IV.
Maximisation du profit, concurrence pure et parfaite et monopole
Les profits d'une entreprise sont maximaux lorsque son coût marginal est égal à sa recette
marginale. Mais, au-delà de ce résultat, il est important de comprendre ce qui détermine le
montant de profit réalisé par l'entreprise, et si ce profit est suffisant pour que l'entreprise soit
viable. Il est également essentiel de savoir si l'entreprise produit de manière efficiente, si le prix
qu'elle propose sur le marché pour une unité de produit est raisonnable, et si elle agit dans
l'intérêt des consommateurs.
Les réponses à ces questions dépendent principalement du degré de concurrence auquel les
entreprises font face. Selon que l'environnement est hautement concurrentiel ou non, une
entreprise se comporte différemment. En particulier, si elle est en concurrence avec beaucoup
d'autres, elle sera obligée d'afficher un prix bas et de produire le plus efficacement possible.
À l'inverse, si elle évolue dans un environnement où la concurrence est faible, elle est
susceptible d'avoir une grande liberté dans le choix du prix et les consommateurs risquent de
payer beaucoup plus cher.
Le comportement d'une entreprise dépend donc, dans une certaine mesure, de la structure du
marché dans lequel elle évolue. Ce chapitre s’intéresse aux deux situations extrêmes que sont
la concurrence pure et parfaite (secteur d'activité avec un très grand nombre d'entreprises en
concurrence) et le monopole (une seule entreprise dans le secteur d'activité).
1. Les différentes structures de marché
Il est possible de distinguer les secteurs en fonction du degré de concurrence entre les
entreprises. Il existe principalement quatre catégories de structure de marché.
À une extrémité se trouve la concurrence pure et parfaite, où un très grand nombre
d'entreprises sont en concurrence. Chacune d'elles est si petite face au marché qu'elle n'a aucune
influence sur les prix : elles sont preneuses de prix. À l'autre extrémité se trouve le monopole,
où une seule entreprise est présente et ne subit aucune concurrence. Entre ces deux situations
figurent la concurrence monopolistique et l'oligopole. En situation de concurrence
monopolistique, un grand nombre d'entreprises offrant un produit différencié sont en
concurrence, et l'entrée de nouvelles entreprises est libre, alors que, dans une situation
1
d'oligopole, un nombre restreint d'entreprises sont en concurrence, et l'entrée de nouvelles
entreprises n'est pas libre.
Pour distinguer plus précisément ces quatre situations, il est nécessaire de considérer les points
suivants :
• La libre entrée de nouvelles entreprises sur le marché. L'entrée de nouvelles entreprises
est-elle libre ou restreinte ? Dans le second cas, de quelle taille et de quelle nature sont
les barrières à l'entrée ?
• La nature du produit. Les entreprises offrent-elles toutes un produit identique ou chaque
entreprise offre-t-elle un produit différencié ?
• Le degré de contrôle de l'entreprise sur les prix. L'entreprise est-elle preneuse de prix
ou peut-elle influer sur le prix ? Dans le second cas, quel est l'effet du choix du prix sur
ses profits ? Ce point est lié à la nature plus ou moins élastique de la demande à laquelle
l'entreprise fait face.
La structure de marché influe sur le comportement des entreprises qui y sont présentes. Celles
en situation de concurrence pure et parfaite se comportent différemment de celles en situation
de monopole. De même, un monopoleur ne se comporte pas de la même manière que des
entreprises en situation de concurrence monopolistique ou d'oligopole. Cela provient en partie
du fait que la structure d'un marché influe sur le pouvoir de marché des entreprises, lequel dicte
largement leur comportement. Selon qu'elles disposent ou non d'un certain pouvoir de marché,
les entreprises peuvent augmenter leurs prix et leurs profits au-dessus du niveau correspondant
à la situation de concurrence pure et parfaite.
Le tableau 4.1 montre les différences entre les quatre catégories de structure de marché.
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Tableau 4.1 : Caractéristiques des différentes structures de marché
Le comportement de l'entreprise touche ensuite sa performance, c'est-à-dire ses prix, ses profits,
son efficacité, etc. En général, il influe également sur celle des autres entreprises. Le
comportement de toutes les entreprises d'un secteur détermine ainsi la performance de celui-ci
pris dans sa globalité. Les économistes perçoivent un lien de cause à effet, qui va de la structure
du marché à la performance du secteur, en passant par le comportement des acteurs. Cette
théorie est connue sous la dénomination de paradigme SCP (structure, comportement,
performance).
Au cours de ce chapitre, nous analysons de manière approfondie les deux structures extrêmes
de marché : la concurrence pure et parfaite et le monopole. Au dernier chapitre, nous étudierons
les deux cas intermédiaires de structure de marché : la concurrence monopolistique et
l'oligopole (ces deux derniers cas constituant le cadre de ce que l'on appelle couramment la
concurrence imparfaite).
2. La concurrence pure et parfaite
2.1. Hypothèses de la concurrence pure et parfaite
Le modèle de la concurrence pure et parfaite s'appuie sur quatre hypothèses fondamentales :
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• Les entreprises sont preneuses de prix. Il y a tellement d'entreprises présentes sur le
marché, chacune d'elles produisant une si petite part de la production totale, qu'au final
aucune ne peut influer sur le prix du marché. Au prix du marché, chaque entreprise est
face à une courbe de demande horizontale. Du côté de la demande, un grand nombre
d'acheteurs sont également présents sur le marché. Il y a ainsi atomicité des agents.
Les décisions de chaque consommateur et/ou producteur pris individuellement n'ont
aucune influence au niveau agrégé.
• La liberté d'entrée sur le marché pour les nouvelles entreprises est totale. Les entreprises
présentes ne peuvent pas empêcher l'arrivée de nouveaux entrants. Cette hypothèse
équivaut à supposer l'absence de barrières à l'entrée. Néanmoins, faire sa place sur un
nouveau marché prend, en général, un certain temps. L'hypothèse de liberté d'entrée est
donc surtout valable à long terme.
• Toutes les entreprises offrent un produit identique (le produit est dit « homogène »). Il
n'y a pas de différenciation possible, à travers les marques ou la publicité, par exemple
• .Les consommateurs et les producteurs disposent chacun d'une information parfaite sur
les conditions de marché. Les producteurs sont parfaitement informés des prix, coûts et
opportunités de marché de chacun. De même, les consommateurs connaissent
parfaitement les prix, la qualité et la disponibilité de chaque produit. Ces hypothèses
sont très strictes. Très peu de secteurs, voire aucun, dans la pratique ne les satisfont
complètement. Certains marchés de produits agricoles, tel celui des légumes frais, s'en
rapprochent toutefois.
Malgré le peu d'exemples empiriques, le modèle de la concurrence pure et parfaite joue un rôle
très important dans les analyses et les politiques économiques. Ce modèle offre d'abord un cadre
simplifié permettant de comprendre le monde réel. Mais, et c'est là son intérêt majeur, il consiste
surtout en un « idéal type ». Ce modèle peut ainsi être utilisé comme un étalon afin d'évaluer
les imperfections des marchés réels. Il peut, de ce fait, aider les Etats à formuler des politiques
économiques. On peut par exemple rappeler que ce modèle sert de référence au discours
d'inspiration libérale qui insiste sur les nombreux avantages que procure la situation de
concurrence pure et parfaite.
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Avant de se pencher sur la détermination des prix, des quantités et des profits, il est nécessaire
de préciser la distinction fondamentale entre court terme et long terme dans le cadre de la
concurrence pure et parfaite.
2.2. Le court terme et le long terme
Au chapitre précédent, nous avons introduit un premier élément de distinction entre le court et
le long terme : la nature plus ou moins fixe des facteurs de production. À court terme, au moins
un facteur de production est fixe tandis qu'à long terme tous les facteurs de production sont
variables. Or, un second élément permet de distinguer entre les deux périodes : la possibilité ou
non pour une entreprise d'entrer sur un marché ou d'en sortir.
À court terme, le nombre d'entreprises sur un marché est fixe. Aucune nouvelle entrée n'est
possible. En fonction de ses coûts et de ses recettes, une entreprise peut réaliser des profits
élevés, faibles, nuls, voire perdre de l'argent. Et même dans ce dernier cas, elle peut ne pas
vouloir se retirer du marché.
À long terme, le nombre d'entreprises sur un marché peut varier. Le niveau des profits influe
sur les décisions d'entrée et de sortie. Si les profits sont élevés, de nouvelles entreprises seront
attirées ; en revanche, en cas de pertes, des entreprises quitteront le marché.
2.3. L'équilibre à court terme de l'entreprise
Il est plus facile de déterminer les prix, quantités et profits, à l'équilibre à court terme en ayant
recours à l'analyse graphique.
La figure 4.1 illustre l'équilibre à court terme, en situation de concurrence pure et parfaite, à la
fois pour une entreprise et pour le secteur auquel elle appartient. Les deux graphiques ont la
même échelle pour l'axe des ordonnées mais pas pour l'axe des abscisses. Par exemple, si l'axe
des abscisses est mesuré en milliers d'unités pour l'entreprise, il le sera en millions ou dizaines
de millions d'unités pour le secteur d'activité, selon le nombre d'entreprises qui le constituent.
Figure 4.1 : Équilibre à court terme en concurrence pure et parfaite.
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Les prix. Le prix du marché, que les entreprises prennent comme donné, est déterminé par
l'intersection des courbes d'offre et de demande agrégées. Ainsi, chaque entreprise fait face à
une courbe de demande individuelle (équivalente à la courbe de recette moyenne) horizontale
et égale au prix d'équilibre du marché. Elle peut écouler toutes les quantités qu'elle est capable
de produire au prix d'équilibre du marché (Pe), mais rien à un prix supérieur à Pe.
La quantité de production. L'entreprise maximise son profit lorsque son coût marginal de
production égalise sa recette marginale (Cm = Rm). Comme en concurrence pure et parfaite,
les choix de production de l'entreprise n'influent pas sur le prix du marché, la recette marginale
est toujours égale au prix. En concurrence pure et parfaite, la condition de maximisation des
profits pour les entreprises devient donc P= Cm.
Condition de maximisation du profit en concurrence pure et parfaite : P = Cm.
Aussi, la quantité produite par l'entreprise à l'équilibre, Qe, correspond à l'intersection des
courbes de coût marginal et de prix du marché, Pe (cette dernière courbe étant confondue avec
la courbe de RM et de demande individuelle).
Les profits. Lorsque la courbe de coût moyen (CM) passe sous la courbe de recette moyenne
(RM), l'entreprise réalise des profits. Le profit moyen en Qe est la différence verticale entre la
RM et le CM à ce point. Les profits totaux lorsque l'entreprise produit Qe sont représentés par
le rectangle coloré de la figure 4.1.
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Que se passe-t-il si aucun niveau de production ne permet à l'entreprise de réaliser des profits ?
Une telle situation se produit lorsque la courbe de coût moyen est au-dessus de celle de recette
moyenne pour tous les niveaux de production (voir figure 4.2). Dans ce cas, le point
d'intersection entre le coût marginal et la recette marginale permet de déduire le niveau de
production qui minimise les pertes de l'entreprise. Le niveau de la perte est représenté par le
rectangle clair à la figure 4.2.
Figure 4.2 : Minimisation des pertes en concurrence pure et parfaite
À court terme, si l'entreprise réalise des pertes, son choix de continuer à produire ou de quitter
le marché dépend de sa capacité à couvrir les coûts variables. Tant que le prix du marché est
au-dessus de son coût variable moyen, l'entreprise continue à produire car cela lui permet de
couvrir une partie de ses coûts variables moyens à court terme et l'intégralité de ses coûts fixes.
Elle décidera d'arrêter uniquement lorsque le prix de marché passera au-dessous de P2 (le
minimum du CVM) [voir figure 4.2].
2.4. La courbe d'offre à court terme
La courbe d'offre à court terme de l'entreprise correspond en partie à sa courbe de coût marginal
à court terme. En effet, cette courbe indique la quantité que l'entreprise décide d'offrir et donc
de produire pour chaque niveau de prix. Autrement dit, elle met en relation les prix et les
quantités produites. La courbe de coût marginal, de son côté, met en relation le coût marginal
et les quantités produites. Or, en situation de concurrence pure et parfaite, le prix est égal au
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coût marginal. Aussi, la courbe d'offre de l'entreprise est nécessairement confondue avec sa
courbe de coût marginal.
Par exemple, si le prix de marché est égal à P1, les profits sont maximaux lorsque l'entreprise
produit Q1, c'est-à-dire lorsque P1 = Cm (voir figure 4.3(b)]. Le point a se trouve donc bien sur
la courbe d'offre de l'entreprise. Au prix P2, celle-ci choisit de produire Q2 et le point b se trouve
également sur la courbe d'offre de l'entreprise. Etc.
Figure 4.3 : Construire la courbe d’offre à court terme
Cependant, ce raisonnement est incomplet. La courbe d'offre individuelle correspond seulement
à une partie de la courbe de coût marginal de l'entreprise. En effet, comme l'entreprise refusera
toujours de produire pour un prix de marché inférieur à ses coûts variables moyens, la courbe
d'offre à court terme correspond à la partie de la courbe de coût marginal située au-dessus de la
courbe de coût variable moyen, c'est-à-dire au-dessus du point e de la figure 4.3. Lorsque le
prix de marché est inférieur au coût variable moyen, l'entreprise choisit d'offrir une quantité
nulle.
La courbe d'offre à court terme globale pour l'ensemble du secteur d'activité correspond
naturellement à la somme des courbes d'offre à court terme (et donc des courbes de coût
marginal) de toutes les entreprises qui le composent. Graphiquement, cela équivaut à réaliser la
somme horizontale des offres individuelles.
En résumé, en concurrence pure et parfaite, la courbe d'offre à court terme est intégralement
fonction des coûts de production. C'est pour cette raison qu'elle a une pente positive. Comme
les coûts marginaux s'accroissent avec les quantités produites (du fait de l'hypothèse des
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rendements marginaux décroissants), pour que l'entreprise augmente sa production, elle doit
obtenir un prix de marché plus élevé afin de couvrir son coût marginal croissant.
2.5. L'équilibre à long terme de l'entreprise
À long terme, quand des profits sont réalisés dans un secteur d'activité, cela y attire de nouvelles
entreprises. De manière similaire, si certaines entreprises peuvent réaliser des profits
supplémentaires en augmentant leur échelle de production, elles le feront puisque tous les
facteurs de production sont variables.
L'entrée de nouvelles entreprises et l'accroissement de la production de celles déjà présentes ont
comme effet immédiat d'augmenter le niveau agrégé de production du marché. À la figure 4.4,
au prix P1, les entreprises présentes sur le marché réalisent des profits. Cela induit un
accroissement de l'offre agrégée du marché (la courbe d'offre se déplace vers la droite), qui
entraine une chute des prix. L'offre continue d'augmenter et les prix de diminuer en
conséquence, aussi longtemps que des profits sont réalisés. Ainsi, le prix d'équilibre du marché
à long terme correspond nécessairement au minimum de la courbe de coût moyen à long terme.
Q1 est la quantité offerte par l'entreprise à l'équilibre et P1 ,le prix d'équilibre à long terme.
Figure 4.4 : Équilibre à long terme en concurrence pure et parfaite
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La courbe de coût moyen à long terme (CMLT) étant tangente à toutes les courbes de coût
moyen à court terme, nous avons à l'équilibre l'égalité suivante (voir figure 4.5) :
CMLT = Cm =Rm = RM=P
Une conséquence importante de cette inégalité est que, à long terme, les entreprises en
concurrence pure et parfaite produisent toutes au minimum de leur coût moyen à long terme
(car le Cm passe toujours par le minimum du CMLT), c'est-à-dire qu'elles produisent toutes
avec le coût le plus bas possible.
Figure 4.5 : Équilibre à long terme de l’entreprise en concurrence pure et parfaite
2.6. La courbe d'offre à long terme du secteur d'activité
Quel est l'effet d'un accroissement de la demande sur le prix et la quantité d'équilibre à long
terme ? La courbe d'offre à long terme du marché permet de répondre à cette question.
La figure 4.6 illustre un choc positif de demande. La courbe de demande se déplace de D1 en
D2. L’équilibre de marché à court termes passe dans chaque cas du point a au point b, c’est- à
-dire au point d’intersection de D2 avec O1. L’augmentation du prix de marché résultant de ce
choc de demande entraîne un accroissement des profits des entreprises, ce qui en attire de
nouvelles dans le secteur. La courbe d'offre à court terme se déplace en O2 et l'équilibre de
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marché passe au point c. Ainsi, à long terme, un accroissement de la demande déplace l'équilibre
de marché du point a au point c. De ce fait, la courbe d'offre à long terme du secteur passe
nécessairement par les points a et c (voir les trois graphiques de la figure 4.6).
Figure 4.6 : Différentes courbes d’offre agrégée à long terme en concurrence pure et
parfaite
Si le prix d'équilibre retrouve exactement son niveau d'avant le choc de demande (si les points
a et e correspondent au même prix), alors la courbe d'offre à long terme du secteur est
horizontale (voir figure 4.6(a) : Ce cas se produit lorsque les courbes de coût moyen des
entreprises restent identiques malgré l'augmentation de production. Le prix retourne ainsi
simplement au minimum de la courbe de coût moyen à long terme des entreprises.
Toutefois, si l'entrée de nouvelles entreprises et l'accroissement de production dans la branche
d'activité provoquent une pénurie de facteurs de production, cela risque d'entrainer une
augmentation du prix de ces facteurs. La courbe de CMLT se déplace ainsi verticalement vers
le haut, et le prix d'équilibre à long terme est plus élevé après le choc positif de demande. La
courbe d'offre à long terme du marché a donc une pente positive voir figure 4.6(b)). Ce cas
illustre des coûts croissants au niveau du secteur ou des déséconomies d'échelle externes à
l'entreprise.
Si le choc positif de demande diminue les CMLT des entreprises du fait, par exemple, de la
construction d'infrastructures industrielles (réseaux de distribution, communications.
Fournisseurs spécialisés, banques, etc.), la courbe d'offre à long terme aura une pente négative
(voir figure 4.6(c)]. Dans ce cas, il s'agit de coûts décroissants au niveau du secteur ou
d'économies d'échelle externes.
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2.7. Concurrence pure et parfaite et économies d'échelle
Pourquoi est-ce que les situations de concurrence pure et parfaite sont si rares (voire
inexistantes) en pratique ? Parce que, entre autres, elles sont incompatibles avec les économies
d'échelle.
Dans de nombreux domaines, les entreprises doivent atteindre une taille importante afin de
pouvoir bénéficier pleinement des économies d'échelle et de produire au minimum de leur coût
moyen. Or, la concurrence pure et parfaite requiert un grand nombre d'entreprises. Lesquelles
doivent donc généralement être de petite taille. Dans la plupart des cas, elles sont ainsi trop
petites pour profiter des économies d'échelle.
Lorsqu'une entreprise est suffisamment grande pour bénéficier d'économies d'échelle, elle
obtient généralement un certain pouvoir de marché. Elle est capable d'évincer les plus petites
structures en proposant des prix plus bas, par exemple. La concurrence pure et parfaite est, de
ce fait, détruite.
En somme, la concurrence pure et parfaite ne peut subsister que dans des secteurs où il n'y a
pas d'économies d'échelle.
2.8. Concurrence pure et parfaite et intérêt du public
Plusieurs caractéristiques de la concurrence pure et parfaite sont susceptibles de la rendre très
attractive pour la société dans son ensemble :
• Le prix de marché est égal au coût marginal. Pour démontrer l’optimalité de cette
situation, considérons une situation où le coût marginal n’est pas égal à l’utilité
marginale. Si les prix sont supérieurs au Cm, cela signifie que les consommateurs
attribuent une valeur plus importante aux unités supplémentaires (car P=Um) que ce
qu’il en coûte aux entreprises de les produire (le Cm). Ainsi, il est optimal d'accroître la
production. A l'inverse, si les prix sont inférieurs au Cm, les consommateurs accordent
une valeur moindre aux unités supplémentaires que ce qu'il en coûte aux entreprises de
les produire. En conséquence, il est optimal de réduire la production. Lorsque l’utilité
marginale est égale au coût marginal, le niveau de production est parfaitement ajusté.
Or, comme nous le verrons plus tard, c'est uniquement sous les hypothèses de la
concurrence pure et parfaite que P = Cm.
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• À l'équilibre à long terme, chaque entreprise produit au minimum de son CMLT. En
somme, quelle que soit la technologie à la disposition de l'entreprise, cette dernière
l'utilisera de manière efficiente à long terme, c'est-à-dire qu'elle produira de la manière
la moins coûteuse.
• La concurrence pure et parfaite favorise la sélection des mieux adaptés. Les entreprises
les moins efficaces ne peuvent se maintenir car elles ne sont pas capables de s'aligner
sur les prix du marché. Cela oblige les entreprises à être aussi efficaces que possible et,
si possible, à investir dans de nouvelles technologies plus performantes.
• La concurrence pure et parfaite assure que les prix sont maintenus à leur plus bas niveau
possible (le minimum du CMLT), ce qui favorise les consommateurs.
• Si les préférences des consommateurs changent, les conséquences se répercutent sur les
prix. Cela incite les entreprises à répondre à ces changements. Un accroissement de la
demande entraine un accroissement de l'offre couplée à une augmentation des profits à
court terme (mais pas à long terme).
Du fait de ces deux derniers points, la concurrence pure et parfaite est souvent considérée
comme l'aboutissement de la souveraineté des consommateurs. Ces derniers, à travers les
mécanismes de marché, décident quels biens doivent être produits et en quelle quantité. Les
entreprises ne peuvent pas manipuler le marché. Elles ne peuvent pas influer sur les prix. La
seule chose qu'elles peuvent faire pour accroître leur profit est d'améliorer leur efficacité, ce qui
bénéficie également aux consommateurs.
Cependant, même en situation de concurrence pure et parfaite, les marchés libres entraînent de
nombreux désagréments pour la société. Par exemple, si la concurrence pure et parfaite garantit
une certaine efficience dans la production et l'allocation des ressources, il n'y a aucune garantie
que les biens produits soient distribués dans des proportions équitables entre les individus. La
concurrence pure et parfaite peut générer des inégalités de revenu considérables.
De plus, la concurrence pure et parfaite ne tient pas compte des externalités positives et
négatives induites par les comportements des entreprises ou des consommateurs. Par rapport à
l'optimum social, l'équilibre de concurrence pure et parfaite peut ainsi aboutir soit à une
surproduction de certains biens et services (les biens polluants, par exemple) soit à une sous-
production (l'éducation, la santé).
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De surcroît, dans certains cas, elle peut avoir des conséquences négatives pour la société par
rapport aux structures de marché alternatives :
• Si les entreprises en situation de concurrence pure et parfaite sont fortement incitées à
développer de nouvelles technologies (dans le but de générer des profits temporaires),
elles n'ont pas forcément les moyens de le faire car elles sont souvent trop petites. De
plus, en l'absence de protection, les innovateurs peuvent craindre d'être rapidement
imités par leurs concurrents, auquel cas, leurs investissements auront été gaspillés.
• Les entreprises qui sont dans une situation de concurrence pure et parfaite produisent
des biens non différenciés. Ce manque de variété peut pénaliser le consommateur. Dans
une situation de concurrence monopolistique ou d'oligopole, les fabricants sont
généralement incités à différencier leurs produits en modifiant le design ou en
améliorant la qualité. Cette incitation n'existe pas en situation de concurrence pure et
parfaite.
3. Le monopole
3.1. Qu'est-ce qu'un monopole ?
Cette question peut paraitre étrange tant la réponse semble en général évidente. On parle de
monopole lorsqu'il n'y a qu'une seule entreprise sur un marché et que le produit offert par cette
entreprise n'a pas de substitut proche.
En effet, l'élément central pour le monopole réside dans le pouvoir de marché dont il dispose.
Or, celui-ci dépend de l'existence de produits substituts. En France par exemple, la Poste
possède un monopole sur la distribution du courrier, mais cette activité est aujourd'hui en
concurrence avec d'autres modes de communication tels que le téléphone, Internet, etc.
Ainsi, il n'est pas toujours aisé de décider si, en pratique, un secteur particulier doit être
considéré comme un monopole ou non. D'une certaine manière, ses frontières sont arbitraires.
Elles dépendent notamment de la manière dont ce secteur est défini. Par exemple, une entreprise
de textile peut être en position de monopole sur certains modèles de vêtements mais elle n'a pas
le monopole sur les vêtements en général. De manière similaire, une entreprise pharmaceutique
peut avoir un monopole sur la vente d'un médicament en particulier, mais il est possible que
d'autres traitements existent pour la même pathologie.
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3.2. Les barrières à l'entrée
Pour qu'une entreprise puisse maintenir sa position de monopole, des barrières sont nécessaires
pour empêcher l'entrée de concurrents. Ces barrières expliquent également l'existence
d'oligopoles mais, dans le cas de monopoles, elles doivent être suffisamment fortes pour
interdire l'entrée de la moindre entreprise. Elles peuvent prendre différentes formes.
Les économies d'échelle. Lorsqu'une entreprise bénéficie d'importantes économies d'échelle,
le secteur auquel elle appartient peut ne pas tolérer la présence d'un second producteur (dans le
sens où un producteur seul peut faire des profits, mais où le partage du marché conduirait les
deux producteurs à réaliser chacun une perte). La figure 4.7 représente la courbe de demande
dans un secteur et, donc, la demande qui s'adresse au monopoleur. Ce dernier réalise des profits
pour chaque niveau de production entre les points a et b. Cependant, si deux sociétés présentes
sur le marché proposent le même prix et satisfont chacune la moitié de la demande, elles feront
toutes les deux faces à la courbe de demande D2. Dans ce cas, il n'existe pas de niveau de prix
permettant à l'une des deux de couvrir ses coûts de production.
Figure 4.7 : Monopole naturel
Ce cas illustre une situation de monopole naturel. Il est d'autant plus vraisemblable que la taille
du marché est petite. Par exemple, deux compagnies d'autobus risquent de ne pas trouver
rentable la desserte d'un même parcours car elles devraient rouler avec des bus à moitié pleins,
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tandis qu'une seule pourrait réaliser des profits. La transmission d'électricité est un autre
exemple de monopole naturel.
De plus, même lorsque le marché peut supporter plus d'une entreprise, il est en général difficile
pour celle qui entre de commencer à produire à grande échelle. L'entreprise déjà installée profite
ainsi d'économies d'échelle, ce qui lui permet de baisser son prix au-delà des possibilités du
nouvel entrant, qui peut se trouver obligé de quitter le marché. Néanmoins, dans le cas où le
nouvel entrant est déjà présent dans des secteurs proches, cet argument peut ne pas être valable.
Les effets de réseau. Lorsqu'un produit ou service s'impose comme un standard et qu'il est
utilisé par tout le monde, sa valeur augmente parfois par rapport à une situation où il y a peu
d'utilisateurs. C'est le cas, par exemple, d'eBay qui s'appuie largement sur des effets de réseau
et rend ainsi l'entrée de nouvelles entreprises d'enchères en ligne très complexe. Les mêmes
effets de réseau profitent à Microsoft pour son système d'exploitation Windows ou à Adobe
pour son système de fichiers PDF. Ces effets de réseau entraînent une prime au premier entrant
et compliquent l'entrée de concurrents
Les économies de variété. Une entreprise qui produit une large gamme de biens supporte
généralement un coût moyen de production plus bas que dans le cas où chaque bien dois être
fabriqué par des entités différentes. Par exemple, une entreprise pharmaceutique qui produit à
la fois des médicaments et des produits cosmétiques pourra mettre en commun pour ces deux
activités une partie de son pôle recherche et développement, son marketing, sa production et sa
logistique. Ces économies de variété rendent l'entrée d'entreprises plus petites et spécialisées
dans une seule activité plus coûteuse.
Différenciation de produit et fidélité à une marque. Lorsqu'une entreprise offre un bien
fortement différencié et que le consommateur associe clairement ce bien à l'entreprise en
question, il est très difficile pour de nouveaux entrants de pénétrer le marché. La marque
Frigidaire est ainsi intimement et durablement associée au produit « réfrigérateur », au point
que les consommateurs remplacent fréquemment dans le langage courant le nom du produit par
celui de la marque. D'autres exemples de marques fortement associées à un produit sont Xerox,
Kleenex, Guinness, Perrier, Coca-Cola ou Nescafé. En général, cette fidélité des
consommateurs à une marque n'est pas suffisante pour bloquer l'entrée, mais elle peut très bien
renforcer les autres barrières.
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Coûts inférieurs pour l'entreprise établie sur le marché. Une entreprise en situation de
monopole a généralement développé une expérience spécifique concernant ses activités. Elle
connait les techniques les plus efficaces, les fournisseurs les plus dignes de confiance et les
moins chers, les sources de financement, etc. En somme, cette entreprise évolue sur une courbe
de CM plus basse qu'un entrant potentiel, dissuadant ainsi l'entrée de nouveaux concurrents.
Contrôle des facteurs de production clés. Lorsqu'une entreprise contrôle l'offre de facteurs
de production essentiels (car elle a acheté ou contracté une exclusivité avec le fournisseur
principal par exemple), elle peut empêcher l'entrée de concurrents en leur refusant l'accès aux
facteurs de production clés.
Contrôle des réseaux de distribution. De la même manière, lorsqu'une entreprise contrôle les
réseaux de distribution du produit, elle peut verrouiller l'accès aux consommateurs et empêcher
ainsi l'entrée de concurrents.
Protection légale. La situation de monopole de l'entreprise peut être garantie par un brevet, un
droit d'auteur, par certaines formes de licences (qui n'autorisent qu'une seule entreprise à opérer
sur un marché), par des tarifs douaniers ou par d'autres formes de régulation qui pénalisent
l'accès de concurrents étrangers au marché domestique. Les médicaments développés par les
entreprises pharmaceutiques sont, par exemple, protégés par des brevets, ce qui leur garantit un
monopole légal.
Fusion et acquisition. L'entreprise en situation de monopole peut menacer de racheter les
nouveaux entrants, les dissuadant ainsi d'entrer sur le marché.
Stratégies agressives. Une entreprise en situation de monopole sur un marché est
vraisemblablement capable de supporter des pertes pendant un temps plus long qu'un entrant
potentiel. Le monopoleur peut ainsi lancer une guerre des prix, démarrer une importante
campagne publicitaire, offrir des services complémentaires attractifs pour dissuader l'entrée de
nouveaux concurrents.
3.3. Prix et quantités à l'équilibre
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Comme, par définition, il n'y a ici qu'une seule entreprise sur le marché, la courbe de demande
qui s'adresse à cette entreprise est la même que la courbe de demande du marché.
Du fait de l'absence de substituts proches, la demande en situation de monopole est relativement
inélastique comparée aux autres structures de marché. Lorsque le monopoleur augmente son
prix, les consommateurs n'ont pas d'autres entreprises vers lesquelles se tourner. Soit ils
acceptent de payer le prix, soit ils n'achètent pas le bien en question.
À la différence des entreprises en situation de concurrence pure et parfaite, le monopoleur n'est
pas preneur de prix. Il peut choisir le prix qu'il affiche. Cependant, ce faisant, il reste quand
même contraint par la courbe de demande. Une augmentation des prix fait décroitre la quantité
demandée. En somme, le monopoleur peut jouer sur deux variables : le prix et les quantités
produites. Mais il ne peut pas jouer sur ces deux variables simultanément. S'il décide du prix,
les consommateurs lui imposent les quantités à produire à travers la courbe de demande. S'il
fixe les quantités, les consommateurs lui imposent le prix.
Comme toutes les entreprises, le monopoleur maximise son profit lorsque Cm = Rm. À la figure
4.8, les profits sont ainsi maximaux pour la quantité de production Qm. Le prix affiché par le
monopole est Pm. Il s’obtient en reportant Qm sur la courbe de la demande du marché. Le profit
réalisé par l’entreprise est indiqué par le rectangle coloré.
Figure 4.8 : Maximisation des profits du monopole
Le pouvoir du marché du monopoleur et, en conséquence, son profit sont contraints par
l'élasticité prix de la demande. Plus la demande est rigide (et donc plus la courbe de demande
est verticale), plus la différence entre la Rm et le prix (RM) est élevée et plus les profits dégagés
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par le monopoleur sont importants. L'élasticité prix de la demande dépend de l'existence de
substituts raisonnablement proches dans d'autres secteurs. La demande pour une ligne de
chemin de fer, par exemple, est d'autant plus inélastique (et donc le potentiel de profit plus
important) qu'il n'y a aucun service de bus existant pour le même trajet. À l'inverse, lorsque la
demande est fortement élastique, le monopoleur a très peu de pouvoir de marché et ne peut pas
augmenter son prix au-dessus de son coût marginal. Il réalise ainsi des profits plus faibles.
Comme l'existence de barrières à l'entrée empêche la concurrence de nouvelles entreprises, les
profits réalisés par le monopoleur persistent même à long terme. La seule différence entre
l'équilibre à court terme et celui à long terme est que, dans ce second cas, le monopoleur choisit
sa quantité de production telle que Rm = CmLT.
Prix limite. Si les barrières empêchant l'entrée de concurrents ne sont pas totales, et si le
monopoleur réalise des profits très importants, il y a un risque à long terme que de nouvelles
entreprises décident de pénétrer le marché. Dans ce cas, le monopoleur peut choisir
délibérément de maintenir son prix bas et de restreindre ses profits afin de ne pas attirer de
nouveaux entrants. Cette stratégie est connue sous le nom de prix limite.
À la figure 4.9, deux courbes de CM sont tracées, une pour le monopoleur et une pour l'entrant
potentiel. Celle du monopoleur, déjà installé, est inférieure à celle de l'entrant potentiel. Ce
dernier, pour espérer le concurrencer, doit proposer un prix au moins égal.
Ainsi, tant que le monopoleur n'affiche pas un prix supérieur à P1 (le prix limite qui est égal au
minimum du CM du nouvel entrant), le nouvel entrant ne peut pas espérer dégager des profits.
Aussi, il choisira sûrement de ne pas entrer sur le marché.
Figure 4.9 : Prix limité
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P1 peut éventuellement se trouver en dessous du prix qui maximise le profit à court terme du
monopoleur, mais ce dernier peut quand même préférer afficher P1 afin de protéger ses profits
à long terme de l'entrée de nouveaux concurrents.
La crainte d'une intervention gouvernementale pour restreindre le pouvoir du monopoleur peut
avoir le même effet modérateur sur les prix affichés par le monopole.
3.4. Monopole et intérêt du public
Inconvénients du monopole. Le monopole peut aller à l'encontre de l'intérêt du public pour
plusieurs raisons. Cela a entraîné l'élaboration d'une législation importante afin de réglementer
le pouvoir et le comportement des monopoleurs. Prix plus élevés et quantités de production
moins importantes qu'en situation de concurrence pure et parfaite (à court terme). La figure 4.10
permet de comparer le niveau des prix et des quantités produites pour un même marché en
situation de monopole et en situation de concurrence pure et parfaite. Le monopoleur maximise
son profit lorsque Cm = Rm, c'est-à-dire en produisant Q1 et en affichant un prix P1.
Figure 4.10 : Équilibre du marché en concurrence pure et parfaite en monopole.
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Cependant, si le même secteur était en situation de concurrence pure et parfaite, le niveau de
production agrégé à l'équilibre de marché serait Q2 et le prix P2,. C'est, en effet, en ces points
que l'offre rencontre la demande. En somme, la concurrence pure et parfaite entraine un prix
plus bas et des quantités de production plus élevées que le monopole.
En examinant les avantages de la concurrence pure et parfaite, nous avons vu que le niveau de
production optimal est atteint lorsque P = Cm. Si un monopoleur produit une quantité inférieure
au niveau correspondant à P = Cm (par exemple, au niveau Q1 de la figure 4.10, ou P> Cm),
cela n'est pas optimal. Certains consommateurs seraient prêts à payer pour des unités
supplémentaires un prix supérieur à ce qu'il en coûterait au monopoleur de les produire.
Autrement dit, des échanges qui bénéficieraient à la fois au producteur et au consommateur ne
sont pas réalisés. Le monopole génère ainsi une perte sèche (ou charge morte) par rapport à une
situation de concurrence pure et parfaite.
Prix plus élevés et quantités de production moins importantes qu'en situation de concurrence
pure et parfaite (à long terme). En situation de concurrence pure et parfaite, la condition de libre
entrée élimine la possibilité de réaliser des profits à long terme et oblige les entreprises à
produire au minimum de leur courbe de CMLT. Les prix restent bas à long terme. En situation
de monopole, par contre, les barrières à l'entrée permettent au monopoleur de maintenir des
profits à long terme. Il n'est pas obligé de produire au minimum de sa courbe de CMLT. En
conséquence, toutes choses égales par ailleurs, les prix à long terme tendent à être plus élevés
et les quantités produites plus faibles en situation de monopole qu'en situation de concurrence
pure et parfaite.
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Coûts plus élevés du fait de l'absence de concurrence. En situation de concurrence pure et
parfaite, la survie d'une entreprise à long terme dépend de sa capacité à utiliser les techniques
connues les plus efficaces et à en inventer de nouvelles chaque fois que c'est possible. Le
monopoleur, par contre, étant protégé par des barrières à l'entrée, peut réaliser des profits élevés
sans être forcément le plus efficace. Il est moins incité à produire de la manière la plus efficace
possible.
D'un autre côté, si le monopoleur peut diminuer ses coûts en utilisant des techniques plus
efficaces, cela lui permet d'accroitre ses profits. Et ces profits supplémentaires peuvent être
maintenus à long terme du fait de l'existence de barrières à l'entrée. Il est, dans ce cas, fortement
incité à mettre en œuvre ces techniques plus efficaces.
Distribution inéquitable des revenus. Les profits élevés du monopoleur peuvent être considérés
comme inéquitables, particulièrement par les entreprises qui subissent une forte concurrence et
par les personnes dont le monopole réduit les revenus. La pertinence de ce problème dépend
naturellement de la taille et du pouvoir du monopoleur. Les profits de monopole réalisés par la
boulangerie du village peuvent être perçus comme mineurs lorsqu'ils sont comparés aux profits
réalisés par une grande multinationale en situation de monopole.
En plus de ces problèmes, il est souvent reproché aux monopoles de ne pas encourager
l'introduction de variété ainsi que de favoriser les activités de lobbying afin d'obtenir des
traitements avantageux de la part des Etats.
Avantages du monopole. Une situation de monopole peut également avoir des avantages pour
la société.
Économies d'échelle. Un monopoleur bénéficie souvent de substantielles économies d'échelle
du fait de sa taille, d'une administration centralisée et de la suppression des outils de production
redondants (par exemple, un monopole sur la distribution d'eau permet d'éviter la pose de
plusieurs tuyaux en parallèle dans chaque rue). Si ces économies d'échelle se traduisent par une
courbe de Cm très en dessous de celle qui serait obtenue en situation de concurrence pure et
parfaite, alors le monopole conduit à une quantité d'équilibre plus élevée et à un prix plus faible
qu'en situation de concurrence pure et parfaite. A la figure 4.11, à l'équilibre, le monopoleur
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offre la quantité Q1 à un prix P1 tandis qu'en situation de concurrence pure et parfaite la quantité
d'équilibre est Q2 (qui est inférieure à Q1) et le prix P2 (qui est supérieur à P1).
Figure 4.11 : Équilibre du marché, concurrence pure et parfaite et monopole (avec des
courbes de Cm différentes).
Ce résultat ne tient que si la courbe de Cm de monopole est en dessous du point x. De plus, un
secteur donné ne peut pas rester en situation de concurrence pure et parfaite lorsque des
économies d'échelle importantes sont réalisables. Il est ainsi purement fictif de comparer une
situation de monopole avec une situation alternative qui ne peut pas se produire. Enfin,
remarquons que si le monopoleur appliquait la règle de tarification de la concurrence pure et
parfaite (P = Cm), il offrirait la quantité Q3 (supérieure à Q1) au prix P3 (inférieur à P1).
Capacité supérieure d'investissement, notamment en recherche et développement. Bien qu'à
court terme la survie du monopole ne dépende pas de son aptitude à utiliser les techniques les
plus efficaces, il peut néanmoins réinvestir une part de ses profits, par exemple dans des
activités de recherche et développement. Il a une capacité d'investissement plus importante que
des petites entreprises, aux capacités de financement limitées, ce qui augmente ses chances
d'être plus efficace.
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Concurrence pour le contrôle du monopole. Même si le monopoleur ne subit pas de concurrence
sur le marché des biens, il affronte souvent une autre forme de concurrence sur les marchés
financiers. Un monopole, avec des coûts potentiellement très bas, qui n'afficherait pas des
performances économiques convenables, présenterait tous les risques de se faire racheter par
une autre entreprise. Cette concurrence pour le contrôle de l'entreprise peut l'obliger à se
comporter de la manière la plus efficace possible.
Innovation et nouveaux produits. La perspective de profits générés par de nouveaux produits,
protégés éventuellement par des brevets, peut inciter au développement de nouveaux
monopoles sur des nouveaux marchés.
4.La théorie des marchés contestables
4.1. Monopole ou concurrence potentielle ?
Ces dernières années, des économistes ont élaboré une théorie dite des « marchés contestables
». Selon elle, l'élément essentiel pour déterminer le niveau des prix et des quantités à l'équilibre
de marché n'est pas de savoir si le secteur est effectivement en situation de monopole ou de
concurrence pure et parfaite, mais plutôt s'il y a une menace de concurrence.
Lorsqu'un monopole est protégé par de fortes barrières à l'entrée, le monopoleur est capable de
dégager des profits importants en affichant des prix élevés sans crainte de voir des concurrents
émerger. Si, cependant, un concurrent a la possibilité d'entrer sur le marché sans trop de
difficulté, le monopoleur se comportera alors de la même manier qu'une entreprise en situation
de concurrence. La menace de concurrence a ici les mêmes effets que la concurrence effective.
Par exemple, considérons une entreprise de restauration qui s'occupe de la cantine d'une usine.
Cette entreprise est naturellement en situation de monopole dans l'usine puisque les employés
n'ont pas d'autre cantine à laquelle s'adresser. Mais si cette entreprise affiche des prix trop élevés
ou propose des services de mauvaise qualité, l'usine peut changer de fournisseur. Cette menace
oblige ce dernier à modérer ses prix et à offrir des services de qualité.
Marchés parfaitement contestables. Un marché est parfaitement contestable lorsque le coût
d'entrée et de sortie des entreprises y est nul, et lorsque l'entrée peut se produire rapidement.
Dans ce cas, dès qu'une entreprise commence à réaliser des profits, cela en attire instantanément
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d'autres, tirant ainsi les profits vers le bas. La théorie prédit ainsi que cette simple menace
d'entrée assure que l'entreprise présente sur le marché : (a) maintient des prix bas comme en
situation de concurrence pure et parfaite, et (b) produit de manière aussi efficiente que possible,
utilisant toutes les économies d'échelle et les techniques disponibles. Sans cela, l'entreprise
s'exposerait à l'entrée de concurrents, et la concurrence potentielle deviendrait effective.
La figure 4.12 illustre ce point. Supposons qu'une seule entreprise (monopole) soit présente sur
le marché. Elle produit avec un coût moyen à long terme donné par CMLT et maximise ses
profits (représentés par le rectangle coloré) au prix P1. Si les coûts d'entrée et de sortie sont
élevés, cette situation ne change pas. Mais s'ils sont négligeables, d'autres entreprises sont
tentées de pénétrer sur le marché afin de s'emparer d'une partie de ces profits. Pour empêcher
cela, le monopoleur doit baisser ses prix. Et si les coûts d'entrée et de sortie sont nuls, il doit
fixer un prix égal à P2 (c'est-à-dire égal au CMLT) pour empêcher l'entrée de concurrents.
Ce faisant, il réalise des profits nuls. Dans le même temps, il doit également s'assurer que son
CMLT est aussi bas que possible (il doit éviter toute inefficience X).
Figure 4.12 : Monopole contestable
Marchés contestables et monopoles naturels. Pourquoi, dans ce cas, les marchés ne sont-ils
pas tous parfaitement concurrentiels ? Pourquoi reste-t-il des monopoles ?
La raison la plus vraisemblable est à chercher du côté des économies d'échelle et de la taille des
marchés. Bénéficier pleinement des économies d'échelle et opérer de manière efficiente requiert
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que l'entreprise ait une certaine taille. Dans ce cas, si le marché est petit, il n'y a de la place que
pour une seule entreprise. Si une seconde entreprise y entre, l’une des deux ne pourra pas
survivre à la concurrence qu'elles se livreront. Le marché n'est simplement pas assez grand pour
permettre à deux entreprises d'y survivre.
Si, toutefois, il n'y a pas de coûts d'entrée et de sortie, une entreprise peut vouloir pénétrer le
marché, même en sachant qu'il n'y a pas de place pour deux concurrents, simplement car elle
pense être plus efficace que l'entreprise en place. Cette dernière, anticipant cela, est obligée de
produire de la manière la plus efficiente possible et de maintenir des profits bas.
4.2. Importance des coûts de sortie
Pour une entreprise, s'installer sur un nouveau marché est généralement source de dépenses
importantes (achat de machines, de locaux, etc.). Ces dépenses peuvent constituer une barrière
importante à l'entrée, protégeant ainsi les entreprises en place. Mais si elles sont plus faibles
que celles engagées par l'entreprise installée, alors il se peut que l'entrant réussisse à évincer
cette dernière. Cependant, un autre paramètre vient s'ajouter à cette analyse : le coût de sortie
du marché. Une entreprise qui envisage d'entrer sur un marché doit impérativement se demander
si les investissements consentis peuvent, ou non, être redéployés dans un autre secteur.
Les coûts de sortie du marché peuvent être substantiels, si l'équipement en capital est très
spécifique et ne peut pas être redéployé facilement vers une autre utilisation (une station-
service, par exemple, ne peut guère être reconvertie pour d'autres types d'utilisation que la
distribution d'essence). Dans ce cas, les coûts d'entrée sont des coûts irrécouvrables.
L'entreprise qui quitte le marché se retrouve avec des équipements qu'elle ne peut ni revendre
ni réutiliser. Anticipant cela, elle choisira donc éventuellement de ne pas entrer sur le marché.
La présence de coûts irrécouvrables rend l'entrée coûteuse et réduit la contestabilité du marché,
permettant ainsi aux entreprises en place de réaliser des profits. Autrement dit, les barrières à
la sortie d'un secteur se transforment souvent en barrière à l'entrée.
À l'inverse, si le capital peut être transféré vers d'autres secteurs, les coûts de sortie du marché
sont quasi nuls, incitant de nouveaux concurrents à prendre le risque d'y entrer. Par exemple,
une entreprise d'autobus peut décider d'ouvrir une nouvelle ligne, bien que cette ligne soit déjà
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exploitée par un concurrent. Si la ligne n'est pas rentable, l'entreprise peut toujours redéployer
ses bus vers d'autres activités (d'autres lignes).
En résumé, la possibilité de sortie d'un marché quasiment sans aucun coût incite les entreprises
à y entrer car elles savent que si cela se passe mal elles peuvent récupérer leur investissement.
Plus les coûts de sortie sont faibles et plus le marché est contestable. Cela signifie que des
entreprises déjà installées sur des marchés proches d'un monopole peuvent exercer une
concurrence efficace sur le monopoleur, car elles peuvent facilement transférer leur capital d'un
marché à l'autre. Par exemple, les compagnies aériennes exercent une pression importante l'une
sur l'autre même si elles ne desservent pas toutes les mêmes lignes. En effet, elles peuvent
facilement déplacer des avions pour desservir de nouvelles lignes.
4.3. Marchés contestables et intérêt du public
Un monopole parfaitement contestable peut faire figure de situation idéale, empruntant le
meilleur du monopole et le meilleur de la concurrence pure et parfaite. Non seulement,
l'entreprise peut bénéficier d'importantes économies d'échelle, mais, en plus, elle est obligée de
maintenir ses prix bas.
Pour cette raison, la théorie a souvent été reprise par les décideurs publics pour justifier une
politique de laisser-faire et de dérégulation. Selon eux, cette théorie justifie la libre concurrence.
Deux réponses peuvent être apportées à cet argument :
• Premièrement, peu de marchés sont parfaitement contestables. Lorsque les coûts
d'entrée et de sortie ne sont pas nuls, l'entreprise peut maintenir un comportement de
monopole.
• D'autres imperfections de marché existent en plus des risques de monopole (inégalité,
externalités, etc.).
Néanmoins, la théorie des marchés contestables a le mérite de souligner l'importance des
barrières à l'entrée et des coûts de sortie sur le comportement du monopoleur. Le niveau des
barrières à l'entrée est ainsi devenu un point central pour les décideurs publics lorsqu'ils
établissent les politiques de la concurrence et cherchent à identifier des comportements
anticoncurrentiels.
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