Oraison : Guide de prière marianiste
Oraison : Guide de prière marianiste
à l’école de
Guillaume-Joseph
Chaminade
Maison Chaminade
Bordeaux - 2007
1
2
SYMBOLE DES APOTRES
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique,
notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit,
est né de la Vierge Marie,
a souffert sous Ponce Pilate,
a été crucifié, est mort et a été enseveli,
est descendu aux enfers,
le troisième jour est ressuscité des morts,
est monté aux cieux,
est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d'où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l'Esprit Saint,
à la sainte Eglise catholique,
à la communion des saints,
à la rémission des péchés,
à la résurrection de la chair,
à la vie éternelle. AMEN !
SYMBOLE DE NICEE
Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre,
de l'univers visible et invisible.
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles.
Il est Dieu, né de Dieu,
3
Lumière, née de la lumière,
vrai Dieu né du vrai Dieu.
Engendré, non pas créé,
de même nature que le Père
et par Lui tout a été fait.
Pour nous les hommes et pour notre salut,
il descendit du ciel.
Par l'Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie,
et s'est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Ecritures, et il monta au ciel ;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire,
pour juger les vivants et les morts ;
et son règne n'aura pas de fin.
Je crois en l'Esprit Saint,
qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils,
il reçoit même adoration et même gloire ;
il a parlé par les prophètes.
Je crois en l'Eglise,
une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême
pour le pardon des péchés.
J'attends la résurrection des morts,
et la vie du monde à venir. AMEN !
4
Ière Partie
P. Quentin HAKENEWERTH SM
La vie en abondance
Original américain :
Fullness of life through prayer
Marianist Press - Dayton 1981
Version française
Maison Chaminade Bordeaux 2007
5
Nota : Les références à la Bible au bas de
chaque chapitre de cette première partie veulent
davantage inviter à prolonger la réflexion et la
méditation à l’aide de la Parole de Dieu
qu’indiquer de manière précise le passage
biblique auquel il est fait allusion. Dans le texte,
les renvois entre parenthèses font souvent un
lien entre tel passage et la Bible, plutôt que telle
phrase ou mot précis.
6
PRÉFACE
7
Enseignement et prière, méditation, doivent aller
de pair.
En accueillant les enseignements de ce
fascicule, écoutez le Seigneur et Marie sa Mère
parler à votre cœur. Laissez-vous introduire par
eux dans la vie, dans la vie en abondance
promise par Jésus !
P. Quentin HAKENEWERTH SM
8
1. VERITE FONDAMENTALE
POUR NOTRE VIE
10
2. LE DON DE LA VIE
12
3. A L'IMAGE DE DIEU
14
4. UNE ŒUVRE A LA FOIS
DE DIEU ET DE NOUS
16
5. DIEU DESIRE TOUJOURS
NOUS RENDRE HEUREUX
18
6. LA FOI
21
7. L'ORAISON DE FOI
23
Il y a bien des manières de s'occuper de ses
propres affaires au nom de Dieu mais qui n’ont
pas vraiment grand-chose à voir avec l'oraison,
telle que nous l’avons définie plus haut.
« Deux hommes montèrent au Temple pour
prier... » Les deux "priaient"… (5) Mais l’un des
deux, tout en se tenant devant Dieu, n'était
occupé que de lui-même. L'autre, au contraire,
était entièrement exposé au Dieu de miséricorde,
tendu vers Lui. C'est ce dernier qui rentra chez
lui transformé par sa prière. Le premier, non !
L'oraison de foi doit nous transformer à la
manière du publicain, par une totale ouverture à
Dieu. Elle doit nous détourner de nous-mêmes et
nous tourner entièrement vers Dieu.
1. Lc 10, 41-42 ! Marthe et Marie…
2. Dt 30, 16 : « Si tu aimes Yahvé ton Dieu .. il te
bénira… »
3. Mc 11, 22-24/ « tout ce que vous demanderez en
priant, croyez que vous l’avez déjà reçu et cela
vous sera accordé ».
I R 18, 41-46 : Elie croit sa prière pour la pluie
exaucée avant d’en voir aucun signe…
4. Ep 4, 23-24 : « .. revêtir l’homme nouveau…
selon Dieu. »
5. Lc 18, 9-14 Le pharisien et le publicain
24
8. LA PURETE DU CŒUR :
DISPOSITION FONDAMENTALE
POUR UNE BONNE ORAISON
25
l'amour de Dieu (4). Alors seulement nous
échappons à cette contradiction fréquente : d'un
côté on prie pour demander une grâce et de
l’autre, en même temps, on rejette la grâce qu'on
a demandée, on l'empêche de pénétrer en nous.
Si nous avons l'habitude de pratiquer le
silence intérieur et le recueillement nous nous
sentons suffisamment calmes, tranquilles, pour
percevoir le souffle léger qui signale la présence
de Dieu et de son Esprit (5). Si entre deux temps
d'oraison nous pratiquons les vertus chrétiennes,
c'est aussi une façon de nous disposer à bien
prier et à entretenir en nous le sens de la
présence de Dieu et à Dieu. Le silence intérieur
– silence de l'imagination et de l'esprit - nous
met dans les dispositions de Jésus lui-même,
toujours prêt à converser avec son Père, à prier.
1. cf. Ex 33, 18-23 : Qui peut voir Dieu et vivre ?
2. Ps 24, 3-4 : « Qui se tiendra dans le lieu
saint ?… »
3. Mt 6, 24 : « Nul ne peut servir deux maîtres… »
4. Lc 9, 23 : « Renoncer à soi-même, prendre sa
croix…
5. Ps 46, 11 : « Arrêtez ! Sachez que je suis
Dieu ! »
26
9. LE 'VIEIL HOMME' EN NOUS RESISTE
27
nous occultons cette image sous une carapace,
derrière une fausse façade, derrière un masque...
Une fois que nous avons ainsi créé une
nouvelle et fausse image de nous-mêmes, nous
devons aussi l'entretenir, la renforcer. Dieu, Lui,
ne maintient dans l'être que ce qu'Il a lui-même
créé. Quant à nous, nous gaspillons beaucoup
d'énergie vitale à cultiver la personnalité que
nous nous sommes nous-mêmes forgée (3). Cela
devient facilement notre préoccupation
dominante.
La valeur que nous avons choisi de mettre au
centre de notre vie, nous nous efforçons de la
faire admettre et reconnaître par les autres.
L'opinion des autres compte énormément pour
nous, même si elle est fausse ou trompeuse.
Nous cherchons facilement à répondre à leurs
attentes pour être confortés dans notre propre
moi. Même le bien que nous faisons aux autres
nous pouvons le récupérer pour renforcer la
bonne opinion que nous avons de nous-mêmes.
Peut-être qu’au fond nous sentons bien que
nous construisons sur le sable (4) mais nous
continuons à faire semblant que c'est ce que
nous pouvons faire de meilleur. A partir de ce
‘péché originel’ qui consiste à vouloir construire
notre personnalité sur un modèle que nous nous
sommes nous-mêmes fabriqué, nous nous
enfonçons peu à peu dans une manière de vivre
28
idolâtrique, qui s'écarte de l'image inscrite en
nous par notre Créateur.
Ainsi donc notre aspiration vers une vie
pleine, une aspiration qui est inscrite dans notre
être créé à l'image de Dieu, rencontre
continuellement des obstacles en nous.
Malheureusement nous nous laissons tous aller
plus ou moins à résister à Dieu. Et pourquoi
donc ? Que se passe-t-il en nous?
Chaque fois que nous ressentons au fond de
nous l'appel à chercher en Dieu la plénitude de
la vie, nous touchons du doigt notre identité
foncière de créatures et nous sentons que Dieu
est la source première de notre être. Qu’est-ce
que cela signifie dans notre expérience ?
- Que nous faisons l'expérience de nos
limites. Nous nous rendons compte que nous ne
sommes pas tout à fait maîtres de nous-mêmes,
mais des êtres 'contingents' (5). Il peut nous
arriver de perdre tout ce que nous possédions : la
santé, notre bon sens, notre fortune, notre
travail : tout ! Ce sentiment de notre contingence
est désagréable, aussi avons-nous tendance à le
chasser cherchant des sécurités de tous côtés.
Nous nous lançons dans les carrières, la course à
la richesse, la prospective pour maîtriser au
mieux l'avenir (6).
Contingents, nous nous sentons aussi limités.
I1 y a des choses que nous voudrions être ou
faire et qui nous échappent. Il y a des réalités qui
29
nous dépassent et qui peuvent nous ‘tomber
dessus’ et nous écraser. Il nous arrive d'être
blessés... Ce sentiment de nos limites non plus
ne nous est pas agréable. Pour y échapper nous
nous efforçons de contrôler au maximum
personnes et choses.
Limités, nous nous sentons encore
dépendants. Nous nous rendons compte que
beaucoup de choses dont nous avons besoin
nous viennent des autres. Ce qui nous arrive est
souvent le fruit de leurs décisions. Cette
dépendance ne nous plaît pas toujours très fort.
Alors nous cherchons à nous suffire le plus
possible à nous-mêmes, en tâchant d'acquérir le
maximum de richesses (7). Des autres, nous
avons tendance à faire des éléments de notre
dispositif de sécurité et d'assurance. Nous nous
servons d'eux pour réaliser notre projet
personnel, plus que nous n'osons l'avouer.
Dépendants, nous nous sentons également en
mutation. Nous mourons en quelque sorte à ce
que nous sommes déjà devenus (8) et nous
évoluons vers quelque chose de nouveau. Quand
le sentiment de mourir et de devoir renoncer se
fait sentir trop fort, nous nous sentons mal à
l’aise. Nous avons tendance à réagir alors contre
cette souffrance et cette perte en recherchant
d'autant plus les plaisirs. Nous nous raidissons
contre l'expérience de la croix et nous fuyons
dans les évasions que nous offre la culture de
notre temps.
30
Notre péché originel, qui consiste à vouloir
nous créer nous-mêmes, à dessiner l'image de
notre moi idéal avec ses passions et ses
tendances, devient peu à peu comme une culture
personnelle. Nous voilà donc pris comme une
mouche dans la toile tissée par notre faux moi et
en danger d’autodestruction.
Qui nous sauvera de ce péché et de ses
désastreuses conséquences ? qui nous libérera
du vieil homme ?
1. Rm 7, 14-25 : La lutte intérieure
2. I Jn 2,16 : Ce qui vient du monde…
3. Mt 6, 1-6 : Sur la recherche du paraître aux
yeux des hommes…
4. Mt 7, 24-27 : Construire sur le roc ou sur le
sable…
5.Ps 2 : Le vain tumulte des nations
6. Lc 22, 24-27 : Qui est le plus grand ?
7. Lc 12, 16-21 : Construire des greniers plus
grands ?
8. Jn 12, 24-25 : « Si le grain ne meurt… »
31
10. L'HOMME NOUVEAU APPARAIT...
32
homme et l'homme nouveau, entre notre moi
authentique et notre moi inauthentique...
Saint Paul parle de lutte entre la chair et
l'esprit. La "chair" recherche les réalités d'en
bas, du monde - orgueil, richesses, plaisirs... (5)
L’"esprit" en nous est poussé par l'Esprit Saint
vers l'humilité, la simplicité, la croix. I1 y a
antagonisme entre les désirs de la chair et ceux
de l'esprit.
1. Lc 5, 36-39 : « A vin nouveau, outres neuves ! »
2. Rm 8, 5-11.14-17 : La vie nouvelle dans l’Esprit
3. Ga, 5, 18 : Conduits par l’Esprit…
4. Rm 7, 15-20 : division à l’intérieur de nous…
5. Ga 5, 17-26 : Les tendances opposées de la
chair et de l’esprit.
33
11. JESUS, TYPE DE L'HOMME NOUVEAU
34
tendances du Christ Jésus (3). A certaines heures
de grâce, nous pouvons faire l'expérience dans
notre vie d'une nouvelle effusion de l'Esprit
répandu dans nos cœurs.
Nous voici donc face au choix le plus
fondamental de notre vie. D'une part l'Esprit de
Jésus nous attire vers Lui, nous pousse à
chercher sa ressemblance, par l'humilité, la
pauvreté, la souffrance acceptée, et à trouver
ainsi la vie en plénitude qu'Il donne.
D'autre part il y a le moi, la personnalité que
nous nous sommes forgée et qui nous pousse à
rechercher les honneurs, les richesses, les
plaisirs ; ce moi cherche à se renforcer par toutes
sortes de ruses, pour prendre toute la place en
nous.
De fait, nous choisissons toujours l'une ou
l'autre de ces deux directions à donner à la vie.
Au terme nous recueillons les fruits
caractéristiques de chaque voie, de chaque
manière de vivre (4).
1. Rm 7, 24
2. Rm 8, 1-4 : Jésus s’est fait péché pour nous.
3. I Jn 2,20 ; 27-29 : L’onction de l’esprit et ses
effets
4. Ga 5, 19-23 : Les fruits de la chair et les fruits
de l’Esprit…
35
12. UN CŒUR COMME LE CŒUR
DE JESUS
37
-Dans toutes nos activités, prendre conscience
que le Saint-Esprit nous aide de l'intérieur et
collaborer avec Lui. Ne rien faire comme si
nous étions tout seuls.
Puisque l'amour de Dieu nous étreint tout
entiers, nous tâchons de chasser de notre cœur
toute idée qui s'opposerait à la volonté de Dieu
et tout attachement qui n'irait pas dans le sens de
son amour. Nous abandonnons à Dieu nos
projets, nos réflexions, nos souvenirs... (3) Nous
renonçons à compter avant tout sur notre propre
raison à nous fier à nos propres intuitions et à
notre propre compréhension des choses. Tout
cela, nous le soumettons à Dieu et nous
demandons à l'Esprit Saint de nous inspirer et de
nous guider. Peu à peu nous apprenons à obéir
davantage aux motions de l'Esprit qu'à nos
tendances naturelles.
Voilà ce que signifie acquérir un cœur
semblable au cœur de Jésus.
1. II Co, 5,17 : « Nous sommes une création
nouvelle dans le Christ ».
2. Jn 7, 37-39 : « De son sein couleront des fleuves
d’eau vive ! »
3. I Pe 1, 13-15 : L’obéissance du Christ…
38
13. LE CHOIX DES SUJETS D'ORAISON
39
nous voulons renforcer une conviction en nous
ou approfondir notre foi, nous choisirons une
parole de l'Ecriture (1) ou un enseignement de
l'Eglise appropriés. Si nous désirons par contre
changer ou acquérir une attitude en nous, nous
choisirons de préférence pour l'oraison tel
mystère, tel événement de la vie du Christ ou de
Marie où nous voyons que cette attitude est
vécue. Si nous avons reçu un don de l'Esprit,
nous pouvons ‘savourer’ ce don pendant
l'oraison, l'apprécier, voir comment le faire
fructifier...
Nous choisissons donc le sujet de l'oraison
qui peut le mieux nous faire acquérir le fruit
escompté. Ce sujet et la grâce que nous en
attendons, nous les fixons dans notre esprit de
telle sorte que nous puissions facilement nous
les rappeler à tout moment de la journée ou de la
nuit... Ce sujet est comme un trésor enfoui dans
notre mémoire jusqu'à l'oraison suivante.
1. Mt 7, 7-8 : « Demandez… cherchez…
frappez… »
40
14. L'ENTREE DANS L'ORAISON
41
sommes devant Lui en vérité. Dans l'oraison on
ne sépare jamais ces deux regards - sur Dieu et
sur nous-mêmes -.
43
- EN LUI... Nous désirons être unis à Jésus au
point que sa prière devienne notre prière (8).
Nous prions comme ses membres et nous
devenons des images fidèles de Jésus s'adressant
à son Père.
Dans cette union à Jésus se trouve le secret
de l'efficacité et de la qualité de notre prière, de
notre oraison.
Jésus permet cette communion intime avec
lui seulement à notre moi authentique. Notre
‘moi inauthentique’, fabriqué par nous-mêmes,
ne peut rien avoir en commun avec Jésus (9).
45
1. Ac 17,18 : « En lui nous avons la vie, le
mouvement et l’être ».
2. He 5,7 : « Le Christ a présenté à Dieu prière et
supplications... »
3. He 7, 24-25 : « Le Christ intercède pour
nous… »
4. He 4, 14-16 : Le Christ est notre prêtre…
5.Ph 3, 9-12 : Devenir semblables au Christ… et
être trouvés justes en Lui…
6. Ph 2, 5-11 : Avoir les mêmes sentiments que le
Christ Jésus…
7. Jn 13, 15 : L’exemple du Christ est notre
modèle…
8. Ep 4, 115-16 : Grandir dans le Christ…
9. Jn 13, 8 : Permettre au Christ de me laver tout
entier…
10. Lc 1, 26-28 : Annonciation
11. Lc 2, 6-7 : Nativité
12. Lc 2, 51-52 : Jésus « leur était soumis ».
13. Jn 14,26 : « L’Esprit vous enseignera toutes
choses… »
14. Rm 8, 26 : « L’Esprit vient en aide à notre
faiblesse ».
15. Ga 5,22 : Les fruits de l’Esprit en nous…
46
15. LA PRATIQUE DE L'ORAISON :
LA METHODE COMMUNE
49
Comme tout le reste de l'oraison, la
résolution doit être le fruit de notre docilité à
l'Esprit Saint.
Si nos résolutions ne viennent que de nous,
elles manqueront de la vigueur nécessaire pour
porter des fruits et finiront en poussière (5).
Vivre de la foi c'est au contraire laisser Dieu
agir en nous et commander notre moi naturel.
50
16. CONCLURE L'ORAISON
52
17. L'EXAMEN DE L'ORAISON
55
18. IL FAUT DISCERNER
NOS MOUVEMENTS INTERIEURS
57
- Nous complaire en nous-mêmes, dans une
satisfaction égoïste, par exemple quand nous
avons bien prié.
- Notre centre d'intérêt principal n'est pas Dieu
mais nous-même, ou autre chose...
- Nous accomplissons l'oraison comme un acte
d'obéissance extérieure ou de pénitence..
- Nous attendons de Dieu une récompense parce
que nous avons bien prié.
- Avoir fort envie de cesser l'oraison.
- Nous laisser gagner par l'idée que Dieu ne
nous entend pas ou que nous n'arriverons
jamais à bien faire oraison.
- Demeurer dans la confusion, l'anxiété,
l'agitation...
- Nous croire rejetés de Dieu et vivre de ce fait
dans la méfiance, le découragement, la
culpabilité...
A mesure que nous discernons ainsi en nous
ce qui vient de Dieu ou au contraire de Satan,
nous pouvons choisir, rejeter ce qui vient en
nous du vieil homme et nous laisser au contraire
guider par Jésus sur le chemin de la foi.
I1 y a beaucoup de choses qui sont bonnes en
soi mais qui peuvent devenir pour nous des
obstacles dans l'oraison.
58
- Par exemple, des réflexions intellectuelles qui
nous aident à comprendre les choses mais qui ne
nous poussent pas à nous convertir. Si l'étude est
avant tout un exercice de l'intelligence et du
jugement, l'oraison par contre est d'abord un
exercice de notre foi et un mouvement de notre
cœur.
- De même, nous pouvons être tentés d'utiliser le
temps de l'oraison pour préparer nos activités
pastorales : préparer une causerie ou un sermon,
faire le plan d'une réunion de conseil, etc... Tout
cela est certainement bon en soi, mais ce n'est
pas l'exercice de l'oraison. Cela peut être une
ruse de Satan de nous détourner de l'oraison vers
ces activités intellectuelles ou pastorales... Dans
l'oraison, ce qui compte avant tout c'est que
toute notre attention se porte sur Dieu (5).
1. Jn 6, 44
2. Jn 16, 23-24 : « Demandez… et votre joie sera
complète ».
3. I Jn 4, 1 : Eprouver les esprits…
4. Mt 7, 17-19 : « Vous les reconnaîtrez à leurs
fruits… »
5. Mt 6,6 : Prier dans le secret…
59
19. DIFFICULTES RENCONTREES
DANS L'ORAISON
60
nous ne prenons pas les moyens providentiels à
notre disposition ? (1)
b) Nous n'avons pas le CŒUR assez PUR (2). Les
difficultés, surtout les distractions, surviennent
davantage au milieu d'affections désordonnées
ou dans la légèreté de l'esprit. Les distractions
néfastes nous viennent de passions désordonnées
qui nous attachent à quelque créature et nous
détournent de Dieu. Par contre, des pensées qui
viennent simplement de l'activité normale de
l'esprit ne nous détournent pas de Dieu. Nous les
laissons suivre leur cours sans nous y arrêter,
préoccupés consciemment de nous maintenir en
présence de Dieu. Nous sentons bien que nous
sommes attachés à une créature si nous nous en
détournons difficilement pour être attentifs à
Dieu.
La légèreté est un signe d'immaturité. Elle
consiste à ne rien prendre vraiment au sérieux, à
ne pas savoir apprécier l'importance des choses.
Pendant l'oraison on laisse alors l'esprit errer
sans but d'une chose à l'autre, sans qu'il se fixe
sur rien. Notre imagination vagabonde...
Les affections désordonnées et la légèreté de
l'esprit empêchent donc l'oraison de porter des
fruits. I1 se peut aussi que Dieu se refuse à nous
pour punir notre négligence à son égard ou notre
vie de péché. I1 ne veut pas jeter aux orties le
trésor de ses grâces...
61
c) La PURIFICATION. Dieu peut parfois nous
priver de consolations dans l'oraison pour nous
rendre attentifs à quelque péché ou pour nous
purifier de certains attachements à notre vieil
homme ou au monde. Quand c'est Dieu qui nous
purifie, il nous donne toujours en même temps
les moyens de progresser dans la vertu ou il
nous prépare à recevoir un don plus grand de sa
part. Parfois Dieu nous fait sentir que nous
sommes loin de Lui précisément pour faire
grandir en nous le désir de Le rencontrer (3). I1
peut nous faire ressentir plus profondément
notre condition devant Lui et sa grandeur.
Souvent la purification (4) précède une étape
importante dans notre découverte du mystère de
Dieu se révélant à nous ou elle nous prépare à
accueillir un nouveau don de l'Esprit.
L'expérience même de la purification peut nous
aider à pénétrer plus profondément dans tel ou
tel mystère du Christ ou de Marie – des
situations où eux-mêmes ont connu quelque
chose comme une purification...
Une difficulté peut être considérée comme
une purification et non comme une punition
lorsque
a) nous restons fidèles à l'oraison ;
b) nous ne décelons pas en nous d'affection
désordonnée ni de légèreté d'esprit ;
62
c) nous reconnaissons à certains signes que Dieu
agit (cf. plus haut).
d) Préparation pour une GRACE NOUVELLE. Dieu
ne donne pas ses dons à la légère, sans
préparer le terrain. Des difficultés dans
l'oraison, en particulier une sécheresse
prolongée, peuvent être le signe que Dieu veut
nous accorder des dons nouveaux et le moyen
de nous disposer à les recevoir ; de franchir
ainsi une étape nouvelle dans la vie d'oraison,
d’accéder à un degré nouveau d'union à Dieu.
Quand nous avons discerné la cause de nos
difficultés, nous pouvons réagir, soit pour
écarter les obstacles, soit pour répondre mieux à
l'action de Dieu en nous.
63
e) Remercier Dieu de nous montrer
concrètement sa bonté dans cette situation.
Car c'est un privilège d'être aimés de Dieu
dans ce genre de situation...
f) Méditer sur ce que Dieu peut vouloir nous
dire par cette épreuve et sur le bénéfice que
nous pouvons en tirer.
g) Exprimer fréquemment notre désir d'être unis
à Jésus et à Marie...
1. Lc 19, 15-26 : Faire fructifier les talents
reçus…
2. Mt 15, 15-20 : « C’est ce qui vient du cœur qui
rend l’homme impur… »
3. I Pe 1, 6-7 : Des épreuves qui nous purifient…
4. He 12, 5-13 : Dieu nous corrige par l’épreuve…
5. Mt 4 : tentations de Jésus au désert.
64
20. PRIER SANS CESSE.
VIVRE EN PRESENCE DE DIEU
65
Or ce Dieu est en nous et il nous soutient,
nous attire, nous transforme. Dans la mesure où
nous gardons cette vérité présente à notre esprit,
nous devenons plus sensibles aux mouvements
de l'Esprit en nous dans le reste de la journée,
comme pendant l'oraison. Certes, vivre
habituellement en présence de Dieu ne veut pas
dire penser continuellement à lui. C'est un
sentiment profond d'être en sa présence, d'être
son familier, habitué à Lui. Peu à peu et de
façon de plus en plus naturelle, nous
commençons à penser, à sentir, à agir toujours et
partout sous l'influence de cette présence
certaine de Dieu. Notre "moi nouveau", formé
par l'action du Saint-Esprit pendant l'oraison,
continue à s'approfondir et à s'affermir même
en-dehors du temps consacré à l'oraison.
A mesure que le sens de la présence de Dieu
devient habituel en nous, l'influence réciproque
entre l'oraison et le restant de notre vie
quotidienne devient plus forte. Notre style de vie
est marqué par ce qui se passe dans notre
oraison et à l'inverse notre oraison est marquée
par ce que nous vivons en-dehors. Peu à peu
notre attention à Dieu devient permanente (2) et
notre habitude de répondre à ses appels, un souci
présent dans toutes nos activités.
Progressivement, notre foi façonne notre vie
entière grâce à l'exercice de la présence de Dieu.
1. Ga 2,20 : « Notre vie, c’est le Christ en nous… »
2. I Co 10, 31 : Faire tout pour la gloire de Dieu.
66
21. DEVENIR UN HOMME NOUVEAU
PAR LA CONTEMPLATION
DES MYSTERES DU CHRIST
69
22. PARTICIPER
AUX MYSTERES DE MARIE
70
- A Cana (3), Marie a demandé à Jésus une
faveur très humaine, bousculant même le temps
fixé par Dieu, anticipant l'Heure. Sa grande
confiance a poussé Jésus à changer d'avis pour
l'exaucer.
Et Jésus nous a appris à demander avec
insistance et persévérance (4) jusqu'à ce que
notre prière soit exaucée. Ainsi nous sommes
appelés à revivre le mystère de Cana dans notre
propre vie.
- Au pied de la Croix de Jésus (5), Marie est
présente ; c’est l'heure de la mère ; son amour la
"tient là". Elle reste fidèle à l'heure de l'abandon
total de son fils.
Ces moments forts de son amour, nous
devons les revivre pour que notre vie entre dans
la plénitude que Jésus désire pour nous.
- Au Cénacle, Marie prie avec les disciples (6)
pour la venue de l'Esprit promis. Nous avons
aujourd'hui un grand besoin de la rejoindre au
Cénacle !
- L'Immaculée Conception de Marie peut nous
apparaître comme un mystère vraiment trop
grand pour nous. Pourtant ce qui est au cœur de
ce mystère doit nous former comme il a formé
Marie. C'est en effet le mystère de la gratuité du
salut, c'est la préparation par Dieu même de
Celle qui doit pouvoir accueillir sa grâce. C'est
la plénitude de grâce que l'amour de Dieu
71
répand dans le cœur : tout cela, nous sommes
destinés à l’expérimenter.
Tous les mystères de Marie auxquels nous
participons forment en nous l'homme nouveau, à
la ressemblance de plus en plus parfaite de
Jésus. Nous pénétrons dans le dynamisme de ces
mystères avant tout par la méthode commune de
l'oraison de foi.
1. Lc 1, 45 : Croire en l’accomplissement de la
parole dite.
2. Lc 1, 26-35
3. Jn 2, 1-11
4. Lc 11, 5-8 : L’ami importun
5. Ac 1, 14
72
23. L'ORAISON
ET NOTRE TÂCHE APOSTOLIQUE
74
APPENDICE
METHODE COMMUNE D'ORAISON DE FOI
(aide-mémoire)
1. On CHOISIT UN SUJET et on se précise le fruit
spirituel qu'on attend de cette oraison, compte
tenu du besoin spirituel qu'on en a, de l'attrait ou
du désir que l'on éprouve.. Ce sujet peut être un
passage d'Ecriture, un mystère de la vie de Jésus
ou de Marie, un enseignement de l'Eglise, etc...
4. CONCLUSION DE L'ORAISON
- en remerciant Dieu pour ce temps de grâce
qu'on vient de vivre dans l'oraison ;
- en demandant pardon pour tous nos manques
d'ouverture et de non-réponse à sa Parole...
- en renouvelant notre consécration à Dieu et à
Marie et en remettant entre leurs mains cette
oraison même et ses fruits...
- en résumant dans un bouquet spirituel dont on
se souviendra, le fruit de cette oraison.
76
5. EXAMEN DE LA PRATIQUE DE L’ORAISON
- On examine, quelque temps après l'oraison, la
manière dont cela s’est passé.
- On repasse alors en revue les diverses étapes
proposées dans notre méthode...
Cet examen ancrera plus profondément en
notre vie la grâce de notre oraison.
77
ANNEXE
Lettre du P. Chaminade (1842)
à M. Pérodin, religieux marianiste
L'oraison mixte sur le Credo ou Symbole
des Apôtres ne pourra jamais que vous être
utile ; mais comme vous voulez faire
l'application de la foi chrétienne à
l'amendement de vos défauts, souvenez-vous
toujours que tous les articles de notre foi,
toutes les vérités révélées se rapportent à celle
dont saint Pierre fit profession: Tu es Christus
Filius Dei vivi.
Dans tous les mystères de Jésus-Christ, à
commencer par celui de l'Incarnation, ne voyez
jamais que le Fils de Dieu opérant dans la très
sainte Humanité, agissant et parlant, souffrant
et mourant, ressuscitant, etc. C'est toujours le
Fils de Dieu qui opère dans sa sainte
Humanité ; c'est lui qui souffre, qui meurt, qui
ressuscite, qui monte au Ciel ; en un mot,
depuis l'Incarnation inclusivement, Jésus-Christ
est toujours et sera toujours Homme-Dieu ou
Dieu-Homme ; la foi nous fait toujours voir en
Jésus-Christ le Fils de Dieu qui opère pour
nous, qui souffre, qui meurt, qui ressuscite
pour nous, qui parle pour nous, qui nous
enseigne : toutes ses paroles sont des paroles
divines qui nous sont adressées. Quels
immenses trésors nous avons en Jésus-Christ !
Nous nous unissons à Jésus-Christ par la
foi que nous avons en lui ; nous puisons dans
ses trésors avec cette foi, puisque ces trésors
78
sont à nous. Avons-nous besoin d'humilité, de
patience, etc.? Après avoir bien reconnu notre
orgueil, notre défaut de patience, etc., voyons
dans notre trésor les humiliations et l'amour
des humiliations, les souffrances et l'amour des
souffrances qu'à toujours eus Jésus-Christ : les
mérites de Jésus-Christ humilié et souffrant
sont infinis. Faisons-nous un baume de ses
humiliations et de ses souffrances ; appliquons
ce baume sur notre orgueil, sur notre
impatience, et nous guérirons; nous détruirons
ces vices et nous cicatriserons les plaies qu'ils
nous ont faites ; nous aimerons et les
humiliations et les souffrances, puisque, en
Jésus-Christ et par Jésus-Christ, elles ont
procuré une si grande gloire à Dieu, et la lui
procureront en nous unis à Jésus-Christ. Voilà,
mon cher Fils, l'usage qu'il faut faire de notre
foi, spécialement dans l'oraison, sans doute,
mais aussi dans tout le cours de notre vie.
[…]
Je désire, mon cher Fils, que vous puissiez
voir dans ce petit abrégé la pratique générale
de la foi dans le cours ordinaire de la vie, et
spécialement dans l'oraison, qui est le pivot sur
lequel roule toute la vie chrétienne et
religieuse.
79
80
SYMBOLE DES APOTRES
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique,
notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit,
est né de la Vierge Marie,
a souffert sous Ponce Pilate,
a été crucifié, est mort et a été enseveli,
est descendu aux enfers,
le troisième jour est ressuscité des morts,
est monté aux cieux,
est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d'où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l'Esprit Saint,
à la sainte Eglise catholique,
à la communion des saints,
à la rémission des péchés,
à la résurrection de la chair,
à la vie éternelle. AMEN !
SYMBOLE DE NICEE
Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre,
de l'univers visible et invisible.
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles.
Il est Dieu, né de Dieu,
81
Lumière, née de la lumière,
vrai Dieu né du vrai Dieu.
Engendré, non pas créé,
de même nature que le Père
et par Lui tout a été fait.
Pour nous les hommes et pour notre salut,
il descendit du ciel.
Par l'Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie,
et s'est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Ecritures, et il monta au ciel ;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire,
pour juger les vivants et les morts ;
et son règne n'aura pas de fin.
Je crois en l'Esprit Saint,
qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils,
il reçoit même adoration et même gloire ;
il a parlé par les prophètes.
Je crois en l'Eglise,
une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême
pour le pardon des péchés.
J'attends la résurrection des morts,
et la vie du monde à venir. AMEN !
82
IIe Partie
83
84
INTRODUCTION
(Cf. RAYMOND HALTER SM, ECRITS D'ORAISON,
Fribourg (Suisse) 1969, P. 9...26)
87
La METHODE D'ORAISON SUR LE
SYMBOLE (1840)
Considéré par les Marianistes comme un des
traités les plus importants du P. Chaminade, ce
texte cristallise toute sa pensée sur l'oraison. Dans
cette méditation du Credo, tout est centré sur la
foi et l'exercice de la vertu de foi, source de la vie
spirituelle. Un deuxième caractère s'en dégage :
celui de totalité. Chaminade aime ce qui est
universel. A travers le Credo, c'est à la totalité de
la foi catholique qu'il demande l'épanouissement
de la personne. Tous les dogmes sont des
semences de vie. Il ne faut en rejeter aucun.
Chacun est capable d'apporter à l'âme une
purification propre. L'ensemble est nécessaire à la
conversion du vieil homme en homme nouveau.
Inséré comme un élément conscient dans
l'immense projet de Dieu sur l'histoire humaine,
le chrétien, à l'imitation du Christ, le Premier-Né,
est conçu du Saint-Esprit, il naît de la Vierge
Marie. Sa souffrance continue la souffrance
rédemptrice du Christ, sa résurrection est
résurrection avec le Christ et vie éternelle, déjà en
cette vie par l'Eglise et un jour dans la Jérusalem
céleste. La vie du chrétien est incompréhensible
en-dehors de l'union au Christ. Le Symbole des
Apôtres lui retrace son itinéraire spirituel, du
baptême à la mort. Ainsi la méditation du Credo
permet de réaliser plus rapidement l'idéal de
l'oraison chaminadienne : connaissance de Dieu et
connaissance de soi-même dans la lumière divine.
88
Au début, la récitation du Symbole des
Apôtres peut paraître fastidieuse parce que l'esprit
glisse sur les mots. Pourtant chacun de ces mots,
vieux comme l'Eglise, est chargé de substance
mystique. Chacun résume de vastes tranches de la
Révélation et de la Tradition chrétienne. Dès que
la foi s'accroche à lui, il s'illumine par l'intérieur,
prend de plus en plus de relief et devient une
nourriture inépuisable pour l'âme. Dans ce
dépouillement total de la foi, l'Esprit Saint saisit
l'âme et l'élève à la connaissance et à l'amour de
Dieu. Ainsi la méditation sur le Credo est une
méthode, mais pas au sens classique de démarche
de la pensée par actes successifs, ou de processus
méthodique. Elle tient compte du comportement
global de la personne et l'amène au but de
l'oraison.
L'oraison sur le Symbole peut être sans cesse
reprise, parce que son objet divin est infini. Le
P. Chaminade a médité lui-même pendant des
années sur le Credo. On connaît certains de ses
disciples qui ont médité sur le Credo pendant
quarante ans ! Il y faut beaucoup de patience et de
courage. Dieu n'est pas pressé.
La préparation de la rencontre avec le Maître, il
faut la faire en union avec Marie, elle qui nous
donne le Christ et qui nous donne au Christ. Sa
maternité spirituelle lui fait jouer un rôle actif dans
notre conformité progressive au Christ. Marie
joue auprès du Christ total - l'Eglise de ses
disciples bien-aimés - la mission maternelle qui
était la sienne dans l'éducation du Christ
89
historique. Chaminade illustre le rôle de médiation
maternelle de Marie par l'histoire de Rébecca, dans
la Genèse, ou de Marie à Cana. Dans la pensée du
P. Chaminade, l'esprit d'oraison et la dévotion à
Marie se compénètrent intimement. "L'esprit
d'oraison doit être, écrit-il, avec la dévotion à la
sainte Vierge, la vertu caractéristique d'un
religieux de Marie." Les deux préparent des
apôtres pleinement engagés au service de Dieu et
de l'apostolat de l'Eglise.
La pensée du P. Chaminade va plus loin que la
simple formation spirituelle de ses disciples. Il
n'avait fixé aucun costume spécial aux religieux de
ses Instituts. Il avait perçu les conditions
nouvelles de vie et de relations humaines
qu'ouvrait pour le monde l'ère démocratique issue
de la Révolution française. Il avait vécu lui-même
à Bordeaux pendant la Terreur, se cachant sous
toutes sortes de déguisements. Il savait, par
expérience, que l'habit clérical peut éloigner
parfois les hommes de Dieu. Cependant une
séparation du monde reste nécessaire. Son
intuition est d'avoir voulu un costume qui soit
d'abord intérieur. La seule séparation efficace
dans une vie apostolique mêlée intimement à
l'existence quotidienne des foules est celle de la
sainteté. Or la foi attaque les vices à leur source
même, elle purifie le cœur et rectifie les puissances
affectives jusque dans leur racine inconsciente.
Elle structure l'organisme spirituel à l'image du
Christ. L'amour-propre cède la place à l'amour du
Christ. Alors seulement l'apostolat peut être abordé
sans costume religieux et sans danger pour la vie
90
intérieure. Les murs d'un monastère ne protègent
pas contre l'amour-propre. Par contre, un esprit de
foi intense rend féconde la plus humble vie
chrétienne. Ce but apostolique explique l'insistance
avec laquelle le P. Chaminade demande l'oraison
de foi dans la vie de ses disciples.
L'oraison chaminadienne est parfaitement
appropriée aux militants d'Action Catholique. Elle
les aide à acquérir une solide vie spirituelle et met
à l'intérieur d'eux un principe de séparation du
"monde". Ils ne peuvent "élever" les autres que
s'ils vivent eux-mêmes de la vie du Christ, s'ils
recherchent la sainteté. Comment se laisser
transformer par le Christ si l'on ne se met pas, de
façon régulière, en face de lui pour le regarder
vivre dans l'Evangile, pour juger ses propres
attitudes à la lumière de l'Evangile, pour orienter
sa vie sans cesse dans le sillage de l'Evangile.
"Nous devons être des images du Christ, dit
Chaminade ; ses actions doivent être les modèles
des nôtres : pour faire une copie il faut d'abord
jeter les yeux sur l'original".
Tel est le but de l'oraison de foi. Tout son
déroulement a été conçu en fonction de ce but : se
mettre en présence de Dieu, s'abandonner à l'action
sanctifiante de l'Esprit Saint, s'unir à la prière
maternelle de la Vierge, pour atteindre, par
l'exercice de la vertu théologale de foi, à une
ressemblance toujours plus grande avec Jésus-
Christ, Fils de Dieu, devenu fils de Marie, pour
sauver les hommes."
91
92
1. EN TOUTE CHOSE IL FAUT
CONSIDERER LA FIN
In omnibus respice finem !
93
éternellement absorbée dans une contemplation
extatique et fournira ainsi un éternel aliment au
divin feu d'amour qui brûlera notre cœur sans le
consumer, comme le feu du buisson ardent...
Voilà le ciel, voilà la vie que nous y mènerons,
si d'abord nous menons notre vie ici-bas selon la
volonté de notre Créateur. Tout notre bonheur sera
de voir, d'aimer et de louer Dieu et de goûter ainsi
le bonheur-même de Dieu.
1.3. Déjà sur terre, cette vallée de larmes, les
mêmes éléments de bonheur nous sont proposés.
Le bon Maître, que nous sommes appelés à servir,
veut nous faire essayer, pour ainsi dire, la félicité,
le bonheur, qu'il nous promet à la fin de notre
pèlerinage. C'est pourquoi il nous fait voyager sur
cette terre d'exil. Notre fin et notre unique but,
c'est de le connaître, de l'aimer et de le glorifier.
Quiconque n'atteindra point ce but, sera jugé
impropre au royaume du ciel, et rejeté...
Tout notre bonheur ici-bas consiste donc à voir
Dieu, à l'aimer et à le servir. Nous le voyons par
la foi, réellement et tel qu'il est, non pas certes
d'une manière directe, intuitive, mais, comme dit
l'Apôtre Paul, en énigme et dans un miroir (I Co
13,12). La lumière de la foi, infaillible comme la
lumière de la gloire du ciel, est essentiellement
moins lumineuse et moins parfaite. Toutefois, elle
éclaire assez les infinies perfections de notre Dieu,
pour inonder le cœur pur de joie parfaite,
d'ineffables délices, et lui faire désirer de toutes
ses forces le terme heureux de son pèlerinage : être
avec Dieu dans le ciel.
94
1.4. Rien ne coûte trop à l'âme qui a la foi, lorsqu'il
s'agit de prouver son amour à son bien-aimé, et
rien ne saurait le séparer de lui : ni la mort, ni la
faim, ni la soif, ni la nudité, ni la maladie, ni les
persécutions, ni les injures, ni l'enfer, ni la terre,
ni le ciel (Rm 8, 38-39)... L'âme jouit, elle
triomphe, elle est vraiment heureuse lorsqu'il s'agit
de souffrir pour le Dieu que la foi lui montre et lui
promet...
Il est donc évident que la fin de l'homme est de
connaître, d'aimer et de glorifier Dieu. La foi, le
bel ordre de la nature, et l'organisation, l'harmonie,
plus ravissants encore de la religion, sont
coordonnés à cette fin sublime. La terre est
comme le noviciat du ciel, un lieu d'initiation pour
le ciel : nous devons faire ici-bas ce que nous
ferons éternellement dans la maison du Père, au
sein de la divinité. Poursuivre cette fin, ce n'est pas
facultatif : nous devons y tendre pour que déjà elle
nous rende vraiment heureux dans le temps de
notre vie terrestre, et surtout pour mériter d'être
heureux dans l'autre vie. Telle est notre croyance.
Nous croyons aussi que l'homme est incapable de
lui-même à atteindre ce but, parce que le péché, en
le dégradant, l'a rabaissé en-dessous d'une si noble
destinée ; et parce que, de toute façon, dans l'ordre
du salut il ne peut rien sans la grâce.
1.5. Le Sauveur du monde nous apprend lui-même
que la condition indispensable pour voir Dieu,
c'est d'avoir le cœur pur (cf. Mt 5,8). C'est donc
en vain que l'âme serait éclairée des plus brillantes
splendeurs de la foi si le cœur n'était pas pur. Cette
95
foi, retenue captive, ne servirait qu'à la rendre plus
coupable et plus malheureuse.
1.6. Ainsi tous nos efforts, tous nos travaux, tous
nos combats, doivent tendre à purifier notre cœur.
Et c'est là effectivement tout l'objet du
christianisme. Car, avoir le cœur pur, c'est n'aimer
que Dieu, ne chercher que lui et ne tendre qu'à lui
de toutes ses forces ; c'est fuir le péché et l'ombre
du péché ; c'est observer les lois de Dieu, craindre
sa justice, adorer ses volontés suprêmes ; en un
mot, avoir le cœur pur, c'est pratiquer la foi, c'est
mettre en oeuvre les leçons de la foi. On voit ainsi
que la foi qui fait voir Dieu c'est celle qui purifie le
cœur, c'est-à-dire la foi opérante, la foi active.
Or qu'est-ce que le christianisme, sinon la
pratique des enseignements de la foi ? La foi
nous dit que tous les fils d'Adam, par suite de la
désobéissance de leur premier père, naissent
esclaves de la triple concupiscence : des yeux, de
la chair et de l'orgueil ; qu'au baptême, ces trois
concupiscences sont, il est vrai, soumises à l'âme
qui les domine, mais qu'elles ne sont pas détruites,
et qu'elles militent sans cesse pour reprendre le
pouvoir qu'elles ont perdu. Enfin la foi ajoute que
le monde et l'enfer unissent leurs efforts aux efforts
déjà trop redoutables de la chair pour perdre
l'esprit.
Jésus-Christ n'est venu parmi nous que pour
abolir notre honteux esclavage, et pour nous rendre
capables de nous maintenir dans la liberté, car il
nous a libérés par son amour jusqu'à la mort. Les
moyens qu'il nous a laissés sont : les sacrements,
96
les vertus théologales de foi, d'espérance et de
charité (cf. I Co 13,13), les vertus morales, les
dons du Saint-Esprit et sa loi. Certains de ces
moyens sont pour l'esprit et les autres pour le
cœur : tous concourent effectivement à purifier
notre cœur et à nous faire voir Dieu. Mais il faut
les mettre en oeuvre ; car Dieu a voulu que notre
perfection soit certes son oeuvre mais pas au point
de rendre inutile notre coopération.
97
"Lorsque Marie confrontait en elle-même tout ce
qu'elle avait appris pour l'avoir lu, entendu ou vu,
comme elle grandissait dans la foi, comme elle
progressait en mérite, comme elle était éclairée par
la sagesse, comme elle s'enflammait de plus en
plus du feu de l'amour !
En revivant la révélation des mystères célestes
qui lui avait été proposée, elle était comblée de
joie, merveilleusement fécondée par l'Esprit, et elle
s'élançait vers Dieu tout en demeurant dans
l'humilité. De tels progrès dans la grâce divine
élèvent jusqu'aux sommets et transfigurent de
gloire en gloire.
Heureuse, certes, l'âme de la bienheureuse
Vierge : habitée par l'Esprit et par son
enseignement, elle obéissait toujours et en toutes
choses aux ordres du Verbe. Elle n'était pas guidée
par son sentiment personnel, par sa propre
décision ; mais ce que la sagesse suggérait
intérieurement à sa foi, elle l'accomplissait
extérieurement par son corps. Il convenait bien à la
divine Sagesse, qui bâtissait, pour y habiter, la
demeure de l'Eglise, il lui convenait d'employer
Marie la toute sainte pour procurer l'observance de
la loi, la purification de l'âme, l'idéal de l'humilité
et le sacrifice spirituel.
Imite-la, âme fidèle. Pour te purifier
spirituellement et pouvoir te délivrer de la maladie
du péché, entre dans le temple de ton cœur. Dieu y
98
regarde notre affection, les dispositions de notre
cœur, plus que notre ouvrage, en tout ce que nous
faisons. Aussi nous pouvons, par le désir de la
contemplation, nous jeter en Dieu pour ne penser
qu'à lui ; ou bien nous pouvons chercher notre
équilibre par le progrès des vertus et des activités
profitables à notre prochain ; en tout cela n'ayons
pas d'autre mobile que l'amour du Christ. Voilà
quel est le sacrifice spirituel de purification qui est
agréable à Dieu. Il ne s'accomplit pas dans un
temple matériel, mais dans le temple de notre cœur
où le Christ Seigneur fait avec joie son entrée."
99
100
2. DE L'ORAISON
101
les plans de sa sagesse et le ravissant ensemble de
ses oeuvres, s'abaisse en voyant sa propre
petitesse, admire et adore la bonté de ce grand
Dieu qui daigne l'accepter en sa présence. La
beauté du ciel, les bienfaits dont elle a été
comblée, les excellences de son Dieu, sa sainteté et
sa justice, et, de son côté, la hideuse dégradation
causée par son état de pécheur, son énorme
ingratitude, le souvenir de ses mauvaises actions,
la vue de sa faiblesse, agitent tour à tour son cœur
par les sentiments profonds du regret et de la
douleur, de l'amour et de l'espérance, de la honte et
de l'effroi.
Qui pourrait dire ce qui se passe dans une âme
éclairée par la foi, en présence de son Dieu ?
Quelles délices inexprimables, quelles joies pures,
que de douceur jusque dans les larmes qu'elle
répand ! Et puis, que de lumières lui sont
communiquées à proportion qu'elle s'abîme dans le
mépris et l'oubli de tout ce qui n'est pas Dieu :
lumières sur Dieu, qu'elle trouve de plus en plus
digne d'être aimé ; lumières sur elle-même, dont
elle approfondit de plus en plus la petitesse et
l'indignité ; lumières sur la créature, dont elle se
détache rapidement. Son cœur se purifie, sa foi
augmente ; et si elle continue d'être fidèle à la
grâce, elle arrive bientôt à cet heureux état où,
abîmée en Dieu, elle s'oublie totalement elle-même
pour contempler et ne faire que contempler les
infinies perfections de Dieu.
2.3. Considérée sous son véritable point de vue,
l'oraison est essentiellement fondée sur la foi :
102
son objet et son instrument doivent être la foi.
Emportée sur les ailes de la foi, l'âme s'envole,
pour ainsi dire, jusque dans le sein de Dieu, pour
contempler et admirer à leur source les vérités les
plus hautes de la révélation ; elle les considère, ou
dans leur magnifique ensemble, ou les unes après
les autres ; elle décompose, elle analyse à propos
de chacune les éléments de sa croyance ; elle
cherche à en pénétrer les secrets adorables. L'âme
ne dédaigne pas les détails les plus minutieux, les
principes les plus simples, les vérités les plus
communes : pourvu que la foi les lui présente, elle
ne les considère plus que comme des choses
dignes de l'occuper tout entière. Mais dans
l'oraison, l'âme ne se borne pas à considérer et à
étudier les divers éléments de la foi ; elle en
examine les fondements, la certitude, la beauté,
l'excellence et le bonheur, et, déplorant la folie et
le malheur de ceux qui ne croient point, elle
considère avec humilité le fait d'avoir été éclairée
de préférence à tant d'autres ; elle remercie et
vante la royale magnificence de son Dieu.
2.4. Après avoir ainsi contemplé les grands objets
de notre foi, - Dieu et soi -, l'âme cherche à se
rendre compte de sa foi ; et bientôt, frappée de la
voir si faible et si mourante, elle s'y exerce avec
ardeur, disant à Dieu avec les Apôtres : "Seigneur,
augmente en nous la foi !"(Lc 17,5) ou avec le
centurion : "Seigneur, je crois, mais viens en aide à
mon peu de foi !" (Mc 9, 24)
2.5. Puis, en comparant sa foi, toute faible, toute
misérable, avec sa conduite passée et présente, elle
103
se sent pleine de regret, de confusion et de
douleur. Elle se fait toute petite devant Dieu. Elle
est tout étonnée de se voir aussi vile, aussi ingrate,
et, en même temps, aussi favorisée par de
nombreuses grâces et de nombreuses faveurs
célestes. Elle reconnaît volontiers son indignité et
ses misères.
2.6. Comme elle admire de plus en plus la
grande, l'ineffable bonté de son Dieu qui, au lieu
de la foudroyer comme elle le mérite, l'accepte en
sa présence, la comble de biens, et la presse de
revenir à lui : comme s'il avait besoin de ses
hommages !
2.7. C'est ainsi que l'âme, dans l'oraison de foi,
apprend à connaître Dieu et à se connaître elle-
même ; et ces deux connaissances sont tellement
unies, qu'avancer dans l'une, c'est avancer
parallèlement dans l'autre.
A force de connaître mieux les infinies
perfections de Dieu, elle s'attache à son amour
avec plus de force, elle est capable de plus de
sacrifices.
A mesure qu'elle se connaît mieux elle-même,
elle s'abaisse, elle s'anéantit davantage dans la
conviction, dans l'évidence intuitive de ses
faiblesses, de ses misères et de ses imperfections ;
elle ne se reconnaît vraiment pas digne d'amour.
Elle finit par demander au ciel la grâce de ne plus
se surestimer ni trop s'aimer elle-même.
2.8. La connaissance de Dieu, d'une part, et de sa
propre insignifiance, d'autre part, lui fait découvrir,
104
de plus, combien est vilain et odieux le péché qui
attaque la majesté infinie de Dieu, blesse sa haute
sainteté, et défie son irréprochable justice ; le
péché d'une faible créature qui n'a rien, qui ne peut
rien, qui dépend en tout de celui qu'elle abuse pour
l'offenser. Alors sa douleur s'agrandit, ses regrets
deviennent plus poignants, son cœur se déchire ;
elle crie vers le ciel pour implorer sa grâce en
même temps que la juste punition qu'elle mérite de
la part du Seigneur.
Alors son humilité prend racine ; la pénitence et
la mortification lui deviennent chères ; comme
Job, elle bénit la Providence pour les maux qu'elle
permet (cf. 2,10)... Alors son cœur se purifie,
l'amour divin s'y établit, et l'âme qui contemple
Dieu par la foi commence à savourer les avant-
goûts du ciel.
2.9. Nous venons de tracer rapidement la nature,
l'objet et l'instrument de l'oraison ; ajoutons
quelques mots sur ce qui motive l'âme dans cet
admirable échange interpersonnel et la fait
progresser.
Il ne faut pas croire que faire oraison c'est suivre
son esprit et ses idées propres dans la
considération des grands objets de notre foi. Une
oraison de cette nature ne mènerait à rien de bon :
tout au plus elle pourrait servir à approfondir un
sujet d'étude ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle
développerait infailliblement la suffisance et
l'orgueil de l'esprit.
2.10. L'âme qui se tient devant son Dieu, toute
105
pénétrée de la grandeur et de l'excellence de ce
Dieu, en même temps que de sa propre petitesse et
de ses profondes misères, s'abaisse et adore,
invoque l'assistance divine du Saint-Esprit et de
l'auguste Marie, et puis se laisse conduire par ces
guides éclairés ; elle se garde bien de suivre ses
propres lumières, parce qu'elle en a reconnu la
vanité, la faiblesse et l'insuffisance. Si pendant
l'oraison elle fait des considérations intellectuelles
ou porte des jugements de valeur, c'est parce que
l'Esprit de Dieu l'y pousse : elle n'a besoin que
d'ouvrir les yeux de son âme à la lumière de la foi,
et dès lors elle voit, elle admire, elle contemple,
elle s'estime heureuse de voir et de contempler ;
elle loue Dieu, elle le remercie, elle déplore sa
propre ingratitude et invoque le pardon de Dieu...
2.11. Quand on parle d'oraison parmi les personnes
qui ne connaissent effectivement pas grand chose à
la vie spirituelle, on en parle comme d'un exercice
dans lequel seule une certaine classe de gens
pourrait réussir. On se figure d'abord qu'une
condition indispensable à l'oraison, c'est
l'instruction : un homme du peuple, un illettré, dit-
on, ignorant, peu instruit sur ses devoirs religieux,
serait par le fait même tout à fait inapte à
l'oraison...
Etrange illusion ! perfide ruse de l'esprit des
ténèbres ! Car cet homme du peuple, ce pauvre
religieux domestique qui ne sait même pas lire, je
suppose, est pourtant bien appelé à voir Dieu dans
le ciel, à l'aimer et à le louer, comme vous ; il est
aussi bien appelé que vous à connaître, aimer et
106
servir Dieu ici-bas, et vous voulez qu'il soit
incapable de faire oraison, c'est-à-dire de pratiquer
un exercice qui a pour raison d'être d'apprendre à
connaître Dieu et à se connaître soi-même ? Pour
être logique, dites plutôt, si vous l'osez, qu'il est
impropre à connaître Dieu, impropre à l'aimer,
impropre à le servir, ou bien qu'il est condamné à
aimer et à servir Dieu sans le connaître !
Sans doute, il est incapable de pratiquer
cette espèce d'oraison qui consiste davantage à
faire travailler l'esprit humain qu'à laisser agir
Dieu dans la personne humaine ; cette oraison qui
ressemble plus à une thèse théologique ou
philosophique qu'à une considération de foi. Mais
ce genre d'oraison n'est pas autre chose qu'une
étude plus ou moins sèche, où l'esprit et le
raisonnement jouent un rôle plus important que la
foi et le cœur. J'avoue qu'il est heureux d'être
inapte à un tel genre d'oraison puisque qu'il
constitue plutôt un dangereux écueil pour la foi et
pour l'humilité qu'un solide avantage.
Il est probablement impropre à ce genre
sublime d'oraison auquel sont parvenus les grands
saints que sont Thomas d'Aquin, Bonaventure,
Bernard. Et encore, peut-on dire cela, puisque
après tout, c'est l'Esprit Saint lui-même qui est
l'initiateur de l'âme droite et simple qui pratique
l'oraison ? Il faut lire les exemples de tant de saints
ermites, de la plupart des moines qui ont peuplé les
déserts et qui ignoraient généralement les
connaissances les plus indispensables ; les saints
les plus grands, tels que les Antoine, les François
107
d'Assise, les Ignace, les Rodriguez... et puis tant de
laïcs qui n'avaient pas reçu une instruction ni une
éducation très poussées et qui se sont pourtant
montrées très expertes, très éclairées dans les voies
de l'oraison la plus sublime... Quand on lit la vie
des Pères du désert et les Vies des Saints, on ne
peut plus croire que les gens peu instruits comme
le commun des fidèles, soient incapables de bien
faire oraison.
2.12. L'instruction serait-elle donc parfaitement
inutile dans l'oraison ? - Non, il ne faut pas dire
cela. Si elle n'est peut-être pas indispensable cela
ne veut pas dire qu'elle soit inutile. Ma pensée est
que celui qui croirait faire oraison en étalant, en la
présence de Dieu, les plus belles considérations sur
une vérité quelconque, à supposer même que ce
soit sans orgueil de sa part, serait dans la plus
grossière erreur. Il ferait tout au plus une répétition
utile de ce qu'il a étudié. La personne qui se tient
en présence de son Dieu ne lui fait ni grands
discours ni longs raisonnements mais elle écoute
l'Esprit Saint et le prie de parler lorsqu'il paraît se
taire. Eclairée par la foi, appuyée sur l'espérance et
embrasée par la charité divine, la personne qui fait
oraison s'élève à Dieu sans crispation et sans
effort.
2.13. Si l'oraison la mieux faite était celle où l'âme
a développé les plus belles et les plus justes
considérations intellectuelles, il faudrait conclure
que la contemplation n'est pas aussi parfaite que la
réflexion intellectuelle, puisqu'on se tient dans
l'oraison comme une idiote, (passez-moi la
108
comparaison) qui ne sait que voir, c'est-à-dire
comme un enfant qui ne sait que regarder, sans
rechercher ni les pourquoi ni les comment... Or,
une telle conclusion est évidemment contraire aux
principes.
2.14. Si on me demande quel usage légitime on
peut faire dans l'oraison de ses talents et de ses
connaissances, je répondrai à cette question
difficile.
On rencontre des confesseurs qui, en se basant
sur les aveux de leurs pénitents, conseillent à ces
derniers de vaquer à une autre occupation qu'à
l'oraison, puisqu'ils n'y font que peu ou pas de
progrès ; ils leur prescrivent donc d'autres
pratiques de piété, comme des lectures et des
prières vocales.
Quelle illusions ! Au lieu de rechercher la
cause du mal pour en stopper les conséquences,
comment peut-on proposer à quelqu'un de
renoncer à l'oraison, un exercice aussi
indispensable à toute âme qui veut marcher dans
les voies de la perfection ?!
Le pénitent se plaint qu'il ne peut faire oraison
et qu'il est continuellement distrait, agité par les
pensées les plus bizarres pendant ce saint
exercice ; habituellement tranquille, il suffit qu'il
se livre à l'oraison pour être assailli par les
distractions : en conséquence, il gaspille son
temps, il offense Dieu au lieu de lui plaire... Mieux
vaudrait, conclut-il, ne plus faire oraison pour un
temps... Et il demande l'avis de son directeur
109
spirituel, qui osera répondre gravement : "Il paraît
que le bon Dieu, pour vous éprouver, se retire de
vous. Eh bien ! prenez patience, et attendez le
moment où il se rapprochera de nouveau de vous ;
mais entre temps, faites telle ou telle bonne oeuvre
à la place de votre oraison."
2.15. Quelle décisions ! Evidemment, elle fait
plaisir au pénitent qui l'a sollicitée ! Plus d'oraison
jusqu'à ce que Dieu revienne : c'est-à-dire, "restez
loin de Dieu, tant que Dieu restera lui-même loin
de vous ; et tenez ferme jusqu'à ce qu'il se
rapproche de vous, et puis vous vous rapprocherez
de lui". Celui qui prend une décision aussi carrée
ne sait sans doute pas qu'une sainte Thérèse
d'Avila resta fidèle pendant dix ans à faire
l'oraison, alors que c'était pour elle un supplice ; et
que pendant une période d'épreuve aussi terrible,
elle multipliait ses oraisons et ses visites au Saint-
Sacrement, malgré que c'était pour elle un martyre.
Thérèse n'aurait sans doute pas approuvé la
décisions du pénitent dont nous venons de parler.
Un saint Jean de la Croix était délaissé de Dieu des
années entières, et n'en était pas moins fidèle ; un
saint François de Sales comme un saint Ignace
furent aussi éprouvés de la sorte ; mais au moment
même de ces délaissements, ils n'avaient pas idée
de se retirer de l'oraison : au contraire, ils s'y
appliquaient davantage. Il suffit d'ouvrir les Vies
des Saints pour trouver d'autres exemples.
2.16. Je dirais donc aux personnes qui se plaignent
de leurs sécheresses et de leurs distractions :
110
1. Comment vous y prenez-vous pour faire
oraison ?
Quel zèle, quelle bonne volonté y apportez-
vous ?
Quels efforts faites-vous pour repousser les
distractions qui vous assiègent ?
2. Quelle est la nature de ces distractions ?
Viennent-elles de l'esprit ou viennent-elles du
cœur ?
Comment repoussez-vous les unes et les autres ?
3. Quelles sont, en définitive, les causes de toutes
ces sécheresses et de toutes ces distractions ?
2.17. Ces causes sont de deux sortes, les unes
positives, et les autres négatives ; les unes, qui sont
la versatilité de l'esprit, l'orgueil du cœur, le
tempérament, les passions ; les autres, qui ne sont
qu'un manque de soins et de préparations, un
manque des dispositions indispensables à l'oraison.
On n'improvise pas l'oraison : je veux dire qu'on ne
va pas à l'oraison sans préparation aucune, et que
celui qui y va de la sorte est coupable des obstacles
qui viennent de sa négligence et son insouciance.
2.18. Le résultat d'un tel examen fait
consciencieusement serait inévitablement celui-ci :
gardez-vous d'abandonner l'oraison !
C'est votre faute si elle vous coûte tant ;
commencez par vivre de manière à contenter
davantage l'Esprit de Dieu, et tout ira bien ; faites
111
d'abord votre possible et le Saint-Esprit fera le
reste.
Nous dirons plus tard les dispositions dans
lesquelles il faut être habituellement pour bien
faire oraison.
Lorsque ces sécheresses viennent de Dieu, alors que l'âme
se garde bien de s'attrister et de prendre l'oraison en dégoût ; qu'elle
prenne courage, qu'elle s'humilie en se disant qu'elle est tout à fait
indigne que Dieu se communique à elle.
Les sécheresses qui viennent de Dieu sont plus
rares qu'on ne pense ; souvent on attribue à Dieu
ce dont il est plus peiné que l'âme elle-même. C'est
au sage directeur spirituel à savoir distinguer ce
qui vient de Dieu de ce qui ne vient pas de lui.
Lorsqu'on examine sérieusement l'ensemble de la
vie, et les efforts et les sentiments de l'âme qui
avoue ces sortes de sécheresses, il est difficile de
se tromper parce que tout porte le sceau de l'action
divine.
112
3. METHODE D'ORAISON
113
exercice. Mais une fois que l'âme s'y est un peu
exercée, elles cessent peu à peu d'avoir la même
importance ; on finit même par les abandonner,
comme l'enfant lâche la main de l'adulte, une fois
qu'il sait et qu'il peut marcher seul.
3.2. Notre méthode, à nous, c'est de n'en point
avoir ; ou plutôt, si l'on veut donner le nom de
méthode à la pratique que nous allons exposer,
voici notre méthode.
Nota : Avant de l'exposer, il est bon de rappeler en
deux mots les principes généraux que nous avons
énoncés plus haut sur notre fin et sur l'oraison.
Créés pour connaître, aimer et louer Dieu, nous ne
devons vivre que pour remplir cette sublime tâche.
Toutes nos pensées, toutes nos affections, tous nos
soupirs, toutes nos actions doivent être pour Dieu :
quoi que nous fassions et quoi que nous disions,
tout doit remonter vers l'auteur de notre être. C'est
St Paul qui le dit expressément (cf. I Co 10,31) ; et
telle est la foi de l'Eglise.
Dans l'oraison l'âme fait à Dieu le plus grand
des sacrifices, celui de sa raison, par la foi. Elle
apprend à connaître elle-même, double
connaissance qui la conduit à aimer, à louer Dieu,
comme il le demande. L'oraison doit être toute de
foi, rouler sur les vérités de notre foi, et à la
lumière de la foi. L'âme est, par elle-même,
incapable de faire oraison ; il faut qu'elle
s'abandonne à la direction de l'Esprit de Dieu, pour
ne considérer que ce qu'il inspire et qu'autant qu'il
l'inspire, sacrifiant ainsi ses propres lumières, pour
ne suivre que l'attrait divin.
114
3.3. La pureté du cœur est tout le but de
l'oraison
C'est de ces principes, bien compris et bien
entendus, que nous déduisons la pratique de
l'oraison, qui nous paraît conduire plus directement
et plus efficacement à la pureté du cœur, c'est-à-
dire à la vue de Dieu. Cette pratique, par sa
simplicité extrême et par sa lumineuse clarté,
convient à toutes sortes de personnes. Elle a pour
elle la sanction de l'expérience. Du reste, elle est
sûre et éclairée, puisqu'elle a la foi pour principe,
pour objet, et pour moyen.
115
116
4. PRATIQUE POUR LES
COMMENÇANTS
118
article : je le récite mentalement avec toute
l'attention possible, et puis, je me tiens en silence,
écoutant l'Esprit de Dieu. Je sens quelque attrait
intérieur à contempler Jésus-Christ comme
Sauveur ou comme Fils de
Dieu ou comme Roi, Prêtre, et Prophète ; eh
bien ! je m'arrête à le considérer sous le point de
vue qui me touche. J'interroge ma foi, je la
compare avec ma conduite ; je vois, par ma
conduite, combien ma foi est faible et imparfaite ;
et alors je m'humilie, je fais des actes de foi, et je
demande au Bon Dieu qu'il daigne l'augmenter.
Puis j'adore Jésus-Christ sous le point de vue qui
m'a touché ; je lui demande pardon de l'avoir
méconnu jusqu'alors.. Enfin, j'écoute ce que ma foi
me prescrit pour l'avenir à l'égard de ce mystère, et
j'implore de la bonté de Jésus-Christ et de sainte
Mère la grâce d'y être fidèle.
4.7. Après cela, je passe à un autre article, ou à une
autre considération, et je poursuis de la sorte, soit
en expliquant chaque mystère, soit en cherchant à
m'en rendre compte, soit en en tirant les
instructions pratiques qui en découlent, en
comparant ma conduite avec les devoirs que la foi
me fait voir clairement. Ainsi, pour m'arrêter à
cette dernière considération, serait-il possible
d'examiner la sainteté de Dieu sans y voir pour
moi l'obligation de la plus grande horreur pour le
péché ? Et lorsque j'ai acquis cette certitude de foi
sur l'horreur due au péché, horreur qui doit être
aussi immense que Dieu lui-même, ne suis-je pas
naturellement porté à comparer l'horreur que j'ai
119
avec celle que je devrais avoir ? Combien peu j'en
avais lorsque je me livrais au péché ; combien peu
il m'en reste, aujourd'hui que je commets le péché
si facilement ; et par suite, ne suis-je pas amené à
faire amende honorable à Dieu pour le passé et à
lui demander pour le présent une réelle horreur du
péché ?
4.8. J'arrive au mystère du Fils de Dieu fait
homme.
Je considère ou la sagesse ou la puissance,
ou la bonté de Dieu... dans ce mystère ;
l'anéantissement du Fils qui ne craint pas de revêtir
la forme de l'esclavage (cf. Phil 2) ; et je mesure la
grandeur du mal de l'homme à l'excellence du
remède divin contre ce mal.
Je considère un à un tous les prodiges de ce
mystère : un Dieu conçu par une opération divine
dans le sein d'une Vierge ; une Vierge qui conçoit
sans cesser d'être Vierge ; un Dieu caché sous
l'informe enveloppe d'un corps à demi formé dans
le sein d'une femme. Et ce Dieu ainsi caché, ainsi
anéanti, est le Dieu de l'univers ; et ce Dieu ainsi
caché a conscience de sa position et en subit les
pénibles rigueurs ! Et ce Dieu se soumet de la sorte
pour l'homme, pour l'homme ennemi, pécheur,
coupable endurci. Et ce Dieu naît comme
l'homme : comme l'homme il est faible et
souffrant ; il dépend de sa Mère, il a tous les
dehors d'un enfant : il pleure, il crie comme un
enfant, et cet Enfant, c'est Dieu ! Un Dieu qui croît
en sagesse aux yeux des hommes à mesure qu'il
grandit en âge ! Un Dieu, passer pour le fils d'un
120
artisan ! Un Dieu soumis à cet artisan ! travaillant
avec lui pour gagner sa nourriture comme un fils
du coupable Adam...
4.9. J'exerce ma foi sur chacune de ces merveilles,
et puis je cherche les conséquences qui en
découlent pour ma conduite. L'humilité, la
reconnaissance, et l'amour sont autant de
conséquences nécessaires de ma foi sur ce grand
mystère ; et de ces conséquences comme principes,
découlent d'autres vérités pratiques, que je réalise à
la lumière de la foi et dont je demande à Dieu et à
son Fils l'heureuse acquisition.
4.10. Si j'arrive au dernier article, la vie
éternelle, j'exerce ma foi sur cette vérité ; puis je
cherche à en acquérir une juste connaissance.
Qu'est-ce que la vie éternelle ? Est-ce la vie
présente ? Si ce n'est pas la vie présente, il y en a
donc une autre ; cette vie éternelle ressemblera-t-
elle à celle-ci ? Quelle différence y a-t-il entre
l'une et l'autre ? Combien de sortes de vie
éternelle ? Le paradis et l'enfer.
Le paradis, je crois au paradis ; je suis fait pour
le paradis ! Que ferai-je dans le paradis ? Si je suis
fait pour le paradis, et que le paradis soit une vie si
délicieuse et éternelle, je dois donc faire peu de cas
de la vie d'ici-bas ; je dois mépriser les joies et les
plaisirs de celle-ci ; je dois tout faire pour jouir de
la vie éternelle.
Or, que faut-il faire ? Dieu me l'a dit : suis-je
fidèle à l'observer ? Si je ne suis pas fidèle, je ne
121
veux donc pas du paradis ? Lorsque j'offense Dieu,
je ne pense donc pas au paradis que je perds ? ...
Je repense au passé ; douleur, regret,... amende
honorable, ferme propos, espérance, actions de
grâces au Bon Dieu, qui nous laisse encore le
temps d'acquérir le Ciel : tout sort de mes
considérations sur la vie éternelle, tout y est
renfermé.
Et si je porte les yeux sur l'enfer, que de
réflexions, que de considérations ! Que sont les
peines de la vie terrestre à côté de l'enfer ! Que
valent ces faux plaisirs de la vie à côté de l'enfer
qu'ils nous procurent ?... Il suffit de s'abandonner
simplement à l'Esprit de Dieu qui donnera ses
lumières vives sur toutes les vérités.
Ces sortes de considérations nous donnent une
idée de celles que l'Esprit de Dieu suggère.
4.11. Nous ne croyons pas qu'il soit possible de
s'arrêter de la sorte sur chaque point du Symbole
dans une seule oraison, parce que ce serait croire
l'impossible. Le Symbole a de quoi occuper toute
la vie humaine ; que dis-je, toute l'éternité,
puisque les saints dans le ciel seront éternellement
dans la contemplation de la divinité.
4.12. Quand on commence à faire oraison, on ne
s'arrête pas longuement sur chaque article ou
réflexion, parce qu'on se propose surtout de couper
court aux distractions. Pour cela, on se permet de
s'arrêter seulement quelques instants sur chaque
article, et même on se défend de s'arrêter sur ceux
qu'on ne goûte pas ; afin que l'esprit ne s'ennuie
122
point, et que le manque de goût de l'esprit
n'entraîne pas la démobilisation de la volonté.
Une fois qu'on est parvenu à une attention
telle qu'on peut passer tout le temps de l'oraison
d'une manière assez tranquille, on peut s'arrêter un
peu plus ; mais on exige toujours des uns et des
autres de ne pas s'arrêter sur les articles qui ne
touchent point, de s'arrêter peu sur ceux qui
touchent peu, et davantage sur ceux qui touchent
davantage. On recommande aussi à chacun de
revenir au cours de la journée sur les choses qui
ont frappé à l'oraison, et d'y exercer beaucoup sa
foi.
4.13. On exige de tous une instruction suffisante
et proportionnée aux dispositions de l'esprit sur le
Symbole ; ceux qui ne peuvent apprendre que les
instructions de leur catéchisme s'appliqueront à
bien les comprendre ; ceux qui pourront davantage
feront des lectures plus approfondies sur cette
matière. Il faut se former pour mieux comprendre.
On exige enfin une véritable volonté, un
dévouement réel. Il n'y a rien à espérer de la part
de celui qui ne veut pas. Or, il semble que pour
celui qui veut effectivement faire oraison, il suffira
de le faire entrer sérieusement dans la pratique que
nous avons exposée.
D'abord, il est certain qu'il ne faut pas de
grands efforts de volonté pour se tenir attentif une
minute ou deux, au moins, sur chaque article du
Symbole. Ensuite, pour peu que la personne soit
fidèle à rester attentive, et à écouter l'Esprit de
123
Dieu qui lui parlera infailliblement si elle est
tranquille, peu à peu elle goûtera les vérités du
Symbole ; elle y trouvera quelque attrait ; elle
aimera à s'y arrêter et à y revenir... Elle
commencera de comprendre que le Symbole est
effectivement un vaste sujet d'oraison, et surtout un
bon sujet où l'on ne trouve que plaisir et lumières ;
elle commencera à aimer vraiment les vérités de la
foi, celles surtout qui la frapperont davantage.
Si des distractions surviennent, elle les laissera
de côté, ne s'en occupera point : les considérant
comme des importunes et des ennemies qui
veulent entrer chez elle pour la priver des
consolations qui lui sont offertes, elle ne leur
ouvrira point la porte de son esprit ; que si elles
forcent la porte, eh bien ! elle aura recours à Dieu,
et au Symbole, qu'elle se mettra à réciter aussi bien
que possible, et de la sorte, elle déjouera le démon,
qui se retirera tout confus. A supposer que tout le
temps de l'oraison se soit ainsi passé à combattre
des distractions, eh bien, ce serait une oraison si
bien faite et si méritoire, que si la personne
remportait ainsi plusieurs victoires sur le démon,
celui-ci finirait par la laisser en repos. D'ailleurs, le
Bon Dieu, voyant les efforts de fidélité qu'elle fait,
vient à son aide, et la récompense largement tôt ou
tard.
4.14. On se figure, en commençant, qu'on se
fatiguera bien vite de revenir toujours aux mêmes
vérités, toujours au Symbole... : folie ! Si l'on est
fidèle à suivre la pratique indiquée, on ne tardera
pas à se convaincre du contraire.
124
On se figure aussi qu'on ne parviendra jamais à
faire oraison une demi-heure sans être distrait... :
autre folie, autre illusion, aussi funeste que la
première.
4.15. La pratique que nous proposons est, de
toutes les méthodes, la plus apte à éloigner les
distractions.
Quelques réflexions pour appuyer cette assertion.
1. Notre pratique est à la fois pour l'esprit et pour
le cœur ; notre oraison est à la fois un exercice de
méditation (esprit) et d'affection (cœur). La
manière dont elle dispose les considérations
intellectuelles est si variée, les sujets à considérer
sont si multiples, que l'esprit passe de l'un à l'autre,
selon que le cœur est touché ou ne l'est pas, sans
donner prise à l'ennemi. Si vous ne pouvez que
réciter, vous vous contentez de la récitation ; si
vous pouvez faire des considérations
intellectuelles, vous le faites ; dans tous les cas,
vous vous exercez dans la foi, puisque vous
formulez plusieurs actes de foi, et de cœur et de
bouche ; et de la sorte, le temps que vous passez à
l'oraison est partagé entre plusieurs actes, divers
par nature, et propres, par leur variété, à fixer
davantage l'attention.
2. Je connais la difficulté pour un commençant de
méditer une demi-heure sur une vertu chrétienne, sans
trop de distractions, ou sur une seule et même vérité.
Son cœur étant peu ou très peu ému, son esprit, entraîné
par la faiblesse des sentiments du cœur, s'égare au
premier souffle de la distraction.
125
Mais le danger de la distraction sera beaucoup
moins grand si vous occupez votre esprit par un
sujet d'oraison où les deux, l'esprit et le cœur,
trouveront de toute façon à choisir.
4.16. Mais, dira-t-on peut-être, cette pratique
d'oraison que vous proposez n'est pas une vraie
méthode ; ou plutôt, l'oraison que vous faites faire,
en la suivant, n'est pas une véritable oraison.
Je réponds : 1. Tous les Pères de la vie spirituelle
ont reconnu que c'était une véritable oraison. Le
nom dont ils ont cru devoir la désigner le prouve :
c'est, disent-ils, une oraison mixte.
2. Je dis que c'est une véritable oraison, et il ne
m'est pas difficile de le prouver : le but et le
grand objet de l'oraison, c'est sans doute de
purifier le cœur et de disposer l'âme à voir Dieu.
On ne peut voir Dieu ici-bas qu'à la lumière de la
foi ; et cette lumière qui est un don de Dieu, est
plus ou moins vive, plus ou moins parfaite selon
que l'âme plus favorisée a été plus ou moins fidèle.
C'est la foi qui nous fait connaître Dieu tel qu'il
veut être connu de nous ici-bas ; et toutes les
lumières qu'il plaît à Dieu de faire luire à nos yeux,
touchant sa nature et ses merveilles, ont été
rassemblée par les Apôtres en un faisceau
lumineux à la lueur duquel ils ont voulu
reconnaître tous ceux qui seraient fidèles au
Seigneur. Ce faisceau de lumières sur Dieu, c'est le
Symbole.
Enfin, cette foi qui nous fait connaître Dieu, c'est
une foi qui justifie, qui sanctifie, qui purifie en
126
même temps le cœur ; c'est cette foi que le Concile
de Trente a définie comme "la racine et le
fondement de la justification", la source de notre
sanctification.
4.17. Or si l'oraison a véritablement pour but de
disposer l'âme à voir Dieu, et si l'âme ne peut voir
Dieu que dans la mesure où le cœur est pur, il faut,
pour que l'oraison atteigne son objectif, qu'elle
porte sur la foi, car la foi en est le moyen
indispensable, le principe et le fondement.
Toute la perfection de l'homme consiste à
connaître Dieu et à se connaître soi-même.
Noverim Te, noverim me !, -"Que je Te connaisse
et que je me connaisse !" -, disait sans cesse St
Augustin ; prière magnifique que nous devrions
aussi répéter sans cesse. Or, où l'homme
apprendra-t-il à connaître Dieu et soi sinon dans
l'oraison, où Dieu lui-même nous promet de nous
instruire ? Comment Dieu se manifeste-t-il à nous
sinon par la foi ; et où est la foi sinon dans le
Symbole ?
Qui ne voit que toute oraison qui n'a pas la foi
pour objet, pour moyen et pour principe, est une
fausse oraison ? Qui ne voit aussi que considérer
les belles vérités de la foi dans leur ensemble,
comme dans le Credo, c'est nécessairement faire
oraison ? Et je demande ce que fait celui qui, après
avoir récité oralement le Symbole, le récite
mentalement, et s'arrête sur chaque article autant
longtemps que la grâce l'attire, pour y exercer sa
foi. Ne fait-il pas oraison ?
127
4.18. Nota : Nous entendons par "exercer sa foi" :
se représenter les éléments de sa foi sur une vérité
révélée, faire des actes de foi, de cœur et de
bouche, tirer les conséquences pratiques qui en
découlent, comparer sa conduite réelle avec ce
qu'elle devrait être, déplorer son aveuglement,
s'humilier, demander pardon au Seigneur,
demander une augmentation de foi et la désirer
ardemment...
Certes, celui qui fait tout cela finit par se faire
entendre du ciel, qui lui communique peu à peu de
plus vivres lumières. Et par cet accroissement de
foi, l'espérance devient plus ferme, l'amour plus
vif et plus pur, l'humilité plus profonde, les regrets
plus poignants et les désirs de voir Dieu plus
ardents. Dieu se plaît à éclairer davantage cette
personne, proportionnellement à sa fidélité. Et
voilà les fruits délicieux de l'oraison, de cette
extraordinaire communication entre l'âme et son
Dieu...
4.19. Il ne faut pas, du reste, s'attendre à recueillir
tout de suite de telles faveurs. Le pécheur, celui
en particulier qui s'est roulé dans la boue de
l'impureté, fait lui-même obstacle à
l'établissement du règne de Dieu en lui. Son esprit
et son cœur, asservis à sa nature charnelle, ne sont
plus capables, pour ainsi dire, de goûter les choses
de Dieu. Que d'illusions, que de ténèbres, il oppose
aux splendeurs de la foi ! Que d'obstacles il oppose
à la grâce dans sa volonté corrompue ! Que de
passions se soulèvent en lui et l'étouffent de leurs
fumées, dès qu'il pense à se lancer dans des
128
pratiques de renoncement, d'abnégation, d'humilité
et de pénitence ! Quelle horreur lui inspire la
pensée seule de toutes ces vertus !
Celui qui se trouve dans une telle situation - et
qui ne s'y trouve pas jusqu'à un certain point ? - ne
doit pas viser trop haut ; il ne doit surtout pas
s'impatienter s'il ne devient pas homme d'oraison
aussi vite que son fol orgueil le lui fait désirer.
Qu'il soit fidèle seulement, qu'il se reconnaisse
parfaitement indigne des communications de
Dieu ; qu'il s'humilie et qu'il s'anéantisse ; qu'il
attende le moment de sa délivrance complète, en
toute patience et en toute humilité.
Pour nous justifier et nous sanctifier, Dieu
procède avec une sage lenteur. Nos misères, nos
faiblesses et notre ingratitude ne l'y contraignent-
elles pas, d'ailleurs ? Attendons, mais attendons
avec confiance. Il y a beaucoup à faire, certes,
mais l'ouvrier est un Dieu ; évitons seulement de
mettre de nouveaux obstacles à ces divines
inspirations ; soyons fidèles...
4.20. Non, nous ne sentirons pas tout de suite en
nous, après quelques jours d'efforts et de fidélité,
une foi vive, une espérance inébranlable, ni une
charité ardente. Dieu se tiendra encore caché à
nos yeux, pour longtemps peut-être. Nous ne le
sentirons point, mais il n'en sera pas moins près de
nous pour cela. Jusqu'au moment où nos passions
se soumettront à la tutelle de notre foi, et que les
ténèbres de notre esprit se dissiperont, nous serons
alternativement agités par l'aridité et par quelques
consolations sensibles... Nous serons ballottés
129
plus longtemps si nous continuons à malmener
notre foi par mille et mille infidélités
quotidiennes... Si nous ne mettons pas en pratique
les conséquences de notre foi, même si elle est
encore très chétive ; si nous allons à l'oraison
comme à un exercice ordinaire de la vie, comment
osons-nous espérer que Dieu se montrera à nous ?
Si nous ne travaillons pas avec persévérance, si
nous ne coopérons pas à la grâce, si nous violons
sans cesse le pacte du Seigneur, si nous suivons
servilement les mouvements de la chair, si nous
continuions de déchirer la réputations de nos
frères, si nous ne sommes pas des observateurs
fidèles de nos règles et de nos vœux, comment
prétendrons-nous aux faveurs de l'oraison !...
Nous avons vraiment peu de raisons de nous
plaindre de la manière dont nous faisons
habituellement oraison ; que nous sommes mal
venus de nous plaindre de nos sécheresses et de
nos aridités, des distractions de notre esprit et de
l'insensible tiédeur de notre cœur !...
Commençons donc par nous approcher de
notre Dieu, et lui s'approchera petit à petit de
nous ; si nous sommes consacrés, observons les
règles auxquelles nous nous sommes soumis ;
remplissons les devoirs de notre état, surveillons et
maîtrisons tous nos sens, et surtout notre langue ;
vivons pour Dieu, vivons pour le ciel, vivons
conformément à nos plus hautes destinées ; et
après cela, si le Seigneur veut encore nous
éprouver, reconnaissons et adorons sa souveraine
bonté ; reconnaissons et confessons en toute
130
humilité que nous sommes des serviteurs inutiles...
131
Préparation à l'oraison (Ecrits d'oraison n°78)
1. Une excellente manière de se mettre en la
présence de Dieu est, à l'exemple de Notre
Seigneur Jésus-Christ au Jardin des Oliviers, de se
prosterner la face contre terre devant la Majesté
de Dieu, de s'anéantir intérieurement et de faire
plusieurs actes de foi en cette adorable présence.
- "Il tomba la face contre terre en faisant cette
prière" (Mt 26,39 Cf. Lc 22,41).
2. S'unir à Jésus-Christ, désirant prier comme
lui, avec lui et par lui.
Comme lui, désirant imiter surtout l'humilité, la
charité et l'unité de sa prière au Jardin des
Oliviers.
Avec lui, comme déjà il a prié pour tous et en la
personne de tous désirant être revêtu de ses
mérites, de son esprit et de sa personne.
Par lui, ne voulant rien demander qu'en son nom
et ne paraissant devant son Père que comme un
autre lui-même.
Ce n'est qu'en Jésus-Christ que Dieu reçoit les
hommages que nous lui rendons et nous accorde
les grâces que nous lui demandons. "A lui la
gloire, dans l'Eglise et le Christ Jésus, pour tous
les âges et tous les siècles" (Ep 3,21).
- Il est utile de purifier notre âme par plusieurs
actes de contrition.
132
3. Invoquer le Saint-Esprit, pour obtenir surtout
les trois caractères de l'union avec Jésus-Christ,
reconnaissant que nous-mêmes, nous ne saurions
ni faire oraison, ni former aucun bon désir, ni
même avoir une seule bonne pensée. Il faut
renoncer à ses lumières, à son propre esprit, qui
n'est rempli que d'aveuglement et d'erreur. Il faut
détester l'orgueil, sa curiosité et ses égarements.
133
134
5. EXERCICE DE LA PRESENCE
DE DIEU
135
5.2. "O mon Dieu, faites que je vous connaisse et
que je me connaisse moi-même ! Je ne suis qu'une
pauvre créature devant vous, un néant devant votre
majesté ; je suis même méprisable car j'ai ajouté au
néant de mon être le néant du péché !"
Dieu est tout et je ne suis rien ! Dieu est saint et
je suis couvert de souillures ! Dieu est juste et je
suis plein d'iniquité ! Dieu est bon et je suis
ingrat !
Quel échange peut-il y avoir entre Dieu et
moi ? Entre l'Etre et le néant, la souveraine
perfection et le péché ?
"O mon Dieu, vous voyez la situation
misérable de mon être, et pourtant vous me
supportez devant vous !
Vous ne me foudroyez pas !
Vous m'appelez à vous, au contraire, comme si
vous aviez besoin de mes hommages ! La vue de
tant de bonté me remplit de confusion ! A vous
toute gloire, à moi tout mépris ! A vous toute
louange, à moi la confusion.
Vous pouvez tout, et je ne puis rien ; soyez-en
béni ;
Vous avez une valeur infinie, et je ne vaux
rien ; soyez-en béni ; gloire à vous, Seigneur !
Vous êtes tout et je ne suis rien : faites que je
me mette aussi bas que je le mérite, faites que je
me connaisse tel que vous me connaissez, afin que
l'orgueil n'enfle plus mon esprit, et que mon cœur
136
ne se réjouisse plus que dans une authentique
humilité.
Oh ! mon Dieu ! je suis devant vous pour
m'acquitter de mes devoirs ; mais qu'avez-vous à
faire de mes hommages ! Aussi n'est-ce pas en
mon nom que je vous les offre, mais au nom de
votre divin Fils ; c'est en son nom et avec lui,
comme sa sainte Mère, que je me présente pour
vous louer et pour vous bénir, pour m'humilier et
m'anéantir à la vue de mes misères et de mes
mauvaises actions, pour vous remercier des grâces
sans nombre dont vous m'avez comblé, enfin pour
vous demander celles dont j'ai besoin pour vous
être fidèle aujourd'hui, en ce moment et à tous les
moments de ma vie.
Pénétrez-moi de la crainte de vos jugements, du
regret le plus vif de mes désordres passés, et de
mes infidélités présentes ; augmentez en moi la
lumière de la foi, afin que, vous connaissant mieux
et me connaissant davantage, je n'aime plus que
vous, je ne pense plus qu'à vous, je ne voie plus
que vous dans toutes choses.
5.3. Voilà pourquoi je suis à vos pieds pour
méditer, à la lumière qui émane de vous, les
vérités de la foi : aidez-moi, car je ne puis rien
sans vous.
Esprit Saint, auteur de toute lumière et de toute
grâce, c'est à vous de me diriger, c'est à vous de
me conduire ; je m'abandonne à votre direction ; je
renonce à mes idées personnelles comme à des
137
folies et à des bégaiements d'enfant, pour ne suivre
que les idées qu'il vous plaira de m'inspirer."
5.4. "O Marie, puisque vous êtes ma mère, c'est à
vous de me présenter à votre divin Fils ; rendez-
moi présentable comme il faut ; vous saurez bien
me gagner les bonnes grâces de votre Fils et
m'obtenir sa bénédiction, si vous voulez."
5.5. C'est par des prières de ce genre qu'on se met
en la présence de Dieu. Tous ces actes de piété
doivent rouler sur ces deux vérités fondamentales :
Dieu est tout et je ne suis rien. Exercer sa foi sur
ces deux vérités, et écouter ce que l'Esprit de Dieu
inspire à leur égard, voilà tout l'exercice de la
présence de Dieu.
5.6. On pose en principe que celui qui n'acquiert
pas l'heureuse habitude de l'exercice de la
présence de Dieu, ne fera jamais oraison. C'est
une grave erreur de croire qu'il suffit de faire
quelques actes de foi, d'adoration, d'humilité et de
contrition avant d'entrer dans l'oraison. Ces actes,
formulés par une habitude purement machinale, ne
signifient rien, n'aident pas ou n'aident que peu
l'âme à se recueillir, et la laissent à la merci de la
dissipation. Toutes les méthodes, qui exigent ainsi
quelques actes de foi, d'adoration, etc., comme
préparation immédiate à l'oraison, supposent
l'habitude de la présence de Dieu, sans laquelle les
actes qu'elles prescrivent seraient tout à fait
insignifiants.
Il faut donc s'exercer souvent, en-dehors de l'oraison, à
la présence de Dieu, afin d'en acquérir l'habitude.
138
5.7. "O mon Dieu, devons-nous nous écrier
souvent, vous êtes à côté de moi, vous êtes en moi,
vous êtes tout autour de moi, et je n'y fais pas
attention ! Vous me voyez sans cesse, vous
m'observez toujours, soit pour me protéger des
embûches de mes ennemis, soit pour m'inspirer de
saintes pensées, soit pour me soutenir, et je ne
vous vois point !
O mon Dieu, que vous êtes grand et que je suis
petit ! Que vous êtes beau et que je suis laid !
Soulevez un peu, je vous prie, le voile qui vous
cache à mes yeux, afin que je vous connaisse
mieux et que je me connaisse mieux moi-même,
afin que je n'aime que vous et non pas moi, que je
vous adore et que je m'humilie.
Vous le voyez, o mon Dieu, je veux absolument
me croire quelque chose : la vanité remplit mon
cœur et l'orgueil enfle mon esprit ; misérable
néant, j'oublie que je suis créature et que vous êtes
mon Créateur ; je vous oublie sans cesse et je
méconnais la main paternelle qui me nourrit, qui
m'habille, qui me défend et qui me garde en vie.
O mon Dieu, montrez-moi à moi-même tel que je
suis, afin que je m'humilie autant que je le mérite,
et que je n'aie plus la folie de me croire quelque
chose. Faites donc, Seigneur, que je vous
connaisse et que je me connaisse. Je crois à votre
divine présence, mais mes oeuvres attestent
combien ma foi est misérable et imparfaite. Mon
orgueil lui-même ne me permet pas d'en douter ;
augmentez donc ma foi ; rendez-la active, je vous
prie."
139
5.8. C'est par des actes de ce genre, répétés
souvent dans la journée, que l'âme acquerra
l'heureuse habitude de la présence de Dieu ; et
cette heureuse habitude une fois contractée, elle se
mettra et se renouvellera facilement en cette sainte
présence ! Il ne lui faudra ni effort, ni tension : la
présence de Dieu, habituelle dans sa pensée et
dans son cœur, imprimera à ses actes et à sa foi
une vivacité et une douceur ineffables.
5.9. Pour bien faire oraison, il n'est cependant pas
nécessaire d'avoir sans cesse la pensée actuelle de
la présence de Dieu ; nous savons trop que cette
pensée habituellement actuelle de la présence de
Dieu est une faveur du ciel, faveur aussi rare que
précieuse, que Dieu n'accorde qu'à quelques âmes
privilégiées.
Ce que nous exigeons, c'est la pensée
habituelle de la présence de Dieu, c'est-à-dire
l'heureuse habitude de se tenir en présence de Dieu
que l'on acquiert à force de se mettre souvent
volontairement en cette présence. Dans cet
heureux état, l'âme habituée et comme familiarisée
avec la pensée de la présence de Dieu, s'y
renouvelle avec la plus grande facilité, dès qu'elle
entre dans un lieu de culte ou qu'elle veut se livrer
à l'exercice de l'oraison.
5.10. Au contraire, ceux qui, en-dehors des
exercices de piété et surtout de l'oraison, n'ont pas
l'habitude de la présence de Dieu, ceux-là
éprouvent de grands difficultés pour se mettre et
pour rester en cette présence, soit dans l'oraison,
soit en assistant à la messe ; et voilà pourquoi ils
140
n'ont que peu de succès dans la voie de la
perfection. Comme cette pensée de la présence de
Dieu, par manque d'exercice et de foi, agit peu ou
pas sur l'esprit et le cœur, l'esprit et le cœurs sont
difficilement attentifs, difficilement touchés,
difficilement enclins à la méditation des vérités de
la foi : par contre, l'âme fortement pénétrée de la
présence de son Dieu, entretient des sentiments et
des attitudes profondes de respect, d'humilité, de
louange et d'amour ; elle n'ose pas, elle ne pense
pas à s'éloigner de son sujet, pour ne pas manquer
à son Dieu, qui est là, témoin de ce qu'elle fait : les
distractions qui surviennent ne la dérangent point ;
fermement attachée aux grands objets qu'elle
médite, elle soutient son attention avec facilité et
cette facilité grandit à mesure qu'elle avance de
plus en plus dans l'heureuse habitude de la
présence de Dieu.
5.11. Pourquoi peu de personnes réussissent-
elles dans l'oraison ? C'est qu'il y en a peu qui
acquièrent cette sainte habitude de la présence de
Dieu. Demandez-leur comment se passe leur
journée, comment se passent leurs différents
exercices de piété, et vous apprendrez qu'elles ne
peuvent pas se familiariser avec cette idée que
Dieu est avec elles ; qu'elles l'oublient
constamment, même dans leurs prières. Après
cela, serions-nous étonnés de ce qu'elles ne
réussissent pas dans l'oraison ? Pour moi, j'avoue
que je serais bien plus étonné d'apprendre qu'elles
peuvent réussir.
141
Car enfin, il est difficile d'imaginer que l'esprit
humain, si volage par nature, que son imagination
si vagabonde, et son cœur naturellement si attaché
à des vanités, se tiendront dans un respectueux et
tranquille silence aux pieds de la majesté divine,
pour écouter ses Paroles et goûter les belles vérités
révélées, si on ne les maîtrise pas par les exercices
de la présence de Dieu ? N'insistons pas plus sur la
nécessité de se familiariser avec la pensée de la
présence de Dieu pour bien faire oraison. Cette
nécessité est déjà trop évidente par elle-même pour
demander de plus amples démonstrations.
5.12. Nous savons que les deux grands pivots sur
lesquels doit rouler l'exercice de la présence de
Dieu, sont les deux vérités : Dieu est tout - je ne
suis rien. Il nous reste à dire encore quelques mots
sur les temps que l'on doit consacrer à cet
exercice lors de l'oraison. Disons d'abord qu'on ne
peut fixer aucun temps déterminé. Deuxièmement,
qu'on doit y demeurer aussi longtemps que l'Esprit
de Dieu et l'attrait de la grâce y attirent.
Troisièmement, qu'on aura réellement fait oraison
si l'on a bien passé tout le temps de l'oraison au
saint exercice de la présence de Dieu, parce qu'on
a fait tout ce qui est requis pour l'oraison,
puisqu'on a rempli le but de l'oraison, qui est
justement de demeurer en présence de Dieu.
Enfin, j'ajoute que les divers actes qui
produisent l'exercice de la présence de Dieu
doivent provenir du cœur, du sentiment et de la
conviction de la foi, et non pas d'une habitude
toute naturelle et toute machinale. Ceux qui
142
veulent sérieusement avancer dans l'oraison
s'exercent fréquemment à la pensée de la présence
de Dieu en-dehors du temps prescrit pour
l'oraison ; ainsi, grâce à l'habitude acquise, il leur
faut moins de temps pour se renouveler en la
présence de Dieu ; ce qui leur permet de consacrer
plus de temps à l'oraison proprement dite. Mais
l'exercice de la présence de Dieu n'est pas la seule
condition ; il en est d'autres qu'il s'agit d'exposer
plus au long.
143
144
6. TROIS DISPOSITIONS
NECESSAIRES A L'ORAISON
145
Jacob, qui ne savait qu'obéir, et qui, d'ailleurs,
était poussé par l'Esprit de Dieu, courut au parc à
bestiaux, égorgea deux superbes chevreaux, et les
apporta à sa mère. Le plat une fois préparé,
Rébecca alla chercher dans son armoire les habits
de sacrificateur d'Esaü, son aîné, qui les lui avait
confiés. Elle en revêtit Jacob, couvrit ses mains de
quelques fourrures, afin que le vieux Isaac, en le
touchant, se méprît ; puis elle l'accompagne vers le
lit du saint patriarche.
Isaac accepta avec plaisir le plat du nouvel
Esaü ; il le trouva bon ; et puis, prenant ses mains
dans les siennes, il dit : "Ce sont bien les mains
d'Esaü, mais c'est la voix de Jacob" ; et malgré
cela, il lui donna la bénédiction à laquelle les plus
grandes faveurs célestes étaient attachées.
Voilà, me semble-t-il, la figure la plus frappante
d'une première disposition à l'oraison : c'est
l'union à Marie. Car dans l'oraison, Marie est
pour nous comme une nouvelle Rébecca.
6.3. Depuis la nouvelle alliance conclue entre le
ciel et la terre, et scellée par le sang de Jésus-
Christ, Dieu le Père ne reconnaît que son Fils,
n'aime que son Fils, et ne nous adopte qu'en son
Fils qui est notre aîné (cf. Jn 17). Tout ce que nous
lui offririons par d'autres mains que celles de son
Fils ne serait pas agréé ; car c'est son Fils seul qu'il
a voulu pour notre grand-prêtre et notre médiateur.
Il faut donc s'unir au Fils pour aller à Dieu ; mais
comment nous unirons-nous au Fils, sinon par la
médiation de la Mère, dépositaire des habits, c'est-
à-dire des mérites de son Fils aîné ? Prions Marie,
146
la nouvelle Rébecca, de nous en revêtir, et de nous
présenter elle-même au Père qui, en voyant nos
vêtements et sachant qu'ils appartiennent à son Fils
aîné, nous bénira.
6.4. Marie a été constituée par son propre Fils, du
haut de la croix, notre Mère et notre tutrice. C'est
entre ses mains qu'il a déposé les trésors de ses
grâces, de sorte que nous la croyons la médiatrice
naturelle et constituée entre le Fils et les hommes,
comme le Fils est la Médiateur nécessaire entre
Dieu et les hommes. Nul ne peut aller au Fils que
par Marie, comme nul ne peut aller au Père que par
le Fils.
6.5. La médiation de Jésus-Christ est de foi ; si
celle de Marie n'est pas définie par l'Eglise, elle
est enseignée par la plupart des docteurs, tellement
qu'elle approche beaucoup de la foi, et qu'il serait
bien téméraire celui qui oserait nier ce fait. Et
certes, faut-il que le magistère de l'Eglise nous
intime par un canon l'obligation de croire à cette
vérité pour qu'elle soit constante ? Ne suffit-il pas,
pour de vrais catholiques, pour des fils dociles et
soumis, que la Hiérarchie leur fasse connaître sa
croyance par l'enseignement positif des
théologiens et des docteurs ? La toute-puissance de
Marie est trop évidente pour être contestée ; si une
mère a tout-pouvoir sur le cœur d'un fils bien né,
que ne pourra une Mère telle que Marie sur un Fils
tel que Jésus-Christ ?
Quand on parcourt les belles louanges que
l'Eglise lui adresse, les magnifiques attributions
qu'elle lui suppose ; quand elle nous prescrit de
147
chanter que Marie est notre Espérance, la Porte du
ciel, notre Avocate, notre Refuge, notre Secours,
peut-on douter que la foi de l'Eglise ne regarde
Marie comme notre médiatrice nécessaire ?
6.6. Et nous, membres d'une Société qui se fait
gloire d'appartenir à Marie d'une manière toute
spéciale, nous qui avons éprouvé tant de fois
l'efficacité et peut-être la nécessité de sa
médiation, nous qui en sommes les témoins et les
preuves vivantes, serions-nous assez ingrats, assez
fous, assez monstres, pour renier la plus belle des
prérogatives de l'auguste Mère de Dieu !
148
Fils, elle qui l'a si bien connu et qui l'a si bien
étudié ; elle qui a recueilli et conservé si
religieusement dans son cœur tous les oracles qui
sortaient de sa bouche.
Qui pourrait mieux nous initier dans ces
ravissants mystères de l'Incarnation et de la
Rédemption que Marie, elle qui y a joué un rôle
si important ? Si je contemple Jésus dans le sein de
Marie, que puis-je désirer de plus que de connaître
et d'éprouver quelque-uns de ces sentiments de foi,
d'espérance et d'amour dont sa Mère était tout
embrasée ? Si je contemple Jésus naissant, est-il
possible que je perde de vue la Mère qui l'enfante,
qui le tient dans ses bras, le presse sur son cœur, et
le présente à mes hommages et à mes adorations ?
Quel est le mystère de la vie du Sauveur dont
Marie soit absente ? Mais si la Mère est partout
où est le Fils, comment serais-je assez aveugle
pour ne pas le voir ? comment surtout serais-je
assez insensé, assez téméraire, pour séparer du Fils
la Mère, qui ne furent jamais séparés ?
L'union à Marie est donc une disposition
indispensable à l'oraison. Il faut nécessairement
qu'elle nous offre à son Fils, comme il faut que le
Fils nous offre à son Père, si nous voulons que
l'oraison nous branche sur les mystères de la foi et
nous en communique le dynamisme.
6.8. Une deuxième disposition également
indispensable, c'est l'union à Notre Seigneur
Jésus-Christ. Cette union à Jésus-Christ est de
foi ; nous croyons que depuis la chute d'Adam, nul
149
homme n'a pu aller à Dieu que par le Fils. Depuis
cette lamentable chute, la foi en Jésus-Christ a été
absolument nécessaire au salut ; tellement que
quiconque n'a pas cru au Christ, n'a pas été sauvé.
Nous croyons que la médiation de Jésus-Christ
comme Prêtre, comme Pontife, est également
indispensable au salut : depuis la désobéissance
de notre premier père, Dieu ne veut pas traiter avec
nous ; il ne nous connaît plus, il ne nous aime plus
comme son Fils. En conséquence, tout ce que nous
pouvons faire de plus grand et de plus méritoire,
n'est rien aux yeux de Dieu, si son Fils ne le lui
présente pas pour nous. C'est pourquoi le grand
Apôtre Paul nous dit : quoi que nous disions, quoi
que nous fassions, soyons toujours unis à Jésus-
Christ. Ainsi tout ce que nous ferons, même les
choses les plus communes, seront agréables à
Dieu, si son Fils les lui présente ; et au contraire,
Dieu rejettera tout ce qui lui sera offert par une
autre main que celle de Jésus-Christ, fussent-elles
les oeuvres les plus dignes de son divin cœur.
6.9. Ah ! qui sommes-nous pour prétendre aller à
Dieu par une autre voie que celle de Jésus
Christ ! Misérables créatures plus viles à ses yeux
que le néant, puisque nous portons la honte du
péché, nous devrions nous étonner sans cesse qu'il
nous supporte devant lui avec tant de longanimité ;
il nous aurait déjà foudroyés dans le sein de nos
mères, mais ses justes vengeances ont été
enchaînées par un bras tout-puissant ; et, si dès le
sein de nos mères le péché originel nous rendait
horribles aux yeux de Dieu, prétendrions-nous leur
150
paraître plus agréables aujourd'hui, alors que nous
avons ajouté au triste héritage d'Adam tant de
péchés personnels, tant d'iniquités mille fois plus
monstrueuses ?
151
notre Dieu, et ses excellences, et sa sainteté, et ce
qu'il a droit d'exiger de ses créatures ; à la lumière
de la foi, on reconnaît mieux aussi toutes les
misères humaines et ses genres d'indignités ; notre
passé nous apparaît dans ce qu'il a d'effroyable et
le présent n'a rien de rassurant.
6.13. Comme l'âme est laide et méprisable à ses
propres yeux lorsqu'elle est un peu plus éclairée
par la foi : consciente d'une part de ses propres
faiblesses et de l'autre de toute l'étendue des
devoirs qu'elle a transgressés jusqu'alors, elle
s'humilie, elle pleure, elle se confond, elle crie vers
le ciel, invoque son assistance et le prend à témoin
de ses vœux et de ses engagements ; ayant senti
combien il est ridicule de faire des promesses au
Seigneur sans jamais les tenir, elle comprend enfin
que c'est se moquer de Dieu ; et qu'aller à l'oraison
en vivant de la sorte, c'est tenter Dieu
imprudemment. Si l'on est tombé dans une faute
légère mais délibérée et qu'on ne l'a pas déplorée
amèrement, on éprouve à l'oraison des sécheresses
et des aridités qui signifient que Dieu s'éloigne de
nous ; à mesure qu'on est infidèle, on s'enfonce
dans les ténèbres.
A cause de cela, on est forcé de faire de gros
efforts pour éviter toutes les fautes délibérées, si
on veut que Dieu continue de se communiquer à
nous, si nous voulons que notre foi augmente et
que croissent notre horreur pour le péché et notre
amour pour la vertu. L'oraison ne fait pas encore
nos délices, il est vrai, mais nous savons déjà en
apprécier suffisamment les précieux avantages
152
pour nous y livrer le plus souvent possible ; et
comme notre méthode consiste essentiellement
dans la pratique, nous redoublons d'efforts pour
nous rendre de plus en plus à même de méditer.
6.14. Dans l'étude de Dieu et de soi-même, l'âme
découvre toujours en elle-même de nouvelles
raisons de se mépriser à cause des méfaits du
péché, et en Dieu de nouvelles raisons de l'aimer.
A mesure qu'elle avance dans la connaissance de
la Divinité, l'âme en découvre de plus en plus les
hautes excellences et les infinies perfections ; elle
découvre de plus en plus la laideur et l'énormité du
péché, son audace et sa perfidie, ses égarements et
ses ingratitudes, et de là découlent les sentiments
de la douleur le plus vive, de l'humilité la plus
profonde, de l'espérance la plus ferme, de l'amour
le plus ardent ; à partir de là elle se sent appelée
aux efforts et aux sacrifices les plus généreux. Les
efforts de pénitence qu'elle fait finissent par ne
plus la rebuter ; elle souffre avec patience les maux
et les contradictions que le ciel lui ménage ; elle
désire même les souffrances et recherche les
croix ; elle finit par se les imposer pour aller au-
devant des corrections que voudrait lui infliger le
Très Haut.
6.15. Voilà l'aboutissement de notre pratique ;
pourvu que l'âme se montre fidèle à la suivre
constamment ; j'ai dit pourvu que l'âme se montre
fidèle, parce que cette condition est indispensable,
et cela pour deux raisons :
a) la première c'est qu'il est impossible de faire
longtemps oraison de la manière que nous avons
153
enseignée, si l'on ne met pas en pratique ce que
l'on apprend. Effectivement, on arrive bien vite à
un tel point de dégoût et de malaise intérieur qu'on
ne peut plus se livrer à l'oraison ; parce que, pour
la tranquillité, on refuse de se laisser éclairer
davantage sur des devoirs auxquels on ne veut pas
être fidèle, ou pour la fidélité desquels on ne veut
pas faire les sacrifices exigés.
b) La deuxième raison, c'est que Dieu, irrité de
voir si peu de générosité dans cette âme lâche et si
peu courageuse, se retire d'elle, l'abandonne à
elle-même. Quel spectacle que celui d'une âme qui
comprend la nécessité du détachement des
richesses et qui ne veut pas s'en détacher ; et puis
qui retourne à l'oraison où elle découvre de
nouvelles obligations mais refuse de les remplir.
Un tel spectacle est insupportable d'abord à Dieu,
qui cesse bientôt d'éclairer cette âme infidèle, et
puis à l'âme elle-même qui, ne se sentant pas la
force de pratiquer ce qu'elle voit, craint de
s'éclairer davantage et fuit l'oraison où elle puisait
des lumières qui le dérangent. La fidélité pratique
aux enseignements de la foi est donc une
disposition indispensable, non seulement pour
faire des progrès dans l'oraison mais encore pour
continuer à la pratiquer.
Ainsi pour résumer tout ce que nous avons dit
sur les dispositions nécessaires à l'oraison, il faut :
1. Tirer les conséquence pratiques des lumières
de la foi qui sont communiquées dans l'oraison ;
2. s'exercer fréquemment à la présence de Dieu ;
154
3. rester habituellement unis à Jésus et à Marie,
ou, en d'autres termes, demeurer dans la foi,
l'humilité, la confiance et l'union à Jésus et à
Marie : voilà les dispositions dans lesquelles il faut
être pour tirer profit de l'oraison.
FIN
(cf. Ecrits d'oraison n° 511-584)
155
156
Post-scriptum
158
Table des matières
SYMBOLES DE FOI 3
Ière Partie : LA VIE EN ABONDANCE
P. Quentin Hakenewerth 5
PRÉFACE 7
1. Vérité fondamentale pour notre vie 9
2. Le don de la vie 11
3. A l'image de Dieu 13
4. Une œuvre à la fois de Dieu et de nous 15
5. Dieu désire nous rendre heureux 17
6. La foi 19
7. L'oraison de foi 22
8. La pureté du cœur…
pour une bonne oraison 25
9. Le 'vieil homme' en nous résiste 27
10. L'homme nouveau apparaît 32
11. Jésus, type de l'homme nouveau 34
12. Un cœur comme le cœur de Jésus 36
13. Le choix des sujets d'oraison 39
14. L'entrée dans l'oraison 41
15. La pratique de l'oraison
la méthode commune 47
16. Conclure l'oraison 51
17. L'examen de l'oraison 53
18. Il faut discerner nos mouvements
intérieurs 56
19. Difficultés rencontrées dans l'oraison 60
20. prier sans cesse.
Vivre en présence de Dieu 65
159
21. Devenir un homme nouveau par la
contemplation des mystères du Christ
69
22. Participer aux mystères de Marie 70
23. L'oraison et notre tâche apostolique 73
APPENDICE (résumé) 75
ANNEXE : Lettre du P. Chaminade (1842)
à M. Pérodin 78
SYMBOLES DE FOI 81
IIe Partie
METHODE D'ORAISON SUR LE
SYMBOLE DES APOTRES
G.–J. Chaminade (1840) 83
INTRODUCTION : R. Halter SM 85
1. En toute chose il faut considérer la fin 93
Sermon de St Laurent Justinien - pour la
fête du Cœur Immaculé de Marie 98
2. DE L'ORAISON 101
3. METHODE D’ORAISON 113
4. PRATIQUE POUR COMMENÇANTS 117
Préparation à l'oraison (E.O. n°78) 132
5. EXERCICE DE LA PRESENCE DE DIEU 135
6. TROIS DISPOSITIONS NECESSAIRES A
L'ORAISON 145
Post-scriptum 157
160