Adaptation Climatique au Sénégal
Adaptation Climatique au Sénégal
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UNIVERSITÉ CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR
THESE DE DOCTORAT
Titre :
ENT CLIMATIQUE DANS LE BASSIN ARACHIDIER (SENEGAL) : ANTICIPATIONS ET PRIS
Président : Pr. Mohamed Ben Omar Ndiaye, Maître de Conférences Agrégé, à l’Université
Cheikh Anta Diop de Dakar.
Rapporteurs :
Pr. Mohamed Ben Omar Ndiaye, Maître de Conférences Agrégé, à l’Université Cheikh
Anta Diop de Dakar ;
Pr. Malick Sané, Maître de Conférences, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Examinateurs :
Pr. Ndiack Fall, Maître de Conférences Agrégé, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ;
i
L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar n’entend donner aucune approbation ou
improbation aux opinions émises dans cette thèse. Ces opinions doivent être considérées comme
propres à leurs auteurs.
i
Cette thèse a été financée par le Bureau d’Analyses Macroéconomiques de l’Institut Sénégalais de
Recherches Agricoles (ISRA/BAME) par le biais du Programme de Productivité Agricole en
Afrique de l’Ouest (PPAAO) qui est le fruit d’une coopération avec la Banque mondiale.
Nous leur sommes reconnaissants.
i
DEDICACES
Nous rendons grâce à DIEU et prions sur son Prophète MOUHAMED (PSL).
Abdoulaye DIAKHATE
et
Je dédie ce travail :
à toute ma famille,
à mes amis,
i
REMERCIEMENTS
J’adresse mes vifs remerciements à mon Directeur de thèse, le Professeur titulaire
Birahim Bouna NIANG. J’ai eu le privilège de travailler à vos côtés et d’apprécier vos
qualités et vos valeurs. Votre dévouement, votre compétence et votre sens du devoir nous ont
énormément marqués. Veuillez trouver ici l’expression de notre profonde admiration pour
toutes vos qualités scientifiques et humaines.
Mes remerciements sont aussi exprimés à l’endroit des membres du jury pour leur
intérêt qu’ils ont manifesté pour ce travail et surtout pour leurs observations qui ont permis
d’améliorer cette thèse. C’est ainsi que je remercie chaleureusement le Pr. Ibrahima
THIAM pour avoir accepté de rapporter cette thèse. Au Pr. Malick SANE à qui j’exprime
toute ma gratitude et ma reconnaissance pour ses orientations qui ont permis d’améliorer ce
travail mais aussi pour ses qualités en tant que Directeur national du NPTCI 4 en 2011. Au
Pr. Mohamed Ben Omar NIAYE, j’exprime mes vifs remerciements pour votre intérêt à ce
travail et de vos enseignements de qualité dont j’ai pu bénéficier en 2005. J’adresse aussi mes
chaleureux remerciements à mes examinateurs, le Pr. Ndiack FALL et le Dr. Mbaye Diop,
pour vos remarques et vos commentaires.
Je remercie le Dr. Djiby DIA, pour son appui scientifique, logistique et les multiples
conseils et encouragements formulés à mon égard.
v
À tous les chercheurs du BAME qui ont contribué à ce travail, notamment Dr. Astou
Diao Camara, Dr. Moussa Sall et Dr. Sadibou Fall. Je vous remercie pour vos
commentaires et remarques pertinentes qui cherchent à augmenter la valeur de cette thèse.
À mes collègues du BAME : Dr. Yacine NGOM, Dr. Ndeye Fatou Faye MANE, Amy
FAYE, Rhaisha DIEME, Khady CAMARA, Mor NGOM, Chérif Syaka Assembène MANÉ,
Mamadou Bobo BARRY, Saër SARR, Pape Abdoulaye KANE, Fama GUEYE,
Mouhamadou Rassoul SY, Nini DIABON et Mme DIOP (Secrétaire du BAME), Samba
Cissé, Mme DIAKHATE, Mme GUEYE, Thierno SYLLA … avec qui nous travaillons
quotidiennement.
À toutes les personnes qui ont relu ce document, en l’occurrence Dr. Alioune DIENG,
Dr. Yacine NGOM, Dr. Assane BEYE, Dr. Ndeye Fatou FAYE et Pape Abdoulaye KANE, je
vous remercie de vos remarques précieuses.
v
SOMMAIRE
DEDICACES...........................................................................................................................................iv
REMERCIEMENTS.................................................................................................................................v
SOMMAIRE...........................................................................................................................................vii
LISTE DES GRAPHIQUES.................................................................................................................viii
SIGLES ET ABREVIATIONS...............................................................................................................xi
INTRODUCTION GENERALE..............................................................................................................1
CHAPITRE I : AGRICULTURE SÉNÉGALAISE FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE :
Éléments de contexte................................................................................................................................9
I. 1_/ Caractéristiques environnementales du Sénégal.......................................................................10
I.2_/ Performances du secteur agricole sénégalais face au changement climatique : faits stylisés....19
II. 3_ / Adoption des stratégies d’adaptation et adhésion au groupe : développements empiriques 114
III.2_/ Anticipations et prise de risque des exploitants agricoles : caractéristiques et typologies. . .144
v
LISTE DES GRAPHIQUES
Graphique 1: Évolution de population du Sénégal de 1960 à 2015.......................................................13
Graphique 2: Évolution du taux de croissance de la population de 1960 à 2015...................................13
Graphique 3: Répartition des émissions de GES par activité en 2010...................................................15
Graphique 4 : Évolution de la consommation d’éléments fertilisants par ha de terres arables et cultures
permanentes............................................................................................................................................16
Graphique 5 : Évolution du cheptel par hectare de terres agricoles et production de méthane des bovins
et autres au Sénégal................................................................................................................................17
Graphique 6 : Évolution de la superficie des terres forestières en milliers d’ha et absorptions/émissions
net (CO2) en gigagrammes (Gg)............................................................................................................18
Graphique 7 : Contribution par secteur au PIB (en pourcentage)..........................................................20
Graphique 8 : Répartition de la main d’œuvre par secteur.....................................................................21
Graphique 9 : Croissance de la production par continent (2000-2013)..................................................22
Graphique 10 : Prévalence de la sous-alimentation en Afrique.............................................................22
Graphique 11: Prévalence de la sous-alimentation au Sénégal..............................................................23
Graphique 12 : Disponibilité alimentaire kcal/personne/jour au Sénégal..............................................23
Graphique 13: Évolution de la pluviométrie annuelle au Sahel.............................................................26
Graphique 14 : Évolution interannuelle des indices pluviométriques du Sénégal de 1921 à 2014........27
Graphique 15: Cumul de pluies de quelques stations (en mm)..............................................................28
Graphique 16: Évolution de la température moyenne annuelle au Sénégal...........................................29
Graphique 17: Six périodes importantes de baisse de la production......................................................30
Graphique 18: Croissance de la production agricole en pourcentage....................................................30
Graphique 19: Baisse significative de la production céréalière entre 2012-2014..................................31
Graphique 20: Évolution de la culture vivrière de 2011 à 2013 (en pourcentage).................................31
Graphique 21: Évolution de la production de quelques céréales sèches (en tonnes).............................32
Graphique 22 : Production d’arachide huilerie et niébé (en tonne)........................................................33
Graphique 23: Répartition des terres cultivées par système de culture en fonction des zones agro-
écologiques.............................................................................................................................................34
Graphique 24 : Zones agro écologiques du Sénégal..............................................................................35
Graphique 25 : Normales pluviométriques sur la période 1961-1990 en mm........................................36
Graphique 26 : Répartition des ménages agricoles en fonction des cultures (en pourcentage).............37
Graphique 27 : Superficie (en ha) et production en (tonnes) des régions du bassin arachidier.............38
Graphique 28 : Rendement (tonne/ha) de la culture céréalière en fonction des régions du bassin........38
Graphique 29 : Évolution des superficies cultivées de certaines spéculations (en hectare)...................39
Graphique 30 : Répartition des ménages agricoles affiliés à une organisation de producteurs.............64
Graphique 31 : Courbe iso-critique et matrice de risque........................................................................75
Graphique 32 : Évolution de la pluviométrie (en mm) et du rendement céréalier dans la région de
Louga (en T/Ha)...................................................................................................................................132
Graphique 33: Évolution de la pluviométrie (en mm) et rendement céréalier (T/ha) dans la région de
Kaolack.................................................................................................................................................135
Graphique 34 : Évolution de la pluie (mm) et du rendement céréalier (T/ha) à Kaffrine....................137
Graphique 35 : Cartographie des régions, des départements et les villages choisis.............................142
Graphique 36 : Classification des agriculteurs en fonction de leur type d’anticipation.......................148
Graphique 37 : Type d’anticipation en fonction des zones (en pourcentage)......................................149
Graphique 38 : Importance de la pluie dans les prévisions par zone...................................................149
v
Graphique 39 : Pourcentage des types d’anticipation sur la situation pluviométrique entre 2014-2015
............................................................................................................................................................. 150
Graphique 40 : Source d’information climatique utilisée....................................................................151
Graphique 41 : Niveau de confiance des sources d’information climatique........................................152
Graphique 42 : Source d’information par zone....................................................................................152
Graphique 43 : Canaux de transmission des sources modernes d’informations sur la pluie................153
Graphique 44 : Canaux sur les sources traditionnelles d’informations sur la pluie.............................154
Graphique 45 : Canaux modernes de diffusion des informations du vent............................................154
Graphique 46 : Canaux traditionnels de diffusion des informations sur le vent..................................155
Graphique 47 : Canaux modernes de diffusion d’informations sur la température..............................155
Graphique 48 : Volonté des exploitants à prendre des risques.............................................................163
Graphique 49 : Comportement des agriculteurs face au risque (en pourcentage)................................164
Graphique 50 : Phénomènes climatiques les plus ressentis..................................................................166
Graphique 51 : Décision des exploitants en cas de dépassement du seuil de perte tolérable...............167
Graphique 52 : Principales causes des risques agricoles......................................................................169
Graphique 53 : Principales causes des risques de production..............................................................169
Graphique 54 : Principales causes des risques de stockage..................................................................170
Graphique 55 : Principales causes des risques de commercialisation..................................................170
Graphique 56 : Classement des facteurs climatiques en fonction des risques agricoles......................171
Graphique 57 : Degré d’adoption des stratégies d’adaptation..............................................................177
Graphique 58 : Degré d’adoption des stratégies d’adaptation en fonction des zones..........................178
Graphique 59 : Contraintes liées à l’adoption de la rotation culturale.................................................178
Graphique 60 : Contraintes liées au changement de la date de semi....................................................179
Graphique 61 : Contraintes d’utilisation de variétés à cycle court.......................................................179
Graphique 62 : Taux d’adhésion des producteurs aux groupes............................................................184
Graphique 63: Contraintes d’adhésion au groupe en pourcentage.......................................................189
i
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1 : Évolution des exportations de produits agricoles du Sénégal (2011-2015) en milliers
$U.S........................................................................................................................................................24
Tableau 2 : Principales céréales exportées par le Sénégal en milliers de $U.S......................................24
Tableau 3 : Évolution des importations de produits céréaliers du Sénégal en milliers $U.S.................25
Tableau 4 : Variation moyenne de la pluie par zone et par scénario......................................................28
Tableau 5 : Affiliation des chefs d’exploitation au groupement de producteurs dans le bassin
arachidier élargi......................................................................................................................................65
Tableau 6 : Relations chefs d’exploitation et types de structure............................................................66
Tableau 7 : Type d’incertitude et mode gestion.....................................................................................75
Tableau 8: Modèles d’estimation des choix d’adoption.......................................................................112
Tableau 9: Résumé des relations entre les variables socioéconomiques sur l’adoption des stratégies
d’adaptation..........................................................................................................................................123
Tableau 10 : Répartition des superficies cultivées (en Ha) par département à Louga........................131
Tableau 11 : Évolution de la production par spéculation entre 2012-2013 à Louga............................132
Tableau 12 : Superficie, rendement, production céréalière et cultures associées à Kaolack...............134
Tableau 13 : Répartition de la production selon les départements de Kaffrine (en tonnes) en 2013 . 136
Tableau 14: Nombre d’exploitants agricoles par commune et département........................................140
Tableau 15 : Caractéristiques des agriculteurs suivant les types d’anticipation...................................157
Tableau 16: Estimations des comportements d’anticipation à partir de l’utilisation d’information
climatique.............................................................................................................................................160
Tableau 17 : Liste de loteries permettant de déterminer le comportement des agriculteurs face au
risque....................................................................................................................................................162
Tableau 18: Caractéristiques socioéconomiques des agents face au risque financier..........................172
Tableau 19: Estimation de la propension pour le risque financier des exploitants agricoles...............173
Tableau 20 : Taux d’adoption des stratégies d’adaptation au changement climatique........................174
Tableau 21 : Effets marginaux des stratégies d’adaptation estimés avec le modèle probit..................176
Tableau 22: Description des variables du modèle................................................................................185
Tableau 23 : Présentation synthétique des coefficients estimés par type d’adoption...........................187
x
SIGLES ET ABREVIATIONS
$U.S Dollar américain
ACMAD Centre africain pour les applications de la météorologie au développement
AFD Agence Française+ de Développement
ANACIM Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie
ANCAR Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural
ANSD Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie
ASPRODEB L’Association Sénégalaise pour la Promotion du Développement à la Base
ASRA Agricultural Sector Risk Assessment in Senegal
BNDS Banque Nationale pour le Développement du Sénégal
CCAFS Climate Change Agriculture and Food Security
CCNUCC Convention Cadre des Nations Unis sur les Changements Climatiques
CDB Convention sur la Diversité Biologique
CDD Convention Cadre de Lutte contre la Désertification
CdP Conférences des Parties
CEA Commission économique pour l’Afrique
CEDEAO Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest
CEPOD Centre d’Études de Politiques pour le Développement
CER Centres d’Expansion Rurale
CILSS Comité permanent Interétatique de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel
CIMA Confédération Interafricaine des Marchés d’Assurances
CNAAS Compagnie Nationale d’Assurance Agricole du Sénégal
CNB Comité National sur la Biodiversité
CNCAS Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal
CNCR Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux
CNDD Commission Nationale de Développement Durable
CONSERE Conseil Supérieur des Ressources Naturelles et de l’Environnement
CPDN Contribution Prévue Déterminée au niveau National
CRES Consortium pour la Recherche Économique et Sociale
CSE Centre de Suivi Écologique
DAPSA Direction de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques Agricoles
DEEC Direction de l’Environnement et des Établissements Classés
DMN Direction de la Météorologie Nationale du Sénégal
DPEE Direction de la Prévision et des Études Économiques
DPES Document de Politique Économique et Sociale
DPN Direction des Parcs Nationaux
ECO2 Équivalents de dioxyde de carbone
ESIS Enquête sénégalaise sur les indicateurs de Santé
ESPS Enquête de Suivi de la Pauvreté au Sénégal
F CFA Franc de la Communauté Financière Africaine
FAO Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture
FEM Fonds pour l’Environnement Mondial
FMI Fonds Monétaire International
GIEC Groupement Intergouvernemental d'Experts sur les évolutions du Climat
GOANA Grande Offensive pour l’Alimentation, la Nourriture et l’Abondance
x
GRAD Centres Régionaux d’Assistance au Développement
GRAST Groupe de Réflexion et d’Appui Scientifique et Technique
GTP Groupe de Travail Pluridisciplinaire
IED Innovation Environnement Développement
ISRA Institut Sénégalais de Recherches Agricoles
ITA Institut de Technologie Alimentaire
LOASP Loi d’Orientation Agro-Sylvo-Pastorale
LPDA Lettre de Politique de Développement Agricole
LPDFA Lettre de Politique de Développement de la Filière Arachide
LPI Politique du développement Institutionnel du secteur agricole
MAEE Ministère des Affaires étrangères et européennes
MEPN Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature
MPDD Ministère du Plan et du Développement Durable
MPDDCI Ministère du Plan, du Développement Durable et de la Coopération Internationale
NASAN Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition
NEPAD Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique
NPA Nouvelle Politique Agricole
NSRDC Nouvelle Société Régionale de Développement de la Casamance
OCA Office de Commercialisation Agricole
OMD Objectifs du Millenium pour le Développement
ONCAD Office National de Coopération et d’Assistance pour le Développement
ONG Organisation non Gouvernementale
ONU Organisation des Nations unies
PA Programme Agricole
PAFA Projet d’Appui aux Filières Agricoles
PAN/LCD Plan d'Action National de Lutte Contre la Désertification
PANA Plan d’Action National d’Adaptation aux Changements Climatiques
PAS Programme d’Ajustement Structurel
PDDAA Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine
PDDF Plan Directeur de Développement Forestier
PDES Plan de Développement Économique et Social
PIB Produit Intérieur Brut
PMA Pays les Moins Avancés
PNAE Le Programme d’Action pour l’Environnement
PNIA Programme National d’Investissement Agricole
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
PRACAS Programme d’Accélération de la Cadence de l’Agriculture Sénégalais
PREF Programme de Redressement Économique et Financier
PRODDEL Programme d’Appui à la Décentralisation et au Développement Local
PSAOP Programme d’Appui aux Services Agricoles et des Organisations de Producteurs
PSE Plan Sénégal Emergent
RESOOP Réseau des Organisations Paysannes et Pastorales du Sénégal
REVA Retour vers l’Agriculture
RGPHAE Recensement Général de la Population, de l’Habitat, de l’Agriculture et de l’Élevage
SAED Société d’Aménagement et de l’Équipement du Delta
x
SCA Stratégie de la Croissance Accélérée
SESR Situation Économique et Sociale au niveau Régionale
SID/SISEI Système d’Information sur la Désertification / Système d’Information et de Suivi sur
l'Environnement par Internet
SNDD Stratégie Nationale de Développement Durable
SNMO Stratégie Nationale de Mise en Œuvre de la CCNUCC
SODAGRI Société de Développement Agricole et Industriel du Sénégal
SODEFITEX Société de Développement et des Fibres Textiles
SODEVA Société de Développement et de Vulgarisation Agricole
SPNACB Stratégie et Plan National d’Actions pour la Conservation de la Biodiversité
SRDR Sociétés Régionales de Développement Rural
SRSD Services Régionaux de la Statistique et de la Démographie
UNCA Union Nationale des Coopératives Agricoles
UPA Unité des Politiques Agricoles
UNESCO Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture
WAAPP Programme de Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest
x
RÉSUMÉ
Au Sénégal, le changement climatique constitue une contrainte majeure à la croissance
agricole. Les niveaux de production enregistrés par an sont expliqués essentiellement par la
pluie. Celle-ci est marquée par une forte variabilité qui pousse certains exploitants agricoles à
mettre en œuvre des stratégies d’adaptation pour limiter les impacts négatifs du climat sur leur
activité. Cependant, l’usage d’informations climatiques, le degré d’aversion pour le risque et
l’environnement social du producteur jouent un rôle important dans l’adoption de stratégies
d’adaptation au changement climatique.
L'objectif principal de cette recherche est de montrer que l’adhésion à un groupe peut
inciter à l’adoption de stratégies d’adaptation au changement climatique sous certaines
conditions. Pour atteindre cet objectif, la recherche s’est appuyée sur la confiance accordée
aux informations climatiques pour analyser les types d’anticipation des exploitants agricoles ;
puis, à partir d’un système de loterie, à conséquences monétaires, inspiré des travaux d’Allais
(1953), le niveau d’aversion pour le risque des producteurs a été déterminé. Ces deux facteurs
ont été repris dans un modèle plus global de heckman probit pour analyser simultanément la
décision d’adoption de stratégies d’adaptation au changement climatique et l’adhésion au
groupe.
Les résultats de la recherche montrent que les exploitants agricoles utilisent des
informations climatiques dans leur anticipation en intégrant une marge d’erreur liée à la
source d’informations. En outre, l’analyse du comportement des producteurs vis-à-vis du
risque révèle que les producteurs qui ont moins d’aversion pour le risque sont prêts à payer
une somme d’argent pour se protéger contre une perte de production supérieure au seuil
tolérable. Ainsi, l’adoption de stratégies d’adaptation dans un groupe est plus importante si les
membres utilisent des informations climatiques dans leur anticipation et sont prêts à prendre
des risques financiers. À cet égard, il est nécessaire que les membres soient jeunes,
manifestent la volonté de discuter sur les changements climatiques, bénéficient de formations
et d’accès au crédit et se trouvent dans des zones moins enclavées.
x
ABSTRACT
In Senegal, the climate change is a constraint in the agricultural growth. Annual
production is mainly explained by the rainfall. However this latter is marked by a strong
variability which urges some farmers to implement adaptation strategies to limit the negative
impacts on their agricultural activity. Therefore, the use of climatic information, the degree of
aversion and the social environment play an important role in adopting climate change
adaptation strategies.
The main objective of this search is to show that joining a group can motivate the
adoption of climate change adaptation strategies under certain conditions. To achieve this
goal, research has counted on climate information to analyze the types of anticipation made
by farmers; then, from a lottery system, with monetary consequences, inspired by the works
of Allais (1953), the level of risk aversion of the producers was determined. These two factors
had been used in a more general model of "heckman probit" to analyze simultaneously the
decision of adopting climate change adaptation strategies and being part of a group
membership.
The results of the research show that farmers use climatic information in their
anticipation by integrating a margin of error based on the source of information. In addition,
analysis of producers’ risk behavior reveals that the producers who have less risk-averse are
ready to pay a lump sum to protect themselves against a loss of production above the tolerable
threshold. Thus, adopting adaptation strategies in a group is more important if members use
climatic information in their anticipation and are willing to take financial risks. However, it is
necessary for members to be young, demonstrate willingness to discuss climate change,
receive training and live less landlocked areas.
In terms of policy implications, the state has to facilitate the access to the climate
information and insurance companies have to find a system of credit-insurance more adapted
to the climatic risk. A good determination of the insurance index will allow to compensate
indemnifying the "real victims" of the climate change.
x
INTRODUCTION GENERALE
Les chocs climatiques constituent une véritable contrainte à la croissance agricole.
Selon le rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture
(FAO, 2007) : « du fait des changements climatiques, les pays en développement doivent
transformer significativement leur modèle de production pour atteindre l’autosuffisance
alimentaire… ». Cette thèse a aussi été confirmée lors de la 15 ème conférence des parties de la
Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) en 2009. En
effet, l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI) déclarait
dans une note politique que : « si l’on veut atteindre les objectifs fondamentaux d’atténuation
des changements climatiques et d’adaptation à ces changements, il faut y inclure
l’agriculture. » (Gbetibouo, 2009).
Les cultures vivrières et industrielles, pratiquées en saison des pluies, sont les plus
impactées par les effets du changement climatique. En effet, la production vivrière représente
91% des terres exploitées en hivernage réparties entre le mil (38%), le niébé (24%), le maïs
(20%), le riz (9%) et le sorgho (8%). L’arachide pluviale constitue la culture industrielle
dominante avec 75% de la production industrielle du Sénégal.
1
La forte corrélation entre le climat et les niveaux de production est observée à travers
l’évolution des indices pluviométriques et les pertes de productions. Ainsi, de 2005 à 2010, le
pays a enregistré trois déficits pluviométriques de degrés différents : en 2006, 2007 et 2010,
avec des indices pluviométriques respectivement de -1,4, -0,1 et -0.6 par rapport à la normale,
ce qui a engendré en même temps des pertes de production de -13%, -6,3% et -28% (Sagna et
al. 2015 ; République du Sénégal, 2015c). La succession du déficit pluviométrique en 2006 et
2007 et la perte de production qu’elle a engendrée est à l’origine de la crise alimentaire en
2008.
Cependant, les statistiques publiées par l’ANACIM ne sont pas transmises de manière
précoce aux agriculteurs. En d’autres termes, les données météorologiques ne sont pas
diffusées au moment où le besoin se fait ressentir. De même, l’accès à ces informations
2
représente une véritable contrainte pour le petit exploitant agricole à cause des coûts de
transaction. Par conséquent, les producteurs utilisent des systèmes de prévisions
traditionnelles pour déterminer l’évolution du climat. L’existence de deux références en
matière d’informations climatiques pose le problème du degré de confiance à accorder à
chaque source.
En outre, il est admis que le climat va changer quelle que soit l’évolution des activités
d’émission de gaz à effet de serre (GIEC, 2007). Les modèles de prévisions climatiques ne
donnent pas une idée précise de la variation du climat. En effet, au Sénégal, il est prévu des
températures comprises entre +1,1 à +1,8 degré Celsius et des niveaux de pluviométries
compris entre -30% et +30% à l’horizon 2035 (République du Sénégal, 2015b).
La difficulté d’obtenir des données convergentes et précises sur le climat plongent les
agriculteurs dans une grande incertitude. La méconnaissance de l’apparition des phénomènes
climatiques affecte le revenu agricole des producteurs agricoles. L’incertitude climatique sur
le revenu agricole résulte de l’ignorance, par le producteur, de la quantité à produire et le prix
de vente du produit (Cayatte, 2009). Cette situation conduit les agents soit à supporter les
risques soit à les transférer à un tiers sous forme d’assurance.
En effet, la CNAAS a mis en œuvre un produit d’assurance indicielle qui offre une
couverture des risques climatiques sur la base d’un indice prédéterminé. Ainsi, les
indemnisations sont déclenchées par un indice calculé à travers des relevés pluviométriques,
3
de données satellitaires et de l’historique des rendements. De même, 50% du montant de la
prime est financé par l’État du Sénégal.
Toutefois, le taux d’adhésion reste faible. Seulement, 20 000 producteurs ont bénéficié
de cette assurance avec un taux de sinistralité de 40% en 2015. En effet, les limites techniques
de la détermination de l’indice d’assurance et la non-prise en compte du comportement des
producteurs face au risque limitent son expansion dans le monde rural.
Les producteurs agricoles utilisent des informations climatiques dans leurs anticipations.
Cependant, ils accordent une marge d’erreur à la source d’informations climatiques utilisée
pour effectuer ces anticipations.
Le bassin arachidier du Sénégal a été choisi comme zone d’étude. Ce choix s’explique
par le système pluvial des activités agricoles. Ainsi, le bassin arachidier a été subdivisé en
trois sous-zones en fonction du niveau d’aridité : la partie nord aride représentée par la région
de Louga ; le centre semi-aride représenté par la région de Kaolack ; et le sud
humide constitué par la région de Kaffrine. Ces différentes zones ont la particularité d’être
toutes exposées aux risques climatiques (République du Sénégal, 2015b).
De plus, les régions qui composent le bassin fournissent 35% de la production céréalière
du pays et représentent 62% des superficies nationales consacrées à la culture de céréales
(ANSD, 2015).
La méthodologie utilisée pour déterminer les types d’anticipation formulés par les
exploitants agricoles s’appuie sur l’utilisation d’informations climatiques et le niveau de
confiance accordé à la source d’information. Cette approche est tirée des travaux de Kast
(2002) qui considère que le niveau d’information détermine la prise de décision en univers
incertain.
Ainsi, trois (3) formes d’anticipation sont définies dans ce travail. La première dite
«anticipation naïve » survient lorsque l’agent se fonde uniquement sur des informations de
l’année précédente et pense qu’elles seront identiques à celles de l’année en cours (Chavas,
1999) ; la deuxième, dite anticipation « adaptative » ou quasi rationnelle est observée lorsque
l’acteur fait des anticipations en prenant en compte ses erreurs effectuées lors des années
précédentes (Nerlove et Fornari, 1998) ; et enfin, les anticipations de l’agent peuvent être
« rationnelles » lorsqu’il utilise toute l’information à sa disposition au moment de la
formulation des anticipations (Muth, 1961 ; Wright, 2001 ; Pratt et Blake, 2007).
6
Pour déterminer la propension d’aversion pour le risque financier, ce travail s’appuie
sur une approche proposée par l’économie expérimentale basée sur des loteries1 à
conséquences financières (Broihanne et al. 2004 ; Kahneman et Tvesky, 1979).
À cet effet, trois attitudes de l’agent sont observables face au risque. L’agent peut
aimer prendre des risques, on dit qu’il est « riscophile », dans ce cas, son choix se porte
uniquement sur les gains espérés. Il peut aussi présenter une aversion pour le risque, on parle
d’agent « riscophobe », son choix se porte alors que sur la probabilité de perte. Et, l’agent
peut cependant effectuer un choix en se focalisant à la fois sur les gains et sur la probabilité de
perte, on dit qu’il adopte un comportement « Markowitz ».
Le modèle de Heckman probit est un processus à deux étapes qui permet de déterminer,
dans un premier temps, les caractéristiques socioéconomiques de l’adhésion à un groupe ;
puis, dans un deuxième temps, d’identifier les facteurs explicatifs d’adoption des stratégies
d’adaptation.
1
La loterie traduit ici des actions dont les conséquences sont aléatoires et dépendent des
événements (pertes ou gains) qui peuvent se produire
7
- l’étude permet d’améliorer la compréhension des déterminants de l’adhésion au
groupe qui motivent le choix d’adoption des stratégies d’adaptation au changement
climatique. Ainsi, l’identification de ces adoptants potentiels permet une meilleure
rationalisation de l’offre en matière de nouvelles techniques agricoles.
8
CHAPITRE I : AGRICULTURE SÉNÉGALAISE FACE AU
CHANGEMENT CLIMATIQUE : Éléments de contexte
Introduction
Dans les stratégies mises en œuvre à court terme pour réduire l’impact du changement
climatique dans le secteur agricole, l’adaptation est reconnue comme une solution pour les
acteurs. Les actions entreprises conduisent les producteurs agricoles à se former en groupe.
L’appartenance à un groupe procure plusieurs avantages liés à l’accès aux services
d’extension.
Dans ce chapitre, il est question, de procéder d’abord par une description des
caractéristiques environnementales du Sénégal en rapport avec l’agriculture (1) ; ensuite,
d’analyser les performances du secteur agricole face au changement climatique (2) ; puis, de
passer en revue les dispositifs réglementaires et institutionnels sur l’agriculture et le climat
2
Évolution de la pluviométrie annuelle au Sahel, données Agrhymet, 2010
3
Évolution de la production agricole au Sénégal et par région, données DAPSA 2015
9
(3) ; et, enfin, ce travail de recherche mettra en exergue les stratégies d’adaptation au
changement climatique mises en œuvre par les exploitants agricoles (4).
Dans cette section, les aspects environnementaux abordés se limitent uniquement sur
l’eau et la terre car ces deux éléments représentent les principales ressources naturelles
utilisées durant le processus de production agricole. Par la suite, d’autres composantes
environnementales sont intégrées pour analyser la pression exercée sur ces deux ressources.
Le paysage sénégalais est marqué par sa forte disponibilité en eau et en terre. Toutefois,
une faible proportion est utilisée comme intrants pour les activités agricoles. L’insuffisance
4
Reprinted as part of Trudgill S. 2007, Classics in physical geography revisited, Tansley, A.G. 1935: The use
and abuse of vegetational concepts and terms. Ecology 16: 284-307.
1
des aménagements hydro-agricoles, malgré les réseaux de collecte et d’épuration des eaux
usées, limite la productivité végétale et animale.
Pour une superficie de 196 722 km² que couvre le territoire national, les terres arables
ne représentent que 19%, soit 3,8 millions d’hectares en 2010 et 3,2 millions en 2014
(FAO7, 2014) dont 57% sont concentrées dans le bassin arachidier, 20% en Casamance, 10%
au Sénégal oriental et 8% dans la zone du fleuve (CSE, 2010). Les forêts, savanes et parcours
5
CSE : Centre de Suivi Écologique
6
Annexe 2 : Systèmes fluviaux et autres cours d’eau du Sénégal
7
Base de données statistiques de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture
1
classés couvrent environ 24 % du territoire national tandis que les zones non classées et les
terres non cultivables concernent 57 % du territoire (FAO, 2014).
Annuellement, la mise en valeur agricole ne porte que sur 65% des terres arables, soit
2,5 millions d’hectares environ (UPA 8, 1996). De plus, la plupart des terres sont cultivées
seulement pendant l’hivernage. Les taux d’exploitation les plus élevés se rencontrent dans le
bassin arachidier (81%) et la zone des Niayes (65%).
En revanche, l’étude réalisée par Fall et Diagne (2010) en utilisant la carte morpho-
pédologique à l’échelle de 1/500 000e, la plus précise actuellement disponible, couvrant le
territoire national, révèle que le potentiel de terres arables au Sénégal est beaucoup plus élevé
que les 3,8 millions d’hectares fournis par les travaux antérieurs. Ces auteurs estiment que
9 404 475 ha de terres, représentant 47, 81% de la superficie du territoire national, sont aptes
et disponibles pour l’agriculture. Ces terres, estimées après déduction des aires protégées et de
l’habitat, ont été catégorisées, compte tenu des caractéristiques pédologiques, des paramètres
climatiques en particulier la pluviométrie, et des eaux de surface pérennes ou temporaires. Cet
exercice a abouti à quatre catégories de terres aptes que sont :
- Catégorie A : terres très aptes et irrigables (2 146 175 ha) ;
- Catégorie B : terres aptes sans contraintes pluviométriques (3 910 696 ha) ;
- Catégorie C : terres aptes à possibilité de stress hydrique (4 516 752 ha) ;
- Catégorie D : terres marginalement aptes (1 839 751 ha).
Ces divergences traduisent la nécessité absolue d’une actualisation des bases de données
sur les ressources en terres. Cela est d’autant plus urgent que l’on s’accorde sur le fait que,
suite à une pression accrue sur les terres par les différentes utilisations, le Sénégal fait face à
une situation critique qui résulte de la dégradation des terres qui affecte, à des degrés
variables, une bonne partie des ressources terrestres soit 65% de la superficie du pays selon le
rapport de l’IIED9 (2011).
I.1.2 _/ Causes humaines de la dégradation des ressources naturelles
Plusieurs facteurs exercent des pressions sur les ressources, il s’agit principalement de
l’accroissement de la population, les différentes activités économiques génératrices de gaz à
effet de serre et certains phénomènes naturels. Ces différents éléments contribuent à la
modification de la structure naturelle de l’environnement bouleversant l’équilibre éco-
systémique.
8
UPA : Unité des Politiques Agricoles
9
IIED 2011 : Rapport sur les changements climatiques, stratégies d’adaptation et mobilités, Evidence à partir de
quatre sites au Sénégal.
1
I.1.2.1 _/ L’accroissement de la population
Sur la base des projections de la population de 2013, le Sénégal compte 14 256 346
habitants en 2017 dont 7 597 938 femmes et 6 658 408 hommes (ANSD 10, 2015e). Ce nombre
d’habitants a fortement évolué dans le temps. En effet, selon le rapport de projection de la
population du Sénégal (ANSD, 2015e), les tendances observées font état d’un accroissement
important de la population de 1976 à 1988 (2,7%), d’un léger fléchissement de la croissance
démographique de 1988 à 2002 (2,5%) et d’une légère hausse de 2002 à 2013 (2,7%).
4
3
2
1
0
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
10
ANSD : Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie : Rapport de projection de la population du
Sénégal
11
ESIS : Enquête sénégalaise sur les indicateurs de Santé 1999
1
La poussée démographique a entrainé une extension des terres de culture et une pression
accrue sur les ressources forestières avec la forte demande en charbon de bois des villes. La
pression humaine se traduit principalement par des pratiques culturales ou pastorales
inadaptées et par une forte concentration de la population dans l’ancien bassin arachidier et
sur un axe nord-sud longeant la côte (CSE, 2010).
Des changements sont apparus dans l’utilisation des terres et de la couverture du sol
entre 1975 et 2000 (CSE, 2010). En effet, la superficie totale cultivée (pluviale et irriguée) qui
était de 3 286 800 ha en 1975, est passée à 3 335 600 ha en 2000, soit une légère
augmentation de 1,5% (ANSD, 2015e). Une analyse détaillée révèle une expansion dans
plusieurs régions et l’abandon de terres agricoles dans le bassin arachidier (CSE, 2010).
Beaucoup de paysans ont abandonné leur terre en faveur d’autres activités économiques
incluant la migration vers Dakar, Touba et d’autres centres urbains. En dehors du bassin
arachidier, l’expansion significative de l’agriculture s’est produite dans les savanes et terres
boisées du centre et du sud, principalement en Casamance.
1
Graphique 3: Répartition des émissions de GES par activité en 2010
Transport 5%
Energie 15% Résidentiel,
Utilisaion des terres commercial, institutionnel 3%
27% Procédés industriels 5%
Agriculture 37%
Déchets 6%
Autres sources
1%
Dans le premier cas, il s’agit principalement du brûlis et du ramassage des pailles dans
les champs après récolte pour constituer des réserves fourragères (CSE, 2010). Ces deux
habitudes paysannes courantes contribuent respectivement à la détérioration du couvert
végétal et à la réduction des exportations de substances nutritives par les plantes dans les aires
de production (CSE, 2010). Cependant, des techniques de conservation comme la jachère et la
fumure animale sont essentiellement utilisées pour la gestion des terres. Mais ces techniques
sont de plus en plus abandonnées à cause de la pression foncière due à l’explosion
démographique, mettant encore plus de pressions sur les terres déjà appauvries.
De même, les dispositions de la loi sur le domaine national qui ne reconnaissent pas la
jachère comme un mode de mise en valeur, ont plus ou moins indirectement concouru à
l’abandon de cette pratique (IIED, 2011).
1
En outre, l’utilisation d’engrais chimiques et de produits phytosanitaires synthétiques a
entrainé la pollution des sols et des eaux (CSE, 2010). Au Sénégal, la fertilisation constitue un
élément-clé pour accroître les rendements et la production agricole. L'accès des producteurs
aux moyens de fertilisation constitue un élément essentiel de la politique alimentaire
(CSE, 2010). Les consommations moyennes d’engrais sur l’arachide et les céréales sont
respectivement 27 kg/ha et 8 kg/ha avec des taux de croissance moyens de 6,1% et 8,6% sur
la période de 1995 à 2007 (DAPS12, 2009). Il reste néanmoins, que la majeure partie des
usagers ignorent le danger des produits phytosanitaires surtout des produits persistants
(organochlorés) qui constituent une menace réelle pour les ressources en eau
(Fall et al., 2001).
12
10
8
6
4
2
0
Au Sénégal, les systèmes de productions animales sont basés, pour l’essentiel, sur un
élevage extensif où l’alimentation du cheptel est assurée par le pâturage naturel
essentiellement fourni par les forêts classées, les réserves sylvo-pastorales et les jachères
(CSE, 2010). La dégradation de l’environnement résulte généralement de l’excédent de
cheptel par rapport aux capacités de charge (CSE, 1995). L’érosion du sol s’observe
particulièrement autour des points d’eau et généralement dans les zones à forte concentration
animale où le piétinement répété met le sol dans un état de moindre résistance aux actions du
vent (Valentin, 1985).
Depuis 1990, les effectifs du bétail ont régulièrement augmenté (FAO, 2017). Cet
accroissement a favorisé la production de gaz méthane de 161 litres/jour pour le mois
12
Statistiques agricoles de la Direction de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques
1
d’octobre et de 33 litres/jour pour le mois de juillet avec une moyenne de 75 litres/jour/animal
(Traoré et al., 2016)
Graphique 5 : Évolution du cheptel par hectare de terres agricoles et production de méthane
des bovins et autres au Sénégal
10
8
6
4
2
0
1961
1963
1965
1967
1969
1971
1973
1975
1977
1979
1981
1983
1985
1987
1989
1991
1993
1995
1997
1999
2001
2003
2005
2007
2009
2011
Evolution de la production de méthane des bovins et autres
Evolution du cheptel par hectare de terres agricoles
1
Graphique 6 : Évolution de la superficie des terres forestières en milliers d’ha et
absorptions/émissions net (CO2) en gigagrammes (Gg)
14000
12000
10000
8000
6000
4000
2000
0
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
absorptions/émissions net (CO2) en gigagrammes
Evolution de la superficie des terres forestières en milliers d’ha
- L’action du vent
1
partie Est de la Casamance (CSE, 1995). Dans ces zones, la végétation naturelle a totalement
disparu ou parfois par des pentes très fortes et une végétation très dégradée. Ils ne subsistent,
dans ce milieu, que des sols squelettiques entre les blocs et les pierres (CSE, 2010).
La dégradation des ressources naturelles contribue à la réduction de la productivité des
terres cultivables. Les terres dégradées pourraient baisser de 30% la production céréalière à
l’horizon 2025 (République du Sénégal, 2015a). En outre, la diminution en eau et en pâturage,
résultant de l’érosion hydrique, engendre une modification des indicateurs traditionnels qui
dictaient les mouvements des éleveurs dans l’espace et le temps (CSE, 2010). À cela s’ajoute,
la régression de la formation végétale due à la fréquence des feux de brousse.
Gonzalez (1997 et 2001), cité dans CSE (2010), a noté une réduction de la richesse
spécifique des plantes de 30%. Dans une étude plus globale de la végétation, Tappan et al.
(2000), cités par Tieszen et al. (2004), ont comparé des conditions de la végétation ligneuse
sur 300 sites entre 1982-1984 et 1994-1997. Ainsi, les résultats ont montré des taux de
mortalité modérés parmi les espèces les moins lignifiées et des taux de mortalité extrêmement
élevés parmi les espèces les plus lignifiées dans le Ferlo.
Au total, il convient de noter que les effets de la dégradation des ressources naturelles
affectent tous les secteurs d’activité. Le sens et l’intensité de l’impact sont différents d’un
secteur à un autre. Les activités économiques qui dépendent le plus au climat notamment
l’agriculture seront les plus impactées.
Dans cette section, l’importance de l’agriculture dans l’économie est analysée par
rapport au PIB, à la création d’emplois, à la sécurité alimentaire et à l’entrée de devises.
1
I.2.1.1 _/ Contribution de l’agriculture à la formation du PIB
En effet, le faible niveau de la croissance du PIB au Sénégal est expliqué en partie par le
secteur agricole, situation qui trouve son origine dans la structure de l’économie
(Kasse, 2015). La contribution du secteur tertiaire est la plus significative depuis 1980. Ce
secteur, qui contribue environ 42% du PIB (Mbaye et al., 2012), est fortement dominé par les
activités immobilières soit 5,5% en moyenne entre 1980-2015, le transport participe environ
4% du PIB en moyenne entre 1980-2015 et les activités de postes et télécommunications qui
ont connu une évolution très rapide entre 1980-2015 en passant de 1,7% à 6,1% (DPEE,
2015). Pour le secteur secondaire, il est noté une contribution stable se situant à 20% du PIB.
Cependant, le secteur primaire participe à environ 19% du PIB en 2015. Toutefois, ce secteur
connaît une reprise faible depuis 2005 (graphique 7).
Graphique 7 : Contribution par secteur au PIB (en pourcentage)
50,0%
40,0%
30,0%
20,0%
10,0%
0,0%
2
suivi de l’informel (42,2%). Les secteurs publics et privés formels occupent de faibles
proportions d’employés estimées respectivement à 4,7% et 8,2% (ANSD, 2013).
public
privé formel
5%
8%
agricole
45%
privé informel
42%
En 2015, le taux d’emploi agricole sur la population totale est estimé à 55%
(BIT13, 2016). Cette tendance est expliquée par la taille et la proximité des ménages agricoles
de leur lieu d’exploitation. En effet, 60,1% des ménages agricoles sont composés de 1 à 10
membres et 4 ménages sur 5 ont des exploitations comprises entre 0 à 5 km de leur lieu de
résidence. Les régions de Kaolack et Kaffrine ont la part des exploitations plus proches de
leur lieu résidence avec respectivement 91,7% et 91,2% (ANSD, 2014).
Le nombre de ménages pratiquant l’agriculture au sens large est estimé à 755 532
(ANSD, 2014). La majorité de ces ménages sont de petits exploitants agricoles au regard du
nombre de parcelles cultivées (82,1% des ménages agricoles cultivent moins de 5 parcelles) et
de la superficie cultivée (69,8% ont cultivé moins de 5 hectares). Cette tendance est observée
dans toutes les régions. Les régions de Kaffrine (16,0%), Kaolack (9,9%), Louga (8,6%) et
Diourbel (7,8%) représentent la plus grande part des ménages agricoles ayant cultivé entre 11
et 20 hectares.
L’âge des chefs de ménages est compris entre 25 ans et 75 ans avec une représentativité
forte des hommes (74,7% d’hommes).
13
Base de données de l’Organisation Internationale du Travail, 2016
2
croissance de 1%. Cependant, la croissance du rendement agricole est approximativement
identique à celle du continent américain et asiatique (FAO, 2013).
14
Le Sénégal a élaboré son Programme National d’Investissement Agricole (PNIA) pour la période 2009-2020
afin de rendre opérationnels ses engagements déclinés dans le cadre du Programme Détaillé de Développement
2
Toutes ces mesures prises dans le secteur agricole ont permis de réduire drastiquement
le taux de prévalence de la sous-alimentation entre 2007 et 2015. Ainsi, le Sénégal affiche un
taux de prévalence (10%) inférieur à la moyenne africaine (graphique 11). De plus, la
disponibilité alimentaire s’est sensiblement améliorée depuis 1998 atteignant presque 2 500
kilocalories personne par jour en 2013 (graphique 12).
2
racines et tubercules alimentaires (1,9%). Concernant les céréales, le taux d’exportation est de
1,5% des exportations totales en 2015 (Tableau 1).
Préparations alimentaires 74 181 93 706 132 324 126 919 115 975
diverses
Graines et fruits 15 147 17 191 33 179 14 606 90 519
oléagineux; graines,
semences et fruits divers;
plantes industrielles ou ...
Légumes, plantes, racines 30 872 26 868 53 730 59 097 48 674
et tubercules alimentaires
Céréales 54 969 43 693 39 493 41 562 38 272
Fruits comestibles; 17 050 21 334 29 531 30 264 23 041
écorces d'agrumes ou de
melons
Coton 24 330 21 601 23 578 22 883 15 503
Engrais 13 065 7 373 11 458 31 813 10 508
Bois, charbon de bois et 5 537 6 795 6 094 5 363 5 281
ouvrages en bois
Source : données TradeMap, 2015
Les céréales exportées en 2015 sont le riz (99,6%), les sarrasins, millet, alpiste et autres
céréales (0,2%), le maïs (0,2%) et le sorgho (0,2%) (Tableau 2). Les principaux clients du
Sénégal sont le Mali, la Guinée Bissau, la Mauritanie, la Gambie et la Guinée. Les autres
États (Ghana, États-Unis et France) affichent des taux d’importation des céréales inférieurs à
0,5% (Tableau 3).
2
Tableau 3 : Évolution des importations de produits céréaliers du Sénégal en milliers $U.S.
Importateurs Valeur Valeur Valeur Valeur Valeur
exportée exportée exportée exportée exportée
en 2011 en 2012 en 2013 en 2014 en 2015
Monde 54969 43693 39493 41562 38272
Mali 29694 29615 32146 32664 31982
Guinée-Bissau 5224 4871 858 2250 2685
Mauritanie 3647 3273 1605 1486 1867
Gambie 865 961 1265 215 1020
Guinée 1034 0 831 749 466
Ghana 0 0 65 142 100
Etats-Unis d'Amérique 7 7 0 35 85
France 44 25 27 13 49
Source : TradeMap, données 2015
2
I.2.2.1 _/ Déterminant du changement climatique au Sénégal
Pour l’Afrique, il est prévu un réchauffement de l’ordre de 1,1 à 2,9°C dans les
cinquante prochaines années (GIEC, 2007). Au Sénégal, la problématique du changement
climatique représente une contrainte majeure au développement de l’agriculture. La variabilité
climatique se manifeste essentiellement par une recrudescence d’événements extrêmes
comme les sécheresses ou les inondations, et une grande variabilité dans la longueur des
saisons pluvieuses, et même des saisons thermiques (Agrhymet, 2010).
- Variabilité de la pluie au Sénégal
Les données d’Agrhymet sur l’évolution de la pluie dans le Sahel (graphique 13)
montrent une fluctuation forte de l’indice de la pluie depuis 1950. En effet, après une période
d’années humides, le paysage sahélien est marqué par une prédominance de la sécheresse
entre 1970 et 1995. Toutefois, depuis 1996 la zone est plongée dans une alternance entre
années humides et années sèches.
2
On note ainsi, une baisse du niveau des pluies à Dakar de 50% contre 7% à Kédougou
entre 1950 et 2000 (CSE, 2010). Au cours des 20 dernières années, les cumuls de la saison
pluvieuse sont restés relativement stables mais sont de 15% inférieurs à la moyenne 1920-
1969 (Funk et al., 2012). Dans le rapport de la Contribution Prévue Déterminée au niveau
National (CPDN) de 2015 (République du Sénégal, 2015a), il est noté une tendance baissière
de la pluie vers l’horizon 2035. La zone qui serait la plus touchée est le sud-ouest avec des
baisses allant entre 141 et 154 mm sur toute la saison. Une baisse modérée est attendue dans
la zone sud-est entre 14 et 27 mm. La baisse prévue est globalement faible et elle n’est pas
homogène (République du Sénégal, 2015a).
Depuis 2000, une légère reprise de la pluviométrie est observée, dans presque toutes les
stations du pays (Sène et Ozer, 2002). Les travaux de Sané (2003) montrent un retour des
conditions plus humides. Plus que les hauteurs de précipitation, ce sont les intensités des
pluies qui ont fortement augmenté, contribuant à l’aggravation des inondations dans les
grands centres urbains du Sénégal (Tschadkert et al., 2010 ; Decroix et al., 2013).
Dans plusieurs stations, la pluviométrie de 2011 est restée en deçà de celle de 2012 et de
2013 (graphique 15). Cependant, la situation de 2012 reste meilleure par rapport à 2013. Le
cumul moyen par station montre une baisse de 6,5% entre 2012 et 2013. Cette situation
s’explique par les pauses pluviométriques à la suite du retard de l’installation des premières
pluies observées en 2013 (ANSD, 2013d).
2
Graphique 15: Cumul de pluies de quelques stations (en mm)
Selon le rapport du GIEC (2007), « la concentration des gaz à effet de serre augmentera
de 25 à 90% entre 2000 et 2030 ; le CO2 augmentera à lui seul de 40 à 110%. Ceci entraînera
une augmentation globale de la température de 0,2°C par décade, ou 0,1°C par décade au
meilleur des cas ». De même en 2013, le 5ème rapport du GIEC (2013) estime que
l’augmentation de la température à la surface de la terre sera probablement supérieure à la fin
du XXIème siècle au seuil de 1,5°C à 2,0°C (GIEC, 2013).
Le rapport de la CPDN (2015) montre que pour les températures, la tendance générale
est à la hausse sur tout le territoire national. Les températures varieront en moyenne entre
1,1 à 1,8 degré Celsius d’ici 2035. Par rapport à la normale 1961-1990, les températures
moyennes annuelles ont augmenté entre 1950 et 2014 (Sagna et al., 2015).
16
Données de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie du Sénégal
17
Simulation à partir d’un scénario moyen de changements climatiques (RCP 4.5)
18
Simulation à partir d’un scénario humide de changements climatiques (RCP 8.5)
2
Graphique 16: Évolution de la température moyenne annuelle au Sénégal
2
I.2.2.2 _/ Performances agricoles face au changement climatique
Depuis 1980, le secteur agricole a subi au moins onze (11) grands chocs au niveau de
la production (graphique 17), qui sont survenus en moyenne tous les trois à quatre ans en
moyenne et qui se sont traduits par une croissance irrégulière de la production (graphique 18).
Ces chocs ont engendré des pertes supérieures à 5% de la valeur brute de la production
environ une année sur trois en moyenne en raison des risques naturels. Les pertes de
production dans les années extrêmes peuvent se révéler 3 à 4 fois plus élevées. En 2002, une
sécheresse particulièrement grave suivie d’une infestation acridienne généralisée a contribué à
des pertes supérieures à 217 millions $U.S., soit 32,7% de la valeur brute de la production.
Graphique 17: Six périodes importantes de baisse de la production
200
Production Index (2004-2006 = 100)
150
100 - 9.3%
- 31%
50 - 13% - 28%
- 14%
- 29%
0
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010
3
- Baisse de la production céréalière
8,8 8,9
-12 1 2
2013 0,1
2012
0,2
2011
0,3
3
La production de céréale sèche a connu la même évolution que la pluviométrie. En effet,
l’année 2011 est marquée par une baisse très importante de la production du mil (DAPSA,
2016). De même, la culture de maïs et du sorgho a enregistré une baisse très légère ne
dépassant pas 100 000 tonnes (DAPSA, 2016). En effet, la baisse de la pluviométrie
enregistrée en 2011 et les changements d’habitude alimentaire en milieu rural, orientée vers la
consommation du riz, expliquent en grande partie la réduction des surfaces cultivées et une
diminution de la production. Toutefois, le maïs, qui est la céréale de base de la volaille, a
connu une hausse de la demande (graphique 21).
900000
800000
700000
600000
500000
400000
300000
200000
100000
0
3
Graphique 22 : Production d’arachide huilerie et niébé (en tonne)
813295 186511
900000 200000
692572 678491
800000
700000 527528 150000
600000
500000
400000 100000 55015
41417
300000 28110
200000 50000
100000
0
0
2010201120122013 2010201120122013
arachide huilerie
niebe
Toutefois, il faut constater que les niveaux de perte enregistrés ont varié d’un endroit à
un autre suivant les zones agro-écologiques. Les régions les plus touchées sont celles qui sont
fortement dépendantes de l’agriculture pluviale notamment le bassin arachidier. En effet, cette
zone offre l’essentiel de la production agricole nationale et les cultures se font principalement
sous pluies. Cette partie du pays est reconnue comme la zone de culture par excellence du mil
et de l’arachide, près de deux tiers de la production nationale (FAO, 2007).
Dans toutes les zones agro-écologiques les surfaces destinées à la culture pluviale
dépassent la moitié des terres cultivées sauf dans la vallée du fleuve où l’agriculture irriguée
occupe 46,15 %. Dans le Bassin arachidier, la production sous-pluie est pratiquée par 87,1%
des ménages agricoles (ANSD, 2014). Une grande proportion des ménages agricoles s’active
dans les « navétanes19 » au profit de l’agriculture pluviale. La plupart d’entre eux sont
concentrés dans les régions de Thiès (12,3%), Louga (10,4%), Fatick (9,4%), Kaolack (8,7%),
19
Navétane est une expression qui traduit, dans le paysage agricole, des travailleurs saisonniers.
3
Kaffrine (8,3%), Diourbel (8,4%) et le reste est observé dans les autres zones
agroécologiques.
Graphique 23: Répartition des terres cultivées par système de culture en fonction des zones
agro-écologiques
3
Graphique 24 : Zones agro écologiques du Sénégal
Le milieu physique du Bassin arachidier est défini par sa disponibilité en eau, ses
caractéristiques du sol et de sa végétation et enfin par sa situation météorologique :
Disponibilité de l’eau dans le Bassin arachidier
Le Bassin est marqué depuis plus de 20 ans par une baisse de la pluviométrie. Sur le
plan des ressources hydrauliques trois zones ont été identifiées par la Société de
Développement et de Vulgarisation Agricole (SODEVA) en 1990 (AFRENA, 1985) :
3
Caractéristiques du sol et de la végétation dans le Bassin arachidier
Les sols présentent des disparités en fonction des trois zones mais les plus dominants
sont :
- les sols ferrugineux tropicaux peu lessivés (Dior) : ils sont situés sur les dunes de
sables avec un relief plat. La caractéristique commune pour ces sols est leur faible
teneur en argile dans les horizons de surface. Ils sont sableux et très perméables avec
une faible teneur en matières organiques (Badiane et al., 1999) ;
- les sols bruns calcimorphes (Deck) : ils sont situés sur les dépressions. Ils sont sableux
avec 3 à 8% d’argile, possèdent un horizon humifère, sont mieux structurés que les
sols Dior mais moins répandus.
La végétation du Bassin est du type sahélien caractérisé par le genre Acacia. Le tapis
herbacé y est composé de graminées annuelles. De même, la végétation naturelle y est
complètement transformée par les activités agricoles. Il en résulte la disparition de plusieurs
espèces. Cependant, le paysage du Bassin arachidier montre une forte dégradation de la
végétation. Cette détérioration de la végétation s’explique par l’exploitation clandestine et
abusive des produits forestiers, aux feux de brousse, à la sécheresse et aux pratiques culturales
(ISRA-BAME, 2010)
Situation météorologique du Bassin arachidier
Le climat est du type sahélien au Nord et sahélo-soudanien vers le Sud avec des
précipitations dont l’inégalité et la faiblesse s’accentuent du Sud vers le Nord. Il constitue une
transition de la zone aride (200 mm au nord) vers la zone humide du pays (1000 mm au sud).
Graphique 25 : Normales pluviométriques sur la période 1961-1990 en mm
La zone compte 6 402 768 habitants (ANSD, 2013) et la principale activité pratiquée
demeure l’agriculture. Cette zone regroupe 52% des ménages agricoles et concentre
l’essentiel des superficies cultivées. En effet, 73% des ménages agricoles pratiquent
l’agriculture pluviale, 17% s’active à la culture irriguée et seulement 10% à la culture de
décrue (graphique 26).
Graphique 26 : Répartition des ménages agricoles en fonction des cultures (en pourcentage)
Culture de décrue
10%
Culture
Pluviale 73%
3
Graphique 27 : Superficie (en ha) et production en (tonnes) des régions du bassin arachidier
140000
120000
100000
80000
60000
sup
prod
40000
20000
0
1
0,9
0,8
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
3
I.2.3.3 _/ Intensité des mutations observées dans la zone
900000
800000
700000
600000
500000 mil_BA
400000 maïs_BA Sorgho_BA Arachide_BA
300000 Niebe_BA
200000
100000
0
200520062007200920102011201320142015
Les systèmes de production dans la zone associent l’arachide et les céréales à cycle
court (mil et sorgho) ont progressivement pris la place des variétés à cycle long. En outre, les
systèmes traditionnels, qui intégraient savamment l'agriculture, l'élevage et la foresterie pour
compenser les pertes de l’activité de production agricole, ont connu une forte modification
3
(DAPS, 2009). En effet, les agriculteurs avaient la capacité de récupérer leur équilibre après
avoir été soumis à des pressions mais ces pratiques ont subi de profondes mutations du fait de
l'intervention de l'État, des changements climatiques et de l'accroissement de la population
(CSE, 2010). Néanmoins, les connaissances paysannes de ces systèmes ne sont pas tout à fait
perdues, elles survivent au moins partiellement dans les mémoires et les pratiques
(Hane et al., 2001).
Parallèlement aux cultures, l’élevage est pratiqué dans ce système comme source de
revenus supplémentaires, pouvant représenter jusqu’à 10 à 50 % du revenu brut des
populations (ISRA, 2010). Le bétail élevé sert à la subsistance (viande, lait et produits
laitiers), à la reproduction, aux transports (ânes), à la préparation des terres (bœufs), aux
ventes ou échanges, à l’épargne, à la dot pour le mariage et à l’assurance contre les pertes de
récolte (Kagoné, 2001).
Cependant, le Bassin arachidier est frappé depuis plus de 20 ans par un déficit
pluviométrie (CSE, 2010). La croissance démographique et le changement climatique ont
contribué à une dégradation accélérée des écosystèmes et induit des changements profonds
dans le système d’exploitation. Cette région se caractérise aussi par le caractère de son
système de production essentiellement agro-pastoral sahélien (ISRA, 2010). Ainsi,
l’épuisement du patrimoine foncier, tant au niveau de la fertilité des sols qu’à celui des
ressources ligneuses, montre la nécessité de promouvoir des stratégies d’adaptation efficaces
contre les changements climatiques (ISRA, 2010).
Dans cette section, il sera question d’analyser l’évolution des politiques agricoles et
environnementales élaborées depuis les indépendances (1960) mais aussi de passer en revue
les différentes structures participant à la gestion du risque climatique dans le secteur agricole.
4
I.3.1 _/ Évolution des politiques agricoles au Sénégal
L’histoire de la politique agricole du Sénégal peut être définie suivant cinq grandes
périodes. D’abord, le Programme Agricole (PA) appliqué durant les deux premières décennies
de l’indépendance ; ensuite, le Programme de Redressement Économique et Financier (PREF)
qui avait pour objectif de réorienter la structure économique du pays ; en troisième temps, la
mise en œuvre de la Nouvelle Politique Agricole (NPA) qui s’est traduite par un
désengagement de l’État de la sphère agricole ; de 1995 jusqu’à 2013, des lettres, des
documents de réduction de la pauvreté, des stratégies nationales et des initiatives des autorités
sont définis avec des objectifs précis d’accroitre la production de certaines spéculations ; et
enfin, le Plan Sénégal Emergent (PSE) dans sa version du Programme d’Accélération de la
Cadence de l’Agriculture Sénégalaise (PRACAS) se propose un investissement massif dans
quelques filières pour construire une agriculture compétitive, diversifiée et durable
(République du Sénégal, 2014b) :
- Une politique volontariste de diversification agricole : le PA (1960-1980)
Le premier plan de développement économique et social a été mis en œuvre pour les
périodes 1961-1964 pour permettre la mise sur pied d’un système d’encadrement des ruraux à
travers la création des centres d’encadrement et d’assistance des ruraux. Le second plan
(1965-1969) visait la diversification de l’agriculture tout en renforçant la culture arachidière.
4
avec l'OCA et le CRAD, mais aussi pour prodiguer des conseils techniques aux ruraux sur
l'agriculture, la santé, la sylviculture, l'élevage et les coopératives. Aussi, la Société
d’Aménagement et de l’Équipement du Delta (SAED) est créée en 1965 pour prendre en
compte la culture rizicole dans la Vallée du Fleuve Sénégal jusque-là pratiquée en Casamance
et destinée à l’autoconsommation.
20
La France qui soutenait le prix de l’arachide décide désormais de s’aligner sur le marché mondial : Programme
agricole (PA), 1960-1980.
4
les aléas climatiques, les fluctuations du cours de l’arachide et la non-maîtrise fréquente des
itinéraires techniques amenèrent les paysans à s’endetter davantage, cumulant cependant les
impayés (Dieng, 2005). Ainsi, pour corriger ces déséquilibres, un Programme de
Redressement Économique et Financier (PREF) a été mis en œuvre au début des années 1980.
Ce programme marque le tournant d’une nouvelle politique économique caractérisée par le
début du Programme d’Ajustement structurel (PAS) qui devait aboutir à la définition d’une
Nouvelle Politique Agricole (République du Sénégal, 1984).
Ces stratégies définies au début du programme d’ajustement n’ont pas donné les
résultats probants. En effet, elles ont plutôt engendré la précarité des petits producteurs et les
couches sociales les plus défavorisées.
4
commercialisation du riz. Ensuite, il était question d’inculquer le principe de la
« responsabilisation » des producteurs en favorisant notamment l'émergence des organisations
paysannes, la réduction du rôle de l'État au profit du secteur privé dans la commercialisation
des produits agricoles, la libéralisation des diverses filières agricoles, la baisse des dépenses
publiques en éliminant les subventions et en allégeant le secteur parapublic. Et, le programme
devrait permettre une mise en œuvre d'actions ciblées de soutien à la production pour la
promotion des cultures irriguées et d’informations de marché afin en éliminant les contraintes
au développement des opérateurs privés (République du Sénégal, 1984).
Au total, ces actions ont eu un impact positif dans le secteur agricole. De plus, les
conditions climatiques favorables et la volonté affichée de l’État ont permis d’accroitre la
production céréalière qui a atteint son niveau record de 1 243 000 tonnes en 1986
(DAPS, 2006). Toutefois, la baisse tendancielle des cours mondiaux, la baisse des
subventions et le manque de compétitivité du secteur ont conduit à un recul des revenus
monétaires réels des producteurs. Ces contraintes corrélées aux difficultés d'accès au crédit
expliquaient le sous-équipement et la faible utilisation d'intrants agricoles de qualité au niveau
du paysannat, qui connaît une période de soudure de plus en plus difficile. En effet, la Caisse
Nationale de Crédit Agricole du Sénégal (CNCAS) créée en 1984 a connu de réelles
difficultés. La dégradation des taux de remboursement du crédit et les stratégies paysannes de
contournement des dispositifs de sécurisation du crédit mis en œuvre par la CNCAS amènent
cette dernière à réduire progressivement le volume des crédits octroyés par campagne.
4
autosuffisance alimentaire. Ce document vise aussi à améliorer les revenus en milieu rural et
la promotion de l'investissement privé (République du Sénégal, 1995a). Pour ce faire, trois
réformes institutionnelles sont définies spécifiquement dans les filières de riz, de coton,
d’arachide et d’élevage. Premièrement, le prix au producteur est désormais déterminé par
l’interprofession. Ensuite, les activités de production, de transformation et de
commercialisation sont confiées au secteur privé. Et, enfin, les dépenses publiques en
recherche, vulgarisation, missions de définition de politiques et de suivi-évaluation, sont
déléguées à l’ISRA et les sociétés régionales de développement telles que la SAED, la Société
de Développement et des Fibres Textiles (SODEFITEX) et la Nouvelle Société Régionale de
Développement de la Casamance (NSRDC).
Les résultats observables sur la période restent décevants. Les multiples réformes
agricoles intervenues sur la période 1995-2003 n'ont pas réussi à stimuler la production
céréalière. La consommation d'engrais reste instable avec un minimum de 22 000 tonnes en
1995 et un maximum de 48 000 tonnes en 2000 (Dieng, 2005).
Pour apporter une réponse à la pauvreté qui sévit surtout en milieu rural, l’État du
Sénégal met en œuvre le premier Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté
4
(DSRP 1) pour la période 2003-2005 (République du Sénégal, 2006). Ainsi, le DSRP 1 visait
à réduire la forte dépendance de l’agriculture au climat et à diminuer la pauvreté de 15%. À ce
titre, une Lettre de Politique de Développement de la Filière Arachide (LPDFA) est élaborée
en 2003 pour combler les insuffisances du PASA en matière de réformes institutionnelles.
Cependant, ces objectifs n’ont pas été atteints ce qui a poussé l’État du Sénégal à mettre en
place un second Document de Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la pauvreté
(DSRP II). Ce dernier, s’étale sur quatre ans (2006-2010), est combiné avec la Stratégie de la
Croissance Accélérée (SCA, 2005), et devrait permettre d’atteindre les Objectifs du
Millenium pour le Développement (OMD).
Le DSRP II, qui repose sur l’accès des services sociaux de base, la protection sociale, la
prévention et la gestion des risques et catastrophes, a apporté quelques réponses aux
problèmes du monde rural notamment ceux liés à la faiblesse de la croissance et à la pauvreté
chronique. Toutefois, son succès a été rapidement anéanti par les crises alimentaire,
énergétique et financière de 2008 (République du Sénégal, 2014b).
Afin de trouver une solution à la crise économique et de réduire son impact sur la
population vulnérable, le gouvernement du Sénégal élabore un nouveau document appelé :
Document de Politique Économique et Sociale (DPES). Ce document a été conçu en 2011
dans le but d’accroître la croissance potentielle à un niveau lui permettant d’amortir les
mouvements erratiques liés aux chocs exogènes (République du Sénégal, 2011). Ainsi, pour
prendre en compte la demande sociale et concevoir une émergence à partir des territoires, la
Stratégie Nationale de Développement Économique et Social (SNDES) est mise sur pied pour
la période 2013-2017 (République du Sénégal, 2012b). Ce document trace les premiers axes
stratégiques de l’émergence du Sénégal à travers la relance de l’économie et une gouvernance
vertueuse et efficace.
Dans le volet environnemental, la SNDES devrait permettre : i) d’atténuer les effets des
changements climatiques sur les écosystèmes ; ii) de renforcer les capacités de gestion de
l’environnement et des ressources naturelles ; et de promouvoir l’économie verte et la création
d’emplois verts. Cependant, ce document n’a pas atteint son épilogue et sera supplanté par le
Programme Sénégal Émergent (PSE) en 2014 (République du Sénégal, 2014b).
4
Par ailleurs, le contexte économique et social sur lequel s’est installé le pays en 2008
pousse les autorités à définir des initiatives de croissance à court terme afin de réduire
l’insécurité alimentaire.
Deux initiatives majeures ont été prises. D’abord, en 2006, le Plan REVA (Retour vers
l’Agriculture) est lancé pour lutter contre l’émigration clandestine. Ce plan vise à améliorer la
productivité et à développer la production agro-industrielle à travers l’utilisation des variétés à
cycle court, le renforcement de la formation des paysans et la promotion des cultures
extensives. Ainsi, l’État prend en charge certains aménagements structurants sur chaque site :
terre, moyens logistiques, intrants agricoles ainsi qu’un fonds de roulement. La deuxième
initiative porte le nom de la Grande Offensive pour l’Alimentation, la Nourriture et
l’Abondance (GOANA). Cette initiative, définie en 2008, devrait apporter une réponse à la
hausse des prix sur les marchés mondiaux des produits alimentaires (République du
Sénégal, 2014b).
L’agriculture reste dans le PSE une priorité avec un financement de 261,8 milliards de
FCFA, soit 11,1% du budget (République du Sénégal 2014b). Ainsi, le Plan de Relance et
d’Accélération de la Cadence de l’Agriculture Sénégalaise (PRACAS) constitue le document
de référence pour accroître la productivité et la compétitivité agricole inscrites dans le premier
axe. Ainsi, le PRACAS se fixe l’objectif de développer trois corridors céréaliers. Même si les
filières mil, sorgho, maïs ne sont pas inscrites dans le premier programme prioritaire 21, elles
sont incluses dans le second cercle concentrique de priorité (République du Sénégal, 2014a).
21
Les filières inscrites sur le programme prioritaire (2014-2017) sont dans un premier temps le riz, l’oignon,
l’arachide et les fruits et légumes de contre-saison (PRACAS, 2014).
4
40 milliards de FCFA, avec un projet de gestion des eaux pluviales, de résilience climatique et
de gestion des risques et catastrophes.
Cependant, le budget consacré à l’environnement tourne autour de 36,4 milliards de
FCFA avec un accent sur l'adaptation au changement climatique dans la voie d'un
développement durable du pays (République du Sénégal, 2014a).
État des politiques agricoles sur la production céréalière et prise en compte du
changement climatique
Cependant, ces stratégies se sont traduites par de faibles performances. Les programmes
agricoles ont été mis en œuvre sans une réelle prise en compte des contraintes institutionnelles
et météorologiques sur les résultats attendus (République du Sénégal, 2014b). Cette situation
a créé un déséquilibre qui a conduit à une série d’ajustements macroéconomiques.
4
- les traités internationaux
Nous distinguons les conventions de Rio en 1992 qui donne une idée sur la façon de
gérer le climat au niveau mondial, le protocole de Kyoto qui dégage le bilan des émissions de
gaz à effet de serre et définit les instruments réduisant les émissions (ONU, 1992a).
En juin 1992, lors du Sommet de la Terre ou Sommet des Nations Unies sur
l’Environnement et le Développement, des pays, notamment le Sénégal, ont signé des
conventions internationales sur le climat. Ces conventions sont au nombre de trois : la
Convention sur la Diversité Biologique (CDB), la Convention Cadre de Lutte contre la
Désertification (CDD) et la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements
Climatiques (CCNUCC).
5
La Convention Cadre de Lutte contre la Désertification (CCD)
Adoptée à Paris en 1993 par 133 États après le premier plan d’action lancé en 1977, la
Convention Cadre de Lutte contre la Désertification (CCD) a pour objectif de lutter contre la
désertification et d’atténuer les effets de la sécheresse et/ou de la désertification, en particulier
en Afrique. Elle vise particulièrement à prévenir ou réduire les facteurs de dégradation des
terres et à remettre en état les terres partiellement dégradées ou désertiques (ONU, 1997).
Pour exécuter les activités définies dans la Convention, la CCD est dotée d’un
secrétariat, de la conférence des parties qui se déroule une fois par an, d’un comité de la
science et de la technique chargé de donner des conseils dans les domaines technique et
scientifique, et enfin, d’un comité et d’un groupe de travail spécial chargé de l’examen de la
mise en œuvre de la convention (ONU, 1992a).
Le principal instrument de mise en œuvre de la CCD au niveau national est le
Programme d’Action National (PAN/LCD) élaboré en concertation avec différents acteurs qui
identifient les facteurs induisant la désertification et proposent des mesures correctives
(République du Sénégal, 1998).
La Convention Cadre des Nations Unis sur les Changements Climatiques
(CCNUCC)
La CCNUCC est composée de 194 États signataires. Elle a pour objectif de permettre la
stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère « à un niveau
qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique »
(ONU, 1992a). L’accord devrait permettre de stabiliser le réchauffement climatique à 2°C
par rapport à 1990. Pour cela, la CCNUCC s’appuie sur la Conférences des Parties (CdP), les
points focaux et le Comité National « changements climatiques ».
Au Sénégal, le document est entré en vigueur le 21 mars 1994. Ainsi, le ministère de
l’Environnement est chargé de représenter le pays à la Conférence des Parties (CdP). D’autres
structures, comme la Direction de l’Environnement et des Établissements Classés (DECC), le
Conseil Supérieur des Ressources Naturelles et de l’Environnement (CONSERE), la Direction
des parcs nationaux et la Direction de la météorologie nationale, sont définies respectivement
en tant que point focal de la CCNUCC et du Fonds Mondial pour l’Environnement (FEM), de
la CCD, de la CDB et du GIEC. Ces points focaux représentent des personnes physiques ou
morales, membre du gouvernement et considérées comme références sur un thème précis. En
outre un Comité National sur les Changements Climatiques (COMNACC) a été créé en 1994
pour coordonner les différentes activités relatives à l’atténuation et à l’adaptation aux
changements climatiques (République du Sénégal, 2012).
5
Les conventions sur les zones humides d’importance internationale (Ramsar)
Adoptée à Ramsar en Iran en 1971, la Convention Ramsar ou Convention sur les zones
humides d’importance internationale est un traité intergouvernemental. Son but est
d’encourager la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides aux niveaux
national et international (UNESCO, 1994).
En adoptant la convention, le Sénégal s’engage à veiller à l’utilisation rationnelle de ses
zones humides, à coopérer au niveau international pour la protection des zones humides, et à
inscrire ses zones humides d’importance internationale sur la « liste de Ramsar », ainsi qu’à
rendre compte de leurs activités dans un rapport national. Pour cela, le pays a inscrit quatre
sites sur cette liste, parmi lesquels le parc national du Delta du Saloum, classé Ramsar en
1984.
Ces Conventions et protocoles se sont traduits au niveau national par la mise en œuvre
de plans, de communications et de stratégies de lutte contre les changements climatiques.
5
En tant que référence nationale des différentes politiques sectorielles dans le domaine de
l’environnement, le PNAE a identifié les mécanismes d'articulation des divers programmes
sectoriels avec l'orientation stratégique du IXe Plan de Développement Économique et Social
relative à « une saine gestion des ressources naturelles et de l'environnement pour un
développement durable ».
Le Sénégal, qui fut l’un des premiers signataires de la CCD, a réalisé son PAN/LCD en
octobre 1998, avec une démarche très participative visant à impliquer de façon effective les
populations locales (PAN/LCD). Celui-ci fait partie du Plan National d’Action pour
l’Environnement (PNAE) qui rend compte des orientations stratégiques du gouvernement
résultant du processus de développement économique et social du pays (République du
Sénégal, 2002).
Le PAN/LCD se fait sous l’égide du Conseil Supérieur des Ressources Naturelles et de
l'Environnement (CONSERE) avec l’appui du Système d’Information sur la Désertification /
Système d’Information et de Suivi sur l'Environnement par Internet (SID/SISEI). Le Plan se
fixe comme objectif une croissance agricole soutenue à travers une amélioration de la sécurité
alimentaire et une meilleure gestion des ressources naturelles. À cet égard, l’État du Sénégal a
5
défini un certain nombre d’actions permettant de lutter contre la désertification (République
du Sénégal, 1998). Il s’agit principalement de : i) la lutte contre l'érosion et la régénération
des sols, ii) la lutte contre la salinisation des terres, la restauration des milieux dégradés
(reboisement, travaux de défense et de restauration des sols, mise en défens), la
réglementation de l'utilisation des ressources (législation régissant l’exploitation de la forêt,
de la faune et des ressources halieutiques) et iii) la rationalisation de l'exploitation des
ressources fauniques et halieutiques.
Plan d’Action National d’Adaptation aux changements climatiques (PANA)
Le Sénégal fait partie des premiers pays africains à dévoiler sa SNDD (SNDD, 2002).
Élaborée en 2002 grâce à l’appui du Programme : Capacité 21, du Programme des Nations
Unies pour le Développement (PNUD), la SNDD a fait l’objet de modifications en 2005 et
2007, suite à l’ancrage successif de la Commission Nationale de Développement Durable
(CNDD) au Ministère du Plan et du Développement Durable (MPDD) (2004-2006) et au
Ministère du Plan, du Développement Durable et de la Coopération Internationale (MPDDCI)
en 2007. Elle s’articule autour d’axes stratégiques visant à intégrer le développement durable
dans différents secteurs jugés prioritaires et porteurs de croissance pour le pays.
5
biodiversité dans les programmes et activités de production tout en luttant contre les impacts
négatifs des modifications climatiques.
Une communication nationale est un document rédigé périodiquement par chaque État-
Partie à la CCNUCC et rendant compte des moyens qu’il a mis en œuvre pour développer la
convention au niveau national. Les communications nationales sont l’outil principal
permettant à la CdP de suivre les activités définies par la CCNUCC dans les différents États-
Parties et d’en mesurer l’impact global. De plus, elles sont un moyen de présenter et diffuser
l’information. Elles rendent compte du contexte, des objectifs et des priorités de
développement de chaque pays. Elles peuvent également être utilisées pour présenter les
programmes et plans d’actions nationaux ainsi que les projets nécessitant un financement.
Enfin, elles obligent les États-Parties à traiter des questions relatives au changement
climatique au niveau national, à suivre les objectifs de la CCNUCC, à mettre leurs
engagements sur papier, et à les respecter (ONU, 2010). La communication donne aussi une
idée sur le contexte économique, environnemental, et social du pays, sur l’inventaire national
des GES et sur une étude de vulnérabilité relative aux zones côtières et à l’agriculture.
Le Sénégal a élaboré deux communications nationales. La première élaborée, en mai
1994 et soumise à la communauté internationale en 1995, sur la base des données de 1991, a
permis de faire un inventaire national des émissions de gaz à effet de serre (GES). La
Communication définit aussi les paramètres à prendre en compte pour réduire la vulnérabilité
du secteur agricole et des zones côtières. Ensuite, une deuxième communication est élaborée
en 2006 pour faire l’inventaire des émissions des gaz à effet de serre afin d’évaluer les
stratégies de réponses développées dans la première communication (DEEC, 2010).
Bilan des politiques environnementales
Même si la mise en œuvre des politiques environnementales a permis de renforcer
l’implication des collectivités locales dans la gestion des ressources naturelles (les
programmes TACC22 et PCTI23 délégués aux collectivités locales), la création d’organe de
coordination interinstitutionnelle (CONSERE), de même que le développement de
l’information environnementale dans certaines structures (DECC, Direction des Parcs
Nationaux (DMN), CSE, etc.), les résultats observés sont inférieurs aux attentes en matière de
gestion des risques climatiques dans le secteur agricole. Les principales contraintes résultent
22
TACC : « Territorial Approach to Climate Change » appuyé par le PNUD.
23
PCTI : Plan Climat Territorial Intégré de la région de Dakar élaboré avec l’appui de la France dans le cadre de
la coopération décentralisée.
5
de l’absence de coordination des actions, du déficit d’engagements et de l’insuffisance des
ressources nécessaires à la mise en œuvre des programmes d’adaptation (IIED, 2011).
Au-delà des documents élaborés pour accroitre la production agricole, les pouvoirs
publics ont joué un rôle-clef dans la production et la diffusion d’informations sur le
changement climatique. D’autres structures ont été créées pour prendre en compte l’assurance
agricole, les bonnes pratiques agricoles et la production de variétés plus adaptées à la
variabilité climatique.
24
Un pays est désigné faible capacité d’adaptation en fonction des indicateurs tels que le PIB par habitant ou le
taux d’alphabétisation, critères fortement liés au degré de développement économique (Smith et al., 2001).
57
Selon l'année et la solidité des indicateurs clés, une première prévision est effectuée en
mars avec des mises à jour en mai et juin. Cette dernière fournit un résumé général de qualité
sur les paramètres saisonniers : début prévu de la saison, durée et niveau cumulé des
précipitations.
En 2014, les prévisions saisonnières ont annoncé un démarrage très tardif de la saison
(à peu près le 10 août dans de nombreux endroits, une situation inédite depuis 1966). À
travers le Groupe de Travail Pluridisciplinaire (GTP), le CNSA a lancé une opération
d'urgence pour distribuer des semences améliorées à cycle court afin de compenser un déficit
attendu de la production céréalière (cf. encadré 1).
S'appuyant sur une alerte précoce et une campagne agricole exceptionnellement tardive et
courte, en juin 2014, le gouvernement du Sénégal a fourni environ 2 000 tonnes de variétés de maïs,
de mil et de sorgho à maturation précoce, résistantes à la sécheresse et à haut rendement à quelque 200
000 agriculteurs. En dépit de mauvaises conditions de culture, les rendements ont varié entre 1 et 1,5
tonne par hectare pour le mil et le sorgho, et 2 et 2,5 tonnes par hectare pour le maïs.
Pour un échantillon de ménages recevant des semences à cycle court (ainsi que des prévisions
météorologiques saisonnières et à court terme), le revenu brut par ménage issu du mil, de l'arachide et
du niébé est estimé avoir été plus élevé (604 $) que pendant une année moyenne (520 $). Sans de tels
avantages de l'alerte précoce et des prévisions météorologiques, les revenus agricoles bruts pour le
même échantillon en 2014 auraient chuté à 364$.
En dépit des interventions décrites ci-dessus, la production agricole globale 2014/2015 a été
estimée à environ 40 % en dessous de la moyenne sur cinq ans, tandis que la biomasse dans les
principales zones pastorales a chuté de plus de 30 % par rapport à l'année précédente. Cependant, le
Sénégal a fait valoir pour la première fois l'assurance sécheresse ARC pour faciliter le financement et
la planification des opérations de secours. Pour une prime de 3 125 000 $, il a reçu un versement de
16,5 millions de dollars au début de 2015.
ANACIM, 2015
58
Par conséquent, les résultats enregistrés à la campagne 2014/15 ont montré une
augmentation des rendements de 85 % à 100% pour le mil, et de 66 % à 140 % pour
l'arachide et le niébé. Cette situation serait due au recours aux prévisions météorologiques
(République du Sénégal, 2015c).
L’information climatique n’est pas seulement utilisée par le producteur, elle est aussi
employée pour déterminer les paramètres de l’assurance agricole (assurance indicielle et
assurance déficit pluviométrique).
Avec l’assurance indicielle, le risque couvert est la sécheresse. Elle est calculée sur la
base des données pluviométriques fournies par le service national en charge de la
météorologie. Ainsi, avant le début de la période d’assurance, un indice statistique est
développé, il mesure les déviations de la norme pour les paramètres de recherche tels que les
précipitations, la température, la magnitude des séismes, la vitesse du vent, le rendement des
cultures ou les taux de mortalité du bétail (Banque Mondiale, 2017). Les produits concernés
sont le maïs et l’arachide dans les zones de Nioro, Kaffrine et Ndoffane. L’assurance
indicielle peut aussi être étendue à toutes les zones en fonction des données statistiques et des
infrastructures de gestion. Les seuils sont variables d’une phase 26 à une autre en raison de la
différence de sensibilité de la culture. En dessous du seuil de sortie par phase, on considère
25
PARM : Platform for Agriculture Risk Management, Managing risk at farm level: a farmers’ workbook
26
Phase signifie une étape de la production par exemple opération de semi.
59
100% de la production est perdue et que l’indemnisation doit être maximale en fonction de la
somme assurée pendant la phase. Le montant maximal assurable est de 200 000 F CFA/ha.
Pour l’assurance déficit pluviométrique, les récoltes assurées sont le mil, le sorgho,
l’arachide, le coton, le maïs et le riz. Ainsi, en utilisant les données pluviométriques totales
sur la période 1960-2004 au niveau départemental, toute pluviométrie en deçà de la quantité
de pluies de déclenchement (mm/m²) donne lieu à une indemnité qui ne doit pas excéder 80%
de la valeur de la récolte. La prime convenue résulte d’une négociation et spécifiée dans le
contrat d’assurance.
Toutefois, les contrats d’assurance sont spécifiés par produit suivant une étude de
chaîne de valeur et des données météorologiques au niveau départemental ce qui constitue des
barrières à leur souscription. Ainsi, les nouveaux défis pour la CNAAS restent à mettre en
œuvre des produits d’assurance adaptés prenant en compte la dynamique des exploitations
agricoles qui pratiquent la diversification d’une part, mais aussi, de prendre en compte les
statistiques météorologiques au niveau local (village) dans les contrats d’assurance, d’autre
part.
L’Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural (ANCAR), créée en mars 1997 par le
gouvernement du Sénégal avec l’appui de la Banque Mondiale dans le cadre du Programme
de Soutien des Services Agricoles et des Organisations de Producteurs (PSAOP), est chargée
de « promouvoir, animer et piloter un service de conseil agricole et rural décentralisé à la
demande des producteurs ». Les services en conseil agricole permettent aux petits producteurs
d’améliorer durablement la productivité, les productions, la sécurité alimentaire et les
revenus. À cet effet, l’ANCAR joue un rôle essentiel dans la promotion des techniques
agricoles nouvelles, le développement des bonnes pratiques agricoles et rurales (BPA),
l’information et la formation des producteurs. L’agence intervient dans la majorité des
communautés rurales et couvre toutes les filières agricoles. Elle travaille aussi avec toutes les
catégories sociales de la population agricole et rurale. D’autres structures jouent le rôle de
conseil agricole, il s’agit de la SAED, la SODAGRI et la SODEFITEX. Cependant, ces
structures ne sont pas présentes dans toutes les localités ce qui pose le problème de mise à
l’échelle des innovations agricoles.
60
Dans le domaine du financement agricole, la Caisse Nationale de Crédit Agricole du
Sénégal (CNCAS), créée en 1984, permet aux agriculteurs de bénéficier des prêts de façon à
promouvoir les activités économiques en milieu rural. L’emprunt bancaire constitue un
moyen de diversification des sources de financement agricoles généralement constituées de
ressources propres. Toutefois, la question de la mise en place d’un système de crédit-
assurance reste entière. La seule assurance-crédit agricole qui existe est destinée à garantir, la
banque ou l’institution de microfinance, un remboursement contre les risques de décès ou
d’invalidité absolue et définitive de l’emprunteur. D’autres interrogations méritent encore des
réflexions scientifiques, il s’agit : de la prime de risque optimale applicable aux assurés et la
question de la soutenabilité de la subvention de l’assurance indicielle.
Au total, les institutions mises en place ont permis le développement des mécanismes de
gestion des risques climatiques. Pour la plupart des agriculteurs, ces variétés améliorées sont
27
Le catalogue officiel recense l’ensemble des espèces et variétés végétales. Il s’inscrit dans le cadre
de l’application de la disposition 9.3 du Règlement C/REG.4/05/2008, portant harmonisation des
règles régissant le contrôle de qualité, la certification et la commercialisation des semences végétales
et plants dans l’espace CEDEAO
61
connues même si le taux d’adoption reste faible (CRES 28, 2017). Toutefois, leurs actions
atteindront les objectifs visés que si les agriculteurs y adhèrent.
D’après Diop et al. (2005) cités dans CSE (2010), les agriculteurs sénégalais ont une
assez bonne perception de l’état actuel du climat. En effet, sur un échantillon de 1 080
ménages, les auteurs montrent que 69% ont perçu une augmentation de la température et 2%
une diminution de celle-ci. Concernant la pluie, l’étude a aussi a révélé que 84 % des ménages
ont observé un changement dans le début de la saison et 84% ont noté un changement dans la
fréquence des périodes sèches durant la saison des pluies. De même, les paysans ont confirmé
que la situation des pluies s’est détériorée sous forme de déficit, d’irrégularité et de mauvaise
distribution dans l’espace et le temps.
Les enquêtes de perception effectuées par l’ANACIM dans le cadre de la mise en œuvre
du projet « Climate Change Agriculture and Food Security » (CCAFS, 2011) ont aussi
constaté que les agriculteurs avaient une fine compréhension de la différence existant entre
une saison de précipitations abondantes mais erratiques et une saison durant laquelle moins de
pluies cumulées seraient mieux réparties, produisant ainsi un rendement agricole supérieur. Ils
étaient également en mesure de décrire dans les détails la manière dont les stratégies
culturales pouvaient varier, selon que les prévisions annonçaient une saison sèche ou humide.
Les entretiens menés avec huit communautés des départements de Kaffrine, Fatick,
Kaolack, Nioro et Louga ont mis en exergue à quel point les informations de prévision
météorologique jouissent d'une grande considération auprès des producteurs qui les
recherchent (ANACIM, 2011).
28
CRES : Consortium pour la Recherche Économique et Sociale du Sénégal
62
Les enquêtes ESPS-II montrent que plus de 70% des personnes vivant en milieu rural
estiment que leur localité est affectée par les changements climatiques dont au moins les 10%
de manière très importante. Ainsi, la déforestation, une production agricole plus erratique,
l’aridité et l’érosion des sols sont évoquées dans plus de 60% des cas. La recherche montre
aussi qu’un peu plus de 50% évoquent les feux de brousse. Par ailleurs, les enquêtés ont
déclaré que les activités agricole et élevage sont les plus affectées par l’évolution climatique.
Dans la plupart des cas, elles dépendent essentiellement des phénomènes naturels, telle que la
pluie, de sorte que tout changement aussi minime qu’il soit y est ressenti (République du
Sénégal, 2013).
Pour beaucoup d’auteurs, les agriculteurs adhèrent aux groupements pour bénéficier des
services d’extension et des facilités de crédit (Kebede et al., 1990 ; Gedikoglu et McCann,
2007 et Ofuoku et al., 2008). Ainsi, les groupes de producteurs, formés au niveau villageois,
constituent les principales cibles pour les services techniques de l’État ou les partenaires au
développement afin d’atteindre le maximum d’agriculteurs (Ofuoku et al., 2008). Toutefois,
l’adoption de stratégies d’adaptation dans un groupe requiert la cohésion entre les membres
(Gedikoglu et McCann, 2007). En d’autres termes, l’adaptation au changement climatique par
le producteur nécessite parfois des relations interpersonnelles attractives entre les différents
membres du groupe.
63
l’Innovation Environnement Développement : IIED, le Réseau des Organisations Paysannes
et Pastorales du Sénégal : RESOPP, etc.), des Organisations non Gouvernementales (ONG),
des structures techniques étatiques, des collectivités locales et des organisations
communautaires de base. En effet, la LOASP (2004) a permis de promouvoir les conventions
locales comme un outil de co-gouvernance des ressources naturelles, à travers la mise en
place d’un cadre d’échange et d’apprentissage mutuel pour réfléchir sur les mécanismes à
développer pour une meilleure articulation entre les bonnes pratiques locales et les politiques.
Sédhiou 12,40%
Kédougou 12,70%
Kaffrine 14,20%
Matam 13,60%
Kolda 14,20%
Fatick 20,30%
Louga 5,80%
Thiès 6,90%
Kaolack 15%
Tambacounda 11,60%
Saint-Louis 17%
Diourbel 7,40%
Ziguinchor 12,30%
64
non-adhésion est très élevé dans la zone avec 46,5% des chefs d’exploitation. Ainsi, il
apparaît que malgré son plus fort taux d’adhésion aux organisations paysannes, la région de
Fatick enregistre un taux d’affiliation au groupe le plus faible après les régions de
Tambacounda, Thiès et Kaolack.
Les données de cette même enquête (ISRA-BAME, 2010) montrent aussi que le rapport
entre chefs d’exploitation et les services extérieurs est faible soit 50,6% du taux de
fréquentation. Les chefs d’exploitation entretiennent plus de relations avec les services de
développement technique (37,2%), les structures de recherche (9,2%), les institutions
financières (1,5%) et dans une moindre mesure avec les structures de formation (0,3%),
(Tableau 6).
Les types de relation que les chefs d’exploitation entretiennent avec les structures
concernent principalement le crédit soit 13,4%, l’achat de semence avec 12,2% et
l’encadrement technique avec 8,6% (ISRA-BAME, 2010).
65
À notre connaissance aucune recherche au Sénégal n’a essayé de désagréger et
d’évaluer le taux d’adoption des stratégies d’adaptation au changement climatique. De même,
la plupart des recherches effectuées sur le changement climatique ne renseignent pas sur les
coûts d’adoption des stratégies d’adaptation. Toutefois, la littérature permet d’identifier les
réponses techniques utilisées par les producteurs pour limiter les impacts négatifs du climat
(Diarra, 2014 ; Dugue, 2012 et Ndewé, 2006).
Régions Institution
Pas de Développement de
relation Autres technique Formation financement Recherche
Thiès 100,0%
Les réponses techniques face aux changements climatiques varient selon les
agriculteurs, le type d’aléa et le niveau d’information (Diarra, 2014). Les stratégies
développées permettent de limiter les effets liés au retard de la date de semis, le
raccourcissement de la saison des pluies, la baisse des rendements, les espaces inondables et
la vulnérabilité du revenu agricole (Dugue, 2012). Les stratégies d’adaptation concernent
aussi les savoirs locaux (Ndewé, 2006).
66
retardé, trois techniques sont généralement utilisées pour tenter de rattraper le retard (Dugue,
2012) : le surtravail qui nécessite une mobilisation de main-d’œuvre supplémentaire,
l’utilisation de variétés plus précoces disponibles le plus souvent dans les zones
traditionnelles plus sèches (variétés de sorgho et d’arachide) et la pratique de semis à sec afin
de gagner du temps au démarrage de la culture. Ces stratégies de résilience sont définies en
tenant compte des paramètres personnels, sociaux et environnementaux (Diarra, 2014). En
effet, l’utilisation de main-d’œuvre supplémentaire est possible lorsque le producteur dispose
d’un réseau social efficace et/ou de ressources suffisantes. En outre, les variétés précoces sont
fréquemment moins productives et/ou assez exigeantes en termes de fertilité du sol (Dugue,
2012). Cependant, arrivant à maturité avant les variétés traditionnelles, elles sont également
très vulnérables aux attaques aviaires. Par ailleurs, l’adoption de semis à sec expose les
producteurs au risque de perdre la semence en cas de première pluie isolée, et cette pratique
est en général le fait d’individus plus audacieux que la moyenne, disposant de solutions de
secours (stocks de semence, autoassurance).
Dans le Sénégal oriental, les Peulhs exploitaient quelques parcelles de cultures vivrières
pour satisfaire les besoins de leur famille. Ils disposaient de variétés précoces qui leur
permettaient de produire successivement le mil et de «niébé» sur la même parcelle. Le
raccourcissement de la saison des pluies ne permet plus désormais cette pratique (Dugue,
2012).
Les producteurs adoptent des stratégies d’extension des terres cultivées pour compenser
la baisse des rendements (Dugue, 2012). Cette solution exige qu’il existe encore de terres
disponibles. La stratégie d’extension est aussi contrainte par la pratique de la jachère sur les
terres les moins fertiles (UNESCO, 2004). Une autre mesure pour limiter la baisse des
rendements est le choix porté sur les spéculations qui se manifeste par l’abandon ou à
l’introduction de nouvelles espèces (Ouedraogo, 2010). Ainsi, les espèces les plus sensibles
67
au stress hydrique sont remplacées par d’autres plus rustiques (Dugue, 2012). De même,
certaines cultures à croissance lente et continue telles que les tubercules (manioc, igname)
sont préférées aux cultures à stade critique (sensible au déficit pluviométrique) telles que le
maïs, afin de limiter le risque de récolte nulle (Dugue, 2012).
Pour l’élevage, les petits ruminants se sont substitués aux gros ruminants car les caprins
sont moins exigeants que les ovins quant à la qualité des fourrages, valorisent mieux les
pâturages aériens et supportent mieux la chaleur (DAPS, 2009). En revanche, les caprins sont
plus résistants que les ovins, les chèvres sont plus destructeurs et moins efficaces en matière
de fertilisation organique, car ils se déplacent beaucoup plus (DAPS, 2009).
Les exploitants agricoles sont davantage amenés à effectuer des calculs rationnels sur le
choix des facteurs de production afin de réduire les risques qu’ils attribuent aux parcelles. À
cet égard, les actions menées peuvent prendre deux formes: soit le producteur concentre
l’essentiel des facteurs de production sur les zones a priori plus favorables à la production,
soit ses moyens sont au contraire répartis proportionnellement entre les parcelles
(Dugue, 2012 ; Diarra, 2014). Quel que soit le type de décision prise, une bonne anticipation
des événements climatiques est nécessaire pour limiter la probabilité de perte.
Une autre mesure qui a un impact sur le revenu est la diminution des besoins en période
difficile pour faire face à la vulnérabilité des exploitants au changement climatique. En effet,
les dépenses funéraires et cérémoniales sont drastiquement réduites en période de forte
sécheresse même si cette stratégie n’est pas toujours acceptable (Dugue, 2012).
Ces solutions techniques, même si elles sont efficaces, sont souvent limitées par
l’espace réduit sur lequel elles ont été mises en œuvre. Leur adoption dans le bassin arachidier
au Sénégal reste fable malgré la présence des contraintes climatiques dans les activités
agricoles (Diao, 1999 ; Ndjewé, 2006).
Conclusion
L’instabilité climatique opérée depuis les années 90 a engendré des chocs de production
liés à des risques mal maitrisés (République du Sénégal, 2015c). Cette situation a engendré
une baisse de la production céréalière et des légumineuses.
29
Zaï : Technique de conservation d’eau de la pluie là où elle le plus utile, c'est-à-dire au voisinage des racines
de plante cultivée.
69
Le bassin arachidier, qui concentre 57% des terres cultivables (ISRA, 2010) et fournit
35% de la production céréalière (ANSD, 2015e), constitue la zone agroécologique la plus
affectée par les effets du changement climatique. Les rendements céréaliers sont inférieurs à 1
tonne par hectare (ANSD, 2015e).
Les politiques agricoles élaborées de 1960 jusqu’à 1990 se sont effectuées sans une
réelle prise en compte des contraintes climatiques. Toutefois, depuis 1992, des conventions et
de nombreuses structures sont créées pour la gestion des risques et catastrophes liés au climat.
Au niveau local, des groupes se sont formés pour renforcer les relations entre les services
extérieurs et les producteurs agricoles. Néanmoins, le taux d’adhésion et les informations
climatiques utilisées au sein de ces groupes restent encore faibles.
Parmi les dispositifs techniques mis en œuvre pour la gestion des risques climatiques,
l’utilisation d’informations climatiques et l’assurance agricole permettent de réduire les
incertitudes liées à la production et au revenu des exploitants agricoles. À cet égard, une
bonne connaissance des notions du risque et des anticipations permet de comprendre les
décisions prises par les producteurs dans un contexte de changement climatique.
70
CHAPITRE II : COMPORTEMENT DE L’EXPLOITANT AGRICOLE
DANS UN ENVIRONNEMENT RISQUÉ : Revue de la littérature
Introduction
L’incertitude et le risque dans les choix d’adoption ont été abordés par plusieurs auteurs
dans la littérature économique. Plusieurs outils d’évaluation du risque ont été développés pour
comprendre la prise de décision des agents économiques face aux aléas probables. De même,
la théorie de la convention met l’accent sur le comportement individuel lorsque l’individu est
régi par des règles déterminant l’allocation ou la production d’une ou de plusieurs ressources.
Dans cette partie, il sera question de voir comment les concepts de risque, d’anticipation
et de prise de décision dans l’incertitude ont été abordés dans la littérature économique et
leurs implications dans l’environnement agricole. Pour cela, une revue conceptuelle fera
l’objet du premier point (1); ensuite, les développements théoriques autour de ces concepts
clefs seront abordés (2); le troisième point s’intéressera aux travaux empiriques réalisés sur
l’adoption des stratégies d’adaptation au changement climatique avec un accent particulier sur
le rôle des réseaux sociaux (3); enfin, une modélisation théorique du comportement du
producteur face à l’incertitude sera élaborée pour compléter cette partie (4).
71
II.1.1.1 _/ Incertitude
Déjà, en 1921 dans son ouvrage “Risk, Uncertainty, and Profit” Knight considérait que
les individus ont des connaissances et une rationalité limitées, et ont, par conséquent, la
difficulté à prédire le futur lorsqu’ils sont confrontés à la complexité, à la nouveauté et aux
aléas. Deux raisons principales permettent d’insister davantage sur cette notion. La première
est d’ordre microéconomique et s’interroge sur la possibilité de trouver des explications au
comportement des individus confrontés à l’incertitude (Rivaud-Danset, 2004) ; la seconde
essaie d’imaginer le type de modélisation de l’action correspondant à chaque degré
d’incertitude. Pour comprendre ces raisons, Knight (1921) distingue l’incertitude partielle de
l’incertitude totale :
30
États de la nature ou états du monde est l’ensemble des événements alternatifs, mutuellement exclusifs entre
lesquels la « nature » doit choisir. Drèze, 1979
72
Cependant, Gonod (2000) dans son analyse « Penser l’incertitude » intègre le degré de
certitude et d’incertitude dans les situations rencontrées par les individus. Il distingue deux
approches dans la gestion des situations futures : i) la prévision qui concerne les situations de
certitude et, ii) la prospective qui concerne les situations d’incertitude. Dans les deux cas,
l’individu essaie de réduire l’incertitude et tente de légitimer ses actions. Il considère que dans
la « certitude », les états de la nature et leur vraisemblance sont connus et le résultat est soit
connu soit aléatoire. Dans une telle situation, les prévisions sont quasi mécaniques (lorsque le
résultat est connu) ou socioéconomiques (lorsque les résultats sont aléatoires). Dans une
situation d’incertitude, le futur n’a pas de distribution de probabilités, soit les états de la
nature existent mais ne peuvent pas être assortis de probabilités, ou bien les alternatives sont
inconnues. Pour ce cas, le degré d’incertitude dépend de la connaissance ou non du résultat lié
à l’absence de connaissance ou d’informations, mais surtout de la nature du changement.
L’analyse de Gonod et Knight diffère de l’incertitude moyenne (énoncé par Gonod) qui
nécessite une prospection et non une prévision car lorsque les alternatives possibles sont
inconnues, il est impossible d’établir des probabilités. En revanche, les deux auteurs
constatent la difficulté à modéliser l’action dans des situations « d’incertitude totale ». Pour
Knight, en cas « d’incertitude totale » les individus doivent former des conjonctures sur les
résultats de leurs décisions. Gonod soulève aussi le problème de l’inconnaissable en
reconnaissant que le véritable problème de l’incertitude c’est l’ignorance totale de la zone
d’incertitude : on ne sait pas ce qu’on ignore. Pour faire face, il suggère une pratique
d’interrogation dans les zones d’incertitude.
Dans son analyse, Knight (1921) détermine la frontière entre l’incertitude et le risque
par des éléments « connus » et « inconnus ». Dans la première situation on parle de risque et
la seconde correspond à une situation d’incertitude.
II.1.1.2 _/ Risque
On dit que les gains sont risqués parce qu’ils ne se réalisent pas de manière certaine. Le
risque désigne un danger potentiel qui se différencie de la chance ; il peut être un événement
aléatoire ou sa probabilité : par exemple, le risque d’inondation ; il peut se traduire par un
objet d’assurance, par exemple un risque de décès ou un risque de chômage ; et enfin, le
risque peut être attribué à une statistique lorsqu’on parle de risque de première espèce.
73
Le risque est défini comme un « danger » ou un inconvénient plus ou moins probable
auquel un individu ou un système est exposé (Larousse, 201231). Dans ce contexte, le
« danger » exprime une propriété intrinsèque d’une substance dangereuse ou d’une situation
physique à pouvoir provoquer des dommages (SEVESO II32, 1996). En d’autres termes, pour
qu’il ait risque, il faut une cible (une ou un groupe de personnes, un processus, un marché,
etc.) sur laquelle les dommages s’exercent. Le risque est un concept utilisé dans plusieurs
domaines. Il peut être industriel, commercial, environnemental, économique ou financier.
Dans le secteur de l’industrie, la version 2010 de la norme ISO 31 000 33 définit le risque
comme l’effet de l’incertitude sur l’atteinte des objectifs. Dans cette optique, l’incertitude est
considérée comme un état, même partiel, de défaut d’information concernant la
compréhension ou la connaissance d’un événement ou de ses conséquences. Pour les
objectifs, ils peuvent être de différentes natures (sécurité alimentaire, sanitaire,
environnementale, financière, etc.) et concerner différents niveaux comme le niveau
stratégique.
Face à cette définition, Farmer (1967) met en œuvre une conception du risque basée sur
un couple « probabilité-gravité ». La gravité dépend de la nature même du risque qui peut
aller de « mineure » jusqu’à « importante », mais aussi de la fréquence du risque qui s’étale
sur une échelle de probabilité dans la matrice du risque (graphique 31). Dans ce schéma, il
existe cependant un niveau de tolérance du risque en deçà duquel l’individu juge le degré du
risque « acceptable ». Cette acceptabilité dépend de la gravité et de la probabilité d’apparition
du phénomène. Par exemple, les accidents de transports aériens sont moins acceptés que les
accidents routiers car ils ont des conséquences plus graves, bien qu’étant moins fréquents.
Dans le secteur agricole, une bonne évaluation des coûts d’adaptation au changement
climatique doit ainsi prendre en compte la perception du producteur sur la fréquence
d’apparition du risque et sa gravité.
31
Collection : Le petit Larousse Illustre. (2012). 1910 p.
32
Circulaire relative à la prévention des accidents majeurs impliquant des substances ou des préparations
dangereuses présentes dans certaines installations classées pour la protection de l’environnement soumises à
l’autorisation, France.
33
ISO 31000 désigne une famille de normes de gestion des risques codifiés par l'Organisation internationale de
normalisation dans le but de fournir des principes et des lignes directrices du management des risques ainsi que
les processus de mise en œuvre au niveau stratégique et opérationnel.
74
Graphique 31 : Courbe iso-critique et matrice de risque
Gravité (G)
Gravité
Très
Fréquence Mineure Peu fréquente Importante importante
Très peu
probable
Peu
probable Acceptable
Inacceptable Probable Inacceptable
Très
Acceptable probable
Probabilité (P)
75
Le concept de probabilité est le plus approprié pour faire la différence entre le risque et
l’incertitude. Dans une situation de risque la vraisemblance est définie par une probabilité
objective alors que dans l’incertitude on parle de probabilité subjective (Savage, 1954). Dans
ce dernier cas, l’analyse des décisions se fonde, d’une part, sur les jugements, les
appréciations et les mêmes intentions des décideurs et, d’autre part, sur la possibilité d’obtenir
une probabilité d’événement qui ne se répète pas. D’après Finetti et Morini (2007), la
probabilité dans la conception subjective est un affinement de la notion de vraisemblance
innée de chaque individu.
L’analyse du risque est prise en compte dans cette recherche pour déterminer la prise de
décision des producteurs face aux différentes situations économiques et climatiques
probables. Cependant, l’action de l’agent économique dépend de la connaissance des états de
la nature et sa capacité à les interpréter. Une autre méthode d’étudier le risque est de savoir
comment le succès ou l’échec des expériences passées influence les anticipations.
II.1.2 _/ Anticipations
La théorie des anticipations est utilisée lorsque le phénomène étudié est aléatoire ou
cyclique. Elle permet de voir si les observations du passé sont reproductibles dans l’avenir.
Selon Myrdal (1931), les anticipations sont des représentations individuelles, plus ou moins
informées, d’événements futurs généralement aléatoires. Relevant, à titre principal, du
domaine de la compétence de la psychologie, elles ont été progressivement prises en compte
par les autres sciences sociales, en particulier les sciences économiques.
L’anticipation établit un lien entre le passé, le présent et l’avenir (Keynes, 1921). Les
agents économiques se fondent sur l’évolution passée et courante pour former leurs
représentations de l’avenir : l’anticipation est l’articulation de la mémoire et du projet, dans
des proportions variables d’un individu à l’autre. Selon Lucas (1972), les mauvaises
anticipations provoquent de mauvaises adaptations. Keynes (1921) considère que les
anticipations constituent un élément important de l’analyse conjoncturelle, car elles sont le
moyen par lequel se crée un « chaînage » entre les périodes. En mettant l’accent sur la
dimension temporelle et de l’incertitude radicale qui caractérise l’économie, il affirme que les
décisions d’aujourd’hui dépendent de la situation de demain et des constats tirés du passé.
Toutefois, les anticipations formulées par les agents sont souvent aléatoires et dépendent
plus ou moins de « pulsions vitales ». À ce titre, les anticipations sont exogènes car les agents
ne sont pas en mesure de les expliquer (Keynes, 1921). À cet effet, la notion d’anticipation est
76
liée à celle d’incertitude, car dans un monde d’information « parfaite et gratuite », la question
des anticipations est absente.
34
Pour une défense de la myopie en économie, voir Hirschman (1967)
77
Ainsi, les agents ne s’intéressent pas à leurs erreurs passées pour améliorer leur présent
et leur futur. Il n’y a pas un processus d’adaptation. Pour intégrer les défauts de prévisions
constatées dans les anticipations antérieures, un autre modèle d’anticipations autorégressives a
été établi. Le concept d’anticipations adaptatives a été élaboré par Cagan en 1956 pour
analyser le processus d’hyperinflation. Selon cet auteur, les anticipations adaptatives
dépendent de deux éléments : i) les anticipations formulées dans le passé ; ii) les erreurs
commises sur ces mêmes anticipations. Pour lui, ces deux facteurs sont les causes qui peuvent
expliquer le développement de l’hyperinflation et la tendance de l’autoréalisation des
anticipations. Dans ce schéma, l’expression mathématique des anticipations adaptatives se
transforme en :
𝑃𝑒 = 𝑃𝑒 + 𝛽(𝑃𝑡−1 − 𝑃𝑒 ) [1.2]
𝑡 𝑡−1 𝑡−1
Avec 0 < 𝛽 < 1 ; et avec 𝛽: le coefficient d’adaptation. Si 𝛽 est nul, les agents sont
myopes. Ils reconduisent pour chaque période la même anticipation. En revanche, si 𝛽 =1, on
retrouve la plus simple des anticipations adaptatives. Pour Varondakis (1999), l’hypothèse
d’anticipations adaptatives nécessite un processus d’apprentissage progressif de la part des
agents, en d’autres termes, une prise en compte obligatoire du passé et du présent.
78
II.1.2.2 _/ Anticipations rationnelles
Dans ces modèles, les anticipations se font comme si les événements futurs sont
parfaitement connus par les agents. Pour Varoudakis (1999), l’avantage essentiel des
anticipations rationnelles réside dans la correction des défauts d’anticipations adaptatives.
Cependant, les anticipations rationnelles ne sont pas soumises à la critique d’un quelconque
gaspillage d’information. Comme l’exploitation de l’information disponible est, par ailleurs,
optimale, les anticipations rationnelles ne peuvent pas générer d’erreurs de prévision
systématiques. En d’autres termes, en l’absence de surprises, l’hypothèse des anticipations
rationnelles est équivalente à l’hypothèse de prévision parfaite de la part des agents. En effet,
les agents connaissent la vraie valeur future et sont parfaitement informés sur la nature et les
dates des chocs.
Les anticipations rationnelles sont des anticipations prospectives, qui sont formées en
tenant compte de tous les événements susceptibles de se produire dans le futur. Selon Devoluy
(1998), l’hypothèse d’anticipations rationnelles conduit à la propriété suivante : lorsqu’on
anticipe la valeur d’une grandeur, l’écart entre la grandeur anticipée et la grandeur qui se
réalisera est représenté par une variable aléatoire dont l’espérance mathématique est égale à
zéro. Pour Guerrien (2002), la relation entre anticipations rationnelles et autoréalisation des
croyances provient de ce que tout choix rationnel admet une représentation préalable du
système par celui qui choisit, représentation qui prend la forme d’un modèle.
Dans la sphère agricole, Chavas (1999) considère que les anticipations effectuées par les
agriculteurs sont naïves car ils considèrent que le prix de l’année suivante sera identique au
prix de l’année en cours. Cette théorie est toutefois souvent critiquée, et de nombreux auteurs
s’accordent plutôt sur une hypothèse d’anticipations rationnelles, c’est-à-dire basées sur une
connaissance du marché identique à celle du modélisateur (Muth, 1961 ; Wright, 2001 ;
Williams et Wright, 1991 ; Pratt et Blake, 2007). Pour Nerlove et Bessler (2001), l’hypothèse
d’anticipations rationnelles est le plus souvent posée car il n’y a pas d’autre hypothèse
théoriquement acceptable quand on utilise un modèle de comportement agrégé. Pourtant,
certains auteurs soutiennent que bien que l’hypothèse d’anticipations naïves ne soit pas
79
correcte, celles-ci ne sont pas non plus rationnelles, en raison des coûts d’acquisition et de
traitement de l’information (Just et Rausser, 2002).
Dans cette recherche, le concept d’anticipation est pris en compte sous l’angle de
l’utilisation d’information climatique diffusée par diverses sources (traditionnelles et
modernes) et le degré de confiance accordée à cette information. Ainsi, la marge d’erreur
accordée à la source d’information permet de caractériser les agriculteurs effectuant des
anticipations « adaptatives » ou « rationnelles ».
Le rôle de la diffusion dans l’adoption d’innovation a été investi pour la plupart par les
sociologues (Rogers, 1962). Les travaux sociologiques ont mis en évidence l’importance de la
zone géographique dans le processus de diffusion.
80
Selon Cliff et al. (1981), la diffusion se distingue sous deux formes : i) la diffusion par
extension qui correspond à un mouvement par lequel un phénomène apparaît en lieu et se
répand progressivement dans une plus large étendue, sans que diminue son intensité à la
source. Il s’agit d’une aventure progressive de l’espace, jusqu’à ce que l’ensemble des lieux
susceptibles d’être atteint le soit effectivement ; ii) la deuxième forme concerne la diffusion
par transfert. La principale caractéristique de cette catégorie est que le transfert se réalise une
fois que les ressources nécessaires, pour la survie en lieu, sont épuisées.
Quel que soit le type de diffusion, l’existence de contact, entre ceux qui ont déjà adopté
l’innovation et les adoptants potentiels, est nécessaire pour la diffusion. Les relations issues de
l’ensemble des contacts constituent la structure essentielle des phénomènes qui se propagent
dans un milieu.
Le premier type de diffusion se fait par contagion. Il suggère des contacts directs entre
agents et met en avant l’importance des effets de voisinage. Ces effets diminuent au fur et à
mesure que l’on s’éloigne de la source, ils se réduisent aussi avec la distance entre l’émetteur
et le récepteur. De même, la proximité économique, culturelle, temporelle sont des éléments
tout aussi important de ce processus de décision.
Yuill (1964) distingue des barrières externes et des barrières internes à la diffusion
d’innovation. Dans le premier cas, l’origine des obstacles est indépendante de l’individu. Il
s’agit, pour la plupart, des caractéristiques de son milieu physique. Au-delà, de ces aspects
physiques, les barrières externes peuvent s’exprimer à travers la distribution des hommes et
des cultures dans l’espace géographique. Dans le dernier cas, les barrières surviennent lorsque
l’innovation contient en elle-même des limites qui peuvent être identifiées dans son espace de
diffusion.
Dans cette recherche, il sera aussi question de voir comment les groupes sociaux
s’approprient des stratégies d’adaptation aux changements climatiques et la manière de les
diffuser à leurs membres.
82
II.1.3.2 _/ Adaptation climatique
L’incertitude et les risques climatiques qui affectent l’activité agricole amènent les
agriculteurs à mettre en place des stratégies d’adaptation pour limiter les conséquences
négatives sur leur bien-être.
Elle peut être réactive lorsqu’elle consiste à réagir ex post aux impacts adverses du
changement climatique ;
Elle peut être anticipative quand elle est effectuée avant que les impacts ne se
produisent pour réduire la vulnérabilité à ces impacts et en limiter les conséquences adverses
ou en tirer des bénéfices nouveaux.
Même si la définition de ces deux concepts est claire, il est cependant, difficile de tracer
une frontière précise entre l’adaptation réactive et l’adaptation anticipative. Elles différent
plus ou moins de leurs motivations. Ainsi, l’adaptation réactive utilise des ressources pour
faire face à des événements au moment où ceux-ci se produisent. En pratique, des décisions
sont souvent plus faciles à prendre après une crise. Mais les coûts des actions préventives
peuvent souvent s’avérer largement plus faibles que les coûts des actions réactives, même si
ceux-ci sont actualisés. Par exemple, un système d’alerte précoce pourrait mieux limiter les
dégâts qu’une intervention ex-post en cas de tsunami (Athukorala et Resossudarmo, 2005).
Cependant, l’adaptation recouvre des formes d’actions très variées qui s’appliquent à de
nombreux secteurs. Ces problématiques différent suivant les zones et les échelles
géographiques et leur mise en œuvre implique de combiner des instruments divers.
D’après Brunette et al. (2014), la mise en place des stratégies d’adaptation permet de
prendre en compte quatre enjeux majeurs de l’environnement. Premièrement, la prise en
compte de trois types d’incertitude qui s’additionnent. Il s’agit de l’évolution future du climat,
35
Centre d’Études du Développement Durable, France : CEDD
83
des impacts attendus du changement climatique, et de l’évolution des capacités d’adaptation
en tenant compte de la flexibilité au fur et à mesure que viendra s’ajouter une information
supplémentaire. Deuxièmement, l’utilisation de stratégies d’adaptation nécessite de prendre
conscience des inerties techniques, économiques, politiques et institutionnelles. En troisième
lieu, il faut considérer que le changement climatique est un processus continu. En effet, il faut
des stratégies de transition permanente sur une très longue période. Et, enfin, l’adaptation doit
prendre en compte les conditions financières de l’agent et les activités de substitution par
rapport à son activité principale. Autrement dit, s’adapter au changement climatique requiert
souvent des bifurcations vers d’autres activités ou d’autres localisations.
Il semble alors intéressant d’étudier ces différents concepts pour comprendre la décision
des agents économiques à s’adapter au changement climatique. Ainsi, pour un agent décideur,
la décision d’adopter une stratégie d’adaptation au changement dépend de son environnement
incertain, son degré d’aversion pour le risque et sa capacité d’anticipation suivant les
informations climatiques passées, présentes ou futures qu’il a à sa disposition.
84
II.2.1.1 _/ Rationalité et prise de décision : les limites du modèle néoclassique
Dans un univers certain, les agents économiques sont supposés détenir toute
l’information nécessaire et sont capables de l’analyser. Ainsi, à titre d’exemple, il est postulé
que le consommateur connaît avec certitude son revenu futur et qu’il peut, de cette façon,
déterminer les quantités optimales de biens (lui procurant la plus grande satisfaction) à
consommer compte tenu de sa contrainte budgétaire car ne pouvant consommer plus que ce
qu’il possède. De la même manière, le producteur est amené à définir les quantités de biens à
produire en vue de maximiser son profit tout en se basant sur des prix de vente futurs connus.
Pour Simon (1982), la rationalité est limitée car les agents n’ont pas la possibilité de
démontrer toutes les actions possibles et d’en étudier les conséquences. De même, dans le
processus de prise de décision néoclassique, les individus sont considérés comme libres et
égaux ; or ceux-ci s’insèrent dans une société qui leur préexiste. À cet effet, il faut tenir
compte de leur passé, de leur place dans la société, des relations sociales qu’ils entretiennent
entre eux.
36
Menger C., 1874, Fondements de l’économie politique pure, Paris.
37
Jevons W.S., 1871, La théorie de l’économie politique, Londres.
38
Walras L., 1874, Éléments d’économie politique pure, Paris.
39
Elster, Jon. 1986. Rational Choice, Oxford, Basil Blackwell
85
nouvelle microéconomie (1960-1970) considère que les relations entre les agents s’effectuent
dans un environnement caractérisé par une asymétrie d’information où la prise de décision de
chaque agent est régie par des comportements stratégiques anticipant la réaction des autres.
La situation d’incertitude et de risque qui apparaît dans les choix effectués pousse les
producteurs à ne plus considérer uniquement les coûts de production, mais tiennent compte
aussi des coûts de transaction induits par la recherche de l’information.
Lorsqu’une personne prend une décision en univers incertain, deux situations peuvent se
produire: i) soit elle la prend immédiatement sur la base d’une information imparfaite dont
elle dispose ; ii) soit elle prend le temps d’améliorer son niveau d’information avant
d’effectuer son choix. L’étude du premier cas nécessite la détermination de trois facteurs
clefs.
La représentation d’un tel environnement décrit un ordre de préférence sur les actions
conditionnées par les conséquences, la vraisemblance que le décideur affecte aux différents
états possibles et les préférences face au risque. Dans cette situation, il est possible de
40
Une matrice d’information est un tableau rectangulaire comportant autant de colonnes que d’états du monde,
autant de lignes que d’actions et des conséquences associées à un état et une action donnée. .
86
considérer que deux personnes peuvent être soumises aux mêmes contraintes avec le même
ordre de préférence sur les conséquences, accordant la même vraisemblance aux différents
états du monde, et néanmoins se comporter différemment, l’une choisit l’action A et l’autre
l’action B (Cayatte, 2009).
Deuxièmement, la vraisemblance qui suppose que les agents soient capables ou non
d’affecter une distribution de probabilité aux états du monde. Comme il est démontré dans le
concept du risque (section II.1.1.2), l’attribution d’une probabilité aux différents événements
futurs peut être objective ou subjective. Ainsi, Savage (1954) montre que la probabilité
objective s’appuie sur la répétition des événements. Alors, il existe une confiance en la
capacité de systèmes empiriques de converger vers une vraie probabilité.
Les implications pour l’analyse de la décision sont claires : un événement seul ne peut
être défini de façon probabiliste. L’autre aspect consiste à la capacité des hommes
raisonnables de converger vers une probabilité inhérente à un système physique donné.
Carnap (1973) et Keynes (1921) introduisent la notion de probabilité logique définie comme
une relation entre une proposition et un corps d’hypothèses. Elle est indépendante des
préférences personnelles et il peut seulement y avoir une probabilité vraie logiquement pour
une proposition particulière sur la base d’une évidence spécifiée. Par exemple, la probabilité
de tirer une boule rouge dans une urne qui contient cinq boules noires et deux boules rouges
est de deux sur sept (2/7). Dans ce cas, l’assurance de probabilité logique implique la
connaissance de toutes les lois physiques utiles, de toutes les circonstances et de toutes les
interactions.
41
La loterie est une action composée de lots de conséquences possibles affectés de d’une probabilité.
87
La définition de la probabilité subjective accepte les différences personnelles entre les
individus. La théorie ne demande pas que tous les hommes raisonnables soient d’accord. Le
concept de probabilité semble donc être plus approprié pour l’analyse des décisions car, d’une
part, se fondant sur les jugements, les appréciations et les mêmes intentions des décideurs et
d’autre part, sur la possibilité d’obtenir une probabilité d’événement qui ne se répète pas.
Cependant, une difficulté majeure des probabilités subjectives est dans l’obtention des
valeurs numériques. Comme il y a des différences importantes entre ce que dit un individu et
ce qu’il fait réellement, les probabilités subjectives doivent être obtenues par l’interrogation
sur le comportement. Par exemple, on présente à une personne une série de probabilités parmi
lesquelles elle doit choisir. Mais un des intérêts majeurs des probabilités subjectives est
qu’elles permettent d’utiliser la procédure bayésienne sur la valeur d’une information
supplémentaire.
Dillon en 1971, sur une étude effectuée sur des éleveurs australiens, montre que les gens
utilisent intuitivement une information supplémentaire pour réviser leur probabilité initiale
(cité dans Brossier42,2006).
Dans cette recherche, les probabilités subjectives seront utilisées pour comprendre la
fréquence du changement climatique dans le milieu rural et l’attention que les agriculteurs y
accordent dans le cadre de leurs activités socio-économiques. Ainsi, des interrogations sont
effectuées pour évaluer la valeur accordée au risque climatique par rapport aux autres risques
agricoles.
42
Étude sur : Risque et Incertitude dans la gestion de l’exploitant agricole.
[Link]
88
supporter. Cependant, tous les individus n’ont pas le même degré d’aversion pour le risque.
En effet, l’approche classique distingue trois attitudes face au risque (Broihanne et al. 2004) :
- ceux qui sont neutres au risque : « un individu est neutre au risque s’il est indifférent
entre participer à la loterie ou recevoir la moyenne des gains de façon certaine » ;
La loterie traduit ici des actions dont les conséquences sont aléatoires et dépendent des
événements (pertes ou gains) qui peuvent se produire. Dans la plupart des cas, le choix de
l’agent à participer à une loterie se fait à partir de sa fonction d’utilité dont la concavité sera
plus ou moins forte selon le coefficient d’aversion au risque (Broihanne et al. 2004).
89
Les néoclassiques ont préconisé des critères en vue de déterminer si un changement
introduit dans l’économie est socialement préférable à la situation initiale. Pour Kaldor
(1940), la situation A est socialement préférable à la situation B si ceux qui ont avantage à la
situation A peuvent compenser financièrement les pertes de ceux qui ont avantage à la
situation B et se retrouver néanmoins gagnants.
La théorie du bien-être est limitée par le caractère relatif sur lequel repose son analyse.
Lafaye, en 2008, montre que le bien-être est un concept de nature intrinsèque et subjective,
car il appartient à l’individu de le définir et de l’apprécier. La deuxième relative à la théorie
de l’agence apporte une compréhension nouvelle sur les différentes relations entre les agents
économiques. Les résultats tirés de l’agencement dépendent de l’incertitude due au manque
d’information. L’agence se traduit par une convention qui correspond à des règles sociales qui
normalisent les comportements privés en leur fournissant un système d’évaluation a priori.
Ainsi, pour Keynes (1921), la convention est une « orthodoxie financière » s’’imposant
à chacune avec la force convaincante des lois coutumières ; elle frappe d’insignifiance toute
anomalie provenant d’un écart entre variables observées et théorie. À cet effet, le
comportement du groupe s’identifie à un processus d’aveuglement collectif qui soude la
communauté des opérateurs et provoque une stabilité provisoire.
Les psychologues sociaux ont, quant à eux, montré comment la situation du groupe, où
chacun modifie l’état de la connaissance de l’autre et l’amène ainsi à adopter certains
comportements nouveaux, génère une influence qui accélère la prise de décision et facilite le
changement (Branchet et Trognon, 1994). Ils considèrent également que les groupes sont
importants pour deux raisons majeures : premièrement parce que l’adoption d’une nouvelle
technologie requiert un effort de formation que les groupes peuvent fournir à travers des
référentiels techniques ; et deuxièmement, parce qu’ils offrent aux acteurs qui désirent
modifier leur système productif, un accompagnement psychologique nécessaire dans un
contexte économique difficile où tout changement est perçu comme risqué. En revanche,
90
Coase (1937) considère que les contrats sont biaisés à cause de l’information qui n’est pas
gratuite et par conséquent, génèrent des coûts de transaction.
Pour Ostrom (1992), l’action collective est une résolution de dilemmes sociaux
d’acteurs en situation d’interdépendance. Sa démarche repose sur une analyse de la nature et
du fonctionnement des dispositifs de gestion de ressources communes, par l’analyse des
« institutions » vue comme des « ensembles de règles mises en pratique ».
Dans son modèle de « première génération » en 1992, Ostrom montre que l’hypothèse
de rationalité permet d’expliquer l’échec de l’action collective lorsque les acteurs n’ont pas la
possibilité de communiquer. En 1998, elle propose une construction du « modèle de deuxième
génération » basée sur l’élaboration des normes, des règles et des processus d’apprentissage,
qui permettent d’augmenter le degré de coopération. Dans ce dernier modèle, la réciprocité, la
confiance et la réputation restent au cœur de l’action collective, et se situe dans un cadre de
rationalité limitée et d’information incomplète. Elle montre, en effet, que l’apprentissage
augmente l’adaptation de savoirs et de savoir « mieux faire ». Ainsi, en situation de rationalité
limitée, d’incomplétude d’information et de complexité des objets, l’apprentissage devient
une pratique heuristique. Mais dans ces deux modèles, elle insiste sur le degré de coopération
pour aboutir à une répartition optimale des biens communs. Cependant, l’auteur n’aborde pas
la décision de l’agent face à une situation risquée.
Les mécanismes de gestion du risque sont constitués des éléments qui améliorent le
niveau d’information ou réduit les pertes probables au moment de la prise de décision. Ces
facteurs dépendent de la valeur de l’information, de la valeur de l’attention accordée au
risque, des systèmes de diversification, de l’assurance et de l’existence d’un marché à terme.
91
II.2.2.1 _/ La valeur de l’information dans un environnement incertain
Les agents économiques prennent souvent des décisions sur la base d’informations
limitées. À ce titre, toute information supplémentaire est susceptible d’améliorer les
prévisions et de réduire le risque (Vernier, 2009).
L’information est un bien ayant de la valeur. Ainsi, elle peut s’exprimer en termes de
prix. La valeur de l’information complète est la différence entre la valeur espérée en
information complète et la valeur espérée de l’information incomplète. Ainsi, cette valeur
permet au décideur de réduire son niveau d’incertitude sans tenir compte du futur.
Selon Keynes (1921), dans une situation de risque, le producteur anticipe une quantité
demandée d. La seule information dont il dispose au moment de prendre sa décision est la loi
de probabilité de d. Après vente sur le marché, il réalise que la demande effective est D.
Ainsi, lorsque d = D, son information est parfaite.
Toutefois, l’information parfaite obtenue après avoir fait un choix n’a pas d’utilité que
si cette information permet au producteur d’apprendre quelque chose sur la prochaine
production. En revanche, si l’information obtenue dans le passé est indépendante de la
décision de production future, toute action prise constitue un risque. Par exemple, si nous
considérons l’ensemble E des états e du monde, il est possible de dire que :
- Si l’agent j sait que e appartient à Hj et que l’agent k considère que e appartient à Hk,
l’agent j est mieux informé que l’agent k si Hj est un sous-ensemble de Hk
Ces notions permettent de calculer la valeur d’une information, par rapport à celle dont
on dispose, ou de la flexibilité par rapport à une technologie donnée. Cette valeur de
l’information ou de la flexibilité dépend de celle que l’agent possède déjà et de son aversion
pour le risque (Keynes, 1921).
92
Les investisseurs ne paraissent pas accorder le même degré d’importance à leurs sources
d’information. Certains privilégient l’information publique, d’autres ne l’utilisent qu’à titre
indicatif, et tendent à la confronter à leurs propres informations et convictions individuelles.
En outre, l’investisseur ne semble pas pouvoir changer de disposition quant à sa décision
d’investissement dans la mesure où chaque information est susceptible de modifier son choix
car remettant partiellement son point de vue en cause. De ce fait, l’investisseur a tendance à
chercher les informations qui confirmeront sa pensée et essayer de ne pas se laisser influencer
par les autres.
Néanmoins, pour qu’une information ait un sens pour le producteur il faut qu’elle soit
pertinente. À cet effet, l’attention accordée par l’exploitant apparaît comme une condition
nécessaire à l’exploitation de toute information supplémentaire.
Avec la croissance des sources d’information, l'attention sollicitée devient une ressource
rare et précieuse. Goldhaber montre, en 1997, que l’information n’est pas seulement
disponible mais elle est très abondante sur le net (Goldhaber, 1997). Ainsi, l’attention permet
à l’individu de se protéger de la surcharge informationnelle et à améliorer son allocation.
Simon (1959) dans la théorie de la rationalité limitée, montre que les êtres humains,
rationnels puisque capables d'expliquer et justifier leurs décisions, sont limités dans leurs
raisons et raisonnement préalables. Et, ce notamment, par une impossibilité à prendre en
compte l'ensemble des informations afférentes à une question donnée: « Chaque organisme
humain vit dans un environnement qui produit des millions de bits de nouvelle information
chaque seconde, mais le goulot d'étranglement de l'appareil de perception n'admet
certainement pas plus de 1000 bits par seconde et probablement moins ».
Pour Machlup (1962) et Porat (1977), toute information supplémentaire reçue par
l’individu diminue son capital d’attention. À cet effet, il est possible de dire que l’information
consomme de l’attention. Par exemple, un petit producteur faisant une agriculture de
subsistance attribue plus d’attention à la production des biens qui lui permettent de satisfaire
ses besoins de consommation.
93
Cependant, même si l’attention constitue un facteur essentiel à la prise de décision, son
évaluation économique constitue un problème majeur. Citton (2014) montre qu’il est possible
de donner une valeur à l’attention en fonction du temps que l’individu accorde à une
information donnée.
II.2.2.3 _/ L’assurance
Les personnes qui ont une aversion pour le risque, souhaitant éliminer ou réduire les
pertes probables, s’assurent pour se couvrir. Le fait de s’assurer conduit un individu à
stabiliser son niveau de revenu suivant les événements probables.
En univers incertain, le coût de l’assurance est égal à la perte espérée (Cayatte, 2009).
Cette charge transforme le revenu espéré d’une situation risquée à un revenu certain. La
détermination de la prime d’assurance, appliquée aux différents groupes d’individus ayant des
niveaux d’aversions pour le risque différents, se fait à partir de la « loi des grands nombres ».
En effet, les entreprises d’assurance sont des preneurs de risque. Ainsi, elles acceptent
de récupérer la prime de l’assuré lorsqu’elles jugent le risque relativement faible. La loi des
grands nombres stipule que les événements uniques se produisent de façon aléatoire et sont
largement imprévisibles, mais la réalisation moyenne de nombreux événements peut être
prévue. Par exemple, il n’est pas possible de prédire si un lancer d’une pièce de monnaie
donnera pile ou face, mais il est possible, après plusieurs lancers, de déterminer
approximativement que la moitié tombera sur pile et l’autre moitié sur face.
94
En 1975, Rotchild et Stiglitz décrivent les effets de l’information asymétrique sur le
marché des assurances. Ils considèrent que certains assurés ont un comportement à haut risque
alors que d’autres ont une probabilité plus faible de subir le risque. Les auteurs considèrent
que les assurés connaissent leur potentiel de risque, mais pas les assureurs (Rotchild et
Stiglitz, 1975).
Toutefois, certains risques échappent à la loi des grands nombres, c’est le cas des
catastrophes climatiques telles que les tremblements de terre, les ouragans qui sont uniques et
imprévisibles. Dans cette situation, l’État doit se substituer aux entreprises d’assurances qui
refusent de vendre les contrats avec ces types de risques (A. November et V.
November, 2004).
II.2.2.4 _/ La diversification
Le risque peut être minimisé par la diversification en allouant les ressources de sorte
que les biens produits aient des comportements différents face à l’aléa. La diversification des
cultures est définie comme la culture de deux ou plusieurs cultures sur un champ par un
agriculteur (Sichoongwe et al., 2014).
La diversification n’est pas toujours facile car les produits ont tendance à évoluer dans
le sens opposé ; quand la production d’un bien est forte, l’autre est faible. Mais le principe de
la diversification est général : tant qu’il est possible d’allouer les ressources parmi une variété
d’activités dont les événements ne sont pas interdépendants ; cependant, il devient possible
d’éliminer certains risques (Dugue, 2012).
Sur le marché boursier par exemple, la diversification est spécialement importante pour
les investisseurs. En effet, sur ce marché la valeur des actifs peut augmenter ou diminuer
fortement. Un individu qui investit tout son argent dans une seule valeur (c'est-à-dire met tous
œufs dans un même panier) prend, par conséquent, plus de risques que nécessaires. Le risque
95
peut être réduit, bien que non éliminé, en investissant dans un portefeuille de dix à vingt
valeurs différentes.
Pour mesurer le degré de diversification agricole, des études s’appuient sur des indices
élaborés en fonction du nombre de spéculations par superficie cultivée. Swades et Shyamal
(2012) utilisent l’indice de Herfindahl pour mesurer l’aire de chaque spéculation sur la
superficie totale. De même, l’indice de Shannon peut être aussi utilisé pour déterminer le
nombre de spéculations par parcelle.
- Assumer le risque
Le producteur peut assumer seul le risque ou se donne les moyens de le faire. Dans le
cadre de « l’assumation », deux stratégies sont possibles : le stockage ou la diversification du
risque. Il s’agit d’outils de gestion symétriques du risque. Ces outils sont «gratuits» hormis les
frais de gestion.
96
aussi possible de diversifier ses sources de revenus et réaliser de l’artisanat ou du petit
commerce pour assurer des revenus alternatifs. Il est alors moins exposé aux risques agricoles,
son revenu dépendant également d’activités extra-agricoles.
- Transfert du risque
Le risque peut être transféré à un assureur. Dans ce cas, le contrat d’assurance porte
uniquement sur des aléas spécifiques affectant la production agricole (inondation, invasion
acridienne, mortalité du bétail, etc.). Du point de vue des agriculteurs, l’assurance n’est
attractive que pour les personnes qui ont une aversion pour le risque.
Pour Cordier (2008), l’assurance ne peut intervenir que pour des risques quasiment
indépendants et dont les pertes ne sont pas catastrophiques. En revanche, une grande majorité
des risques agricoles ont la particularité d’être systémiques : ils touchent un grand nombre de
producteurs (toute une région est généralement touchée par des aléas climatiques). Ces risques
sont donc difficilement assurables par les compagnies d’assurance privées et, s’ils l’étaient,
les primes d’assurance seraient prohibitives. Une solution éventuelle à ce problème réside
dans le recours aux marchés financiers pour la réassurance des risques systémiques (Cordier
et Guinvarch, 2002). Dans ce contexte, les marchés des capitaux servent de sources de
financement ex post et ex ante.
Un autre problème posé aux assureurs réside dans l’asymétrie d’information (les
agriculteurs disposent de plus d’information sur leur production que les assureurs) qui génère
des problèmes d’anti-sélection (seuls les producteurs présentant le plus de risque s’assurent)
et d’aléa moral (la souscription entraîne une modification de comportement de l’agriculteur
qui prend plus de risque). Pour cela, Mahul (1998), Barnett (1999) et Glauber (2004)
proposent un système de contrats dont l’indemnité est basée sur un indice, c’est-à-dire une
variable exogène indépendante des actions des producteurs et observable en temps réel par
les deux parties.
De même, les contrats à terme ou de produits dérivés tels que les « futures »,
« forwards » ou les options constituent des moyens de transfert du risque. Leur utilisation
97
nécessite une forte intégration au marché mondial. Cependant, le marché à terme souffre de
quelques limites, ces marchés ne sont pas disponibles pour toutes les activités agricoles et
toutes les campagnes futures.
Et, enfin, le crédit pour le financement de l’activité agricole constitue une autre stratégie
de partage du risque, avec le banquier cette fois-ci. Hardaker et al. (1997a) considèrent que si
les préférences de l’agriculteur et ses revenus anticipés sont définis, le marché du crédit
permet une prise en charge de l’incertitude sur la production future. Ils montrent qu’il est
essentiel de connaître les caractéristiques du comportement des acteurs. Il existe, cependant,
certains obstacles au marché du crédit qui rejoignent d’ailleurs ceux de l’assurance : les
prêteurs ont une information imparfaite.
Dans l’activité agricole, par nature dépendante des conditions climatiques, le risque est
particulièrement présent. Cordier et al. (2008) distinguent cinq catégories de risque pour le
producteur agricole suivant l’origine des aléas :
le risque de prix des produits finis et ceux des intrants ou risque de marché ;
98
- Décision de production en univers incertain : modélisation mathématique
En agriculture, les préférences sur la décision de produire ou non ne sont pas un jeu de
plaisir car la conséquence affecte directement l’activité économique et le bien-être du
producteur (Cayatte, 2009). En effet, l’incertitude climatique à laquelle est confrontée le
producteur a deux conséquences : le processus de production (incertitude technique) et le
marché (Hardaker et al., 2004).
Les conséquences techniques résultent de la quantité produite qui peut être affectée par
plusieurs aléas tels que les conditions météorologiques, défaillances de machines, rareté des
ressources naturelles, etc. Pour ces différentes situations, le producteur n’a aucun pouvoir sur
la réalisation des états du monde. Dans ce cas, la production anticipée s’écarte de la
production effective suivant l’intensité des événements. Cette différence entre ces deux
niveaux de production engendre des coûts supplémentaires. Ces coûts qui peuvent être positifs
ou négatifs dépendent du type d’aléa. En effet, l’aléa n’aura pas le même impact s’il vient
s’ajouter à la production que s’il affecte chaque niveau de production. Dans le premier cas, on
parle d’incertitude additive et, dans le second, on note une incertitude multiplicative
(Cayatte, 2009).
Les effets sur le marché apparaissent lorsque l’agent décideur ignore le prix de vente du
bien produit, le prix des facteurs de production ainsi que la quantité de produits qu’il va
mettre sur le marché. Mais lorsque la firme a un pouvoir de marché, l’incertitude sur le prix
de vente et l’incertitude sur la demande de facteurs se combinent en une seule variable
aléatoire, la recette (Cayatte, 2009).
Qu’il s’agisse des effets sur le processus technique ou le marché, la richesse finale du
producteur est risquée. L’intensité du risque dépend de sa nature additive ou multiplicative sur
la variable cible (Cayatte, 2009).
Dans le cas d’incertitude additive, où la firme est preneuse de prix et qu’il n’y a pas
d’incertitude de marché, le producteur compare l’utilité de la production à celle obtenue avec
le choix de ne pas produire. Ainsi, lorsque l’utilité de la production est supérieure, le
producteur détermine la production planifiée comme en univers certain. Son objectif se
résume alors à la détermination de la quantité optimale qui permettrait de maximiser
l’espérance de l’utilité de la richesse obtenue avec les biens produits.
99
Cayatte (2009) propose une formulation simple du comportement de l’exploitant
agricole en univers incertain. Il considère une situation dans laquelle le producteur n’a aucun
pouvoir sur l’aléa. Formalisation, soit :
π le résultat d’exploitation ;
𝑐′𝑞 = 𝑝
∗
[1.8]
Ce qui est à nouveau, une condition vérifiée univers certain : le coût marginal de la
production planifiée est croissant à l’optimum.
Le coût marginal à l’optimum est croissant et égal au prix. Donc les deux conditions
étant vérifiées quel que soit le producteur « riscophobe » ou non.
Au total, exactement comme en univers certain, la quantité planifiée est optimale, si elle
existe et qu’elle est strictement positive, est égale au prix. Bien que le risque déplaise au
« riscophobe », son comportement ne dépend pas de l’incertitude : il se comporte comme un
« riscophile » ou agent neutre. Si l’utilité de la production est supérieure à l’utilité obtenue
sans production, alors les producteurs choisiront de produire, on dit que la décision de
produire domine stochastiquement.
Cependant, plus le coût fixe supporté par la firme est élevé, plus il y a de chance que le
producteur choisisse de ne pas produire. En conclusion, on peut dire qu’en cas d’incertitude
additive, l’aversion pour le risque n’a pas d’influence sur le niveau de production planifiée
quand la firme décide de produire, mais il en a sur la décision ou non. On peut dire de manière
plus condensée que l’incertitude diminue la production.
10
𝐸 (𝑢′(𝑊(𝑞∗))(𝑝(1 + 𝑋) − 𝑐′(𝑞∗) − 𝑑′(𝑞∗𝑋)𝑌)) = 0 [1.12]
Cette équation est l’espérance d’un produit aléatoire qui donne après simplification :
𝑑 (𝑞𝑋) = 0 [1.13]
Abordant la question des effets de l’incertitude sur le prix, Cayatte (2009) démontre que
la recette devient incertaine du fait du prix (dont la densité de probabilité résume les
croyances ou informations du producteur). L’optimum obtenu résulte de l’égalité entre
l’espérance des prix et le coût marginal comme en univers certain. Dans cette situation, le
coût marginal est composé de « coût marginal physique » et du « coût marginal
psychologique du risque».
10
- Optimum de l’agriculteur face au risque
Cependant, l’observation des méthodes de gestion des agriculteurs par Huijsman (1986)
aux Philippines a montré que la plupart des paysans cherchent à atteindre un double objectif :
réduction des risques et obtention des meilleurs résultats économiques. Pour atteindre ces
objectifs, les agriculteurs adoptent une attitude prudente vis-à-vis du risque. Ils cherchent à
améliorer graduellement leur productivité et à augmenter leur niveau de revenu en limitant le
risque d’entreprise et financier à un niveau acceptable et maitrisable. Alors, les agriculteurs
décomposent le risque global sur la production en risques partiels sur les facteurs de
production. Ils cherchent à savoir jusqu’à quel degré de risque tel risque, sur tel facteur peut
être contrôlé et à quel degré les nouvelles technologies sont plus risquées que les technologies
existantes.
46
INRA-SAD est l’Institut national de la recherche agronomique de France
10
L’incertitude affecte concrètement le comportement des agriculteurs. En l’absence de
mécanismes de réduction ou de cession du risque permettant d’améliorer leur situation, ils ont
le choix entre deux attitudes classiques, visant non pas à gérer le risque mais à l’éviter
(Cordier, 2006).
La littérature économique distingue deux types de critères : les critères quantitatifs et les
critères qualitatifs. En effet, dans un environnement risqué, les problèmes peuvent être décrits
de la manière suivante : soit une situation dans laquelle il existe m états possibles 𝑒1,
𝑒2,
… , 𝑒𝑚. Un décideur a le choix entre n actions réalisables : 𝑎1,𝑎2, … 𝑎𝑛, pour chaque couple
« action/état », il y a un résultat 𝑅(𝑎𝑖,𝑒𝑗) qui peut être positif ou négatif. Il est alors possible de
définir la valeur de chaque action 𝑉𝑎𝑖 pour la réalisation de chaque événement 𝑒𝑗. Cependant,
la meilleure stratégie consiste à déterminer l’action optimale 𝑎∗ en se basant sur les valeurs
des actions calculées.
Lorsque le décideur se focalise uniquement sur les résultats attendus pour déterminer le
meilleur choix, on dit qu’il utilise un critère quantitatif. La revue économique distingue
principalement cinq critères quantitatifs majeurs :
le critère de Laplace qui se fonde sur une approche d’équiprobabilité entre les
différents événements. Il consiste à évaluer chaque action en calculant la moyenne des
résultats possibles comme suit :
𝑉(
)= 1 𝑅 )
∑𝑚 (
[1.15]
𝑎𝑖 𝑎𝑖,𝑒𝑗
𝑚
𝑗=1
10
a* є {𝑎1, 𝑎2, … , 𝑎𝑛} / V (a*) = 𝑚𝑎𝑥𝑖∈{1,2,…,𝑛} {𝑉(𝑎𝑖)} [1.16]
10
Le choix optimal est celui dont la valeur maximale moyenne est la plus élevée
compte tenu des autres décisions que peuvent prendre le décideur.
le critère de Wald ou de Maximin qui se base sur une approche pessimiste totale. En
effet, le décideur cherche l’action qui offre les gains les plus faibles suivant les états de la
nature. Cette situation correspond à l’événement avec le résultat minimal :
L’action choisie est celle dont le résultat moyen dans le pire des cas est le plus élevé
compte tenu des autres choix possibles :
le critère Maximax qui se fonde sur l’hypothèse d’optimisme total. Ainsi, le décideur
évalue pour chaque action le gain le plus élevé suivant les états de la nature. En d’autres
termes, il considère la meilleure action comme l’événement avec le résultat maximal :
L’action choisie est celle avec le meilleur résultat dans le meilleur des cas compte tenu
des autres actions possibles :
L’action choisie est celle dont la valeur des gains est la plus élevée compte tenu des
autres actions possibles :
10
Le critère de Savage ou Minimax qui se base sur la notion de regret pour un état
donné. En effet, le regret pour un état donné est défini comme étant le manque à gagner en ne
choisissant pas « la bonne action » pour cet état. Pour chaque action, il faut d’abord évaluer le
regret pour chaque état, puis la valeur de chaque action est définie comme étant le regret
maximal :
L’action choisie est celle dont le regret maximal est le plus faible compte tenu des
regrets maximaux calculés au niveau des autres actions :
Le second critère se fonde sur des probabilités d’occurrence de chaque état en plus des
résultats attendus des actions. La vraisemblance affectée à chaque événement 𝑒𝑗 est supposée
connue et elle est notée P (𝑒𝑗).
Sous ce registre, trois principaux critères de décisions probabilistes seront mis en revue
à savoir le critère de Pascal basé sur l’espérance de la richesse finale, le critère d’utilité
espérée de Von Neumann Mongerstern (1947) et le critère de décision de Markowitz (1970).
10
L’action choisie est celle dont l’espérance des gains est la plus élevée compte tenu des
autres choix possibles:
L’action choisie est celle dont l’utilité espérée est la plus élevée compte tenu des autres
choix possibles :
Cependant, le critère de l’utilité espérée suppose que les individus soient en mesure de
faire des choix cohérents48 sur les différentes loteries mises à leur disposition. Il nécessite, en
outre, que l’arbitrage entre deux loteries ne soit pas influencé par un autre état mixte (on
parle d’hypothèse d’indépendance). Ainsi, Allais 49 (1953) et Ellsberg50 (1961) ont montré
respectivement en 1952 et 1961 que les fondements axiomatiques de l’utilité espérée sont trop
restrictifs et que la définition de la rationalité en univers incertain n’a rien d’évident.
47
Le paradoxe de Saint Pertersbourg est exposé pour la première fois en 1713 par Nicolas Bernouilli puis par
Daniel Bernouilli en 1738 à l’Académie des sciences de Saint Pertersbourg.
48
La cohérence montre que les choix des individus sont transitifs dans le contexte de l’utilité espérée.
49
Allais (né en 1911, prix Nobel 1988) a présenté le paradoxe de l’utilité espérée au cours d’un colloque célèbre
à Paris en 1952.
10
50
Ellsberg démontre en 1961 que les axiomes de base de la théorie des probabilités ne sont pas respectés.
10
Le critère de Markowitz qui est évalué en calculant deux paramètres. D’abord, le
décideur évalue l’espérance mathématique des gains, et ensuite, il détermine la variance
(dispersion) des résultats de chaque action possible. Cette dispersion est mesurée en calculant
l’écart-type défini par la formule suivante :
𝜎(𝑎𝑖)
𝑚= {𝑅(𝑎𝑖, 𝑒𝑗) − 𝐸(𝑎𝑖)}² ∗
√∑ 𝑃(𝑒𝑗)
[1.29]
𝑗=1
Dans ce cas, la valeur de chaque décision prise est définie comme le rapport entre
l’espérance mathématique des gains et son écart-type :
𝑉𝑎𝑖 𝐸
=
(𝑎𝑖)
[1.30]
𝜎(𝑎𝑖
)
L’action choisie est celle dont le pourcentage d’espérance par unité d’écart-type est le
plus élevé :
Dans certains cas, le décideur se fixe une marge sécuritaire « s » qui est indépendante de
l’écart type obtenu à partir du critère de Markowitz. En effet, l’individu mesure la semi-
variance définie comme suit :
𝑚
2
𝑉𝑎𝑖 = ∑ 𝑃𝑗 (𝑅(𝑎𝑖,𝑒𝑗) − 𝑠) [1.32]
𝑗=1
La semi-variance diffère de la variance à deux égards : d’une part, elle n’est pas
calculée pour toutes les valeurs possibles de la richesse, mais seulement pour celles qui sont
inférieures au seuil s ; et d’autre part, elle n’est pas calculée par rapport à l’espérance, mais
par rapport au seuil s.
11
Les risques peuvent également être mesurés par la VaR (Value at Risk) qui est un
critère très utilisé pour les choix de portefeuille en finances. La VaR est utilisée pour
caractériser les pertes possibles des agents : il s’agit de la probabilité de perdre un certain
montant au bout d’un certain temps. Ainsi, plus la VaR est faible, moins le risque de pertes à
un horizon donné est élevé.
Toutefois, avec ces indicateurs, on centre donc la discussion sur les événements
défavorables pour un acteur donné sans prendre en compte des situations qui lui sont
favorables.
Un débat reste ouvert sur la capacité des acteurs à identifier ce qu’il est possible
d’anticiper de ce qui ne l’est pas. Modelina et al., (2004) ne considèrent pas la question des
risques en agriculture comme une très grande problématique.
Même si la théorie économique offre des outils analytiques pertinents à l’évaluation des
actions dans un univers incertain, beaucoup d’auteurs considèrent que le choix d’adopter ou
non une stratégie dépend des caractéristiques socio-économiques qui sont estimables.
Comme il est rappelé en haut, une nouvelle pratique (action) sera adoptée lorsque l’état
de la nature anticipé par l’agent économique est moins risqué en utilisant la technique. De
même, si l’incertitude sur les actions est importante par rapport à des états de la nature
donnés, le décideur préférera s’abstenir. Une stratégie d’adaptation ne sera pas aussi adoptée
si la conséquence envisagée ne permet pas de satisfaire le niveau d’utilité du producteur.
11
Deux types d’analyse économique permettent d’évaluer le comportement du producteur
face à une stratégie risquée donnée. La première est une analyse ex ante et considère le
processus d’adoption comme une préférence définie à partir des méthodes d’évaluation
contingentes ou des méthodes dites conjointes. La seconde est une analyse ex post et
considère l’adoption comme un processus dichotomique estimable par des modèles
économétriques.
11
d’exploitations agricoles ; ce qui contraint tout développement d’assurance agricole (Diarra,
2014).
11
- Modèles d’estimation ex post des préférences et adoption de stratégies
d’adaptation
Dans le premier cas, il s’agit des modèles probit et logit qui sont le plus souvent utilisés
pour analyser l’adoption de technologie (Maddison, 2006 ; Hassan et Nhemachena, 2007 ;
Gbetibouo, 2009). Ces modèles sont employés lorsque le nombre de choix disponibles est
égal à deux (adoption ou non). L’extension des modèles binaires a permis de recourir à des
modèles multivariés employés lorsque le nombre de choix disponibles est supérieur à deux.
Les modèles de choix multivariés les plus utilisés dans les choix non ordonnés sont le
probit multinomial (Hausman et Wise, 1978) et le logit multinomial (Tazeze et al., 2012). Les
modèles multivariés sont les plus avantagés que leur contrepartie logit ou probit binominal
pour deux raisons (Wu and Babcok, 1998). La première raison, ils permettent d’explorer à la
11
fois deux facteurs conditionnant des choix spécifiques ou combinaison de choix ; la seconde,
parce qu’ils prennent en compte la sélection et l’interaction entre les différentes alternatives.
Ces modèles qualitatifs sont employés pour analyser les choix effectués par les
producteurs en situation de changement climatique et ils sont particulièrement utilisés pour
déterminer la décision d’adopter ou non une nouvelle technologie en agriculture. Par exemple,
Nhemachena et Hassan (2008) ont employé le modèle probit multivarié pour analyser les
facteurs influençant l’adaptation au changement climatique en Afrique du Sud.
Kurukulasuriya et Mendelsohn (2006) puis Mendelsohn et al. (2006) ont employé le modèle
multinomial logit pour voir si les agriculteurs sont sensibles au climat et le choix de récolte
résultant. De façon similaire, Seo et Mendelsohn (2006) ont utilisé le modèle multinomial
logit pour analyser le choix des espèces animales élevées par les exploitants agricoles et la
sensibilité climatique.
Cette recherche adopte le modèle de heckman à deux étapes (Heckman, 1979) pour
déterminer l’adhésion au groupe et l’adaptation au changement climatique dans le Bassin
arachidier. De même, le modèle probit est utilisé pour expliquer successivement l’utilisation
d’information climatique, l’aversion au risque financier et l’adoption de chaque stratégie
d’adaptation.
11
II.3_ / Adoption des stratégies d’adaptation et adhésion au groupe : développements
empiriques
Plusieurs recherches ont été élaborées pour expliquer le comportement d’adoption des
stratégies d’adaptation par les agriculteurs. Mais il faut distinguer les situations où l’unité
décisionnaire est une personne unique, exploitant individuel, des situations de cogestion de
l’exploitation, sous forme sociétaire. Dans ce dernier cas, la décision est le produit d’un
consensus collectif et il est difficile d’isoler et de mettre en évidence des déterminants
individuels de l’adoption (Pannell et al., 2006). En revanche, à notre connaissance, peu de
recherches ont essayé de mettre en corrélation la relation entre adhésion dans un groupe et
l’adaptation au changement climatique.
Il est aujourd’hui difficile de synthétiser tous les résultats obtenus dans la littérature
économique sur l’effet des variables socioéconomiques, agronomiques ou celles liées à son
environnement sur l’adoption de stratégies d’adaptation. La revue économique est large et
beaucoup d’auteurs ont réalisé leurs travaux en se concentrant spécifiquement sur certaines
techniques d’adaptation. C’est le cas sur les études de l’agriculture de conservation chez
Knowler et Bradshaw (en 2007) et Prager et Posthumus (en 2010) mais aussi des bonnes
pratiques agricoles chez Prokopy et al. (en 2008).
11
II.3.1.1 _ / les déterminants agronomiques d’adaptation au changement climatique
L’exploitant est soumis de manière récurrente à des contraintes externes qu’il peut
difficilement anticiper. Ces déterminants exogènes comme l’environnement de production
s’imposent à lui et deviennent des facteurs expliquant la productivité des facteurs et
l’adoption d’innovation. Amigues et al. (2006) notent qu’il existe deux possibilités
d’adaptation de l’agriculteur au risque de sécheresse : une décision collective à travers une
réorganisation des filières, à l’approvisionnement de nouvelles sources d’eau, etc. ou une
décision individuelle avec une modification des itinéraires techniques ou changement de
systèmes de culture, etc.
Amigues et al. (2006) montrent que la capacité technique à court terme dépend des
facteurs variables : disponibilités d’eau, d’engrais, de pesticides, etc. qui peuvent être ajustés
en fonction de la réalisation du risque climatique ou des anticipations de l’agriculteur. Khanna
(2001) montre qu’il existe un effet de la zone de production sur l’adoption de pratiques de
fertilisation parcellaire. De même, Ouedraogo et Some (2010) ont montré que l’utilisation de
la fumure organique (fumier ou compost), s’explique par la richesse relative des sols et par
l’utilisation d’engrais minéraux. Just et Pope (1979) ont proposé une fonction de production
qui permet de décrire les choix d’intrants en fonction de leur impact différencié sur le
rendement espéré et sur la variance de ce dernier. Ainsi, pour la production de maïs et
d’avoine aux États-Unis, ils concluent que si l’utilisation intensive d’engrais accroît
l’espérance de production, elle augmente également significativement la variabilité de ces
rendements, ce qui peut se traduire par une baisse du bien-être de l’agriculteur.
Zilberman et al. (2003) indiquent qu’à long terme, il est possible de passer d’un système
cultural pluvial à un système d’irrigation de goutte à goutte. En outre, Ouedraogo et Some
(2010) ont trouvé que la date d’installation des pluies et la durée de saison pluvieuse sont des
paramètres essentiels pour l’agriculture pluviale. Leur étude révèle que des semis précoces
permettent d’éviter les effets des arrêts précoces des pluies. Environ 20,7% des exploitants
enquêtés ont utilisé cette stratégie, soit 20,3% en zone soudano-sahélienne. Néanmoins, des
contraintes climatiques, comme des sécheresses répétées, poussent les agriculteurs à rejeter
certaines innovations pour des raisons techniques (Mariano et al. 2012).
11
- Utilisation des techniques de conservation d’eau et du sol
Dans une étude menée auprès des agriculteurs au Burkina Faso, Ouedraogo et
Some (2010) ont montré que 42,5% des exploitants ont adopté de nouvelles variétés
améliorées à cycle court avec une fréquence forte dans la zone soudano-sahélienne du fait de
la plus grande vulnérabilité de cette zone face aux facteurs climatiques.
Feder (1980) a montré une relation positive entre la surface agricole utile (SAU) et
l’adoption de variétés de culture à haut rendement. Salick et Byg (2007) ont montré que la
diversification des cultures a permis aux agriculteurs traditionnels de réduire
considérablement leurs pertes face à la variation du climat. Ainsi, ils montrent que certaines
populations traditionnelles plantent un grand nombre de cultures et de variétés ayant des
niveaux très différents de vulnérabilité à la sécheresse et aux inondations. De plus, Smith,
Ragland et Pitts (1996) considèrent que la diversification des activités est susceptible de
réduire la vulnérabilité de la société au changement climatique.
D’autres auteurs se sont focalisés sur le rôle du savoir traditionnel dans l’adaptation aux
changements climatiques. Gyampoh et al. (2007) à travers une enquête sur les communautés
rurales du bassin du fleuve Offin (Ghana), ils montrent que la sagesse, les connaissances et les
pratiques des populations autochtones acquises par l’expérience et transmises oralement de
génération en génération ont joué au fil des ans un rôle significatif dans l’adaptation au
11
climat. Ainsi, les populations autochtones qui vivent près des ressources naturelles observent
souvent les activités qui se déroulent autour d’elles, et sont les premières à identifier les
changements et à s’y adapter. Cependant, ils considèrent que l’apparition de certains oiseaux,
l’accouplement de certains animaux et la floraison de certaines plantes sont autant de signes
fondamentaux de changements dans le temps qui attirent l’attention de l’exploitant agricole.
Les travaux préliminaires en économie effectués par Grilliches puis Rosenberg ont mis
en évidence l’importance des facteurs financiers dans l’adoption des stratégies d’adaptation
(Grilliches, 1957 ; Rosenberg, 1976). Pour eux, la richesse est un facteur clef dans l’adoption
des stratégies d’adaptation par son effet sur l’aversion pour le risque (plus un individu est
riche plus il est prêt à prendre des risques) mais aussi par son effet multiplicateur sur
l’investissement. De même, Blazy et al. (2011) et Mariano (2012) ont trouvé un impact positif
du revenu net sur l’agriculture intégrée et les innovations agro-écologiques. Selon Gedikoglu
et McCann (2007) et Koundouri et al. (2006), le chiffre d’affaire réalisé par l’exploitant
agricole génère un effet positif à l’adoption des pratiques de conservation et sur la technique
d’irrigation. Par contre, d’autres auteurs comme Ouedraogo et Some (2010), Reynaud (2015)
et Twyman et al. (2007) ont démontré qu’il existe une relation négative entre l’adaptation et
le niveau de richesse car celle-ci permet de supporter les pertes occasionnées lors de la mise
en place d’une stratégie ancienne.
11
En revanche, Chavas (1994) et Panell et al., (2006) ont trouvé une relation négative
entre le capital social et l’adoption à travers le niveau d’endettement. Ainsi, la mise en œuvre
de nouvelles stratégies entraine de nouveaux investissements qui peuvent en partie être
irrécouvrables. Paudel et al. (2008) soulignent que le niveau d’endettement des agriculteurs
limite de manière significative l’adoption de bonnes pratiques agricoles qui ne nécessitent pas
forcément d’investissements matériels ou financiers. L’étude réalisée par Sauer et Zilberman
(2009) montre également qu’un taux d’endettement élevé limite l’adoption d’innovations
technologiques nécessitant des immobilisations importantes. De même, Ouedraogo et
Some (2010) ont montré que le crédit en nature comme l’engrais à crédit défavorise les
investissements en techniques de conservation de l’eau et du sol (CES) et en fumure
organique.
Toutefois, pour ces auteurs, l’encadrement du producteur par les coopératives et les
projets de développement a un impact positif et significatif sur l’acquisition du crédit agricole
et l’acquisition de semences améliorées.
Les études réalisées par Anderson et al. (2005) ont montré un effet négatif de la taille de
l’exploitation sur l’adoption de l’agriculture biologique qui s’explique par la conversion du
système d’exploitation et nécessite du temps supplémentaire en termes de formation et de
surveillance. Pour Caswell et al. (2001), la possession de terres exerce un effet positif à
l’adoption de stratégies d’adaptation nouvelles. Cependant, Soule et al. (2000) soulignent que
la propriété implique aussi des contraintes financières pour l’exploitant ; ce qui peut freiner
l’adoption.
La diversification hors exploitation du revenu des ménages joue un rôle ambigu sur
l’adoption de nouvelles pratiques en technologie agricoles. D’Sousa et al. (1993), Sauer et
Zilberman (2009) ont montré une concurrence en termes de temps entre les activités agricoles
et les activités non agricoles, ce qui serait un frein à l’adoption. À l’opposé, Gedikoglu et
McCann (2007) soulignent qu’avec les ressources financières générées par l’activité non
agricole, elle faciliterait l’adoption de nouvelles stratégies d’adaptation intensives en capital.
12
- Le rôle du capital humain
Featherstone et Goodwin (1993) ; Soule et al. (2000) ont noté que les agriculteurs les
plus âgés, c'est-à-dire les plus expérimentés, ont un horizon de planification plus court qui ne
les pousse pas à changer de pratiques. Aussi, D’souza, Cyphers et al. (1993), Foltz et Chang
(2002), Anderson et al. (2005), ont montré que l’âge réduit la probabilité d’adoption car les
exploitants plus âgés ont un horizon de planification plus court, ils valorisent moins les
bénéfices à long terme de certaines innovations. Cependant, les jeunes exploitants sont
souvent soumis à des contraintes financières fortes ce qui peut les dissuader d’investir
davantage dans une nouvelle technique.
Au-delà des facteurs observables, les individus développent des perceptions et des
préférences individuelles à l’adoption des techniques d’adaptation et celles-ci ne sont pas
directement observables. En effet, les agriculteurs ne connaissent pas de manière parfaite
l’environnement au sein duquel ils évoluent (Reynaud, 2015).
Grâce aux méthodes d’économie expérimentale, basée sur des jeux de loteries
financières (Allais, 1952), de nombreux travaux ont mis en évidence le poids de l’aversion
pour le risque dans le processus d’adoption de stratégies d’adaptation. Ils révèlent que le
12
niveau d’aversion pour le risque des exploitants agricoles est faible car ils sont habitués à
subir des risques et sont globalement plus tolérants; mais comme tous les entrepreneurs, ils
sont plus sensibles au risque de pertes (Bocqueho et al., 2014).
Diarra (2014) définit la prime de risque comme le montant monétaire que l’agriculteur
est prêt à sacrifier pour éviter toute forme de risque dans l’exercice de son activité agricole.
Ainsi, il trouve que la prime de risque pour un agriculteur sahélien s’élève à 44 862 F CFA, ce
qui correspond environ 21% de sa richesse. Reynaud (2015) montre que la prime de risque
croît avec le niveau d’aversion pour le risque. Il trouve qu’un agriculteur fortement averse au
risque est prêt à payer 24,17 euros par hectare pour ne plus supporter de risque. À l’inverse,
un agriculteur fortement « riscophile » ne sera prêt à recevoir de façon certaine l’espérance de
son profit que si on le dédommage de 27,62 euros par hectare.
Aussi, Hassine et Thomas (2001) ou Groom et al. (2008) ont montré que les agriculteurs
sont caractérisés par leur aversion pour le risque, ainsi les primes de risque déclarées seraient
donc positives. Ils trouvent que pour des sols fortement profonds avec une forte réserve utile,
un agriculteur fortement averse au risque est prêt à payer 31,26 euros par ha pour ne plus
avoir à supporter de risque (Groom et al., 2008). Pour eux, ce montant est significatif puisque
la prime de risque représente 5,2 % de la marge brute. Cependant, l’aversion à elle seule ne
permet pas d’expliquer le comportement des agriculteurs face au risque (Hellerstein et
al., 2013). Menapace et al. (2013), dans son étude chez les arboriculteurs en Italie,
démontrent que les agriculteurs les plus averses perçoivent de manière significative les
risques de pertes sur leurs récoltes.
Bosch et Eidman (1987) ont déterminé le montant que serait prêt à payer un agriculteur
pour obtenir une information supplémentaire plus précise sur la réserve utile, la croissance de
la plante et le climat. Ils montrent que la valeur de l’information est d’autant plus élevée que
l’eau pour l’irrigation est limitée. Ils montrent aussi que le montant que l’agriculteur est prêt à
payer, pour obtenir une meilleure information, dépend de son attitude face au risque et
augmente substantiellement si la ressource en eau est limitée.
12
II.3.1.3 _ / Déterminants institutionnels et cadre réglementaire
Une information transmise de manière précoce aux agriculteurs, sur le risque en période
de changement climatique, permet de limiter significativement les pertes de production
(Reynaud, 2015)
En outre, Marciano et al. (2013) utilisent différents indicateurs pour évaluer le niveau
d’information des agriculteurs : nombre de visites de conseillers agricoles, essais, visites
d’essais. Ils trouvent pour chacun d’eux un effet positif sur l’adoption de nouvelles techniques
de production sur le riz.
Aussi, Kuhfus et al. (2013) soulignent l’importance des réseaux locaux pour faciliter la
mise en place de contrats agroenvironnementaux chez les viticulteurs du sud-est de la France.
De même, Parcell et Gedigoklu (2013) ont développé un modèle d’analyse prenant en compte
la coopération entre les agriculteurs pour expliquer l’adoption de pratiques de conservation
d’eau. Ils montrent que la prise en compte des interrelations entre agriculteurs permet aussi de
mieux expliquer le comportement d’adoption. Selon Brouard et al. (2012), la coopération
entre agriculteurs est une voie intéressante à développer afin que les acteurs économiques
participent davantage à l’intérêt collectif, améliorent leur utilité sociale, voire contribuent à
plus de démocratie. Toutefois, il semble évident que l’acquisition d’informations réduit
l’incertitude et permet aux agriculteurs de percevoir de manière objective le changement
climatique et les risques encourus.
12
II.3.2 _ / Les déterminants de l’adhésion aux groupes sociaux
Il existe une corrélation positive entre l’adhésion à un réseau social local et l’adaptation
au changement climatique. Pour montrer l’influence de l’adhésion à un groupe de producteurs
sur l’adaptation au changement climatique, Ofuoku et Agbamu (2012) réalisent une étude sur
143 exploitations agricoles suivant trois zones dans le Delta du Nigéria. Les résultats
montrent que la plupart des agriculteurs adhèrent au groupe non pas pour accroitre leur
capacité d’adaptation au changement climatique mais juste pour élargir leur accès aux
services agricoles et de disposer des facilités de crédit. Ils concluent que plus la cohésion au
sein des organisations de producteurs est intense plus le degré d’adaptation au changement
climatique est élevé. En revanche, le manque de ressources financières et la rareté de la
technologie constituent de véritables barrières à l’adoption des stratégies d’adaptation.
Cependant, la cohésion est souvent perçue du point de vue affectif à travers l'attraction
interpersonnelle entre les membres d'un groupe. Ainsi, Ofuoko et al. (2008) montrent que la
cohésion se déplace au-delà de simples goûts interpersonnelles. Ofuoku et Urang (2009)
montrent que le degré de cohésion est vital dans le processus de prise de décision au sein du
groupe, de l'atteinte des objectifs, de l'identité et de la satisfaction des membres. Des travaux
de recherche ont montré aussi que plus les besoins des agriculteurs sont satisfaits au sein du
groupe, plus les membres sont actifs (Ofuoku et al., 2008 ; Ofuoku et Urang, 2009). Selon
Ogionwo et Eke (1999), la cohésion est plus élevée dans les groupes dont les activités sont en
harmonie avec les objectifs des membres que dans les groupes où les membres ne partagent
pas l'ensemble des activités. Ofuoku et Urang (2009) ont constaté qu’il existe une relation
positive entre l’adhésion au groupe de producteurs et l’adoption de stratégies d’adaptation.
Pour eux, cette relation est due au rôle des services de vulgarisation et le contact entre les
agriculteurs.
Dans leurs études, Ofuoku et Urang (2009) ont découvert que 91,7% des agriculteurs
souscrivent aux organisations de producteurs pour l'accès au service de vulgarisation. Ofuoku
et al. (2008), Ofuoku et Urang (2009) ont découvert que les agriculteurs voudront rester dans
leur groupement si leurs besoins sont satisfaits par le groupe. Ogionwo et Eke (1999)
affirmaient que le leadership démocratique facilite la performance du groupe et des individus
mais également la cohésion du groupe. Ofuoko et al. (2012) considèrent aussi que l’adhésion
dépend de la capacité financière de l’agriculteur car chaque individu fixe un montant consacré
à l’accès à une information pertinente.
12
Même si l’accès à l’information constitue une priorité pour les membres du groupe,
Ofuoko et al. (2012) montrent que le contact entre le groupe et les services d'extension est
insuffisant, de même que l’accès à l'information. Cela s’est confirmé avec les conclusions
d’Ofuoku et al. (2008) qui ont découvert que la plupart des agriculteurs ont eu au moins un
contact avec un agent des services d’extension une fois par mois.
Tableau 9: Résumé des relations entre les variables socioéconomiques sur l’adoption des
stratégies d’adaptation
Variables Type51 Modalités Signes attendus
±
Les déterminants agronomiques et socioéconomiques de l’adoption des stratégies d’adaptation
Sol fertile D 1=fertile
±
0=pas fertile
Niveau de richesse D 1=riche
+
0=pauvre
Contact avec les services D 1=contact
+
extérieurs 0=pas de contact
Proche du marché D 1=proche
−
0=pas proche
Endettement D 1=endetté
−
0=pas endetté
±
Taille de l’exploitation C -
Possession de terre D 1=possession
0=pas de possession
+ ou pas significatif
0=non
Niveau d’éducation O -
±
−
Expérience agricole C -
±
Age C -
Aversion pour le risque D 1=averse
+
financier 0=pas averse
Paiement prime de risque C -
ou disposition à payer
+ ou pas significative
agricole ou climatique 0=non
Appartenance à un D 1=oui
réseau local 0=non
51
D=variable dummy ; C=variable continue ; O=variable ordonnée
12
Cohésion du groupe D 1=cohésion +
0=pas de cohésion
+
Les déterminants de l’adhésion à un groupe (réseau social)
Contact avec les services D 1=contact
+
extérieurs 0=pas de contact
Facilités de crédit D 1=accès au crédit
0=pas accès au crédit
Compétence du D 1=compétent +
+
leadership 0=pas compétent
Niveau de richesse D 1=revenu élevé
0=revenu faible
Source : l’auteur à partir de la revue de littérature
𝑊̌ comme la valeur positive (gain) ou négative (perte) du gain généré par une loterie, et il
s’agit d’établir un critère qui permette de comparer différentes loteries afin de choisir la «
meilleure ».
Avant les travaux de Bernoulli et Cramer, au début du XVIIIe siècle, « l’attrait » d’une
loterie était censé être fondé sur l’espérance mathématique de son gain 𝑊̌ :
𝐸(𝑊̌ ) = ∑ [1.33]
𝑃𝑖 𝑊𝑖
𝑖=1
Selon une telle conception, un individu rationnel devrait être indifférent entre la loterie
au résultat incertain et une somme certaine égale à E (𝑊̃ ) et, entre plusieurs loteries,
devrait préférer celle qui a l’espérance de gain la plus élevée.
Cette théorie a priori simpliste est en fait contredite par le comportement effectif de la
plupart des individus face au risque. Donnons-en un contre-exemple. Soit une loterie donnant,
avec des probabilités égales, soit 0 soit 100 000 euros. La plupart des individus préfèrent une
12
somme certaine de 50 000 euros à la somme aléatoire 𝑊̌ alors même que E(W̌ ) =
50 000 euros. Cette préférence pour le résultat certain reflète l’aversion pour le risque qui
caractérise
12
la plupart des agents économiques. Cette aversion est liée au fait que l’utilité marginale d’une
monnaie supplémentaire décroît. En effet, l’individu rationnel classe ses projets de dépense
par ordre de priorité décroissante : les 50 000 premiers euros sont affectés à des projets plus «
utiles » que les 50 000 euros suivants et, de ce fait, l’utilité de 100 000 euros est inférieure au
double de l’utilité de 50 000 euros. On dit que l’utilité marginale de la richesse diminue et que
l’« équivalent certain » de la loterie 𝑊̌ , qui dépend en fait de chaque individu, est
strictement
inférieur à 50 000 euros.
Ces idées, introduites par Bernoulli et Cramer dès le XVIIIe siècle, ont été
systématisées et rigoureusement formalisées par le mathématicien John Von Neumann,
associé à l’économiste Oscar Morgenstern (VNM ci-après). Dans un ouvrage fondamental
publié en 1944, VNM démontrèrent formellement que tout individu obéissant à quelques
principes de rationalité cherche à maximiser, non pas l’espérance de sa richesse, mais
l’espérance de l’utilité de sa richesse. Synthétiquement, le programme d’un individu confronté
à des choix aux conséquences aléatoires se résume à maximiser : 𝐸[𝑈(𝑊̌)].
La fonction d’utilité U(.) traduisant les préférences de chaque individu, lui est
spécifique, et dépend notamment de sa richesse initiale au moment de la décision et de son
aversion au risque.
Cependant, la fonction d’utilité U(.) de la plupart des individus, possède les deux
caractéristiques suivantes : (i) elle est croissante avec la richesse (on désire toujours être plus
riche) ; dès lors, elle est dérivable : U’(.) > 0 ; (ii) elle est concave (la pente U’(.) décroît donc
U’’(.) < 0) ; cette concavité traduit, sur le plan mathématique, non seulement la décroissance
de l’utilité marginale, mais aussi l’aversion à l’égard du risque.
idée consiste à mesurer le risque affectant une richesse 𝑊̌ (ou de la valeur globale
d’un portefeuille) par la variance de celle-ci [notée : σ²(w)]. L’investisseur est alors présumé
prendre ses décisions en fonction seulement de deux paramètres : l’espérance de sa richesse,
𝐸(𝑤̌ ), qu’il souhaite la plus grande possible, et sa variance, 𝜎 2 (𝑤̌ ) qu’il désire la plus
faible possible. Il s’agit du critère espérance-variance (E-V dans la suite).
12
Il est important de déterminer les conditions qui rendent le critère E-V compatible avec
celui de VNM de maximisation de l’espérance d’utilité, car seul ce dernier est théoriquement
fondé. En fait, il est facile de montrer que, dans deux cas, celui d’une fonction d’utilité
quadratique d’une part, et celui d’une richesse distribuée selon une loi Normale (gaussienne),
d’autre part, le critère E-V est bien impliqué par la rationalité de VNM52.
L’avantage décisif de cette formalisation E-V, outre sa simplicité, est qu’elle permet de
raisonner graphiquement dans un espace à deux dimensions seulement, facilitant ainsi le
raisonnement et guidant l’intuition.
Or, les agents économiques ne sont pas en général indifférents à cette asymétrie. En
général l’aversion au risque est associée à une préférence pour une asymétrie positive à faible
risque d’encourir de très fortes pertes. Le critère E-V ne capture donc pas, en général, tous les
aspects de l’aversion au risque.
gaussien, toute la distribution de la richesse est caractérisée par les seuls deux paramètres 𝐸 (𝑊̌) et 𝜎 2 (𝑊̌) ;
52
Cette condition E-V n’est applicable que si l’agent possède des préférences quadratiques. Dans le cas
12
on peut alors écrire, pour toute fonction d’utilité 𝑈: 𝐸[𝑈(𝑊)] =̌𝑓 (𝐸(𝑊̌), 𝜎 2 (𝑊̌))
13
possible sous contrainte du climat. La question fondamentale qui se pose pour lui est alors de
savoir le niveau de risque qu’il encourt en prenant une décision par rapport à une autre.
Comme dans le choix d’investir, l’agriculteur combine plusieurs cultures pour réduire le
risque en minimisant la variance de la rentabilité et qu’il applique le critère E-V. Ainsi,
comme Markowitz, il sera appréhendé comme efficiente (ou efficace) les cultures
caractérisées par une espérance de rentabilité maximum à variance de rentabilité donnée (ou
par une variance minimum à espérance de rentabilité donnée, sachant que cette dernière doit
être supérieure à celle de la culture ayant la plus petite variance). La frontière efficiente
(efficace) est l’ensemble de toutes les cultures efficientes. Pour la trouver, il suffit de résoudre
le programme quadratique suivant, dans lequel les cultures C combinent un nombre n
quelconque de spéculations risquées :
𝑛 𝑛
Min 𝜎 �= ∑ ∑ 𝑥𝑖 𝑥𝑗𝜎𝑖𝑗,
2
𝑖 𝑗
�
𝑛 𝑛
∑ 𝑥𝑖 𝜇𝑖 = 𝜇𝑐 𝑒𝑡 ∑ 𝑥𝑖 = 1
𝑖 𝑖
Il s’agit ici de déterminer le vecteur poids 𝑥𝑖 qui minimise la variance des cultures, à
espérance 𝜇𝑐 de cette dernière donnée (première contrainte, exprimant que la rentabilité
espérée des cultures est la somme pondérée des espérances de rentabilité des cultures
individuelles), en respectant le fait que la somme des poids des spéculations est égale à un
(seconde contrainte). On trouve, ainsi, pour un 𝜇𝑐 donné les cultures à variance minimale, et
en faisant varier, 𝜇𝑐 on obtient toute la frontière efficiente.
Par une diversification appropriée le producteur peut réduire sensiblement son risque
sans sacrifice de rentabilité espérée. On retrouve le bon sens de l’adage populaire : « Il ne faut
pas mettre tous ses œufs dans le même panier. »
Toutefois, et selon l’autre adage suivant lequel « qui ne risque rien n’a rien », il faut
accepter de prendre plus de risque (bien diversifié) pour augmenter la rentabilité attendue.
Comme c’est le plus souvent le cas en pratique, il est possible, en plus de produire des
cultures risquées en empruntant par exemple.
13
Conclusion
Les modèles néoclassiques basés sur l’hypothèse d’information parfaite sont limités
lorsque la décision de l’agent s’effectue dans un univers incertain. Dans cette situation, la
prise en compte des différents états du monde, la vraisemblance et le degré d’aversion pour le
risque du décideur est nécessaire pour déterminer les préférences de l’agent économique. De
plus, le rôle du groupe est important pour le partage des expériences (Omstrom, 1992).
Quelle est la propension d’aversion pour le risque des producteurs de céréales dans le
Bassin arachidier du Sénégal ? Quel est le niveau de confiance accordé aux sources
d’informations climatiques (anticipations) ? Et, enfin, dans quelle mesure l’adhésion à un
groupe contribue à l’adoption des stratégies d’adaptation ? Telles sont les questions
auxquelles le prochain chapitre tente de donner des réponses.
13
CHAPITRE III : ANALYSE DES COMPORTEMENTS
D’ANTICIPATION, DE PRISE DE RISQUE ET D’ADOPTION DES
STRATEGIES D’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
DANS UN GROUPE : cas des exploitants agricoles du bassin arachidier du
Sénégal
Introduction
Les effets du changement climatique sont très divers et géographiquement inégaux. Les
zones agricoles et les spéculations (horticoles et céréalières) ne subissent pas de la même
manière les impacts des aléas climatiques (Dugue, 2012). Les zones arides et semi-arides, où
les précipitations sont faibles et irrégulières alliées à des températures extrêmes, sont les plus
vulnérables (Kotary, 2008). De même, il est admis que les cultures céréalières sont les plus
menacées par le changement climatique, du fait de leur forte dépendance à la pluie (Melki et
al. 1995).
Au Sénégal, 82,1% des superficies emblavées ont moins de 5 hectares. Aussi, 87,1%
des ménages agricoles pratiquent une agriculture sous-pluie. Le bassin arachidier constitue la
partie semi-aride du pays et représente 87,3% des superficies cultivées. Les cultures sous-
pluie représentent 57,5% et sont majoritairement céréalières (ANSD, 2014). La forte
dépendance au climat des activités agricoles, dans cette zone agro écologique, explique le
choix porté sur cette région afin d’analyser l’adoption des stratégies d’adaptation dans un
groupe.
13
systèmes de loterie inspirée des travaux d’Allais (Allais, 1952 ; Mac Crimmon et
Larsson, 1979), est utilisée pour caractériser le comportement des individus face aux risques.
Les informations sur les régions choisies (Louga, Kaolack et Kaffrine) sont issues de la
Situation Économique et Sociale au niveau Régionale de 2013 (ANSD, 2013), élaborées par
les Services Régionaux de la Statistique et de la Démographie (SRSD).
- Région de Louga
Avec une population de 874 193 habitants soit 6,5% de la population nationale,
(ANSD, 2014), l’économie de la région de Louga dépend essentiellement de l’agriculture et
13
de l’élevage et dans une moindre mesure de la pêche du fait de la rareté des ressources
halieutiques. L’agriculture occupe 80% de la population même si la région tarde à couvrir les
besoins céréaliers établis par la FAO (185 kg/personnes/an).
Tableau 10 : Répartition des superficies cultivées (en Ha) par département à Louga
La part de la production céréalière est plus élevée à Kébémer, soit 56,7% et 40,5% pour
Linguère. Le mil demeure la céréale la plus cultivée, soit 88% de la production céréalière
contre seulement 11,2 % pour le maïs. La production de sorgho est faible, elle représente,
0,8% et provient exclusivement de Kébémer et Linguère. De même, l’arachide d’huilerie est
produite pour une bonne partie à Kébémer, soit 66,7% et à Louga avec 25,4%. Le
département de Louga assure plus de la moitié de la production de niébé, soit 59%, suivi de
Kébémer avec 29% et seulement 12% pour Linguère (Tableau 11).
13
Tableau 11 : Évolution de la production par spéculation entre 2012-2013 à Louga
100,0 0,7
90,0 0,6
80,0 0,5
70,0 0,4
60,0 0,3
50,0 0,2
40,0 0,1
30,0 0
20,0
10,0
0,0
20052006200720082009201020112012
pluie moyenne
rend cerealier (T/Ha)
13
- Région de Kaolack
La région de Kaolack occupe environ 2,8% du territoire national, soit 5 357 km²
(ANSD, 2015a). Elle se situe entre la zone sahélienne sud et la zone soudanienne nord en
constituant avec les régions de Kaffrine, Fatick et Diourbel le cœur du bassin arachidier. La
zone enregistre des températures de 35° à 40°c d’avril à juillet. De plus, le relief est composé
de trois types de sols : les sols tropicaux ferrugineux lessivés, les sols hydromorphes et les
sols halomorphes.
La situation pluviométrique de la région est marquée par une forte variation. En effet, en
2013, la région a enregistré une baisse de la pluie par rapport en 2012. Certaines zones ont été
plus arrosées que d’autres, c’est le cas des communes de : Ndiebel, Thiaré et Keur Socé qui
sont toutes localisées dans le département de Kaolack avec respectivement des hauteurs de
pluies de 1 073,9 mm, 999,2mm et 966,8 mm. D’ailleurs, de tous les temps, la zone du
Ndiebel est la plus pluvieuse par saison. En revanche, les zones d’Ourour (département de
Guinguinéo) et de Paoskoto (département de Nioro) sont les moins pluvieuses avec
respectivement 609,4 mm et 634 mm. Du fait de sa position, la région de Kaolack reçoit en
transhumance du bétail venant des régions et pays limitrophes.
13
Tableau 12 : Superficie, rendement, production céréalière et cultures associées à Kaolack
53
La moyenne pluviométrique est calculée sur les niveaux de pluies enregistrés entre juin et septembre
13
Graphique 33: Évolution de la pluviométrie (en mm) et rendement céréalier (T/ha) dans la
région de Kaolack
250 1,2
200 1
0,8
150
0,6
100
0,4
50 0,2
0 0
20052006200720082009201020112012201320142015
- Région de Kaffrine
La région de Kaffrine compte 566 992 habitants. Elle est caractérisée par son fort
potentiel agricole. La région est la troisième région productrice de céréales avec 12% de la
production et première productrice d’arachide (21%). Elle est située à l’ouest de
Tambacounda où les niveaux de pluviométrie dépassent les 800 mm. Kaffrine dispose quatre
(4) départements : Birkelane, Kaffrine, Koungheul et Malem Hodar (ANSD, 2015c).
Le climat est de type soudano-sahélien avec une période d’hivernage courte, allant de
juin-juillet à octobre et une longue saison sèche de 8 à 9 mois. La pluviométrie connait une
variabilité interannuelle. La moyenne est, depuis plusieurs années, inférieure à 800 mm. La
situation météorologique enregistrée en 2013 montre un hivernage déficitaire par rapport à
l’année 2012. En effet, en 2013 les départements de Birkelane et de Koungheul ont connu des
déficits pluviométriques respectivement de 50,6%, soit 1 027 mm en 2012 contre 507 mm en
2013 pour Birkelane ; 845 mm en 2012 contre 418 mm en 2013 pour Koungheul. En outre, les
températures sont généralement élevées, avec des variations importantes. Elles oscillent entre
26 et 39°C et une durée d’ensoleillement moyenne de onze (11) heures (ANSD, 2015c).
Les sols rencontrés dans la région sont de types ferrugineux exploités pour la culture de
l’arachide et du mil. Ils peuvent se présenter sous la forme de sols hydromorphes qui
caractérisent les bas-fonds et les cours d’eau. Il existe aussi des sols halomorphes à cotés des
milieux salés ou tannes.
13
La région de Kaffrine occupe une place de choix dans l’agriculture sénégalaise. En
effet, en 2013, 334 576 ha ont été emblavés dans la région soit 15% des emblavures totales du
Sénégal. Selon les spéculations, 51% des superficies emblavées reviennent aux cultures
industrielles et d’exportation. Au niveau national, 18% des surfaces emblavées pour ces
spéculations se trouvent dans la région de Kaffrine. Dans le même sillage, l’agriculture
céréalière occupe une place importante dans la région. En effet, 160 599 ha ont été emblavés
pour les cultures céréalières ce qui représente 14% des emblavures nationales pour les mêmes
spéculations. Le département de Koungheul occupe la première place des emblavures de
céréales avec 53 058 ha soit 33% des superficies emblavées au niveau régional. Il est suivi de
près par le département de Kaffrine avec 30%.
Les données sur la production, en 2013, montrent que la région a produit 150 822
tonnes de céréales, soit 12% de la production nationale. Cette région se classe en troisième
position au niveau national derrière Saint-Louis avec 24%, soit 314 135 tonnes et Kaolack
12% avec 156 649 tonnes. Au niveau régional, la production céréalière représente 44% de la
production. Pour la culture industrielle, elle représente en 2013 une masse de 336 587 tonnes
soit 14% de la production nationale (Tableau 13).
14
Les organisations paysannes telles que les coopératives ou toute autre organisation
jouent un rôle important dans le renforcement de la cohésion des agriculteurs. Selon les
données du recensement de 2013, seulement 14,2% des ménages agricoles de la région sont
affiliés à une organisation. Les programmes, les projets et les ONG (Projet d’Appui aux
Filières Agricoles : PAFA ; World Vision ; Programme d’Appui à la Décentralisation et au
Développement Local : PRODDEL ; ANCAR, etc.) présents dans cette zone s’activent plus à
l’appui des producteurs pour un meilleur accès aux intrants, matériels agricoles, au
renforcement de capacités, etc.
300 1
250 0,9
200 0,8
150 0,7
100 0,6
50 0,5
0 0,4
0,3
0,2
0,1
20102011201220132014 0
pluie moyenne
rend cerealier (T/Ha)
Au vue des différentes cultures pratiquées dans ces trois régions, les départements de
Kébémer, Nioro, Kaolack, Kaffrine et Koungheul sont plus représentatifs en termes de
production céréalière. Ainsi, ces cinq départements sont choisis pour analyser les types
d’anticipation et de prise de risque des exploitants agricoles dans le bassin arachidier. À cet
effet, un questionnaire a été établi pour recueillir des données sur le comportement des agents
face au changement climatique.
14
III.1.2 _/ Méthode d’échantillonnage
54
Main-d’œuvre composée de salariés permanents et non permanents (Bélière et al.2014)
14
tribu, ou par une personne morale telle une société, entreprise collective ou organisation
d’État. L’«exploitation» agricole est étroitement liée au concept de « ménage » (FAO, 2007).
L’échantillonnage s’est fait en quatre (4) temps. D’abord, par un choix raisonné pour
choisir les régions suivant leur niveau de pluviométrie enregistrée. Ensuite, en fonction de
l’importance de la culture céréalière, les départements ont été sélectionnés. Puis, les villages
sont tirés par rapport à la taille de la population et de leur couverture, au moins, par une
organisation de producteurs (OP) désignée par l’Association Sénégalaise pour la Promotion
du Développement par la Base (ASPRODEB), créée en 1995, ou le Réseau des Organisations
Paysannes et Pastorales du Sénégal (RESOPP), créé en 2002. Et enfin, les exploitants
agricoles sont choisis de façon aléatoire.
C’est ainsi que l’enquête est menée en juillet 2015 sur une durée d’un mois. Elle a
concerné les régions de Louga, Kaolack et Kaffrine et les départements de Kébémer, Kaolack,
Nioro, Kaffrine et Koungheul. Ainsi, seize (16) communes sont concernées (Tableau 14),
114 villages (graphique 35) et 545 personnes interrogées.
14
𝑡2(1 − 𝑝)𝑝
n=
𝑚
2
n : la taille de l’échantillon
requise t : le niveau de confiance
p : la proportion des exploitants membres d’OP
m : la marge d’erreur
La proportion des exploitants membres d’OP varient en fonction des régions étudiées.
Elle est estimée à 15% dans la région de Kaolack, 14,2% dans la région de Kaffrine et 5%
dans la région de Louga. Ainsi, pour maximiser la taille de l’échantillon, il est retenu une
proportion de 15% dans la population totale. À cet effet, avec un niveau de confiance de 95%
et une marge d’erreur de 3%, on se retrouve avec une taille de 545 exploitants. Cet échantillon
a été réparti proportionnellement à la taille des communes sélectionnées.
La base de sondage, qui a permis de faire l’échantillonnage, est obtenue à partir des
données des unions de coopératives : le Réseau des Organisations Paysannes et Pastorales du
14
Sénégal (RESOPP) et l’Association Sénégalaise pour la Promotion du Développement à la
Base (ASPRODEB).Ces deux organisations travaillent avec des associations de producteurs,
des coopératives, des organisations non gouvernementales (ONG), des groupements d’intérêt
économique (GIE) et des fédérations de producteurs afin d’améliorer les conditions de vie des
ruraux à travers l’agriculture et l’élevage principalement. Leur mission est de promouvoir un
cadre de concertation, de coopération et de partage d’expériences à travers une forte
représentativité des membres auprès de l’État et les partenaires publics ou privés. Les deux
structures participent aussi au renforcement des plateformes de concertation sur les
innovations agricoles. À cet effet, elles bénéficient davantage des services extérieurs des
autorités publiques et des partenaires au développement.
Les données du RESOPP ont permis d’obtenir la base de sondage pour la région de
Louga. En effet, cette structure est caractérisée par sa forte présence dans cette région à
travers la Coopérative Rurale de Kelle Gueye (COOPAKEL) qui englobe sept (7)
communautés rurales et 4 929 membres55. En outre, l’échantillonnage au niveau des régions
de Kaolack et Kaffrine est fait à partir de la base de données de l’ASPRODEB, disponible au
Bureau d’Analyses Macro-économiques (BAME), qui donne tous les villages sous couverts
par la Coopérative des Producteurs de Semences (COPROSEM).
Les informations disponibles dans ces bases de données comprennent les régions, les
départements, les communes, les villages, le nombre de membres appartenant à la coopérative
et la population totale du village. L’échantillonnage ainsi effectué a porté sur la population
totale afin de prendre en compte les autres formes de groupement formel ou informel existant
dans le monde rural.
55
cf. [Link]
14
Graphique 35 : Cartographie des régions, des départements et les villages choisis
Le questionnaire est structuré en sept (7) parties. La première partie permet d’identifier
l’enquêteur et l’enquêté. Le deuxième point abordé porte sur les revenus de la production
agricole et non agricole du producteur. La troisième partie renseigne sur les facteurs de
production utilisés et leur coût respectif. Puis, les différentes sources de financement de
l’exploitant sont renseignées de même que les questions de vulnérabilité. La cinquième partie
donne les éléments de classification des risques agricoles puis climatiques et le degré
d’aversion au risque du producteur vis-à-vis de ces aléas probables. Le point six donne les
informations sur les anticipations. Et enfin, la dernière partie décrit les éléments d’adhésion de
l’exploitant à un groupe.
14
nombre d’enfants. L’existence de village et de marché à moins d’un kilomètre est renseignée
pour analyser le degré d’enclavement de la zone enquêtée.
Par rapport aux ressources de l’exploitant, les questions se sont portées sur l’évolution
des champs possédés et exploités (nombre et superficie), la quantité produite sur chaque
parcelle et les modes d’affectation de la production (consommation, semence, don, production
perdue et vente). Dans cette partie, la production animale et son utilisation sont abordées de
même que les revenus non agricoles utilisés pour le financement de l’exploitation agricole.
Ces renseignements ont permis de déterminer la diversification du revenu chez les
producteurs.
Le troisième point aborde les facteurs de production utilisés dans chaque opération
culturale et donne les coûts explicites de ces inputs. C’est ainsi, que les données se sont
portées sur la nature de la main d’œuvre employée dans chaque opération culturale, le type
d’équipement utilisé, les intrants qui ont servi à la production pour l’année 2014 et la traction
animale employée. Ces informations donnent une idée des dépenses agricoles de l’exploitant.
Les questions d’accès à un crédit en nature ou en espèce ont permis de définir les
sources de financement et la vulnérabilité de l’exploitant agricole. Il s’agit aussi, de
comprendre la capacité d’épargne de l’exploitant à travers les prêts octroyés et l’argent
épargné. Enfin, ce travail s’est intéressé sur la perception de la condition de vie (riche ou
pauvre) du producteur.
Pour caractériser les risques auxquels sont soumis les producteurs et leurs
comportements vis-à-vis de ces derniers, les questions se sont portées sur quatre (4) éléments.
D’abord, des renseignements ont été effectués sur les variations du revenu agricole, non
agricole et la consommation entre l’année 2014 (campagne précédente) et la moyenne sur les
cinq dernières années. Le deuxième élément porte sur la perception du risque climatique
comme contrainte liée à la production agricole. Il s’agit entre autre de voir si l’individu a été
victime d’un événement climatique dans le passé. Le point trois permet à l’exploitant de faire
un classement entre les risques de production, de stockage et de commercialisation ainsi que
les facteurs qui ont affecté le plus sa production. Le dernier élément soumet le producteur à
trois types de loterie auxquelles il effectue un classement en fonction de ses préférences
monétaires. Ces préférences monétaires permettent de déterminer le degré d’aversion au
risque financier. Dans le même sens, l’individu donne son niveau de perte de production
tolérable.
14
Pour faire la typologie des agriculteurs en fonction des types d’anticipation formulées,
l’enquêté a répondu sur la fréquence d’apparition d’un bon climat sur les cinq ans, le niveau
d’information obtenue, la source et le degré de confiance accordée à la source avant le
démarrage de la campagne agricole. Le niveau d’information porte essentiellement sur les
facteurs climatiques (pluie, vent et température et les conditions de marché : prix et quantité à
vendre). Cette partie aborde aussi les capacités d’adaptation de l’exploitant agricole. Ils
concernent principalement, la souscription à une assurance agricole et les stratégies adoptées
pour s’adapter aux changements climatiques. Ces stratégies consistent à l’utilisation de
nouvelles espèces, au changement de date de semis, à la gestion de l’eau et/ou de la terre et
des techniques de lutte contre les ravageurs.
Toutefois, pour limiter les biais hypothétiques inhérents à toute enquête, les enquêteurs
ont été formés sur l’esprit de l’étude et la notion de probabilité. La technique de la transitivité
a été parfois utilisée pour plus de cohérence dans les réponses. Les enquêtes sont effectuées
aléatoirement avec un saut systématique de deux concessions après avoir interrogé un
exploitant agricole.
14
III.2.1 _/ Méthodologie et typologie des formes d’anticipation
La deuxième forme s’inspire des travaux de Metzler (1941) sur la définition des
comportements « myopes ». Ainsi, les producteurs retenus sont ceux qui considèrent que le
climat de la campagne en cours sera exactement identique à la campagne précédente sans
source d’information moderne56 ou traditionnelle57. En effet, les seules références, pour ces
acteurs, sont les caractéristiques du climat durant la campagne précédente. Ces agriculteurs
effectuent des anticipations « naïves » et considèrent que la variation climatique admet un
cycle dont la période dépasse l’année. Leur comportement face au risque climatique est
identique à celui observé au cours de l’année passée. Ainsi, lorsque la campagne agricole de
l’année précédente se traduit par une sécheresse, l’agriculteur anticipe une situation
approximativement identique pour l’année en cours.
56
Les sources d’information moderne sont celles qui proviennent de la météo.
57
Les sources d’information traditionnelle sont celles qui ne proviennent pas des données météorologiques.
14
Ainsi, les agriculteurs qui, au-delà de leur capacité à anticiper le climat de la campagne
en cours à partir d’une source d’information principale (moderne ou traditionnelle), accordent
un niveau de confiance élevé à l’origine de ces informations. Ces individus effectuent des
anticipations « rationnelles ». Ces agents sont sûrs de leurs prévisions car intégrant l’ensemble
des paramètres jugés clefs au moment de prendre une décision d’adaptation. En d’autres
termes, pour ces décideurs, l’espérance mathématique des erreurs de prévision est nulle
(Lucas, 1972).
Dans tous les cas, l’évolution future de l’environnement du décideur se traduit par une
perception fondée ou non sur des informations du climat de la campagne agricole précédente
(2014/2015) par rapport à la campagne en cours (2015/2016). Cette perception a permis de
définir les niveaux d’anticipation suivants (schéma ci-dessous).
1- Si un producteur n’est pas en mesure de donner une idée sur la campagne en cours
(2015/2016) en se basant sur la campagne précédente (2014/2015), il est considéré comme
« désintéressé de l’information climatique ».
2- Si un producteur considère que le climat en cours (2015/2016) sera identique à celui
de la campagne précédente (2014/2015) sans source d’information climatique, il effectue des
« anticipations naïves ».
3- Si un producteur donne une idée (meilleure, identique ou mauvaise) de la campagne
en cours par rapport à la campagne précédente avec un niveau de confiance faible sur sa
principale source d’information climatique, il réalise une anticipation de type « adaptatif ».
4- Si un producteur donne une idée de la campagne en cours par rapport à la campagne
précédente avec un niveau de confiance élevé sur sa principale source d’information
climatique, le type d’anticipation formulé est « rationnel ».
Source : l’auteur à partir de la revue de littérature
15
Schéma 1 : Sources d’information climatique et formes d’anticipation
La recherche montre aussi une forte proportion des individus qui ne s’intéressent pas
aux informations climatiques qu’elles soient traditionnelles ou modernes (34,13%). Pour ces
personnes, l’information climatique est incompréhensible ou inaccessible ou bien n’est pas
crédible à leurs yeux. Ces personnes se livrent aux forces de la nature qui conditionnent leur
environnement.
La plus faible part est notée chez les individus formulant des anticipations naïves
(1,65%). Cela, montre que peu d’agriculteurs se prêtent à formuler des anticipations en se
basant uniquement sur la situation climatique de l’année précédente.
15
Les agriculteurs formulant des anticipations rationnelles représentent 28,81% de
l’échantillon. Ces agriculteurs ont un degré de confiance élevé sur leur principale source
d’informations climatiques (graphique 36).
Les exploitants agricoles des départements de Kaffrine, Nioro et Kebemer ont plus
utilisé les informations climatiques (graphique 37). Cette situation s’explique par la forte
présence des programmes et projets installés dans ces zones. En d’autres termes, l’accès à
l’information climatique est rendu possible grâce aux activités de sensibilisation des différents
organismes de développement, notamment la présence du projet CCAFS et du programme
« Kaarangue Mbay 58» de la CNAAS qui couvre les risques liés à la sécheresse dans ces
zones.
15
Une analyse descriptive sur l’enclavement des villages enquêtés a permis de constater
que la majorité des exploitants agricoles interrogés à Koungheul et Kaolack se situent dans
des lieux isolés où il n’existe ni de village à moins d’un kilomètre, soit 82,18% des villages
enquêtés, ni de marché quotidien ou louma pour 95% des producteurs ; et, seulement 9% ont
accès à des routes goudronnées.
100%
80%
80% 68%
61% 61%
54%
60%
96% 100%
100% 89%84%
83%
80%
60%
40%
14%
20% 9% 2% 2% 6% 11% 0% 0%
4% 0%
0%
Kebemer Kaolack Nioro Kaffrine Koungheul
15
- Comparaison des prévisions de l’ANACIM (2015/2016) et les types d’anticipation
Pour comparer les anticipations faites concernant la situation pluviométrique de l’année
2015, le travail s’est focalisé sur les informations publiées par l’ANACIM. Ainsi, d’après le
bulletin agro-météorologique décadaire publié par le groupe de travail pluridisciplinaire
(GTP) de la première décade du mois de juin 2015, l’ANACIM a fait la mise à jour de la
prévision à l’échelle du Sénégal. Les deux conclusions ressorties de ce bulletin ont évoqué
« un démarrage de la saison normal à tardif par rapport à la normale 1981/2010 et un cumul
pluviométrique prévu normal à déficitaire sur la période juillet–août-septembre 2015 mais
meilleur que l’hivernage 2014 » (ANACIM, juin 2015).
Les agriculteurs ayant effectué des « anticipations adaptatives » ont prévu une meilleure
pluviométrie en 2015, soit 60% des agriculteurs ayant effectué des « anticipations
adaptatives » déclarent une meilleure pluviométrie en 2015. Pour ceux effectuant des
« anticipations rationnelles », compte tenu de la diversité des sources d’information et des
canaux de diffusion, 65,61% ont prévu un bon hivernage et seulement 19,75% des exploitants
ont anticipé un climat mauvais pour l’année 2015 (graphique 39). Cette situation montre que
des anticipations « rationnelles » ne veulent pas dire systématiquement qu’elles se réalisent.
Graphique 39 : Pourcentage des types d’anticipation sur la situation pluviométrique
entre 2014-2015
10% 0% 0% 0% 0% 0%
0%
Pas_anticipationAnticipation naïveAnticipation Anticipation rationnelle
adaptative
meilleureIdentiquemauvaise
15
III.2.1.3 _/ Les principales sources d’information utilisées et périodicité climatique
Les informations climatiques utilisées proviennent soit de la météo (source moderne)
soit des systèmes de prévision traditionnelle (source traditionnelle). Ces informations sont
diffusées par divers canaux.
Parmi les informations climatiques utilisées, 72,42% des exploitants ont utilisé des
sources modernes, soit 56,70% de l’échantillon (graphique 40). Les exploitants agricoles qui
utilisent la météo accordent plus de confiance aux informations climatiques.
Seulement, 55,96% des producteurs considèrent que les sources traditionnelles sont très
fiables pour effectuer des prévisions climatiques. La proportion des agriculteurs n’accordant
pas de confiance à la météo s’explique par l’inaccessibilité de l’information climatique ou les
erreurs de prévision (graphique 41).
Les agriculteurs dans le département de Koungheul ont utilisé proportionnellement les
deux types de source. La proportion d’utilisation des sources modernes a été plus importante
dans les départements de Kébémer, Nioro et Kaffrine avec respectivement 90,18%, 93,83% et
100% (graphique 42). Les raisons de cette forte utilisation climatique s’expliquent par la
présence du projet CCAFS depuis 2011 à Kaffrine et étendu à Thies, Louga, Fatick et
Diourbel pour renforcer l’utilisation d’informations climatiques. Ce projet s’appuie sur un
partenariat de l’union des radios associatives et communautaires du Sénégal (URAC 59), une
association de 82 stations de radio communautaire.
59
Union des radios associatives et communautaires du Sénégal (URAC) est une association de 82 stations de
radio communautaire.
15
Graphique 41 : Niveau de confiance des sources d’information climatique
100% 100%
93,83%
90,18%
50% 50%
9,82%
6,17%
0% 0%
Parmi les canaux de diffusion d’information climatique basés sur des données
météorologiques, la radio a été utilisée à hauteur de 97,52% par les exploitants agricoles.
15
Cette situation s’explique essentiellement par le programme de développement des radios
communautaires mis en œuvre depuis (2004)60. Les exploitants agricoles ont reçu aussi des
informations météorologiques sur la pluie à partir des organisations de producteurs ou des
services techniques de l’État (1,42%) mais aussi au niveau des communes (0,35%) et par la
télévision (0,71%). Ces canaux représentent des relais de diffusion d’informations
météorologiques du groupe de travail pluridisciplinaire de l’ANACIM (graphique 43).
Télé0,71%
Commune0,35%
radio 97,52%
60
Camara, «Attitude de proximité des radios locales», dans Entre tradition orale et nouvelles technologies : où
vont les mass média au Sénégal ? Arbeitspapier/Working papers n°47, Gutenberg Universitat 2004.
15
Graphique 44 : Canaux sur les sources traditionnelles d’informations sur la pluie
6,54%
vent
28,04%
anciens du village
65,42%
Oiseaux et autres espèces animales
Pour les modes de prévision du vent, les agriculteurs ont plus utilisé les
informations météorologiques (73,58%). Comme les informations sur la pluie, la radio a été
plus utilisée (98,24%) pour le vent. Cependant, le recours aux organisations de producteurs et
les services techniques de l’État ainsi que la télévision reste faible soit respectivement 0,70%
et 1,06% (graphique 45).
1,06%
Télé
0,70%
OP et services techniques de l'Etat
98,24%
radio
15
oiseaux et autres espèces animales ne sont pas trop utilisés pour anticiper le vent, soit
seulement 9,80% (graphique 46).
Toutefois, 78,47% des agriculteurs ayant formulé des « anticipations rationnelles » ont
utilisé la météo dans leur prévision pour le vent alors que la proportion s’élève à 42,75% pour
les individus ayant formulé des «anticipations adaptatives».
9,80%
oiseaux et autres espèces animales
23,53%
observation du vent en début de campagne
66,67%
anciens du village
Cependant, les sources traditionnelles ont été utilisées pour 42,75% avec une utilisation
des informations transmises par les anciens du village (59,30%) et des oiseaux et autres
espèces animales pour 12,79% (ISRA, 2015e).
Télé 1,05%
15
Toutefois, les agriculteurs ayant formulé des «anticipations rationnelles» ont plus utilisé
des informations météorologiques (76,26%) alors que ceux ayant effectué des «anticipations
adaptatives» ont juste utilisé cette source à hauteur de 67,44%.
Au total, sur tous les aspects du climat, les sources météorologiques ont été les plus
utilisées. De plus, les producteurs formulant des « anticipations rationnelles » ont le plus
utilisé cette source à travers la radio. Les sources traditionnelles représentent des proportions
très faibles et varient en fonction de la nature du climat à anticiper. Ainsi, pour la pluie, les
agriculteurs mettent plus l’accent sur les oiseaux et les autres espèces animales, alors que pour
le vent et la température, les agriculteurs se focalisent sur les anciens du village.
En outre, le nombre de champs possédés et cultivés des agents est inférieur à ceux
n’utilisant pas d’informations climatiques. Ainsi, le nombre de champs possédés et cultivés
16
des types d’anticipateurs « adaptatifs » et « rationnels » ne dépasse pas 4. En plus, l’analyse
horizontale des superficies cultivées montre que les surfaces sont approximativement
identiques chez les personnes ayant utilisé des informations climatiques environ 8 hectares.
Aussi, il est nécessaire de constater que le nombre de champs cultivés est supérieur au nombre
de champs possédés chez les « anticipateurs rationnels », soit respectivement 3,9 contre 3,69.
61
Cf. encadré 3
16
Encadré 3 : Spécification du modèle probit
Dans cette recherche, les variables à expliquer ne peuvent prendre que deux modalités
Le choix de codage (0, 1), qui est traditionnellement retenu pour les modèles
explicatives 𝑋𝑖 = (1, 𝑋𝑖1, … , 𝑋𝑖𝐾) et pour les paramètres 𝜃 = (𝜃0, 𝜃1, … , 𝜃𝐾), de
De manière générale, comme pour le modèle linéaire, on écrit pour les variables
𝜃0 + 𝜃1𝑋𝑖1 + … + 𝜃𝐾𝑋𝑖𝐾 = 𝑋𝜃 .
sorte que
L’usage direct d’un modèle linéaire génère des biais 62. D’abord, écrire 𝑌𝑖 = 𝑋𝑖𝜃 + 𝜀
impose à 𝑋𝑖𝜃 + 𝜀 de ne prendre que des valeurs 0 et 1, alors que 𝑋𝑖𝜃 + 𝜀 est une
expression quantitative. Ensuite, il n’est pas possible d’ajuster de façon satisfaisante, par une
droite, le nuage de points associé à une variable dichotomique. Et enfin, l’estimateur des
Moindres Carrés Ordinaires d’une variable dichotomique génère un biais d’hétéroscédasticité.
entre ces deux modèles est la spécification de 𝐹. Dans les deux cas, la loi des résidus est
Cette probabilité peut être estimée par le modèle probit ou logit. La seule différence
16
62
Cours Économétrie des variables qualitatives : Cours C. Hurlin
16
Le modèle probit correspond à la spécification gaussienne dont la fonction de
répartition (𝐹) est centrée et réduite, usuellement notée ɸ :
X iθ
e−t²/2
𝐹(𝑋𝑖𝜃) = ɸ(Xiθ) = dt,
∫ √2
−∞ π
𝑒−(𝑋𝑖𝜃) /2
2
𝑓(𝑋𝑖𝜃) =
ɸ(𝑋𝑖𝜃) = √2𝜋
de Fisher 𝐼(𝜃). Cependant, l’aspect essentiel est le calcul de l’effet marginal de la j-ème
paramètres et de matrice de variance covariance égale à l’inverse de la matrice d’information
variable 𝑋𝑖𝑗, sur la probabilité de l’événement 𝑌 = 1 pour l’individu 𝑖. Cet effet s’écrit pour
une variable 𝑋𝑖𝑗 continue :
= 𝑓(𝑋 𝜃)𝜃 .
𝜕𝐹(𝑋𝑖𝜃)
𝜕𝑋𝑖𝑗 𝑖 𝑗
16
Tableau 16: Estimations des comportements d’anticipation à partir de l’utilisation
d’informations climatiques
Probabilité d'utilisation d’information climatique dans les prévisions
L’effet positif des coûts fixes supportés sur l’utilisation d’informations climatiques
s’explique par l’effet de garantie psychologique. Ainsi, l’exploitant agricole qui investit une
importante somme d’argent en début d’hivernage s’attend à un retour sur investissement qui
lui pousse à chercher des informations climatiques afin d’obtenir une garantie psychologique.
16
En revanche, l’effet négatif des pertes tolérables sur l’utilisation d’informations
climatiques s’explique par l’effet de la marge de sécurité. Ainsi, l’exploitant agricole ne
prêtera attention à l’information climatique que si la perte peut dépasser sa marge de sécurité
fixée.
En outre, la distance entre le village et le champ réduit le temps que l’exploitant agricole
consacre à la recherche d’informations climatiques. Cette situation explique la diminution de
la probabilité d’utilisation d’informations climatiques lorsque la distance entre le village et
champ est longue.
16
été effectuée pour déterminer le choix de la production lorsque la perte dépasse son niveau
tolérable.
La perception de l’agriculteur face à un risque potentiel sur son activité permet d’avoir
une opinion sur son comportement face à une situation risquée. En effet, l’agent est interrogé
sur sa capacité à prendre des risques lorsque les conséquences monétaires sur son activité sont
aléatoires.
Le classement des loteries est utilisé pour déterminer la prise de risque dans un
environnement incertain. Ainsi, différentes probabilités subjectives sont définies pour chaque
événement de la nature dont les conséquences sont uniquement monétaires. Cette
méthodologie s’inspire des travaux d’Allais (1952) qui considère que les préférences face au
risque peuvent être déterminées grâce aux méthodes d’économie expérimentale basée sur des
jeux de loteries financiers. Pour cela, trois loteries ont été définies (Tableau 17).
Source : l’auteur
Chaque loterie possède une probabilité non nulle de gain. La vraisemblance affectée à
chaque loterie est qualitative (Savage, 1954). Ainsi, un individu est considéré comme
« riscophobe » lorsque son choix se fonde uniquement sur les probabilités de perte.
L’agriculteur adopte des décisions les plus sûres (probabilité de réalisation plus élevée). C’est
le cas lorsque l’agent considère que la loterie 1 est préférée à la loterie 2 qui est préférée à la
loterie 3. Par contre, lorsque l’agent fait un choix sur la base uniquement des gains espérés,
alors il est considéré comme un « riscophile ». C’est le cas observé lorsque l’agriculteur
classe la loterie 3 suivie de la loterie 2 et de la loterie 1. Dans cette situation, seul le résultat
compte pour le décideur. Cependant, l’exploitant agricole peut effectuer un calcul basé sur
l’espérance des gains. Dans ce cas, il choisit celui dont l’espérance des gains est la plus
élevée. Toutefois, pour deux loteries ayant les mêmes espérances mathématiques des gains, le
décideur choisit celle qui est la plus sûre. On parle dans ce cas, que l’agent adopte un
16
comportement « Markowitz ». Cette situation, se matérialise lorsque l’individu considère la
loterie 2 supérieure à la loterie 3.
Ainsi, à travers ce système de loterie d’Allais (1952), il sera question de tester une
quatrième hypothèse :
h4 : les préférences pour le risque financier des exploitants agricoles peuvent être représentées
par la fonction de Markowitz.
Le choix entre deux loteries est expliqué par l’espérance mathématique des gains et la
variance. Si le niveau d’espérance des gains est identique, l’exploitant agricole choisit la
loterie la moins risquée.
L’attitude des agriculteurs face au risque économique a permis de définir trois types
d’agent : « riscophobe », « riscophile » et « Markowitz ».
16
Face aux trois loteries présentées aux producteurs, 81,94% ont préféré la loterie 1 du fait
de sa probabilité de perte nulle (graphique 49). Ces agriculteurs sont classés comme
«riscophobes», leur préférence par rapport aux trois loteries est la suivante : loterie1 > loterie2
> loterie3. En outre, 8,77% des exploitants agricoles sont classés «riscophiles» pour leur
choix orienté vers la loterie 3 qui présente le gain le plus élevé. Pour ces derniers, le
classement s’effectue : loterie3 > loterie2 > loterie1. Enfin, 10,07% des agriculteurs ont fait
un calcul d’espérance des gains et ont choisi la loterie la plus sûre (ils ont un comportement
de type «markowitz»). Pour ces types d’agriculteurs la loterie 2 est préférée aux autres. Leur
classement des loteries est alors : loterie2 > loterie3 > loterie1.
riscophobe 81%
63
Le paradoxe de Saint-Persbourg est mis en œuvre par Nicolas Bernouilli en 1713 puis par Daniel Bernouilli
en1738. Ils montrent que les individus ne sont pas prêts à donner toute leur richesse pour participer à un jeu et de
ce fait leurs préférences ne peuvent pas être représentées par la fonction espérance de la richesse.
16
agents ont choisi celle qui est la moins risquée (loterie 2). Cependant, il n’est pas possible de
vérifier le paradoxe d’Ellsberg64 car la probabilité de chaque loterie est connue d’avance, de
ce fait, l’effet de surprise disparait.
La majorité des agriculteurs qui avaient déclaré « prêts à s’engager sur des activités
risquées » ont été classés parmi les «riscophobes». En effet, 87,43% de ceux qui se jugeaient
audacieux en situation de risque présentent une aversion au risque. Seulement, 5,19% ont
validé leur non aversion pour le risque. Cette situation montre que les exploitants agricoles
dans la zone du bassin arachidier même étant toujours en contact avec le risque, intègrent la
probabilité de perte dans leur choix.
Un test de corrélation entre le niveau d’anticipation et le type de risque a été réalisé. Les
résultats montrent une corrélation positive entre les « riscophobes et riscophiles » et
l’utilisation d’informations climatiques. En d’autres termes, l’utilisation d’informations
climatiques est plus élevée chez les agriculteurs ayant une aversion positive ou négative pour
le risque. En revanche, il n’existe pas de lien entre le comportement de l’individu
« Markowitz » et l’utilisation d’information climatique. Ainsi, une attitude prudente de la part
de l’exploitant diminue la probabilité d’utiliser l’information climatique.
Les résultats montrent qu’environ 79% des agriculteurs manifestent une bonne
connaissance des facteurs naturels susceptibles d’affecter négativement leurs activités
agricoles. Cette situation montre aussi que les agriculteurs sont en mesure de faire la
distinction entre les aléas climatiques et économiques même si la différence peut s’avérer
parfois difficile à établir à cause de leur forte interdépendance (Cayatte, 2009).
64
Le paradoxe d’Ellsberg a été présenté en 1961 pour montrer que les axiomes de base de la théorie des
probabilités ne sont pas respectés. Ellsberg en tire l’idée qu’il existe une aversion pour l’ambiguïté.
17
En outre, les résultats révèlent que 72% des agriculteurs ont été victimes du changement
climatique dans le passé. Les années 1973, 1981, 1985, 2002, 2012, 2013 et 2014 ont été
citées comme les années de référence marquées par les effets néfastes du changement
climatique. Les événements ayant conduit à une détérioration de l’activité agricole concernent
particulièrement le retard des pluies (37%), des pauses pluviométriques (24%), des
sécheresses (11%) et des inondations (8%). D’autres causes ont été déclarées, il s’agit de
l’arrêt précoce des pluies (3%) et les attaques insectes (4%) (Graphique 50).
attaques insectes 4%
inondations 8%
sécheresses 11%
Compte tenu de l’incertitude climatique, les agriculteurs se fixent des niveaux de perte
de production tolérable. Ainsi, 76,88% des personnes enquêtées ont affiché un niveau de perte
tolérable inférieur ou égal à 20% de leur production. La perte moyenne tolérable est de
11,66% avec un maximum de 80%. Cependant, 11,93% des exploitants enquêtés dans la zone
ont fixé un niveau de perte nulle.
Pour des niveaux de perte tolérable supérieure au seuil, 85,27% des agriculteurs
décident de continuer leur activité agricole pour les prochaines campagnes (graphique 51).
Seulement, 0,58% d’entre eux prennent la décision de ne pas continuer à produire. Les
17
agriculteurs qui se fixent des niveaux de perte tolérable compris entre 20 et 50% de leur
production affichent une plus grande volonté à réduire leur volume de production. Cette
proportion est estimée à 19,67% des exploitants agricoles. De la même façon, 66,67% des
personnes décidant de ne plus continuer à produire appartiennent à ceux qui se fixent les
niveaux de pertes les plus faibles compris entre 0 et 5%.
17
Le test de corrélation entre le niveau de perte et l’intention du CAP montre une relation
négative (-0,1920) et significative à 1%. Ce qui signifie que les exploitants agricoles qui
détestent le risque de perdre sont plus disposés à payer.
En outre, un test de corrélation a été fait entre l’attitude face au risque et le niveau du
CAP. Les résultats montrent une corrélation positive et significative au seuil d’1% de ces
deux variables. En d’autres termes, les individus qui se fondent uniquement sur les gains ou
ceux qui effectuent des calculs entre les gains et les pertes sont plus disposés à payer une
somme d’argent pour se protéger du risque. Le résultat trouvé n’est pas conforme avec la
théorie de l’assurance qui stipule que les individus présentant une forte aversion pour le risque
sont plus susceptibles de verser des primes d’assurance (Cayatte, 2009). Ce qui place les
agriculteurs du bassin arachidier comme des cas spécifiques à traiter en situation de risque.
Cependant, le CAP trouvé pourrait s’interpréter comme le montant que serait prêt à payer un
agriculteur pour obtenir une information supplémentaire plus précise (Bosch et Eidman,
1987).
Au total, dans le cas de la mise en place d’assurance agricole fondée sur le climat dans
la zone, l’objectif serait de trouver les agriculteurs qui cherchent le plus des informations
climatiques avec des niveaux de perte tolérable faibles.
Par rapport à la production, 78% des personnes interrogées considèrent que les risques
au niveau de la phase productive sont plus importants (graphique 52). Ces risques proviennent
principalement de quatre (4) types d’incertitude : climatique, technique, fertilité des sols et
financement.
En effet, 62% des agriculteurs considèrent que la variabilité climatique constitue une
menace potentielle à leur activité agricole (graphique 53). Les risques climatiques proviennent
des défauts d’anticipation des situations de déficit pluviométrique ou d’inondations ou parfois
des vents violents causant des dégâts sur les plantes. De même, 35% des exploitants
interrogés déclarent être menacés plus par des risques d’ordre technique tels que le manque de
formation, l’inaccessibilité des semences et engrais en temps et la défaillance des équipements
utilisés durant la production. En outre, la difficulté liée à la fertilité des sols, soit 3% des
17
producteurs, a été identifiée en tant qu’événement affectant le plus les cultures. Enfin,
seulement 1% des exploitants sont plus affectés par les risques financiers.
Pour le risque de stockage, cinq (5) événements peuvent se produire. En effet, les
exploitants agricoles ont déclaré : des possibilités de vol ou de brûlure pour 55% ; des
attaques insectes avec 21% ; la probabilité de pourriture par 14% des agriculteurs ; des
incertitudes techniques liées à la non maitrise des techniques de traitement (6%) ; et
seulement, 4% concernant le risque climatique (graphique 54). Les pluies hors saison, la
variation de température et l’humidité constituent les événements caractéristiques du risque
climatique.
17
Graphique 54 : Principales causes des risques de stockage
17
En faisant un classement des facteurs climatiques qui affectent le plus l’activité agricole
dans le bassin arachidier, les producteurs céréaliers considèrent que la pluie est la principale
contrainte. Environ 87% des agriculteurs classent la pluie comme un facteur exogène pouvant
impacter négativement la production agricole (graphique 56). La proportion d’individus
considérant que le vent affecte leur niveau de production est environ 11% et seulement 1% se
dit impacté par la température.
température 1%
vent 11%
pluie 88%
17
présentent le niveau de perte tolérable le plus faible, soit 5,48% de la production, et un
consentement à payer plus élevé environ 21 055 F CFA.
Au total, il est possible de considérer que plus l’agent est prêt à prendre des risques
financiers (« riscophile » ou « Markowitz ») plus il présente un niveau de perte tolérable
faible et plus il est disposé à payer pour éviter les risques de perte. En d’autres termes,
l’importance de la surface exploitée et le faible niveau de perte production tolérable sont
susceptibles d’expliquer la disposition à payer de l’exploitant agricole. Ce résultat est
conforme à la littérature car les exploitants agricoles sont habitués à subir des risques et sont
globalement plus tolérant aux risques ; mais comme tous les entrepreneurs, ils sont plus
sensibles au risque de perte de production (Bocqueho et al., 2014).
Selon les estimations de la propension à prendre des risques financiers des exploitants
agricoles et le calcul des effets marginaux par le modèle probit, la capacité financière et la
possession de petits ruminants augmentent la probabilité de prise de risque respectivement de
20% et de 14%. Aussi, la propension pour le risque diminue de 13% si l’agent a été victime
du changement climatique. Également, cette propension diminue environ d’1% lorsque le
niveau de perte tolérable augmente d’1% (Tableau 19).
17
termes, le fait d’appartenir à un groupe n’implique pas systématiquement une variation de la
propension à prendre des risques financiers.
Tableau 19: Estimation de la propension pour le risque financier des exploitants agricoles
Propension à prendre des risques financiers
Propension à prendre des risques financiers Structure Coefficient P > |z| dy/dx X
1=l’exploitant prend des risques des variables
0=Sinon
Utilisation information climatique 1=oui 0.2292185 0.238 0.0647553 0.6578
0=non
Capacité financière (argent prêté) 1=oui 0.5853578** 0.025 0.1986688 0.0850
0=non
Victime du changement climatique 1=oui -0.435711*** 0.008 -0.13474 0.6966
0=non
Possession de petit ruminant 1=oui 0.5203086*** 0.002 0.1430414 0.6262
0=non
Pertes tolérables Continue -0.007743*** 0.008 -0.002254 20.830
Présence de village à moins d’1 km 1=oui -0.2061225 0.203 -0.060559 0.5607
0=non
Adhésion au groupe 1=oui 0.0119331 0.937 0.0034752 0.4636
0=non
Coûts fixes continue -2.15e-06 0.486 -6.25e-07 14870
Culture principale arachide 1=oui -0.3614665** 0.060 -0.114658 0.8350
0=non
Culture principale maïs 1=oui -0.551727*** 0.001 -0.159033 0.4879
0=non
Culture principale mil 1=oui -0.4815243** 0.024 -0.15805 0.8714
0=non
Culture principale sorgho 1=oui -0.074231 0.758 -0.021183 0.1675
0=non
Culture principale sésame 1=oui 0.2211155 0.373 0.0684851 0.1214
0=non
_cons 0.2627679 0.428
degré de significativité : 1% = *** ; 5% = ** ; 10% = *
N=412
LR chi2 (13) = 72.51
Prob > chi2 = 0.0000
Pseudo R2 = 0.1588
La possession de petits ruminants génère un effet positif sur la propension à prendre des
risques financiers. Cette situation résulte du fait que le bétail constitue un moyen d’épargne
pour le producteur qui pourrait le vendre en cas de besoin.
17
La relation négative entre la propension à prendre des risques financiers et le fait d’être
victime du changement climatique peut s’expliquer par le fait que les pertes engendrées par le
climat peuvent modifier le comportement de l’exploitant agricole qui devient alors plus
« averse » pour le risque.
De même, si l’individu se fixe des niveaux de pertes tolérables élevées, il prend par
conséquent moins de risques financiers. Ainsi, il essaie de minimiser les coûts résultant de la
perte de production qu’il se fixe.
Six stratégies d’adaptation sont principalement adoptées par les producteurs céréaliers
face au changement climatique. Elles concernent particulièrement : la diversification culturale
pratiquée par 97,61% des producteurs, la rotation culturale (40%), le changement de la date de
semis (57,63%), la gestion des ravageurs (26,78%), la diminution des surfaces cultivées
(24,04%) et l’utilisation de variétés à cycle court (50,64%) (Tableau 20).
17
faiblesse de leur fréquence pourrait causer le risque de non convergence 65 des estimations.
Toutefois, les tests de corrélation effectués entre les deux stratégies (gestion des ravageurs et
réduction des superficies cultivées) et l’adhésion à un groupe social montrent qu’elles sont
non corrélées (cf. annexe 5.166 et 5.267).
Le fait d’être victime d’un événement climatique augmente les probabilités d’adoption
du changement de la date de semis (11%) et l’utilisation de variété à cycle court (12%). Si la
perception de la périodicité du bon climat dépasse 2,38 années, toute année supplémentaire
diminue les probabilités de la rotation culturale de 10% et de l’utilisation de variété à cycle
court de 6%.
65
Le risque apparait lorsqu’on observe qu’une seule modalité sur la variable de sélection avec le modèle
heckman.
66
Annexe 5.1 : Test de corrélation entre réduction des terres et adhésion au groupe.
67
Annexe 5.2 : Test de corrélation entre gestion des ravageurs et adhésion au groupe.
18
L’effet d’imitation augmente les probabilités d’adopter des changements de date de
semis de 30% et l’adoption de variété à cycle court de 27%. En effet, la décision de produire
quelle que soit la prévision annoncée par la météo augmente la probabilité d’adopter la
rotation culturale (56%) et diminue celle de l’utilisation de variété à cycle court de 33%
(Tableau 21).
Ces résultats sont conformes à la littérature (Marra et al., 2003; Prokopy et al., 2008;
Barham et al., 2014). Cependant, il était attendu que l’adhésion à un groupe soit significative
pour toutes les stratégies adoptées (Kuhfus et al., 2013) ce qui ne fut pas le cas pour le
changement de la date de semi et l’utilisation de variété à cycle court. Cette situation permet
de se poser la question de savoir : dans quelle mesure l’adhésion à un groupe explique
l’adoption des stratégies d’adaptation ?
Tableau 21 : Effets marginaux des stratégies d’adaptation estimés avec le modèle probit
Stratégies d’adaptation utilisées Effets marginaux
au changement climatique Description des Rotation culturale Changement date de Variété à cycle
1=adoption variables semis court
0=si non dy/dx X dy/dx X dy/dx X
Adhésion à un groupe 1=oui 0,13** 46 0,05 0,46 0,04 0,46
0=non
Utilisation information 1=oui 0,26*** 0,72 0,25*** 0,72 0,11 0,72
climatique 0=non
Aversion au risque financier 1=averse 0.21*** 0.74 -0.09 0.74 -0.35*** 0.74
0=non
Distance village champ 1= -1 km -0.06 0.49 0.13** 0.49 0.08 0.49
0=non
Perception au climat 1=oui 0.07** 3.46 0.11*** 3.46 0.08*** 3.46
0=non
Victime du changement 1=oui -0.1 0.67 0.28*** 0.68 0.12* 0.68
climatique 0=non
Périodicité du bon climat continue -0.1*** 2.38 -0.02 2.38 -0.065** 2.38
Effet imitation 1=oui 0.11 1.28 0.30*** 1.28 0.27*** 1.28
0=non
Décision de production 0.56*** 1.74 -0.06 1.74 -0.33*** 1.74
N 359 359 359
Prob > chi2 0.0000 0.0000 0.0000
Pseudo R² 0.2844 0.1991 0.2086
Seuil de significativité : *** =1% ; ** =5% ; * =10%.
Les agriculteurs ont été catégorisés en quatre (4) groupes : ceux qui n’ont pas adopté de
stratégie d’adaptation ; ceux qui ont un niveau d’adaptation faible ; ceux qui ont un niveau
moyen ; et ceux qui ont un niveau élevé. Le deuxième groupe correspond aux agriculteurs
ayant adopté qu’une seule stratégie, le troisième est constitué par ceux qui ont adopté deux
18
stratégies et le dernier groupe constitue les exploitants qui ont adopté les trois stratégies
retenues.
Au total, dans la région de Kaolack 100% des agriculteurs ont au moins adopté une
stratégie d’adaptation avec les degrés d’adaptation les plus élevés enregistrés dans le
département de Nioro (graphique 58).
18
Graphique 58 : Degré d’adoption des stratégies d’adaptation en fonction des zones
3,96%
Koungheul 8,91%
84,16%
2,97%
12,40%
Kaffrine
11,57% 37,19%
38,84%
63,54%
Nioro 13,54% 22,92%
0,00% 29,91%
Kaolack 56,07%
14,02%
0,00%
12,71% 30,51%
Kebemer 12,71% 44,07%
Cette recherche s’est spécifiquement focalisée sur les trois stratégies retenues. Ainsi, les
contraintes sont analysées dans les cas de non utilisation de la rotation culturale, du
changement de la date de semis et l’utilisation de variété à cycle court.
Pour cette stratégie, la cause principale du non adoption est le manque d’argent (46%).
De même, la difficulté de sa mise en œuvre et le manque d’encadrement constituent aussi des
limites. Le risque de perte représente 0,42% (graphique 59)
49,27%
pas de réponse
Pas de confiance à ces technologies 0,63%
Non maîtrise de la technologie 0,63%
Manque d'encadrement 1,25%
Risque de perte 0,42%
très compliquée 1,46%
manque d'argent 46%
18
- Contraintes liées au changement de la date de semis
Les semis précoces permettent d’éviter les effets des arrêts précoces des pluies
(Ouedraogo et Some, 2010). Les limites à l’adoption de cette stratégie portent principalement
sur la difficulté à prévoir le vrai démarrage des pluies (le risque de faire un faux départ).
L’autre aspect évoqué est le manque d’argent qui ne permet pas au producteur de faire une
bonne planification de l’activité agricole. De même, 3,33% des exploitants considèrent qu’il y
a un risque de perte (graphique 60).
Dans cette section, il sera question d’étudier l’influence des groupes dans les choix
d’adaptation. Plus précisément, il s’agit de déterminer dans quelle mesure l’adhésion à un
groupe peut expliquer les différents niveaux d’adaptation (adoption d’une seule stratégie, de
deux stratégies ou des trois stratégies retenues69). Pour ce faire, le modèle de heckman probit
à deux étapes est choisi pour l’analyse économétrique.
Le modèle de heckman probit a été choisi pour deux raisons principales : la structure
des variables dépendantes (bivariées) et la nécessité d’estimer simultanément l’adhésion à un
groupe et l’adoption de stratégies d’adaptation.
18
économique (GIE), coopérative, association religieuse, association culturelle, association
sportive ou tontine. Toutefois, il faut remarquer que chaque niveau d’adoption représente une
variable à expliquer dont les codes sont 1 et 0.
Le modèle expliquant l’influence du groupe à l’adoption des stratégies d’adaptation a été
schématisé ci-dessous :
Schéma 2: Modèle à deux étapes de heckman probit
Ainsi, ce modèle comporte deux étapes. Dans un premier temps, l’individu déclare s’il
est membre ou non d’un groupe ; ensuite, le cas échéant, il décide de l’adoption. Cette
approche est semblable à celle des « two-parts models » dont un aperçu peut être obtenu dans
Manning (1997).
70
Un modèle de régression tronquée apparaît lorsque les observations des variables explicatives et de la variable
dépendante figurant en dehors d’un certain intervalle sont totalement perdues.
18
Le modèle en deux étapes de Heckman est constitué de la manière suivante. En
premier lieu, il est nécessaire d’estimer la probabilité d’adhésion à un groupe. La seconde
étape consiste à réaliser une estimation, par le modèle probit, de la propension d’adoption de
stratégies d’adaptation. La spécification du modèle est présentée dans les lignes suivantes.
18
socioéconomiques liées au producteur 𝑖 et capable de déterminer sa décision d’adaptation
(caractéristiques notées 𝑍𝑖𝑗) d’une part, puis 𝑗′ caractéristiques démographiques et
socioéconomiques liées au même producteur 𝑖 et susceptible de déterminer son adhésion au
groupe (caractéristiques 𝑌𝑖𝑗) d’autre part, le modèle économétrique qui en ressort est :
𝑎𝑖 = 𝛼0 + ∑ 𝛼𝑗𝑍𝑖𝑗 + 𝜇𝑖
𝑗
𝑠𝑖 𝑒𝑡 𝑠𝑒𝑢𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑠𝑖 [2.6]
Dans ce modèle, 𝑎𝑖 est le degré d’adaptation (1= degré d’adaptation observé ; 0= si non)
du producteur 𝑖 et 𝑎𝑔𝑖 son adhésion à un groupe (1=adhésion ; 0=pas d’adhésion). Les
paramètres 𝛼 et 𝛽 sont des paramètres à estimer ; enfin 𝜇 et 𝑣 sont les termes d’erreurs (𝜇 et
𝑣 suivent une loi normale 𝑁(0; 1)).
Cependant, il existe un coefficient de corrélation 𝜌 des termes d’erreur :
(𝜌: corr(μi, 𝑣𝑖) ≠ 0).
Dans le cas où le coefficient 𝜌 est égal à 0, les termes d’erreur des deux équations ne
sont pas corrélés entre eux. Ainsi, l’équation de sélection n’a plus de raison d’être car les deux
décisions sont indépendantes.
La méthode de heckman probit donne une approximation des résultats trouvés par la
méthode du maximum de vraisemblance (Yirga, 2007). De même, heckman probit (heckprob)
offre une estimation consistent et asymptotiquement efficiente pour tous les paramètres d’un
tel modèle (Statacorp, 2003).
Pour cette recherche, la première étape du modèle heckman probit est l’adhésion à un
groupe. Ainsi, 259 producteurs se disent appartenir à un groupe soit environ 48,05% des
répondants. Les groupes les plus représentatifs concernent les coopératives (28,48%), les
associations religieuses (21,82%) et les GIE (21,21%). Cependant, les tontines, les
organisations de producteurs, les associations culturelles ou politiques et les ONG sont moins
fréquentées par ces exploitants agricoles (graphique 62). Toutefois, seulement 72,73% de ces
groupes sont formels (base de données).
18
Graphique 62 : Taux d’adhésion des producteurs aux groupes
Tontines 8% OP 7% ONG 1%
Coopérative 29%
Association politique 4%
Association culturelle 8%
GIE 21%
Pour estimer les équations substantielles (ou les outputs du modèle : degré
d’adaptation), les variables : aversion pour le risque financier, utilisation d’information
climatique, le niveau de perte supportable par l’exploitant et le refus de payer une somme
d’argents en cas dépassement de la perte tolérable, sont utilisées. Le rôle de l’utilisation
d’informations climatiques sur la décision d’adoption a été cité dans la littérature (Vernier,
2009) ; En revanche, les autres variables ont été introduites pour justifier les hypothèses de
départ. Ces variables semblent avoir un effet positif sur le degré d’adoption.
Concernant, l’équation de sélection, huit (8) variables exogènes ont été retenues dans
l’estimation. La plupart découle de la littérature (Ogionwo Eke, 1999 ; Ofuoku et Agbamu,
2012 ; Ofuoku et Urang 2009). En effet, l’âge de l’exploitant est pris en compte pour
comprendre l’effet d’exclusion lié à ce facteur. De plus, le besoin de formation, l’accès au
crédit et aux services extérieurs peuvent influencer la décision d’adhésion à un groupe. Le
désenclavement, le fait d’être victime d’un événement climatique et de ne pas payer pour
s’assurer au-delà d’un niveau de risque tolérable conditionnent aussi l’appartenance à un
groupe. Également, le désir de vouloir discuter sur les changements climatiques est pris en
compte pour comprendre s’il est un réel motif à l’adhésion. Le tableau ci-dessous donne une
description des variables dépendantes et explicatives des équations à estimer.
19
Tableau 22: Description des variables du modèle
Équation de sélection Équations substantielles
Variable dépendante Variables dépendantes
Description Pourcentage Pourcentage Description Pourcentage Pourcentage Pourcentage Pourcentage
des des des des des des exploitants
exploitants exploitants exploitants exploitants exploitants n'ayant pas
agricoles agricoles ayant un ayant un ayant un adopté les
membres non niveau faible niveau moyen niveau élevé stratégies
d'un groupe membres d'adaptation d'adaptation d'adaptation retenues
d'un groupe
Adhésion au groupe 48,05% 51,95% Degré d'adaptation 32,84% 31,74% 23,49% 11,93%
aux changements
climatiques
Variables indépendantes Variables indépendantes
Description (nomenclature) Moyenne Écart-type Description (nomenclature) Moyenne Écart-type
Age (âge) 51,86 12,56 Aversion au risque financier 0,75 0,42
(Aversion rf)
Besoin de formation (BF) 0,84 0,36 Utilisation 0,64 0,48
d'informations climatiques
(Info climat)
Crédit (Credit) 0,49 0,5 Niveau de perte tolérable 2,42 1,43
(niveau de perte)
Services extérieurs reçus (SER) 0,44 0,49 CAP nul (CAP nul) 0,39 0,49
Présence de village à moins d'1 km 0,59 0,49
(Désenclavement)
Victime du changement climatique (victime 0,71 0,45
du CC)
CAP nul 0,39 0,49
Discussions sur le changement climatique 0,38 0,49
(Discuss sur cc)
Source : l’auteur à partir des données d’enquête d’ISRA/BAME, 2015
1
III.4.3 _/ Résultats des estimations et les barrières à l’adhésion
Trois estimations ont été faites sur Stata séparément puis regroupées dans une même table.
Ainsi, l’adhésion à un groupe a été estimée simultanément avec chaque niveau d’adoption des
stratégies d’adaptation. Aussi, le modèle de heckman probit utilisé a permis d’obtenir des résultats
sur chaque output (niveau d’adaptation) du modèle.
Pour chaque niveau d’adaptation, une estimation du modèle de heckman probit a été
effectuée (cf. annexe 6)71. La convergence est obtenue après 5 itérations pour la première
estimation, 3ème itération pour la seconde et 4éme itération pour la troisième. Les statistiques de
Wald sont respectivement 28,18 ; 22,24 et 14,34. Les modèles estimés paraissent bien spécifiés :
l’hypothèse Ho que tous les coefficients de corrélation sont égaux à zéro est rejetée.
La présentation synthétique des coefficients estimés par type d’adoption a été effectuée sur
Stata13. Voici le tableau obtenu dans ce cas (Tableau 23)
71
Annexe 6 : Estimations par le modèle probit de heckman de la probabilité d’adhésion et degré d’adaptation au
changement climatique.
18
Tableau 23 : Présentation synthétique des coefficients estimés par type d’adoption
18
Pour tous ces modèles, la décision d’adoption est justifiée. En effet, les pvalues du test de
significativité de rho (p_c dans le tableau ci-dessus) sont partout inférieures à 5%.
L’aversion pour le risque financier diminue avec le degré d’adoption. Elle évolue
positivement si l’exploitant décide d’adopter une seule stratégie mais devient négatif si l’agent
veut adopter deux ou trois stratégies. En effet, compte tenu du fait que la propension pour le risque
financier diminue le niveau de perte tolérable, les agents prenant des risques financiers sont plus
susceptibles d’adopter des stratégies d’adaptation afin de limiter les pertes de récolte.
La disposition à payer a une influence positive sur le degré d’adoption le plus élevé. Ainsi,
un consentement à payer nul diminue la probabilité d’adopter les trois stratégies retenues. En
d’autres termes, pour une adoption élevée il faut que l’exploitant agricole manifeste la volonté de
payer pour se protéger contre une perte éventuelle.
Pour la constante, elle est positive pour les trois modèles, mais seulement significative pour
le niveau d’adoption élevé. Ainsi, elle peut s’interpréter comme le niveau minimal d’adoption.
Dans l’équation de sélection, il apparait que l’âge et la non disposition à payer pour
s’assurer d’un niveau de perte tolérable diminuent la probabilité d’être membre d’un groupe. Ces
deux variables sont significativement négatives pour les trois niveaux d’adoption. Par contre, le
besoin de formation, l’accès au crédit et aux services extérieurs, le fait d’être victime d’un
événement climatique, le désenclavement et le désir de discuter sur le changement climatique ont
un effet positif sur l’adhésion à un groupe. Ces résultats sont conformes à la littérature (Branchet
et Trognon, 1994; Featherstone et Goodwin, 1993 ; Soule et al., 2000 ; Isham, 2002)
18
III.4.3.2 _/ Barrières à l’adhésion
Les producteurs non membres de groupes ont été interrogés sur les obstacles à l’adhésion.
Ainsi, 32,66% des exploitants agricoles ont évoqué comme principaux motifs: le manque
d’orientation du à la motivation des dirigeants des groupes (25%), l’exclusion par le genre du fait
que la plupart des groupements identifiés sont réservés uniquement aux femmes (18,27%), le
manque de confiance des membres dû à la crédibilité de ses responsables (14,42%) et le droit
d’adhésion élevé (9,62%). D’autres contraintes ont été signalées par les exploitants, il s’agit de la
méconnaissance de ces groupes (8,65%), le manque d’utilité (6,73%), l’indisponibilité (4,81%), le
manque de cohésion (4,81%), l’exclusion par l’âge (4,81%), l’éloignement (0,96%) et le critère de
la résidence (0,96%).
manque de temps 5%
droit d'adhesion élevé
10%
pas d'utilité 7%
manque d'orientation 27%
exclusion par le
pas confiancegenre
15%19%
Conclusion
Cependant, une bonne partie des exploitants agricoles n’utilisent pas d’informations
climatiques dans leur anticipation du fait qu’ils se situent dans des villages enclavés ou se fixent
des niveaux de perte tolérable élevée. Les départements de Koungheul et Kaolack présentent des
taux d’utilisation les plus faibles.
18
Toutefois, les exploitants agricoles qui utilisent des informations climatiques accordent une
certaine marge d’erreur à la réalisation de leur anticipation, même si la météo bénéficie plus de
crédibilité de la part des agents que les croyances culturelles ou religieuses.
En définitive, les résultats des estimations montrent que le degré d’adoption de stratégies
d’adaptation dans un groupe diminue avec un niveau de perte tolérable élevé et un consentement à
payer nul. Ainsi, pour que l’adhésion soit incitative à l’adoption, il faut que les membres aient
accès au crédit, à la formation et aux services extérieurs. De même, dans les activités d’animation
du groupe, les aspects climatiques doivent être intégrés pour sensibiliser davantage les membres
sur les notions de risque et d’incertitude.
19
CONCLUSION GÉNÉRALE ET RECOMMANDATIONS DE POLITIQUES
ECONOMIQUES
L’agriculture sénégalaise est soumise à une forte pression climatique qui réduit sa
performance productive. Les niveaux de production agricole sont essentiellement déterminés par
l’évolution de la pluviométrie. Les rendements céréaliers, notamment le mil, le maïs et le sorgho,
ont connu une baisse de 12% entre 2012 et 2014. De même, l’arachide et le niébé ont aussi
enregistré une chute de production en 2012.
L’impact des chocs climatiques sur le revenu agricole a poussé les producteurs à mettre en
place des stratégies d’adaptation. Ainsi, l’adaptation consiste, pour l’exploitant agricole, à
modifier ses plans de production à travers un changement d’organisation, de localisation ou de
technique culturale afin de réduire les effets négatifs du climat sur son bien-être.
Cependant, l’imprévisibilité des chocs climatiques oblige les agriculteurs à prendre des
risques. Ainsi, pour l’exploitant agricole, le choix d’adopter une stratégie par rapport à une autre
dépend de son utilisation d’informations climatiques, de sa propension d’aversion pour le risque et
l’influence de son environnement auquel il appartient.
19
coopératives, des groupements d’intérêt économique, des organisations paysannes sont créés pour
faire profiter à leurs membres des services extérieurs.
La prise en compte de ces trois enjeux a permis de différencier les exploitants agricoles en
fonction de leur type d’anticipation basée sur l’utilisation d’informations climatiques, de leur
propension d’aversion pour le risque financier et de leur degré d’adoption des stratégies
d’adaptation dans un groupe.
L'objectif principal de cette présente recherche est d’analyser la relation entre l’adhésion au
groupe et l'adoption des stratégies d'adaptation. De manière spécifique, il s'agit, de déterminer les
types d'anticipation des exploitants agricoles suivant l’utilisation d'informations climatiques (i) ; le
degré d'aversion au risque climatique des exploitants agricoles (ii) ; et, les facteurs expliquant
l'adoption des stratégies d'adaptation dans un groupe (iii).
Pour réaliser ces objectifs, la présente recherche a utilisé des méthodes quantitatives en
s’appuyant sur des données d’enquête directe réalisée dans le bassin arachidier. Cette zone agro-
écologique du Sénégal a été choisie pour prendre en compte la diversité climatique observée à
l’intérieur du pays. Ainsi, le bassin arachidier a été subdivisé en trois sous-zones en fonction du
niveau d’aridité (nord aride : Louga, centre semi-aride : Kaolack et sud humide Kaffrine). Au
total, l'enquête s’est portée sur 16 communes, 114 villages et 545 personnes.
Pour déterminer les types d’anticipation, cette étude s’est focalisée essentiellement sur les
sources d’information climatique utilisées et le degré de confiance accordée à ces dernières. À
l'aide d'un modèle probit, les résultats des estimations montrent que la probabilité d’utiliser des
informations climatiques diminue lorsqu'on passe d'un individu n'ayant pas été victime du
changement climatique vers un autre ayant subi l'impact du climat. Cette probabilité diminue aussi
si l’exploitant agricole se fixe un niveau de perte tolérable élevé et pratique principalement les
cultures : sorgho, sésame et manioc. En revanche, il existe une relation positive entre la probabilité
d’utiliser des informations climatiques et le fait de se situer dans un village désenclavé ou de
posséder de gros ruminants.
En outre, l’analyse du comportement des exploitants face au risque a été faite en distinguant
trois types d'agents : les riscophobes, les riscophiles et ceux qui adoptent un raisonnement
Markowitz. Cette différenciation s’est effectuée en se basant sur trois loteries composées de
probabilités subjectives et des conséquences monétaires. Cette méthode est inspirée des travaux
d’Allais (1953) basée sur des préférences déclarées. À la suite, une estimation de la propension à
prendre un risque financier est faite à l’aide du modèle probit. Les résultats montrent que les
exploitants agricoles victimes des aléas climatiques ou qui se fixent des niveaux de perte tolérable
19
élevés ont une propension d’aversion pour le risque plus importante. Par contre, la probabilité de
prendre des risques financiers augmente avec l’utilisation d’informations climatiques et la capacité
financière de l’agent. Cette probabilité diminue lorsque l’exploitant pratique principalement les
cultures d’arachide, de maïs et du mil.
Pour répondre à cette problématique, une estimation à l’aide du modèle d’heckman probit a
été réalisée. Ce modèle donne simultanément les caractéristiques de l’adhésion au groupe et
l’adoption de stratégies d’adaptation. Ce modèle a permis d’analyser trois niveaux d’adaptation
suivant les caractéristiques changeant de l’exploitant dans le groupe. Les résultats montrent que la
prise de risque financier, l’utilisation d’informations climatiques et la disposition à payer pour se
protéger contre un risque supérieur au niveau de perte tolérable sont déterminantes à l’adoption de
stratégies d’adaptation. Toutefois, il est nécessaire que les membres du groupe aient accès au
crédit, à la formation et aux services extérieurs. En outre, il faut également que les aspects
climatiques soient intégrés dans les activités du groupe pour sensibiliser davantage les membres
sur les notions de risque et d’incertitude.
C’est finalement sur la base de ces résultats obtenus que des mesures économiques seront
envisagées dans les lignes qui suivent pour essayer d’accroître le degré d’adoption de stratégies
d’adaptation dans un groupe. Les implications agricoles et économiques qui seront définies
permettront de faciliter l’accès aux informations climatiques et la souscription à une assurance
agricole sur le climat.
19
d’adaptation dans un groupe. D’autre part, la propension pour le risque financier accroît le degré
d’adoption de stratégies d’adaptation dans un groupe.
Les informations climatiques constituent un enjeu important pour les exploitants agricoles,
car elles leur permettent de prendre les meilleures décisions de production possible dans un
contexte de variation du climat. Ainsi, un producteur qui anticipe un déficit de pluies peut choisir
de semer des variétés de semences à cycle court ou de diversifier sa production. Cependant,
l’utilisation d’informations climatiques pose deux problèmes majeurs : sa production et sa
diffusion, d’une part, et l’existence de plusieurs sources d’informations climatiques, d’autre part.
19
Par rapport à la crédibilité des informations météorologiques, la recherche propose à
l’ANACIM d’intégrer les connaissances locales dans les champs de démonstration 72. Car,
même si les données météorologiques permettent de parfaire les décisions des acteurs dans un
contexte de changement climatique, les savoirs locaux permettent de mieux comprendre le
comportement des espèces suivant les conditions climatiques.
Cette observation doit être combinée avec deux résultats trouvés dans l’estimation du degré
d’adoption dans un groupe. Premièrement, l’estimation économétrique de l’adhésion au groupe
montre que l’accès au crédit, aux services extérieurs et les besoins de formation poussent les
faibles adoptants à intégrer les groupements. Cependant, au fur et à mesure que le degré
d’adoption augmente, les besoins s’élargissent et s’orientent vers d’autres paramètres tels que le
désir d’ouverture ou de discussions sur le changement climatique.
En outre, il est observé que les exploitants agricoles dans les groupes souhaitent donner une
somme d’argent pour se couvrir contre le risque climatique. Ce montant traduit une demande
d’assurance contre un niveau de perte de production supérieur au seuil tolérable. Cette somme
explique le niveau d’adoption le plus élevé.
Les résultats de cette recherche permettent de comprendre le rôle du groupe dans l’adoption
des stratégies d’adaptation dans le bassin arachidier. Cependant, comme toute œuvre humaine, ce
travail n’est pas parfait. La méthode de détermination des préférences pour le risque à travers un
72
Les champs de démonstration permettent de comparer les rendements obtenus avec l’utilisation d’information
19
climatique et ceux obtenus sans prise en compte des données du climat
19
système de loterie monétaire ne prend pas en compte les autres paramètres qui peuvent maximiser
l’utilité de l’exploitant agricole. En effet, la production agricole n’est pas seulement destinée à la
commercialisation : une bonne partie permet au producteur de satisfaire ses besoins de
consommation. Ainsi, une perte de production due au climat serait beaucoup plus dommageable
lorsqu’il s’agit de la consommation que de la commercialisation.
Les résultats obtenus doivent être complétés par d’autres recherches. Notamment, beaucoup
de questions restent ouvertes. Les pistes de recherche devraient s’intéresser à la dynamique des
anticipations climatiques et des préférences pour le risque des exploitants agricoles dans le temps.
Ces pistes sont importantes dans le sens qu’elles permettent de mieux comprendre les types
d’anticipation qui correspondent au plus à la réalité climatique de la zone. Aussi, une recherche
mettant l’accent sur le coût de chaque stratégie d’adaptation par spéculation permettrait de mieux
comprendre la décision d’adoption. En effet, l’exploitant agricole adoptera une stratégie
d’adaptation que lorsque le coût de l’adoption est inférieur à la perte supportable.
19
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22
ANNEXES
ANNEXE 1 : Questionnaire
1. Identification
Nom du chef d’exploitation :……………….. …………………sexe : / / Age : / /
Ethnie : / / Situation matrimoniale : / / Niveau d’instruction : / /
Activité principale 1: / / Activité secondaire : / / Nombre de mois par an dans activité 1 : / /
Nombre de garçons en charge : //, Nombre de filles en charge : //
Si homme, nombre de femme(s) en charge : / /
Est-ce qu’il y a un village à moins 1 km / / 1=Oui 2=Non,
2. Caractéristiques de l'exploitation
NB : le champ est différent de la parcelle, on peut trouver plusieurs parcelles sur un champ
22
Si oui,
Donner le nom de l'ancienne zone: Caractéristiques (code): / /
………………………………………………..
Donner le nom de la nouvelle zone: Caractéristiques (code) : / /
………………………………………………
Code caractéristiques : 1=très aride, 2=aride, 3=pas fertile, 4=plus fertile, 5=repos, 6=autres (à préciser)
Champ 2
Champ 3
Champ 4
Champ 5
Autres champs à préciser :
………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
………
Code 1= mode d’acquisition : 1= héritage, 2=achat, 3= location, 4= Prêt/cession temporaire, 5= emprunt, 6=
propriété communautaire, 7= autres à préciser)
Code 2 = degré de fertilité : 1= très fertile, 2= fertile, 3=peu fertile, 4= pas du tout fertile
Code 3 = type Culture/ culture principale : 1 = Arachide ; 2= Maïs ; 3= Mil ; 4= Sorgho ; 5 = Niébé ; 6 = Fonio ; 7=
Sésame ; 8= Manioc ; 9 = autres à préciser
22
Code 4 = Code culture associée 1 = Arachide ; 2= Riz semé ; 3= Maïs ; 4= Riz repiqué ; 5= Coton ;6=
Mil/Sorgho ; 7= Niébé ; 8= Fonio ; 9= Sésame ; 10= Manioc ; 11= Pastèque ; 12= Pomme de terre ; 13=
Tomate ; 14= Oignon ; 15=Piment ; 16=Patate douce ; 17= Aubergine douce ; 18= Aubergine amère (jaxatou)
; 19=Gombo ; 20=Melon ; 21=Chou ; 22=Carotte ; 23=Poivron 24=Laitue ; 25=Banane ; 26=Papaye ;
[Link] en 2014
Culture Quantit Quantit Quantité Quantit Quantit Don Quantit Lieu Coût du Prix moyen de
é é auto é é & é de transpo vente
totale perdu consommé stocké réservé Zaka vendu vente rt (FCFA/Kg)
produit e (kg) e (Kg) e (Kg) e aux t (Kg) e (Kg) (code
e (Kg) semence 2)
? s
mil
maïs
sorgho
niébé
Arachides
(Autres à préciser
(Autres à préciser
(Autres à préciser
Code 1 type d’animaux : 1=mouton, 2=chèvre, 3= bœuf, 4= chameau, 5=cheval, 6= autres (à préciser)
Code 2 lieu de vente : 1=louma, 2=marché quotidien, 3=banabana, 4=en ville, 5=autres (à préciser)
22
Quelle est la somme dépensée en moyenne en termes de préparation du sol durant la campagne
agricole 2014 (coûts fixes)? / / Fcfa
22
[Link] de la main d’œuvre pour les cultures (2014)
Cultures Main d'œuvre non salariée Main d'œuvre salariée
Opérations culturales Hommes Femmes Enfants (moins Hommes Femmes Enfants (moins de 16 ans)
(Code2) (mettre en premier de 16 ans)
lieu)
Code 1 (lister les par culture) Nombre Duré Nombre Duré Nombre Duré Nombr Duré Coût Nombre Duré Coût Nombre Duré Coût
e e e e e unitair e unitair e unitair
(jours (jours (jours (jours e (jours e (jours e
) ) ) ) (FCFA) ) (FCFA) ) (FCFA)
22
Code1 = Code Culture : 1 = Arachide ; 2= Maïs ; 3= Mil ; 4= Sorgho ; 5 = Niébé ; 6 = Fonio ; 7= Sésame ; 8= Manioc ; 9 = autres à préciser
Code2 = Code opération culturale : 1=Préparation sol ; 2= Semis ; 3=Epandage engrais et produits phyto ; 4 =démariage ; 5=labour/offset ; 6= sarclage
=récolte ; 9=battage ; 10=mise en sac ; 11=Transport ; 12=Autres à préciser.
22
[Link]é non agricole
Vous ou dans votre ménage existe-t-il des personnes qui exercent des activités non agricoles et qui
participent au financement de l’activité ? / / 1=oui, 2=non
Si oui,
Activités de ces Relation avec le chef
d’exploitation Durée (mois1-mois2) Revenu rapporté en FCFA
personnes (code
activité) (code relation avec le CE)
Code activité: 1=Artisanat, 2=Élevage, 3=Transformation, 4=Commerce, 5=Extraction (sel, miel, gravier, sable,
mine), 6=Pêche, 7=Foresterie, 8= salarié, 9= émigré, 10=Autres (A préciser)
Code lien avec le CE : 1=Chef d’exploitation, 2=Epoux ; 3=Epouse du CE, 4=fils ; 5=Fille du CE, 6=Neveux,
7=Nièce, 8=père ; 9=Mère du CE, 10=Frère, 11=Sœur, 12=Beau-frère, 13=Belle-sœur, 14=Beaux-parents,
15=Manœuvre, 16=Protégé, 17=Autre (A préciser)
22
8. Intrants de production (2014)
Type Nombre Culture Mode Sources Quantité Unité de Valeur
d’intrants (code 2) d’acquisition d'acquisition (nombre) mesure moyenne
utilisé (code 3) (code 4) (Kg/litre (FCFA)
(code 1)
!_! !_! !_! !_!
!_! !_! !_! !_!
!_! !_! !_! !_!
!_! !_! !_! !_!
!_! !_! !_! !_!
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!_! !_! !_! !_!
Code1 = Code Type d’intrant : 1=complexe céréale, 2=complexe coton, 3= urée, 4=fumure organique, 5=semences,
6=herbicides, 7=insecticide/fongicide, 8=engrais de fond (NPK) ; 9=autres (à préciser)
Code2 = Code Culture Culture : 1 = Arachide ; 2= Maïs ; 3= Mil ; 4= Sorgho ; 5 = Niébé ; 6 = Fonio ; 7= Sésame ; 8=
Manioc ; 9 = autres à préciser
Code3= Code mode d’acquisition : 1 =Achat au comptant, 2=Crédit, 3=Don, 4=Propres intrants ; 5=Autres
Code4 = Code source d’acquisition : 1=louma, 2=marché quotidien, 3=Paysan ou parent du village, 4= Paysan ou parent
d’un autre village, 5=Structure technique 6= ONG (préciser le nom), 7=Organisation paysanne, 8=Autre structure
(préciser), 9=Marché extérieur de la région, 10 = projet, 11=Autre (Préciser).
[Link] animale
Traction Durée (temps
Cultures (code Nombre
animale (code passé) sur chaque culture
2)
1) (en jours)
!_! !_! !_! !_!
!_! !_! !_! !_!
!_! !_! !_! !_!
!_! !_! !_! !_!
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!_! !_! !_! !_!
22
10. Crédit en nature en 2014
Avez-vous obtenu des crédits en nature ces deux dernières années ? / /
1=oui, 2=non Si oui,
Type du crédit en Source du crédit (code 2) Quantité Unité (kg, litre,
nature (code 1) autre à préciser)
Code1= type de crédit en nature : 1=semence, 2=engrais, 3= petits matériels agricoles, 4= gros équipements,
5= autre à préciser
Code2 = Source de crédit : 1=programme crédit, 2=banque, 3=projets, 4=ONG, 5=Commerçants, 6=habitant du
village, 7=habitant d’un autre village, 8=Organisation paysanne, 9=Autre (à précision)
Code1 = Source de crédit : 1=programme crédit, 2=banque, 3=projets, 4=ONG, 5=Commerçants, 6=habitant du
village, 7=habitant d’un autre village, 8=Organisation paysanne, 9=Autre (à précision)
Code2= A quoi a servi cet argent : 1=achat d’intrants, 2=opération s agricoles, 3=matériels agricoles, 4=commerce,
5=soins, 6=nourriture, 6=cérémonies, 8=autres dépenses (préciser)
! Fcfa
Avez-vous mis de l’argent de côté ? !_ ! 1=oui, 2=non, Si oui, où gardez-vous cet argent (code2)? !_
! !_ ! !_ ! !_ !, A combien s’élèvent les montants mis de côté ? ! ! Fcfa
Si vous aviez, soudainement, besoin d’une petite somme d’argent, combien de personnes seraient
disposées à vous fournir cet argent ? ! !, Relation avec ces personnes (code 3) ? !_ ! !_ ! !_ ! !_ !
Code1 = A qui avez-vous prêté : 1=parent, 2=paysan du village, 3=paysan d’un autre village, 4=Autres ( à préciser)
Code2 =Ou garder l’argent : 1=banque, 2=sur soi, 3=avec un parent, 4=une tierce personne qui n’est pas de la
famille
Code 3 = relation avec ces personnes : 0= Aucun, 1= parent, 2=paysan, 3 = autorité, 4 = OP, 5= banque, 6= autres à
22
Considérez-vous comme pauvre ou riche : / / 1=pauvre, 2= riche, 3=moyen
Degré de pauvreté ou de richesse : / / 1= très pauvre, 2= moins pauvre, 3= très riche, 4 = moins riche
23
13. 2. Attitude face au risque
Production : ! !
Stockage: ! !
Commercialisation: ! !
On vous demande de choisir une seule fois entre ces 3 loteries si vous devriez donner 2500 FCFA pour participer
:! !
Déterminer le score---/6
Avez-vous déjà ressenti des phénomènes liés au changement climatique ? ! ! 1=oui, 2=non
Si oui,
Année Nature Conséquence
(code) s
Code Nature : 1=Retard des pluies, 2=pauses pluviométriques, 3=sécheresse, 4= inondations, 5=vent fort,
6=période de froid très longue, 7=autres à préciser
23
Parmi les éléments ci-dessous, quels sont ceux qui affectent le plus votre
activité agricole? a= variation pluie ! !
b=variation du vent !!
c=variation de la température !
!
Code classement : 1= 1er, 2= 2ème ,3= 3ème, 4=n’affecte pas
Quelle est la fréquence d’apparition d’un bon climat sur chaque 5 ans : /5
14. Anticipations
Source
Niveau d'information sur les aspects suivant avant la principale
production : Code 1 (code 2) Contraintes
La qualité des semences
La disponibilité de l'engrais
La pluie
Le vent
La température
La fertilité de la terre à exploiter
Équipements nécessaires à utiliser
La quantité exacte de la production
Le prix de vente de la production
Sur la quantité de main d'œuvre à utiliser
!%
Code : 1= je continue de produire, 2= je diminue la quantité à produire, 3= je ne produis plus, 4= autres
Que faites-vous si vous jugez une perte supérieure à ce seuil (code)
23
? ! !
23
Avez-vous souscrit à une assurance ?! ! 1=oui, 2=non
Si oui, Sur quels risques agricoles?................................................................................................................
A combien s’élève la prime ? ! ! FCFA
Si non, Pourquoi (raisons)
……………………………………………………………………………………………………………………………………
Code1 changement système cultural : 1=irriguée, 2=pluviale, 3= bas fond, 4=arrosage, 5= autres à préciser
Code 2 changement d’espèce : 1=variété certifiée, 2= variété à cycle long, 3= variété à cycle court, 4=
diversification, 5= rotation, 6=autres à préciser
Code 3 changement de date de semis : 1= retard, 2= rapprochement, 3= autres à préciser
Code 4 changement gestion d’eau : 1= stockage temporaire, 2= zaï, 3= autres à préciser
Code 5 gestion du sol : 1=utilisation d’engrais organique, 2=utilisation d’engrais chimique, 3= rotation culture, 4=
diminution surface cultivée, 5= autres à préciser
Code 6 gestion des ravageurs : 1= utilisation pesticides, 2= autres à préciser
Code contraintes : 1= manque de d’argent, 2=très compliqué, 3= risque de perte, 4= manque d’encadrement, 4=
non maitrise de la technologie, 5= pas confiance à ces technologies, 6= autres à préciser
Pour les cultures suivantes, quelles sont les 3 meilleures stratégies à adopter en cas déficit d'eau?
23
Sorgho Strat 3
Strat 1
Niébé Strat 2
Strat 3
Si les prévisions météorologiques ou traditionnelles annoncent une mauvaise campagne agricole,
quelle serait votre attitude par rapport à votre décision de production (code)? ! !
23
Code : 1= je vais produire plus, 2= je vais produire peu, 3= je ne vais pas produire
S’il vous arrive de rencontrer un événement climatique jamais connu à qui vous vous adressez ? / / / /
Code = 1= Parents , 2= Amis, 3=OP, 4=Téléphoner un expert, 5= Rapprocher des services techniques agricoles,
6= Marché, 7= Je me débrouille, 8= aucun, 9=Autres à préciser
/
Dans la zone, connaissez-vous des exploitants qui arrivent à gérer les risques de pertes ? ! _ ! 1=oui, 2= non
Si oui, appartiennent-ils à une OP ? ! ! 1=oui, 2=non
Code niveau de confiance : 1=très confiant, 2=confiant, 3= peu confiant, 4= pas du tout confiant, 5=inconnu
23
! ! !_ !!_ !!_
!
! ! !_ !!_ !!_
!
! ! !_ !!_ !!_
!
! ! !_ !!_ !!_
!
23
Code (2 et 3) motif adhésion : 1=Don de semences, 2=Achat de semences par l’institution, 3=Vente de semences
par l’institution, 4 =Encadrement technique effectue par l’institution, 5 =Formations, 6 = Crédit, 7 = Octroi de
matériels (équipements agricoles), 8= Vente d’engrais, 9 = Don d’engrais, 10 =cadre de concertation et de
planification ; 11=Autres ( à préciser),
Code 4 distance entre groupe et champ : 1=< 1Km, 2= >1 Km
Code 5 position par rapport au groupe : 1 = membre simple, 2= leader, 3= occupe juste un poste, 4=autres à
préciser
Si non, connaissez-vous une OP à l’intérieur ou à l’extérieur du village ? ! ! 1= intérieur, 2= extérieur, 3= non
………………………………………………………………………………………………………………………….………
…………………………………………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………………………………
Code nom structure/organisation : 1=ISRA, 2=ANCAR, 3=CNCAS ; 4= Élevage, 5=Eaux et forêt, 6=Structure
financière, 7=OP, 8=ONG, 9= SAED ; 10=DRDR/SDR ; 11= agent de l’environnement ; 12=Projets (lister…), 13
= Autres (à préciser)
Code1 type relation : 1=Don de semences, 2=Achat de semences par l’institution, 3=Vente de semences par
l’institution, 4
=Encadrement technique effectue par l’institution, 5 =Formations, 6 = Crédit, 7 = Octroi de matériels (équipements
agricoles), 8= Vente d’engrais, 9 = Don d’engrais, 10 = entre-aides, 11=cadre de concertation et de planification ;
Est-ce qu’il vous arrive de discuter sur les aspects du CC? ! ! 1= oui, 2= non,
Si oui, Avec qui ?............................dans quel domaine (code) ? …/…/…/…/, Combien de fois au cours de
ces 2 dernières années ? ! !
23
Code domaine : 1= causes (homme, dieu, nature, etc.,), 2= conséquences, 3= adaptation (mesures de protection)
Il existe deux grands systèmes fluviaux : le fleuve Sénégal et le cours supérieur de la Gambie.
23
- le fleuve Sénégal d’une superficie totale de 289 000 km² dont une faible partie
(60 000 km² soit) se situe au Sénégal. Le fleuve entre au Sénégal au niveau de sa confluence avec
la Falémé, à 30 km en amont de Bakel. Au delà de Bakel, le fleuve coule dans la "vallée" où il ne
bénéficie plus d'apports importants ;
- le cours supérieur de la Gambie : la partie sénégalaise du fleuve Gambie (54 631 km² sur
un total de 77 054 km²) concerne l'aval de son bassin continental, le bief amont étant situé en
Guinée et la partie maritime de la Gambie dans le pays de même nom.
À ces deux principaux systèmes, il faut ajouter le fleuve Casamance et le cours supérieur de
la Kayanga avant son entrée en Guinée Bissau (2.870 km² au Sénégal). La Casamance est un petit
fleuve côtier avec un bassin d’une superficie de 20.150 km² presque entièrement situé en territoire
sénégalais. Sa vallée inférieure est envahie par les eaux marines qui remontent en période de
basses eaux jusqu'à Diana Malari, à 152 km de l'embouchure. La Kayanga, qui porte le nom de
Rio Gêba en Guinée Bissau, est située à l’extrême sud du Sénégal.
Tous ces fleuves sont pérennes et ont un régime de type tropical selon la classification
hydrologique de Rodier (1964).
Les autres cours d'eau ont uniquement des écoulements non pérennes, temporaires. Il s’agit
principalement des bassins et des rivières. On note :
- le Saloum, le Sine et le Car Car formés d'un ensemble de petits bassins débouchant dans
un estuaire complexe aux eaux très salées ;
- une série de petites rivières côtières coulant d'ouest en est et débouchant sur la côte entre
Dakar et Joal Fadiouth : Bargny, Yene Tode, Toubab Djalao, Guéréo, Somone, Baling, Nianing,
Mbodiène, Joal-Fadiouth.
La réalisation des Grands Barrages, Diama en particulier, que le Sénégal partage avec le
Mali et la Mauritanie à travers l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS),
contribue à la maîtrise des ressources hydrauliques et partant au développement de l'agriculture, de
l'élevage, de la navigation, de l'approvisionnement en eau potable et en énergie pour les
populations.
24
- Le système aquifère superficiel
Le système aquifère superficiel regroupe les formations gréseuses, sableuses et sablo-
argileuses et quelquefois graveleuses du Quaternaire, du Continental Terminal et de l'Oligo-
miocène. Ses réserves globales sont estimées entre 50 à 75 milliards de m3 d'eau.
- Le système aquifère intermédiaire
Le système aquifère intermédiaire est constitué de deux formations à dominante calcaire :
l'Eocène (EO) présent sur tout le bassin et le Paléocène (PA) présent dans le horst de Ndiass et la
région de Mbour. Les réserves en eau, seraient de l'ordre de 10 milliards de m3 dans les zones de
bonne transmissivité et 50 à 100 milliards dans les zones très étendues où les calcaires sont moins
perméables. Les débits unitaires des forages dépendent de la fracturation des calcaires et peuvent
atteindre plus de 250 m3/h.
- Le système aquifère profond
Le système aquifère profond est constitué des épaisses séries sableuses à gréseuses et sablo-
argileuses à argileuses du Maestrichtien (Crétacé supérieur) en contact direct des formations sus-
jacentes de l'Eocène ou du Paléocène. Il couvre les 4/5 du territoire et est essentiellement constitué
de sables et de grès. Ses réserves sont estimées entre 300 et 400 milliards de m3 d'eau et la
recharge entre 300 et 800 000 m3/an.
- Le système aquifère du socle
Les formations du socle occupent l’extrémité sud-est du Sénégal sur une superficie de 32
750 km² soit 17% du territoire national et font partie de la bordure occidentale du bouclier
africain. Sa perméabilité est donc étroitement liée, d'une part, à la nature des produits altérés eux-
mêmes dépendant de la nature de la roche-mère, d'autre part, à la densité et à l'extension des
réseaux de fissures qui affectent ces roches-mères ainsi qu'aux grands accidents régionaux qui les
traversent.
24
Annexe 3 : ANTICIPATIONS
24
3.3. Estimation par le modèle probit de l’utilisation
d’informations climatiques et effets marginaux
LR chi2(15) = 223.96
24
3.3.2. Effets marginaux de l’utilisation d’informations
climatiques
y = Pr(source_anticip) (predict, p)
= .67730124
24
Annexe 4 : Prise de Risque
LR chi2(13) = 72.51
CP = Culture principale
*= Varriable dummy
24
4.2. Estimation des effets marginaux
y = Pr(prise de risque) (predict, p)
= .7863509
CP = Culture principale
*= Variable dummy
24
Annexe 5 : Stratégies d’adaptation au changement climatique
| terre_~t adhesion
terre_redu~t | 1.0000
| GR adhesion
GR | 1.0000
24
5.3. Estimation par le modèle probit et effets marginaux des
stratégies d’adaptation retenues
LR chi2(9) = 137.53
24
- Effets marginaux
y = Pr(rotat_cult) (predict)
= .64515995
24
5.3.2. Date de semis
LR chi2(9) = 97.94
25
- Effets marginaux
y = Pr(date_semis) (predict)
= .57141274
25
5.3.3. Variété à cycle court
LR chi2(9) = 103.79
25
- Effets marginaux
y = Pr(var_a_cc) (predict)
= .51418046
(obs=545)
| adhesion degre_~n
adhesion | 1.0000
25
ANNEXE 6 : ADHESION ET DEGRE D’ADAPTATION
LR test of indep. eqns. (rho = 0): chi2(1) = 17.65 Prob > chi2 = 0.0000
25
6.2. Estimation du degré moyen d’adaptation et adhésion au
groupe par le modèle heckman probit
Fitting probit model:
Iteration 3: log likelihood = -111.19892
LR test of indep. eqns. (rho = 0): chi2(1) = 4.61 Prob > chi2 = 0.0318
25
6.3. Estimation du degré élevé d’adaptation et adhésion au
groupe par le modèle heckman probit
Fitting probit model:
LR test of indep. eqns. (rho = 0): chi2(1) = 4.56 Prob > chi2 = 0.0327
25
6.3. Regroupement des modèles estimés
. ******LISTE DES MODELES ESTIMES
. ********DEMANDE DE RESTITUTION
25
TABLE DES MATIERES
DEDICACES...........................................................................................................................................iv
REMERCIEMENTS.................................................................................................................................v
SOMMAIRE...........................................................................................................................................vii
LISTE DES GRAPHIQUES.................................................................................................................viii
SIGLES ET ABREVIATIONS...............................................................................................................xi
INTRODUCTION GENERALE..............................................................................................................1
CHAPITRE I : AGRICULTURE SÉNÉGALAISE FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE : Éléments
de contexte................................................................................................................................................9
I.1_/ Caractéristiques environnementales du Sénégal.......................................................................10
I.2_/ Performances du secteur agricole sénégalais face au changement climatique : faits stylisés.......19
II.1.2 _/ Anticipations............................................................................................................................76
25
II.3_ / Adoption des stratégies d’adaptation et adhésion au groupe : développements empiriques 114
III.2_/ Anticipations et prise de risque des exploitants agricoles : caractéristiques et typologies. . .144
25
Nom et Prénom du Candidat : Pape Bilal DIAKHATE
Résumé
Au Sénégal, le changement climatique constitue une contrainte majeure à la croissance agricole. Les
niveaux de production enregistrés par an sont expliqués essentiellement par la pluie. Celle-ci est marquée
par une forte variabilité qui pousse certains exploitants agricoles à mettre en œuvre des stratégies
d’adaptation pour limiter les impacts négatifs du climat sur leur activité. Cependant, l’usage d’informations
climatiques, le degré d’aversion pour le risque et l’environnement social du producteur jouent un rôle
important dans l’adoption de stratégies d’adaptation au changement climatique.
L'objectif principal de cette recherche est de montrer que l’adhésion à un groupe peut inciter à
l’adoption de stratégies d’adaptation au changement climatique sous certaines conditions. Pour atteindre cet
objectif, la recherche s’est appuyée sur la confiance accordée aux informations climatiques pour analyser
les types d’anticipation des exploitants agricoles ; puis, à partir d’un système de loterie, à conséquences
monétaires, inspiré des travaux d’Allais (1953), le niveau d’aversion pour le risque des producteurs a été
déterminé. Ces deux facteurs ont été repris dans un modèle plus global de heckman probit pour analyser
simultanément la décision d’adoption de stratégies d’adaptation au changement climatique et l’adhésion au
groupe.
Les résultats de la recherche montrent que les exploitants agricoles utilisent des informations
climatiques dans leur anticipation en intégrant une marge d’erreur liée à la source d’informations. En outre,
l’analyse du comportement des producteurs vis-à-vis du risque révèle que les producteurs qui ont moins
d’aversion pour le risque sont prêts à payer une somme d’argent pour se protéger contre une perte de
production supérieure au seuil tolérable. Ainsi, l’adoption de stratégies d’adaptation dans un groupe est
plus importante si les membres utilisent des informations climatiques dans leur anticipation et sont prêts à
prendre des risques financiers. À cet égard, il est nécessaire que les membres soient jeunes, manifestent la
volonté de discuter sur les changements climatiques, bénéficient de formations et d’accès au crédit et se
trouvent dans des zones moins enclavées.
En termes d’implications de politiques, il s’agit pour l’État, de faciliter l’accès aux informations
climatiques et, pour les compagnies d’assurance, de trouver un système de crédit-assurance plus adapté au
risque climatique. Une bonne détermination de l’indice d’assurance permettra d’indemniser les « vrais
victimes » du changement climatique.
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