Vénus Anadyomène
Bonjour je vais aujourd’hui explorer avec vous l'univers poétique d'Arthur Rimbaud à
travers son poème envoûtant, "Vénus Anadyomène” tiré des Cahiers de douai.
Au cours du 15e siècle, l'artiste italien Sandro Botticelli a créé l'un des
tableaux les plus emblématiques de la Renaissance, qu'il a intitulé "La Naissance de
Vénus". Ce tableau, qui sera par la suite revisité par Arthur Rimbaud, un poète du
19e siècle, bohémien, voyageur et visionnaire, adepte de la démarche de se faire
"voyant", deviendra le sujet d'une parodie rimbaldienne. Ce poème s’intitule "Vénus
Anadyomène”, autrement dit Vénus qui sort de l’eau. Dans ce contre blason
poétique tiré des "Cahiers de Douai", recueil majeur de Rimbaud, constitué de 22
poèmes rédigés lorsqu’il avait à peine 16 ans, l’auteur nous présente une Vénus
inédite, loin de l'idéalisation traditionnelle, décrivant la déesse de l’amour et de la
beauté sous un jour inattendu, la dépeignant comme laide et triviale sortant de sa
baignoire
Lire le texte
La problématique que nous allons étudier aujourd’hui est la suivante :
En quoi Rimbaud pratique-t-il un renouveau poétique au travers de l'évocation
d’un sujet d’une extrême laideur ?
Afin de répondre à cette question nous avons divisé le texte en 2 parties :
Le premier mouvement, de la ligne 1 à la ligne 8, nous présente une description de
la Vénus.
Ensuite, dans le deuxième mouvement, de la ligne 9 à 14, se produit la chute du
poème.
● Le début de ce poème s'ouvre sur une comparaison initiée par l'outil de
comparaison "Comme". L'auteur compare la baignoire dans laquelle la femme
se baigne à un "cercueil". L'utilisation de l'indéfini "une tête" suggère que
Rimbaud manipule les conventions du blason, un genre poétique
traditionnellement dédié à l'éloge de la beauté féminine. Ainsi, le poème
prend une direction opposée, évoluant vers une forme de contre-blason que
Rimbaud va développer tout au long de son œuvre.
● On peut voir Qu'il y a un champ lexical du corps de la femme : « cheveux
bruns », « col », « omoplates », « reins », « l’echine », « tout ce corps »,
« croupe », « anus ». On voit que dans ce contre blason l'évocation du corps
est organisée de manière logique de haut en bas.
● Le deuxième vers commence par un complément du nom, "De femme".
L'enjambement particulier accentue l'importance de ce complément. Les
termes "bruns", "fortement", et "pommadés", respectivement adjectif, adverbe
et participe passé, décrivent une Vénus aux cheveux bruns et gras. Cette
caractéristique crée un contraste avec l'image traditionnelle de la Vénus
blonde, telle que représentée par le peintre Botticelli.
● Le champ lexical de la laideur : « pommade », « mal ravauder » , « saillient »
, « horrible hideusement», « ulcère » et de la vieillesse « pommade »,
« vieille», « déficit mal ravaudés » est omniprésent.
● Dans le troisième vers, Arthur Rimbaud nous renseigne sur l'origine de sa
Vénus en utilisant le verbe d'action "émerge", auquel sont associés les
adjectifs "lente et bête" Le verbe « émerge » au présent de narration et
l’adjectif « lente » suggèrent que la sortie de la baignoire se fait de manière
disgracieuse. De plus, l’adjectif « bête » apporte un jugement de valeur de la
part du poète connotant aussi l’animalité de la figure féminine développée
dans le reste du sonnet
● Finalement, c'est par l'utilisation de l'adverbe "assez" que Rimbaud nous
présente le visage de sa Vénus, marqué par un maquillage imparfait et des
réparations malhabiles. À travers l'emploi de la périphrase "déficits", le poète
décrit les imperfections du visage de la jeune femme.
● Le deuxième quatrain débute en décrivant le cou de la jeune femme.
Rimbaud utilise la périphrase "col" pour se référer à cette partie, et qualifie les
"omoplates" de "larges" ce qui est plus un trait masculin.
● La subordonnée relative "qui saillent" ligne 6 joue le rôle de complément de
l'antécédent "omoplates". La deuxième subordonnée relative vient compléter
le substantif "dos" en fournissant des détails supplémentaires sur la
physionomie de la jeune femme.
2ème mouvement:... la chute du poème vers 9 à 14
● Dans le premier vers du premier tercet, la peau de la Vénus est décrite
comme étant "un peu rouge". La référence aux différents sens : la vue avec «
rouge », l’odorat avec « sent » mêlé au « goût » créent une synesthésie qui
nous donne un effet d’écœurement recherché par l’auteur.
● L’animalité de la femme transparait encore à travers le terme « échine » pour
désigner la colonne vertébrale
la présentant comme une créature mi-bête, mi-femme.
● L'oxymore "Horrible étrangement" ligne 10 révèle la conception poétique du
poète, illustrant sa volonté, à travers une poésie novatrice, de magnifier le
laid. Son ambition est de faire de chaque sujet, même le plus prosaïque, une
thématique poétique.
● Dans la ligne 10 l'usage de l'indéfini "On" nous plonge dans les yeux de celui
qui contemplerait un tableau.
● La métaphore du spectateur du tableau se poursuit dans le vers qui suit, où le
complément circonstanciel de moyen, représenté par "à la loupe", fait
référence à l'instrument utilisé pour agrandir une image.
● Dans la chute du poème, l'accent est mis sur son manque de pudeur. La rime
entre "Vénus" et "anus" souligne ainsi un érotisme scandaleux, exposant une
partie du corps dégradée par le terme "ulcère" en raison de la maladie. La
désignation crue de la partie du corps concernée intensifie le dégoût du
spectateur.
● L'expression "belle hideusement" demeure un oxymore qui résume
l'esthétique poétique de Rimbaud, marquée par la fusion du laid avec le beau,
rompant ainsi avec l'idéal des parnassiens qui dit que l'art n'aurait pas à être
utile ou vertueux et le but en serait uniquement la beauté :
En somme dans ce poème, Rimbaud nous offre une vision non conventionnelle du
corps de Clara-Vénus à travers un contre-blason. Il débute en décrivant
minutieusement la physionomie de la jeune femme, puis dévoile une chute
inattendue qui surprend le lecteur. Ce sonnet parodique est la manifestation de son
émancipation de la poésie classique en parodiant l’un des plus grands mythes.