0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
49 vues2 pages

Medias

Transféré par

Stive Bida
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
49 vues2 pages

Medias

Transféré par

Stive Bida
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

M é d i a s

Journalisme : du magistère à la médiation

E n 2007, les Assises du journalisme avaient posé la question sans


fard en fixant le thème de réflexion de leur première édition : « Un
monde sans journalistes ? » Rien ne pouvait mieux trahir le désap-
pointement, voire la crise d’identité d’une profession agitée par le
contrecoup, dans la presse, de mutations économiques, financières
et technologiques sans précédent.
Angoisse ou fantasme ? La tentation de médias sans jour-
nalistes est nourrie par des expériences bien réelles. A l’université
Northwestern, près de Chicago, le laboratoire d’information intelli-
gente (Infolab) développe des programmes d’intelligence artificielle
permettant la rédaction automatique d’articles de sport, ainsi que la
réalisation de mini-journaux télévisés robotisés, qui s’abstraient de
la pensée humaine1… Sans aller jusqu’à brandir de telles éventua- 1. Voir l’article d’Yves
lités futuristes, la thématique des Assises s’appuyait sur les très Eudes, « L’ère des robots
journalistes », dans Le
actuels et nouveaux modes de consommation et de production de Monde, 10 mars 2010.
l’information pour inviter à repenser la place du journaliste dans
la société. Là où il avait jadis un rôle privilégié (contacts avec les
institutions, les pouvoirs, les agences de presse), dans des territoires
clairement identifiés (quotidiens, hebdomadaires, journaux radio
ou télévisés), le journaliste doit désormais compter avec des outils
simples à la portée immédiate du public. Les ordinateurs, téléphones,
e-books et autres tablettes numériques permettent aux internautes
un accès direct, en temps réel, à toutes sources d’information, dont
ceux-ci sont, dans le même temps, potentiellement producteurs (par
envoi de textes, d’images ou de vidéos) et/ou organisateurs (par 2. Reconnu somme toute
utilisation de systèmes d’ « alertes » qui nourrissent une information assez récemment par la loi,
personnalisée ou de portails d’information, type Google actualités, dite Brachard, du 29 mars
1935. Selon celle-ci, assez
qui agrègent automatiquement des contenus d’autres sites). tautologique, le journaliste
Pour le journaliste, la fin de ce monopole d’accès, de produc- professionnel est celui
tion et d’organisation de l’information signe la perte d’un magistère, « qui a pour activité prin-
cipale, régulière et rétri-
parfois vécu comme un déclassement. Il n’est plus une voix « verti-
buée, l ’exercice de sa
cale » autorisée qui recueille, vérifie, décrypte, recoupe, modèle et profession dans une ou
hiérarchise les faits. Il est une voix parmi d’autres, qui doit faire plusieurs entreprises de
la preuve de son professionnalisme2. Le voici confronté sur la Toile presse […] et qui en tire le
pr i nc ipa l de s e s re s-
aux remarques et à l’expertise d’autrui, sinon aux critiques et au sources ». En janvier 2010,
discrédit. D’autres évolutions profondes ont affecté sa pratique : la Commission de la carte
une condensation du temps, que l’omniprésence d’Internet fixe dans d’identité des journalistes
l’instant, rendant plus difficile la prise de recul nécessaire à l’ana- en dénombrait 37 390, soit
22 % de plus qu’en 1998,
lyse ; la prégnance d’une logique de flux (information en continu), dont 57 % d’hommes et
qui nivelle l’importance des sujets et gomme les hiérarchisations ; 43 % de femmes.

680

1) TU 05-10 int.indd 680 16/04/10 14:24


un environnement marqué par une abondance communicationnelle,

Exposition
sorte de « bruit » médiatique permanent, qui noie le crible de la
critique. On y préfère le visuel à l’écrit et les formats courts, qui
rendent délicat l’approfondissement. On y développe un culte de la
gratuité, qui pose abruptement la question de la valeur de la pro-
duction journalistique, dans une économie de marché qui elle-même
pousse à la marchandisation de l’information et à sa rentabilité.
Dans ce contexte, le « nouveau » journaliste ne travaille plus
tant au sein d’une rédaction pour un titre de presse, que dans une
3. A l’instar du groupe news factory (fabrique d’information3) au service d’une marque4.
N e x t r a d i o T V, q u i Il se doit d’être « multi supports » et « multitâches », capable de
regroupe les radios RMC
et BFM et la télévision d’in-
fournir des « contenus », supposant une « pluridisciplinarité », et

Théâtre
formation en continue une culture numérique : la maîtrise de la plume vaut autant que
BFM TV. celle de la caméra, de l’appareil photo ou de l’I-Phone. Il revient
surtout à ce « nouveau » journaliste d’intégrer le public dans sa
pratique, de privilégier l’échange horizontal et interactif, voire la
4. La loi a d’ailleurs pris
acte de ce changement en
co-construction d’informations (par le biais de chats, de forums sur
2009 : « La collaboration Internet, d’animation de communautés sur les réseaux sociaux). Le
entre une entreprise de nouvel archétype journalistique semble être celui de la médiation.
presse et un journaliste
Si les journalistes ont sûrement à se rapprocher des lecteurs
professionnel porte sur
l’ensemble des supports du et du monde réel pour raffermir la confiance, les risques de ces évolu-
titre de presse […], quels tions sont multiples : une survalorisation des savoir-faire techniques
qu’en soient le support, les au détriment des expertises sur les contenus, une attention portée

Médias
modes de diffusion et de
consultation. » Les syndi-
à l’audience au détriment de la pertinence – toute chose pouvant
cats ont protesté contre faciliter les excès émotionnels, l’immédiateté des apparences, les
cette modification sans stéréotypes, la pipolisation du politique. Aux journalistes rigou-
concertation du Code du reux, les patrons de presse peuvent être tentés de préférer des
travail, qui s’appliquera
aux nouveaux contrats « apporteurs d’audience participative » ; au journalisme d’enquête
signés dans les entreprises et de reportage, au coût élevé, un journalisme de bureau, low cost,
de presse, estimant qu’elle soumis à de strictes règles de productivité, ayant recours à une
allait entraîner une aug-
main-d’œuvre jeune, peu chère, dont les statuts précaires n’incitent
mentation de la charge de
travail des journalistes. guère aux manifestations d’indépendance.
Avec l’ancien spécialiste médias du New York Times Alex
Cinéma

5. Losing the News, Alex S. S. Jones5, on peut s’inquiéter du prix de ces évolutions pour la
Jones, Oxford University démocratie. Elles semblent appauvrir la quête du « noyau de fer » de
Press, 2009.
l’actualité, la recherche et la production d’informations responsables,
opposables aux pouvoirs – de sorte que résonne le mot d’Hannah
Arendt : « La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les
faits n’est pas garantie. » On peut aussi espérer que le besoin d’une
telle assurance sera assez fort pour que le journalisme professionnel
assoie sur la durée sa différence (précision des faits, rigueur de
l’analyse, pertinence dans la recherche de sens et indépendance
du jugement). Le défi consiste à intégrer les valeurs classiques du
journalisme dans les nouveaux outils mis à sa disposition.
Livres

Jean-M ichel Dumay

681

1) TU 05-10 int.indd 681 16/04/10 14:24

Vous aimerez peut-être aussi