Text Français8
Text Français8
L’ECOLE
LA RENTREE DES CLASSES
1|Page
Et le directeur impuissant regarde partir ces enfants. Il aurait voulu,
d’un seul geste, agrandir cette école. Les deux bras aux chambranles de la porte,
il semble tenter l’épreuve. Mais les murs ne bougent pas.
Le directeur regarde partir les parents et leurs enfants. A chaque
rentrée, ce sont les mêmes scènes, le même spectacle.
Bernard DADIE, Climbié.
A L’ECOLE
A l’école, nous gagnions nos places, filles et garçons mêlés,
réconciliés, et, sitôt assis, nous étions toute oreille, toute immobilité, si bien que
le maître donnait ses leçons dans un silence impressionnant. Et il eût fait beau voir
que nous eussions bougé ! Notre maître était comme du vif-argent : il ne
demeurait pas en place, il était ici, il était là, il était partout à la fois, et sa volubilité
eût étourdi des élèves moins attentifs que nous. Mais nous étions
extraordinairement attentifs et nous l’étions sans nous forcer : pour tous, quelque
jeunes que nous fussions, l’étude était chose sérieuse, passionnante : nous
n’apprenions rien qui ne fût étrange, inattendu et comme venu d’une autre
planète ; et nous ne nous lassions jamais d’écouter…l’idée de dissipation ne nous
effleurait même pas, c’est aussi que nous cherchions à attirer le moins possible
l’attention du maître, nous vivions dans la crainte perpétuelle d’être envoyés au
tableau.
Ce tableau noir était notre cauchemar : son miroir sombre ne reflétait
que trop exactement notre savoir, et ce savoir souvent était mince, et quand bien
même il ne l’était pas, il demeurait fragile ; un rien l’effarouchait. Or, si nous ne
voulions pas être gratifiés d’une solide volée de coups de bâton, il s’agissait, la
craie à la main, de payer comptant. C’est que le plus petit détail ici prenait de
l’importance : le fameux tableau amplifiait tout, et il suffisait en vérité, dans les
lettres que nous tracions, d’un jambage qui ne fût pas à la hauteur des autres, pour
que nous fussions invités soit à prendre, le dimanche, une leçon supplémentaire,
soit à faire visite au maître, durant la récréation, dans une classe qu’on appelait la
classe enfantine, pour y recevoir sur le derrière une correction toujours
mémorable. Il examinait nos copies à la loupe et puis nous distribuait autant de
coups de trique qu’il avait trouvée d’irrégularités. Or, je le rappelle, c’était un
homme comme du vif-argent et il maniait le bâton avec une joyeuse verdeur. Tel
était alors l’usage pour les élèves de la petite classe.
Camara laye, l’enfant noir
2|Page
PREMIERE JOURNEE AU COLLEGE(1)
Lundi matin : départ précipité pour arriver avant huit heures. En auto
pour la première fois ! Le jeune homme rêve-t-il ou non ? Entrée au collège avant
même de voir M. Lambert, le costume européen comme les autres.
Azir, avant d’entrer, lui a noué soigneusement sa cravate, en
connaisseur.
Personne ne fait attention à lui, il marche dans l’ombre d’Azir, rougit
à chaque instant, sans motif. Il a peur d’ouvrir la bouche. Des garçons lui serrent
la main parce qu’ils viennent de serrer celle de son ami. Il salue, lui aussi, en
passant devant des professeurs indifférents. Il entre en classe, ouvre comme les
autres un cahier pris au hasard dans son cartable, se met machinalement à suivre
les cours, imite tous les gestes. Heureusement on ne s’aperçoit pas de sa présence.
Il n’est pas inquiété. Le supplice dure une heure. Il suffoque, li se dit qu’il n’est
pas à sa place.
Allons donc, l’ex-gardien de troupeau ! Est-ce pour lui cette grande
classe aux larges bais vitrés, aux tables neuves et brillants, toute cette propreté
qu’on craindrait de souiller même à distance ?
Est-ce bien pour lui cette belle dame qui parle, qui explique, qui
interroge avec politesse, qui dit « vous » à tout le monde ? A-t-il vraiment la mine
d’un camarade pour tous ces garçons bien vêtus, à l’air si intelligent ? Il lui semble
être un intrus dans cette nouvelle société qui l’éblouit. Azir, qui n’est pas lion de
lui, se tourne de temps en temps pour l’encourager d’un sourire. Son cœur déborde
de reconnaissance.
A la récréation, il commence à se rassurer. Les élèves sont
généralement aimables le premier jour. Si ceux des autres classes ne le remarquent
même pas ses nouveaux camarades par contre-quelques-uns d’entre eux tout au
moins
-mettent une certaine coquetterie à attirer son attention : l’un fait de
l’esprit pour faire rire, un autre explique avec fougue un théorème que tout le
monde a de Camille. Menrad est prêt à admirer tous ceux qui le voudront. Il
admire tout le monde. Il se voit si obscur, pitoyable, écrasé !
A onze heures, avec son ami, il déjeune à ma gargote d’une soupe,
d’un plat de pomme de terre avec de la viande et de la salade. C’est un festin !
Mais il goûte à tout du bout des dents ; il n’a pas faim, son estomac est contracté.
MOULOUD FERAROUN, le fils du pauvre
3|Page
PREMIERE JOURNEE AU COLLEGE(2)
4|Page
-Oui, chef, répondit Menrad à tout hasard.
-On t’expliquera, tu sauras bientôt ce que c’est.
Menrad avait quitté ce brave homme tout à fait à l’aise, se sentant
définitivement incorporé à la grande famille des Lambertistes. Quel réconfort
pour lui ! Dans la même soirée, il avait l’occasion de coudoyer plusieurs de ces
fameux scouts. Ils lui avaient paru particulièrement serviables.
Ainsi, sa premièrement tournée était terminée. Avant de s’endormir,
il la revoyait tout entière. Il était heureux et il bénissait Dieu. S’il ne pensa pas
longuement à son jeune frère, à ses sœurs, à ses parents, il se rappela, toutefois,
son ami d’enfance, Akli. Qui était resté berger dans la montagne. Alors que lui,
Menrad…
MOULOUD FERAOUN, le fils du pauvre
2. LA FAMILLE
L’ONCLE
6|Page
« départ de la mère ». Le chemin jusqu’à la gare… le train arriva, ma mère monta
et il s’ébranla.
« Oh mère ! Pourquoi partais-tu ? »
Je maudissais tout le monde, le père, la première femme du père, les
frères et les sœurs qui tous lui avaient dit au revoir, gaiement me semblait-il. Et
l’enfant hurlait à la mort !
On était obligé de me tenir, car je voulais entrer dans le train à côté
de ma mère, lui prendre la main et la regarder. J’avais couru longtemps derrière
le train, sur les rails. Les pierres blanches m’empêchaient d’aller vite comme je le
souhaitais, et mes jambes frêles se tordaient comme des branches de séane. Je ne
distinguais plus qu’un point gris dans une fumée dont l’odeur m’était restée dans
les narines jusqu’au lendemain.
Que pouvais-je faire d’autre que de retourner à la maison qui
désormais n’était plus familiale. J’étais avec des gens qui soudain m’étaient
devenus étrangers. J’étais allée voir le père et lui demander à quand mon départ.
Maintenant ce n’était plus pourquoi la mère partait, c’était à quand mon tour ?
« Demain », me répondit-il. Mais il n’en fut rien.
KEN BUGUL, le baobab fou.
7|Page
-Tu ne vas pas m’apprendre à piler le mil ? Dit-elle.
Et puis soudain elle reprit avec force :
-Si c’est pour le départ du petit en France, inutile de m’en parler,
c’est non !
-Justement, dit mon père. Tu parles sans savoir : tu ne sais pas ce
qu’un tel départ représente pour lui.
-Je n’ai pas envie de le savoir ! dit-elle.
Et brusquement elle lâcha le pilon et fit un pas vers nous.
-N’aurai-je donc jamais la paix ? Dit-elle. Hier, c’était une école à
Conakry, aujourd’hui, c’est une école en France ; demain…mais que sera-ce
demain ? C’est chaque jour une lubie nouvelle pour me priver de mon fils !... ne
te rappelles-tu déjà plus comme le petit a été malade à Conakry ? Mais toi, cela
ne te suffit pas ; il faut à présent que tu l’envoies en France ! Es-tu fou ? Ou veux-
tu me faire devenir folle ? Mais sûrement je finirai par devenir folle…et toi, dit-
elle en s’adressant à moi, tu n’es qu’un ingrat ! Tous les prétextes te sont bons
pour fuir ta mère ! Seulement, cette fois, cela ne va pas se passer comme tu
l’imagines ; tu resteras ici !... mais à quoi pensent-ils dans ton école ? Est-ce qu’ils
se figurent que je vais vivre ma vie entière loin de mon fils ? Mourir loin de mon
fils ? Ils ne seraient pas partis si loin de chez eux s’ils en avaient une !
Et elle tourna le regard vers le ciel, elle s’adressa au ciel : tant
d’années déjà, il y a tant d’années déjà qu’ils me l’ont pris ! Dit-elle. Et voici
maintenant qu’ils veulent l’emmener chez eux !...
Et puis elle baissa le regard, de nouveau elle regarda mon père :
-Qui permettrait cela ? Tu n’as donc pas de cœur ?
-Femme ! Femme ! Dit mon père. Ne sais-tu pas que c’est pour son
bien ?
-Son bien ? Son bien est de rester auprès de mo ! N’est-il pas assez
savant comme il est ?
-Mère…commençai-je. Mais elle m’interrompit violemment :
-Toi, tais-toi ! Tu n’es encore qu’un gamin de rien du tout ! Que
veux-tu aller faire si loin ? Sais-tu seulement comment on vit là-bas ?...non, tu
n’en sais rien ! Et dis-moi, qui prendra soin de toi ? Qui réparera tes vêtements ?
Qui te préparera tes repas ?
8|Page
-Voyons, dit mon père, sois raisonnable : les blancs ne meurent pas
de faim
-Alors tu ne vois pas, pauvre insensé, tu n’as pas encore observé
qu’ils ne mangent pas comme nous ? Cet enfant tombera malade, voilà ce qui
arrivera ! Et moi alors, que ferai-je ? Ah ! J’avais un fils, et voici que je n’ai plus
de fils !
Je m’approchai d’elle, je la serrai contre moi.
-Eloigne-toi ! Cria-t-elle. Tu n’es plus mon fils !
Mais elle ne me repoussait pas : elle pleurait et elle me serrait
étroitement contre elle.
-Tu ne vas pas m’abandonner, n’est-ce pas ? Dis-moi que tu ne
m’abandonneras pas ?
Mais à présent elle savait que je partirais et qu’elle ne pourrait pas
empêcher mon départ, que rien ne pourrait l’empêcher ; sans doute l’avait-elle
compris dès que nous étions venus à elle : oui, elle avait dû voir cet engrenage
qui, de l’école de Kouroussa, conduit à Conakry et aboutissait à la France ; et
durant tout le temps qu’elle avait parlé et qu’elle avait lutté, elle avait dû regarder
l’engrenage : cette roue-ci et cette roue-là d’abord, et puis cette troisième, et puis
d’autres roues encore, beaucoup d’autres roues que peut-être personne ne voyait.
Et qu’eût-on fait pour empêcher cet engrenage de tourner ? On ne pouvait que le
regarder tourner, regarder le destin tourner : mon destin était que je parte ! Et elle
dirigea sa colère – mais déjà ce n’étaient plus que des lambeaux de colère – contre
ceux qui, dans son esprit, m’enlevaient à elle une fois de plus :
-Ce sont des gens que rien jamais ne satisfait, dit-elle. Ils veulent
tout ! Ils ne peuvent pas voir une chose sans la vouloir.
-Tu ne dois pas les maudire, dis-je.
-Non, dit-elle amèrement, je ne les maudirai pas.
Et elle se trouva enfin à bout de colère, elle renversa la tête contre mon épaule et
elle sanglota bruyamment. Mon père s’était retiré. Et moi, je serrais ma mère
contre moi, j’essuyais ses larmes, je disais…que disais-je ? Tout et n’importe
quoi, mais c’était sans importance : je ne crois pas que ma mère comprit rien de
ce que je disais ; le son de ma voix lui parvenait, et il suffisait : ses sanglots petit
à petit s’apaisaient, s’espaçaient…
Camara laye, l’enfant noir
9|Page
3. COMMERCE ET MARCHE
LE MARCHE NOCTURNE
Le crépuscule tombait sur Ganmê ; les femmes et les jeunes filles
vendeuses du marché de nuit exposaient déjà leurs marchandises sur des vans de
jonc ou de rotin placés sur des trépieds. La nuit se précisait : des milliers d’étoiles
commençaient de scintiller dans un ciel pur et sans nuages ; les feux des lampions,
terrines minuscules où brûlaient des mèches de coton imbibées d’huile de palme,
vacillaient au moindre souffle de vent, s’éteignaient, se rallumaient aussitôt, et
semblaient ainsi obéir à quelque code.
Les marchands encombraient mâro, le marché de nuit, criaient leurs
marchandises ; faisaient l’article à tue-tête ; les clients déambulaient parmi les
étalages, s’arrêtaient devant les lampions, face aux marchandes, demandaient les
prix des articles, s’écriaient que c’était vraiment trop cher, discutaient, riaient,
marchandaient, obtenaient de petites réductions et achetaient ; ou bien ils
boudaient, grognaient, se fâchaient et partaient pour se confondre avec l’obscurité,
étoilée, là-bas, au pied de la mosquée.
On achetait des gâteaux, des beignets, des boules d’akassa, du
poisson frit ou fumé, des tranches d’igname ou de manioc cuites à l’eau ou frites.
Il y avait des vendeuses de pâtes de maïs et de sauces, il y avait des charcutières
qui exposaient leurs marchandises sur des tables. Il y avait aussi des épicières et
des mercières, et l’on pouvait se procurer à mâro presque tout ce que l’on pouvait
acheter sur le marché pendant le jour.
Naguère, Affôgnon errait parmi ces lampions ; c’était à mâro qu’il
achetait son repas du soir. Le lieu devenait fort peuplé et animé vers dix-sept
heures trente, après l’arrivée du train : les portefaix, satisfaits d’être débarrassés
de leurs charges, allaient dépenser une partie de leurs gains au marché de nuit où
ils achetaient leur repas. Alors, les gendarmes redoublaient de vigilance en
circulant entre les étalages.
…tout le monde bavardait, personne n’avait l’air d’écouter son
voisin. Les vendeurs de fétiches et de sauterelles en bois, dignement assis devant
leurs étalages d’os, de cornes d’antilopes, de dents de rhinocéros, de crânes
d’hommes, d’hippopotames, de crocodiles, de caïmans, d’oiseaux à côté desquels
il y avait des fioles de poudres noires aux puissances dites infaillibles, vantaient
les vertus de leurs bagatelles.
Olympe BHELY-QUENUN, un piège sans fin
10 | P a g e
LE MARCHE AU CENTRE DE LA CITE
11 | P a g e
DISPUTE AU MARCHE
En un instant, le client se vit entouré par une foule de femmes du
marché, plus agressives les unes que les autres.
« Je ne t’ai point injuriée, Mam ! Essaya-t-il de se justifier. Je n’ai
jamais dit que tu vendais du faux ivoire, je ne l’ai jamais dit ! »
Il faut se méfier des femmes au marché. Elles parlent, elles crient,
elles chantent, elles vendent. Tout cela n’est pas bien méchant. Mais qu’elles se
liguent contre quelqu’un, et la catastrophe peut arriver instantanément.
L’homme le savait bien. Aussi essaya-t-il de se libérer avant qu’il ne fût encore
trop tard. Il aggrava encore son propre cas en tenant une issue dans la foule
grandissante, et cela avant même d’avoir payé le peigne d’ivoire qu’il tenait
dans une main. Mam se mit à vociférer des injures, accusant de vol le pauvre
client.
« Vous voyez, vous voyez bien, hurlait Mam, il m’injurie, moi, la
veille, et il me vole mon peigne ! Il l’a en main, vous le voyez, vous-mêmes.
Mais où est donc l’argent qu’il m’aurait donné pour ce peigne ?
-Non, non ! Répondirent les autres.
-Alors, que pensez-vous d’un homme pareil ? N’est-ce pas un
voleur ?
-Un voleur, c’est un voleur. Comment pourrait-on seulement en
douter ?
-Mais…cria l’homme, vous n’écoutez que ce que dit a vieille. Vous
ne…
-Vous entendez comme il m’appelle ?
-La vieille…la vieille, est-ce qu’elle est aussi vieille que ta mère ?
Est-ce qu’elle pourrait même être ta mère ? Demandèrent quelques voix de la
foule.
-Vous me défendez, mes amies. Vous êtes vraiment mes sœurs… »
Francis BEBEY, la poupée Ashanti.
12 | P a g e
4. VILLE ET VILLAGE
IMPRESSION DE PARIS
13 | P a g e
Un peuple consultant la montre à tout instant. Une ville prodigieuse
qui vous prend, vous capte, vous met au pas, vous emporte malgré vous dans un
courant impétueux. Ici on ne fait pas de stage. Il faut marcher, suivre.
Et de la lumière électrique en plein jour dans les restaurants et les
magasins. Certainement pour voir clair dans les comptes. Je n’aurais pas peur des
redites car avec cette ville, on semble tourner en rond, être toujours dans le même
quartier, voir les mêmes têtes blanches. L’imperméable que nous portons
seulement les jours de pluie, fait ici partie intégrante de la vêture.
Paris, par la construction de ses maisons collées les unes aux autres,
par ses nombreuses rues ne se coupant jamais à angles droits, est une ville qu’on
ne peut enchaîner. Cela se sent de prime à bord. C’est son premier air. Et même
mettrait-on les fers à la ville que les hommes passeraient au travers comme les
poissons qui « mangent » les filets, c’est-à-dire les déchirent pour s’échapper.
Cela est imprimé dans l’allure. L’attitude du Parisien. Il respire la liberté. Il est
chez lui, dans son Paris. Et c’est une force prodigieuse que d’être chez soi, dans
une telle ville.
On trouve ici des maisons si sérieuses d’aspect qu’on dirait qu’elles
ont conscience de ce qu’elles sont ou représentent. Elles sont de Paris. Elles sont
de Paris.
Bernard DADIE, un nègre à Paris.
14 | P a g e
UN PETIT VILLAGE MALGACHE
15 | P a g e
A KINSHASA
16 | P a g e
Une grande agglomération moderne s’entendait devant nous, étalant
ses rangées de buildings et de bâtiments en béton. Nous passons devant un grand
édifice sur lequel je peux lire « Palais de la Nation ».
« Ce quartier s’appelle Gombe, me souffla Christophe plein de fierté.
J’y suis né. » Le cadre de verdure, les eaux puissantes du fleuve, tout ce décor
ramenait la paix dans mon cœur. Par-delà le fleuve, on apercevait Brazzaville,
réduite par la distance aux dimensions d’une ville-jouet. Oui, j’aimais déjà
Kinshasa où j’allais vivre, et cette famille qui serait la mienne…
ACCT-EDIC EF, Horizon d’Afrique
5. LA MAISON
LA MAISON
17 | P a g e
La veille des moissons, lorsque les blés mûrs penchent,
Maintes fois elle a vu le ciel crouler sur eux
Et tuer lâchement, avec ses pierres blanches !
Les épis qui riaient sous le soleil heureux !
18 | P a g e
LA CASE DE MON PERE
19 | P a g e
UNE PAUVRE DEMEURE
La nuit était presque venue quand ils arrivèrent au village qui était
celui d’Ityma. Des petits sentiers séparaient les palissades. Les toits des paillottes
se touchaient presque. Des gosses nus, au ventre bedonnant, couraient çà et là. Un
chien maladif aboyait, trottant sur des pattes qui se dérobaient à chacun de ses
pas. Les villageois accroupis saluaient les arrivants à leur passage. Un appentis de
branchages.
C’était là que demeurait la mère d’Itylima. Une unique pièce, qui
servait de salle et de cuisine durant les heures de pluie. Une bûche se consumait
au centre, la fumée piquait les yeux. Habitué à la demi-obscurité, Faye pouvait
apercevoir des canaris de toutes dimensions, des calebasses en désordre
encombrant la pièce ; une natte sur un cul de mortier près du lit. Le dépôt de fumée
sur les lattes de la toiture semblait une épaisse couche de peinture.
La mère d’Itylima était une femme prématurément vieillie et dont le
dur travail des rizières et la collecte du sel dans les marécages avaient buriné le
corps…elle n’avait rien, mais insista pour que Faye fût son hôte…
Le lit, composé de lattes liées par des lanières, était posé sur quatre
pieds fourchus, enfoncés dans le sol. Des peaux séchées servaient de matelas et
de couvertures. Dans un coin, des brindilles clôturaient des récipients en terre
cuite.
SEMBENE OUSMANE, O pays mon beau peuple
20 | P a g e
6. JEUX-SPORT-LOISIR
SOUVENIR D’ENFANT
J’étais enfant et je jouais près de la case de mon père. Quel âge avais-je ? Je ne
me rappelle pas exactement. Je devais être jeune encore, cinq ans, six ans peut-
être… ma mère était dans l’atelier près de mon père, et leurs voix me parvenaient,
rassurantes, mêlées à celles des clients de la forge et au bruit de l’enclume…
Brusquement, j’avais cessé de jouer, toute mon attention captée par un serpent
qui rampait autour de la case ; et je m’étais bientôt approché. J’avais ramassé un
roseau qui traînait dans la cour – il en traînait toujours, qui se détachaient de la
palissade de roseaux tressés dont notre concession était entourée pas, il prenait
goût au jeu ; il avait lentement le roseau ; il l’avalait comme une proie, avec la
même volupté, me semblait-il, les yeux brillants de bonheur ; et se trouva à peu
près englouti et où la gueule du serpent se trouva terriblement.
Je riais, je n’avais pas peur du tout et je crois bien que le serpent n’eut plus
beaucoup tardé à m’enfoncer ses crochets dans les doigts si, à l’instant Damany,
l’un fit signe, et presque aussitôt je me sentis soulevé de terre : j’étais dans les
bras d’un ami de mon père.
Camara laye, Souvenirs d’un enfant noir
21 | P a g e
IKINA, BELLE DANSE
22 | P a g e
Parfois quelque vieillard qui n’a plus un cheveu
Fait briller au soleil sa chauve chevelure ;
Sa bouche édentée bredouille un grand aveu,
Un grand merci, peut-être, à la mère nature,
Pendant que la sueur sur les plis de sa peau
Ruissèle en effaçant l’empreinte du tombeau.
Ainsi s’éteignent en cette fin de journée
Les soucis et s’oublie le poids des années.
Sous le ciel étoilé où la lune reluit
La danse bat son plein jusque tard dans la nuit,
Puis, petit à petit, les regards s’alourdissent.
Le sommeil envahit, pilleur plein de malice.
Le rythme des tam-tams dans le noir s’affaiblit
Et, lente, sous l’embrun des humides rosées
Hélas, sur ces ébats les jours jettent l’oubli ;
Nos pères sont tombés sur la terre ancestrale
Comme s’éteint le ciel à l’heure vespérale,
Et leur bel éclat avec eux enseveli
Dans ces vaux où l’humain sans cesse se démène
S’offre encore à mes yeux comme une île lointaine.
Patrice INTIOMALE
23 | P a g e