Thèse Alkasdoum
Thèse Alkasdoum
Composition du Jury :
Maman WAZIRI MATO Président
Professeur titulaire FLSH/UAM
Harouna MOUNKAILA Examinateur
Professeur titulaire ENS/UAM
Hamadou ISSAKA Rapporteur
Maître de recherches IRSH/UAM
Komi Sélom KLASSOU Rapporteur
Maître de Conférences Université de Lomé
Abdou BONTIANTI Directeur
Directeur de recherches IRSH/UAM
----------------------------------------------2020-2021------------------------------------------------
REMERCIEMENTS
Toutes les louanges appartiennent à Allah qui a enseigné à l’homme ce qu’il ignorait. Pour
entreprendre ce travail et le mener à terme, j’ai bénéficié du soutien de nombreuses per-
sonnes. Je désire, par ces quelques lignes, leur témoigner ma profonde reconnaissance et
gratitude. Cependant, je ne saurai les exprimer à leur juste valeur. Les exigences acadé-
miques et le bon sens m’astreignent à oser.
Ma pensée va en premier lieu au Professeur Abdou BONTIANTI, directeur de cette thèse.
Je suis ravi d’avoir travaillé à ses côtés car, outre le partage de ses savoirs et connais-
sances, il a su me transmettre sa rigueur scientifique en m’incitant toujours à aller vers la
pertinence du raisonnement. Je reste reconnaissant de la patience et de la bienveillance
dont il a fait montre tout au long de ce parcours. Professeur, merci.
Ensuite, je remercie M. Hamadou ISSAKA, mon co-directeur en Master, qui a facilité mes
premiers contacts avec mon directeur de thèse. Merci pour tous les appuis et encourage-
ments qui ont permis l’aboutissement de ce travail.
Je remercie également M. Ibrahim HAROUNA, mon hôte durant mes séjours de collecte
de données à Agadez. Merci pour l’accueil chaleureux et la facilitation des interviews.
Je suis reconnaissant envers les membres du jury qui ont accepté, malgré leurs multiples
tâches, la fastidieuse tâche d’apprécier cette recherche. Qu’ils trouvent ici l’expression de
ma profonde gratitude.
Mes remerciements vont également à l’endroit de l’ensemble des chercheurs, des docto-
rants et des étudiants en Master du laboratoire VESO. Chers enseignants et collègues étu-
diants, merci, votre contribution au succès de cette recherche est inestimable.
Ma reconnaissance s’exprime aussi au Groupe d’études et de recherches migrations, es-
paces et sociétés (GERMES). Enseignants et étudiants du GERMES, je n’oublie jamais
les appuis méthodologiques et les échanges scientifiques permanents sur divers thèmes en
rapport aux migrations. Tout simplement merci.
Je remercie tous les membres de ma famille dont les encouragements et les appuis de
toutes sortes ont contribué à l’aboutissement de ce processus. Cette thèse n’aurait pu se
réaliser si vous m’avez abandonné. Merci pour tous les encouragements et la confiance.
Enfin, je tiens à remercier du fond du cœur, sans citer nommément, les nombreuses per-
sonnes qui ont, de près ou de loin, contribué à la réalisation de ce travail.
2
DÉDICACE
À la mémoire de :
➢ Mon papa, Kasso DJINTORI décédé alors qu’il croyait fort en mes capacités ;
➢ Mon petit frère, Salissou KASSO tombé sous la violence inouïe du terrorisme.
3
SOMMAIRE
Remerciements................................................................................................................... 2
Dédicace............................................................................................................................. 3
Sommaire ........................................................................................................................... 4
Table des cartes .................................................................................................................. 5
Table des figures ................................................................................................................ 7
Table des tableaux ............................................................................................................. 9
Table des encadrés ............................................................................................................. 9
Table des photographies .................................................................................................. 10
Sigles et abréviations ....................................................................................................... 12
Résumé............................................................................................................................. 14
Abstract ............................................................................................................................ 15
Introduction générale ....................................................................................................... 16
Première partie : Cadre théorique, méthodologique et géographique ............................. 18
Chapitre 1 : Cadre théorique ............................................................................................ 19
Chapitre 2 : Cadre méthodologique ................................................................................. 46
Chapitre 3 : l’Aïr, une zone agricole en milieu aride attirant des migrants internes ....... 64
Chapitre 4 : Agadez, une « zone de convergence » des flux migratoires et des filières
maraîchères ...................................................................................................................... 87
Deuxième partie : La commune urbaine d’Agadez, une ville soumise aux interactions de
la mobilité et de l’émergence des filières oignon et pomme de terre ............................ 118
Chapitre 5 : Acteurs des filières, des acteurs mobiles ................................................... 119
Chapitre 6 : Moyens de production et de mobilité : quelle complémentarité ? ............. 149
Chapitre 7 : Filières oignon et pomme de terre : quels effets sur les mutations urbaines à
Agadez ........................................................................................................................... 180
Chapitre 8 : Filières et mobilité des personnes : les atouts, les contraintes et les
perspectives .................................................................................................................... 213
Références bibliographiques .......................................................................................... 247
Table des matieres ......................................................................................................... 270
Annexes ......................................................................................................................... 265
4
TABLE DES CARTES
Carte 9 : Production d’oignon par département dans la région d’Agadez (en tonnes) .... 95
Carte 16 : Localisation des jardins autour de la zone agglomérée de la CUA .............. 150
5
Carte 21 : Faiblesse du réseau routier urbain et contraintes de la mobilité résidentielle
....................................................................................................................................... 175
6
TABLE DES FIGURES
Figure 6 : Production de pomme de terre, campagne de contre saison 2017 par région 100
Figure 9 : Perception des acteurs interrogés sur l’avenir du maraîchage en absence des
migrants saisonniers ....................................................................................................... 107
Figure 11 : Répartition des enquêtés en fonction du nombre d'actifs dans leur ménage
....................................................................................................................................... 125
Figure 14 : Acteurs des filières oignon et pomme de terre à Agadez ............................ 130
Figure 18 : Perception des producteurs sur l'introduction d'innovations agricoles par les
migrants saisonniers ....................................................................................................... 161
7
Figure 19 : une source de financement de l'équipement d'exhaure dominée sur la mobilité
....................................................................................................................................... 164
Figure 20 : Répartition des enquêtés en fonction de la superficie des parcelles ........... 168
Figure 22: Secteurs d'investissement des acteurs des filières oignon et pomme de terre
dans la CUA ................................................................................................................... 190
Figure 23 : Les milieux d’investissement des acteurs des filières oignon et pomme de terre
....................................................................................................................................... 191
Figure 24 : investissements et créations d'emplois par les acteurs des filières oignon et
pomme de terre dans la CUA ......................................................................................... 197
Figure 26: Évolution de la population rurale et urbaine mondiale de 1950 à 2050 ....... 210
Figure 28 : Facteurs du développement des filières oignon et pomme de terre dans l’Aïr
....................................................................................................................................... 213
Figure 29 : Source des innovations adoptées par les maraîchers de l'Aïr ...................... 216
Figure 33 : Difficultés liées à l'exploitation des parcelles dans l'Aïr ............................. 234
8
TABLE DES TABLEAUX
Tableau 1: Producteur de la CUA membres de la FRUCA ............................................. 54
Tableau 2 : Répartition des enquêtés en fonction des sites d’enquête et leur fonction dans
les filières ......................................................................................................................... 56
Tableau 3 : Cadre méthodologique de la recherche ......................................................... 62
Tableau 4 : Migrants internationaux résidents à Agadez d'après le 4e RGPH ................ 75
Tableau 5 : Répartition des enquêtés selon leur âge et leur région d'origine................. 121
Tableau 6: Répartition des enquêtés en fonction de leur niveau d'instruction............... 123
Tableau 7 : Régime foncier comparatif de la commune rurale de Tabelot de 2006 et 2018
....................................................................................................................................... 152
Tableau 8 : Occupation du sol dans trois vallées de l’Aïr ............................................. 156
Tableau 9: Répartition de la main-d’œuvre salariée au sein des ménages des producteurs
....................................................................................................................................... 160
Tableau 10 : Répartition des enquêtés en fonction du nombre de parcelles exploitées. 169
Tableau 11 : Commercialisation des produits maraîchers de 2011 à 2017 par la FRUCA
....................................................................................................................................... 186
Tableau 12 : Évolution de la population et de la superficie de la CUA de 1977 à 2018202
Tableau 13 : Comparaison de l'utilisation du gaz et de l'essence pour un tour d'irrigation
d'une parcelle de 3000 m² .............................................................................................. 225
Tableau 14: Cumul pluviométrique annuel et IPS de la station d’Agadez de 1988 à 2017
....................................................................................................................................... 229
9
TABLE DES PHOTOGRAPHIES
Photo 1: Une vue de la 8e édition de la foire des maraîchers de la région d’Agadez à
Niamey ............................................................................................................................. 51
Photo 2 : Deux arbres fruitiers endémiques : dattier (climat désertique) oranger (climat
méditerranéen) sur le mont Bagzane ............................................................................... 70
Photo 3 : Camions stationnés dans le comptoir de l'UCIL .............................................. 79
Photo 4: Vue de la vieille ville depuis le minaret de la mosquée historique ................... 81
Photo 5 : la mosquée Emiskine et la croix d’Agadez, emblème de la CUA ................... 84
Photo 6 : Oignon : en haut : un tas dans le comptoir UCMA, en bas : jardin au stade de
floraison sur le mont Bagzane ......................................................................................... 92
Photo 7 : Pomme de terre : en haut : jardin à l’étape d’étalage sur le mont Bagzane, en
bas : sacs entreposés dans le comptoir UCMA, ............................................................... 97
Photo 8: Migrants saisonniers reconditionnant les sacs d’oignon dans le comptoir de
l’UCIL ............................................................................................................................ 115
Photo 9 : Inscription publicitaire à la façade du kiosque de vente des produits du
groupement Tchidnasse ................................................................................................. 138
Photo 10 : Plaques des projets et ONG partenaires du groupement Tchidnasse ........... 139
Photo 11 : Revendeur en attente des clients dans le comptoir de l'UCMA ................... 141
Photo 12 : Véhicules de transport des produits maraîchers des zones de production à la
CUA : camion Marocain (A) et Land Rover (B). .......................................................... 142
Photo 13 : Véhicule de transport des produits maraîchers exportés à partir des comptoirs
....................................................................................................................................... 143
Photo 14 : Enseignes de projets ayant contribué au développement du maraîchage à
Agadez ........................................................................................................................... 146
Photo 15 : Seuil d’épandage réalisé par le Projet de cogestion des ressources naturelles de
l’Aïr et du Ténéré (COGERAT) dans la commune rurale de Timia ............................. 147
Photo 16: construction de puits cimenté dans la commune de Tabelot ......................... 163
Photo 17 : Stationnement de camions "Dix roues" prêt du comptoir UCMT ................ 177
Photo 18 : Stationnement de motos dans le comptoir UCMA ....................................... 178
Photo 19 : Plaque placée à la devanture du comptoir de l’UCMT ................................ 187
10
Photo 20 : Une vue du comptoir de l’UCMT : remplissage de sacs d’ail (A) et sacs
d’oignon prêt au chargement, au fond stationnement de camion (B) ............................ 188
Photo 21 : Rues submergées en 2009 dans la CUA ....................................................... 205
Photo 22 : Takarkart à Tabelot, un dispositif d’exhaure devenu obsolète ..................... 222
Photo 23 : Arrosage des planches, après repiquage d’oignon, dans un jardin du mont
Bagzane .......................................................................................................................... 223
Photo 24 : Bouteille de gaz et motopompe dans un contre puits ................................... 226
Photo 25: Bornes de délimitation de la zone interdite d’habitation à Abalan ............... 238
Photo 26 : Dégradation des berges d’Aghazar Madaran dans le quartier Dagamanat .. 240
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SIGLES ET ABRÉVIATIONS
°C: Degré Celsius
AcSSA : Action pour la sécurité et la souveraineté alimentaire au Niger
AGRHYMET : Centre de recherche en agro-hydro-météorologie appliquée
BAD : Banque africaine de développement
BAGRI : Banque agricole du Niger
BCEAO : Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest
CAIMA : Centrale d’approvisionnement en intrants et matériels agricoles
CEA : Commission économique des Nations unies pour l’Afrique
CeSIA : Accademia dei Georgofili, Florence
CFSI : Comité français pour la solidarité internationale
Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour
CIRAD :
le développement
CNCR : Comité national du code rural
CNEDD : Conseil national de l’environnement pour un développement durable
CRA : Conseil régional d’Agadez
CRA/AZ : Chambre régionale de l’agriculture d’Agadez
CRPGCA : Comité régional de prévention et de gestion des crises alimentaires
CSA : Collectifs stratégie alimentaire
CUA : Commune urbaine d’Agadez
DAT : Direction de l’aménagement du territoire
DGDD : Direction générale de la décentralisation et de la déconcentration
DPC : Direction du patrimoine culturel
Food and Agricultural Organization (Organisation des Nations unies
FAO :
pour l’alimentation et l’agriculture)
FIT : Front inter tropical
FMI : Fonds monétaire international
FRUCA : Fédération régionale des unions des coopératives agricoles
ha : Hectare
I3N : Initiative les Nigériens nourrissent les Nigériens
IGNN : Institut géographique national du Niger
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INS : Institut national de la statistique
IPS : Indice de pluie standardisée
Institut des Sciences et des Techniques de l’Équipement et de l’Envi-
ISTED :
ronnement pour le Développement
MA/E : Ministère de l’agriculture et de l’élevage
MI : Ministère de l’intérieur
MP : Ministère du plan
OCDE : Organisation de coopération et de développement économique
OCHA : Office de coordination des affaires humanitaires
ODD : Objectif du développement durable
OIM : Organisation internationale pour les migrations
ONG : Organisation non-gouvernementale
OSS : Observatoire du Sahara et du Sahel
PAS : Programmes d’ajustement structurel
PDES : Plan de développement économique et social
PNM : Politique nationale de la migration
PNUD : Programme des Nations unies pour le développement
Projet de développement des exportations et des marches agro sylvo-
PRODEX :
pastoraux
RECA : Réseaux national des chambres d’agriculture du Niger
RGPH : Recensement général de la population et de l’habitat
RTA : Route Tahoua-Arlit
TIC : Technologies de l’information et de la communication
TLM : Transport de lourdes marchandises
United Nation Educational, Scientific and Cultural Organization (Or-
UNESCO :
ganisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture)
United Nation Population Fund (Fonds des Nations unies pour la po-
UNFPA :
pulation)
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RÉSUMÉ
Le Niger est un pays essentiellement rural dont l’agriculture demeure la principale occu-
pation des actifs. Elle est habituellement déficitaire obligeant les populations à adopter
des stratégies de survie dont la migration. L’Aïr est une région aride située dans le nord
du Niger. Ses sols alluvionnaires, sous lesquels gisent des nappes peu profondes, permet-
tent le développement des cultures maraîchères. L’irrigation est intensive et hautement
commerciale, attirant des migrants saisonniers internes. L’oignon et la pomme de terre
sont les filières les plus prometteuses. Elles occasionnent d’importantes transactions mar-
chandes dans la Commune urbaine d’Agadez (CUA), notamment dans les comptoirs. Cela
ne manque pas d’influencer sa dynamique urbaine.
Cette thèse se propose de comprendre les implications de la mobilité des personnes et des
filières oignon et pomme de terre sur les mutations qui affectent la CUA. Elle procède par
l’analyse des mobilités spatiales propices aux filières maraîchères, de la typologie des
acteurs et des sources de financement des moyens de production. Ces éléments sont rap-
portés aux principaux facteurs de la dynamique de la CUA qui sont l’évolution des fonc-
tions, la croissance démographique et l’expansion spatiale.
Les données empiriques sont collectées à partir d’un questionnaire et d’un guide d’entre-
tien. Renforcées par la recherche documentaire, elles sont dépouillées sous le logiciel
d’enquête SPHINX.
Les résultats montrent que d’une part, les migrants notamment internes sont une main-
d’œuvre permanente et bon marché qui propulse le développement des filières oignon et
pomme de terre et, d’autre part, les transferts issus de l’émigration permettent l’achat de
l’équipement d’exhaure, le payement de la main-d’œuvre et dans une moindre mesure
l’acquisition des terres. Par ailleurs, la présence des migrants et le déroulement des tran-
sactions dans la CUA participent à sa dynamique urbaine.
Mots clés : Agadez, Aïr, Moyens de production, Mobilité, Filière maraîchère, Dynamique
urbaine
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ABSTRACT
Niger is a predominantly rural country where agriculture remains the main occupation of
the working population. It is usually in deficit, forcing populations to adopt survival strat-
egies including migration. Air is an arid region located in the north of Niger. Its alluvial
soils, under which shallow water tables lie, allow the development of market gardening.
Irrigation is intensive and highly commercial, attracting internal seasonal migrants. The
onion and the potato are the most promising sectors. They give rise to significant market
transactions in the urban commune of Agadez, especially in the counters. This does not
fail to impact on its urban dynamics.
This thesis aims to understand the implications of the mobility of people and the onion
and potato sectors on the mutations that affect the CUA. It proceeds by analyzing the
spatial mobility conducive to market gardening sectors, the typology of actors and sources
of financing of the means of production. These elements are related to the main factors of
the dynamics of the CUA which are the evolution of functions, population growth and
spatial expansion.
Empirical data is collected from interviews using a questionnaire and interview guide.
Reinforced by documentary research, they are analyzed using the SPHINX software.
The results show that on the one hand, migrants, particularly internal migrants, are a per-
manent and cheap workforce that propels the development of the onion and potato sectors
and on the other hand, transfers from emigration allow purchase of dewatering equipment,
payment of labor and to a lesser extent land acquisition. In addition, the presence of mi-
grants and the conduct of transactions in the CUA contribute to its urban dynamics.
Keywords: Agadez, Aïr, Means of production, Mobility, Market gardening sector, Urban
dynamics
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
La région d’Agadez, située dans le nord du Niger, est le domaine de l’aridité. Les cultures
pluviales céréalières, base de l’alimentation des Nigériens, sont difficiles. L’irrigation,
unique alternative agricole, est pratiquée le long des vallées de l’Aïr qui sont alimentées
par des écoulements épisodiques, caractéristiques des régions arides (cf. carte 2). Les cul-
tures sont de plus en plus tournées vers l’horticulture commerciale dont l’oignon est la
spéculation la plus prometteuse. Elle est suivie de la pomme de terre. Toute la production
maraîchère de la région, destinée à la commercialisation, est acheminée vers la Commune
urbaine d’Agadez (CUA) où elle est vendue dans des comptoirs. Les revenus importants
que génèrent ces cultures ne manquent pas de drainer des migrants saisonniers ce qui
donne lieu à d’importantes mobilités de personnes. Il naît trois principaux pôles entre les-
quels circulent des flux qualifiables de maraîchers : les zones de départ des migrants, la
CUA, centre de commercialisation et les vallées de l’Aïr, bassin de production (cf. carte
11, 12 et 13).
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Sur un autre plan, la CUA est une étape importante du circuit migratoire en direction du
Maghreb. Elle est à la fois un passage pour les migrants internationaux provenant des pays
africains, une destination pour les migrants internes venant surtout de Maradi et de Zinder
(cf. carte 16), et en fin un départ des migrants locaux. Aujourd’hui, la migration, à travers
le Sahara, inquiète les dirigeants de certains pays au point d’en faire une préoccupation
majeure. Certains auteurs, comme Brachet et al. (2011), évoquant les relations entre
l’Afrique du nord et l’Europe, constatent que les questions migratoires sont récurrentes
dans l’agenda de toutes les rencontres. L’Union européenne fait de la migration une ques-
tion politique voire une idéologie qui s’impose aux pays d’émigration, notamment subsa-
hariens. Elle use de tous les moyens pour empêcher l’arrivée des migrants.
Cette étude intitulée mobilités des personnes, filières oignon et pomme de terre et dyna-
mique de la commune urbaine d’Agadez (Niger), s’inscrit dans le thème général de mo-
bilité, urbanisation et développement. Elle vise à comprendre les influences des interac-
tions entre la mobilité des personnes et les filières oignon et pomme de terre dans les
mutations qui affectent la CUA. La démarche méthodologique combine des techniques de
recherche quantitative et qualitative. L’étude privilégie la migration à cause des appuis
importants qu’elle apporte aux activités agricoles au Niger, de façon générale.
17
PREMIÈRE PARTIE : CADRE THÉORIQUE, MÉTHODOLOGIQUE ET GÉO-
GRAPHIQUE
Cette partie comporte quatre chapitres. Le premier présente le cadre théorique. Il s’agit
d’un parcours de la littérature afin de dégager notre positionnement scientifique, poser la
problématique, formuler les hypothèses et définir les objectifs poursuivis. La méthodolo-
gie adoptée et les limites conceptuelles de l’étude sont abordées dans le chapitre 2. Le
chapitre 3 présente le cadre géographique de l’Aïr et de la commune urbaine d’Agadez. Il
est question des facteurs qui favorisent l’agriculture dans une région aride et qui la rendent
attractive. Le chapitre 4 présente la CUA comme une zone d’attrait de divers flux à travers
l’histoire. Il décrit la convergence des migrants, de l’oignon et de la pomme de terre vers
cette ville au climat aride.
18
CHAPITRE 1 : CADRE THÉORIQUE
Ce chapitre présente les aspects théoriques sur lesquels se fonde l’étude à savoir la revue
de la littérature, la problématique, les hypothèses et les objectifs. Il contient également le
champ spatial et conceptuel.
La mobilité, l’agriculture et leurs impacts sur les villes sont des thèmes qui embrassent
sans cesse les débats. Spécialiste, politique, vulgaire, chacun trouve une occasion de dis-
courir. Ainsi, la production scientifique disponible dans le domaine est pluridisciplinaire,
importante et diversifiée. Cette revue de la littérature interroge les notions clés autour
desquelles s’articule ce travail de recherche et leurs interactions (la mobilité, les filières
maraîchères et la dynamique urbaine).
L’histoire apprend que l’homme était prédateur nomade pendant longtemps avant d’être
producteur sédentaire. La rupture se réaliserait au cours du néolithique avec la formation
des premiers groupements villageois. L’habitat se fixe et, au fur et à mesure que se con-
solident les structures sociales, les activités (agriculture et élevage) s’améliorent grâce au
perfectionnement de l’outillage. Les changements inaugurant cette nouvelle période de
l’histoire de l’humanité sont appelés « révolution du néolithique », une expression intro-
duite par Childe, un archéologue anglais (Tunca, 2004). Les sites propices au développe-
ment de l’agriculture étaient les premiers choix pour accueillir les premiers regroupements
humains. C’est pourquoi, les plaines alluviales, terrains très riches en limons fertiles, ont
été les foyers où ont éclos les grandes civilisations humaines (Mésopotamie, Palestine,
vallée du Nil et de l’Indus). Dans l’état actuel des recherches, les plus anciens témoignages
des transformations intervenues dans le mode de vie des hommes, sont attestés dans le
croissant fertile et les régions montagneuses qui les délimitent au nord et à l’est (Tunca,
2004). L’accroissement de la population et des besoins alimentaires entraine celui de la
productivité de l’agriculture au point d’aboutir à de profonds bouleversements qualifiés
de révolution agricole. Les perfections se succèdent et de révolution en révolution, le
19
monde s’achemine actuellement vers la septième révolution agricole (Griffon, 2013). Les
grandes transformations agricoles induisent la révolution industrielle qui donne naissance
au phénomène que Leboute (1993) désigne fait urbain, la concentration croissante des
populations dans des agglomérations urbaines. Les ruraux sont de plus en plus attirés par
les villes qui leur offrent un cadre de vie agréable et l’emploi. Mais, la naissance du phé-
nomène urbain (urbanisation) est subordonnée à la révolution du néolithique, car selon
Leboute (1993), l’existence d’un centre urbain présuppose l’échange de surplus agricoles.
En définitive, la ville résulte des avancées enregistrées dans le secteur de l’agriculture.
Cependant, l’essor des villes devient prodigieux vers la fin du XIXe siècle en Europe,
suite à la diffusion de la révolution industrielle qui bouleverse considérablement l’aspect
de l’économie. Selon Bairoch (1993, p. 9) « pour le monde développé, le XIXe siècle est le
siècle par excellence de l’urbanisation ». Cette urbanisation est consécutive aux progrès de
l’industrialisation qui ont entrainé la concentration des biens. L’accumulation économique
s’est accompagnée d’un vaste dépeuplement des zones rurales et d’un abandon des acti-
vités agricoles (OCDE, 2017). Les populations rurales sont attirées et maintenues sur
place. Elles se concentrent dans un espace réduit. Il ressort le passage de la société rurale
(agricole) à la société urbaine (industrielle). Les milieux qui émergent se caractérisent par
la prééminence des activités des secteurs secondaire et tertiaire. Dauvergue (2011, p. 42)
entrevoit le milieu urbain comme « le lieu d’activités secondaires de transformation ou de plus
en plus tertiaires. […] La ville est le lieu d’activités non-agricoles ». Ainsi, lorsqu’un milieu
devient véritablement urbain, toutes les activités qui font appel à l’exploitation directe des
ressources naturelles disparaissent. Mais, cette conception ancienne de l’urbanisation ne
fait pas l’unanimité car d’autres critères spécifiques (seuils statistiques, statut administra-
tif) sont mis en avant pour délimiter les milieux urbains. Compte tenu de son faible niveau
économique, l’Afrique subsaharienne est loin de cette conception car l’agriculture reste
encore la principale source de revenus de 10% à 25% des ménages urbains (OCDE/FAO,
2016). Dans cette partie du monde, l’industrie est, dans de nombreux pays, embryonnaire.
Toutefois, le retard industriel n’implique pas l’absence de l’urbanisation. Les villes y
avaient existé et elles avaient joué un rôle déterminant sur les plans social, politique et
économique. Seulement, elles étaient peu nombreuses et relativement peu densément peu-
plées (Coquery-Vidrovitch, 2006). De nos jours, l’urbanisation est en vogue. Il importe
20
de la canaliser pour contenir au mieux ses effets indésirables probables et profiter de ses
avantages certains. Les Nations unies ont défini les Objectifs du développement durable
(ODD) dans cette perspective. Elles optent pour un développement planétaire inclusif qui
tient compte des besoins des générations futures. Elles ambitionnent de « faire en sorte
que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et du-
rables » (Nations unies, 2015, p. 15). Il est attendu le maintien de l’agriculture en ville.
Or, la ville s’étale le plus souvent en empiétant sur les terres agricoles et en engloutissant
des villages. Nombre d’études ont confirmé cet état de fait (Ngapgue, 2014 ; Bogaert et
Halleux, 2015). Auriole et Aboudou (2006, p. 28) disent que « la ville rattrape les espaces
agricoles en sa périphérie ». Force est de constater qu’en dépit de l’accaparement incessant
de son espace par l’étalement urbain, l’agriculture subsiste dans la ville et à sa périphérie,
surtout dans les pays en développement. Cette forme d’agriculture qui s’accommode des
contraintes de l’urbanisation est dite urbaine ou périurbaine. Basée sur la production des
légumes, elle rend de nombreux services à la ville. Elle procure un revenu régulier et sub-
séquent aux producteurs tout au long de l’année (Hyacinthe et al, 2014). Elle atténue l’in-
cidence du chômage et participe à la réalisation de l’équilibre du régime alimentaire des
citadins. Selon Margiotta (1997) l’agriculture périurbaine peut apporter des réponses ef-
ficaces aux problèmes de développement d’une ville en croissance rapide. Dans son ana-
lyse, l’auteur montre qu’elle contribue à la sécurité nutritionnelle, protège l’environne-
ment et améliore le statut socio-économique des ménages en créant des emplois. En défi-
nitive, elle assure plusieurs fonctions, raisons pour lesquelles elle ne s’éloigne pas de la
ville. Elle subsiste avec mérite dans les pays du sud où la main-d’œuvre moins qualifiée
est abondante. Mais, pour une présence harmonieuse, elle doit intégrer les projets urbains
comme voulu par la Banque Mondiale. En effet, dans le courant des années 1980, cette
banque impose une forme de gouvernance urbaine orientée vers la décentralisation. C’est
une approche qui invite à prendre en compte l’ensemble des composantes susceptibles
d’intégrer la gestion de la ville. Les pouvoirs centraux, les collectivités, les techniciens et
les communautés participent à cette gestion. Les communautés délèguent leur pouvoir aux
organisations de la société civile. Auriole et Aboudou (2006) pensent que la concertation
et la participation de tous les acteurs est indispensable afin de définir une politique saine
de contrôle de la croissance urbaine tant du point de vue démographique que spatial. Dans
21
ce cadre, les principales catégories impliquées sont les gestionnaires urbains et les acteurs
des filières agricoles. Cela est envisageable avec succès dans les pays développés où l’ur-
banisation est orientée. Aussi, faut-il constater que le niveau d’éveil de leurs populations
est élevé. Dans les pays en développement, l’urbanisation se réalise dans la plupart des
cas, sans schéma conçu d’avance, ni planification préalable. Les résultats ne peuvent être
que désolants. Le mieux ici, est de la conformer à la nouvelle donne climatique afin qu’elle
soit une opportunité de lutte contre le chômage. Il n’est pas encore temps d’évincer les
activités rurales dans les milieux urbains. Elles nécessitent l’appui des pouvoirs publics
ne serait-ce que par l’inculcation d’innovations. La création d’activités génératrices de
revenus prime sur l’esthétique urbaine où de milliers de nouveaux venus se battent pour
la survie. En majorité, les ruraux qui arrivent dans les villes, sont analphabètes et sans
aucune qualification professionnelle adéquate. L’agriculture est adaptée à leur accueil.
Elle est adéquate à leur intégration professionnelle et même sociale.
22
leur puissance actuelle, non seulement de leur ambition et capacité inébranlables à trans-
former leur milieu, mais aussi de l’immigration. Le président John Kennedy est persuadé
que son pays est devenu un géant industriel et agricole mondial grâce à l’immigration. Il
dit: “between 1880 and 1920 America became the industrial and agricultural giant of the world…
This could not have been done without the hard labor, the technical skills and entrepreneurial
ability of the 23.5 million people who came to America in this period” (Sandra, Nathan et Nancy,
2017, p. 8). L’histoire du peuplement des États-Unis d’Amérique témoigne de la conver-
gence de plusieurs peuples de nationalités différentes qui se sont joint aux autochtones.
La combinaison a donné naissance aux métropoles qui sont actuellement des centres in-
ternationaux d’impulsion économique et d’innovations technologiques et culturelles.
L’immigration offre à l’économie américaine aussi bien une main-d’œuvre de base que
des cadres très diplômés et hautement qualifiés. Sans aucun doute, la migration a contribué
dans une large mesure au processus de l’urbanisation des États-Unis d’Amérique. De
nombreux auteurs (Ghorra-Gobin, 1992 ; Chesnais, 1999 ; Dumont, 2009) ont montré que
les mégapoles américaines résultent de l’immigration.
Les progrès du machinisme ont substantiellement réduit les travaux manuels. Ainsi, les
industriels sélectionnent les travailleurs qualifiés, à priori urbains, et non les ruraux qui ne
disposent principalement que de leur force musculaire. Pourtant, les flux ne cessent de se
diriger vers les villes amplifiant l’urbanisation. Ce que la migration est inhérente à la na-
ture humaine ; elle ne s’interrompt jamais. « Les mouvements de population, qui revêtent dif-
férentes formes, font partie intégrante de l’histoire de l’humanité » (FAO, 2018, p. 2). Cet élan
est renforcé par la fabrication des moyens de transport et de communication performants
qui permettent des contacts rapides et permanents, voire instantanés. Il n’y a donc plus de
raison de se préoccuper des motifs des migrations. Le phénomène est ancien et naturel.
Mais, il n’est pas inopportun de rappeler les réponses classiques le justifiant.
23
Le migrant prend personnellement l’initiative de fuir un environnement économique in-
certain au profit d’un ailleurs supposé offrir de meilleures perspectives. Cette théorie très
critiquée, continue pourtant d’être le modèle sous-jacent de la plupart des politiques mi-
gratoires, concernant surtout les migrations africaines (Brachet, 2009). Elle prend unique-
ment en compte les contextes économiques qui prévalent dans les pays de départ et d’ar-
rivée et néglige les aspects sociaux, politiques et culturels que revêtent les mouvements
migratoires. De façon plus explicite, la migration est causée, d’une part par des contraintes
de divers ordres vécues dans les pays d’origine (bas salaires ou chômage élevé, catas-
trophes naturelles ou crises sécuritaires) et d’autre part par des perspectives multiples of-
fertes par les pays d’accueil (besoin de travailleurs étrangers ou condition de vie descente).
En plus, la théorie néoclassique considère le projet migratoire comme étant individuel.
L’individu choisit délibérément de maximiser ses revenus en décidant de migrer. Cette
conception est remise en cause dans le courant des années 1980 par la nouvelle économie
des migrations (rattachée surtout à l’économiste Oded Stark (Piché, 2013)). Elle déplace
l’échelle du projet migratoire de l’individu vers l’unité familiale (Baby-Collin, 2017). Le
projet migratoire n’est plus individuel, mais engage toute la famille dans une perspective
de maximisation du profit et de minimisation du risque. La famille choisit ses membres
les plus vaillants et les place sur le chemin de la migration.
Cependant, contrairement à cette opinion largement répandue qui stipule que la décision
d’émigrer est prise pour fuir une situation de manque, la migration présente un aspect
culturel dans certaines sociétés africaines. Des analyses faites au Burkina Faso (Barde,
1993), au Mali et Sénégal (Timera, 2001), au Niger (Hamani, 2008) ont prouvé que la
migration représente pour les jeunes un moyen d’affirmation de soi. Les jeunes migrent
pour se tailler une place dans leur société. La migration est perçue comme une source de
prestige. Quels que soient les mobiles qui l’entrainent, elle est sans nul doute génératrice
d’équilibre grâce à l’acquisition de la fortune (Boyer et Mounkaila, 2010) et une voie de
se faire prévaloir une certaine considération sociale. Dans ce contexte, elle est un témoi-
gnage de courage et de maturité. Les jeunes immigrent pour mieux intégrer leur société.
Depuis les années 2000, face à la complexification des migrations, le politique s’implique
de plus en plus. Les paradigmes se renouvellent obligeant de repenser les approches. Les
migrations internationales qui se font sur des distances et des temporalités plus ou moins
24
longues, attirent l’attention des chercheurs. Les facteurs classiques des migrations (push
and pull) ne sont plus justificatifs face à l’imbrication des mouvements, notamment leur
internationalisation. Certains auteurs parlent de la mondialisation de la migration (Doraï
et Hily, 2004 ; Berthomière, 2009) ce qui enrichit le lexique de termes nouveaux. « Ainsi,
circulation, champ ou territoire migratoire, transnationalisme, société en réseau ou encore « glo-
calisation » sont des notions largement utilisées pour décrire les configurations dans l’espace et
dans le temps de nos sociétés » (Berthomière et Hily, 2006).
La majorité des flux migratoires sont orientés vers les centres urbains, bassins d’emplois,
où les migrants pensent trouver un cadre de vie agréable. Il résulte le phénomène d’urba-
nisation tel que défini par la Banque africaine de développement (BAD) et al. (2016, p.
167) « l’augmentation de la part de la population totale d’un pays qui vit dans les zones ur-
baines ». Ce phénomène est excessif en Afrique. En 20 ans, la population urbaine du con-
tinent a été multipliée par près de deux fois, passant de 237 millions en 1995 à 472 millions
en 2015 (BAD et al., 2016). Fargues (1988) relève que cette urbanisation est due essen-
tiellement à l’accroissement naturel de la population des villes, les migrations des cam-
pagnes vers les villes et le reclassement d’établissements humains considérés auparavant
comme ruraux. Les liens sont incontestables entre le développement des villes et la migra-
tion, qu’elle soit interne ou internationale.
L’effet attendu de la concentration des populations dans les villes est une multitude de
problèmes (logement, emploi, nourriture, pollution, service de base). Des auteurs, proches
de l’éthique, culpabilisent l’urbanisation d’être en grande partie responsable de la dépra-
vation des mœurs et de toutes les formes de délinquance (Tabutin, 2000 ; Lindstrom et
Jourdan, 2017). En revanche, la Banque africaine de développement (BAD) (2011), s’in-
téressant aux aspects économiques, reste optimiste. Elle rappelle une règle empirique :
chaque fois que double la taille d’une ville, la productivité des activités qui y sont menées
augmente d’environ 4% à 8%. La BAD et al (2016) d’ajouter que l’urbanisation fait évo-
luer les marchés du travail et ceux des denrées alimentaires. Sans s’appuyer sur des sta-
tistiques, Le Bris (1998, p. 307) dit « certains considèrent même que les rendements croissent
en fonction de la taille des villes ». De façon très claire, il est établi depuis de longues dates
que les migrations constituent un facteur d’urbanisation et de développement des écono-
mies africaines (Dupont et Dureau, 1986). La BAD et al (2016, p. 214) convainquent
25
davantage avec une illustration sans équivoque « entre 2000 et 2013, le secteur agricole
africain a connu un taux de croissance réelle de 5,1% par an, qui est bien supérieur au taux de
croissance de la population, de 2,7% ». Selon ces institutions, la croissance du secteur agri-
cole s’explique par la diversification du régime alimentaire des citadins. L’agriculture ur-
baine tient compte de leur goût dont elle est capable de canaliser.
Dans le cadre de cette recherche, il est question des effets de la migration sur le dévelop-
pement des filières oignon et pomme de terre dans la CUA et des répercutions sur sa dy-
namique. Ainsi, quelle que soit la théorie choisie pour la description, l’accent est mis sur
les effets des retombées de la migration ou dans une vision plus générale, de la mobilité
sur les deux filières et la dynamique urbaine de la CUA.
Lutter contre la pauvreté, phénomène essentiellement rural, a été depuis longtemps l’un
des slogans de la communauté internationale. Cette ambition classique est réitérée par
l’Assemblée générale des Nations unies le 25 septembre 2015 à New York par l’adoption
des ODD. Un agenda décliné en 17 objectifs, comportant des cibles bien précises, engage
les États du monde à éradiquer la pauvreté à l’horizon 2030. Cela pose comme préalable
la résolution effective des problèmes alimentaires et nutritionnels. Le défi mondial actuel
demeure « éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir
l’agriculture durable » (Nations unies, 2015, p. 15). Cela n’est possible que par une trans-
formation structurelle du secteur agricole qui passe par son analyse complète. Il faut in-
nover afin de maximiser les rendements et les revenus agricoles. L’agriculture, notamment
celle des pays en développement, nécessite d’être revisitée. Dans cette perspective se dé-
gage la pertinence de l’approche filière qui se révèle comme un outil susceptible de boos-
ter la productivité et la compétitivité d’un produit donné afin de mieux organiser son en-
trée dans le marché. Elle a fait ses preuves dans les pays industrialisés depuis les années
1950 suite aux profonds bouleversements intervenus dans l’activité agricole. Selon Frays-
signes (2005), la notion de filière apparaît en France dans les années 1960-70 comme
26
composante d’une nouvelle structure de pensée destinée à analyser le système productif
et les stratégies des firmes. Ce n’est pas le lieu de faire ici l’historique de l’approche, mais
il importe de saisir ses fondements et ses principes. Au préalable, il faut noter qu’elle
entend mettre fin à l’agriculture traditionnelle d’autoconsommation et à la suppléer par la
commercialisation des produits agricoles.
L’étude de la filière d’un produit (étude sectorielle) est conçue comme une monographie
intégrant les données technico-économiques relatives à ce produit (Labailly, 1990). Elle
inclut tous les stades par lesquels le produit passe, toutes les formes de production,
d’échange, de transformation et de consommation le concernant. Selon le magazine Spore
(2012), elle consiste à comprendre le cheminement d’un produit agricole et les interactions
qui régissent les acteurs clés qui y sont associés. C’est aussi savoir les facteurs influençant
ses performances tout en cernant les contraintes associées à chaque étape et en définissant
les solutions possibles. Aucun détail n’est délaissé d’où le Collectif stratégies alimentaires
(CSA, 2013) soutient qu’il s’agit d’une analyse qui se veut systémique. Par conséquent,
toutes les étapes du circuit et les interactions qui les caractérisent sont examinées. Analyse
exhaustive, elle requiert la prise en compte des facteurs extérieurs, c’est-à-dire qui ont des
liens indirects avec le produit et les acteurs. Elle est une analyse intégrale qui s’intéresse
aux différents niveaux relatifs au parcours d’un produit agricole : technique, économique,
financier, organisationnel, etc. Bien conduite, l’approche filière se présente comme un
levier à la compétitivité des produits agricoles, donc un puissant moyen de lutte contre la
pauvreté et l’insécurité alimentaire.
Cependant, elle ne se fait pas n’importe comment. Elle nécessite l’adoption d’une dé-
marche. En sa qualité de leader mondial des questions alimentaires et agricoles, l’Organi-
sation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a mis au point plu-
sieurs modules très simples et très faciles qui décrivent comment conduire l’analyse fi-
lière. La démarche qui ne demande aucune connaissance spécifique, s’articule autour de
quatre phases indépendantes : analyse fonctionnelle, analyse financière, simulation de me-
sures de politique et analyse de la filière à prix économique. Chacune des composantes de
27
la démarche est détaillée puis référencée dans une banque de ressources en ligne dénom-
mée EASYPol1.
Terpend (1997) estime que l’approche filière est une étude exhaustive et doit prendre en
compte tous les aspects ayant une influence sur un produit qui peut être agricole, industriel
ou même un service. « L’étude de filière n’est pas uniquement économique, au sens strict du
mot, ou comptable ; elle est aussi géographique, politique, sociologique » (Terpend, 1997, p.
2). Cette auteure recommande d’adopter une démarche plus complète qui comporte les
étapes suivantes : délimitation de la filière étudiée, collecte et analyse de l’information,
formulation d’un diagnostic et recommandations. Les étapes paraissent simples, mais cha-
cune comporte des sous-points. Cette démarche demande un travail obligatoire de terrain
et une recherche documentaire. Bien que l’approche filière soit simple et d’un grand inté-
rêt, tant du point de vue théorique que pratique, elle présente des limites. Elle fournit des
résultats pertinents lorsque les filières sont régies dans un cadre formel, un environnement
où les statistiques comptables sont disponibles et fiables. Dans les pays en développement,
son adoption requiert des ajustements car, non seulement les données sont incomplètes et
disparates, mais aussi les activités économiques sont dominées par un caractère informel.
L’exercice des activités n’est pas obligatoirement soumis à des déclarations fiscales. Selon
Duteurtre et al., (2000), l’économie informelle représente la plus grosse part du secteur
agroalimentaire de certains pays du sud. Eu égard à ces considérations, l’approche filière
s’avère délicate dans ces pays. Mais, elle « est un outil qui peut permettre de comprendre le
fonctionnement de l’économie informelle » (Duteurtre et al., 2000, p. 12). C’est dans cette
logique que ces auteurs proposent une méthode d’analyse standard qui s’articule autour
de quatre étapes : la délimitation de la filière, la typologie des acteurs, l’analyse comptable
et l’analyse organisationnelle. L’analyse comptable débouche sans conteste sur des résul-
tats inattendus car l’économie informelle se caractérise par l’absence de registre de comp-
tabilité.
L’analyse filière est conduite en fonction des objectifs visés par la recherche. Il n’est pas
donc obligatoire de suivre toutes les étapes indiquées plus haut. Le chercheur peut s’ap-
pesantir sur les aspects conformes aux objectifs qu’il vise. Ainsi, approche à dominante
1
L’adresse Web de EASYpol est la suivante : www.fao.org/tc/easypol
28
monographique, elle peut se limiter à l’une des étapes essentielles (la délimitation de la
filière, la typologie des acteurs, l’analyse comptable et l’analyse organisationnelle). Aussi,
l’analyse comptable peut être remplacée par le compte de l’exploitation. Dans le contexte
de l’Aïr, les paysans qui exploitent les parcelles selon le régime Tarayya, font une sorte
de compte de l’exploitation en consignant dans un carnet toutes les dépenses. Il ne reste
qu’à évaluer l’effort des travaux personnels et les effets de l’amortissement. Au vu de ce
qui précède, il est bien possible de conduire l’analyse filière pour évaluer la performance
des filières maraîchères de toute la région d’Agadez.
1.2 Problématique
Parler de la mobilité dans le nord du Niger, c’est implicitement faire allusion à la migra-
tion. Cette pratique qui, selon l’opinion de Labelle (2015, p. 20) inspirée de la théorie
libérale classique, « est un facteur d’ajustement économique tant dans les zones de départ que
dans les zones d’accueil ». L’évolution des sociétés humaines est indéniable de la migration.
Pourtant, de nos jours, elle inquiète au point de se hisser au premier rang des préoccupa-
tions mondiales, éclipsant des problèmes plus pressants comme le terrorisme, la pauvreté,
l’analphabétisme ou les maladies émergentes et réémergentes. Elle reste toujours d’actua-
lité et soumise à des contrôles au niveau des frontières. Par exemple au Niger, pays de
départ et de transit, il est instauré un arsenal institutionnel répressif contre les acteurs de
la migration, tantôt assimilée à la traite de personnes. Cependant, le durcissement juridic-
tionnel trouve sa raison à travers la volonté de l’État de protéger les candidats aux migra-
tions des tragédies horribles à l’image de « l’hécatombe » mémorable de septembre 2013
(92 personnes étaient retrouvées mortes dans le désert nigérien).
D’un autre angle, l’homme politique scande un slogan appelant les Nigériens à se nourrir
eux-mêmes ce qui implique une transformation structurelle de l’agriculture nigérienne.
29
Mais, force est de constater que la capacité du pays à mettre en œuvre cette politique
ambitieuse, reste douteuse. Selon la Commission économique des Nations unies pour
l’Afrique (Nations unies-CEA, 2016, p. 24) « l’initiative fixe des cibles quantitatives globales,
présente des coûts d’investissements mais ne développe pas un cadre logique avec des indicateurs
détaillés de référence et cibles en termes de transformation structurelle ». Après l’analyse du
programme, Bonnassieux (2015, p. 106) remarque que « la place de l’action publique est
surévaluée et l’accent n’est pas suffisamment mis sur le développement de l’agriculture paysanne
à travers le développement de méthodes et d’outils permettant une meilleure productivité et un
accès au marché ». Ces constats s’avèrent car l’initiative est loin de son agenda : la faim
zéro en 2020. Jusqu’à présent, les Nigériens se nourrissent des produits alimentaires im-
portés. La migration demeure l’une des meilleures solutions face au déficit céréalier et un
moyen efficace de financement des moyens de production agricole. Il est illusoire d’ima-
giner aujourd’hui, que les Nigériens puissent se nourrir exclusivement de leurs propres
productions agricoles. Il est également très difficile de convaincre les producteurs d’y par-
venir après l’expérimentation de plusieurs politiques agricoles sans grand succès. À Aga-
dez, les filières maraîchères suscitent des mobilités qui conditionnent leur développement.
Il existe une interdépendance entre les flux migratoires et l’émergence des filières agri-
coles. La CUA est le nœud des transactions d’où sa dynamique est affectée. Il est néces-
saire d’investiguer afin de dégager les voies qui conduiront aux meilleures perspectives
d’avenir. La recherche scientifique paraît l’une des voies salutaires permettant de faire
cette investigation.
30
restriction. Elle est aussi un devoir dont l’enfreint est condamnable. « En 1854, Thomas
Cook lança un slogan où il affirmait que rester immobile, en cette période de changement, alors
que le monde entier est en mouvement, était criminel » (Urry, 2005, p. 29). Nous sommes
obligés de mouvoir et celui qui refuse est passible de peine. S’il était taxé de criminel au
XIXe siècle, quel qualificatif lui convient actuellement ? Le présent travail de recherche
aborde la mobilité à un moment où elle est soumise à des épreuves au Niger, notamment
dans sa partie septentrionale qui est la porte d’entrée en Europe via le Maghreb. Est-ce-
que l’on commet une infraction en franchissant les frontières méridionales du Niger ?
Parmi ceux qui partent, lesquels méritent d’être renvoyés ? De telles interrogations trou-
vent leurs réponses dans la législation internationale que le Niger a souverainement ratifié.
L’évolution technologique et politique dote l’humanité d’un monde qui nie les frontières,
un monde où les informations circulent instantanément et où les contacts sont directs et
permanents. L’internaute a raison de croire que la planète est un gros village, un agrégat
d’habitats mitoyens, mais virtuels. Les habitants du monde sont des voisins. Cette vision
d’un monde en miniature est mise en exergue par Urry (2005) à travers l’image du touriste
du XXe siècle qui perçoit la planète Terre comme un grand magasin. Certes, la mondiali-
sation, en estompant graduellement l’emprise de l’État sur la circulation des capitaux et
des biens dans le cadre des échanges (Éla et Zoa, 2006), a facilité l’accès aux Technologies
de l’information et de la communication (TIC) jusqu’aux confins des territoires. Elle a
rendu les liaisons étroites entre les civilisations, mieux entre les peuples. Désormais, les
transferts des connaissances et des expériences, dans tous les domaines, sont faciles, illi-
mités et de surcroit à coûts presque nuls. Faut-il constater que la fracture numérique est
en amélioration vertigineuse, dans tous les pays. La communication est révolutionnée dans
tous ses aspects. Partout, les supports de la circulation de l’information ainsi que les in-
frastructures et les moyens de transport font l’objet d’un perfectionnement prodigieux.
Des technologies efficaces, les unes plus performantes et plus sûres que les autres, sont
développées pour se déplacer sur la terre, sur les océans et dans les airs. Aucune contrainte
physique (climat ou relief) n’est capable d’empêcher la mobilité. Des lieux spatialement
éloignés sont devenus temporellement proches et unis. Observant ce processus qui paraît
irréversible, Brachet (2009, p. 9) dit que : « la circulation des images et des informations,
31
l’accroissement des inégalités et la modernisation des systèmes de transport sont autant de fac-
teurs qui participent de l’envie de partir et qui suscitent ou attisent l’émergence de nouvelles
dynamiques migratoires à l’échelle de la planète ». Les tentations qui impulsent les départs
sont instables et dépendantes de l’évolution des technologies. Elles sont omniprésentes
dans tous les milieux urbains comme ruraux. Dans des conditions aussi stimulantes qui
n’exemptent personne, vouloir interdire l’aventure au pauvre ou au riche paraît utopique.
Pourtant, nombreux sont les dirigeants qui se livrent sans complexe à des propos xéno-
phobes, épousant une idéologie visant à bannir la mobilité, notamment les circulations
migratoires entre l’Afrique et l’Europe (Brachet et al, 2011). Les candidats à la mobilité
(volontaires et forcés) subissent un durcissement des politiques migratoires. Selon Éla et
Zoa (2006) l’autre, qui vient d’ailleurs, est perçu comme un facteur d’inquiétude. Il inspire
l’insécurité, mieux la terreur. L’autre n’est personne d’autre que le migrant, le refugié et
le demandeur d’asile, bref l’arrivant.
32
2006 ; Hamani, 2008). « Dans la zone sahélienne, elle est une adaptation à la variabilité clima-
tique. En cas de sécheresse, d’aridification ou d’humidification, les populations changent de com-
portement. Elle devient une stratégie complémentaire face aux contraintes climatiques » (Pierre
et al., 2010, p. 194). La migration, attitude réactionnaire, permet aux populations, non
seulement de subvenir aux multiples besoins familiaux, mais aussi d’acquérir et de s’ap-
proprier de nouvelles techniques de production et de valorisation des produits agro-pasto-
raux, tant en s’expatriant qu’en s’appropriant ce que leur exportent leurs visiteurs. Cela
fait introduire, dans les filières agricoles, des pratiques innovantes et de nouveaux adhé-
rents qui renforcent les différents maillons. Le partage d’expérience et l’acquisition de
certaines compétences sont des atouts incontestés provenant de la mobilité.
Le Niger est un territoire de transit entre le nord et le sud du Sahara (Brachet, 2009). Ainsi,
ses villes accueillent des flux migratoires autour desquels s’organisent des circuits d’af-
faire bien structurés par des filières informelles (Bensaad, 2003). Le passage des migrants
est une importante source de revenus pour les locaux (Brachet et al, 2011). À Agadez,
carrefour historique du commerce transsaharien, le circuit est florissant à cause du déclin
de l’économie touristique consécutif à la rébellion armée des années 1990. Les acteurs
tentent de maintenir aussi longtemps qu’ils le peuvent les migrants pour mieux les exploi-
ter. « La migration transsaharienne est connue pour être une migration onéreuse. Sachant cela,
nombre d’agents de l’État, d’acteurs du transport et de commerçants supposent que les migrants
ont en leur possession des sommes d’argent importantes et essaient par tous les moyens d’en tirer
profit » (Brachet, 2009, p. 87).
En réalité, tous les migrants ne disposent pas d’assez de moyens leur permettant d’effec-
tuer un voyage sans escale jusqu’à la destination finale. « Le voyage transsaharien est géné-
ralement fait en plusieurs étapes » (Abderazak, 2009, p. 1). Agadez, située dans la partie
septentrionale du Niger, est une des étapes importantes du circuit migratoire, notamment
en direction du Maghreb. Elle est à la fois un passage pour les migrants internationaux
provenant des pays africains, une destination pour les migrants internes venant surtout de
Tahoua, Zinder et Maradi, en fin un point de départ pour les locaux. Samuel Hall (2016)
a réparti ces trois groupes de migrants en deux types de flux traversant le nord du Niger.
Le premier flux, représentant 10%, est en transit pour atteindre l’Europe en passant par la
Libye et l’Algérie. Il renferme surtout les ressortissants des pays de l’Afrique de l’ouest
33
et centrale. Le second est constitué principalement de Nigériens qui sont en migration
économique circulaire de courte durée, en destination de la Libye (47%) et de l’Algérie
(31%). Dans ce groupe se trouvent des émigrés d’Agadez qui reviennent le plus souvent
édifiés d’innovations en pratiques maraîchères.
Une bonne partie des migrants qui arrivent à Agadez, intègre les filières maraîchères pour
servir comme ouvriers agricoles, chargeurs de camions, revendeurs de divers produits ma-
raîchers (intrants, sachets d’emballage, légumes, céréales). Ils sont accueillis dans les
comptoirs des produits agricoles installés dans la CUA et dans l’Aïr, bassin de production.
Le vacillement de son économie consécutif à la rébellion armée des années 1990, dans le
nord du Niger, est une preuve éloquente. Mais, à partir des années 2000, l’agriculture
connaît un renouveau. Les clauses des accords de paix, signés à Ouagadougou le 15 avril
1995, prévoient une meilleure implication des pouvoirs publics dans les différents secteurs
économiques. Les interventions dans le secteur agricole ont permis une amélioration des
rendements grâce à la modernisation des moyens de production et aux divers appuis (con-
seils, prêts) consentis aux producteurs. Cela a favorisé l’afflux des migrants internes vers
les filières maraîchères, dans tout l’Aïr. Ainsi, le maraîchage renaît avec plus de dyna-
misme et s’oriente vers les cultures légumières à vocation marchande (oignon, pomme de
terre, tomate, ail) au détriment des traditionnelles cultures céréalières (blé, maïs). L’ONG
Actions pour la sécurité et la souveraineté alimentaires au Niger (AcSSA, 2011, p. V)
souligne que « la tendance jadis de subsistance s’oriente progressivement vers la production de
34
rente au détriment des cultures vivrières (blé et maïs), malgré leur rôle primordial dans la sécurité
alimentaire des ménages ». Il résulte une mobilité intense des personnes et des produits ma-
raîchers entre la ville d’Agadez et les principales zones de production et de consommation.
Ce bouleversement agricole contribue sans doute à la dynamique (croissance démogra-
phique, spatiale et évolution des fonctions) de cette ville secondaire à travers l’améliora-
tion de la richesse régionale. Tel est le contexte dans lequel se trouve la région d’Agadez
caractérisée par sa production d’oignon en saison des pluies, unique dans l’environnement
de production ouest africain (PRODEX, 2009). Cette situation marquée par deux faits es-
sentiels, durcissement des politiques migratoires et essor du maraîchage, ne manque pas
de présenter des enjeux pour l’avenir de la CUA. En effet, cette ville est à la croisée de
deux phénomènes interagissant et influençant sa dynamique. Les filières maraîchères et la
migration interne s’alimentent : les cultures d’oignon et de pomme de terre se développent
à cause de la présence des migrants, et les migrants affluent vers l’Aïr parce que la pro-
duction maraîchère est florissante.
Les regards fixés sur le Niger en tant que plaque tournante des migrations internationales,
sont tournés vers Agadez. Mais, il règne un silence sur son attrait des Nigériens qui ga-
gnent leur vie de la pratique des activités maraîchères. La présence de migrants internes
est dévoyée à l’opinion nationale et internationale. Il convient d’investiguer sur les inter-
relations entre les filières maraîchères et la migration vers et à partir d’Agadez et leurs
impacts sur les dynamiques actuelles de la ville. Des questions méritent d’être posées pour
cerner les contours de la problématique.
Le contexte actuel des mobilités associé à l’émergence des filières maraîchères, agit sur
l’évolution de la ville d’Agadez. Cela suscite des interrogations dont la principale dans le
cadre de cette étude est : comment l’interaction entre la mobilité des personnes et l’émer-
gence des filières oignon et pomme de terre agit-elle sur la dynamique urbaine de la
CUA ? Il dérive les questions secondaires qui suivent :
1. Quelles interactions prévalent au sein du tandem mobilité et filières maraîchères ?
2. Quelles sont les répercussions des interactions du tandem mobilité des personnes
et l’émergence des filières oignon et pomme de terre sur la dynamique de la CUA ?
35
3. Quels sont les facteurs favorables et les contraintes de la mobilité des personnes et
des filières maraichères et leurs implications sur la dynamique de la CUA ?
1.4 Hypothèses
Ce travail de recherche émet l’hypothèse principale que la mobilité des personnes et les
filières oignon et pomme de terre s’influencent mutuellement puis agissent sur la dyna-
mique urbaine de la CUA. Trois hypothèses secondaires se déclinent de la principale.
36
produits agricoles dans la CUA, sont de véritables centres secondaires autour desquels se
développe une multitude d’activités économiques. De ce fait, ils favorisent, non seulement
la création d’emplois, mais aussi participent à la croissance démographique et à l’étale-
ment de la ville. Cependant, en l’absence de migrants, le fonctionnement des comptoirs,
voire de toutes les activités maraîchères, est affecté d’où la seconde hypothèse secondaire
est formulée. L’interaction de la mobilité des personnes et des filières oignon et pomme
renforce la dynamique urbaine de la CUA à travers la création d’emplois, la croissance
démographique et spatiale, l’évolution des fonctions urbaines, etc...
3. Dans l’Aïr, d’une part, l’agriculture est tributaire des fluctuations du niveau des
nappes phréatiques et d’autre part, la circulation des personnes et des marchandises est
très difficile à cause de la configuration topographique. Cela suppose l’existence de con-
traintes qui entravent la mobilité des personnes et les filières oignon et pomme de terre.
L’accessibilité est très difficile car les collines s’érigent en barrière aux voies de commu-
nication. Cependant, le caractère montagneux et aride de l’Aïr n’est pas qu’handicapant.
Il se présente également comme un atout qui propulse le développement des filières oi-
gnon et pomme de terre, induisant une amélioration des conditions de la mobilité. La troi-
sième hypothèse résulte de ces constats. Elle stipule que les caractéristiques physiques du
milieu (relief, pédologie, climat) et la situation socio-économique des acteurs sont autant
des atouts que des contraintes à la mobilité des personnes, aux filières oignon et pomme
de terre dans l’Aïr et à la dynamique urbaine de la CUA.
1.5 Objectifs
L’objectif général de cette thèse est de comprendre les apports de l’interaction de la mo-
bilité des personnes et des filières oignon et pomme de terre aux mutations qui affectent
la CUA. Il s’agit spécifiquement de :
1. analyser les interactions qui régissent le tandem mobilité des personnes et l’émer-
gence des filières oignon et pomme de terre dans la CUA en s’inspirant de l’analyse fonc-
tionnelle et organisationnelle des filières ;
2. analyser les influences du tandem mobilité des personnes et émergence des filières
oignon et pomme de terre sur la dynamique urbaine de la CUA en s’appuyant sur l’ap-
proche démographique, tout en privilégiant les apports de la migration ;
37
3. identifier les atouts et les contraintes de la mobilité et des filières oignon et pomme
de terre et leurs répercussions sur la CUA à partir d’un inventaire.
Dans l’optique d’éviter d’être vague et imprécis, il convient d’élucider le sens et l’emploi
de certains concepts et expressions.
38
Au quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2012, l’Ins-
titut national de la statistique (INS) du Niger situe la migration au niveau départemental
et international. Ainsi, elle « concerne toute personne qui a fait un déplacement d’un départe-
ment à un autre ou entre le Niger et l’extérieur en ayant fait, ou ayant l’intention de faire au moins
six mois dans son lieu de destination » (Niger-INS, 2015 a, p. 4). L’institut affiche l’étiquette
« migrant » à toute personne ayant changé de département de résidence au moins une fois
dans sa vie ou ayant séjourné à l’étranger pendant au moins six mois. Ces personnes sont
catégorisées en migrants durée de vie, migrants subsistants et migrants de retour. Les mi-
grants appelés durée de vie, sont les personnes recensées dans des départements qui ne
sont pas les leurs en tant que lieu de naissance. Ils sont exclus du cumul migratoire natio-
nal. « La population migrante est composée des migrants de retour et des migrants subsistants »
(Niger-INS, 2015 a, p. 16). En prenant en compte les trois catégories, la proportion natio-
nale des migrants serait sans doute supérieure à celle des personnes n’ayant jamais effec-
tué de migration. Même sans étude préalable, il n’est pas un jugement fortuit d’affirmer
que les Nigériens qui n’ont jamais quitté leur département de naissance, sont rares. En
plus, les nomades qui sont perpétuellement mobiles ne sont pas considérés comme des
migrants. Cette étude ne se préoccupe ni de ces considérations, ni du statut (durée de vie,
subsistant) du migrant non moins du type de la migration (régulière, clandestine). Elle
s’intéresse à la mobilité en tant qu’ensemble de mouvements dans l’espace qui ont des
implications économiques, mieux qui impactent sur l’essor des filières oignon et pomme
de terre et les répercussions de cette mobilité sur la dynamique de la ville d’Agadez. Il
s’agit précisément des migrations, qu’elles soient internes ou externes, de courtes ou de
longues durées.
Les voyages sont des déplacements en aller et retour, hors du bassin de vie, sur de longues
ou courtes distances, pour satisfaire ses propres besoins ou ceux aux autres. Le déplace-
ment consistant à vendre ou à acheter l’oignon et la pomme de terre hors de la région
d’Agadez est un voyage. C’est une autre forme de mobilité favorable aux filières oignon
et pomme de terre. Le transport de ces produits, des zones de leur production aux comp-
toirs de vente de la ville d’Agadez, est également un voyage. Il est parfois prolongé jusqu’à
certains pays de l’Afrique de l’ouest qui sont les consommateurs de ces produits.
39
Cependant, les révolutions introduites par la mondialisation ont donné lieu à d’autres
formes de mobilités. La généralisation de l’outil informatique et la sophistication des
moyens et voies de transport ont rendu la classification classique quelque peu obsolète.
Aussi, faut-il ajouter que cette catégorisation ne prend pas en compte les mobiles des dé-
placements. Or, il est attendu d’un déplacement la satisfaction d’un besoin. De nos jours,
la téléphonie mobile, l’internet et les agences financières ont réduit les déplacements phy-
siques des personnes tout en répondant quelquefois à leur attente. Par exemple, Chaix et
Torre (2015) observent que l’utilisation d’un téléphone mobile comme mode de paiement
permet à l’utilisateur de gagner du temps et de gérer ses détentions indépendamment du
temps et du lieu. Sur place, dans la simplicité la plus possible, les personnes satisfont des
besoins qui font appel à un déplacement. Urry (2005) qualifie cette forme de mobilité qui
s’ajoute aux quatre évoquées précédemment de « déplacement virtuel ».
Bien entendu, au moment où les uns décident volontiers, avec plaisir et sans remords de
se mouvoir, les autres sont contraints et débordants de chagrin à quitter. Cela dit, il existe
autant de mobiles de mobilité que de personnes en mouvement. Quels que soient la forme,
les motivations du départ, les attentes de l’arrivée, le type de moyens utilisés, la tempora-
lité et l’espace parcouru, cette étude s’intéresse à toutes les dimensions de la mobilité
spatiale contribuant au développement des filières maraîchères, notamment oignon et
pomme de terre dans la CUA. L’essor des activités économiques est rattaché à la densité
et à la qualité des mobilités géographiques. Le maraîchage étant l’une des activités, ne
déroge pas à la règle. Il se développe à Agadez parce que ses acteurs sont en perpétuels
déplacements. La migration est privilégiée à cause du rôle très important qu’elle joue dans
le développement des activités agricoles au Niger de façon générale.
La notion de filière, abondamment utilisée de nos jours n’est pas nouvelle. Dans un texte
retraçant son historique, Lebailly (1990) la rapproche du terme de circuit économique qui
apparait depuis les années 1700 avec les fondateurs de la science économique. Le circuit
économique met en exergue les relations mutuelles qui unissent les composantes de l’ac-
tivité économique. Par rapport au terme filière qui dériverait de l’expression circuit éco-
nomique, « chacun dispose de sa propre définition et des limites qu’il entend donner au mot »
40
(Lebailly, 1990, p. 9). Définir la filière s’avère donc délicat, mais il semble nécessaire
pour identifier les acteurs et comprendre leurs logiques.
Selon Duteurtre et al (2000, p. 16), « la filière est définie comme l’ensemble des agents écono-
miques qui contribuent directement à la production puis à la transformation et à l’acheminement
jusqu’au marché de réalisation d’un même produit ». Pour ces auteurs, la filière est un en-
semble d’acteurs pratiquant des activités économiques à trois principaux niveaux diffé-
rents (production, transformation et acheminement). Cette définition est très restrictive.
Elle n’implique pas tous les acteurs situés en amont et à l’aval du parcours du produit.
Terpend (1997) écrit une proposition plus large qui prend en compte d’autres acteurs qu’il
a appelés indirects. Il s’agit des fournisseurs de biens et services qui ne sont pas en contact
direct avec le produit. Ils peuvent être des personnes physiques ou des institutions. De ce
qui précède, nous retenons que la filière est un ensemble d’acteurs qui interviennent di-
rectement et indirectement aux différentes étapes franchies par un produit. Elle est dési-
gnée par le produit primaire. Par exemple, filière arachide, le produit primaire étant l’ara-
chide. Concernant cette étude, deux produits primaires sont concernés : ce sont l’oignon
et la pomme de terre qui sont des produits agricoles. Il est important de remarquer que les
relations qui unissent les différents acteurs ne sont pas mises en évidence dans cette ac-
ceptation du terme filière. Or, il arrive qu’ils soient interconnectés et qu’ils ajoutent de la
valeur au produit le long de son parcours. Dans ce cas, il est préférable et approprié de
parler de chaine de valeur. Le magazine Spore (2012, p. 4) définit la chaîne de valeur
comme « l’ensemble des acteurs interconnectés pour produire et fournir des biens et des services
aux consommateurs par une suite d’activités coordonnées qui ajoutent de la valeur à chaque
étape ». Dans ce cas de figure, l’ensemble des acteurs concourent conjointement à rendre
le produit plus valorisable sur le marché. À chaque étape du circuit, le produit augmente
de valeur. Les gains et les pertes sont partagés proportionnellement à l’effort fourni par
chaque acteur. C’est pourquoi, les préoccupations d’une étape concernent l’ensemble de
toute la chaine. La valeur ajoutée à chaque étape de la vie du produit et l’interdépendance
des acteurs (acteurs interconnectés) demeurent la principale différence entre une filière et
une chaine de valeur. Cependant, sur le terrain, la différence est théorique car en matière
de transactions économiques, les rapports entre les acteurs sont régis par les intérêts.
41
Au Niger, il est plus commode de parler de filière que de chaine de valeur. Ainsi, les
filières agricoles sont nombreuses. Chaque produit représente une filière. Elle est structu-
rée en maillons occupés par différents acteurs. Assane (2006), décrivant la filière oignon
de la région de Tahoua (Niger), identifie des opérateurs amont (les producteurs) et des
opérateurs aval (les collecteurs villageois, les intermédiaires, les chefs de gare, les gros-
sistes, les transporteurs et les détaillants). Plus en détail, le magazine Agridape (2013)
indique que le secteur de l’oignon au Niger est régi par quatre groupes d’acteurs : les
opérateurs de la chaine de valeur (producteurs, acheteurs, vendeurs, transformateurs), les
supporters de la chaîne (fournisseurs d’intrants et crédits, transporteurs, vendeurs de mo-
topompes), les acteurs institutionnels (structures de l’administration publique) et les inter-
venants et facilitateurs externes (bailleurs de fonds et ONG). Cette composition corres-
pond à toutes les filières agricoles du Niger. La présente étude s’intéresse à l’ensemble
des acteurs et les innovations qu’ils acquièrent des mouvements des personnes pour l’har-
monie de leur maillon respectif de la chaine.
La dynamique urbaine est l’ensemble des évolutions positives ou négatives qui s’opèrent
dans un milieu urbain. Elle est le processus par lequel se réalisent la répartition spatiale et
la croissance démographique urbaines d’un pays (Brunet et al., 1994). Elle est appréhen-
dée par une multitude de concepts parmi lesquels les notions d’urbanisation, de croissance
urbaine, de fonction urbaine, de périurbanisation, de villes rétrécissantes, etc., une banque
d’expressions relatives au milieu urbain dont il est important de clarifier le contenu. Sans
prétendre à l’exhaustivité, nous tentons l’exercice délicat de définir le milieu urbain, l’ur-
banisation et l’étalement urbain afin de saisir ce qu’est la dynamique urbaine.
Définir le milieu urbain est délicat dans la mesure où la définition ne satisfait que qui le
veut. Chacun comprend de quoi il s’agit et se fait une représentation mentale du concept.
En effet, il n’existe aucun consensus entre les disciplines ou entre les États sur la définition
de la ville qui représente le milieu urbain. La ville du géographe n’est pas celle du socio-
logue, non moins celle de l’économiste ou de l’historien. Au sein des États, les critères
varient d’un pays à l’autre et même au sein d’un même pays, d’une période à une autre.
42
Par exemple, au Niger la définition de l’urbain a varié à l’occasion des différents recense-
ments généraux organisés par le pays (Niger-INS, 2015 b). La BAD et al (2016) ont ré-
pertorié les principaux critères définis par les pays africains pour déterminer le milieu
urbain. Ce sont : la taille de la population, les considérations administratives ou politiques,
les activités économiques dominantes et rarement le type d’infrastructures. En fonction de
la taille de la population, le seuil qui qualifie un milieu d’urbain se situe « entre 1500 et
3000 habitants dans 16 pays, à 5000 habitants dans 11 pays, à 10000 habitants dans 5 pays, à
20000 au Nigéria et à 30 000 au Mali » (BAD et al, 2016, p. 166).
Au Niger, les communes urbaines et les communes à statut particulier constituent les mi-
lieux urbains. La loi n° 2008-42 du 31 juillet 2008 relative à l’organisation et l’adminis-
tration du territoire de la République du Niger, en son article 8, définit la commune urbaine
comme « le regroupement de quartiers et de villages administratifs et/ou tribus autour d’une
agglomération d’au moins cinq mille (5000) habitants. La commune urbaine peut être érigée en
commune à statut particulier lorsque l’agglomération principale a un chiffre de population au
moins égal à cent mille (100000) habitants. Elle porte ainsi le titre de ville » (NIGER-DGDD,
2011, p. 12). Cette loi montre clairement qu’il y a une différence entre le milieu urbain et
la ville au Niger. Le milieu urbain, au sens plus large, comprend les communes urbaines
(les chefs-lieux des régions et des départements) et les villes (communes à statut particu-
lier). Habitée par 118240 personnes (Niger-INS, 2014) au quatrième RGPH de 2012, l’ag-
glomération d’Agadez est considérée comme un milieu urbain bien que dépassant 100000
habitants. Elle reste une commune urbaine. Elle est désignée dans cette étude par l’appel-
lation Commune urbaine d’Agadez (CUA). Comme tout milieu urbain, elle est caractéri-
sée par des mutations perpétuelles dont il est nécessaire de saisir la portée. En définitive,
le milieu urbain est défini tel que voulu par la législation de chaque pays. Pour l’élabora-
tion des annuaires annuels et des bilans sur l’urbanisation périodiques, les Nations unies
conservent les définitions en vigueur dans chaque pays (Dureau, 2004). Ces dernières
sont, le plus souvent, fournies par les instituts nationaux de statistique.
L’urbanisation est perçue par Georges (1974) comme un processus de transformation d’un
espace rural en un espace urbain, d’une société rurale en une société urbaine. Elle se tra-
duit par un développement des villes en nombre d’habitants et en extension territoriale.
Cette dynamique est volontaire lorsqu’elle est planifiée, fondée sur une volonté exprimée
43
et elle est spontanée lorsqu’elle s’effectue sans plan préétabli. Polèse et al. (2015) la per-
çoivent comme la croissance plus rapide des populations urbaines par rapport aux popu-
lations rurales. À partir de ces conceptions, nous référons l’urbanisation aux mutations
démographiques qui affectent les milieux urbains et qui se réalisent, le plus souvent, au
détriment des espaces ruraux. Il s’ensuit l’augmentation de la proportion des personnes
vivant dans le milieu urbain et la diminution de l’effectif des ruraux. L’urbanisation est
également manifeste à travers le recul de la part des activités du secteur primaire dans la
formation de l’économie. Au Niger, ce phénomène est plus observable dans la région
d’Agadez qui a le plus fort taux d’urbanisation du pays, après la région de Niamey. No-
nobstant l’accroissement naturel, l’urbanisation de cette région est due à la migration et
aux contraintes climatiques qui obligent les populations à s’agglutiner aux endroits favo-
rables à la continuité de la vie. Les filières oignon et pomme de terre, en attirant les mi-
grants saisonniers, font partie, sans nul doute, des facteurs de l’urbanisation.
S’agissant de l’étalement urbain, Peiser (2001) pense que l’expression est généralement
utilisée pour signifier une utilisation gourmande et inefficace de l’espace, un développe-
ment monotone ininterrompu et un développement discontinu à saute-mouton des centres
urbains. Ces différentes dimensions renferment des réalités distinctes, mais elles possè-
dent en commun l’esprit d’une mauvaise gestion de l’espace. C’est une forme d’occupa-
tion du sol qui ne semble respecter aucune norme en manière d’urbanisme. Elle est carac-
térisée par l’augmentation de l’aire urbaine et la réduction de la densité de la population.
Dans la plupart des cas, l’étalement urbain ne s’accompagne pas d’une croissance démo-
graphique urbaine. Le taux d’accroissement de l’espace urbanisé est supérieur à celui de
la population. Sainteny (2008) précise qu’on parle d’étalement urbain lorsque le rythme
de l’extension urbaine se fait plus rapide que celui de la croissance démographique. Selon
l’auteur, il est acceptable lorsque les deux mouvements sont coïncidents ou que la produc-
tion des logements est maitrisée. Cette maîtrise est loin de se réaliser dans les pays en
développement où, non seulement les données sont partielles et éparpillées, mais aussi la
gestion du foncier se trouve entre les mains des promoteurs privés qui entretiennent di-
verses formes de spéculations. Dans cette étude, l’étalement urbain désigne le processus
d’occupation excessive de l’espace contigu aux zones urbaines, de façon peu maîtrisée par
les services en charge de la planification urbaine.
44
1.6.4 Les cultures maraichères
Le mot marais, racine à partir de laquelle dérive le mot maraîchage, est une zone humide
propice à la culture des légumes. Le maraîchage est donc défini comme la culture des
légumes qui se pratique, dans les conditions idoines, sur des terrains marécageux. De fa-
çon plus étendue, il s’agit de la culture intensive des légumes à des fins commerciales.
« Les anglais sont plus simples ; ils disent market garden, littéralement, jardin du marché » (Daly
et Desvals, 2002, p. 1). Les légumes sont des plantes potagères très diversifiées qui sont
destinées à la commercialisation. Elles sont réparties dans plusieurs groupes dont les plus
importants sont les légumes feuilles (laitue, chou) les légumes bulbes et racines (oignon,
pomme de terre, betterave, carotte), les légumes fruits (tomate, pastèque, poivron), les
légumes grains (haricot, petit pois) et les légumes inflorescences (chou-fleur, fraise). En
botanique, plusieurs familles de légumes se distinguent dont les liliacées (famille de l’oi-
gnon) et les solanacées (famille de la pomme de terre). Les cultures maraîchères sont donc
les cultures des légumes qui sont intensives et vendues. Dans cette étude, il est question
des cultures d’oignon et de la pomme de terre.
Conclusion du chapitre
La mobilité, dont la migration est l’un des sujets actuels, est un problème de société qui
se situe au centre des préoccupations mondiales. Le parcours de la littérature a permis de
saisir ses liens avec l’urbanisation qui est indéniable du développement de l’agriculture.
Sujets de grandes importances, ces concepts bénéficient d’un stock documentaire pluri-
disciplinaire dont la consultation a permis l’élucidation du sens et de l’emploi de princi-
paux concepts autour desquels s’articule ce travail de recherche et a facilité la construction
du cadre théorique. Le choix de la méthodologie adoptée émane également de la revue de
la littérature.
45
CHAPITRE 2 : CADRE MÉTHODOLOGIQUE
Ce chapitre détaille la démarche méthodologique adoptée pour atteindre les objectifs fixés
et vérifier l’hypothèse de départ. Il présente les différentes étapes suivies, de la construc-
tion du sujet à l’analyse des résultats, et les insuffisances de l’étude.
L’idée centrale à partir de laquelle a émergé ce travail de recherche était de mettre au point
les relations possibles qui unissent le maraîchage, la mobilité des personnes et la crois-
sance urbaine de la CUA. Au préalable, il faut consulter la documentation disponible afin
de se rendre compte de ce qui est fait dans le domaine et surtout sur la région. En effet, la
recherche scientifique actuelle doit se servir des précédentes qu’elle doit, non seulement
citer, mais aussi se situer. Le chercheur ne peut pas faire abstraction des théories et résul-
tats antérieurs. Au contraire, cela constitue la base sur laquelle il construit son propre pro-
jet de recherche. Ce travail s’inscrit dans le cadre de recherche empirique dont la démarche
classique consiste à collecter des données quantitatives et qualitatives. Ainsi, nous faisons
appel à la démarche hypothético-déductive qui, selon Dépelteau (2010), se fonde sur
quatre principales étapes :
• le choix d’un sujet ;
• les conjectures théoriques ;
• les tests empiriques et
• la communication des résultats.
Les deux premières étapes (justification du choix du sujet, questions de recherche, hypo-
thèses et objectifs) sont déjà décrites dans le premier chapitre. Pour vérifier les hypothèses
de départ, nous nous inspirons de l’approche filière. Cette dernière s’attache à l’identifi-
cation des itinéraires suivis par un produit, des agents qui interviennent et des opérations
effectuées de l’amont de la production à l’aval de la consommation. Puis, elle essaye
d’analyser les comportements des agents et les mécanismes de régulation au niveau de
chaque étape du processus (Malassis et Ghersi, 2000). Au regard de la revue de littérature,
cette approche est décrite par plusieurs auteurs (les modules EASYPol2 de la Fao en ligne,
2
L’adresse Web de EASYpol est la suivante : www.fao.org/tc/easypol
46
Terpend, 1997, Duteurtre et al., 2000). Étant donné que le chercheur n’est pas obligé de
faire une étude exhaustive (Terpend, 1997), nous nous limitons à l’analyse fonctionnelle
qui consiste à identifier les différents agents (acteurs de la filière) et les principales fonc-
tions qu’ils assurent (Tallec et Bockel, 2005). Les acteurs des filières oignon et pomme de
terre interagissent dans la CUA d’où ils exercent une influence sur sa dynamique.
La dynamique de la ville est appréciée à travers l’urbanisation qui est un processus ali-
menté par l’accroissement naturel de la population urbaine, l’immigration et le reclasse-
ment des localités rurales en milieux urbains. Ainsi, pour comprendre les dynamiques dé-
mographiques des villes, Dureau (2004) propose d’identifier le poids respectif de ces trois
facteurs. Cette manière de faire (approche démographique) correspond efficacement à
l’analyse des villes moyennes des pays en développement. Elle a été expérimentée en 1985
en Côte d’Ivoire dans le cadre des travaux d’une thèse de doctorat (Dureau, 1987). En
dépit du déficit de données statistiques fiables, elle peut servir d’inspiration à l’analyse du
processus d’urbanisation de la CUA, ne serait-ce qu’à travers l’analyse de la migration.
Les interactions entre la mobilité et les filières sont évidentes. La conciliation des deux
démarches (approche filière et approche démographique) paraît efficace pour saisir ces
interactions. En effet, la mobilité alimente les filières en acteurs ce qui renforce leur pro-
ductivité et impulse les mutations que connaît la CUA. La mise en commun des deux
approches est pertinente car présente l’avantage d’appréhender, en même temps, les inte-
ractions entre trois phénomènes : la mobilité, le développement des filières maraîchères
et l’urbanisation. Cependant, les éléments et les phénomènes présents dans un espace géo-
graphique donné, même étant isolés en apparence, entretiennent des relations d’influence
mutuelle. Pour saisir leur fonctionnement, il est indispensable de les envisager comme un
système. Dans ce cas, l’approche systémique est bien appropriée. Elle se révèle comme
une démarche qui repose sur la prise en compte de la totalité. La compréhension d’une
partie d’un phénomène recommande d’élargir les investigations sur sa totalité. C’est une
méthode qui permet d’avoir des connaissances exhaustives, mais qui exige assez de temps,
assez de moyens financiers et de solides connaissances mathématiques et/ou informa-
tiques. Dans l’environnement scientifique nigérien, il réside des difficultés en matière de
disponibilité et de manipulation efficace des logiciels permettant d’appliquer, à bon es-
cient, l’approche systémique. Or, selon Olivier (2001, p. 15) « toute démarche systémique
47
rigoureuse opère par modélisation ». La modélisation consiste à faire des simulations et
aboutir éventuellement à des prévisions. Cette approche est intéressante pour saisir le sys-
tème constitué de la mobilité des personnes, des filières oignon et pomme de terre et de la
dynamique de la CUA. Cependant, cette étude est restrictive. Elle se limite aux relations
d’influence entre l’émergence des filières oignon et pomme de terre et la mobilité des
personnes et les répercussions sur la dynamique de la commune urbaine d’Agadez. Elle
n’envisage pas ces trois éléments comme un système bien qu’ils en constituent réellement.
Cette phase de la recherche comprend trois grandes étapes (la recherche documentaire,
l’exploration du terrain et le pré-test) à l’issu desquelles le sujet est formulé.
Cette étape a consisté à consulter les écrits disponibles sur la mobilité, les filières agri-
coles, l’urbanisation et les relations existant entre ces notions. Elle s’est déroulée à Nia-
mey dans des bibliothèques (Faculté des lettres et sciences humaines, département de Géo-
graphie, Groupe d’études et de recherches migrations, espaces et sociétés (GERMES),
Institut de recherche en sciences humaines (IRSH) et à Agadez (Maison des jeunes et de
la culture et Alliance française). Les rapports produits par le service du développement
rural et la Fédération régionale des unions des coopératives agricoles (FRUCA) ont enri-
chi la collecte. Cette phase de lecture est renforcée par des rencontres avec quelques per-
sonnes ressources à Niamey.
Outil de plus en plus indispensable et imposant, l’internet propose une gamme hétérogène
de documentation instantanée. L’accès est très facile, mais demande un effort de tri car
n’importe qui poste n’importe quoi, sans avertir. Pour réduire les effets néfastes du faux,
nous nous sommes limités aux publications indexées pour former une sorte de biblio-
thèque virtuelle. Cette dernière est constituée de fichiers thématiques répertoriés dans des
dossiers afin de faciliter la consultation. Les sites de l’Institut national de la statistique du
Niger (INS) et du Réseau national des chambres d’agriculture du Niger (RECA) ont été
largement consultés pour la collecte des données secondaires.
48
La synthèse des lectures et des rencontres a permis, non seulement la première formulation
du sujet, mais aussi d’établir des fiches de lecture. La revue de la littérature émane de cette
étape. Se situant en amont des activités exécutées, la recherche documentaire a accompa-
gné le processus de la rédaction du document.
L’observation est une méthode d’investigation en sciences sociales qui consiste à recueil-
lir des informations sur des acteurs sociaux en captant leurs comportements et leurs pro-
pos. Du 02 au 08 août 2017, nous avons exploré le terrain, rencontrant les acteurs des
cultures maraîchères et sillonnant des endroits (les jardins, les marchés, les comptoirs,
dans toute la ville) où se développent des activités en lien avec le maraîchage. Cette phase
de la recherche a rendu plus fines les notions vagues dont nous disposons sur les filières
maraîchères de la région d’Agadez. À l’issu de plusieurs entretiens et visites de terrain, le
constat de Assane (2006, p. 139) s’est avéré : « les maraîchers de la région d’Agadez sont
bien organisés dans la commercialisation de l’oignon. […] Ils écoulent l’oignon par le biais de
leur coopérative ». Il ressort les possibilités d’adopter l’approche filière. L’occasion a été
également favorable pour dresser un répertoire des cultures pratiquées dans l’Aïr et une
liste des acteurs des filières.
Enfin, l’exploration du terrain nous a permis d’être édifié sur le régime foncier, du mode
de faire valoir, des systèmes de cultures, des modalités de transport et du fonctionnement
des comptoirs. Elle a servi de base à la détermination des cibles à enquêter et à la prépa-
ration des supports de collecte des données. Nous nous sommes aussi imprégnés du poids
de la mobilité dans le développement du maraîchage et des impacts probables des deux
(filières maraîchères et mobilités des personnes) sur la dynamique de la CUA.
2.2.3 Le pré-test
Sur la base des renseignements rassemblés (lectures et exploration du terrain), nous avons
préparé un questionnaire. Il est administré en février 2018 à 50 membres du maillon de la
production (producteurs, ouvriers agricoles, chargeurs) et de la commercialisation (détail-
lants sur le marché des légumes) de la CUA. Les données collectées ont été analysées et
présentées au colloque scientifique international organisé par l’université de Zinder à l’oc-
casion de la célébration de la fête de la République. En effet, depuis quelques années,
49
l’anniversaire de la proclamation de la République du Niger est accompagné de festivités
dont un colloque scientifique. Les résultats du pré-test ont servi à écrire un article qui est
paru aux Presses universitaires de Niamey (Annexe 3).
Cette étape a permis de sentir la nécessité d’élargir le terrain d’étude à l’ensemble de l’Aïr.
En effet, pour comprendre le fonctionnement d’une filière agricole, il faut l’envisager
comme un tout composant un système. Il est donc souhaitable de comprendre ce qui se
passe en amont des activités qui se déroulent dans les comptoirs. Les supports de la mo-
bilité et de la production maraîchère de l’ensemble de l’Aïr méritent une meilleure con-
naissance. Le pré-test a été aussi l’occasion de corriger les incohérences et les insuffi-
sances du questionnaire. À partir de ce moment, les fondements théoriques nécessaires
sont réunis pour l’observation proprement dite du terrain.
Les données empiriques, dans le cadre de cette étude, sont collectées à partir d’un échan-
tillon extrait du maillon de la production des acteurs des filières oignon et pomme de terre.
Ce passage indique les outils utilisés pour la collecte, la démarche suivie pour la constitu-
tion de l’échantillon et la procédure adoptée pour la collecte des données.
Les données empiriques sont collectées à l’aide d’un questionnaire (cf. annexe 2) et d’un
guide d’entretien (cf. annexe 1). L’idéal veut que tous les acteurs directs des filières oi-
gnon et pomme de terre soient concernés par le questionnaire. Mais, ce n’est pas le cas.
L’échantillon est extrait uniquement du maillon de la production. Plusieurs raisons justi-
fient cette restriction. La transformation des produits agricoles n’est pas développée dans
la CUA. Au moment de la collecte des données, elle est pratiquée par un seul groupement
féminin. Il est plus commode de se servir d’un guide d’entretien. Les commerçants, no-
tamment les grossistes, sont représentés par les intermédiaires qui sont eux-mêmes des
producteurs. Ils ne résident pas habituellement à Agadez. Ils habitent à Niamey, Tahoua
ou à l’étranger. Quant aux détaillants, ils sont en majorité des producteurs. Seuls quelques
migrants exercent la vente en détail, de surcroit, de tous les produits maraîchers. Aucun
50
ne vend exclusivement l’oignon ou la pomme de terre. Les consommateurs locaux ne sont
pas pris en compte car leur implication dans les filières est moindre. Les grands clients de
l’oignon et de la pomme de terre d’Agadez se trouvent hors de la région. En grande partie,
les productions maraîchères marchandes sont destinées à l’exportation. Elles sont vendues
dans certaines parties du Niger et à l’étranger. C’est pourquoi, pour attirer la clientèle
nationale, les maraîchers de l’Aïr organisent une foire annuelle à Niamey, capitale du Ni-
ger (photo 1). Ils exposent leurs produits et les vendent à des prix promotionnels pour
témoigner que le désert nigérien est irrigable. Les particularités climatiques permettent la
production de certains fruits endémiques des régions méditerranéennes comme les raisins
et les agrumes.
Photo 1: Une vue de la 8e édition de la foire des maraîchers de la région d’Agadez à Niamey
Source : Agence nigérienne de presse, 2019
Le questionnaire est saisi sous le logiciel Sphinx 4.5. Il est anonyme, plus quantitatif que
qualitatif et s’organise en quatre parties comportant des questions ouvertes, semi-fermées
et fermées. La première partie est une caractérisation démographique et socioéconomique
des enquêtés. Elle vise à collecter des renseignements sur entre autres, l’âge, le statut ma-
trimonial, le niveau d’instruction, le nombre d’actifs du ménage et les sources de revenus.
La situation de la migration dans le ménage est évoquée à ce niveau. La deuxième partie
est relative aux moyens de production. Les questions portent sur l’acquisition des moyens
de production (le régime foncier, la main-d’œuvre et l’équipement agricole). La troisième
partie s’intéresse à l’exploitation de la terre et aux rapports entre les cultures. Les ques-
tions ont trait aux les cultures pratiquées, les innovations, les raisons de l’essor des cultures
51
et les apports des migrants saisonniers au développement du maraîchage. La dernière par-
tie questionne sur la perception des enquêtés sur les apports des filières oignon et pomme
de terre à la dynamique de la CUA. Les questions portent principalement sur les investis-
sements des producteurs dans la ville, des emplois qu’ils ont créés, des prévisions sur
l’avenir des filières, de la mobilité et de la dynamique urbaine.
Le guide d’entretien est élaboré à l’intention des acteurs institutionnels, des supporters des
filières et des facilitateurs et intervenants externes. Il n’est pas standard comme le ques-
tionnaire, mais adapté en fonction des interlocuteurs. Il sert de fil conducteur à la conduite
d’entretiens semi-directifs et à l’animation des focus group. Son principal but est de com-
pléter les données collectées à l’aide du questionnaire. Les points saillants du guide sont
relatifs à la mobilité des migrants, aux appuis apportés aux producteurs, aux comptes d’ex-
ploitation, aux calendriers culturaux et des déplacements des migrants, à l’avenir des fi-
lières oignon et pomme de terre et aux différentes formes de mobilités favorables à l’émer-
gence des filières maraîchères. Il aborde également les questions des apports des filières
maraîchères à la dynamique de la CUA.
En plus de ces deux outils, plusieurs entretiens informels ont permis de collecter des ren-
seignements complémentaires. Les coordonnées géographiques des sites visités sont
prises à l’aide d’un navigateur Global positioning system (GPS) Garmin 64S. Les prises
de vue sont réalisées à l’aide d’un appareil portable Global system for mobile (GSM).
L’échantillon est extrait du maillon des acteurs directs qui comprend les producteurs, les
commerçants, les transformatrices et les consommateurs. Pour atteindre la cible, la tech-
nique d’échantillonnage probabiliste à plusieurs degrés est utilisée. Pour ce faire, des cri-
tères qui incluent et excluent les acteurs, sont établis. Cette opération s’est déroulée en
deux principales étapes.
- Première étape
Les producteurs sont sans aucun doute le moteur des filières agricoles. Le maillon est
constitué de plusieurs acteurs (producteurs, intermédiaires, ouvriers agricoles, chargeurs
des camions, réparateurs de motopompe et revendeurs de divers produits comme les en-
grais, les sacs d’emballage, les pesticides, les semences, les produits maraîchers). Le point
52
de vue de ces acteurs est déterminant dans l’analyse filière. Selon De la Masselière (2002,
p. 366), « même si elle se concentre sur les opérations de transformation et de commercialisation,
l’approche « filière » a de façon empirique privilégié le point de vue du producteur ». Ainsi, des
critères d’inclusion et d’exclusion ont permis de constituer l’échantillon. Le premier degré
de l’échantillonnage inclut uniquement les acteurs directs des filières ; les autres acteurs
sont exclus du fait qu’ils ne sont pas en contact direct avec l’oignon et la pomme de terre.
Au deuxième degré, les consommateurs, les transformatrices et les commerçants sont ex-
clus. Les raisons de leur exclusion sont indiquées dans le paragraphe 2.3.1 (les outils de
collecte des données). Il ne reste que les producteurs desquels l’échantillon est constitué.
Les producteurs qui revendent les légumes et les intermédiaires sont exclus de l’échantil-
lon parce qu’ils sont, le plus souvent, confondus aux exploitants agricoles. En même temps
qu’ils assurent l’intermédiation, ils sont des producteurs maraîchers. Les autres membres
du maillon comme les réparateurs des motopompes et les revendeurs du carburant ou du
gaz sont exclus parce qu’ils ne sont pas exclusivement au service des activités maraî-
chères. Finalement, l’échantillon de l’étude est composé des chargeurs des camions (dock-
ers), des ouvriers agricoles, des exploitants agricoles et des revendeurs (fig. 1).
53
La figure n° 1 indique les trois degrés de la technique de l’échantillonnage. À chaque
niveau, certains acteurs sont inclus et d’autres exclus de l’étude. C’est le propre du son-
dage d’extrapoler et de dégager une généralisation à partir d’un échantillon. Selon Statis-
tique Canada (2010, p. 2), « au cours d’une enquête-échantillon, la collecte des données est
faite pour une partie seulement (habituellement très petite) des unités de la population ». La par-
tie sélectionnée représente l’ensemble de la base de sondage. Cependant, il n’existe pas
de recette permettant de déterminer un échantillon idéalement représentatif d’une popula-
tion mère. Cette difficulté n’entache en rien la pertinence de l’enquête qui est l’une des
méthodes de collecte de données privilégiées en statistique. Toutefois, le choix d’une mé-
thode d’échantillonnage susceptible de représenter la population mère est fondamental.
- Deuxième étape
Cette étape vise à déterminer la taille de l’échantillon. Il faut au préalable définir la popu-
lation mère. L’effectif des producteurs de la CUA est fourni par trois institutions avec de
grandes différences. La mairie indique avoir dénombré 257 exploitants maraîchers sur
l’ensemble de ses 13 sites (Niger-CUA, 2012). De son côté, la Fédération régionale des
unions des coopératives agricoles (FRUCA) enregistre, pour le compte de la CUA, l’ad-
hésion de 3 unions de coopératives constituées de 37 coopératives avec plusieurs membres
(tableau 1).
Les chiffres du tableau n° 1 paraissent abusifs par rapport aux statistiques de la CUA. Sur
le terrain, il est constaté que certains exploitants sont membres de plusieurs coopératives
afin de maximiser les avantages afférents à l’adhésion. Ces cas sont comptabilisés dans
l’effectif global de la FRUCA autant de fois qu’ils appartiennent à une coopérative. L’INS
est la troisième source qui indique l’effectif de la population agricole de la commune. Les
résultats du RGPH-2012 montrent qu’il est dénombré 1250 ménages agricoles dans la
54
commune dont 540 résidents dans la zone urbaine (Niger-INS, 2014). Cet effectif est com-
parable à celui de la FRUCA. Cependant, aucune source n’indique l’effectif des autres
acteurs ciblés par l’échantillonnage (chargeurs, ouvriers agricoles et revendeurs). Il est
très difficile de le déterminer. Ainsi, il paraît très délicat de déterminer la taille de l’échan-
tillon à partir des calculs car l’effectif de la population mère est inconnu.
Il apparaît évident qu’il est impossible d’atteindre la cible étant donné que son effectif
global n’est pas bien saisi et qu’elle se retrouve dissimulé dans la population totale de la
ville. Néanmoins, les jardins, les comptoirs et les marchés sont des endroits qui concen-
trent des personnes potentielles pouvant appartenir à l’échantillon. Ainsi, en se basant sur
les critères d’exclusion et d’inclusion établis à la première phase de l’échantillonnage et
les points de vue de Dépelteau (2010), nous avons constitué un échantillon aléatoire de
115 personnes. Cet effectif nous semble correspondre au seuil de saturation à partir duquel
il n’est plus opportun de continuer les interviews. Dépelteau (2010, p. 234) dit :
La CUA est le terrain de l’étude, mais l’Aïr est incontestablement le bassin de la produc-
tion agricole de la région d’Agadez. Toutes les productions marchandes sont écoulées
dans les comptoirs de la ville. Cependant, il est présomptueux de prétendre conduire des
enquêtes dans toute la zone qui est très vaste et accidentée. Pour cela, nous nous sommes
limités au département de Tchirozérine, excluant la commune éponyme. En effet, plus de
80% des producteurs de la FRUCA ressortent de ce département. Sans sortir du territoire
de la CUA, dans la perspective de contourner les difficultés du terrain mentionnées plus-
55
haut, toutes les informations sont collectées au niveau de trois endroits qui sont les comp-
toirs, le marché de légumes et les jardins (tableau 2).
Tableau 2 : Répartition des enquêtés en fonction des sites d’enquête et leur fonction dans
les filières
Fonctions
Sites Total
Producteurs Ouvriers agricoles Chargeurs Revendeurs
Comptoir 41 1 9 1 52
Marché des légumes 9 2 0 16 27
Jardin 28 8 0 0 36
Total 78 11 9 17 115
Source : enquêtes de terrain, juillet-août, 2018
56
obtenue sans que de questions ne soient prévues par le questionnaire. Ces informations
imprévues sont prises en compte dans l’analyse des données collectées. Les discours im-
provisés ne sont pas toujours innocents. Ils contiennent très souvent des réalités cachées.
Il revient au chercheur d’avoir un esprit critique lui permettant d’établir une synthèse ob-
jective afin d’exploiter judicieusement les informations inattendues.
En observant la carte n° 1, il est constaté que la collecte des données empiriques n’a pas
touché toutes les parties de la ville. Elle est limitée aux endroits où il est plausible de
rencontrer les acteurs des filières. Ce sont leurs lieux de travail (les comptoirs, les marchés
et les jardins). Il n’est pas nécessaire d’établir une répartition spatiale qui touche tous les
quartiers de la ville. C’est une opération inutile et qui demande certaines données statis-
tiques (qui ne sont pas disponibles) et la distribution géographique des personnes à enquê-
ter. En effet, en fonction des quartiers, aucun dénombrement n’indique l’effectif des ma-
raîchers ou celui de migrants saisonniers impliqués dans le maraîchage. De ce fait, il est
plus commode de les rencontrer dans leurs lieux de travail que de vouloir envisager une
répartition spatiale qui ne donnerait aucun résultat significatif. Ainsi, les parties ouest et
sud-ouest de la ville ne sont pas concernées. Il est très difficile de déterminer les acteurs
des filières maraîchères dans cette partie de la ville. À priori, elle ne dispose d’aucun
marché. Elle est aussi loin des jardins.
57
Carte 1 : Localisation des sites d’enquête
Source : Images Google Earth 20018.
58
Le guide d’entretien est administré à certains agents des services techniques (Directeur
régional de l’agriculture, technicien du CRA/AZ, Secrétaire général de la mairie) et aux
responsables des coopératives maraîchères (secrétaires généraux de FRUCA, UCIL et
UCMB). Trois entretiens collectifs ont lieu au cours de la période de collecte des données
empiriques. Il s’agit d’une rencontre à l’UCIL qui a regroupé l’administration du comp-
toir, des producteurs, des revendeurs installés dans le comptoir, des chargeurs et un inter-
médiaire. Le deuxième entretien a concerné les transformatrices du groupement féminin
Tchidnasse. Le troisième entretien collectif a lieu à Alerces avec les producteurs maraî-
chers. À l’issue de toutes les rencontres, des renseignements précis sont reçus ce qui a
enrichi les informations du questionnaire et permis d’améliorer l’analyse des résultats.
La manipulation des données collectées sur le terrain est faite en trois phases simultanées
qui sont l’élaboration des cartes, le traitement des données et l’analyse des résultats. En
effet, les commentaires (analyse des données) et les illustrations (carte, graphique, photo,
tableau) sont produits et insérés au fur et à mesure du traitement des données.
Les informations collectées (premières, secondaires et spatiales) sont reportées sur un fond
de carte afin de mieux les analyser. La première étape de ce travail a consisté à la cons-
truction de la base de données d’informations géographiques. Elle est constituée des fi-
chiers raster (images Google Earth) et des fichiers vectoriels provenant de la base des
données de l’Institut géographique national du Niger (IGNN). Pour obtenir le fond de
carte de la CUA, les images satellites (1988, 2001, 2012 et 2018) sont numérisées (les
îlots, le réseau hydrographique et viaire) sous le logiciel Google Earth Pro. Ensuite, elles
sont exportées et géo référencées à l’aide du logiciel Qgis 3.16. Les coordonnées prises
lors de la phase de terrain sont projetées sur le fond de carte obtenu, après leur importation
sur le tableur Excel. Cette procédure a abouti à l’élaboration de toutes les cartes de la CUA
contenues dans le document. Les autres cartes sont extraites des fichiers de forme Shape
file de l’IGNN et de l’AGHRYMET.
59
2.4.2 Le traitement des données empiriques
Les données indispensables pour mener une analyse diachronique cohérente et compatible
ne sont pas disponibles. Elles sont absentes au niveau des services chargés de leur collecte.
Par exemple, les rapports d’activités des structures coopératives et des services chargés
du développement rural de la CUA sont incomplets. Ils ne couvrent pas une période qui
peut permettre une bonne analyse. Aussi, les données sur la migration sont absentes. Cette
lacune rend impossible une analyse parfaite des apports de la migration interne à la dyna-
mique de la CUA. Les motifs réels de l’étalement urbain ne sont pas connus ce qui cons-
titue un obstacle au suivi continu de l’occupation du sol. Cependant, grâce aux images
Google Earth, la numérisation a servi de base à une cartographie thématique. En dépit de
tous les efforts, la cartographie est incomplète à cause de l’absence de certaines données,
notamment l’historique du plan de la ville.
Pour avoir un aperçu global sur la culture d’oignon et de la pomme de terre, il est souhai-
table d’étendre les investigations sur l’ensemble de la zone de production qui est vaste et
difficilement accessible. Les villages, les uns éloignés des autres, sont séparés par des
reliefs accidentés. En plus, ils sont reliés par des pistes tortueuses à pentes fortes, contour-
60
nant des montagnes. L’accès à certains sites de production n’est possible que par des vé-
hicules adaptés et conduits par des chauffeurs habitués au terrain qui est autant monta-
gneux que sableux. Les limites des moyens financiers et logistiques ne nous ont pas permis
de conduire les enquêtes dans l’Aïr. Enfin, l’éloignement a empêché la permanence de
contacts avec le terrain. En effet, le fait d’être toujours présent sur le terrain d’étude, est
un précieux avantage qui permet d’actualiser certaines données pendant la rédaction.
Mais, ces écueils n’entachent en rien la qualité des données collectées car elles sont issues
de sources mixtes.
61
Tableau 3 : Cadre méthodologique de la recherche
Prise de contact avec les per- Liste des acteurs impliqués dans les fi-
Exploration
sonnes ressource, visite du ter- Carnet de notes. lières et identification de la cible à en-
du terrain
rain. quêter.
Administration du question- Correction des incohérences et des in-
Pré-test Questionnaire
naire. suffisances du questionnaire.
Échantillon- Détermination de l’échantillon Technique d’échantillonnage
Un échantillon représentatif.
nage à enquêter. probabiliste à plusieurs degrés.
Questionnaire, guide d’entre- Données brutes, coordonnées géogra-
Observation
Collecte des données tien, récepteur GPS, appareil phiques, photographies, Documents offi-
du terrain
portable GSM. ciels (rapports).
Logiciel Sphinx 4.5 Le dépouillement du questionnaire.
62
Le tableau 3 fait apparaitre la recherche documentaire uniquement à la première étape du
travail. Pourtant, elle accompagne le processus de la rédaction jusqu’à la fin du document.
Elle est le fondement des principaux axes de la méthodologie (méthode d’échantillonnage,
commentaires et d l’analyse des données collectées, le travail de laboratoire, etc.). Sa ré-
pétition à toutes les étapes est une surcharge qui est susceptible de rendre le tableau am-
bigu. Il est important de signaler que la grande partie des documents consultés est numé-
rique grâce à la facilité d’accès à l’internet. De nos jours, cet outil est indispensable dans
les travaux de recherche. En plus de la panoplie de documents qu’il offre, il est un puissant
réseau d’information à travers les réseaux sociaux.
Conclusion du chapitre
Cependant, aussi concise et bien détaillée qu’elle soit, la méthodologie est insuffisante
pour effectuer une analyse cohérente. Il est nécessaire de comprendre certaines caracté-
ristiques de la zone d’étude. La CUA se présente comme un centre nodal qui se développe
de la convergence de divers flux de personnes et de biens. Le chapitre qui suit présente
l’Aïr comme une zone d’interaction de la mobilité des personnes et des filières maraî-
chères qui ont une influence certaine sur la dynamique de la CUA.
63
CHAPITRE 3 : L’AÏR, UNE ZONE AGRICOLE EN MILIEU ARIDE ATTIRANT
DES MIGRANTS INTERNES
Les cultures de l’oignon et de la pomme de terre se développent le long des vallées qui
traversent l’Aïr. L’émergence de ces cultures occasionne l’imbrication de divers flux dont
la CUA constitue le centre nodal. Par conséquent, il n’est pas évident de comprendre la
dynamique des transactions induites, dans la ville, en s’écartant du contexte général de
l’Aïr (carte 2). C’est l’un des grands massifs montagneux sahariens dont d’altitude cul-
mine par endroit au-delà de 2000 mètres (les monts Bagzane 2022 mètres). L’altitude
élevée offre à la zone des conditions climatiques particulières qui favorisent la pratique
des cultures maraîchères. Selon Bernus et al (1986), l’Aïr présente une position insulaire
marquée par une végétation méditerranéenne d’altitude et une faune originale, des élé-
ments qui sont absents dans toutes les zones environnantes. L’agriculture est irriguée et
commerciale. La commercialisation s’effectue dans des comptoirs installés dans la CUA.
De ce fait, il se crée des circuits importants entre le bassin de production (les vallées de
l’Aïr) et le centre de commercialisation (la CUA). Les acteurs locaux (maillon de la pro-
duction) des filières oignon et pomme de terre se trouvent à cheval sur ces deux pôles.
64
Carte 2 : Localisation de l’Aïr au Niger
65
Couvrant environ 65000 km² au centre-nord du Niger, l’Aïr s’étend sur plus de 400 km
du nord au sud et 250 km d’est en ouest (Bernus et Arouna Hamidou, 1980). Il est inscrit
dans les départements d’Arlit, d’Iférouane et de Tchirozérine.
Avant la période coloniale, l’Aïr était l’un des États de l’espace nigérien. En effet, à l’ins-
tar des autres pays de l’Afrique de l’ouest, le Niger moderne était occupé par plusieurs
entités politiques (l’empire de Sokoto, le sultanat de Damagaram, le Bornou, l’Aïr etc.)
L’Aïr politique, dont Agadez était la capitale, s’étendait au-delà des massifs montagneux.
Il englobait différentes localités désignées par leurs spécificités morphologiques comme
Alakouas, Damergou et Tagama qui étaient dominées par les Touaregs. Agadez, la capi-
tale politique, connut un resplendissant rayonnement économique, religieux et commer-
cial, non seulement du fait de sa position géographique, mais aussi de l’habilité des arti-
sans. En marge des contraintes climatiques, les activités rurales, notamment l’agriculture
et l’élevage, étaient possibles et productrices. La colonisation française réduit le vaste État
en sultanat de l’Aïr qui est inclus dans la région d’Agadez. La région représente le maillon
supérieur de la subdivision administrative du Niger actuel.
Ainsi, l’Aïr appartient à la région d’Agadez. La carte n° 2 présente, non seulement les
différentes régions du Niger, mais aussi localise l’Aïr au centre de cette région qui corres-
pond au Sahara nigérien. Il faut noter que le Sahara est l’un des plus grands déserts au
monde. Ainsi, l’Aïr se présente comme une enclave humide dans une zone désertique.
Cette particularité climatique due à la présence des montagnes, lui fait valoir des qualifi-
cations comme « ilot pluviométrique » (Giazzi, 1995) ou « château d’eau » (Joseph, 1991).
Les pluies qui échappent à l’évaporation, s’infiltrent et alimentent les nappes qui sont
captées à une dizaine de mètres de profondeur (Bernus, 2004). L’exploitation des nappes
garantit les cultures qui sont un facteur d’attrait des migrants internes.
Dans l’optique de diversifier les informations, la collecte des données a concerné les pro-
ducteurs des zones agricoles de l’Aïr. Ils sont rencontrés dans les comptoirs de la CUA où
ils séjournent au moment de l’écoulement de leurs productions. Des photographies, of-
fertes gracieusement par des enseignants habitant près des vallées, illustrent des situations
concrètes des jardins de l’Aïr.
66
3.1.2 Précipitions offertes par les montagnes
L’Aïr est une région aride, domaine où prévaut l’endoréisme, l’irrégularité et l’insuffi-
sance des précipitations. Mais, l’élévation topographique favorise les ascendances orogra-
phiques entrainant une amélioration de la pluviosité. Joly (2006, p. 290) fait constater que
dans les régions arides, « les seuls châteaux d’eau un peu importants sont les montagnes ou les
reliefs assez étendus qui provoquent des pluies de convection et des orages ». Au Niger, les
événements pluvieux dépendent du déplacement de l’alizé continental venant du Sahara
et de la mousson ouest africaine venant du golfe de Guinée. La zone de convergence de
ces deux masses d’air donne le Front Inter Tropical (FIT) qui marque la limite nord des
précipitations. Les lignes de grain qui déversent les pluies sont attendues dans les zones
situées au sud du FIT dont les balancements déterminent le tracé des isohyètes qui dé-
croissent du sud au nord (carte 3).
En faveur de l’orographie, il pleut mieux, à l’ouest et au sud de l’Aïr, que dans toutes les
autres parties de la région d’Agadez. Bernus et al (1986) confirment en affirmant « l’Aïr
est plus arrosé que les plaines qui l’environnent : les isohyètes à son approche remontent vers le
nord, ce qui correspond à un accroissement des pluies de mousson ». L’amélioration de la plu-
viométrie liée à l’altitude est anciennement évoquée par Urvoy (1934). Il écrit « les mon-
tagnes accrochant les nuages, la moitié sud de ce massif est beaucoup plus humide que ne pourrait
le faire prévoir sa latitude ».
Sachant que « les régions convectives se situent en dessous du FIT » (Peya, 2013, p. 9), que «
la mousson au Niger est en fin de course et la durée de la saison humide dépend de la latitude »
(Bernus et Arouna Hamidou, 1980, p. 14) et que « la position la plus septentrionale du FIT
se situe aux alentours de 20° Nord» (Desconnets, 1994, p. 15), les pluies ne tombent dans le
nord du Niger, au point d’alimenter les nappes et permettre l’irrigation, que grâce à des
conditions climatiques particulières. Le massif de l’Aïr, compris entre les latitudes 17° et
20°30’ Nord, à l’extrême de la zone convective, offre ces conditions. Ses montagnes s’éri-
gent en barrière et obligent la mousson à s’élever pour former des nuages qui donnent la
pluie, le plus souvent sous forme d’averses. C’est ainsi que les stations de Timia et d’Ifé-
rouane enregistrent parfois des cumuls pluviométriques annuels supérieurs à 100 milli-
mètres, bien qu’elles soient situées au nord de l’isohyète 100 mm.
67
Carte 3 : Isohyètes moyennes du Niger de 1961 à 1990
68
Le type de climat influence les activités rurales d’une région. Dans l’Aïr, l’année est divi-
sée en une longue saison sèche et une courte saison des pluies. En majorité, les mois sont
secs, seuls juillet et août sont humides (fig. 2). L’hygrométrie est de ce fait basse le long
de l’année. Cela est un facteur important dans le développement de l’oignon qui ne sup-
porte pas une humidité intense. Les cultures pluviales sont presque impossibles ce qui
justifie la pratique exclusive des cultures irriguées. Même pendant la saison des pluies, le
recours à l’arrosage est obligatoire pour atténuer les effets néfastes des sécheresses. L’hy-
grométrie est de manière permanente très faible, quelle que soit la période de l’année. Par
exemple, sur la période 2011-2015, la moyenne annuelle maximale enregistrée à la station
d’Agadez est de 38,8% (Niger-INS, 2018). L’élévation du relief et la faiblesse de l’humi-
dité relative de l’air particularisent la région d’Agadez en pratique d’activités agricoles.
L’oignon doit son essor à la faiblesse de l’hygrométrie. Il ne supporte pas l’humidité in-
tense de la saison des pluies. C’est pour quoi sa culture est très limitée dans la bande sud
du Niger. Par contre à Agadez, la compagne d’hivernage est la plus prometteuse. Elle
particularise la zone d’Agadez dans l’environnement oust-africain de production d’oignon
69
(PRODEX, 2009). La récolte intervient à un moment où l’oignon est rare sur les marchés
nationaux et internationaux. L’inflation qui s’installe permet aux producteurs de réaliser
leurs meilleurs chiffres d’affaires. La mobilité et les transactions marchandes s’intensi-
fient dans l’Aïr. Les comptoirs de la CUA s’animent du jour comme de nuit.
Les températures élevées ne sont pas favorables à la pomme de terre. Elle est produite en
contre saison, pendant la période froide, sauf sur le mont Bagzane où le climat est de type
méditerranéen. Sur le mont, l’altitude permet sa culture toute l’année. Les agents tech-
niques de la CRA présagent les possibilités de production de semence. Il est également
possible de produire des arbres endémiques de la région méditerranéenne. C’est ainsi, que
la commune rurale de Timia se spécialise dans l’arboriculture. Il est produit des arbres
fruitiers comme le grenadier, le raisin et les agrumes (photo 2). Le comptoir de l’Union
des coopératives de la zone de Timia (UCZT) témoigne de l’émergence de cette activité.
Photo 2 : Deux arbres fruitiers endémiques : dattier (climat désertique) oranger (climat méditerra-
néen) sur le mont Bagzane
Crédit photo : S. Alkassoum, mai 2020
Les montagnes de l’Aïr sont imperméables et présentent des pentes fortes qui favorisent
les ruissellements, des sommets vers les vallées où les eaux s’infiltrent. Les nappes se
rechargent. La production agricole se réalise. Bref, l’irrigation est possible dans la région
70
d’Agadez grâce aux montagnes qui provoquent les précipitations et favorisent le ruissel-
lement puis l’infiltration. Les vallées de l’Aïr doivent leur existence de la présence des
massifs montagneux.
Dans l’Aïr, les formations superficielles sont essentiellement constituées de regs dont la
population locale distingue les Essawaks, sols jonchés de cailloux, et les Adghagh, sols
des reliefs abrupts (Sidi, 2006). Ce sont des lithosols constitués de roches désagrégées, à
peine altérées et à texture grossière de cailloux et de graviers (Niger-DAT, 2002). Repo-
sant sur des paléosols, ils sont peu sensibles à l’érosion et marginaux pour l’exploitation
agricole. Leur texture grossière fait qu’ils contribuent très peu au processus d’ensablement
des cours d’eau. Néanmoins, ils ont un coefficient d’écoulement assez élevé qui favorise
l’accumulation et l’infiltration des eaux ruisselées dans les cuvettes. Selon Joseph (1991,
p. 75) le coefficient d’écoulement du bassin versant du Teloua, principal cours d’eau de
la région, « varie de 20% à 1,8% du volume total précipité sur le bassin versant. Le coefficient
Ke moyen est de 11,1% avec un écart type de 5,9% ». La valeur de ce coefficient suppose que
le ruissellement est très intense. Les eaux ruisselées s’accumulent puis s’infiltrent dans les
cuvettes qui sont occupées par des sols peu évolués, recouverts d’alluvions sableuses ou
argileuses. Elles représentent les seules surfaces cultivables classées localement en cinq
catégories : Azezeil, Emassas, Egiffes, Talaks, Edikis (Sidi, 2006).
Pour améliorer les rendements, les paysans utilisent les engrais chimiques et le fumier. Ils
associent de plus en plus l’élevage à l’agriculture pour un double rôle : l’utilisation de la
fumure comme fertilisant et de produits d’élevage comme suppléments alimentaires et
sources de financement des moyens de production. Récemment, les paysans prélèvent du
sable, surtout sous des arbres des plateaux improductifs, qu’ils répandent dans les jardins).
Le lit mineur des koris est recouvert de couches sableuses lessivées. Pendant l’hivernage
et juste quelques deux ou trois mois après, des puisards sont creusés pour assurer l’ali-
mentation en eau des villages. Les populations des zones rurales de la CUA vivent cette
situation en dépit de leur proximité de l’agglomération principale. Le réseau d’adduction
d’eau potable de la société nationale ne couvre pas la totalité du territoire communal.
71
Grâce à l’évolution technologique et l’amélioration des revenus des paysans, de grandes
cuves et des réservoirs sont utilisés pour conserver l’eau.
L’agriculture et l’élevage sont les principales activités rurales pratiquées dans l’Aïr. Mais,
la péjoration des conditions climatiques a engendré un abandon progressif de l’élevage.
L’effectif des troupeaux a drastiquement faibli au point de faire disparaître le nomadisme.
Selon Charbonneau et Gagnol (2013), « aujourd’hui le pastoralisme, qui est toujours associé
aux caravanes chez les Kel Ewey, est en déclin et le développement du jardinage a provoqué des
transformations ». Le désespoir d’un éventuel retour au mode de vie pastorale normale
conduit les agro-pasteurs à mettre en valeur tous les espaces aptes à l’exploitation agricole.
Les enclaves pastorales, les couloirs de passage et les forêts classées sont transformés en
jardins. Les populations se sont définitivement sédentarisées et pratiquent le maraîchage
le long des oueds. Cette activité leur procure, non seulement d’importants revenus, mais
aussi participe aux mutations qui affectent la CUA. Les principales cultures sont les lé-
gumes, les céréales (blé et maïs) et les arbres fruitiers. Les légumes sont les spéculations
qui occupent le grand nombre de producteurs (carte 4). La production est commerciale et
destinée à alimenter d’abord les centres urbains de la région d’Agadez, puis certaines par-
ties du Niger et enfin la sous-région ouest africaine, notamment en oignon. Le maraîchage
et les activités associées ne sont pas pratiqués seulement par les populations autochtones.
De nombreux immigrants interviennent à différents niveaux (labour, transport, commer-
cialisation). Ainsi, la CUA demeure une véritable métropole qui satisfait les besoins de
son hinterland. Elle maintient son rôle historique de carrefour. Hier elle était un centre
intellectuel et caravanier, aujourd’hui le maraîchage fleurit et favorise la perpétuité du
vœu ancestral des fondateurs de la ville. Au cœur du Sahara nigérien, elle reste une plaque
tournante des mobilités. Elle n’est pas stérile du point de vue agronomique. Les cultures
irriguées sont développées du fait de la présence des montagnes qui régulent le climat. En
fonction des localités, différentes cultures de rente ont remplacé les productions céréa-
lières destinées à la consommation des ménages. Les producteurs optent de plus en plus
pour les cultures commerciales. Ils ont compris la primauté d’accumuler l’argent au détri-
ment de stocker des récoltes pour la consommation des ménages. L’argent liquide permet
l’accès à toutes les marchandises et cela, selon le goût des acheteurs.
72
Carte 4 : Principales cultures maraîchères de la région d’Agadez
Source : Fond de carte IGNN et MA/E, 2018
73
L’analyse de la carte n° 4 montre que l’oignon est la première culture pratiquée dans tous
les départements, à l’exception de Bilma où le chou domine. Le département de Tchiro-
zérine fournit la plus grande quantité. Il occupe le premier rang du fait de sa localisation
dans la partie la plus arrosée de l’Aïr. Le département d’Arlit occupe le premier rang de
la production de la pomme de terre. Quant au département d’Iférouane, il offre une pro-
duction moyenne, mais se particularise par la production fruitière.
La région d’Agadez concentre les différents types de flux migratoires. Elle est une zone
de transit, de destination et d’accueil. De ce statut, il résulte un cosmopolitisme émanant
de l’accumulation de personnes de diverses nationalités (Adamou, 2007 ; Brachet, 2009).
Ce n’est pas le lieu de rappeler les faits historiques (commerce caravanier, exploitation
minières) qui encouragent l’afflux des personnes vers la région. Mais, selon les résultats
du 4e RGP/H, la CUA, la plus forte concentration humaine de la région, abrite 118 240
habitants en 2012. Les projections de l’Institut national de la statistique (INS) du Niger
présagent que cette population serait 173 256 habitants en 2024 (Niger-INS, 2019). Tou-
tefois, il faut reconnaitre qu’aucune estimation, qu’aucun dénombrement ne peut indiquer
exactement l’effectif de cette population. Les arrivants et les partants sont permanents.
Réfugiés et retournés fuyant les persécutions humaines, migrants en quête de bien être
fuyant la pauvreté ou la péjoration du climat, sont innombrables. La fermeture du site
aurifère du Djado a laissé un marché qui continue à s’animer dans la CUA. Les comptoirs
maraîchers reçoivent les haoussas en provenance de Zinder, Maradi et Tahoua et les prin-
cipaux marchés accueillent les Zarmas de l’ouest du Niger, tous acteurs de la migration
circulaire. L’analyse des échanges migratoires qui se superposent dans la région fait res-
sortir un paradoxe. En effet, les résultats du 4e RGPH montrent que la région d’Agadez
enregistre des départs importants de ses natifs. Elle occupe le deuxième rang après Nia-
mey, avec respectivement 8% et 10%, d’indices de sortie. En même temps, ces deux ré-
gions sont les plus attractives du Niger avec des soldes migratoires positifs (Niger-INS,
2015 a). La même source indique que l’attraction de la région d’Agadez est surtout due
au fait qu’elle est une zone de transit pour des migrants de diverses nationalités en partance
74
pour le Maghreb et/ou l’Occident (tableau 4) et en même temps une zone minière et tou-
ristique par excellence. Le maraîchage qui attire un nombre important de migrants internes
n’est pas évoqué. Le directeur régional du développement rural fait cas de l’arrivée an-
nuelle et régulière de plus de 20 000 ouvriers agricoles auxquels il faut ajouter quelques
milliers de chargeurs de camions et des revendeurs de divers produits maraîchers.
Le tableau n° 4 montre que la grande partie des immigrants internationaux résidant à Aga-
dez proviennent de la Libye et du Nigéria. Cela est dû à la proximité et l’importance des
relations commerciales. Les statistiques décrites par le tableau sont anciennes. Au-
jourd’hui, il faut ajouter les milliers de Soudanais qui demandent l’asile à Agadez. La
grande partie de migrants rencontrée dans la région d’Agadez sont de sexe masculin. Par
exemple, les activités maraîchères accueillent exclusivement des hommes âgés de moins
de 18 ans à plus de 50 ans. Il s’agit, précisément, des enfants de 13 ans aux personnes
âgées de 57 ans. Ainsi, les enfants et les personnes âgées participent à la production.
D’autres mouvements sont observés à l’intérieur de la région. En effet, tous les jours, les
producteurs des couronnes agricoles périurbaines sont en migration pendulaire. Ils font
des déplacements quotidiens entre leurs domiciles et la ville. En outre, l’orpaillage conti-
nue à drainer des populations. Cette activité a entrainé, à ses débuts en 2014, la baisse de
la production maraichère à cause de l’abandon de plusieurs jardins par les exploitants.
Mais, dans les années suivantes, il est constaté une amélioration de l’équipement agricole
75
liée aux retombées de l’orpaillage. Les mines d’or sont désormais les principales destina-
tions des émigrants de la région d’Agadez. La Libye, l’Algérie et surtout le Nigéria qui
sont des destinations traditionnelles, accueillent de moins en moins. La Libye et le Nigéria
sont évités à cause des problèmes liés à l’insécurité. Depuis la chute du régime du colonel
Kadhafi, la Libye est instable et le Nigéria est menacé par le terrorisme de Boko Haram.
L’Algérie n’est plus une destination opportune du fait de l’excès d’expulsion. La ferme-
ture des frontières pour éviter la propagation de la COVID 19 est une autre raison de taille
qui justifie la baisse de l’émigration internationale. L’adoption de la loi n°2015-036 du 26
mai 2015, relative au trafic illicite de migrants, vient durcir la migration. Selon certains
acteurs, cette loi se présente en diktat faisant du Niger une barrière et de sa limite méri-
dionale une frontière avec l’Union européenne, en effaçant les pays maghrébins. Le Niger
est perçu comme une porte artificielle d’entrer en Europe. Il faut, par des moyens légaux,
obstruer ce passage afin de contenir la menace que constitue les migrants Africains qui
arrivent en Europe. Quoi qu’il en soit, les routes clandestines restent ouvertes.
La CUA est la zone d’étude pratique du présent travail. Toutes les enquêtes sont réalisées
dans cette ville. Les acteurs des bassins de production de l’Aïr sont attendus dans les
comptoirs où ils écoulent leurs productions. Les comptoirs sont les sièges de leurs coopé-
ratives d’où ils bénéficient de l’hébergement durant leur séjour dans la ville d’Agadez.
76
Carte 5 : La CUA, une ville du département de Tchirozérine en bordure de l’Aïr
Source : Fond de carte Agrhymet, Data for Niger.
Le territoire communal qui couvre plus de 600 km ² (Niger-CUA, 2012), est situé dans le
département de Tchirozérine (carte 6). Conformément aux projections de l’INS, la densité
moyenne de la population est de 228,92 habitants au km² en 2017 (Niger-INS, 2018).
77
Carte 6 : Localisation de la commune urbaine d’Agadez
Source : Fond de carte IGNN, Renaloc, 2012.
78
L’occupation de l’espace présente de fortes disparités. Plus de 95% de la population sont
concentrées dans la zone urbaine qui occupe moins du tiers de la superficie totale de la
commune. Cette population exerce une multitude d’activités dont le maraîchage périur-
bain. La zone rurale est en grande partie occupée par des éleveurs qui ont leurs campe-
ments à proximité de l’agglomération, près des koris où les pâturages naturels sont abon-
dants. La carte n° 6 montre que Teloua et Boughoum sont les principaux koris qui traver-
sent la commune. Teloua, oued à écoulement épisodique, répand ses eaux dans la plaine
de l’Irghazer. Sa vallée est l’unique endroit propice à l’agriculture. Compte tenu des be-
soins des citadins, la culture du moringa se développe au détriment de celle de l’oignon.
Cette plante aux feuilles appétissantes inonde quotidiennement le marché des légumes.
Les autres cultures importantes pratiquées dans la commune sont l’oignon, la pomme de
terre, les laitues, la carotte et la pastèque. Ces cultures rapportent d’importants revenus
aux acteurs des filières maraîchères.
79
Aux alentours des comptoirs, on rencontre des boutiques, des vendeurs ambulants, la pe-
tite restauration et le stationnement des mototaxis qui attendent les passagers. Quelques
ateliers sont installés pour des petites réparations. La présence permanente de personnes
et de véhicules rappelle l’animation qui prévaut dans les gares routières.
La commune urbaine d’Agadez s’est développée autour d’un noyau historique. C’est la
vielle ville constituée de 11 quartiers primitifs3 qui sont classés au patrimoine mondial de
l’Unesco en 2013. Ces anciens quartiers sont construits en argile crue (photo 4). Ils sont
faits d’une architecture impressionnante et originale, rare à travers le monde comme en
témoigne le dossier présenté à l’Unesco pour leur inscription au patrimoine mondial :
« On trouve à Agadez le plus haut bâtiment du monde dont la structure est entière-
ment construite en terre crue et un modèle d’habitat performant, valorisant au mieux
les ressources locales et témoignant d’un véritable art de vivre, l’environnement et
au climat local. La grande mosquée, le palais du Sultan, la maison du Cadi et de
nombreux bâtiments aux fonctions particulières sont toujours des lieux vivants qui
gardent un rôle important dans la vie journalière de la ville et font perdurer la culture
de paix et de prospérité insufflée par le sultanat de l’Aïr » (Niger-DPC, 2012).
Dans la vielle ville, la trame est irrégulière. Les îlots sont faits de rues étroites et sinueuses
et des impasses. Il faut noter la présence de constructions (mosquée du vendredi, la maison
du boulanger) et des places (place Tamallakoye, place Rocthi (marché de nuit)) qui ont
joué des fonctions spécifiques dans le passé, notamment au moment de la fondation de la
ville. La marche et la moto sont les moyens faciles de la mobilité.
3
Les quartiers classés patrimoine mondial de l’Unesco en 2013 sont : Katanga, Houg Beri, Foune
Mey, Angoual Bayi, Amaréouat, Agargari Saka, Oumourdan Maghas, Oumourdan Nafala, Obi-
tara, Amdit, Akanfaya (Niger-DPC, 2012).
80
Photo 4: Vue de la vieille ville depuis le minaret de la mosquée historique
81
Carte 7 : Zone agglomérée de la commune urbaine d’Agadez
Source : Image Google Earth, 2018.
82
Dans les quartiers modernes, l’habitat est construit d’un mélange de ciment et de banco.
Les maisons sont modernes. Mais, il est fréquent de voir les tentes du fait de leur rôle
culturel. Selon Gagnol (2003), elle est l’abri, la continuité du monde humain, le lien entre
les éléments terrestres et célestes et la matérialisation de la continuité de la filiation. Les
éléments culturels sont nombreux et constituent des facteurs d’attrait des visiteurs.
Les générations passées ont légué un impressionnant trésor culturel à l’Aïr. Cela fait de sa
capitale, Agadez, l’une des principales destinations touristiques du Niger. Il n’est pas aisé
de lister ce patrimoine (objets, architectures, événements, places, etc.) qui justifie en partie
l’attrait de la CUA. Mais, la croix d’Agadez et la mosquée de vendredi (Emiskine) sont, à
plus d’un titre, symboliques. La mosquée (encadré 1) est sans doute un chef-d’œuvre ar-
chitectural qui témoigne l’ancienneté de l’islam dans la région. En effet, l’histoire apprend
que le fondateur de l’empire théocratique de Sokoto, Ousmane Dan Fodio, avait fait ses
études coraniques dans cette ville. La maison de son enseignant est encore visible dans la
vielle ville.
La mosquée. La ville contient une vingtaine de mosquées. Si elle n’est pas la plus
ancienne, l’actuelle grande mosquée est, avec le palais du sultan, le monument le plus
remarquable de la ville et son minaret de 22 mètres de haut l’a rendue justement
célèbre. Une étude architecturale détaillée (Cressier & Bernus, à paraître, Journal
des Africanistes 54) a permis de retracer les grandes étapes de sa construction et, à
l’aide des traditions orales recueillies et de la comparaison avec d’autres édifices re-
ligieux similaires, de proposer les hypothèses suivantes concernant l’historique du
monument :
1. Existence d’un premier bâtiment, antérieur sans doute à l’installa-
tion du sultan à Agadez, assez grand pour être mosquée du vendredi (cf. Chroniques
d’Agadez, Urvoy 1934 : 154), mais sans minaret (ce qui explique le silence de Jean-
Léon l’Africain), dès 1450 et peut-être même avant.
2. Vers 1515 ou 1530 (selon la version retenue des tradi-
tions orales), le saint Zakariya aurait reconstruit ou agrandi l’édifice, en y ajoutant le
premier minaret, dont les vestiges sont encore visibles et entretenus de nos jours pour
garder en mémoire l’injustice commise vis-à-vis des ouvriers et punie par Dieu qui
avait fait écrouler la première construction. De cette période date aussi probablement
la construction de la maqsura, oratoire réservé au sultan.
3. La troisième étape, plus tardive, a pu s’étendre sur une assez longue pé-
riode, comportant des remaniements successifs dont le seul daté est la réfection totale
83
du minaret actuel au milieu du XIXe siècle, quelques années seulement avant le pas-
sage de Barth (1850). Enfin des salles modernes ont été construites récemment
(1977-78), la salle ouest sur l’emplacement d’une cour plantée d’arbres, les deux
salles sud à la place d’un ensemble de maisons jadis habitées par les imams.
Source : Lhote H., Bernus S. et Chaker S., 1985, « Agadez », Encyclopédie berbère,
vol. 2, Aix-en-Provence, Edisud, pp. 229-236
Quant à la croix d’Agadez, elle est unique dans la gamme des produits artisanaux du Ni-
ger. Elle est le bijou touareg le plus connu au monde, devenu emblème du monde touareg,
et accessoirement du Niger (Boucksom, 2017). Ces deux symboles culturels sont couplés
pour servir d’emblème à la commune urbaine d’Agadez (photo 5). Ils sont portés sur tous
les documents et parfois sur des édifices officiels.
La croix est un pendentif qu’on retrouve dans toutes les localités de l’Aïr. Elle est un
produit culturel qui sert de référence aux Touaregs. Pour cette raison, les premières croix
servent d’emblème à leur localité d’origine (encadré 2). Ainsi, à partir de ces croix, les
84
Touaregs de l’Aïr se distinguent. Néanmoins, il faut noter que ces pendentifs ne sont pas
propres à l’Aïr et qu’ils ne sont pas exclusivement utilisés par ses habitants.
De nos jours, ces bijoux réalisés dans leur grande majorité en métal (argent ou nickel)
sont au nombre de vingt-deux dont dix-neuf sont (devenus) des emblèmes de localités
ou de massifs montagneux du Niger (Aïr, Bagzane). Les trois croix qui ne sont pas
présentées aujourd’hui comme des symboles territoriaux sont celles de « Mano
Dayak », nom d’un chef et personnalité touareg actif lors de la première rébellion des
années 1990, la croix Karagha qui veut dire « lit » en Haoussa, et la croix Bartchakea
qui signifie « très décoré » en Tamasheq d’Agadez.
Source : Boucksom A., 2017, « Croix d’Agadez, croix du Niger : imaginaire occi-
dental du monde touareg », Autrepart, n° 83, pp. 74-75
La CUA possède un véritable intérêt touristique, mais elle est de moins en moins visitée
par les étrangers à cause des questions sécuritaires. Les fréquentations sont largement ré-
duites entrainant le recul de certaines activités économiques comme l’artisanat et l’hôtel-
lerie. La présence de bandes de terroristes, dans presque tous les pays limitrophes du Ni-
ger, ne permet pas de croire à un retour définitif de la paix à court terme.
85
Conclusion du chapitre
Il faut ajouter que la morphologie urbaine et les éléments culturels ont fait de la région
d’Agadez une destination touristique. Cependant, le tourisme est en déclin pour des rai-
sons sécuritaires. Tout de même, la région reste une « zone de convergence » des flux
migratoires grâce à l’émergence de filières maraîchères, notamment oignon et pomme de
terre. Le chapitre qui suit tente de décrire cette situation.
86
CHAPITRE 4 : AGADEZ, UNE « ZONE DE CONVERGENCE » DES FLUX MI-
GRATOIRES ET DES FILIÈRES MARAÎCHÈRES
L’expression zone de convergence est utilisée en climatologie pour signifier le Front in-
tertropical (FIT). Le FIT représente la zone de rencontre de deux masses d’air d’origine
différente dans la zone intertropicale. Dans ce passage, l’expression est une métaphore qui
présente la CUA comme un nœud d’interaction des flux de personnes (acteurs de diffé-
rents types de mobilités) et des filières maraîchères, notamment oignon et pomme de terre.
La ville perpétue cette fonction nodale qui remonte à ses origines. Son épanouissement
social et économique est fondé sur la circulation des personnes et des biens.
87
sont rares. Son entretien et celui d’autres bestiaux contraignent les populations, en majo-
rité pastorales, au nomadisme, une pratique indissociable de la mobilité.
La vocation originale de la ville se perpétue à travers les années. Comme un aimant, elle
continue sans interruption à accueillir les visiteurs, en suivant l’évolution des moyens et
voies de communication. C’est ainsi que la période faste de la caravane est suivie de l’avè-
nement de l’automobile, après l’irruption funeste du colonisateur européen en Afrique.
L’expansion européenne a engendré la dislocation des dispositifs économiques et sociaux
africains, de manière générale. Le Sahara n’a pas été une exception. Selon Brachet (2004),
la colonisation a mis fin à l’un des moteurs des échanges transsahariens, la traite esclava-
giste. Le Sahara change alors de nature. Il a de nouveaux maîtres, des impérialistes qui
prétextent apporter la meilleure civilisation. Ils remettent en cause les dispositions sociales
et perturbent les voies caravanières. Les nationalistes sahariens se soulèvent, mais leurs
résistances furent vaines. La métropole française choisit l’isolement du Sahara en réorien-
tant et soutenant les trafics vers les régions sédentaires considérées plus dociles ; les zones
nomades sahariennes étant étiquetées de rebelles. Le négoce saharien reçoit un coup as-
sommant. Selon une expression de Grégoire et Bourgeot (2011, p. 9), la France et la
Grande-Bretagne « affaiblirent le commerce transsaharien au profit de flux côtiers et de voies
qu’elles avaient ouvertes depuis les ports du golfe de Guinée ». Empruntant les termes de
Maitre-Devallon, directeur des travaux publics au ministère des colonies, Deycard (2011)
informe qu’en 1939, le Sahara est devenu une barrière, un désert absolu sans végétation
ni homme. Ce n’est qu’une description car le Sahara n’a jamais été vide. Les échanges
sont interrompus et cela jusqu’après les indépendances, période pendant laquelle, le ca-
mion remplace le dromadaire. Les transactions reprennent plus denses qu’auparavant à
cause de la révolution du transport. Les camions sont plus rapides et transportent des ton-
nages plus volumineux que les caravanes. La région saharienne s’ouvre au tourisme et
renoue avec la mobilité à travers l’émergence des compagnies de voyage.
Les activités parallèles du tourisme appuient le nouvel envol jusqu’à son paroxysme au
début de l’exploitation minière, notamment le pétrole. Le Sahara nigérien suit le mouve-
ment avec l’exploitation de l’uranium au début des années 1970. Pour son acheminement,
la route Tahoua-Arlit (RTA) est ouverte en 1981. Cela relance l’essor économique du
88
nord nigérien. L’infrastructure est dénommée route de l’uranium car elle sert à son ache-
minement. Les activités minières attirent la main-d’œuvre de l’intérieur du pays ce qui
ravive la mobilité. L’économie du tourisme se maintient faisant la splendeur d’Agadez
jusqu’aux années 1990, quand le déclenchement des rebellions armées marque une pause
à cet élan. L’insécurité devient totale et la mobilité pourvoyeuse de revenus est à nouveau
mise à rude épreuve. Cependant, la nouvelle situation n’est pas synonyme d’inertie. La
mobilité reste vivace, mais elle devient illicite. Elle est assurée par des acteurs semant la
terreur à travers divers trafics interdits, des attentats, des enlèvements et prises d’otage,
brefs des actes criminels et terroristes constituant une entrave à un véritable épanouisse-
ment humain et économique. Une dizaine d’années plus tard, l’espoir renaît avec la signa-
ture des accords de paix. Mais, l’insécurité qui s’installe, devient structurelle ce qui ne
favorise pas la relance du tourisme. Il périclite en même temps que s’affaiblissent toutes
les activités (artisanat, transport, hôtellerie) qui l’accompagnent. Les opportunités écono-
miques deviennent l’entretien des migrants, notamment ceux traversant le Sahara en des-
tination du Maghreb ou de l’Europe. Néanmoins, cette activité rémunératrice ne va pas
perdurer. Elle sera mise à mal par des dispositions législatives. Il est institué au Niger un
dispositif juridique drastique visant à réprimer les acteurs de la migration dite irrégulière.
Il s’agit, officiellement, d’une lutte engagée par les autorités contre le trafic illicite des
migrants et la traite des personnes. Le drame inoubliable d’octobre 2013 (92 Nigériens
étaient retrouvés morts dans le désert) a incité l’État à assumer son rôle régalien de pro-
tecteur. L’application des mesures répressives a abouti à des arrestations, la fermeture des
ghettos et l’immobilisation des véhicules servant au transport des migrants. L’activité qui
offre, selon Hoffmann, Meester et Manou (2017), des emplois directs à plus de 6 000
personnes et qui rapporte plus de 65 milliards de FCFA par an à la CUA4, selon le conseil
régional, est ainsi asphyxiée. La rente migratoire est anéantie à Agadez. De quoi sera faite
l’économie de demain de la cité (tagadez) fondée pour entretenir les étrangers ? L’étranger
4
Extrait de la communication de l’ANLTP à la 3e édition de la journée nationale de mobilisation
contre la traite des personnes, Agadez, le 28 septembre 2017 : Rôle du Niger dans la lutte contre
la traite des personnes et le trafic illicite de migrants.
89
est toute personne qui visite la ville, qu’elle soit nigérienne ou de n’importe quelle natio-
nalité. Les autochtones appellent Dirarre5, toute personne venant d’ailleurs. Elle restera
une économie de la mobilité. La persistance ou la présence de trois types de flux, en dépit
de toutes les contraintes, permet d’y croire : les flux migratoires, les flux aurifères et les
flux maraîchers.
Les flux migratoires sont certes réduits, mais ils subsistent sur des axes clandes-
tins. Ils côtoient la circulation de la drogue et des armes. Les migrants en situation irrégu-
lière, la drogue et les armes sont considérés comme des flux illicites dont la présence est
confirmée à travers les saisies. Les cas de saisies sont si nombreux que la région d’Agadez
est qualifiée de Colombie du Niger ; au moins une dizaine de convois la traverse chaque
semaine en direction de la Libye (Jeune Afrique, 2017). Il s’agit de flux prohibés. Pendant
combien de temps vont durer ces flux ? Ils subiront certainement le même sort que la
caravane. D’ores et déjà, pour répondre aux contestations des structures de la société civile
face à la position du Niger vis-à-vis de la migration, le gouvernement décrète le 28 sep-
tembre de chaque année, journée nationale de mobilisation contre la traite des personnes
suivant le décret N°2015-182/PRN/MJ. Cette journée vise à sensibiliser l’opinion pu-
blique de l’opportunité d’estomper les flux considérés illicites.
Les découvertes successives de plusieurs mines d’or dans la région en 2014
(Djado, Tchibarkaten, massif de l’Aïr) ont occasionné des flux massifs d’orpailleurs. Des
Nigériens et d’autres nationalités sous régionales convergent vers la région rendant la mo-
bilité vivace. Le premier site d’orpaillage, celui du Djado, compte plus de 15000 mineurs
qui prétendent avoir extrait près de 70 tonnes d’or avant son interdiction en avril 2017
(Pellerin, 2017). Les deux autres sites (Tchibarkaten et massif de l’Aïr) sont encore ex-
ploités et attirent entre 3 000 et 10 000 mineurs, en fonction des saisons (Grégoire et Ga-
gnol, 2017). Outre les orpailleurs, plusieurs autres catégories de personnes sont attirées
(revendeurs de nourriture, d’eau, d’essence, de charbon, de détecteurs de métaux, d’ani-
maux, de véhicules, etc.). Cette mobilité va-t-elle aussi perdurer ? Elle fait appel à l’ex-
traction d’une ressource non renouvelable. Pour le moment, elle est autorisée sur certains
sites dans le but de réduire le chômage et garantir la stabilité sociale.
5
Expression Hausa qui signifie littéralement arrivant, venant, allogène, étranger.
90
Le maraîchage qui mobilise plus de 10 milliards de francs CFA de chiffres d’af-
faires moyens annuels (Niger-CRA/AZ, 2018), est le troisième facteur engendrant des flux
de personnes. Les responsables de la FRUCA estiment que les activités maraîchères oc-
casionnent l’arrivée, dans la région d’Agadez, de plus de 40000 migrants saisonniers par
an. La mobilité due au maraîchage présente de meilleures perspectives de perpétuité. En
effet, les retombées des autres activités, notamment l’orpaillage, sont utilisés pour renfor-
cer la production. Ils servent de ressources à l’acquisition et à la réhabilitation des moyens
de production. L’émergence d’une agriculture industrielle, soutenue par l’exploitation de
l’or, est apparente. Les producteurs sont engagés et leurs revenus s’améliorent continuel-
lement. Il est envisageable qu’ils construisent des forages pour améliorer les rendements.
En définitive, Grégoire et Bourgeot (2011, p. 9) donnent l’espoir d’un avenir émaillé de
mobilité en écrivant « chaque période de l’histoire saharienne se caractérise par ses propres
circulations marchandes et humaines, les oasis et les villes en étant les points nodaux : l’ère pré-
coloniale a été marquée par les caravanes de sel et de natron qui reliaient, par exemple, les oasis
de Bilma et de Fachi au Niger à la ville de Kano (Nigeria) ou celle de Taoudenni (Mali) à Tom-
bouctou ». Agadez est incontestablement un carrefour des flux migratoires à travers le
Sahara. Elle ne peut échapper à la traversée de divers flux qui parcourent ce vaste désert.
L’oignon et la pomme de terre sont des plantes exogènes dont la culture attire des migrants
internes. Venant d’ailleurs, elles s’adaptent aux conditions climatiques et pédologiques de
l’Aïr d’où de petites productions destinées à la consommation familiale, d’importants ton-
nages sont actuellement exportés.
L’oignon (Allium cepa L.) (Photo 6) est un légume appartenant à la famille des alliacées.
À partir de l’Asie centrale, son milieu d’origine, il est introduit sur tous les continents. Sa
présence en Afrique est attestée depuis l’époque de l’ancien empire égyptien. Selon As-
sane (2006), il est introduit au Niger par le biais du commerce transsaharien. Or, Agadez
est l’un des carrefours de cet échange historique qui a mis en contact les peuples vivant
de part et d’autre du Sahara. Il est probable qu’il soit entré au Niger par cette ville.
91
Photo 6 : Oignon : en haut : un tas dans le comptoir UCMA, en bas : jardin au stade de floraison
sur le mont Bagzane
Actuellement, l’oignon est cultivé dans toutes les régions du Niger principalement pour
son bulbe et ses graines. Les feuilles sont parfois séchées et/ou grillées puis utilisées
comme assaisonnement. Elles sont appréciées par certains ménages de condition de vie
92
moyenne. La production est disparate en fonction des régions et fluctue selon les années.
Toutefois, deux régions se particularisent par la nature de leurs productions. Il s’agit des
régions de Tahoua et d’Agadez. Selon le Réseau National des Chambres d’Agriculture du
Niger (RECA) (2011), la région de Tahoua, située au centre sud du Niger, produit plus de
trois quarts de la production nationale (fig. 3). Elle est aussi la zone du pays la plus pour-
vue en écotypes (Assane, 2006). La région d’Agadez se particularise par ses deux périodes
de production : la période de contre saison froide et celle de l’hivernage. La campagne
d’hivernage est trois fois plus importante en termes de quantité produite. En additionnant
la production des deux campagnes, la région d’Agadez occupe le deuxième rang national.
Elle occupe le cinquième rang national en culture de contre-saison (fig. 3).
L’oignon du Niger est en grande partie exporté. « Le Niger est le premier exportateur d’oi-
gnon de l’Afrique de l’Ouest » (Abdou et al, 2015). En 2013, selon la Banque centrale des
états de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) (BCEAO-Niger, 2013), les oignons expédiés par
le Niger étaient évalués à 55680 millions de francs CFA. L’importance de cette somme
prouve que l’oignon est une source d’espoir pour l’économie du Niger. Il bat le record de
l’exportation de l’ensemble des produits agricoles. Du coup, il contribue à la réalisation
de l’équilibre de la balance commerciale caractérisée par une dégradation persistante.
93
À l’image de la production nationale, celle de la région d’Agadez n’est pas constante. Elle
varie selon les années (fig. 4). Les parties de la courbe situées au-dessus de l’axe horizon-
tal (période d’observations), représentent les années qui ont enregistré une croissance po-
sitive. L’année 2012 a connu la plus forte production avec un taux d’accroissement de
249,62%. À l’opposé, les années représentées en dessous de l’axe ont une croissance né-
gative dont la plus faible s’observe en 2013 avec un taux de variation de - 46,6%. De
manière générale, la courbe indique un faible taux d’accroissement de la production. La
hausse de superficies emblavées n’a pas entrainé celle de la production de façon consé-
quente. Cela est le témoin de la persistance des techniques traditionnelles de production.
94
Carte 8 : Production d’oignon par département dans la région d’Agadez (en tonnes)
Source : Fond de carte IGNN et MA/E, 2018.
95
L’observation de la carte n° 8 montre que la production régionale d’oignon est concentrée
dans l’Aïr. Là, la plante s’adapte mieux aux conditions physiques. C’est également la par-
tie de la région d’Agadez où la concentration de la population est plus dense. Les migrants
internes sont accueillis pour plusieurs raisons, particulièrement à cause du développement
des filières oignon et pomme de terre et la découverte récente des sites aurifères. Ainsi, la
migration et la culture d’oignon s’influencent mutuellement.
La pomme de terre (Solanum tuberosum L.) (Photo 7) est une plante herbacée appartenant
à la famille des Solanacées. Elle est originaire de la cordillère des Andes, dans le sud-
ouest de l’Amérique latine. De son berceau américain, les conquistadors l’ont introduite
en Espagne à partir d’où elle conquiert petit à petit toute l’Europe6. Il semble que cette
plante est amenée au Niger en 1912 par les colonisateurs français (Hassane, 2015). Selon
l’auteure, la diffusion et la vulgarisation furent assurées par les sociétés de Prévoyance
dans toutes les circonscriptions du Niger. Les sociétés de Prévoyance sont des organisa-
tions paysannes créées pendant la période coloniale. Comme l’oignon, la présence de la
pomme de terre à Agadez résulte de la mobilité. Elle a convergé.
6
Source : http://fr.wikipedia.org/w/index.php?oldid=5107155
96
Photo 7 : Pomme de terre : en haut : jardin à l’étape d’étalage sur le mont Bagzane, en bas : sacs
entreposés dans le comptoir UCMA,
Compte tenu de ses nombreux atouts, la production de la pomme de terre est en forte
progression au Niger. Excepté dans la région d’Agadez, elle est cultivée en contre saison.
Cela exclut toute concurrence avec les cultures vivrières pluviales. C’est aussi une période
pendant laquelle la main-d’œuvre est abondante. Les migrants internes, des régions où les
cultures irriguées ne sont pas pratiquées, convergent vers les zones de sa production. Has-
sane (2015) a fait ce constat dans la zone de Filingué. Les vallées de l’Aïr connaissent la
même situation. Chaque étape du cycle végétatif de la pomme de terre attire des migrants,
tantôt pour travailler sur les exploitations, tantôt pour revendre sur les marchés, tantôt pour
servir dans les comptoirs. Les cultures de contre saison se révèlent comme un moyen de
maintien des jeunes dans le pays. Elles réduisent l’ampleur des migrations internationales.
La pomme de terre est une réponse au déficit céréalier récurrent. Cette fonction lui vaut
une prise en compte dans les différentes politiques agricoles du Niger, notamment les plus
récentes. En effet, de l’indépendance à nos jours, le défi commun des gouvernements suc-
cessifs reste l’atteinte de la souveraineté alimentaire, à travers différentes approches pré-
97
conisant le développement du secteur rural. Cet objectif n’est atteint que par l’intensifica-
tion et la diversification des cultures. La pomme de terre répond à cette ambition, surtout
dans l’Aïr où le climat des montagnes favorise sa culture intensive. Mais, il faut au préa-
lable convaincre les Nigériens à l’intégrer dans leur menu. Des efforts de sensibilisation
sont entrepris dans ce domaine. Le pari est gagné dans les milieux urbains où elle intègre
progressivement les habitudes alimentaires des citadins. Les ruraux peuvent produire au-
tant de quantités qu’ils peuvent, elle sera consommée dans les centres urbains. D’ailleurs,
la production nationale ne couvre pas totalement les besoins des consommateurs. Le re-
cours à l’importation est permanent.
Enfin, elle est une culture qui a une double vocation. Elle est à la fois commerciale et
autoconsommée. En même temps qu’elle rapporte des revenus, elle lutte efficacement
contre les crises alimentaires. Selon les diététiciens, son tubercule est l’un des plus riches
en éléments nutritifs. La pomme de terre contrebalance non seulement la pauvreté, mais
aussi attenue les effets pervers de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages.
La liste des motifs qui encouragent cette culture au Niger, n’est pas exhaustive.
La quantité nationale produite a évolué de 32300 tonnes en 2007 à 168570 en 2017, soit
un taux de variation de 421, 88 % (Niger-INS, 2012 et 2018). Mais, la croissance de la
production n’est pas linéaire et constante (fig. 5). Elle varie d’une année à l’autre pour
diverses raisons : contraintes climatiques, fluctuation de l’effectif des producteurs et des
superficies emblavées. Tout de même, la production a majoritairement augmenté entre
deux campagnes successives. Le taux de variation le plus élevé est observé entre 2013 et
2014, période au cours de laquelle la production nationale a accru de 154,31 %. La plus
basse évolution a lieu entre 2012 et 2013 (- 46,83 %).
98
Figure 5 : Taux de variation de la production de pomme de terre au Niger de 2007-2017
La pomme de terre est produite dans toutes les régions du Niger avec des disparités. Sa
culture connaît un essor particulier grâce à l’appropriation des techniques culturales par
les producteurs et au développement des moyens de transport qui permettent d’écouler
rapidement la production sur les centres urbains. De nos jours, l’approvisionnement des
villes en produits maraîchers frais est très facile. Le parc automobile s’est amélioré et une
importance est accordée à la construction et l’entretien des infrastructures routières. L’or-
ganisation des producteurs est également un facteur du développement des activités agri-
coles. En effet, cette dernière favorise, avant tout, l’acquisition des moyens de production.
99
Figure 6 : Production de pomme de terre, campagne de contre saison 2017 par région
À Agadez, les quantités de pomme de terre produites sont inégalement réparties entre les
départements. Comme l’oignon, Tchirozérine fournit la plus grande partie (carte 9). Le
département produit 59,65 % de la production régionale. La culture est plus importante
dans la commune rurale de Tabelot. Dans cette commune, il est possible de pratiquer deux
campagnes par an. La contribution de la CUA est très faible et ne représente que 3,92 %.
Le moringa, dont la présence diminue au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la ville, oc-
cupe la première place des spéculations dans les jardins. Il est suivi de l’oignon et d’autres
légumes. Cependant, aucune feuille de moringa n’est vendue dans les comptoirs. Là, la
proportion de la pomme de terre est importante car en dépit de la production locale, les
importations d’Algérie y transitent.
100
Carte 9 : Production de pomme de terre par département en 2017-2018, dans la région d’Agadez (en tonnes)
Source : Fond de carte IGNN et MA/E, 2018.
101
L’observation de la carte n° 9 permet de comprendre que la pomme de terre est produite
dans tous les départements de la région d’Agadez. Mais, la production domine dans l’Aïr.
Cela est dû à l’orographie qui favorise les précipitations et crée un micro climat méditer-
ranéen au sommet des montagnes. En plus du maraîchage, les conditions créées permet-
tent la production de certains arbres fruitiers. Aussi, faut-il reconnaître que les activités
économiques se concentrent dans les zones propices aux installations humaines. L’Aïr est
la partie la plus peuplée de la région d’Agadez.
Les filières oignon et pomme de terre partagent les mêmes acteurs et les mêmes terres de
culture. Mais, cela n’empêche ni la pratique de l’une, ni celle de l’autre. Elles ont des
exigences agro écologiques différentes. Ainsi, la période propice à la culture de l’oignon
est peu favorable à celle de la pomme de terre. Leur calendrier d’occupation des sols (fig.
7) indique que l’oignon est plus rentable pendant l’hivernage, tandis que la pomme de
terre offre ses meilleurs rendements pendant la saison sèche froide. Ces deux périodes se
succèdent favorisant la complémentarité temporelle de la production des deux cultures.
L’oignon d’hivernage a un cycle échelonné sur 5 mois (juin-octobre). Durant cette pé-
riode, la pomme de terre est faiblement produite, sauf sur le mont Bagzane. La période
propice à sa culture s’étend de novembre à mai. La complémentarité temporelle permet
l’occupation continue des producteurs le long de l’année et d’éviter la concurrence avec
102
la région de Tahoua, grand bassin de la production nationale. Les campagnes exception-
nelles permettent aux producteurs d’échapper aux prix très bas liés à la surproduction et
d’éviter les pertes dues à la conservation. En effet, dans l’espoir de vendre plus cher pen-
dant l’hivernage, l’oignon de la campagne de contre saison est conservé. Quelles que
soient les conditions de conservation, des pertes sont enregistrées. Mais, elles sont com-
pensées par l’inflation causée par la rareté de l’oignon sur le marché.
Les périodes de faibles productions de l’oignon et de la pomme de terre sont mises à profit
pour produire d’autres spéculations. Les producteurs interrogés ont indiqué, par ordre
d’importance leurs quatre premières cultures, y compris l’oignon et la pomme de terre.
Les réponses varient en fonction des communes. Elles sont représentées par la carte 10. Il
ressort que le moringa (moringa oleifera) occupe le deuxième rang dans CUA après l’oi-
gnon. C’est une culture qui s’étale le long de l’année avec un cycle très court. En effet, la
cueillette intervient en moyenne toutes les deux se
103
maines.
104
Carte 10 : Principales cultures maraîchères du département de Tchirozérine
105
Outre les avantages agronomiques, pécuniaires et nutritifs, la complémentarité des deux
cultures permet la présence permanente de migrants dans la CUA. Le caractère intensif
du maraîchage induit la convergence des migrants suivant le calendrier des cultures. L’an-
née est subdivisée en trois principales périodes : la période de contre saison froide, la pé-
riode de contre saison sèche et l’hivernage (fig. 8). Chaque saison se spécifie par des ac-
tivités qui attirent ou refoulent les migrants. Le calendrier montre les périodes propices à
l’arrivée et au retour des migrants saisonniers. Ils arrivent ou quittent en fonction des ac-
tivités dominantes dans la CUA et dans leur zone d’origine. Dans l’Aïr, les stades phéno-
ménaux et de cultures qui attirent les migrants sont les semis, les labours et les récoltes.
Les entretiens informels reçus avec certains migrants et le focus groupe animé dans le
comptoir de l’UCIL révèlent les incitations d’arrivée et de retour. Ainsi, les ouvriers agri-
coles et certains revendeurs arrivent au début des campagnes et retournent à la fin. Les
chargeurs arrivent en masse au moment des récoltes. La campagne d’hivernage présente
plus d’engouement. Elle coïncide avec l’abondance de l’oignon dans les comptoirs et la
phase de maturation des cultures pluviales dans les zones de départ. Le milieu de la cam-
pagne d’hivernage (juillet-août) est marqué par une stabilité des mouvements.
Considérés comme auxiliaires par les exploitants locaux, les migrants saisonniers jouent
pourtant un rôle important dans le processus de la production. Leur absence pourrait com-
promettre la productivité maraîchère à Agadez. En effet, ils sont employés à tous les ni-
veaux de l’activité maraîchère. Ils sont présents sur les exploitations, sur les camions, dans
les comptoirs et les marchés. Mais, malgré le fait qu’ils soient nombreux et importants, ils
106
n’ont pas de structures organisationnelles propres. Ils restent sous la tutelle des produc-
teurs qu’ils considèrent comme leurs patrons. Ces derniers les acceptent comme tels et les
considèrent comme de véritables complices indispensables au développement de leurs ac-
tivités. C’est pour cette raison qu’au moins 90 enquêtés sur l’ensemble estiment qu’il peut
survenir une baisse de production si les migrants n’interviendraient pas dans les activités
maraîchères (fig. 9). Mieux, ceux qui pensent qu’il n’y aurait aucun impact négatif (19
enquêtés), justifient avec scepticisme, qu’ils peuvent se débrouiller seuls car ils ont pris le
goût du gain maraîcher. Le restant d’enquêtés prévoit un abandon des parcelles et une
réduction des superficies exploitées qui induiraient celle des rendements pour aboutir à
une baisse de production. Toutefois, Abdoulaye Sambo (2020) remarque que la main
d’œuvre extérieure possède un degré élevé de qualification, notamment dans le labour.
Figure 9 : Perception des acteurs interrogés sur l’avenir du maraîchage en absence des
migrants saisonniers
L’absence des ouvriers agricoles et des revendeurs serait moins sentie que celle des char-
geurs. Ces derniers exécutent une tâche difficile et marginale que les autochtones évitent.
107
Il est rare, voire impossible de rencontrer un ouvrier local qui participe au chargement des
camions. Dans ce secteur, ils sont apprentis et chauffeurs. Il convient de reconnaître que
les chargeurs font partie des éléments constitutifs de la production qui fonctionne comme
un système. L’interaction et l’interdépendance des acteurs sont des conditions préalables
au bon fonctionnement. De ce fait, la présence des migrants dans les maillons des filières
maraîchères est déterminante. Elle participe à l’amélioration de la rentabilité car les mi-
grants constituent une source d’énergie indispensable au circuit. Lorsque dans un système
une chaine se brise ou fonctionne mal, le malaise affecte le dispositif dans son intégralité.
La CUA est le réceptacle des productions agricoles marchandes des vallées de l’Aïr. L’oi-
gnon et la pomme de terre y transitent avant d’atteindre leur destination finale. Ils occa-
sionnent des transactions qui entrainent le déplacement des flux dans l’espace. En effet, à
partir des bassins de productions, des tonnages de ces produits sont acheminés vers la ville
d’où ils sont transportés vers des destinations hors de la région. Il naît des mouvements de
personnes et de produits agricoles vers et à partir de la CUA (carte 11).
Les migrants saisonniers qui sortent principalement des régions de Tahoua, Maradi et Zin-
der, s’installent dans la ville pour exercer des activités en rapport avec le maraîchage.
Certains poursuivent le chemin jusqu’aux jardins de l’Aïr où ils sont employés, en grande
partie, comme ouvriers agricoles. Les communes de Dabaga, Tabelot et Timia sont leurs
principales destinations.
L’oignon et la pomme de terre qui arrivent sont vendus en gros dans les comptoirs et en
détail dans le marché des légumes. Ces produits empruntent deux principaux circuits : le
circuit local qui est court et relie les zones de production à la CUA et le circuit internatio-
nal, très long destiné à l’exportation. Il dérive du circuit court, le circuit intermédiaire qui
ravitaille la ville en légumes. Il est animé par les producteurs (producteurs-revendeurs)
qui proviennent des villages proches de la CUA. Ils se dirigent directement vers le marché
des légumes pour satisfaire le plus souvent les détaillants. Il faut remarquer que ces acteurs
sont en perpétuelle migration pendulaire. Ils arrivent, utilisant divers moyens de transport,
très tôt le matin et repartent dans l’après-midi. Quant aux détaillants, ils sont en grande
108
partie des migrants. Beaucoup parmi eux se sont installés définitivement dans la CUA. En
effet, parvenir à une migration définitive est le vœu de plusieurs chargeurs, revendeurs et
ouvriers agricoles interrogés. Ils estiment que se procurer une résidence, ne serait-ce que
secondaire, dans la ville d’Agadez est le signe de succès de la migration.
109
Le circuit court (carte 12) assure l’arrivée de l’oignon et de la pomme de terre des zones
de production aux comptoirs. En dehors des résidus du tri qui sont vendus sur place, la
partie importante du chargement est destinée à l’exportation. Les migrants interviennent
pour le reconditionnement des sacs avant leur mise en route sur le circuit international. La
carte 12 montre que toutes les productions de l’Aïr convergent vers la CUA. Elle est à cet
égard, zone de convergence des produits maraîchers. Cette période de convergence des
produits est également celle de retour des ouvriers agricoles. En effet, les récoltes impli-
quent la fin de la campagne, donc la fin de leur contrat avec les producteurs.
110
Le circuit international est long. Il met en contact la CUA et les zones de consommation
extérieure (carte 13). L’oignon suit un circuit qui part des comptoirs à certaines parties du
Niger (Zinder, Tahoua et Niamey) puis à l’étranger (Nigéria, Benin, Togo, Ghana, Côte
d’Ivoire). Le trajet de la pomme de terre est moins long. Il se limite à Niamey.
111
Le circuit de la pomme de terre commence parfois à partir de Tamanrasset (Algérie). Selon
le secrétaire général de la FRUCA, les importations les plus importantes interviennent
pendant l’hivernage et la saison sèche chaude. Elles sont de l’ordre de 60 tonnes par se-
maine. Au cours de ces deux périodes, la production de mont Bagzane ne satisfait pas les
besoins de la clientèle locale et nationale.
Le circuit international est réservé à la vente en gros. Il ne crée aucun lien entre les pro-
ducteurs et les consommateurs locaux. Les intermédiaires sont au cœur des transactions
qui se font à ce niveau. Les commerçants se trouvent au niveau des pôles de consomma-
tion. Les TIC ont largement réduit leurs mobilités.
La vente en gros de l’oignon et de la pomme de terre se fait exclusivement dans les comp-
toirs. Elle est interdite hors de ces établissements. Les transactions financières sont basées
sur la confiance. Selon un agent technique de la CRA/AZ, les payements se font suivant
trois principales modalités : payement comptant (le producteur perçoit son argent sur
place), payement partiel (une partie du montant total est versée au producteur au moment
de l’achat) et payement différé (le producteur livre la marchandise et attend le payement
pour un délai pouvant aller jusqu’à deux mois). La diversité des modes de payement dé-
note le climat de confiance qui prévaut entre les producteurs et les intermédiaires d’une
part et entre les intermédiaires et les commerçants d’autre part.
La rupture de l’oignon ou de la pomme de terre agit sur les circuits qui changent de direc-
tion ou s’allongent. Ainsi, lorsque l’oignon est rare dans la CUA parce que n’étant pas
conservé et transformé à grande échelle, il se produit un renversement du circuit. Pour
satisfaire la demande de la clientèle, l’oignon est « importé » de Tahoua, notamment pen-
dant la saison sèche chaude et le début de l’hivernage. Au lieu de quitter Agadez, les
camions y convergent chargés d’oignon. Quant à la rupture de la pomme de terre, elle
engendre un élargissement du circuit le rendant international. En effet, le Niger n’exporte
pas la pomme de terre, il l’importe pour satisfaire les besoins d’une population qui est de
plus en plus consommatrice.
Avant la mise en route, l’oignon et la pomme de terre sont triés puis emballés dans des
sachets transparents. Ces opérations sont effectuées par les migrants saisonniers dans les
112
comptoirs (planche 1, A-B-C). Le tri joue un double rôle. Premièrement, l’opération con-
siste à catégoriser les bulbes et les tubercules selon leur dimension et leur qualité. La partie
soustraite est livrée aux détaillants qui l’étalent dans les comptoirs ou dans les marchés de
la ville. Deuxièmement, il permet d’assumer la responsabilité des pertes liées au pourris-
sement en cours de route. En effet, les commerçants et les transporteurs s’accordent sur
un délai au cours duquel la charge doit atteindre sa destination. Toute perte intervenue au-
delà du délai, incombe au transporteur qui doit payer des réparations. Le changement des
sachets d’emballage vise à se conformer aux normes d’exportation dont l’utilisation des
sacs transparents. Ainsi, les sacs d’oignon arrivent aux comptoirs dans des sacs blancs.
Après le déchargement et le tri, ils sont reconditionnés dans des sacs rouges, puis chargés
en destination des zones de consommation extérieures (planche 1).
Planche 1 : Activités des migrants saisonniers dans le comptoir de l’UCI : A : tri d’oignon, B : tri
de la pomme de terre ; C : reconditionnement d’oignon ; D : à gauche : déchargement des sacs
d’oignon, à droite : chargement des sacs d’oignon
113
En agriculture périurbaine, il est très difficile de distinguer les producteurs des revendeurs
car la majorité des producteurs vend sa production en détail sur le marché. L’approvision-
nement quotidien des villes en légumes est assuré en grande partie par de producteurs-
revendeurs. Les chefs des ménages vendent les récoltes au moment où les autres membres
travaillent sur les exploitations. Ils considèrent le maraîchage comme leur activité princi-
pale et la vente de légumes comme activité secondaire. Mais, cette situation paraît parti-
culière à Agadez. Dans de nombreuses villes d’Afrique, les producteurs urbains livrent
généralement leurs produits aux femmes. Ce sont ces dernières qui revendent sur les mar-
chés aux consommateurs locaux. Dans la CUA, elles sont rares voire absentes les femmes
vendeuses de légumes.
La mobilité maraîchère est perçue comme l’ensemble des mobilités spatiales propices au
développement des filières maraîchères, surtout les filières oignon et pomme de terre de
la région d’Agadez. En effet, le succès de ces filières est indéniable des progrès de la
mobilité. Pour comprendre cette dimension, il suffit d’observer, non seulement les flux
qui s’imbriquent entre le bassin de production (vallées de l’Aïr), le bassin de commercia-
lisation (CUA) et les bassins de consommation (Niger et exportation), mais aussi consi-
dérer les infrastructures et moyens de transports déployés dans le secteur. Les quatre ca-
tégories de mobilité identifiées par Gallez et Kaufmann (2009) et le « déplacement vir-
tuel » de Urry (2005) participent à la rentabilité de la production maraîchère à Agadez.
Les mobilités maraîchères sont rendues faciles grâce à l’amélioration progressive des in-
frastructures et moyens de communication.
La migration, selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) (2007, p. 47-
48), « englobe tous les types de mouvements de population impliquant un changement du lieu de
résidence habituelle, quelles que soient leur cause, leur composition, leur durée, incluant ainsi
notamment les mouvements des travailleurs, des réfugiés, des personnes déplacées ou déraci-
nées ». Toutes les catégories de personnes citées dans cette définition se rencontrent dans
la CUA. Cependant, elles ne participent pas unilatéralement aux activités maraîchères.
Les personnes qui contribuent au maraîchage sont les migrants saisonniers internes. Ils
proviennent majoritairement du sud du Niger, des régions de Zinder et Maradi. Dès leur
114
arrivée dans la CUA, ils se répartissent en trois grands groupes. Le premier groupe est
composé d’ouvriers agricoles qui travaillent dans les jardins. Le deuxième comprend des
employés dans les comptoirs qui exercent diverses tâches comme le chargement des ca-
mions, le tri et la manutention des produits (photo 8). Le troisième groupe est constitué de
revendeurs de divers produits (fertilisant, matériel agricole, semences, produits manufac-
turés, etc.). Ces migrants ne se déplacent pas à la même période. Chaque groupe choisit le
moment favorable aux activités qu’il espère exercer à l’arrivée. Par exemple, les employés
dans les comptoirs (chargeurs, manutentionnaires) sont nombreux au moment des ré-
coltes. Les revendeurs n’ont pas de période fixe d’arrivée, mais ils diversifient leurs mar-
chandises le long de l’année. Ils sont tantôt revendeurs des produits maraîchers, tantôt
d’intrants.
Photo 8: Migrants saisonniers reconditionnant les sacs d’oignon dans le comptoir de l’UCIL
Des mouvements intra régionaux sont également observés au profit des filières oignon et
pomme de terre. Il s’agit de la migration pendulaire et de l’exode vers les sites aurifères.
Chaque matin de bonheur, sur des motos, des véhicules et même des ânes, les produc-
teurs/revendeurs surgissent de leurs villages et hameaux pour occuper les aires de marché
réservées à l’étalage des produits maraîchers. Ils repartent à la fin de la journée. Les sites
115
aurifères de Tchibarkaten (Iférouane) et de des communes rurales de Tabelot, Dabaga et
Timia continuent à drainer les producteurs maraîchers. Ils pratiquent l’extraction artisa-
nale ou d’autres activités comme la vente d’eau, de nourriture et d’essence. Les retombées
de ces activités permettent d’améliorer les moyens de production.
L’installation des comptoirs a précipité l’habitation des espaces environnants. Les tran-
sactions financières induites par les produits maraîchers et la permanence de la présence
ont un crée un engouement dans l’occupation des logements. Ainsi, les travailleurs dont
les domiciles sont éloignés des comptoirs ou du marché des légumes, s’approchent. De ce
fait, ils opèrent la mobilité résidentielle qui correspond au déménagement d’un quartier à
un autre. Certes, le choix résidentiel obéit à de nombreux critères dont le type d’activité,
les conditions économiques et la disponibilité des logements. La mobilité résidentielle
participe à l’essor des filières maraîchères dans le sens qu’elle contribue à améliorer les
conditions de vies des travailleurs dans les comptoirs.
Enfin, les ménagères et les acteurs directs des filières effectuent des déplacements répé-
titifs au quotidien pour relier leurs domiciles aux comptoirs. Ils font la mobilité quoti-
dienne qui est l’ensemble des déplacements au sein d’une aire urbaine. Des moyens sont
utilisés pour faciliter cette forme de mobilité. Ainsi, il est constaté des vas et vient entre
les comptoirs et les différents quartiers de la ville.
Les quatre principales catégories de mobilité spatiale bénéficient aux filières oignon et
pomme terre à Agadez à cause des moyens et infrastructures adéquats à chaque type. La
mobilité virtuelle, induite par les facilités de transferts d’argent et la téléphonie mobile,
116
paraît plus influente au développement du maraîchage. Elle supprime les risques liés à
l’insécurité causée par les coupeurs de route et autres bandits.
Conclusion du chapitre
L’économie de la région d’Agadez est fondée sur la mobilité. L’analyse des faits saillants
de son histoire est un témoignage éloquent. De nos jours, elle reçoit, en même temps, des
flux de migrants et de produits maraîchers qui s’entretiennent mutuellement. En effet, les
filières oignon et pomme de terre alimentent le circuit migratoire interne. En retour, elles
prospèrent grâce à l’intervention des migrants aux différents maillons, notamment celui
de la production. Qui sont les acteurs des filières oignon et pomme de terre à Agadez ? Le
chapitre qui suit propose la réponse.
117
DEUXIÈME PARTIE : LA COMMUNE URBAINE D’AGADEZ, UNE VILLE
SOUMISE AUX INTERACTIONS DE LA MOBILITÉ ET DE L’ÉMERGENCE
DES FILIÈRES OIGNON ET POMME DE TERRE
Cette deuxième partie est constituée de quatre chapitres. Le chapitre 5 présente les carac-
téristiques sociodémographiques des enquêtés et l’organisation des filières oignon et
pomme de terre. Le chapitre 6 détaille les moyens de production maraîchère et de la mo-
bilité dans l’Aïr, de manière générale et dans la CUA en particulier. Le chapitre 7 met en
relief les mutations induites par l’interaction des filières oignon et pomme de terre et la
mobilité dans la CUA. Le chapitre 8 est une description des atouts, des contraintes et des
perspectives de la mobilité urbaine, du maraîchage et de l’urbanisation de la ville d’Aga-
dez.
118
CHAPITRE 5 : ACTEURS DES FILIÈRES, DES ACTEURS MOBILES
La filière d’un produit agricole est constituée de plusieurs acteurs qui sont situés aux dif-
férents maillons par lesquels le produit passe. Chaque acteur joue des rôles dans la chaine.
C’est cela sa fonction qu’il accomplit indéniablement grâce à la mobilité. Ce chapitre pré-
sente les maillons des filières oignon et pomme de terre et le rôle des acteurs. Il est intro-
duit par un aperçu des caractéristiques sociodémographiques de l’échantillon de l’étude.
L’essor que connaît le maraîchage au cours de ces dernières années et les spéculations
foncières liées à la croissance démographique risquent de bouleverser les dispositions cou-
tumières. Aussi, le brassage multiforme que connaît la ville, oblige les Touaregs à aban-
donner certaines traditions. Les femmes, excitées par les idées d’émancipation prônées
par les mouvements féministes, réclament de plus en plus leur part d’héritage foncier.
Selon les renseignements issus de l’observation du terrain, les cas de revendications de
terres par les femmes sont très rares à Agadez. Mais, il est judicieux d’anticiper afin d’évi-
ter des conséquences fâcheuses. Notre société vit actuellement des bouleversements qui
privilégient les intérêts personnels aux dépens de l’esprit du collectif hérité. Il est donc
préférable d’accorder à chacun sa part d’héritage foncier avant que ne surviennent d’éven-
tuelles revendications. D’ores et déjà, les idées d’autonomisation de la femme se propa-
gent et recommandent le travail des femmes pour la prospérité de l’économie.
120
5.1.2 L’âge et le statut matrimonial, deux variables de responsabilité
Dans les sociétés où domine le secteur informel, l’âge est une variable qui exprime l’ex-
périence des travailleurs. La professionnalisation se consolide avec l’âge car l’apprentis-
sage se fait par la pratique. Les producteurs ne bénéficient d’aucune formation avant
l’exercice de leur fonction. Le tableau 5 donne la composition des enquêtés en fonction
de leur âge et de leur région d’origine. Plus de 66% ont un âge compris entre 36 et 60 ans,
ce qui suppose qu’ils sont assez responsables et expérimentés pour fournir des réponses
pertinentes aux questions. Le plus jeune enquêté est âgé de 13 ans et le plus âgé de 57 ans.
Tableau 5 : Répartition des enquêtés selon leur âge et leur région d'origine
Âge
Région Moins de 18 18-25 26-36 36-45 46-55 56-60 Total
ans ans ans ans ans ans
Agadez 0 3 18 25 30 2 78
Tillabéri 0 0 0 1 0 0 1
Maradi 2 0 3 7 6 1 19
Zinder 1 1 4 5 1 0 12
Tahoua 0 0 4 0 1 0 5
Total 3 4 29 38 38 3 115
Source : enquêtes de terrain, juillet-août, 2018
121
Figure 10 : Répartition de enquêtés en fonction du statut matrimonial
Dans l’Aïr, le maraîchage reste encore une activité traditionnelle basée sur une technolo-
gie archaïque. Il continue à employer une main-d’œuvre dont l’expertise est construite sur
le savoir endogène et la durée d’exercice du métier. Les pratiques culturales se fondent
sur l’habitude (héritage) alors que les nouvelles exigences climatiques et les demandes du
marché imposent l’adoption d’innovations. L’âge et la responsabilité ne peuvent être des
critères de succès d’une activité dans le contexte actuel.
Le niveau d’instruction a une influence évidente sur les activités économiques. En effet,
l’absence ou le bas niveau de scolarité induit la prédominance de l’emploi informel carac-
térisé par une précarité notoire. Les conséquences les plus perceptibles sont des rémuné-
rations de subsistance et une faible productivité qui ne garantissent pas une croissance
économique structurelle. Ainsi, l’éducation et la formation jouent un rôle de catalyseur en
matière de développement économique et social. Les Nations unies (2003) énoncent « que
l’éducation, en particulier l’enseignement primaire, est indispensable au progrès social et démo-
graphique, à un développement économique durable et à l’égalité des sexes ». L’éducation, dont
il est question, est l’instruction dispensée par une institution d’enseignement et qui s’ef-
fectue au sein d’une école. Elle est fondée sur un programme d’enseignement dont les
122
acquisitions sont évaluées le long du cycle d’apprentissage. Les succès et les échecs des
apprenants, à l’issu des évaluations, déterminent leur niveau d’instruction. Il s’agit des
capacités, des compétences et des manières d’être qu’ils ont acquises pour favoriser leur
participation à la vie socioéconomique et politique de leur pays. La majorité des enquêtés
dans le cadre de cette étude n’ont pas reçu cette forme d’éducation (tableau 6). La plupart
des instruits dans les institutions scolaires (68%) ont le niveau primaire dont la qualité des
enseignements théoriques reçus reste douteuse. En effet, les tentatives d’entretien en fran-
çais avec ceux qui ont ce niveau n’ont pas été productives. D’ailleurs, le diagnostic général
de la situation du Niger établi dans le cadre de l’élaboration du Plan de développement
économique et social (PDES 2017-2021), fait ressortir que la qualité de l’enseignement
prodigué pour tous les ordres d’enseignements reste faible (Niger-MP, 2017 b).
Le niveau d’instruction est faible dans l’ensemble au Niger. Cela peut constituer un obs-
tacle à l’atteinte du niveau de croissance escompté par les pouvoirs publics. Une analyse
du ministère du plan montre que « le niveau général d’éducation et de formation est incompa-
tible avec un développement économique rapide » (Niger-MP, 2017 a, 19). Le pays a donc
intérêt à revoir sa politique éducative afin d’amorcer un véritable décollage économique.
Le monde n’est plus clos, la mondialisation a dissipé les frontières. Seuls les meilleurs,
les plus compétitifs sont consommés par le marché d’emplois qui est désormais mondial,
convoité par tous sans distinction de nationalité. Le maraîchage a besoin de professionna-
lisation pour son développement. L’époque de naître fils d’agriculteur pour le devenir est
révolue. Il est temps de mettre en place, en fonction des spécificités des régions, des
centres d’apprentissage du métier d’agriculteur.
123
Pour cerner la portée des liens entre la productivité des activités et le niveau d’éducation,
il suffit de se référer à la théorie du capital humain. Défendue par les économistes, elle
considère l’éducation comme un investissement qui permet d’améliorer la productivité et
la croissance économique. Selon Rezine (2015), « la doctrine de cette théorie et qu’un indi-
vidu, lorsqu’il décide de suivre une formation au lieu de prendre un travail, raisonne comme un
investisseur ». Ainsi, l’éducation et la formation priment sur l’emploi car la qualification
de la main-d’œuvre agit directement sur la qualité et la quantité de la production. Cepen-
dant, leur impact ne se limite pas uniquement sur la performance de la croissance écono-
mique. Il recouvre tous les domaines de la vie humaine (Encadré 3).
L’éducation est reconnue pour avoir un impact positif dans les domaines écono-
miques, sociaux, politiques, et démographiques. Au niveau économique, elle permet
aux individus d’améliorer leur productivité et d’augmenter leurs revenus et leurs
chances d’employabilité. Alors qu’au niveau des États, elle permet l’amélioration de
la compétitivité et l’attractivité de l’économie nationale grâce à la disponibilité d’un
stock de capital humain qualifié. Au niveau social, l’éducation permet l’intégration
et l’égalisation sociales entre les individus. Tandis qu’au niveau démographique, les
études et enquêtes ont montré que la généralisation de la scolarité permet une meil-
leure maîtrise du taux de croissance démographique. Enfin, au niveau politique l’édu-
cation permet une meilleure implication des individus dans la gestion des affaires
nationales et locales.
Source : Meteh Latrach H. et Mbrouka Bouhajeb M., 2015, « Contribution de l’édu-
cation à la croissance économique dans les pays de l’OCDE : une analyse par les
panels dynamiques », International Journal of Innovation and Scientific Research,
Vol. 15, n°1 pp. 150-160.
En tenant compte de toutes les considérations, le faible niveau d’instruction des acteurs
du maillon de la production agit négativement sur la qualité et la quantité des rendements
des cultures maraîchères à Agadez. Sans remettre en cause le savoir endogène des pay-
sans, les prestations seraient meilleures si les producteurs ont un niveau satisfaisant d’édu-
cation. L’éveil et l’ouverture d’esprit qu’ils auront, faciliteraient sans doute l’acceptation
de certaines innovations dans les pratiques agricoles. Étant donné que la majorité des ré-
pondants (tous les alphabétisés et ceux qui ont reçu l’enseignement coranique reconnais-
sent n’être en mesure de lire et comprendre la notice d’un intrant agricole) ne sait ni lire,
ni écrire en français, la traduction du questionnaire en langue nationale s’impose. Cela
peut entacher l’originalité des renseignements collectés. La traduction n’est jamais fidèle
124
aux propos initiaux. Cependant, il n’y a pas eu de recours à un interprète pour la conduite
des entretiens. La qualité des données collectées reste garantie.
L’utilisation des machines agricoles est très limitée au Niger de manière générale. L’agri-
culture demeure fondamentalement traditionnelle, utilisant des outils rudimentaires. La
main-d’œuvre humaine reste la principale force de travail. Elle est constituée des actifs du
ménage et des salariés. Les enfants mineurs ne sont pas exclus des travaux. Dans l’Aïr où
domine l’irrigation, ils sont, le plus souvent, chargés du contrôle des canaux de distribu-
tion de l’eau. Lorsque le maraîchage est associé à l’élevage, ils entretiennent les animaux
avec l’herbe envahissante arrachée des planches. Dans le cadre de cette étude, les enfants
qui travaillent et les femmes (leurs travaux dans le foyer sont indispensables pour la bonne
marche du maraîchage) sont considérés comme des actifs. Néanmoins, les filles sont con-
sidérées comme inactives. Sur cette base, le nombre d’actifs des ménages enquêtés est
déterminé (fig. 11). L’analyse de la figure 11 fait ressortir que les ménages ont un effectif
moyen de 2,49 actifs. Un seul ménage compte 8 actifs tandis que jusqu’à 42 ont chacun
deux actifs, sur l’ensemble des 115 enquêtés. Les ménages ayant deux actifs sont formés
du chef du ménage et de son épouse.
Figure 11 : Répartition des enquêtés en fonction du nombre d'actifs dans leur ménage
125
En dehors du petit nombre d’actifs, les ménages enquêtés sont en majorité de petite taille.
Plus de la moitié (61% soit 70 ménages) ont entre 1 et 7 membres (fig. 12). Aucun ménage
n’est constitué d’une vingtaine des personnes. Certes, il existe de différence entre le mé-
nage et la famille, mais il faut reconnaitre que la grande famille (constituée de plusieurs
personnes), signe de prestige et de renommée dans les sociétés traditionnelles nigériennes,
tend à devenir nucléaire. La petite taille des ménages de la région d’Agadez est confirmée
par l’INS (Niger-INS, 2016 a) « 38,6% des ménages sont de 2 à 4 membres, 34,5% de 8
membres et plus, 23,3% de 5 à 7 membres et 3,5% des ménages sont d’une seule personne ».
Les changements qui s’opèrent au sein de nos sociétés rendent les familles de plus en plus
nucléaires. Selon les informations recueillies sur le terrain, le phénomène se renforce grâce
aux différentes interventions humanitaires. Les assistances apportées aux populations ont
accéléré le processus de désagrégation de l’unité familiale en destinant les aides aux mé-
nages. En effet, le ménage est la principale cible de tous les types d’appuis apportés. Ainsi,
pour maximiser les parts, toutes les familles se subdivisent en ménages. La concession qui
contenait auparavant une famille bien structurée, est désormais occupée par plusieurs mé-
nages indépendants, chacun étiqueté par un livret de famille. Il s’ensuit la déliquescence
126
de l’unité centrale de l’organisation sociale qu’est la famille à cause du comportement
mesquin de certains membres. La prétention d’atténuer les difficultés économiques pro-
duit des effets inattendus car le ménage tel que perçu par les bénéficiaires, est synonyme
de l’individualisme. De ce point de vue, il est anachronique de parler de carnet ou de livret
de famille. Ce document introduit par l’administration coloniale pour prélever les impôts,
a désormais changé de nom et de fonction. Il est devenu livret de ménage visant la per-
ception des aides, dans une moindre mesure l’élection des autorités coutumières. Il sert
dorénavant au décompte des bénéficiaires (ménages) et non à la détermination des impo-
sables. Un des enquêtés, fier du développement des cultures marchandes et de divers sou-
tiens apportés aux producteurs, déplore néanmoins le recul de la solidarité dans les vil-
lages. Il dit qu’auparavant les familles faibles ou affectées par un malheur étaient soute-
nues à travers des travaux collectifs. Les générations actuelles ne connaissent pas ces
scènes de travaux enthousiasmés de plaisanteries entre les frères et les cousins. Les appuis
apportés par les partenaires au développement ont rendu certains producteurs malhonnêtes
enclins à être assistés éternellement. N’est-ce- pas pour recevoir les aides qu’ils sont
membres de plusieurs coopératives à la fois ? Ainsi, l’efficacité de l’aide au développe-
ment est contestable. Pérouse de Monclos (2008) met en évidence cette contestation à
partir des travaux de certains économistes. Il écrit :
« Des économistes montrent par exemple que, dans 97 pays bénéficiaires étudiés sur
une période de vingt ans, l’aide n’a pas eu d’incidence sur la diminution de la pau-
vreté, les taux de mortalité, la scolarisation ou l’augmentation de l’espérance de vie.
Alors que certains, comme la Chine, ont réussi à s’engager sur la voie de la crois-
sance économique sans bénéficier d’une assistance extérieure, d’autres ont sombré
malgré un soutien conséquent de la communauté internationale ».
De façon plus pragmatique, Moyo (2009) constate que les milliards déversés en Afrique
au cours des cinquante dernières années n’ont pas permis d’améliorer le sort et la vie des
Africains. L’auteure estime que « l’aide a rendu plus pauvre les pauvres et a ralenti la crois-
sance ». Par paradoxe, ce sont les stratégies de débrouillardise habituelles (les migrations,
le salariat agricole, les activités locales génératrices de revenus, la vente des biens, etc.)
qui constituent le meilleur rempart (Olivier de Sardan, 2011). Bref, l’assistance que les
pays riches prétendent apporter aux pays pauvres, est contestée. Elle ne conduit à aucun
progrès. Dans cette logique, s’appuyant sur un diagnostic exhaustif du Sahel fait par
127
Jacques Giri7, Thomas Sankara (Président du Burkina Faso 1983-1987) déclare devant la
trente-neuvième session l’assemblée générale de l’ONU en octobre 1984 : « certes nous
encourageons l’aide qui nous aide à nous passer de l’aide. Mais en général, la politique d’assis-
tance et d’aide n’a abouti qu’à nous désorganiser, à nous asservir, à nous déresponsabiliser dans
notre espace économique, politique et culturel8 ».
7
Jacques G., 1983, Le Sahel demain : catastrophe ou renaissance ? Karthala, Paris,336 p.
8
Extrait du discours de Sankara devant l’assemblée générale de l’ONU le 4 octobre 1984.
128
Figure 13 : Situation de l'émigration dans les ménages enquêtés
L’analyse des informations sur la migration montre que les ménages des producteurs
comptent moins de migrants. Cela est certainement dû aux difficultés d’entrée en Libye
et au développement du maraîchage qui maintient les jeunes dans leur localité. Les
quelques cas d’exode évoqués sont de courtes durées et sont dirigés vers les sites aurifères.
Les filières oignon et pomme de terre de la région d’Agadez comportent quatre maillons.
Chaque maillon est formé d’acteurs qui ne sont en perpétuelle mobilité. Ces acteurs en-
tretiennent des relations entre eux qui permettent le développement des filières oignon et
pomme de terre.
Les acteurs sont communs à toutes les filières agricoles de la région d’Agadez. Ce sont :
les acteurs directs, les acteurs institutionnels, les supporters des filières et les facilitateurs
et intervenants externes (fig. 14). Tous ces acteurs sont en interaction.
129
Figure 14 : Acteurs des filières oignon et pomme de terre à Agadez
Les acteurs des filières oignon et pomme de terre œuvrent pour la même cause qui est la
lutte contre la pauvreté à travers le développement du maraîchage. Pour atteindre cet ob-
jectif commun, ils se renforcent mutuellement. La coordination des actions s’impose entre
et au sein de différents maillons. Les acteurs ont saisi cette nécessité au point qu’il est très
difficile de déterminer le type de relations qui les unit. Par exemple, au sein du maillon de
la production, la démarcation est floue entre les acteurs. Ils répondent à tous les titres. Les
intermédiaires sont en même temps des commerçants, des producteurs et parfois des trans-
porteurs. S’il prévaut de véritables concertations entre les maillons, les performances du
maraîchage seraient meilleures. Mais, l’unité fait défaut car ils poursuivent des intérêts
différents. Les uns sont employés et d’autres employeurs d’où leurs logiques sont diver-
gentes. Néanmoins, ils ont le même objectif, sortir du cercle vicieux de la pauvreté.
Les acteurs directs occupent le maillon fondamental des filières agricoles. Ils sont en con-
tact direct avec les produits (oignon et pomme de terre) ce qui leur confère cette qualifi-
cation. Ce sont : les producteurs, les commerçants, les transformatrices et les consomma-
teurs. Les acteurs situés en amont de la production et en aval de la consommation ne sont
130
pas pris en compte, même s’ils ont des contacts directs avec l’oignon et la pomme de terre.
La réussite des activités de tous les acteurs est indéniable de la mobilité.
Les producteurs de la région d’Agadez sont connus pour leur avancée en matière d’orga-
nisation coopérative. Tout producteur est au moins membre d’une coopérative maraîchère
de son terroir à travers laquelle il s’équipe, se ravitaille en intrants et écoule sa production.
Pour assurer le bon fonctionnement de l’organisation, ils ont mis en place des structures
hiérarchiques qui décident de tout ce qui touche au maraîchage. Les coopératives implan-
tées au niveau du terroir constituent la base de l’organigramme qui est coiffé par la fédé-
ration régionale. Cependant, pour des questions de leadership, il n’existe pas de structure
unique qui regroupe l’ensemble des producteurs de la région. La liberté d’association re-
connue par la constitution nigérienne, a favorisé la multiplication des partis politiques, des
syndicats et même des structures du développement rural. Les organisations paysannes
131
sont nombreuses et œuvrent pour la même cause, parfois dans des logiques contradic-
toires. Si elles unissaient leur force, le paysan bénéficierait mieux. À Agadez, la FRUCA
est la structure la plus grande qui comprend des organisations paysannes de tous les dé-
partements de la région. Elle est organisée en deux principaux échelons hiérarchiques
(coopératives et unions de coopératives), du terroir au niveau régional. Ainsi, la FRUCA
est constituée d’unions de coopératives qui sont formées par des coopératives ayant des
membres (fig. 15). Par exemple UDP de la commune rurale de Dirkou, département de
Bilma, est formée de 7 coopératives qui totalisent 224 membres.
L’adhésion d’un producteur ou d’une coopérative aux différentes structures n’est pas obli-
gatoire. Par exemple, l’Union des coopératives maraîchères de Tabelot (UCMT), l’une
des plus actives de la région, n’est pas membre de la fédération régionale. Cependant, il
n’existe pas de producteur isolé c’est-à-dire qui n’est pas membre d’une coopérative.
132
Figure 15 : Organisation des coopératives maraîchères membres de la FRUCA
133
La FRUCA reste ouverte. Sa composition varie en fonction de la création de nouvelles
coopératives et de leur adhésion. Par exemple, d’août 2017 à août 2018, son effectif a
évolué de 417 coopératives à 425. Cependant, l’effectif des personnes adhérentes (10833
en 2017 et 13537 en 2018) est à considérer avec beaucoup de réserves car certains pro-
ducteurs appartiennent à plusieurs coopératives en même temps. Elles sont comptabilisées
par la FRUCA sans être considérées comme des doublons.
Les unions de coopératives installent des comptoirs dans la CUA en fonction de leur dy-
namisme. Les producteurs maraîchers de la région d’Agadez sont concentrés dans le dé-
partement de Tchirozérine (carte 14). L’effectif de la FRUCA est composé de plus de 80%
de ressortissants de ce département. Dans leur ensemble, ils préfèrent vendre leurs pro-
duits dans les comptoirs de la CUA. La décongestion prévue en installant un centre de
collecte à Tchirozérine en 2013 et en construisant des hangars de produits maraîchers sur
l’aire des marchés ruraux (Dabaga et Tabelot), traine à se réaliser. Les agents techniques
de la Chambre régionale de l’agriculture de la région d’Agadez (CRA/AZ) estiment que
la réticence est due à l’absence de véritable partenariat financier et de confiance entre les
producteurs, les intermédiaires et les commerçants. Aussi, convient-il d’ajouter qu’après
la vente, la CUA offre plus d’opportunités de satisfaction des besoins des producteurs
(aliments, cosmétiques, équipements domestiques, etc.) que la ville de Tchirozérine ou les
marchés ruraux. Ces avantages et le transport gratuit (le producteur qui charge un camion
ne paye pas ses propres frais de transport) dont ils bénéficient, les encouragent à préférer
l’écoulement de leur production dans les comptoirs de la CUA.
134
Carte 14 : Répartition spatiale des membres de la FRUCA
135
Le maillon de la production renferme également les intermédiaires de vente, les ouvriers
agricoles, les dockers (chargeurs) et les revendeurs. Les réparateurs des motopompes et
les revendeurs des pièces détachées et du carburant, bien que n’étant pas exclusivement
au service du maraîchage, sont des membres de ce sous-maillon des filières maraîchères.
La liste n’est pas exhaustive car toute innovation dans le secteur fait intégrer de nouveaux
acteurs. Par exemple, l’introduction du gaz domestique comme source d’énergie faisant
fonctionner les motopompes, a prolongé la liste.
De nombreuses études, menées à des endroits différents, ont montré l’emploi de migrants
par l’agriculture périurbaine. À Niamey (Niger) Luxereau (2015) indique que ce sont des
migrants Burkinabés, Béninois et des ruraux Nigériens (exode rural) qui sont employés
dans les jardins le long de la vallée du fleuve du Niger. Selon Charmillot (2017), en 2016
environ 15% des actifs employés dans l’agriculture suisse seraient étrangers. Le Gall
(2010) constate que les Boliviens sont les principaux acteurs qui assurent l’approvision-
nement de Buenos Aires (Argentine) en légumes. La mobilité est donc un support précieux
pour le développement de l’agriculture, qu’elle soit pratiquée en milieu urbain ou rural.
En marge de l’assurance de la main-d’œuvre dans les milieux urbains, Mounkaila (2002)
a montré que les retombées de la migration profitent aux zones rurales de départ. Elles
servent prioritairement à l’achat des vivres et à l’amélioration de l’équipement agricole et,
dans les meilleurs cas, aux investissements.
5.2.2.2 Les commerçants, acheter dans les comptoirs de la CUA pour vendre ailleurs
136
est lié à la mobilité car il faut régulièrement relier les trois principaux pôles : la zone de
production, le centre de commercialisation et les zones de consommation. La distance
parcourue est plus ou moins longue en fonction des pôles reliés. La rupture de l’oignon
ou de la pomme de terre joue sur les distances et fait changer la direction ou allonger le
circuit. Quoi qu’il en soit, achetés dans les comptoirs d’Agadez, l’oignon et la pomme de
terre sont vendus ailleurs après le parcours d’une longue distance.
En agriculture périurbaine, il est très difficile de distinguer les producteurs des revendeurs.
L’approvisionnement quotidien des villes en légumes est assuré en grande partie par de
producteurs-revendeurs. Les chefs des ménages vendent les récoltes au moment où les
autres membres travaillent sur les exploitations. Ils considèrent le maraîchage comme leur
activité principale et la vente de légumes comme activité secondaire. Mais, cette situation
paraît particulière à Agadez. Dans de nombreuses villes d’Afrique, les producteurs urbains
livrent généralement leurs produits aux femmes. Ce sont ces dernières qui revendent sur
les marchés aux consommateurs locaux. Dans la CUA, les femmes vendeuses de légumes
sont rares. Au moment de l’enquête, un essai de dénombrement nous a permis de consta-
ter, sur les trois grands marchés de la ville (marché Tôle, marché des céréales et marché
des légumes), la présence de trois vielles dames vendeuses de quelques bulbes d’oignon.
L’activité est mieux pratiquée par les transformatrices dans des kiosques.
La transformation des produits agricoles vise leur conservation. Cette pratique est très
modeste au Niger car l’industrie reste toujours embryonnaire. En dehors de quelques in-
dustries légères agroalimentaires, notamment les laiteries implantées dans la capitale, le
pays ne dispose d’aucune unité industrielle de transformation adéquate et à grande échelle
des produits agricoles. Les récoltes sont assez insuffisantes qu’elles n’occasionnent au-
cune transformation industrielle. La tâche est reléguée aux femmes dans le but de satisfaire
les besoins alimentaires quotidiens des ménages. Toutefois, l’oignon peut faire l’objet de
transformation industrielle car les quantités produites sont importantes.
Dans la CUA, l’oignon et la pomme de terre, à l’état frais, sont permanents sur le marché.
Ainsi, leur transformation est très peu développée. Un seul groupement féminin, localisé
dans le quartier Tchidnasse, exerce cette activité dans le but de générer des revenus aux
137
femmes membres. La majorité des produits agricoles du Niger, y compris ceux qui ne sont
pas cultivés dans l’Aïr, est transformée par les femmes de ce groupement. Après la trans-
formation, elles procèdent à l’emballage dans des sachets plastiques puis la vente. Les
produits sont exposés dans un kiosque construit dans le domaine servant de siège au grou-
pement (photo 9).
Les produits transformés sont peu appréciés de la population locale qui les taxe de cherté
et de moindre qualité. Ainsi, le groupement ne vise pas prioritairement des avantages pé-
cuniaires, mais l’initiation des femmes aux multiples possibilités de transformation des
produits agricoles locaux. Cela permet la variation du régime alimentaire des ménages et
offre aux femmes bénéficiaires de la formation l’occasion de créer leurs propres entre-
prises. Les dirigeantes soutiennent que leur principal objectif est de parvenir à l’autono-
misation des femmes en leur apprenant un métier au profit du bien-être de la famille. Elles
participent aussi à atténuer les effets négatifs de la baisse des prix et à réduire les pertes
dues au pourrissement. Pendant la période des récoltes, les légumes, qui pourrissent très
facilement, abondent sur le marché. La transformation permet leur conservation en leur
138
ajoutant de la valeur. Ainsi, pour atténuer les effets indésirables, le groupement Tchid-
nasse constitue le stock nécessaire à la transformation annuelle. Les produits en début de
pourrissement sont collectés et revalorisés ce qui évite de les jeter aux dépotoirs. Le grou-
pement se ravitaille en grande partie au comptoir de l’Union des coopératives maraîchères
de l’Aïr (UCMA) avec qui, il entretient des rapports de partenariat. La technique utilisée
pour la transformation est semi-industrielle et bénéficie de l’appui des Organisations non
gouvernementales (ONG) et des projets (photo 10).
Le groupement réalise ses gains les plus significatifs lors de sa participation aux foires et
expositions nationales et internationales. Cependant, le groupement Tchidnasse n’a pas
encore d’antennes hors du territoire de la région d’Agadez.
Au moment où les produits maraîchers conservés sont peu appréciés à Agadez, ils sont
prisés dans certaines régions du Niger. Par exemple, depuis de longue date, l’oignon pro-
duit le long de la vallée du fleuve Niger, dans la région de Tillabéri, est partiellement
vendu à Niamey sous forme condimentaire (gabou9) par des exploitantes commerçantes
(Bastin, 2009). Le PRODEX (2013) relaye la même information en estimant que 50 à 90%
de la production d’oignon de la même région est transformée en gabou. L’oignon séché
est un assaisonnement apprécié par les ménages de condition de vie moyenne. En défini-
tive, la transformation des produits agricoles reste élémentaire au Niger. Cependant, force
9
Expression locale qui désigne oignon séché ou grillé pour servir de condiment.
139
est de constater que la conservation est développée de façon artisanale. Elle est faite dans
tous les ménages agricoles. Les paysans conservent les céréales dans des greniers. L’oi-
gnon est, de longue date, conservé sous des hangars dans la région de Tahoua avant l’in-
troduction des techniques innovantes. La pomme de terre exige un dispositif plus tech-
nique, parfois dépassant les capacités des producteurs. C’est une culture nouvelle qui n’est
pas prise en compte par les techniques endogènes. De ce fait, l’appui de l’État et de ses
partenaires est nécessaire aux producteurs pour la conservation de cette culture.
Les consommateurs sont passifs et se contentent de ce que leur offre le marché. Par
exemple en fixant le prix de l’oignon, aucun consommateur n’est associé. En effet, chaque
matin à 10 heures locales, le prix est révisé en fonction de son évolution sur le marché à
Abidjan et à Accra. En dehors des associations de la société civile qui font parfois des
revendications collectives, aucun consommateur ne se plaint de ce que lui destine le mar-
ché. Ils se contentent des étalages sur les marchés ou dans les comptoirs (photo 11). En
matière de production d’oignon et de pomme de terre à Agadez, le point de vue du con-
sommateur n’a aucune influence. La clientèle potentielle est localisée hors de la région.
140
Photo 11 : Revendeur en attente des clients dans le comptoir de l'UCMA
Les acteurs institutionnels sont les structures de l’administration publique qui intervien-
nent le plus souvent pour renforcer les capacités des producteurs. Ils leur apportent des
appuis conseil et garantissent leur encadrement et formation. Très rarement, ils s’intéres-
sent aux autres maillons des filières. Pour conduire cette mission, plusieurs services éta-
tiques conjuguent leurs efforts. Il s’agit entre autres du district agricole (commune), des
directions départementale et régionale du développement rural, du génie rural, de la
Chambre Régionale d’Agriculture (CRA), etc. Cette dernière structure, établissement pu-
blic à caractère professionnel, est très proche des filières. Selon un de ses techniciens, la
professionnalisation de l’agriculture est l’un de leur crédo. Il affirme que « l’heure de naître
agriculteur est révolue, l’agriculture est un métier comme les autres et doit se professionnaliser ».
Ils sont appuyés par les intervenants et les facilitateurs externes. C’est ainsi qu’avec le
141
Projet Pôles Ruraux (PPR), la CRA envisage de mettre en place des centres de formation
professionnelle des jeunes agriculteurs au niveau des principaux bassins de production
maraîchère. Pour atteindre la cible, la mobilité professionnelle est indispensable. Les
agents techniques doivent se déplacer pour rencontrer les bénéficiaires des appuis.
Les principaux supporters des filières maraîchères à Agadez sont les transporteurs et les
fournisseurs d’intrants et de crédits.
Les transporteurs sont chargés de l’acheminement des produits maraîchers des sites de
production vers les comptoirs puis des comptoirs vers l’intérieur ou l’extérieur du Niger.
Ainsi, deux axes se dessinent dont les acteurs et les moyens de transport sont différents.
Le premier axe qui relie les zones de production (Aïr) aux comptoirs (CUA,) est très con-
traignant car il traverse des terrains accidentés. Pour cela, il est indispensable de disposer
d’une logistique performante (véhicules solides) et d’un personnel compétent (chauffeurs,
apprentis, chargeurs). Les Land Rover (photo 12 B) et les camions 10 tonnes, surnommés
localement « Marocains » ou dix roues (photo 12 A) sont utilisés. Une équipe composée
d’un chauffeur et parfois d’un convoyeur (ressortissants du terroir), de deux apprentis et
trois chargeurs (migrants saisonniers) accompagne chaque camion.
Photo 12 : Véhicules de transport des produits maraîchers des zones de production à la CUA :
camion Marocain (A) et Land Rover (B).
Sources : A crédit photo : Sanoussi Alkassoum dit Kasso, 2020 ; B : CRA/AZ, 2018
142
Il est constaté que les migrants dominent en nombre dans toutes les équipes ce qui té-
moigne davantage de la place qu’occupe la mobilité dans le développement des filières
maraîchères. Pendant la période d’intenses activités (campagne d’hivernage), un camion
en bon état effectue en moyenne 3 voyages par semaine sur le tronçon le plus difficile
(Tabelot-Agadez). L’équipe est le plus souvent payée à la tâche. Le chauffeur, le con-
voyeur et les apprentis sont payés par le propriétaire du véhicule et les chargeurs par les
producteurs. Cependant, ces acteurs ne sont pas organisés comme les producteurs. Ils
n’ont aucune structure officielle de défense de leurs intérêts. Les tentatives du PRODEX
pour former un collège des transporteurs ont échoué.
Le second axe qui relie les comptoirs aux autres parties du Niger, est moins contraignant,
mais plus long car il déborde parfois les frontières nationales. L’oignon du Niger est vendu
dans certains pays de l’Afrique de l’ouest. Par contre, la pomme de terre achève son par-
cours à Niamey. Les camions de Transport de lourdes marchandises (TLM) (photo 13)
sont utilisés sur ce tronçon. Mais, ils ne sont pas exclusivement dédiés au transport des
produits maraîchers. Les transporteurs et les commerçants sont liés par un contrat sur la
responsabilité des pertes en cours de route. Ainsi, ils s’accordent sur un délai de route. Les
commerçants assument les pertes intervenues dans le délai tandis que celles qui survien-
nent hors du délai incombent aux transporteurs. Les acteurs au niveau de ce maillon sont
organisés, mais ils se répartissent dans différentes structures syndicales.
Photo 13 : Véhicule de transport des produits maraîchers exportés à partir des comptoirs
143
Aux deux principaux axes, il faut ajouter un troisième qui part d’Algérie. En effet, en cas
de rupture de la pomme de terre, la disponibilité est renouvelée à partir de certaines villes
algériennes comme Tamanrasset. Le trajet, à travers le Sahara, nécessite la connaissance
du terrain, la performance de la logistique et le dynamisme des membres de l’équipe.
5.2.4.2 Les fournisseurs d’intrants et de crédits fournir des produits fabriqués ailleurs
L’engrais est le principal intrant qui permet de réaliser une production agricole suffisante.
Afin d’améliorer son utilisation, le gouvernement du Niger a élaboré un Plan de réforme
du secteur des engrais. Cadré par des dispositions législatives, le plan vise à « mettre en
place un système efficace et durable, capable d’améliorer la disponibilité d’engrais de qualité et
leur accessibilité aux producteurs dans toutes les régions du Niger » (République du Niger,
2018, p. 5). L’espoir est fondé pour que cette initiative permette aux structures étatiques
du secteur et aux importateurs qui sont les deux principaux fournisseurs de satisfaire les
besoins des producteurs.
Au Niger, l’accès du secteur rural aux services financiers est très peu développé. Les ac-
tivités du secteur primaire sont considérées à haut risque aux yeux des institutions ban-
caires et les paysans estiment que les taux d’intérêts sont exorbitants ou illicites. Ainsi, les
producteurs ont un accès limité aux produits bancaires. Dans l’espace de l’Union écono-
144
mique et monétaire d’Afrique de l’ouest (UEMOA), le Niger est le pays le moins banca-
risé avec seulement 6,5% des personnes âgées de plus de 15 ans ayant un compte dans un
établissement de crédit, en 2017 (BCEAO, 2018). Cette situation résulte du très bas niveau
de développement socio-économique de la population et des modes traditionnels de ges-
tion fondés sur la thésaurisation. Pour améliorer la bancarisation, un vaste programme
ambitieux visant la transformation radicale du secteur rural nigérien, est mis en place. Il
s’agit de la création de la Banque agricole du Niger (BAGRI). Elle appuie l’Initiative les
Nigériens nourrissent les Nigériens (I3N). Mais, force est de constater qu’elle est en dis-
cordance avec les visions des acteurs du monde rural, nonobstant qu’elle manque les
moyens de bien conduire sa politique. En effet, au cours de l’année 2019, la RECA cons-
tate que la BAGRI n’a accordé de crédit à aucun distributeur d’engrais agrée par la
CAIMA (RECA, 2019). Actuellement, la situation est plus délicate avec l’importante im-
plication des promoteurs privés. L’exemple de paysans ayant bénéficié d’un crédit agri-
cole est encore plus rare. Sous un environnement financier pareil, marqué par la précarité
et le traditionalisme, parler de crédits agricoles serait une perte de temps. Néanmoins, les
organisations paysannes persistent dans la sensibilisation et convainquent progressive-
ment les producteurs. Par le biais des institutions de la microfinance qui assurent des ser-
vices financiers de proximité, l’accès aux crédits est amélioré.
Les bailleurs de fonds, les organismes humanitaires notamment ceux des Nations unies et
les Organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales sont les ac-
teurs au niveau de ce maillon. Il est très présomptueux de prétendre dresser un catalogue
pour les répertorier. Ils sont nombreux et passagers en fonction de leurs agendas. Néan-
moins, leurs traces sont souvent indélébiles. Le paysage en garde certaines (photo 14) et
les producteurs continuent d’appliquer les leçons reçues. Ces partenaires sont porteurs
d’innovations agricoles et fournisseurs d’appuis financiers et techniques. Ils offrent éga-
lement des outils aratoires, facilitent l’accès aux crédits et participent activement à l’orga-
nisation des acteurs.
145
Photo 14 : Enseignes de projets ayant contribué au développement du maraîchage à Agadez
Crédit photo : Sanoussi Alkassoum dit Kasso, 2020
Agissant dans tous les aspects du maraîchage, les intervenants et facilitateurs externes ont
posé des actes palpables et visibles à Agadez. Sans tenir compte de l’initiateur et de la
provenance des financements, on peut retenir quelques-uns cités par les acteurs enquêtés :
✓ la réhabilitation des pistes rurales pour permettre aux maraîchers d’acheminer fa-
cilement leurs produits au niveau des comptoirs ;
✓ la réalisation d’infrastructure favorisant la recharge de la nappe (photo 15) ;
✓ l’appui aux producteurs en matériels aratoires et semences améliorées ;
✓ la construction de puits et forages piézométriques ;
✓ la construction et la réhabilitation d’infrastructures de commercialisation ;
✓ les conseils agricoles (choix de semences, techniques culturales, gestion des en-
grais, lutte phytosanitaire, gestion de l’eau à la parcelle et gestion économique des
exploitations et des revenus).
146
Photo 15 : Seuil d’épandage réalisé par le Projet de cogestion des ressources naturelles de l’Aïr
et du Ténéré (COGERAT) dans la commune rurale de Timia
Sans la mobilité, les œuvres citées ci-haut n’auraient jamais été réalisées. Qu’il s’agisse
de dispenser une formation ou d’octroyer un matériel, le déplacement est inévitable. Et la
rencontre des bénéficiaires est une mission ordinaire qui présente des exigences adminis-
tratives. Les missionnaires parleront de frais de déplacement, de feuille de route, bref des
expressions qui font appel à la mobilité. À l’occasion d’un entretien collectif à Alerces,
les producteurs affirment que les visites des agents des services techniques de l’État, des
ONG et des projets sont d’apports positifs pour le développement de leurs activités. Le
développement rural, de manière générale, est lié à l’adoption d’innovations pour faire
face aux nouvelles exigences environnementales et démographiques. Les enquêtés témoi-
gnent que 28% des innovations proviennent des acteurs institutionnels et des facilitateurs
externes. La mobilité professionnelle garantit la rentabilité de la culture d’oignon et de la
pomme de terre dans la région Agadez.
Conclusion du chapitre
Les acteurs des filières maraîchères sont communs à toutes les cultures dans la région
d’Agadez. Les producteurs, qui occupent le maillon fondamental, sont les seuls réunis
147
dans une structure organisationnelle régie par le cadre légal. Par le biais de leurs coopéra-
tives, ils bénéficient des soutiens de différents partenaires et écoulent leurs produits en
réalisant des chiffres d’affaires compétitifs. Néanmoins, ils ne sont pas spécifiques à une
seule culture ce qui est une entrave à la professionnalisation pour aboutir à une production
industrielle. Il est temps de penser à l’agro-business pour permettre aux acteurs des filières
maraîchères de la région d’Agadez de bénéficier au maximum de la mondialisation. Les
progrès technologiques ont rendu les frontières virtuelles en encourageant la concurrence.
Les produits les plus compétitifs intègrent facilement le marché.
148
CHAPITRE 6 : MOYENS DE PRODUCTION ET DE MOBILITÉ : QUELLE
COMPLÉMENTARITÉ ?
L’agriculture repose essentiellement sur les systèmes de production qui sont perçus
comme « un ensemble structuré de moyens de production (travail, terre, capital) combinés entre
eux pour assurer une production végétale et /ou animale en vue de satisfaire les objectifs et les
besoins de l’exploitant » (Jouve, 1992). Ainsi, les moyens de production regroupent non
seulement les éléments physiques indispensables à l’exploitant, mais aussi ce qui ressort
de ses capacités. Pour atteindre le marché, le producteur a besoin d’infrastructures et de
moyens de transport qui sont les supports de la mobilité. Ce passage rend compte de l’in-
fluence mutuelle des moyens de production maraîchère et de la mobilité.
Il ne suffit pas que les conditions physiques soient favorables pour présenter des récoltes
compétitives sur le marché. La qualité de la main- d’œuvre et la disponibilité des moyens
techniques et financiers sont nécessaires. La terre est un autre élément indispensable.
La terre est l’élément fondamental qui permet de qualifier les agriculteurs de producteurs
agricoles. Dans la CUA, « le potentiel exploitable est évalué à 1160,3 ha. Les superficies ex-
ploitées sont estimées à 90,89 ha en 2017 pour le maraichage, 4 ha pour les arbres fruitiers et 90
ha pour autres utilisation » (Niger-CUA, 2018, p. 8). Ce potentiel était estimé à seulement
382 hectares en 2012 (Niger-CUA, 2012). Cette forte différence permet de constater l’uti-
lisation excessive des ressources foncières par les populations. La vallée du Teloua est
l’unique endroit propice à l’irrigation. Les jardins maraîchers sont localisés du nord au
nord-est de la ville (carte 15). L’accès à la terre est largement régi par le droit coutumier.
Dans cette perspective, la propriété foncière se transmet par héritage. Néanmoins, la pré-
sence de visiteurs dans les terroirs va favoriser le don et le prêt à l’époque où la terre
possède le statut d’un bien non marchand. L’accroissement de la population et sa suite
logique d’expansion territoriale donnent une nouvelle configuration à la tenure foncière.
149
Carte 15 : Localisation des jardins autour de la zone agglomérée de la CUA
150
Désormais, l’acquisition de la terre se fait selon des modalités inhabituelles (fig. 16). Mais,
pour le moment l’héritage reste le mode d’accès dominant. Il concerne 39% des enquêtés
soient 55 personnes. Il est suivi de l’achat (28% des enquêtés), modalité qui n’existait pas
auparavant. Les témoignages recueillis, à partir d’une question à réponses multiples, mon-
trent que les producteurs peuvent acquérir la terre suivant plusieurs modalités. Par
exemple, dans la CUA, les 32 producteurs interviewés ont fourni 70 réponses. L’augmen-
tation des besoins en terres agricoles a conduit à l’apparition du métayage. Cette nouvelle
modalité d’accès à la terre est localement appelée Tarayya10. Elle intervient en réaction
au gage taxé d’illicite et de contraire à l’esprit d’entraide. Au niveau du terroir, le gage
signifie céder une parcelle contre un bien en nature ou en espèce à un requérant, sans
limiter un délai d’exploitation. Le contrat est rompu lorsque le propriétaire foncier rem-
bourse le bien qu’il avait reçu. Pour les oulémas, c’est une assistance imparfaite. Ils pro-
posent en lieu et place du gage, soit la location, soit Tarayya.
10
Expression en langue Hausa qui signifie littéralement association. Cette pratique désigne le mé-
tayage.
151
L’héritage, principal mode d’accès à la terre est en déclin. Dans aucune commune parmi
les trois, la fréquence de cette modalité n’atteint 50%. L’exemple de la commune rurale
de Tabelot est illustratif (tableau 7). En effet, une étude menée par Sidi (2006) montre que
17 (68%) exploitants enquêtés sur 25 avaient hérité des parcelles. La présente étude fournit
une proportion de 40%, sur un effectif sensiblement plus important (28 exploitants). Dans
cette commune, l’achat de la terre, Tarayya et l’expansion sur des terres auparavant non
exploitées prennent de l’ampleur. La forte croissance démographique, liée à la migration
et à l’accroissement naturel, demeure la principale cause de cette nouvelle situation. Aussi,
faut-il tenir compte de l’amélioration des revenus des paysans (revenus maraîchers et au-
rifères) dans le renforcement des spéculations foncières.
Les mutations foncières ne sont pas propres à la région d’Agadez. Elles sont communes à
tous les pays en développement où le taux de croissance démographique est supérieur à
celui de la croissance économique (Klassou (2002) au Togo ; Amanor (2005) au Ghana ;
Soro et Colin (2008) en Côte d’Ivoire ; Hamamouche, Kuper et Lejars (2015) en Algérie ;
Bonnassieux et Lamarana Diallo (2009) en Guinée). Cambrézy et Magnon (2012) appren-
nent qu’en Afrique « au niveau collectif de l’ethnie, du lignage, du village, comme de la famille,
l’accroissement de la population aboutit à une réduction des superficies cultivables ». Ces au-
teurs estiment que la parcellisation devenue excessive pose la question de transmission
des exploitations aux descendants. En termes clairs, ils mettent en exergue les multiples
problématiques qui sont liées à l’héritage foncier. Dans le centre du Niger, le problème se
pose avec plus d’acuité. Yamba (2004, p. 106) découvre qu’« on arrive à des situations où
certains exploitent des superficies insignifiantes (moins d’un hectare). C’est un phénomène tout à
fait nouveau et qui semble indiquer que la solution à la crise passe par l’éviction d’une partie de
la population ». Il montre que certaines catégories de personnes sont exclues du droit sur
le foncier (femmes et enfants) au profit d’autres (les nantis) qui aménagent l’environne-
152
ment à leur profit. Les conséquences induites sont l’intensification de l’exode rural, l’exa-
cerbation des conflits fonciers et l’avènement des paysans sans terre, malgré l’espoir des
progrès qu’apporte l’adoption de méthodes culturales plus intensives.
Les sécheresses des années 1970 en décimant le cheptel ont occasionné un phénomène
semblable dans le secteur de l’élevage. Elles ont engendré l’émergence d’éleveurs sans
bétail. Lors d’un entretien avec la chef du quartier de Toudou (Soulemane Ounfana), il
affirme que « nous sommes des éleveurs. Nous conservons ce titre bien que nous n’ayons
aucun animal. L’existence d’éleveurs sans bétail à Agadez est une réalité ». Les éleveurs
sont contraints à une reconversion qu’ils souhaitent quitter aussi tôt que le contexte s’amé-
liore. La présence d’animaux dans les concessions et leur errance dans les quartiers sont
des preuves tangibles de leur attachement à l’élevage.
À travers la planète, la terre est sujette à une marchandisation croissante au cours de ces
dernières années. Les nouveaux modes d’accès à la terre (la location, la mise en gage,
l’achat et Tarayya) « sont antinomiques des règles coutumières qui interdisent formellement que
la terre fasse l’objet de transaction monétaire, mais ils se généralisent largement aujourd’hui en
conférant de plus en plus de valeur à la terre au fil des années » (Klassou, 2002). À Agadez,
sans tenir compte de la pression démographique, cette dynamique est impulsée par le dé-
veloppement des cultures marchandes et tout récemment l’exploitation artisanale des
mines d’or dans la région. L’ampleur du phénomène se remarque à travers le nombre de
producteurs ayant déclaré avoir utilisé de l’argent (achat, location, association) pour ac-
céder à la parcelle. Les sources de revenus qui permettent ces transactions proviennent
essentiellement de la mobilité. En effet, 41% des producteurs enquêtés, soient 29 per-
sonnes, ont déclaré avoir acquis des terres de culture moyennant les retombées de la mi-
gration et de l’orpaillage. La vente de la production antérieure et du bétail vient en deu-
xième position avec 27% des déclarations (fig. 17). Le travail physique effectué par l’ex-
ploitant est considéré comme une source de revenu financière. Ceux qui se trouvent dans
cette situation (Tarayya) déploient leur force musculaire en contrepartie.
153
Figure 17: Sources de revenus permettant l’accès financier à la terre
De manière générale, les émigrants Nigériens effectuent des transferts qui visent priori-
tairement à atténuer les effets de l’insécurité alimentaire liées aux récoltes déficitaires puis
à réaliser des investissements (Mounkaila, 2002). Dans le cadre de cette étude, plus de la
moitié des personnes enquêtées (68%) ont témoigné que les soutiens de l’État et des par-
tenaires au développement, à travers les facilités d’accès aux crédits et la subvention de
l’équipement et des intrants agricoles, ne sont pas assez suffisants pour propulser le ma-
raîchage. Ils ont dû recourir à l’émigration vers le Nigéria, la Libye ou l’Algérie et tout
récemment à l’exploitation artisanale de l’or du Djado et de l’Aïr.
Les motivations de la migration ont évolué. Il n’est plus question de quête de survie, mais
du développement dans toutes ses dimensions. La volonté d’investir dans les régions
d’origine paraît la première variable influençant les décisions actuelles des départs. Et
l’immobilier paraît le premier secteur d’investissement des migrants dans leurs pays d’ori-
gine. Nombre d’études (Sarr, 2009 ; Bréant, 2012 ; Fall, 2017) ont prouvé la prééminence
d’injecter les rémittences dans le secteur immobilier qui comporte moins de risques et
témoigne de l’affection de l’émigré pour son pays natal.
154
Tarayya est plus pratiquée que la location de terre. Un exploitant d’Alerces dit que le gage,
le prêt et la location sont émaillés d’exploitation du prochain et aboutissent le plus souvent
à des conflits. Il estime que la véritable entraide suppose un gain proportionnel à l’effort
fourni lorsqu’une terre est mise en valeur. Celui qui loue une parcelle gagne généralement
plus que le propriétaire, ce qui n’est pas normalement une assistance. Tarayya permet un
partage équitable des bénéfices ou des pertes issues de l’exploitation d’une parcelle par
deux partenaires. Cette pratique est ancestrale dans les pays de l’Afrique du nord. Elle est
désignée par le terme Khammès (métayer au cinquième) qui est largement évoqué dans la
littérature maghrébine (Naouri et al., 2015 ; Daoudi et al., 2015 ; Hamamouche, Kuper et
Lejars, 2015). Elle est également pratiquée en Afrique de l’Ouest sous des vocables lo-
caux. En Côte d’Ivoire, le métayage est nommé (Abougnon Soro et Colin, 2008), au Ghana
c’est Abusa (métayage au tiers) ou Abunu (métayage à moitié) Amanor (2005). Quelles
que soient l’appellation et les modalités du contrat, cet arrangement agraire, fondé sur le
partage de la production entre des partenaires, est une marque de l’hospitalité et de la
solidarité africaine. Il permet le partage de la terre, bien non marchand, entre les peuples
autochtones et allochtones. Cependant, ce système coutumier est caractérisé par un carac-
tère informel car n’étant basé sur aucune trace écrite. Le plus souvent, les contractants
s’accordent sans aucun témoin.
Dans d’autres parties du continent africain, la location est plus développée que le mé-
tayage. Par exemple, dans le Nord Cameroun, Cathala, Woin et Essang (2003) rapportent
que 48% du maraîchage s’effectuent sur des terres en location et 17% sur des terres en
prêt temporaire, contre 35% sur des parcelles en propriété. Le prêt de terrain qui tend à
disparaître à Agadez, occupe une bonne place dans cette partie du Cameroun.
155
sujet duquel Giazzi (1995) se demande s’il s’agit d’une dégradation ou d’une réhabilita-
tion de l’environnement, a atteint un seuil inquiétant. En effet, une étude menée par cet
auteur depuis 1995 pour exprimer l’ampleur de la pression foncière sur trois vallées de
l’Aïr, est révélatrice de la surexploitation des ressources naturelles. Se servant d’une for-
mule mathématique (rapport entre la superficie du parcellaire celle du fond de la vallée),
il détermine le taux d’occupation du sol. Les principales conclusions de l’étude montrent
une forte exploitation de la terre (tableau 8). Les superficies exploitées sont supérieures à
la terre non exploitée.
Dans leur déferlement sur les vallées, les populations n’ont pas épargné les espaces pro-
tégés. Ainsi, sont transformées en reliques la forêt classée de Dabaga et les forêts proté-
gées d’Eghandawel et de Boughoul. Le cas de la forêt de Dabaga est très illustratif. Un
diagnostic sur l’exploitation et l’état des ressources naturelles au Niger, montre qu’au mo-
ment de son classement le 13 août 1954, elle couvrait une superficie de 1050 hectares.
Mais, en 1990, 36 ans après, elle est réduite à 18,4 hectares, la grande partie transformée
en jardins (CeSIA, OSS et CNEDD, 2000). Actuellement, il ne reste que le statut juridique
156
car dans les rapports officiels, elle couvre toujours 1050 hectares. Les opérations de re-
boisement et les surveillances des services de protection de l’environnement n’ont pas pu
empêcher sa destruction. Il s’impose de renforcer les systèmes de gestion qui impliquent
et responsabilisent les populations locales.
Les travaux sur les exploitations agricoles sont assurés principalement par deux catégories
de travailleurs à Agadez. Il s’agit des ouvriers agricoles locaux et migrants. La part de la
main-d’œuvre familiale n’est pas tout de même négligeable. En fonction des tâches qu’il
peut exécuter (sur ou en dehors de l’exploitation), chaque membre du ménage participe à
la production. Mais, cette force est insuffisante. Elle est soutenue par la main-d’œuvre
salariée et très rarement par des travaux collectifs solidaires (Gayya). Le secrétaire général
de la FRUCA affirme lors d’un entretien que l’activité agricole crée des emplois rémuné-
rés. Il justifie ses propos en ces termes « chaque exploitation emploie en plus des actifs fami-
liaux, en moyenne deux actifs agricoles en provenance des autres régions du Niger ». Cette in-
formation est confirmée par le directeur régional de l’agriculture sortant qui a estimé l’ef-
fectif des producteurs de la région à 20000. Selon lui, ils offrent plus de 40000 emplois
permanents, sur la base d’une moyenne de 2 emplois par producteur. Les emplois sont
permanents parce que le maraîchage est intensif et diversifié. Il se pratique sans rupture le
long de l’année. La disponibilité permanente de légumes fraîches, produites localement,
sur le marché est une preuve illustrative. Les travaux des migrants ne se limitent pas sur
les exploitations. Dans les comptoirs, ils assurent la manutention des produits après un tri,
puis ils chargent les camions. Ils proviennent principalement des régions de Zinder, Ma-
radi et Tahoua (carte 16). L’observation de la carte n° 16 fait ressortir que la région de
Maradi fournit le grand effectif de migrants saisonniers qui interviennent dans les activités
157
maraîchères. Les investigations sur le terrain montrent qu’ils viennent principalement du
département de Tessaoua. En effet, avant l’essor fulgurant de la culture d’oignon, la CUA
était leur destination privilégiée. Ils étaient les principaux revendeurs des produits impor-
tés du Nigéria. Ayant constaté l’essor des activités dans le secteur du maraîchage, nom-
breux parmi eux sont reconvertis. À cause des succès rencontrés, ils font souvent appel à
des parents restés au village. Il s’agit d’activités habituelles qui demandent de faibles ca-
pitaux. Parfois, la force physique est suffisante.
Les populations de l’ouest nigérien, notamment les Zarma, sont nombreux dans le secteur
du commerce. Cependant, ils sont très rarement impliqués dans les activités maraîchères.
Ils se retrouvent dans la vente de divers articles cosmétiques, l’habillement et les acces-
soires informatiques. Les quelques Zarma rencontrés interviennent dans le sous maillon
de transport. Les populations des autres régions du Niger et les migrants internationaux
ne sont pas intéressés par le maraîchage. Ils préfèrent exercer dans d’autres secteurs
comme la restauration, le commerce et les bricolages (divers réparateurs).
158
Carte 16 : Principales provenances des migrants maraîchers
Les migrants saisonniers qui interviennent dans les activités maraîchères sont bien appré-
ciés par les producteurs. Par exemple reconnus laborieux, les ouvriers agricoles sont
souples en matière de contrat. En majorité, ils acceptent le payement de leur salaire après
159
les récoltes. En outre, ils manifestent une parfaite adaptation aux travaux maraîchers,
moins contraignants que l’agriculture pluviale qu’ils pratiquent dans leur localité d’ori-
gine. Ainsi, sont-ils mieux préférés que les locaux par une grande partie des producteurs.
L’ensemble des 78 producteurs enquêtés emploie 96 salariés agricoles dont 68 migrants
saisonniers (tableau 9). L’analyse des chiffres montre que chaque producteur emploie, en
plus des membres du ménage, 1,24 salarié agricole en moyenne.
Figure 18 : Perception des producteurs sur l'introduction d'innovations agricoles par les
migrants saisonniers
Sans équivoque, les migrants sont en situation de mobilité. Cela est davantage une preuve
des apports de la mobilité au développement des filières oignon et pomme de terre. Les
migrants Nigériens ne sont pas employés dans le secteur agricole uniquement à Agadez.
L'analyse des activités qu’ils mènent à l’étranger montre que 39,9% sont employés dans
ce secteur et que 84,2% effectuent les travaux champêtres au retour de leur migration
(Niger-INS, 2015 a).
161
En analysant les échanges migratoires entre les régions du Niger, on se rend compte d’un
paradoxe. Les résultats du 4e RGPH montrent que la région d’Agadez enregistre des dé-
parts importants de ses natifs. Elle occupe le deuxième rang après Niamey avec respecti-
vement 8% et 10% d’indices de sortie. En même temps, ces deux régions sont les plus
attractives du Niger avec des soldes migratoires positifs (Niger-INS, 2015 a). Il y a lieu
de se demander les raisons de l’émigration des natifs d’Agadez étant donné que leur région
est accueillante. Fuient-ils les travaux agricoles desquels ils tirent des revenus substan-
tiels ? Des investigations sont nécessaires pour élucider les causes de ce paradoxe.
L’eau est indispensable en agriculture. D’ailleurs, dans les régions arides, elle est primor-
diale par rapport à la terre qui est le plus souvent abondante. « Au Sahara, la terre n’est pas
un facteur rare et n’a aucune utilité en l’absence de l’eau » (Faye et al, 2017). Dans les régions
désertiques, déclaré être propriétaire foncier, c’est affirmer posséder au moins un puits.
La terre n’a aucune valeur si l’exploitant n’est pas en mesure d’assurer la disponibilité en
eau. Les précipitations sont insuffisantes et ne permettent pas l’agriculture pluviale. L’ir-
rigation, à l’aide d’un moyen d’exhaure, reste l’unique voie qui assure la production des
végétaux. Dans l’Aïr, l’eau pour l’irrigation est obtenue en exploitant les nappes qui sont
profondes d’une dizaine de mètres (Bernus, 2004). L’accès à l’eau est possible grâce à la
présence d’un puits dans la parcelle. Dans le passé, au moment où le maraîchage était basé
sur les cultures céréalières autoconsommées, le dispositif d’irrigation était sommaire.
L’équipement était constitué d’outils fabriqués localement à partir des ressources natu-
relles disponibles sur place (cordes, poulie, puisette, bois). Les animaux constituaient la
force de traction. De nos jours, les systèmes d’irrigation ont évolué. Le caractère commer-
cial et intensif de l’agriculture exige l’utilisation du ciment et de la motopompe. En con-
séquence, la majorité des puits est construite en superposant des buses en béton. Les cons-
tructeurs locaux se sont adaptés à l’emploi du ciment pour construire les puits plus ou
moins profonds (photo 16). Au Niger, la grande partie de ciment utilisé est importée. Cela
conduit au recours à la mobilité.
162
Photo 16: construction de puits cimenté dans la commune de Tabelot
L’irrigation traditionnelle a atteint ses limites. Elle ne satisfait plus les besoins croissants
de la population qui ne cesse d’augmenter. Le dromadaire, auxiliaire apprécié des agricul-
teurs oasiens, est remplacé par une petite motorisation agricole (Faye et al., 2017). Tous
les producteurs de l’Aïr utilisent des motopompes. La canalisation de l’eau est assurée par
des tuyaux juxtaposés, parfois sur des centaines de mètres.
Pour vérifier le rôle de la mobilité dans l’acquisition du moyen d’exhaure, il est demandé
aux producteurs d’indiquer leurs sources de financement. La majorité (54% soient 42 pro-
ducteurs sur les 78 interrogés) évoque la vente de la production antérieure (fig. 19). L’ar-
gent provenant de la mobilité, qui inclut la migration, l’orpaillage, le transport et le com-
merce, occupe le deuxième rang avec 28% des réponses soit 23 producteurs. En réalité
l’ensemble de ces modalités occupe la première place car elles conditionnent la production
antérieure. Il n’est pas possible de produire tant qu’elles sont ne pas réunies.
163
Figure 19 : une source de financement de l'équipement d'exhaure dominée sur la mobilité
L’essence est la principale source d’énergie qui fait fonctionner les motopompes. Bien
que le Niger soit exportateur, les jardins de l’Aïr consomment l’essence et le gaz importés
de l’Algérie et de la Libye qui coûtent moins chers. En définitive, l’équipement d’exhaure
(motopompe, matériau de construction, tuyau, carburant) est importé. Par ce biais, la mo-
bilité impulse les filières oignon et pomme de terre, dans l’ensemble des zones de produc-
tion de la région d’Agadez.
Le matériel aratoire persiste à rester archaïque car la force du travail demeure en grande
partie manuelle. L’essentiel des travaux sont exécutés à l’aide de la houe et de la binette
pour le labour et le désherbage. L’utilisation d’outil moderne comme les tracteurs ou les
motoculteurs est très limité. Les techniques culturales modernes concernent surtout la ges-
tion de l’eau en minimisant les pertes. Les principaux intrants agricoles utilisés par les
producteurs sont les semences, les fertilisants et les pesticides. Le degré d’utilisation de
ces produits dépend de la confiance qu’ont les producteurs en eux. Sans exception, tous
164
les producteurs utilisent les semences d’oignon localement produites, l’autoproduction.
Tous les enquêtés ont affirmé qu’ils sont producteurs de semences d’oignon. Un produc-
teur d’Alerces indique qu’une semence inconnue donne toujours des résultats imprévi-
sibles, le plus souvent mauvais. La vulgarisation des semences améliorées, notamment
celles d’oignon a très peu convaincu les producteurs. La situation est toute autre par rap-
port à la pomme de terre dont la grande partie de semence provient d’ailleurs. Les engrais
et le matériel agricole moderne proviennent également de l’extérieur (carte 17). Ils sont
en grande partie importés du Nigéria.
L’utilisation des engrais et des pesticides se généralise progressivement. Tous les enquêtés
sont convaincus qu’il est impératif de les appliquer pour obtenir de bons rendements. Au
cours d’un entretien collectif dans le comptoir de l’UCIL, les répondants ont qualifié
d’anachronisme profond le fait de prétendre pratiquer le maraîchage sans l’utilisation de
ces intrants. Cependant, les méthodes traditionnelles de fertilisation ne sont pas abandon-
nées. Elles sont renforcées par l’association de l’élevage au maraîchage. De nos jours, des
enclos sont construits dans les jardins pour entretenir les animaux. Les mauvaises herbes
arrachées servent de fourrage et le fumier fourni est répandu sur les planches.
165
Carte 17 : Principales provenances des intrants agricoles
166
La carte n° 17 montre que la grande partie des intrants agricoles employés à Agadez est
importée. Mêmes ceux en provenance de Niamey suivent un trajet étranger dans leur par-
cours car le Niger n’est ni fabricant d’engrais et de pesticides, ni producteur de toutes les
sortes de semis. Ces produits sont généralement importés du Nigéria. Les pays limitrophes
du nord fournissent surtout les sources d’énergie (essence, gaz). Parfois, les plants de la
pomme de terre sont fournis par les pays européens, notamment la France. La dépendance
du Niger dans le domaine de l’agriculture durera aussi longtemps que le pays ne produirait
ses propres intrants agricoles. L’espoir se fonde sur le long terme. Par exemple, actuelle-
ment ses propres hydrocarbures sont menacés par la concurrence sur son propre territoire.
Les parcelles exploitées dans l’Aïr sont généralement de petites tailles. Qu’elles soient
exploitées ou non, elles mesurent en grande partie moins d’un hectare (fig. 20). Plus de
66% des exploitants maraîchers de l’Aïr exploitent des superficies comprises entre 0.5 et
1 hectare. Ils possèdent en majorité un seul jardin (61%). Les parcelles mises en jachère
sont très peu nombreuses et sont de petites dimensions. Elles ne sont pas exploitées pour
qu’elles se reposent, mais parce qu’elles demandent le déploiement d’importants moyens
de production. Il ne s’agit pas donc de véritable jachère. Les producteurs les qualifient de
terres mises en attente d’exploitation, le temps de résoudre les problèmes d’eau. En effet,
ces terres non exploitées sont isolées et éloignées des fonds des vallées. Leur mise en
valeur requiert des puits très profonds et une clôture complète afin d’empêcher l’intrusion
d’éventuels animaux errants. La petite taille caractérise la majorité des exploitations agri-
coles au Niger. Les champs resteront étroits aussi longtemps que l’effectif des producteurs
augmenterait. Dans cette perspective, la pression sur les ressources naturelles ne va point
fléchir. À titre illustratif, entre août 2017 et août 2018, l’effectif de la FRUCA est passé
de 10833 producteurs à 13537. Cette augmentation de producteurs n’implique pas systé-
matiquement celle des superficies mises en valeur qui restent relativement sans change-
ment. Certes les espaces agricoles progressent comme l’atteste l’ouverture des fronts pion-
niers et la mise en valeur des terres marginales, mais le rapport unité de surface par ex-
ploitant demeure sensiblement inchangé. De manière générale, le Niger traverse un con-
texte d’exiguïté des terres cultivables.
167
Figure 20 : Répartition des enquêtés en fonction de la superficie des parcelles
La dynamique d’occupation des sols, caractérisée par l’étroitesse des terres de cultures,
est mise en exergue dans plusieurs études de cas (Guengant et Banoin, 2003 ; Yamba,
2004 ; Bontianti, 2014 ; Lawali, Mormont et Yamba, 2014 ; Hassane 2015 ; Laouali et al.,
2019). Les terres cultivables s’amenuisent à cause de l’avancée du front d’urbanisation et
de la croissance du nombre d’héritiers. Dans la CUA, l’étalement de la ville ne menace
pas véritablement les terres agricoles. Les jardins sont localisés sur des espaces accidentés
et inondables ce qui réduit l’usage du sol au titre d’habitat.
168
Tableau 10 : Répartition des enquêtés en fonction du nombre de parcelles exploitées
Les parcelles sont aussi caractérisées par des formes géométriques irrégulières. En effet,
de manière générale, au Niger se sont seulement les aménagements hydro-agricoles qui
ont des formes géométriques fixes. Cela est dû à la prédominance du droit coutumier dans
la gestion du foncier. Dans un tel régime, la propriété est tracée sans l’utilisation de
l’équerre. En cas du partage d’héritage, le pas est la principale unité mesure. Il est bien
normal qu’une limite fixée par la marche soit tortueuse.
La mobilité des personnes nécessite des infrastructures et des moyens à adapter aux ca-
ractéristiques du paysage. Le dispositif adéquat pour le milieu urbain est totalement dif-
férent de celui du milieu rural. Les deux dépendent, non seulement du niveau économique
et technique des pays, mais aussi de la volonté politique des pouvoirs publics.
Les liaisons entre les pôles maraîchers sont assurées par un réseau routier très maigre. Les
jardins sont reliés à la CUA par des pistes qui traversent un relief abrupt. La CUA est liée
au reste du Niger essentiellement par des routes nationales. Le réseau viaire est relâche.
Ce décor peu enviable rend quelque fois la mobilité très difficile dans l’Aïr.
Le réseau routier rural est perçu comme l’ensemble des voies terrestres qui desservent la
CUA, quelles que soient leur nature et leur provenance. La densité de ce réseau est très
169
faible, mettant en exergue le haut niveau d’enclavement de la région. Il est dominé par
deux routes nationales bitumées : la Route Tahoua-Arlit (RTA, RN 25) qui relie la région
d’Agadez à l’ouest du Niger et la Transsaharienne (RTS), tronçon Zinder-Agadez (RN
11) qui conduit vers l’est du pays. Une courte bretelle revêtue rejoint Ingal à partir de la
RN 25. Les autres parties de la région sont parcourues par des pistes parfois (carte 18).
L’observation de la carte n° 18 laisse voir que toutes les routes se croisent dans la CUA.
Il est également constaté une concentration des pistes dans l’Aïr à l’ouest et dans le Kaouar
à l’est. Cette configuration spatiale est due aux conditions physiques sahariennes, très
contraignantes, qui imposent à la population la concentration dans les localités, plus ou
moins humides, où l’eau est présente. Après la liaison entre les deux pôles, les pistes di-
vergent pour raccorder les villages. Dans l’Aïr, principale zone agricole de la région, le
réseau routier est sensiblement plus dense. Cela peut s’expliquer par l’abondance relative
de vallées. Le relief de montagne favorise les ascendances orographiques qui arrosent les
sommets, ruissellent sur les versants et alimentent les fonds des vallées rendant les activi-
tés rurales et les attroupements humains possibles. Ce sont ces conditions qui justifient
l’importance numérique de la présence humaine dans l’Aïr. Le département de Tchirozé-
rine, situé au cœur de cette région, abrite 50,2% de la population régionale (Niger-INS,
2016 b). Il est donc normal qu’elle soit mieux pourvue en pistes. Le tracé des routes suit
normalement les établissements humains qu’il relie.
170
Carte 18: Réseau routier de la région d’Agadez
171
L’Aïr est une zone très accidentée qui est faite d’escarpements, de pentes abruptes et de
montagnes (carte 19). Le plus haut sommet du Niger, le mont Indoukal-n-Taghès, qui
culmine à 2022 m d’altitude, s’y trouve. Cette configuration topographique rend difficile
la construction d’infrastructures routières. C’est une entreprise qui demande des finance-
ments conséquents. Pour l’envisager, il est primordial de tenir compte du taux du trafic
qui implique la plus-value qu’engendra l’investissement. Or, il s’agit d’une région déser-
tique, donc très peu peuplée. Mais, les richesses qu’elle concentre (présence des res-
sources minières et vallées agricoles) constituent un élément de convoitise susceptible
d’autoriser le financement et l’entretien d’infrastructures de transport. Aussi, sur le plan
institutionnel, le Niger s’est doté d’une politique d’aménagement du territoire. Cette der-
nière préconise un développement spatial équilibré et durable, réduisant les disparités inter
et intra régionales, en se basant sur les potentialités naturelles du pays, la promotion des
pôles régionaux de développement, la réduction des déficits sociaux, la préservation de
l’environnement et les dynamiques d’intégration régionale (Niger-MP, 2017 b). En dépit
des atouts économiques et des dispositions législatives, l’Aïr demeure traversé par des
pistes aménagées, dans les meilleurs des cas (carte 19). Elles contournent les montagnes
avant de relier les principales vallées qui sont les potentiels bassins agricoles.
Il revient aux pouvoirs publics de désenclaver la zone en agissant comme cela est fait
ailleurs, dans les autres parties du Sahara. Le désenclavement est effectué par la construc-
tion de routes nouvelles et des forages dans les aquifères profonds au Maroc et en Algérie
(Mareï et Ninot, 2018). La réalisation des infrastructures de transport et d’irrigation à
grande échelle est sans doute une opportunité pour le développement du Niger. C’est une
voie idéale pour atteindre le niveau de croissance et l’équilibre territorial recherché à tra-
vers la politique de l’aménagement du territoire.
172
Carte 19 : Zone de production et contraintes physiques à l’acheminement des produits
173
Malgré ses potentialités, l’Aïr est parcouru par des pistes, en majorité, à caractère som-
maire. La carte n° 19 montre qu’aucune route bitumée ne traverse le massif. L’unique voie
observée, reliant la ville d’Agadez à Arlit, est construite sur des plaines de 200 m d’alti-
tude. Le terrain est moins accidenté. Mais, cela ne paraît pas la raison de l’existence de
cette infrastructure. Elle est construite pour servir au transport de l’uranium. Le motif est
plutôt économique. Si tel est le cas, pourquoi ne pas tracer des routes bitumées à travers
l’Aïr pour faciliter le transport de l’oignon et de la pomme de terre ?
Le réseau routier de la CUA est très discontinu. Il est constitué essentiellement de la Route
Tahoua-Arlit. Elle est reliée par quelques rues bitumées en direction de Dagamanat et de
la vieille ville (carte 20). Ces rues sont majoritairement revêtues en 2016 à l’occasion de
la commémoration du 58e anniversaire de la proclamation de la République du Niger. En
effet, au cours de ces dernières décennies, l’anniversaire de la République est fêté dans un
chef-lieu de région qui bénéficie d’investissements en équipements et infrastructures ur-
bains adéquats. La CUA, chef-lieu de la région d’Agadez, passe son tour en décembre
2016, sous l’appellation « Agadez Sokni », un sobriquet qui signifie « Agadez embellie ».
Les rues pavées, excellent moyen d’évacuation des eaux pluviales, ne s’observent que
dans le centre de la ville. C’est un réseau très étroit qui mesure moins de 10 000 mètres
linéaires (Kailou Djibo et Maman Anko, 2019). Son exigüité est un facteur qui aggrave
les inondations et favorise la stagnation des eaux dans les rues. Dans cette partie désertique
du Niger, la récurrence d’événements pluvieux inhabituels révèle la nécessité de concilier
l’aménagement de la voirie et risque d’inondation. La défaillance engendre des dégâts liés
à la submersion, l’insalubrité et la propagation de certaines pathologies comme le palu-
disme. La décomposition des ordures entassées et non évacuées dégage une odeur nau-
séabonde qui pollue l’air constituant une menace à l’environnement et à la santé humaine.
174
Carte 20 : Faiblesse du réseau routier urbain et contraintes de la mobilité résidentielle
175
Les zones péricentrales et périphériques sont dépourvues d’infrastructures routières.
Toutes les rues qui les traversent sont nues. Cette situation expose les habitants à la pous-
sière et aux maladies consécutives. La carte n° 20 rend clairement compte de ce déficit
d’aménagement de la voirie. L’accès aux services et aux activités devient un défi pour un
grand nombre d’habitants des périphéries. Ils sont, le plus souvent, contraints à la marche
à pied sur de longues distances car le transport commun public est absent. Le service est
assuré par les motos-taxis qui fréquentent les zones de forte concentration de clientèle.
Néanmoins, l’état de surface n’est pas une véritable entrave à la circulation automobile.
La ville est construite sur un plateau recouvert de reg. Le terrain est caillouteux ce qui lui
donne l’aspect des routes latéritiques.
Les moyens utilisés pour la mobilité dans l’Aïr dépendent du réseau emprunté. Pour
joindre les zones de production maraîchère, il faut une logistique solide. Les déplacements
dans la CUA sont assurés par des moyens personnels et le transport urbain privé, mono-
polisé par les motos.
Les voies et les moyens qui permettent la mobilité dépendent des milieux et du niveau
technique et financier des utilisateurs. L’Aïr, bassin de production agricole de la région
d’Agadez, présente un relief très accidenté parcouru par des pistes tortueuses, serrées et
parsemées de pentes fortes. Il requiert une logistique robuste et des chauffeurs aguerris.
Les véhicules 4X4 et les camions, appelés localement « Marocains » (photo 17), sont les
principaux moyens utilisés. Il est de plus en plus observé l’utilisation des moyens de trans-
port individuels, notamment les motos. Elles s’adaptent au terrain et facilitent la migration
pendulaire, mais ne transportent pas de charges importantes de personnes et de biens. Elles
constituent un moyen commode qui assure le ravitaillement quotidien de la CUA en lé-
gumes. Les producteurs-revendeurs qui se déplaçaient jadis à dos d’animaux, utilisent dé-
sormais les motos qui sont plus rapides. Le développement du transport individuel est dû
à l’amélioration des conditions de vie des populations imputable à l’essor du maraîchage
et l’exploitation des mines d’or. Aussi, la chute du régime de Kadhafi a favorisé l’entrée
de véhicules dans l’ensemble de la région.
176
Photo 17 : Stationnement de camions "Dix roues" prêt du comptoir UCMT
Les véhicules de transports des produits maraîchers appartiennent en grande partie à des
transporteurs du domaine privé. Le parc automobile des unions de coopératives est très
maigre et constitué de quelques camions en très mauvais état. Cette situation fait que le
transport est mixte. Mais, en venant dans la CUA, les véhicules arrivent remplis de sacs
ne réservant que la place des apprentis et des chargeurs. Par contre en retournant dans le
bassin de production, la charge est plutôt constituée de personnes et de marchandises (in-
trants agricoles, céréales, sucre, thé, etc.).
La mobilité dans la CUA est caractérisée par l’utilisation de moyens individuels de dépla-
cement et le transport urbain privé. La moto est le moyen de transport le plus emprunté
(photo 18). Les Kabou-Kabou11 (tricycles et motos) et quelques taxis tête rouge assurent
les déplacements des personnes, d’un endroit à un autre, dans la CUA. La marche est
également un moyen utilisé par une grande partie de la population. Il faut signaler que le
transport privé est géré par des structures ayant le plus souvent un statut précaire. Il suffit,
le plus souvent, d’un enregistrement sur le registre de la mairie pour commencer à exercer.
Cette activité se développe, absorbe une grande part de jeunes actifs. Son avenir est pro-
metteur car la ville ne cesse d’accroitre sur le plan démographique et spatial. Les clients
augmentent toujours et les distances ne font que s’allonger.
11
Expression utilisée dans certaines parties du Niger pour désigner les mototaxis.
177
Photo 18 : Stationnement de motos dans le comptoir UCMA
Durant les décennies 1980 et 1990, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire Internatio-
nal imposent aux États faisant face aux problèmes de finances publiques les programmes
d’ajustement structurel. Il s’agit de réformes économiques qui visent l’implication des
populations et du secteur privé dans les questions de gouvernance. Ainsi, des entreprises
privées émergent dans le domaine des transports. Elles sont associées dans la gestion des
transports urbains et interurbains. Au Niger, elles ont concurrencé le secteur public qui
disparaît progressivement. Le désengagement de l’État dans la fourniture des transports
en commun publics urbains est manifeste. La situation est générale à l’ensemble des villes
du pays. Depuis la libéralisation des secteurs économiques, des structures de transport
informel se développent, avec diverses appellations en langues nationales faisant allusion
aux facilités qu’elles offrent à la clientèle. À Niamey, capitale du Niger, où le système est
plus développé, les minibus, Faba-Faba, tendent à suppléer l’unique société étatique, la
Société des transports urbains du Niger (SOTRUNI) et concurrencent les taxis tête rouge.
Ils offrent des services spontanés et bon marché qui satisfont la clientèle, malgré les dé-
faillances de la qualité.
178
Conclusion du chapitre
Les systèmes et les moyens de production connaissent une révolution qui engendre l’amé-
lioration des rendements des cultures. Mais, les supports de la mobilité restent toujours
dans un état qui ne permet pas la fluidité des échanges. Cela est incontestablement un
signe de la pauvreté et un frein au développement économique de la région. Abdou Yon-
lihinza (2011) pense avec justesse que « le manque d’accès aux infrastructures de transport
figure désormais parmi les indicateurs de pauvreté sur le continent ». L’Aïr est très riche en
ressources naturelles qui sont sous-exploitées certainement à cause de l’enclavement qui
se manifeste par la médiocrité d’infrastructures routières et de transport.
179
CHAPITRE 7 : FILIÈRES OIGNON ET POMME DE TERRE : QUELS EFFETS
SUR LES MUTATIONS URBAINES À AGADEZ
Dans l’Aïr, l’agriculture est irriguée et dominée de plus en plus par le maraîchage qui
génère d’importantes sommes d’argent aux différents acteurs des filières maraîchères.
L’essentiel des transactions commerciales et des dépenses après les ventes se déroulent
dans la CUA. Cela présente, sans équivoque, des conséquences sur sa dynamique (évolu-
tion démographique, économique, spatiale et sociale). Ce chapitre est consacré à l’examen
des apports des filières oignon et pomme de terre à ces mutations probables.
180
frustrants en vue d’atteindre ce dessein ne vont qu’encourager le repli des populations vers
des repères stratégiques, des cachettes accessibles difficilement. Ainsi, au lieu de se con-
centrer, les populations se sont éparpillées dans les montagnes, voire au-delà. Selon l’an-
thropologue Claudot-Hawad (2012), des familles entières s’exilent pour se diriger vers
des espaces qui ne sont pas encore colonisés par la France. L’expansionnisme français a
fait perdre à l’Aïr ses habitants.
12
De 1992 à nos jours, le Niger a adopté trois principales politiques en matière de population :
Politique Nationale de Population 1992, Déclaration du Gouvernement en matière de Politique de
Population 2007 et Politique nationale de population 2019-2035.
181
Figure 21: Évolution de la population et du taux d’accroissement intercensitaire de la CUA
de 1963 à 2024
Sources : Adamou, 2007, Niger-INS, 2014 et 2019, Amadou Modieli et al, 2015
La figure 21 fait apparaître une anomalie étant entendu que toutes les politiques de popu-
lations mises en œuvre au Niger ont échoué. En effet, de la première politique de 1992 à
l’actuelle d’horizon 2019-2035, la croissance démographique n’a pas ralenti. Les taux
d’accroissement intercensitaire moyen ont évolué de 3,3 % par an entre 1988 et 2001 à
3,9 % par an entre 2001 et 2012. Les Nigériens persistent à maintenir leur comportement
nataliste d’où la fécondité n’est pas encore maîtrisée. Cependant, il est constaté une dimi-
nution de l’incidence de la morbidité et de la mortalité.
La situation que présente la CUA (fig. 21) résulte sans doute des apports de la migration.
Les actions menées par autorités, basées sur des programmes de planification familiale,
de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et des stratégies d’amélioration
des conditions féminines, n’ont pas produit les résultats attendus. En effet, les deux phé-
nomènes contradictoires (croissance de la population en valeur absolue et baisse du taux
d’accroissement) ne peuvent se justifier que par des apports extérieurs importants. Les
principaux indicateurs démographiques (espérance de vie à la naissance, taux de mortalité,
182
fécondité) connaissent des changements dus au recul des maladies épidémiques, à la pré-
valence de la contraception moderne et aux progrès enregistrés dans le domaine de l’hy-
giène et de la nutrition.
Les sécheresses sont l’un des facteurs qui influencent l’urbanisation dans les pays du Sa-
hel. Les difficultés d’accès à l’eau obligent les populations dispersées dans les zones ru-
rales à regagner les milieux urbains pour assurer leur survie. La Mauritanie donne un par-
fait exemple illustratif. Le pays connaît « une urbanisation phénoménale, conséquence des
sécheresses de 1973-74 et 1983-84, si bien que d’un pays presque exclusivement rural en 1950, il
est devenu un pays à majorité urbaine dès les années 2000 » (Garenne, 2016, p. 11). Au Niger,
la région désertique qui représente plus du tiers de l’étendue du territoire national, Agadez,
enregistre le plus fort taux d’urbanisation, à l’exception de Niamey qui est la plus petite
région du pays. Elle est à 57,6% urbaine tandis que le taux d’urbanisation moyen national
est de 16,2% en 2012 (Niger-INS, 2015 b).
Aujourd’hui, l’afflux des personnes vers la CUA est lié à deux principaux facteurs : la
migration saisonnière interne et l’insécurité sous régionale. Une étude, conduite conjoin-
tement par le Comité régional de prévention et de gestion des crises alimentaires
(CRPGCA) et l’Office de coordination des affaires humanitaires des Nations unies
(OCHA), montre qu’en 2012 environ 501 ménages soient 3106 personnes étaient arrivées
dans la CUA (CRPGCA et OCHA, 2012). Ces ménages sont certes en migration saison-
nière, mais les intentions de rester définitivement dans la ville sont grandes. La ville est
hospitalière et offre régulièrement des emplois. Cependant, ayant de faibles moyens de
subsistance, ils se sont installés à la périphérie et dans les zones à risque comme le bras
mort du Teloua. Ils intègrent les activités marginales qui ne requièrent aucune qualifica-
tion ou capital préalables (domestiques, manœuvres dans les comptoirs et sur les chantiers
de construction, ouvriers agricoles, revendeurs, etc.). Les ruées vers l’or du Djado en 2012
et de Tchibarkaten en 2014, ont entrainé une densification des flux de migrants internes
et internationaux. La CUA est la plaque tournante de l’activité aurifère. L’or y est vendu
et des activités parallèles y sont développées. Les revenus issus des activités d’orpaillage
ont permis à de nombreuses personnes de s’installer dans la ville. Sur le plan sécuritaire,
le conflit libyen a provoqué des déplacements de personnes vers des zones plus ou moins
stables comme Agadez au Niger. En outre, des réfugiés et des demandeurs d’asile, fuyant
183
la guerre dans le Darfour, se sont rajoutés à la ville tout récemment. De son côté, l’Algérie
fait des expulsions périodiques dont la ville d’Agadez est la première destination, sinon
définitive de certains Nigériens et Africains. Ainsi, des personnes dont la sécurité est me-
nacée et des refoulées se sont réfugiées dans la CUA entrainant une augmentation de l’ef-
fectif de sa population.
Cependant, il est très difficile d’estimer et de catégoriser les personnes qui arrivent dans
la CUA. Il est également utopique de prétendre les répartir en fonction des secteurs d’ac-
tivité qui les accueillent. Le service de l’état civil qui devrait fournir les statistiques ex-
haustives relatives aux mouvements de la population, semble se limiter à l’enregistrement
des naissances, des décès et des réfugiés. Le volet de la migration paraît délaissé. Tout de
même, la Direction de la surveillance du territoire (DST) reste vigilante vis-à-vis des mi-
grants internationaux, notamment au niveau des frontières. Par contre, à l’entrée et à la
sortie de grandes agglomérations, les contrôles sont souples et ne permettent pas de repérer
les migrants, notamment internes. Ainsi, il manque de données empiriques sur les mi-
grants internes ce qui est un véritable obstacle à une bonne compréhension des apports
des filières oignon et pomme de terre à la dynamique démographique de la CUA.
La situation est générale dans l’ensemble des pays à faibles revenus. L’OIM (2015) ap-
prend qu’il n’existe pas, dans ces pays, de données recueillies de manière systématique
sur la migration et l’urbanisation. Pour pallier ce défaut, l’observation directe est un
moyen qui permet de faire des constats. Il suffit d’une randonnée dans les rues, à la place
des marchés, dans les comptoirs et les jardins, en fonction des périodes de l’année pour
s’imprégner de l’ambiance et ressentir l’espace vécu. En sillonnant la CUA, on se rend
compte de la présence de migrants impliqués directement ou indirectement dans le maraî-
chage. À leur arrivée, ils sont visiteurs, mais ils finissent résidents. La migration vers
Agadez est permanente d’où elle participe à la croissance démographique qui est une ex-
pression de la dynamique urbaine.
La migration figure parmi les facteurs qui sont à l’origine de la croissance démographique
de la CUA (Adamou et Morel, 2005). Les filières oignon et pomme de terre sont at-
trayantes car elles offrent des emplois. Cependant, aucune institution n’a pu déterminer,
avec exactitude, le nombre de migrants qui les intègrent. L’extrapolation est possible à
184
partir des estimations existantes. D’une part, selon la direction régionale du développe-
ment rural, chaque maraîcher de la région emploie en moyenne deux ouvriers agricoles
(migrants ou locaux). Les données collectées sur le terrain donnent une moyenne sensi-
blement inférieure (1,24). En considérant uniquement les salariés migrants, la moyenne
devient 0,87. Mais, les 32 producteurs enquêtés de la CUA emploient 35 salariés migrants
donnant une moyenne de 1,09. D’autre part, la CUA compte trois unions de coopératives,
membres de la FRUCA, qui totalisent 1200 exploitants. En multipliant cet effectif par la
moyenne, le résultat est 1308. Les chargeurs et les divers revendeurs des produits maraî-
chers dépassent, en termes d’effectif, les salariés agricoles. Ainsi, il est plausible que les
filières oignon et pomme de terre font introduire plus 2000 personnes par an dans la CUA.
Les activités maraîchères injectent d’importantes sommes d’argent et offrent des oppor-
tunités d’emplois dans la région d’Agadez. La FRUCA réalise des chiffres d’affaires an-
nuels moyens de l’ordre de 7 milliards de FCFA (tableau 11). Au cours de la période 2011-
20017, les recettes annuelles ont fluctué d’une année à l’autre, avec une baisse drastique
en 2016 et 2017. L’année 2014 enregistre la commercialisation la plus importante qui
s’élève à plus de 10 milliards de FCFA. L’oignon est de loin le produit qui rapporte les
revenus. Il est suivi de la pomme de terre. Les autres produits vendus sont constitués de
l’ail, de la tomate séchée, des épices et des fruits (agrumes, grenadine et raisin). L’en-
semble de tous ces produits engendre moins des recettes annuelles que la pomme de terre.
185
Ces recettes mettent en évidence l’enjeu économique et social que présentent les filières
oignon et pomme de terre dans le développement de la région d’Agadez.
La baisse des recettes observée au cours des deux dernières années est due, selon l’avis
des enquêtés à la chute du prix de l’oignon sur le marché international. Ils ont également
évoqué l’abandon de certains jardins par les producteurs au profit de l’exploitation de l’or
et des dégâts causés par les inondations. « Nombreux sont les jardiniers de l’Aïr qui ont déserté
leurs parcelles pour rechercher l’or. Certains sont revenus bredouille, d’autres ont réalisé des
gains qu’ils ont investis dans l’agriculture » (Grégoire et Gagnol, 2017). Les revenus issus
de la vente des produits maraîchers sont énormes. Ils sont répartis proportionnellement
aux quantités fournies par les producteurs. Les comptoirs sont à l’image des marchés où
chaque commerçant se contente de ses propres recettes.
La FRUCA ne prend en compte que les recettes de ses membres. Les transactions mar-
chandes de l’UCMT et du marché des légumes ne sont pas comptabilisés dans ses statis-
tiques. Il faut retenir que ces deux structures sont autant actives que la FRUCA. En con-
sidérant l’ensemble (FRUCA, UCMT et marché des légumes), il sans équivoque que
186
chiffres d’affaires seraient meilleurs. En effet, l’UCMT (photo 19) collecte et commercia-
lise la grande partie des récoltes de la zone de Tabelot d’où proviennent les plus impor-
tantes quantités d’oignon et de pomme de terre de la région d’Agadez. Son comptoir est
l’un des quatre les plus actifs (UCMA, UCIL, UCMT et UCZT) qui fonctionnent réguliè-
rement le long de l’année. Cependant, nous n’avons pas pu accéder à ses données. L’am-
biance qui se présente au sein du comptoir, est un indice de réalisation d’importantes re-
cettes annuelles.
Le comptoir de l’UCMT est caractérisé par des activités intenses et une présence perma-
nente de camions (photo 20). À tout moment, de jour comme de nuit, l’ambiance observée
est grouillante. Dockers, producteurs, intermédiaires et revendeurs de divers articles, cha-
cun s’attèle à une préoccupation. Il est un véritable centre d’offre d’emplois, en consé-
quence de lutte contre le chômage et la réalisation du bien-être de l’ensemble de la popu-
lation de la commune.
187
Photo 20 : Une vue du comptoir de l’UCMT : remplissage de sacs d’ail (A) et sacs d’oignon prêt
au chargement, au fond stationnement de camion (B)
En plus des revenus directs qu’ils génèrent, l’UCMB et le marché des légumes favorisent
le développement de certaines activités urbaines comme le transport, la petite restauration
de rue, le petit commerce et les travaux d’ateliers. Ils sont des zones de chalandise quali-
fiables de centres secondaires qui attirent des clients. Ils permettent les échanges, l’un des
facteurs essentiels de la croissance.
Les cultures marchandes ont suppléé les cultures vivrières. À l’échelle régionale, les su-
perficies emblavées en cultures vivrières diminuent alors qu’il est observé une extension
des terres agricoles. Waziri Mato et Anthelme (2005) constatent le développement des
cultures de rente. Par exemple, entre 2012 et 2017, les superficies cultivées en blé, princi-
pale culture vivrière, ont chuté de 714,5 à 0 hectare, alors que l’oignon a bénéficié d’une
188
augmentation d’espace de plus de 2000 hectares au cours de la même période (Niger-
DR/INS, 2018). Les nouvelles cultures ne sont pas destinées à la consommation des mé-
nages, mais elles occasionnent l’achat de vivres. Ainsi, après la vente, les producteurs
procèdent au ravitaillement en vivres. Le plus souvent, ils constituent des stocks capables
de couvrir leurs besoins d’entre deux grandes ventes. Les besoins quotidiens (achat de thé,
condiments, autres petites dépenses) sont satisfaits par les ventes en détail sur le jardin ou
le marché des légumes. Les grandes ventes sont également l’occasion de réaliser les dé-
penses non alimentaires du ménage. Toutes les transactions se déroulent dans les diffé-
rents marchés de la CUA. Finalement, l’argent généré par les jardins de l’Aïr est dépensé
dans la ville d’Agadez.
Les achats effectués par les maraîchers rentabilisent le commerce qui est non seulement
une manifestation tangible de la vitalité urbaine, mais aussi une source financière pour les
caisses municipales et de la Direction générale des impôts (DGI) à travers les divers taxes
et impôts collectés. Selon un responsable de la FRUCA, la mairie perçoit des taxes sur
chaque sac de produits maraîchers qui sort d’un comptoir. Il indique que l’oignon occa-
sionne un versement annuel moyen de 700000 FCFA. Aussi, les producteurs affirment
qu’ils payent des droits de sortie de la commune. Sur chaque sac de produits maraîchers,
la perception de la mairie prélève 25 FCFA. Les économistes perçoivent la ville comme
un marché parce qu’elle produit des richesses (Pumain, 2006). La production des richesses
est profondément liée aux activités pratiquées et au pouvoir d’achat des habitants. Plus les
ménages sont fortunés, plus ils effectuent des dépenses et plus les commerces fructifient,
entrainant la formation des richesses. De ce point de vue, les filières oignon et pomme de
terre participent à la dynamique de la CUA en favorisant des activités et en améliorant le
pouvoir d’achats des acteurs qui sont de potentiels clients.
Après la satisfaction des besoins vitaux, les producteurs, principaux acteurs des filières,
pensent à effectuer des investissements. Sur l’ensemble des 115 enquêtés, 40 ont déclaré
avoir investi quelque part. Mais, il ne s’agit pas de placements consistants susceptibles
d’impulser efficacement la croissance. Il est question, le plus souvent, de la formation de
petites entreprises familiales dont l’objectif est d’occuper certains actifs du ménage. Tout
de même, c’est une voie d’amélioration des revenus des ménages dont les principales ac-
tivités ciblées sont le commerce, l’immobilier et le transport (fig. 22). Certains acteurs
189
interviennent dans tous ces secteurs et bien d’autres d’où la différence entre le nombre de
citations et celui des interviewés.
Figure 22: Secteurs d'investissement des acteurs des filières oignon et pomme de terre
dans la CUA
Les trois premiers secteurs (le commerce, l’immobilier et le transport) sont stratégiques
dans la dynamique urbaine. Ils améliorent les fonctions économiques, d’habitats et de cir-
culation. Les acteurs des filières oignon et pomme de terre intervenant dans le commerce
(41%), vendent les légumes, les céréales, les intrants agricoles et les produits manufactu-
rés (thé, sucre, pâtes alimentaires) sous des hangars ou dans des boutiques. Cependant, il
n’est nullement prétexté que les commerces de la CUA sont gérés par les acteurs des fi-
lières maraîchères. Certes, dans le domaine, ils sont à la fois acteurs de ventes et clients.
Quant aux deux autres secteurs, l’un crée l’éloignement et l’autre le rapprochement. La
construction de nouvelles habitations engendre l’étalement urbain dont l’une des consé-
quences est l’accroissement des distances. Le développement du transport intra-urbain est
la solution idoine à la question posée par la distance. De l’ensemble des enquêtés, 11 ont
pensé intervenir dans le transport par l’achat de motos. La croissance démographique, en
engendrant l’étalement de la ville, a induit l’allongement de la distance. La mobilité quo-
tidienne s’est intensifiée occasionnant l’apparition de nouveaux moyens de transport que
190
sont les motos-taxis. Les jeunes qui exercent cette activité sont nombreux dans la CUA.
En plein essor, elle atténue certains problèmes urbains, notamment l’oisiveté qui aboutit
le plus souvent à la délinquance et la criminalité. La ville assure la fonction d’habitat. Les
acteurs des filières oignon et de la pomme de terre y participent. Néanmoins, il faut re-
marquer que leur participation est basée sur la construction de logements et l’achat de
jardins. Ils ne sont pas encore orientés vers l’immobilier de services (commerces, entre-
prises et administrations privées). Leur niveau d’éveil n’est pas compatible à la réalisation
de tels investissements susceptibles de rapporter des revenus substantiels.
Bien que modestes, la plupart des investissements est réalisée dans la CUA (Fig. 23). Les
acteurs préfèrent installer leurs entreprises en ville mieux qu’en campagne. Toutefois, les
déclarations sont à considérer avec beaucoup de réserves car les paysans sont enclins à la
subjectivité par rapport à la réalité de leurs revenus pour des raisons culturelles. Un
enquêté, rencontré dans le comptoir de l’UCIL, nous confie que « une personne normale
garde secrètement deux choses qu’elle n’énonce jamais : ses revenus et son âge ». Ces deux
variables sont très déterminantes dans les analyses statistiques. Mais, elles sont très mal
connues dans les sociétés dominées par le secteur informel.
Figure 23 : Les milieux d’investissement des acteurs des filières oignon et pomme de terre
191
Les investissements sont accompagnés d’offres d’emplois. Les données de terrain mon-
trent que certains acteurs sont des « employeurs ». Ils ont donné du travail à au moins une
personne, ne serait-ce qu’un membre de leur ménage. Sur les 115 personnes interrogées,
37 sont de cette catégorie. Mais, comme indiqué plus haut, il s’agit d’entreprises familiales
ayant un statut et un fonctionnement précaires. À travers l’utilisation des recettes, les fi-
lières oignon et pomme de terre participent à la consolidation des fonctions de la CUA.
La CUA n’est pas soustraite de cette situation. Elle se développe en même temps que
subsiste le maraîchage périurbain qui est une opportunité d’emploi pour de nombreux ha-
bitants. Elle s’étale en épargnant les espaces propices aux activités agricoles (carte 21).
En effet, les extensions actuelles sont plus orientées vers le sud-ouest, un terrain essen-
tiellement couvert d’affleurement rocheux. Les zones nord-ouest et le nord-est qui sont
favorables à l’agriculture ne subissent pas de fortes pressions d’occupation au titre d’ha-
bitat.
193
Carte 21 : Zone de production agricole et étalement de la ville d'Agadez
194
Agadez est le principal centre qui assure les principales fonctions d’un milieu urbain, dans
la vaste partie septentrionale et désertique du Niger. Elle se présente comme un pôle dont
le rayon d’influence dépend des biens et des services offerts. Grâce à l’oignon, la CUA
exerce un pouvoir attractif sur l’ensemble du Niger et certains pays de l’Afrique de l’ouest.
Produit dans la région à un moment où il est rare sur le marché sous régional, l’oignon
d’Agadez est consommé hors de ses frontières. Ainsi, les acteurs des filières maraîchères
participent, non seulement à l’amélioration de la balance commerciale du Niger, mais
aussi à l’élargissement du champ d’influence de la CUA. Sans aucun doute, grâce à l’oi-
gnon, l’hinterland d’Agadez s’élargit et couvre une grande partie du territoire national
(Zinder, Tahoua et Niamey) et au-delà, certains pays de l’Afrique de l’ouest (Nigéria,
Benin, Côte-d’Ivoire, Ghana). Quant à la pomme de terre, elle joue un double rôle dans
l’élargissement de la zone d’influence d’Agadez. Premièrement, elle met en liaison la
CUA avec l’Algérie qui fournit les semences et assure la disponibilité pendant les périodes
de rupture. Les anciennes relations commerciales avec l’Algérie (Grégoire, 2000) ralen-
ties par les rebellions armées, sont redynamisées à travers les échanges de plusieurs pro-
duits dont la pomme de terre. Deuxièmement, la pomme de terre produite localement et
importée n’est pas consommée à Agadez. Elle est acheminée à Niamey, la capitale du
Niger. Du coup, Niamey fait partie de l’arrière-pays de la CUA. Les deux produits agri-
coles couvrent le circuit de l’import et de l’export du Niger. L’oignon présente le pays
comme un fournisseur et la pomme de terre comme un client.
195
110497 habitants. La zone rurale qui est actuellement, en grande partie, atteinte par l’éta-
lement urbain, abrite 7743 habitants (Niger-INS, 2014). Le seuil d’habitant est atteint avec
une part certaine de filière oignon et pomme de terre. La promotion administrative im-
plique normalement une amélioration de la disponibilité et de la qualité des services pu-
blics et des infrastructures collectives de base. Il y aura certainement une compétition entre
les arrondissements communaux qui entrainerait un renforcement des équipements ur-
bains qui sont les facteurs de drainage de populations rurales proches et lointaines. De
manière pratique, la gouvernance urbaine serait révisée et les politiques et stratégies ur-
baines taxées de coûteuses et non productives auraient les chances de se réalisées. La CUA
serait bien gérée et assurerait pleinement la fonction administrative. Ces prédictions se
réaliseront avec la contribution certaine des filières oignon et pomme de terre.
La ville concentre normalement des habitants qui tirent leurs moyens d’existence du com-
merce et de l’industrie (Paulet, 2009). Les secteurs secondaire et tertiaire consomment le
grand nombre d’actifs des villes. Il s’agit des domaines d’activités qui permettent facile-
ment aux villes de se spécialiser, notamment l’exploitation minière. Les filières oignon et
pomme de terre appartiennent au secteur primaire, mais elles font développer des activités
propres au milieu urbain. C’est l’une des caractéristiques fondamentales des villes des
pays en développement (persistance du secteur primaire et informel). Elle perdurera aussi
longtemps que le développement industriel resterait en retard. Malgré l’absence d’indus-
tries, la majorité de la population active de la CUA se trouve dans le secteur tertiaire
(commerce, service, transport, artisanat, etc.). Selon les résultats du 4e RGPH, seulement
6,5% des ménages de la CUA sont agricoles, c’est-à-dire qui pratiquent l’agriculture ou
l’élevage comme activité principale (Niger-INS, 2014). Ils sont essentiellement localisés
dans la zone rurale de la commune. Cependant, cette faible représentativité démogra-
phique n’implique pas que les activités maraîchères participent faiblement aux fonctions
économiques. Les acteurs des filières oignon et pomme de terre sont des agents écono-
miques. Ils produisent des légumes pour vendre et achètent des vivres pour consommer.
Ils participent aussi à l’absorption du chômage en faisant des investissements et en créant
des emplois dans la ville (fig. 24).
196
Figure 24 : investissements et créations d'emplois par les acteurs des filières oignon et
pomme de terre dans la CUA
Source : Enquêtes de terrain, juillet-août 2018
La figure n° 24 permet de constater que sur les 115 enquêtés, 26 (22,6%) ont déclaré avoir
effectué des investissements dans la ville et 37 (32,17%) ont permis à des jeunes d’être
occupés. Bien que le poids de ces interventions ne soit pas déterminé, il est une évidence
que les filières oignon et pomme de terre participent à la réalisation de la fonction écono-
mique de la CUA. Les fonctions militaires et culturelles sont accompagnées de façon in-
directe car la concentration des personnes et des activités oblige l’amélioration du dispo-
sitif sécuritaire et la multiplication de centre de loisir. Par exemple, l’installation d’un
commissariat de police dépend de la concentration de la population. Plus les personnes
sont nombreuses, plus le besoin de protection se fait sentir. La ville, en concentrant une
diversité de comportement, est un lieu propice au déchainement de la délinquance. Les
forces policières doivent veiller au maintien de l’ordre. Aussi, pour garantir la sécurité
routière, désormais des policiers interviennent dans la circulation. Deux décennies aupa-
ravant, leur présence n’est pas constatée aux carrefours.
Cependant, les fonctions urbaines n’évoluent au point de produire une transformation so-
ciale et économique, que lorsque l’extension des villes est anticipée. Pour la réussite de la
197
transformation des milieux urbains, l’action volontaire des pouvoirs publics (la planifica-
tion) s’avère indispensable. Les villes doivent évoluer suivant un schéma préétabli. Elles
méritent d’être bâties suivant le chemin des hommes et non celui des ânes, pour utiliser
une expression de Le Corbusier (1925) qui regrette que l’âne ait tracé toutes les villes du
continent européen. La géométrie se généralise progressivement et aujourd’hui, les plani-
ficateurs urbains parlent de villes durables. Dorénavant, les villes sont construites selon
un plan préétabli qui prend en compte les préoccupations actuelles et futures. C’est dans
cette optique que l’ODD 11 demande de « faire en sorte que les villes et les établissements
humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables » (Nations unies, 2015, p. 15). Pour
rendre cette ambition opérationnelle, les politiques publiques doivent promouvoir une
meilleure planification et gouvernance urbaines (BAD, OCDE et PNUD, 2016).
Au Niger, les instruments de la planification urbaine sont bien définis. La loi n°2017-20
du 12 avril 2017, fixant les principes fondamentaux de l’urbanisme et de l’aménagement
urbain, est l’un des derniers documents illustratifs. Elle prévoit un titre sur l’urbanisme
prévisionnel (titre III). L’article 31 indique clairement les attentes de cette option. Il est
écrit : « l’urbanisme prévisionnel, appelé aussi planification urbaine, est la prospective d’une
agglomération à travers laquelle sont définies les perspectives de son développement spatial, éco-
nomique et social à moyen et long termes ». Force est de constater, de manière générale, que
la planification urbaine est absente dans tous les pays à faibles revenus. Les textes sont
bien écrits, mais leur mise en application reste problématique. L’urbanisation est sponta-
née ce qui se traduit par des difficultés de bénéficier de ses avantages. La Commission
économique des Nations unies pour l’Afrique (Nations unies-CEA, 2018, p. 5) renseigne
que « les villes africaines se développent rapidement, mais cela ne les rend pas productives. La
productivité est le fruit de la densité des activités économiques dans une économie spatiale bien
organisée et gérée ». Certains auteurs pensent qu’il s’agit d’une spécificité des pays de
l’Afrique sub-saharienne (Mesple-Somps et al., 2014). En dépit des constats alarmants, la
Banque africaine de développement (BAD, 2011) garde l’optimisme et rappelle une règle
empirique « chaque fois que double la taille d’une ville, la productivité des activités qui y
sont menées augmente d’environ 4% à 8% ». La BAD, l’OCDE et le PNUD (2016)
d’ajouter que l’urbanisation fait évoluer les marchés du travail et ceux des denrées ali-
198
mentaires. Selon l’opinion de ces organismes, la croissance économique du secteur agri-
cole s’explique par l’introduction de nouveaux modes de consommation c’est-à-dire une
diversification du régime alimentaire des citadins. La situation correspond bien à la CUA
où les habitudes alimentaires ont évolué. Quelques années auparavant, certains produits
agricoles n’étaient pas intéressants. La grenadine était produite, mais n’était pas vendue
et le chou servait à nourrir les animaux d’exhaure. Le moringa qui abonde actuellement
sur le marché, était absent dans les jardins. Les dattes crues n’étaient pas exposées sur le
marché. La liste n’est pas limitative. L’urbanisation influence les habitudes alimentaires
aux profits des maraîchers qui diversifient l’offre de leurs produits.
Les acteurs maraîchers interagissent avec d’autres acteurs de la ville. De ce fait, ils intè-
grent le système ville. Or dans un système les éléments s’équivalent car le dysfonctionne-
ment du moindre affecte le bon fonctionnement du majeur. Dans cette perspective, les
filières oignon et pomme sont des composantes indissociables de la réalisation de toutes
les fonctions assurées par la CUA.
200
Carte 22 : Évolution spatiale de la CUA de 1988 à 2018
201
Pendant longtemps, la vie urbaine à Agadez s’organisait autour de l’ancienne ville. L’es-
sentiel des fonctions urbaines y sont exercées. À partir des années 2000, la ville déclenche
une véritable extension de principales variables qui expliquent l’urbanisation. Elle connaît
une explosion sans précédent sur tous les plans (démographique, économique, fonctionnel
et spatial). La population urbaine et la superficie bâtie ont augmenté considérablement
(tableau 12). La ville joue pleinement son rôle de métropole régionale.
Source : Adamou, 2007 ; Niger-INS, 2014 et Images Google Earth (1988, 2001, 2012 et 2018)
Le tableau n° 12, dont la superficie est déterminée à partir de la carte 22 (plus haut, images
Google Earth 1988, 2001, 2012 et 2018), montre que la densité de la population a cru très
lente entre 1988 et 2012. Par contre, au cours de la période 2012-2018, elle a connu une
décroissance très importante, passant de 53,32 habitants/hectare à 29,96. Cette baisse de
la densité rend perceptible le phénomène de l’étalement urbain. Elle s’explique par trois
principales raisons : l’engloutissement de hameaux périphériques, le contournement des
obstacles naturels (lit du Teloua) et humains (aéroport) par le front d’urbanisation et les
spéculations foncières. À la périphérie, l’habitat est dispersé et de nombreuses maisons ne
sont pas habitées. Ce type d’occupation de sol est un véritable fardeau pour les services
chargés de l’équipement de la ville en infrastructures sociales de base.
L’étalement urbain est l’une des principales caractéristiques des villes des pays en déve-
loppement qui sont étiquetées de dévoreuses d’espace. Elles se construisent horizontale-
ment en laissant des espaces vides en leur sein. Les poches vides sont dues aux contour-
nements des obstacles naturels dont les moyens techniques et financiers ne permettent pas
202
de construire ou aux spéculations foncières. « En Afrique, l’étalement urbain et la faible den-
sité s’expliquent prioritairement par la spéculation foncière et la propension des populations
pauvres à s’installer dans les périphéries où les lots de terrains sont encore accessibles »
(Guézéré, 2013). Le Bris (1998) affirme qu’il a été vérifié que la superficie des villes
africaines triplait lorsque leur population doublait. Le rythme de la croissance spatiale est
supérieur à celui de la croissance démographique. Les filières oignon et pomme de terre
participent à l’accélération de ces deux phénomènes.
203
Carte 23 : Localisation des comptoirs dans CUA
204
Les va-et-vient des populations sont plus intenses dans les zones des comptoirs en com-
paraison aux autres parties de la ville, excepté les contours des marchés. La densification
des mouvements peut être liée à la présence permanente de visiteurs. Les comptoirs atti-
rent également les revendeurs ambulants qui ciblent les lieux de concentration humaine.
Lorsque la ville s’étale, elle empiète sur les zones agricoles. Ce phénomène est propre à
tous les établissements urbains. Il est évoqué dans un nombre important de travaux de
recherche (Motcho, 2005 ; Diongue, 2010 ; Dauvergue, 2011) qui ont abouti à des con-
clusions sensiblement identiques : le triomphe de l’urbanisation sur l’agriculture. Agadez
présente une situation contraire. Les zones agricoles sont inondables, donc marginales à
l’habitation. Elles sont craintes des populations qui gardent le souvenir de l’inondation de
2009 dont la ville porte encore les séquelles (photo 21). Les cours d’eau des régions de
montagne sont torrentiels. Ils engendrent des inondations violentes susceptibles de causer
d’importants dégâts et des pertes humaines.
En dehors de l’occupation des espaces agricoles, parfois les plus productifs, l’étalement
urbain induit une croissance de la consommation d’énergie, c’est-à-dire la hausse des
coûts de la mobilité. Les résidences s’éloignent de plus en plus des lieux d’emploi et du
centre-ville. Ainsi, en participant à l’étalement urbain, les comptoirs agissent sur la mobi-
lité quotidienne.
205
7.4.2 Comptoirs et mobilités urbaines
Les comptoirs sont incontestablement des centres secondaires. Par ce biais, ils entrainent
l’allongement de la distance. Ainsi, la mobilité quotidienne et la migration pendulaire
s’intensifient. L’amélioration des revenus a permis aux producteurs de changer leurs
moyens de déplacement. Au même titre que les animaux d’exhaure sont remplacés par la
motopompe, les animaux de bât sont remplacés par la moto. Cette révolution intensifie la
migration pendulaire et appuie la fixation des habitats dans la banlieue où les producteurs
ont l’avantage d’un logement moins cher, le plus souvent personnel. La facilité des dépla-
cements incite à l’étalement urbain et accentue le phénomène de rurbanisation. Le chro-
niqueur Jérôme (2017) estime que la Chine a inventé l’étalement urbain et facilité la mo-
bilité en Afrique, grâce à ses motos vendues à bas prix. Il écrit « la moto individuelle et,
surtout, la mototaxi sont venues pallier l’absence de transports urbains, permettant à des milliers
de personnes de se déplacer des centres villes aux périphéries les plus lointaines ou réputées
difficiles d’accès ». Cette opinion est partagée par Arnoul et Sari (2016) qui constatent que
« plus les infrastructures de transport sont développées, moins les coûts liés à la mobilité quoti-
dienne sont élevés et plus l’étalement urbain est important ». La révolution des moyens de
déplacement maintient les producteurs dans les villages périphériques qui sont progressi-
vement atteints par la ville.
Les villes sont hétérogènes. Elles sont faites de contrastes et de juxtapositions qui sont
mis en scène par la diversité des couches sociales, des tissus urbains, des secteurs d’acti-
vité, des modes d’accès aux biens matériels et aux loisirs. Le dualisme et la mixité sont
communs à toutes les villes du monde. Pour atténuer les effets indésirables induits par
l’imbrication des composantes de la ville, les gestionnaires urbains préconisent le zonage.
C’est une pratique volontariste d’utilisation de l’espace qui consiste à « diviser le territoire
en zones, classifier les usages du sol et les constructions en vue de soumettre ces différentes caté-
gories à des normes spécifiques » (Charles, 1975). Le zonage prévoit de réserver des secteurs
spécifiques pour les activités et les résidences. Il repose sur des documents qui règlemen-
tent les extensions urbaines et la localisation des activités. Les villes des pays du sud qui
se développent de façon spontanée, sans schéma préalable, sont loin de cette vision qui
206
crée une ségrégation voulue et avantageuse. Cependant, c’est un modèle traditionnel de
planification spatiale qui est remis en cause par les approches stratégique et collaborative
(Douay, 2013). Ces approches proposent l’implication de toutes les composantes d’une
ville dans la gestion. Dans le courant des années 1980, le fonds monétaire international
(FMI) et la Banque mondiale soutiennent ces visions en imposant à certains pays les Pro-
grammes d’ajustement structurel (PAS). Ces programmes instaurent une forme de gou-
vernance fondée sur la participation des communautés. Désormais, il ne revient plus aux
techniciens de moduler les espaces urbains. Toutes les composantes sont prenantes. Ainsi,
une multitude d’acteurs (société civile, professionnels, promoteurs immobiliers privés,
collectivités territoriales locales, chercheurs, etc.) intègre la gestion de la ville. Ils ont, le
plus souvent, des ambitions et des préoccupations contradictoires. Cette combinaison
d’acteurs ne garantit pas une planification urbaine efficiente bien que des dispositions lé-
gislatives et réglementaires balisent les cadres d’interventions. Les visions spéculatives
des promoteurs immobiliers et le clientélisme sournois des hommes politiques ont tou-
jours prévalu dans les opérations de lotissement. Les suggestions techniques des gestion-
naires des territoires et des professionnels de l’urbanisme et de l’aménagement sont ac-
cessoires. De ce fait, la mixité se maintient dans les villes, notamment dans les villes
moyennes et intermédiaires des pays en développement.
Les migrants saisonniers qui arrivent dans la CUA, n’ont que leur force musculaire comme
première ressource. Miséreux depuis leur milieu d’origine, ils n’ont aucune qualification
attestée. Leur niveau d’instruction est très bas (fig. 25). Parmi les migrants enquêtés, au-
cun n’a reçu une formation professionnelle. Leur cursus scolaire est limité aux niveaux
inférieurs de l’enseignement général qui sont fondés sur la théorie. Cette absence de qua-
lification adéquate les condamne aux emplois précaires dont les revenus ne permettent pas
de vivre la vraie vie citadine. Ils sont habitants de la ville sans être citadins. Ils incarnent
les symboles de la ruralité observée dans la CUA. Dans tous les domaines où ils intervien-
nent, ils sont les intrus qui rendent visible la mixité. Par exemple, ils ne jouissent pas de
l’élément fondamental du bien-être qu’est le logement dont Boyer (2010) rappelle les ver-
tus : « lieu de référence à partir duquel l’individu a non seulement une plus ou moins grande
facilité d’accès au reste de la ville, à ses services et ses activités, où il peut aussi se replier, jouir
d’un confort et d’une sécurité ».
207
Figure 25 : Répartition des migrants saisonniers en fonction de leur niveau d'instruction
Les informations collectées sur le terrain montrent que les migrants saisonniers sont ma-
joritairement locataires, le plus souvent en affiliation, dans des habitations de moindre
confort. Ils vivent en colonie, dans la promiscuité la plus absolue. Ils occupent, parfois
anarchiquement, les zones à risque qui ne connaissent aucun aménagement. Une étude
menée par CRPGCA et OCHA (2012) révèle que les ménages des migrants s’installent à
la périphérie et dans les zones à risque. Ils vivent dans des conditions de vie des plus
sordides caractérisées par l’absence totale des réseaux (eau courante, électricité et assai-
nissement), l’insalubrité de l’environnement et sans accès à une alimentation décente.
La ségrégation est un héritage des villes africaines ayant vécu la colonisation. La CUA est
un exemple typique avec son quartier administratif (Bariki) séparé de la ville indigène par
Aghazar Madaran, un bras du Teloua. La cohabitation entre les colonisateurs et les indi-
gènes était prohibée pour des raisons sanitaires, notamment la transmission du paludisme.
« On interdit aux Européens de vivre parmi les autochtones et, inversement, aux familles noires
de résider dans les quartiers blancs » (Pérouse de Montclos, 2004). Le départ des colons n’a
entrainé qu’un changement de forme et de nature de la ségrégation. Certes les quartiers
administratifs ont de nouveaux locateurs qui appartiennent à la population autochtone,
mais des disparités sont observées au sein des quartiers ou entre les habitants.
208
La CUA a un avantage exceptionnel. Toutes les terres appartiennent à priori au sultan de
l’Aïr. Il n’existe aucun détenteur coutumier qui puisse morceler et vendre à sa guise un
lopin. Toutes les opérations foncières s’effectuent en concertation entre le sultanat et les
services administratifs compétents en la matière. Cela réduit la prolifération des quartiers
informels. La trame régulière des quartiers, hormis dans l’ancienne ville et les villages
engloutis, est un témoin éloquent. Les inondations historiques de septembre 2009 ont fa-
vorisé la restructuration des anciens campements qui étaient complètement submergés.
Les maisons étaient dissoutes et la mairie a profité de l’occasion pour procéder à une
restructuration.
Selon les Nations unies (2017), « l’urbanisation est la proportion de la population nationale
résidant dans des zones urbaines ». Certes, il existe des villes rétrécissantes (Roth, 2011 ;
Rérat, 2016 ; Nafaa, 2017), mais à l’échelle globale, le phénomène d’urbanisation paraît
irréversible. Les Nations unies projettent une croissance progressive de la population ur-
baine mondiale (fig. 26). Actuellement, plus de personnes vivent en milieu urbain qu’en
milieu rural et le contraste se renforcera, surtout dans les pays en développement. En effet,
en 1950, 30% de la population mondiale vivaient en ville, la proportion atteint 55% en
2018 et il est attendu 68% de citadins en 2050 (United Nations, 2019). Conséquemment,
l’effectif de la population rurale décroit. Les conséquences logiques sont l’amélioration
des conditions sociales et économiques, mais dans les pays à planification urbaine. L’ur-
banisation bien coordonnée est porteuse de progrès. Selon l’UNFPA (2007, p. 1), « à l’ère
industrielle, aucun pays n’a connu de croissance économique significative sans urbanisation ».
Si les pays industrialisés sont riches, c’est parce qu’ils ont su exploiter judicieusement les
avantages de la concentration des populations.
209
Figure 26: Évolution de la population rurale et urbaine mondiale de 1950 à 2050
Après Niamey, Agadez est la région la plus urbanisée au Niger. Les résultats de différents
RGPH montrent que son taux d’urbanisation suit la tendance observée dans les pays en
développement. Il est passé de 49,7% en 2001 à 57,6% en 2012 (Niger-INS, 2015 b). Cette
dynamique semble se renforcer dans les années avenir. L’INS projette une croissance en
valeur absolue des principales variables qui influencent l’urbanisation (fig. 27). En effet,
la région d’Agadez compte quatre centres urbains (Arlit, Bilma, CUA et Tchirozérine)
dont la CUA est le principal et le plus attractif. À l’échelle régionale, il est attendu une
hausse de l’effectif des jeunes urbains et une addition de nouveaux ménages dans les
centres urbains. La désagrégation des chiffres montre une légère supériorité de l’effectif
des hommes par rapport à celui des femmes (Niger-INS, 2016). Le déséquilibre du rapport
de masculinité suppose que la croissance urbaine future sera alimentée par la migration
210
des hommes. D’ores et déjà, il est important de constater que les filières maraîchères n’en-
registrent aucune femme migrante. Il résultera de l’augmentation des ménages une expan-
sion de l’habitat et des demandes pressantes en emplois et services divers.
La gestion des flux migratoires mérite de préoccuper les autorités de la CUA afin d’en
tirer le maximum de profits dont ils sont porteurs. À travers un examen de l’histoire de la
ville, il ressort que la migration, mieux la mobilité a occupé une place déterminante dans
l’économie. Ainsi, il n’est point question d’agir comme le colonisateur français qui a as-
phyxié la région en entravant les échanges caravaniers. C’est conscient des enjeux migra-
toires émergents (socio-économiques, politiques, culturels et sécuritaires), que le gouver-
nement du Niger a élaboré une Politique nationale de la migration (PNM). Cette politique
dont l’objectif est de contribuer au bien-être de la population, repose sur trois axes straté-
giques qui sont l’exploitation des potentialités et des opportunités économiques locales du
Niger, la protection des migrants et la gestion des flux migratoires (Niger-MI, 2020). En
tant que plaque tournante des mouvements migratoires au Niger, la région d’Agadez doit
en faire sienne.
La migration et la croissance naturelle sont les deux principales mamelles qui alimentent
l’urbanisation. Elles méritent une prise en compte conséquente dans les politiques de dé-
veloppement. Kessides (2006, p. 63) attire l’attention des décideurs : « bien que les données
211
soient limitées, les chiffres indiquent que les migrations ont été tout compte fait favorables tant
pour les zones émettrices que réceptrices en Afrique ». La CUA est une zone de transit, émet-
trice et réceptrice. Elle rassemble tous les critères permettant d’accéder aux avantages
attendus de la migration. Les activités qui s’y développent actuellement, si elles permet-
tent aux citadins de vivre, elles n’assurent que la survie de la ville. Le petit commerce,
l’artisanat et l’agriculture ne sont pas des activités suffisamment capables de promouvoir
un développement économique et social structurel. Comme en témoigne l’histoire, la mo-
bilité des personnes est au centre de l’économie de la région. Il est une évidence que la
CUA ne présente aucun signe de rétrécissement, au contraire elle accueille davantage et
s’étale continuellement. Le processus d’urbanisation qui se déclenche est irréversible. Il
est donc impératif d’appliquer, sans laxisme, les textes législatifs en matière d’urbanisme.
La PNM ne doit pas être perçue comme une entrave à la mobilité, mais comme un instru-
ment d’encouragement et d’encadrement visant l’amélioration des conditions de vie des
migrants et des populations hôtes. Elle doit être convaincante et permettre de ne plus as-
similer la migration à la traite des personnes.
Conclusion du chapitre
Les revenus générés par les filières oignon et pomme de terre permettent aux producteurs
de s’approvisionner en biens non agricoles et favorisent la pratique de certaines activités
lucratives (commerce, transport, location immobilière). En outre, de nombreux migrants
sont attirés par ces cultures. Ainsi, les filières maraîchères participent à l’accélération et à
la consolidation de l’urbanisation dans la CUA. Cependant, il est nécessaire que les lois
en matière d’urbanisme soient appliquées pour amoindrir les effets néfastes attendus de la
croissance urbaine improvisée. L’urbanisation est une opportunité pour la croissance éco-
nomique, mais aussi un défi à relever par les acteurs impliqués dans l’aménagement ur-
bain. Les zones urbaines concentrent le capital humain, matériel et technique capable de
booster le développement national. Métropole régionale, la CUA continuera sans doute à
assurer les fonctions pour lesquelles elle est fondée.
212
CHAPITRE 8 : FILIÈRES ET MOBILITÉ DES PERSONNES : LES ATOUTS,
LES CONTRAINTES ET LES PERSPECTIVES
Ce chapitre fait l’état des lieux des atouts qui se présentent aux filières oignon et pomme
de terre et la mobilité des personnes dans l’Aïr. Il aborde également les contraintes qui les
assaillent et les perspectives qui s’offrent à leur avenir.
Les atouts sont considérés comme l’ensemble des facteurs qui favorisent l’essor des fi-
lières oignon et pomme de terre à Agadez. Ils sont d’ordre humain (adoption de nouvelles
pratiques culturales) et physique (particularité du climat). Les acteurs ont une perception
des atouts en faveur du développement de leurs activités.
Figure 28 : Facteurs du développement des filières oignon et pomme de terre dans l’Aïr
Source : Enquêtes de terrain, juillet-août 2018
213
L’analyse des réponses (fig. 28) montre que l’intervention de l’État et de ses partenaires
est indispensable au développement du secteur rural. Cela donne raison à Tollens (2004)
qui est persuadé que « sans appui et engagement de l’État, le développement agricole ne peut
pas avoir lieu, même dans une économie libéralisée ». Cette vision est partagée par la com-
munauté internationale à travers l’adoption, en septembre 2015, des ODD. L’objectif 2,
dédié à la lutte contre la faim, vise à accroitre l’investissement en faveur des infrastruc-
tures rurales, des services de recherche et de vulgarisation agricoles et à mettre au point
des technologies et des banques de plantes et des gènes d’animaux d’élevage afin de ren-
forcer les capacités productives, notamment dans les pays les moins avancés » (Nations
unies, 2015). Cet objectif n’est atteint qu’à travers, non seulement, une synergie d’actions
entre les différentes parties en charge du développement rural, mais aussi une implication
conséquente des différents États, chacun dans sa sphère de compétence. Les gouverne-
ments et leurs partenaires ont donc l’obligation de coordonner leurs actions en faveur du
monde rural. Cependant, il est souhaitable que leur intervention se matérialise sous forme
de subvention, d’assistance technique et de facilité d’accès aux crédits, jamais sous forme
d’aide gratuite. La gratuité crée la fainéantise et maintient le bénéficiaire éternellement
dans le besoin de secours. En plus, elle présente l’inconvénient de manquer sa cible pour
atteindre des catégories sociales qui ne sont pas réellement dans le besoin. Elle passe dans
de nombreux cas à côté des plus pauvres qui la méritent. Il existe un grand écart entre les
objectifs poursuivis par la gratuité et ce qu’elle est réellement sur le terrain. C’est dans
cette logique qu’un dicton chinois enseigne qu’il vaut mieux apprendre à un enfant à pê-
cher que de lui donner un poisson chaque matin. Le haut niveau de la gratuité est sans
doute l’aide au développement. Cette dernière fait l’objet de critique car ses attentes ne
sont satisfaites ni pour les donateurs, ni pour les bénéficiaires (Servet, 2010). Provenant
d’origines diverses, Jean-Michel (2001) constate que les critiques sont de toutes sortes.
Certains pensent qu’elle distord les marchés, déresponsabilise les gouvernements et em-
prisonne les États bénéficiaires dans la dépendance à l’égard des subsides internationaux.
D’autres l’accusent de couper les appareils publics des bénéficiaires ultimes, de nuire à
l’environnement et de renforcer les inégalités. Face à toutes les critiques, il suggère de
refonder l’aide au développement au XXIe siècle pour garantir la stabilité et le progrès
social sur la planète.
214
De l’indépendance à nos jours, les gouvernements successifs du Niger ont fourni des ef-
forts pour développer le monde rural. Cependant, il est lamentable de constater que la
multiplication de programmes et projets n’a pas abouti à une transformation structurelle
de l’agriculture nigérienne. Le pays peine à réaliser la souveraineté alimentaire, peut-être
parce que la base des financements repose sur l’assistance internationale. Les énormes
efforts consentis demeurent vains, non seulement parce que les paysans sont maladroite-
ment assistés, mais aussi parce qu’il n’existe pas de véritable continuité entre les poli-
tiques. Chaque gouvernement initie ses stratégies, parfois sans évaluer les actions anté-
rieures. « De la recherche de l’accroissement de la productivité par une intervention directe de
l’État, à la recherche de l’autosuffisance alimentaire et à la sécurité alimentaire, puis la réduction
de la pauvreté, les politiques agricoles n’arrivent pas encore à résoudre les problèmes primaires
du monde rural » (Boureima, 2006, p. 31). La politique actuelle, l’Initiative les Nigériens
nourrissent les Nigériens (I3N), mise en œuvre depuis une dizaine d’années, présente des
résultats quelque peu controversés. Son succès est douteux car les marchés des produits
alimentaires sont toujours dominés par les importations. L’objectif de faim zéro en 2020,
visé par cette initiative, n’est pas atteint. Avec ou sans ses appuis, l’irrigation progresse
dans l’Aïr, particulièrement grâce à la détermination des acteurs.
Ils sont engagés à moderniser leurs pratiques agricoles en adoptant des innovations. C’est
ainsi qu’ils ont rendu le maraîchage intensif en passant de l’attelage à la motopompe, des
215
canaux aux tuyaux, de l’autoconsommation à la commercialisation et de l’exploitation
d’une portion de la parcelle à l’extension. Ils ont adapté les techniques culturales, l’équi-
pement agricole et la présentation des produits sur les marchés à l’actualité. Ils font preuve
d’une forte capacité d’adaptation aux situations nouvelles. Cependant, de nombreux pro-
ducteurs restent hostiles aux semences étrangères, surtout celles d’oignon qu’ils produi-
sent eux-mêmes. Les semences allogènes, en dehors de celles qui ne sont produites loca-
lement (pomme de terre, carotte, chou, laitue), n’ont pas une grande audience. L’accepta-
tion ou le rejet d’une innovation agricole dépend de la confiance qu’ont les paysans de
son origine et des succès de son expérimentation. Les investigations sur le terrain montrent
que les innovations proviennent de plusieurs sources dont une grande partie relève de
l’adaptation (fig. 29).
L’adaptation, avis de 39% des répondants, est relative aux contraintes imposées par la
variabilité climatique et la pression démographique. Ces deux phénomènes se présentent
comme modérateurs du développement en l’accélérant ou en le retardant. Dans l’impos-
sibilité de les contrecarrer, les populations s’adaptent. Ainsi, les producteurs ont diversifié
leurs cultures et les ont conformées aux besoins du marché, en général et au goût des
216
citadins, en particulier. Ils garantissent la continuité de la production en adoptant des in-
novations apportées par les agents techniques étatiques et privés et les migrants de retour.
Les agents techniques prodiguent des conseils sur la gestion de l’eau et la fertilité des sols,
l’utilisation des intrants, les pratiques culturales, etc. Certains producteurs ont associé le
maraîchage à l’élevage après leur retour de la Libye où ils étaient employés dans des
fermes. Ils ont compris que la conciliation des deux activités permet de maximiser les
avantages. Ils ont aménagé des enclos à l’intérieur des jardins pour la pratique de l’em-
bouche. Cette activité génère des revenus et fournit des produits (lait, fromage) qui servent
de suppléments alimentaires. Les plantes envahissantes arrachées et les résidus de récolte
servent à entretenir les animaux qui fournissent la fumure organique. Une partie impor-
tante des enquêtés (14%) estime que les innovations agricoles sont d’origine locale. En
effet, les producteurs de la région d’Agadez disposent d’une longue expérience dans le
maraîchage. Abdoulaye Sambo (2020) témoigne qu’ils ont une expérience personnelle
avérée qui les guide dans le choix des périodes et des types de culture. Or, la maîtrise du
calendrier cultural est sans doute un des facteurs favorables à l’amélioration des résultats
du maraichage.
Les innovations agricoles touchent tous les secteurs du maraîchage (fig.30). Les acteurs
des filières maraîchères ont conscience de l’ampleur de nouveaux défis. Ils innovent du
choix du site de production à la dépense des recettes en passant par leurs interactions.
217
L’examen de la figure n° 30 montre que les techniques d’irrigation connaissent les trans-
formations les plus significatives. La majorité des enquêtés (59%), a émis cet avis. En
effet, ce secteur est bouleversé à travers le passage du puits traditionnel, exploité par une
équipe d’au moins deux personnes et un animal, au puits moderne équipé de motopompe,
gérable par une personne. Cette révolution a permis l’extension des exploitations et la
hausse de la production induisant l’amélioration des revenus. La diversification des cul-
tures est l’une des importantes innovations bien qu’elle soit citée par un petit nombre
d’acteurs (7%). Elle est en étroit lien avec la variation du régime alimentaire des citadins
qui sont les principaux consommateurs des produits maraîchers. Malgré l’ampleur des
changements, 4% des enquêtés n’ont pas répondu. Leur silence fait croire qu’ils estiment
qu’aucune innovation n’est introduite dans le maraîchage à Agadez. L’un d’eux soutient
qu’il s’agit d’une évolution normale car aucune activité ne présente un caractère figé.
L’outillage agricole est amélioré. L’usage du tracteur, du gaz domestique, des pompes et du
réseau californien se généralise dans tous le bassin de production.
Les filières oignon et pomme de terre prospèrent parce que leurs acteurs sont organisés en
coopératives qui sont très actives. Ces dernières sont directement impliquées dans les
composantes primordiales du maraîchage : production, commercialisation et transport. Il
n’est pas le lieu d’exposer les rôles combien importants de ces structures qui font la joie
du monde rural. Tout de même, elles sont les canaux par lesquels les paysans défendent
leurs intérêts, font la promotion de leurs produits et se rapprochent des partenaires au dé-
veloppement. La volonté des acteurs de perpétuer les filières oignon et pomme de terre
est traduite par leur capacité à augmenter les rendements des cultures par l’appropriation
des innovations et la capacité d’adaptation aux changements spontanés.
La lutte contre la pauvreté, en réalisant l’autosuffisance alimentaire, est l’une des préoc-
cupations récurrentes des gouvernements successifs du Niger. Elle a fait l’objet de plu-
sieurs engagements les uns plus ambitieux que les autres et qui sont traduits par des pro-
grammes et politiques agricoles. L’objectif commun poursuivi par tous les dirigeants est
demeuré l’amélioration de la rentabilité du secteur rural. Ainsi, dès l’accession à l’indé-
pendance, le premier gouvernement a défini une politique de développement rural qui tient
218
compte à la fois de la nature des communautés rurales et de la diversité des contraintes
(Bontianti, 2003). Boureima (2006) a amplement décrit toutes les politiques agricoles éla-
borées au Niger de 1960 à 2015. Il ressort de son analyse que la sécurité alimentaire et la
réduction de la pauvreté restent au centre des enjeux. Actuellement, l’ambition héritée est
orientée par un document de politique agricole. La conception et la mise en œuvre de cette
politique bénéficient de la participation de plusieurs acteurs : l’État, les collectivités terri-
toriales, les chambres d’agriculture et le réseau national des chambres d’agriculture, les
partenaires techniques et financiers, le secteur privé, les organisations des producteurs, les
organismes d’appui à la promotion du secteur de l’agriculture, les prestataires de service,
la société civile, les organisations professionnelles agricoles, les exploitants agricoles et
les établissements de formation agricole (Niger-MA/E, 2016). Chaque acteur a une mis-
sion bien définie qui converge vers l’atteinte de l’objectif général. Depuis 2012, l’Initia-
tive les Nigériens nourrissent les Nigériens (I3N) reste le fer de lance de la vision « faim
Zéro au Niger d’ici à 2020 ». Il s’agit d’un vaste programme qui vise à soutenir les acti-
vités rurales de sorte qu’elles soient en mesure de subvenir aux besoins fondamentaux des
Nigériens (Encadré 4).
Les défis à relever sont nombreux et divers. Les plus pressants pour assurer une crois-
sance agricole soutenue et une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable, à partir
des productions nationales, sont de :
➢ nourrir une population de plus en plus nombreuse, pauvre et vulnérable et
s’adapter à la demande urbaine ;
➢ assurer une alimentation régulière et de qualité à un cheptel en forte crois-
sance, dominant dans l’économie nationale et régionale, mais très vulnérable aux ef-
fets des changements climatiques ;
➢ assurer un revenu aux producteurs leur permettant d’investir, tout en tenant
compte de la solvabilité des consommateurs ;
➢ édifier un marché agricole national ouvert aux niveaux régional et interna-
tional ;
➢ s’adapter aux changements climatiques et réduire ses impacts/risques
d’ordre agricole en s’appuyant sur les ressources naturelles disponibles (terre, eau,
végétation).
Source : République du Niger, Haut-commissariat à l’initiative 3N, 2012, Synthèse
du cadre stratégique et coût indicatif des programmes pour la période 2012-2015,
12 p.
219
La concrétisation de l’I3N incombe à plusieurs institutions qui doivent coordonner leurs
interventions en parfaite synergie. Comme indiqué plus haut, les acteurs sont nombreux,
chacun avec son cahier de charge. À l’introduction de l’initiative, « les soldats de la re-
naissance », une sorte d’encadreurs, facilitaient aux producteurs l’accès aux services
qu’elle offre. Ils sont les principaux acteurs chargés de l’exécution des programmes prévus
par l’initiative. Cependant, le succès de l’activité agricole repose essentiellement sur la
capacité des producteurs à accéder aux moyens de production (intrants, matériel agricole,
infrastructures de stockage, crédits). Pour pallier ces éventuelles difficultés, deux institu-
tions accompagnent les acteurs ruraux : la Centrale d’approvisionnement en intrants et
matériels agricoles (CAIMA) et la Banque agricole du Niger (BAGRI). La CAIMA a pour
mission principale « d’assurer la disponibilité régulière d’engrais, de préserver une relative
stabilité de prix et de favoriser l’accès des producteurs les plus pauvres » (Niger-MA/E, 2016).
Quant à la BAGRI, elle est créée pour améliorer et faciliter les conditions d’accès des
exploitants au crédit bancaire. Néanmoins, ces institutions n’ont pas assez de moyens pour
conduire leur politique. Elles dépendent largement des financements étrangers. « Sans les
projets et les programmes des partenaires techniques et financiers, l’état du Niger peinerait à
maintenir ces dépenses et investissements dans le secteur rural » (Andres et Lebailly, 2014).
Ainsi, quoi que modestes, les filières agricoles de la région d’Agadez ont bénéficié des
appuis de ces institutions. D’ailleurs, la majorité des enquêtés (73%) affirme que les ap-
puis institutionnels sont le moteur du développement des filières maraîchères dans l’Aïr.
Ces appuis comprennent la construction et la réhabilitation des infrastructures routières et
commerciales, la construction de puits modernes, la dotation des producteurs en intrants
et outils aratoires, les facilités d’accès aux crédits, la maîtrise de la surproduction, les con-
seils techniques, etc. Si ces interventions connaissent un succès, c’est parce que les pro-
ducteurs, principaux acteurs des filières, sont déterminés à produire, à évincer la pauvreté
et à assurer leur souveraineté économique et sociale.
Le rapprochement des services publics des bénéficiaires, prévu par la décentralisation, est
très avantageux. La CRA/AZ offre un exemple des plus spectaculaires. Elle est le parte-
naire quotidien, le plus proche, à tout moment, des filières agricoles de l’Aïr. En 2016, le
prix du sac d’oignon chute de façon drastique à cause de la surproduction. L’oignon
inonde tous les marchés. Pour faire face à la baisse des prix, la CRA/AZ initie un comité
220
chargé de réguler l’arrivage de l’oignon dans les comptoirs. Une pénurie est sciemment
créée. Les prix s’améliorent, au bout de quelques jours, en faveur des producteurs. Deux
ans plus tard, en octobre 2018, le comité propose une opération opposée. Il demande de
baisser le prix de vente du sac d’oignon, de 23000 FCFA à 17000, soit une réduction de
26,08%. Cela a permis de concurrencer l’oignon hollandais et de conserver la part de mar-
ché d’Agadez dans les pays importateurs (Benin, Burkina Faso, Nigéria, Côte-d’Ivoire et
Ghana) (Niger-CRA/AZ, 2018).
Les producteurs ne manquent pas d’initiatives, mais les appuis institutionnels leur sont
indispensables. L’État a le devoir d’être regardant de ce qui se passe en agriculture. Ainsi,
la politique agricole doit être sincère et fondée sur un budget conséquent. Si tel est le cas,
il reste le suivi des cahiers de charge de différents services sectoriels chargés de sa mise
en œuvre. Le succès de la première agriculture mondiale, celle de États-Unis d’Amérique,
bien que hautement capitaliste c’est-à-dire détenue par de grandes entreprises industrielles
privées, repose sur les lois agricoles (Farm Bill) adoptées, environ tous les 5 ans, par le
Congrès (Bureau, 2013). Ces lois qui traitent de tous les volets de l’agriculture, sont scru-
puleusement respectées.
Les accords13 établissant la paix définitive entre la résistance touarègue et l’État du Niger,
signés à Ouagadougou le 15 avril 1995, prévoient au titre du développement économique,
social et culturel, des dispositions visant la poursuite et l’accélération des investissements
dans la région d’Agadez. Ainsi, dans le domaine de l’agriculture, l’article 22 préconise la
mise en valeur des potentialités existantes en assurant leur exploitation tout au long de
l’année et la transformation locale des produits. Pour satisfaire cette recommandation,
plusieurs actions sont identifiées parmi lesquelles l’encadrement technique des paysans,
la commercialisation des produits agricoles, l’exploitation des eaux souterraines, etc. Les
résultats des interventions s’observent véritablement à partir des années 2000 à travers
13
Accords d’Ouagadougou du 15 avril 1995 établissant une paix définitive entre le gouvernement
de la République du Niger et l’Organisation de la résistance armée (ORA).
221
une transformation radicale du maraîchage. Les systèmes et moyens de production s’amé-
liorent. Une sorte de révolution verte voit le jour. Le dispositif traditionnel d’exhaure, une
sorte de chadouf (Takarkart en langue locale) (photo 21), est devenu obsolète et remplacé
par la motopompe. Les canaux d’irrigation sont devenus des tuyaux, les rendements
s’améliorent, le maraîchage devient plus commercial que vivrier. Les organisations pay-
sannes se renforcent et les appuis apportés aux producteurs se diversifient. Bref, le secteur
agricole devient dynamique et promoteur.
Avant les années 2000, l’énergie animale servait à l’arrosage des parcelles. Le dromadaire
et l’âne étaient les principales forces d’exhaure. Le premier, plus apte et plus adapté, est
le moyen utilisé par les ménages nantis. Il fournit des récoltes plus ou moins satisfaisantes
destinées exclusivement à la consommation des ménages. Le second, moins rapide, donne
de faibles productions, mais bénies selon des superstitions locales. Dans le passé plus
lointain, le bœuf assurait la traction. De tous les temps, quel que soit le niveau de vie du
ménage, l’animal reste le principal moyen d’exhaure. Pour arroser une parcelle, il faut
222
obligatoirement trois personnes. La première surveille la puisette, la deuxième conduit
l’animal et la troisième distribue l’eau en ouvrant et fermant les canaux. Désormais, grâce
à la motorisation, une seule personne effectue le même travail avec des productions meil-
leures orientées vers le marché (photo 23).
Photo 23 : Arrosage des planches, après repiquage d’oignon, dans un jardin du mont Bagzane
223
Encadré 5: Akardaou, la fête du blé
Au Niger, la fin de la campagne des cultures pluviales est marquée par des réjouis-
sances populaires. C’est la saison du folklore national qui, en dehors de cette période,
ne s’exprime qu’à des occasions exceptionnelles. L’Aïr n’est pas en marge de cette
tradition bien que son agriculture soit plus irriguée que pluviale. Elle est intensive, se
pratique le long de l’année qui est subdivisée en trois périodes caractérisées chacune
par des cultures spécifiques.
❖ la période de contre saison froide (octobre à mars) propice à la culture des
céréales (maïs et blé) et des légumes (tomate, oignon, épice, pomme de terre, petit
pois, etc.) ;
❖ la période de contre saison chaude (avril à juin) favorable à la culture des
plantes rampantes comme le melon et la pastèque ;
❖ la période de l’hivernage (juillet à septembre) réservée aujourd’hui à la cul-
ture de l’oignon. Avant les années 2000, les céréales étaient cultivées pendant cette
période pour leurs feuilles qui servent d’aliments aux animaux d’exhaure.
La fin de la période de contre saison froide qui coïncide avec la moisson de la prin-
cipale culture vivrière, le blé, est l’occasion de célébrer Akardaou. C’est une série de
festivités qu’organise la jeunesse des villages agricoles afin de se réjouir, manifester
leur joie et se féliciter du bonheur que porte la bonne récolte. En effet, les jeunes se
concertent par quartier pour fixer une date et un lieu où doit se tenir la fête. Le lieu
est désigné le plus souvent hors du village, sous un arbre géant. Une sorte de comité
de gestion est mis en place. Il a la charge de collecter les cotisations qui sont obliga-
toires, mais sans limite ni nature et d’effectuer les achats au fur et à mesure des en-
trées. Aucune pièce comptable ne justifie les recettes et les dépenses ; ce qui témoigne
de la confiance de tous accordée au comité. Le jour de la fête, les jeunes femmes,
célibataires et mariées, occupent les premières l’ombre de l’arbre désigné. Elles ap-
portent les ustensiles nécessaires pour la cuisine. Les mets préparés ne sont pas servis
aux hommes qui doivent les arracher. Ils sont poursuivis par des femmes dont le
nombre décroit le long de la poursuite. Finalement, il restera une seule femme der-
rière un seul homme. Le couple regagne le village après une longue causerie, certai-
nement d’amour. Tel est le spectacle festif journalier. La fête se poursuit après le
dîner, à la place publique, au son du Tende14 et d’une calebasse renversée dans un
vase contenant de l’eau. Le rythme est agrémenté par les chants excitateurs des
femmes qui battent les mains. Les hommes, en situation de compétition, exécutent
des pas de danse ponctué de cris aigus. À la fin de la soirée, tard dans la nuit, chacun
regagne le lit extenué, mais satisfait. Les générations des cultures de rente ne con-
naissent pas cette fête qui renforce l’union et la fraternité. Un pan du patrimoine cul-
turel du Niger est perdu à cause de la cupidité.
14
Mortier en bois recouvert de peau de chèvre qui sert de tambour tapé uniquement par les femmes
pendant les cérémonies.
224
L’avènement de la motopompe exige l’adoption de nouvelles dispositions. Les étendues
exploitées s’élargissent d’où la nécessité d’améliorer les techniques d’irrigation. Dans
cette perspective, des puits profonds et cimentés qui ne tarissent pas fréquemment, sont
construits. L’énergie animale devient obsolète. Elle est remplacée par une motorisation
qui utilise différentes sources d’énergie moderne : le carburant, le soleil et même le gaz
domestique. L’utilisation du gaz domestique prend de plus en plus de l’ampleur à cause
de ses avantages économiques (tableau 13).
Source : Niger-CRA/AZ, sd
225
Photo 24 : Bouteille de gaz et motopompe dans un contre puits
Source : Niger-CRA/AZ, sd
Malgré le rôle qu’elles jouent dans la satisfaction des besoins alimentaires des ménages,
les cultures vivrières sont massivement abandonnées. Les traditions folkloriques qui les
accompagnent ont également disparu. Les paysans ayant pris le goût de l’argent, s’initient
aux dépenses. L’accroissement des besoins des ménages impose l’adaptation des cultures
marchandes. Elles inaugurent un contexte dépensier. Il n’est plus question de se nourrir
de sa propre production qui a un caractère aléatoire. Le déficit céréalier récurrent est com-
blé par les produits alimentaires importés dont les producteurs disposent largement des
moyens financiers de s’en acquérir. Les recettes permettent aux producteurs de constituer
le stock annuel en vivres, de subvenir aux dépenses familiales quotidiennes et même de
s’offrir un certain luxe ostentatoire. L’esprit de conservation ou du respect des traditions
ne maintient aucun paysan à une culture qui ne couvre jamais ses besoins fondamentaux.
226
Les familles s’élargissent en même temps que s’amenuisent les sources de survie locales.
Les cultures marchandes se présentent comme une alternative à l’accroissement des be-
soins. Akardaou ne peut se perpétuer d’autant que les cultures vivrières sont délaissées.
L’oignon et la pomme de terre, comme tous les végétaux, ont des exigences écologiques.
L’oignon, très sensible au stress hydrique, hait également l’excès d’humidité qui provoque
la pourriture des bulbes et ralentit sa croissance. L’humidité intense favorise aussi la pré-
valence de certaines maladies comme le Botrytis15 (Collin et al., 2004). Compte tenu de
ses besoins agro écologiques, la culture d’oignon est saisonnière au Niger. Les grandes
quantités sont produites pendant la saison sèche froide (septembre-février) qui est carac-
térisée par un très faible taux d’hygrométrie. Selon le RECA (2011), la région de Tahoua,
située au centre sud du pays, occupe le premier rang national en fournissant plus de trois
quarts de la production totale du Niger. Pendant cette saison, la région d’Agadez produit
une très petite quantité lui attribuant le cinquième rang national. Mais, elle occupe le pre-
mier rang de la campagne d’hivernage. Cette situation paraît avoir des liens avec l’hygro-
métrie. En effet, pendant la saison des pluies, l’air est plus humide à Tahoua qu’à Agadez
(fig. 31). L’observation de la figure n° 31 fait constater un renversement de tendance pen-
dant la saison sèche. Chacune des deux régions occupe le premier rang de la production
nationale lorsque qu’elle est moins humide par rapport à l’autre. Ce constat montre que
l’excès d’humidité est défavorable à la culture d’oignon.
15
Champignon qui est à l’origine de la pourriture des bulbes d’oignon.
227
Figure 31 : Évolution de l’hygrométrie à la station d’Agadez et de Tahoua en 2017
Les sècheresses sont intenses et fréquentes dans l’Aïr ce qui constitue un facteur favorable
à la culture d’oignon. L’indice de pluie standardisée (IPS) permet de saisir l’intensité du
caractère sec de la CUA au fil des années. Son calcul, basé sur une formule mathématique
simple, donne des valeurs négatives et positives. La formule est la suivante (Faye, Abdoul
Sow et Ndong, 2015) : IPS = (Xi - Xm) / Si
Avec Xi : cumul de la pluie pour une année i ; Xm : moyenne des pluies annuelles obser-
vées pour une série donnée et Si : écart type des pluies annuelles observées pour la série
donnée.
Les valeurs négatives de l’indice représentent les années ayant enregistré des cumuls plu-
viométriques inférieurs à la moyenne de la série et les positives des cumuls supérieurs.
Cela indique respectivement la sècheresse et l’humidité par rapport à la période de réfé-
rence. Ainsi, au cours de la période 1988-2017, il est observé 13 années déficitaires dont
6 anormalement déficitaires et 8 années anormalement humides (tableau 14). Il n’est en-
registré aucune année exceptionnellement humide. En définitive, dans la CUA, les condi-
tions sèches dominent l’humidité. En outre, les variations de l’IPS mettent en évidence
l’irrégularité interannuelle des précipitations.
228
Tableau 14: Cumul pluviométrique annuel et IPS de la station d’Agadez de 1988 à 2017
Les producteurs de l’Aïr mettent à profit la permanence des sécheresses pour exploiter le
maximum de superficie pendant la saison des pluies. Ils abandonnent les autres cultures
pour se concentrer sur l’oignon qu’ils récoltent au moment où les producteurs des autres
zones préparent les premières pépinières.
La pomme de terre est une plante annuelle qui se cultive partout au monde, mais qui pré-
fère un climat équilibré dont les températures inférieures varient entre 24° C le jour et 16°
C la nuit (AGRIDEA, 2007). C’est pourquoi elle est principalement cultivée au Niger
durant la saison sèche froide avec des semis en novembre-décembre pour des récoltes
s’étalant de février à avril. Cette période est caractérisée par des températures moyennes,
convenables aux exigences agro écologiques de la pomme de terre, partout au Niger. Dans
la CUA, les températures moyennes minimales mensuelles varient entre 13 et 28° C et les
maximales entre 29 et 42° C (fig. 32). Les pics sont observés en avril et en septembre.
Cependant, les températures élevées ne constituent pas un véritable obstacle à la culture
229
de la pomme de terre. Selon Jordi Tio (2009) elle peut être plantée toute l’année au-dessus
de 700 m d’altitude. L’Aïr se trouve en grande partie au-delà de cette altitude.
En plus de ce qui est relaté par les enquêtés, la pomme de terre possède un atout singulier.
Elle entre de plus en plus dans les habitudes alimentaires des populations nigériennes,
notamment dans les centres urbains. Elle figure parmi les spéculations vulgarisées par les
230
pouvoirs publics dans le cadre de la diversification alimentaire afin de lutter contre l’in-
sécurité alimentaire chronique. La FAO (2009) encourage sa culture. Elle est considérée
comme l’aliment du futur, placé en première ligne dans la lutte contre la faim et la pau-
vreté dans le monde. Ainsi, quelle que soit la quantité produite, elle est vendue à des prix
compétitifs. Niamey est le principal marché de la pomme de terre produite dans la région
d’Agadez. Elle reçoit chaque année une foire des produits maraîchers de l’Aïr. Cela cons-
titue un atout supplémentaire permettant une meilleure connaissance de la qualité des pro-
duits par les clients potentiels.
La performance des filières oignon et pomme de terre ne s’est pas réalisée en dehors de
toute contrainte. Des facteurs fâcheux interviennent à tous les niveaux. Tous les interlo-
cuteurs pensent qu’il suffit de naître fils de maraîcher pour le devenir. Ils estiment qu’il
s’agit d’une activité qui se transmet du père au fils et qui ne nécessite aucune formation
ou initiation. L’enfant apprend de lui-même en observant les pratiques de son père. Aussi,
faut-il ajouter que la fluctuation des conditions climatiques et des prix influe énormément
sur la rentabilité des filières. La pénurie d’eau est autant un facteur entravant que l’excès.
La variabilité du régime des précipitations se traduit par la baisse de la nappe phréatique
et les inondations. Ces deux phénomènes entrainent respectivement l’abandon de certaines
parcelles, parfois en pleine campagne, et des dégâts (ensevelissement des puits et des cul-
tures, endommagement du dispositif d’exhaure). Sur le marché, les prix ne sont pas fixes.
Ils varient en fonction des périodes et de la qualité des productions. Quelles que soient
231
leur nature et leur origine, les contraintes des filières oignon et pomme de terre se résument
aux difficultés financières et techniques, d’ordre endogène et exogène aux acteurs.
Les contraintes endogènes sont celles liées aux acteurs des filières, notamment les pro-
ducteurs. Les maraîchers de la région d’Agadez se caractérisent par l’absence de profes-
sionnalisation. La pratique du maraîchage ne nécessite aucune formation. Lors d’un en-
tretien dans le comptoir de l’UCIL, certains producteurs prétendent que personne ne leur
a appris comment exploiter une parcelle. Ils ont intégré l’activité en faisant, en imitant
leurs parents, sans qu’ils n’interviennent pour leur montrer comment exécuter telle ou telle
activité. Cette perception fait croire à certains que les innovations résultent des initiatives
et d’intuition locales. Cet enclin à la maîtrise du maraîchage, sans aucune formation adé-
quate, est une entrave réelle à son développement. Certes, les savoirs endogènes sont in-
dispensables pour la bonne marche de l’agriculture, mais leur renforcement en techniques
innovantes approuvées et apprises renforce la productivité.
L’absence d’un cadre organisationnel spécifique est également un problème certain qui
entache l’essor du maraîchage. En effet, l’expertise s’acquiert dans la spécialisation, non
dans la généralité, encore moins à l’issu de longues années d’expérience. Aucun paysan
n’est producteur d’une seule spéculation. Ils produisent en fonction de la demande du
marché et de l’évolution des conditions climatiques. Ils ont un grand intérêt à se spécialiser
dans la production d’une culture.
La gestion des coopératives est contestée par de nombreux membres qui estiment que les
dirigeants satisfont prioritairement des intérêts personnels. Les conflits d’intérêts sont à
l’origine de la multiplication des structures coopératives (unions et fédérations). Certes,
le climat institutionnel favorise la multiplication des structures de la société civile, mais
c’est la persistance de la divergence d’opinions et la convoitise du leadership qui entrai-
nent le mieux, la désunion des organisations des producteurs. Si la tendance se maintient,
il y aurait à Agadez un nombre illimité de comptoirs ce qui aurait des conséquences sur la
configuration spatiale de la ville et l’essor du maraîchage. Par ailleurs, le niveau d’ins-
truction influence le développement des activités économiques. L’analyse des caractéris-
tiques socio-économiques de l’échantillon montre que la majorité des répondants a un
232
faible niveau d’instruction. Ils sont nombreux, même parmi ceux qui ont été à l’école, qui
ne savent ni lire, ni écrire. Certains parviennent à lire difficilement des textes arabes, sans
comprendre le contenu du message transmis. Cette situation rend de plus en plus aléatoire
le passage à l’économie agricole moderne. À l’heure des TIC, il n’est pas concevable
d’envisager le progrès dans l’analphabétisme. L’alphabétisation des adultes ne leur a pas
conduit à la lecture courante.
La principale contrainte est sans doute en rapport aux effets néfastes du changement cli-
matique. Le changement du régime des précipitations se traduit par une baisse des nappes
phréatiques et une multiplicité d’inondations. Il résulte des difficultés d’irrigation liées au
tarissement précoce des puits ou à leur ensevelissement par les charges transportées par
les eaux en débordement. Ainsi, certaines cultures et parcelles sont obligatoirement aban-
données en pleine campagne. Les informations collectées sur le terrain font ressortir que
les producteurs de la CUA et de Dabaga ont l’habitude d’abandonner ou de mettre en
attente des parcelles (fig. 33). Ils énoncent trois principales raisons pour justifier la situa-
tion. Il s’agit de l’éloignement de la parcelle par rapport aux autres ou aux habitations,
l’insuffisance des moyens financiers pour sa mise en exploitation et les problèmes d’eau.
Compte tenu de l’éloignement par rapport au fond des vallées, les risques de tarissement
sont énormes. La construction des forages, qui demande de moyens colossaux, reste la
réponse adéquate à la pénurie d’eau. Individuellement les producteurs ne disposent pas
des moyens nécessaires pour venir à bout de cette difficulté ; une intervention des pouvoirs
publics est indispensable.
233
Figure 33 : Difficultés liées à l'exploitation des parcelles dans l'Aïr
Il faut noter que les enquêtés provenant de la commune rurale de Tabelot n’ont pas signalé
des cas d’abandon de parcelle. Cependant, ils sont régulièrement victimes d’inondations
qui emportent les cultures et d’érosion hydrique qui sape les berges et des parties des
jardins. Les écoulements torrentiels, en provenance des montagnes, ensablent certains jar-
dins et érodent d’autres. Ainsi, les cultures, la terre arable et l’équipement agricole sont
emportés en même temps que sont enterrés ou effondrés des puits.
L’analyse des raisons de l’abandon des parcelles montre que la pénurie d’eau est la prin-
cipale entrave au maraîchage dans l’Aïr. L’excès n’est pas cité par les interviewés comme
une contrainte, en dépit d’énormes pertes engendrées par les inondations. En somme,
l’instabilité des conditions climatiques influe sur la productivité de l’oignon et de la
pomme de terre. Cependant, les contraintes liées aux déficits d’eau sont surmontables.
Elles sont évincées dans certaines régions du monde qui ont un climat aussi aride que celui
d’Agadez. La volonté politique a défié les contraintes climatiques (variation des tempéra-
tures) et hydrologiques (variations du niveau piézométrique). Elle a rendu l’agriculture
permanente et diversifiée en prouvant que l’irrigation est possible en dehors du drainage.
Pour faire face au problème d’eau, des forages profonds sont construits et des serres sont
234
installées pour contredire le climat. Ainsi, de larges superficies sont aménagées et la mé-
canisation et la fertilisation sont renforcées. L’usage des machines agricoles n’est pas aisé
dans les exploitations familiales caractérisées par l’étroitesse et des formes irrégulières.
Dans la CUA les terres cultivables et l’eau ne sont pas normalement des facteurs limitants.
Ces ressources sont abondantes, mais les producteurs semblent laisser à eux-mêmes con-
cernant leur exploitation. Or, il ne peut y avoir d’irrigation à grande échelle sans implica-
tion sincère des pouvoirs publics qui doivent rompre avec les discours d’intention.
Le dispositif de la circulation routière urbaine est lâche (carte 24). Le réseau viaire, sous
équipé, ne couvre pas l’ensemble de l’agglomération. Il est dominé par la RTA qui tra-
verse la ville du sud-ouest au nord-ouest, en dessinant un arc. Il faut ajouter quelques rues
bitumées et pavées qui traversent les quartiers pour se raccorder à cette voie principale.
Aussi, faut-il constater que la route Agadez-Zinder est en train d’être intégrée dans la ville
grâce au processus de l’étalement urbain. Ce réseau est commun à tous les usagers. La
ville ne possède aucun passage spécifique aux automobiles, ni aux cyclistes, ni aux pié-
tons. Les installations terminales sont localisées le long de la RTA. Elles sont les gares
des compagnies privées de transport interurbain des voyageurs. La ville possède une gare
routière et un aéroport international. À partir du marché des céréales et des comptoirs, des
départs sont organisés en destination des villages. Les arrêts, les stationnements et les
parkings n’existent nulle part dans la ville, de façon formelle. Tout de même, les camions
gros-porteurs stationnent habituellement face à la gare routière, dans un vaste espace non
construit. Quant aux mototaxis qui assurent le transport urbain, ils s’arrêtent autour des
endroits de forte fréquentation humaine (marchés, comptoirs, hôpital) et aux carrefours. Il
ne s’agit pas d’espaces spécifiques dédiés par la municipalité.
235
Carte 24 : Infrastructures de la mobilité urbaine
236
Dans un contexte d’amélioration du parc automobile, ce réseau précaire prédispose la
CUA à des risques d’accidents de la route. Les difficultés de circulation peuvent entrainer
le dysfonctionnement de toutes les activités pratiquées dans la ville. Les distances se pro-
longent et rien ne semble fait par la mairie pour faciliter la mobilité des personnes. Les
nouvelles extensions (Misrata, prolongement Sabon Gari (Azine, Doubai)) ne sont pas
encore équipées d’un réseau viaire adéquat. Les rues ne sont pas revêtues, les stationne-
ments ne sont pas signalés, le dispositif d’évacuation des eaux est absent, etc.
La menace des inondations est potentielle dans la CUA. Les effets du changement clima-
tique et la dynamique actuelle d’occupation du sol le long du Teloua sont des facteurs
susceptibles de renforcer son occurrence. En effet, en septembre 2009, les quartiers qui
longent Aghazar Madaran, étaient inondés. Une pluie exceptionnelle (49 mm) qui s’est
abattue sur le mont Bagzane (bassin versant du Teloua) était à l’origine du phénomène
(Alkassoum dit Kasso, 2015). Il est surprenant qu’une telle hauteur de pluie, tombée loin
de la ville, engendre des inondations de grande envergure dont les populations gardent
encore les souvenirs. Pourtant, cela s’est produit, certainement à cause des changements
d’usage du sol. La croissance rapide de la population impose une consommation exagérée
de l’espace urbain et rural, au mépris du respect des normes en matière d’occupation du
sol. Dans la CUA, les dispositions prises ne sont pas assez suffisantes pour empêcher un
retour de la scène horrible de septembre 2009. Les zones inondées n’ont connu qu’un
aménagement sommaire en termes de prévention des inondations. En effet, elles ne sont
traversées par aucun ouvrage d’évacuation des eaux. L’unique marque de prévention reste
le bornage du lit mineur de Aghazar Madaran (photo 24). La zone comprise entre les
bornes est déclarée interdite d’habitation et que les habitants s’y trouvant doivent être
relogés.
237
Photo 25: Bornes de délimitation de la zone interdite d’habitation à Abalan
238
Carte 25 : Zone inondée en 2009 dans la CUA
239
Par ailleurs, la CUA ne cesse de s’urbaniser. Par voie de conséquence, elle s’étale. Or
l’étalement urbain est à lui seul générateur de risque. D’un côté, il aboutit à construire la
ville dans des zones où les aléas peuvent être plus forts et d’un autre, les réseaux tech-
niques urbains ne sont plus adaptés et sous dimensionnés (Gourbesville, 2008). Cette si-
tuation est attendue lorsque les infrastructures existent. Les effets de la crise se feront
sentir avec plus de gravité en leur absence. L’essor des filières maraîchères participe sans
doute à accroitre la vulnérabilité de la CUA au risque d’inondation. Elles se présentent
comme des facteurs aggravant le risque à travers les défrichages abusifs qu’elles engen-
drent. Ainsi, la couverture végétale se dégrade et certaines pratiques culturales transfor-
ment l’environnement. Les sols s’encroûtent continuellement en perdant leur pouvoir
d’infiltration et renforçant leur sensibilité aux ruissellements. Le ravinement s’intensifie
et l’érosion hydrique s’accélère le long du kori qui traverse la ville (photo 26).
240
8.5 De meilleures perspectives d’urbanisation et d’irrigation
La CUA est située à cheval sur la plaine de l’Irghazer et le massif de l’Aïr, dans la zone
d’épandage des eaux charriées par Teloua. Ce site est potentiel pour la pratique des cultures
irriguées. En effet, il est possible de produire l’oignon et la pomme de terre dans l’Aïr à
un moment où les conditions climatiques ne le permettent pas dans les autres parties du
Niger et même de l’Afrique de l’ouest. Cette opportunité unique mérite une exploitation
judicieuse car elle occasionne une rente de situation garantissant la pérennité des revenus
aux producteurs. Pour que l’entreprise se réalise, il faut assurer la permanence de l’eau à
partir d’importants gisements sur lesquels la région repose. En effet, selon le ministère du
plan « les eaux souterraines du Niger sont estimées à 2,5 milliards de m3 d’eaux renouvelables et
2000 milliards de m3 d’eaux non renouvelables » (Niger-MP, 2017 a, p. 16). Une part impor-
tante de ces eaux est constituée des réservoirs primaires situés dans la bordure ouest de
l’Aïr et dans le Djado et les réservoirs du Continental Intercalaire constitués des nappes
des grès d’Agadez et du Tegama (Bernus et Arouna Hamidou, 1980). Il suffit que la vo-
lonté politique se manifeste sincèrement pour mettre en exploitation ces potentialités. Les
superficies cultivables sont abondantes, mais elles sont également sous-exploitées. Ac-
tuellement, la CUA n’exploite que 116 hectares des 382 exploitables qu’elle possède. Seu-
lement 22 hectares sont affectés au maraîchage (Niger-CUA, 2012). La grande partie des
terres exploitées est réservée à d’autres utilisations non déterminées. Les perspectives du
développement du maraîchage et de la poursuite de l’urbanisation, notamment l’étalement
urbain dans la CUA, sont réelles. La commune dispose d’assez d’espace pour les accueillir
concomitamment. La configuration topographique est favorable au maraîchage dans les
plaines alluviales et à l’extension de la ville vers les plateaux (carte 26). Les zones d’alti-
tude inférieure à 500 m sont inondables, donc propices au maraîchage. Elles peuvent être
reversées à la réalisation d’aménagements hydroagricoles.
242
Selon Dureau (2004, p. 203), « le processus d’urbanisation des pays en développement est
inéluctable : la question n’est pas d’imaginer inverser ou même freiner le processus. L’enjeu ac-
tuel est bien de gérer les villes des pays en développement et leurs habitants ». Dans cette pers-
pective, il est de l’intérêt des planificateurs de la CUA d’anticiper le type de ville favorable
au bien-être des ménages. La mobilité mérite d’être au cœur des réflexions car l’étalement
urbain s’accompagne du prolongement des distances. La mobilité du futur se réalisera
dans des villes durables, des villes moins polluantes. La carte n° 26 permet de constater
que la CUA peut réaliser cet objectif. L’espacement des courbes de niveau montrent que
les terrains sont relativement plats. Ils sont aptes à accueillir en fonction des besoins l’ha-
bitats et les exploitations agricoles. Si cette prévision se réalise, les jardins seraient un
cadre d’embellissement et une couronne protégeant la ville contre les intempéries.
Et l’urbanisation future sera alimentée par les pays en développement dont le Niger. Déjà,
l’INS parle de l’émergence d’une classe moyenne avec une forte disparité entre le milieu
urbain et rural. En 2014, la classe moyenne vivant en milieu urbain représente 61,3%
contre 11% en milieu rural (Niger-INS, 2016 c). Cette situation présage le développement
d’un marché alimentaire urbain. Les produits maraîchers, notamment les légumes, font
partie des convoitises des citadins. Les filières de l’oignon et de la pomme de terre à la
périphérie de la CUA ont un avenir certain. Elles sont pourvoyeuses de denrées prisées et
d’emplois. La croissance de la population engendre l’arrivée de nouveaux jeunes sur le
marché du travail. Elles peuvent en créer un grand nombre, notamment lorsque l’attention
est portée sur le secteur agro-alimentaire. Il est possible d’opérationnaliser l’ajout de va-
leur aux produits agricoles dans l’Aïr car les potentialités productrices sont existantes.
Conclusion du chapitre
Les filières oignon et pomme de terre ont toutes les chances de se maintenir dans la CUA.
La commune possède de vastes espaces pouvant accueillir sur une longue durée l’étale-
ment urbain. Les perspectives d’avenir sont opportunes. Cependant, la mobilité urbaine
connaîtra des difficultés liées à l’allongement des distances et la concentration des per-
sonnes et des activités. Les infrastructures de la mobilité sont actuellement inadéquates.
Ainsi, il revient aux acteurs urbains d’anticiper par l’application des textes en vigueur
pour réaliser une croissance urbaine durable.
243
Conclusion de la deuxième partie
La CUA est un carrefour historique. Elle conserve cette fonction nodale grâce au déve-
loppement des activités économiques qui évoluent au fil du temps. Ainsi, les flux de per-
sonnes et de biens ne cessent de se concentrer engendrant l’étalement urbain. L’allonge-
ment de la distance pose des problèmes de mobilité. Les infrastructures et les moyens de
transport ne sont pas adéquats. La dynamique d’occupation des sols est encouragée par
l’émergence des filières maraîchères, notamment oignon et pomme de terre. La commer-
cialisation des produits maraîchers s’effectue dans les comptoirs installés dans la ville.
Cela est un facteur d’attrait de migrants saisonniers qui exercent sur le marché des lé-
gumes, les exploitations agricoles et les comptoirs. Il se crée des interactions entre les
acteurs des filières qui influencent les mutations que vit la CUA. La population augmente,
la ville s’étale, les activités économiques se développent. Ces phénomènes et bien d’autres
interpellent les gestionnaires urbains qui doivent agir pour une croissance urbaine durable.
244
CONCLUSION GÉNÉRALE
L’histoire témoigne que la ville d’Agadez est fondée pour servir d’étape aux flux liant
l’Afrique soudanaise au Maghreb et héberger les visiteurs qui souhaitent s’y installer. Elle
continue à jouer ce rôle en dépit de l’occurrence de certains événements (colonisation
française, rébellions armées et restriction des mouvements migratoires) qui créent des rup-
tures. C’est pourquoi, elle est une ville cosmopolite qui demeure un carrefour, un nœud
incontesté des mobilités (Brachet, 2009). Ainsi, nonobstant les conséquences tragiques de
la traversée du désert, l’État nigérien n’a aucun intérêt à se montrer hostile aux mouve-
ments des personnes, notamment dans cette partie du territoire. Il doit en revanche préci-
piter la mise en application de la politique migratoire qui est conçue tout récemment. En
effet, la migration se présente comme une stratégie d’adaptation qui garantit l’équilibre
socioéconomique en pourvoyant la subsistance des populations et en absorbant le chô-
mage. Elle est un moyen de réduire la vulnérabilité des populations qui font, en perma-
nence, face à l’insécurité alimentaire.
Dans l’Aïr, l’essor du maraîchage, activité qui tourne de plus en plus vers les cultures de
rente, est indéniable des retombées de la mobilité. Cette étude montre que la contribution
des migrants saisonniers (ouvriers agricoles, chargeurs, revendeurs) aux filières agricoles
est d’une importance capitale et que l’émigration (orpaillage, transferts, innovations agri-
coles) est l’un des piliers de l’acquisition des moyens de production. Il est aussi prouvé
que les gains maraîchers sont en grande partie dépensés dans la CUA. Les acteurs y satis-
font leurs besoins fondamentaux (achats de vivres, équipements domestiques et agricoles)
et y investissent le surplus dans des secteurs économiques (transport, commerce, immo-
bilier). Il ressort que les épargnes maraîchères permettent de financer non seulement les
moyens de production (terre, main-d’œuvre et équipement), mais aussi d’occasionner
l’emploi des migrants (environ 400000 emplois permanents dans les exploitations agri-
coles). Les filières oignon et pomme de terre participent ainsi à l’absorption du chômage
dans un milieu où il est de plus en plus une question préoccupante. Garantir l’emploi, c’est
assurer la paix durable à Agadez.
Sur un autre point, l’étude a montré que l’aridité du climat ne constitue pas une véritable
entrave au développement du maraîchage. Au contraire, elle favorise les cultures d’oignon
245
et de pomme de terre. Mais, ces activités souffrent de la tentation des mines d’or décou-
vertes dans la région et qui rapportent de revenus colossaux à certains chanceux. Le succès
de l’orpaillage reste aléatoire. Pour cela, il est impératif que le gouvernement songe à
mettre en place un dispositif qui permettra le maintien des maraîchers dans les jardins.
Aussi, faut-il constater que les transactions commerciales induites par les filières oignon
et pomme de terre se déroulent dans la CUA. Cela ne manque pas d’agir sur sa dynamique.
Cette étude a le mérite d’attester que ces filières ont leur part dans la croissance démogra-
phique, économique et spatiale de la ville. Ces trois variables sont les principaux fonde-
ments de la dynamique urbaine.
Enfin, la CUA continue à s’urbaniser. Il est donc primordial de mener des réflexions sur
l’ensemble des politiques qui peuvent aboutir à une urbanisation soutenable. La dotation
de la ville en infrastructures et services publics de base, mieux la mise en pratique des
outils de planification urbaine, serait une condition nécessaire à la concrétisation d’une
croissance sociale et économique acceptable qui soit en harmonie avec la croissance spa-
tiale.
246
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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juin 2019, Niamey, 4 p.
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définitive janvier 2018, 71 p.
264
ANNEXES
265
ANNEXE 1 : GUIDE D’ENTRETIEN
Guide d’entretien adressé aux acteurs institutionnels, aux supporters et aux facilitateurs et
intervenants externes des filières
Date :
1. Identification de la structure
Structure :
Fonction du répondant :
2. Services offerts aux acteurs des filières
Appui à la production
Appui à l’acheminement de la production
Appui conseil aux acteurs du maillon de la production
Introduction d’innovations
Appui aux autres acteurs
3. Mobilité des acteurs des filières maraîchères
Types de mobilités favorables à l’émergence des filières maraîchères
Calendrier de déplacement des migrants maraîchers
Calendrier des cultures
4. Exploitation des parcelles
Régime foncier
Comptes d’exploitation
Difficultés de mise en valeur
5. Filière oignon et pomme de terre et urbanisation de la ville d’Agadez
Filières et croissance économique de la CUA
Filières et croissance démographique de la CUA
Filières et croissance spatiale de la CUA
6. Perspectives
Avenir des filières oignon et pomme de terre
Mutations urbaines futures
266
ANNEXE 2 : QUESTIONNAIRE adressé aux acteurs directs des filières
267
268
ANNEXE 3 : VALORISATION SCIENTIFIQUE
Alkassoum dit Kasso S. et Bontianti A., 2020, « Migration et acquisition des moyens de
production maraîchère à Agadez (Niger) », Actes du colloque scientifique international :
renaissance culturelle et développement socio-économique de la région de Zinder, du Ni-
ger et de l’Afrique, Presses universitaires de Niamey, pp. 167-179
Alkassoum dit Kasso S., Malla Kiari Kime A., Babale Chaibou M. R., 2020, « Mobilités
des personnes et développement de la filière oignon dans la région d’Agadez (Niger) »,
Environnement et Dynamique des Sociétés (EDS), N° 002, Presses universitaires de Nia-
mey, pp. 377-391
Alkassoum dit Kasso S., Bontianti A., 2020, « Migration et acquisition des moyens de
production maraichère dans l’Aïr (nord du Niger) », Mu Kara Sani, N°32, Vol.2, pp. 37-
53
Alkassoum dit Kasso S., Malla Kiari Kime A., Bontianti A et Babale Chaibou M. R.,
« Productions maraîchères et dynamique de la commune urbaine d’Agadez (Niger) », à
paraître à la revue Les cahiers du CELTHO en hommage au Professeur Boureima Alpha
Gado.
Alkassoum dit Kasso Sanoussi, Développement de la filière oignon dans l’Aïr (nord du
Niger) et dynamique de la ville d’Agadez (Niger) : présentation au XVIIIe colloque Méga-
Tchad « Les temps des changements, rupture et continuité dans le bassin du lac Tchad »,
N’Djamena 29-31 janvier 2019
269
TABLE DES MATIÈRES
REMERCIEMENTS .......................................................................................................... 2
DÉDICACE ....................................................................................................................... 3
SOMMAIRE ...................................................................................................................... 4
TABLE DES CARTES ...................................................................................................... 5
TABLE DES FIGURES .................................................................................................... 7
TABLE DES TABLEAUX ............................................................................................... 9
TABLE DES ENCADRÉS ................................................................................................ 9
TABLE DES PHOTOGRAPHIES .................................................................................. 10
TABLE DES PLANCHES .............................................................................................. 11
SIGLES ET ABRÉVIATIONS ....................................................................................... 12
RÉSUMÉ ......................................................................................................................... 14
ABSTRACT..................................................................................................................... 15
INTRODUCTION GÉNÉRALE ..................................................................................... 16
PREMIÈRE PARTIE : CADRE THÉORIQUE, MÉTHODOLOGIQUE ET
GÉOGRAPHIQUE .......................................................................................................... 18
CHAPITRE 1 : CADRE THÉORIQUE .......................................................................... 19
1.1 Revue de la littérature : des phénomènes qui s’entrainent mutuellement................ 19
1.1.1 L’agriculture, mère génitrice de la ville ........................................................... 19
1.1.2 La migration, mère nourricière de la ville ....................................................... 22
1.1.3 L’approche filière pour rentabiliser la compétitivité ....................................... 26
1.2 Problématique .......................................................................................................... 29
1.2.1 Justification de l’étude ..................................................................................... 29
1.2.2 Contexte de l’étude : la mobilité éprouvée au Niger ....................................... 31
1.3 Questions de recherche ............................................................................................ 35
1.4 Hypothèses ............................................................................................................... 36
1.5 Objectifs ................................................................................................................... 37
1.6 Champ conceptuel.................................................................................................... 38
1.6.1 La mobilité d’un point de vue géographique ................................................... 38
1.6.2 Filière agricole, un essai de définition ............................................................. 40
1.6.3 La dynamique urbaine, de quoi s’agit-il ? ....................................................... 42
270
1.6.4 Les cultures maraichères .................................................................................. 45
CONCLUSION DU CHAPITRE .................................................................................... 45
CHAPITRE 2 : CADRE MÉTHODOLOGIQUE ........................................................... 46
2.1 Positionnement scientifique ..................................................................................... 46
2.2 Trois étapes pour construire le sujet ........................................................................ 48
2.2.1 La recherche documentaire .............................................................................. 48
2.2.2 L’exploration du terrain ................................................................................... 49
2.2.3 Le pré-test ........................................................................................................ 49
2.3 Collecte de données de premières mains : l’option d’un échantillon ...................... 50
2.3.1 Les outils de collecte des données ................................................................... 50
2.3.2 La constitution de l’échantillon ....................................................................... 52
2.3.3 La collecte des données ................................................................................... 56
2.4 Travail de laboratoire : trois activités simultanées .................................................. 59
2.4.1 L’élaboration des cartes ................................................................................... 59
2.4.2 Le traitement des données empiriques ............................................................. 60
2.4.3 L’analyse des résultats ..................................................................................... 60
2.5 Insuffisances de la thèse .......................................................................................... 60
2.6 Récapitulatif du cadre méthodologique de la recherche .......................................... 61
CONCLUSION DU CHAPITRE .................................................................................... 63
CHAPITRE 3 : L’AÏR, UNE ZONE AGRICOLE EN MILIEU ARIDE ATTIRANT DES
MIGRANTS INTERNES ................................................................................................ 64
3.1 Présentation de l’Aïr, la zone d’étude idéale ........................................................... 64
3.1.1 L’Aïr, une région montagneuse du nord nigérien ............................................ 64
3.1.2 Précipitions offertes par les montagnes ........................................................... 67
3.1.3 Des ruissellements et des sols dans le désert ................................................... 71
3.1.4 L’Aïr, un domaine des activités maraîchères ................................................... 72
3.1.5 Profil migratoire de la région d’Agadez .......................................................... 74
3.2 La CUA : une ville en bordure de l’Aïr ................................................................... 76
3.2.1 Situation géographique de la CUA .................................................................. 76
3.2.2 Une morphologie urbaine rappelant le passé ................................................... 80
3.2.3 La culture comme facteur d’attrait ................................................................... 83
271
CONCLUSION DU CHAPITRE .................................................................................... 86
CHAPITRE 4 : AGADEZ, UNE « ZONE DE CONVERGENCE » DES FLUX
MIGRATOIRES ET DES FILIÈRES MARAÎCHÈRES ................................................ 87
4.1 Une économie fondée sur la mobilité ...................................................................... 87
4.2 Deux plantes exotiques attrayantes dans l’Aïr, l’oignon et la pomme de terre ....... 91
4.2.1 L’oignon, l’asiatique ........................................................................................ 91
4.2.2 La pomme de terre, l’américaine ..................................................................... 96
4.3 Une complémentarité du cycle cultural stabilisant les flux migratoires ................ 102
4.4 Des flux de personnes et des produits maraîchers vers et à partir de la CUA ....... 108
4.5 Des mobilités propices aux filières oignon et pomme de terre .............................. 114
CONCLUSION DU CHAPITRE .................................................................................. 117
CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE ............................................................. 117
DEUXIÈME PARTIE : LA COMMUNE URBAINE D’AGADEZ, UNE VILLE
SOUMISE AUX INTERACTIONS DE LA MOBILITÉ ET DE L’ÉMERGENCE DES
FILIÈRES OIGNON ET POMME DE TERRE ............................................................ 118
CHAPITRE 5 : ACTEURS DES FILIÈRES, DES ACTEURS MOBILES.................. 119
5.1 Caractéristiques sociodémographiques de l’échantillon ........................................ 119
5.1.1 Le maraîchage, une activité masculine à Agadez .......................................... 119
5.1.2 L’âge et le statut matrimonial, deux variables de responsabilité ................... 121
5.1.3 Le niveau d’instruction, une variable de la productivité ............................... 122
5.1.4 La main-d’œuvre humaine, un signe de production traditionnelle ................ 125
5.1.5 La migration, une stratégie de renforcement du capital productif ................. 128
5.2 Acteurs des filières et leurs fonctions .................................................................... 129
5.2.1 Organisation des filières oignon et pomme de terre à Agadez ...................... 129
5.2.2 Les acteurs directs, plusieurs types de mobilité en permanence.................... 130
5.2.2.1 Les producteurs, produire dans l’Aïr et vendre dans la CUA ................ 131
5.2.2.2 Les commerçants, acheter dans les comptoirs de la CUA pour vendre
ailleurs 136
5.2.2.3 Les transformatrices, transformer pour participer aux foires ................ 137
5.2.2.4 Les consommateurs, se déplacer quotidiennement pour se procurer de
légumes 140
272
5.2.3 Les Acteurs institutionnels, des mobilités professionnelles .......................... 141
5.2.4 Les Supporters des filières, des mobilités internationales ............................. 142
5.2.4.1 Les transporteurs, lier les pôles de production à ceux de consommation
142
5.2.4.2 Les fournisseurs d’intrants et de crédits fournir des produits fabriqués
ailleurs 144
5.2.5 Les Intervenants et facilitateurs externes ....................................................... 145
CONCLUSION DU CHAPITRE .................................................................................. 147
CHAPITRE 6 : MOYENS DE PRODUCTION ET DE MOBILITÉ : QUELLE
COMPLÉMENTARITÉ ? ............................................................................................. 149
6.1 Moyens de production maraîchère dans l’Aïr........................................................ 149
6.1.1 Un régime foncier en mutations induites par la migration ............................ 149
6.1.2 Une main-d’œuvre forte de migrants ............................................................. 157
6.1.3 Un équipement d’exhaure faisant appel à la mobilité.................................... 162
6.1.4 Des intrants et matériels agricoles venant d’ailleurs ..................................... 164
6.1.5 Les caractéristiques des exploitations ............................................................ 167
6.2 Déterminants de la mobilité dans l’Aïr .................................................................. 169
6.2.1 Un réseau routier peu dense ........................................................................... 169
6.2.1.1 Le réseau routier rural, une panoplie de contraintes .............................. 169
6.2.1.2 Les infrastructures urbaines de transport, une déserte insuffisante ....... 174
6.2.2 Des moyens de transport adaptés au terrain ................................................... 176
6.2.2.1 Des véhicules adaptés au réseau routier rural ........................................ 176
6.2.2.2 Des motos pour les déplacements urbains ............................................. 177
CONCLUSION DU CHAPITRE .................................................................................. 179
CHAPITRE 7 : FILIÈRES OIGNON ET POMME DE TERRE : QUELS EFFETS SUR
LES MUTATIONS URBAINES À AGADEZ ............................................................. 180
7.1 L’accroissement de la population : l’apport des filières ........................................ 180
7.2 Les recettes maraîchères : une redistribution dans la CUA ................................... 185
7.3 Les acteurs des filières, promoteurs des fonctions urbaines .................................. 192
7.4 Les comptoirs, des centres secondaires en miniature ............................................ 199
7.4.1 Comptoirs et expansion urbaine .................................................................... 199
273
7.4.2 Comptoirs et mobilités urbaines .................................................................... 206
7.4.3 Comptoirs et mixité urbaine .......................................................................... 206
7.5 L’urbanisation, un phénomène irréversible renforcé par la migration masculine . 209
CONCLUSION DU CHAPITRE .................................................................................. 212
CHAPITRE 8 : FILIÈRES ET MOBILITÉ DES PERSONNES : LES ATOUTS, LES
CONTRAINTES ET LES PERSPECTIVES ................................................................ 213
8.1 Des facteurs humains et physiques favorables aux filières .................................... 213
8.1.1 Facteurs favorables aux filières, la perception des acteurs ............................ 213
8.1.2 La motivation, l’engagement et l’organisation des acteurs ........................... 215
8.1.3 La volonté d’appui des pouvoirs publics ....................................................... 218
8.1.4 La révolution du dispositif d’exhaure : de l’énergie animale à l’énergie moderne
221
8.1.5 La complicité d’un climat aride ..................................................................... 227
8.1.6 D’autres atouts non négligeables ................................................................... 230
8.2 Des facteurs inhibiteurs à l’essor des filières ......................................................... 231
8.2.1 Les contraintes endogènes ............................................................................. 232
8.2.2 Les contraintes exogènes ............................................................................... 233
8.3 Des infrastructures urbaines de transport insuffisantes ......................................... 235
8.4 L’exposition à un aléa potentiel : les inondations.................................................. 237
8.5 De meilleures perspectives d’urbanisation et d’irrigation ..................................... 241
CONCLUSION DU CHAPITRE .................................................................................. 243
CONCLUSION DE LA DEUXIÈME PARTIE ............................................................ 244
CONCLUSION GÉNÉRALE........................................................................................ 245
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ....................................................................... 247
TABLE DES MATIÈRES ............................................................................................. 270
ANNEXES ..................................................................................................................... 265
ANNEXE 1 : GUIDE D’ENTRETIEN ......................................................................... 266
ANNEXE 2 : QUESTIONNAIRE ADRESSÉ AUX ACTEURS DIRECTS DES
FILIÈRES ...................................................................................................................... 267
ANNEXE 3 : VALORISATION SCIENTIFIQUE ....................................................... 269
274