Alimentation infantile contre la malnutrition
Alimentation infantile contre la malnutrition
DEDICACE
A toi Dieu le Père Tout Puissant, que la gloire te soit rendue au nom de Jésus-Christ ton Fils Unique pour
la Bonté que tu ne cesses de renouveler à notre endroit.
A la Très Sainte Vierge Marie, mère de Dieu, notre Dame du Perpétuel Secours, merci pour ton inlassable
assistance.
A toi mon feu père Jean Kiboko, qui a su guider mes pas sur les sentiers du savoir. Profonde est ma
reconnaissance à travers ton auguste mémoire.
A toi ma chère mère Marcelline Safi, malgré ta vieillesse, tu ne cesses de t’efforcer pour assurer un meilleur
avenir à ta progéniture.
A toi ma chère épouse Marie Gaby Masingende, pour tous les sacrifices consentis durant ces deux années
d’absence entourés de mes enfants, le mérite de cette œuvre te revient. Reçois mes humbles gratitudes.
Je dédie ce mémoire
REMERCIEMENTS
Ce mémoire, n’aurait pu être élaboré sans le concours de certaines personnes à qui je tiens à
exprimer ici toute ma reconnaissance et ma profonde gratitude.
A Monsieur le Professeur Jean Yves Leveau, du Laboratoire de Microbiologie Industrielle de
l’Ecole Nationale Supérieure des Industries Agricole et Alimentaire de Massy en France.
Qui m’a fait l’honneur de participer à ce jury,
Qui m’a accueilli au sein de son équipe et m’a fourni l’encadrement utile pour la réalisation
du présent travail.
A Monsieur le Docteur Christian Mesenge, Directeur du Département de Gestion des
Systèmes de Santé et Politiques Alimentaires à l’Université Senghor d’Alexandrie.
Pour l’attention particulière qu’il a porté aux différentes étapes de cette étude, pour tout son
soutien moral et matériel, ainsi que pour son entière disponibilité et ses sages conseils.
Malgré ses lourdes obligations professionnelles, il n’a ménagé aucun effort pour la réalisation
de ce mémoire. Je lui renouvelle toute ma reconnaissance et ma gratitude.
A Madame Geneviève Le Bihan, Chargée de Recherche au Centre International de Hautes
Etudes Agronomiques Méditerranéennes de Montpellier pour ses conseils prodigués afin que
ce travail soit mené à bon port.
A Monsieur le Professeur Fernand Texier, Recteur de l’Université Senghor, à tous les
professeurs associés, pour la qualité de leurs enseignements de l’Université, et de leur goût à
partager leurs expériences, qu’ils daignent accepter mes sincères remerciements.
A Monsieur le Professeur Pierre de Maret, Recteur de l'Université Libre de Bruxelles.
Qui m’a permis d’effectuer un stage de terrain avec l’équipe du CEMUBAC à l’Est de la
République démocratique du Congo. Tout le plaisir est pour moi d’exprimer ma profonde et
vive reconnaissance.
A Monsieur le Professeur Francis Delpeuch, Directeur du département alimentation nutrition
et sociétés à l’Institut de Recherche pour le Développement à Montpellier.
Qu’il trouve ici le témoignage de ma gratitude pour ses sages conseils.
A son Excellence Monsieur Kanunu Bertin, Ambassadeur de la RD Congo au Caire et tout le
corps diplomatique de notre ambassade. Pour toute leur assistance, qu’ils daignent accepter
toute ma reconnaissance.
A Monsieur le Professeur Morsi El Soda, Vice-Doyen de la Faculté d’Agriculture de
l’Université d’Alexandrie, pour avoir accepté de juger ce travail, je lui exprime toute ma
reconnaissance.
iv
ABSTRACT
Since several years the political conflicts and the several wars that shacked the African
continent, particularly the DR Congo have caused a deep deterioration of the population
social tissue and life conditions. The massive displacements of populations generated by these
wars have been accompanied by a deficit in food and nutrition, of a total insecurity climate
and numerous infectious diseases. All these elements have increased the number of handicaps
of these populations, victims of the conflicts.
These wars already affected the inadequate infrastructure of this country and aggravated the
daily difficulties of the poor and vulnerable population. A big part of the Congolese
population is living in a state of extreme poverty exacerbated by the malnutrition under the
form of protein-energizing. Among the population, the stern shape of the malnutrition has a
particular frequency; it affects predominantly the children with the preschool age, the
pregnant women and the elderly people. However, it is strongly noted that before the age of 6
months, the mothers practice maternal nursing as recommended by the WHO and the
UNICEF. After this period it appears difficult to introduce a complement food of good
nutritional value. A bad usage or a bad nutritional value of the mashes, risks to delay the
child's growth.
The deficit in rich proteins food and food bad practices provided to these young children
contribute in the apparition of a MPE. Taking into consideration the opportunity offered
thanks to the availability of the soy, we propose an infantile food product made from the local
resources. This product should be also accessible to all markets, even to the poorest ones. It
surely passes by the installation of the artisanal transforming small units for the good
nutritional quality flours production on the organolptic plan rather than the microbiological
security level.
This local production of the soy followed by its transformation into flour then its preparation
into mashe can be integrated as well in a project of public health, agricultural development
and especially feminine remunerative activity. We remain persuaded that the urban
consumption of the soy into the mashe can contribute in the vulnerable groups' nutritional
status improvement; which will permit the DR Congo to avoid the death of thousands of
young children, a dramatic weakness of the intellectual potentials, and an enormous lost of
productivity.
However, its implementation country wide after several years of war can help coming over
numerous constraints in logistical and technical order. But, it doesn't prevent from considering
these kinds of projects as feasible.
___________________________________________________________________________
Keywords: malnutrition, infantile food - soy - armed conflicts - artisanal transformation
vi
RESUME
Les conflits politiques et les guerres qui secouent le continent Africain et plus
particulièrement la RD Congo depuis plusieurs années ont causé une profonde dégradation du
tissu social et des conditions de vie des populations. Les déplacements massifs engendrés par
ces guerres ont été aggravés par le déficit alimentaire et nutritionnel au sein des populations,
auxquels s’ensuivent un climat d’insécurité totale et un cortège des maladies infectieuses
n’ont fait qu’augmenter les handicaps de ces populations victimes des conflits.
Ces guerres ont éprouvé l’infrastructure déjà inadéquate de ce pays et aggravé les difficultés
quotidiennes des populations pauvres et vulnérables. Actuellement une grande partie de la
population congolaise vit dans un état d’extrême pauvreté exacerbé par la malnutrition sous
forme protéino-énergétique. Au sein des populations déplacées, la forme sévère de la
malnutrition a une particulière fréquence, les plus touchés étant les enfants d’âge préscolaire,
les femmes enceintes et les personnes âgées. Force est cependant de constater qu’avant l’âge
de 6 mois, les mères pratiquent l’allaitement maternel comme le préconisent l’OMS et
l’UNICEF. C’est après cette période de sevrage que les difficultés d’introduction d’un aliment
de complément de bonne valeur nutritionnelle se manifestent. La période de consommation de
bouillies est une étape importante de la vie de l’enfant. Si les bouillies sont mal utilisées ou de
mauvaise valeur nutritionnelle, la croissance de l’enfant risque d’être retardée.
Le déficit en aliments riches en protéines et les mauvaises pratiques d’alimentation fournies à
ces jeunes enfants contribuent à l’apparition d’une MPE. Les bouillies et les autres liquides de
faible densité énergétique et parfois de mauvaise qualité hygiénique sont introduites dans
l’alimentation de ces enfants et sont susceptibles de porter préjudice à leur statut nutritionnel
en provoquant d’autres pathologies. Dans le souci de remédier à ces problèmes nutritionnels,
et compte tenu de l’opportunité offerte grâce à la disponibilité du soja, nous avons été amené
à proposer un aliment infantile produit et transformé à partir des ressources locales. Ce
produit pourrait également être accessible à toutes les bourses, même aux plus démunis. Ceci
passe bien entendu par l’installation des petites unités de transformation artisanale pour la
production des farines de bonne qualité nutritionnelle tant sur le plan organoleptique qu’au
niveau de la sécurité microbiologique.
Cette production locale du soja suivie de sa transformation en farine puis de sa préparation en
bouillie peut s'intégrer aussi bien dans un projet à la fois de santé publique, de développement
agricole et d'activité rémunératrice surtout féminine. Nous restons persuadé que la
vulgarisation de la consommation de la bouillie au soja peut contribuer à l’amélioration du
vii
statut nutritionnel des groupes vulnérables ; cela pourrait permette à la RD Congo d’éviter des
milliers de morts d’enfants, un affaiblissement dramatique du potentiel intellectuel, et
d'énormes pertes de productivité économique.
Cependant, son application dans le contexte d’un pays qui a connu plusieurs années de guerre
peut se heurter à de nombreuses contraintes d’ordre logistique et technique. Mais, cela
n’empêche pas de lancer ce genre de projets aussi pertinents.
TABLE DE MATIERES
Dédicace.................................................................................................................................. ii
Remerciements..................................................................................................................... iii
Résumé ..................................................................................................................................v
Liste des abréviations et sigles................................................................................................x
Liste des tableaux, figures et cartes...................................................................................... xii
Introduction............................................................................................................................1
PREMIERE PARTIE : Présentation de l’étude et de la RD Congo...................................5
1.1. Cadre général de l’étude ...............................................................................................5
1.1.1. Contexte du stage ...................................................................................................5
1.1.2. Note de présentation sur l’ENSIA/Massy et le CEMUBAC/Goma..........................5
1.2. Présentation de la République démocratique du Congo .................................................6
1.2.1. Situation géographique ...........................................................................................6
1.2.2. Données climatiques et démographiques ................................................................7
1.2.3. Situation économique .............................................................................................8
1.3. La situation nutritionnelle en RD Congo.......................................................................9
1.3.1. Bilan de la production ............................................................................................9
1.3.2. Situation alimentaire à Kinshasa...........................................................................12
1.3.3. Situation alimentaire à l’Est de la RD Congo........................................................14
1.3.4. Prix des aliments et accès à la nourriture à Kinshasa.............................................17
DEUXIEME PARTIE : Le soja : un aliment multifacette................................................18
2.1. Caractéristiques nutritionnelles ...................................................................................18
2.1.1. Les propriétés préventives du soja ........................................................................22
2.1.2. Les indications d’un aliment essentiel à base du soja ............................................23
2.2. Les allergies au soja....................................................................................................24
2.3. L’économie du soja pour l’alimentation humaine........................................................24
TROISIEME PARTIE : Mise au point de l’aliment infantile ..........................................26
3.1. Les matières premières ...............................................................................................26
3.1.1. Une céréale ..........................................................................................................27
3.1.2 Sucre en Poudre.....................................................................................................29
3.1.3. Huile de palme rouge............................................................................................29
3.1.4. Une légumineuse : le soja .....................................................................................29
3.2. Les étapes de fabrication des farines........................................................................33
ix
Activités de Coopération
Kcal Kilocalorie
OCHA Office des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires
Vulnérabilité
INTRODUCTION
La malnutrition touche une personne sur trois et chacune de ses formes principales éclipse la
plupart des autres maladies à l’échelle mondiale. Elle est la principale cause de mortalité
infantile dans le monde, et fait six millions de victimes chaque année. Dans les pays en
développement la malnutrition même légère constitue l’un des plus importants problèmes de
santé publique (28).
Cette forme de malnutrition affecte tous les groupes d’âge, mais elle est particulièrement
fréquente chez les populations jeunes et défavorisées, celles qui ont un accès insuffisant à
l'eau potable, un assainissement de bonne qualité et sont privées d’éducation sanitaire. Elle
peut entraîner la mort ou rendre ceux qui en souffrent particulièrement vulnérables à d’autres
maladies mortelles, comme la rougeole et les infections respiratoires aiguës, ou encore
entraîner une incapacité physique ou mentale.
Chaque année selon l’UNICEF, dans les pays en développement près de 12 millions d’enfants
de moins de cinq ans meurent principalement de causes évitables ; près de 55% peuvent être
directement ou indirectement attribués à la malnutrition. Pour l’OMS, la malnutrition est liée
à plus de la moitié de tous les décès d’enfants intervenus dans les pays en développement, car
ces enfants malnutris offrent une résistance moindre aux infections et sont en plus grand
danger de mourir des maladies infantiles, et ceux qui survivent connaissent souvent une forme
chronique qui les plonge dans un cycle vicieux de maladies récurrentes et de problèmes de
croissance. Les carences nutritionnelles augmentent la morbidité et les risques de mortalité
des groupes les plus vulnérables qui sont surtout les enfants d’âge préscolaire (12). Dans les
pays en développement, de nombreux décès de nourrissons et de jeunes enfants peuvent être
imputables au mauvais état nutritionnel de leur mère.
Le statut de la femme, son bas niveau d’éducation, l’insécurité alimentaire, le manque d’accès
à l’eau potable, la situation économique, les guerres sont autant de facteurs déterminants de
l’apparition d’une MPE (23).
Le niveau de vie en RD Congo n’a cessé de baisser depuis le milieu des années 1970, en
grande partie à cause de la mauvaise gestion économique et des troubles intérieurs.
La situation a été aggravée par la récente guerre de 1998, laquelle a occasionné plus de
3 Millions de victimes, et occasionnant des déplacements massifs de population (3). Au delà
de ces causes multifactorielles de la MPE, les conséquences de ces deux dernières guerres ont
de manière significative contribué à augmenter des contraintes sociales, en plus de l’économie
de ce pays en déclin. Appauvrie malgré ses richesses naturelles, la RD Congo a connu ce que
2
les Nations Unies ont appelé «une guerre mondiale africaine». Près de 20 groupes armés,
congolais et autres s’affrontaient pour s’arracher des avantages politiques et économiques.
Cette situation chaotique était simultanément accompagnée de la rupture d’une bonne
communication entre les villes du pays, de la détérioration de tout type de moyen de transport,
et de l’instabilité prononcée dans la partie Est. Tous ces facteurs ont contribué à la
désorganisation et à la destruction des circuits d’approvisionnement des lieux de culture et
d’élevage, occasionnant une pénurie alimentaire sans précédent, avec pour corollaire une
surmortalité spécifique liée à la malnutrition aiguë.
Cette situation a quasiment interrompu les flux d'échanges intérieurs entre les deux moitiés du
pays (27).
De même, la production de café et d'huile de palme ; les principales denrées agricoles
d'exportation ont chuté respectivement de 34 % et de 30 % durant la même période (19).
L'étude de l' OCHA cite une enquête effectuée en décembre 1999 qui avait calculé qu'une
famille de sept personnes habitant à Kinshasa, capitale de la RD Congo avait besoin d'environ
12,2 dollars américains par jour soit 370 dollars américains par mois pour satisfaire ses
besoins alimentaires de base, alors que le revenu moyen d'un ménage n'était que de 70 dollars
américains par mois. Selon le PNUD, l'apport calorique par personne et par jour à Kinshasa
est de 1 000 kcal, soit nettement inférieur à un apport de 2 200 kcal recommandé pour
l'Afrique subsaharienne. À Kinshasa, 70 % de la population, estimée à environ 8 millions
d'habitants, n'a pas 1 dollar américain par jour à dépenser pour la nourriture (19).
Néanmoins avec la fin officielle de la guerre même s’il persiste encore certains foyers des
conflits, une amélioration s’est fait remarquée grâce à la reprise de la coopération entre
l’actuel gouvernement d’union nationale et les institutions de BrettonWoods. Le produit
intérieur brut par habitant a atteint 346 dollars américains en 2001, on a assisté également à la
reprise des expéditions de produits manufacturés vers les provinces autrefois sous occupation
rebelle (3).
En dépit de son vaste territoire fait de terres essentiellement fertiles et de ses considérables
ressources minières et forestières, la RD Congo n'a pas été en mesure de couvrir les besoins
essentiels de sa population, dont l’espérance de vie à la naissance est estimée à 46 ans (27).
Selon les données fournies par l’OMS en 2000, le taux de mortalité infantile en RD Congo
était de 221 %o, tandis que pour le ministère de la Santé Publique la malnutrition intervient
elle seule à une proportion de 54 % de mortalité infanto-juvénile. Une analyse plus fine de la
situation montre que la majorité de ces enfants ont entre un et deux ans, alors qu’une enquête
3
réalisée par le PRONANUT révèle que l’insécurité alimentaire chronique touche environ 40%
des ménages.
A Kinshasa, la malnutrition chronique touchait environ 18 % des enfants de la ville et plus de
30% des enfants de la périphérie, où étaient installées les personnes déplacées de guerre (27).
Le récent rapport de l’Unicef sur la RD Congo publié à la fin de l’année 2004 montre que la
situation est alarmante : 12% de nouveaux-nés présentent une insuffisance pondérale à la
naissance, 38% d’enfants de moins de 5 ans souffrent d’un retard de croissance modéré et
grave. Cette accumulation des handicaps a considérablement contribué à la baisse des
importations d’aliments riches en protéines, surtout ceux d’origine animale qui coûtent très
chers sur le marché local. Une des meilleures solutions serait la production locale d’un produit
riche en protéines qui fait souvent défaut. Parmi les aliments disponibles localement, nous
avons identifié une légumineuse en l’occurrence le soja. Les protéines du soja ne coûtent que
10 à 20 % du prix des protéines provenant de la viande, du poisson, des œufs ou du lait. Le
soja contient 40% des protéines, soit plus que toute autre source alimentaire végétale ou
animale que l’on retrouve en Afrique (20).
Lorsqu’on y ajoute du maïs, du sorgho, du blé, du riz ou n’importe quelle autre céréale, la
teneur en protéines du soja satisfait aux normes de la FAO (12).
Force est de constater qu’après une longue période de guerre qu’a subie la RD Congo, sa
production de graines de soja est assurée. Les régions de l’Est du pays (Rutshuru) autrefois
perturbées par les troubles civils sont aujourd’hui entrain d’exporter les graines de soja vers
les pays voisins (Ouganda,..). Néanmoins pour arriver à produire un aliment à base de soja, il
va falloir prendre en compte le volet sanitaire. Ceci, présuppose une maîtrise complète de
toute la filière, couplée à des analyses minutieuses à différentes étapes, et intégrer des bonnes
pratiques aseptiques, en vue d’obtenir une maîtrise de la stérilité microbiologique pratique
(21).
Les objectifs de notre étude :
1. Apporter une contribution à tous les efforts déjà menés par d’autres chercheurs en
vulgarisant la transformation dans une unité de production artisanale et la distribution
des farines de soja dans les régions affectées par la guerre ;
2. Définir les procédés et les conditions de transfert aux producteurs, en vue d’améliorer
la qualité et de promouvoir l’utilisation d’un aliment comportant une céréale et une
légumineuse, en prenant en compte à la fois les besoins des consommateurs et ceux
des producteurs.
4
Le réseau hydrographique est dense. Le fleuve Congo qui traverse presque toute la
république, est long de 4700 Km et a des nombreux affluents. La grande partie du pays est
couverte par la forêt.
celle âgée de 60 ans et plus compte pour près de 4,1 %, selon l’enquête du Ministère de la
Santé d’avril 1998. La langue officielle du pays est le français. Quatre langues nationales sont
parlées par les habitants : le Swahili, le Lingala, le Kikongo et le Tshiluba. Le taux
d’alphabétisation des adultes est supérieur à 80 % pour les hommes et est inférieur à 60 %
pour les femmes. Les principales religions pratiquées dans le pays sont : le catholicisme, le
protestantisme, le Kimbanguisme et l’Islam.
Fraction liquide
Le tableau 5 et la figure 2 ci-dessous donnent une idée de l'écart entre besoins alimentaires
estimés et disponibilités alimentaires à Kinshasa en 1999.
600000
500000
400000
Tonnes
300000
200000
100000
e
riz
n
es
s
s
c
s
s
aï
so
nd
ot
io
tre
in
m
m
an
ric
ta
is
au
gu
vi
an
po
ha
m
lé
pl
de
es
e
ri n
n
na
fa
ba
Produits alimentaires
besoins alimentaires disponibilités
Le nombre d’enfants par famille est toujours élevé, en moyenne six par ménages. La grande
fréquence de la polygamie fait que certains hommes ont tendance à « oublier » certaines de
leurs femmes qui ne parviennent pas à élever seules leurs enfants. Des habitudes de sevrage
très précoce (4 semaines parfois) s’installent. Le nourrisson, étant une gêne pour le travail de
champs, est laissé à la maison, à l’aîné des enfants qui ne dispose pas d’aliments de
substitution correctement assimilables par lui. Les C.P.N sont assez bien suivies par la plupart
des femmes enceintes, mais malgré l’existence d’un programme solide, on ne parvient pas
encore à persuader les mères d’amener tous les nourrissons à la C.P.S, jusqu’à 5 ans, de façon
à détecter tôt les premiers signes de malnutrition.
Cependant quelques enfants bénéficient d’un suivi régulier de la vaccination mais
disparaissent après le 9ème mois. Par ailleurs, les centres nutritionnels distribuent un
supplément alimentaire à plusieurs centaines d’enfants par jour suivant un programme établi
par la zone de santé en collaboration avec l’UNICEF et parfois des O.N.G tels World Vision,
Save the Children, CARITAS, IRC, Malteser, …, sous la supervision des nutritionnistes.
Le manque d'informations sur le marché est un autre facteur limitant le commerce de produits
alimentaires de base. Les agriculteurs des villages isolés et les négociants des villes de
province connaissent rarement les prix en vigueur à Kinshasa. En outre, les préoccupations
liées à l'inflation et la pénurie de biens de consommation de base se sont traduites par un
accroissement du troc qui consiste à des échanges de produits agricoles contre des denrées de
première nécessité telles savon, tissu, kérosène et sel.
Comme le montre le tableau n°6, les transports de produits vivriers s’effectuaient le plus
souvent par les réseaux routiers et ferroviaires. Suite à l’absence de maintenance et les effets
de la guerre (bombardements de certains ponts), les transports de ces produits ont connu des
sérieuses perturbations.
16
Produits Mode de
Provinces Itinéraire Observations
alimentaires transport
Tshela- Boma-
Manioc, haricots, Matadi-Mbanza-
Par voie La plus grande partie
bananes, gibier, Ngungu.-Kinshasa;
de terre de la route Matadi-
huile de palme, Kimvula-Inkisi- Kinshasa est dans un
1. Bas-Congo viande, sucre, Kinshasa état déplorable.
farine de blé,
Par Le chemin de fer a un
pommes de terre,
chemin de Matadi-Kinshasa matériel vétuste
légumes
fer
Popokabaka-
Kasongolunda-Feshi-
Par voie
Kikwit-Masi-
Manioc, maïs, de terre
Manimba-Kenge- Route Kikwit-
arachides, Kinshasa
2. Bandundu Kinshasa en très
bananes, huile de
Mangai-Kwa- mauvais état
palme, poisson
Par voie Kinshasa; Lukenie-
fluviale Mfini-Kwamuthu-
Kinshasa
Manioc, maïs, riz,
arachides, Approvisionnements
Bumba-Mbandaka-
3. Équateur bananes, huile de interrompus pendant
Kinshasa
palme, gibier, la guerre (1998-2002)
poisson
Riz, haricots,
4. Province viande, poisson, Par voie Kisangani-Bumba-
idem
Orientale pommes de terre, fluviale Mbandaka-Kinshasa
légumes
Par route
Goma-Beni-
Viande, légumes, et voie
Kisangani
5. Nord Kivu pommes de terre fluviale idem
Par voie
Goma-Kinshasa
aérienne
Par voie Sankuru-Kasaï-
fluviale Kinshasa
6. Kasaï-
Riz Par route idem
Orientale Lodja-Sankuru-Kasaï-
et voie
Kinshasa
fluviale
Sources : OCHA RD Congo Impact humanitaire de l'environnement socio-économique, 2000.
17
100
90
80
70
Farine de
60
CDF/kg
manioc
50 Farine de
maïs
40 Riz
30
Feuilles de
20 manioc
10 Haricots secs
0 Poisson frais
Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août
Figure 4 : Moyenne des prix mensuels au détail relevés pour les produits alimentaires de
base à Kinshasa entre Janvier août 2000
Source : Rapport de l’IRES (Institut pour la recherche économique et sociale), 2001
18
Les données récentes indiquent, pour la fraction protéique ayant subi un traitement
technologique adéquat, une valeur biologique chez l'homme est satisfaisante mais
sensiblement inférieure à celles des protéines de lait de vache. En ce qui concerne les acides
aminés indispensables, le soja a une teneur en lysine plus importante que de nombreuses
autres sources végétales, les acides aminés limitants étant les acides aminés soufrés
(méthionine, cystéine). Céréales et légumineuses, en particulier graines de soja, sont
traditionnellement associées : le soja est complémentaire des céréales qui sont déficitaires en
lysine et ont une teneur assez forte en acides aminés soufrés.
La biodisponibilité du calcium est limitée par la présence d'acide phytique et d'acide oxalique.
Celle du zinc est réduite par la présence d'acide phytique. Le fer, présent en quantité
importante, a cependant une biodisponibilité faible.
Enfin les phytates sont susceptibles de réduire la biodisponibilité des minéraux dans les
formules à base de soja pour nourrissons (30)
Des fractions considérées comme indésirables notamment des inhibiteurs trypsiques et des
hémagglutinines, doivent être détruites par des techniques traditionnelles ou industrielles de
cuisson pour rendre le soja consommable et digestible tant pour l’homme que pour l’animal
(17).
Le tableau 9 indique quelques substances biologiquement actives retrouvées dans les graines
de soja ainsi que les réactions biologiques et les méthodes pour les désactiver.
20
Tableau IX : Substances biologiquement actives et composés de saveur / odeur des graines de soja, leurs
réactions biologiques et les méthodes de destruction et de réduction
Substance Réaction biologique Méthode de Référence
destruction
Inhibiteurs de Synthèse et sécrétion accrues Traitement par la Rackis et al.
trypsine d’enzymes pancréatiques et chaleur humide ; (1979)
inhibition de croissance addition de
protéolytiques
Uréase Libération accrue Cuisson
d’ammoniaque ; intoxication
Haemaglutinines Agglutination des globules Traitement par la Lis et al. (1973)
rouges chaleur humide ;
digestion de pepsine
Goitrigène Hypertrophie de la glande Addition d’iode à Turner et Liener
thyroïde l’alimentation ; (1975)
stérilisation par
autoclave
Oestrogènes Inhibition de la croissance ; Extraction par éthanol Kanijn et al.
poids utérin accru aqueux ; préparation (1973)
d’isolats
Phosphatidylcholine Aigreur Traitement par chaleur Wolff (1982)
oxydée humide ; trempage
Acides phénoliques Astringence Cuisson Sugimoto et
Van Buren
(1970), Mital et
Streinkraus
(1975)
Acides linoléique et Saveur aigre Inactivation des
linolénique oxydés lipoxygénases par
broyage humide à 80°C
ou plus, chauffage à sec
des graines broyées puis
cuisson par extrusion ;
blanchiment des graines
intactes ; trempage des
graines dans l’alcool
aqueux.
spécifiquement de malnutrition. L'apport calorique d’un aliment au soja est identique à celui
du lait de mère autour de 700 Kcal/l (26).
Cependant, la répartition des protéines, lipides et glucides dans l'apport énergétique total est
différente selon les produits par rapport au lait de mère.
Le soja contient 20 à 25 g/l de protéines isolées. Cette teneur élevée s'explique du fait que la
valeur biologique des protéines de soja étant de moins bonne qualité, l'augmentation des
apports permet une meilleure absorption. La teneur en lipides varie de 28 g/l à 36 g/l selon les
variétés. Elle est donc inférieure à celle du lait de mère (40 g/l). L'apport en acides gras
essentiels est néanmoins assuré.
La teneur en glucides varie de 66 g/l à 87 g/l (lait de mère = 70 g/l). Les sources glucidiques
sont des amidons et des polymères de glucose : il n'y a donc ni lactose ni saccharose. Les
teneurs en minéraux et oligo-éléments (calcium, phosphore, fer, zinc, etc.) sont supérieures à
celles du lait de mère mais leur biodisponibilité est de moins bonne qualité.
La présence de phytates dans les protéines de soja agissent comme chélateurs et diminuent
l'absorption intestinale. L'enrichissement en vitamine D est conforme à la législation.
La composition et la valeur nutritionnelle d’un jus de soja européen, selon la documentation
d’un fabricant, sont données au tableau 10. En insistant sur l’absence de cholestérol et la
prépondérance d’acides gras poly-insaturés, on montre les incidences sur la santé de la
composition du jus de soja.
L'effet du soja dans le cadre de la prévention des cancers est encore incertain. Il serait
principalement associé aux isoflavones. L'inhibiteur trypsique de Bowman-Birk et l'acide
phytique (par ses propriétés antioxydantes) semblent aussi inhiber la cancérogenèse, en
particulier vis-à-vis du cancer du côlon (14).
Les propriétés œstrogéniques des isoflavones du soja sont étudiées chez la femme en
périménopause, en particulier vis-à-vis de la réduction des bouffées de chaleur et de la perte
osseuse. Cependant, chez l'enfant, la présence d'isoflavones dans les formules infantiles à base
de soja pose la question de leur éventuelle action endocrinienne et de ses conséquences. La
réalité de ces différents effets reste encore à démontrer en situation physiologique et dans le
cadre d'une alimentation diversifiée. (30)
Les technologies offertes actuellement vont des unités artisanales aux usines de soja d’assez
grande capacité, présentant les moyens les plus modernes de l’industrie laitière. Actuellement,
la production de jus de soja et de ses dérivés représente une part importante de l’industrie des
protéines alimentaires de soja. Il est difficile d’obtenir des statistiques de production à ce jour.
26
palmitique (12%). Notons aussi que du fait de sa couleur, le maïs jaune suggéré dans la
présente étude pourrait représenter une source potentielle de vitamine A.
b. Entreposage :
Les moisissures et les insectes sont la cause principale de la détérioration de la qualité des
graines de soja entreposées. Une humidité importante, des températures élevées et la présence
de graines endommagées et de matières étrangères favorisent leur développement. Il est par
conséquent important que les graines soient saines, propres et sèches s’il est prévu de les
entreposer, quelle qu’en soit la durée. Le contrôle de l’humidité est la condition essentielle
d’un bon entreposage.
c. Nettoyage et décorticage
Les lots de soja contiennent des quantités variables de matières étrangères. Le nettoyage doit
être soigné pour protéger et surtout parce que les produits sont destinés à l’alimentation
humaine. Les graines sont débarrassées des corps étrangers (sables, pierres, boues, poussières,
déchets végétaux et animaux, graines étrangères) et des graines indésirables (endommagées,
immatures ou germées). La séparation se fait en fonction de différences de granulométrie et
de densité par des combinaisons de cribles et de tables densimétriques et des séparateurs à lit
fluidisé (figure 5). Ces derniers permettent d’extraire les microparticules (poussières) et les
enveloppes détachées des graines très légères.
31
Figure 5 : Nettoyeur de graines avec aspirateur multiple et cyclone (D’après MOORE, 1983)
Figure 6 : Méthode de préparation conventionnelle des graines de soja (D’après MOORE, 1983)
Les nettoyage et décorticage classiques sont réalisés selon la figure (6), les graines sont
successivement pré nettoyés, séchées puis réhumidifiées à une humidité contrôlée de 10%, ce
qui minimise l’activité de la lipoxygénase et facilitera le décorticage. Stockées de 1 à 3 jours
pour que cette humidité moyenne s’équilibre, puis elles sont nettoyées complètement et
éclatées entre cylindres cannelés en 4 à 8 morceaux. Les pellicules de soja contiennent des
substances indésirables, la durée de traitement des graines de soja par la chaleur pour inactiver
les enzymes indésirables peut être réduite quand on utilise des graines dépelliculées.
32
Le principal problème tient au fort degré de décorticage souhaité pour obtenir une farine à
haute teneur en protéines, ce qui entraîne avec cette technologie un pourcentage élevé de fines
particules d’amandes difficiles à séparer des enveloppes.
Depuis quelques années, ce système a évolué dans deux directions : un séchage court en lit
fluidisé qui a pour but de mieux désolidariser les enveloppes de l’amande en les amenant à
une humidité inférieure et une amélioration du dessin des cannelures des broyeurs dans le but
de moins générer de fines partiales. La perte de solubilité des protéines, reflet de leur
dénaturation, est limitée lors de ces traitements à 5-8%.
Après avoir pratiqué, dans toute la mesure du possible, un dépelliculage qui enlèvera les
enveloppes de la graine, un simple chauffage détruira l'activité des lectines et des facteurs
anti-trypsiques. Parmi diverses modalités, la torréfaction semble la meilleure solution.
d) la torréfaction
Il s'agit d'un chauffage à sec, un grillage, qui n'obligera donc pas à procéder à un séchage
ultérieur en milieu artisanal, avant le broyage et la commercialisation de la farine. Un simple
bidon métallique, placé au-dessus d'un feu et mis en rotation avec une manivelle pour agiter
les graines au cours de la cuisson, peut faire l'affaire.
Toutefois il est recommandé de faire appel à du matériel ci haut énoncé qui permet de mieux
contrôler les paramètres du traitement, car, si cette opération est pratiquée avec un excès de
vigueur, le soja, trop cuit, aura perdu une partie de sa valeur nutritionnelle. Il aura été le siège
de réactions dites de Maillard, qui vont rendre indisponible une bonne partie de la lysine, qui
est un acide aminé indispensable. Les réactions de Maillard vont d'abord se signaler par la
bonne odeur qui envahit la pièce où s'effectue le traitement, puis par la couleur brune qui va
affecter les graines. Il faut trouver un bon compromis entre la réduction de l'activité
antinutritionnelle et le niveau des réactions de Maillard à faible intensité, ces dernières
rendront le produit plus agréable à consommer. Elles lui donneront un bon petit goût de
biscuit. À l'inverse, le " café " de soja, bien connu ici ou là, et obtenu en poussant à fond la
torréfaction, aura perdu toute valeur nutritionnelle. Des résultats satisfaisants semblent
pouvoir être obtenus avec un chauffage à 100°C pendant 25 minutes. Si on fait précéder la
torréfaction d'un trempage à grande eau pendant environ 12 heures, les sucres à l'origine des
flatulences vont se dissoudre en grande partie dans l'eau utilisée pour cette opération. C'est un
aspect à ne pas négliger, même si l'ensemble du traitement s'en trouve alourdi. La torréfaction
qui suivra le trempage permettra aussi le séchage du produit.
33
Ainsi, en s'en tenant à des traitements à la portée de tous, on peut parvenir à des produits qui
donnent grande satisfaction, pour peu qu'ils soient appliqués avec soin et régularité.
Voici l’exemple d’un torréfacteur permettant de griller 20 kg de soja par journée. Il est placé
sur un foyer en briques et pisé. Ses avantages par rapport à la méthode traditionnelle sont la
diminution de 50% de la consommation de bois de feu et la diminution de 50% du temps de
grillage. Le torréfacteur se compose d'un fût métallique. Il s’agit d’une construction mécano
soudée
La farine à cuire est la plus utilisée par les mères. Son procédé de fabrication est plus simple
et repose sur un certain nombre de techniques de transformation de matières premières. Ces
opérations sont indispensables car elles sont déterminantes pour la qualité de la farine
infantile. Un exemple de diagramme présentant les étapes de fabrication de cette farine
infantile à cuire à base des céréales et de légumineuses, est donnée à la figure (10) pour être
appliquée dans les ateliers de production et les unités artisanales.
34
Figure 10 : Présentation schématique des différentes étapes de fabrication d’une farine infantile à cuire à
base de maïs et de soja.
Source : Bulletin du réseau technologie et partenariat en Agroalimentaire. Les farines infantiles. Editions Dumas,
Paris, mai 1998
35
Figure 11 : Exemple de diagramme des différentes étapes de fabrication d’une farine instantanée par
cuisson extrusion.
Source : Bulletin du réseau technologie et partenariat en Agroalimentaire. Les farines infantiles. Editions Dumas,
Paris, mai 1998
36
Ce procédé de fabrication de farine instantanée n’est pas encore très répandu dans les pays de
l’Afrique subsaharienne. Néanmoins, on peut retenir entre autres quelques expériences en
cours : la farine « Farilac » à base de blé au Madagascar, la farine « Farinor » à base de maïs
en Côte d’ivoire, etc. Ce type d’installation nécessite des coûts peu onéreux par rapport au
procédé classique. Il inclut entre autres machines l’utilisation d’un cuiseur-extrudeur et exige
donc de la part de l’ouvrier ou de l’entrepreneur l’acquisition des compétences techniques
spécifiques.
La farine infantile fabriquée pour la réalisation future de la bouillie que l’on donne aux
enfants à partir de l’âge de quatre à six mois en complément du lait maternel, doit répondre à
certains critères pour couvrir leurs besoins nutritionnels. Elle doit être salubre, accessible au
plus grand nombre d'enfants et avoir une bonne valeur nutritionnelle. Elle doit être
spécialement conçue pour couvrir leurs besoins nutritionnels en tenant compte des apports du
lait maternel et de la fréquence journalière des repas (dans de nombreux contextes, les enfants
reçoivent moins de trois bouillies par jour).
a) Une farine saine : une farine infantile doit être salubre, elle ne doit pas contenir des
germes pathogènes, des toxines ou des résidus chimiques toxiques susceptibles d'avoir des
répercussions sur la santé du nourrisson. Pour cela, elle ne doit pas être à l'origine de
diarrhées. Selon la norme Codex Stan 74-1981 du codex alimentarius, les farines infantiles
doivent être préparées, emballées et conservées dans des conditions compatibles avec
l'hygiène. Elles doivent respecter les dispositions du " Code d'usages en matière d'hygiène
pour les aliments pour nourrissons et enfants en bas âge " (CAC/RCP 21-1979). Ce code
donne des spécifications microbiologiques à caractère consultatif, différentes selon qu'il s'agit
de farines à cuire ou de farines instantanées. Dans notre cas, les spécifications proposées par
le Gret et l'Orstom dans différents projets en Afrique, à Madagascar et au Viêt-nam, seront
utilisées.
37
Les ingrédients entrant dans la composition de la bouillie au soja sont choisis en fonction de
leur disponibilité locale, de leur valeur nutritionnelle et de leur prix. Ils sont issus de
l'agriculture locale.
L’approvisionnement est généralement facile: récolte familiale ou production des
groupements villageois, achat à l'office céréalier ou à des commerçants.
Les bouillies consommées par les nourrissons et les jeunes enfants peuvent être préparées soit
à partir d’une farine à cuire soit à partir d’une farine instantanée. Très souvent, c’est la farine
à cuire qui est répandue. Bien que cette dernière présente un certain nombre d'avantages, son
utilisation est limitée par la difficulté de standardiser la production.
Cette bouillie comprendra obligatoirement :
- une source énergétique principale composée d’un mélange de farines élaborées à partir
d’un aliment de base riche en amidons (maïs) ;
- une source protéique constituée par une farine ou jus de soja ;
- du sucre commercial en quantité modérée ;
- de l’huile de palme rouge
En plus de cette composition globale doit s’ajouter la qualité nutritionnelle du produit, qui
doit être conforme à des normes concernant essentiellement la valeur nutritionnelle, la qualité
microbiologique, et l’aptitude à être préparée sous forme de bouillies de densité énergétique
suffisante. Le principe de ce mélange nous permettra de constituer un aliment essentiel dont la
composition est décrite au tableau 12.
Tableau II : Composition de la bouillie haute énergie
BOUILLIE POUR ENFANTS
Produits Qté (g) Protéines (%) Lipides (%) Glucides (%) Kcal
Farine 50g 4 0,6 40,1 182
de Maïs
Farine 20g 7,4 4,7 4,4 89,4
de soja
Huile de 10g 0 10 0 90
palme
Sucre en 10g 0 0 10 39,4
poudre
Total (g) 88g 11,4 15,3 54,5
Total 45,6 137,7 218 382,72
kcal
% 11,8 31,3 56,9 100
39
Etapes de la préparation
1. Verser dans une petite casserole la quantité de farine nécessaire selon l'âge de l’enfant
o à 4 et 5 mois : 40 g, soit 1/2 verre bambou ou 1 boîte et 1/2 de sauce tomate ;
o à 6 et 7 mois : 50 g, soit 3/4 de verre bambou ;
o à partir de 8 mois : 60 g, soit un verre bambou ou 2 boîtes de sauce tomate.
2. Ajouter dans la casserole un volume d'eau propre identique à celui de la farine en le
mesurant avec le même récipient (rajouter éventuellement un peu d'eau selon la
consistance souhaitée).
3. Mettre la casserole sur un feu doux et remuer jusqu'à l'apparition de bulles. Laisser
cuire encore 5 à 10 minutes.
4. Laisser refroidir : la bouillie est prête. Elle doit être consommée aussitôt après sa
préparation.
nutrition tropicale de l'IRD Montpellier afin de mieux comprendre les relations entre
viscosité, écoulement Bostwick et appréciation sensorielle de la consistance des bouillies.
Le choix définitif d’une formule infantile qui répond à l’acceptabilité du public-cible passe
par la réalisation des tests d’analyse sensorielle sur des groupes d’enfants, de mères et autres
dégustatrices constitués dans le milieu d’enfants, des mères et des autres dégustatrices
constituées dans le milieu des consommateurs. L’évaluation sensorielle consistera en un
ensemble de tests de dégustation de la bouillie et doit toucher des personnes susceptibles
d’acheter et de consommer la farine. Ainsi, le comportement de l’enfant face à la bouillie et
les remarques des mères sont recueillis et permettront d’orienter le choix entre plusieurs
formules possibles ou d’adapter une formule retenue aux préférences des consommateurs. Les
différences entre les bouillies à présenter aux dégustateurs se situent au niveau des
proportions en ingrédients entrant dans la composition, soit au niveau de la substitution d’une
matière première par une autre.
42
La constitution de stocks de matières premières est souvent nécessaire pour des raisons de
disponibilité saisonnière ou de délais d'approvisionnement très longs ou encore des raisons
d'intérêt économique : variations des prix très importantes entre les différentes périodes de
l'année, prix d'achat en faible quantité très élevé, etc.
Or, les matières premières peuvent se détériorer durant le stockage si l'on ne prend pas
quelques précautions. Il faut s'assurer au moment de l'achat qu'elles ont été bien séchées et
veiller à ce qu'elles soient stockées dans un endroit sec. Il est souhaitable d'avoir une humidité
maximale de 11-12 % pour les céréales et 9-10 % pour les légumineuses contenant des
matières grasses, sinon les risques de contamination par les moisissures ou par le
développement des bactéries sont élevés et la sensibilité vis-à-vis de l'attaque des insectes
reste accrue. Le stockage aura lieu à l'abri des insectes et des rongeurs et les locaux, ou les
matières premières elles-mêmes, seront éventuellement traités avec un insecticide alimentaire.
Lors de la fabrication et du stockage, certaines étapes peuvent altérer la qualité du produit
notamment une mauvaise torréfaction ou un mauvais broyage, un mélange mal effectué, une
machine mal nettoyée, un emballage défectueux, un mauvais entreposage des produits finis...
C'est pourquoi, il est nécessaire que la coopérative mette en place des règles définissant
l'ensemble des précautions à prendre depuis l'achat des matières premières jusqu'à la vente du
produit fini, ainsi que des procédures de contrôle sur les matières premières et le produit fini.
Il peut effectuer lui-même des contrôles microbiologiques, ou faire appel à un laboratoire
d'analyses officiel. Il doit vérifier que les mesures d'hygiène nécessaires ont bien été prises et
qu'elles sont suffisantes.
Toujours dans un souci d'établir une relation de confiance avec le consommateur, il est
souhaitable d'identifier les différents lots produits et leurs destinations, de façon à pouvoir les
retirer de la vente si nécessaire (traçabilité).
Toutes ces mesures signifient la mise en place d'un système de contrôle qualité à partir de
l'analyse des risques existant aux différentes phases de la production et de la livraison du
produit. Ces règles et des contrôles sont définis au tableau n°11 et doivent être appliqués pour
garantir à tout moment la qualité du produit mis sur le marché.
44
Tableau XI : Procédé HACCP d’une farine infantile composée du soja, maïs, sucre, enzymes et
complément minéral et vitaminique, emballée sous film plastique
Une fois que l’activité est enclenchée les analyses sur l’aliment doit se faire à deux niveaux :
- les tests de routine à effectuer par le personnel au sein de l’unité comme nous l’avons ci haut
décrit ;
- des analyses de type biochimique et microbiologique du produit devront être effectués
périodiquement par des techniciens du laboratoire de l’Office Congolais de Contrôle (O.C.C)
pour identifier des problèmes éventuels et prendre des mesures qui s’imposent. Elles porteront
sur des échantillons d’aliments sous la forme des farines et même des bouillies dans une
certaine mesure. Elles seront mises en œuvre selon les méthodes officielles adaptées aux
produits et aux conditions des zones tropicales. Des contrôles divers peuvent être effectuées,
notamment :
a) le contrôle de conditionnement :
Il permet de déceler des imperfections au niveau de l’étiquetage, les emballages en sachets, le
volume etc.
b) le contrôle biochimique
La farine doit respecter les normes biochimiques attribuables aux aliments de complément.
Les analyses porteront donc principalement sur :
- le taux d’humidité ;
- la composition en nutriments du produit fini ;
- la présence d’aflatoxines, de métaux lourds, de résidus de pesticides ;
- la présence de substances néoformées : produits de la réaction de Maillard ;
- la présence de toxiques naturels : acide cyanhydrique ;
- la viscosité de la bouillie ;
- la vitesse d’écoulement de la bouillie…
c) le contrôle microbiologique
Les analyses porteront principalement sur le dénombrement des microorganismes par unité de
masse de farine : Il s’agira des :
- microbes d’altération de la qualité marchande de l’aliment ;
- microbes pathogènes pour le consommateur ;
- microbes témoins de contamination fécale ;
- microbes indicateurs technologiques.
48
Il existe des normes microbiologiques élaborées par les comités mixtes FAO/OMS du Codex
Alimentarius, applicables aux farines infantiles. Ces normes sont utilisées par l’IRD. Elles
fixent du quanta microbien maximum au-delà desquelles la farine contrôlée sera qualifiée
d’impropre à la consommation. Le tableau 8 présente ces normes.
Source : Dossier farines infantiles : File : //A:\Nomes micro. Des farines htm. Février 2000
Cette exigence de qualité constitue un critère fondamental pour gagner et fidéliser des
commandes, mais aussi pour être crédible auprès des organismes nationaux et internationaux
susceptibles d’acheter de la farine dans le cadre de leurs actions de lutte contre la
malnutrition.
La granulométrie
Elle est réalisée avec le Sweco et selon le principe déjà décrit. Il est important d’opérer un
choix judicieux des mailles des tamis à utiliser en fonction de l’appréciation visuelle que l’on
fait de la matière.
L’humidification
Après avoir déterminé le taux d’humidité de la brisure, on procède s’il ya lieu, à son
humidification. En effet, le traitement de cuisson-extrusion exige un niveau d’humidité donné
pour que la gélatinisation et l’expansion se produisent correctement. Connaissant le taux
d’humidité initiale ( Hi) de la brisure, le taux d’humidité (Hf) à atteindre, la masse (M) en
gramme de la matière à humidifier, le volume (V) de l’eau nécessaire à l’humidification est
donnée par la formule suivante :
V = (Hf-Hi)xM/100-FHf
V ainsi calculé est exprimé en millilitres.
Ce volume d’eau est alors mesuré dans une éprouvette. La brisure à humidifier est ensuite
versée dans le mélangeur, puis on met l’appareil en marche avant de faire parvenir l’eau dans
l’enceinte grâce à un conduit plastique prévu à cet effet. L’appareil tournera pendant une
quinzaine de minutes. Après, on arrête pour vider la brisure. Celle-ci est laissée au repos dans
un récipient hermétiquement fermé pendant vingt minutes avant de passer à l’extrudeur. A
titre de contrôle, il faut faire une mesure du taux d’humidité pour s’assurer que le niveau
souhaité est atteint.
53
[Link]. La cuisson-extrusion
Cette récente technique connaît un développement important du fait de la polyvalence du
procédé et de la grande diversité de ses applications. Elle consiste à soumettre aux effets
simultanés de la température et de la pression, durant une courte durée, une matière première
ou un mélange de matières premières hydratées, et à les façonner, une fois cuites, par passage
forcé au travers d’une ou plusieurs filières adéquates.
Schématiquement, le cuiseur-extruseur se présente comme dans la figure (8):
Trémie
d’alimentation
Bloc Moteur
Figure 8 : Cuiseur-extrudeur
Dans les conditions réelles de travail, des installations annexes, notamment de contrôle
s’ajoutent, de sorte qu’on peut décrire :
- une cabine de contrôle de la température, de la vitesse d’alimentation en matière
première et de vitesse de rotation du couteau à la sortie de la filière. On y trouve
également un système d’enregistrement des températures.
- Un bloc moteur, qui génère la rotation de la vis et permet le contrôle de sa vitesse de
rotation
54
- un bloc de cuisson et d’extrusion, composé d’un fourreau au travers duquel passe une
vis sans fin à diamètre croissant et d’une filière par où sort la matière première cuite.
- Une trémie d’alimentation, fixée sur le bloc de cuisson, à sa partie initiale
- Un dernier élément se composant d’un couteau à lames multiples réglables, qui
tournent et coupent le produit extrudé. Une cage de protection est prévue à ce niveau
pour prévenir les risques d’accident.
Certaines caractéristiques sont communes à toutes les unités de production. Ainsi, les fenêtres
doivent être équipées de moustiquaires et les portes avoir des joints assurant une bonne
étanchéité. Il est nécessaire également qu'un robinet d'eau soit présent, au moins dans les
pièces centrales, pour pouvoir nettoyer l'ensemble de l'unité à l'aide d'un tuyau d'arrosage. Un
système d'évacuation des eaux usées par drainage devra être prévu.
De plus, il sera souhaitable que le sol et les murs soient recouverts de carrelage blanc jusqu'à
mi-hauteur (environ 1,50 m). Le haut des murs ainsi que le plafond seront peints en blanc.
Toutes ces mesures sont indispensables pour permettre une production dans des conditions
d'hygiène optimales.
Par ailleurs, il est nécessaire de prévoir l'électricité et l'éclairage dans chaque pièce en 220 V
et, si possible, en 380 V pour les machines. Un bloc sanitaire est nécessaire, si possible dans
un bâtiment isolé de l'atelier de production.
Le dimensionnement de l'installation dépendra de l'encombrement des équipements, de la
capacité de production de l'entreprise et des nécessités de stockage de matières premières.
Pour une unité ayant une capacité de production de cinq à dix tonnes par mois, il est
souhaitable de prévoir environ 150 m² de superficie totale. Le vannage s'effectuant
généralement dehors, il sera prévu un auvent.
possibilités d'approvisionnement sur le marché. Il n'est pas utile de stocker un produit facile à
trouver (le stock est alors chez le fournisseur), mais il est parfois nécessaire d'avoir six mois
de stock.
Hormis le gouvernement, les organisations internationales sont aussi des bailleurs de fonds
importants qu'il ne faut pas négliger, d'autant plus qu'ils peuvent donner des subventions, donc
de l'argent non remboursable. Parmi eux, on peut remarquer l'Agence Américaine de
Développement International (USAID), certaines agences des nations unies telles que le
Programme Alimentaire Mondiale (PAM), la FAO, ou l’UNICEF. L’acquisition de ces fonds
facilitera le démarrage de l’unité coopérative et elle permettra sans nul doute l’amélioration
des revenus des femmes.
62
DISCUSSIONS
Les indications d’un aliment à base de soja sont discutées. Une alimentation contenant des
protéines de soja a fait récemment l'objet d'une étude immunologique menée par des
chercheurs de l'Université de l'Illinois. Les résultats publiés dans « Proceedings of the
National Academy of Sciences » indiquent que cette alimentation pourrait empêcher le
fonctionnement du système immunitaire des bébés. En effet, un composé du soja, semblable à
l'hormone oestrogène, a entraîné chez des souris une réduction importante du nombre de
leucocytes et des modifications du thymus, glande où ces cellules atteignent leur maturation.
Mais ceci ne doit pas nous empêcher à mettre au point notre aliment qui présente des
nombreux avantages.
Néanmoins, pour arriver à produire un aliment propre répondant aux besoins des jeunes
enfants, il est fondamental de répondre à certaines exigences des règles de bonnes pratiques
d’hygiène, d’où un préalable de la formation des acteurs en particulier des mères à la
constitution des repas de bonne qualité tant sur le plan microbiologique qu’organoleptique.
Les bouillies ont une place importante dans la nutrition infantile africaine. C'est le mode
alimentaire habituellement utilisé pour compléter l'allaitement maternel avant l'introduction
du plat familial. La préparation de bouillies de céréales par les mères ainsi que l'achat de
farines sur le marché local répondent à cette habitude alimentaire. L'éducation nutritionnelle
devra encourager ce mode d'alimentation à partir de six mois et recommandera aux mères, à
condition de ne pas en faire une alternative à l'allaitement maternel.
Depuis quelques dizaines d'années, les campagnes de lutte contre la malnutrition infantile ont
permis de mettre au point et enseigné des recettes de bouillies enrichies dont la qualité
nutritionnelle est améliorée par un meilleur équilibre entre sucres, protéines, lipides,
vitamines et minéraux. La mise au point de cet aliment proposé poursuit le même objectif. Les
résultats de ces campagnes antérieures n'ont pas toujours été à la hauteur des espérances.
De nombreuses publications montrent cependant que, la plupart de ces bouillies enrichies ou
non, ont une très faible valeur énergétique et ne satisfont pas aux besoins énergétiques des
jeunes enfants. Les acteurs seront initiés à bien faire la distinction entre aliment équilibré dans
sa composition et un aliment de valeur énergétique élevée. L'enfant, à plus forte raison s'il est
très jeune et/ou malnutri, a besoin d'un aliment à la fois équilibré et énergétique.
En modifiant les proportions entre l'eau et la farine, les mères adaptent la consistance des
bouillies à l'âge de leurs enfants, bouillies épaisses quand ils sont grands, bouillies légères,
c'est-à-dire diluées quand ils sont petits ou malades. Ces pratiques de dilution vont à
63
l'encontre des besoins de l'enfant et aggravent encore le risque de la MPE. C’est pour dire que
la consistance d’un aliment ne renseigne pas toujours sur sa valeur nutritionnelle, et qu’un
aliment épais, peut parfois être moins nourrissant qu’un aliment liquide. L’objectif de cette
stratégie est d’avoir à la fois des aliments de consistance adaptée et de haute qualité
nutritionnelle permettant d'assurer une meilleure santé et une bonne croissance des jeunes
enfants.
L'utilisation d'une farine infantile instantanée réduit le temps de préparation. Elle est un
facteur d'économie d'énergie. En revanche, elle peut se révéler risquée dans les endroits où
l'eau disponible n'est pas potable et où l'habitude de faire bouillir l'eau avant sa consommation
est absente. Les bouillies ainsi préparées peuvent provoquer différents troubles chez les
enfants (diarrhées). L'emploi d'une farine infantile à cuire, où l'eau bout pendant plus de 5
minutes lors de la préparation, limite ce problème. Cet aspect n'est pas à négliger car, outre le
risque de voir les consommateurs incriminer le produit, la santé des enfants peut être mise en
jeu.
La quantité d'énergie qu'un enfant peut consommer chaque jour à partir des bouillies dépend
du nombre de repas, des quantités consommées à chaque repas et de la densité énergétique
des bouillies. Or, dans de nombreuses sociétés, les mères, accaparées par de multiples tâches,
ne peuvent pas préparer des bouillies plus de deux fois par jour. Par ailleurs, les nourrissons
ne peuvent pas ingérer plus de 30 à 40 ml de bouillie par kilogramme de poids corporel à
chaque repas en raison de leur capacité stomacale réduite.
Dans le cas des bouillies préparées à partir d'aliments amylacés n'ayant pas subi de traitements
enzymatiques ou hydrothermiques (traitements faisant intervenir l'eau et la température tels
que cuisson-extrusion, séchage sur cylindre), la concentration en farine des bouillies est le
déterminant principal de leur densité énergétique. En première approximation, on peut
compter 4 kcal pour 1 g de matière sèche.
Ces bouillies ont une viscosité qui augmente très vite en fonction de leur concentration en
matière sèche. Les personnes qui préparent ces bouillies sont donc placées devant le dilemme
suivant : augmenter la proportion de farine par rapport à l'eau et obtenir une bouillie de
viscosité très élevée, difficile à faire avaler aux enfants, ou préparer des bouillies de
consistance appropriée mais de faible densité énergétique, et donc donner plus de trois repas
par jour.
Pour accroître les quantités d'énergie consommées par les enfants, partout où les bouillies ne
sont pas distribuées plus de trois fois par jour, un seul moyen : augmenter la densité
64
énergétique des bouillies. Pour cela, les farines doivent subir des traitements enzymatiques
et/ou hydro thermiques modifiant les propriétés physico-chimiques des amidons.
Ces traitements ont pour effet de couper les macromolécules des amidons, de limiter leur
gonflement au cours de la cuisson et, par conséquent, la viscosité des bouillies. Il devient
alors possible de préparer des bouillies de densité énergétique plus élevée tout en conservant
une consistance appropriée.
D’autres carences nutritionnelles coexistent très certainement dans la population, en
particulier la carence en fer. Dans la mesure du possible, il apparaît nécessaire de renforcer le
message de l’introduction progressive, à partir de 5-6 mois, d’autres ingrédients dans
l’alimentation de l’enfant tels que la viande ou le poisson, les fruits et les légumes.
Des programmes intensifs d’éducation pour le public sont nécessaires pour assurer la
vulgarisation du produit mis au point. Ceci se justifie surtout qu’il existe un sentiment
typiquement africain qui laisse croire que tout ce qui est fabriqué sur le territoire national soit
de qualité douteuse. C’est dans cet esprit que l’on évitera, pour nos populations, qu’un tel
produit qui garantit l’état nutritionnel des enfants devienne un luxe ; c’est-à-dire cher et rare :
c’est une loi du marché.
Enfin, l’une des critiques au projet de transfert de technologie se fonde sur des considérations
d’hygiène alimentaire. Beaucoup d’interrogations se font jour à propos de la qualité
microbiologique de la farine de maïs germé après sa mouture et lors de sa conservation. Les
idées se focalisent sur les taux de Coliformes totaux, d’Escherichia coli, d’Aspergillus, de
Salmonelles qui sont des sources de contamination et de toxicité. Mais, si nous devons
attendre que toutes ces conditions soient réunies avant de lancer de tels projets, ceux-ci ne
verront jamais le jour. Ce qui est urgent en Afrique, c’est de nourrir les enfants de 6-24 mois
aux fins de baisser les prévalences de la malnutrition protéino-énergétique et de laisser un
savoir faire aux mères. Certes, certaines améliorations peuvent être apportées à la technique à
domicile de fabrication de la farine à cuire. On pourrait aussi améliorer la technique de
germination en faisant germer les grains de maïs dans des sacs de toile moustiquaire en nylon,
à l’abri de la lumière, comme si elle était à terre, que l’on laisserait suspendus au plafond de la
case. En saison pluvieuse, ces sacs pourraient être maintenus au-dessus des foyers des
cuisines aux fins de faire sécher plus correctement les grains germés avant la mouture.
A partir des résultats et des expériences acquis au cours du fonctionnement de l’atelier de
fabrication des farines instantanées dans les zones autrefois touchées par les conflits armés, on
pourra envisager la création d’autres ateliers à l’ouest du pays. Avec de l’aide des chercheurs,
on pourrait aussi envisager la possibilité d’utiliser d’autres produits de substitution locaux.
65
Ces produits pourraient remplacer telle ou telle matière première selon la disponibilité du
moment. Ainsi le soja pourrait être remplacé par le haricot ou l’arachide, aussi disponible en
quantité suffisante dans le pays et le maïs pourrait se substituer au riz. En fait, la mise au point
de tels produits a l’avantage d’être flexible.
66
CONCLUSION GENERALE
Les protéines sont nécessaires pour fabriquer des anticorps qui permettent à l’organisme de se
défendre contre les infections, d’autant plus q’une infection banale chez un enfant bien nourri
devient rapidement une maladie extrêmement grave et parfois mortelle chez un enfant sous-
alimenté. Ceci est d'autant plus grave que l'on ne dispose pas toujours de médicaments
nécessaires où tout peut manquer. Il est donc important de veiller à ce que les enfants en plus
de l’allaitement au lait maternel puisse avoir une alimentation équilibrée, facile à se procurer à
partir des ressources locales. C’est ainsi qu’il faut veiller au rétablissement du tissu socio-
économique détruit par la guerre et favoriser la relance de la production agricole locale.
Grâce à la création de petites coopératives de transformation de graines oléagineuses,
certaines collectivités peuvent se procurer de la farine de maïs et de soja à bon marché, qui
constituent une importante source d'énergie pour les jeunes enfants. Ce genre d'organisation à
assise communautaire mobilise, au sein de chacune des collectivités, différents intervenants
économiques dont les propriétaires et les agriculteurs et favorisent la création des revenus
dans les ménages. La simple présence d'une presse à piston dans un milieu tend à stimuler la
production de graines oléagineuses telles que le soja et peut devenir un élément clé du
développement de l'industrie rurale.
Par ses qualités nutritionnelles, une bouillie au soja représente un des moyens de lutte contre
la malnutrition et trouve sa place dans une politique de santé publique soucieuse d'améliorer
l'état nutritionnel d'une population.
Par son mode de fabrication artisanale et décentralisée, la production du soja permet de créer
une activité rémunératrice pour des femmes groupées en association ou en coopérative. En
effet, la production agricole, la transformation et la vente sur place des aliments de
complément offrent des avantages, créent des emplois et permettent souvent d’introduire de
nouvelles techniques. Les analyses coûts/avantages peuvent nous démontrer un équilibre
favorable impressionnant au point de vue financier, économique et social. Ils induisent aussi
des effets secondaires dont certains sont à retenir :
- l’offre du produit au grand public et à des prix abordables ;
- la demande de moins de travail pour les mères qui peuvent utiliser des aliments de
sevrage précuits ;
- une économie en combustibles pour la cuisson. C’est autant de gagner du point de vue
écologique.
Ces mères et futures mères seront mieux nanties aussi à travers une meilleure connaissance
des bonnes pratiques alimentaires et la protection des ressources pour les générations futures.
68
Par ce travail, nous pensons par notre modeste contribution que des enfants sains et forts sont
des bras valides potentiels pour le pays, gages d’un développement socio-économique
durable.
En définitif, il paraît important de poursuivre l’effort en faveur de la promotion de
l’allaitement maternel et d’insister sur l’importance des l’éducation nutritionnelle pour que
l’enfant puisse bénéficier d’une diversification dans son alimentation dès l’âge de 6 mois
comme le préconisent les recommandations internationales en matière de nutrition.
Cette production locale du soja suivie de la transformation des farines s’intègre bien à la fois
dans un projet de santé publique, de développement agricole et d'activité rémunératrice
surtout féminine.
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