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Oraison : Guide de prière marianiste

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L'oraison

à l’école de
Guillaume-Joseph
Chaminade

Maison Chaminade
Bordeaux - 2007

1
2
SYMBOLE DES APOTRES
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique,
notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit,
est né de la Vierge Marie,
a souffert sous Ponce Pilate,
a été crucifié, est mort et a été enseveli,
est descendu aux enfers,
le troisième jour est ressuscité des morts,
est monté aux cieux,
est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d'où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l'Esprit Saint,
à la sainte Eglise catholique,
à la communion des saints,
à la rémission des péchés,
à la résurrection de la chair,
à la vie éternelle. AMEN !

SYMBOLE DE NICEE
Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre,
de l'univers visible et invisible.
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles.
Il est Dieu, né de Dieu,
3
Lumière, née de la lumière,
vrai Dieu né du vrai Dieu.
Engendré, non pas créé,
de même nature que le Père
et par Lui tout a été fait.
Pour nous les hommes et pour notre salut,
il descendit du ciel.
Par l'Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie,
et s'est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Ecritures, et il monta au ciel ;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire,
pour juger les vivants et les morts ;
et son règne n'aura pas de fin.
Je crois en l'Esprit Saint,
qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils,
il reçoit même adoration et même gloire ;
il a parlé par les prophètes.
Je crois en l'Eglise,
une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême
pour le pardon des péchés.
J'attends la résurrection des morts,
et la vie du monde à venir. AMEN !
4
Ière Partie

P. Quentin HAKENEWERTH SM

La vie en abondance

Original américain :
Fullness of life through prayer
Marianist Press - Dayton 1981

Version française
Maison Chaminade Bordeaux 2007

5
Nota : Les références à la Bible au bas de
chaque chapitre de cette première partie veulent
davantage inviter à prolonger la réflexion et la
méditation à l’aide de la Parole de Dieu
qu’indiquer de manière précise le passage
biblique auquel il est fait allusion. Dans le texte,
les renvois entre parenthèses font souvent un
lien entre tel passage et la Bible, plutôt que telle
phrase ou mot précis.

6
PRÉFACE

"Moi je suis venu pour que les hommes aient


la vie et qu’ils l'aient en abondance" (Jn 10,10).
Cette vie de Jésus, nous la désirons
ardemment et nous la recherchons comme un
trésor.
La prière, et plus particulièrement l'oraison,
est le moyen pour nous d’entrer dans la vie en
plénitude.
Encore faut-il la faire bien, cette oraison ! La
qualité de notre prière est plus importante que la
quantité, la durée. Pour apprendre à bien faire
oraison nous avons intérêt à nous mettre à
l'école de maîtres de prière.
Parmi eux nous connaissons le
P.CHAMINADE, fondateur de la Famille
marianiste (religieuses, religieux, laïcs
consacrés, laïcs engagés). I1 a consacré
beaucoup de temps et d'énergie à enseigner l'art
de l'oraison à ses disciples. I1 nous enseigne les
principes de base d'une méthode d'oraison
valable pour tous.
Les enseignements spirituels qui suivent sont
destinés à nourrir directement la prière et
l’oraison, voilà pourquoi ils sont accompagnés
de nombreuses références à la Bible.

7
Enseignement et prière, méditation, doivent aller
de pair.
En accueillant les enseignements de ce
fascicule, écoutez le Seigneur et Marie sa Mère
parler à votre cœur. Laissez-vous introduire par
eux dans la vie, dans la vie en abondance
promise par Jésus !

P. Quentin HAKENEWERTH SM

8
1. VERITE FONDAMENTALE
POUR NOTRE VIE

Dieu nous a créés de rien et il nous maintient


toujours dans l'existence (1) : telle est la vérité
première de notre vie et la plus fondamentale de
notre relation avec Dieu. Nous ne pensons pas
toujours à cela, bien sûr, et souvent nous en
restons au niveau plus superficiel de nos besoins
immédiats : manger, dormir, travailler, gagner
notre pain, nous amuser, rencontrer nos amis...
Cependant, au plus profond de notre être il y a
ce ‘cœur’, ce centre où nous sommes en
communion avec Dieu notre Créateur et notre
Père (2). Cette relation profonde avec Dieu est
vitale pour nous : constamment l'amour créateur
de Dieu nous fait être, il est notre source de vie,
de force, d'énergie spirituelle. C'est au niveau de
ce ‘cœur’ également que nous le rejoignons
quand nous cherchons et accomplissons sa
volonté.
La Bible désigne précisément par le mot
‘cœur’ ce centre profond de notre personnalité
humaine et spirituelle (3). Saint Paul qualifie de
‘spirituelle’ la vie au niveau profond du cœur
pour la distinguer des niveaux psychique et
corporel, des sentiments et des sensations. Nous
sommes appelés à mener une intense vie
spirituelle, au niveau du ‘cœur’ mais au fil de
notre existence nous laissons souvent les
sensations, les idées, les imaginations, les
9
sentiments, les projets de toutes sortes comme
enfouir le ‘cœur’ (4). Nous vivons alors à des
niveaux plus superficiels. Dieu lui qui nous a
créés et qui veille sur nous continue pourtant à
nous appeler à communier avec Lui au niveau
de notre cœur.
1. Ps 33, 6-9 : « Par la Parole du Seigneur les
cieux ont été faits… »
Jn 1, 2-4 : "Par (le Verbe) tout a été fait. »
Ap. 4, 11 : « Seigneur, c’est toi qui créas
l’univers. »
2. Ps 139, 1-8 : « Seigneur, tu me sondes et me
connais… »
Jn 15, 4-7 : La vigne et les sarments
Jn 17, 21-26 : Etre un dans le Seigneur.
3. Jr 24, 7 : Changer de cœur.
Ez 11, 19 ; 18,31 ; 36, 26 : Un cœur nouveau
I Th 5, 23 : Corps ; psychisme, esprit
4. Os 2, 26: Le Seigneur nous convoque au désert
de nos cœurs pour nous parler.

10
2. LE DON DE LA VIE

En nous créant, Dieu nous a fait don de la


vie (1), source intérieure de tout ce que nous
sommes et de tout ce que nous faisons.
Cette vie se manifeste et s'exerce à travers
trois grands besoins : elle nous pousse à
rechercher le plaisir, à nous sentir bien comme
nous sommes ; elle nous pousse à grandir, à
vouloir être plus et mieux ; elle nous pousse à
nous donner aux autres (2). Nous éprouvons
donc le désir de nous aimer nous-mêmes, de
nous dépasser et de faire le bien. Si ces besoins -
de jouir de la vie, de grandir et de donner -
disparaissent, nous sombrons dans l'ennui, la
mélancolie, l'indifférence (3). La vie s'éteint en
nous. Nous avons perdu le contact avec la
source de vie qui se trouve au plus profond de
notre être.
Notre premier objectif est donc de vivre. Que
nous vivions, tel est aussi le désir le plus
profond de Dieu à notre égard. Dieu veut "que
nous ayons la vie et que nous l'ayons en
abondance" (4). De notre côté nous devons
choisir la vie, rechercher tout ce qui la fait
grandir et écarter tous les obstacles à son
épanouissement.
1. Jn 1,4 : « En lui était la vie. »
2. Ps. 139, 13-18 : Nous avons été créés de façon
merveilleuse !
11
3. Rm 8, 6-11 : « Le désir de la chair, c’est la
mort ! »
4. Jn 10,10 : Jéus est venu pour nous donner la vie
en abondance.
Dt 30, 15-20 : « Je te propose la vie ou la mort…
Choisis la vie ! »

12
3. A L'IMAGE DE DIEU

Puisque Dieu qui nous a créés à son


image (1), les besoins profonds dont nous venons
de parler – jouir de la vie, grandir, donner - ne
sont pas en nous l'effet du hasard ni du désordre
mais correspondent à notre nature ; par nature
nous sommes destinés à devenir semblables à
Dieu et à faire un avec Lui (2).
On peut prendre en main n'importe quelle
semence et réfléchir à ce qu'elle représente. Elle
porte en elle un ‘programme’ génétique qui
détermine la croissance et la fécondité de cette
graine. On ne peut pas espérer en faire sortir
n'importe quelle plante ni n'importe quel fruit. I1
faut nécessairement respecter son ‘programme’,
l'image selon laquelle elle a été créée.
Un noyau d'avocat contient l'image de
l'avocatier. I1 porte, inscrite en lui, la tendance à
croître de telle sorte qu' il devienne un avocatier.
La cellule d'un être humain est à l'image de
celui qui l'a engendré et elle tend à se
développer de telle sorte que le nouvel être
ressemble à celui qui l'a engendré.
Or nous sommes faits à l'image de Dieu. La
tendance à devenir comme Dieu est donc
inscrite dans le noyau de notre personne de
créature humaine. Si nous orientons le
développement de notre être dans une autre
13
direction, vers un autre modèle, nous faisons
violence à notre vrai moi et nous risquons même
de nous détruire.
La tendance vers une maturité personnelle
qui soit à l' image de Dieu, vers un amour, un
service des autres qui imite Dieu, est inscrite au
plus profond de notre personne. Nous
n'atteignons la plénitude de notre vie, notre
achèvement, notre perfection, notre bonheur
véritable, qu'en suivant le triple appel qui est
inscrit en nous (3) : 1. l’envie profonde d’être ce
que nous sommes par nature, nous aimer nous-
mêmes ; 2. grandir en développant cet être que
nous avons reçu de la nature ; 3. nous ouvrir aux
autres par le don de nous-mêmes ; tout cela
conformément à l'image de Dieu inscrite dans
notre être.
1. Gn 1,27 « A son image il le créa. »
2. I Jn 3, 2 : « Nous serons semblables à Lui. »
3. Mt 5, 45-48 : Agir comme le Père et devenir
comme Lui.

14
4. UNE ŒUVRE A LA FOIS
DE DIEU ET DE NOUS

Arriver à la perfection de la vie et du don de


soi est toujours une œuvre à la fois de Dieu et de
nous-mêmes. Dieu se rend présent à nous mais
nous devons, de notre côté, l'accueillir dans
notre cœur. Dieu nous enrichit de dons –
talents (1), charismes - mais nous devons les
exercer. Dieu nous attire, mais nous devons
aussi orienter vers Lui, librement et
consciemment, tous les niveaux de notre
personne (2).
Dieu nous a créés sans demander notre avis,
certes, mais maintenant que nous avons reçu la
liberté de choisir, Dieu ne peut pas nous sauver
malgré nous, sans notre libre consentement (3).
Pour vivre en plénitude nous devons le vouloir.
Dieu, dans son amour pour nous, respecte notre
liberté et l'orientation que nous donnons à notre
vie. I1 ne nous unit à Lui que dans la mesure où
nous décidons nous-mêmes de nous unir à Lui
librement.
Quand il nous attire et nous accorde ses dons,
Dieu le fait en respectant l'image selon laquelle
il nous a créés (4). Comme c'est sa propre image,
chaque fois qu'il se rend présent à nous il nous
rend un peu plus semblables à Lui (5).
En même temps, plus nous connaissons Dieu,
plus souvent nous le choisissons, plus souvent
15
nous servons les autres en son nom, plus
profondément aussi nous réalisons notre moi
véritable et le perfectionnons.
1. Mt 25, 14-30 : parabole des talents.
2. Lc 12, 22-32 : La Providence divine.
Sirac 15, 14-17 : Dieu respecte notre liberté.
3. Lc 10, 11 : Envoi des soixante douze disciples.
4. Col 1, 15-20 : Jésus est l’image du Dieu
invisible.
5. Rm 8, 28-30 : « Avec ceux qu’il aime, Dieu
collabore en tout pour leur bien. »

16
5. DIEU DESIRE TOUJOURS
NOUS RENDRE HEUREUX

Physiquement nous grandissons petit à petit ;


spirituellement aussi : en Jésus-Christ, nous
avons déjà commencé sur terre ce qui ne
s'accomplira parfaitement que dans le ciel (1).
D'ici là, nous devons parcourir de nombreuses
étapes dans la connaissance, l'amour,
l'obéissance à Dieu, l’accueil de ses desseins sur
nous. Même si nous sommes déjà très avancés,
nous avons toujours un nouveau seuil à
franchir (2) vers une vie encore plus parfaite et
plus comblante.
A chacune de nos étapes, Dieu est prêt à nous
accueillir, à nous écouter, à se faire connaître
davantage à nous et à nous combler de ses dons.
Où que nous en soyons, il est prêt à nous
accorder une grâce dont nous avons besoin à ce
moment là (3).
Mais il faut aussi que, de notre côté, si nous
voulons faire une oraison fructueuse, nous
laissions de côté les préoccupations des autres
niveaux de notre existence pour entrer dans le
silence de notre ‘cœur’, où Dieu désire nous
rencontrer (4). Dieu est vraiment avec nous et il
communique avec nous au plus intime de notre
être. I1 y a là un trésor enfoui qui nous attend...
1. Lc 17, 20-21 : « Le Royaume de Dieu est au
milieu de vous ! »
17
2.Phil 3, 12-1- : « Je poursuis ma course… »
3. Mt 7, 7-8 : « Demandez, cherchez, frappez… »
4. Jn 14, 20.23 ; 15,7 : Dieu demeure en nous…

18
6. LA FOI

Notre vie est à l'image de Dieu. Elle trouve


en Lui sa source et son accomplissement. Dieu
lui-même se rend proche de nous de trois
manières au moins : 1. par une parole objective,
comme un passage de l'Ecriture (1) ou un
enseignement de l'Eglise ; 2. par les ‘mystères’
du Christ, ces étapes de son existence qui
donnent une forme ou une consistance humaine
à la réalité divine elle-même ; 3. par des paroles
intérieures ou par des dons du Saint-Esprit, des
charismes.
La foi est l’acte par lequel nous saisissons les
vérités de l'Ecriture, nous pénétrons les mystères
du Christ et accueillons les dons de l'Esprit de
telle sorte que tout cela devienne pour nous des
convictions personnelles, des lumières
intérieures, des élans spirituels (2). Ainsi nous
entrons consciemment en relation avec Dieu par
un acte de foi et par là nous reconnaissons que
Dieu communique avec nous et nous introduit
dans ses voies. Par la foi nous pouvons à tout
moment nous ouvrir à l'amour de Dieu.
Vue du côté de Dieu, la foi est un don. Déjà
nous portons, inscrit au fond de notre cœur, un
désir profond de communion avec Dieu. Par
nous-mêmes nous ne pouvons pas, d'en bas,
réaliser cette union avec Dieu mais lui-même la
rend possible (3).
19
Vue de notre côté, la foi est un acte d'accueil
de Dieu qui se rend présent à nous. C'est une
mise en oeuvre du don reçu de Lui.
La foi est le moyen essentiel, premier, par
lequel nous arrivons à connaître Dieu, tel qu’il
est en Lui-même et tel qu’il est présent en nous
et dans la création, son œuvre. Ce n'est pas par
un face à face mais nous Le connaissons à
travers des concepts, des images, des sentiments,
des intuitions... La foi remplace les signes et les
preuves que nous avons peut-être envie d'exiger
pour satisfaire nos sens et notre raison et saisir
Dieu à travers eux (4). La foi ancre plus
solidement nos convictions et notre amour que
des preuves rationnelles ou sensibles.
La foi est aussi infaillible que la vision
directe, bien qu'elle ne touche pas aussi
vivement nos sens. Elle nous touche néanmoins
assez profondément pour nous entraîner tout
entiers à la louange, au zèle, au service. Dans la
foi notre conviction vient davantage d'une saisie
intuitive de la vérité (5) qu'elle ne découle d'un
raisonnement fondé sur des données objectives.
Croire en la présence de Dieu sans exiger de
signes sensibles, cela nous fortifie davantage
dans la vie spirituelle qu'une foi basée sur des
manifestations extérieures de Dieu.
La foi consiste en une conviction profonde
que des réalités spirituelles qu'on ne voit pas
existent vraiment (6). C'est notre âme qui
20
s'attache à Dieu au plus intime d'elle-même.
Croire en Jésus, c'est l'accueillir dans notre
cœur. Cette foi du cœur nous ‘justifie’, nous
sanctifie, parce que Jésus se donne à ceux qui le
reçoivent avec foi.
La foi agit bien au-delà des limites de notre
raison, de notre esprit. Elle influence nos
sentiments et notre volonté. Par la foi nous
apprenons à mieux connaître Dieu et à mieux
nous connaître nous-mêmes, à rechercher notre
propre perfection et à nous mettre au service des
autres.
1. Mt 1, 15 : « Repentez-vous et croyez.. ! »
2. I Jn 2, 20.27 : « Nous sommes oints et instruits
par l’Esprit.
3. Jn 6, 44 : « Nul ne peut venir à moi si mon Père
ne l’attire. »
4. I Co 13,12 : « A présent, je connais d’une
manière partielle… »
5. Jn 20, 29 : Croire sans voir…
6. Hb 11, 1ss : La foi qui justifie ; exemple des
ancêtres…

21
7. L'ORAISON DE FOI

L'oraison est un moment privilégié où Dieu


comble de sa grâce ceux qu'il aime et qui se
livrent à son amour. Dans l'oraison nous
sommes plus efficacement modelés à l'image de
Dieu et nous progressons vers le but ultime de
notre vie. Le temps de la prière et de l'oraison
est donc le plus précieux de notre existence (1).
L'oraison est une rencontre consciente,
librement voulue, avec Dieu. Dans l'oraison de
foi nous allons à la rencontre de Dieu poussés
seulement par la foi. Devant Lui, nous ne
recherchons pas d'autre connaissance que celle
que donne la foi et nous trouvons dans la foi
elle-même notre motivation profonde. Nous
n’obéissons pas aux désirs de nos sens ni aux
impulsions de nos sentiments mais, par-dessus
tout, au mouvement de notre foi. Nous
cherchons à saisir Dieu seul, au fond de notre
cœur, en essayant d'écarter tout le reste pour que
la présence de Dieu pénètre notre être tout
entier (2). Ainsi l'oraison est essentiellement un
exercice de notre foi. Nous y donnons toute
notre attention à la présence de Dieu, aux vérités
qui concernent Dieu, aux mystères de son être et
de sa vie, à la richesse et à la signification de ses
dons, de ses grâces.
Prier avec foi c’est croire que tout ce que
nous demandons à Dieu dans la prière, Il est
22
déjà en train de nous l'accorder. Habituellement
Dieu exauce nos demandes d'une manière
délicate et imperceptible, progressive (3). Mais
en tous cas, dès que nous nous mettons à prier,
Dieu l'entend et nous répond, même si nous ne
percevons pas clairement comment. C'est
comme le prophète Elie : il a cru que la pluie
viendrait alors qu'il ne voyait encore qu'un tout
petit nuage.
Pendant tout le temps de l'oraison, nous
gardons notre attention fixée sur Dieu, non pour
devenir plus savants sur ce qui le concerne mais
pour pénétrer peu à peu dans ses vues, pour
avancer dans ses voies...
Nous ne cherchons pas seulement à
comprendre mais nous voulons que la Parole de
Dieu, que ses mystères, demeurent en nous et
deviennent la source de nos pensées, de nos
paroles, de nos actions et de nos
engagements (4). L'oraison n'est pas un temps
d'étude où l’on cherche à résoudre des
problèmes, à arrêter des stratégies apostoliques,
mais un temps que l'on passe avec Dieu, pour lui
tenir compagnie, pour le connaître avec le cœur
aimant, pour le louer et le remercier. Nous
cherchons le face à face avec Dieu pour être
transformés par Lui à sa ressemblance, pour
mieux découvrir et pour perfectionner son image
inscrite au profond de notre être de créatures, de
notre être filial.

23
Il y a bien des manières de s'occuper de ses
propres affaires au nom de Dieu mais qui n’ont
pas vraiment grand-chose à voir avec l'oraison,
telle que nous l’avons définie plus haut.
« Deux hommes montèrent au Temple pour
prier... » Les deux "priaient"… (5) Mais l’un des
deux, tout en se tenant devant Dieu, n'était
occupé que de lui-même. L'autre, au contraire,
était entièrement exposé au Dieu de miséricorde,
tendu vers Lui. C'est ce dernier qui rentra chez
lui transformé par sa prière. Le premier, non !
L'oraison de foi doit nous transformer à la
manière du publicain, par une totale ouverture à
Dieu. Elle doit nous détourner de nous-mêmes et
nous tourner entièrement vers Dieu.
1. Lc 10, 41-42 ! Marthe et Marie…
2. Dt 30, 16 : « Si tu aimes Yahvé ton Dieu .. il te
bénira… »
3. Mc 11, 22-24/ « tout ce que vous demanderez en
priant, croyez que vous l’avez déjà reçu et cela
vous sera accordé ».
I R 18, 41-46 : Elie croit sa prière pour la pluie
exaucée avant d’en voir aucun signe…
4. Ep 4, 23-24 : « .. revêtir l’homme nouveau…
selon Dieu. »
5. Lc 18, 9-14 Le pharisien et le publicain

24
8. LA PURETE DU CŒUR :
DISPOSITION FONDAMENTALE
POUR UNE BONNE ORAISON

"Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu!",


dit Jésus (Mt 5,8) (1). Notre cœur est pur quand
rien n‘y fait obstacle à l'action de l'Esprit Saint
qui habite en nous, quand nos sens et nos
sentiments ne nous attachent pas trop fortement
à des créatures qui détournent notre regard et
notre attention de Dieu. Un cœur pur est un
cœur serein et libre, un cœur qui ne se laisse pas
troubler par les réalités créées ou par les
événements du monde parce que ses désirs et ses
sentiments sont libres à l'égard de tout cela. Ce
cœur (2) est donc disponible pour voir,
contempler Dieu, pour s'unir à Lui et demeurer
en Lui.
Nous gardons notre cœur pur si, à tout
moment, nous entretenons en nous des
dispositions favorables à la prière. Il s'agit d'être
comme les serviteurs qui attendent le retour du
Maître, à toute heure du jour ou de la nuit. Pour
être ouverts à la grâce de Dieu, pour être
réceptifs, nous devons nous détacher de nous-
mêmes et des créatures. Si notre cœur est
‘pris’ (3) par un attachement profond à une
personne ou à une chose, nous écartons
facilement les suggestions de l'Esprit Saint. Un
cœur pur est un cœur libéré des résistances à

25
l'amour de Dieu (4). Alors seulement nous
échappons à cette contradiction fréquente : d'un
côté on prie pour demander une grâce et de
l’autre, en même temps, on rejette la grâce qu'on
a demandée, on l'empêche de pénétrer en nous.
Si nous avons l'habitude de pratiquer le
silence intérieur et le recueillement nous nous
sentons suffisamment calmes, tranquilles, pour
percevoir le souffle léger qui signale la présence
de Dieu et de son Esprit (5). Si entre deux temps
d'oraison nous pratiquons les vertus chrétiennes,
c'est aussi une façon de nous disposer à bien
prier et à entretenir en nous le sens de la
présence de Dieu et à Dieu. Le silence intérieur
– silence de l'imagination et de l'esprit - nous
met dans les dispositions de Jésus lui-même,
toujours prêt à converser avec son Père, à prier.
1. cf. Ex 33, 18-23 : Qui peut voir Dieu et vivre ?
2. Ps 24, 3-4 : « Qui se tiendra dans le lieu
saint ?… »
3. Mt 6, 24 : « Nul ne peut servir deux maîtres… »
4. Lc 9, 23 : « Renoncer à soi-même, prendre sa
croix…
5. Ps 46, 11 : « Arrêtez ! Sachez que je suis
Dieu ! »

26
9. LE 'VIEIL HOMME' EN NOUS RESISTE

La pureté de cœur ne s'acquiert pas si


facilement parce qu'il y a toujours en nous deux
sortes de tendances opposées : l’une vient du
'moi' que nous nous sommes forgé. Comme nous
avons la possibilité de choisir qui nous voulons
vraiment être, nous pouvons soit nous conformer
à l'image inscrite dans notre être créé, soit nous
faire une personnalité différente, suivant un
modèle de notre choix... (1)
Si nous avons choisi de modeler notre
personne sur l'image de Dieu, nous disposons
évidemment notre cœur à accueillir Dieu. Si par
contre nous avons choisi un autre modèle, notre
cœur deviendra un temple d'idoles ...
Notre ‘ego’ consiste dans cette capacité que
nous avons d’ordonner tout ce que nous sommes
dans le sens de notre moi, de la personnalité que
nous voulons être.
Nos désirs sensuels veulent être satisfaits et
nous poussent à rechercher ce qui renforce notre
moi égocentrique. Ce qui satisfait ces désirs c'est
ce que nous propose le ‘monde’ (2), au sens que
saint Jean donne à ce mot. Si nous cédons à
l'orgueil, à la gourmandise, à la recherche des
plaisirs sensuels, nous étouffons les désirs qui
émanent de l'image de Dieu qui est en nous et

27
nous occultons cette image sous une carapace,
derrière une fausse façade, derrière un masque...
Une fois que nous avons ainsi créé une
nouvelle et fausse image de nous-mêmes, nous
devons aussi l'entretenir, la renforcer. Dieu, Lui,
ne maintient dans l'être que ce qu'Il a lui-même
créé. Quant à nous, nous gaspillons beaucoup
d'énergie vitale à cultiver la personnalité que
nous nous sommes nous-mêmes forgée (3). Cela
devient facilement notre préoccupation
dominante.
La valeur que nous avons choisi de mettre au
centre de notre vie, nous nous efforçons de la
faire admettre et reconnaître par les autres.
L'opinion des autres compte énormément pour
nous, même si elle est fausse ou trompeuse.
Nous cherchons facilement à répondre à leurs
attentes pour être confortés dans notre propre
moi. Même le bien que nous faisons aux autres
nous pouvons le récupérer pour renforcer la
bonne opinion que nous avons de nous-mêmes.
Peut-être qu’au fond nous sentons bien que
nous construisons sur le sable (4) mais nous
continuons à faire semblant que c'est ce que
nous pouvons faire de meilleur. A partir de ce
‘péché originel’ qui consiste à vouloir construire
notre personnalité sur un modèle que nous nous
sommes nous-mêmes fabriqué, nous nous
enfonçons peu à peu dans une manière de vivre

28
idolâtrique, qui s'écarte de l'image inscrite en
nous par notre Créateur.
Ainsi donc notre aspiration vers une vie
pleine, une aspiration qui est inscrite dans notre
être créé à l'image de Dieu, rencontre
continuellement des obstacles en nous.
Malheureusement nous nous laissons tous aller
plus ou moins à résister à Dieu. Et pourquoi
donc ? Que se passe-t-il en nous?
Chaque fois que nous ressentons au fond de
nous l'appel à chercher en Dieu la plénitude de
la vie, nous touchons du doigt notre identité
foncière de créatures et nous sentons que Dieu
est la source première de notre être. Qu’est-ce
que cela signifie dans notre expérience ?
- Que nous faisons l'expérience de nos
limites. Nous nous rendons compte que nous ne
sommes pas tout à fait maîtres de nous-mêmes,
mais des êtres 'contingents' (5). Il peut nous
arriver de perdre tout ce que nous possédions : la
santé, notre bon sens, notre fortune, notre
travail : tout ! Ce sentiment de notre contingence
est désagréable, aussi avons-nous tendance à le
chasser cherchant des sécurités de tous côtés.
Nous nous lançons dans les carrières, la course à
la richesse, la prospective pour maîtriser au
mieux l'avenir (6).
Contingents, nous nous sentons aussi limités.
I1 y a des choses que nous voudrions être ou
faire et qui nous échappent. Il y a des réalités qui
29
nous dépassent et qui peuvent nous ‘tomber
dessus’ et nous écraser. Il nous arrive d'être
blessés... Ce sentiment de nos limites non plus
ne nous est pas agréable. Pour y échapper nous
nous efforçons de contrôler au maximum
personnes et choses.
Limités, nous nous sentons encore
dépendants. Nous nous rendons compte que
beaucoup de choses dont nous avons besoin
nous viennent des autres. Ce qui nous arrive est
souvent le fruit de leurs décisions. Cette
dépendance ne nous plaît pas toujours très fort.
Alors nous cherchons à nous suffire le plus
possible à nous-mêmes, en tâchant d'acquérir le
maximum de richesses (7). Des autres, nous
avons tendance à faire des éléments de notre
dispositif de sécurité et d'assurance. Nous nous
servons d'eux pour réaliser notre projet
personnel, plus que nous n'osons l'avouer.
Dépendants, nous nous sentons également en
mutation. Nous mourons en quelque sorte à ce
que nous sommes déjà devenus (8) et nous
évoluons vers quelque chose de nouveau. Quand
le sentiment de mourir et de devoir renoncer se
fait sentir trop fort, nous nous sentons mal à
l’aise. Nous avons tendance à réagir alors contre
cette souffrance et cette perte en recherchant
d'autant plus les plaisirs. Nous nous raidissons
contre l'expérience de la croix et nous fuyons
dans les évasions que nous offre la culture de
notre temps.
30
Notre péché originel, qui consiste à vouloir
nous créer nous-mêmes, à dessiner l'image de
notre moi idéal avec ses passions et ses
tendances, devient peu à peu comme une culture
personnelle. Nous voilà donc pris comme une
mouche dans la toile tissée par notre faux moi et
en danger d’autodestruction.
Qui nous sauvera de ce péché et de ses
désastreuses conséquences ? qui nous libérera
du vieil homme ?
1. Rm 7, 14-25 : La lutte intérieure
2. I Jn 2,16 : Ce qui vient du monde…
3. Mt 6, 1-6 : Sur la recherche du paraître aux
yeux des hommes…
4. Mt 7, 24-27 : Construire sur le roc ou sur le
sable…
5.Ps 2 : Le vain tumulte des nations
6. Lc 22, 24-27 : Qui est le plus grand ?
7. Lc 12, 16-21 : Construire des greniers plus
grands ?
8. Jn 12, 24-25 : « Si le grain ne meurt… »

31
10. L'HOMME NOUVEAU APPARAIT...

Au plus profond de nous, comme un socle


rocheux qui supportant les idées, les
imaginations, les intentions, les sentiments… du
vieil homme en nous, il y a l'image d'après
laquelle nous avons été créés. Elle maintient en
nous le désir de devenir pleinement nous-
mêmes, à la ressemblance de Dieu. Les désirs de
notre être authentique s'opposent évidemment à
ceux de notre faux moi (1). Nous leur prêtons
trop peu d'attention et pourtant ces désirs nous
orientent dans le sens d'une vie en plénitude
pour nous. De même que le monde sert de
support et d'aimant pour le vieil homme qui est
en nous, de même Dieu habite en nous pour
nous aider à faire grandir en nous l'homme
nouveau (2).
Au baptême l'Esprit Saint vient habiter en
nous et il met en nous les sentiments et les
pensées, les aspirations de Jésus-Christ (3). La
vie nouvelle de l'Esprit de Jésus nous fait
grandir dans les dispositions de Jésus. Par
l'Esprit nous vivons déjà unis à Dieu, lui dont
l'image est notre modèle intérieur de croissance
et d'amour.
Cette vie nouvelle provoque en nous une
lutte entre l’image de Dieu et l'image que nous
avons fabriquée nous-mêmes (4), entre le vieil

32
homme et l'homme nouveau, entre notre moi
authentique et notre moi inauthentique...
Saint Paul parle de lutte entre la chair et
l'esprit. La "chair" recherche les réalités d'en
bas, du monde - orgueil, richesses, plaisirs... (5)
L’"esprit" en nous est poussé par l'Esprit Saint
vers l'humilité, la simplicité, la croix. I1 y a
antagonisme entre les désirs de la chair et ceux
de l'esprit.
1. Lc 5, 36-39 : « A vin nouveau, outres neuves ! »
2. Rm 8, 5-11.14-17 : La vie nouvelle dans l’Esprit
3. Ga, 5, 18 : Conduits par l’Esprit…
4. Rm 7, 15-20 : division à l’intérieur de nous…
5. Ga 5, 17-26 : Les tendances opposées de la
chair et de l’esprit.

33
11. JESUS, TYPE DE L'HOMME NOUVEAU

"Qui me délivrera de ce corps qui me voue à


la mort?" (1) Jésus est venu partager notre sort
pour nous libérer du vieil homme qui est en
nous, avec ses agissements et tous les ennuis qui
en découlent. Mais cette libération ne s'opère
pas en-dehors de nous. Jésus a assumé toutes les
expériences qui font partie de la condition
humaine (2), avec ce qu’elle a de lourd et de
pénible et il a dépassé tout cela par amour, il en
est venu à bout par sa patience. Jésus vient
maintenant demeurer en nous et nous combler
de ses dons, de sa vie surabondante, pour que
nous suivions le chemin qu'il nous a tracé, que
nous triomphions du mal et que nous nous
ouvrions à la vie en plénitude. Ce n'est qu'en
suivant ce chemin de foi que nous serons libérés,
par le Christ, du vieil homme en nous.
Malheureusement nous sentons en nous une
résistance profonde et tenace.
Sans l'effusion de l'Esprit Saint dans notre
cœur, nous n'arrivons pas à désirer ni à goûter
les humiliations, la vraie pauvreté, les
souffrances que le Christ a endurées, et pourtant
nous savons que cela est nécessaire si nous
voulons résister au péché et le vaincre. L'Esprit
nous est déjà donné au baptême et dès ce
premier pas dans la vie chrétienne il agit en nous
et il inscrit en nous les désirs, les sentiments, les

34
tendances du Christ Jésus (3). A certaines heures
de grâce, nous pouvons faire l'expérience dans
notre vie d'une nouvelle effusion de l'Esprit
répandu dans nos cœurs.
Nous voici donc face au choix le plus
fondamental de notre vie. D'une part l'Esprit de
Jésus nous attire vers Lui, nous pousse à
chercher sa ressemblance, par l'humilité, la
pauvreté, la souffrance acceptée, et à trouver
ainsi la vie en plénitude qu'Il donne.
D'autre part il y a le moi, la personnalité que
nous nous sommes forgée et qui nous pousse à
rechercher les honneurs, les richesses, les
plaisirs ; ce moi cherche à se renforcer par toutes
sortes de ruses, pour prendre toute la place en
nous.
De fait, nous choisissons toujours l'une ou
l'autre de ces deux directions à donner à la vie.
Au terme nous recueillons les fruits
caractéristiques de chaque voie, de chaque
manière de vivre (4).
1. Rm 7, 24
2. Rm 8, 1-4 : Jésus s’est fait péché pour nous.
3. I Jn 2,20 ; 27-29 : L’onction de l’esprit et ses
effets
4. Ga 5, 19-23 : Les fruits de la chair et les fruits
de l’Esprit…

35
12. UN CŒUR COMME LE CŒUR
DE JESUS

Le cœur pur ne se trouve que dans l’"homme


nouveau" (1). Ce cœur pur, neuf, est celui qui
s'est tellement laissé habiter par les dispositions
de Jésus qu’elles façonnent l’esprit en son centre
le plus profond et déterminent ses options.
Un cœur formé par l'Esprit de Jésus ne se
laisse pas aller à flatter le vieil homme, à céder à
des envies comme la gourmandise, la jalousie, la
rivalité, la vengeance, le repli sur soi pour se
plaindre ou se justifier, etc.
Il cherche plutôt à aller courageusement dans
le sens des appels de l'Esprit à l'amour, à la paix,
à la patience, à l'oubli de soi, au pardon, à la
générosité, à l'humilité, à l'esprit de pauvreté et
de partage et à d’autres vertus de ce genre... Plus
nous cultivons ces dispositions-là, plus nous
serons disposés à communier à Dieu à tout
moment, à marcher en sa présence, à développer
en nous le sens de sa présence.
La pureté du cœur n'est donc pas d'abord un
effort ascétique rude et sec mais c'est une
disposition qui fait naître et se développer la vie
en nous. C'est un climat intérieur qui permet à la
présence de Dieu de nous stimuler, de nous
pousser intérieurement (2).
Il est impossible que nous passions toute la
journée à faire oraison, à prier explicitement et
36
exclusivement. Par contre nous pouvons arriver
à faire le pont d'une oraison à l'autre par un
travail spirituel continu de purification de notre
cœur. Après un temps d'oraison nous goûtons
encore la joie qu'il nous a procurée. Nous vivons
sur la lancée de son élan, nous en recueillons les
fruits, qui nous nourrissent jusqu'à l'oraison
suivante.

Voici quelques directives qui peuvent nous


aider à continuer le travail de la purification du
cœur d'une oraison à l'autre.
-Eviter autant que possible tout ce qui serait une
offense contre Dieu. S'ils nous arrive tout de
même de L'offenser, le regretter rapidement et
exprimer ce repentir.
-Ne pas laisser aller notre cœur au gré de
tendances qui n'obéissent pas à notre volonté
libre et consciente ; tâcher de rester libres à
l'égard de toutes les créatures, de toutes les
réalités de ce monde...
- Eviter la hâte, la précipitation, la frivolité et le
souci excessif de nos occupations propres.
Tout cela fait obstacle à notre effort d'obéir
dans notre vie aux préoccupations qui furent
celles de Jésus.
- Redire souvent, explicitement, notre désir
d'embrasser en tout la volonté de Dieu.

37
-Dans toutes nos activités, prendre conscience
que le Saint-Esprit nous aide de l'intérieur et
collaborer avec Lui. Ne rien faire comme si
nous étions tout seuls.
Puisque l'amour de Dieu nous étreint tout
entiers, nous tâchons de chasser de notre cœur
toute idée qui s'opposerait à la volonté de Dieu
et tout attachement qui n'irait pas dans le sens de
son amour. Nous abandonnons à Dieu nos
projets, nos réflexions, nos souvenirs... (3) Nous
renonçons à compter avant tout sur notre propre
raison à nous fier à nos propres intuitions et à
notre propre compréhension des choses. Tout
cela, nous le soumettons à Dieu et nous
demandons à l'Esprit Saint de nous inspirer et de
nous guider. Peu à peu nous apprenons à obéir
davantage aux motions de l'Esprit qu'à nos
tendances naturelles.
Voilà ce que signifie acquérir un cœur
semblable au cœur de Jésus.
1. II Co, 5,17 : « Nous sommes une création
nouvelle dans le Christ ».
2. Jn 7, 37-39 : « De son sein couleront des fleuves
d’eau vive ! »
3. I Pe 1, 13-15 : L’obéissance du Christ…

38
13. LE CHOIX DES SUJETS D'ORAISON

L'oraison est le moment où nous rencontrons


Dieu de la façon la plus consciente. I1 faut donc
que nous considérions ce temps comme précieux
entre tous. Pour nous y préparer au mieux, il
s’agit notamment de bien préparer à l'avance le
sujet de notre oraison, la veille au soir pour le
lendemain ou le matin pour l'oraison du soir.
Dès qu’il est choisi, le sujet - une parole, une
vérité, un mystère - commencera à agir sur notre
esprit et notre cœur.
On peut distinguer, en gros, trois types de
sujets d'oraison : 1. une Parole d'Ecriture (ex: le
Psaume 23), 2. une vérité de foi (ex. : Dieu m'a
créé et me maintient dans l'être) ; 3. un moment,
un mystère de la vie de Jésus (ex : Jésus meurt
sur la croix…)
Parfois nos nécessités du moment nous
poussent à choisir d'autres sujets. Si, par
exemple, nous éprouvons un manque de ferveur.
à l'Eucharistie ou un manque de goût pour le
sacrement de Réconciliation, nous pouvons
méditer sur ces sacrements et les reconsidérer à
la lumière de la foi.
Nous choisissons notre sujet d'oraison en
fonction de nos besoins spirituels, de nos
inclinations intérieures ou de la grâce que. nous
espérons obtenir de l'oraison. Par exemple, si

39
nous voulons renforcer une conviction en nous
ou approfondir notre foi, nous choisirons une
parole de l'Ecriture (1) ou un enseignement de
l'Eglise appropriés. Si nous désirons par contre
changer ou acquérir une attitude en nous, nous
choisirons de préférence pour l'oraison tel
mystère, tel événement de la vie du Christ ou de
Marie où nous voyons que cette attitude est
vécue. Si nous avons reçu un don de l'Esprit,
nous pouvons ‘savourer’ ce don pendant
l'oraison, l'apprécier, voir comment le faire
fructifier...
Nous choisissons donc le sujet de l'oraison
qui peut le mieux nous faire acquérir le fruit
escompté. Ce sujet et la grâce que nous en
attendons, nous les fixons dans notre esprit de
telle sorte que nous puissions facilement nous
les rappeler à tout moment de la journée ou de la
nuit... Ce sujet est comme un trésor enfoui dans
notre mémoire jusqu'à l'oraison suivante.
1. Mt 7, 7-8 : « Demandez… cherchez…
frappez… »

40
14. L'ENTREE DANS L'ORAISON

L'entrée dans l'oraison comporte quatre pas


essentiels :
a) Prendre conscience de la présence de Dieu
et se mettre en sa présence. Dieu nous est
toujours présent, prêt à entrer en relation avec
nous (1). Mais de notre côté nous ne sommes pas
toujours présents à Dieu. Au début de 1'oraison
nous nous mettons donc consciemment en
présence de Dieu, en pensant qu'Il nous voit et
nous entend. Et puis nous restons en sa présence
tout le temps de l'oraison.
Nous faisons des actes de foi sur tel ou tel
aspect du mystère de Dieu : Dieu-Créateur,
Dieu-Père, Dieu-Seigneur de l’univers, Dieu
Tout-Puissant, Dieu-Source de toute vie, etc...
Nous lui exprimons notre attitude profonde à
son égard : sentiments de crainte respectueuse,
de révérence, de louange, etc...
Nous prenons conscience de ce que nous
sommes devant Dieu et nous le lui disons : je
suis une créature, aimée de Dieu, faible, mais
aussi riche de talents, ignorante, pécheresse,
mais aussi choisie, etc.. Et nous exprimons à
Dieu les sentiments que cela nous inspire...
En prenant conscience dans la foi de qui est
Dieu nous arrivons aussi à voir qui nous

41
sommes devant Lui en vérité. Dans l'oraison on
ne sépare jamais ces deux regards - sur Dieu et
sur nous-mêmes -.

b) Nous unir à Jésus-Christ


De Jésus seul on peut dire qu'il fut si
humblement et si totalement soumis au désir de
son Père que sa prière fut pleinement
exaucée (2). Nous savons par expérience que,
tout seuls, nous ne savons pas prier comme il
faut. Nous ne sommes pas vraiment dans les
dispositions qui nous ouvrent pleinement à Dieu.
Mais Jésus nous invite à prier ‘en son Nom’,
à le rejoindre dans sa propre prière quand il se
tient devant son Père. Plus nous prenons
conscience de notre état de pécheurs, plus nous
éprouvons le besoin de nous unir à Jésus qui
intercède pour nous.
Jésus se tient toujours en prière devant le
Père (3). Nous le rejoignons dans cette prière,
nous nous unissons à lui, si bien que l'on peut
dire : nous nous présentons devant le Père
revêtus des mérites du Christ Jésus. Nous
voulons prier comme Jésus : Par Lui, avec Lui
et en Lui...

- PAR LUI... Nous nous présentons devant Dieu


au nom de Jésus (4). Ainsi l'efficacité de notre
prière dépend de la façon dont le Père accueille
Jésus.
42
Nous savons que dans l'oraison Jésus nous
ouvre le trésor de ses mérites et de sa puissance.
N'essayons pas de faire valablement oraison en
nous appuyant sur nos seules ressources
humaines. Nous avons toujours besoin d'enrichir
notre oraison des mérites du Christ (5).
Nous nous plaçons donc entièrement dans le
dynamisme de son Esprit et de sa grâce. Son
Esprit nous aide à prier comme Il prie Lui-
même. Sa grâce nous aide à reconnaître que
nous ne savons pas prier comme il faut, hors de
Lui et de ses mérites.

- AVEC LUI... Jésus intercède continuellement


pour nous auprès du Père. Nous rejoignons Jésus
dans cette prière. Jésus prend notre prière dans
la sienne et à notre tour nous pouvons offrir au
Père la prière même de son Fils. Quand nous
prions avec Jésus nous acquérons peu à peu son
esprit de prière, nous prions peu à peu avec ses
propres attitudes et dispositions. Si nous
n'arrivons pas à faire nôtres les émotions et les
désirs humains de Jésus priant (6), nous sommes
comme des membres paralysés, membres de son
corps mais qui ne sont pas mus par sa vie. Prier
avec Jésus c'est partager son expérience de
prière dans toutes ses dimensions (7), comme un
sarment vivant de la vigne ou un membre animé
de la même vie que la tête.

43
- EN LUI... Nous désirons être unis à Jésus au
point que sa prière devienne notre prière (8).
Nous prions comme ses membres et nous
devenons des images fidèles de Jésus s'adressant
à son Père.
Dans cette union à Jésus se trouve le secret
de l'efficacité et de la qualité de notre prière, de
notre oraison.
Jésus permet cette communion intime avec
lui seulement à notre moi authentique. Notre
‘moi inauthentique’, fabriqué par nous-mêmes,
ne peut rien avoir en commun avec Jésus (9).

c) Nous unir à Marie


Il y a au mois deux très bonnes raisons de
faire l'oraison en union avec Marie. Tout
d'abord, Dieu l'a choisie pour qu’elle Le
connaisse d'une façon tout à fait unique : en tant
que sa Mère, Marie a conçu Dieu dans son cœur
par la foi, et dans tout son être par la puissance
du Saint-Esprit (10). Marie a connu Jésus dans
chacun de ses mystères et chacune des forces
qui ont animé sa vie, sa mort, sa résurrection.
Quel privilège pour nous de faire oraison en
compagnie de Celle qui connaît le Seigneur si
profondément que sa charité Le fait naître dans
notre cœur, tout comme elle l'a donné au monde
à Noël (11).
La seconde raison c'est que Dieu a confié à
Marie le rôle principal dans la formation de sa
44
personnalité humaine. Puisque nous voulons
conformer notre vie sur celle de Jésus, le Fils de
Dieu, Marie remplit le même rôle maternel dans
notre propre vie (12). Voilà ce que ça signifie
pour nous de vouloir vivre à notre tour le
mystère du Fils de Marie. Prier, faire oraison en
union avec Marie veut dire que pendant l'oraison
nous ouvrons notre cœur à sa présence, à son
influence éducatrice. Plus nous lui serons alors
unis, plus nous progresserons dans la conformité
à Jésus-Christ. Car tel est l'effet de l'influence
maternelle de Marie.

d) Invoquer l'Esprit Saint


Jésus nous a donné son Esprit pour qu'il reste
avec nous toujours, pour qu'en particulier il nous
apprenne à prier (13). Nous demandons donc à
l'Esprit Saint de prendre possession de notre
esprit et de notre cœur, de sorte que nous
passions tout entiers sous son inspiration et sa
direction.
Nous écartons toutes les pensées
distrayantes, inutiles, tous les soucis qui nous
préoccupent et nous tracassent, toutes les
affections déréglées, lorsque nous nous
abandonnons à la conduite de l'Esprit Saint (14).
Nous disons à l'Esprit Saint la grâce que nous
espérons retirer de l'oraison et Lui priera pour
nous en nous-mêmes. Il produira en nous ses
propres fruits (15).

45
1. Ac 17,18 : « En lui nous avons la vie, le
mouvement et l’être ».
2. He 5,7 : « Le Christ a présenté à Dieu prière et
supplications... »
3. He 7, 24-25 : « Le Christ intercède pour
nous… »
4. He 4, 14-16 : Le Christ est notre prêtre…
5.Ph 3, 9-12 : Devenir semblables au Christ… et
être trouvés justes en Lui…
6. Ph 2, 5-11 : Avoir les mêmes sentiments que le
Christ Jésus…
7. Jn 13, 15 : L’exemple du Christ est notre
modèle…
8. Ep 4, 115-16 : Grandir dans le Christ…
9. Jn 13, 8 : Permettre au Christ de me laver tout
entier…
10. Lc 1, 26-28 : Annonciation
11. Lc 2, 6-7 : Nativité
12. Lc 2, 51-52 : Jésus « leur était soumis ».
13. Jn 14,26 : « L’Esprit vous enseignera toutes
choses… »
14. Rm 8, 26 : « L’Esprit vient en aide à notre
faiblesse ».
15. Ga 5,22 : Les fruits de l’Esprit en nous…

46
15. LA PRATIQUE DE L'ORAISON :
LA METHODE COMMUNE

En présence de Dieu, unis à Jésus et à Marie,


abandonnés à l'Esprit Saint, nous voici donc
arrivés au cœur de l'oraison. Tout de suite nous
nous rappelons le sujet d'oraison que nous
avions choisi à l'avance.
S'il s'agit d'une parole de l'Ecriture (1) ou
d'une vérité de foi, nous les examinons sous
différents aspects : leur signification, leur
importance, leur incidence éventuelle sur notre
vie... et surtout par rapport à la grâce que nous
espérons de cette oraison.
Si le sujet est un mystère de Jésus - par ex.:
Jésus est né dans une étable - nous faisons
travailler notre imagination pour nous
représenter la scène concrètement, nous
méditons sur les actions des acteurs, sur les
paroles prononcées, et nous insistons sur les
sentiments et les mouvements intérieurs qui ont
pu animer les acteurs. Surtout nous nous tenons
dans une attitude d'écoute et d'attention aux
mouvements intérieurs qui se produisent en
nous.
Lorsque nous éprouvons une émotion à la
suite de telle pensée qui nous est venue, ou un
désir particulier, nous nous y arrêtons et le
savourons (2), de sorte qu'il puisse s'enraciner en
nous. Nous multiplions les actes de foi jusqu'à
47
ce qu'une vérité devienne notre conviction
personnelle. Nous entretenons nos émotions
jusqu'à ce qu'elles deviennent attachement plus
profond à Dieu ou horreur du mal au point de
nous en détourner plus radicalement. Les désirs
qui naissent dans l'oraison doivent nous amener
à la conversion, à la décision de changer, dans le
sens d'un plus grand bien, vers la perfection (3).
La crainte, le respect, la louange, la
reconnaissance, la contrition pour nos fautes, la
demande : autant de choses qui font l'objet de
notre colloque avec Dieu et que nous
prolongeons tant que nous n’en somme pas
lassés. Notre objectif est de reproduire en nous
"les sentiments qui sont dans le Christ Jésus" (4).
Tout élan intérieur émanant de la foi nous
pousse vers Dieu, d'une manière ou d’une autre.
Nous entretenons délibérément ces mouvements
en nous jusqu'à ce qu'ils nous fassent entrer dans
les voies de Dieu. Nous examinons notre
conduite habituelle pour voir si elle exprime
vraiment notre conviction de foi ou si elle est en
contradiction avec elle. Nous comparons nos
attitudes avec les dispositions intérieures du
Christ. Nous décidons des applications concrètes
dans notre vie, des choses que nous changeons
peu à peu, jusqu'à ce que notre vie reflète
concrètement cette vérité.
De même pour les mystères. Ce que nous
comprenons, ce que nous ressentons, les
résolutions pratiques que cela nous inspire : tout
48
cela fait l'objet de notre dialogue avec Dieu. Tel
est le cœur de l'oraison.
Certaines fois nous nous sentons pris très
rapidement par le sujet médité. D'autres fois
nous devrons prolonger les considérations plus
longtemps, peut-être jusqu'à l'oraison suivante.
Ce qui compte, c'est de rester attentifs aux
mouvements intérieurs de l'Esprit pour nous
abandonner à leur poussée. Nous évitons les
longs discours ou les raisonnements prolongés :
l'oraison n'est pas un temps d'étude, c'est une
rencontre avec Dieu.
L'oraison se prolonge dans le reste de notre
vie ; elle doit normalement la marquer tout
entière, tout comme, à l’inverse, notre style de
vie rejaillit sur notre oraison. Nous nous
efforçons donc de faire en sorte que l'oraison
porte des fruits dans notre vie.
Nos résolutions devraient comporter trois
caractéristiques : elles doivent être bien précises,
d'une application immédiate et concrète, et
faciles à se rappeler et à se répéter. La résolution
peut être tel acte particulier dans notre
comportement. Nous pouvons décider
d'entretenir tel sentiment qui est né en nous.
Nous pouvons travailler à enraciner en nous une
attitude particulière du Christ Jésus. I1 y a des
vérités que nous pouvons assimiler en
prolongeant simplement tel sentiment ou en
gardant notre attention fixée sur elles...

49
Comme tout le reste de l'oraison, la
résolution doit être le fruit de notre docilité à
l'Esprit Saint.
Si nos résolutions ne viennent que de nous,
elles manqueront de la vigueur nécessaire pour
porter des fruits et finiront en poussière (5).
Vivre de la foi c'est au contraire laisser Dieu
agir en nous et commander notre moi naturel.

En résumé, nous pouvons dire que cette


méthode commune d'oraison de foi enracine peu
à peu la Parole de Dieu dans nos propres
convictions et nous attache de plus en plus
étroitement à Jésus-Christ, à travers nos
sentiments, nos mouvements intérieurs, nos
décisions. Ainsi la sagesse et la force de Dieu
deviennent progressivement la lumière qui nous
éclaire et l'élan qui nous pousse en avant dans
notre propre vie.
1. Is 55, 10-11 : « La Parole de Dieu produit ce
qu’elle dit… »
2. Ps 34, 8 : « Goûtez et voyez comme est bon le
Seigneur ! »
3. I Pe, 2, 2-3 : « Désirez le lait pur de la parole...
pour grandir… »
4. I Co 12, 3 : « Nul ne peut dire ‘Jésus est
Seigneur’ si ce n’est par l’Esprit Saint. »
5. Jn 15, 5-7 : La vigne et les branches.

50
16. CONCLURE L'ORAISON

La conclusion de l'oraison est en elle-même


assez brève. Elle est pourtant très importante
parce qu'elle doit assurer la répercussion durable
sur notre existence des bons effets que l'oraison
a produits en nous. La conclusion comporte
quatre actes essentiels :
a) Nous disons MERCI à Dieu qui nous a fait
l'honneur de nous tenir en sa présence pendant
l'oraison ; merci pour tout ce que nous avons
compris, ressenti ou désiré durant l'oraison, pour
toutes les grâces éprouvées. Même si au niveau
des sentiments notre oraison est restée plutôt
froide et insipide, c'est déjà une grande chose
que d'avoir été admis en présence de Dieu.
b) Nous demandons PARDON à Dieu pour nos
manques d'ouverture, de disponibilité, de
réponse, pour toutes les résistances que nous
avons opposées à son action durant l'oraison.
c) Nous renouvelons notre CONSECRATION à
Dieu et à Marie en achevant l'oraison. Nous leur
confions tout ce qui s'est passé durant l'oraison
et nous leur demandons de garder vivante en
nous la grâce, de cultiver en nous les fruits de
l'oraison.
d) Nous résumons l'oraison dans un
BOUQUET SPIRITUEL, une courte phrase qui nous
permette de nous rappeler l’oraison durant la
51
journée pour que cette grâce de l’oraison
féconde effectivement notre vie.

52
17. L'EXAMEN DE L'ORAISON

Pour maintenir en nous les dispositions


acquises pendant l'oraison, nous tâchons de ne
pas en sortir trop rapidement et de manière trop
brusque. Nous ménageons une transition calme
et paisible vers des occupations plus extérieures.
Nous n'abandonnons pas au hasard les fruits de
l'oraison, si précieux. C'est pourquoi nous y
revenons après quelque temps par le biais d’un
examen de l’oraison : comment avons-nous fait
la préparation de l'oraison ? Comment avons-
nous passé les moments forts, le cœur de
l'oraison ? Qu’est-ce que nous en avons retiré de
positif ?
Cet examen peut se faire tout de suite après
l'oraison ou à un autre moment de la journée. S'il
nous est impossible de faire cet examen à un
moment fixe dans la journée et quotidiennement,
nous nous ménageons en tous cas plusieurs
examens complets de l'oraison chaque semaine.
I1 importe de soigner les fruits de l'oraison pour
que des dispositions nouvelles s'incrustent en
nous de façon permanente.

On fera l'examen de l'oraison autour des


points suivants :
a) notre PREPARATION INTERIEURE à l'oraison :
y sommes-nous allés avec ardeur ou à contre-
cœur ? Dans le calme ou dans l'agitation ?
53
Dans la joie ou dans la colère ? Quels
sentiments éprouvions-nous ? Quels désirs
nous poussaient ?
b) La PREPARATION DU SUJET de l'oraison.
Quand l'avons-nous choisi ? Quelle grâce
souhaitions-nous en retirer ?
c) Notre FIDELITE à la METHODE. Comment
avons-nous suivi la méthode ? Tant que nous
ne connaissons pas cette méthode par cœur,
nous suggérons, entre parenthèses, qu'il peut
être utile de nous aider d'un résumé écrit que
nous gardons sous les yeux durant l'oraison...
d) Nos MOUVEMENTS INTERIEURS : quels ont été
nos sentiments, nos élans, nos désirs ? Tout
cela venait-il de Dieu ou de notre nature ? ou
de Satan ? Nous réaffirmons, pour les
affermir, ceux qui venaient de Dieu.
e) Nos DISTRACTIONS. Qu'est-ce qui a détourné
notre attention de Dieu ? D'où venaient ces
distractions ?
f) Notre RESOLUTION. Qu'est-ce qui s'était passé
dans l'oraison que nous ayons voulu prolonger
dans notre vie courante ?
Peut-être ne pouvons-nous pas passer tous
ces points en revue chaque jour. Ce genre
d'examen de l'oraison doit cependant faire partie
de notre vie d'oraison. Pour nous aider et nous
stimuler dans cette pratique, il est conseillé de
rendre compte régulièrement de notre vie
54
d'oraison à quelqu'un d' autre : à notre
accompagnateur spirituel ou à notre directeur de
communauté (pour les religieux), ou le chef de
zèle de la communauté, ou une autre personne
de ce genre...

55
18. IL FAUT DISCERNER
NOS MOUVEMENTS INTERIEURS

Dieu est toujours présent et agissant en nous.


Il nous attire et nous guide, à plus forte raison
durant le temps de l'oraison. Jésus nous a dit :
« Personne ne peut venir à moi si mon Père ne
l'attire pas » (1). I1 nous dit de même que son
désir est que nous soyons avec lui auprès du
Père. Nous pouvons percevoir cette attirance du
Père à travers nos élans, nos désirs, nos
dispositions intérieurs... (2) Souvent nous ne
prêtons guère d’attention à cela, qui reste
inconscient.
I1 y a cependant là une difficulté. Nos
mouvements intérieurs peuvent provenir d'autres
sources que de Dieu : de notre moi "terrestre" ou
d’un mauvais esprit. Si nous voulons suivre
docilement les mouvements de l'Esprit Saint
nous devons savoir distinguer ce qui vient de
Dieu de ce qui est de Satan (3).
En règle générale, pour savoir d'où viennent
nos élans observons la direction qu'ils donnent à
notre vie et les fruits qu'ils produisent. Voici,
pour aider notre discernement, quelques signes
de l'action de Dieu et d'autres qui manifestent
notre moi égoïste... (4)
- VIENNENT DE DIEU les mouvements qui nous
ouvrent à la plénitude de la vie que nous
trouvons dans le Christ...
56
- Nous sentir poussé à changer de cœur, à nous
corriger de tel défaut, à rendre notre vie
meilleure...
- Désirer être uni à Dieu d'une façon
particulière.
- Désirer être fidèle, persévérer dans l'oraison,
toujours mieux prier et méditer...
- Etre intérieurement en paix, même dans
l'épreuve ou la souffrance.
- Nous sentir attristé par le péché et attiré par la
vertu.
- Etre heureux de nous connaître nous-même, de
reconnaître nos faiblesses et nos limites.
- Attendre patiemment que Dieu se manifeste à
nous.
- Etre mus par la confiance en Dieu.
- Souhaiter du bien aux autres et faire quelque
chose pour eux.
Etc.
VIENNENT DU VIEIL HOMME OU DE SATAN les
mouvements qui flattent notre moi égoïste et qui
le renforcent...
- Fixer nos pensées, nos désirs, notre plaisir sur
des choses qui satisfont notre moi ancien,
païen.
- Ressentir peu d'attirance pour les vertus.

57
- Nous complaire en nous-mêmes, dans une
satisfaction égoïste, par exemple quand nous
avons bien prié.
- Notre centre d'intérêt principal n'est pas Dieu
mais nous-même, ou autre chose...
- Nous accomplissons l'oraison comme un acte
d'obéissance extérieure ou de pénitence..
- Nous attendons de Dieu une récompense parce
que nous avons bien prié.
- Avoir fort envie de cesser l'oraison.
- Nous laisser gagner par l'idée que Dieu ne
nous entend pas ou que nous n'arriverons
jamais à bien faire oraison.
- Demeurer dans la confusion, l'anxiété,
l'agitation...
- Nous croire rejetés de Dieu et vivre de ce fait
dans la méfiance, le découragement, la
culpabilité...
A mesure que nous discernons ainsi en nous
ce qui vient de Dieu ou au contraire de Satan,
nous pouvons choisir, rejeter ce qui vient en
nous du vieil homme et nous laisser au contraire
guider par Jésus sur le chemin de la foi.
I1 y a beaucoup de choses qui sont bonnes en
soi mais qui peuvent devenir pour nous des
obstacles dans l'oraison.

58
- Par exemple, des réflexions intellectuelles qui
nous aident à comprendre les choses mais qui ne
nous poussent pas à nous convertir. Si l'étude est
avant tout un exercice de l'intelligence et du
jugement, l'oraison par contre est d'abord un
exercice de notre foi et un mouvement de notre
cœur.
- De même, nous pouvons être tentés d'utiliser le
temps de l'oraison pour préparer nos activités
pastorales : préparer une causerie ou un sermon,
faire le plan d'une réunion de conseil, etc... Tout
cela est certainement bon en soi, mais ce n'est
pas l'exercice de l'oraison. Cela peut être une
ruse de Satan de nous détourner de l'oraison vers
ces activités intellectuelles ou pastorales... Dans
l'oraison, ce qui compte avant tout c'est que
toute notre attention se porte sur Dieu (5).
1. Jn 6, 44
2. Jn 16, 23-24 : « Demandez… et votre joie sera
complète ».
3. I Jn 4, 1 : Eprouver les esprits…
4. Mt 7, 17-19 : « Vous les reconnaîtrez à leurs
fruits… »
5. Mt 6,6 : Prier dans le secret…

59
19. DIFFICULTES RENCONTREES
DANS L'ORAISON

I1 y a trois difficultés que nous rencontrerons


sûrement dans l'oraison : les distractions, les
afflictions, la sécheresse. I1 est bon de les
connaître pour mieux en venir à bout.
- Les DISTRACTIONS : ce sont toutes les pensées
qui nous détournent de l'essentiel qui est Dieu.
Pendant l'oraison Dieu doit être notre unique
préoccupation. Tout ce qui nous distrait nous
empêche de profiter des dons de Dieu et de ses
consolations durant l'oraison.
- Les AFFLICTIONS : il s’agit de toutes les
souffrances qui nous accablent, des charges trop
lourdes qui pèsent sur nous, des coups que nous
recevons dans la vie et qui rendent pour nous
l'exercice de l'oraison pénible.
- La SECHERESSE est une absence de
mouvements intérieurs durant l'oraison ; rien ne
se passe en nous. De ce fait l'oraison nous paraît
inutile autant qu'inintéressante.
Quand nous sommes dans ces difficultés
nous devons d'abord en analyser les causes. Il y
en a principalement quatre :
a) Un manque de FIDELITE à l'oraison. Nous
négligeons la préparation de l'oraison ; nous ne
suivons pas la méthode. Comment
bénéficierions-nous des fruits de l'oraison si

60
nous ne prenons pas les moyens providentiels à
notre disposition ? (1)
b) Nous n'avons pas le CŒUR assez PUR (2). Les
difficultés, surtout les distractions, surviennent
davantage au milieu d'affections désordonnées
ou dans la légèreté de l'esprit. Les distractions
néfastes nous viennent de passions désordonnées
qui nous attachent à quelque créature et nous
détournent de Dieu. Par contre, des pensées qui
viennent simplement de l'activité normale de
l'esprit ne nous détournent pas de Dieu. Nous les
laissons suivre leur cours sans nous y arrêter,
préoccupés consciemment de nous maintenir en
présence de Dieu. Nous sentons bien que nous
sommes attachés à une créature si nous nous en
détournons difficilement pour être attentifs à
Dieu.
La légèreté est un signe d'immaturité. Elle
consiste à ne rien prendre vraiment au sérieux, à
ne pas savoir apprécier l'importance des choses.
Pendant l'oraison on laisse alors l'esprit errer
sans but d'une chose à l'autre, sans qu'il se fixe
sur rien. Notre imagination vagabonde...
Les affections désordonnées et la légèreté de
l'esprit empêchent donc l'oraison de porter des
fruits. I1 se peut aussi que Dieu se refuse à nous
pour punir notre négligence à son égard ou notre
vie de péché. I1 ne veut pas jeter aux orties le
trésor de ses grâces...

61
c) La PURIFICATION. Dieu peut parfois nous
priver de consolations dans l'oraison pour nous
rendre attentifs à quelque péché ou pour nous
purifier de certains attachements à notre vieil
homme ou au monde. Quand c'est Dieu qui nous
purifie, il nous donne toujours en même temps
les moyens de progresser dans la vertu ou il
nous prépare à recevoir un don plus grand de sa
part. Parfois Dieu nous fait sentir que nous
sommes loin de Lui précisément pour faire
grandir en nous le désir de Le rencontrer (3). I1
peut nous faire ressentir plus profondément
notre condition devant Lui et sa grandeur.
Souvent la purification (4) précède une étape
importante dans notre découverte du mystère de
Dieu se révélant à nous ou elle nous prépare à
accueillir un nouveau don de l'Esprit.
L'expérience même de la purification peut nous
aider à pénétrer plus profondément dans tel ou
tel mystère du Christ ou de Marie – des
situations où eux-mêmes ont connu quelque
chose comme une purification...
Une difficulté peut être considérée comme
une purification et non comme une punition
lorsque
a) nous restons fidèles à l'oraison ;
b) nous ne décelons pas en nous d'affection
désordonnée ni de légèreté d'esprit ;

62
c) nous reconnaissons à certains signes que Dieu
agit (cf. plus haut).
d) Préparation pour une GRACE NOUVELLE. Dieu
ne donne pas ses dons à la légère, sans
préparer le terrain. Des difficultés dans
l'oraison, en particulier une sécheresse
prolongée, peuvent être le signe que Dieu veut
nous accorder des dons nouveaux et le moyen
de nous disposer à les recevoir ; de franchir
ainsi une étape nouvelle dans la vie d'oraison,
d’accéder à un degré nouveau d'union à Dieu.
Quand nous avons discerné la cause de nos
difficultés, nous pouvons réagir, soit pour
écarter les obstacles, soit pour répondre mieux à
l'action de Dieu en nous.

Voici à ce propos quelques CONSEILS


UTILES :
a) Persévérer dans l'oraison en suivant
fidèlement la méthode.
b) Nous abandonner tout entiers à Dieu, à son
action, dans la confiance et la paix intérieure.
Nous tourner vers Dieu comme a fait Jésus
dans le désert (5).
c) Rester patients, attendant dans la confiance
l'heure de Dieu.
d) Exprimer notre regret d'être si peu ouverts à
l'Esprit Saint.

63
e) Remercier Dieu de nous montrer
concrètement sa bonté dans cette situation.
Car c'est un privilège d'être aimés de Dieu
dans ce genre de situation...
f) Méditer sur ce que Dieu peut vouloir nous
dire par cette épreuve et sur le bénéfice que
nous pouvons en tirer.
g) Exprimer fréquemment notre désir d'être unis
à Jésus et à Marie...
1. Lc 19, 15-26 : Faire fructifier les talents
reçus…
2. Mt 15, 15-20 : « C’est ce qui vient du cœur qui
rend l’homme impur… »
3. I Pe 1, 6-7 : Des épreuves qui nous purifient…
4. He 12, 5-13 : Dieu nous corrige par l’épreuve…
5. Mt 4 : tentations de Jésus au désert.

64
20. PRIER SANS CESSE.
VIVRE EN PRESENCE DE DIEU

« Jésus leur dit une parabole pour leur


montrer qu'il faut toujours prier, sans se
lasser » (Lc 18,1). Pour arriver à cette prière
continuelle il faut s’exercer à vivre toute la
journée en présence de Dieu. Comment acquérir
l'habitude de la présence de Dieu ?
Les temps forts de l'exercice de la présence
de Dieu, ce sont les temps d'oraison dans notre
vie. Nous conservons de l'oraison les bons fruits
(telle intuition, telle attitude, tel désir, etc.) et
nous nous en nourrissons jusqu'à l'oraison
suivante. Pendant l'oraison même, nous sommes
abandonnés à l'action bienfaisante de l'Esprit
Saint pour qu'il oriente nos désirs et éclaire nos
convictions... Quand nous sortons de l'oraison
nous voulons vivre selon les dispositions, les
attitudes, les vertus mêmes que nous avons
contemplées dans le Christ. Peu à peu nos
sentiments, nos désirs, nos actes sont
transformés par l'effet de l'oraison... (1)
L'exercice de la présence de Dieu découle de
notre relation fondamentale avec Lui : il est
notre Créateur, nous sommes ses créatures. I1
est la source de tout bien et nous en sommes les
bénéficiaires. I1 est infini et nous sommes
limités… Bref : Dieu est l'origine de tout bien et
nous, de rien du tout.

65
Or ce Dieu est en nous et il nous soutient,
nous attire, nous transforme. Dans la mesure où
nous gardons cette vérité présente à notre esprit,
nous devenons plus sensibles aux mouvements
de l'Esprit en nous dans le reste de la journée,
comme pendant l'oraison. Certes, vivre
habituellement en présence de Dieu ne veut pas
dire penser continuellement à lui. C'est un
sentiment profond d'être en sa présence, d'être
son familier, habitué à Lui. Peu à peu et de
façon de plus en plus naturelle, nous
commençons à penser, à sentir, à agir toujours et
partout sous l'influence de cette présence
certaine de Dieu. Notre "moi nouveau", formé
par l'action du Saint-Esprit pendant l'oraison,
continue à s'approfondir et à s'affermir même
en-dehors du temps consacré à l'oraison.
A mesure que le sens de la présence de Dieu
devient habituel en nous, l'influence réciproque
entre l'oraison et le restant de notre vie
quotidienne devient plus forte. Notre style de vie
est marqué par ce qui se passe dans notre
oraison et à l'inverse notre oraison est marquée
par ce que nous vivons en-dehors. Peu à peu
notre attention à Dieu devient permanente (2) et
notre habitude de répondre à ses appels, un souci
présent dans toutes nos activités.
Progressivement, notre foi façonne notre vie
entière grâce à l'exercice de la présence de Dieu.
1. Ga 2,20 : « Notre vie, c’est le Christ en nous… »
2. I Co 10, 31 : Faire tout pour la gloire de Dieu.

66
21. DEVENIR UN HOMME NOUVEAU
PAR LA CONTEMPLATION
DES MYSTERES DU CHRIST

Lorsque nous désirons acquérir une nouvelle


attitude ou disposition dans notre vie chrétienne,
un des moyens les plus efficaces c'est de
contempler le Christ (1), de voir comment il a
incarné cette attitude dans tel de ses mystères.
Par "mystère" nous voulons parler de toute
expérience humaine dans et par laquelle Jésus a
rendu visible et présent l'amour de Dieu, par
laquelle il nous a rachetés, par laquelle il nous
entraîne vers 1e Père.
Chaque mystère de Jésus comporte un aspect
extérieur et une dimension intérieure. Peu
d'entre les chrétiens sont appelés à imiter les
mystères du Christ dans leur aspect extérieur
mais tous sont appelés à participer à l'élan
intérieur qui animait ces mystères.
Par exemple : peu d'entre nous seront jamais
crucifiés physiquement comme Jésus. Mais tous,
nous devons, d'une certaine manière, participer à
l'esprit intérieur qui a poussé Jésus jusqu’à la
croix. L'essentiel est l'intérieur. Au Calvaire,
deux bandits ont partagé le mystère extérieur de
Jésus, crucifiés à côté de Lui (2). Un seul
pourtant a participé à son mystère
intérieurement et le Paradis s'est ouvert pour lui
aussitôt...
67
En pratiquant l'oraison de foi selon la
méthode commune, nous pénétrons vraiment
dans l'intérieur des mystères de Jésus : par la foi,
nous imaginons ce que Jésus a éprouvé dans tel
événement de sa vie et nous nous concentrons
sur cette dimension intérieure de l’événement.
Par exemple, quand Jésus a été baptisé dans
le Jourdain, que s'est-il passé en lui ? Ou quand
il a été tenté au désert, ou quand il a guéri le
paralytique, ou quand il a pardonné à la femme
adultère, ou encore quand il s'est levé lui-même
du tombeau ?... Ses dispositions intérieures à
l’occasion de ces événements, voilà l'objet de
notre oraison. Par la foi nous nous disposons à
revêtir nous-mêmes les sentiments qui furent
dans le Christ Jésus. Nous entrons dans
l'expérience même de Jésus (3).
Pour acquérir les dispositions de Jésus, nous
avons besoin de vivre des expériences qui
forment ces dispositions en nous. Nous
demandons pour cela à l'Esprit Saint de nous
unir à Jésus en modelant nos attitudes
intérieures.
Finalement, nous découvrons dans la foi
comment nous allons vivre tel mystère
particulier quand nous sortirons de l'oraison
pour accomplir notre ministère.
Tous les mystères de Jésus, il peut nous être
donné ou demandé de les expérimenter dans
notre vie, en communion même avec Jésus, dans
68
l'oraison ou en-dehors. L'oraison nous prépare à
vivre de l’élan spirituel des mystères du Christ
dans notre ministère apostolique. Chaque
mystère que nous vivons ainsi nous donne
d'entrer dans une vie plus abondante et permet à
de nouveaux traits de notre personnalité
‘christifiée’ de s’affirmer (4).
1. Ph 3, 10 : « Tout ce que je veux connaître, c’est
le Christ. »
2. Lc 23, 33-43 : La mort de Jésus…
Rm 6, 5 : Imiter la mort et la résurrection de
Jésus.
3. Jn 15, 20-21 : Le disciple est comme son
maître…
4. Col 1, 24 : Compléter en nous ce qui manque
dans le Corps du Christ.

69
22. PARTICIPER
AUX MYSTERES DE MARIE

Les mystères de foi qui se sont accomplis en


Marie sont également annoncés à nous et nous
pouvons les expérimenter selon le degré de notre
foi (1). Marie est en cela notre modèle.
Davantage même : elle est notre mère. Nous ne
devons pas seulement l'imiter de l'extérieur mais
vraiment participer aux mêmes mystères qu'Elle.
Nous ne contemplons pas les mystères de Marie
seulement pour l'admirer ni même seulement
pour nous stimuler à faire le bien mais bien pour
que la réalité de la vie de Marie chante en nous
et nous forme à l'image de Jésus. Les mystères
de Marie consistent tous pour Elle à se laisser
racheter ou à participer au salut des autres. Ces
mêmes mystères se réaliseront en nous si nous
les vivons unis à Marie, dans la foi et dans la
mesure de cette foi. Une mère communique la
vie par la communion dans l'amour.
Quelques exemples.
-A l'Annonciation (2), Marie a accueilli la Parole
de Dieu et s'est livrée à elle. Elle a cru que ce
que Dieu avait dit se réaliserait. Elle a fait
confiance à la promesse de Dieu. Nous sommes
appelés à revivre ce mystère quotidiennement,
par une semblable confiance en la Parole de
Dieu.

70
- A Cana (3), Marie a demandé à Jésus une
faveur très humaine, bousculant même le temps
fixé par Dieu, anticipant l'Heure. Sa grande
confiance a poussé Jésus à changer d'avis pour
l'exaucer.
Et Jésus nous a appris à demander avec
insistance et persévérance (4) jusqu'à ce que
notre prière soit exaucée. Ainsi nous sommes
appelés à revivre le mystère de Cana dans notre
propre vie.
- Au pied de la Croix de Jésus (5), Marie est
présente ; c’est l'heure de la mère ; son amour la
"tient là". Elle reste fidèle à l'heure de l'abandon
total de son fils.
Ces moments forts de son amour, nous
devons les revivre pour que notre vie entre dans
la plénitude que Jésus désire pour nous.
- Au Cénacle, Marie prie avec les disciples (6)
pour la venue de l'Esprit promis. Nous avons
aujourd'hui un grand besoin de la rejoindre au
Cénacle !
- L'Immaculée Conception de Marie peut nous
apparaître comme un mystère vraiment trop
grand pour nous. Pourtant ce qui est au cœur de
ce mystère doit nous former comme il a formé
Marie. C'est en effet le mystère de la gratuité du
salut, c'est la préparation par Dieu même de
Celle qui doit pouvoir accueillir sa grâce. C'est
la plénitude de grâce que l'amour de Dieu

71
répand dans le cœur : tout cela, nous sommes
destinés à l’expérimenter.
Tous les mystères de Marie auxquels nous
participons forment en nous l'homme nouveau, à
la ressemblance de plus en plus parfaite de
Jésus. Nous pénétrons dans le dynamisme de ces
mystères avant tout par la méthode commune de
l'oraison de foi.
1. Lc 1, 45 : Croire en l’accomplissement de la
parole dite.
2. Lc 1, 26-35
3. Jn 2, 1-11
4. Lc 11, 5-8 : L’ami importun
5. Ac 1, 14

72
23. L'ORAISON
ET NOTRE TÂCHE APOSTOLIQUE

Nous sommes appelés à imprimer dans toutes


nos bonnes œuvres l'esprit intérieur de Jésus.
Notre être nouveau, qui a grandi grâce à
l'oraison, nous pousse à le faire. L'oraison nous
permet d'exercer et de fortifier en nous toutes les
vertus nécessaires à l'apostolat (1). L'oraison est
donc essentielle si nous voulons tout faire sous
l'impulsion de l'homme nouveau qui est en nous.
Tout comme Dieu nous pénètre de sa vie et nous
transforme dans l'oraison, ainsi les fruits de
l'oraison peuvent et doivent pénétrer et
transformer toutes nos actions. L'oraison de foi
nous incite à pratiquer les vertus de Jésus dans
notre travail apostolique (2). Sans doute, nous
pouvons accomplir de bonnes actions sans faire
oraison. Il y a cependant un manque à gagner.
Ce que nous pouvons faire de bien par nous-
mêmes est peu de chose en comparaison de ce
que Dieu peut accomplir à travers nous
moyennant l'oraison de foi.
On ne peut faire oeuvre spirituelle que grâce
à l'Esprit Saint. Dieu ne nous appelle pas par
vocation pour des œuvres que nous pourrions
très bien réaliser sans Lui (3). I1 nous appelle à
être "ministres de sa grâce" et nous ne pouvons
l'être qu'unis à Lui dans la prière, l'oraison.
Notre vocation nous oriente vers un apostolat
que nous ne pouvons accomplir qu'avec l'aide de
73
la grâce de Dieu. Nous n'avons pas à nous
occuper, comme apôtres, de nos affaires
personnelles mais des affaires du Seigneur et de
sa mère.
Le travail apostolique est une conséquence
normale de l'oraison. Nous n'héritons pas des
dons de Dieu pour nous seuls. Dans l'oraison,
Dieu nous fait part de ses désirs, de ce qu'il veut
pour les autres. Voilà pourquoi le fruit par
excellence d' une bonne oraison c'est le zèle
pour le salut des hommes, le désir de faire
bénéficier les autres de la grâce de Dieu (4). Ce
zèle nous soutiendra dans notre travail apostolique. Si
nous ne comptions que sur les ressources de notre
sagesse humaine nous ne serions pas à la hauteur de
notre mission et nous sombrerions vite dans le
découragement. Mais par l'oraison l'Esprit de Dieu
nous éclaire et nous anime dans tout ce que nous
entreprenons pour le Seigneur.
1. Ac 1,8 : Recevoir une force puis témoigner.
2. Ac 3, 12-16 : Agir avec la force du Christ.
3. Lc 9, 1-6 : L’envoi des Douze…
4. I Pe 4, 10-11 : « Chacun a reçu une grâce pour
servir les autres. »

74
APPENDICE
METHODE COMMUNE D'ORAISON DE FOI
(aide-mémoire)
1. On CHOISIT UN SUJET et on se précise le fruit
spirituel qu'on attend de cette oraison, compte
tenu du besoin spirituel qu'on en a, de l'attrait ou
du désir que l'on éprouve.. Ce sujet peut être un
passage d'Ecriture, un mystère de la vie de Jésus
ou de Marie, un enseignement de l'Eglise, etc...

2. L’ENTREE DANS L'ORAISON. On se rend à


l'endroit où on va prier, on se détend, on fixe son
attention sur Dieu.
- On contemple Dieu à travers un des traits de
son mystère : Dieu Créateur ou Père ou source
de vie ou souverain de l'univers...
- On s'unit à Jésus, qui est continuellement en
prière pour nous...
- On s'unit à Marie qui nous forme dans son
amour maternel...
- On se livre à l'Esprit Saint qui nous dispense
ses dons...

3. LE CORPS DE L'ORAISON DE FOI


- On se remémore le sujet choisi. On réfléchit,
on s'imagine la scène, on considère sa
signification et son importance pour nous...
75
- On confronte sa vie concrète à la vérité, au
mystère, au don.. que l'on considère, pour voir si
elle y est conforme ou non, si ce que nous
méditons transparaît dans notre vie ou pas...
- On est attentif aux mouvements intérieurs qui
se produisent en nous durant l'oraison : nos
sentiments, nos désirs, nos tendances... On parle
de tout cela au Seigneur dans le dialogue de
l'oraison, on savoure la vérité qui nous frappe,
nos intuitions, nos dispositions nouvelles, etc.
jusqu'à ce que tout cela s'enracine dans notre
esprit, notre cœur et notre volonté.
- On répète la même démarche à propos des
autres points de nos considérations ou des autres
aspects du sujet de méditation.

4. CONCLUSION DE L'ORAISON
- en remerciant Dieu pour ce temps de grâce
qu'on vient de vivre dans l'oraison ;
- en demandant pardon pour tous nos manques
d'ouverture et de non-réponse à sa Parole...
- en renouvelant notre consécration à Dieu et à
Marie et en remettant entre leurs mains cette
oraison même et ses fruits...
- en résumant dans un bouquet spirituel dont on
se souviendra, le fruit de cette oraison.

76
5. EXAMEN DE LA PRATIQUE DE L’ORAISON
- On examine, quelque temps après l'oraison, la
manière dont cela s’est passé.
- On repasse alors en revue les diverses étapes
proposées dans notre méthode...
Cet examen ancrera plus profondément en
notre vie la grâce de notre oraison.

77
ANNEXE
Lettre du P. Chaminade (1842)
à M. Pérodin, religieux marianiste
L'oraison mixte sur le Credo ou Symbole
des Apôtres ne pourra jamais que vous être
utile ; mais comme vous voulez faire
l'application de la foi chrétienne à
l'amendement de vos défauts, souvenez-vous
toujours que tous les articles de notre foi,
toutes les vérités révélées se rapportent à celle
dont saint Pierre fit profession: Tu es Christus
Filius Dei vivi.
Dans tous les mystères de Jésus-Christ, à
commencer par celui de l'Incarnation, ne voyez
jamais que le Fils de Dieu opérant dans la très
sainte Humanité, agissant et parlant, souffrant
et mourant, ressuscitant, etc. C'est toujours le
Fils de Dieu qui opère dans sa sainte
Humanité ; c'est lui qui souffre, qui meurt, qui
ressuscite, qui monte au Ciel ; en un mot,
depuis l'Incarnation inclusivement, Jésus-Christ
est toujours et sera toujours Homme-Dieu ou
Dieu-Homme ; la foi nous fait toujours voir en
Jésus-Christ le Fils de Dieu qui opère pour
nous, qui souffre, qui meurt, qui ressuscite
pour nous, qui parle pour nous, qui nous
enseigne : toutes ses paroles sont des paroles
divines qui nous sont adressées. Quels
immenses trésors nous avons en Jésus-Christ !
Nous nous unissons à Jésus-Christ par la
foi que nous avons en lui ; nous puisons dans
ses trésors avec cette foi, puisque ces trésors
78
sont à nous. Avons-nous besoin d'humilité, de
patience, etc.? Après avoir bien reconnu notre
orgueil, notre défaut de patience, etc., voyons
dans notre trésor les humiliations et l'amour
des humiliations, les souffrances et l'amour des
souffrances qu'à toujours eus Jésus-Christ : les
mérites de Jésus-Christ humilié et souffrant
sont infinis. Faisons-nous un baume de ses
humiliations et de ses souffrances ; appliquons
ce baume sur notre orgueil, sur notre
impatience, et nous guérirons; nous détruirons
ces vices et nous cicatriserons les plaies qu'ils
nous ont faites ; nous aimerons et les
humiliations et les souffrances, puisque, en
Jésus-Christ et par Jésus-Christ, elles ont
procuré une si grande gloire à Dieu, et la lui
procureront en nous unis à Jésus-Christ. Voilà,
mon cher Fils, l'usage qu'il faut faire de notre
foi, spécialement dans l'oraison, sans doute,
mais aussi dans tout le cours de notre vie.
[…]
Je désire, mon cher Fils, que vous puissiez
voir dans ce petit abrégé la pratique générale
de la foi dans le cours ordinaire de la vie, et
spécialement dans l'oraison, qui est le pivot sur
lequel roule toute la vie chrétienne et
religieuse.

79
80
SYMBOLE DES APOTRES
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique,
notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit,
est né de la Vierge Marie,
a souffert sous Ponce Pilate,
a été crucifié, est mort et a été enseveli,
est descendu aux enfers,
le troisième jour est ressuscité des morts,
est monté aux cieux,
est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d'où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l'Esprit Saint,
à la sainte Eglise catholique,
à la communion des saints,
à la rémission des péchés,
à la résurrection de la chair,
à la vie éternelle. AMEN !

SYMBOLE DE NICEE
Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre,
de l'univers visible et invisible.
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles.
Il est Dieu, né de Dieu,

81
Lumière, née de la lumière,
vrai Dieu né du vrai Dieu.
Engendré, non pas créé,
de même nature que le Père
et par Lui tout a été fait.
Pour nous les hommes et pour notre salut,
il descendit du ciel.
Par l'Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie,
et s'est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Ecritures, et il monta au ciel ;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire,
pour juger les vivants et les morts ;
et son règne n'aura pas de fin.
Je crois en l'Esprit Saint,
qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils,
il reçoit même adoration et même gloire ;
il a parlé par les prophètes.
Je crois en l'Eglise,
une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême
pour le pardon des péchés.
J'attends la résurrection des morts,
et la vie du monde à venir. AMEN !
82
IIe Partie

Méthode d'oraison sur le


SYMBOLE DES APOTRES
Guillaume-Joseph CHAMINADE
(1840)

Le texte présenté ici reproduit, avec quelques


libertés destinées à en faciliter la lecture, celui qui
a été publié dans Ecrits d’Oraison. Les
articulations essentielles sont soulignées par la
numérotation de certains paragraphes et
l’impression en caractères gras des termes clefs.

83
84
INTRODUCTION
(Cf. RAYMOND HALTER SM, ECRITS D'ORAISON,
Fribourg (Suisse) 1969, P. 9...26)

Guillaume-Joseph CHAMINADE a été un


collaborateur direct de son évêque dans le
renouveau chrétien de la ville de Bordeaux, au
lendemain de la Révolution française, à partir de
1800. Ses études au collège de Mussidan, sous
la direction de son grand-frère Jean-Baptiste,
Jésuite, puis à Paris, avec des prêtres de Saint-
Sulpice ; les amis qu'il fréquentait et la vie
communautaire qu'il a menée, après son
ordination, dans la communauté des prêtres de
Saint-Charles de Mussidan, lui ont donné une
solide formation théologique et spirituelle.
Cependant, le P. Chaminade n'est pas un
écrivain et il ne fait pas oeuvre de théologien
professionnel. Il est avant tout un fondateur
d'œuvres et un conseiller spirituel. S'appuyant
sur ce qui lui paraît le plus solide dans la théologie
de l'Eglise, il apporte ses conseils à des hommes et
des femmes qui ont pris au sérieux leur vie
chrétienne et les conséquences de leur baptême.
Tout en utilisant les traités de vie spirituels
courants de son temps, il met l'accent sur l'esprit
de foi, entendu comme un enracinement dans
l'âme de la vérité révélée et comme une structure
interne de la personnalité du croyant. Et comment
mieux nous imprégner de ces vérités qu'en
méditant le Credo lui-même, résumé de ce que
85
nous croyons ? Sa méthode à lui, il met de longues
années à la mûrir, à force de lectures, de réflexion
et d'attention aux personnes qu'il conseille.
Vers 1821 il peut écrire : "Faire oraison, c'est
élever son esprit et son cœur à Dieu pour se
pénétrer en sa présence, par des réflexions aidées
de ses lumières, de quelque vérité propre à nous
rendre meilleur." Le but fixé à l'oraison est donc
de se mettre en face de la vérité révélée, en
présence de Dieu, de la comprendre le mieux
possible, de juger sa vie et les événements à sa
lumière et d'y conformer son comportement. Le
P. Chaminade veut amener ses dirigés à une
grande pureté de conscience, condition première
de la rencontre avec Dieu et d'un apostolat
authentique. Il est convaincu que la vérité purifie.
L'oraison est donc le lieu par excellence où
s'effectue la purification de l'âme, condition
d'épanouissement de toutes les vertus chrétiennes.
Le signe d'une bonne oraison, c'est la
transformation chrétienne de la vie concrète.
L'oraison de foi est une oraison théologale. Le
P. Chaminade place son disciple en face de la
vérité révélée. Il ne s'agit pas de se laisser aller à
l'imagination ou même au raisonnement. Nous ne
voulons connaître Dieu qu'à travers ce qu'il nous
a dit de lui-même. Nous ne pouvons nous
connaître nous-mêmes qu'en nous regardant dans
le miroir divin. Cette double connaissance
s'acquiert et progresse avec la foi.
La foi n'est pas seulement un contenu objectif
de vérités révélées et enseignées par l'Eglise. Elle
86
est aussi une lumière intérieure par laquelle Dieu
élève l'âme à sa connaissance et à son amour. La
foi devient ainsi une conviction de plus en plus
forte et agissante dans notre vie morale, et par elle
l'âme est divinisée. Elle nous met en
communication avec Dieu.
Cette activité de Dieu dans l'âme n'empêche
pas et ne dispense pas l'âme de produire sa propre
activité dans l'oraison. En fait et au fond, notre
activité vise surtout à nous rendre disponibles à
l'action de l'Esprit Saint en nous. C'est d'une part
une préparation, une mise en présence de Dieu ;
c'est, après l'oraison, un effort de fidélité à la grâce
reçue. Il faut faire travailler la mémoire pour se
rappeler ce que dit l'Ecriture à propos d'une vérité
méditée ; il faut faire travailler l'intelligence pour
confronter les textes bibliques les uns avec les
autres et en dégager le sens. Mais l'intelligence est
au service du cœur : ce qu'on vise, c'est aimer
Dieu en ce qu'Il fait. Ainsi la volonté, éclairée par
la Parole, s'engage dans des actions et un
comportement qui découlent de l'oraison.
L'oraison chaminadienne s'adresse à la
personnalité globale par le travail des facultés et
l'ouverture à l'action de l'Esprit Saint.

87
La METHODE D'ORAISON SUR LE
SYMBOLE (1840)
Considéré par les Marianistes comme un des
traités les plus importants du P. Chaminade, ce
texte cristallise toute sa pensée sur l'oraison. Dans
cette méditation du Credo, tout est centré sur la
foi et l'exercice de la vertu de foi, source de la vie
spirituelle. Un deuxième caractère s'en dégage :
celui de totalité. Chaminade aime ce qui est
universel. A travers le Credo, c'est à la totalité de
la foi catholique qu'il demande l'épanouissement
de la personne. Tous les dogmes sont des
semences de vie. Il ne faut en rejeter aucun.
Chacun est capable d'apporter à l'âme une
purification propre. L'ensemble est nécessaire à la
conversion du vieil homme en homme nouveau.
Inséré comme un élément conscient dans
l'immense projet de Dieu sur l'histoire humaine,
le chrétien, à l'imitation du Christ, le Premier-Né,
est conçu du Saint-Esprit, il naît de la Vierge
Marie. Sa souffrance continue la souffrance
rédemptrice du Christ, sa résurrection est
résurrection avec le Christ et vie éternelle, déjà en
cette vie par l'Eglise et un jour dans la Jérusalem
céleste. La vie du chrétien est incompréhensible
en-dehors de l'union au Christ. Le Symbole des
Apôtres lui retrace son itinéraire spirituel, du
baptême à la mort. Ainsi la méditation du Credo
permet de réaliser plus rapidement l'idéal de
l'oraison chaminadienne : connaissance de Dieu et
connaissance de soi-même dans la lumière divine.

88
Au début, la récitation du Symbole des
Apôtres peut paraître fastidieuse parce que l'esprit
glisse sur les mots. Pourtant chacun de ces mots,
vieux comme l'Eglise, est chargé de substance
mystique. Chacun résume de vastes tranches de la
Révélation et de la Tradition chrétienne. Dès que
la foi s'accroche à lui, il s'illumine par l'intérieur,
prend de plus en plus de relief et devient une
nourriture inépuisable pour l'âme. Dans ce
dépouillement total de la foi, l'Esprit Saint saisit
l'âme et l'élève à la connaissance et à l'amour de
Dieu. Ainsi la méditation sur le Credo est une
méthode, mais pas au sens classique de démarche
de la pensée par actes successifs, ou de processus
méthodique. Elle tient compte du comportement
global de la personne et l'amène au but de
l'oraison.
L'oraison sur le Symbole peut être sans cesse
reprise, parce que son objet divin est infini. Le
P. Chaminade a médité lui-même pendant des
années sur le Credo. On connaît certains de ses
disciples qui ont médité sur le Credo pendant
quarante ans ! Il y faut beaucoup de patience et de
courage. Dieu n'est pas pressé.
La préparation de la rencontre avec le Maître, il
faut la faire en union avec Marie, elle qui nous
donne le Christ et qui nous donne au Christ. Sa
maternité spirituelle lui fait jouer un rôle actif dans
notre conformité progressive au Christ. Marie
joue auprès du Christ total - l'Eglise de ses
disciples bien-aimés - la mission maternelle qui
était la sienne dans l'éducation du Christ

89
historique. Chaminade illustre le rôle de médiation
maternelle de Marie par l'histoire de Rébecca, dans
la Genèse, ou de Marie à Cana. Dans la pensée du
P. Chaminade, l'esprit d'oraison et la dévotion à
Marie se compénètrent intimement. "L'esprit
d'oraison doit être, écrit-il, avec la dévotion à la
sainte Vierge, la vertu caractéristique d'un
religieux de Marie." Les deux préparent des
apôtres pleinement engagés au service de Dieu et
de l'apostolat de l'Eglise.
La pensée du P. Chaminade va plus loin que la
simple formation spirituelle de ses disciples. Il
n'avait fixé aucun costume spécial aux religieux de
ses Instituts. Il avait perçu les conditions
nouvelles de vie et de relations humaines
qu'ouvrait pour le monde l'ère démocratique issue
de la Révolution française. Il avait vécu lui-même
à Bordeaux pendant la Terreur, se cachant sous
toutes sortes de déguisements. Il savait, par
expérience, que l'habit clérical peut éloigner
parfois les hommes de Dieu. Cependant une
séparation du monde reste nécessaire. Son
intuition est d'avoir voulu un costume qui soit
d'abord intérieur. La seule séparation efficace
dans une vie apostolique mêlée intimement à
l'existence quotidienne des foules est celle de la
sainteté. Or la foi attaque les vices à leur source
même, elle purifie le cœur et rectifie les puissances
affectives jusque dans leur racine inconsciente.
Elle structure l'organisme spirituel à l'image du
Christ. L'amour-propre cède la place à l'amour du
Christ. Alors seulement l'apostolat peut être abordé
sans costume religieux et sans danger pour la vie
90
intérieure. Les murs d'un monastère ne protègent
pas contre l'amour-propre. Par contre, un esprit de
foi intense rend féconde la plus humble vie
chrétienne. Ce but apostolique explique l'insistance
avec laquelle le P. Chaminade demande l'oraison
de foi dans la vie de ses disciples.
L'oraison chaminadienne est parfaitement
appropriée aux militants d'Action Catholique. Elle
les aide à acquérir une solide vie spirituelle et met
à l'intérieur d'eux un principe de séparation du
"monde". Ils ne peuvent "élever" les autres que
s'ils vivent eux-mêmes de la vie du Christ, s'ils
recherchent la sainteté. Comment se laisser
transformer par le Christ si l'on ne se met pas, de
façon régulière, en face de lui pour le regarder
vivre dans l'Evangile, pour juger ses propres
attitudes à la lumière de l'Evangile, pour orienter
sa vie sans cesse dans le sillage de l'Evangile.
"Nous devons être des images du Christ, dit
Chaminade ; ses actions doivent être les modèles
des nôtres : pour faire une copie il faut d'abord
jeter les yeux sur l'original".
Tel est le but de l'oraison de foi. Tout son
déroulement a été conçu en fonction de ce but : se
mettre en présence de Dieu, s'abandonner à l'action
sanctifiante de l'Esprit Saint, s'unir à la prière
maternelle de la Vierge, pour atteindre, par
l'exercice de la vertu théologale de foi, à une
ressemblance toujours plus grande avec Jésus-
Christ, Fils de Dieu, devenu fils de Marie, pour
sauver les hommes."

91
92
1. EN TOUTE CHOSE IL FAUT
CONSIDERER LA FIN
In omnibus respice finem !

1.1. Pourquoi sommes-nous sur la terre, et que


ferons-nous dans la ciel ? Quelle a été le but du
Créateur en nous appelant à la vie ?
La foi répond que la fin de l'homme, dans le
temps et dans l'éternité, c'est de connaître et par
suite d'aimer et de glorifier Dieu. Tel est donc
notre but le plus élevé, telle est notre destination la
plus haute, et telle est la pensée de l'Esprit Saint
lorsqu'il nous commande de considérer la fin en
toutes choses afin d'orienter toutes choses vers
cette fin.
1.2. Arrêtons un instant nos regards sur nos
magnifiques destinées.
Dans le ciel nous verrons Dieu face à face, tel
qu'il est, dans sa nature et son essence intimes.
Cette vision céleste suscitera en nous un amour
immense, aussi large et aussi fort que notre
puissance d'aimer. Notre cœur est fait pour aimer,
et pour aimer ce qui mérite vraiment d'être aimé.
Au ciel, l'esprit lui montrera ce qui est infiniment
aimable et son cœur le saisira avec une force
irrésistible et, ivre d'amour et de bonheur, il louera,
il exaltera avec délices les ineffables perfections de
son bien-aimé. Abîmée en Dieu, comme dans un
océan de lumières, toute inondée des ravissantes
splendeurs de la divinité, notre intelligence sera

93
éternellement absorbée dans une contemplation
extatique et fournira ainsi un éternel aliment au
divin feu d'amour qui brûlera notre cœur sans le
consumer, comme le feu du buisson ardent...
Voilà le ciel, voilà la vie que nous y mènerons,
si d'abord nous menons notre vie ici-bas selon la
volonté de notre Créateur. Tout notre bonheur sera
de voir, d'aimer et de louer Dieu et de goûter ainsi
le bonheur-même de Dieu.
1.3. Déjà sur terre, cette vallée de larmes, les
mêmes éléments de bonheur nous sont proposés.
Le bon Maître, que nous sommes appelés à servir,
veut nous faire essayer, pour ainsi dire, la félicité,
le bonheur, qu'il nous promet à la fin de notre
pèlerinage. C'est pourquoi il nous fait voyager sur
cette terre d'exil. Notre fin et notre unique but,
c'est de le connaître, de l'aimer et de le glorifier.
Quiconque n'atteindra point ce but, sera jugé
impropre au royaume du ciel, et rejeté...
Tout notre bonheur ici-bas consiste donc à voir
Dieu, à l'aimer et à le servir. Nous le voyons par
la foi, réellement et tel qu'il est, non pas certes
d'une manière directe, intuitive, mais, comme dit
l'Apôtre Paul, en énigme et dans un miroir (I Co
13,12). La lumière de la foi, infaillible comme la
lumière de la gloire du ciel, est essentiellement
moins lumineuse et moins parfaite. Toutefois, elle
éclaire assez les infinies perfections de notre Dieu,
pour inonder le cœur pur de joie parfaite,
d'ineffables délices, et lui faire désirer de toutes
ses forces le terme heureux de son pèlerinage : être
avec Dieu dans le ciel.
94
1.4. Rien ne coûte trop à l'âme qui a la foi, lorsqu'il
s'agit de prouver son amour à son bien-aimé, et
rien ne saurait le séparer de lui : ni la mort, ni la
faim, ni la soif, ni la nudité, ni la maladie, ni les
persécutions, ni les injures, ni l'enfer, ni la terre,
ni le ciel (Rm 8, 38-39)... L'âme jouit, elle
triomphe, elle est vraiment heureuse lorsqu'il s'agit
de souffrir pour le Dieu que la foi lui montre et lui
promet...
Il est donc évident que la fin de l'homme est de
connaître, d'aimer et de glorifier Dieu. La foi, le
bel ordre de la nature, et l'organisation, l'harmonie,
plus ravissants encore de la religion, sont
coordonnés à cette fin sublime. La terre est
comme le noviciat du ciel, un lieu d'initiation pour
le ciel : nous devons faire ici-bas ce que nous
ferons éternellement dans la maison du Père, au
sein de la divinité. Poursuivre cette fin, ce n'est pas
facultatif : nous devons y tendre pour que déjà elle
nous rende vraiment heureux dans le temps de
notre vie terrestre, et surtout pour mériter d'être
heureux dans l'autre vie. Telle est notre croyance.
Nous croyons aussi que l'homme est incapable de
lui-même à atteindre ce but, parce que le péché, en
le dégradant, l'a rabaissé en-dessous d'une si noble
destinée ; et parce que, de toute façon, dans l'ordre
du salut il ne peut rien sans la grâce.
1.5. Le Sauveur du monde nous apprend lui-même
que la condition indispensable pour voir Dieu,
c'est d'avoir le cœur pur (cf. Mt 5,8). C'est donc
en vain que l'âme serait éclairée des plus brillantes
splendeurs de la foi si le cœur n'était pas pur. Cette

95
foi, retenue captive, ne servirait qu'à la rendre plus
coupable et plus malheureuse.
1.6. Ainsi tous nos efforts, tous nos travaux, tous
nos combats, doivent tendre à purifier notre cœur.
Et c'est là effectivement tout l'objet du
christianisme. Car, avoir le cœur pur, c'est n'aimer
que Dieu, ne chercher que lui et ne tendre qu'à lui
de toutes ses forces ; c'est fuir le péché et l'ombre
du péché ; c'est observer les lois de Dieu, craindre
sa justice, adorer ses volontés suprêmes ; en un
mot, avoir le cœur pur, c'est pratiquer la foi, c'est
mettre en oeuvre les leçons de la foi. On voit ainsi
que la foi qui fait voir Dieu c'est celle qui purifie le
cœur, c'est-à-dire la foi opérante, la foi active.
Or qu'est-ce que le christianisme, sinon la
pratique des enseignements de la foi ? La foi
nous dit que tous les fils d'Adam, par suite de la
désobéissance de leur premier père, naissent
esclaves de la triple concupiscence : des yeux, de
la chair et de l'orgueil ; qu'au baptême, ces trois
concupiscences sont, il est vrai, soumises à l'âme
qui les domine, mais qu'elles ne sont pas détruites,
et qu'elles militent sans cesse pour reprendre le
pouvoir qu'elles ont perdu. Enfin la foi ajoute que
le monde et l'enfer unissent leurs efforts aux efforts
déjà trop redoutables de la chair pour perdre
l'esprit.
Jésus-Christ n'est venu parmi nous que pour
abolir notre honteux esclavage, et pour nous rendre
capables de nous maintenir dans la liberté, car il
nous a libérés par son amour jusqu'à la mort. Les
moyens qu'il nous a laissés sont : les sacrements,
96
les vertus théologales de foi, d'espérance et de
charité (cf. I Co 13,13), les vertus morales, les
dons du Saint-Esprit et sa loi. Certains de ces
moyens sont pour l'esprit et les autres pour le
cœur : tous concourent effectivement à purifier
notre cœur et à nous faire voir Dieu. Mais il faut
les mettre en oeuvre ; car Dieu a voulu que notre
perfection soit certes son oeuvre mais pas au point
de rendre inutile notre coopération.

97
"Lorsque Marie confrontait en elle-même tout ce
qu'elle avait appris pour l'avoir lu, entendu ou vu,
comme elle grandissait dans la foi, comme elle
progressait en mérite, comme elle était éclairée par
la sagesse, comme elle s'enflammait de plus en
plus du feu de l'amour !
En revivant la révélation des mystères célestes
qui lui avait été proposée, elle était comblée de
joie, merveilleusement fécondée par l'Esprit, et elle
s'élançait vers Dieu tout en demeurant dans
l'humilité. De tels progrès dans la grâce divine
élèvent jusqu'aux sommets et transfigurent de
gloire en gloire.
Heureuse, certes, l'âme de la bienheureuse
Vierge : habitée par l'Esprit et par son
enseignement, elle obéissait toujours et en toutes
choses aux ordres du Verbe. Elle n'était pas guidée
par son sentiment personnel, par sa propre
décision ; mais ce que la sagesse suggérait
intérieurement à sa foi, elle l'accomplissait
extérieurement par son corps. Il convenait bien à la
divine Sagesse, qui bâtissait, pour y habiter, la
demeure de l'Eglise, il lui convenait d'employer
Marie la toute sainte pour procurer l'observance de
la loi, la purification de l'âme, l'idéal de l'humilité
et le sacrifice spirituel.
Imite-la, âme fidèle. Pour te purifier
spirituellement et pouvoir te délivrer de la maladie
du péché, entre dans le temple de ton cœur. Dieu y
98
regarde notre affection, les dispositions de notre
cœur, plus que notre ouvrage, en tout ce que nous
faisons. Aussi nous pouvons, par le désir de la
contemplation, nous jeter en Dieu pour ne penser
qu'à lui ; ou bien nous pouvons chercher notre
équilibre par le progrès des vertus et des activités
profitables à notre prochain ; en tout cela n'ayons
pas d'autre mobile que l'amour du Christ. Voilà
quel est le sacrifice spirituel de purification qui est
agréable à Dieu. Il ne s'accomplit pas dans un
temple matériel, mais dans le temple de notre cœur
où le Christ Seigneur fait avec joie son entrée."

(Sermon de St Laurent Justinien - Liturgie des


Heures, pour la fête du Cœur Immaculé de Marie)

99
100
2. DE L'ORAISON

2.1. Nous venons de voir que l'intention du


Créateur, en nous appelant à la vie et au
christianisme, était de nous permettre de le
connaître, de l'aimer et de le glorifier ; nous avons
vu que la foi est la lumière qui nous fait voir Dieu
ici-bas, et qu'elle ne joue son rôle que dans les
cœurs purs, c'est-à-dire dans les cœurs fidèles à ses
divins enseignements. Enfin nous avons vu que le
but de la mission du Christ Sauveur avait été de
briser les fers de notre esclavage, de purifier et de
recréer nos cœurs, pour nous rendre aptes à la fin
sublime de notre existence.
Or, parmi les moyens que nous avons reçus
d'atteindre un but aussi désirable, l'oraison est
incontestablement celui où nous y travaillerons le
plus efficacement ; c'est là surtout que nous
pouvons vider plus facilement notre cœur de tout
ce qui n'est pas Dieu. Quelques réflexions sur la
nature et la conditions de ce saint exercice qu'est
l'oraison suffiront pour nous en convaincre.
2.2. L'oraison est un dialogue intime, une
communication réciproque entre nous et Dieu, un
saint échange de l'âme avec Dieu, échange
merveilleux où un Dieu ne dédaigne pas de se faire
connaître à une pauvre petite créature et de la faire
pénétrer dans la profondeur de ses desseins
éternels ; un échange où l'âme, après avoir
contemplé, à la lumière de la foi, les grandeurs
infinies de la divinité, ses adorables perfections,

101
les plans de sa sagesse et le ravissant ensemble de
ses oeuvres, s'abaisse en voyant sa propre
petitesse, admire et adore la bonté de ce grand
Dieu qui daigne l'accepter en sa présence. La
beauté du ciel, les bienfaits dont elle a été
comblée, les excellences de son Dieu, sa sainteté et
sa justice, et, de son côté, la hideuse dégradation
causée par son état de pécheur, son énorme
ingratitude, le souvenir de ses mauvaises actions,
la vue de sa faiblesse, agitent tour à tour son cœur
par les sentiments profonds du regret et de la
douleur, de l'amour et de l'espérance, de la honte et
de l'effroi.
Qui pourrait dire ce qui se passe dans une âme
éclairée par la foi, en présence de son Dieu ?
Quelles délices inexprimables, quelles joies pures,
que de douceur jusque dans les larmes qu'elle
répand ! Et puis, que de lumières lui sont
communiquées à proportion qu'elle s'abîme dans le
mépris et l'oubli de tout ce qui n'est pas Dieu :
lumières sur Dieu, qu'elle trouve de plus en plus
digne d'être aimé ; lumières sur elle-même, dont
elle approfondit de plus en plus la petitesse et
l'indignité ; lumières sur la créature, dont elle se
détache rapidement. Son cœur se purifie, sa foi
augmente ; et si elle continue d'être fidèle à la
grâce, elle arrive bientôt à cet heureux état où,
abîmée en Dieu, elle s'oublie totalement elle-même
pour contempler et ne faire que contempler les
infinies perfections de Dieu.
2.3. Considérée sous son véritable point de vue,
l'oraison est essentiellement fondée sur la foi :

102
son objet et son instrument doivent être la foi.
Emportée sur les ailes de la foi, l'âme s'envole,
pour ainsi dire, jusque dans le sein de Dieu, pour
contempler et admirer à leur source les vérités les
plus hautes de la révélation ; elle les considère, ou
dans leur magnifique ensemble, ou les unes après
les autres ; elle décompose, elle analyse à propos
de chacune les éléments de sa croyance ; elle
cherche à en pénétrer les secrets adorables. L'âme
ne dédaigne pas les détails les plus minutieux, les
principes les plus simples, les vérités les plus
communes : pourvu que la foi les lui présente, elle
ne les considère plus que comme des choses
dignes de l'occuper tout entière. Mais dans
l'oraison, l'âme ne se borne pas à considérer et à
étudier les divers éléments de la foi ; elle en
examine les fondements, la certitude, la beauté,
l'excellence et le bonheur, et, déplorant la folie et
le malheur de ceux qui ne croient point, elle
considère avec humilité le fait d'avoir été éclairée
de préférence à tant d'autres ; elle remercie et
vante la royale magnificence de son Dieu.
2.4. Après avoir ainsi contemplé les grands objets
de notre foi, - Dieu et soi -, l'âme cherche à se
rendre compte de sa foi ; et bientôt, frappée de la
voir si faible et si mourante, elle s'y exerce avec
ardeur, disant à Dieu avec les Apôtres : "Seigneur,
augmente en nous la foi !"(Lc 17,5) ou avec le
centurion : "Seigneur, je crois, mais viens en aide à
mon peu de foi !" (Mc 9, 24)
2.5. Puis, en comparant sa foi, toute faible, toute
misérable, avec sa conduite passée et présente, elle

103
se sent pleine de regret, de confusion et de
douleur. Elle se fait toute petite devant Dieu. Elle
est tout étonnée de se voir aussi vile, aussi ingrate,
et, en même temps, aussi favorisée par de
nombreuses grâces et de nombreuses faveurs
célestes. Elle reconnaît volontiers son indignité et
ses misères.
2.6. Comme elle admire de plus en plus la
grande, l'ineffable bonté de son Dieu qui, au lieu
de la foudroyer comme elle le mérite, l'accepte en
sa présence, la comble de biens, et la presse de
revenir à lui : comme s'il avait besoin de ses
hommages !
2.7. C'est ainsi que l'âme, dans l'oraison de foi,
apprend à connaître Dieu et à se connaître elle-
même ; et ces deux connaissances sont tellement
unies, qu'avancer dans l'une, c'est avancer
parallèlement dans l'autre.
A force de connaître mieux les infinies
perfections de Dieu, elle s'attache à son amour
avec plus de force, elle est capable de plus de
sacrifices.
A mesure qu'elle se connaît mieux elle-même,
elle s'abaisse, elle s'anéantit davantage dans la
conviction, dans l'évidence intuitive de ses
faiblesses, de ses misères et de ses imperfections ;
elle ne se reconnaît vraiment pas digne d'amour.
Elle finit par demander au ciel la grâce de ne plus
se surestimer ni trop s'aimer elle-même.
2.8. La connaissance de Dieu, d'une part, et de sa
propre insignifiance, d'autre part, lui fait découvrir,
104
de plus, combien est vilain et odieux le péché qui
attaque la majesté infinie de Dieu, blesse sa haute
sainteté, et défie son irréprochable justice ; le
péché d'une faible créature qui n'a rien, qui ne peut
rien, qui dépend en tout de celui qu'elle abuse pour
l'offenser. Alors sa douleur s'agrandit, ses regrets
deviennent plus poignants, son cœur se déchire ;
elle crie vers le ciel pour implorer sa grâce en
même temps que la juste punition qu'elle mérite de
la part du Seigneur.
Alors son humilité prend racine ; la pénitence et
la mortification lui deviennent chères ; comme
Job, elle bénit la Providence pour les maux qu'elle
permet (cf. 2,10)... Alors son cœur se purifie,
l'amour divin s'y établit, et l'âme qui contemple
Dieu par la foi commence à savourer les avant-
goûts du ciel.
2.9. Nous venons de tracer rapidement la nature,
l'objet et l'instrument de l'oraison ; ajoutons
quelques mots sur ce qui motive l'âme dans cet
admirable échange interpersonnel et la fait
progresser.
Il ne faut pas croire que faire oraison c'est suivre
son esprit et ses idées propres dans la
considération des grands objets de notre foi. Une
oraison de cette nature ne mènerait à rien de bon :
tout au plus elle pourrait servir à approfondir un
sujet d'étude ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle
développerait infailliblement la suffisance et
l'orgueil de l'esprit.
2.10. L'âme qui se tient devant son Dieu, toute

105
pénétrée de la grandeur et de l'excellence de ce
Dieu, en même temps que de sa propre petitesse et
de ses profondes misères, s'abaisse et adore,
invoque l'assistance divine du Saint-Esprit et de
l'auguste Marie, et puis se laisse conduire par ces
guides éclairés ; elle se garde bien de suivre ses
propres lumières, parce qu'elle en a reconnu la
vanité, la faiblesse et l'insuffisance. Si pendant
l'oraison elle fait des considérations intellectuelles
ou porte des jugements de valeur, c'est parce que
l'Esprit de Dieu l'y pousse : elle n'a besoin que
d'ouvrir les yeux de son âme à la lumière de la foi,
et dès lors elle voit, elle admire, elle contemple,
elle s'estime heureuse de voir et de contempler ;
elle loue Dieu, elle le remercie, elle déplore sa
propre ingratitude et invoque le pardon de Dieu...
2.11. Quand on parle d'oraison parmi les personnes
qui ne connaissent effectivement pas grand chose à
la vie spirituelle, on en parle comme d'un exercice
dans lequel seule une certaine classe de gens
pourrait réussir. On se figure d'abord qu'une
condition indispensable à l'oraison, c'est
l'instruction : un homme du peuple, un illettré, dit-
on, ignorant, peu instruit sur ses devoirs religieux,
serait par le fait même tout à fait inapte à
l'oraison...
Etrange illusion ! perfide ruse de l'esprit des
ténèbres ! Car cet homme du peuple, ce pauvre
religieux domestique qui ne sait même pas lire, je
suppose, est pourtant bien appelé à voir Dieu dans
le ciel, à l'aimer et à le louer, comme vous ; il est
aussi bien appelé que vous à connaître, aimer et

106
servir Dieu ici-bas, et vous voulez qu'il soit
incapable de faire oraison, c'est-à-dire de pratiquer
un exercice qui a pour raison d'être d'apprendre à
connaître Dieu et à se connaître soi-même ? Pour
être logique, dites plutôt, si vous l'osez, qu'il est
impropre à connaître Dieu, impropre à l'aimer,
impropre à le servir, ou bien qu'il est condamné à
aimer et à servir Dieu sans le connaître !
Sans doute, il est incapable de pratiquer
cette espèce d'oraison qui consiste davantage à
faire travailler l'esprit humain qu'à laisser agir
Dieu dans la personne humaine ; cette oraison qui
ressemble plus à une thèse théologique ou
philosophique qu'à une considération de foi. Mais
ce genre d'oraison n'est pas autre chose qu'une
étude plus ou moins sèche, où l'esprit et le
raisonnement jouent un rôle plus important que la
foi et le cœur. J'avoue qu'il est heureux d'être
inapte à un tel genre d'oraison puisque qu'il
constitue plutôt un dangereux écueil pour la foi et
pour l'humilité qu'un solide avantage.
Il est probablement impropre à ce genre
sublime d'oraison auquel sont parvenus les grands
saints que sont Thomas d'Aquin, Bonaventure,
Bernard. Et encore, peut-on dire cela, puisque
après tout, c'est l'Esprit Saint lui-même qui est
l'initiateur de l'âme droite et simple qui pratique
l'oraison ? Il faut lire les exemples de tant de saints
ermites, de la plupart des moines qui ont peuplé les
déserts et qui ignoraient généralement les
connaissances les plus indispensables ; les saints
les plus grands, tels que les Antoine, les François

107
d'Assise, les Ignace, les Rodriguez... et puis tant de
laïcs qui n'avaient pas reçu une instruction ni une
éducation très poussées et qui se sont pourtant
montrées très expertes, très éclairées dans les voies
de l'oraison la plus sublime... Quand on lit la vie
des Pères du désert et les Vies des Saints, on ne
peut plus croire que les gens peu instruits comme
le commun des fidèles, soient incapables de bien
faire oraison.
2.12. L'instruction serait-elle donc parfaitement
inutile dans l'oraison ? - Non, il ne faut pas dire
cela. Si elle n'est peut-être pas indispensable cela
ne veut pas dire qu'elle soit inutile. Ma pensée est
que celui qui croirait faire oraison en étalant, en la
présence de Dieu, les plus belles considérations sur
une vérité quelconque, à supposer même que ce
soit sans orgueil de sa part, serait dans la plus
grossière erreur. Il ferait tout au plus une répétition
utile de ce qu'il a étudié. La personne qui se tient
en présence de son Dieu ne lui fait ni grands
discours ni longs raisonnements mais elle écoute
l'Esprit Saint et le prie de parler lorsqu'il paraît se
taire. Eclairée par la foi, appuyée sur l'espérance et
embrasée par la charité divine, la personne qui fait
oraison s'élève à Dieu sans crispation et sans
effort.
2.13. Si l'oraison la mieux faite était celle où l'âme
a développé les plus belles et les plus justes
considérations intellectuelles, il faudrait conclure
que la contemplation n'est pas aussi parfaite que la
réflexion intellectuelle, puisqu'on se tient dans
l'oraison comme une idiote, (passez-moi la

108
comparaison) qui ne sait que voir, c'est-à-dire
comme un enfant qui ne sait que regarder, sans
rechercher ni les pourquoi ni les comment... Or,
une telle conclusion est évidemment contraire aux
principes.
2.14. Si on me demande quel usage légitime on
peut faire dans l'oraison de ses talents et de ses
connaissances, je répondrai à cette question
difficile.
On rencontre des confesseurs qui, en se basant
sur les aveux de leurs pénitents, conseillent à ces
derniers de vaquer à une autre occupation qu'à
l'oraison, puisqu'ils n'y font que peu ou pas de
progrès ; ils leur prescrivent donc d'autres
pratiques de piété, comme des lectures et des
prières vocales.
Quelle illusions ! Au lieu de rechercher la
cause du mal pour en stopper les conséquences,
comment peut-on proposer à quelqu'un de
renoncer à l'oraison, un exercice aussi
indispensable à toute âme qui veut marcher dans
les voies de la perfection ?!
Le pénitent se plaint qu'il ne peut faire oraison
et qu'il est continuellement distrait, agité par les
pensées les plus bizarres pendant ce saint
exercice ; habituellement tranquille, il suffit qu'il
se livre à l'oraison pour être assailli par les
distractions : en conséquence, il gaspille son
temps, il offense Dieu au lieu de lui plaire... Mieux
vaudrait, conclut-il, ne plus faire oraison pour un
temps... Et il demande l'avis de son directeur

109
spirituel, qui osera répondre gravement : "Il paraît
que le bon Dieu, pour vous éprouver, se retire de
vous. Eh bien ! prenez patience, et attendez le
moment où il se rapprochera de nouveau de vous ;
mais entre temps, faites telle ou telle bonne oeuvre
à la place de votre oraison."
2.15. Quelle décisions ! Evidemment, elle fait
plaisir au pénitent qui l'a sollicitée ! Plus d'oraison
jusqu'à ce que Dieu revienne : c'est-à-dire, "restez
loin de Dieu, tant que Dieu restera lui-même loin
de vous ; et tenez ferme jusqu'à ce qu'il se
rapproche de vous, et puis vous vous rapprocherez
de lui". Celui qui prend une décision aussi carrée
ne sait sans doute pas qu'une sainte Thérèse
d'Avila resta fidèle pendant dix ans à faire
l'oraison, alors que c'était pour elle un supplice ; et
que pendant une période d'épreuve aussi terrible,
elle multipliait ses oraisons et ses visites au Saint-
Sacrement, malgré que c'était pour elle un martyre.
Thérèse n'aurait sans doute pas approuvé la
décisions du pénitent dont nous venons de parler.
Un saint Jean de la Croix était délaissé de Dieu des
années entières, et n'en était pas moins fidèle ; un
saint François de Sales comme un saint Ignace
furent aussi éprouvés de la sorte ; mais au moment
même de ces délaissements, ils n'avaient pas idée
de se retirer de l'oraison : au contraire, ils s'y
appliquaient davantage. Il suffit d'ouvrir les Vies
des Saints pour trouver d'autres exemples.
2.16. Je dirais donc aux personnes qui se plaignent
de leurs sécheresses et de leurs distractions :

110
1. Comment vous y prenez-vous pour faire
oraison ?
Quel zèle, quelle bonne volonté y apportez-
vous ?
Quels efforts faites-vous pour repousser les
distractions qui vous assiègent ?
2. Quelle est la nature de ces distractions ?
Viennent-elles de l'esprit ou viennent-elles du
cœur ?
Comment repoussez-vous les unes et les autres ?
3. Quelles sont, en définitive, les causes de toutes
ces sécheresses et de toutes ces distractions ?
2.17. Ces causes sont de deux sortes, les unes
positives, et les autres négatives ; les unes, qui sont
la versatilité de l'esprit, l'orgueil du cœur, le
tempérament, les passions ; les autres, qui ne sont
qu'un manque de soins et de préparations, un
manque des dispositions indispensables à l'oraison.
On n'improvise pas l'oraison : je veux dire qu'on ne
va pas à l'oraison sans préparation aucune, et que
celui qui y va de la sorte est coupable des obstacles
qui viennent de sa négligence et son insouciance.
2.18. Le résultat d'un tel examen fait
consciencieusement serait inévitablement celui-ci :
gardez-vous d'abandonner l'oraison !
C'est votre faute si elle vous coûte tant ;
commencez par vivre de manière à contenter
davantage l'Esprit de Dieu, et tout ira bien ; faites

111
d'abord votre possible et le Saint-Esprit fera le
reste.
Nous dirons plus tard les dispositions dans
lesquelles il faut être habituellement pour bien
faire oraison.
Lorsque ces sécheresses viennent de Dieu, alors que l'âme
se garde bien de s'attrister et de prendre l'oraison en dégoût ; qu'elle
prenne courage, qu'elle s'humilie en se disant qu'elle est tout à fait
indigne que Dieu se communique à elle.
Les sécheresses qui viennent de Dieu sont plus
rares qu'on ne pense ; souvent on attribue à Dieu
ce dont il est plus peiné que l'âme elle-même. C'est
au sage directeur spirituel à savoir distinguer ce
qui vient de Dieu de ce qui ne vient pas de lui.
Lorsqu'on examine sérieusement l'ensemble de la
vie, et les efforts et les sentiments de l'âme qui
avoue ces sortes de sécheresses, il est difficile de
se tromper parce que tout porte le sceau de l'action
divine.

112
3. METHODE D'ORAISON

3.1. Il y a beaucoup de méthodes et peu


d'hommes d'oraison. D'où cela vient-il ? Est-ce la
faute des méthodes, ou bien celle des personnes
qui suivent ces méthodes ? Ou encore la faute ne
viendrait-elle point à la fois des méthodes et des
hommes qui les suivent ? Il ne nous appartient pas
ici de juger. Les hommes de Dieu qui nous ont
laissé des méthodes avaient des lumières peu
communes sur les voies de la perfection ; blâmer
les moyens qu'ils ont enseignés pour faire des
progrès dans la perfection, ce serait faire preuve
d'orgueil et manquer en même temps au respect
que nous leur devons. Reconnaissons et ne
craignons pas d'avouer que ces méthodes en
général sont bonnes, très bonnes même, et très
capables de conduire à l'oraison la plus sublime ;
mais, tout en leur accordant les louanges qu'elles
méritent, ne leur donnons pas une importance
exclusive, et ne pensons pas que les saints auteurs
de ces méthodes s'imaginaient qu'il n'existait pas
de meilleures méthodes que les leurs. Les
méthodes, variables par leur nature, ne
conviennent pas à tous les temps, à tous les lieux,
ni à toutes les personnes ; elles ne conviennent
même pas forcément aux mêmes personnes dans
toutes les époques de leur vie. Le but et l'objet de
ces méthodes, c'est d'apprendre à l'âme la manière
de s'entretenir avec Dieu, de lui donner comme les
rudiments de l'oraison, c'est-à-dire de diriger et
de conduire ses premiers pas dans ce saint

113
exercice. Mais une fois que l'âme s'y est un peu
exercée, elles cessent peu à peu d'avoir la même
importance ; on finit même par les abandonner,
comme l'enfant lâche la main de l'adulte, une fois
qu'il sait et qu'il peut marcher seul.
3.2. Notre méthode, à nous, c'est de n'en point
avoir ; ou plutôt, si l'on veut donner le nom de
méthode à la pratique que nous allons exposer,
voici notre méthode.
Nota : Avant de l'exposer, il est bon de rappeler en
deux mots les principes généraux que nous avons
énoncés plus haut sur notre fin et sur l'oraison.
Créés pour connaître, aimer et louer Dieu, nous ne
devons vivre que pour remplir cette sublime tâche.
Toutes nos pensées, toutes nos affections, tous nos
soupirs, toutes nos actions doivent être pour Dieu :
quoi que nous fassions et quoi que nous disions,
tout doit remonter vers l'auteur de notre être. C'est
St Paul qui le dit expressément (cf. I Co 10,31) ; et
telle est la foi de l'Eglise.
Dans l'oraison l'âme fait à Dieu le plus grand
des sacrifices, celui de sa raison, par la foi. Elle
apprend à connaître elle-même, double
connaissance qui la conduit à aimer, à louer Dieu,
comme il le demande. L'oraison doit être toute de
foi, rouler sur les vérités de notre foi, et à la
lumière de la foi. L'âme est, par elle-même,
incapable de faire oraison ; il faut qu'elle
s'abandonne à la direction de l'Esprit de Dieu, pour
ne considérer que ce qu'il inspire et qu'autant qu'il
l'inspire, sacrifiant ainsi ses propres lumières, pour
ne suivre que l'attrait divin.
114
3.3. La pureté du cœur est tout le but de
l'oraison
C'est de ces principes, bien compris et bien
entendus, que nous déduisons la pratique de
l'oraison, qui nous paraît conduire plus directement
et plus efficacement à la pureté du cœur, c'est-à-
dire à la vue de Dieu. Cette pratique, par sa
simplicité extrême et par sa lumineuse clarté,
convient à toutes sortes de personnes. Elle a pour
elle la sanction de l'expérience. Du reste, elle est
sûre et éclairée, puisqu'elle a la foi pour principe,
pour objet, et pour moyen.

115
116
4. PRATIQUE POUR LES
COMMENÇANTS

4.1. Celui qui veut entrer dans les voies de


l'oraison doit commencer par l'oraison mixte sur le
Symbole des Apôtres. (cf. 4.16 pour le sens de
l'expression)
Après s'être mis en la présence de Dieu,
comme nous l'indiquerons plus tard, il récitera
d'abord une fois le Symbole, avec toute l'attention
dont il sera capable ; puis il répètera mentalement
cette récitation, article par article, réfléchissant
sur chacun et le méditant aussi longtemps qu'il
sentira quelque attrait intérieur, et passera au
suivant dès qu'il ne sentira plus rien, pour ne pas
ouvrir la porte aux distractions.
4.2. Si quelques articles ne suscitent dans son cœur
aucun sentiment, il ne s'y arrêtera point, parce
qu'il ne faut point d'effort ni de tension intérieure
pendant la méditation. Si l'Esprit de Dieu est
comme muet, ce n'est pas en insistant d'une
manière qui est toujours pénible, qu'il le fera
parler. Que faire alors, sinon de s'humilier, de
reconnaître la petitesse et la fragilité,
l'imperfection et le peu de vivacité de sa foi, et
d'en demander brièvement à Dieu l'heureux
accroissement.
4.3. Si le commençant est intérieurement disposé
de telle sorte qu'il ne puisse s'arrêter qu'une minute
sur chaque article de foi sans être distrait, qu'il ne
s'arrête qu'une minute ; s'il peut encore moins, qu'il
117
s'arrête moins ; mais qu'il ait soin de se tenir
toujours attentif, en laissant passer les distractions
dans son esprit comme des nuages qu'emporte le
vent. Et qu'il se contente de réciter son Symbole,
deux, trois, quatre fois si c'est nécessaire, pourvu
qu'il le fasse avec toute l'attention possible.
Le but, c'est d'abord, de l'habituer à passer le
temps de son oraison d'une manière aussi peu
agitée que possible par les distractions, et la seule
chose que l'on exige, c'est de la bonne volonté.
4.4. On pose en principe qu'après avoir ainsi
rempli son temps d'oraison avec toute la fidélité
dont il a été capable, pendant quelques jours,
bientôt il n'aura plus le temps de passer en revue
dans son esprit plusieurs fois chaque article du
Symbole. L'attrait divin grandira en lui en
proportion de sa fidélité ; quelques articles en
particulier le frapperont plus que d'autres ; il s'y
arrêtera davantage et y reviendra au cours de la
journée, le plus qu'il pourra, pour réitérer ses actes
de foi, d'espérance et d'amour.
4.5. Même si on fait beaucoup de progrès dans
cette pratique, même si on manifeste beaucoup de
bonne volonté, on ne se dispensera pas encore de
réciter d'abord le Symbole tout entier, afin
d'exercer sa foi sur son magnifique ensemble ; puis
on s'arrêtera sur les principaux articles, on les
méditera, on fera des actes de foi à leur sujet, en y
rattachant un à un tous les autres articles.
4.6. La manière dont on doit s'exercer sur chacun
est facile. Je prends, par exemple, le deuxième

118
article : je le récite mentalement avec toute
l'attention possible, et puis, je me tiens en silence,
écoutant l'Esprit de Dieu. Je sens quelque attrait
intérieur à contempler Jésus-Christ comme
Sauveur ou comme Fils de
Dieu ou comme Roi, Prêtre, et Prophète ; eh
bien ! je m'arrête à le considérer sous le point de
vue qui me touche. J'interroge ma foi, je la
compare avec ma conduite ; je vois, par ma
conduite, combien ma foi est faible et imparfaite ;
et alors je m'humilie, je fais des actes de foi, et je
demande au Bon Dieu qu'il daigne l'augmenter.
Puis j'adore Jésus-Christ sous le point de vue qui
m'a touché ; je lui demande pardon de l'avoir
méconnu jusqu'alors.. Enfin, j'écoute ce que ma foi
me prescrit pour l'avenir à l'égard de ce mystère, et
j'implore de la bonté de Jésus-Christ et de sainte
Mère la grâce d'y être fidèle.
4.7. Après cela, je passe à un autre article, ou à une
autre considération, et je poursuis de la sorte, soit
en expliquant chaque mystère, soit en cherchant à
m'en rendre compte, soit en en tirant les
instructions pratiques qui en découlent, en
comparant ma conduite avec les devoirs que la foi
me fait voir clairement. Ainsi, pour m'arrêter à
cette dernière considération, serait-il possible
d'examiner la sainteté de Dieu sans y voir pour
moi l'obligation de la plus grande horreur pour le
péché ? Et lorsque j'ai acquis cette certitude de foi
sur l'horreur due au péché, horreur qui doit être
aussi immense que Dieu lui-même, ne suis-je pas
naturellement porté à comparer l'horreur que j'ai

119
avec celle que je devrais avoir ? Combien peu j'en
avais lorsque je me livrais au péché ; combien peu
il m'en reste, aujourd'hui que je commets le péché
si facilement ; et par suite, ne suis-je pas amené à
faire amende honorable à Dieu pour le passé et à
lui demander pour le présent une réelle horreur du
péché ?
4.8. J'arrive au mystère du Fils de Dieu fait
homme.
Je considère ou la sagesse ou la puissance,
ou la bonté de Dieu... dans ce mystère ;
l'anéantissement du Fils qui ne craint pas de revêtir
la forme de l'esclavage (cf. Phil 2) ; et je mesure la
grandeur du mal de l'homme à l'excellence du
remède divin contre ce mal.
Je considère un à un tous les prodiges de ce
mystère : un Dieu conçu par une opération divine
dans le sein d'une Vierge ; une Vierge qui conçoit
sans cesser d'être Vierge ; un Dieu caché sous
l'informe enveloppe d'un corps à demi formé dans
le sein d'une femme. Et ce Dieu ainsi caché, ainsi
anéanti, est le Dieu de l'univers ; et ce Dieu ainsi
caché a conscience de sa position et en subit les
pénibles rigueurs ! Et ce Dieu se soumet de la sorte
pour l'homme, pour l'homme ennemi, pécheur,
coupable endurci. Et ce Dieu naît comme
l'homme : comme l'homme il est faible et
souffrant ; il dépend de sa Mère, il a tous les
dehors d'un enfant : il pleure, il crie comme un
enfant, et cet Enfant, c'est Dieu ! Un Dieu qui croît
en sagesse aux yeux des hommes à mesure qu'il
grandit en âge ! Un Dieu, passer pour le fils d'un
120
artisan ! Un Dieu soumis à cet artisan ! travaillant
avec lui pour gagner sa nourriture comme un fils
du coupable Adam...
4.9. J'exerce ma foi sur chacune de ces merveilles,
et puis je cherche les conséquences qui en
découlent pour ma conduite. L'humilité, la
reconnaissance, et l'amour sont autant de
conséquences nécessaires de ma foi sur ce grand
mystère ; et de ces conséquences comme principes,
découlent d'autres vérités pratiques, que je réalise à
la lumière de la foi et dont je demande à Dieu et à
son Fils l'heureuse acquisition.
4.10. Si j'arrive au dernier article, la vie
éternelle, j'exerce ma foi sur cette vérité ; puis je
cherche à en acquérir une juste connaissance.
Qu'est-ce que la vie éternelle ? Est-ce la vie
présente ? Si ce n'est pas la vie présente, il y en a
donc une autre ; cette vie éternelle ressemblera-t-
elle à celle-ci ? Quelle différence y a-t-il entre
l'une et l'autre ? Combien de sortes de vie
éternelle ? Le paradis et l'enfer.
Le paradis, je crois au paradis ; je suis fait pour
le paradis ! Que ferai-je dans le paradis ? Si je suis
fait pour le paradis, et que le paradis soit une vie si
délicieuse et éternelle, je dois donc faire peu de cas
de la vie d'ici-bas ; je dois mépriser les joies et les
plaisirs de celle-ci ; je dois tout faire pour jouir de
la vie éternelle.
Or, que faut-il faire ? Dieu me l'a dit : suis-je
fidèle à l'observer ? Si je ne suis pas fidèle, je ne

121
veux donc pas du paradis ? Lorsque j'offense Dieu,
je ne pense donc pas au paradis que je perds ? ...
Je repense au passé ; douleur, regret,... amende
honorable, ferme propos, espérance, actions de
grâces au Bon Dieu, qui nous laisse encore le
temps d'acquérir le Ciel : tout sort de mes
considérations sur la vie éternelle, tout y est
renfermé.
Et si je porte les yeux sur l'enfer, que de
réflexions, que de considérations ! Que sont les
peines de la vie terrestre à côté de l'enfer ! Que
valent ces faux plaisirs de la vie à côté de l'enfer
qu'ils nous procurent ?... Il suffit de s'abandonner
simplement à l'Esprit de Dieu qui donnera ses
lumières vives sur toutes les vérités.
Ces sortes de considérations nous donnent une
idée de celles que l'Esprit de Dieu suggère.
4.11. Nous ne croyons pas qu'il soit possible de
s'arrêter de la sorte sur chaque point du Symbole
dans une seule oraison, parce que ce serait croire
l'impossible. Le Symbole a de quoi occuper toute
la vie humaine ; que dis-je, toute l'éternité,
puisque les saints dans le ciel seront éternellement
dans la contemplation de la divinité.
4.12. Quand on commence à faire oraison, on ne
s'arrête pas longuement sur chaque article ou
réflexion, parce qu'on se propose surtout de couper
court aux distractions. Pour cela, on se permet de
s'arrêter seulement quelques instants sur chaque
article, et même on se défend de s'arrêter sur ceux
qu'on ne goûte pas ; afin que l'esprit ne s'ennuie
122
point, et que le manque de goût de l'esprit
n'entraîne pas la démobilisation de la volonté.
Une fois qu'on est parvenu à une attention
telle qu'on peut passer tout le temps de l'oraison
d'une manière assez tranquille, on peut s'arrêter un
peu plus ; mais on exige toujours des uns et des
autres de ne pas s'arrêter sur les articles qui ne
touchent point, de s'arrêter peu sur ceux qui
touchent peu, et davantage sur ceux qui touchent
davantage. On recommande aussi à chacun de
revenir au cours de la journée sur les choses qui
ont frappé à l'oraison, et d'y exercer beaucoup sa
foi.
4.13. On exige de tous une instruction suffisante
et proportionnée aux dispositions de l'esprit sur le
Symbole ; ceux qui ne peuvent apprendre que les
instructions de leur catéchisme s'appliqueront à
bien les comprendre ; ceux qui pourront davantage
feront des lectures plus approfondies sur cette
matière. Il faut se former pour mieux comprendre.
On exige enfin une véritable volonté, un
dévouement réel. Il n'y a rien à espérer de la part
de celui qui ne veut pas. Or, il semble que pour
celui qui veut effectivement faire oraison, il suffira
de le faire entrer sérieusement dans la pratique que
nous avons exposée.
D'abord, il est certain qu'il ne faut pas de
grands efforts de volonté pour se tenir attentif une
minute ou deux, au moins, sur chaque article du
Symbole. Ensuite, pour peu que la personne soit
fidèle à rester attentive, et à écouter l'Esprit de

123
Dieu qui lui parlera infailliblement si elle est
tranquille, peu à peu elle goûtera les vérités du
Symbole ; elle y trouvera quelque attrait ; elle
aimera à s'y arrêter et à y revenir... Elle
commencera de comprendre que le Symbole est
effectivement un vaste sujet d'oraison, et surtout un
bon sujet où l'on ne trouve que plaisir et lumières ;
elle commencera à aimer vraiment les vérités de la
foi, celles surtout qui la frapperont davantage.
Si des distractions surviennent, elle les laissera
de côté, ne s'en occupera point : les considérant
comme des importunes et des ennemies qui
veulent entrer chez elle pour la priver des
consolations qui lui sont offertes, elle ne leur
ouvrira point la porte de son esprit ; que si elles
forcent la porte, eh bien ! elle aura recours à Dieu,
et au Symbole, qu'elle se mettra à réciter aussi bien
que possible, et de la sorte, elle déjouera le démon,
qui se retirera tout confus. A supposer que tout le
temps de l'oraison se soit ainsi passé à combattre
des distractions, eh bien, ce serait une oraison si
bien faite et si méritoire, que si la personne
remportait ainsi plusieurs victoires sur le démon,
celui-ci finirait par la laisser en repos. D'ailleurs, le
Bon Dieu, voyant les efforts de fidélité qu'elle fait,
vient à son aide, et la récompense largement tôt ou
tard.
4.14. On se figure, en commençant, qu'on se
fatiguera bien vite de revenir toujours aux mêmes
vérités, toujours au Symbole... : folie ! Si l'on est
fidèle à suivre la pratique indiquée, on ne tardera
pas à se convaincre du contraire.

124
On se figure aussi qu'on ne parviendra jamais à
faire oraison une demi-heure sans être distrait... :
autre folie, autre illusion, aussi funeste que la
première.
4.15. La pratique que nous proposons est, de
toutes les méthodes, la plus apte à éloigner les
distractions.
Quelques réflexions pour appuyer cette assertion.
1. Notre pratique est à la fois pour l'esprit et pour
le cœur ; notre oraison est à la fois un exercice de
méditation (esprit) et d'affection (cœur). La
manière dont elle dispose les considérations
intellectuelles est si variée, les sujets à considérer
sont si multiples, que l'esprit passe de l'un à l'autre,
selon que le cœur est touché ou ne l'est pas, sans
donner prise à l'ennemi. Si vous ne pouvez que
réciter, vous vous contentez de la récitation ; si
vous pouvez faire des considérations
intellectuelles, vous le faites ; dans tous les cas,
vous vous exercez dans la foi, puisque vous
formulez plusieurs actes de foi, et de cœur et de
bouche ; et de la sorte, le temps que vous passez à
l'oraison est partagé entre plusieurs actes, divers
par nature, et propres, par leur variété, à fixer
davantage l'attention.
2. Je connais la difficulté pour un commençant de
méditer une demi-heure sur une vertu chrétienne, sans
trop de distractions, ou sur une seule et même vérité.
Son cœur étant peu ou très peu ému, son esprit, entraîné
par la faiblesse des sentiments du cœur, s'égare au
premier souffle de la distraction.

125
Mais le danger de la distraction sera beaucoup
moins grand si vous occupez votre esprit par un
sujet d'oraison où les deux, l'esprit et le cœur,
trouveront de toute façon à choisir.
4.16. Mais, dira-t-on peut-être, cette pratique
d'oraison que vous proposez n'est pas une vraie
méthode ; ou plutôt, l'oraison que vous faites faire,
en la suivant, n'est pas une véritable oraison.
Je réponds : 1. Tous les Pères de la vie spirituelle
ont reconnu que c'était une véritable oraison. Le
nom dont ils ont cru devoir la désigner le prouve :
c'est, disent-ils, une oraison mixte.
2. Je dis que c'est une véritable oraison, et il ne
m'est pas difficile de le prouver : le but et le
grand objet de l'oraison, c'est sans doute de
purifier le cœur et de disposer l'âme à voir Dieu.
On ne peut voir Dieu ici-bas qu'à la lumière de la
foi ; et cette lumière qui est un don de Dieu, est
plus ou moins vive, plus ou moins parfaite selon
que l'âme plus favorisée a été plus ou moins fidèle.
C'est la foi qui nous fait connaître Dieu tel qu'il
veut être connu de nous ici-bas ; et toutes les
lumières qu'il plaît à Dieu de faire luire à nos yeux,
touchant sa nature et ses merveilles, ont été
rassemblée par les Apôtres en un faisceau
lumineux à la lueur duquel ils ont voulu
reconnaître tous ceux qui seraient fidèles au
Seigneur. Ce faisceau de lumières sur Dieu, c'est le
Symbole.
Enfin, cette foi qui nous fait connaître Dieu, c'est
une foi qui justifie, qui sanctifie, qui purifie en

126
même temps le cœur ; c'est cette foi que le Concile
de Trente a définie comme "la racine et le
fondement de la justification", la source de notre
sanctification.
4.17. Or si l'oraison a véritablement pour but de
disposer l'âme à voir Dieu, et si l'âme ne peut voir
Dieu que dans la mesure où le cœur est pur, il faut,
pour que l'oraison atteigne son objectif, qu'elle
porte sur la foi, car la foi en est le moyen
indispensable, le principe et le fondement.
Toute la perfection de l'homme consiste à
connaître Dieu et à se connaître soi-même.
Noverim Te, noverim me !, -"Que je Te connaisse
et que je me connaisse !" -, disait sans cesse St
Augustin ; prière magnifique que nous devrions
aussi répéter sans cesse. Or, où l'homme
apprendra-t-il à connaître Dieu et soi sinon dans
l'oraison, où Dieu lui-même nous promet de nous
instruire ? Comment Dieu se manifeste-t-il à nous
sinon par la foi ; et où est la foi sinon dans le
Symbole ?
Qui ne voit que toute oraison qui n'a pas la foi
pour objet, pour moyen et pour principe, est une
fausse oraison ? Qui ne voit aussi que considérer
les belles vérités de la foi dans leur ensemble,
comme dans le Credo, c'est nécessairement faire
oraison ? Et je demande ce que fait celui qui, après
avoir récité oralement le Symbole, le récite
mentalement, et s'arrête sur chaque article autant
longtemps que la grâce l'attire, pour y exercer sa
foi. Ne fait-il pas oraison ?

127
4.18. Nota : Nous entendons par "exercer sa foi" :
se représenter les éléments de sa foi sur une vérité
révélée, faire des actes de foi, de cœur et de
bouche, tirer les conséquences pratiques qui en
découlent, comparer sa conduite réelle avec ce
qu'elle devrait être, déplorer son aveuglement,
s'humilier, demander pardon au Seigneur,
demander une augmentation de foi et la désirer
ardemment...
Certes, celui qui fait tout cela finit par se faire
entendre du ciel, qui lui communique peu à peu de
plus vivres lumières. Et par cet accroissement de
foi, l'espérance devient plus ferme, l'amour plus
vif et plus pur, l'humilité plus profonde, les regrets
plus poignants et les désirs de voir Dieu plus
ardents. Dieu se plaît à éclairer davantage cette
personne, proportionnellement à sa fidélité. Et
voilà les fruits délicieux de l'oraison, de cette
extraordinaire communication entre l'âme et son
Dieu...
4.19. Il ne faut pas, du reste, s'attendre à recueillir
tout de suite de telles faveurs. Le pécheur, celui
en particulier qui s'est roulé dans la boue de
l'impureté, fait lui-même obstacle à
l'établissement du règne de Dieu en lui. Son esprit
et son cœur, asservis à sa nature charnelle, ne sont
plus capables, pour ainsi dire, de goûter les choses
de Dieu. Que d'illusions, que de ténèbres, il oppose
aux splendeurs de la foi ! Que d'obstacles il oppose
à la grâce dans sa volonté corrompue ! Que de
passions se soulèvent en lui et l'étouffent de leurs
fumées, dès qu'il pense à se lancer dans des

128
pratiques de renoncement, d'abnégation, d'humilité
et de pénitence ! Quelle horreur lui inspire la
pensée seule de toutes ces vertus !
Celui qui se trouve dans une telle situation - et
qui ne s'y trouve pas jusqu'à un certain point ? - ne
doit pas viser trop haut ; il ne doit surtout pas
s'impatienter s'il ne devient pas homme d'oraison
aussi vite que son fol orgueil le lui fait désirer.
Qu'il soit fidèle seulement, qu'il se reconnaisse
parfaitement indigne des communications de
Dieu ; qu'il s'humilie et qu'il s'anéantisse ; qu'il
attende le moment de sa délivrance complète, en
toute patience et en toute humilité.
Pour nous justifier et nous sanctifier, Dieu
procède avec une sage lenteur. Nos misères, nos
faiblesses et notre ingratitude ne l'y contraignent-
elles pas, d'ailleurs ? Attendons, mais attendons
avec confiance. Il y a beaucoup à faire, certes,
mais l'ouvrier est un Dieu ; évitons seulement de
mettre de nouveaux obstacles à ces divines
inspirations ; soyons fidèles...
4.20. Non, nous ne sentirons pas tout de suite en
nous, après quelques jours d'efforts et de fidélité,
une foi vive, une espérance inébranlable, ni une
charité ardente. Dieu se tiendra encore caché à
nos yeux, pour longtemps peut-être. Nous ne le
sentirons point, mais il n'en sera pas moins près de
nous pour cela. Jusqu'au moment où nos passions
se soumettront à la tutelle de notre foi, et que les
ténèbres de notre esprit se dissiperont, nous serons
alternativement agités par l'aridité et par quelques
consolations sensibles... Nous serons ballottés
129
plus longtemps si nous continuons à malmener
notre foi par mille et mille infidélités
quotidiennes... Si nous ne mettons pas en pratique
les conséquences de notre foi, même si elle est
encore très chétive ; si nous allons à l'oraison
comme à un exercice ordinaire de la vie, comment
osons-nous espérer que Dieu se montrera à nous ?
Si nous ne travaillons pas avec persévérance, si
nous ne coopérons pas à la grâce, si nous violons
sans cesse le pacte du Seigneur, si nous suivons
servilement les mouvements de la chair, si nous
continuions de déchirer la réputations de nos
frères, si nous ne sommes pas des observateurs
fidèles de nos règles et de nos vœux, comment
prétendrons-nous aux faveurs de l'oraison !...
Nous avons vraiment peu de raisons de nous
plaindre de la manière dont nous faisons
habituellement oraison ; que nous sommes mal
venus de nous plaindre de nos sécheresses et de
nos aridités, des distractions de notre esprit et de
l'insensible tiédeur de notre cœur !...
Commençons donc par nous approcher de
notre Dieu, et lui s'approchera petit à petit de
nous ; si nous sommes consacrés, observons les
règles auxquelles nous nous sommes soumis ;
remplissons les devoirs de notre état, surveillons et
maîtrisons tous nos sens, et surtout notre langue ;
vivons pour Dieu, vivons pour le ciel, vivons
conformément à nos plus hautes destinées ; et
après cela, si le Seigneur veut encore nous
éprouver, reconnaissons et adorons sa souveraine
bonté ; reconnaissons et confessons en toute

130
humilité que nous sommes des serviteurs inutiles...

131
Préparation à l'oraison (Ecrits d'oraison n°78)
1. Une excellente manière de se mettre en la
présence de Dieu est, à l'exemple de Notre
Seigneur Jésus-Christ au Jardin des Oliviers, de se
prosterner la face contre terre devant la Majesté
de Dieu, de s'anéantir intérieurement et de faire
plusieurs actes de foi en cette adorable présence.
- "Il tomba la face contre terre en faisant cette
prière" (Mt 26,39 Cf. Lc 22,41).
2. S'unir à Jésus-Christ, désirant prier comme
lui, avec lui et par lui.
Comme lui, désirant imiter surtout l'humilité, la
charité et l'unité de sa prière au Jardin des
Oliviers.
Avec lui, comme déjà il a prié pour tous et en la
personne de tous désirant être revêtu de ses
mérites, de son esprit et de sa personne.
Par lui, ne voulant rien demander qu'en son nom
et ne paraissant devant son Père que comme un
autre lui-même.
Ce n'est qu'en Jésus-Christ que Dieu reçoit les
hommages que nous lui rendons et nous accorde
les grâces que nous lui demandons. "A lui la
gloire, dans l'Eglise et le Christ Jésus, pour tous
les âges et tous les siècles" (Ep 3,21).
- Il est utile de purifier notre âme par plusieurs
actes de contrition.

132
3. Invoquer le Saint-Esprit, pour obtenir surtout
les trois caractères de l'union avec Jésus-Christ,
reconnaissant que nous-mêmes, nous ne saurions
ni faire oraison, ni former aucun bon désir, ni
même avoir une seule bonne pensée. Il faut
renoncer à ses lumières, à son propre esprit, qui
n'est rempli que d'aveuglement et d'erreur. Il faut
détester l'orgueil, sa curiosité et ses égarements.

133
134
5. EXERCICE DE LA PRESENCE
DE DIEU

5.1 : Lorsque l'âme se sera suffisamment exercée


dans l'oraison de foi pour en saisir l'esprit et la
marche, le moment sera venu de parler de
l'exercice de la présence de Dieu qui doit toujours
accompagner l'oraison.
Lorsque l'âme paraît devant Dieu pour l'oraison
comme pour tout autre exercice, la première
pensée qui l'occupe, c'est celle de la présence
divine. Je suis devant le Dieu du ciel et de la
terre, devant le Dieu fort et terrible, devant l'Etre
immense, infini, qui a créé toutes choses par sa
Parole, qui a donné des lois à tout l'univers, et
préside à leur observation !.. Il tient dans sa main
la terre ; le soleil et la lune reconnaissent sa voix ;
toute la nature proclame ses grandeurs, sa
magnificence et ses perfections adorables. Je suis
devant Celui qui punit le vice, les habitudes et les
actes mauvais, et qui récompense la vertu ; je suis
devant celui qui me jugera ; son oeil lit au fond de
mon cœur ; mes plus secrètes pensées lui sont
connues ; qui sait si je ne suis pas, en ce moment,
passible de quelque punition ?
Qui suis-je donc pour oser paraître devant
Dieu ? Qui suis-je pour prétendre aux plus saintes,
aux plus intimes communications avec son sacré
cœur ?

135
5.2. "O mon Dieu, faites que je vous connaisse et
que je me connaisse moi-même ! Je ne suis qu'une
pauvre créature devant vous, un néant devant votre
majesté ; je suis même méprisable car j'ai ajouté au
néant de mon être le néant du péché !"
Dieu est tout et je ne suis rien ! Dieu est saint et
je suis couvert de souillures ! Dieu est juste et je
suis plein d'iniquité ! Dieu est bon et je suis
ingrat !
Quel échange peut-il y avoir entre Dieu et
moi ? Entre l'Etre et le néant, la souveraine
perfection et le péché ?
"O mon Dieu, vous voyez la situation
misérable de mon être, et pourtant vous me
supportez devant vous !
Vous ne me foudroyez pas !
Vous m'appelez à vous, au contraire, comme si
vous aviez besoin de mes hommages ! La vue de
tant de bonté me remplit de confusion ! A vous
toute gloire, à moi tout mépris ! A vous toute
louange, à moi la confusion.
Vous pouvez tout, et je ne puis rien ; soyez-en
béni ;
Vous avez une valeur infinie, et je ne vaux
rien ; soyez-en béni ; gloire à vous, Seigneur !
Vous êtes tout et je ne suis rien : faites que je
me mette aussi bas que je le mérite, faites que je
me connaisse tel que vous me connaissez, afin que
l'orgueil n'enfle plus mon esprit, et que mon cœur

136
ne se réjouisse plus que dans une authentique
humilité.
Oh ! mon Dieu ! je suis devant vous pour
m'acquitter de mes devoirs ; mais qu'avez-vous à
faire de mes hommages ! Aussi n'est-ce pas en
mon nom que je vous les offre, mais au nom de
votre divin Fils ; c'est en son nom et avec lui,
comme sa sainte Mère, que je me présente pour
vous louer et pour vous bénir, pour m'humilier et
m'anéantir à la vue de mes misères et de mes
mauvaises actions, pour vous remercier des grâces
sans nombre dont vous m'avez comblé, enfin pour
vous demander celles dont j'ai besoin pour vous
être fidèle aujourd'hui, en ce moment et à tous les
moments de ma vie.
Pénétrez-moi de la crainte de vos jugements, du
regret le plus vif de mes désordres passés, et de
mes infidélités présentes ; augmentez en moi la
lumière de la foi, afin que, vous connaissant mieux
et me connaissant davantage, je n'aime plus que
vous, je ne pense plus qu'à vous, je ne voie plus
que vous dans toutes choses.
5.3. Voilà pourquoi je suis à vos pieds pour
méditer, à la lumière qui émane de vous, les
vérités de la foi : aidez-moi, car je ne puis rien
sans vous.
Esprit Saint, auteur de toute lumière et de toute
grâce, c'est à vous de me diriger, c'est à vous de
me conduire ; je m'abandonne à votre direction ; je
renonce à mes idées personnelles comme à des

137
folies et à des bégaiements d'enfant, pour ne suivre
que les idées qu'il vous plaira de m'inspirer."
5.4. "O Marie, puisque vous êtes ma mère, c'est à
vous de me présenter à votre divin Fils ; rendez-
moi présentable comme il faut ; vous saurez bien
me gagner les bonnes grâces de votre Fils et
m'obtenir sa bénédiction, si vous voulez."
5.5. C'est par des prières de ce genre qu'on se met
en la présence de Dieu. Tous ces actes de piété
doivent rouler sur ces deux vérités fondamentales :
Dieu est tout et je ne suis rien. Exercer sa foi sur
ces deux vérités, et écouter ce que l'Esprit de Dieu
inspire à leur égard, voilà tout l'exercice de la
présence de Dieu.
5.6. On pose en principe que celui qui n'acquiert
pas l'heureuse habitude de l'exercice de la
présence de Dieu, ne fera jamais oraison. C'est
une grave erreur de croire qu'il suffit de faire
quelques actes de foi, d'adoration, d'humilité et de
contrition avant d'entrer dans l'oraison. Ces actes,
formulés par une habitude purement machinale, ne
signifient rien, n'aident pas ou n'aident que peu
l'âme à se recueillir, et la laissent à la merci de la
dissipation. Toutes les méthodes, qui exigent ainsi
quelques actes de foi, d'adoration, etc., comme
préparation immédiate à l'oraison, supposent
l'habitude de la présence de Dieu, sans laquelle les
actes qu'elles prescrivent seraient tout à fait
insignifiants.
Il faut donc s'exercer souvent, en-dehors de l'oraison, à
la présence de Dieu, afin d'en acquérir l'habitude.

138
5.7. "O mon Dieu, devons-nous nous écrier
souvent, vous êtes à côté de moi, vous êtes en moi,
vous êtes tout autour de moi, et je n'y fais pas
attention ! Vous me voyez sans cesse, vous
m'observez toujours, soit pour me protéger des
embûches de mes ennemis, soit pour m'inspirer de
saintes pensées, soit pour me soutenir, et je ne
vous vois point !
O mon Dieu, que vous êtes grand et que je suis
petit ! Que vous êtes beau et que je suis laid !
Soulevez un peu, je vous prie, le voile qui vous
cache à mes yeux, afin que je vous connaisse
mieux et que je me connaisse mieux moi-même,
afin que je n'aime que vous et non pas moi, que je
vous adore et que je m'humilie.
Vous le voyez, o mon Dieu, je veux absolument
me croire quelque chose : la vanité remplit mon
cœur et l'orgueil enfle mon esprit ; misérable
néant, j'oublie que je suis créature et que vous êtes
mon Créateur ; je vous oublie sans cesse et je
méconnais la main paternelle qui me nourrit, qui
m'habille, qui me défend et qui me garde en vie.
O mon Dieu, montrez-moi à moi-même tel que je
suis, afin que je m'humilie autant que je le mérite,
et que je n'aie plus la folie de me croire quelque
chose. Faites donc, Seigneur, que je vous
connaisse et que je me connaisse. Je crois à votre
divine présence, mais mes oeuvres attestent
combien ma foi est misérable et imparfaite. Mon
orgueil lui-même ne me permet pas d'en douter ;
augmentez donc ma foi ; rendez-la active, je vous
prie."
139
5.8. C'est par des actes de ce genre, répétés
souvent dans la journée, que l'âme acquerra
l'heureuse habitude de la présence de Dieu ; et
cette heureuse habitude une fois contractée, elle se
mettra et se renouvellera facilement en cette sainte
présence ! Il ne lui faudra ni effort, ni tension : la
présence de Dieu, habituelle dans sa pensée et
dans son cœur, imprimera à ses actes et à sa foi
une vivacité et une douceur ineffables.
5.9. Pour bien faire oraison, il n'est cependant pas
nécessaire d'avoir sans cesse la pensée actuelle de
la présence de Dieu ; nous savons trop que cette
pensée habituellement actuelle de la présence de
Dieu est une faveur du ciel, faveur aussi rare que
précieuse, que Dieu n'accorde qu'à quelques âmes
privilégiées.
Ce que nous exigeons, c'est la pensée
habituelle de la présence de Dieu, c'est-à-dire
l'heureuse habitude de se tenir en présence de Dieu
que l'on acquiert à force de se mettre souvent
volontairement en cette présence. Dans cet
heureux état, l'âme habituée et comme familiarisée
avec la pensée de la présence de Dieu, s'y
renouvelle avec la plus grande facilité, dès qu'elle
entre dans un lieu de culte ou qu'elle veut se livrer
à l'exercice de l'oraison.
5.10. Au contraire, ceux qui, en-dehors des
exercices de piété et surtout de l'oraison, n'ont pas
l'habitude de la présence de Dieu, ceux-là
éprouvent de grands difficultés pour se mettre et
pour rester en cette présence, soit dans l'oraison,
soit en assistant à la messe ; et voilà pourquoi ils
140
n'ont que peu de succès dans la voie de la
perfection. Comme cette pensée de la présence de
Dieu, par manque d'exercice et de foi, agit peu ou
pas sur l'esprit et le cœur, l'esprit et le cœurs sont
difficilement attentifs, difficilement touchés,
difficilement enclins à la méditation des vérités de
la foi : par contre, l'âme fortement pénétrée de la
présence de son Dieu, entretient des sentiments et
des attitudes profondes de respect, d'humilité, de
louange et d'amour ; elle n'ose pas, elle ne pense
pas à s'éloigner de son sujet, pour ne pas manquer
à son Dieu, qui est là, témoin de ce qu'elle fait : les
distractions qui surviennent ne la dérangent point ;
fermement attachée aux grands objets qu'elle
médite, elle soutient son attention avec facilité et
cette facilité grandit à mesure qu'elle avance de
plus en plus dans l'heureuse habitude de la
présence de Dieu.
5.11. Pourquoi peu de personnes réussissent-
elles dans l'oraison ? C'est qu'il y en a peu qui
acquièrent cette sainte habitude de la présence de
Dieu. Demandez-leur comment se passe leur
journée, comment se passent leurs différents
exercices de piété, et vous apprendrez qu'elles ne
peuvent pas se familiariser avec cette idée que
Dieu est avec elles ; qu'elles l'oublient
constamment, même dans leurs prières. Après
cela, serions-nous étonnés de ce qu'elles ne
réussissent pas dans l'oraison ? Pour moi, j'avoue
que je serais bien plus étonné d'apprendre qu'elles
peuvent réussir.

141
Car enfin, il est difficile d'imaginer que l'esprit
humain, si volage par nature, que son imagination
si vagabonde, et son cœur naturellement si attaché
à des vanités, se tiendront dans un respectueux et
tranquille silence aux pieds de la majesté divine,
pour écouter ses Paroles et goûter les belles vérités
révélées, si on ne les maîtrise pas par les exercices
de la présence de Dieu ? N'insistons pas plus sur la
nécessité de se familiariser avec la pensée de la
présence de Dieu pour bien faire oraison. Cette
nécessité est déjà trop évidente par elle-même pour
demander de plus amples démonstrations.
5.12. Nous savons que les deux grands pivots sur
lesquels doit rouler l'exercice de la présence de
Dieu, sont les deux vérités : Dieu est tout - je ne
suis rien. Il nous reste à dire encore quelques mots
sur les temps que l'on doit consacrer à cet
exercice lors de l'oraison. Disons d'abord qu'on ne
peut fixer aucun temps déterminé. Deuxièmement,
qu'on doit y demeurer aussi longtemps que l'Esprit
de Dieu et l'attrait de la grâce y attirent.
Troisièmement, qu'on aura réellement fait oraison
si l'on a bien passé tout le temps de l'oraison au
saint exercice de la présence de Dieu, parce qu'on
a fait tout ce qui est requis pour l'oraison,
puisqu'on a rempli le but de l'oraison, qui est
justement de demeurer en présence de Dieu.
Enfin, j'ajoute que les divers actes qui
produisent l'exercice de la présence de Dieu
doivent provenir du cœur, du sentiment et de la
conviction de la foi, et non pas d'une habitude
toute naturelle et toute machinale. Ceux qui

142
veulent sérieusement avancer dans l'oraison
s'exercent fréquemment à la pensée de la présence
de Dieu en-dehors du temps prescrit pour
l'oraison ; ainsi, grâce à l'habitude acquise, il leur
faut moins de temps pour se renouveler en la
présence de Dieu ; ce qui leur permet de consacrer
plus de temps à l'oraison proprement dite. Mais
l'exercice de la présence de Dieu n'est pas la seule
condition ; il en est d'autres qu'il s'agit d'exposer
plus au long.

143
144
6. TROIS DISPOSITIONS
NECESSAIRES A L'ORAISON

6.1. Outre la sainte habitude de la présence de


Dieu, l'âme doit encore apporter à l'oraison
plusieurs dispositions non moins indispensables.
6.2. Nous lisons dans les Saintes Ecritures que
lorsque le vieil Isaac, accablé sous le poids des
infirmités et des ans, se crut sur le point de paraître
devant son Dieu, il appela son fils aîné Esaü et lui
dit : "Mon fils, je touche au terme de ma carrière :
allez à la chasse, tuez-moi un excellent gibier, et
après l'avoir accommodé comme vous savez que je
l'aime, vous viendrez et je vous donnerai ma
bénédiction" (cf. Gn 27, 1-47).
Esaü prit aussitôt son arc, son carquois et ses
flèches, et partit pour la campagne. Cependant
Rébecca, qui avait entendu les paroles de son
époux, et qui avait une prédilection marquée pour
Jacob, son cadet, appela ce dernier et lui dit : "Mon
fils, votre frère vient de partir pour la chasse sur la
demande de son père ; il doit lui accommoder un
gibier comme il l'aime, puis il recevra de lui la
bénédiction patriarcale. Hâtez-vous donc, mon fils,
d'aller au parc, et apportez-moi deux chevreaux
des plus gras ; je les accommoderai moi-même ;
vous les présenterez à votre père qui, en vous
prenant pour Esaü, vous donnera sa bénédiction. Je
me charge de tout : allez seulement, mon fils !"

145
Jacob, qui ne savait qu'obéir, et qui, d'ailleurs,
était poussé par l'Esprit de Dieu, courut au parc à
bestiaux, égorgea deux superbes chevreaux, et les
apporta à sa mère. Le plat une fois préparé,
Rébecca alla chercher dans son armoire les habits
de sacrificateur d'Esaü, son aîné, qui les lui avait
confiés. Elle en revêtit Jacob, couvrit ses mains de
quelques fourrures, afin que le vieux Isaac, en le
touchant, se méprît ; puis elle l'accompagne vers le
lit du saint patriarche.
Isaac accepta avec plaisir le plat du nouvel
Esaü ; il le trouva bon ; et puis, prenant ses mains
dans les siennes, il dit : "Ce sont bien les mains
d'Esaü, mais c'est la voix de Jacob" ; et malgré
cela, il lui donna la bénédiction à laquelle les plus
grandes faveurs célestes étaient attachées.
Voilà, me semble-t-il, la figure la plus frappante
d'une première disposition à l'oraison : c'est
l'union à Marie. Car dans l'oraison, Marie est
pour nous comme une nouvelle Rébecca.
6.3. Depuis la nouvelle alliance conclue entre le
ciel et la terre, et scellée par le sang de Jésus-
Christ, Dieu le Père ne reconnaît que son Fils,
n'aime que son Fils, et ne nous adopte qu'en son
Fils qui est notre aîné (cf. Jn 17). Tout ce que nous
lui offririons par d'autres mains que celles de son
Fils ne serait pas agréé ; car c'est son Fils seul qu'il
a voulu pour notre grand-prêtre et notre médiateur.
Il faut donc s'unir au Fils pour aller à Dieu ; mais
comment nous unirons-nous au Fils, sinon par la
médiation de la Mère, dépositaire des habits, c'est-
à-dire des mérites de son Fils aîné ? Prions Marie,
146
la nouvelle Rébecca, de nous en revêtir, et de nous
présenter elle-même au Père qui, en voyant nos
vêtements et sachant qu'ils appartiennent à son Fils
aîné, nous bénira.
6.4. Marie a été constituée par son propre Fils, du
haut de la croix, notre Mère et notre tutrice. C'est
entre ses mains qu'il a déposé les trésors de ses
grâces, de sorte que nous la croyons la médiatrice
naturelle et constituée entre le Fils et les hommes,
comme le Fils est la Médiateur nécessaire entre
Dieu et les hommes. Nul ne peut aller au Fils que
par Marie, comme nul ne peut aller au Père que par
le Fils.
6.5. La médiation de Jésus-Christ est de foi ; si
celle de Marie n'est pas définie par l'Eglise, elle
est enseignée par la plupart des docteurs, tellement
qu'elle approche beaucoup de la foi, et qu'il serait
bien téméraire celui qui oserait nier ce fait. Et
certes, faut-il que le magistère de l'Eglise nous
intime par un canon l'obligation de croire à cette
vérité pour qu'elle soit constante ? Ne suffit-il pas,
pour de vrais catholiques, pour des fils dociles et
soumis, que la Hiérarchie leur fasse connaître sa
croyance par l'enseignement positif des
théologiens et des docteurs ? La toute-puissance de
Marie est trop évidente pour être contestée ; si une
mère a tout-pouvoir sur le cœur d'un fils bien né,
que ne pourra une Mère telle que Marie sur un Fils
tel que Jésus-Christ ?
Quand on parcourt les belles louanges que
l'Eglise lui adresse, les magnifiques attributions
qu'elle lui suppose ; quand elle nous prescrit de
147
chanter que Marie est notre Espérance, la Porte du
ciel, notre Avocate, notre Refuge, notre Secours,
peut-on douter que la foi de l'Eglise ne regarde
Marie comme notre médiatrice nécessaire ?
6.6. Et nous, membres d'une Société qui se fait
gloire d'appartenir à Marie d'une manière toute
spéciale, nous qui avons éprouvé tant de fois
l'efficacité et peut-être la nécessité de sa
médiation, nous qui en sommes les témoins et les
preuves vivantes, serions-nous assez ingrats, assez
fous, assez monstres, pour renier la plus belle des
prérogatives de l'auguste Mère de Dieu !

"O Marie, serais-je assez dénaturé pour vous


faire une telle injure ? N'est-ce pas assez de vous
avoir méconnue et contristée longtemps ?
Voudrais-je encore vous contester une puissance et
une qualité qui vous sont attribuées à tant de
titres ? Je proteste de tout mon cœur contre un
pareil attentat. Soyez ma Mère, et ma bonne
Mère ; soyez mon avocate et ma médiatrice ; soyez
ma force et mon refuge, soyez ma joie et mon
espérance. Mon salut, mon bonheur, mon cœur et
ma vie tout entière sont entre vos mains !"

6.7. Si tel est le contenu de ma foi, je conclus qu'il


m'est impossible de faire oraison sans Marie. Si
nul ne connaît le Père que le Fils et ceux auxquels
le Fils l'a révélé (Mt 11, 27), pareillement : nul ne
connaît la Fils que la Mère, et l'Eglise à laquelle
elle l'a révélé. Unissons-nous donc à Marie dans
l'oraison, et prions-là de nous faire connaître son

148
Fils, elle qui l'a si bien connu et qui l'a si bien
étudié ; elle qui a recueilli et conservé si
religieusement dans son cœur tous les oracles qui
sortaient de sa bouche.
Qui pourrait mieux nous initier dans ces
ravissants mystères de l'Incarnation et de la
Rédemption que Marie, elle qui y a joué un rôle
si important ? Si je contemple Jésus dans le sein de
Marie, que puis-je désirer de plus que de connaître
et d'éprouver quelque-uns de ces sentiments de foi,
d'espérance et d'amour dont sa Mère était tout
embrasée ? Si je contemple Jésus naissant, est-il
possible que je perde de vue la Mère qui l'enfante,
qui le tient dans ses bras, le presse sur son cœur, et
le présente à mes hommages et à mes adorations ?
Quel est le mystère de la vie du Sauveur dont
Marie soit absente ? Mais si la Mère est partout
où est le Fils, comment serais-je assez aveugle
pour ne pas le voir ? comment surtout serais-je
assez insensé, assez téméraire, pour séparer du Fils
la Mère, qui ne furent jamais séparés ?
L'union à Marie est donc une disposition
indispensable à l'oraison. Il faut nécessairement
qu'elle nous offre à son Fils, comme il faut que le
Fils nous offre à son Père, si nous voulons que
l'oraison nous branche sur les mystères de la foi et
nous en communique le dynamisme.
6.8. Une deuxième disposition également
indispensable, c'est l'union à Notre Seigneur
Jésus-Christ. Cette union à Jésus-Christ est de
foi ; nous croyons que depuis la chute d'Adam, nul

149
homme n'a pu aller à Dieu que par le Fils. Depuis
cette lamentable chute, la foi en Jésus-Christ a été
absolument nécessaire au salut ; tellement que
quiconque n'a pas cru au Christ, n'a pas été sauvé.
Nous croyons que la médiation de Jésus-Christ
comme Prêtre, comme Pontife, est également
indispensable au salut : depuis la désobéissance
de notre premier père, Dieu ne veut pas traiter avec
nous ; il ne nous connaît plus, il ne nous aime plus
comme son Fils. En conséquence, tout ce que nous
pouvons faire de plus grand et de plus méritoire,
n'est rien aux yeux de Dieu, si son Fils ne le lui
présente pas pour nous. C'est pourquoi le grand
Apôtre Paul nous dit : quoi que nous disions, quoi
que nous fassions, soyons toujours unis à Jésus-
Christ. Ainsi tout ce que nous ferons, même les
choses les plus communes, seront agréables à
Dieu, si son Fils les lui présente ; et au contraire,
Dieu rejettera tout ce qui lui sera offert par une
autre main que celle de Jésus-Christ, fussent-elles
les oeuvres les plus dignes de son divin cœur.
6.9. Ah ! qui sommes-nous pour prétendre aller à
Dieu par une autre voie que celle de Jésus
Christ ! Misérables créatures plus viles à ses yeux
que le néant, puisque nous portons la honte du
péché, nous devrions nous étonner sans cesse qu'il
nous supporte devant lui avec tant de longanimité ;
il nous aurait déjà foudroyés dans le sein de nos
mères, mais ses justes vengeances ont été
enchaînées par un bras tout-puissant ; et, si dès le
sein de nos mères le péché originel nous rendait
horribles aux yeux de Dieu, prétendrions-nous leur

150
paraître plus agréables aujourd'hui, alors que nous
avons ajouté au triste héritage d'Adam tant de
péchés personnels, tant d'iniquités mille fois plus
monstrueuses ?

6.10. "O mon Dieu, par un prodige de miséricorde


que nous ne saurions trop adorer et glorifier, vous
avez daigné nous donner votre propre Fils pour
briser nos fers, laver nos souillures et nous
réconcilier avec vous. Vous voulez que nous
allions à vous par ce divin Fils ; cela ne doit pas
nous peser de nous unir à un Dieu qui s'est anéanti
pour s'unir à nous et nous sauver ? Qu'y aurait-il
donc de repoussant dans un agneau modèle de
patience et d'amour ?"
6.11. Attachons-nous donc à Jésus-Christ. Si c'est
nécessaire dans toutes nos oeuvres, combien plus
encore dans l'oraison, où nous recevons les
lumières sur le ciel qu'il est chargé de nous
communiquer.
6.12. Une troisième disposition à l'oraison, c'est
de faire que notre vie y soit une préparation
habituelle.
Si on suit la pratique que nous avons
enseignée, on reconnaîtra vite que tout ce que nous
avons dit est nécessaire pour faire oraison, mais
que nous faisons sans cesse, au contraire, ce qui
forme un obstacle au saint exercice de l'oraison.
A mesure que la foi devient plus vive et plus
explicite, on pourrait mieux, par un don de la
miséricorde infinie, connaître et la grandeur de

151
notre Dieu, et ses excellences, et sa sainteté, et ce
qu'il a droit d'exiger de ses créatures ; à la lumière
de la foi, on reconnaît mieux aussi toutes les
misères humaines et ses genres d'indignités ; notre
passé nous apparaît dans ce qu'il a d'effroyable et
le présent n'a rien de rassurant.
6.13. Comme l'âme est laide et méprisable à ses
propres yeux lorsqu'elle est un peu plus éclairée
par la foi : consciente d'une part de ses propres
faiblesses et de l'autre de toute l'étendue des
devoirs qu'elle a transgressés jusqu'alors, elle
s'humilie, elle pleure, elle se confond, elle crie vers
le ciel, invoque son assistance et le prend à témoin
de ses vœux et de ses engagements ; ayant senti
combien il est ridicule de faire des promesses au
Seigneur sans jamais les tenir, elle comprend enfin
que c'est se moquer de Dieu ; et qu'aller à l'oraison
en vivant de la sorte, c'est tenter Dieu
imprudemment. Si l'on est tombé dans une faute
légère mais délibérée et qu'on ne l'a pas déplorée
amèrement, on éprouve à l'oraison des sécheresses
et des aridités qui signifient que Dieu s'éloigne de
nous ; à mesure qu'on est infidèle, on s'enfonce
dans les ténèbres.
A cause de cela, on est forcé de faire de gros
efforts pour éviter toutes les fautes délibérées, si
on veut que Dieu continue de se communiquer à
nous, si nous voulons que notre foi augmente et
que croissent notre horreur pour le péché et notre
amour pour la vertu. L'oraison ne fait pas encore
nos délices, il est vrai, mais nous savons déjà en
apprécier suffisamment les précieux avantages

152
pour nous y livrer le plus souvent possible ; et
comme notre méthode consiste essentiellement
dans la pratique, nous redoublons d'efforts pour
nous rendre de plus en plus à même de méditer.
6.14. Dans l'étude de Dieu et de soi-même, l'âme
découvre toujours en elle-même de nouvelles
raisons de se mépriser à cause des méfaits du
péché, et en Dieu de nouvelles raisons de l'aimer.
A mesure qu'elle avance dans la connaissance de
la Divinité, l'âme en découvre de plus en plus les
hautes excellences et les infinies perfections ; elle
découvre de plus en plus la laideur et l'énormité du
péché, son audace et sa perfidie, ses égarements et
ses ingratitudes, et de là découlent les sentiments
de la douleur le plus vive, de l'humilité la plus
profonde, de l'espérance la plus ferme, de l'amour
le plus ardent ; à partir de là elle se sent appelée
aux efforts et aux sacrifices les plus généreux. Les
efforts de pénitence qu'elle fait finissent par ne
plus la rebuter ; elle souffre avec patience les maux
et les contradictions que le ciel lui ménage ; elle
désire même les souffrances et recherche les
croix ; elle finit par se les imposer pour aller au-
devant des corrections que voudrait lui infliger le
Très Haut.
6.15. Voilà l'aboutissement de notre pratique ;
pourvu que l'âme se montre fidèle à la suivre
constamment ; j'ai dit pourvu que l'âme se montre
fidèle, parce que cette condition est indispensable,
et cela pour deux raisons :
a) la première c'est qu'il est impossible de faire
longtemps oraison de la manière que nous avons
153
enseignée, si l'on ne met pas en pratique ce que
l'on apprend. Effectivement, on arrive bien vite à
un tel point de dégoût et de malaise intérieur qu'on
ne peut plus se livrer à l'oraison ; parce que, pour
la tranquillité, on refuse de se laisser éclairer
davantage sur des devoirs auxquels on ne veut pas
être fidèle, ou pour la fidélité desquels on ne veut
pas faire les sacrifices exigés.
b) La deuxième raison, c'est que Dieu, irrité de
voir si peu de générosité dans cette âme lâche et si
peu courageuse, se retire d'elle, l'abandonne à
elle-même. Quel spectacle que celui d'une âme qui
comprend la nécessité du détachement des
richesses et qui ne veut pas s'en détacher ; et puis
qui retourne à l'oraison où elle découvre de
nouvelles obligations mais refuse de les remplir.
Un tel spectacle est insupportable d'abord à Dieu,
qui cesse bientôt d'éclairer cette âme infidèle, et
puis à l'âme elle-même qui, ne se sentant pas la
force de pratiquer ce qu'elle voit, craint de
s'éclairer davantage et fuit l'oraison où elle puisait
des lumières qui le dérangent. La fidélité pratique
aux enseignements de la foi est donc une
disposition indispensable, non seulement pour
faire des progrès dans l'oraison mais encore pour
continuer à la pratiquer.
Ainsi pour résumer tout ce que nous avons dit
sur les dispositions nécessaires à l'oraison, il faut :
1. Tirer les conséquence pratiques des lumières
de la foi qui sont communiquées dans l'oraison ;
2. s'exercer fréquemment à la présence de Dieu ;

154
3. rester habituellement unis à Jésus et à Marie,
ou, en d'autres termes, demeurer dans la foi,
l'humilité, la confiance et l'union à Jésus et à
Marie : voilà les dispositions dans lesquelles il faut
être pour tirer profit de l'oraison.

FIN
(cf. Ecrits d'oraison n° 511-584)

155
156
Post-scriptum

Le petit traité du P. Chaminade sur la Méthode


d'Oraison sur le Symbole que nous venons de
parcourir s'achève par des paragraphes un peu
déconcertants en ce qui concerne l'image sévère de
Dieu et le portrait désolant de l'homme qui s'en
dégagent. Dieu a toujours été et juste et bon. C'est
nous qui mettons l'accent sur l'une ou sur l'autre
des qualités de son être, de son amour, et parfois
avec des excès qui nuisent à une présentation juste
et équilibrée du mystère de Dieu.
Le P. Chaminade a certainement un profond
sens du péché. Il l'exprime parfois si fort qu'on
oublierait presque, en le lisant, la grande bonté et
la grande miséricorde que Dieu manifeste à l'égard
des hommes. Le péché est grand, certes, mais plus
grand encore l'amour qui a poussé Dieu à donner
aux hommes son Fils.
Chaminade partage ce point de vue ; il suffit, pour
s'en convaincre, de lire ce passage d'une
conférence qu’il a donnée à la retraite de 1821.
"Notre âme créée à l'image de Dieu a été
défigurée par le péché d'Adam. Elle devient
semblable à Dieu par l'oraison en ce que les
facultés de l'âme reçoivent la lumière de la vérité
et l'amour de la sainteté dont Dieu est la source.
Quand on fait oraison de foi, notre entendement
sort de ses ténèbres, il est éclairé de la lumière
divine, et par conséquent il devient un esprit
voyant comme Dieu, éclairé comme Dieu. Dieu est
157
tout amour et amour de sainteté. Or par une bonne
oraison, notre volonté reçoit la chaleur de cet
amour, elle devient pure, sainte, en se dégageant
de toutes les imperfections, et par là elle devient
semblable à la volonté de Dieu, qui n'aime que le
bien et qui ne veut que ce qui est saint. En faisant
oraison, nous nous transportons dans le bonheur
suprême de Dieu. La mémoire est tout occupée du
bonheur dont jouissent les Saints, dans le sein,
dans la joie même de Dieu, elle participe déjà ici-
bas au bonheur du ciel ; l'âme est heureuse comme
Dieu, et sous ce rapport, semblable à Dieu, qui se
communique réciproquement à elle par une tendre
amitié. "Entre dans la joie de ton maître" (Mt
25,21). Voilà comment Dieu s'imprime dans notre
âme par l'oraison, comme le cachet est imprimé
dans la cire et y laisse ses traits et sa figure. Ainsi
unir l'âme à Dieu par la connaissance des lumières
surnaturelles, par l'affection aux biens célestes, par
le souvenir et la jouissance de la félicité de Dieu
même, c'est là la fin de l'oraison."

158
Table des matières
SYMBOLES DE FOI 3
Ière Partie : LA VIE EN ABONDANCE
P. Quentin Hakenewerth 5
PRÉFACE 7
1. Vérité fondamentale pour notre vie 9
2. Le don de la vie 11
3. A l'image de Dieu 13
4. Une œuvre à la fois de Dieu et de nous 15
5. Dieu désire nous rendre heureux 17
6. La foi 19
7. L'oraison de foi 22
8. La pureté du cœur…
pour une bonne oraison 25
9. Le 'vieil homme' en nous résiste 27
10. L'homme nouveau apparaît 32
11. Jésus, type de l'homme nouveau 34
12. Un cœur comme le cœur de Jésus 36
13. Le choix des sujets d'oraison 39
14. L'entrée dans l'oraison 41
15. La pratique de l'oraison
la méthode commune 47
16. Conclure l'oraison 51
17. L'examen de l'oraison 53
18. Il faut discerner nos mouvements
intérieurs 56
19. Difficultés rencontrées dans l'oraison 60
20. prier sans cesse.
Vivre en présence de Dieu 65

159
21. Devenir un homme nouveau par la
contemplation des mystères du Christ
69
22. Participer aux mystères de Marie 70
23. L'oraison et notre tâche apostolique 73
APPENDICE (résumé) 75
ANNEXE : Lettre du P. Chaminade (1842)
à M. Pérodin 78

SYMBOLES DE FOI 81
IIe Partie
METHODE D'ORAISON SUR LE
SYMBOLE DES APOTRES
G.–J. Chaminade (1840) 83
INTRODUCTION : R. Halter SM 85
1. En toute chose il faut considérer la fin 93
Sermon de St Laurent Justinien - pour la
fête du Cœur Immaculé de Marie 98
2. DE L'ORAISON 101
3. METHODE D’ORAISON 113
4. PRATIQUE POUR COMMENÇANTS 117
Préparation à l'oraison (E.O. n°78) 132
5. EXERCICE DE LA PRESENCE DE DIEU 135
6. TROIS DISPOSITIONS NECESSAIRES A
L'ORAISON 145
Post-scriptum 157

160

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