FSJP/UCAD-Licence 1-Cohorte B-DPF2023-PTF
Chapitre 1/Partie 1
Chapitre 2. L’individualisation de la
personne physique
Puisque tous les êtres humains sont des personnes physiques, il y a lieu
de définir des critères de leur individualisation. Les divers éléments qui
permettent d’individualiser la personne dans la société composent son
état. Mais, en vertu du principe d’égalité civile consacrée en droit
international et en droit interne, tous les éléments qui permettent
d’individualiser la personne ne sont pas pris en compte par le droit positif.
Ainsi, les discriminations fondées sur la race, la religion, l’ethnie ou la
fortune sont en principe rejetées par le droit.
L’état civil est dès lors l’ensemble des éléments que prend en compte le
droit objectif pour individualiser la personne. Autrement dit, c’est le statut
juridique de la personne sur les plans national, familial et socio-
professionnel. L’état civil de la personne présente un certain nombre de
caractères.
D’abord, il est indivisible en ce sens que tous ses éléments composants
forment un tout indissociable.
Ensuite, il est indisponible dans la mesure où c’est la loi qui détermine les
modes de constitution et qui fixe les droits et devoirs dérivant pour une
personne de son état. Dès lors, l’état ne peut pas faire l’objet d’une
convention.
Enfin, il est imprescriptible, car il ne peut naître et disparaître qu'avec la
personne. Ainsi, une personne ne peut pas perdre son état par l’expiration
d’un délai prolongé.
Sous le bénéfice de ces observations, il importe de dégager les principaux
éléments retenus par le droit positif (droit en vigueur) pour l’identification
de la personne (Section 1) avant d’aborder leur constatation selon les
formes légales (Section 2).
Section 1 : Les principaux éléments de l’état civil de la personne
La personne physique est individualisée par son nom, son domicile et sa
nationalité. Mais, les principaux éléments d’individualisation de la
personne sont le nom qui permet de la désigner et le domicile qui la situe.
§ 1 Le nom
Le nom joue un rôle essentiel dans la vie sociale. Néanmoins, le Code de
la famille ne le définit pas. En effet, le législateur sénégalais ne se
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contente que d'indiquer ses éléments constitutifs. Le nom ainsi déterminé
est légalement protégé.
A. La détermination du nom
Selon l’article 2 du Code de la famille, le nom est composé du nom
patronymique et du prénom à l’exclusion du surnom et du pseudonyme.
Le surnom est l’appellation donnée à la personne par son entourage de
manière publique et constante. Quant au pseudonyme, il est librement
choisi par la personne elle-même pour masquer son identité dans le cadre
notamment de l’exercice d’une activité professionnelle, littéraire ou
artistique (un nom d’emprunt).
Le surnom comme le pseudonyme sont des accessoires du nom. En effet,
ils permettent de préciser l’identité d’une personne. Mais, la personne
s’identifie officiellement par son ou ses prénoms et par son nom
patronymique.
1. Le nom patronymique
Le nom patronymique est l’appellation attribuée aux membres d’une
même famille. Autrement dit, c'est le nom de famille. On vise le nom
patronymique quand on parle du « nom » tout court. Il est attribué dans
les conditions prévues par la loi. On note différents modes d'acquisition du
nom patronymique.
En premier lieu, la filiation peut être à l'origine du nom. En droit sénégalais,
les articles 3, 4 et 6 du Code de la famille prévoient l'attribution héréditaire
du nom. Ainsi :
L’enfant légitime porte le nom de son père. En cas de désaveu de
paternité, il va prendre le nom de sa mère.
L’enfant naturel porte le nom de sa mère, mais s’il est reconnu par son
père, il prend le nom de celui-ci.
Quant à l’enfant adoptif, il faut opérer une distinction selon que l’adoption
est plénière ou limitée.
Si l’adoption est plénière, l’enfant prend le nom de l’adoptant et, en cas
d’adoption par deux époux, le nom du mari. Toutefois, les enfants du mari
adoptés par la femme gardent leur nom de famille.
Si l’adoption est limitée, l’enfant porte le nom de l’adoptant qu’il ajoute à
son propre nom de famille. Néanmoins, l’intérêt de l’enfant peut amener
le juge à autoriser qu’il porte uniquement le nom de l’adoptant.
En deuxième lieu, l’acquisition du nom peut se faire par voie
administrative. En effet, l’enfant dont la filiation est inconnue (enfant
trouvé) porte le nom que lui attribue l’officier de l’état civil.
En dernier lieu, l’acquisition du nom peut être la conséquence du mariage
de la femme. Même si elle conserve son nom de jeune fille, la femme
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mariée acquiert le droit d’user du nom du mari pendant le mariage et
durant tout le temps qu’elle restera veuve. Elle peut également continuer
à porter le nom du mari après le divorce si celui-ci ne s’y oppose pas
expressément, d’après l’article 176 du Code de la famille.
Sauf à la suite d’une modification de son état, la personne ne peut changer
de nom que sur décret du président de la République.
La personne qui veut changer de nom doit introduire une demande publiée
au Journal officiel. Et, pendant le délai d’un an à partir de cette publication,
toute personne justifiant d’un intérêt légitime pourra faire opposition au
changement de nom. Le décret autorisant le changement de nom est
publié au Journal officiel.
2. Le prénom
Les prénoms sont librement choisis lors de la déclaration de naissance de
l’enfant à l’officier de l’état civil. Toutefois, ils ne peuvent être modifiés que
par jugement du tribunal d’instance.
En dehors de l’hypothèse d’une adoption dans laquelle il intervient sur la
seule demande de l’adoptant, le changement de prénom doit être justifié
par un intérêt légitime.
B. La protection du nom
Par sa nature juridique, le nom a besoin d’une certaine protection.
1. La nature juridique du nom
La nature juridique du nom a fait l’objet d’une controverse doctrinale.
Une première thèse conçoit le nom comme une simple institution de
police assurant l’immatriculation des personnes. Une telle conception
permet d’expliquer le principe de l’immutabilité du nom, mais elle ne rend
pas compte de l’attachement de la personne à son patronyme.
Une deuxième thèse voudrait que le nom fasse l’objet d’un droit de
propriété. Si cette thèse a le mérite d’expliquer les sentiments
profonds qui lient la personne à son nom, elle présente la limite de
méconnaître le principe de l’incessibilité du droit au nom (NB : toutefois, le
nom patronymique utilisé comme nom commercial peut faire l’objet d’une
cession parce que détaché de la personne qui le porte).
Une troisième thèse considère le droit au nom comme un droit de la
personnalité, au même titre que le droit à l’image ou le droit à la vie privée.
C’est sans doute la conception du droit sénégalais (Voir l’intitulé de l’art.
11 du Code de la famille relatif à la protection du nom).
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Cette dernière thèse est également aujourd’hui l’opinion défendue par la
majorité des auteurs.
2. La protection proprement dite du droit au nom
La protection du nom peut prendre deux formes : soit une action en
réclamation ou en interdiction, soit sous la forme d’une action en
responsabilité. C’est ce qui résulte de l’article 11 du Code de la famille.
En tant qu’élément de la personnalité, le droit au nom est protégé par une
action en réclamation ou en interdiction. Nul ne pouvant perdre son nom
par un non-usage prolongé, l’action en réclamation donne à la personne
la faculté de demander en justice à recouvrer le droit de porter ce nom à
tout moment. Quant à l’action en interdiction, elle permet à la personne
de s’opposer judiciairement à l’usage par un tiers de son nom
patronymique. Une telle action en justice ne suppose pas la preuve d’un
préjudice.
Le nom fait également l’objet d’une protection par une action en
responsabilité civile. En effet, l’usage abusif du nom et de tous les autres
éléments d’identification de la personne expose son auteur à une
condamnation à réparation du préjudice résultant de cette atteinte.
Exemple : l’utilisation abusive du nom d’autrui dans un film. Peu importe
que l’abus résulte d’une intention malveillante ou d’une faute non
intentionnelle. Il suffit que le demandeur prouve l’existence d’un risque de
confusion préjudiciable découlant de l’utilisation de son nom pour
désigner un personnage de fiction ou un produit quelconque.
§ 2 Le domicile
Le domicile est un moyen d'individualisation de la personne, comme le
nom. C'est un lieu où la personne est rattachée juridiquement. Le
domicile est une notion de droit à distinguer de la résidence et de
l’habitation.
En premier lieu, le domicile se distingue de la résidence qui est le lieu où
la personne physique vit effectivement et habituellement. La résidence est
une notion de fait. Dans la pratique, domicile et résidence sont souvent
confondus. Mais, la personne peut avoir une résidence principale et des
résidences secondaires. Parfois, le législateur met sur un pied d’égalité le
domicile et la résidence, notamment pour l’accomplissement de certains
actes (exemples des articles 121, 272, 294 et 297 du Code de la famille).
Parfois même, la résidence peut l’emporter sur le domicile (exemple de
l’article 205 du Code de la famille relatif à l’exercice de l’action en désaveu
de paternité).
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En second lieu, le domicile est différent de l'habitation, lieu où une
personne physique peut séjourner pour un temps bref (exemple une
chambre d'hôtel)
Le domicile ainsi cerné est nécessaire pour individualiser la personne. Il
est utile pour l'application de certaines règles de procédure ou pour
détermination de la loi applicable en droit international privé.
A. La détermination du domicile
En principe, il est possible pour toute personne de décider librement de
son domicile. Mais, il est des cas dans lesquels, c'est la loi qui désigne le
domicile de certaines personnes.
1. La détermination volontaire du domicile
Le domicile est le lieu où la personne a son principal établissement,
conformément à l'article 12 du Code de la famille. La Cour suprême du
Sénégal a défini le principal établissement comme étant le lieu où la
personne exerce des activités professionnelles, vit la majeure partie de
l’année et paie ses impôts (C.S., 17 mars 1971, Époux Walthert, EDJA n°
15 du 25 mai 1990). Ainsi, le domicile est l’endroit que la personne
considère comme le principal lieu de ses centres d’intérêt. Sa
détermination est une question de fait laissée à la libre appréciation des
juges du fond.
C’est ainsi que la Cour suprême a rejeté un pourvoi formé contre une
décision d'une juridiction qui a choisi comme domicile d'une femme
mariée, non pas le lieu de résidence conjugale, mais celui où elle passe
la majeure partie de son temps. Selon la décision attaquée, la femme
exerçait sa profession et louait un appartement dans cette ville depuis
2012. (CS, arrêt n° 78 du 5 juillet 2017).
2. La détermination du domicile par la loi
Certaines personnes ont un domicile légal, c'est-à-dire établi par la loi. La
loi impose ce domicile, tantôt en raison de l’existence d’un lien de
subordination de la personne vis-à-vis d’autrui, tantôt, en raison de
l’exercice de certaines professions. Dans le premier cas, on retrouve le
mineur non émancipé et le majeur en tutelle domiciliés respectivement
chez la personne qui exerce sur lui le droit de garde et chez son tuteur.
Dans le second cas, on retrouve les fonctionnaires inamovibles,
notamment les magistrats du siège domiciliés légalement au lieu où ils
exercent leur profession.
En conclusion, il est important de noter que depuis la loi n° 89-01 du 17
janvier 1989, qui a supprimé le 3e alinéa de l’article 13 du Code de la
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famille, la femme mariée n’a plus de domicile légal. La résidence
conjugale ne doit donc pas être confondue avec le domicile de la femme
mariée (Voir arrêt n° 78 de la Cour suprême, mentionné plus haut).
B. Les caractères du domicile
Le domicile comporte un certain nombre de caractères.
Il a d'abord un caractère nécessaire. Le domicile est une institution de
police qui permet de localiser la personne dans l'espace. S'il ne peut pas
être établi avec certitude, la loi fait produire à la résidence actuelle ou, à
défaut, à l’habitation les mêmes effets que le domicile (art. 14 CF).
Ensuite, le domicile est fixe. Mais, il est possible de le changer en
transférant sa résidence à un autre lieu.
Enfin, le domicile est un lieu unique. L'unicité du domicile de la personne
physique est due au fait qu'il est le lieu du principal établissement.
Cependant, il y a des atténuations à cette règle :
• L’élection de domicile (article 15 CF) qui permet, par
contrat, de convenir d’un lieu qui produira les effets du domicile ou certains
d’entre eux. Le domicile élu peut aussi être obligatoire (exemple, article 4
dernier alinéa de l’Acte uniforme portant organisation des procédures
simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution).
• Le domicile apparent qui est dû à une erreur des tiers. Par
application de la théorie de l’apparence, la jurisprudence fait souvent
produire à une simple résidence les effets du domicile ;
• Le domicile professionnel distinct que semble admettre
l’article 12 alinéa 1ᵉʳ in fine du Code de la famille.
Section 2 : La constatation de l’état de la personne
L'état civil de la personne dépend des événements qui modifient sa
situation familiale : naissance, mariage, décès, etc.
De tels événements sont constatés et enregistrés dans les registres de
l'état civil. En outre, dans certaines hypothèses, la constatation de l’état
de la personne passe par l’exercice de certaines actions en justice : il s’agit
des actions d’état.
A. Les actes de l’état civil
Les actes de l’état civil font l’objet de trois types de registres (naissances,
mariages et décès) comportant chacun trois volets. Les actes principaux
(actes originaires) peuvent être complétés ultérieurement par des
mentions adventices, c’est-à-dire mentions en marge de l’acte.
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Le déclarant reçoit le volet n° 1. En cas de mariage, un livret de famille est
remis à l'époux. Si le livret de famille est tenu régulièrement, il a la même
force probante que les actes de l'état civil.
Ces précisions étant faites, il est important d'étudier l'établissement et les
fonctions des actes de l'état civil.
1. L’établissement des actes de l’état civil
L'établissement des actes de l'état civil requiert une collaboration entre
autorités publiques et particuliers. Les particuliers sont les déclarants (par
exemple, un parent du nouveau-né ou de la personne décédée) ou
comparants (par exemple, les futurs époux) et éventuellement leurs
témoins (en cas de mariage ou lorsqu'une naissance ou un décès n’a pas
été constaté(e) par un médecin).
Concernant l'autorité publique, il s'agit en principe d'un officier de l'état
civil. Au Sénégal, il y a des centres principaux et des centres secondaires
(voir articles 31 et 32 du Code de la famille). Dans les centres principaux,
les fonctions d’officier d’état civil sont exercées dans les communes par le
maire, un adjoint, un conseiller municipal ou un fonctionnaire spécialement
désigné à cet effet. Dans les sous-préfectures, ces fonctions sont
exercées par les sous-préfets ou par une personne qui peut lire et écrire
le français. Quant aux officiers des centres secondaires nommés par le
préfet, ils peuvent accomplir tous les actes de l’état civil sauf la célébration
d’un mariage.
Il est exceptionnellement possible que des autorités judiciaires
interviennent pour l'établissement ou la modification de l'état civil.
Si un acte d'état civil n'a pas été dressé dans le délai prévu par la loi (plus
d'un an après l'événement pour les actes de naissance et de décès et plus
de six mois après la célébration d'un mariage coutumier), un juge est en
principe nécessaire pour permettre à l'officier de l'état civil d'enregistrer
cet acte. La décision du juge est appelée jugement d'autorisation
d'inscription. Contrairement à une idée assez répandue au Sénégal, un
tel jugement n’a pas pour objet la création d’un état nouveau (par
exemple, la modification de la date de naissance). Les personnes qui
recourent au jugement d'autorisation d'inscription (ancien jugement
supplétif) pour se créer un nouvel état doivent savoir qu'elles
accomplissent un acte frauduleux. En effet, un certificat de non-
inscription de l’événement à déclarer doit être joint à la requête à
présenter au tribunal compétent.
Il est possible de corriger l'acte déjà dressé par un officier de l'état civil si
celui-ci présente une irrégularité. Il y a lieu de distinguer entre la
rectification d’office et la rectification contentieuse.
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La rectification d'office est nécessaire en cas d'erreurs ou d'omissions
purement matérielles dans la rédaction de l'acte (exemple une erreur
d'orthographe). Il appartient au juge du tribunal d'instance ou au procureur
de la République de donner l'autorisation au dépositaire des registres d'y
procéder.
La rectification contentieuse a, quant elle, un objet plus grave. Son but est
de mettre en harmonie l’acte et la réalité. C’est le juge qui l’ordonne à la
requête du procureur de la République ou de toute personne intéressée.
La décision du juge est mentionnée en marge du registre.
2. Les fonctions des actes de l’état civil
Les actes de l'état civil sont des actes authentiques qui permettent
d'identifier la personne. L'article 29 du Code de la famille dispose que la
production d'un acte d'état civil est nécessaire pour prouver l'état civil de
la personne. Les dépositaires des registres sont tenus de délivrer des
copies aux intéressés, aux tiers (dans certaines conditions) et aux
administrations. Les énonciations qui font l’objet de contrôle par l’officier
de l’état civil ne peuvent être contestées que par la
procédure spéciale d’inscription de faux : identité des parties, date de
l’acte, consentement des futurs époux, etc.
Les énonciations faites sans vérification peuvent être combattues par la
preuve contraire : naissance ou décès déclaré(e), etc.
Afin de garantir la fiabilité des actes de l'état civil, le législateur organise
la sanction des fausses déclarations et met en place un système de
contrôle de la tenue des actes par le juge et le procureur de la République
(voir les articles 35 et 36 du Code de la famille).
B. Les actions d’état
Les actions d’état peuvent être classées en deux catégories :
· Les actions constitutives d’état qui tendent à créer un
état nouveau, exemple de l’action en divorce.
· Les actions déclaratives d’état dont l’objet est la
constatation d’un état préexistant. Ces actions prennent soit la
forme d’une action en contestation d’état (par exemple, l’action en
désaveu de paternité) soit d’une action en réclamation d’état (notamment,
l’action en réclamation du nom patronymique). Au Sénégal, cette seconde
catégorie d’actions est portée devant le tribunal de grande instance.