durable au Liban et


pourquoi tout le monde s’accorde à dire que la dégradation de l’environnement est
d’abord une conséquence directe de la guerre civile libanaise.

Nous ferons état d’une autre cause de dégradation potentielle qui touche à l’absence
d’une véritable culture environnementale au Liban. Du fait de cette lacune existe un
manque de respect des Libanais pour l’environnement.

D’autres facteurs jouent également comme la question de l’urbanisation qui entraîne


les plus graves atteintes à l’environnement.

197
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Au regard de ces situations, il n’y a que le droit pour protéger les atteintes dues aux
hydrocarbures.

Nous traiterons donc du rôle que peut jouer le juge administratif pour le
développement durable et partant dans la préservation de l’environnement des atteintes
dues à l’industrie pétrolière future.

Le préambule de la constitution libanaise amendée en 1990, conformément aux accords


de Taëf prévoit que le Liban est membre de l’Organisation des Nations Unies et
s’engage à « respecter ses conventions, etc. ». À ce titre existe une base normative qui
pourrait valoriser l’action du juge administratif ou civil puisse sanctionner et appliquer
les textes.

Le dernier chapitre sera élaboré à partir d’une réflexion plus sociétale et philosophique.
Il s’agira d’offrir un cadre social pertinent afin de valoriser l’exploitation pétrolière
dans le respect d’un développement durable ;

Dans ce dernier chapitre, nous évoquerons l’inéluctable fin de pétrole, ainsi que les
nuisances, les crises économiques et le rôle des personnes dans cette gestion.

Le pétrole détient aujourd’hui, dans la croissance économique, dans la défense


nationale comme dans notre vie quotidienne, une place prépondérante. Les hommes
doivent ainsi changer leurs comportements radicalement devant un problème qui
menace l’humanité et qui est conforté par l’exploitation pétrolière : le mécanisme de
l’effet de serre.

Cette situation est ancienne. En effet, elle date du début du XIXe siècle. Le
rayonnement solaire traverse l’atmosphère tandis que la chaleur émise par la terre reste
piégée par les gaz à effet de serre présents dans la haute atmosphère.

Au regard de ces défis contemporains, nous abordons dans une perspective


philosophique l’attitude des hommes face à la question du pétrole.

198
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ce qui est alors en question c’est l’attitude des hommes vis-à-vis de la vie, de la
consommation, des loisirs et plaisirs, des rapports humains, de l’attitude à l’égard des
générations futures.

Cela nous amènera à exposer également l’attitude de l’Islam et de la vision religieuse


chrétienne vis-à-vis de certaines questions et de la théorie de simplicité volontaire.

Devant le danger de mort de la planète, certains préconisent en effet le concept de


simplicité volontaire. Il serait possible de transformer notre existence en optant, par
exemple, pour une réduction importante du temps de travail hebdomadaire et annuel et
pour l’implantation d’une allocation monétaire universelle, etc.

199
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

PREMIER TITRE : FONDS SOUVERAIN ET


DÉLIMITATION DES FRONTIERES MARITIMES DU
LIBAN

200
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L’activité des fonds souverains remonte à plus d’un demi-siècle. Le premier


fonds souverain koweïtien apparaît avec le Koweit Investment Board
(1953). Plusieurs facteurs expliquent selon nous le regain d’intérêt pour
les fonds souverains : la croissance soutenue des actifs sous gestion et
la très grande largeur du spectre d’investissement dans les sociétés
cotées étrangères.
Nous analyserons dans ce titre premier les raisons inhérentes à la création
d’un fonds souverain au Liban (Chapitre premier).
Nous tenterons d’analyser le lien existant entre fonds souverains et
ressources publiques et pourquoi tant de Libanais pensent que c’est le
seul moyen susceptible de permettre de lutter contre la corruption et qui
serait également susceptible de garantir que l’argent du pétrole
demeure au bénéfice des générations futures libanaises.
En effet les fonds souverains sont pris en compte de plus en plus au niveau
international du fait de l'origine des ressources dont ils bénéficient.
Au-delà de cette question, il sera également nécessaire d’examiner la délimitation des
frontières maritimes entre Israël et le Liban, mais également entre la Syrie et le Liban.
Cette question prend de l’importance à un moment des relations internationales où l’on
parle de plus en plus de l'extension, déjà bien engagée, de la souveraineté des États sur
les espaces maritimes (deuxième chapitre).

Des problèmes de droit international et des litiges sont posés du moins au niveau
théorique : il sera nécessaire selon nous de distinguer deux choses : le problème de
l’inexécution des décisions de la CIJ et l’autorité de la chose jugée.

Ces éléments sont pour partie conditionnés à la relation ou la non-relation avec Israël :
nous traiterons donc des effets de la normalisation avec Israël. Nous exposerons et
201
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

analyserons le tracé maritime entre Israël et le Liban et les négociations (en cours de
nos jours) qui sont toujours bloquées comme beaucoup au Liban ces jours-ci.

CHAPITRE PREMIER : LE FONDS SOUVERAIN


LIBANAIS : UN PROJET POUR LES
GÉNÉRATIONS FUTURES
Pourquoi des fonds souverains ? Quelle est la raison qui implique cette création ? Pour
répondre à ces interrogations liminaires, il est nécessaire de dresser brièvement
l’historique de cette notion (Section 1).

Les ressources qui sont mobilisées par ces fonds sont diverses : banques centrales,
réserves pour les retraites, des fonds tirés de l'exploitation de matières premières. De
même la mobilisation actuelle de ces fonds pose différentes questions au regard de
l’articulation de ceux-ci à l’exploitation du pétrole.

Pourquoi le recul des prix du pétrole (qui se manifeste depuis 2014) donne lieu à une
stagnation des encours des fonds souverains des pays producteurs de matières
premières ? Quels sont les rapports entre fonds souverain et revenu universel, fonds
souverain et ressources publiques ?

S’agissant spécifiquement d’un fonds souverain libanais (en projet) dont tout le monde
s’accorde sur son importance : Comment faire pour que le Liban profite véritablement
de ses richesses ?

Le Liban devrait ainsi adopter une stratégie et choisir entre les multiples projets de loi
présentés.

202
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

C’est dans cette perspective que nous allons mobiliser l’influence de la société civile
sur ces questions (Section 2).

En effet, il ne faut pas sous-estimer au regard de cette question l’influence de la société


civile libanaise. Depuis quelques années, plusieurs associations ont été créées
(constituées surtout par la nouvelle génération qui avait fait ses études en Occident et
en particulier en France) et luttent dans tous les domaines pour une émancipation de la
société civile.

L’Initiative libanaise sur le pétrole et le gaz fait partie de ces associations.

Cette association met régulièrement en garde l’opinion publique contre la possible


corruption qui peut résulter du processus de sous-traitance dans le secteur pétrolier et
gazier libanais.

Elle publie régulièrement les textes juridiques comportant des mécanismes de


prévention de la corruption. Elle a élaboré un projet de loi sur les Consultations
publiques.

Au regard de cet investissement de la société civile pourquoi ne pas consulter le peuple


libanais sur le projet du fonds souverain ainsi que sur tout autre projet relatif à la
découverte et à l’extraction du pétrole.

Cette approche peut paraître idéaliste, mais elle nous semble cependant salutaire pour
le Liban.

Nous évoquerons dans cette perspective la loi (qui existe depuis 2018) sur la
transparence qui a été adoptée le 24/09/2018 sous le n° 84 (deuxième section).

203
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

SECTION PREMIÈRE : LES FONDS


SOUVERAINS DANS LE MONDE : CONCEPT ET
RÔLE

Dans cette section nous aborderons ce projet essentiel pour le Liban en matière
d’industrie pétrolière, à savoir le fonds souverain. Cette analyse concernera tout
d’abord la définition de cette notion et devra permettre de dessiner les perspectives qui
sont susceptibles de naître du la situation présente (sous-section 1). Par la suite nous
chercherons à articuler celle-ci avec d’autres notions comme celle des ressources
naturelles, revenu universel et génération future (sous-section 2).

Sous-section 1. Définition et perspectives

Il est essentiel de mettre en évidence la signification du concept de fonds souverain


afin de faire disparaître certaines ambiguïtés potentielles (A). Au-delà de ces
clarifications, nous serons amenées à revenir sur l’historique de ces fonds (B).

A- Plusieurs définitions, mais pas


d’ambiguïtés

Un fonds souverain (sovereign wealth fund en anglais), ou fonds d'État se présente


comme un fonds de placements financiers (actions, obligations, etc.) détenu par un
État.

204
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dans une acception plus large, ils désignent tous les fonds d'investissement détenus par
un État198. Les fonds souverains gèrent l'épargne nationale et l'investissent dans des
placements variés (actions, obligations, immobilier, etc.)199.

Les fonds souverains désignent aussi de manière spécifique « les avoirs des États en
monnaie étrangère »200.

Il est important de ne pas confondre les fonds souverains avec les fonds privés (private
equity). À la différence des seconds les fonds souverains sont détenus par des États qui
les contrôlent. Théoriquement, pour Léa Boluze, « tous ces fonds partagent le même
objectif : transférer de la richesse aux générations suivantes201. »

Au niveau des appellations force est de constater qu’elles sont diverses : les
anglophones utilisent les termes de Sovereign Wealth Fund ou de Sovereign
Investment Fund, c’est-à-dire de fonds de richesses souverains ou de fonds
d’investissement souverains, tandis que les francophones utilisent des expressions
comme « fonds d’investissement souverains », « fonds d’investissement publics »,
« fonds d’État ».
Ce désordre linguistique reflète le manque d’homogénéité des fonds souverains. En ce
sens, il n’y a pas encore accord sur un fonds souverain type, et tout dépend alors du
système de gestion, des structures, des buts recherchés ou enfin des investissements202.

198 - Christine Lagarde considère ainsi la Caisse des dépôts et consignations comme un
fonds souverain : « La Caisse des dépôts, ou l'APE dans une certaine mesure aussi,
constituent un fonds souverain », [Link].
199
- Alain DEMAROLLE, Rapport sur les fonds souverains, p. 4, ministère de l’Économie, des
Finances et de l’Emploi, 2008.
200
- Propos tenus par Rodrigo RATO, directeur du Fonds monétaire international, Le Figaro,
19 octobre 2007, page 34.
201
- Léa BOLUZE, Site de [Link] : [Link]
souverain-criteres-et-eligibilite-1387176
202
- Voir par exemple G. MORISSON, « Les fonds souverains – Problématiques et enjeux –
Perspectives pour l’Afrique Subsaharienne », Banque de France, Institut bancaire et financier
international, n°1, octobre 2008, p. 3.
205
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Originellement, c’est le Koweït, premier exportateur de pétrole du Golfe qui a ouvert


la marque en créant son fonds souverain (Kuwait Investment Authority) pour gérer ses
recettes pétrolières.

Depuis, le nombre de ces véhicules d’investissement (pour la plupart concentrés en


Asie et dans les pays du Golfe) n’a cessé d’augmenter. Cette situation est logique
puisque les capitaux qu’ils canalisent proviennent essentiellement des ressources
pétrolières (plus de 50 %) et des excédents commerciaux des pays asiatiques (40 % des
fonds).

Ces fonds figurent aujourd’hui parmi les principaux acteurs de la globalisation


financière.

Selon le FMI, pour être considéré comme « souverain », un fonds doit répondre à 3
critères :

- Il doit être géré ou contrôlé par un gouvernement national ;


- Il doit gérer des actifs financiers et ceci dans une logique de long terme ;
- Il doit poursuivre une politique d'investissement visant des objectifs
macroéconomiques, tels que la diversification du PIB national, le lissage de
l'activité ou encore l'épargne intergénérationnelle203.

Les fonds souverains sont financés pour la plupart par des excédents de l’activité
économique du pays. Leur objectif est de faire fructifier des surplus de revenus pour
en recueillir les bénéfices dans un futur plus ou moins lointain.

Ces fonds suscitent aujourd’hui des craintes et ceci pour bon nombre de raisons.

203
- Idem. Résumé par nous.
206
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il est à noter en premier lieu que certains d'entre eux peuvent manquer de transparence.
D'autres peuvent prendre des parts d'une entreprise dans un but qui peut être politique.
D’autres encore peuvent avoir un poids qui engendre une forte influence sur le marché.

Certaines de ces participations ont ainsi fait naître des craintes dans les pays
occidentaux.
Aux États-Unis, la compagnie pétrolière Unocal a fait l'objet d'une tentative
d'OPA204 en août 2005 de la part de l'entreprise publique chinoise CNOOC.

B- Historique et ressource

1- Historique

204
- En France, une offre publique d'achat ou OPA est une offre d'acquisition payable au
comptant, à un prix donné, du capital d'une entreprise cible. Le déclenchement de l'OPA fait
commencer une période d'une durée déterminée à l'avance pendant laquelle les actionnaires
de l'entreprise cible ont la possibilité d'apporter ou non leurs actions à l'entreprise acheteuse.
Cette entreprise informe l'Autorité des marchés financiers (France) à l'avance du pourcentage
souhaité dans un temps imparti. « Si à l'issue de ce temps imparti, l'entreprise qui déclenche
l'OPA n'a pas réussi à acheter le montant des actions souhaité, cette OPA est
automatiquement annulée. Ce procédé d'acquisition d'une entreprise a été mis au point après
1945 par le banquier d'affaires britannique Sir Sigmund Warburg et a contribué à dynamiser
l'économie occidentale.
Les OPA amicales ont lieu lorsque les deux parties se sont entendues sur les modalités de
l'offre, au contraire des OPA hostiles ou non sollicitées. Une OPA amicale est une OPA qui se
réalise en accord avec le conseil d'administration de l'entreprise visée. Une OPA est une offre
publique d'achat ». Source : Léa BOLUZE, « OPA : définition d'une offre publique d'achat »,
sur [Link], 3 avril 2019 (consulté le 5 mars 2021).

207
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

1- L’activité des fonds souverains remonte comme nous l’avons évoqué à


plus d’un demi-siècle avec avec le Koweit Investment Board (1953)205.
2- Trois facteurs expliquent, selon nous, le regain d’intérêt pour les fonds
souverains : la croissance soutenue des actifs sous gestion qu’ils
possèdent, la très grande largeur du spectre d’investissement dans les
sociétés cotées étrangères, la création de nouveaux fonds dans des
pays émergents (Brésil, Libye, Venezuela, etc.) ou plus traditionnels
(Russie, Chine).

2- Ressource

Les fonds souverains tirent leurs ressources des réserves des banques centrales (c’est
le cas de la Chine), des réserves pour les retraites (c’est la situation de la Norvège) ou
des fonds tirés de l'exploitation de matières premières (comme pour la Norvège, la
Russie, ou le Qatar)206.

Les fonds qui sont fournis par les exportations de pétrole représentent les deux tiers
des montants gérés par ces fonds. Les principaux fonds souverains en termes d'actifs
sous gestion sont le résultat d'un excès de liquidité lié à une forte demande
d'hydrocarbures ou de métaux précieux. Ils sont parfois appelés fonds « matières
premières ». C'est notamment le cas pour les fonds du Golfe (Emirats Arabes Unis,
Arabie Séoudite, Koweït, etc.). Les fonds de matières premières représentent,
actuellement, les deux tiers des actifs sous gestion.

205
- Il gère en 2009 entre $200 et $250 milliards d'excédents liés à l'exportation de pétrole.
Sa création fut suivie, en 1956, du Kiribati Revenue Equalisation Reserve Fund.
206
- State Capitalism; The Rise of Sovereign Wealth Funds, Standard Chartered, 15 octobre
2007.
208
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Selon l'IFSL (International Financial Services, Londres), les fonds hors matières
premières devraient cependant inverser cette tendance, au point de représenter plus de
la moitié des actifs sous gestion207. Avec un poids de 7900 milliards de dollars fin 2018
selon le Sovereign Wealth Fund Institute, les fonds souverains sont ainsi parmi les
grands acteurs de la globalisation financière avec 37190 milliards de dollars (source
Investment Company Institute) et les fonds de pension dont les actifs totalisent 24225
milliards de dollars (source OCDE).

Il est à noter que la taille des fonds souverains a plus que doublé depuis 2007208.

Le recul des prix du pétrole depuis 2014 a donné lieu à une stagnation des encours des
fonds souverains des pays producteurs de matières premières. Cependant, de 2011 à
nos jours, les actifs gérés par les fonds souverains chinois sont passés d’environ 1
billion de dollars (c’est-à-dire 1000 milliards) à 1,8 billions de dollars (2,3 billions si
on prend en compte les fonds de Hong Kong) et le fonds souverain norvégien
Government Pension Fund Global a doublé son bilan, de 0,5 à 0,9 billion de dollars
afin de devenir le plus important au monde209.

207
- Voir les références suivantes: SCHIMBOR, R., « The impact of Sovereign Wealth Funds
Investments on Listed United States Companies », 29 avril 2009, Economic Honors Thesis,
U.C. Berkeley.
-TRUMAN, E. M., Senior Fellow, « A scoreboard for Sovereign Wealth Funds », Peterson
Institute, 19 octobre 2007.
- Truman, E. M., Senior Fellow, Peterson Institute, « The Rise of Sovereign Wealth Funds :
Impacts on US Foreign Policy and Economic Interests », Testimony before the Committee on
Foreign Affairs, US House of Representatives, 21 mai 2008.
208
- The resources of sovereign funds come mainly from oil resources (more than 50% of
funds) and trade surpluses of Asian countries (40% of funds). It is therefore logical that the
main sovereign wealth funds are Norwegian, Chinese, Abu Dhabi, Saudi, Kuwaiti,
Singaporean or Qatari. Al Majalla al Arabya lilbouhous al Iqtisafya Revue arabe pour les
recherches économiques), édité par Markaz Dirasat al Wahda al Arabya, Beyrouth, 2019.
209
- La Finance pour tous :
[Link]
finance/fonds-souverain/
209
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

♦ Innovation dans les stratégies des fonds souverains

Le fonds norvégien qui est considéré comme le plus important au monde, et qui gère
près de 900 milliards d’euros d’actifs a décidé en 2019 de se débarrasser de 12 milliards
d’euros d’investissements dans les énergies fossiles.

Sous mandat du parlement, le fonds doit investir 18 milliards d’euros dans les énergies
renouvelables, spécialement dans l’éolien et le solaire dans les pays développés210.

L’État saoudien avait quant à lui dévoilé en 2018 sa nouvelle stratégie visant à utiliser
le Fonds Public d’Investissement (PIF) afin de financer la transformation
technologique du royaume pétrolier. Le Public Investment Fund (PIF), fonds souverain
saoudien, est le bras financier du programme de transformations économiques et
sociales « Saudi Vision 2030 ».

L'Arabie saoudite compte ainsi réduire sa dépendance vis-à-vis du secteur pétrolier et


diversifier l'économie vers de nouveaux horizons (tels que les industries innovantes, le
tourisme et les loisirs).

Depuis 2020, le PIF s'est engagé dans une politique active d'acquisition d'opportunités,
multipliant «les prises de participation dans de grandes sociétés cotées de très forte
notoriété, ayant subi de fortes remises en raison d'une activité affectée par les
conséquences économiques de la crise sanitaire des coronavirus. Les transactions
réalisées sur le marché américain au premier trimestre, déclarées à la Securities and
Exchange Commission, ont représenté un montant de 7,7 milliards USD. Le fonds

210
- BAUDU, L., « La Norvège veille à l’éthique et à la transparence », La Tribune, 20 février
2008.

210
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

souverain veille également à la mise en œuvre de quatre grands projets emblématiques


de la Vision 2030 : les projets NEOM, Qiddiya, Mer Rouge et Amaala.211 »

En outre, ces fonds souverains, jouent non seulement le rôle de coussins


contracycliques en cas de récession. Ils sont à ce titre dotés de la capacité de devenir
des acteurs majeurs de l’économie mondiale, notamment en s’orientant vers des
investissements écologiques et des entreprises innovantes, sans oublier leur obligation
de se conformer au droit international212.

Sous-section 2. Rapport avec d’autres notions

Les fonds souverains sont articulés à d’autres notions dont ils peuvent garantir
l’émergence ou préserver l’influence (A).

A- Ressources publiques et revenu universel

1- Ressources publiques
Le lien entre les ressources publiques et les fonds souverains peut selon certains
« paraître lointain si l’on s’attache à une définition habituelle des ressources publiques,
à savoir des prélèvements ou contributions obligatoires (impôts, taxes, cotisations
parafiscales), complétés par des emprunts. La démarche peut également surprendre en

211
- Les stratégies d'investissement du fonds souverain saoudien, Rédigé par DG Trésor,
publié le 30 avril 2020. [Link]
strategies-d-investissement-du-fonds-souverain-saoudien. Edition Ministère français de
l’Economie, de la Finance et de la Relance.
212
- Voir BISMUTH, R., « Les fonds souverains face au droit international – Panorama des
problèmes juridiques posés par des investisseurs peu ordinaires », Annuaire Français de Droit
International (2010), 2011, p. 567-606. En ligne: [Link]
3085_2010_num_56_1_4627.

211
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

considérant l’ampleur de la crise actuelle des dettes souveraines, car de tels fonds sont
essentiellement constitués de surplus de ressources définitives 213». Aucun État n’est
actuellement à l’abri d’une remise en cause de son « crédit » public et de son image
d’État sain.
Il est malheureux de voir que tous les États se trouvent ainsi dans l’attente des notations
venant d’entreprises étrangères imposant leur principe d’économicité.
Le pétrole libanais arrive ainsi à un moment où le concept même de l’Etat (du moins
sa souveraineté) nous semble remis en cause.
Il faudrait peut-être alors oublier pour un long moment les fonctions, traditionnelles
pour un État, de régulation ou de stabilisation, d’allocation des ressources ou même
d’affectation, de distribution ou de répartition214.

♦ Une gestion privée récente d’actifs publics

Les fonds souverains ont adopté une position active sur les marchés financiers et ils
usent de nos jours de techniques de gestion privée plutôt que de la gestion publique et
ceci, notamment, en intervenant massivement dans les banques européennes et
américaines.

Des chercheurs de l’université d’Oklahoma ont montré récemment que les


investissements effectués par « un fonds souverain ont donné des résultats globalement

213
- Jean-François BOUDET, « Les fonds souverains : placement de surplus et source future
de recettes publiques », dans Revue française d'administration publique 2012/4 (n° 144),
pages 1003 à 1016.
214
- Voir MUSGRAVE (R.), The Theory of Public Finance, New York, Mc Graw?Hill, 1959 et plus
particulièrement le chapitre 1 « Une théorie multiple du budget de l’État ». Cité dans Maxime
DESMARAIS-TREMBLAY, La théorisation des dépenses publiques de Richard A. Musgrave :
essai d’histoire de la pensée et d’épistémologie économiques. [Link]
[Link]/tel-01475790/document

212
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

négatifs sur une période de huit mois et que l’acquisition d’une entreprise par un fonds
souverain est suivie d’une détérioration de la performance de cette dernière215 ».

Cette gestion privée se trouve aujourd’hui renforcée. Le statut de propriété d’État du


fonds souverain joue un rôle particulièrement important pour les entreprises et peut
provoquer une baisse de sa performance.

L’intervention politique dans les conseils d’administration peut cependant être très
négative pour la performance globale à long terme de l’entreprise. « La sauvegarde de
l’emploi, la notoriété et l’image de marque, la sensibilité du secteur d’activité, les
pressions géopolitiques sont autant de raisons pour lesquelles les intérêts de
l’entreprise, ceux des fonds souverains et de l’État ou des autorités locales peuvent
diverger216 ».

C’est en ce sens que le fonds souverain norvégien avait acheté en 2005 un ensemble
d’obligations de banques islandaises pour les revendre quelques mois après.

Cette double opération avait provoqué une onde de choc et ceci au point d’obliger les
banques centrales danoises, suédoises et norvégiennes à créer un fonds de soutien et de
le contraindre à prêter une partie de leurs réserves à la banque centrale d’Islande.

Cet exemple montre qu’une forte attraction des fonds souverains pour une gamme de
produits ou des actifs d’une zone géographique précise peut engendrer une vague de
spéculation et entraîner des bulles spéculatives très dangereuses217.

♦ Une redistribution de ressources publiques

215
- SCHIMBOR (R.), The impact of Sovereign Wealth Funds Investments on Listed United
States Companies, U.C. Berkeley, Economic Honors Thesis, 29 avril 2009, p. 10.
216
- Jean-François BOUDEt, Les fonds souverains : placement de surplus et source future de
recettes publiques, op. cit.
- BERTIN-DELACOUR C., Les fonds souverains. Ces nouveaux acteurs de l’économie
217

mondiale, Paris, Les Échos-Eyrolles, 2009, p. 21-22.


213
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Le but des fonds souverains est en principe un but pour partie humanitaire. Ce ne sont
pas des producteurs de biens ou de services. Ils se présentent comme de simples
intermédiaires financiers entre l’État et certains bénéficiaires en vue de la redistribution
du profit aux citoyens actuels et surtout futurs. Ils permettent alors d’anticiper
l’épuisement des ressources naturelles218 ou les crises en investissant dans de nouveaux
secteurs d’activités. À ce titre, « ils servent l’intérêt général, même dans son
acceptation la plus libérale : les fonds de rente minière (Moyen-Orient, Norvège,
Russie) et les fonds d’excédents commerciaux et budgétaires (Extrême-Orient)
redistribueront directement leurs gains au profit d’attributaires privés ou publics sous
la forme soit d’allocations, soit de dépenses publiques complémentaires (notamment
d’équipement) »219.

2- Revenu universel
Les fonds souverains pourraient également permettre l’émergence effective d’un
revenu universel. À ce titre, ils pourraient donner naissance à un véritable but

218
- Voir BAUER, A. (ed.) « La gestion des fonds de ressources naturelles : comment assurer
des retombées pour tous », Natural Resource Governance Institute-Columbia University,
2014: [Link]

219
- Voir par exemple le développement d’une industrie de loisir et de tourisme à Dubaï ou la
stratégie de Mubadala visant à développer des activités non liées aux matières premières à
Abu-Dhabi ou l’exemple du fonds KIA pour financer la reconstruction du Koweït après
l’invasion irakienne. Source : Jean-François BOUDET, Les fonds souverains : placement de
surplus et source future de recettes publiques, op. cit.
214
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

humaniste. L'idée d'un revenu universel220, « fantasmée ou sérieusement documentée,


présente toujours l'intérêt de faire réfléchir »221.
Trois voies s'ouvrent afin de le concrétiser : première option, l'or noir autorise le
financement d'une prestation universelle, individuelle et inconditionnelle222 (c’est le
cas de l’Alaska) ; deuxième option, la ressource est remise au service de l'épargne et
des équipements collectifs (c'est le cas typique de la Norvège) ; troisième option, qui
apparaît comme « spécifique des pétromonarchies du Golfe, elle consiste à enrichir les
familles régnantes et à fournir des services strictement réservés aux ressortissants
nationaux223 ».
Dans les Émirats arabes unis il y a une ainsi une redistribution inégalitaire, qui est très
éloignée des principes promoteurs d'un schéma de type revenu universel.
En Norvège la redistribution est quant à elle égalitaire et elle s’opère sur une toile de
fond politique qui est sociale-démocrate. Son fonctionnement est transparent.
Il est évident que tous les espoirs dans notre pays vont en direction d’un fonds
souverain libanais qui se comporterait à la norvégienne.
Cette transparence est assez facile à démontrer. Ainsi la Norvège a un site internet qui
est clairement dédié à son fonds souverain et où tout son fonctionnement y est présenté

220
- Le 9 octobre 2019, le gouvernement français a lancé une consultation citoyenne sur le revenu
universel d'activité (RUA), un projet qui vise à regrouper plusieurs prestations sociales. On réunit
les prestations sociales existantes comme le revenu de solidarité active (RSA), la prime
d'activité, les allocations logement, etc. Le gouvernement doit présenter un projet de loi au
Parlement et les premiers versements du revenu universel d'activité débuteront en 2022.
221
- Universal basic income (UBI), also called unconditional basic income, basic
income, citizen's income, citizen's basic income, basic income guarantee, basic living
stipend, guaranteed annual income, universal income security
program or universal demogrant, is a theoretical governmental public program for a periodic
payment delivered to all citizens of a given population without a means test or work
requirement. Research Associate sought for a microsimulation project on Basic Income based
at the University of Bath, UK, by Malcolm Torry, Apr 8, 2021, Featured, News, Research.
222
- Voir T. PIKETTY, Capital et idéologie, Seuil, 2019.
223
- Toute notre étude concernant le fonds souverain libanais et notamment les critiques que
nous allons formuler et les amendements proposés ont pour but d’éviter cette troisième option.
215
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

de manière parfaitement transparente et ceci « qu’il s’agisse des objectifs, du montant


du fonds ou de ses mouvements.
Ce fonctionnement est cependant une exception 224. En Russie, en Chine ou au Qatar,
par exemple, les fonds souverains ne rendent des comptes qu’aux autorités de leur État,
et un flou certain règne dans la mise en oeuvre de cet outil financier. Cette situation
forme naturellement des obstacles devant l’idée d’un revenu universel au Liban.
Dans la plupart des pays autocratiques, les fonds souverains sont ainsi très proches des
services de l’État : exemple du plus gros fonds souverain chinois, le SAFE, qui gère
environ 1400 milliards de dollars. On comprend alors que le Fonds libanais devra
bénéficier d’une grande indépendance si l’on espère parvenir à un résultat humaniste.

Quels sont les rapports qui peuvent se tisser ainsi entre les fonds souverains et l’idée
d’un revenu universel ?

Au regard des critiques habituelles qui portent sur le caractère irréalisable de leur idée,
Van Parijs et Vandeborght suggèrent certaines solutions qui méritent d’être
discutées 225.

224
- Patrice HIDDINGA, Christophe STALLA-BOURDILLON, « Les fonds souverains : menace ou
opportunité ? », Dans Le journal de l'école de Paris du management 2009/4 (N°78), pages 17
à 26. Le Fonds souverain ne doit pas présenter au Liban un risque parce que l’époque est
celle des crises. En effet pour Christophe Stalla-Bourdillon : « D’abord diabolisés, les fonds
souverains ont été présentés en 2006 comme une menace absolue, puis, en 2007, comme
une menace relative. J’entends encore Jean Arthuis, président de la commission des Finances
du Sénat, me dire début 2008 : « Avons-nous les moyens de nous passer des fonds
souverains ? ». Avec la sortie du rapport d’Alain Demarolle, 2008 fut en quelque sorte une
année de sereine cohabitation avec les fonds souverains et, aujourd’hui, la menace semble
minimisée, certains considérant qu’avec la crise, nous en avons fini avec le risque « fonds
souverains ».
225
- Il s’agit « d’un revenu universel, servi sur l'ensemble de la planète, financé à partir de 25
% du PIB mondial. Une telle prestation, qui bousculerait tous les équilibres mondiaux, pourrait,
selon les deux spécialistes, se financer sur une taxe carbone mondiale. Rien n'est impossible
à coeur vaillant ». Source :
Julien DAMON, « Tour du monde du revenu universel », Droit social, Répertoire Dalloz, 2020.
811.
216
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En effet ces chercheurs avaient ainsi lancé l’idée d’un revenu inconditionnel qui est
avant tout un instrument d’émancipation. Ce revenu universel « devrait être suffisant
pour échapper à la pauvreté, à l’exploitation et à l’exclusion ».

Cette idée n’est pas nouvelle. Elle date en fait du 18e siècle, et elle se trouve présente
sous une forme moins élaborée depuis la nuit des temps.

Elle gagne cependant de nos jours de l’intérêt en raison de la crise économique, de la


pauvreté grandissante, ainsi que du développement du chômage et des gains gagnés
par certains grâce au pétrole.

« En France, c'est l'élection présidentielle de 2017 qui a provoqué l'idée dans le débat
public.

Sous le nom de « revenu universel », le candidat du PS Benoît Hamon en avait fait


ainsi la proposition centrale de son programme226.

Même si cette proposition radicale court le risque de ne pas se réaliser il convient, selon
nous, de rester confiant et de faire le pari de l’utopie.

La relation est donc étroite entre les fonds souverains et le revenu universel.

À l'heure où le débat sur le revenu universel réapparait les schémas qui sont présentés
dans les pays bénéficiant d'une rente pétrolière nous apparaissent comme riches
d'enseignements. « Le serpent de mer du revenu universel réapparaît à l'occasion de la
crise du coronavirus, sous ses deux options de dépense budgétaire ou de création
monétaire (la « monnaie hélicoptère »)227 ».
Enfin, la seule expérience effective de revenu universel est aujourd’hui celle de
l’Alaska où « un fonds souverain distribue une rente pétrolière annuelle. En 2015,

226
- Vittorio DE FILIPPIS, Libération, 18 avril 2019.
- Julien DAMON, « Grâce à l'or noir, trois nuances de revenu universel », L’express, 24 - 5 -
227

2020.
217
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

chaque résident a reçu 2072 dollars (soit l’équivalent de cent cinquante-quatre euros
par mois) ».

Ce revenu n’est pas suffisant pour vivre convenablement. Il est, par exemple, moins
important que le montant garanti par les minima sociaux en France. En outre, il
convient de ne pas oublier que son montant varie selon les fluctuations de la production
et des prix pétroliers.

B- Position de la France et certains pays


arabes

L’expérience de certains pays sur cette question et


au-delà de la situation de la France peut être d’une
grande utilité dans la compréhension d’une possible
mise en œuvre de cette notion.

1- Position de la France
La France n’est pas hostile aux investisseurs étrangers cependant la protection de ses
intérêts reste une préoccupation première.

En ce sens, l'ex-président de la République, Nicolas Sarkozy, lors d’un voyage à Riyad,


en Arabie Séoudite avait déclaré : « La France sera toujours ouverte aux fonds

218
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

souverains dont les intentions sont sans ambiguïté, dont la gouvernance est transparente
et dont le pays d'origine pratique la même ouverture à l'égard des capitaux
étrangers »228.

La France distingue donc entre les fonds souverains à bonne intention et les autres, de
mauvaise intention. Selon la loi française de 2004, les investisseurs étrangers doivent
impérativement obtenir l’aval du ministre de l’Économie et des Finances lorsqu’ils
souhaitent prendre des positions dans les entreprises qui participent :

 « À l'exercice de l'autorité publique » ;


 « À des activités de nature à porter atteinte à l'ordre public, à la sécurité publique
ou aux intérêts de la défense nationale » ;
 « À des activités de recherche, de production ou de commercialisation d'armes, de
munitions, de poudres et substances explosives 229.

Les fonds souverains sont ainsi obligés de respecter ces conditions230.

Dès lors, les entreprises françaises admettent donc tout à fait les investisseurs étrangers.

Le fonds norvégien est, par exemple, le premier investisseur étranger présent sur le
marché français.

De même, des entreprises stratégiques comme Total, Vivendi, Suez


Environnement ou Sanofi Aventis ont à leur capital, des fonds souverains chinois,
émiratis ou qataris.

Plus largement l’Amérique du Nord et l’Union européenne ont mis en garde les pays
détenteurs de fonds d’investissement afin de protéger leurs entreprises.

228 - Fondation Prometheus, lundi 14 janvier 2008, codifié par la loi no 2004-1343 du 9
décembre 2004.
229
- Article L151-3 du Code monétaire et financier, modifié par la loi no 2004-1343 du 9
décembre 2004.
230
- Le fonds qatari QIA a notamment dû effectuer une demande en ce sens pour l’acquisition
de l’entreprise Cegelec, dont les compétences servent à la défense et au nucléaire.
219
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Les autorités publiques anglaises et américaines avaient ainsi ciblé le manque de


transparence des entreprises et après la crise de 2008 le Premier ministre
anglais, Gordon Brown, avait défendu les entreprises britanniques.

Pour éviter d’autres nationalisations, la Grande-Bretagne préfère demander le soutien


des amis du Golfe et ainsi se démarquer des pays de la zone euro231.

La France a, quant à elle, agi avec retard : elle a pris tardivement conscience de la
nécessité de protéger ses entreprises stratégiques.

L’affaire Alstom avait déjà sonné l’alarme. Celle-ci est considérée comme «
particulièrement symptomatique d’un angélisme qui a amené la France à perdre le
contrôle d’une entreprise pourtant vitale pour la souveraineté »232 économique de l’État
ainsi que pour la défense nationale et l’indépendance énergétique. Pour répondre à cette
situation, les auteurs de la proposition estiment même qu’une telle perte de
souveraineté n’aurait été possible dans aucune autre grande puissance économique.

La crise sanitaire liée à l’épidémie de covid-19 fait également apparaître au grand jour
ce qu’il en coûte d’avoir perdu sa souveraineté économique. Pour la France c’est donc
l’occasion, plus que jamais, de faire preuve d’innovation afin de résoudre un problème
de contrôle capitalistique en constituant un Fonds souverain233.

231
- [Link]
pour-demander-un-soutien-financier/
232
- Proposition de loi N° 2856 visant à la création d’un fonds souverain destiné à soutenir les
entreprises françaises des secteurs stratégiques, écrite par Olivier MARLEIX le 28-4-2020.
[Link]
233
- Idem. Relevons aussi : « Dans certains pays comme la Norvège ou les pays du Golfe, les
fonds souverains s’appuient sur une ressource stratégique comme le pétrole pour financer
leurs actions. La France ne dispose pas de telles ressources mais n’est pas sans atouts, dont
un majeur constitué par l’épargne des Français. La réorientation de l’épargne constituée en
produits d’assurance-vie vers les marchés de capitaux est un constat fait par tous, mais sans
avoir cherché jusqu’ici à en faire une réponse à notre problème de souveraineté
économique ». Idem.

220
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

2- Position d’autres pays


D’autres expériences peuvent justifier notre attention à cette question des fonds
souverains en lien avec l’exploitation des ressources pétrolières.

♦ Le fonds souverain jordanien

M. Adly Qandah234 se demandait récemment de quel fonds souverain d'investissement


il s’agissait en Jordanie lorsque le budget du Trésor enregistre année après année déficit
après déficit ? « Le fonds souverain au sens mondial et même régional est un fonds que
l'État établit à partir de ses fonds excédentaires et éloigne ses fonds des utilisations et
dépenses actuelles, pour les laisser aux générations futures, afin d’être utilisé dans les
moments difficiles lorsque le pays traverse des difficultés financières ou des
circonstances difficiles comme celle que le Royaume de Jordanie traverse pendant la
pandémie de Corona ».

Le budget du Trésor jordanien, explicite l’auteur, enregistre des déficits successifs


année après année. Ainsi ce dont vont nécessairement hériter les générations futures,
ce sont des dettes et des obligations dont le prix est élevé et leur fardeau pèse davantage
sur le Trésor et ses institutions et sur les épaules des citoyens.

Un fonds souverain est souverain lorsqu'il est détenu à 100% par l’État. Or, en Jordanie,
on veut laisser cela au secteur privé et aux fonds d’investissement gérés par le secteur
privé235 ce qui semble à l’auteur très problématique. L'intelligence du gouvernement

234
- Dr Adly QANDAH, « De quel fonds souverain parle-t-on ? » Journal al-Ghad, Amman, 12
janvier 2021.

235
- Idem.
221
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

jordanien serait alors d'amener ces fonds à investir dans des secteurs qui réalisent le
développement en Jordanie.

Le docteur Adly veut ainsi énoncer les choses clairement et nettement : les fonds
excédentaires en Jordanie se trouvent selon lui à quatre endroits.

Le premier concerne les banques, qui ont plus de 55 milliards de dinars d'actifs et qui
sont majoritairement des fonds destinés au secteur privé et à ses entreprises.

Le deuxième, en bourse, où le volume de fonds qu'il contient est mesuré par la valeur
boursière des actions qui y sont cotées, et qui a atteint 12,9 milliards de dinars à la fin
de 2020. C'est aussi le secteur privé qui en possède la plus grande partie.

En troisième lieu il y a les actifs de la banque centrale en devises qui sont estimés à
environ 16 milliards de dollars. Il s’agit d’actifs souverains, mais leurs objectifs sont
différents et ne peuvent être affectés que pour des objectifs de politique monétaire.

Quant au quatrième endroit, c'est le Fonds d'investissement de la sécurité sociale, et


son argent n'est pas destiné au Trésor, mais aux souscripteurs de la sécurité sociale, ces
fonds ne pouvant être touchés.

Fort de ce constat, l’auteur conclut que le fonds souverain pour remplir sa tache doit
passer par une revue entière et radicale de la politique d'investissement des fonds, afin
de la développer et de l’améliorer pour être en phase avec les développements
mondiaux dans ce domaine.

Enfin l’auteur termine par la même question posée au début : « La Jordanie peut-elle
avoir un fonds souverain ? » Il répond à celle-ci par la positive à condition que cela se
fasse à travers un travail sérieux menant à des réflexions profondes sur l’évolution de

222
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

la législation et de la gouvernance, car « la Jordanie dispose de ressources abondantes


dans son ciel, son sol et son sous-sol »236.

Certains pays font parfois n’importe quoi afin de faire fructifier leurs fonds souverains.
Cette action se fait néanmoins au détriment des intérêts de leurs citoyens. Par exemple :
huit milliards de dollars ont été investis en pleine crise du Covid-19 par le fonds
souverain de l’Arabie saoudite dans l’action des mastodontes de l’économie mondiale,
de Boeing à Facebook. Cette frénésie tranche avec les mesures d’austérité appliquées
aux citoyens. Le double choc de la pandémie de Covid-19 et l’effondrement des prix
du pétrole ont incité le gouvernement à tripler la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), à
suspendre des allocations et à réduire les dépenses pour endiguer la croissance de son
déficit budgétaire. Ces mesures drastiques mettent à rude épreuve un contrat social dit
« rentier » qui, pendant des décennies, a vu le royaume utiliser sa richesse pétrolière
pour offrir aux citoyens de généreuses subventions, des emplois et un mode de vie
confortable, et ceci sans impôts. Cependant, récemment, le Public Investment Fund
(PIF) – en passe de devenir un des plus grands chasseurs de bonnes affaires – a dépensé
des milliards pour acheter des parts dans des entreprises étrangères de premier plan237.

SECTION DEUXIEME : LE FONDS SOUVERAIN


LIBANAIS : UN PROJET PROMETTEUR

Comment est née l’idée d’un fonds souverain au Liban et pourquoi (sous-section 1) ?
Cette interrogation liminaire implique pour pouvoir permettre une application

236
- Idem. Il va sans dire que nous pouvons formuler les mêmes critiques et remarques
concernant le fonds souverain (en projet) du Liban.
237
- Le Figaro, 1 juin 2020.
223
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

convenable que le projet se déroule avec une dose satisfaisante de transparence dans
un pays qui reste rongé par la corruption (sous-section 2).

Sous-section 1. L’importance d’un fonds


souverain pour le Liban
La mise en œuvre d’un fonds souverain au Liban exprime une certaine unanimité quant
à la structure juridique nécessaire afin de permettre de résister à une corruption
endémique et de garantir des richesses au bénéfice des générations futures (A). Cette
structure mérite en outre une analyse détaillée (B).

A- Unanimité sur la structure juridique du


fonds souverain
Cette unanimité tenant à la finalité de ce fonds s’explique par le profond espoir que
laisse naître l’éventualité de cette exploitation pétrolière au Liban.

« Les perspectives énergétiques soulèvent un grand espoir au sein de la société civile


libanaise. L’exploitation des gisements pourrait non seulement rapporter plusieurs
milliards de dollars à l’État libanais et donc éponger sa dette publique, mais aussi
garantir l’avenir des générations futures. Cependant, la mise en place des structures
juridiques, administratives et financières qui doivent l’encadrer a pris un retard
considérable, principalement en raison d’intérêts politiques guidés par l’appât du
gain238 ».

Le Liban n’est pas, on le sait, le seul pays prometteur dans le domaine de l’or noir
méditerranéen. D’autres pays de la région sont mieux préparés, notamment Israël et

238
- Nada Abdul Rahim Brussels Invest and trade market survey.
[Link]
A9trole%20et%20gaz%20au%[Link]
224
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Chypre qui avancent rapidement sur la voie d’exploration de leurs nouvelles richesses
gazières alors que le Liban est bien en retard.

Pendant que les partis politiques se font de petites guerres, les pays voisins avancent.

Le pays est, en outre, déjà en passe de perdre des marchés régionaux avec la Jordanie
et bientôt avec l'Égypte, au profit d'Israël.

Le constat est donc redoutable…

Le Liban profitera-t-il un jour de ses richesses ? Étrangement cette source de richesse


non renouvelable ne semble pas constituer une priorité pour nos dirigeants !

Dans l’immédiat, et ceci, quelle que soit l’issue du blocage ministériel actuel, on doit
espérer qu’une volonté politique nationale impose le respect des engagements pris par
les autorités libanaises dans ce domaine.

Il faudrait tout d’abord adopter une réelle stratégie, et mettre en place une « bonne
gouvernance » ainsi que des structures administratives, juridiques et financières
appropriées.

Quoi qu’il en soit, même avec les retards et les complications prévus pour l’exploration
du pétrole, le Liban pourrait passer de la situation d’un pays largement endetté à un
pays excédentaire ; un scénario qui conduirait alors à une transformation majeure des
perspectives économiques du pays.

Il va sans dire que les besoins du pays dans le domaine du pétrole et du gaz ainsi que
dans les différents secteurs qui en découlent seront très importants à moyen et long
terme compte tenu du fait qu’il s’agit d’un secteur pas encore exploité.

Dans un court entretien que j’ai effectué avec une personnalité politique libanaise
influente, Fouad Makhzoumi, j’ai pu obtenir les développements suivants relatifs au
projet du pétrole et au fonds souverain en particulier.

225
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En réponse à ma première question sur l’exploitation du pétrole au Liban le député M.


Makhzoumi a expliqué que chaque goutte de pétrole que nous extrayons de la mer ou
de la terre n’aura pas d’alternative. Par conséquent « si nous n’avons pas un fonds
souverain capable de gérer au profit des générations futures, nous n’irons pas sur le
bon chemin, nous continuerons dans le processus de gaspillage et de corruption ».

Il souhaite travailler avec des sociétés pétrolières efficaces et rassurantes comme Total
afin que nous puissions acquérir une expérience avec le temps, et former des
professionnels libanais capables de servir dans d’autres pays en matière d’extraction et
d’exploration de pétrole. Pour Makhzoumi le fonds souverain doit être ainsi loin de
toute ingérence politique pour préserver l’avenir de nos enfants.

Dans un autre entretien avec un économiste académicien libanais de renom, Jasem


Ajaqah, et en réponse à ma question sur l’importance du projet de fonds souverain
libanais, il m’a été répondu que les déclarations de certains hommes politiques sur
l'utilisation des revenus pétroliers pour rembourser la dette publique constituent une
réelle menace pour la richesse pétrolière. Le fonds souverain implique un rôle
économique majeur en soutenant l'économie et non un rôle seulement financier pour
combler le déficit et la dette publique de l'État.

Dans la suite de notre conversation, il a expliqué que la méthodologie adoptée par les
gouvernements successifs depuis des décennies a créé un important déficit budgétaire
qui s'est transformé en dette publique.

Ce déficit est devenu très élevé par rapport à la taille de l'économie libanaise, et il ne
répond pas aux besoins financiers de l'État.

Ce que certains politiciens suggèrent, c'est d'utiliser une partie des revenus de la
richesse pétrolière pour couvrir une partie de la dette publique. Ceci contredit toutes
les théories économiques qui affirment que le rôle de la richesse pétrolière est de
soutenir les investissements dans la machine économique, que ce soit directement par
226
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

l'utilisation d'une partie des revenus pétroliers et gaziers du fonds souverain pour les
investissements dans l'économie libanaise, ou indirectement à travers les rendements
des investissements des fonds souverains résultant des investissements mondiaux et
l'utilisation de ceux-ci. Le produit sert à soutenir les investissements dans l'économie
libanaise.

Le rôle du fonds souverain, insiste M. Ajjaka, est donc un rôle purement économique,
et toute tentative de changer ce rôle est contraire aux principes fondamentaux de la
gestion souveraine de la richesse dans le monde.
Le but premier des fonds doit être de favoriser la situation économique nationale.
Certaines sphères médiatiques et politiques se sont rapidement alarmées de la
« voracité » des fonds souverains pour les entreprises internationales.
De nombreux fonds souverains au contraire recentrent aujourd’hui leurs stratégies
d’investissement sur l’économie nationale, comme le fait actuellement Poutine.
Ce dernier œuvre afin de limiter l’exposition internationale du National Welfare Fund
pour l’investir dans des obligations d’État nationales dans le but d’encourager le
financement d’infrastructures vitales pour l’économie russe.
À ma question de savoir quelles sont les conditions de réussite d’un fonds souverain
libanais M. Ajjaka énonce ensuite que la vigilance devrait être redoublée : « il existe
au Liban deux facteurs principaux qui tiennent compte de la cause économique du
Liban : la division confessionnelle et la corruption endémique. Ainsi, utiliser les
revenus de la richesse pétrolière dans les dépenses courantes apparaît comme une
véritable incinération de la richesse pétrolière et un crime contre les générations
futures.
L'idée d'un fonds souverain est donc née dans cette perspective de garantir les droits
des générations futures et le Liban doit à ce titre apprendre des leçons d’autres pays239.

239
- Entretien avec Jasem Ajjaka, 2-5-2021.
227
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Pour M. Ajjaka les estimations de la taille de la richesse pétrolière au Liban, selon les
prix du pétrole et du gaz aujourd'hui, sont de 200 milliards de dollars, avec une
probabilité de 95%, et de 500 milliards de dollars, avec une probabilité de 5%.

Le gaz naturel est considéré comme la base de cette richesse qui, étant donné ses
caractéristiques, donnera au Liban une dimension stratégique qu'il n'aurait pas obtenue
sans cette richesse.

Le fonds souverain devrait cependant être sous la tutelle de l'État libanais en tant que
propriétaire de ce fonds, mais sa gestion appartient à un conseil d'administration
composé de dix personnes, dont 5 du secteur public et 5 du secteur privé. La présence
du ministre des Finances, du ministre de l'Économie et du gouverneur de la Banque du
Liban au conseil d'administration est jugée essentielle, tandis que l'autorité politique se
voit confier la nomination des deux autres membres du secteur public.

Quant au secteur privé, il est représenté par deux personnes représentant les banques,
un représentant des instances économiques, un représentant des syndicats et un expert
en investissement reconnu.

M. Ajjaka insiste sur le fait que l'audit des comptes et de la gestion du fonds doivent
être confiés à une société d'audit globale qui remettra un rapport annuel entre les mains
du conseil d'administration, mais aussi entre les mains du peuple libanais, afin d'assurer
une transparence absolue dans la gestion de ce fonds.

B- Des positions et analyses de la loi

1-Des idées et des propositions

228
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Aujourd’hui sur la table des commissions parlementaires libanaises mixtes, il y a 4


propositions de lois fondamentales pour le secteur pétrolier.

Les experts estiment qu'il n'y a pas lieu actuellement de se précipiter afin de les
approuver dans un court laps de temps et ils mettent en garde contre le danger de ne
pas les étudier longuement. En effet, toute étape incomplète peut éliminer les espoirs
de gérer efficacement ce secteur240.

Dans ce contexte, l'experte en affaires pétrolières et gazières, Lori Haytayan souligne


qu'après 5 ans d'exploration, les entreprises commencent à peine à développer un plan
de production et d'investissement, et à rechercher des marchés et à signer des contrats
de vente. Elle observe que cette étape à long terme peut s'étendre sur environ 5 années
supplémentaires241.

Cependant, Haytayan a également estimé que l'approbation de ces lois n’était pas une
question urgente et qu'il n’était pas nécessaire à l'heure actuelle des précipiter.

Il estime que la hâte d’adopter ces lois n’est pas positive. Au contraire, elle peut
comporter des risques. En effet, « […] nous parlons de quatre lois d’une grande
importance, il faut une étude délibérée et veiller à ce qu’il n’y ait pas de conflit entre

240
- Rana SAARTI, « La précipitation pour adopter les lois pétrolières est sous risques », AL
JOMHOURYA, 08 décembre 2017.
241
- Dans l'intervalle, la Chambre des représentants accélère l'approbation des lois
pétrolières, et le président du Parlement, Nabih BERRI, a convoqué les commissions mixtes
(mai 2021) pour étudier les propositions de lois suivantes :
- Loi sur les ressources pétrolières dans les territoires libanais (fil Aradi al-Lubnanya).
- Loi sur le fonds souverain libanais.
- Loi relative à la Compagnie nationale libanaise de pétrole.
- Loi visant à créer une direction générale des actifs pétroliers au sein du ministère des
Finances. Idem.
229
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

elles, et que les quatre lois soient conformes à une vision économique scientifique et
moderne 242».

Heitayan note qu’un ordre de priorités doit être respecté : on doit ainsi commencer par
adopter la loi sur le fonds souverain, car « les revenus des ressources naturelles, qui ne
commenceront pas à être collectés avant 10 ans, doivent aller directement au fonds
souverain. En second lieu vient la loi visant à créer une direction générale des actifs
pétroliers au ministère des Finances, puis la loi sur la société nationale libanaise du
pétrole, enfin la loi sur les ressources pétrolières dans les territoires libanais243 ».

L’auteur estime, en outre, que l'accord sur l'utilisation de l'argent du fonds souverain
doit être décidé dès le début à travers une large discussion de la loi, et pas seulement
par les commissions parlementaires et le parlement, mais aussi par l'implication du
monde associatif et de la société civile.

L’auteur appelle ensuite à ne pas précipiter l'adoption de la loi sur le fonds souverain
pour convenir à l'avance de la manière de dépenser l'argent du fonds selon un plan
économique global définissant les secteurs qui devraient bénéficier des revenus
pétroliers.

Quant à la loi relative à la Compagnie pétrolière nationale libanaise, il faut souligner


selon l’auteur que cette société ne devrait pas être similaire à celui de la Commission
de gestion du secteur pétrolier (CGSP), qui supervise et réglemente les travaux du
secteur pétrolier. Cette compagnie est une société commerciale compétitive comme
toutes les entreprises privées qui cherchent le profit.

La Compagnie pétrolière nationale libanaise future devrait pouvoir profiter de


l’expérience des autres compagnies nationales afin d’éviter certaines erreurs, et ceci

242
- L’Orient-Le Jour, 2-3-2021
243
- Idem.
230
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

d’autant plus que l’avenir et l’évolution de la bataille entre le privé et le public sont en
train de se dessiner et que les ambiguïtés règnent244.

2- Le projet présenté par César Abi khalil

L'ancien ministre de l’Énergie (et député du groupe parlementaire aouniste Liban Fort)
César Abi Khalil, a récemment déposé au Parlement une proposition de loi pour la
création d'un fonds souverain libanais, où devraient être placés les revenus potentiels
de l’État issus de la production de gaz et de pétrole.

« J'ai présenté un projet de loi pour l'établissement d'un fonds souverain qui respecte
les standards internationaux en matière de transparence et de bonne gouvernance et qui
protège le droit des Libanais à bénéficier des ressources pétrolières »245.

L'adoption d'une loi pour la création d'un fonds souverain fait ainsi partie de la
déclaration ministérielle. Toutefois, les revenus potentiels de l'exploitation des
ressources en hydrocarbure ne devraient pas intervenir avant 7 à 10 ans et ne peuvent
pas encore être estimés à ce stade246..

244
- Pour Marc-Antoine PEROUSE DE MONTCLOS le paysage pétrolier sera demain très
différent : « Depuis les grandes nationalisations des années 1970, le recul des multinationales
semble acquis, ce qui ne les empêchera pas de continuer à se développer sur les créneaux
les plus technologiquement sophistiqués, en particulier dans l’offshore profond. Les
compagnies pétrolières publiques, seront aussi amenées à évoluer assez rapidement. En
l'absence d'un modèle unique, il est impossible de leur prédire une trajectoire commune ».
Source : Marc-Antoine Pérouse de Montclos, États et compagnies pétrolières nationales : des
acteurs du futur ou du passé ?, Politique étrangère , Été 2016, Vol. 81, No. 2 (Été 2016), pp.
171-181.
Stable URL: [Link]
245
- Orient-le Jour, le 23 mai 2019.
246
- Ma traduction cherhce à être le plus fidèle possible à la lettre et à l’esprit du projet.
231
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Sous-section 2. Les problèmes posés


Quelles sont aujourd’hui les questions qui doivent impérativement être résolues afin
de permettre le succès de l’initiative libanaise sur le pétrole et le gaz ? (A). Cette
interrogation impose également une réflexion sur les mécanismes envisagés afin de
garantir la transparence (B).

A- L’Initiative libanaise sur le pétrole et le gaz


Les fonds souverains sont pris en compte de plus en plus au niveau international du fait
de l'origine des ressources dont ils bénéficient247. Cependant, ils sont souvent remis en
cause du fait de leur faible niveau de transparence. Les assemblées annuelles du Fonds
Monétaire international et de la Banque mondiale demandent souvent aux différentes
institutions financières de définir un cadre de bonnes pratiques pour les fonds
souverains et les pays accueillant leurs investissements.

L'OCDE adopte quatre principes : la non-discrimination, la transparence, la


prévisibilité et la proportionnalité. Ces principes sont applicables aux mesures de
contrôle des investissements étrangers, adoptés par les chefs d'États et de
gouvernement du G8248.

247
- Excédents commerciaux comme pour la China Investment Corporation mais aussi et
surtout l'exploitation de certaines ressources naturelles, et en particulier le pétrole.
248
- Source : Laurent Bibaut, Singularités de l'arbitrage CIRDI face à l'arbitrage conventionnel
: Souveraineté des Etats et fonds souverains d'investissement, Sous la direction de Madame
le Professeur Marie-Eve Pancrazi.
[Link]

232
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L’Initiative libanaise sur le pétrole et le gaz a publié sur son site249 un article intéressant
dans lequel elle met en garde contre la possible corruption qui peut résulter à l’avenir
du processus de sous-traitance dans le secteur pétrolier et gazier libanais.

Le souci, selon nous, réside en ce que le travail du secteur pétrolier devra être bâti sur
des bases qui empêchent la corruption et assurent la transparence. La corruption est
devenue un phénomène qui fait la honte du Liban250.

Joseph Maïla de l’Orient le Jour a pu expliquer cela de manière significative : « On


pourra se perdre en conjectures sur les raisons du mal qui a rongé le Liban jusqu’à sa
destruction, celle majeure qui l’explique et permet de la comprendre est cette
propension à détourner la loi, à corrompre ses représentants et à préférer à l’intérêt
général l’enrichissement personnel ou encore l’avantage communautaire »251.

Cette terrible habitude libanaise de vouloir voler l’État, qui se présente alors comme
un trésor à piller et un butin à accaparer.

L’État libanais serait une occasion offerte aux chanceux pour s’enrichir et enrichir les
siens.

Ces pratiques de corruption peuvent comprendre par exemple, l'attribution de contrats


futurs de sous-traitance en matière de transport du pétrole à des entreprises auxquelles
des personnalités politiques de premier plan sont liées, directement ou indirectement,

249
- [Link]
oil-gas-sector-2018-Arabic
250
- Rien que de savoir que c’est devenu un sujet de discussion, notamment entre le Président
Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian. Durant ses deux visites au Liban Emmanuel
Macron a évoqué ce sujet avec les plus hautes autorités libanaises comme une maitresse
dans une école de la classe de huitième. L’humour libanais a créé un hashtag : « Ils s’en
foutent quoi qu’on leur dise ».
251
- Joseph MAÏLA, L’Orient-le Jour, 20 janvier 2021.
233
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

ou la possibilité d'exclure des fournisseurs éligibles de la concurrence pour des contrats


en faveur d'un sous-traitant choisi parmi les amis.

Dans ces cas les Libanais supportent non seulement la perte de gains économiques
directs provenant des ressources naturelles de leur pays, mais peuvent également être
exposés à un ralentissement de la croissance économique et à la détérioration de l'état
de droit.

Dans l’article précité,252 les auteurs de la LOGI examinent le cadre réglementaire de


la sous-traitance dans le secteur pétrolier et gazier au Liban et formulent des
recommandations concrètes qui visent à renforcer la protection du Liban contre les
risques de corruption associés à l'attribution de contrats à des sous-traitants.

À ce jour, il existe très peu de normes internationales qui concernent la sous-traitance


en soi.

Compte tenu de la pénurie de normes internationales à cet égard, il faudrait se référer


aux meilleures pratiques internationales liées à la passation de marchés dans le secteur
pétrolier et gazier et à une liste des meilleures pratiques pouvant être appliquées dans
le domaine de la sous-traitance, ainsi que la gouvernance de la sous-traitance dans le
secteur pétrolier et gazier au Liban.

Trois dispositions légales ressortent du cadre réglementaire de la sous-traitance


libanaise dans le secteur pétrolier et gazier.

La loi de 2010 sur les ressources pétrolières marines accorde comme nous l’avons vu
un cadre juridique général du contrat de l'État libanais avec les sociétés pétrolières pour
l'exploration et la production de pétrole et de gaz, ainsi que l'instrument principal qui
permet aux sociétés pétrolières de conclure des accords avec des sous-traitants.

252
- Idem.
234
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En deuxième lieu se trouve présent le décret sur les Activités Pétrolières adopté en
2013, et qui définit clairement les droits et devoirs des parties impliquées dans
l'exploration et la production pétrolières et gazières, y compris les sous-traitants.

En troisième lieu existe l'accord d'exploration et de production adopté en 2018, et qui


reprend les termes spécifiques de l'accord conclu entre l'État libanais et trois
compagnies pétrolières actuellement à l’œuvre, à savoir TOTAL (française), ENI
(italienne) et Novatek (russe). Ces accords sont liés à l'exploration et à la production
de pétrole et de gaz dans les blocs 4 et 9 de la zone économique exclusive du Liban.

Notons que les textes juridiques susmentionnés comportent des mécanismes de


prévention de la corruption.

Par exemple, toutes les parties qui exercent des activités pétrolières doivent coopérer
avec l'État libanais afin de prévenir la corruption et ne pas se livrer à des activités
pouvant entrer dans le cadre de la corruption, conformément à l'article 162 du décret
de 2013.

Dans le même contexte, tout titulaire de droit doit informer l'Administration pétrolière
au Liban de tout arrangement ou accord qui sera conclu en relation avec les activités
pétrolières stipulées dans lequel ce titulaire ou les sociétés qui lui sont associées ont un
intérêt direct ou indirect pouvant entrer en conflit avec les intérêts de l’État, comme le
prévoit l’article 42 de l’accord d’exploration et de production253.

B-Le souci de la transparence


Cette question de la transparence apparaît actuellement comme une condition
nécessaire à la légitimité des normes étatiques. Elle offre ainsi aux citoyens la

253
- [Link] Idem
235
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

possibilité de participer à la création de la norme qui s’applique à eux. En ce sens, elle


manifeste une nouvelle dimension de l’exigence démocratique. Cette nouvelle
légitimité se présente dans la possibilité de dégager la nécessaire consultation des
populations concernées ainsi que dans la transparence du processus mis en œuvre.

1-Consultations publiques et transparence


Le processus de consultations publiques joue un rôle important dans la construction
d'un langage commun entre l'autorité publique d'une part, et la société civile d’autre
part.

Les textes législatifs doivent ainsi se déduire réellement d’une volonté qui est issue
directement de la société. La loi sur la consultation publique est à ce titre l'un des outils
de l'état de droit, où tous les Libanais se sentiraient responsables et auraient le droit de
participer à la prise de décision.

Au Liban, une grande partie de la population se sent marginalisée et éloignée de tout


processus législatif et politique. Cette marginalisation et cette défiance sont confortées
lorsque des scandales éclatent devant lesquels le peuple libanais se sent dupé et éloigné
de toutes les grandes décisions254.

254
- Par exemple le scandale Sonatrach. En effet la Compagnie libanaise Électricité du Liban
(EDL) avait porté plainte devant les tribunaux libanais puisque le pétrole de certaines
dernières livraisons effectuées par la filiale londonienne de Sonatrach était « défectueux
([Link]
petrole#). Une enquête a été ouverte en Algérie sur ce scandale de grande ampleur.
Des responsables libanais accusent Sonatrach d’avoir livré du pétrole défectueux à la société
publique Électricité du Liban (EDL) et ont procédé à une vingtaine d’arrestations depuis le
mois d’avril, dont celle du représentant libanais de Sonatrach, Tarek Faoual. La société civile
libanaise fustige la nature « secrète » du contrat signé entre la société pétrolière algérienne
et l’État libanais en 2005, l’année même où l’Algérie a annoncé l’ouverture de ses importantes
réserves gazières aux échanges commerciaux. La société gazière et pétrolière publique
algérienne que nous avons évoquée dans plusieurs endroits de notre thèse est soupçonnée
d’avoir un ensemble de clans, oligarques, politiciens, gens de l’armée et des services de
sécurité, bref tout un monde corrompu et qui utilise cette compagnie nationale pour piller l’Etat.
236
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

D'où la nécessité au Liban de promulguer une loi qui impliquerait réellement les
Libanais dans la prise de décision, et leur donnerait le droit d'exprimer leurs opinions
sur les politiques, lois et décisions proposées par l'autorité255.

Donnons comme exemple les consultations publiques qui ont été adoptées au Québec
et en France : elles vont permettre de donner une voix à certaines critiques de la part
des militants, sur la question des permis d'exploration du gaz de schiste par les citoyen-
ne-s et les collectivités locales256.

Pour certains cette possibilité n’est pas encore suffisante : « Les mobilisations franco-
québécoises ont finalement permis d'initier les débats, mais elles n'ont pas permis
d'amorcer les consultations publiques de manière adéquate. Le déroulement des
consultations et la composition partiale du comité de l'ÉES au Québec ont suscité de
vives critiques. La France n'a pas de son côté sollicité la Commission nationale des
débats publics pour permettre aux acteurs d'échanger (…). Ainsi, le retard ou l'absence
de déclenchement de ces mécanismes, pourtant « acquis démocratiques », a empêché
les citoyen-ne-s de prendre une décision libre, préalable et éclairée »257. Le projet de
loi sur les consultations publiques qui a été présenté par l’Initiative libanaise sur le
pétrole et le gaz s'applique à toutes les consultations publiques organisées par les
autorités publiques concernant toute initiative législative, à l'exception des cas relatifs

255
- L’initiative libanaise pour le pétrole et le gaz (LOPI) améliore un projet de loi qu’elle compte
faire parvenir au parlement, (18-12-2020, Orient-Le Jour).
256
- Louise AYNE, Les moratoires contre les gaz de schiste au Québec et en France : analyse
socio-juridique de leurs forces et faiblesses au regard de la protection de l'environnement,
Université du Québec à Montréal, Mémoire, Mai 2016.
[Link]
257
- Pierre BATELLIER, « Revoir les processus de décision publique : de l'acceptation sociale
à l'acceptabilité sociale », Gaia Presse (1 octobre 2012), en ligne: http ://gaia presse. ca/ a na
lyses/revoir/[Link].
Un autre exemple : les consultations publiques au sujet de la plateforme d´exploitation sur le
site du gisement Old Harry, à 80 km des îles de la Madeleine, au Québec :
[Link]
dans-le-golfe-du-saint-laurent-debutent-tres-prochainement/
237
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

aux questions de la Défense nationale, de la protection des intérêts nationaux, de


sécurité, etc.

Cette question de consultations publiques au sujet du pétrole et du gaz et en général sur


toutes questions qui intéressant les citoyens puise ses origines dans la démocratie
grecque et plus spécifiquement dans le concept de la démocratie. Ce concept a ainsi
une histoire ancienne et durable. En ce sens, l’importance accordée par Hegel au
concept de la démocratie a donné une appréciation nuancée de la Révolution française
de sa part. Son souci majeur était de souligner la volonté de fonder l’État sur des bases
rationnelles et sur le principe de la volonté libre.

Cette volonté nourrit la réflexion dans le cadre de sa dialectique de l’histoire sur le


devenir et sur la possibilité pour la pensée de le saisir. Cette réflexion va s’élargir
jusqu’à l’ampleur de la Weltgeschichte en tant que « progrès de la conscience de la
liberté 258».

2-La loi libanaise sur la transparence adoptée le


24/09/2018 sous le n° 84.
La proposition de loi de soutien à la transparence dans le secteur pétrolier a été soumise
par le député Joseph Maalouf fin 2016. La proposition portait comme intitulée « lutte
contre la corruption dans les contrats pétroliers et gaziers ».

L'Autorité de gestion du secteur pétrolier a coopéré avec le député Maalouf au cours


de l'année 2017 pour reformuler la proposition et élargir la gamme de ses articles après

258
- G.W.F. HEGEL, Introduction à la philosophie de l’histoire, traduction, présentation, notes
et index par M. Bienenstock et N. Waszek, Librairie générale française, 2001, p. 61. Cité par
FIORINDA LI VIGNI, « Hegel et la démocratie athénienne », in La Pensée 2014/2 (N° 378),
pages 41 à 50.

238
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

avoir utilisé le « Guide du législateur pour l'Initiative pour la transparence des


industries extractives » (ITIE).

Il a été décidé rapidement de changer le titre de la proposition afin de la rendre plus


positive, mais également pour éviter de s’attacher directement à la corruption dans ce
secteur qui apparaissait alors comme inéluctable.

Les normes ITIE ont été traduites et appliquées à toutes les étapes de la chaîne
d'approvisionnement. Le projet de loi avant sa modification se fondait exclusivement
sur l'interdiction des conflits d'intérêts (c'est-à-dire qu’il visait spécifiquement à
empêcher des personnes déterminées d'investir dans les activités pétrolières.

Le texte a été discuté en commission de l'Energie et en commission de l'administration


et de la justice avant d'être approuvé lors de la session du 24/09/2018 sous le n ° 84.

La proposition partait de l'idée qu’il était essentiel de mettre l’accent sur l'importance
d'introduire des principes de transparence et des moyens réels de lutte contre la
corruption dans le secteur pétrolier et gazier afin d'attirer et d'encourager les
investisseurs.

L’approbation de la loi a été accélérée afin de donner l'assurance à la communauté


internationale (conférence CEDRE)259, et notamment à la France que des mesures
sérieuses seraient prises pour lutter contre la corruption.

L'approbation de cette loi s'est accompagnée de l'approbation d'une autre proposition


de loi relative à la protection des lanceurs d'alerte. À ce titre, la discussion la plus
importante a porté sur l'article 2. La députée Paula Yacoubian260 a estimé que la

259
- C’est la conférence tenue à Paris le 6 avril 2018 (conférence économique pour le
développement du Liban par les réformes et avec les entreprises (CEDRE) en vue de soutenir
l’économie du Liban.
260
- Elle fait partie d’un nombre très modeste de députés qui ont pu gagner aux dernières
élections sans être affiliés à aucun des éléphants de l’échiquier politique libanais.
Actuellement (mai 2021) elle est démissionnaire. Elle a marqué la scène libanaise, avec
239
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

publication au journal officiel était insuffisante, ce journal n’étant disponible qu'avec


un abonnement payant261.

La loi a établi des principes de transparence à tous les stades de la chaîne


d'approvisionnement, des premiers stades d'exploitation jusqu'au développement
(préqualification pour les entreprises - octroi de droits pétroliers - activités
d'exploration et de production) ainsi qu’aux stades de la suspension permanente de
l'exploitation et de la gestion des ressources pétrolières.

La loi précise les informations relatives aux activités pétrolières que le Conseil des
ministres (ainsi que le ministère de l'Énergie et de l'Eau, le ministère des Finances,
l'Autorité administrative du secteur pétrolier) et les entreprises doivent divulguer et
publier.

La loi confie également au ministre de l'Énergie et de l'Eau et à l'Autorité de Gestion


du Secteur Pétrolier la responsabilité d'établir des rapports périodiques qui sont
envoyés « tous les quatre mois directement à la Chambre des Représentants et au
Conseil des ministres sur l'avancement des affaires du secteur pétrolier. Elle a
également chargé la Commission nationale de lutte contre la corruption de rédiger un
rapport annuel traitant notamment des difficultés d'accès aux informations et aux
rapports spéciaux (article 19).

d’autres députés comme Sami Gemayel, chef du parti phalangiste, par ses idées relatives à
la lutte pour un Etat de droit et contre la corruption à travers sa participation à la révolte du 17
octobre 2019.
261
- On a élargi la règle d'interdiction à certaines personnes de la fonction publique d'investir
ou d'assumer des fonctions administratives dans des sociétés détenant des droits pétroliers
pendant une période de 3 ans après avoir quitté leur fonction. Ce qui n’a pas plu à la députée
Rola Tabash qui a estimé qu'en agissant ainsi, « nous arrêtons le pays pendant trois ans, et
c'est beaucoup». Ici, il y a l'arbitraire, et par là nous arrêterons le mouvement économique »,
conclue la députée. On ne peut s’empêcher de noter son aveu presque explicite que ceux qui
occupent des postes de puissance publique sont eux-mêmes les gros investisseurs du pays.
240
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Les principes de transparence les plus importants introduits par cette loi sont les
suivants :

- Prévenir les conflits d'intérêts entre les personnes politiquement influentes et les
investisseurs du secteur.
- Créer un cadre général pour la divulgation des informations. L'activation de ce
cadre nécessite des décrets d'application.
- La loi impose aussi l’obligation pour toutes les parties concernées de divulguer
et de publier l'identité des employés du secteur pétrolier, le pourcentage de
l'emploi de nationaux et celui des travailleurs étrangers262.

Le texte a établi le principe de transparence concernant les « dépenses sociales », qu'il


définit comme « l'argent dépensé par les entreprises (...) dans le cadre de ce que l'on
appelle la responsabilité sociale des entreprises ».263 Ce texte ne se limite pas à cette
hypothèse pour améliorer la situation de l'environnement et des communautés locales,
il vise également à encourager la croissance et le développement de la société, pour
éviter les pratiques qui nuisent à l'intérêt public et pour activer le développement
durable264.

262
- Selon les lois en vigueur, le pourcentage de travailleurs étrangers dans ce secteur ne doit
pas dépasser 20%. Les entreprises devraient également suivre des procédures de
recrutement transparentes qui garantissent l'égalité des chances et la diversité. On peut
considérer que cette diversité renvoie à la diversité des genres et pas seulement à la diversité
sociale (article 13). Il valait mieux bien entendu, dans le contexte libanais (société bien
phallocrate) que ce soit plus explicite
263
- Maryam MHANNA, « Remarques sur la loi sur la transparence », Al Moufaakara al
Qanounya, 17-5-20119.
264
- L'article 14 de la loi stipule que la valeur de ces dépenses ne doit pas être limitée à une
seule partie bénéficiaire. Il ne fait aucun doute que c'est une mesure qui contribue à lutter
contre le clientélisme dans le secteur, pour éviter les dépenses politiques, puisque les
politiciens exploitent les entreprises pour financer telle ou telle municipalité. L'une des
réalisations les plus marquantes de la loi est l'octroi du droit de poursuite aux associations
soutenant la transparence dans le secteur pétrolier devant les autorités judiciaires
compétentes. C’est l’une des rares fois où la loi libanaise consacre ce principe.
241
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Certaines des conditions imposées par le texte aux associations (article 17) ont été
jugées paralysantes telles que « l'organe administratif de l'association comprend au
moins trois membres qui sont spécialisés et diplômés dans le domaine du pétrole ».
Cette situation impose certaines restrictions aux associations actuelles qui sont
spécialisées dans ce domaine.

La loi assigne « des tâches importantes à la Commission nationale de lutte contre la


corruption »265. Les plus importantes de ces taches sont d'assurer la bonne mise en
œuvre des dispositions de cette loi, le contrôle, l'adéquation, la fiabilité et la qualité des
informations, la publication de rapports. Cette commission jouit également d’un rôle
consultatif et éducatif en direction des citoyens et enfin il lui incombe d’assurer
l'engagement des autorités concernées en matière de publication et de divulgation
d'informations266.

On sait hélas que cette Commission nationale de lutte contre la corruption n’a pas
encore été mise en place (et que la loi qui la concerne n’a pas encore été promulguée).

L’on convient aussi qu’il serait urgent d’adopter et de publier rapidement des décrets
d'application de la loi sur la transparence.

265
- Loi no 20 du 8-5-2020 sur la Lutte contre la corruption dans le secteur public et la
constitution de la Commission nationale pour la lutte contre la corruption. A nos jours elle n’a
pas encore été constituée.
266
- Idem.
242
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

CHAPITRE DEUXIÈME : LA DÉLIMITATION DES


FRONTIÈRES MARITIMES LIBANAISES AU
REGARD DU DROIT INTERNATIONAL ET DU
CONFLIT AVEC ISRAËL
La découverte du pétrole au Liban a fait ressurgir la question de la délimitation des
frontières entre le Liban et Israël, mais également entre le Liban et Chypre, le Liban et
la Syrie. Il est à noter que cette situation arrive à un moment où l’on parle de plus en
plus de l'extension de la souveraineté. Des négociations sont en cours entre le Liban et
Israël. Elles sont cependant régulièrement reportées dès lors que le Liban demande des
modifications qui lui font gagner une large superficie (première section).

En outre, le Liban veut éviter les instances internationales comme la Cour


Internationale de justice pour appliquer les normes.

Ses décisions se heurtent également à des problèmes d’exécution, notamment le veto


au conseil de sécurité. Le droit international souffre toujours de véritables problèmes
d’exécution. En ce sens, l’exigence de paix est importante pour une meilleure
exploitation des hydrocarbures elle est le préalable à l’émergence d’un régime stable
lié à cette exploitation. Certes Israël souhaite la normalisation et encourage même le
Liban à le faire, mais le Liban résiste à cette demande. Pour le Liban Israël reste
l’ennemi premier.

Nous allons maintenant passons à un travail plus juridique et plus technique qui
concerne le tracé maritime entre Israël et le Liban.

Il s’agira de déterminer pourquoi le Liban a changé de position à l’égard du premier


rapport du 17 août 2011, établi par le British Hydrographic Office (UKHO).

243
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il sera, à ce titre, question du décret 6433 qui prévoit la possibilité de réviser les
frontières de la zone économique exclusive et de les améliorer, et par conséquent de
modifier ses coordonnées.

Nous ne pourrons également éviter de parler de confessionnalisme. Nous verrons qu’au


Liban confessionnalisme et hydrocarbures s’articulent et s’influencent (deuxième
section).

SECTION PREMIERE : FRONTIERES,


DELIMITATION ET CONFLITS
Prenons le risque de débuter par un brin d’utopie sur la suppression des frontières. En
effet cette hypothèse reste selon nous une utopie à cause des impératifs économiques
en rapport avec le pétrole (sous-section 1). Nous exposerons par la suite le rôle de la
justice internationale au regard des besoins économiques, ainsi que de la position du
Liban à l’égard d’Israël (sous-section 2).

Sous-Section 1. La part de l’utopie


Comme nous l’avons indiqué, cette suppression est en partie utopique (A). Elle se
heurte à des impératifs économiques (B).

A- L’utopie de la suppression des frontières


Les frontières actuellement sont, plus que jamais, fermées et il ne manquait que la
pandémie de la Corona pour encore aggraver la situation.

Pour Gérard-François Dumont « sur la question des frontières, l’année 2020 s’est
présentée comme une année exceptionnelle. Alors que le processus de mondialisation
déployé depuis les années 1990 favorisait généralement leur ouverture, jamais le

244
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

monde n’avait connu autant de frontières fermées pour des raisons sanitaires »267.
L’auteur poursuivait son analyse en posant cette question épineuse :« Face à cette
situation inédite, quelles perspectives ? Davantage de murs frontaliers, physiques ou
réglementaires, ou la priorité donnée à des frontières ouvertes comme avant la
pandémie covid-19 ? »268

En effet, il y a en dehors de l’utopie politique et juridique (qui concerne la suppression


des frontières269 et quelques exemples d’ouverture comme la destruction du rideau de
fer qui coupait l’Europe en deux, engendrant la chute du mur de Berlin) un véritable
retour aux frontières270. Cette situation a été engendrée par la nécessité de répondre en
urgence à des faits imprévus et imprévisibles271, ce qui impose plutôt un renforcement
de nombreuses barrières sur tous les continents : États-Unis et Mexique, Botswana et
Zimbabwe, Sultanat d’Oman et Émirats arabes unis, Israël et Territoires palestiniens...
La question des frontières redevient acerbe en fonction de l’état de tension comme

267
- Gérard-François DUMONT, « Les quatre vérités du Covid-19 », Population & Avenir, n° 748, mai-
juin 2020.
268
- Gérard-François DUMONT, « Frontières : un resurgissement durable ? », in Population &
Avenir 2020/4 (n° 749), page 3.
269
- Loin de nous la pensée de Charles Fourier, avec ou sans pétrole. Citons dans le feuilleton littéraire
signé Jules Andrieu, influencé par Fourier, qui se laissait aller à rêver une planète future idyllique :
"La terre sous cette forme nouvelle et définitive présente un curieux aspect [...] La vérité combine et
dépasse toutes les utopies, Fourier et Saint-Simon se donnent la main. Les cités sont éparses [...] au
milieu des champs merveilleux des îles [...] D’armée aucune, de frontières point [...] Sentiment populaire
: harmonie, sentiment personnel". La Tribune ouvrière, n°2, 11 juin 1865.
270
- Pour utiliser le titre du livre de Michel FOUCHER, Le retour des frontières, Paris, CNRS Éditions,
2016. L’auteur évoque le retour des frontières mais on a le droit de s’interroger : est-ce que les frontières
ont vraiment quitté les esprits ?
271
- Selon l’auteur Marie-Laure Basilien-Gainche si la libre circulation des marchandises, des
personnes, des services et des capitaux affirmée par le traité de Rome de 1957 a permis
l'avènement d'un marché unique grâce à la dynamique lancée par l'Acte unique européen de
1986, elle a facilité les mouvements de biens illégaux, les trafics de personnes exploitées, les
commerces de services criminels, les transferts de capitaux illicites : Marie-Laure BASILIEN-
GAINCHE, « Sécurité des frontières et/ou protection des droits. » Source: Cités, 2011, No. 46,
Immigration: Fantasmes et réalités (2011), pp. 47-68, PUF, URL:
[Link]
245
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

entre Israël et le Liban. C’est pourquoi la délimitation des frontières entre ces deux
pays prend une importance particulière.

Il est clair que l’enjeu est économique plus qu’autre chose. Cette tension entre Israël et
le Liban au sujet des négociations se développe en effet à une époque où les juifs font
du tourisme aux Émirats arabes et à Bahrein. Même la Chine a rendu possible à la fois
le droit d’y résider pour des étrangers utiles à son économie et l’opportunité pour de
nombreux Chinois d’aller habiter, surtout dans des pays occidentaux, ou de circuler
dans le monde.

Autre signe d’ouverture la mise en œuvre en 1995 de l’espace Schengen, qui a été
ensuite élargi à 26 pays. En Afrique, c’est par exemple le passeport commun de la
Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). On trouve
également en Asie la suppression des demandes de visa, pour les citoyens des dix pays
de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).

Cette évolution d’ouverture est inéluctable, y compris entre Israël et les pays arabes
qui restent dans le front du refus. Tout le monde sait qu’il y a au regard de cette situation
de nombreux non-dits. Nous caricaturons à peine si on dit que la paix politique va
arriver alors que la paix économique n’arrivera jamais. La paix entre les juifs et les
Arabes va arriver dans un jour proche. Il ne semble cependant pas encore possible de
toucher aux acquis économiques, surtout quand ils sont relatifs à l’or noir272.

272
- Regardons la tension actuelle dans les négociations sur les frontières maritimes entre la Lybie, la
Grèce et Malte pour définir le tracé des frontières maritimes. Les deux parties discutent actuellement
des moyens d'un règlement pacifique du conflit d'une manière qui servira les intérêts de la Libye et des
autres États conformément au droit international. Source : Mourad Belhaj, [Link],
25.09.2020.
246
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

B- Les impératifs économiques


Ces problèmes de détermination des frontières se heurtent donc à des problèmes qui
sont principalement économiques. En ce sens, c’est aujourd’hui cette dimension qui
prime sur les rapports politiques. Dès lors, les problèmes de partage risquent de
demeurer longtemps d'une grande actualité273.

Les besoins de l'économie favorisent le processus de délimitation des frontières, et les


conflits politiques sont là pour compliquer encore le processus.

En Afrique 13 frontières seulement ont ainsi été délimitées sur un total de 50, et ceci
sans même compter les nombreuses frontières interrégionales qui se trouvent en
Méditerranée et en mer Rouge.

Un autre exemple actuel réside dans les relations diplomatiques qui se tissent entre la
Somalie et le Kenya. Ces relations traversent de rudes épreuves puisque depuis le 15
mars 2021 les deux parties sont entendues devant la Cour internationale de justice de
La Haye. La raison de ce conflit réside dans la présence d’un conflit qui porte sur leurs
frontières maritimes. Chacun revendique ainsi son propre tracé. « Pour la Somalie, le
tracé de sa frontière sud-est doit se prolonger dans les eaux. Pour le Kenya, la frontière
devrait suivre un tracé parallèle aux latitudes, c’est-à-dire parfaitement horizontal »274.

On le constate il s’agit encore d’équilibrer l’économie et le pétrole : était en jeu, un


triangle de 100000 km² riches en hydrocarbures et en poissons.

273
- Voir Paul N'GOUAH-BEAUD, « Les accords de délimitation des espaces maritimes africains, leur
partage et leurs typologies : vers une reconnaissance internationale », Présence Africaine, 2000,
Nouvelle série, No. 161/162 (2000), pp. 104-142. Publié par : Présence Africaine Editions Stable URL:
[Link]
274
- Pauline LE TROQUIER, Courrier international, 6/03/2021.

247
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Pour la Somalie, pays en proie à la pauvreté, ceci représente potentiellement un


sauvetage économique inespéré. Pour le Kenya, la question se pose selon une
configuration identique. Ce pays cherche également un meilleur développement à
l’avenir.

Les Fermes de Chebaa

L’exemple des fermes de Chebaa est parlant. En effet, on ne sait pas encore à quel pays
appartiennent ces fermes. Cet exemple est selon nous riche d’enseignement pour notre
sujet.

Après une longue attente Bachar el Assad vient seulement d’énoncer qu’elles
appartiennent à la Syrie. En effet, la Syrie bloque la délimitation des frontières
maritimes. On sait qu’il y a une absence de délimitation des tracés frontaliers terrestres
entre le Liban et la Syrie en raison de l’inachèvement du processus de construction des
deux souverainetés étatiques séparées. « C’est dans ce contexte de différends
territoriaux, juridiques et diplomatiques, en particulier autour du cas des fermes de
Chebaa, qu’il faut comprendre le blocage syrien à la démarcation frontalière maritime
énoncée par le Liban dans le décret présidentiel 6433 (1er octobre 2011) »275. En dépit
de déclarations encourageantes de Bachar el-Assad en 2010 c’est à une stratégie
dilatoire syrienne bien connue à laquelle on assiste dans les pratiques du parti

275
- Daniel MEIER, « Les hydrocarbures au Liban entre espoirs et incertitudes », Diplomatie, septembre-
octobre 2020, No 105, pp. 70-71 Publié par : Areion Group Stable URL:
[Link]
248
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

baasiste276. Il s’agit malheureusement de tenter de gagner en imposant ses conditions


en fonction de ses priorités diplomatiques277.

Officiellement le pouvoir syrien a toujours considéré que cette zone était libanaise.

Les forces israéliennes ont quitté le territoire libanais en 2000. Cependant elles ont
conservé leur position au sein des fermes de Chebaa, cette région stratégique située sur
un triangle entre le Liban, la Syrie et Israël. C’est d’ailleurs le principal argument
avancé par le Hezbollah pour poursuivre son mouvement de résistance contre l’État
hébreu. Le gouvernement libanais affirme quant à lui logiquement que les fermes de
Chebaa sont libanaises278.

Les frontières n'ont jamais été précisément délimitées lors de la création du Grand
Liban en 1920 et même par la suite pendant le mandat français. En 1958, les forces
syriennes sont entrées dans cette région et sont restées jusqu’à la défaite de 1967. La
résolution 425 du Conseil de sécurité de l'ONU, relative au retrait israélien du sud du
Liban, ne mentionne pas les fermes de Chebaa, qui relèvent plutôt de la résolution 242,
désignée pour les terres occupées en 1967.

276
- Le Parti Baas, ou Parti socialiste de la résurrection arabe, Hizb al-Ba'ath al-Arabi al-
Ishtiraki, né en 1944 en Syrie avec comme but l'unification des différents États arabes en une
seule et grande nation. Après de nombreux événements (dont la scission du parti en deux et
l'exil de ses fondateurs), le Baas arrive au pouvoir en Syrie (1963-1966, puis de 1970 jusqu'à
nos jours). De nos jours le parti Baas est considéré comme étant le responsable premier de
la dégradation de la situation en Syrie et de la répression sanguinaire qui fait de la Syrie un
pays des plus répressifs dans le monde arabe. Source : « Parti Baas - Les clés du Moyen-
Orient », sur [Link] (consulté le 7 décembre 2019). Voir aussi :
Zakaria Taha. Le parti Baath et la dynastie al-Asad en Syrie : la laïcité dans un contexte
communautaire, Juin 2012, Rennes, France. ⟨halshs-00734773⟩.
277
- Pour en savoir plus sur la crise libanaise, lire l’article de Rayan HADDAD, paru dans Diplomatie, no
104, juin-juillet 2020, p. 23-27.
278
- Walid Joumblatt, opposant au régime syrien, chef du parti druze, a affirmé à plusieurs
reprises que cette zone appartenait à la Syrie, provoquant à chaque fois une polémique,
notamment des hezbollahis, partisans de « l’autoproclamé axe de la résistance ».

249
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il est à noter que les forces internationales opérant sur les fermes sont des forces de
l’ONU spéciales à la Syrie et non la FINUL opérant dans le sud du Liban. Israël
considère cette zone comme faisant partie du Golan syrien, qui a été annexé en 1981.

Le Liban n'a parlé de sa souveraineté sur ces terres qu'après le retrait israélien en 2000.

Sous-section 2. Justice internationale, besoins


économiques et position à l’égard d’Israël
La perspective a été d’éviter au maximum la justice internationale (A). Cet évitement
se fait au bénéfice d’une négociation politique qui vise à permettre de rendre effective
l’exploitation des ressources pétrolières (B).

A- Éviter la justice internationale


À l’occasion de conflits de démarcation maritimes, on a recours à la Cour
Internationale de justice pour appliquer les normes essentielles279. En effet on se heurte
à beaucoup de problèmes touchant les difficultés d’exécution des décisions de la CIJ,
notamment celui du veto au conseil de sécurité. On a pu ainsi écrire que : « si le
Cameroun avait porté de nouveau l’affaire devant le Conseil de Sécurité en vertu de
l’article 94 de la Charte, pour réclamer l’application pure et simple de la décision de la
Cour, et si possible des sanctions à l’encontre du Nigeria, il est probable que ce dernier
aurait pu bénéficier du soutien des membres du Conseil tels que les États-Unis et la

279
- Pierre-Marie DUPUY, Droit International Public, 3ème éd., Dalloz, 1995, p. 11.
250
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Chine, qui ont massivement investi du côté nigérian, pour l’exploitation des
hydrocarbures »280.

Gilbert Guillaume explique ces problèmes rencontrés (un peu ironiquement) lorsqu’il
cite deux affaires : la première opposant le Qatar au Bahreïn et la seconde l'Indonésie
et la Malaisie.

Dans les deux cas, ces pays sont venus devant la Cour par compromis. Il observe à cet
égard que les problèmes de frontière sont à l'évidence « des questions dans lesquelles
les gouvernements ont du mal à négocier et à faire des concessions, parce que les États
sont comme les paysans, il leur est difficile d'abandonner une partie même minime de
leur territoire281 ».

C’est pourquoi aller devant la Cour c’est toujours un signe de modestie et de


résignation.

Puis il donne l’exemple de la Belgique elle-même qui avait accepté cette situation en
ce qui concerne des parcelles d'une importance limitée, permettant ainsi d'identifier
dans une ville frontalière les maisons belges et néerlandaises.

Il vaut mieux donc négocier pour éviter la situation de guerre dans les esprits et parce
que les décisions de la CIJ se heurtent à de véritables problèmes d’exécution.

En effet, l'une des critiques fondamentales adressées au droit international concerne


l'absence de voies d'exécution efficaces.

280
- Passage extrait de l’article « Cameroun-tribune » publié sur le site http ://[Link],
consulté le jeudi 8 avril 2010, cité par Mariame Viviane NAKOULMA, « L’application des décisions de la
Cour internationale de justice dans les affaires de délimitation des frontières en Afrique ».
[Link]
cour-internationale-de-justice-dans-les-affaires-de-delimitation-des-frontieres-en-afrique-partie-ii/
281
- Gilbert GUILLAUME, La cour internationale de justice, Studia Diplomatica, 2000, Vol. 53, No. 6 (2000),
pp. 101-110, Publié par Egmont Institute Stable URL: [Link]
251
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

C’est pourquoi les critiques du droit international contestent sa juridicité.

Le centre de cette question réside dans l’article 94 de la Charte des Nations Unies. La
réflexion sur la question de l’inexécution des décisions des juridictions internationales
n’est pas nouvelle. Beaucoup de littérature existe en cette matière282. Les cas
d’inexécution des sentences arbitrales avaient alerté les rédacteurs du Pacte de la
Société des Nations. La Charte des Nations Unies a voulu éviter ce danger. Elle a ainsi
institué une procédure porteuse ab initio « des germes de son inefficacité », car elle est
dépourvue du caractère coercitif, selon Maurice kamto. Voici ce que stipule l’article
94 §2 de la Charte des Nations Unies :

« Si une partie à un litige ne satisfait pas aux obligations qui lui incombent en
vertu d’un arrêt rendu par la Cour, l’autre partie peut recourir au Conseil de
sécurité et celui-ci, s’il le juge nécessaire, peut faire des recommandations ou
décider des mesures à prendre pour faire exécuter l’arrêt ».

Il faut ici séparer deux choses : le problème de l’inexécution des décisions de la CIJ et
l’autorité de la chose jugée283.

282
- Voir notamment : Sh. ROSENNE, « L’exécution et la mise en vigueur des décisions de la Cour
internationale de Justice », RGDIP, 1953, pp. 532-583 ; O. SCHACHTER, « The Enforcement of
International Judicial and Arbitral Decisions », AJIL, Vol. 54, 1960, p. 2 ; A. EL OUALI, Effets juridiques
de la sentence internationale. Contribution à l’étude des normes internationales, Paris, LGDJ, 1966 ;
W.M. REISMAN, « The Enforcement of International Judgments », AJIL, 1969, Vol. 63, No. 1, pp. 1-27 ;
G. GUILLAUME, « De l’exécution des décisions de la Cour internationale de Justice », RSDIE, 1997, No.
4, pp. 431-447, Cité par Maurice KAMTO, « Considérations actuelles sur l’inexécution des décisions de
la cour internationale de justice ». Source :
[Link]
preview%20(1).pdf
Visite: 17-4-2021

283
- Voir G. GUILLAUME, « Avant-propos » à l’ouvrage de A. AZAR, L’exécution des décisions de la Cour
internationale de justice, Bruxelles, Bruylant, 2003, p. XX.
252
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il est vrai que le caractère obligatoire des décisions de la CIJ est affirmé, comme on le
sait, en des termes bien clairs dans le Statut de la Cour, notamment dans ses articles 59
et 60 ainsi que dans l’article 94 §2 de la Charte des Nations.

L’inexécution concerne les difficultés rencontrées par les parties dans la mise en œuvre
d’une décision du juge international.

Ces difficultés sont généralement d’ordre politique ou pratique, et plus rarement de


nature juridique.

C’est pourquoi l’importance est accordée à la négociation qui permet souvent de venir
à bout de la plupart de ces difficultés. Entre Israël et le Liban, ce petit pays arabe qui
prône actuellement la neutralité284 comme stratégie future, il n’y a que la négociation
qui puisse ainsi aider à une délimitation juste des frontières maritimes285.

B- L’exigence de paix pour une meilleure


exploitation des hydrocarbures

1-Ressources naturelles et conflits


Nous pouvons être sûrs que si le Liban jouissait de ressources premières la donne aurait
considérablement changé et que ce pays n’aurait pas été la proie facile de plusieurs
interventions ou occupations depuis le début de son histoire (mandat français,
intervention américaine, syrienne, mainmise iranienne, voire palestinienne).
Cependant nous avons conscience que parfois les ressources naturelles sont également
une source de conflits armés : pour Philippe Le Billon « Les ressources naturelles ont
depuis longtemps figuré parmi les explications des causes de conflits armés. Des

284
- Nous évoquerons la question de la neutralité plus loin.
285
- Surtout que toutes les grandes décisions et résolutions internationales de l’ONU relatives
à la question palestinienne (425, 242) n’ont jamais reçu d’application.
253
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

craintes malthusiennes aux « ressources stratégiques » de sécurité nationale comme


l'uranium ou le pétrole, en passant par les chasses gardées des empires coloniaux,
certaines ressources ont ainsi été au cœur des préoccupations géostratégiques des
puissants, tout comme l'a été celle des craintes de famines et de conflits
intercommunautaires parmi les plus démunis286».
L’auteur nous apprend que des analyses quantitatives tendent à indiquer que le contexte
de dépendance vis-à-vis des ressources naturelles est associé avec un risque plus élevé
de conflit.
L’auteur cite Peter Gleick selon lequel « les ressources naturelles ont été employées
dans le passé, et le seront dans l'avenir, comme outils ou cibles de guerres, et en tant
que buts stratégiques motivant les combats287».
La guerre des frontières maritimes entre le Liban et Israël peut amener la guerre dans
le sens classique du terme (qui existe déjà), mais elle peut également engendrer une
perspective de paix, car la relation est étroite entre ressources naturelles, commerce,
guerre et paix.
Dans un passage plein d’enseignement Philippe Le Billon observe ainsi que « si les
revenus de ces ressources permettent d'augmenter l'armement et le recrutement des
groupes armés, le peu d'affrontements opposant les belligérants reflète parfois
paradoxalement leurs préoccupations commerciales. Alors que le contrôle d'une zone
de production demande souvent un affrontement militaire, l'exploitation et la
commercialisation des ressources peuvent requérir un arrêt des hostilités, voire une
complicité entre adversaires288».

286
- Philippe LE BILLON, « Matières premières, violences et conflits armés », dans Revue Tiers
Monde 2003/2 (n° 174), pages 297 à 321.
287
- Peter H. Gleick and associates, The World's Water (Volume 9): The Biennial Report on
Freshwater Resources. Pacific Institute, Oakland, California, 2018. ISBN 1983865885. ISBN
978-1983865886 Pacific Institute World Water webpage
288
- Philippe LE BILLON, « Matières premières, violences et conflits armés », op. cit. Soupçons
très répandus que le Hezbollah serait dans ce jeu.
254
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

2- La Normalisation avec Israël


Nous l’avons déjà signalé après les Émirats arabes unis, d’autres pays arabes sont
aujourd’hui tentés d’amorcer un rapprochement avec Israël. Cependant cette évolution
qui est encouragée par Washington se heurte au tabou de la question palestinienne289.

Donald Trump dans son plan visant à sceller la paix entre Israéliens et Palestiniens a
présenté clairement cette réalité. Ce fut fait récemment dans une salle en la présence
des ambassadeurs de Bahreïn, d’Oman et des Émirats arabes unis : « le seul moyen de
garantir une solution durable est d’arriver à un accord avec toutes les parties concernées
», a ainsi observé le représentant d’Abou Dhabi à Washington.

Une date est à retenir : juin 2020. Alors que le gouvernement Netanyahou se préparait
à annexer une partie de la Cisjordanie, les représentants arabes firent savoir que si l’État
hébreu renonce à ses ambitions territoriales, il était possible d’entamer un processus de
normalisation.

Il convient de se rappeler que la région du Proche et du Moyen-Orient est actuellement


divisée en trois axes : l’alliance entre la Turquie et Qatar, qui passe par une partie de
la Libye et de la Syrie ; l’axe iranien se disant de la « résistance », qui va de l’Irak à la
Méditerranée ; enfin « l’alliance » israélo-émiratie, qui gagne en puissance depuis les
accords de normalisation entre les Émirats arabes unis et Bahreïn avec Israël290.

Pour le Hezbollah toutes les propositions qui viennent de l’Occident visent à remodeler
la région.

289
- Maxime PEREZ, Jeune afrique, 25 août 2020. [Link]
pays-arabes-prets-a-normaliser-leurs-relations-avec-israel/

290
- Mounir RABIH, L’Orient-Le Jour, le 08 mars 2021.
255
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

C’est la théorie du complot qui s’applique. Elle est responsable de perte dans la lutte
pour la cause palestinienne, car elle a pour effet de transformer toute la planète en
ennemis. Pour ces « énervés » dès que se trouve en cause un nom à intonation juive
même faisant partie de groupes communistes d’extrême gauche il était considéré
comme carrément un sioniste.

La politique du Hezbollah, grâce à l’argent et armes iraniens, a fait placer le Liban dans
l’orbite iranienne, avec une mainmise du Hezbollah, et ceci alors que la majorité des
Libanais s’oppose à la politique de cette milice et à ses traditions religieuses qui sont
très éloignées de l’esprit libanais291.

Il faut savoir que la normalisation avec Israël est acquise pour une bonne partie des
Libanais.

Pour beaucoup le Liban et Israël ne sont que « théoriquement » en guerre, tout en notant
cependant que l’accord d’armistice qu’ils avaient signé en 1949 n’a jamais été
officiellement dénoncé292.

Actuellement la crise économique et la pression internationale approchent le Liban du


projet de normalisation avec Israël.

Plusieurs conditions sont ainsi posées pour que l’aide internationale arrive293 : tout
d’abord « la délimitation de la frontière sud et l’établissement d’une zone tampon dans

291
- Voir pour une étude scientifique : A u r é l i e D A H E R , L e H e z b o l l a h , P U F , 2 0 1 4 .
292
- Le Liban est également partie prenante de l’initiative arabe de paix de 2002 qui consiste à
conditionner la paix avec Israël à la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967. C’est le
célèbre principe de « paix contre terre ». Mais le soutien inconditionné du régime des mollahs iraniens
pour le Hezbollah a retardé ce processus de Paix et l’initiative arabe a été affaiblie par le refus d’Israël
de s’y conformer, ainsi que par la nouvelle vague de normalisation de 2020 qui a surpris plus d’un
observateur entre l’État hébreu et les pétromonarchies du Golfe.
293
- Au sujet du contexte politique libanais nous citons pour le lecteur ces références bibliographiques
de l’auteur Georges CORM :
- La nouvelle question d’Orient, La Découverte, France, 2017.
256
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

la partie méridionale du pays pour que les compagnies pétrolières puissent mener à
bien les opérations de prospection gazière et pétrolière off-shore ; il y a aussi le contrôle
des voies de passage entre le Liban et la Syrie pour empêcher le transport d’armes au
Hezbollah. En troisième lieu, il faut résoudre le problème que pose la possession par
la formation chiite de missiles de haute précision et enfin en quatrième lieu il faut
organiser un contrôle strict du port libanais et de l’aéroport pour barrer la voie à la
contrebande 294».

Nous avions évoqué la question de la neutralité du Liban. En effet, cette position de


neutralité demandée apparaît comme un clin d’œil contre la participation des miliciens
du Hezbollah295 dans la guerre en Syrie pour défendre le régime de Bachar el Assad.

L’impartialité est donc un pas vers la normalisation avec Israël. La neutralité amène
(au Liban sud au moins) un gel des hostilités, ce qui signifie pratiquement un retour à
l’accord d’armistice de 1949. Cette situation politique influence les négociations sur la
délimitation des frontières maritimes entre le Liban et Israël.

Un discours contradictoire apparaît cependant : d’une part, le slogan de la guerre contre


Israël et l’application névrosée de la loi sur le boycott d’Israël et, d’autre part, depuis

- « Les causes de la crise libanaise : l'Europe contribue-t-elle à la solution? », Revue


internationale et stratégique 2/2008 (N° 70).
- « Le Liban confronté à la géopolitique du choc des civilisations et des ambitions
hégémoniques», in revue brésilienne Libano emrevista, n° 2, octobre 2008.
294
- Paris ne cesse de répéter qu’il souhaite organiser des réunions internationales en vue d’aider le
Liban à condition que le futur gouvernement s'engage sur des réformes profondes. Qui dit réforme dit
mettre fin à la mainmise iranienne sur le Liban.
295
- Pour plus de références sur le Hezbollah :
- Walid CHARARA et Frédéric DOMONT, Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste, Fayard, 2004.
- Jean-Loup SAMAAN, Les Métamorphoses du Hezbollah, Karthala, 2007 (ISBN 978-2-8458-6878-6).
- Thierry LEVY-TADJINE, Témoin au Liban avec le Hezbollah, L'Harmattan, 2008, Collectif, sous la
direction de Sabrina Mervin, Le Hezbollah. État des lieux, Actes Sud, 2008
- Didier LEROY, Hezbollah, la résilience islamique au Liban, L'Harmattan, 2012.
- Aurélie DAHER, Le Hezbollah : mobilisation et pouvoir, Presses universitaires de France, 2014.
257
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

2006 un front tout à fait stable et paisible assurée par le Hezbollah, ce qui fait le bien
d’Israël296. Si les négociations qui portent sur la délimitation des frontières maritimes
ne fonctionnent pas très bien dès lors que chaque partie veut gagner un peu plus que
prévu, toujours est-il que le fait de se lancer dans ces négociations est en soi un pas
vers la paix avec Israël297.

SECTION DEUXIEME : DELIMITATION DES


FRONTIÈRES MARITIMES LIBANAISES ET
CONFLITS DE PÉTROLE
Le tracé maritime entre Israël et le Liban pose des problèmes qui sont à ce jour
insolubles (sous-section 1) et de facto les blocs pétroliers sont distribués sur la
base d’une logique confessionnelle ce qui pour un Occidental (un Français par
exemple) peut apparaître comme incompréhensible (sous-section 2).

Sous-section 1. Le tracé maritime entre Israël


et le Liban
Sur cette question du tracé maritime il convient de noter que la position du Liban a été
conduite à évoluer (A). Cette évolution s’explique du fait des visées respectives du
Liban et d’Israël (B).

296
- Un cadeau précieux pour Israël, disent les mauvaises langues.
297
- D’ailleurs le président de la République libanaise Michel Aoun, allié privilégié du Hezbollah n’a
jamais fait de la lutte contre Israël son principal souci, bien au contraire il n’est pas contre une paix avec
Israël à condition de régler la question de la délimitation des frontières en mer et terre. A noter que le
chef du parti du Courant Libre Gibran Bassil, son gendre, avait dit en réponse à une question qu’il n’y a
pas de conflit idéologique entre nous et Israël. Carlos CHARLES, un journaliste du journal Alddyar a pu
écrire : « Votre excellence, notre Ministre des affaires étrangères, comment pouvez-vous considérer
qu’il n’y a pas de conflit idéologique entre le Liban et Israël et que la sécurité d’Israël est une question
qui vous préoccupe, alors que ce pays a envahi et détruit le Liban à plusieurs reprises », jaridat al Dyar,
28-12-2017.
258
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

A- Le Liban, à raison, change de position

Le 17 août 2011, le British Hydrographic Office (UKHO) a soumis un rapport au


gouvernement libanais à sa demande et ceci avant la promulgation du décret 6433 du
1er octobre 2011 qui avait pour objet de permettre de déterminer les frontières
maritimes de la zone économique exclusive libanaise, y compris la frontière maritime
sud avec une ligne partant d'un point près du cap Naqoura jusqu'au point 23 au large.

Le rapport du bureau britannique affirmait que le droit du Liban portait sur une
superficie supplémentaire de 1400 km² au sud du point 23 et précisait qu'il était prêt à
réaliser l'étude technique correspondante au cas où le gouvernement libanais présente
une demande sur cette question.

Malheureusement, le décret 6433298 a été rédigé sans tenir compte de ce rapport qui
n'a même pas été présenté au Premier ministre de l’époque.

Par la suite, Israël va créer une nouvelle ligne localisant la frontière au point 1. Cette
nouvelle ligne prive le Liban de 860 km² en plus des 1400 précédemment mentionnés.

Le décret 6433 prévoit cependant la possibilité « de réviser les frontières de la zone


économique exclusive et de les améliorer (dans son article 3), et par conséquent de
modifier ses coordonnées dans le cas où des données plus précises seraient disponibles
et en fonction des besoins imposés par les négociations avec les pays voisins
concernés »299.

Sur la base du rapport de l'UKHO, l'armée libanaise a préparé une étude préliminaire
confirmant le droit du Liban à la surface supplémentaire mentionnée ci-dessus.

298
- Qui avait été signé par le ministre des Transports de l'époque Ghazi Zeaïter (bloc Amal).
299
- Charbel SKAFF, L’Orient-Le Jour, 9 janvier 2021.
259
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En 2018, l'institution militaire a réussi à explorer la côte libanaise et la région de


Naqoura avec une grande précision, obtenant des données beaucoup plus précises.

Par la suite, l’armée a élaboré un dossier technique et juridique complet qui devait
confirmer la superficie supplémentaire de la zone économique maritime libanaise, qui
sera de 1430 km².

Ce dossier a été transmis au Conseil des ministres fin 2019 afin de permettre à celui-ci
de prendre la décision appropriée.

Cependant, sans la modification du décret en question, la délégation libanaise sera


contrainte de négocier sur une superficie contestée de seulement 860 km², car la
délégation israélienne refusera de négocier sur une base autre que celle fixée dans le
décret libanais déposé auprès avec les Nations Unies en 2011.

De fait, « le Liban serait en position de faiblesse dans les négociations techniques


indirectes qu’il mène avec son voisin israélien sur le tracé disputé de leur frontière
maritime commune. Et cette position est décriée par l’équipe de négociateurs dirigée
par le général Bassam Yassine, qui réclame davantage de fermeté de la part de l’État
libanais face à Israël »300.

Les critiques ne cessent alors de crier et de solliciter les responsables politiques :


« Amendez le décret 6433, faute de quoi vous serez considérés comme des
collaborateurs ! »

Il y a là une accusation grave contre les partis politiques qui refusent de faire le pas.

Le ministre israélien de l’Énergie, Yuval Steinitz, accuse ainsi le Liban de changer sa


position sans arrêt. Un certain nombre de juristes libanais sous l’égide de l’historien
Issam Khalifé ont également décidé de lancer des poursuites contre les responsables

300
- Anne-Marie EL-HAGE, L’Orient-Le Jour, 17 mars 2021.
260
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

libanais pour haute trahison, au cas où ces derniers ne modifieraient pas le décret mis
en cause.

Rappelons que les recommandations de l’UKHO en 2011 donnent à l’État libanais trois
options pour la redélimitation de sa frontière sud avec Israël.

La première part de la ligne médiane sans tenir compte de l’effet de l’île israélienne de
Tekhelet, ce qui donne au Liban une superficie additionnelle de 1350 km2 au sud de la
ligne frontalière proclamée.

Dans la deuxième on part de la ligne médiane en considérant un demi-effet de l’île de


Tekhelet301, ce qui donne au Liban une superficie additionnelle de 500 km2.

Enfin, la troisième option adopte la ligne perpendiculaire à la côte et donne au Liban


une superficie supplémentaire de 200 km2.

Ces diverses options sont en conformité avec les lois internationales et le droit maritime
et indiquent clairement que la ligne frontalière doit être au-delà du point 23 proclamé
par le gouvernement libanais.

B- Le Liban et les visées d’Israël


On sait que la Cour internationale de justice a créé des règles générales en la matière :

En premier lieu, le tracé d’une ligne provisoire selon la technique de l’équidistance ;


ensuite, éventuellement, la modification ou l’ajustement de cette ligne provisoire en
fonction des spécificités ou particularités géographiques ; enfin, la vérification de la

301
- La question des îles israéliennes non habitées et dont la prise ou non en considération
affecte la délimitation de la frontière maritime sud de la ZEE (zone économique exclusive)
libanaise est en effet l’obstacle principal devant l’avancée des négociations. L’article 121,
paragraphe 3 de la Convention de Montego-Bay sur le droit de la mer dispose : « Les rochers
qui ne se prêtent pas à habitation humaine ou à une vie économique propre n’ont pas de zone
économique exclusive ni de plateau continental. »
261
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

justice du résultat selon un critère de proportionnalité permettant d’apprécier l’absence


de disproportion flagrante entre les étendues marines revenant à chaque État et
l’importance du littoral de chacun d’eux.

Les négociateurs et chercheurs libanais estiment qu’on ne peut pas admettre dans le
cas du Liban qu’une île ou un rocher non habitable (Tekhelet) lui fasse perdre 1800
km2, sachant que la surface de sa ZEE est de 22730 km2.

C’est donc une question d’équité qui s’impose alors.

La revendication maximale libanaise porte sur 1430 km2 au sud du point 23302 et la
revendication maximale israélienne porte sur 370 km2 au nord du point 23.

La délimitation est un facteur de stabilité qui va encourager les compagnies pétrolières


à poursuivre les explorations dans le bloc 9 et qui contribuera à attirer d’autres
compagnies à participer aux futurs cycles d’octroi des licences.

D’autre part, le Liban pourra modifier le traité qui a été signé avec Chypre et établir un
modèle pertinent pour les futures négociations problématiques avec la Syrie.

Il faut alors prendre en considération le fait (que nous avons signalé antérieurement)
que le Liban ne peut se rendre auprès des instances internationales pour faire valoir son
droit », car Israël n’a pas adhéré à la Convention des Nations unies sur le droit de la
mer (UNCLOS). En outre, le Liban ne reconnaît pas, on le sait, l’État d’Israël.

302
- En se basant sur l’étude de l’UKHO en 2011 qui a donné 1350 km2 et l’étude de l’armée
libanaise en 2018 qui a ajouté 70 km2 additionnels à l’étude britannique.
262
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Le ministre de l’Énergie israélien appelle ainsi les autorités libanaises à faire preuve
de « souplesse et de pragmatisme » au sujet des négociations sur la frontière
maritime303.

Le ministre israélien de l'Énergie, Yuval Steinitz, a affirmé que l'État hébreu ne voulait
pas voir le Liban s'effondrer, au moment où le pays du Cèdre connaît sa pire crise
socio-économique depuis trente ans.

Dans ses propos on aurait dit un ami du Liban pour qui « le différend entre les deux
pays n'est pas considérable, même s'il dure depuis plus de dix ans. Si les Libanais font
preuve d'une certaine souplesse, Israël fera de même, et nous pourrons ainsi parvenir à
une solution »304.

À vrai dire l’objectif de l’État hébreu semble de délimiter au plus vite les frontières
maritimes afin de pouvoir exploiter les gisements d’hydrocarbures se trouvant dans les
zones encore contestées en mer.

Selon certains Israël a déjà commencé l’exploitation. Alors que le Liban, surtout le
tandem chiite, veut lier les deux dossiers des frontières maritimes et terrestres305.

Le 2 décembre 2020 les pourparlers entre Israël et le Liban ont cependant été reportés
sine die.

303
- L’Orient-Le Jour, 11 mars 2021.
304
- Idem. « Nous ne voulons pas voir une catastrophe comme celle en Syrie frapper le Liban.
C'est pour cela que nous voulons mettre un terme au différend, mais le Liban doit faire preuve
de souplesse et de pragmatisme », insiste encore le ministre de l’Energie.
305
- Voir Maysam REZK, « Berri annonce le cadre de l’accord de négociation », ed. Al Akhbar,
juin 2020.
263
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ces négociations ont été suspendues lorsque le Liban est revenu sur son plan de départ
en réclamant, en plus des 860 km² sollicités, une zone d’exploitation qui engloberait
1430 km² supplémentaires.

Terminons ce paragraphe par ce qui suit :

Le Liban connaît bien les rêves sionistes au pays du Cèdre. Bien avant la naissance
d’Israël, observe Olivier Pironet « les promoteurs du «foyer national juif» en Palestine
revendiquaient l’incorporation d’une grande partie du Liban méridional à leur futur
État. Ils entendaient notamment s’assurer le contrôle des importantes réserves
hydrauliques de la région. Les invasions du pays du Cèdre par Israël, en 1978 et 1982,
répondaient, entre autres, à ces impératifs »306.

Les inquiétudes des Libanais se fondent sur les revendications territoriales formulées
soixante ans auparavant par les dirigeants sionistes pour leur projet d’État en Palestine.
Dès 1916, alors que sont négociés les accords Sykes-Picot entre la France et le
Royaume-Uni sur le partage des colonies ottomanes au Proche-Orient, les
représentants du mouvement national juif, dont Chaim Weizmann et David Ben
Gourion voulaient étendre la frontière nord de la Palestine jusqu’aux régions bordant
la partie sud du Litani — soit près de cinquante kilomètres au-delà de la limite
septentrionale de l’actuel de l'État d’Israël.

Trois ans plus tard, ils déposent lors de la conférence de paix organisée à Paris un
mémorandum précisant leur vision des contours géographiques du « foyer national juif
» que leur a promis le ministre des affaires étrangères britannique, Arthur Balfour, le 2
novembre 1917.

Israël estime alors que quiconque veut une prospérité régionale et développer de
manière sûre les ressources naturelles doit maintenir le principe de stabilité et résoudre

306
- Le Monde diplomatique, Liban, 1920-2020, un siècle de tumulte, « Manière de voir »
#174, décembre 2020 - janvier 2021.
264
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

ce différend en se fondant sur les lignes (de démarcation) présentées par Israël et le
Liban à l'ONU" (en 2011).

Toute déviation de ce principe risquerait de mener « à une impasse », voire une


« trahison » au regard de l'objectif d'une paix régionale durable.

Sous-section 2. Confessionnalisme, contexte


politique libanais et hydrocarbures
Cette question va se centrer sur la neutralité du pays (A). Cependant celle-ci est un
enjeu pour les différentes confessions religieuses qui assurent la gouvernance du Liban
(B).

A- Débat autour de la neutralité du Liban


Le patriarche maronite Raï défend la neutralité du Liban, « qui permettra de consolider
la souveraineté » du Liban.

Le patriarche maronite appelle ainsi à la tenue d’une conférence internationale sur le


Liban et prône la neutralité positive pour le Liban307.

La neutralité permet au Liban de se tenir à l'écart des alliances, des conflits et des
guerres régionales et internationales.

C’est ainsi que, selon les partisans de la neutralité, le Liban pourra consolider sa
souveraineté intérieure et extérieure308.

307
- Voir L’Orient-Le Jour, 28 février 2021.
Il a insisté sur l'importance du Liban comme « terre de rencontre et de vivre ensemble, dans
l'égalité et le respect mutuel, comme pays d'amitié et de paix, ouvert sur les pays d'Orient et
d'Occident, un pays de libertés publiques et de démocratie saine ».
308
- Idem.
265
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Cette manière de voir les choses ne plaît pas naturellement au parti chiite le Hezbollah.
En effet pour celui-ci la conférence à laquelle appellent le patriarche et cette neutralité
n’est ni plus ni moins qu’un appel à faire la paix avec Israël.

Pour le Hezbollah « les chiites représentent une importante composante du peuple


libanais et personne ne peut parler en leur nom ». Prôner la neutralité c’est alors ignorer
le danger israélien : « Nous avons vécu des expériences amères par le passé, et nous ne
sommes pas disposés à livrer notre pays aux convoitises israéliennes309 ».

Toutes ces questions sont discutées, et ceci alors que les négociations entre les
délégations libanaise et israélienne sont en plein travail, c’est dire combien le contexte
politique libanais, les divisions confessionnelles libanaises influent sur les
négociations. Oui le confessionnalisme a un rapport étroit au Liban avec les
hydrocarbures.

L’enracinement du confessionnalisme au Liban

Le Liban est un pays fait de communautés religieuses comme nous l’avons signalé dans
le deuxième chapitre de premier titre de notre première partie.

À la différence des pays européens, qui ont évolué vers une plus grande laïcité de l'État
et de la société civile, le Liban reste marqué par la question spirituelle qui domine
l'ensemble des rapports sociaux et politiques. Tout Libanais appartient ainsi d’abord à
une communauté religieuse et il en a juridiquement besoin pour se marier, divorcer ou
même « mourir »310.

309
- Nabil KHALIFE, Al Khyar al Rabee (le quatrième choix), Maktabat Nour, Beyrouth, 2021,
p. 34 (version électronique : [Link]
310
- Voir Georges SAAD, « Le juge administratif libanais et la laïcité », in Revue de la Faculté
du droit et des sciences politiques de l’Université libanaise, premier numéro, 2015 (en arabe).
Cet article dans une version française a été publié dans les Actes du colloque organisé par
ALIPHID (Association libanaise de philosophie du droit) et AILP (Association internationale de
Libre Pensée) tenu à Beyrouth, Liban, les 13-14 avril 2012, Ed. Ide Libre, Revue de la Libre
pensée française, 2016.
266
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ceux qui veulent se marier civilement (il y en a de plus en plus) vont tout près de là, à
Chypre. Et d’ailleurs la loi libanaise, paradoxalement, admet les effets du mariage civil
au Liban.311

B- La spiritualité et le pétrole
Notre article 9 de la constitution libanaise garantit aux populations, à quelque rite
qu'elles appartiennent, le respect de leur statut personnel et de leurs intérêts religieux.

De même l'article 10 prohibe toute atteinte au droit des communautés d'avoir leurs
écoles, sous réserve des prescriptions générales sur l'instruction publique édictées par
l'État.

Enfin, les chefs des communautés confessionnelles peuvent saisir directement le


Conseil constitutionnel sur toute question concernant le statut personnel, la liberté de
croyance, la liberté de culte et la liberté de l'enseignement religieux. Chaque
communauté a ses propres tribunaux religieux : premier ressort, appel..

Si l’on ajoute à cela le fait que le confessionnalisme est prédominant dans tous les pays
arabes où l’islam est carrément la religion de l’État ou au moins la source principale
de la Loi l’on comprend pourquoi les divisions confessionnelles sont si fortes au Liban

311
-Très brièvement voici les communautés légalement reconnues au Liban :
Les communautés chrétiennes rattachées à Rome : la communauté maronite. La
communauté grecque catholique. La communauté arménienne catholique. La communauté
syrienne catholique. La communauté chaldéenne. La communauté latine.
Les communautés non rattachées à Rome : La communauté grecque orthodoxe. La
communauté syrienne orthodoxe. La communauté arménienne géorgienne. La communauté
nestorienne. La communauté évangélique.
Les communautés musulmanes : La communauté sunnite. La communauté chiite. La
communauté druze.
Il y a aussi la communauté israélite, la communauté copte.
- Voir une brochure excellente publiée par la Commission des lois du sénat français « quel
avenir pour le Liban », 1996.
267
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

qui abrite également la minorité chrétienne la plus importante dans tout le monde
arabe312.

Tout cela explique que le confessionnalisme envahit la totalité de la société libanaise,


de même que toutes les institutions ainsi que la répartition des blocs pour l’exploration
et l’exploitation du pétrole et du gaz.

Le choix des fonctionnaires, leur nomination, leur élection se font selon les
appartenances confessionnelles.

C’est du fait de cette complexité que nous sommes sans gouvernement depuis des mois
(mars 2021) et ceci malgré les efforts du président Emmanuel Macron. En effet nous
ne nous sommes pas accordés sur qui doit choisir pour les ministres chrétiens, le chef
du Gouvernement Saad Hariri ou Michel Aoun, le président de la République.

La division de l’espace pétrolier maritime s’est faite également sur cette base
confessionnelle ce qui prête à sourire pour les Français.

Ce confessionnalisme, maladie chronique du Liban régit donc tous les conflits et les
zones d’influence sans épargner la phase future liée au dossier pétrolier et gazier et aux
blocs offshores.

Cette dernière, sa distribution politique et régionale, s'est faite sur la base d'une loyauté
sectaire et politique : tout le monde sait au Liban que les blocs sud sont la part du duo
chiite, Hezbollah et le mouvement Amal de Nabih Berri ; à Beyrouth et au nord pour
les sunnites ; entre Beyrouth et Sidon pour les Druzes, et enfin entre Beyrouth et Tripoli
pour les chrétiens313.

312
- Les chrétiens craignent leur disparition dans l’immense océan musulman.
313
- Voir Mounir al Rabii, fideralyat al naft wal gaz, al Modon, 20-2-2020,
268
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il faut noter que cette compétition confessionnelle pour les ressources et leurs
emplacements est encouragée par un soutien international ou régional. Il y a les
alliances sunnites internationales (la Turquie dit-on), l’alliance iranienne, etc.

Le Liban a conclu un accord avec la Grèce et Chypre sur la démarcation maritime. Bien
entendu la Turquie considère celui-ci comme préjudiciable à ses intérêts. D’autres ailes
sunnites désirent plutôt l’alliance avec l’Égypte qui veut absolument complaire aux
États du Golfe.

Le ministre grec des Affaires étrangères314 est venu à Beyrouth pour rencontrer divers
responsables. Les réunions ont alors porté sur la discussion du dossier de démarcation
maritime entre la Grèce, Chypre et le Liban.

La démarcation sera inévitablement liée à l'avenir à une souscription à l'un des oléoducs
et gazoducs pour l'approvisionnement et le transport vers l’étranger. Bien sûr, on ne
veut pas de l'option turque, sur laquelle la Turquie tente de s'entendre avec la Russie et
l'Iran.

La Russie travaille également à s'entendre avec les Israéliens sur le pipeline. Elle
pourrait jouer un rôle majeur au Liban, au nord avec la Syrie, et au sud, en vertu de ses
relations avec le Hezbollah et l'Iran.

Il existe une deuxième option : relier le Liban à la ligne commune du quatuor égypto-
israélien, grec et chypriote, qui devrait également inclure la Jordanie. Bien sûr, le Liban
est confronté à un problème fondamental avec cette ligne et ceci à cause d'Israël315. Si

314
- Pour caricaturer à l’extrême d’aucuns affirment que les Grecs orthodoxes libanais
préfèrent la Grèce plutôt que la Turquie.
315
- Une proposition de sortie dont on discute déjà : le Liban participerait à ce gazoduc, sans
participation directe avec Israël (jeu indirect à travers des entreprises). Il ne fait aucun doute
que la zone la plus importante pour les champs pétrolifères est la région sud, et donc on
passera nécessairement par des négociations irano-américaines.

269
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

l'accord Sykes-Picot (il y a plus de 100 ans) a conduit à la division de la région et à la


répartition des influences en fonction, entre autres, des oléoducs, alors les conflits
futurs peuvent être également liés aux oléoducs et gazoducs dans les nouvelles régions,
à savoir l'Égypte, la Libye, la Syrie, la Jordanie et le Liban.

Une chose est sûre le Liban futur ne sera pas celui 1920 : la formule des Accords de
Taëf est périmée.

L’avenir s’ouvre vraisemblablement vers une certaine Fédération à la libanaise, avec


l'expansion de la logique de la décentralisation administrative renforcée : une
décentralisation à base religieuse, confessionnelle, financière, politique, administrative
et culturelle.

Le contentieux avec la Syrie

Damas a signé un contrat avec la compagnie russe Kapital pour l’exploration et


l’exploitation du bloc syrien numéro 1, qui déborde sur une partie de la Zone
économique exclusive du pays du Cèdre316. Laury Haytayan, experte en gaz et pétrole
dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, critique la signature d’un accord entre
la compagnie russe Kapital et le gouvernement syrien pour l’exploration et
l’exploitation du bloc syrien numéro 1 et ses gisements en Méditerranée orientale.

L’experte explique, carte à l’appui, que l’accord donne un accès à une superficie
couvrant ce que le Liban considère comme faisant partie de sa Zone économique
exclusive (ZEE), en l’occurrence ses blocs 1 et 2317.

316
- Alexandre KHOURI, L’Orient- Le Jour, le 02 avril 2021.
317
- Idem.
270
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ceci remet à la discussion (et ouvre à la polémique) la question de la délimitation des


frontières terrestre et maritime entre le Liban et la Syrie dans un contexte de course
aux hydrocarbures dans la région levantine du bassin méditerranéen.

Si le Liban a entamé depuis octobre 2020 des négociations avec Israël concernant la
délimitation de leur frontière maritime, il n’y a cependant aucune initiative identique
avec la Syrie.

De même que Chypre, Israël, l’Égypte et le Liban la Syrie veut se lancer elle aussi dans
la grande aventure gazière en Méditerranée orientale.

L’espace du bloc 1 syrien provient ainsi d’une loi syrienne qui délimite la surface
syrienne ZEE (dite loi 10) et vient empiéter sur ce que le Liban considère comme son
territoire marin.

La Syrie avait fait part aux Nations unies de son désaccord par rapport à la vision
libanaise de cette frontière maritime.

Il est à noter qu’entre le tracé libanais et le tracé syrien, 750km carrés se chevauchent,
ce qui pourrait donner place à un potentiel conflit juridico-politique entre les deux pays.

En fait et jusqu’à nouvel ordre il n’y a pas de conflit entre le Liban et la Syrie au niveau
de la frontière318. Les points d’achoppement entre le Liban et la Syrie résident
principalement à deux niveaux.

318
- Il faut parler d’une divergence de points de vue qu’il faut rapprocher, soutient Diana el-Kaissy,
directrice de la Lebanese Oil and Gas Initiative, une ONG travaillant sur la transparence du
management des ressources pétrolifères et gazières libanaises. Elle souligne « qu’il n’est ni dans
l’intérêt du Liban ni dans celui de la Syrie de faire de la surenchère sur ce dossier qui pourrait donner
lieu à un litige qui prendrait des années à se régler, sans que les compagnies pétrolières puissent
commencer l’exploration et l’extraction ». Source : [Link] Visite 13-
4-2021.
271
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

D’abord, l’emplacement exact où le tracé devrait débuter au niveau de la côte, puisque


l’embouchure dans la Méditerranée du fleuve al-Janoubi al-Kabir qui sépare le Liban
et la Syrie n’est pas un point précis.

Ensuite, il conviendra répondre à la question suivante : faut-il prendre en compte les


îles au large de Tripoli sur la ZEE libanaise ? En effet, ces îles, certes non habitées,
donneraient au Liban plus de profondeur à sa zone.

Le Liban et la Syrie ont intérêt à entamer des négociations calmes puisque les
entreprises de forage ne sont pas intéressées par des zones conflictuelles. Certes ce
conflit risque d’exacerber davantage les querelles sur la scène politique libanaise, entre
les pro et les anti-Syriens319.

319
- Le chef des Forces libanaises chrétiennes, Samir Geagea, opposant au régime syrien déclare que
le Liban devait réagir « immédiatement » à ce qu’il décrit comme un « empiétement de 750 km carrés
sur le territoire libanais ». Une notification du Liban aux Nations unies pourrait entraîner un abandon des
explorations par la société Kapital dans les 750 km carrés contestés entre les deux pays. On nous dit
que la Syrie est ami et frère du Liban, dit Geagea : « que l’on nous explique alors pourquoi la Syrie
empiète sur 750 km2 ». Source : [Link]

272
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

DEUXIEME TITRE : LES NORMES JURIDIQUES


ENVIRONNEMENTALES AU LIBAN ET LES
PERSPECTIVES D’AVENIR

273
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dans ce dernier titre, nous analyserons l’impact du pétrole sur l’environnement et


les mesures qui devront être prises au Liban pour y faire face (premier chapitre).
Au-delà de la sensibilité politique du sujet, on déplorera le caractère fragmentaire
du droit applicable, notamment en raison de la diversité de statuts des plateformes
pétrolières. Nous analyserons en profondeur les problèmes relatifs à
l’environnement au Liban. En effet, c’est une grande anarchie qui règne dans ce
secteur essentiel. L’irrespect de l’environnement est flagrant et le seul espoir se
trouve selon nous dans la lutte que mènent les associations libanaises.
Cette action devra intégrer certaines perspectives d’avenir (deuxième chapitre).
Ces perspectives se nourrissent d’analyses philosophiques et sociologiques qui
nous permettront de présenter notre avis sur le devoir des Libanais devant le
danger du réchauffement climatique.
Nous rendons compte de l’opinion d’un grand spécialiste en la matière, l’ancien
journaliste d’investigation, Matthieu Auzanneau. Nous verrons ainsi combien le
Liban a besoin de profiter de ces expériences et analyses, notamment de l’Union
européenne et de la France. Enfin le concept de simplicité volontaire sera analysé
afin de déterminer certaines pistes futures.

274
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

CHAPITRE PREMIER : IMPACT DU PÉTROLE SUR


L’ENVIRONNEMENT LIBANAIS ET LES MESURES
DE PRÉVENTION

L’Union européenne nous semble un parfait repère au regard de cette question


qui dépasse les intérêts égoïstes des États. La production normative européenne
en matière environnementale est abondante, y compris s’agissant des activités
d’extraction d’hydrocarbures en mer.

Il sera ainsi question de rendre compte du « New Deal vert » de Jeremy Rifkin :
ce dernier prédit l'irrémédiable chute du pétrole et du charbon.

Il ne faut pas que le Liban commette les mêmes erreurs que d’autres pays. Le
droit international est insuffisant afin de répondre aux conflits relatifs aux
nuisances pétrolières et à la menace de la pollution marine. La destruction de
l’eau est une arme utilisée dans les guerres les plus atroces. Ces situations
imposent aujourd’hui la question de la responsabilité des entreprises et la
soutenabilité environnementale des activités humaines (première section).

La situation de l’environnement et de son droit apparaît actuellement au Liban


misérable. La loi n’est pas bien appliquée et les individus manquent d’une
conscience environnementale mature.

Le pétrole à venir risque donc d’engendrer beaucoup de dégâts.

Le Liban pourrait bénéficier de l’expérience qu’offre la France dans ce domaine.


La France est ainsi pionnière en matière de développement durable et des
conventions sont signées entre la France et le Liban.
275
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En outre, le juge administratif pourrait jouer s’il le désirait vraiment un rôle


primordial dans la préservation de l’environnement au regard des atteintes qui
pourraient être engendrées par l’industrie pétrolière future.

Enfin le pari le plus risqué dans la naissance de cette prise de conscience de


l’importance pour le Liban de protéger son environnement réside dans la
capacité à empêcher une ingérence politique : rien n’empêchera que demain il y
ait des interventions qui protégeraient des sous-traitants libanais avec Total
(deuxième section).

SECTION PREMIÈRE : IMPACT DU PÉTROLE


SUR L’ENVIRONNEMENT : IMMENSES
PROBLÈMES, PEU DE SOLUTIONS

L’impact du pétrole sur l’environnement est immense (sous-section 1) et il faut


clairement déterminer les responsabilités relatives à ces actes pétroliers qui nous
apparaissent comme criminels (sous-section 2).

Sous-section 1. L’impact du pétrole sur


l’environnement

A- Notions et descriptions

1-L’Union européenne tente de faire face


aux déversements de pétrole

276
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La catastrophe de Deepwater Horizon survenue au printemps 2010 au large des


côtes de la Louisiane fut, on le sait, d’une ampleur sans précédent : environ
650000 tonnes de pétrole se sont déversées dans le milieu marin entre le 20 avril
et le 15 juillet 2010320. Cette situation dramatique a causé des pertes
exceptionnelles au regard de l’écosystème local321.

En 1979 déjà, l’explosion de la plateforme Ixtoc-I- avait entraîné le déversement


de 500000 tonnes à un million de tonnes de pétrole dans le même golfe du
Mexique dont une partie, heureusement, a brûlé. D’autres marées noires jalonnent
tristement notre histoire : elles ont été causées par les navires tels l’Amoco Cadiz
(223 000 tonnes), de l’Exxon Valdez (37 000 tonnes), de l’Erika (20 000 tonnes)
ou le Prestige (63 000 tonnes)322.

L’Union européenne ne pouvait être aveugle à cette évolution. En ce sens elle a


été amenée à développer une production normative importante dans ce domaine.
Elle s’attache ainsi aux activités d’extraction d’hydrocarbures en mer. Afin de
renforcer les textes juridiques après la catastrophe de Deepwater Horizon l’Union
européenne a adopté la Directive 2013/30 pour lui permettre de prévenir autant
que possible toute catastrophe d’une telle ampleur dans les eaux de ses États
membres.

Pour Eve Truilhé et Clio Bouillard « cette réaction s’est révélée nécessaire,
puisque le droit de l’Union d’avant 2010 était très lacunaire sur le sujet, et le droit

320
- PIOCH s., Hay j., Levrel h., Faraway, so close : « les enjeux de la marée noire DeepWater
Horizon vus depuis la France », Natures Sciences Sociétés 3/2010, Vol. 18, p. 305-308 ; URL
: [Link]/[Link], Crone, T.J.,
TOLSTOY, M. « Magnitude of the 2010 Gulf of Mexico Oil Leak », Science, 2010, vol. 330,
n°6004, p. 634
321
- Voir Costanza R., Batker d., Day j., Feagin r.a., Luisa Martinez m., Roman J., “The perfect
spill : Solutions for averting the next deepwater horizon”, Solutions, 2010,
[Link]
322
- Pioch s., Hay j., Levrel h., Faraway, so close : [Link]..
277
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

international ne parvenait pas non plus à réguler efficacement de telles


activités 323». Cependant, l’adoption de cette Directive reste insuffisante, et les
instruments de protection des mers régionales semblent n’être que des palliatifs
(utiles).

Dans la cadre du développement d’une politique environnementale depuis 1976


la Communauté européenne a initialement réglementé la pollution due aux
substances dangereuses déversées dans le milieu aquatique par les établissements
industriels, en introduisant un système de valeurs limites contraignantes. Dans le
même temps, on a permis aux États membres de fixer des objectifs de qualité,
mais avec l'obligation de prouver que ces objectifs sont respectés324.

Dans la directive précitée, nous trouvons 129 substances dangereuses en vertu de


leur toxicité et de leur bioaccumulation325.

2- Le "New Deal vert" de Jeremy Rifkin

323
- Eve TRUILHE, Clio BOUILLARD. « Quel encadrement juridique pour les activités pétrolières
offshore en droit de l’Union européenne ? » . Carina Oliveira dir. Meio ambiente marinho e
direito (Volume-II), 2017. ffhal-01829840f
324
- Direct. no 76/464 du Conseil, 4 mai 1976, JOCE, no L 129, 18 mai, concernant la pollution
causée par certaines substances dangereuses déversées dans le milieu aquatique de la
Communauté
325
- Yves PETIT, « Environnement – Protection des milieux », Répertoire de droit européen,
Janvier 2007 (actualisation : Mars 2021).
278
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ce n’est que depuis récemment que l'humanité se considère comme une espèce
en danger comme le dit Jeremy Rifkin326. Pour l’auteur le « New Deal vert » se
traduit par une « transformation complète de l'économie vers un nouveau
paradigme ».

Dans son nouveau livre, Le New deal vert mondial, pourquoi la civilisation fossile
va s'effondrer d'ici 2028, le plan économique pour sauver la vie sur terre, Jeremy
Rifkin prédit l'irrémédiable chute du pétrole et du charbon.

Aujourd’hui le temps presse face au réchauffement climatique. L'essayiste


américain plaide ainsi pour la mise en place d'un New deal nouveau et vert.
L’auteur parle de la troisième révolution industrielle des infrastructures, qui
seraient nécessaires afin de repenser les énergies renouvelables.

L’injection massive de fonds publics par les gouvernements ne suffit pas. Il sera
nécessaire que les projets soient menés au niveau des régions.

Pour régler le problème de l’environnement, il faudrait donc un projet d'ampleur


de transformation des infrastructures. Le problème n'est donc pas l'absence
d'argent. Le problème, c'est l'absence de conscience. C'est pour cela que nous
avons besoin du New Deal vert. « C'est la première fois que les hommes
commencent à se considérer comme une espèce en danger327 ».

Le Liban est lui-même devant un immense défi environnemental.

326
- [Link]
[Link]. Propos
recueillis par Jérôme Marin,16/10/2019 .
327
- « Les gens doivent surtout se rendre compte qu'il ne suffit pas de demander aux
gouvernements d'agir. Ils doivent devenir acteur de la vie politique, au niveau local
notamment, pour prendre le pouvoir démocratiquement. Le feront-ils ? Seront-ils actifs sur le
long terme ? Je ne sais pas ». Idem.
279
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Nous avons certes une loi sur la protection de l’environnement depuis 2002, mais
elle présente beaucoup de lacunes.

De plus le contexte politique et économique libanais n’a pas aidé à assister à une
application même minimale des dispositions de la loi.

Concernant l’espace marin libanais : « la côte Libanaise est soumise à plusieurs


facteurs de stress affectant les écosystèmes marins : les recherches fragmentaires
sur les communautés côtières et plusieurs expériences le long des côtes
israéliennes suggèrent que l'ensemble du Levant est sous une profonde
dégradation de phase côtière »328.

Compte tenu de la prochaine découverte de pétrole et du gaz au Liban, « le milieu


marin sera probablement affecté par de nouvelles menaces en relation avec la
construction des plateformes pétrolières à cause des déversements de pétrole et
des éruptions329».

En cas d'accident de déversement d'hydrocarbures (provenant des plateformes)330,


il y a un immense travail préalable de connaissance afin de permettre la répartition
de ces écosystèmes sensibles et de pouvoir planifier les actions de protection
côtière et gérer l'urgence (déplacement de pétrolier, installation des protections
flottantes).

328
- ALI BADRESSINE, thèse, HAL Id: tel-01887770 [Link]
Submitted on 4 Oct 2018. Voir Abboud Abi Saab, M., Fakhri, M., Hassoun, A., 2013. Inter-
annual variations of water and air temperatures in Lebanese coastal waters (2000-2012),
Oceanography & Sustainable Marine. Production: A Challenge of Man. Cité par Ali
Badreddine.
329
- Idem.
330
- Abboud ABI SAAB, M., 1985. Contribution à l’étude des populations microplanctoniques
des eaux côtières libanaises (Méditerranée orientale), Thèse Aix-Marseille II, p. 281.
280
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Le Liban doit alors s’appuyer sur les expériences d’autres pays plus
développés dans ce secteur .

Dans le travail du secteur pétrolier, il ne faut jamais oublier


l’importance du principe de l’égalité 331. On sait qu’en matière de
dommages causés par l’environnement les pauvres payent beaucoup plus
que les riches 332. Catherine Larrère 333 insiste ainsi sur la notion
d’égalité. Elle considère qu’existe une polarité entre riches et pauvres,
entre les pays du Nord et les pays du Sud 334.

B- Les faiblesses du droit international

Dans cette première sous-section, nous exposons quelques points relatifs à


l’environnement et aux nuisances du pétrole afin d’évoquer les insuffisances du
droit international en matière textuelle en particulier au niveau des nuisances
pétrolières. En raison de la nature transfrontière du dommage de pollution
marine, le cadre international semble particulièrement pertinent pour élaborer une
réglementation. Cependant, les textes du droit international ne permettent pas de
protéger l’environnement marin de façon satisfaisante. L’encadrement des
activités offshore au plan international soulève des enjeux et des difficultés

331
- Voir W U C H U N X I A O , L’int er pr ét at ion de la jus t ice envir onne men t ale dans l e
dr oit de l’envir on n e ment , Thèse, Facult é de dr oit de Doua i, 2018.
332
- Sur le fondement de ses considérants 77 à 83, la décision du Conseil constitutionnel
français sur la loi de finances pour 2010 (n° 2009-599 DC du 29 décembre 2009) a censuré
les articles 7, 9 et 10 de la loi, qui instituaient respectivement une contribution carbone, un
crédit d'impôt restituant forfaitairement la contribution aux ménages et un mécanisme de
remboursement partiel au bénéfice des exploitants agricoles. Le Conseil constitutionnel
sanctionne la rupture d'égalité devant l'impôt et les charges publiques.
333
- Catherine LARRÈRE, « La justice environnementale », Dans Multitudes 2009/1 (n° 36),
pages 156 à 162.
334
- Cette inégalité on en a parlé au Liban lors des dernières marées noires que nous
évoquerons plus loin.
281
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

spécifiques335. De fait, l’observation à l’œil nu du milieu marin est complexe et la


reproduction in vitro de conditions analogues pour étudier les phénomènes sous-
marins est délicate voire impossible. Il est donc impossible d’évaluer avec
précision et exhaustivité les risques que l’activité d’exploitation d’hydrocarbures
offshore fait courir à la biodiversité marine. Ainsi la science est encore incapable
de déterminer avec une certitude complète la totalité des dommages susceptibles
d’être causés à la faune et la flore marine par l’activité d’extraction des
hydrocarbures (Eve Truilhé, Clio Bouillard). La valeur économique des
hydrocarbures, leur rôle dans les relations géopolitiques entre États et dans
l’assurance d’une indépendance énergétique rendent le sujet particulièrement
sensible, et les activités pétrolières difficiles à réglementer à l’échelle
internationale. Au-delà de la grande valeur de l'or noir, son extraction en mer dans
des zones géographiques particulières complique encore davantage la régulation
des activités, tant il semble difficile de réaliser le rapprochement entre les États à
cet égard.

Géographiquement, les gisements pétroliers offshore les plus importants sont


situés dans le « Triangle d'or » (golfe du Mexique, Brésil et Afrique de l'Ouest),
en mer du Nord, en Méditerranée, dans le golfe Persique, dans la mer Caspienne
et au sud mer de Chine336.

La sensibilité politique du sujet explique que le droit international est resté très
timide. Il faut également noter que celui-ci demeure très fragmentaire. Le
fonctionnement est alors très complexe ainsi que les règles de droit qui
s’appliquent à ce domaine. Ainsi, s’agissant par exemple du statut juridique ds

335
- Eve TRUILHE, Clio BOUILLARD. « Quel encadrement juridique pour les activités pétrolières
offshore en droit de l’Union européenne ? », op. cit.
336
- Rochhhette J., Wemaere, M. Emaere, M., Chabason L., Callet S., « En finir avec le bleu
pétrole, pour une meilleure régulation des activités pétrolières et gazières offshore », pp.5-6.
282
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

plateformes, certaines conventions internationales assimilent la plateforme à un


navire, comme la Convention MARPOL33710 dont l’article 2.4 précise qu’un
navire « désigne un bâtiment exploité en milieu marin de quelque type que ce soit
et englobe les hydroptères, les aéroglisseurs, les engins submersibles, les engins
flottants et les plates-formes fixes ou flottantes »338.

Sous-section 2. Criminalités et responsabilité

A- Criminalités

Le pétrole pollue l’eau et la destruction de l’eau est une arme largement utilisée
dans l’histoire des conflits humains : « Le concept ďécocide a été mis de l'avant

337
- MARPOL c’est la « Convention internationale pour la prévention de la pollution
marine par les navires, élaborée par l'OMI (Organisation maritime internationale) et qui porte
sur tout type de pollution marine causée par les navires (le pétrole, les liquides et solides
toxiques, les déchets, les gaz d'échappement, etc.) qu'elle soit accidentelle ou fonctionnelle,
volontaire ou involontaire ».
Quant aux annexes de cette Convention nous avons :
 Annexe 1 Règles pour la prévention de la pollution par hydrocarbures (entrée en
application le 2 octobre 1983).
 Annexe 2 Règles pour le contrôle de la pollution par des substances liquides
nocives.
 Annexe 3 Prévention de la pollution par des substances toxiques transportées par
mer sous forme de colis.
 Annexe 4 Prévention de la pollution par les eaux usées des navires.
 Annexe 5 Prévention de la pollution par les ordures des navires.
Annexe 6 Prévention de la pollution de l'air par les navires.(votée le 26/09/97, en vigueur au
15/10/05 au plus tard). Source : Wikipedia, Visite 3-5-2019.
338
- MARPOL instaure la mise en place de zones spéciales (special areas) où le
déchargement de résidus d'hydrocarbures est interdit sauf sous certaines conditions. La
Convention instaure la mise en place du système de Oil Discharging Monitoring System
(ODME).
283
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

dans la foulée de la guerre du Vietnam pendant laquelle les militaires américains


ont commis leurs attaques systématiques contre l'environnement »339, et ceci au
prétexte que celui-ci servait de protection à l'ennemi.

Ainsi à l’occasion de ce conflit les attaques ont détruit des écosystèmes entiers et
il faut noter qu’en 1972, lors de la Conférence des Nations Unies sur
l'environnement à Stockholm, le Premier ministre suédois, Olof Palme, utilisera
explicitement dans son discours d'ouverture le concept d’écocide pour parler de
la guerre du Vietnam. En 2013 on a relancé le débat et des voix se sont élevées
pour adopter une directive européenne qui criminaliserait les écocides et
permettrait de les juger et de condamner leurs responsables. L’insistance portait
principalement sur la question de la pollution ou la dégradation des ressources en
340
eau .

B- Responsabilité des entreprises et


réparation des victimes

1-Responsabilité des entreprises

339
- Voir Hugues HELLIO, « Une convention contre la criminalité environnementale : une
révolution ? Non, une circulation ! », Criminologie environnementale, 2016, Vol. 49, No. 2, pp.
177-194, publié par les Presses de l’Université de Montréal Stable URL:
[Link]
340
- Sylvie PAQUEROT, « Crimes environnementaux : si la pollution de l'eau tue...
malheureusement elle rapporte ! », Criminalité environnementale, 2016, Vol. 49, No. 2, pp.
215-240, publié par les Presses de l’Université de Montréal Stable URL:
[Link]
284
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La question de la soutenabilité environnementale des activités humaines est à


l’ordre du jour depuis maintenant quelques décennies341 .

La responsabilité des entreprises en matière de soutenabilité environnementale


gagne de nos jours l’intérêt de tous les spécialistes342. Christoph B. Stamm
distingue ainsi trois types d’acteurs collectifs clés qui sont plus ou moins actifs
dans ce sens : « les gouvernements, les acteurs du mouvement vert et les
entreprises343 ».

Les entreprises doivent avoir leur rôle dans l’adoption de réformes


environnementales. Ces organisations à but lucratif et leurs propriétaires
poursuivent, en principe, des intérêts privés, mais leurs activités peuvent avoir des
incidences positives au niveau sociétal. La science et la technologie sont
considérées comme les institutions principales pour « verdir » l’économie. Le but
recherché est ainsi de réformer les institutions économiques en vue de dépasser la
contradiction entre économie et écologie : « Environmental improvement can go
together with economic development via a process of delinking economic growth
from natural sources inputs and outputs of emissions and waste. »344.

341
- Voir « Silent Spring » de Rachel CARSON (1962) et le « Rapport Meadows » du Club de
Rome (1972) qui avaient surpris le monde en mettant en garde l’imaginaire avec leur mise en
garde contre les effets négatifs d’une industrialisation sans limites.
342
- Qu’entend-on d’abord par concept de la transition écologique. Le terme transition implique
un mouvement, un changement ou une transformation d’un système sociétal à un autre. La
transition écologique serait alors une transformation sociétale qui mène d’un modèle de
production et de consommation non soutenable vers un modèle socioéconomique qui a un
impact environnemental « acceptable » ou soutenable à long terme. Idem.
343
- Christoph B. STAMM, « Si la transition écologique avait lieu... Une prospective sociologique
pour élargir la discussion sur la responsabilité des entreprise », Dans Revue de l’organisation
responsable 2015/2 (Vol. 10), pages 75 à 87.
344
- Joanne MOL, “Fluvial response to Weichselian climate changes in the Niederlausitz
(Germany)” First published: 28 April 1999, Journal of Quaternary science,
[Link]
285
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Les entreprises peuvent, de la sorte, développer des innovations (technologiques)


leur permettant de se trouver dans la fameuse situation « gagnant-gagnant » :
« elles augmentent leur profitabilité ou améliorent leur situation concurrentielle
en utilisant moins d’énergie et moins d’intrants matériels, réduisant ainsi leur
impact négatif sur l’environnement 345».

2- Réparation des victimes

Pour Matthew et Hall Florence Dubois existe au regard de la question de la


réparation des victimes des atteintes à l’environnement un écart réel entre les plus
nantis et les plus démunis.

« Ceux qui ont la chance d'être les victimes de crimes environnementaux


médiatisés et ponctuels dans le temps et dans l'espace, dans des pays développés
où ils reçoivent en outre la sympathie du public, ont accès non seulement à de
généreuses compensations administratives, mais aussi à des réparations pénales
lorsque leurs cas sont reconnus comme criminels346 ».

A contrario, ceux qui résident dans des pays ou au sein de communautés plus
pauvres ou marginalisées et où la dégradation de l'environnement est considérée
comme une nécessité pour le bien du pays et pour la production, ceux-ci sont,
quant à eux, en manque de ces ressources officielles. Ils ne disposent pas, la

345
- Christoph B. STAMM, Si la transition écologique avait lieu... Une prospective sociologique
pour élargir la discussion sur la responsabilité des entreprise.
346
- Matthew HALL et Florence DUBOIS, « Plaidoyer pour des mesures de réparation pour les
victimes de crimes contre l'environnement », Criminalité environnementale, 2016, Vol. 49, No.
2, (2016), pp. 141-175, publié par les Presses de l’Université de Montréal Stable URL:
[Link]
286
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

plupart du temps, des ressources financières et sociales pour entreprendre leurs


propres recours civils.

SECTION DEUXIEME : IDEES POUR ÉVITER


LES ATTEINTES À L’ENVIRONNEMENT DANS
L’EXPLOITATION FUTURE DU PÉTROLE AU
LIBAN

À quelles idées peut-on s’attacher pour essayer de prévenir l’atteinte à


l’environnement libanais engendrée par l’exploitation du pétrole (sous-section 1).
Il semble possible de trouver dans le droit et la justice un chemin potentiel afin de
lutter contre ces atteintes et ceci, notamment, grâce aux efforts du juge
administratif (sous-section 2).

Sous-section 1. Environnement et
développement durable au Liban

A- Développement durable au Liban

1-Évolution défavorable pour


l’environnement au Liban

287
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Jusqu’au déclenchement de la guerre civile en 1975, le Liban constituait de facto


le centre commercial et financier névralgique de la région347. Plusieurs éléments
militaient en ce sens : un régime économique et financier libéral, le secret bancaire
presque absolu et la liberté totale des changes attiraient les investisseurs et les
fonds de tout le Moyen-Orient et d'ailleurs.

En outre, le Liban bénéficie d’une situation géographique idéale, d’un fort


encouragement de l’initiative privée et de relations commerciales privilégiées
avec de nombreux pays, etc.348

En 1988 la situation se complique pour le Liban : il y a eu, en premier lieu, une


augmentation de la dette interne et après la désignation du général Aoun comme
chef de l’armée, des affrontements vont contribuer à la destruction de ce qui restait
de l’infrastructure libanaise.

C’est dans cette situation qu'ont été conduits le dialogue intercommunautaire et la


politique aboutissant à l'Accord de Taëf349.

Cet accord sera suivi le 21 septembre 1990 par une révision constitutionnelle.

À partir de 2000 la privatisation va devenir un objectif essentiel et ceci tout en


préservant l’intégrité du système bancaire et l’entière convertibilité de la monnaie

347
- Micheline MOUBARAK, Mémoire DEA en Science politique, USJ. Faculté de droit et des
sciences politiques, Beyrouth, 2002.
348
- Nicolas CHAMMAS, « L’avenir socio-économique du Liban, Questions, Eléments de
réponses », Harvard Business School, Club of Lebanon, 1995, p. 24.
349
- La Constitution définit ainsi l'Etat :
La République libanaise est un Etat unitaire et unifié, doté d’un pouvoir central fort, et son
régime économique est libéral : il garantit l’initiative individuelle et la propriété privée. Et puis :
Le développement équilibré des régions sur le plan culturel, social et économique est
fondamental pour la sécurité et la stabilité du régime.
288
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

ainsi que l’encouragement de la compétitivité, notamment par la dérégulation et


la privatisation.

La réforme juridique relative à la privatisation n’était pas cependant inscrite dans


les Accords de Taëf. Il semble que ce soit un thème qui a longtemps mûri sous
l’effet de la crise économique et de la mondialisation.

Sur le plan de l’environnement, la guerre civile libanaise est responsable d’une


dégradation presque définitive de l’environnement par les décharges et les
empiétements sur le littoral350.

On s’accorde généralement à dire que la dégradation de l’environnement est


principalement une conséquence directe de la guerre. Cependant à notre avis il
convient d’ajouter une autre raison, celle concernant le manque de culture
environnementale et le manque de respect de mes compatriotes pour
l’environnement.

En outre, l’urbanisation entraîne les plus graves atteintes à l’environnement. Nous


n’oublions pas ici la catastrophe des carrières. La carte des surfaces de carrières
au Liban montre la brisure généralisée du territoire, notamment sur le versant
occidental du mont Liban, et ceci à proximité des principales concentrations
urbaines.

Les plus importantes sont les carrières situées près du col du Dahr al-Baïdar, près
de la route de Damas, dans la région du Mont Sannine, à Sibline et dans la région
de Chekka.

350
- Il faut savoir qu’à l’échelle du Liban entier, près de 12000 immeubles ont été touchés,
dont 38% avec des dégâts importants. Les bâtiments touchés se concentrent très largement
dans l’agglomération de Beyrouth et dans quelques villes (déplacements de population forcés-
1975-1987). Source : Atlas du Liban - Éric Verdeil, Ghaleb Faour et Sébastien Velut, Institut
français du Proche Orient, Beyrouth, 2005.
289
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La plus grande concentration est toutefois située sur le territoire de la localité


d’Arsal, dans l’Anti-Liban.

L’autre forme principale d’atteinte à la nature est constituée par la pollution des
eaux courantes, des nappes phréatiques et du littoral.

Le Liban manque dramatiquement d’installations de retraitement des effluents


tant domestiques qu’industriels (exception faite de celles de prétraitement à
Ghadir en banlieue sud de Beyrouth et à Baalbek). Partout ailleurs on rejette dans
les cours d’eau sans que les autorités publiques n’en disent mot.

2- Gouvernance urbaine : la France


pionnière

Les principes et les objectifs du développement durable exigent aujourd’hui que


les villes partout dans le monde trouvent un équilibre entre un développement
urbain maîtrisé et la préservation des espaces et des ressources naturelles.

Dans le développement durable urbain, la France est pionnière : le ministère des


Affaires étrangères et européennes a lancé, depuis juillet 2007, une réflexion
associant l’ensemble des acteurs de la coopération afin d’élaborer un document
d’orientation.

Le gouvernement français a eu l’idée de mettre ainsi en place un « Partenariat


français pour la ville »351.

351
- Voir Charbel ESTEPHAN, Les politiques publiques au Liban, Instruments juridiques et
moyens pour un développement durable, Thèse, Faculté de droit de Douai, p. 121.

290
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La France a créé pour porter ce partenariat la notion de « gouvernance urbaine


démocratique ».

Cette idée a donné lieu à la réflexion engagée par le ministère des Affaires
étrangères et européennes, en partenariat avec le ministère français de l’Écologie,
de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer et l’Agence française de
Développement notamment, sur le concept de gouvernance démocratique.

Le but était de favoriser l’aménagement et le développement urbains durables, tel


que l’accès aux services essentiels (transport, emploi, loisir, sport, tourisme,
centres culturels, etc.).

Cette expérience pourrait connaître des développements heureux au Liban.

Beyrouth est, en effet, une ville qui a un réel besoin d’un développement durable
et d’un respect de l’environnement (sans oublier la nécessité de consulter les
citoyens comme le propose l’Initiative libanaise pour le pétrole et le gaz, dont
nous avons exposé leur projet de loi).

B- La protection de l'environnement
par le droit

1-Le rôle primordial du juge administratif


libanais

Le juge libanais peut-il jouer un rôle dans le développement durable et partant


dans la préservation de l’environnement des atteintes dues à la future industrie
pétrolière?

291
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La réponse est positive, et ceci sans équivoque.

En effet, le préambule de la constitution libanaise qui a été amendée en 1990,


conformément aux accords de Taëf prévoit dans son alinéa «b» que le Liban est
membre de l’Organisation des Nations Unies et qu’il s’engage à «respecter ses
conventions et la Déclaration universelle de droits de l’homme, dont l’Etat
libanais incarne les principes dans tous les domaines sans exception ». De plus,
l’article 2 du code de procédure libanais permet de garantir la primauté des
conventions internationales sur les lois internes, ce qui permettrait éventuellement
au juge libanais de faire appel à ces conventions (la Convention MARPOL par
exemple) pour leur accorder la primauté sur les lois internes.

Le juge libanais, qui reste très attaché au droit français et à sa jurisprudence, a


déjà donné droit de cité à cette primauté en s’appuyant sur des arrêts français352
du Conseil d’État, et ce dans un arrêt « Markaz al Bouhous al Ziraya)353.

Ainsi le juge libanais grâce à ce préambule et à certaines décisions de notre


Conseil constitutionnel (ayant accordé force constitutionnelle aux dispositions du
préambule) pourrait jouer un rôle primordial pour appliquer les textes
internationaux et nationaux354 qui sont relatifs aux sanctions infligées contre les
responsables des atteintes contre l’environnement et qui enfreignent les règles
relatives à la prévention de la pollution marine par les navires, élaborée par l'OMI
(Organisation maritime internationale) causée par le pétrole, les liquides et solides
toxiques, les déchets, les gaz d'échappement, etc.

352
- Jacques Vabre de la Cour de cassation (1975) et Nicolo du Conseil d’Etat (1989).
353
- Conseil d’Etat, 20 octobre 1989. Voir Georges SAAD, note sur cet arrêt, in Revue al Adl
(revue du barreau de Beyrouth), n° 4, 2006, P. 1462.
354
- Grâce aussi à l’influence exercée par le juge français qui a fait de grands pas dans ce
sens.
292
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

On sait que l'article 6 de la Charte française de l’environnement stipule que


:« les politiques publiques doivent promouvoir le développement durable ». Pour
Michel Prieur « la loi constitutionnelle du 1er mars 2005 a osé hisser
l'environnement au niveau des droits de l'Homme constitutionnellement
garantis »355. La réforme était inéluctable. L’auteur reconnaît néanmoins que la
Charte reste encore parfois contestée. Tout en affirmant que la dynamique
constitutionnelle est bien engagée.

Dans cet article 6 il y a tout un enseignement pour le Liban et l’on sait qu’au
ministère de l’environnement libanais on se réfère régulièrement à cet article et
que l’on trouve celui-ci dans de nombreuses brochures.
Le Conseil d'État français a précisé dans de nombreux arrêts qu'une loi antérieure
à la Charte de l'environnement qui serait contraire au droit à l'environnement est
inapplicable, car elle doit être considérée comme abrogée par le texte plus récent
de valeur supérieure : une telle loi ne fait donc pas écran.
La juridiction administrative a déjà admis la possibilité d'invoquer les principes
de l'environnement dans le cadre du référé-liberté356. Ce faisant, elle a consacré le
caractère de droit fondamental au droit de vivre dans un environnement équilibré
et favorable à la santé357.

2-Ministère public de l’Environnement

355
- Michel PRIEUR, Les Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel, n°43, avril 2014.
356
- Prenons l'exemple du contrôle juridictionnel des grands équipements publics. Voir
l'article de Bernard POUJADE à ce sujet dans Droits de l’Homme et développement durable,
quelle articulation ?, Sous la direction de Ali Sedjari, Editions l’Harmattan – CRET, 2008.
357
-- Tribunal Administratif, Châlons-en Champagne, 28 avril 2005, Conservatoire du
patrimoine de Champagne Ardenne.
293
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Le Parlement libanais a approuvé, en avril 2014, un projet de loi qui visait à


affecter des avocats et des juges d'instruction à plein temps aux affaires
environnementales, ce qui constituait une étape remarquable vers l'activation des
lois sur la protection de l'environnement devant les tribunaux libanais358.

La chose la plus importante que note cependant la loi est « la publication des
jugements et décisions rendus dans les questions environnementales dans deux
journaux locaux, y compris la décision de classement de la plainte ».

Cette étape est fondamentale et essentielle pour activer le principe de transparence


et consacrer le droit de l'opinion publique d'accéder aux documents juridiques
depuis leur adoption, ce qui contribue à enrichir le débat public à cet égard.

Le pari reste celui d'empêcher l'ingérence politique et de permettre la bonne


application de cette loi.

On sait que pour les délits environnementaux relatifs aux carrières situées dans un
certain nombre de régions libanaises, il a toujours existé une couverture assurée
(des « pistons » à la libanaise) par des autorités politiques. Rien n’empêche ainsi
que demain il y ait de nouveau des interventions qui protégeraient des sous-
traitants libanais avec Total359.

Cette situation d’une protection des intérêts environnementaux par le droit peut
être illustrée par une affaire récente.

L'« Alliance unie » et la « Green Globe Association » ont annoncé en septembre


2019 que leur équipe juridique avait déposé une plainte pénale environnementale

358
- Revue Agenda juridique (Al Moufakara al Qanounya), 6-5- 2014.
359
- Des manifestants ont déjà scandé « Naft-Naft Bass ajaneb » (pétrole, pétrole, on ne veut
que des étrangers).
294
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

devant le parquet environnemental de Beyrouth, par le biais d’un recours près la


Cour de cassation.

Ce recours a été enregistré sous le numéro 5859 AD, contre Le « Conseil pour
le développment et Reconstruction et son président, Nabil Al-Jisr, The Khoury
Contracting Company, Rafeeq Al Khoury and Partners Holding Company, Al
Jihad Trading and Contracting Company - Soreko (JV), Al Jihad Trading and
Contracting Company, etc…et toute personne qui pourrait être un acteur,
instigateur, complice, ingérant dans la commission d’'infraction de violation des
dispositions de la Convention de Barcelone sur la protection de la Méditerranée
contre la pollution 1976, violation des dispositions Loi No360 ».

Sous-section 2. Moyens de faire face aux


atteintes à l’environnement au Liban

A- Atteintes à l’environnement au
Liban : le désordre urbaniste et
quelques illustrations

360
- Les plaignants demandent que le pouvoir judiciaire prenne des mesures
conservatoires et décide d'interdire la sortie du territoire libanais aux défendeurs
susmentionnés, de lever le secret bancaire de l'ensemble de leurs comptes et de les
empêcher de disposer de leur argent mobilier et immobilier, de les arrêter
éventuellement et les renvoyer devant le tribunal compétent : al Wikala aal Watanya lil
iilam, 6 sept 2019.
[Link]
Dans un contexte connexe une plainte pénale a été déposée le 26 août 2019 par une
coalition associative auprès du procureur de l'environnement du Nord Liban contre
l'Union des municipalités de Miniyeh et les entreprises travaillant dans le tri des déchets
à Minya dans l’affaire appelée « La montagne des déchets de Tripoli).
295
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

1- Le désordre urbaniste
La lutte pour défendre l’environnement et sanctionner les atteintes
résultant du travail pétrolier n’est pas séparé e selon nous de la lutte
contre les atteintes à l’environnement au Liban en général.
Il est encore trop tôt pour évoquer des cas d’atteinte due au travail
pétrolier pour la simple raison que le Liban est toujours au stade de
l’exploration. Mais nous pouvons anticiper sur ces dommages à
partir des atteintes contemporaines qui se manifestent dans le cadre
du désordre urbanistique au Liban.
Dans tout le Liban , le désordre urbaniste saute aux yeux : absence
de jardins et d’espaces verts ; absence de services d’infrastructure
essentiels comme les réseaux de distribution des eaux, des égouts,
téléphonie, etc.
Les projets existent, les bonnes volontés existent ainsi que la
collaboration avec des institutions européennes et américaines
(notamment avec l’ île de France), mais il apparaît impossible de
mettre en application ces projets, car on se heurte à un système qui
tolère les contraventions, les actes illégaux, et qui s’acharne à
« privilégier les amis à coup de corruption et de pots de vin » 361.
On pourrait ainsi se demander pourquoi à Beyrouth entre des routes
très étroites on érige des gratte-ciels? Cette logique de gratte -ciel
est fort éloignée de la logique environnementale, rationnelle et
esthétique. Comment peut -on trouver une solution à la crise de la
circulation avec cette grande densité de construction et de

361
- Illustration : Il y a une route très étroite dans la localité de Baabda qui cause des bouchons
tous les jours. Lorsqu’on a demandé pourquoi la municipalité n’élargit pas un peu cette route
on nous a dit qu’il y a le sieur « X » Un homme politique puissant qui refuse l’expropriation, ne
serait-ce que d’une toute petite parcelle de son cher jardin. On est stupéfait.
296
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

surpopulation ? Comment, avec tout cela, peut-on peut limiter la


pollution de l’air due à un surpeuplement anarchique (surtout en
l’absence de réseaux organisés de transport en commun comme dans
les grandes villes européennes 362)?

2- Des illustrations

2-1. Atteintes au littoral libanais


L’État libanais qui doit préserver son littoral est responsable de sa
détérioration et ceci même en cas de vides juridiques 363.

Combien d’espaces sur le littoral sont ainsi envahis par des sociétés
privées en toute illégalité et impunité 364.

Les Libanais ne peuvent plus profiter de leurs plages. La police


côtière bénéficie pourtant d’une habilitation élargie lui permettant
d’intervenir dans plusieurs domaines de contrôle : pollution,
remblais, constructions illégales sur le domaine public maritime
(DPM), navires et pêches maritimes. Mais hélas , les capacités
matérielles dont dispose cette unité sont très faibles. Elle est
composée d’un nombre peu important de personnes, et ne dispose
que d’un seul véhicule et d’aucun moyen embarqué…ce qui peut

362
- Certes demain avec les marées noires dues aux déversements des hydrocarbures des
navires le problème ne sera que plus grave et urgent.
363
- Il ne suffit pas qu’il y ait des règles de droit foncier qui respectent les normes de
l’environnement, il faut adopter de nouvelles règles rigoureuses, plus riches et plus
diversifiées.
364
- Entre les réformes que la société internationale demande aux autorités libanaises
d’adopter figure la réforme consistant à récupérer les propriétés étatiques spoliées sur les
plages libanaises. C’est la condition pour aider le Liban à sortir de sa crise économique (les
réprimandes d’Emmanuel Macron, septembre, 2020).
297
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

sembler assez incompréhensible pour une structure de police


côtière.

Certaines unités, comme Jounieh, bénéficient d’un seul navire pour


assurer des missions en mer.

L’action de cette unité se concentre donc sur une stratégie de


surveillance terrestre, principalement liée à la régularité des
occupations du DPM et au contrôle des zones de mouillage et de
débarquement (ports) 365.

Le projet du port de Adloun est également un bon exemple de


l’irrespect du droit dans le cadre du littoral libanais : le projet de
construction d’un port de pêche sur le site historique de Adloun
était l’un des enjeux des élections municipales de cette localité du
sud du Liban. La municipalité est aujourd’hui accusée de couvrir
une opération de spéculation foncière financé e par des fonds
publics 366.

Cet espace, qui relève du domaine public maritime 367 et dont


l’exploitation et le contrôle relèvent de la responsabilité de la

365
- Rapport de consultation, ProIUCN, Bertrand Cazalet et Georges Saad, Doc. IUCN. Juin
2018.
366
- Orient-Le Jour, « La spéculation foncière aura-t-elle raison d’un site archéologique majeur
à Adloun? », 2 juin 2016.
367
- L’arrêté 144/D du 1925 stipule que « les propriétés publiques comprennent le rivage de
la mer jusqu’à la limite du plus haut flot d’hiver et les plages de sable ou de galets; les marais
et étangs salés communiquant directement avec la mer ; les ports, havres et rades ».
298
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

direction ministérielle du Transport maritime 368, abrite pourtant «


d’inestimables trésors archéologique s » 369.

2-2. La marée noire israélienne

Certes, le Liban va s’exposer au cours des travaux d’extraction à de conflits et à


des accidents liés à la pollution, c’est la raison pour laquelle, comme nous l’avons
déjà dit en évoquant les lacunes de la loi libanaise no 132 de 2010 sur les
ressources pétrolières, les contrats avec les titulaires de titres d’exploitation
doivent être clairs et détaillés afin de prévoir la détermination des responsabilités
en cas d’atteinte contre l’environnement (rapports d’impact).

Ces dégâts peuvent concerner le Liban comme ses voisins.

Songeons ainsi à notre réserve côtière de Tyr souillée atteinte par la marée noire
israélienne : selon les autorités israéliennes, cette catastrophe serait due à « des
dizaines, voire des centaines de tonnes de pétrole qui se sont échappées d’un
navire, dans le port d’Ashdod », le plus important du pays370.

Le site de Tyr était pourtant l’un des sites naturels les moins pollués du Liban.

Cependant, durant le mois de février 2021 le littoral du Liban-Sud, « ses plages


de sable blanc, ses galets, ses rochers et même ses tortues sont souillées par une

- L’article 4 du décret 1611 de 1971 stipule que l’investissement et le contrôle des domaines
368

publics maritimes sont de la responsabilité de la direction du Transport maritime au sein du


ministère des Travaux publics et des Transports.
369
- Selon l’archéologue médiéviste Patricia Antaki-Masson, dans un article paru dans
L’Orient-Le Jour le 29/02/2016, [Link]
[Link] » les spécialistes du patrimoine et de
l’environnement assurent que le site sera détérioré par la construction du port. Le danger
concerne également les montagnes et les chênes de la ville de Ansar (caza de Nabatié) où
des carrières sont creusées pour fournir pierre et remblais au port.
370
- Anne-Marie EL-HAGE, L’Orient-Le Jour, le 23 février 2021.
299
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

marée noire venant d’Israël. Le long de la côte, de Ras Naqoura à Tyr, des boules
noires à l’aspect goudronneux ont envahi ces lieux protégés, particulièrement
prisés par la population et les touristes, formant une immonde ligne gluante qui
remonte vers le Nord 371».

B- L’intérêt du Liban pour une étroite


collaboration avec l’Europe et en
particulier avec la France

1-Une position des autorités libanaises

À l’occasion du vingtième anniversaire de la création du ministère de


l’Environnement, le ministre de l’Environnement libanais Nazem el-Khoury avait
dressé un bilan plutôt positif des réalisations au sein de son administration.

Il constatait en effet que « ce ministère avait parcouru un long chemin, passant du


statut de “luxe” à celui d’une nécessité dans le paysage politique372 ».

Selon le ministre, plus que jamais, l’environnement doit être au centre des
préoccupations de n’importe quel gouvernement et ceci malgré l’atmosphère politique
toujours tendue au Liban (qui se trouve encore empêtré dans une guerre importée par
ses voisins sur son territoire).

371
- Idem.
Un autre cas de marée noire s’est produit : dans un oléoduc à Abdeh, dans le Akkar (Liban-
Nord) : un incendie et une fuite de pétrole ont provoqué une marée noire qui a affecté
l’écosystème et la biodiversité du milieu marin libanais. Source : Ornella ANTAAR, L’Orient-Le
Jour, le 17 novembre 2020.
372
- Sakr LEBNAN, L’Orient-Le Jour, 05 avril 2013.
300
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Nous perdons notre temps, énonce ainsi le ministre, dans les batailles intestines
politiques pour le pouvoir et l’argent et nous oublions ainsi que nous allons perdre la
bataille de la qualité de vie dans notre pays. Le ministre appelle à se hâter afin de
préserver notre environnement et notre nature.

Les dégâts sont réversibles dans tous les domaines. Dans le secteur de l’environnement,
la prévention vaut toujours mieux que la réparation.373

Il dresse cependant un bilan optimiste mettant ainsi en évidence : l’amélioration


des capacités internes du ministère, les législations adoptées récemment comme
celles sur les réserves naturelles, la protection de la qualité de l’air et de l’eau, la
création du Haut Conseil de l’environnement (avec des représentants des
différentes administrations et parties concernées), et la mise en place d’un outil
pour l’évaluation de l’impact environnemental des grands projets privés et
publics.

Il faudrait surtout de mettre un terme à l’invasion du béton, afin de préserver la


biodiversité animale et végétale au Liban, de limiter la pollution de l’air qui a un
impact direct sur la santé des habitants, de traiter le problème des déchets de
diverses sortes.

Il conviendrait naturellement de ne pas oublier les mesures de prévention relatives


au nouveau projet du Liban d’extraire le pétrole de ses dix blocs.

Le ministre de l’Environnement propose donc la création d’un tribunal


environnemental et d’une police verte ; d’un plan directeur des carrières capable
de mettre un terme au chaos actuel dans ce secteur ; de démarrer le projet sur les

373
- Idem.
301
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

réserves naturelles ; d’adopter les décrets d’application de la loi sur la chasse et


de renforcer la gestion globale des déchets solides.

Enfin, nous pouvons ajouter que rien ne changera vraiment si le comportement


des Libanais ne change pas en vue d’un mode de vie plus « vert ».

L’ensemble de la classe politique, de même que l’administration et les candidats


aux élections doivent ainsi accorder plus d’attention aux questions
environnementales et œuvrer pour le renforcement du budget du ministère374.

2- Démystification de certaines idées sur le


pétrole et collaboration avec la France

Un constat s’impose avec la force d’une évidence : le pétrole est utile, mais il faut
tout faire pour qu’il ne soit pas nuisible pour l’environnement.

Les énergies informent notre futur et il faut répondre par la science aux
utopistes375 qui veulent retourner à la nature et à une décroissance impossible.

374
- M. Le Ministre a eu droit à des commentaires qui ne sont pas très loyaux du genre : « Les
rêves sont GRATIS ! Ce sont les seuls films qu'on voit sans payer ».
375
- Certains utopistes veulent vivre sans énergies. Ils croient qu’un jour il n’y aura plus de
pétrole. Voir conférence tenue par Alexandra JEAN et Bernard AFFLATET, publié le 01/11/2019,
dans Midi Libre ([Link]
fossiles,[Link]). Pour les auteurs notre société est en passe de s’effondrer. Ils
soulignent la dépendance aux sources d’énergie fossiles à plus de 85 %, lesquelles vont très
prochainement atteindre leur pic de production. De plus il n’y a pas de possibilité de remplacer
ces sources d’énergies fossiles par des énergies dites renouvelables.
302
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

« Demandez aux personnes cuisant au feu de bois ou aux excréments d’animaux


s’ils souhaitent continuer à vivre de cette sorte !»376.

Il faut donc admettre que la demande d’énergie mondiale va continuer à croître


inexorablement. Elle va ainsi continuer à faire peur au regard de la fin prochaine
du pétrole et elle va imposer certains choix technologiques. Elle ne peut de la sorte
que discréditer ceux qui propagent ces contre-vérités377.

Le Liban a le plus grand intérêt à collaborer avec la France qui dispose d’une
longue expérience énergétique sans pour autant que notre vision en soit idéalisée.

La position libanaise à l’égard de la France ne doit jamais être idéalisée, car la


France également souffre toujours d’importants vides juridiques378.

M. Pierre Delaporte observe ainsi que ce qu'il faut, c'est aider « dans leur
apprentissage les pays désireux d'un meilleur développement et leur apprendre les

376
- Samuele FURFARI, La sécurité d’approvisionnement énergétique, défi aux confins de la
technologie, de la géographie et de la diplomatie, janvier-février, 2015, No, pp. 38-43, publié
par Areion Group Stable URL: [Link]
377
- Idem.
378
- Comme illustrations cette question écrite n° 9901 (JO Sénat Q 31 janvier 1991 p. 206 ).
M. le ministre délégué auprès du ministre de l'équipement, du logement, des transports et de
la mer, chargé de la mer, M. Emmanuel Hamel, a été demandé de répondre aux questions
suivantes relatives aux plus de 1000 tonnes de pétrole déversées dans la Manche à la suite
de la collision entre un chalutier britannique et un pétrolier de 275000 tonnes battant pavillon
du Liberia. : 1° quelle est la cause de cette collision ayant provoqué une importante pollution
marine ; 2° si elle aurait pu être évitée et par quelles procédures ou mises en œuvre de
moyens techniques prévenant les risques de collision en mer; 3° quelles nouvelles actions de
prévention devraient être entreprises et quelles sanctions aggravées pourraient être
envisagées pour réduire le nombre des pollutions de la mer à proximité des côtes de France.
303
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

grandeurs et les servitudes de nos meilleures techniques, au premier rang


desquelles figure le nucléaire 379».

La France aide l’URSS, la Chine et de nombreux autres pays du tiers monde.

M. Pierre Delaporte termine son article en disant que l'œuvre est de longue
haleine, mais qu’il n'y a pas d'autre solution.

C’est pour lui le devoir et l’honneur de la France, « à nous énergéticiens et


électriciens français : prouver, par l'exemple, que le nucléaire est un procédé
industriel sûr, en convaincre les autres pays développés et aider les pays moins
développés à apprendre à s'en servir 380».

Le code de l’environnement libanais date de 2002 il n’est pas exhaustif et il a été


l’objet de plusieurs critiques.

Nous avons intérêt à nous appuyer sur les textes français qui sont plus explicites
et plus détaillés.

Nous ne ferons ici que citer brièvement quelques points relatifs aux atteintes à
l’environnement en droit français dans le cadre du travail d’exploration et
d’exploitation du pétrole :

379
- Pierre DELAPORTE, « Environnement et développement ... Et mourir de bêtise », Revue
des Deux Mondes, juillet-août, 1990, : [Link]
380
- Idem.
304
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

« La loi no 68-1181 du 30 décembre


1968 (C. envir., art. L. 218-32 s.) relative à
l'exploration du plateau continental et à
l'exploitation des ressources naturelles…
interdit les rejets à la mer d'hydrocarbures.
Selon l'article L. 218-32 du code de
l'environnement, est interdit, de façon
générale, tout rejet à la mer d'hydrocarbures
ou de mélange d'hydrocarbures
susceptibles de porter atteinte à la santé
publique, à la faune et à la flore marine ainsi
qu'au développement économique et
touristique des régions côtières. Avant
d'entreprendre une opération d'exploitation,
un état biologique et écologique du milieu
marin doit être dressé aux frais du titulaire
du titre d'exploitation ; il doit être renouvelé
tous les ans (art. L. 218-32 , al. 4).
« Le rejet à la mer d'hydrocarbures à
partir d'une plate-forme et le non-
établissement d'un bilan écologique du
milieu marin avant exploitation d'une plate-
forme de forage sont des délits punis de
deux ans d'emprisonnement et de 18000
euros d'amende (C. envir., art. L. 218-
305
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

34 ) 381». Ces peines sont doublées si


l'infraction est commise sur l'ordre du
titulaire du titre d'exploration ou
d'exploitation, de son représentant ou de la
personne assumant, à bord des
installations, la conduite des travaux (art. L.
218-34, II) 382.

Union européenne

Face aux risques croissants pour l’homme et l’environnement que représentent


l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures en milieux extrêmes, et au regard
de l’hétérogénéité des droits nationaux ainsi que des manques du droit
international, l’Union européenne ne pouvait rester immobile. Comme le présente
Frédéric Schneider toute catastrophe a paradoxalement des effets positifs. Il s’agit

381
- Annie BEZIZ-AYACHE, « Pollutions et nuisances », Pollution marine, Janvier 2015
(actualisation : Mars 2020).
382
- Ainsi, le constructeur, l'armateur, le propriétaire ou le capitaine du navire encourt les
peines suivantes : 1- une amende de 7500 euros en cas, notamment, de non-respect des
stipulations relatives à la délivrance des certificats de prévention de la pollution (L. du 5 juill.
1983, art. 6 devenu C. transp., art. L. 5241-11 ) ; 2- une amende de 15000 euros et un
emprisonnement d'un an en cas de navigation sans titre de sécurité ou de certificat de
prévention de la pollution. Les mêmes peines sont encourues par le capitaine, sauf s'il est
démontré qu'il a reçu un ordre de l'armateur ou du propriétaire : dans ce cas, l'emprisonnement
est de trois mois et l'amende est de 2 250 euros (L. du 5 juill. 1983, art. 7 devenu C. transp.,
art. L. 5241-12 ) ; 3o une amende de 15000 euros et un emprisonnement d'un an en cas de
navigation d'un navire en violation d'une interdiction de départ (L. du 5 juill. 1983, art. 7-1
devenu C. transp., art. L. 5241-13 ).

306
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

d’une doxa assez commune qui, en philosophie chinoise, correspond au « Yang


dans le Yin383» et dans le monde arabe au « kel talaa ebelha nazle »384.

L’auteur évoque la marée noire consécutive à l’explosion en avril 2010 de la


plate-forme pétrolière Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique et des
impacts environnementaux, économiques et sociaux qui en ont résulté : le
Parlement européen a été alors poussé à demander à la Commission de déceler les
lacunes et faiblesses du droit de l’Union européenne en ce domaine385. Il est
possible de présenter comme exemple : la directive européenne 2013/30/UE dont
l’objectif poursuivi était d’établir des exigences minimales visant à prévenir les
accidents majeurs lors d’opérations pétrolières et gazières en mer et à en limiter
les conséquences386.

Il est à noter que par les termes d’« opérations (ou activités…) il faut entendre
« toutes les activités liées à une installation ou à des infrastructures connectées, y
compris leur conception, planification, construction, exploitation et déclassement,
relatives à l’exploration et la production de pétrole ou de gaz, mais à l’exclusion
du transport de pétrole et de gaz d’une côte à une autre »387.

383
- Frédéric SCHNEIDER, « Le droit de l'Union européenne au défi de la sécurisation des
activités pétrolières et gazières en mer », dans Revue juridique de l’environnement 2014/2
(Volume 39), pages 277 à 295.
384
- Face à Chaque montée il y a une descente et vice versa.
- Résolution du Parlement européen du 7 octobre 2010 sur l’action de l’Union européenne
385

dans les domaines de l’exploration pétrolière et de l’extraction du pétrole en


Europe, JOUE n° 371 E du 20 décembre 2011, § 8.
386
- Article premier, § 1.
387
- Art. 2, § 3.

307
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ajoutons que l’exercice de la compétence de l’Union pour la sécurisation des


activités pétrolières et gazières en mer s’est accompagné de la création du Groupe
des autorités du pétrole et du gaz en mer de l’Union européenne (EUOAG).

L’accident survenu dans le golfe du Mexique a ainsi mis en lumière « la nécessité


d’une action complémentaire de la part des pouvoirs publics388 ». C’est pourquoi
la Commission, en coopération avec les autorités compétentes des États membres,
a prévu dès le mois d’octobre 2010 de définir les « pratiques de pointe » à adopter
par les instances de réglementation et de surveillance des activités offshore389.

CHAPITRE DEUXIEME : PERSPECTIVES POUR


UNE EXPLOITATION RÉUSSIE DU PÉTROLE AU
LIBAN

Abordons maintenant la question du pétrole par le biais d’un prisme plus


« philosophie ».

Il convient de rappeler que le pétrole tient, dans la croissance économique dans la


défense nationale comme dans notre vie quotidienne, une place prépondérante.

Que faire devant ce rayonnement solaire qui traverse l’atmosphère ?

388
- Voir Résumé de l’analyse d’impact accompagnant la proposition de règlement du
Parlement européen et du Conseil du 27 octobre 2011 relatif à la sécurisation des activités de
prospection, d’exploration et de production pétrolières et gazières en mer, SEC (2011) 1294
final, p. 2.
389
- Frédéric SCHNEIDER, « Le droit de l'Union européenne au défi de la sécurisation des
activités pétrolières et gazières en mer », op. cit.

308
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il s’agit de répondre à des hantises anciennes et bien réelles : les grandes


compagnies pétrolières sont ainsi bien souvent accusées de mal se comporter.

Dorénavant, dans le monde et dans notre monde arabe, c’est l’avenir qui doit nous
intéresser.

Il apparaît que les énergies renouvelables sont une solution, mais est-elle
suffisante ?

En outre, les pétroliers ne trouvent plus beaucoup de pétrole, ce qui implique que
les investisseurs se retirent de cette exploitation (première section).

L’avenir du pétrole est aussi et peut-être surtout une question d’idées morales au regard
des enjeux qu’il mobilise.

Une partie de musulmans adoptent sur cette question une vision complotiste, simpliste
et donc fausse.

La vision chrétienne est également présente dans ce débat. À titre d’exemple, le


directeur des affaires publiques de Total a donné une conférence qui portait sur
« L’expression du religieux dans la sphère publique - Comparaisons internationales ».
Pour lui une entreprise pétrolière mondialisée doit tenir compte du poids politique et
social des religions.

Devant ce défi et le danger de mort de la planète certains préconisent un concept qui


nous semble innovant : le concept de simplicité volontaire.

Est-il possible de transformer notre existence en optant ainsi pour une réduction
importante du temps de travail hebdomadaire et en se privant de nombreuses facilités ?

Ces réflexions s’adossent aux théories émises par le « mouvement pour la simplicité
volontaire ».
309
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Certains auteurs tentent une comparaison et rapportent la pénurie du pétrole à celle de


la médecine.

Certains auteurs (Marc-Antoine Pérouse de Montclos) veulent dépasser la


répugnance des sociologues du politique à l’égard d’un objet sale « crude oil et ceci
nous offre l’occasion d’inviter les sociologues libanais à s’intéresser à l'étude de cette
industrie tant attendue au Liban (deuxième section).

SECTION PREMIÈRE : IDEES MATERIELLES


SUR L’AVENIR DU PÉTROLE ET LEÇONS POUR
LE LIBAN
Prenons ainsi un peu de distance et songeons à ce qui pourrait se passer après
l’épuisement total du pétrole (sous-section 1). Sur cette question les opinions des
grands spécialistes sont parfois contradictoires cependant ils sont tous unanimes
s’agissant de la nécessité de réfléchir à des solutions permettant d’affronter ces dangers
imminents (sous-section 2).

Sous-section 1. Fin de pétrole et réchauffement


climatique
A- La fin de pétrole
Il semble intéressant de dresser un parallèle entre le développement des thèses «
nihilistes » de la Belle Époque et le mal-être qui semble gagner certains Européens en
ce début de XXIe siècle390 .

Gaël Giraud estime que la fin du XIXe siècle avait fait une découverte majeure : « celle
des possibilités inouïes qu'offre l'industrialisation du pétrole. Une nouvelle ère semblait
s'ouvrir alors : celle de transports à longue distance presque gratuits et d'une électricité

390
- Voir Jean-Pierre CHEVENEMENT, 1914-2014 : L'Europe sortie de l'histoire ?, Paris, Fayard,
2013.
310
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

urbaine (dérivée du pétrole) abondante et également bon marché. Notre époque signe
au contraire le début d'une ère où le pétrole ne sera plus jamais disponible en abondance
comme il le fut jadis »391.

Naturellement cela ne signifie pas que nous aurons épuisé la totalité des réserves
fossiles de la planète : il reste malheureusement suffisamment de carbone sous terre
pour que son extraction suffise à dérégler entièrement notre climat.

L'impératif climatique s'impose de la sorte lentement - même aux élites -, afin que
chacun puisse comprendre peu à peu qu'il va falloir, d'une manière ou d'une autre, que
nos sociétés limitent leur consommation en huile fossile392.

Néanmoins, contrairement à ce que pensent certains auteurs comme Philippe Moreau


Defarges393 (pour qui plusieurs phénomènes ont poussé à la « dépolitisation » du
pétrole, et permettent d’en faire un produit brut comme les autres, régis seulement par
le marché) nous pensons quant à nous que le pétrole en reste un produit politisé à loisir.
Songeons à ce titre seulement à l’instrumentalisation du pétrole par les régimes du
Golfe, de la Russie de Vladimir Poutine (l’utilisation du pétrole comme instrument de
renaissance impériale).

En outre, le pétrole tient, dans la croissance économique, dans la défense nationale


comme dans notre vie quotidienne, une place prépondérante.

391
- Gaël GIRAUD, « Le nihilisme de l'après-pétrole », Esprit, Mars-avril 2014, No. 403 (3/4),
pp. 164-172, publié par Editions Esprit : [Link]
392
- En effet les rencontres sur les paysages de l'après pétrole sont pléthore, voir par exemple
ce séminaire des auteurs de la revue passerelle n°9, Bergerie de villarceaux – du 3 au 5 avril
2014.
[Link]
blogs/public/pdf/Invitation_seminaire_Paysages_de_l_apres_petrole__.pdf

393
- Philippe MOREAU DEFARGES, « Le pétrole ?, Un produit finalement comme les autres »,
Dans Études 2006/11 (Tome 405), pages 453 à 463.
311
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ce rôle n’a donc pas changé394. Il conserve même au XXIe siècle sa caractéristique
d’arme de guerre.

À ce titre, le temps où le colonel Kadhafi insistait pour utiliser le pétrole comme arme
politique n’a pas vraiment disparu395.

On voyait dès lors tout le dépit qu'il pouvait ressentir en voyant s'échapper le moyen
d'imposer un blocus total à la sortie du pétrole du Golfe396.

B- Réchauffement climatique et l’intérêt pour


l’avenir

1-Le Réchauffement climatique


Le réchauffement climatique ne date pas d’hier : le mécanisme de l’effet de serre est
ancien nous l’avons déjà examiné. Il s’analyse de manière pragmatique sous la forme
suivante le rayonnement solaire traverse l’atmosphère tandis que la chaleur émise par
la terre reste piégée par les gaz à effet de serre présents dans la haute atmosphère. Ceci
contribue dès lors à réchauffer la surface de la planète.

394
- Denis BAUCHARD, « Le pétrole : présent et avenir », Revue Tiers Monde, avril-juin 76, Vol.
17, No. 66, avril-juin, pp. 401-417, Publications de la Sorbonne,
[Link]
395
- la Grande-Bretagne avait laissé l'Iran s'installer dans trois îlots du détroit d'Ormuz qui
contrôlaient la sortie du golfe Arabo-Persique. En réplique, le gouvernement libyen nationalisa
les avoirs de la BP. Voir : Rémy LEVEAU et Taki RIFAÏ, « La nationalisation des avoirs de la BP
et la politique libyenne », Maghreb, janv.-fév. 1972, p. 11.
396
- Rémy LEVEAU et Taki RIFAÏ, « L’arme du pétrole », Revue française de science politique,
août 1974, Vol. 24, No. 4 (août 1974), pp. 745-769, publié par Sciences Po University Press.
[Link]
312
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Cette question fut posée par les scientifiques et les organisations internationales
environnementales dès les années 1970, puis relayée par les ONG et saisie par les
gouvernements dans les années 1980.

S’il y a encore des différences dans les points de vue tout le monde s’accorde cependant
sur certains points : d’une part, les activités de l’homme (chauffage, transports,
industrie, agriculture) produisent des gaz à effet de serre dont l’augmentation dans
l’atmosphère provoque le phénomène de réchauffement global, et d’autre part, ce
réchauffement provoque une élévation du niveau des mers et un dérèglement
climatique (précipitations ou sécheresses plus intenses, ouragans plus violents…), qui
risquent d’entraîner la disparition de terres habitées, l’apparition de réfugiés
climatiques, la propagation de maladies tropicales, etc397.

Le niveau des émissions dans le monde est maintenant d’environ 25 % plus élevé qu’il
ne l’était selon le protocole de Kyoto 1997.

Les études scientifiques du changement climatique continuent certes encore à se


développer. Nous ignorons toujours beaucoup de choses.

Cependant, on ne peut pas toujours être aveugle au réel et ignorer les preuves qui
s’accumulent. On a pu ainsi démontrer à partir de la fonte des calottes glaciaires de
l’Antarctique que les niveaux actuels de concentration de carbone dans l’atmosphère
étaient sans précédent au regard des 800000 dernières années398.

397
- Voir le document « Le changement climatique et l’eau », Groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution du climat. Sous la direction de Bryson Bates et autres.
[Link]
398
- La directive 2008/1 / CE du Parlement européen et du Conseil du 15 janvier 2008
concernant la prévention et la réduction intégrées de la pollution est une directive de l'Union
européenne. Elle remplace la directive 96/61/CE du Conseil du 24 septembre 1996 sur le
même sujet ; les deux sont communément appelées directive IPPC. De 2005 à 2007, l'effet
de la directive a été évalué. En 2010, un libellé révisé a été publié, intégré à 6 autres directives
européennes régissant les grands sites industriels, dans la directive sur les émissions
industrielles, abrégé IED. Source: Procédure 2007/0286 / COD
313
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Cette question intéresse nécessairement l’industrie pétrolière et s’attache à un fantasme


ancien et profond selon lequel l’exploitation pétrolière constitue une menace. La
suspicion est ainsi générale vis-à-vis des compagnies pétrolières privées et elle semble
se fonder sur une mémoire collective qui remonte à une époque où le marché était
dominé par la Standard Oil. Cette mémoire inscrite dans la durée est aujourd’hui
combinée au mécontentement des consommateurs face aux prix élevés de l’énergie399.

2- Les soucis du monde arabe producteur de


pétrole

Le progrès de l’homme est aujourd’hui fantastique. Le point d’arrivée (actuel) est


constitué par la découverte du pétrole et des autres énergies. C’est le charbon qui va
développer la machine à vapeur et qui va permettre l’avènement de l’ère industrielle400.
Maintenant dans le monde et plus particulièrement dans notre monde arabe c’est
l’avenir qui doit nous intéresser.

En 2021, comment faire face aux besoins futurs en énergie ?

399
- Voir l’article de Elsa CONESA, Les Echos 26 février. Sous le titre « Le spectre du pétrole
standard hante la Silicon Valley ». L’auteur écrit que depuis les élections de 2016, la taille des
géants de la technologie, perçue comme une menace pour la démocratie américaine, est
devenue un enjeu politique majeur. "Dans une entreprise aussi grande que la nôtre, les choses
sont vouées à se produire sans notre consentement. Nous les corrigeons dès que nous en
apprenons l'existence." On aurait dit Mark Zuckerberg ? Eh bien non c’est John D. Rockefeller,
fondateur de Standard Oil, l'empire industriel le plus puissant jamais créé aux États-Unis. Il
est le maitre des 90% du raffinage, du transport, du commerce et de la distribution de pétrole.
Il est convaincu qu'il travaillait pour le bien de l'humanité. Le monde pauvre a peur du
monopole de l’énergie. C’est le souvenir de la Standard oil. Et actuellement aux Etats Unis on
a peur de ces nouveaux titans, à l’image de Standard oil. « Si vous n'agissez pas, c'est nous
qui le ferons », a prévenu la sénatrice démocrate de Californie Dianne Feinstein, face aux
représentants de Facebook et Google à l'automne dernier.
400
- Jean-Pierre FAVENNEC, « Quelles énergies ? », Dans Géoéconomie 2009/4 (n° 51),
pages 49 à 62.

314
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La Croissance démographique (la population mondiale devrait passer de 6,5 milliards


d’habitants en 2009 à 9 milliards en 2050) elle implique un quasi-doublement des
besoins en énergie d’ici 2050. Tout porte à penser que les énergies fossiles continueront
à représenter l’essentiel de la couverture des besoins en énergie si rien n’est fait pour
infléchir les tendances de nos sociétés.

Nous verrons dans la deuxième section de ce chapitre comment se multiplient les


initiatives pour changer les comportements des hommes (nous évoquerons le concept
de simplicité volontaire).

En dehors du nucléaire, dont l’avenir est en grande partie hypothéqué par les problèmes
inhérents à cette énergie, les autres sources d’énergie n’émettant pas de gaz carbonique
sont les énergies dites renouvelables.

C’est clairement le sujet le plus discuté depuis une vingtaine d’années.

Ces énergies devraient pouvoir à terme se substituer aux énergies fossiles et au


nucléaire. Des critiques estiment cependant que d’importantes limites existent encore
à leur généralisation tant du point de vue technique et économique401.

Il ne faut donc pas croire que l’option qui implique l’usage des énergies renouvelables
est sans embûches.

Ces types d’énergie sont ainsi très différents les uns des autres, notamment quant à leur
stade de développement technologique et économique.

401
- Philippe COPINSCHI, « Quelles alternatives au pétrole ? », Dans Le pétrole, quel
avenir ? (2010), pages 103 à 124.

315
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Certaines énergies comme l’hydraulique (et dans une moindre mesure l’éolien, la
géothermie et le solaire thermique) sont relativement anciennes, leur technologie est
donc éprouvée et leur exploitation économiquement compétitive.

Mais d’autres énergies comme les énergies de la mer et le solaire photovoltaïque ne


sont encore qu’au stade expérimental et de nombreux progrès restent à accomplir pour
parvenir à une exploitation commerciale à grande échelle qui soit rentable
économiquement et énergétiquement.

Au cours de l'année 2020, les prix du pétrole sont tombés à leurs plus bas niveaux
jamais enregistrés en raison de la pandémie mondiale Covid-19, et la presse arabe était
presque unanime pour observer que nous sommes aux portes d'un monde de fin du
pétrole402.

Les économistes arabes se sont alors mis à imaginer avec certitude un Golfe arabe plus
pauvre, sans pétrole, sans oublier le problème de changement climatique.

D’autres voix ont estimé que le discours sur la fin de l'ère pétrolière sonnait davantage
comme une idéologie politique et rien de plus.

402
- C’est ainsi qu’il faut comprendre le projet Vision 2030 du prince héritier séoudien : sortir
le royaume de sa dépendance au pétrole, à travers la création d'une gigantesque zone de
développement économique sur les rives de la mer Rouge pour plus de 500 milliards de
dollars, [Link]
milliards-du-prince-heritier-d-arabie-saoudite_508726
Voir aussi Wael Mahdi, Comment la Vision séoudienne 2030 a-t-il affecté le marché pétrolier
? Al Charq al Awsat Review, 24 mai 2021. Un article bien documenté dans lequel l’auteur
séoudien pose de multiples interrogations sur la Vision 2030 : « Cinq ans se sont écoulés
depuis l'annonce de la « Vision 2030 du Royaume », et le marché pétrolier y a été confronté
à de nombreux défis. Rappelons que cette Vision de prince héritier est motivée par la
perspective de la fin du pétrole. Signalons en passant que la France dans ce projet bénéficie
d’une bonne position à travers le Groupe AccorHotels.
316
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Avec la pandémie on a utilisé moins de combustibles fossiles, car le monde a été


victime pendant les mois du couvre-feu et d'une récession complète ; cela a alors
entraîné une baisse historique des prix du pétrole et un manque d'intérêt des
investisseurs pour l'acheter. À cela il faut ajouter les tensions financières dans les
budgets de la région du Golfe arabe riche en pétrole403. Les pays du Conseil de
coopération du Golfe - à savoir Bahreïn, le Koweït, Oman, les Émirats arabes unis, le
Royaume d'Arabie saoudite et le Qatar - épuiseront d'ici 2034 leurs réserves de 2
billions de dollars.

Des rapports ont également indiqué que les principaux exportateurs de pétrole et de
gaz pourraient souffrir d'une instabilité politique à l'avenir404. Cela pourrait signifier
l'effondrement de l'infrastructure de certains pays et la propagation de la violence, des
émeutes et de l'extrémisme405.

N’oublions pas enfin la souffrance de l’Algérie à cet égard : la baisse est si forte que
ce pays pourrait cesser d'être exportateur de pétrole brut d'ici une décennie. Cherif
Belmehoub, le ministre responsable des perspectives économiques a ainsi déclaré à la
radio d'État le mois dernier que « l'Algérie n'est plus un pays pétrolier406 ».

403
- Voir Hasan al Fuhaimi, maza law staiqazat al seoudya wa wajadat nafsaha doun naft (et
si l’Arabie Séoudite se réveille et découvre qu’il n’y a plus une goutte de pétrole) :
[Link]
%D9%84%D9%88
404
- Notamment « Les Émirats arabes unis et le Royaume d'Arabie séoudite » : Revue al
Alam wal Iqtisad (revue du Monde de l’Economie), décembre 2020, Equipe de travail de la
revue, Qatar. Titre de l’article « Qatar touasel infitahaha ala al Alam » (Le Qatar continue son
ouverture au monde).
405
- Le Qatar fait partie des pays auxquels il a été fait référence pour parler de l’avenir du
Golfe arabe. Ce petit pays a cherché à s'implanter dans le domaine de la recherche
scientifique, et à cette fin il a amené à Doha des branches des plus grandes universités du
monde pour améliorer la qualité et les normes scientifiques afin d'orienter l'économie vers
d'autres sources de revenus que le pétrole. Voir Awatef BEN ALI, Revue al Scharq, 22
septembre 2019.
406
- Dans une interview du 9 février 2021 accordée à un média local, « le ministre en charge
des Projections économiques, Cherif Belmihoub (photo), a déclaré que la situation
317
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Pour le Liban une question se pose alors d’évidence : peut-on miser sur la manne
pétrolière et gazière pour répondre à la crise économique ? Nous ne le pensons pas. La
crise économique nécessite, selon nous, des réformes structurelles que le Liban n’a
plus le luxe de reporter. En effet, il est aujourd’hui impossible de prévoir quand les
découvertes du pétrole libanais seront commercialisables407.

Sous-section 2. Avenir et perspectives de


l‘industrie pétrolière

A- L’opinion des spécialistes à forte


expérience
Rendons ici compte brièvement d’un entretien qui nous semble fort intéressant avec
l’ancien journaliste d’investigation, Matthieu Auzanneau408 réalisé par Nastasia
Hadjadjile409 à l’occasion de la publication d’un ouvrage récent.

économique actuelle du pays est si grave que l’Algérie pourrait cesser d’être un exportateur
de brut d’ici les dix prochaines années ». [Link]
algerie-pourrait-cesser-d-etre-un-exportateur-de-brut-dans-les-dix-prochaines-annees
407
- Dans ce dernier chapitre sur l’avenir du pétrole nous ne parlerons pas beaucoup du Liban
puisque justement rien n’est encore certain sur la découverte du pétrole mais tout ce que nous
exposons et analysons dans ce chapitre s’appliquera sur le Liban, comme pas producteur
éventuel de pétrole. Voir Muriel ROZELIER, L’Orient-Le Jour, 15 mai 2020, Commerce du
levant, « Les attentes autour du gaz ont été amplifiées pour des raisons politiques ».
[Link]
amplifiees-pour-des-raisons-politiques-
408
- Aujourd’hui directeur du think-tank The Shift Project. Depuis plusieurs années, il
chronique « le début de la fin du pétrole » sur son blog Oil Man. Il est l’auteur d’un essai de
référence sur l'histoire du pétrole : Or Noir. La grande histoire du pétrole (La Découverte,
2017).
409
- Nastasia HADJADJILE, 9 novembre, 2020, « Pétrole : comment éviter de nous retrouver
dans un monde à la « Mad Max » ? », [Link]
petrole-matthieu-auzanneau/
318
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

M. Auzanneau énonce qu’il a rédigé ce livre en direction des détenteurs de la puissance,


qu’elle soit militaire, économique ou personnelle. Pour lui, la puissance, le pouvoir,
c’est l’énergie et la plus importante des énergies c’est encore aujourd’hui le pétrole.

Cependant, cette ressource se présente comme le dit Auzanneau comme étrangement


triviale et invisible. Il utilise pour nous permettre d’appréhender cette situation
paradoxale la métaphore de l’élephant-in-the-room : c’est-à-dire un sujet qui est
tellement énorme et omniprésent dans nos vies qu’on l’oublie.

Le pétrole est ainsi « l’essentiel de notre mode de vie, nous ne le devons pas au progrès
technique, mais bien à la générosité de mère Nature qui nous a fourni cette source
d’énergie abondante et bon marché »410.

Pour l’auteur en 1998, les pétro-géologues Jean Laherrère et Colin Campbell avaient
fait une prédiction selon laquelle le pic du pétrole conventionnel devrait être franchi
autour des années 2010.

Leur article est depuis lors devenu un classique de la littérature scientifique : cette
prédiction s’est révélée exacte411.

410
- Idem.
411
- “The Association for the Study of Peak Oil and Gas (or "ASPO", in French: Association
for the Study of Peak Oil and Gas) brings together specialists in oil and the world of energy,
including several geologists who have held positions responsibility in international oil
companies. The association founded by Colin Campbell and chaired by Kjell Aleklett was
created to alert decision-makers and public opinion of the impending peak oil. It advocates
rapid economic measures including conversion to alternative energies to avoid an economic
collapse. The ASPO is the spokesperson for the “pessimists”: according to its analysis,
production forecasts are overvalued for both stock market and political reasons. At the start of
2008, ASPO forecasts peak oil around 2010 and peak gas around 2020. In particular, Jean
Laherrère, founding member of ASPO, has studied the reserves of 20,000 oil fields around
the world, and forecasts peak world oil between 2010 and 2020. Voir Nick
Cunningham, « Weakening Shale Productivity “VERY Bullish” For Oil Prices »,
[Link], 10 septembre 2019 (consulté le 24 septembre 2019). Dan Steffans, « Shale
Slowdown Could Trigger Major New Oil Price Rally », [Link], 9 septembre
2019 (consulté le 24 septembre 2019). « The Death Of U.S. Oil », sur [Link] (consulté
le 3 mai 2020).
319
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

À la question de savoir pourquoi des investisseurs de poids ont annoncé retirer leurs
financements à l’industrie fossile Matthieu Auzanneau répond que cela signifie que les
pétroliers ne trouvent plus beaucoup de pétrole et que les investissements dans ce
secteur sont dès lors beaucoup moins rentables.

En effet, si dans les années 1980 et 1990, le pétrole facile offrait des taux de profit
absolument encourageants, actuellement le pétrolier va chercher le baril de brut à dix
kilomètres sous la surface des flots au large de Rio de Janeiro, ou bien éventuellement
demain en Arctique.

On peut aisément imaginer les investissements que cela suppose. Quant aux pétroles
non conventionnels, les investissements sont très difficilement rentables. Pour le «
pétrole de schiste » aux États-Unis, l’essentiel des opérateurs n’a fait que perdre de
l’argent en se finançant massivement avec de la dette et la crise du Covid19 a arrêté
complètement ces investissements.

Il reste que ce que l’auteur présente comme le plus grave réside dans la situation
suivante : de nos jours certains pétroliers tentent de nous faire croire que « s’ils veulent
sortir peu ou prou du pétrole, c’est avant tout à cause du climat. Mais ce n’est largement
qu’un écran de fumée censé masquer leurs difficultés réelles à aller chercher des
sources encore intactes de brut 412».

Enfin l’auteur affirme en direction de ceux qui doutent encore de la fin du pétrole que
le franchissement du pic du pétrole conventionnel en 2008 est désormais confirmé par
l’Agence Internationale de l’Énergie.

412
- Nastasia HADJADJILE, 9 novembre, 2020, « Pétrole : comment éviter de nous retrouver
dans un monde à la « Mad Max» ». Idem.
320
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

La production de pétrole conventionnel n’augmentera plus jamais, et ceci faute de


réserves encore intactes et disponibles sous terre. « L’abondance énergétique
exceptionnelle que nous avons connue est à terme condamnée, de gré à cause de climat
ou de force à cause de limites géologiques. L’industrie pétrolière a déjà mangé
l’essentiel de son pain blanc, et doit maintenant manger son pain noir413 ».

En effet, les pétroles non conventionnels comme les agrocarburants, ou le pétrole de


schiste ne sont que des palliatifs414.

Le Liban qui est en attente de pétrole doit impérativement profiter de ces expériences
et analyses.

En ce sens, avant de parler de l’exploitation et de la vente le Liban doit, devant ce


scénario noir qui prévoit la fin de pétrole, en finir au moins avec les blocages internes.

Il faut impérativement mettre fin aux rivalités politiques et regarder l’avenir de tout le
pays et des générations futures. En ce sens, la notion d’intérêt général doit regagner sa
place dans le dispositif institutionnel et législatif libanais.

413
- Idem.
414
- Pierre PAPON « Rappelle que la technique de fracturation hydraulique a permis
l’exploitation rapide du gaz non-conventionnel aux Etats-Unis » (Voir P. Papon « Le Gaz de
schiste : mythes et réalités », Futuribles No 399, p.81, mars-avril 2014, et Futuribles Vigie ,
No 181, 21 août 2015, [Link] et BAUQUIS, P-R., Parlons gaz de schiste, Paris,
La documentation française, 2015). Pour l’heure, sur la base des données d’exploitation
récentes, il semble que la baisse du prix du pétrole n’a pas eu d’impact sensible sur
l’exploitation des hydrocarbures non-conventionnels. L’avenir des hydrocarbures non-
conventionnels demeure ouvert : la géologie, la technologie qui peut progresser, la politique
et l’économie pèseront dans les décisions qui seront prises pour développer ou freiner leur
exploitation d’ici 2030.
321
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Pour Nicolas Sarkis « On pourrait toutefois dire qu'à quelque chose malheur est bon,
dans la mesure où le blocage actuel peut et doit être mis à profit pour corriger certaines
anomalies et mettre sur les rails une stratégie énergétique nationale à la hauteur des
espoirs et des besoins des Libanais415. Nous pouvons réaffirmer dans ce dernier
chapitre la nécessité d’améliorer notre loi de 2010 sur l'exploitation des ressources
pétrolières en mer, ce que nous avions détaillé dans les deux chapitres du deuxième
titre de notre première partie. Le texte de 2010 est, en effet, un texte réduit à sa plus
simple expression dans la mesure où il ne comporte aucun chiffre, « se contente du
rappel de quelques principes généraux et, surtout, prévoit la création de la Commission
de gestion du secteur pétrolier, qui n’est pas tout à fait indépendante et placée sous la
tutelle du ministre de l'Énergie 416».

B- Philosophie du droit, Théorie des climats


et crise économique

Dans ce dernier chapitre qui porte sur l’avenir et les perspectives liées au pétrole nous
allons consacrer une part de notre réflexion à une approche plus « philosophique » de
cette question. Nous utilisons ce terme de philosophie, car selon nous cette discipline
s’atttache pour partie à examiner les rapports de l’homme avec le milieu propre à son
existence : en ce sens, être c’est « être là » et ainsi habiter un lieu. Ce qui est en
question avec la problématique dédiée au pétrole c’est l’attitude des hommes vis-à-vis
de la vie, de la consommation, des loisirs et plaisirs, des rapports humains, de l’attitude
à l’égard des générations futures. L’avenir du pétrole doit donc être envisagée dans une
perspective humaniste et existentielle.

415
- Nicolas SARKIS, « Pétrole et gaz au Liban : les potentialités, les chances et les risques ».
L’Orient-Le Jour, 5 juillet 2016.
416
- Idem.
322
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En effet, comment faire pour que les compagnies pétrolières concèdent un peu de leur
puissance et de leur pouvoir afin de favoriser non plus les profits, mais le bien
commun ? Comment demander à ces opérateurs économiques de cesser « de contrôler
les marchés au détriment des consommateurs, de ne pas donner assez aux pays en
développement et de causer des dommages environnementaux »417 ?

C’est pour apporter des réponses à ces questions que le Liban est parvenu à voter une
loi sur la transparence afin de tenter de faire disparaître le risque afférent à
l’alimentation de la corruption par les revenus du pétrole.

Pour répondre au défi existentiel qu’impose le pétrole, nous devons mettre en rapport
hydrocarbures, Éthique, changement climatique et philosophie.

La philosophie pourrait ainsi permettre de modifier ou d’influer sur les comportements


humains.

La philosophie radicalise les comportements humains et ceci dans le bon sens du terme.
Elle nous amène vers plus de sérieux.

Pour Bernard Reber418 il faut relire Hippocrate, auteur de l'ouvrage « Des airs, des eaux,
des lieux », qui formulait vers 400 ans avant Jésus-Christ une théorie de l'influence du
climat sur les qualités intellectuelles et morales des hommes.

417
- Voir John BROWNE, « L'avenir de l'énergie », Dans Politique étrangère 2006/4 (Hiver),
pages 969 à 982.
418
- Bernard REBER, « Sens des responsabilités dans la gouvernance climatique », Revue de
Métaphysique et de Morale, janvier-février 2016, No. 1, Éthique et gouvernance du climat
pp.103-117, publié par Presses Universitaires de France,
[Link]
323
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il y a ainsi un déterminisme climatique qui se trouve sous formes différentes chez


Platon, Aristote, Galien, Thomas d'Aquin, Roger Bacon, Rousseau, jusqu'à Herder et
Hegel419…

Reber estime à raison, selon nous, que les climats sont responsables, selon une théorie
qui semble aujourd’hui devenue caduque, de qualités morales des peuples
différenciées. Pour l’auteur actuellement le climat s’est unifié (globalisé) il est partagé
par tout le monde.

C’est pourquoi l’avenir de l’humanité est devenu le même pour tous et nous tous
devons nous rendre compte que toute l’humanité s’expose désormais au même sort,
comme cela a eu lieu avec le Covid 19.

Les projets d’extraction du pétrole et des pétroles non conventionnels doivent être
approchés dans cet angle commun de celui de la préservation de la nature.

C'est clairement l'un des enjeux du Sommet de Paris sur le climat420.

419
- Voir B. REBER, « De l'écologie sociale à l'écologie institutionnelle », in P.-A. Chardel et B.
Reber (dir.), Écologies sociales. Le souci du commun, Lyon, Parangon, 2014, pp. 183-205. M.
PINNA, « Un aperçu de la "théorie des climats" », Annales de géographie, t. 98, n° 547, 1989,
no. 322-325. 6.
420
- Les 195 pays plus l’Union européenne sont d’accord sur un point : il est nécessaire de
limiter le réchauffement de la planète. La température ne doit pas augmenter de plus de 2 °C
d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle (1880) pour que le monde continue à être
vivable. Aujourd’hui, la température du globe a déjà augmenté d’environ 0,8 °C par rapport à
la fin du XIXe siècle. La limite de 2 °C a été fixée par les scientifiques du Groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Leurs travaux ont montré qu’un
réchauffement supérieur entraînerait des conséquences graves, comme la multiplication des
événements climatiques extrêmes. [Link]
les-enjeux-du-sommet-mondial-de-paris
Voir sur le sommet de Paris :
- Emilie MASSEMIN, « Climat : qu’y a-t-il vraiment dans l’accord de Paris ? »,
sur [Link], 14 décembre 2015.
- Isabelle HANNE, « COP 21 : un conditionnel, un marteau et beaucoup
d'émotion », Libération, 12 décembre 2015.
324
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ce seul défi constitue une occasion rare de cosmopolitisme et nous pouvons ajouter de
solidarité et d’amour. C’est au final un enjeu démocratique : « comme une démocratie
indique une destinée commune, elle est aussi une façon de distribuer des
responsabilités différenciées 421». Nous avons vu les justifications de la coopération et
des différenciations. Les différents sens de la responsabilité ne sont pas complètement
indépendants et ils ouvrent des perspectives distinctes.

« Les responsabilités peuvent donc être prises dans des relations différentes, à la fois
par le choix de leurs conceptions, leur nombre et leurs associations. C'est ainsi qu'on
peut expliquer qu'on puisse dans les négociations sur le réchauffement climatique ne
pas tenir pour moralement blâmables des individus, voire des États, tout en leur
prescrivant des obligations tournées vers le futur »422.

Il faut donc pouvoir équilibrer les responsabilités.

Les données scientifiques doivent être poursuivies, mais la compréhension n'est


possible qu'avec une coopération intense, valant comme contribution et prise de
responsabilité.

- Frédéric AUTRAN, « Accord de Paris : signé mais pas joué », Libération, 22 avril 2016.
421
- M. WALZER, Just and Unjust Wars, New York, Basic Books, 19.
422
- C’est ce qu’on peut appeler des propos clairvoyants, conciliateurs, voire humanistes.
J’aurais tendance ici à dire que les Libanais et en particulier le monde associatif avant le
monde politique doivent cibler ce but. Le pétrole ne doit jamais être perçu sans philosophie,
sans objectif salvateur de toute l’humanité.
325
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Cette coopération est scandée dans diverses conférences internationales. Beber va dans
le sens de l'intuition d'un spécialiste de la responsabilité morale, Michael McKenna423,
qui propose quant à lui une analogie entre responsabilité morale et conversation424.

L’humanité doit changer d’attitude non pas seulement vis-à-vis du pétrole et de la


consommation, du profit et des plaisirs de la vie, mais d’emblée à l’égard de la nature,
de la vie et de la fin de l’histoire425. Les Libanais ont actuellement besoin (et ceci
vraisemblablement plus encore qu’à toute autre époque) d’une attitude philosophique.

423
- Haji ISHTIYAQUE, et Michael McKenna. 2006. « Defending Frankfurt’s Argument in
Deterministic Contexts: A Reply to Palmer ». The Journal of Philosophy 103 (7): 363-72.
2003. « Some thoughts concerning PAP ». In Moral Responsibility and Alternative
Possibilities: Essays on the Importance of Alternative Possibilities, édité par David Widerker
et Michael McKenna, 339--345. Ashgate.
Contre Hume et Frankfurt, Watson est convaincu qu’évaluer ne se réduit pas à désirer et que
l’évaluation a une autorité spéciale que le désir ne possède pas. Seules les évaluations
donneraient des raisons de s’opposer à des désirs (et non simplement d’autres désirs).
Watson propose donc de faire jouer le rôle de la distinction. N’en déplaise, nous sommes
convaincus que la question de l’avenir du pétrole et du climat est un problème de philosophie.
L’humanité n’a plus le loisir d’attendre et de désirer : Contrairement aux autres désirs, les
valeurs sont telles que les agents ne voudraient pas y renoncer, et ce, même si ces désirs ne
pouvaient être satisfaits. Un grand philosophe libanais, Gibran Khalil JIbran partagerait mon
point de vue : beauty is not in the face ; beauty is a light in the heart. Il va de soi que pour
Gibran le pétrole est moins important que la beauté de la nature. En réalisant qu’il ne peut
réaliser la paix dans le monde, Gandhi ne devrait pas être amené à réviser ses valeurs. Si ce
genre de théorie apparaît démesurément intellectualiste, il faut tenir compte de ses variantes,
où, par exemple, l’accent est mis non sur les attitudes cognitives, mais sur les attitudes
conatives comme le soin ou la préoccupation. Source : le document qui nous a servi de base
se trouve sur [Link]
424
- M. MCKENNA, Conversation and Responsibility, Oxford, Oxford University P: In this book,
McKennna develops P.F. Strawson's theory in novel ways; Makes the argument that actions
are bearers of a kind of meaning that is like the meaning speakers use to converse with others;
Looks carefully at claims about being blameworthy for wrong acts. Source électronique :
[Link]
9780199740031?cc=ua&lang=en& Visite 12-4-2021.
425
- D’ailleurs comme le dit Eric WEIL l'expression « fin de l’histoire » est à la mode, ou l'a été
pendant un bon moment : peut-être est-ce surtout le marxisme qui en porte la responsabilité
ou en a le mérite, peut-être est-ce une certaine interprétation, de valeur d'ailleurs douteuse,
de la philosophie hégélienne. Pour l’auteur la thèse, en tout cas, est connue : nous vivons
encore dans l'histoire, mais pas pour longtemps. Nous serons probablement sortis car cela ne
dépend plus de notre volonté. Vision pessimiste mais qui incite l’humanité à arrêter ses bêtises
326
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Depuis le 17 octobre 2019, le Liban vit une véritable révolution. Celle-ci est une
réaction contre le système politique, contre le clanisme et le clientélisme, contre un
pouvoir qui semble corrompu de fond en comble426. Le pétrole vient en ce moment de
révolte contre des gouvernants corrompus427. Le pétrole doit arriver, s’il arrive, dans
un pays sain, propre, transparent : un véritable État de droit, respectueux de
l’environnement. Sinon à quoi bon le pétrole !

car « en droit, l'histoire est déjà arrivée à son terme, et ce n'est que par la faute de notre
inconscience qu'elle dure encore dans les faits, que, pour parler concrètement, nous
connaissons encore des guerres… ». Source : Eric Weil, « La fin de l'histoire », Revue de
Métaphysique et de Morale, Octobre-Décembre 1970, 75e Année, No. 4. (Octobre-Décembre
1970), pp. 377-384, publié par Presses Universitaires de France. [Link]
426
- Le Liban, sujet de notre thèse, mérite que nous exposions avec un peu de détails la
situation actuelle. Depuis le 17 octobre 2019 le Liban vit une crise exceptionnelle. Le Liban ne
paye plus ses dettes. La haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Michelle Bachelet,
a alerté sur la profonde crise économique et financière que traverse le Liban. Le pays a vu
l'inflation et le taux de pauvreté exploser en quelques semaines et des Libanais parmi les plus
vulnérables "risquent de mourir de faim ». Les réserves de la Banque du Liban en dollars,
devise sur laquelle la livre libanaise est indexée, sont au plus bas. Face à cette situation, les
banques limitent les retraits et les transferts en dollars. La valeur de la livre libanaise a baissé
de 80%. Il n’y a plus de classe moyenne. Sans industrie forte ni ressource propre, « le Liban
s'est efforcé durant des années d'attirer les capitaux étrangers, allant jusqu'à proposer 20%
d'intérêts sur les placements en dollars (Agnès Levallois, L’Orient-Le Jour, 1-2-2021). Cela lui
a valu le surnom de Suisse du Moyen-Orient. Ces flux se sont progressivement taris, en raison
notamment des tensions géopolitiques dans la région. Les pays du Golfe boudent le Liban
pour des raisons politiques liées au Hezbollah et leur désir de faire la paix avec Israël. De
plus, affectés par la chute du prix du pétrole ils ont aussi réduit leurs investissements. Les
conflits en Irak et en Syrie ont déstabilisé toute la région. Résultat, le secteur financier libanais
traverse une crise de confiance qui ne lui permet plus de remplir son rôle de financeur de
l'économie, surtout que ses institutions ont accumulé les déficits pendant des décennies, en
particulier à cause d’une classe politique corrompue. C’est à la lumière de ces lacunes qu’il
faut envisager l’avenir du Liban, avec ou sans pétrole. Et surtout avec pétrole car il est
inimaginable que le Liban, futur producteur de pétrole, continue à souffrir d’un système anti-
institutionnel et anti-Etat de droit. Voir pour une analyse de la situation économique du Liban :
Georges Corm, La situation économique du Liban et ses perspectives de développement dans
la région, Dans Confluences Méditerranée 2004/2 (N°49), pages 149 à 159.
427
- Kellon Yeeni Kellon (le plus célèbre slogan des manifestations qui veut dire « tous sans
exception ».
327
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

SECTION DEUXIEME : IDEES MORALES SUR


L’AVENIR DU PÉTROLE
Devant la dangerosité de la situation il n’y a donc que le recours à la morale, voire à la
spiritualité qui pourrait conforter cette attitude philosophie qui nous semble
existentielle. À ce titre et au regard de la particularité confessionnelle du Liban, nous
devons examiner les liens entre spiritualité et philosophie au Liban. Quelle est la
position de l’islam et du christianisme sur cette question qui nous apparaît comme
largement philosophique et existentielle ? (Sous-section 1). Nous verrons que selon
nous il ne reste qu’une solution viable : l’homme doit changer de comportement vis-à-
vis de la nature, de la consommation, du luxe et des apparences. Il doit agir simplement
comme dans le passé : pourquoi absolument avoir besoin de pétrole ? Un enseignement
dont les Libanais ont grand besoin. Quel beau principe, celui de la simplicité volontaire
(sous-section 2).

Sous-section 1. Christianisme, islam et pétrole

A- La vision complotiste

Relevons ceci qui donne le ton d’une certaine approche de cette question : « Tout ce
qu'il faut savoir c'est que les objectifs énergétiques que veut l'Amérique sont présents
dans les pays musulmans. Des millions de musulmans conscients de la spécificité de
leur civilisation islamique pensent que l’Amérique vise à détruire l’islam et exploiter
le pétrole »428.

428
- Abdelrahman aal baladi, ‘Lislam et le pétrole, sans nom d’auteur, 9 mai 2021.
[Link]
328
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Voici ce que nous appelons, quant à nous, une vision complotiste. Cette vision qui n’a
rien de rationnel ni de scientifique. C’est une vision fanatique, étroite et enragée. Cette
vision complotiste adoptée par les courants fondamentalistes musulmans consiste à
dire que le pétrole est le but premier et dernier de l’Occident. Nous pensons que cette
démarche fausse les relations internationales et manque d’objectivité. En outre elle
comporte une face cachée que tout le monde soupçonne429. Voici brièvement l’analyse
du secrétaire général du parti de la Oumma koweïtien (Hizb al Oumma al Kouwaiti),
Saif al Hajiri. Selon ce dernier après la Seconde Guerre mondiale, le système
international occidental a reconstitué les institutions internationales dans le but d’en
faire des outils de base pour la poursuite de l'hégémonie occidentale sur le système
international (monde musulman, mais aussi la Russie et la Chine)430.

429
- Qui ne connait les rapports étroits entre fondamentalisme religieux, pétrole et ambitions
occidentales : « Quand les routes du pétrole passent par l'intégrisme » titre l’Humanité du 11
Août 1998. Nous lisons que les Etats-Unis reprennent en Afghanistan la recette de l'Aramco
dans l'Arabie Séoudite des années trente : fondamentalisme islamique, tribus et pétrole. Une
référence française sur cette question : Olivier Roy, auteur de plusieurs ouvrages sur
l'islamisme politique. Georges Corm recoupe avec cette vision :
« Premier effet majeur, le pétrole provoque un renversement des équilibres entre sociétés
arabes des pays du Machrek et à l’intérieur de chacune d’elles. La richesse des royautés et
des petits émirats de la péninsule arabique explose littéralement à partir du début des années
1970, sous l’effet du quadruplement du prix du pétrole. Ces derniers acquièrent avec leur
nouvelle fortune des moyens d’influence considérables : politiques, économiques, sociaux,
culturels et religieux. Désormais, richesses matérielles et carrières politiques dans les pays
du Machrek se font à partir des relations qui se nouent avec les dirigeants des pays pétroliers
de la péninsule. Georges Corm, 2009, Le pétrole a fait le malheur du monde arabe, 2009,
L'Atlas Un monde à l'envers, Les défis de l’énergie, p, 109 et s.
[Link]
Georges CORM, Ancien ministre libanais des finances, auteur de La Question religieuse au
XXIe siècle, La Découverte, Paris, 2006 ; Le Proche-Orient éclaté, 1956-2006, Gallimard, coll.
« Folio », Paris, 2006 ; Orient-Occident, la fracture imaginaire, La Découverte, Paris, 2005.
430
- Saif AL-HAJRI, Secrétaire général du parti Umma – Koweït, L'Islam et le pétrole entre
l'Orient et l'Occident!
[Link]
%85
329
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Notons la position de Ben Laden, produit du wahhabisme saoudien qui s’est retourné
contre un pouvoir accusé de préférer les pétrodollars à La Mecque et d'avoir laissé les
Américains souiller le territoire en y restant après la guerre du Golfe.

M. Said al Hajiri estime que le Moyen-Orient est la pierre angulaire de ce système


international, avec sa profondeur historique et religieuse, sa richesse pétrolière, sa
situation géographique au milieu du monde et ses capacités routières (en mer et en
terre) pour le transport commercial.

Il nous fait revenir à 1949 en Inde pour dire que l’occident n’a pas voulu mener une
lutte pour le pétrole seulement, mais qu’il voulait engager une lutte spirituelle contre
l'islam et le communisme. Il affirme également que le pétrole reste le but premier.
L’Occident veut assurer sa domination occidentale des ressources pétrolières et
énergétiques, son objectif principal est de dominer l'économie mondiale et de contrôler
les ressources énergétiques des puissances concurrentes potentielles, comme la Chine.
Ainsi cette approche obsessionnelle (si l’on peut dire) estime que le complot vise à
empêcher le retour de l’islam et du califat, et souhaite consolider l’Etat d’Israël, ce
mini-Occident planté au sein du monde arabe (sans oublier l’utilisation du projet
iranien safavide et ses milices sectaires dont le rôle est de déstabiliser les régimes et
leur unité)431.

Cette vision enragée n’est pas séparable d’une vision « spirituelle », avec les
contradictions que l’on sait (l’islam politique n’aurait jamais réussi sans le pétrole432) :

431
-Idem.
[Link]
%85
432
-Thomas FRIEDMAN, Est-ce que l’islam peut réussir sans pétrole ?, 11- 1-2012.
Il dit notamment que « les mouvements islamiques en Iran et en Arabie Séoudite étaient
capables de combiner leur idéologie avec la modernité, parce qu’ils possèdent une énorme
richesse pétrolière à travers laquelle ils peuvent régler les contradictions.
330
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

cette vision affirme que le Coran a traité du pétrole433, qu’il a tout prévu, y compris la
découverte et l’exploitation du pétrole.

B- Vision religieuse chrétienne


Hubert des Longchamps, directeur des affaires publiques de Total, s’était exprimé
devant trois cents personnes dans le cadre d’un colloque consacré à « L’expression du
religieux dans la sphère publique - Comparaisons internationales ». Il expliquait alors
comment une entreprise pétrolière mondialisée avait à tenir compte du poids politique
et social des religions434.

L’attention, voire l’inquiétude, des dirigeants de Total montrait que l’Église catholique
était un acteur de premier plan. L’état des lieux et le danger sont décrits clairement :
pollution, changement climatique, problème de l’eau, perte de la biodiversité,
détérioration de la qualité de la vie humaine et dégradation sociale.

433
- Elham ABOULFATH, rédacteur en chef Ahmad Sabri,
http//[Link]
Docteur Abd al Daem al Kahil, chercheur en matière de « Miracles coraniques » (al Iijaz al
Elmi al Corani), dit que le coran dans la sourat « Al Aala parle de : al Ghasao al Ahwa (Ecume
plus abondante). Le Tout-Puissant dit: Il a fait de ce pâturage une écume, et sous l’influence
du vent a été constituée une croûte sèche qui devenait huileuse, noirceur après blancheur ou
verdure, en raison de la sévérité de la sécheresse. Si nous évoquons cela dans ce chapitre
c’est seulement pour capter comment une partie des Arabes lie toutes ses analyses à sa toile
de fond religieuse. Vivant dans ce milieu j’expose cette question dans ma thèse puisque je
sais combien est considérable l’impact de la pensée religieuse, avec toutes ses imageries
irrationnelles (pour moi) sur l’approche de la question du pétrole et les relations
internationales. L’Occident est voleur mais on en a besoin au niveau technique pour ses
compétences. Situation schizophrène puisque les pays arabes et africains les plus fanatiques
sont les plus grands demandeurs pour appeler les sociétés pétrolières occidentales à venir
exploiter leurs gisements pétroliers.
Voir : Tibor Mende, L'Occident face aux pays d'Islam, Esprit, Nouvelle série, No. 246, janvier
1957, pp. 54-69, Editions Esprit
[Link]
434
- Lettre encyclique laudato si’ du Saint-père François sur la sauvegarde de la maison
commune. [Link]
francesco_20150524_enciclica-[Link]
331
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Le dirigeant liait tout cela aux inégalités qui se creusent rapidement au sein de chaque
pays.

« À cela il faut effectivement ajouter la faiblesse des réactions, même si une prise de
conscience mondiale se fait jour »435.

Il estimait en accord avec la pensée du pape François, que « [les occidentaux] n’avons
jamais autant maltraité ni fait de mal à notre maison commune qu’en ces deux derniers
siècles ».

L’Église catholique paraît donc lucide sur la situation actuelle. Cependant, des auteurs
et pas des moindres estiment que l’église chrétienne reste aveugle aux racines de la
crise écologique. D’une part sur la question démographique, d’autre part sur la notion
même de nature.

Le médiéviste américain Lynn White Jr. a ainsi publié en 1967 un article retentissant –
« Les racines historiques de notre crise écologique » – dans la célèbre Revue Science.

Il fondait son analyse sur le début du livre de la Genèse, dans l’Ancien Testament :
« Après avoir créé l’Homme, mâle et femelle, Dieu les bénit et leur dit : « Croissez et
multipliez, peuplez toute la terre et dominez-la ; soyez les maîtres des poissons dans la
mer, des oiseaux dans le ciel et de tous les animaux qui se meuvent sur la terre. ».

Cette conception de la nature comme création mise à la disposition de l’humanité est,


selon Lynn White Jr, particulièrement mauvaise.

435
- Charles CONTE, « Le pape François et l’écologie », Dans Humanisme 2015/4 (N° 309),
pages 81 à 83.

332
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Alors que les conceptions antiques intégraient les êtres humains dans la nature, le
judéo-christianisme sépare ainsi les êtres humains de la nature qui leur est
subordonnée.

« En détruisant l’animisme païen, le christianisme a permis l’exploitation de la nature


dans un climat d’indifférence à la sensibilité des objets naturels » : c’est pour Lynn
White une « révolution psychique et culturelle majeure dans l’histoire humaine ».

Lui-même était un croyant, il assumait à ce titre des « conclusions désagréables pour


beaucoup de chrétiens » et affirmait que « nous continuerons à voir s’aggraver la crise
écologique jusqu’au moment où nous aurons abandonné le postulat chrétien selon
lequel la nature n’a pas d’autre raison d’exister que d’être au service de l’homme436 ».

Quelque peu hérétique lui aussi, le théologien allemand Eugen Drewermann va dans le
même sens dans « Le progrès meurtrier »437.

Selon lui, l’ordre de la nature dépend désormais « en totalité de l’être humain : on


décrète que l’ensemble des créatures a été puni à cause du péché d’Adam, que toute la
nature subit l’influence néfaste de l’homme et qu’elle doit être délivrée par lui ».

Jean-Luc Guichet nous invite, quant à lui, à retourner à Rousseau pour qui le cœur de
la spécificité humaine est la liberté. C’est pour l’auteur une thèse d’ordre métaphysique
qui est énoncée d’emblée comme une évidence, mais qui s’avère indémontrable.

- Traduction française dans l’ouvrage collectif dirigé par Dominique Bourg et Philippe
436

ROCH, Crise écologique, crise des valeurs ? Défis pour l’anthropologie et la spiritualité,
Genève, Labor et Fides, 2010.
437
- Progrès meurtrier, Paris, Stock, 1993.
333
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Il s’agit finalement d’une intuition, d’une saisie de soi qui apparaît comme étant
irréductible à un mécanisme ou à un déterminisme438.

Cette intuition, cette « vision ou intuition du monde » ne peut donc valoir d’abord que
pour soi, même si elle ouvre sur une dimension universelle (au titre de vision du monde
– Weltanschauung - elle est supposée valoir aussi pour tout homme). En ce sens, « nul
ne peut attester de ma liberté à ma place. Si l’on peut sur le plan juridico-politique,
comme le déclare Le Contrat social, « forcer d’être libre », cela n’a plus de sens sur le
plan de la liberté intérieure, on ne peut m’imposer contradictoirement de me sentir
libre439».

Le rapport des hommes à la nature doit donc être un rapport de bonne foi.

L’exploitation des ressources naturelles ne peut être contrainte, et ceci même par la
raison.

Rousseau est de toute évidence contre l’exploitation acharnée de la nature et Michèle


Duchet 440 a très fortement marqué l’originalité cette pensée dans la vigueur de son
affirmation de la liberté par rapport aux autres philosophes du temps.

Cette perception est différente du point de vue de l’islam. Il nous faut maintenant
approfondir cette pensée afin de mieux la comprendre.

« Désunis, s'affrontant les uns les autres pour le pouvoir, manquant des connaissances
et compétences de base, dilapidant les richesses dont Dieu les a dotés, les musulmans

438
- Jean-Luc GUICHET, « L'homme et la nature chez Rousseau », dans Revue des sciences
philosophiques et théologiques 2002/1 (Tome 86), pages 69 à 84.
439
- Idem.
440
- Dans Anthropologie et histoire au siècle des Lumières (éd. Albin Michel, 1995, 1ère éd.
chez Maspéro, 1971), dans chapitre « L’anthropologie de Rousseau », spécialement p. 333
(éd. Albin Michel) où la définition de l’homme par la liberté est opposée à celle par la sociabilité
ou par la raison.
334
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

ont atteint le niveau de développement le plus bas qu'ils aient jamais connu. » Ce
diagnostic sans appel a pourtant été posé par un musulman, Mahathir bin Mohamad, le
Premier ministre de Malaisie441.

Il est et tentant à partir de là de conclure que l'islam ne favorise pas le développement


et que, combiné au pétrole, il peut même lui être fatal... Beaucoup cèdent à cette
tentation.

« De nombreux penseurs européens […] ont institué une tradition de perception


négative de l'islam, considéré comme un obstacle au progrès de la science et de la
raison et donc responsable du déclin irrémédiable de l'Orient.442»

Cette perception procède en partie d'une lecture abrupte de la vulgate américaine de


l'après-guerre. Celle-ci veut que démocratie et développement économique aillent de
pair et se renforcent mutuellement pour l'instauration d'une paix durable. Toutefois,
cette manière de renvoyer les musulmans à leur religion afin d’expliquer les difficultés
dans lesquelles ils se débattent apparaît terriblement réductrice.

Jean-Michel Sévérino, directeur de l'Agence française du développement, après avoir


été vice-président de la Banque mondiale pour l'Asie-Pacifique, expose la difficulté
d'apprécier le rôle des facteurs culturels et religieux.

441
- Propos tenus le 22 janvier 2003 à l'Université Al-Azhar du Caire et rapportés par
l'International Herald Tribune du 28 janvier. Rapport mondial sur le développement humain,
2002. Le Proche-Orient éclaté, Folio. Exporting the American Model, Marie-Laure DJELIC,
Oxford University Press. Que s'est-il passé ? L'Islam, l'Occident et la modernité, Gallimard.
Cité dans « Le pétrole, cadeau empoisonné pour l'islam ? »ٍ Source: Les Echos, Enjeux,
1/03/2003.
442
- Georges CORM, Le pétrole a fait le malheur du monde arabe, op. cit.

335
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

« Ils sont probablement pertinents, mais personne jusqu'ici n'a réussi à établir de façon
indiscutable une relation stable avec le développement. »

Relire la littérature économique des années 60 est à cet égard édifiant : on y affirmait
que l'Asie du Sud-Est ne se développerait jamais à cause du bouddhisme, philosophie
dont on pensait qu'elle était hostile au développement.

Il apparaît « [qu’] aujourd'hui, on dit la même chose de l'islam », ajoute Jean-Michel


Sévérino.

Au contraire nous pensons que le progrès se fait, y compris à travers les croyances
religieuses, même les plus irrationnelles. Il y a là une dialectique irréductible
productrice de l’histoire.

L’irrationalité frappe toutes les religions sans exception. La tournure que prend la
politique actuelle des Émirats Arabes Unis, depuis la normalisation avec Israël,
jusqu’aux pubs à vin à Dubaï, en passant par l’ouverture hallucinante au monde
occidental prouve que le progrès se fera à travers et avec l’islam. La force des
jurisconsultes musulmans est capable de tout interpréter et dans tous les sens est à
même de réussir la conciliation entre pétrole et environnement, extraction et
réchauffement climatique, profit et humanisme.

Sous-section 2. Simplicité volontaire et autres


remèdes
Cette capacité à intégrer consciemment l’importance de la protection de
l’environnement s’est développée au moyen d’un concept qui nous semble
particulièrement pertinent : la simplicité volontaire (A). Cette thématique engendre
certaines idées qui nous apparaissent alarmantes (B).

A- Le concept de simplicité volontaire


336
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Ce concept dispose d’une histoire et développe un ensemble de concepts spécifiques


dont nous allons faire la généalogie.

1-Le concept et les idées de Serge Mongeau


Devant le danger de mort de la planète, certains préconisent le concept de simplicité
volontaire443. Au cours des années 70, le journaliste et philosophe André Gorz,
inspiré par les travaux d’Yvan Illich, a ainsi montré comment il était possible de
transformer notre existence en optant, par exemple, pour une réduction importante du
temps de travail hebdomadaire et annuel et pour l’implantation d’une allocation
monétaire universelle fournie par la société. Cette approche révolutionnaire
permettrait à tout le monde d’opter sans contrainte pour une forme choisie
d’engagement ou de simplicité volontaire.

C’est sous cette forme qu’allait apparaître le « mouvement pour la simplicité


volontaire » : deux militants écologistes, Serge Mongeau et Dominique Boisvert, ont
donné une forme concrète à ces préoccupations.

Ils nous invitent à opter pour une façon plus conviviale d’habiter la planète et de se
comporter à l’égard des ressources naturelles, dont les hydrocarbures. Cette façon
différente d’envisager l’existence semblait nous proposer de nouveaux possibles

443
- Changer la vie. « Les contraintes et les possibles ». Posté le 2 octobre 2017 par Gabriel
Gagno. Revue possibles, pistes d’action - débats et perspectives.
[Link]

337
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

réalisables graduellement sans transformation profonde de notre insertion dans


l’univers.

On l’aura compris ce mouvement est né en réaction aux évaluations pessimistes, ce


qui a amené les chercheurs à inventer en 2000 le terme « d’anthropocène444 » pour
désigner une nouvelle ère géologique marquée par les effets systémiques globaux et
irréversibles des actions humaines sur la nature, dont l’extraction des hydrocarbures.

C’est dans cette perspective que s’est tenue en 2015 à Paris la 21e Conférence des
Nations Unies sur les changements climatiques, dont les résultats tardent à se
confirmer dans de nombreux pays445.

En effet, depuis quelques années, divers auteurs se sont penchés sur notre mode de vie
actuel en remettant en question nos habitudes de consommation.

Pour eux, la consommation de biens matériels prend beaucoup trop de place dans la
vie des gens et ceci a des répercussions négatives sur d’autres aspects de leur
existence. À la suite de leurs observations et de leurs réflexions, ils arrivent à la
conclusion selon laquelle, dans notre société, une majorité d’individus est très
préoccupée par la consommation de biens matériels. Cela engendre une course à

444
- L'Anthropocène c’est une ère géologique proposée remontant au début d'une influence
humaine significative sur les écosystèmes de la Terre, y compris, mais sans s'y limiter, le
changement climatique anthropique. Voir à ce sujet : ELLIS, ERLE (2018). Anthropocene : A
Very Short Introduction. 1. Oxford University
Press. doi:10.1093/actrade/9780198792987.001.0001.
445
- C’est dans ce cadre qu’il faut lire le dernier ouvrage de la journaliste torontoise Naomi
KLEIN intitulé Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique, (Lux. Actes Sud.
2015). Malheureusement malgré la campagne qu’elle a menée Naomi Klein n’a pas réussi à
réaliser « Un grand bond vers l’avant pour un Canada fondé sur le souci de la planète et la
sollicitude des uns envers les autres… ». Selon elle les partis politiques canadiens n’ont
jamais développé une politique énergétique claire.

338
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

l’argent pour parvenir à s’acheter le dernier gadget à la mode, solution à tous leurs
problèmes446.

Aux États Unis (grâce notamment aux écrits de Serge Mongeau -1998-) et actuellement
en Europe, la référence à la simplicité volontaire est devenue bien ancrée dans le
vocabulaire collectif.

Toutefois ce terme peut sembler marginal aux yeux de beaucoup.

Serge Mongeau, depuis 1998 a énoncé dans un livre célèbre l’idée selon laquelle la
société de consommation est une « cage dorée », et qu’elle serait source de multiples
aliénations. Dès lors, « les individus existent par ce qu'ils possèdent et non plus par ce
qu'ils sont, pendant que la frénésie consommatrice continue à menacer notre
environnement447 ».

Son concept fait désormais école et a depuis engendré un mouvement, le Réseau


québécois pour la simplicité volontaire (RQSV).

2-Action des militants, simplicité volontaire et


pétrole
Concernant le pétrole au Canada448 : celui-ci est, particulièrement tiré des sables
bitumineux, il est ainsi au cœur des débats sur le réchauffement de la planète.

446
- Dany CORDEAU, Micheline DUBE, « L'échelle de simplicité volontaire : une validation en
français », dans Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale 2008/3 (Numéro 79),
pages 33 à 46.
447
- [Link] A propos de
l’auteur : Serge MONGEAU est éditeur, jardinier, militant infatigable, il a étudié la médecine,
l’organisation communautaire et les sciences politiques. Il est l’auteur de plus de 25 ouvrages,
dont le livre-phare La simplicité volontaire, plus que jamais..., Editions Ecosociété, 24 février
2005.
448
- Nous évoquons ici l’exemple des militants québécois parce qu’il illustre la lutte à travers
le concept de simplicité volontaire pour la sauvegarde de la nature et pour humaniser le
339
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

« Tant que nous continuerons à le sortir de terre, il nous sera impossible d’atteindre les
objectifs de contrôle des changements climatiques proposés au Canada par la
Conférence de Paris »449.

Dans un ouvrage récent publié le printemps dernier, intitulé, Gagner la guerre du


climat. Douze mythes à déboulonner, le physicien Normand Mousseau dénonce dans
ce contexte les solutions technologiques proposées pour résoudre le problème des
changements climatiques et, comme Naomi Klein, opte pour une transformation
politique en profondeur de nos sociétés450.

Pour les militants québécois, l’accélération des changements climatiques, dont


l’exploitation des sables bitumineux est ici un élément essentiel, doit nous obliger à
réévaluer notre option pour la simplicité volontaire et les pratiques émancipatrices.

C’est le comportement qu’il faut changer.

rapport entre les hommes et les ressources naturelles, dont essentiellement les
hydrocarbures.
449
- « Changer la vie. Les contraintes et les possibles ». Posté le 2 octobre 2017 par Gabriel
GAGNO, op. cit.
450
- Parmi ces mythes:
- La réduction des gaz à effet de serre (GES) mènera automatiquement à une amélioration
de notre qualité de vie.
- L’hydroélectricité est la clé pour l’enrichissement du Québec.
- Le Canada est une grande puissance énergétique.
- Il suffit de taxer le carbone pour mettre un frein au réchauffement climatique.
Source : [Link]
- Le pétrole est encore là pour longtemps.
Voici quelques mythes sans cesse répétés par les politiciens, les groupes d’intérêt, les porte-
parole de l’industrie et les médias. C’est fait pour nous donner l’impression de maîtriser la
transition énergétique et nous confortent dans l’illusion que nous avons les outils pour
atteindre nos objectifs de réduction de GES (gaz à effet de serre) sans toucher à ce qu’on
appelle encore le modèle québécois.

340
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Dès lors, le changement devrait passer à travers la constitution de collectifs autogérés


et l’action des communautés autochtones. Celles-ci ont apporté une contribution
essentielle à la « création d’un mouvement plus large destiné à lutter par tous les
moyens contre l’empiétement de leur territoire que ce soit par l’exploitation minière
ou par les pipelines.

Il apparaît qu’au Québec, des communautés de ce genre ont été créées, et ceci « soit
pour poursuivre l’action des groupes de simplicité volontaire, soit pour faire obstacle
au transport ferroviaire du pétrole dans l’Est-du-Québec ou à la construction éventuelle
du pipeline d’Énergie Est »451.

B- Idées alarmantes

1-Médecine et pétrole
Certains auteurs ont assimilé dans le cadre d’un glissement sémantique curieux la
pénurie du pétrole à celle de la médecine.

Selon eux et « aussi incongru que cela paraisse, on peut trouver de nombreux points
communs à deux pénuries annoncées : celle de pétrole et celle de médecine. Même
entêtement des données et convergence des prévisions. Même horizon d’inégalités qui
vont se creuser entre pays puissants et faibles, entre individus riches et pauvres452 ».

Cette nécessité qui semble reposer sur des bases identiques implique un débat de
société sur diverses lacunes.

451
- Voir les références intéressantes suivantes : Revue Esprit, « Habiter la terre
autrement ». No. 420 Décembre, 2015 ; GIANINAZZI, Willy, André GORZ Une Vie. La
Découverte, 2016,
452
- Bertrand KIEFER, Pétrole et médecine : deux pénuries sœurs :
[Link]
medecine-deux-penuries-saeurs
341
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

On trouve ainsi une même absence de toute réaction sérieuse de la part des politiques
et des médias453.

En outre, le pétrole va manquer, ainsi que toute autre forme d’énergie, et ses prix vont
alors grimper et le climat va très, très sérieusement se dégrader.

Tout cela nous incite selon l’auteur et tous les militants conscients à changer nos
comportements et ceci « par un atterrissage en douceur, lancer de nouvelles sources
d’énergie, mais surtout modifier nos façons de vivre, de concevoir le développement
économique ».

Comme dans le cadre de la médecine divers phénomènes se manifestent :


« vieillissement massif, rapide, inexorable de la population. Accroissement des
polypathologies, des maladies chroniques. Explosion de l’offre thérapeutique, manque
de moyens à disposition pour diagnostiquer, soigner, améliorer 454».

La situation de la médecine est donc en passe de basculer.

Les derniers mots de l’auteur sont ainsi inquiétants : « Aucun doute : la pire des
pénuries qui menace l’humanité, c’est celle des véritables débats, des idées nouvelles,
de la pensée libre ». Fort heureusement des gens se mobilisent, en France notamment,
et pas seulement des verts455.

453
- Tout le monde s’en moque, dit l’auteur : voilà la vérité. Pour Kiefer le bateau glisse vers le
pire, son inertie est immense, on danse sur le pont. La seule chose à faire serait de diminuer
notre consommation de pétrole, de changer notre rapport à la médecine, d’ouvrir de nouvelles
installations de production d’énergies renouvelables et de former des médecins. Mais combien
faut-il attendre ? Des décennies ? Des centaines d’années ?

454
- Idem.
455
- Exemple : D i s c u s s i o n p u b l i q u e s u r l e t h è m e « l ’ â g e d u p é t r o l e » , 1 3
j u i n 2 0 1 7 , Lieu de l’événement : La Barberie (310, rue St-Roch, Québec, Québec G1K
6S2). La philosophie de terrain, c’est d’abord et avant tout dialoguer, réfléchir ensemble en
dehors des laboratoires et des chaires de recherche. Pub : La revue Milieu(x) invite à venir
discuter du thème de son troisième numéro « L’âge du pétrole » en compagnie de membres
342
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Cette situation interpelle nécessairement les Libanais et spécifiquement les


sociologues de notre pays et les chercheurs des sciences humaines.

2-Mission des sociologues libanais


Le pétrole a fait l’objet d’innombrables études relatives à sa dimension stratégique,
économique et internationale, voire fantasmagorique. Nous sommes victimes d’une
littérature anglo-saxonne académique sur la « malédiction du pétrole », l’oil curse.

Les géographes sont plus intéressés par la notion d’enclave et des gisements. Marc-
Antoine Pérouse de Montclos veut dépasser la répugnance « des sociologues du
politique à l’égard d’un objet sale dont l’étymologie du « crude oil » en anglais renvoie
à un mot latin et espagnol, cruor, désignant un « sang visqueux456».

Les sociologues libanais sont donc fortement invités à se pencher sur cette question
et ceci avant la mise en production des gisements de brut, et pas seulement pendant ou
après.

Le travail des sociologues libanais consistera à analyser les revenus pétroliers afin de
rectifier certaines analyses erronées qui font le rapport entre pétrole, revenus,
autoritarisme et corruption457.

L’approche des sociologues pourrait ainsi aider à ce que l’éventuelle exploitation du


pétrole puisse se dérouler dans un respect convenable des règles relatives au droit du

de STOP Oléoduc Capitale-Nationale. Ce sera l’occasion de réfléchir ensemble sur notre


rapport au pétrole et à notre environnement. La discussion sera précédée d’une brève
présentation de la revue ainsi que d’une explication des enjeux sur le terrain par STOP
Oléoduc Capitale-Nationale, notamment par rapport au pipeline Énergie Est.
[Link]
456
- Marc-Antoine PEROUSE DE MONTCLOS, Revue Esquisses- carnet de recherches de
laboratoire les Afriques dans le monde [Link]
457
- JOHNSTON, Daniel (2003). International Exploration Economics, Risk, and Contract
Analysis, Tulsa, Penn Well Corporation, 401 p..
343
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

travail libanais, de la liberté syndicale, de l’égalité de traitement et à un environnement


sain. Le Liban doit tirer profit de l’expérience d’autres États en voie de développement
comme dans le delta du Niger au Nigeria : où les autochtones s’y sont « plaints de la
pollution, de violations du droit du travail et de l’opacité d’une politique de recrutement
qui les aurait relégués dans des positions subalternes, avec seulement une centaine de
contrats temporaires »458.

■■

458
- Source : notes prises lors d’une conférence co-organisée avec Hosham Dawod à Erbil en
Irak le 8 au 9 octobre 2013 et intitulée « L’anthropologie du pétrole : transformations sociales
et trajectoires des États ».

344
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

345
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

CONCLUSION

L’industrie pétrolière au Liban sera ainsi confrontée aussi à de nombreux défis. Le


régime juridique inhérent à son exploitation sera vraisemblablement largement
tributaire de son environnement politique et social.

En ce sens l’État libanais doit être présent à chaque étape de cette industrie et ceci, à
partir de l'étape initiale d'exploration de ces ressources en hydrocarbures dans les eaux
marines libanaises, qui constituent un attrait important pour les investissements
étrangers, en passant par l'étape de traitement vers les industries pétrochimiques. Cette
présence de l’État doit être adossée à une politique volontariste de l’État. Il ne s’agit
plus de subir, mais de prévoir et d’anticiper.

Nous avons formulé dans cette recherche sur la base d’une analyse transdisciplinaire
des recommandations qui permettraient au Liban de tirer le meilleur parti de l'industrie
pétrolière.

Certains se demandent aujourd’hui en regardant le sort de nos voisins (et à la lumière


du droit comparé ou de la politique comparée) si la découverte et l'exploration
pétrolière au Liban seront un malheur ou une bénédiction.

À supposer que nous puissions extraire convenablement le pétrole et que le rêve se


réalisé, comment et où iront les revenus du secteur ?

Dans la presse libanaise (qui est presque muette sur la corruption endémique au Liban)
on estime qu’il n’y a pas de protection assurée au bénéfice de cette richesse au Liban
et que les mêmes corrompus (Chabbiha- sorte de pirates) pilleront la richesse dans son
intégralité.
346
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

C'est vraisemblablement la plus grande préoccupation de la société libanaise. Devant


cette crainte le Liban est à l’arrêt et la plupart des dossiers sont en attente (comme le
projet de former un gouvernement que nous attendons depuis dix mois).

Au regard de ce triste constat, nous pourrions estimer que les institutions au Liban
seraient une illusion ou du moins qu’elles s’offrent à nous à travers une illusion de
démocratie. Elles sont confessionnellement tenues non par des autorités étatiques,
publiques, objectives, mais l’une par les sunnites, l’autre par les chiites, l’autre par les
Grecs orthodoxes, et ainsi de suite.

Le patriarche maronite Raï défendait récemment la neutralité nécessaire du Liban,


celle-ci devrait permettre « de consolider la souveraineté » du Liban. Neutralité du
Liban, neutralité du pétrole... Nous l’avons dit : le contexte politique libanais, les
divisions confessionnelles libanaises influent fortement sur les négociations relatives à
la délimitation des frontières maritimes.

Nous avons même expliqué, dans cette thèse, que les dix blocs d’exploration ont été
répartis confessionnellement. Cette contrainte religieuse retarde, et envenime les
rapports sociaux et le développement économique de notre pays.

La société libanaise est bloquée comme son pétrole. À la différence des pays
européens, qui ont évolué vers une plus grande laïcité de l'État et de la société civile,
le Liban reste marqué par cette question spirituelle qui domine l'ensemble des rapports
sociaux et politiques. Ce confessionnalisme est une maladie chronique du Liban qui
concerne et explique tous les conflits et les zones d’influence sans épargner la phase
future liée au dossier pétrolier et gazier et aux blocs offshores. Espérons que cette
maladie chronique ne soit cependant qu’une maladie de croissance.

347
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Les Libanais attendent beaucoup du projet d’un fonds souverain, mais restent
sceptiques : est-ce que ce fonds va répondre aux critères imposés par le FMI ? sera-t-il
géré ou contrôlé par un gouvernement national ? Comment seront gérés les actifs
financiers dans une logique de long terme ? Faudra-t-il poursuivre une politique
d'investissement visant des objectifs macroéconomiques, tels que la diversification du
PIB national, le lissage de l'activité ou encore l'épargne intergénérationnelle ?

Ces différentes questions ne trouveront de réponses qu’à la seule et unique condition,


selon nous, que notre pays parvienne à mettre fin à la [Link] indices pour
l'instant ne sont pas particulièrement rassurants. Il est vrai que selon l'Indice mondial
de corruption pour 2020 cet indice n'est pas très différent de ses prédécesseurs. En
outre, on pourrait observer que la majorité des pays du monde ne parviennent toujours
pas à lutter efficacement contre le fléau de la corruption…

Cependant, il n’est pas acceptable de se satisfaire de ces éléments. Le Liban et la


Mauritanie apparaissent au 12e rang des pays arabes en matière de corruption, suivis
des Comores. Les Émirats arabes unis sont classés au premier rang du monde arabe.

Cette analyse nous laisse entendre que la mise en place d’un fonds souverain présente
pour le Liban un espoir puisque son but pourrait être pour partie humanitaire.

Avec les fonds souverains, on anticipe ainsi l’épuisement des ressources naturelles ou
les crises en investissant dans de nouveaux secteurs d’activités. L’important est alors
de préserver l’intérêt général : comme l’a dit l'ex-président de la République, Nicolas
Sarkozy prenant acte de l’importance de ce mécanisme : « La France sera toujours
ouverte aux fonds souverains dont les intentions sont sans ambiguïté, dont la
gouvernance est transparente et dont le pays d'origine pratique la même ouverture à
l'égard des capitaux étrangers ».

348
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

L’autre enjeu de cette thèse était de mettre en évidence la nécessité d’une prise de
conscience en matière de protection de l’environnement. Une action volontariste ne
l’État ne peut être efficace qu’à la condition que celle-ci apparaisse comme une
nécessité pour les citoyens. Ceux-ci doivent dès lors intégrer l’importance de
l’environnement afin que celui-ci devienne une contrainte politique et juridique.

Il n’est pas vrai que la dégradation de l’environnement est seulement une


conséquence directe de la guerre.

Le Liban souffre également et surtout du manque de culture environnementale.

Une grave atteinte à la nature est constituée par la pollution des eaux courantes,
des nappes phréatiques et du littoral. Comment avoir une mer saine, sans parler
des déversements pétroliers, si les gens rejettent tout dans les cours d’eau et que
les autorités publiques n’en disent mot ? Nous espérons au regard du besoin que
représente la naissance et l’apparition de cette culture environnementale que les
autorités libanaises réalisent leurs promesses et mettent enfin au jour le projet de
loi présenté en 2014 visant à affecter des avocats et des juges d'instruction à plein
temps aux affaires environnementales, ce qui constituerait une étape remarquable
vers l'activation des lois sur la protection de l'environnement devant les tribunaux
libanais.

La lutte permettant de défendre l’environnement et sanctionner les


atteintes résultant du travail pétrolier n’est pas séparé e de la lutte
contre les atteintes à l’environnement au Liban en général.

Le pétrole est donc utile à court terme pour le Liban, mais il faut tout faire pour
qu’il ne soit pas nuisible pour l’environnement et qu’il puisse permettre la
naissance d’une situation pérenne au bénéfice du Liban. Un mot d’ordre unique
semble ressortir de notre recherche et synthétise notre conviction la plus profonde
: il changer les mentalités.
349
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

En ce sens, les visions religieuses (chrétienne et musulmane) devront être


entendues et devront jouer un rôle important à jouer, mais dans un cadre renouvelé
et rénové. Nous nous sommes arrêtés devant la position de Serge Mongeau et son
concept de simplicité volontaire, car il apporte une solution certes radicale, mais
révolutionnaire (au sens étymologique de ce terme). Le Liban a fort besoin d’un
changement radical dans les mentalités. L’or noir, même en grande quantité,
n’apporte pas nécessairement le bonheur. L’homme fait son bonheur davantage
que le pétrole.

350
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

351
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Bibliographie

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♦♦

375
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Table des annexes

Annexe 1 : lexique spécifique à l’industrie


pétrolière ;
Annexe 2 : carte de la répartition des blocs ;
Annexe 3 : liste des principaux fonds souverains ;
Annexe 4 : frontières maritimes pertinentes
(cartes) ;
Annexe 5 : présentation synthétique des
conséquences géographiques des négociations ;
Annexe 6 : illustration d’un incendie de pipeline.

376
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

377
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Annexe 1

Quelques principaux termes


Domaine : Pétrole et gaz/Raffinage.

- Bonus de capacité
Définition : Augmentation de la capacité d'une
installation de raffinage, induite par des modifications de
cette installation ou de ses conditions de fonctionnement.
Équivalent étranger : capacity creep, creeping capacity.

- Carbone organique total


Abréviation : COT.
Définition : Masse de carbone d'origine organique
présente dans une roche rapportée à la masse de celle-ci,
qui permet de déterminer la richesse de cette roche en
matières organiques et d'évaluer ainsi la probabilité qu'elle
contienne des hydrocarbures.
Équivalent étranger : total organic carbon (TOC).

378
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

- Carburant d'appoint

Définition : Carburant de substitution destiné à être


mélangé à un carburant d'origine pétrolière.
Note : Le carburant d'appoint est le plus souvent
constitué de biocarburants.
Équivalent étranger : drop-in fuel.

- Compagnie pétrolière internationale


Abréviation : CPI.
Synonyme : société pétrolière multinationale (SPM).
Définition : Société pétrolière dont la majorité du capital
est détenue par des intérêts privés multinationaux.
Équivalent étranger : international oil company (IOC).

- Compagnie pétrolière nationale


Abréviation : CPN.
Synonyme : société pétrolière nationale (SPN).

379
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Définition : Société pétrolière dont la majorité du capital


est détenue ou contrôlée par un État.
Équivalent étranger : national oil company (NOC).

- Contrat de partage de production


Abréviation : CPP.
Définition : Contrat passé entre le propriétaire et
l'exploitant d'un champ pétrolifère ou gazier, en vertu
duquel une proportion déterminée de la production est
accordée à l'exploitant à titre de rémunération.
Équivalent étranger : production sharing agreement
(PSA).

- Diagraphie en cours de forage


Définition : Mesure et enregistrement en temps réel de
certaines propriétés physiques des roches traversées
pendant un forage.
Équivalent étranger : logging while drilling (LWD).

- Forage en surpression
380
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Définition : Forage caractérisé par une pression du fluide


de forage supérieure à celle des fluides présents dans la
formation géologique.

Équivalent étranger : overbalanced drilling (OBD).

- Forage rotatif directionnel


Définition : Technique de forage rotatif permettant un
guidage précis du trépan.
Équivalent étranger : rotary steerable drilling.

- Forage sous pression contrôlée


Définition : Forage caractérisé par le maintien de la
pression du fluide de forage à un niveau légèrement
supérieur à celui de la pression des fluides présents dans la
formation géologique.
Équivalent étranger : managed pressure drilling (MPD).

- Fracturation.

381
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Définition : Opération qui consiste, par l'injection d'un


fluide sous forte pression, à élargir et prolonger les fissures
naturelles d'une formation géologique, ou à en créer de
nouvelles.
Note :
1. La fracturation est utilisée pour extraire certains
hydrocarbures non conventionnels lorsque les réservoirs
sont insuffisamment perméables.
2. Les fluides injectés sont généralement des liquides,
mais peuvent être aussi des gaz.
Équivalent étranger : frac, tracking, fracturing.

- Gaz de roche-mère
Définition : Gaz naturel présent dans une roche, où il s'est
formé et où il est resté piégé.
Note : Lorsque la roche-mère est un schiste argileux, le
gaz piégé est nommé «gaz de schiste».
Équivalent étranger : source rock gas.

- Gaz de substitution
382
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Définition : Gaz manufacturé qui peut être substitué


au gaz naturel dans les applications thermiques.
Note : Un gaz de substitution est généralement composé
d'un mélange d'air et de propane, ou d'air et de butane.

- Gaz naturel comprimé


Abréviation : GNC.
Synonyme : gaz naturel pour véhicules (GNV).
Définition : Gaz naturel qui a été comprimé pour être
utilisé comme carburant dans des véhicules.
Note : Le gaz est généralement comprimé à 200 bar, soit
2 × 107 Pa.
Équivalent étranger : compressa naturel gas (CNG),
natural gas for vehicles (NGV).

- Gaz non conventionnel


Définition : Gaz naturel piégé dans des roches peu
perméables ou des gisements de charbon, et dont
l'extraction nécessite le recours, dès le début de
l'exploitation, à des techniques de stimulation de la roche
383
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

qui diffèrent de celles qui sont utilisées couramment dans


l'industrie gazière.
Note : On distingue trois types de gaz non conventionnels
: le gaz de roche-mère, le gaz de réservoir compact et le
gaz de charbon.
Équivalent étranger : non conventional gas (NCG),
unconventional gas (UG).

- Hydrates de gaz naturel


Synonyme : clathrates de gaz naturel.
Définition : Composés solides cristallins résultant de
l'association de l'eau avec un gaz naturel ou un mélange de
gaz naturels, qui sont stables dans certaines conditions de
température et de pression.
Note : Les hydrates de gaz naturel présentent une
structure cristalline régulière comprenant des cavités dans
lesquelles sont piégées les molécules de gaz.
Équivalent étranger : natural gas hydrates.

- Kérosène paraffinique synthétique

384
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Abréviation : KPS.
Définition : Carburant d'appoint paraffinique, issu de
matières premières variées, généralement d'origine
biologique.
Note : Le kérosène paraffinique synthétique ne peut être
utilisé à l'état pur pour le transport aérien, en raison de sa
température de cristallisation supérieure à - 50 °C.
Équivalent étranger : synthetic paraffinic kerosene (SPK).

- Méthane de synthèse
Définition : Méthane fabriqué à partir de gaz de
synthèse et utilisé comme combustible à la place du gaz
naturel.
Équivalent étranger : substitute natural gas (SNG).

- Oxydation partielle
Définition : Oxydation incomplète d'hydrocarbures, qui
permet de produire du monoxyde de carbone et de
l'hydrogène dont le mélange constitue un gaz de synthèse.
Équivalent étranger : partial oxidation (POx).
385
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

- Pétrole délaissé
Définition : Réserve de pétrole qui n'est pas
exploitable dans les conditions techniques ou
économiques du moment.
Équivalent étranger : stranded oil.

- Piston
Définition : Pièce mobile qui, poussée à l'intérieur d'une
canalisation par le fluide qui y circule, assure différentes
opérations de contrôle et d'entretien.
Note : Le terme est souvent complété par un qualificatif
précisant sa conformation ou sa fonction : piston
sphérique (en anglais : sphetical pig), piston mousse (en
anglais : foam pig), piston racleur (en anglais : cleaning
pig), piston de séparation (en anglais : sealing pig), piston
de calibrage (en anglais : caliper pig).
Équivalent étranger : pig.

- Pistonnage

386
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Définition : Opération qui consiste à utiliser un piston pour


le contrôle ou l'entretien d'une canalisation.
Équivalent étranger : pigging.

- Puits intercalaire
Définition : Puits d'exploitation ajouté aux puits déjà
existants afin d'améliorer la récupération des
hydrocarbures.
Équivalent étranger : infill well.

- Raccord sous-marin
Définition : Équipement sous-marin reliant une nouvelle
tête de puits à un réseau ou à une installation existants.
Équivalent étranger : subsea tie-back.

- Récupération par action microbienne


Abréviation : RAM.
Définition : Procédé de récupération assistée du pétrole
brut, qui consiste à injecter dans un puits des
microorganismes avec leurs nutriments, afin qu'ils
387
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

synthétisent des composés chimiques destinés à en


faciliter l'extraction.
Équivalent étranger : microbial enhanced oil recovery
(MEOR).

- Récupération par injection


Définition : Procédé de récupération assistée du pétrole
brut, qui consiste à injecter un ou plusieurs fluides dans un
gisement d'hydrocarbures.
Note : Les techniques de récupération par injection les
plus fréquentes mettent en oeuvre de l'eau ou du gaz afin
de maintenir dans le réservoir une pression suffisante pour
assurer un débit de production satisfaisant.

- Réservoir subsalifère
Définition : Gisement d'hydrocarbures situé sous une
formation saline.
Note : On trouve aussi, dans le langage professionnel, le
terme «réservoir antésalifère».
Équivalent étranger : subsalt field.

388
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

- Vapoextraction en réseaux croisés


Forme abrégée : vapoextraction croisée.
Définition : Procédé de vapoextraction mettant en
oeuvre des conduits d'injection de vapeur et des drains de
récupération d'huile disposés en réseaux croisés
orthogonaux.
Équivalent étranger : cross SAGD (XSAGD), cross steam
assisted gravity drainage.

♦♦

389
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Annexe 2

Répartition des blocs

390
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Annexe 3

Principaux fonds
Classement en décembre 2012 :

391
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Capitaux en
Origine des
Pays Abréviation Fonds 2012 Création
capitaux
(milliards $)
Norvège GPF Government Pension 661 1990 Hydrocarbures56
Fund - Global
Émirats ADIA Abu Dhabi 627 1976 Hydrocarbures56
arabes unis Investment Authority
Chine SAFE SAFE Investment 568 1997 Non Matières
Company premières56
Arabie SAMA SAMA Foreign 533 1952 Hydrocarbures56
saoudite Holdings
Chine CIC China Investment 482 2007 Non Matières
Corporation premières56
Hong HKMA Hong Kong 299 1993 Non Matières
Kong (Chine) Monetary Authority premières56
Investment Portfolio
Koweït KIA Kuwait Investment 296 1953 Hydrocarbures56
Authority
Canada CDPQ Caisse de dépôt et 270,757 1965 Pensions et
placement du Québec autres
Singapour GIC Government of 247,5 1981 Non Matières
Singapore premières56
Investment
Corporation
Singapour TH Temasek Holdings 157 1974 Non Matières
premières56
Russie RNWF Stabilization Fund of 150* 2008 Hydrocarbures56
the Russian
Federation
Chine NSSF National Social 134,5 2000 Non Matières
Security Fund premières56
Qatar QIA Qatar Investment 115 2003 Hydrocarbures56
Authority
Australie AFF Australian Future 83 2004 Non Matières
Fund premières56
Émirats ICD Investment 70 2006 Hydrocabures56
arabes unis Corporation of Dubai
Émirats IPIC International 65 1984 Hydrocabures56
arabes unis Petroleum
Investment Company
Libye LIA Libyan Investment 65 2006 Hydrocarbures56
Authority
Kazakhstan KNF Kazakhstan National 62 2000 Hydrocarbures56
Fund
Algérie RRF Fonds de régulation 57 2000 Hydrocarbures
des recettes

392
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Émirats MDC Mubadala 53 2002 Hydrocabures56


arabes unis Development
Company
Corée du KIC Korea Investment 43 2005 Non Matières
Sud Corporation premières56
États-Unis APF Alaska Permanent 43 1976 Hydrocarbures56
Fund
Iran OSF Oil Stabilisation 40 1999 Hydrocarbures56
Fund / National
Development Fund
of Iran
Malaisie KN Khazanah Nasional 34 1993 Non Matières
premières56
Azerbaïdjan SOF State Oil Fund 33 1999 Hydrocarbures56
Brunei BIA Brunei Investment 30 1983 Hydrocarbures56
Agency
France FSI Fonds stratégique 25,6 2008 Non Matières
d'investissement premières56
États-Unis Texas Permanent 25,5 1854 Hydrocarbures
School Fund & autres56
Irlande NPRF National Pensions 18 2001 Non Matières
Reserve Fund premières56
Nouvelle- NZSF New Zealand 17 2003 Non Matières
Zélande Superannuation Fund premières56
Canada AHF Alberta's Heritage 16,4 1976 Hydrocarbures56
Fund
Chili SESF Social and Economic 15 1985 Cuivre56
Stabilization Fund
États-Unis NMSIOT New Mexico State 14,9 1958 Non Matières
Investment Office premières56
Trust
Brésil SFB Sovereign Fund of 11,3 2009 Non Matières
Brazil premières56
Timor TLPF Timor-Leste 11,1 2005 Hydrocarbures56
oriental Petroleum Fund
Russie RDIF Russian Direct 10 2011
Investment Fund
Bahreïn MHC Mumtalakat Holding 9,1 2006 Hydrocarbures56
Company
Oman SGRF State General 8,2 1980 Hydrocarbures56
Reserve Fund
Nigeria ECA Excess Crude 9,4 2004 Hydrocabures
Account
Botswana PF Pula Fund 6,9 1996 Diamants &
Minéraux

393
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Arabie PIF Public Investment 5,3 2008 Hydrocabures


saoudite Fund
Chine CADF China-Africa 5,0 2007 Non Matières
Development Fund premières
États-Unis PWMTF Permanent Wyoming 3,6 1974 Minéraux
Mineral Trust Fund
Trinité-et- HSF Heritage and 2,9 2000 Hydrocarbures
Tobago Stabilization Fund
Émirats RIA RAK Investment 1,2 2005 Hydrocarbures
arabes unis Authority
Venezuela FEM FEM 0,8 1998 Hydrocarbures
Viêt Nam SCIC State Capital 0,5 2006 Non Matières
Investment premières
Corporation
Kiribati RERF Revenue 0,4 1956 Phosphates
Equalization Reserve
Fund
Indonésie GIU Government 0,3 2006 Non Matières
Investment Unit premières
Mauritanie NFHR National Fund for 0,3 2006 Hydrocarbures
Hydrocarbon
Reserves
Émirats EIA Emirates Investment X 2007 Hydrocarbures
arabes unis Authority
Oman OIF Oman Investment X 2006 Hydrocarbures
Fund
Maroc FMDT Fonds marocain pour 2,8 2011 Non Matières
le développement premières
touristique
Émirats AABAR Aabar Investments 3,5 2005 Hydrocarbures
arabes unis PJS
Émirats AL MAABAR AL MAABAR X 2007 Hydrocarbures
arabes unis
Émirats ADIC Abu Dhabi X 2007 Hydrocarbures
arabes unis Investment Council
Sociétés
Turquie TWF Turkey Wealth Fund X 2016
stratégiques.

394
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Annexe 4
Frontières maritimes Syrie – Liban

395
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Une carte qui met en évidence le fait que la zone d’exploration syrienne déborde sur la Zone
économique exclusive du Liban.

396
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Annexe 5
Négociations

397
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Limites maritimes

398
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

399
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Annexe 6
L’incendie déclenché au niveau du pipeline samedi : la mer, toute proche, a été affectée par une fuite
d’hydrocarbures. Capture d’écran d’une vidéo tournée par un amateur

400
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

401
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

402
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Index

Algérie ...... 25, 63, 69, 70, 104, 116, 151, 177, Islam ......... 196, 325, 327, 331, 348, 359, 408
178, 182, 187, 188, 190, 233, 313, 314, Israël.... 24, 25, 30, 31, 43, 45, 48, 53, 67, 75,
388 88, 90, 91, 92, 96, 97, 98, 99, 100, 101,
arc syrien ........................................ 42, 88, 90 102, 104, 116, 124, 125, 126, 127, 144,
Arthur Nazarian ................................... 94, 118 146, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 157,
bande de Gaza ......................................... 144 158, 160, 161, 189, 193, 198, 221, 222,
boycott d’Israël ....... 24, 25, 45, 123, 151, 152, 239, 240, 242, 245, 246, 249, 250, 251,
155, 156, 160, 161, 253 252, 253, 254, 255, 256, 257, 258, 259,
CedarsOil .................................................... 93 260, 262, 265, 267, 296, 323, 326, 332
CGSP ... 10, 23, 124, 125, 126, 129, 133, 134, ITIE ................................................... 140, 235
135, 137, 149, 153, 159, 160, 166, 175, juge administratif ................................... 367
178, 184, 188, 227 kellon yeeni kellon ...................................... 75
cheikh Khalifa ben Zayed Al-Nahyane ...... 157 l’islam ....................................................... 365
communautés confessionnelles ........ 115, 263 Liban 349, 350, 351, 352, 353, 360, 364, 365,
Confessionnalisme .................................... 261 367, 369
contrat d’amodiation .......................... 149, 150 Libanais .................................................... 323
contrat de concession ....... 149, 150, 161, 162 loi 132 ...... 25, 43, 45, 94, 123, 151, 153, 159,
contrats ............................. 150, 352, 355, 368 160, 166, 169, 190
corruption .................................................. 370 Méditerranée orientale 30, 42, 43, 47, 48, 89,
Deepwater Horizon ................... 194, 273, 303 92, 99, 102, 104, 144, 266, 267, 276, 348
droit international ................... 352, 355, 363 Montego Bay .................. 95, 96, 97, 145, 146
Egypte ................................................... 90, 91 Moyen-Orient... 16, 41, 49, 50, 53, 54, 57, 62,
environnement .. 352, 353, 357, 358, 360, 365 64, 65, 66, 67, 68, 69, 93, 103, 155, 211,
Environnement . 168, 170, 216, 274, 283, 289, 245, 251, 266, 284, 323, 326, 352, 356,
296, 297, 300, 362, 366 370, 408
fonds souverains ... 349, 350, 353, 355, 357, Norvège ..... 28, 164, 165, 205, 207, 211, 212,
361, 363 217, 356, 388
Fonds souverains ........................................ 27 OPEP ....... 11, 47, 60, 62, 63, 67, 69, 81, 150
France .. 6, 29, 34, 56, 57, 59, 60, 78, 96, 119, pétrole 63, 153, 323, 327, 351, 354, 355, 360,
142, 144, 188, 192, 194, 200, 202, 204, 362, 363, 364, 365, 366, 367, 368, 369
214, 215, 216, 217, 233, 234, 236, 245, port de Adloun .......................................... 294
252, 253, 260, 270, 271, 273, 286, 287, protocole de Kyoto ................................... 309
292, 296, 298, 299, 300, 312, 319, 323, Réchauffement climatique ........................ 308
338, 344, 350, 351, 352, 353, 357, 366, Ressources publiques .............................. 208
389 revenu universel ....................................... 368
Gabi Daaboul ............................................ 133 Revenu universel................................ 12, 211
Gebran Bassil ............................... 20, 91, 127 Sarkis Hlaiss......................................... 91, 97
gouvernance .................................... 349, 350 simplicité volontaire....................... 351, 364
Gouvernance ............................................ 286 Simplicité volontaire ................................. 332
Hezbollah ... 34, 119, 126, 193, 245, 250, 251, site de Tyr................................................. 295
252, 253, 254, 262, 264, 265, 323, 350, solidarité ...... 12, 62, 152, 154, 171, 174, 175,
352, 355, 365 176, 177, 212, 321
Hydrocarbures ... 73, 149, 170, 182, 388, 389, souveraineté ............................................. 352
390 Souveraineté ............................ 156, 229, 357
industrie pétrolière . 16, 18, 19, 23, 24, 52, 54, Standard Oil ....................................... 54, 310
55, 56, 110, 131, 147, 149, 153, 167, 170, Sykes-Picot ................................ 57, 260, 266
171, 180, 181, 187, 188, 195, 201, 272, Talal Selman ............................................ 109
287, 310, 314, 317, 342, 372, 408 transparence ................................... 356, 358

403
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

UNCAC ..................................................... 138 Yuval Steinitz.................................... 256, 259


Union européenne ..... 98, 120, 194, 216, 270, ZEE ..... 12, 19, 44, 94, 98, 99, 102, 117, 126,
271, 272, 273, 274, 278, 302, 303, 304, 130, 142, 257, 258, 266, 267, 268
309, 320, 353

404
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Table des matières

INTRODUCTION ..........................................................................................................................................17
PREMIÈRE PARTIE UN CADRE JURIDIQUE ACTUEL CRITIQUABLE ET IMCOMPLET : .........41

PREMIER TITRE : IMPACT DU PÉTROLE SUR LE DROIT ET L’ÉCONOMIE ET ÉTAT DE


LIEUX AU LIBAN.............................................................................................................................. 47
CHAPITRE PREMIER : LE PÉTROLE, UN GRAND ENJEU MONDIAL ..................................... 49
SECTION 1. HISTORIQUE ET NOTIONS .......................................................................... 50
Sous-section 1. Histoire de l'exploitation pétrolière ................................................................. 51
A- La place prépondérante du pétrole ............................................................................ 51
B- Le début d’une ère nouvelle ........................................................................................ 56
Sous-section 2. Le Moyen-Orient au centre de toutes les convoitises................................. 65
A- L’économie pétrolière tend à se confondre avec cette région ....................... 65
B- L’assimilation du pétrole au monde arabe .......................................................... 67
SECTION 2 : IMPACT SUR LE DROIT, L’ÉCONOMIE ET L’ENVIRONNEMENT ............. 72
Sous-section 1. Impact sur le droit et l’économie .................................................................... 72
A- Impact sur le droit ............................................................................................................. 73
B- Impact sur l’économie ...................................................................................................... 77
Sous-section 2. Impact du pétrole sur l’environnement .......................................................... 82
A - Un mauvais impact avec des conséquences économiques et juridiques
considérables .......................................................................................................................... 83
B- Les marées noires ............................................................................................................. 85
CHAPITRE DEUXIEME : LE PÉTROLE AU LIBAN : ÉTAT DES LIEUX ET CONFLITS ......... 89
SECTION PREMIÈRE : DU PÉTROLE AU LIBAN : UNE VISION RATIONNELLE .......... 89
SOUS-SECTION 1. Les indices. Le mot des experts ............................................................. 90
A - La Méditerranée. Terre à pétrole .................................................................................. 90
B- L’évaluation du potentiel pétrolier et gazier du sous-sol libanais ........................................ 93
Sous-section 2. Problèmes avec le voisinage ......................................................................... 97
A- Israël, Liban, Turquie et Chypre : la découverte du pétrole approcherait les ennemis ... 97
B- Méditerranée orientale et blocages devant le Liban....................................................... 100
SECTION DEUXIEME : TEXTES JURIDIQUES, CONFLITS POLITIQUES ET BLOCAGES
........................................................................................................................................... 105
405
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Sous-section 1. Les textes juridiques ...................................................................................... 105


A - Exposé succinct des textes .................................................................................................. 106
B - Réflexions diverses sur le fonctionnement de ce régime juridique ................. 109
Sous-section 2. Les blocages formés par les conflits politiques et d’intérêts ................... 115
A- Le Liban : aperçu bref de la nature politique du pays ..................................................... 115
B- Équilibre fragile en raison du confessionnalisme ........................................... 118
TITRE DEUXIEME : TEXTES JURIDIQUES LIBANAIS ANALYSE, CRITIQUES ET
PROBLÉMATIQUES ...................................................................................................................... 123
CHAPITRE PREMIER : LA LOI 132 SUR LES RESSOURCES PÉTROLIÈRES DANS LES
EAUX MARINES LIBANAISES ET L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE ............................. 125
SECTION PREMIÈRE : JALONS ET PRINCIPES DE LA LOI LIBANAISE..................... 125
Sous-section 1. Exposé et bref historique ............................................................................. 126
A- Un contexte politique difficile ............................................................................... 126
B- Le reflet du conflit avec Israël ............................................................................... 128
Sous-section 2. Les principes établis par la loi sur les ressources pétrolières dans les
eaux maritimes libanaises ......................................................................................................... 130
A- Les objectifs législatifs pour l'adoption de la loi sur les ressources
pétrolières ............................................................................................................................... 131
1- Des objectifs classiques ......................................................................................... 131
2- Nécessité de la gouvernance .................................................................................... 133
B- Le devoir d’appliquer les principes de transparence dans le secteur
pétrolier et gazier .................................................................................................................. 138
SECTION DEUXIEME : ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU SECTEUR PÉTROLIER
........................................................................................................................................... 143
Sous-section 1. La détermination de la zone économique .................................................. 144
A- L’encadrement juridique de la zone économique exclusive ......................... 144
B- Les conventions internationales .......................................................................... 146
Sous-section 2. Les normes juridiques des activités pétrolières ......................................... 148
A- Le cahier des charges relatif aux concessions des blocs............................. 148
B- L’évaluation de la valeur du pétrole et la nature des contrats ..................... 149
-1 L’évaluation ................................................................................................................ 149
2- Sur les différents contrats ...................................................................................... 150
CHAPITRE DEUXIEME : LA LOI 132 : LES PROBLÉMATIQUES ET LES SOLUTIONS...... 152
SECTION PREMIÈRE : PROBLEMES SOULEVÉE DANS LA LOI SUR LES
RESSOURCES PÉTROLIÈRES ........................................................................................ 153

406
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Sous-section 1. Les problématiques juridiques ..................................................................... 153


A- La règle de boycott d'Israël .................................................................................... 154
1- Principes et textes .................................................................................................... 154
2- Le « trou » dans l’article 38 ........................................................................................ 159
B- Concessions et délais ............................................................................................. 162
1- Retour aux définitions ............................................................................................. 162
2- La période de l'essai et la production rationnelle ............................................ 167
Sous-section 2. Problèmes pratiques ..................................................................................... 172
A- Le principe de souveraineté .................................................................................. 173
B- Le dépassement du bloc et l’absence de solidarité entre les sociétés
concernées ............................................................................................................................. 176
1- Le dépassement du bloc et les devoirs du législateur libanais ................... 176
2- L’absence de solidarité entre les sociétés concernées et les problèmes
juridiques posés ............................................................................................................... 177
SECTION DEUXIEME : ETUDES COMPARATIVE ENTRE LE LIBAN ET L’ALGÉRIE AU
REGARD DE L’EXPÉRIENCE JURIDIQUE ALGÉRIENNE (LA SONATRACH) ............. 178
Sous-section 1. Une comparaison entre les lois régissant le secteur pétrolier entre
l’Algérie et le Liban ..................................................................................................................... 179
A- La loi sur les hydrocarbures en Algérie et la loi sur les ressources
pétrolières au Liban ............................................................................................................. 179
1- Les véritables raisons de la loi algérienne ........................................................ 180
2- Les deux dimensions de cette loi......................................................................... 181
B- La loi libanaise et la comparaison de certaines dispositions....................... 182
1- Comparaison de l'article 12 de la loi algérienne avec l'article 15 de la loi
libanaise .............................................................................................................................. 183
2- Comparaison de l'article 18 de la loi algérienne avec l'article 32 de la loi
libanaise .............................................................................................................................. 185
3- Comparaison de l'article 50 de la loi algérienne avec l'article 27 de la loi
libanaise .............................................................................................................................. 187
Sous-section 2. La comparaison et les leçons à tirer............................................................ 188
A- La synthèse de la comparaison ............................................................................ 188
B- Les Leçons à tirer ..................................................................................................... 190
DEUXIEME PARTIE : UN NOUVEAU CADRE JURIDIQUE INSPIRÉ PAR DES EXEMPLES
ÉTRANGERS : ............................................................................................................................................194
PREMIER TITRE : FONDS SOUVERAIN ET DÉLIMITATION DES FRONTIERES MARITIMES
DU LIBAN ........................................................................................................................................ 200

407
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

CHAPITRE PREMIER : LE FONDS SOUVERAIN LIBANAIS : UN PROJET POUR LES


GÉNÉRATIONS FUTURES .............................................................................................................. 202
SECTION PREMIÈRE : LES FONDS SOUVERAINS DANS LE MONDE : CONCEPT ET
RÔLE ................................................................................................................................. 204
Sous-section 1. Définition et perspectives .............................................................................. 204
A- Plusieurs définitions, mais pas d’ambiguïtés ................................................... 204
B- Historique et ressource........................................................................................... 207
Sous-section 2. Rapport avec d’autres notions ..................................................................... 211
A- Ressources publiques et revenu universel ....................................................... 211
1- Ressources publiques............................................................................................. 211

2- Revenu universel ...................................................................................................... 214


B- Position de la France et certains pays arabes .................................................. 218

SECTION DEUXIEME : LE FONDS SOUVERAIN LIBANAIS : UN PROJET


PROMETTEUR .................................................................................................................. 223
Sous-section 1. L’importance d’un fonds souverain pour le Liban ...................................... 224
A- Unanimité sur la structure juridique du fonds souverain .............................. 224
B- Des positions et analyses de la loi ...................................................................... 228
1- Des idées et des propositions ............................................................................... 228
2- Le projet présenté par César Abi khalil .............................................................. 231
Sous-section 2. Les problèmes posés..................................................................................... 232
A- L’Initiative libanaise sur le pétrole et le gaz ............................................................. 232
B-Le souci de la transparence .......................................................................................... 235
1- Consultations publiques et transparence .......................................................... 236
2- La loi libanaise sur la transparence adoptée le 24/09/2018 sous le n° 84. 238
CHAPITRE DEUXIÈME : LA DÉLIMITATION DES FRONTIÈRES MARITIMES LIBANAISES
AU REGARD DU DROIT INTERNATIONAL ET DU CONFLIT AVEC ISRAËL ....................... 243
SECTION PREMIERE : FRONTIERES, DELIMITATION ET CONFLITS ......................... 244
Sous-Section 1. La part de l’utopie .......................................................................................... 244
A- L’utopie de la suppression des frontières ......................................................... 244
B- Les impératifs économiques ................................................................................. 247
Sous-section 2. Justice internationale, besoins économiques et position à l’égard d’Israël
....................................................................................................................................................... 250
A- Éviter la justice internationale ............................................................................... 250
408
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

B- L’exigence de paix pour une meilleure exploitation des hydrocarbures ......... 253
1- Ressources naturelles et conflits ......................................................................... 253
2- La Normalisation avec Israël..................................................................................... 255
SECTION DEUXIEME : DELIMITATION DES FRONTIÈRES MARITIMES LIBANAISES ET
CONFLITS DE PÉTROLE ................................................................................................. 258
Sous-section 1. Le tracé maritime entre Israël et le Liban ................................................... 258
A- Le Liban, à raison, change de position ............................................................... 259
B- Le Liban et les visées d’Israël ............................................................................... 261
Sous-section 2. Confessionnalisme, contexte politique libanais et hydrocarbures .......... 265
A- Débat autour de la neutralité du Liban................................................................ 265
B- La spiritualité et le pétrole ...................................................................................... 267
DEUXIEME TITRE : LES NORMES JURIDIQUES ENVIRONNEMENTALES AU LIBAN ET
LES PERSPECTIVES D’AVENIR.................................................................................................. 273
CHAPITRE PREMIER : IMPACT DU PÉTROLE SUR L’ENVIRONNEMENT LIBANAIS ET
LES MESURES DE PRÉVENTION ................................................................................................. 275
SECTION PREMIÈRE : IMPACT DU PÉTROLE SUR L’ENVIRONNEMENT : IMMENSES
PROBLÈMES, PEU DE SOLUTIONS ............................................................................... 276
Sous-section 1. L’impact du pétrole sur l’environnement ..................................................... 276
A- Notions et descriptions ........................................................................................... 276
1- L’Union européenne tente de faire face aux déversements de pétrole...... 276
2- Le "New Deal vert" de Jeremy Rifkin .................................................................. 278
B- Les faiblesses du droit international.......................................................................... 281
Sous-section 2. Criminalités et responsabilité........................................................................ 283
A- Criminalités ................................................................................................................ 283
B- Responsabilité des entreprises et réparation des victimes .......................... 284
1- Responsabilité des entreprises ............................................................................ 284
2- Réparation des victimes ......................................................................................... 286
SECTION DEUXIEME : IDEES POUR ÉVITER LES ATTEINTES À L’ENVIRONNEMENT
DANS L’EXPLOITATION FUTURE DU PÉTROLE AU LIBAN ........................................ 287
Sous-section 1. Environnement et développement durable au Liban ................................ 287
A- Développement durable au Liban ........................................................................ 287
1- Évolution défavorable pour l’environnement au Liban .................................. 287
2- Gouvernance urbaine : la France pionnière ...................................................... 290
B- La protection de l'environnement par le droit ................................................... 291
1- Le rôle primordial du juge administratif libanais ............................................. 291
409
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

2- Ministère public de l’Environnement ................................................................... 293


Sous-section 2. Moyens de faire face aux atteintes à l’environnement au Liban ............. 295
A- Atteintes à l’environnement au Liban : le désordre urbaniste
e t q u e l q u e s i l l u s t r a t i o n s .......................................................................................... 295
1- L e d é s o r d r e u r b a n i s t e .................................................................................... 296
2- D e s i l l u s t r a t i o n s ................................................................................................ 297
B- L’intérêt du Liban pour une étroite collaboration avec l’Europe et en
particulier avec la France ................................................................................................... 300
1- Une position des autorités libanaises ................................................................. 300
-2 Démystification de certaines idées sur le pétrole et collaboration avec la
France .................................................................................................................................. 302
CHAPITRE DEUXIEME : PERSPECTIVES POUR UNE EXPLOITATION RÉUSSIE DU
PÉTROLE AU LIBAN ......................................................................................................................... 308
SECTION PREMIÈRE : IDEES MATERIELLES SUR L’AVENIR DU PÉTROLE ET
LEÇONS POUR LE LIBAN ............................................................................................... 310
Sous-section 1. Fin de pétrole et réchauffement climatique ................................................ 310
A- La fin de pétrole ........................................................................................................ 310
B- Réchauffement climatique et l’intérêt pour l’avenir ........................................ 312
1- Le Réchauffement climatique ................................................................................ 312
2- Les soucis du monde arabe producteur de pétrole ............................................ 314
Sous-section 2. Avenir et perspectives de l‘industrie pétrolière .......................................... 318
A- L’opinion des spécialistes à forte expérience .................................................. 318
B- Philosophie du droit, Théorie des climats et crise économique ................. 322
SECTION DEUXIEME : IDEES MORALES SUR L’AVENIR DU PÉTROLE .................... 328
Sous-section 1. Christianisme, islam et pétrole ..................................................................... 328
A- La vision complotiste .............................................................................................. 328
B- Vision religieuse chrétienne .................................................................................. 331
Sous-section 2. Simplicité volontaire et autres remèdes ...................................................... 336
A- Le concept de simplicité volontaire ..................................................................... 336
1- Le concept et les idées de Serge Mongeau ....................................................... 337
2- Action des militants, simplicité volontaire et pétrole ..................................... 339
B- Idées alarmantes ....................................................................................................... 341
1- Médecine et pétrole .................................................................................................. 341

2- Mission des sociologues libanais ........................................................................ 343


410
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

CONCLUSION .............................................................................................................................................346

BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................................................352

TABLE DES ANNEXES .............................................................................................................................376

TABLE DES MATIERES............................................................................................................................405

411
L’extraction et l’exploitation du pétrole au Liban

Résumé :

La situation de plus en plus difficile des réserves mondiales de pétrole renforce la puissance du
Moyen-Orient sur le marché mondial du pétrole. Plus, que jamais, qui dit économie pétrolière, dit le
Moyen -Orient, dont le Liban fait partie. Dans notre thèse nous analyserons l’état des lieux juridique
relatif au pétrole au Liban et en deuxième lieu diverses questions posées actuellement au niveau de
l’industrie pétrolière, comme l’impact du pétrole sur l’environnement, les fonds souverains, etc. Nous
réservons une bonne part pour l’analyse de la loi n°132 de 2010 sur les ressources pétrolières au
Liban. Nous présenterons l'historique du projet pétrolier au Liban depuis le lancement de la phase de
préqualification qui a débuté le 15 février 2013. D’autres volets seront analysés pour leur rapport
étroit avec le sujet: le projet de fonds souverains au Liban, la question de l’impact de l’environnement
sur le pétrole au Liban. et enfin nous consacrerons un chapitre sur l’approche philosophico-juridique
de la question: la richesse arabe pétrolière nous oblige de parler de l’Islam, d’une vision complotiste,
non partagée heureusement par tous les musulmans. Que faire lorsque dans le monde arabe il n’y a
plus de pétrole? Devant le danger de mort de la planète certains préconisent le concept de simplicité
volontaire. La question du pétrole c’est aussi une question de savoir comment traiter la nature, une
question de sagesse et de philosophie.

Abstract :

The increasingly difficult situation of world oil reserves strengthens the Middle East's power in the
world oil market. More than ever, who says oil economy, says the Middle East, of which Lebanon is
part. In our thesis we will analyze the legal situation relating to oil in Lebanon and secondly various
questions currently being asked at the level of the oil industry, such as the impact of oil on the
environment, sovereign wealth funds, etc. We reserve much for the analysis of lebanese Law No. 132
of 2010 on petroleum resources in Lebanon. We will present the history of the oil project in Lebanon
since the launch of the prequalification phase which began on February 15, 2013. Other aspects will
be analyzed for their close relation to the subject: the sovereign wealth fund project in Lebanon, the
question of the impact of the environment on oil in Lebanon and finally we will devote a chapter on
the philosophico-legal approach to the question: Arab oil wealth obliges us to talk about Islam, from
a conspiratorial view, fortunately not shared by all Muslims. What to do when there is no more oil in
the Arab world? Faced with the threat of death on the planet, some advocate the concept of voluntary
simplicity. The question of oil is also a question of how to deal with nature, a question of wisdom and
philosoph

412

Common questions

Alimenté par l’IA

Lebanon faces several challenges in exploiting its oil resources. Firstly, there are legal and economic constraints necessitating adherence to best practices in governance and regulation . The geopolitical context also presents significant issues; Lebanon's maritime borders and political tensions with neighboring countries like Israel and Cyprus complicate exploration efforts . Moreover, Lebanon's internal political instability and economic crisis add layers of difficulty in managing resources effectively .

Geopolitical tensions in the Eastern Mediterranean, particularly concerning maritime boundary disputes with Israel and Cyprus, could severely impact Lebanon's oil and gas gains . These tensions add complexity to resource claims and can delay or deter investment in exploration activities . Such conflicts could also escalate, risking broader security issues that undermine Lebanon's ability to exploit its resources effectively . Thus, a cooperative regional approach to resource management is essential to mitigate these tensions .

Lebanon's legislation on managing oil resources emphasizes ethical governance and economic best practices through comprehensive legal structures. The 2010 law and subsequent decrees establish an independent regulatory body that oversees all aspects of oil resource management, from exploration to production . Transparency, anti-corruption measures, and adherence to international guidelines are legally mandated, ensuring resource management aligns with ethical standards . Economically, the framework focuses on long-term national wealth generation through mechanisms like the sovereign wealth fund, emphasizing sustainable fiscal policy .

Transparency and anti-corruption measures are vital in Lebanon's oil sector to prevent economic losses and foster trust among investors and the public . The 2013 Petroleum Activities Decree and the 2018 Exploration and Production Agreement include anti-corruption provisions requiring companies to avoid conflicts of interest and cooperate with the state . Furthermore, the law mandates regular reporting and public disclosure of sector activities, although implementation requires enforcement and monitoring by multiple governmental bodies .

Lebanon's legal framework for oil exploration and exploitation is governed by the 2010 law on marine petroleum resources, supplemented by subsequent decrees and agreements . The key regulatory body is the Commission de Gestion du Secteur Pétrolier, which has financial and administrative independence but is subject to ministerial oversight . In contrast, Algeria employs dual agency oversight with strict state control . Lebanon's reliance on a singular commission could complicate oversight compared to Algeria's more segmented authority structure .

Lebanon's oil exploitation can significantly impact its economic relationships with neighboring countries by potentially altering regional power dynamics and economic interdependence. Discovering substantial oil reserves could attract investments and enhance Lebanon's economic standing, improving its bargaining power in regional economic forums . However, unresolved maritime disputes, particularly with Israel, could hinder cooperation and escalate geopolitical tensions . Lebanon's ability to manage and exploit its resources effectively will determine whether it emerges as a regional energy player or remains encumbered by regional disputes .

Sovereign wealth funds (SWFs) are crucial for managing oil revenues in Lebanon. These funds are state-owned investment vehicles that help in transferring wealth to future generations . For Lebanon, establishing an SWF could ensure that oil revenues contribute to economic stability and fund strategic investments that bolster the economy long-term. This approach would mitigate the risks of corruption and mismanagement associated with direct government control . SWFs also enable diversification of investments, potentially cushioning economic shocks .

The global history of oil exploitation, characterized by significant environmental impacts, has shaped stringent environmental policies for Lebanon's oil sector . International environmental norms and past ecological damages in oil-rich regions inform Lebanon's regulatory environment, emphasizing pollution control and sustainable practices . The legal frameworks governing oil activities in Lebanon incorporate environmental considerations, mandating compliance with health, safety, and environmental standards . This approach aims to balance resource development with ecological preservation, reflecting lessons learned from global oil exploitation trends .

Sovereign wealth funds differ from other public investment mechanisms in that they are government-owned funds invested in a range of financial products internationally to generate long-term national wealth . Unlike other funds, SWFs are not for immediate fiscal budget support but for future economic stability and intergenerational equity . This distinction is critical for Lebanon to ensure that oil revenues lead to sustainable economic growth beyond just addressing immediate fiscal crises . It offers a structured approach to managing revenues efficiently, reducing risks of mismanagement .

Petroleum exploitation history significantly impacts Lebanon's strategic geopolitical position. Historically, oil has been a catalyst for geopolitical power, leading to conflicts and shifting alliances . As the Middle East is central to global oil production, Lebanon's newly discovered resources could theoretically boost its regional influence. However, geopolitical tensions with neighboring countries over maritime borders and existing conflicts could undermine this potential . Hence, Lebanon's ability to capitalize on its oil reserves is intricately linked to historical patterns of resource-based geopolitical dynamics .

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