Spectrométrie de Masse : Principe et Applications
Spectrométrie de Masse : Principe et Applications
SPECTROMETRIE DE MASSE
I-Introduction
1- Description de la méthode
La spectrométrie de masse constitue à bombarder la substance dont la structure est inconnue
par un faisceau d’électrons et à examiner la nature et l’abondance relative des ions positifs
résultant de cette opération.
Un spectre de masse est l’enregistrement des “dégâts” causés aux molécules lorsqu’elles sont
bombardées en phase gazeux par un faisceau d’électrons dans un instrument appelé
spectrométrie de masse. Les molécules initiales sont détruites et fragmentées en multiples
morceaux.
Cette technique est applicable pour des composés solides, liquides, et gazeux. Elle est utilisée
pour :
- localiser un gisement en analysant les hydrocarbures dans les roches.
- détecter et identifier l’usage de stéroïdes chez les athlètes.
- étudier la composition de molécules trouvées dans l’espace.
- détecter la présence de dioxines dans des aliments contaminés.
- étudier des mutations génétiques.
- découvrir de nouveaux marqueurs pathologiques.
- analyser et dater des pièces archéologiques.
- suivre les processus de fermentation…
Un filament porté à haute température par passage d’un courant, émet des électrons qui peuvent
être accélérés par une certaine ΔV.
Par exemple l’ion moléculaire M+. obtenu à partir d’une molécule diatomique A-B par
enlèvement d’un électron pourra en principe suivre l’un ou l’autre des quatre processus de
décomposition
AB + e− → AB +. + 2e−
A+ + B .
B + + A.
M .+ ≡ AB .+ { .+
A +B
B .+ + A
Ces décompositions conduisent fréquemment aux ions ou radicaux les plus stables.
III- Appareillage
Un spectromètre de masse est constitué de 5 parties fondamentales (figure 2) :
- système d’introduction de l’échantillon,
- une source : lieu d’ionisation des molécules et fragmentations des ions,
- analyseur : sépare les ions en fonction de m/z,
- détecteur : détecte les ions sortants et les exprime en fonction de leur abondance relative,
- enregistreur : système d’enregistrement et de traitement des données.
2
Fig.2 Spectromètre de masse
3
Exemple : cas de H2O
OH+ H + O m/z = 16
Cas de H2O :
OH H+O m/z = 16
4
Si la décomposition est après la chambre d’accélération, une partie de l'énergie cinétique de
∗
M1 est utilisée pour la fragmentation de l’ion final M. qui est donné d’une quantité de
mouvement inferieur à celle normalement associé à M2
La masse apparente du pic métastable est donné par la relation :
m22
m∗ =
m1
Une transition métastable donne 3 pics :
• 2 pics (normaux) à m1 et m2.
• 1 pic métastable à m*.
Pic faible de forme diffuse dont la position non nécessairement une valeur entière. Dans ces
conditions on peut dire que m2 vient de m1. On obtient un pic large et on note la valeur du
maximum du pic.
M2
M1
∗
m22 m2 m1 m/z
m =
m1
5
Tableau 1 : Abondance relative des éléments courants
H3C
Pic moléculaire à
C O m/z = 58
H3C
m/z
Pic moléculaire à
Intensité relative
Les intensités relatives des pics de l’amas isotopiques sont données selon l’abondance
naturelle des différents isotopes.
6
✓ M : c’est le pic m/z = 58 qui correspond à l’abondance isotopique des atomes ( 12C, 1H,
16
O).
✓ M + 1 : c’est le pic m/z = 59 qui correspond à l’abondance isotopique du carbone 13C.
✓ M + 2 : c’est le pic m/z = 60 qui correspond à l’abondance isotopique de deux carbones
13
C ou un atome d’oxygène 18O.
Le pic à M + 1 correspond à une molécule qui contient le 35Cl et un 13C (ou un 2H).
Le pic à M + 3 correspond à une molécule qui contient le 37Cl et un 13C (ou un 2H).
Le pic à M + 4 correspond à une molécule qui contient le 37Cl et un 18O (ou deux 13C ou un
13
C et un 2H).
M M+2
Le pic M correspond à une molécule qui contient
79
Br et celui à M + 2 à une molécule qui contient
81
Br.
M+1
M+3 M+4
Le pic à M + 1 correspond à une molécule qui contient le 79Br et un 13C (ou un 2H).
Le pic à M + 3 correspond à une molécule qui contient le 81Br et un 13C (ou un 2H).
Le pic à M + 4 correspond à une molécule qui contient le 81Br et un 18O (ou deux 13C ou un
13
C et un 2H).
Dans le cas d’un ion qui contient plus d’un atome ayant des isotopes comme le carbone, le
chlore, le brome etc.., les intensités des pics sont calculées à partir de l’expression :
(a + b)n dans laquelle :
a : abondance relative de l’isotope le plus léger.
b : abondance relative de l’isotope le plus lourd.
n : nombre d’atomes de l’élément considéré.
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Exemple 1 : Dans le cas de l’éthane (C2H6) :
Deux atomes de carbones
On aura : (a + b)2 = a2 + 2ab + b2
L’expression dans laquelle a2, 2ab, b2 correspondent aux abondances relatives des pics
contenant les isotopes a, ab ou b seulement. En remplaçant a et b par leur valeur dans le cas de
carbone :
(a + b)2 = (98,89)² + 2 × 98,89 × 1,1 + (1,1)2 = 9779,2 + 218 + 1,21
D'où les intensités relatives des pics observés dans la région de l’ion moléculaire :
12
CH3 - 12CH3 [M] : 97,8
12
CH3 - 13CH3 [M+1] : 2,2
13
CH3 - 13CH3 [M+2] : 0,01
79
Br : 100 % a = 1
81
Br : 98 % b=1 amas isotopique :
(a + b)1 = a + b 2 pics M et M + 2 d’intensité relative 1 :1
1 1
M M+2
8
Exemple 4 :
Un ion contenant 3 atomes de chlore, les intensités des pics de l’amas sont données par la
relation : (a + b)3 = a3 + 3a2b + 3ab2 + b3
a3 3a2b 3ab2 b3
35
Cl Cl 35Cl
35 35
Cl 35Cl 37Cl 35
Cl 37Cl 37Cl 37
Cl Cl 37Cl
37
M+4
M+6
Si les composés contiennent à la fois n atomes de Cl et m atomes de Br, les intensités des pics
sont calculées à partir de la relation :
(a+b)n (c+d)m
4 pics M, M + 2, M + 4 et M + 6.
Intensités relatives : 9, 15, 7 et 1.
M M+2
M+4
M+6
9
VI- Principaux modes de fragmentation
La probabilité de rupture d’une liaison dans l’ion moléculaire dépend de l’énergie de cette
liaison et de la stabilité des ions formés. Un certain nombre de règles permettent de prévoir les
pics les plus abondants en fonction de la structure des composés de départ.
m/
+
[ CH3 CH2 CH2 CH3 ] CH3 CH2 CH2 + CH3
m/Z = 58 m/Z = 43
+
[ CH3 CH2 CH2 CH3 ] CH3 CH2 + CH2 CH3
m/Z = 29
La Fragmentation donnant m/Z = 43 préférentielle car il y a formation d’un cation plus stable.
Le pic m/Z = 43 est plus intense que celui à m/Z = 29.
➢ Alcanes ramifies :
Dans les hydrocarbures ramifiés la fragmentation se fait au point de ramification dans le sens
à donner le carbocation le plus stable.
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Exemple : 2-méthylpropane
m/
+
CH3 CH + CH3
CH3
[ CH3 CH CH3 ] m/Z = 43
CH3
+
CH3 CH + CH3
CH3
m/Z = 15
Le cation isopropyle à m/Z = 43 est plus stable que le cation à m/Z = 15.
Ordre de stabilité du carbocation :
+
CH3 < R CH2 < R2CH+ < R3C+
➢ Cycloalcanes
Dans les cycloalcanes, le pic parent est plus intense et le pic de base est souvent la
perte de la ramification du cycle pour former le cation cycloalkyle.
On note aussi la coupure du cycle qui conduit à la perte courante d’une molécule
d’éthylène (CH2CH2), si elle est présente.
11
Exemple :
1-2-Les alcènes :
Dans le cas des alcènes les pics sont séparés de 14 unités de masse. Ils donnent très souvent
par ionisation un fragment de m/z = 41 qui correspond au cation allylique stabilisé par
résonnance.
Exemple : butène
m/z
12
CH3 CH2 CH CH2 CH3 + C+H2 CH CH2
m/z = 56 m/z = 41
CH2 CH C+H2
➢ Cycloalcènes
Les cycles non saturés subissent un clivage dite rétro DIELS-ALDER. Le clivage a lieu au
niveau des deux liaisons C-C situés en β par rapport à la double liaison du cycle. Il y a
élimination d’un carbure éthylénique sous forme de molécule.
2) Les aromatiques
Ils présentent habituellement un pic d’ion moléculaire intense car le noyau aromatique est
très stable et difficilement fragmentable.
2-1-Le benzène
51 77
39
m/z
13
Les fragmentations du benzène :
m/z = 77 : [M-H]+
m/z = 51 : C4H3+ [77-26 (acétylène)]
m/z = 39 : C3H3+ [51-12( C )
Y
-Y m/z = 77
.
14
Cet ion est fortement stabilisé et constitue souvent le pic de base du spectre de masse.
Cet ion C7H7+ n’a pas la structure benzyle mais la structure tropylium dans laquelle tous les
carbones et tous les hydrogènes sont équivalents.
91
126
128
15
+
CH2 Cl CH2
H O CH2 CH2 CH2 CH2 CH3 CH3 CH2 CH2 CH2 + CH2 O H m/z = 31
De la même manière, les alcools secondaires et tertiaires donnent respectivement des pics dû
à +CHR-OH (m/z = 45, 59, 73 …) et à +CRR’-OH (m/z = 59, 73 …).
16
On peut avoir aussi les fragmentations de types :
R R
R m/z =17
R'' R''
-
R' -e
C CH2 O H
R R
R''
R' C CH2 O H OH + R' C CH2
R'' R''
31
29
42
43 60
17
✓ Pic à m/z = 60
✓ Pic à m/z = 43
maj +
CH3 CH2 CH2 O H CH3 CH2 CH2 + OH
m/z = 43
✓ Pic à m/z = 17
✓ Pic à m/z = 42
H O
✓ Pic à m/z = 31
CH3 maj
CH2 CH2 O H CH3 CH2 + CH2 OH
m/z = 31
✓ Pic à m/z = 29
min +
CH3 CH2 CH2 O H CH3 CH2 + CH2 OH
m/z = 29
Les phénols
Le pic moléculaire est très visible, ce qui facilite l’identification des phénols.
18
5) Les éthers
Les liaisons α adjacents aux hétéroatomes (comme N, O, S) sont préférentiellement
dissociées, parce que la charge résultante est stabilisée par l’hétéroatome.
Cette rupture est généralisée pour tous les dérivés de type :
R
R''
R CH Y R' CH Y + R
R'
CH3 CH3
M-15
m/Z = 87
CH3 CH3
M-15
m/Z = 87
CH3 M-29
m/Z = 73
19
Les ions formés participent à la réaction onium dans laquelle un atome H est transféré du
reste alkyle à l’atome de O et le reste alkyle est éliminé.
H CH2 m/Z = 59
m/Z = 87
m/Z = 45
H CH2
m/Z = 73
Exemple :
+
Et CH O CH2 CH3 Et CH + O CH2 CH3
CH3 CH3
m/Z = 57
20
6) Les amines
Les amines subissent la rupture α similaire à celle des éthers. Les ions ammonium obtenus
participent au réarrangement de la réaction onium.
Exemple : Dans le spectre de masse de N-butyl isopropyl méthylamine, on a les pics m/Z :
129, 114, 58, 86 et 44.
H 3C H3C
CH -e-
CH2 CH2 CH CH2 CH2 + 2e-
N CH2 CH3 +
H3C H3C N CH2 CH3
CH3 CH3
Fragmentation α Fragmentation α
CH3 CH3
H 3C
CH3 CH N Bu + .CH3 CH N CH2 + .CH2 CH2 CH3
H 3C
m/Z = 114
m/z = 86
21
CH3 CH3
H3C
CH3 CH N CH2 CH2 CH2 CH3 CH N CH2
H3C
m/Z = 114 m/z = 86
CH3 CH3
H H
CH3 CH N CH3 CH3 N CH2 + CH2 CH CH3
m/z = 58 m/z = 44
Exemple : Ethylamine
Dans le spectre de masse de l’éthylamine, on a les pics m/Z : 45, 44 et 30.
- e-
CH3 CH2 NH2 CH3 CH2 NH2 + 2 e-
m/z = 45
+
CH3 CH NH2 CH3 CH NH2 + H
H m/z = 44
+
CH3 CH2 NH2 CH2 NH2 + CH3
m/z = 30
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7-Les composés carboxylés
Les fragments les plus souvent observés sont ceux qui conduisent à un ion oxonium ; Ainsi
on observe les mécanismes suivants :
voie homolytique
R1 R1
ionisation O
C O C
R2 R2
voie hétérolytique
R2 C O + R1
ion oxonium
R1 C O + R2
voie homolytique
R1
C O
R2
voie hétérolytique
R2 + R1 C O
+
R1 + R2 C O
Le mode de fragmentation le plus fréquent est la rupture α qui peut donner R1CO+ ou R2CO+.
Exemple : pentan-2-one
CH3 CH2
- C3H7
CH2 C CH3 CH3 C O
m/Z = 43
m/z = 71
Chez les esters, les acides et les amines, on observe le même phénomène.
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Exemple : acétone
CH3 C O + CH3
m/z = 43
voie homolytique
H3C
C O ion oxonium
H3C
+ CH3 + CH3 C O
pic moléculaire m/z =15
8- Réarrangement
Les réarrangements pouvant se produire sont très nombreux et compliquent souvent
l’interprétation du spectre de masse. Cependant certains sont très spécifiques et plus fréquents
Nous étudions ici qu’un seul type de réarrangement
Réarrangement de Mc Lafferty
C’est un transfert à six centres avec migration d’atome de H. Pour que ce type de
réarrangement puisse se produire, il faut un H sur l’atome (C, O, N, …) en γ (gamma) d’une
double liaison, groupement :
C O C C ...
Le processus peut se produire soit de manière concertée (I), soit par étape (II).
H
Y γ
I : CH2 CH Y H + CH2 CH2
β (γ) (β)
α
24
H
Y γ
II : CH2 CH Y H + CH2 CH2
β
(γ) (β)
α
CH2 CH Y H
Exemple 1 : un ester
Dans le spectre de masse du butanoate de méthyle, on a les pics m/Z :
102, 59, 31 et 74
O O
-
CH3 CH2 CH2 C -e CH3 CH2 CH2 C
O m/Z = 102 O
CH3 CH3
ion moléculaire
O
CH3 CH2 fragmentation CH2
CH2 C CH3 O C O CH3 CH2
O m/Z = 59
CH3
O
CH3 CH2 fragmentation O
CH2 C CH3 O + CH3 CH2 CH2 C
O m/Z = 31
CH3
H
H 2C O réarrangement
CH2 C O H CH2 CH2
Mc Laffecty
H 2C C O
CH2 O
CH3 CH3
m/Z = 74
25
Exemple 2 : N-butyl isopropylméthylamine
CH3 CH3
H3C
fragmentation
CH N CH2 CH2 CH2 CH3 CH3 CH N CH2 CH2 CH2 CH3
+
H3C
H3C
H 3C
H
réarrangement CH H 2C
CH CH3
de Mc Lafferty γ N CH2 + H2C CH CH3
N
+
+
H3C CH2 H3C
CH2
β
m/z =72
α
26
3-Ionisation par désorption au laser d’une matrice (MALDI)
C’est un procédé particulièrement bien adapté aux macromolécules biologiques (protéines et
fragments d’ADN) ou autres polymères synthétiques
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