CPGE Lycée Med V CASA
MP1 Année :24-25
DL n:3
A rendre le 28-10-2024
Les candidats sont informés que la précision des raisonnements ainsi que le soin apporté à la rédaction
seront des éléments pris en compte dans la notation. Les candidats pourront admettre et utiliser le
résultat d’une question non résolue s’ils l’indiquent clairement sur la copie.
– K est un sous-corps de C et E désigne un K-espace vectoriel de dimension finie n ≥ 1.
On note L(E) la K-algèbre des endomorphismes de E et IdE l’application identité de E.
– E ∗ désigne le dual de E, c’est à dire L(E, K). Si B est une base de E, on note B ∗ sa base duale.
(vous trouverez ci-joint -pages 6 et 7- la définition de l'espace dual et quelques résultats sur la dualité)
– Pour tout endomorphisme u de E et tout vecteur non nul x de E, on note :
Eu (x) = {P (u)(x); P ∈ K[X]}
On notera πu ( resp. χu ) le polynôme minimal ( resp. caractéristique ) de u
. On conviendra que : ∀λ ∈ K, χu (λ) = det (λIdE − u) ; en particulier χu est unitaire.
– Si u ∈ L(E) et si F est un sous-espace de E stable par u et non réduit à {0}. On dira :
. que F est irréductible si les seuls sous-espaces de F stables par u sont {0} et F .
. que F est indécomposable s’il n’existe pas de décomposition de F en somme directe de deux sous-
espaces stables par u et non réduits à {0}.
– Si P est un polynôme de K[X], l’idéal de K[X] engendré par P sera noté (P ).
Partie I
A - Sous-espaces monogènes et polynôme minimal.
1. Soit u ∈ L(E) et x ∈ E, x 6= 0.
1-1 Montrer que Eu (x) est un sous-espace vectoriel de E non réduit à {0} et stable par u.
Un tel sous-espace de E sera dit u-monogène (ou simplement monogène s’il n’y a pas d’am-
biguité).
1-2 On considère l’ensemble Ix des polynômes P ∈ K[X] tels que P (u)(x) = 0.
Montrer que Ix est un idéal de K[X] non réduit à {0} et que si P ∈ Ix , P (u) induit sur
Eu (x) l’endomorphisme nul.
En déduire qu’il existe un unique polynôme unitaire de degré supérieur ou égal à un - que
l’on notera πx - tel que Ix = πx .
Trouver une condition nécessaire et suffisante portant sur x et u pour que deg(πx ) = 1.
1
1-3 Montrer que Bx = x, u(x), . . . , uk−1 (x) où k = deg(πx ) est une base de Eu (x).
k−1
X
1-4 On note ux l’endomorphisme de Eu (x) induit par u et πx = X − k
aj X j .
j=0
Préciser Mat(ux ; Bx ) à l’aide de πx .
Montrer que le polynôme minimal de ux est πx .
1-5 Donner un exemple dans le cas n ≥ 2 :
(i) où πx = πu .
(ii) où πx divise strictement πu et πu divise strictement χu .
D’une manière générale, peut-on affirmer que Eu (x) = ker πx (u) ?
2. Soit u ∈ L(E).
2-1 Soient a et b deux vecteurs non nuls de E. En utilisant les décompositions en produit de
facteurs irréductibles de πa et πb , montrer qu’il existe des polynômes P1 , P2 , Q1 et Q2 tels
que :
(i) πa = P1 P2 et πb = Q1 Q2 .
(ii) pgcd(P1 , Q1 ) = 1.
(iii) ppcm(πa , πb ) = P1 Q1 .
2-2 Soit c = P2 (u)(a) + Q2 (u)(b). Montrer que πc = ppcm(πa , πb ).
3. Soit (e1 , . . . , en ) une base de E.
Montrer que πu = ppcm(πe1 , . . . , πen ).
En déduire l’existence d’un vecteur x de E tel que πx = πu .
4. Soit u ∈ L(E) et P un diviseur unitaire de πu . Montrer l’existence de y ∈ E tel que πy = P .
5. On donne dans cette question une application du résultat de la question 3 :
On considère deux sous-corps K et L de C tels que K ⊂ L. Soit A ∈ Mn (K).
On note πK (respectivement πL ) le polynôme minimal de A dans Mn (K) (respectivement Mn (L)).
Montrer tout d’abord que πL divise πK , puis en utilisant le résultat de la question 3, montrer
que πL = πK .
B - Cas où E est u-monogène. Sous-espaces stables par u d’un espace u-monogène.
1. On suppose dans cette question que u est un endomorphisme diagonalisable de E et que ses
valeurs propres sont deux à deux distinctes. Montrer que E est u-monogène et déterminer x ∈ E
tel que E = Eu (x).
2. Soit u ∈ L(E). Montrer l’équivalence des deux conditions suivantes :
(i) E est u-monogène.
(ii) πu = χu .
3. Soit u ∈ L(E). On suppose E = Eu (x).
Soit F un sous-espace vectoriel de E stable par u et non réduit à {0}.
On considère IF = {P ∈ K[X]; P (u)(x) ∈ F }.
Montrer que IF est un idéal de K[X]. En déduire que F est u-monogène.
2
4. 4-1 Soit u ∈ L(E). On suppose πu = P Q où P et Q sont deux polynômes unitaires de degré
supérieur ou égal à un.
On note v ( respectivement w, v 0 , w0 ) l’endomorphisme de ker P (u) ( respectivement
ker Q(u), Im P (u), Im Q(u) ) induit par u.
Montrer que ker P (u) 6= {0} et ker Q(u) 6= {0}, puis que πw0 = πv = P et πv0 = πw = Q.
Montrer que si, de plus, E est u-monogène, dim(ker P (u)) = deg(P ) et dim(ker Q(u)) =
deg(Q).
4-2 Soit u ∈ L(E). On suppose que E est u-monogène.
Soit F un sous-espace stable par u et v l’endomorphisme de F induit par u.
Montrer, en utilisant la question précédente, que F = ker πv (u).
En déduire que E n’admet qu’un nombre fini de sous-espaces stables par u.
Partie II
Dans cette partie on montre que, quelque soit l’endomorphisme u de E, E est somme directe
de sous-espaces u-monogènes et plus précisément de sous-espaces stables par u et indécomposables.
La première question traite d’un cas particulier et n’est pas nécessaire à la résolution des questions
suivantes qui traitent du cas général.
1. Soit u ∈ L(E).
1-1 Soit F un sous-espace de E stable par u et non réduit à {0}. On note v = u/F .
Montrer que F est irréductible si et seulement si F est monogène et πv est irréductible.
1-2 Montrer que E est somme directe de sous-espaces stables par u et irréductibles si et seulement
si tous les facteurs irréductibles de πu ont une multiplicité égale à 1.
( indication :pour la réciproque on pourra considérer, pour un polynôme
X P irréductible,
l’ensemble des parties finies F de ker P (u) \{0} telles que la somme Eu (x) est directe ).
x∈F
2. Dans les questions suivantes u désigne toujours un endomorphisme de E.
On définit ũ : E ∗ 7→ E ∗ par ũ(f ) = f ◦ u.
Vérifier que ũ ∈ L(E ∗ ) et que : ∀P ∈ K[X], ∀f ∈ E ∗ , P (ũ)(f ) = f ◦ P (u).
En déduire que u et ũ ont même polynôme minimal.
3. Si B est une base de E, préciser Mat(ũ; B ∗ ) en fonction de Mat(u; B).
Retrouver le résultat de la question précédente.
4. On suppose dans cette question que πu = P α où P est un polynôme irréductible de K[X]
et α ∈ N∗ .
4-1 Montrer l’existence de g ∈ E ∗ et de y ∈ E tels que P α−1 (ũ)(g)(y) 6= 0.
4-2 Montrer que πg = πy = P α .
On note alors F = Eu (y) et H = {Q(ũ)(g); Q ∈ K[X]} = E ∗ũ (g).
4-3 Montrer que G = {x ∈ E; ∀f ∈ H, f (x) = 0} est un sous-espace vectoriel de E de
codimension deg(πu ) et que G est stable par u.
3
4-4 Soit x un vecteur non nul de F .
Montrer que l’on peut écrire x sous la forme x = P β Q(u)(y) où Q est un polynôme premier
avec P et β un entier tel que 0 ≤ β ≤ α − 1.
Montrer qu’il existe un polynôme R de K[X] tel que P α−1−β R(ũ)(g)(x) 6= 0.
4-5 En déduire que E = F ⊕ G, puis que E est somme directe de sous-espaces u-monogènes.
5. Démontrer que, quelquesoit l’endomorphisme u de E, E est somme directe de sous-espaces
u-monogènes.
6. 6-1 Soit u un endomorphisme de E et F un sous-espace de E stable par u et non réduit à {0}.
On note v = u/F .
Montrer que F est indécomposable si et seulement si F est monogène et πv = P α où P est
un polynôme irréductible de K[X] et α ∈ N∗ .
6-2 En déduire que E est somme directe de sous-espaces stables par u et indécomposables.
Partie III - Applications.
A - Application aux endomorphismes nilpotents et idempotents.
1. On suppose dans cette question que u est un endomorphisme nilpotent de E, c’est à dire qu’il
existe k ∈ N∗ tel que uk = 0.
1-1 Montrer l’existence d’un entier r tel que 1 ≤ r ≤ n, ur = 0 et ur−1 6= 0.
1-2 Montrer qu’il existe un vecteur e1 de E tel que e1 , u(e1 ), . . . , ur−1 (e1 ) soit une base de
Eu (e1 ) et tel que Eu (e1 ) admette un supplémentaire stable par u.
1-3 En déduire qu’il existe une base de E relativement à laquelle la matrice de u s’écrit sous la
J1 0
0 J2
forme diagonale par blocs .. où p est un entier non nul et les
. 0
0 Jp
···
0 0 0
..
1 0 ··· .
matrices Ji sont des blocs 0 1 0 ··· d’ordre ri
.. .. ..
. . .
0 1 0
avec r1 = r et r1 ≥ r2 ≥ . . . ≥ rp .
2. On suppose dans cette question que u est un endomorphisme idempotent de E, c’est-à-dire qu’il
existe k ∈ N∗ tel que uk = IdE .
2-1 On se place dans le cas où K = C. Que peut-on dire de u ? E est-il u-monogène ?
2-2 On se place dans le cas où K = R.
Montrer que E est somme directe de sous-espaces irréductibles.
Donner, dans une base adaptée, une forme matricielle réduite de u.
4
B - “ Toute matrice de Mn (K) est semblable à sa transposée ”.
1. E désigne un K-espace vectoriel de dimension finie n ≥ 2 et u un endomorphisme de E.
ũ est défini comme dans II-2.
On suppose qu’il existe un vecteur x de E tel que E = Eu (x).
1-1 Expliquer - sans déterminer f explicitement - pourquoi il existe un élément f de E ∗
tel que E ∗ = E ∗ũ (f ).
1-2 On note B = x, u(x), . . . , un−1 (x) = e0 , e1 , . . . , en−1 et B ∗ = e∗0 , e∗1 , . . . , e∗n−1 la base
duale.
Montrer que e∗n−1 , ũ(e∗n−1 ), . . . , ũn−1 (e∗n−1 ) est une base de E ∗ .
1-3 Montrer que t Mat(u; B) et Mat(u; B) sont semblables.
2. Déduire de ce qui précède que, d’une manière générale, toute matrice de Mn (K) est semblable à
sa transposée.
**********
FIN
5
Dans tout ce qui suit, E est un K-espace vectoriel de dimension …nie n 1.
1 Dual
1.1 Dé…nitions
Dé…nitions.
On appelle dual de E l’ensemble des formes linéaires sur E, et on le note
E := L (E; K) .
Si (e1 ; :::; en ) est une base de E , on dé…nit des formes linéaires ek par
ek : Pn E ! K
,
i=1 i ei 7 ! k
appelée projection selon la k-ième coordonée dans la base (e1 ; :::; en ).
En introduisant le symbole de Kronecker
y 1 si x = y
x = ,
0 si x 6= y
on peut redé…nir les ek par la formule
k
ek (ei ) = i.
Remarque. Attention à ne pas dire qu’à un vecteur u 2 E on peut associer une forme linéaire u 2 E
de manière intrinsèque ; le choix de la base dans laquelle on prend la coordonnée selon u est crucial.
v1 = (0; 1) B1 = (u; v1 )
Par exemple, si E = R2 , …xons u = (1; 0) et considérons , de sorte que sont
v2 = (1; 1) B2 = (u; v2 )
1 u + 1 v1
deux bases de R2 . Maintenant, le vecteur x = (1; 1) se décompose comme x = ,d’où u (x) = 1
0 u + 1 v2
ou 0 selon que l’on considère u dans la base B1 ou B2 .
1.2 Base duale
Proposition.
Si B = (e1 ; :::; en ) est une base de E, alors B = (e1 ; :::; en ) est une base de E , appelé base duale de B.
De plus, on dispose de l’isomorphisme
E ! E
B : , de sorte que dim E = dim E.
ei 7 ! ei
Démonstration.
Montrons que B est libre :
n
" n
#
X X
i ei =0 =) 8k = 1; :::; n, i ei (ek ) = 0
i=1 i=1
n
X
=) 8k = 1; :::; n, i ei (ek ) = 0
i=1
Xn
k
=) 8k = 1; :::; n, i i =0
i=1
=) 8k = 1; :::; n, k = 0.
2
Le caractère générateur s’obtient en écrivant, pour ' 2 E :
n
X
'= ' (ek ) ek .
k=1
Pn
En e¤et, en évaluant en un x = i=1 i ei quelconque de E , les deux expressions coïncident :
" n # " n # n ! n n
!
X X X X X
' (ek ) ek (x) = ' (ek ) ek i ei = ' (ek ) ek i ei
k=1 k=1 i=1 k=1 i=1
n n n n
!
X X X X
= ' (ek ) (ei ) =
i ek ' (ek ) k =' k ek = ' (x) .
| {z }
k=1 i=1 k
k=1 k=1
i
B envoie par conséquent une base sur une base, donc est un isomorphisme, d’où l’égalité des dimensions.
1.3 Matrices et bases duales
Propriété.
x2E
Soit B une base de E et . On a alors
'2E
t t
' (x) = Mat ' Mat x = [']B [x]B .
B B
Demonstration. Pn
Posons B = (e1 ; :::; en ), et décomposons x dans B : x = i=1 i ei . On a alors
0 1
1 n n
!
B C X X
t
Mat ' Mat x = (' (e1 ) ; :::; ' (en )) @ ... A = i ' (ei ) = ' i ei = ' (x) .
B B
i=1 i=1
n
Proposition.
Soit B1 et B2 deux bases de E. Alors
t 1
Pass (B1 ; B2 ) = Pass (B1 ; B2 ) .
Démonstration.
B1 = (e1 ; :::; en ) P = Pass (B1 ; B2 )
Notons et . On veut t QP = In , ce qui découle de
B2 = (f1 ; :::; fn ) Q = Pass (B1 ; B2 )
" n # n ! n n
j
X X X X
[In ]i;j = i = fi (fj ) = qk;i ek pl;j el = qk;i pl;j ek (el )
| {z }
k=1 l=1 k=1 l=1 l
= k
n
X n
X
t t
= qk;i pk;j = Q i;k
[P ]k;j = QP i;j
.
k=1 k=1
Corollaire.
Notons (V ) l’ensemble des bases d’un espace vectoriel V . Alors l’application
(E) ! (E )
: est bijective
B 7 ! B