Chapitre 1
Chapitre 1
1. La demande
La quantité demandée par un consommateur correspond à la quantité de bien qu'il désire acheter
et qu'il est capable de se procurer à un prix donné. Elle dépend à la fois des préférences des
individus et de leur contrainte de budget. Elle ne correspond donc forcément pas à ce qu'ils
désirent consommer. Nombreux sont ceux qui souhaiteraient rouler dans une Hyundai Palisade
mais, vu le prix des voitures neuves, la quantité demandée pour ces voitures luxueuses est très
faible.
Généralement, lorsque le prix d'un bien augmente, la quantité demandée par les consommateurs
diminue. C'est la loi de la demande. Deux effets permettent de l'expliquer :
• Effet revenu. Lorsque le prix d'un bien augmente, le revenu réel des consommateurs,
(leur pouvoir d'achat) diminue. L'augmentation de prix a pour conséquence que, à
revenu nominal égal, les consommateurs peuvent acheter moins de biens et services.
• Effet de substitution. Le bien dont le prix a augmenté est maintenant plus cher que les
autres biens dont le prix n'a pas varié. Le consommateur a tendance alors à en diminuer
sa consommation pour se tourner vers les substituts rendus relativement moins chers.
La loi de la demande suppose également que, lorsque le prix d'un bien baisse, la quantité
demandée augmente. En effet, la diminution de prix fait que les consommateurs (1) peuvent
acheter plus pour un revenu nominal donné car leur pouvoir d'achat a augmenté (effet revenu)
et (2) ont tendance à diminuer leur consommation de biens substituables pour lesquels le prix
n'a pas diminué, pour consommer plus de bien dont le prix a diminué (effet de substitution).
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1.2. La courbe de demande
Considérons les données fictives du tableau 1.1. Elles représentent un plan de demande, c'est-
à-dire la quantité demandée d'un bien (ici des pommes de terre) pour différents niveaux de prix
Les colonnes (2) et (3) indiquent la quantité demandée par deux individus (Eric et Stéphanie)
et la colonne (4), la demande du marché, c’est-à-dire la demande totale de tous les
consommateurs. Celle-ci s'obtient à partir des demandes de chaque personne : il suffit
d'additionner les demandes individuelles correspondant à tous les niveaux de prix. La demande
se calcule pour un intervalle de temps et non pas à un moment dans le temps. On parle de
demande quotidienne, mensuelle ou annuelle.
La demande peut être représentée graphiquement par une courbe de demande. Celle de la figure
1.1 correspond aux chiffres du tableau 1.1. Par convention, le prix des pommes de terre est
représenté sur l'axe des ordonnées et la quantité demandée sur l'axe des abscisses. Le point E
montre qu'au prix de 100 cents le kilogramme, 100 000 tonnes de pommes de terre sont
demandées chaque mois par les consommateurs. Lorsque le prix chute à 80 cents le
kilogramme, la demande se déplace au point D. La quantité demandée est alors de 200 000
tonnes par mois. Si le prix diminue encore, à 60 cents le kilogramme, la demande est alors de
350 000 tonnes. Les cinq points de la figure 1.1 (A à E) correspondent ainsi aux chiffres des
colonnes (1) et (4). La courbe de demande permet également de représenter la demande pour
des prix autres que ceux du tableau 1.1
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Figure 1.1 : Courbe de demande mensuelle de pommes de terre.
La courbe de demande peut aussi être tracée pour un consommateur en particulier. On parle
alors de courbe de demande individuelle. Elle a généralement, comme une courbe de demande
globale, une pente négative. Plus le prix d'un bien est élevé et moins la quantité demandée par
le consommateur est importante.
Le prix des biens n'est pas l'unique déterminant de la demande de ces biens. Celle-ci dépend
des facteurs suivants :
• Les préférences des individus (leur goût). Toutes choses égales par ailleurs (ceteris
partibus), plus une personne désire un bien et plus la quantité qu'elle demande est élevée.
Ses préférences peuvent être influencées par la publicité, les modes, les effets de
mimétisme, les expériences passées, etc.
• Le nombre et le prix des biens substituables. Toutes choses égales par ailleurs, plus un
bien possède de substituts proches dont le prix est faible, moins la demande du bien est
importante, car le consommateur préfère dans ce cas se tourner vers les biens
substituables. Par exemple, la demande de café dépend du prix du thé : plus le prix du
thé est faible et plus la demande de café diminue.
• Le nombre et le prix des biens complémentaires. Les biens complémentaires sont ceux
dont la consommation va de pair : par exemple, une voiture et l'essence, l'un n'allant pas
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sans l'autre. Toutes choses égales par ailleurs, plus le prix des biens complémentaires
est élevé et plus la demande de ce type de bien est faible.
• Le revenu. La demande d'un individu dépend de ses revenus. Toutes choses égales par
ailleurs, plus le revenu d'une personne est élevé et plus sa demande pour un certain bien
est importante. On parle alors de biens normaux. Il existe également des catégories de
biens pour lesquelles une augmentation de revenu entraîne une diminution de la
demande : les biens inférieurs. Par exemple, la margarine de basse qualité est un bien
inférieur : sa consommation sera progressivement substituée par celle de beurre fin au
fur et à mesure que le revenu augmentera.
• Les anticipations. La demande dépend également des anticipations des gens concernant
l'évolution des prix, leur revenu, etc. Si les consommateurs prévoient une forte
augmentation des prix, ils sont incités à acheter plus avant la hausse des prix. De même,
un individu qui anticipe une augmentation de revenu est plus prompt à s'endetter pour
consommer.
Une courbe de demande représente le lien entre la quantité demandée et le prix, toutes choses
égales par ailleurs. En d'autres termes, pour tracer la courbe de demande, on suppose que seul
le prix varie et que toutes les autres variables restent identiques. Ainsi, lorsqu'à partir d'une
situation donnée le prix du bien change, cela induit simplement un mouvement le long de la
courbe de demande qui, elle, ne bouge pas. Par exemple, à la figure 1.1, lorsque le prix passe
de 40 à 60 cents, on glisse du point B au point C tout en restant sur la même courbe de demande.
Que se passe-t-il lorsqu'un des déterminants de la demande, autre que le prix, varie ? La
conséquence est un déplacement de la courbe de demande. Si, par exemple, une variation d'un
de ses déterminants provoque une augmentation de la demande, la courbe de demande se
déplace vers la droite (la nouvelle courbe de demande obtenue n'est pas nécessairement
parallèle à l'ancienne). La nouvelle courbe indique que, pour un niveau de prix identique, la
quantité demandée est supérieure (la demande a augmenté).
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À la figure 1.2, au prix P, la quantité demandée était Q0, mais, après le choc positif de demande,
la quantité demandée à ce prix est Q1 > Q0. Par symétrie, si un changement de l'un des
déterminants de la demande entraîne une diminution de la demande, la courbe de demande se
déplace alors vers la gauche, indiquant ainsi que, pour un prix équivalent, la demande a diminué.
2. L’offre
2.1. La relation entre offre et prix
Considérons le cas d'un agriculteur qui possède des terrains, dont une partie est située dans la
plaine, très fertile, et une autre, dans des zones moins favorables. Cet agriculteur n'a pas
forcément intérêt à les emblaver tous. Son choix dépend du prix auquel il peut espérer vendre
les céréales.
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Si le prix est faible, il se concentrera sur les terres les plus fertiles et il laissera les autres en
jachère. En effet, leur exploitation lui coûterait plus que le revenu qu'il pourrait retirer de la
vente des céréales. Mais au fur et à mesure que le prix des céréales augmente, l'agriculteur a
intérêt à utiliser de nouvelles terres, même si elles sont difficiles et coûteuses à exploiter. Au
final, pour un prix assez élevé, il exploitera tous ses terrains.
Ce cas illustre la relation entre le prix d'un bien et la quantité de ce bien que les producteurs
choisissent d'offrir. Plus le prix d'un bien est élevé et plus l'offre de ce bien est importante. C'est
la loi de l'offre. Il y a trois raisons à la relation positive entre prix et quantité offerte :
• Lorsque la production d'un bien augmente, à partir d'un certain seuil, les coûts unitaires
de production de ce bien ont tendance à augmenter également. La production d'une unité
supplémentaire de bien coûte ainsi de plus en plus cher. En conséquence, les producteurs
n'acceptent d'offrir des unités supplémentaires que si le prix est suffisamment élevé.
• Plus le prix d'un bien est élevé, et plus il devient profitable de le produire et de le vendre.
Les producteurs ont alors intérêt à abandonner la fabrication de biens moins rentables
pour se concentrer sur ceux dont les prix sont les plus élevés relativement à leurs coûts
• Enfin, au niveau agrégé, si le prix d'un bien est élevé, de nouveaux offreurs apparaissent
sur le marché, induisant mécaniquement une hausse de l'offre totale du marché.
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Graphiquement, il est possible d'illustrer la relation entre la quantité offerte et le prix par une
courbe d'offre, soit individuelle (l'offre d'une entreprise en particulier), soit globalement pour
toutes les entreprises (l'offre du marché). La figure 1.3 montre la courbe d'offre globale de
pommes de terre, l'axe des ordonnées indiquant le prix et l'axe des abscisses, les quantités.
Chaque point a à e correspond aux chiffres du tableau 1.2. Par exemple, si le prix passe de 60
à 80 cents le kilogramme, l'offre de marché augmente de 180 000 tonnes et se déplace du point
c au point d.
Figure 1.3 : Courbe d’offre mensuelle de pommes de terre
Toutes les courbes d'offre n'ont pas une pente positive. Parfois, elles sont verticales ou
horizontales. Elles peuvent même avoir, dans des cas particuliers, une pente négative. Cela
dépend largement de la période de temps considérée.
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• Les évolutions technologiques. Elles peuvent diminuer significativement les coûts de
production et, en conséquence, augmenter l'offre. L'invention du microprocesseur, par
exemple, a eu des répercussions sur les coûts de production dans presque tous les
secteurs
• Les changements organisationnels. Ils peuvent réduire significativement les coûts de
production.
• La politique gouvernementale. Les États peuvent taxer ou subventionner certains
produits, faisant ainsi augmenter ou diminuer les coûts de production.
Les chocs aléatoires. Les événements imprévisibles tels que les catastrophes naturelles, les
épidémies, etc., influent sur la quantité offerte pour un prix donné.
L'anticipation des offreurs. Si les producteurs anticipent une augmentation des prix, ils
peuvent réduire temporairement leur offre afin de constituer des stocks. Dans le même temps,
ils peuvent acquérir de nouveaux équipements pour augmenter leur production.
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Le nombre d'offreurs. Si de nouvelles entreprises entrent sur un marché, toutes choses égales
par ailleurs, la quantité offerte augmente.
Le principe est le même que pour la courbe de demande. Un changement de prix se traduit,
toutes choses égales par ailleurs, par un déplacement le long de la courbe d'offre (changement
de la quantité offerte). Par exemple, si le prix des pommes de terre passe de 80 à 100 cents, la
quantité offerte passe de 530 000 tonnes à 700 000 tonnes par mois. On se déplace du point d
au point e sur la même courbe d'offre.
Si un déterminant de l'offre autre que le prix varie, cela se traduit par un déplacement de la
courbe d'offre (changement de l'offre) : vers la droite, en cas d'augmentation de l'offre, et vers
la gauche, en cas de diminution. Supposons que la courbe d'offre O0 reflète la situation
originale, la courbe O1 représente une augmentation de l'offre (pour chaque niveau de prix, la
quantité offerte est plus élevée sur O1 que sur O0) [voir figure 1.4).
À l'inverse, la courbe O2 représente une diminution de l'offre.
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3. Prix et quantités échangées à l'équilibre de marché
Combinons les analyses de la demande et de l'offre pour montrer de quelle manière les prix et
les quantités de produits achetés et vendus sont déterminés sur les marchés libres. Considérons
à nouveau l'exemple du marché des pommes de terre et utilisons les données des tableaux 1.1
et 1.2 (voir tableau 1.3).
Sur ce marché, quelle sera la quantité de pommes de terre échangée et à quel prix ? Si le prix
est de 20 cents le kilogramme, la demande excède l'offre de 600 000 tonnes (A-a). Une grande
partie de la demande n'est pas satisfaite. Les consommateurs sont prêts à payer plus cher pour
être servis. Si le prix passe à 40 cents le kilo, le même scénario se reproduit. Il y a toujours une
pénurie (la demande excède l'offre de 300 000 tonnes), et les prix montent encore. En
conséquence, tant que la demande est supérieure à l'offre sur le marché, il y a des pressions à la
hausse sur le prix de ce marché.
Que se passe-t-il si le prix est à un niveau beaucoup plus élevé,100 cents le kilogramme ?
Dans ce cas, c'est l'offre qui excède la demande de 600 000 tonnes (e - E). Ce surplus conduit
les prix à la baisse, les producteurs diminuant leur prix afin d'écouler leurs excédents. La même
chose se produit lorsqu'on est à 80 cents le kilogramme. En conséquence, tant que la demande
est inférieure à l'offre sur le marché, il y a des pressions à la baisse sur le prix de ce marché.
Au final, le seul prix stable est celui pour lequel il n'y a ni excès d'offre, ni excès de demande.
C'est celui pour lequel l'offre est égale à la demande. Dans l'exemple, cet équilibre est atteint
au prix de 60 cents : la quantité offerte est égale à la quantité demandée (350 000 tonnes). Il n'y
a ni pénurie ni excédent, et il n'y a pas de pression sur le prix de marché, ni à la baisse, ni à la
hausse.
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En conclusion, l'équilibre de marché correspond à la situation où les intérêts conflictuels des
consommateurs et des producteurs se compensent parfaitement. En ce point, la quantité que les
consommateurs demandent est égale à la quantité que les producteurs offrent. De surcroit, le
mécanisme régulateur des prix assure que cet équilibre est automatiquement atteint. Les lois de
l'offre et de la demande font converger le prix de marché vers le prix d'équilibre.
Pour tout prix supérieur à 60 cents, il y a un surplus d'offre. Les agriculteurs produisent plus
que ce que les consommateurs sont prêts à acheter. Le marché n'est pas équilibré et les prix
diminuent jusqu'à ce que l'équilibre soit atteint, au point c. De manière analogue, pour tout prix
inférieur à 60 cents, il y a un excès de demande, une pénurie. Les prix augmentent jusqu'à ce
que cet excès de demande soit résorbé et atteignent à nouveau le point c, qui correspond à
l'équilibre du marché.
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3.2. Changement d'équilibre
Le prix d'équilibre ne change pas tant que les courbes d'offre et de demande restent les mêmes.
Mais lorsque l'une des deux se déplace, suite à un choc, un nouvel équilibre apparait.
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Figure 1.7 : Déplacement de la courbe d’offre et équilibre de marché
4. L'élasticité
L'élasticité mesure la sensibilité d'une variable (par exemple, l'offre ou la demande d'un produit)
aux variations d'une autre variable (par exemple, les prix ou le revenu). Le concept d'élasticité
est essentiel pour comprendre le fonctionnement des marchés. La situation est très différente
selon que l'offre ou la demande est fortement élastique ou fortement rigide. Ainsi, plus
l'élasticité prix de la demande est élevée et plus la demande est sensible aux variations de prix.
À l'inverse, si l'élasticité prix de l'offre est nulle, l'offre ne s'ajuste pas lorsque les prix évoluent.
Lorsque le prix d'un bien augmente, la quantité demandée de ce bien diminue. Mais quelle est
l'ampleur de cette diminution ? Au-delà de la loi de la demande, il est également important de
connaître la sensibilité de la demande au prix.
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Prenons l'exemple de deux biens : l'essence et les carottes. Dans le cas de l'essence, il est
vraisemblable que la quantité demandée est très peu sensible au prix car les automobilistes sont
souvent obligés de prendre leur voiture même si le prix augmente. Il n'y a pas réellement
d'alternative, les transports publics ou le vélo étant rarement considérés comme des substituts
acceptables. Mais, la situation est probablement différente lorsqu'il s'agit de carottes. Les
consommateurs sont en général très sensibles au prix des légumes qu'ils peuvent remplacer par
de nombreux substituts. Si le prix des carottes augmente, ils peuvent se tourner vers d'autres
légumes.
La sensibilité de la demande aux changements de prix se mesure à travers l'élasticité prix de
la demande. Cette dernière indique de combien varie la demande (en %) suite à un changement
de prix (en %). Le concept d'élasticité est l'un des plus importants en économie. Par exemple,
si on connait l'élasticité prix de la demande d'un bien, il est possible de prédire l'effet d'un choc
d'offre sur les quantités échangées et sur les prix.
La figure 1.8 illustre l'effet d'un choc d'offre sur l'équilibre de marché avec deux courbes de
demande très différentes (D et D'). D’est plus élastique que D : pour tout changement de prix,
la quantité diminue plus le long de D’que le long de D. Supposons que la demande soit O1 :
l'équilibre de marché est le même que la demande soit D ou D'.
La quantité échangée à l'équilibre est Q1 et le prix P1. Supposons maintenant que l'offre diminue
et que la courbe d'offre passe en O2. Pour la courbe de demande la plus élastique (D'), le nouveau
prix d'équilibre est P3 et la quantité d'équilibre Q3, tandis que pour la courbe la moins élastique
(D), le nouveau prix d'équilibre est P2 et la quantité d'équilibre Q2. Plus la demande est élastique
et plus un choc négatif d'offre provoque une diminution importante des quantités échangées.
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Mesure de l'élasticité prix de la demande. Nous cherchons à comparer évolution de la
demande et changement de prix. Or, prix et quantités demandées ne sont pas exprimé dans la
même unité. Le seul moyen convenable de les comparer consiste donc à utiliser des
pourcentages. Nous pouvons mesurer l'évolution de la demande (en %) suite à une variation
relative de prix (en %). On obtient alors la formule de l'élasticité prix de la demande : c'est la
variation relative de la demande (en %) divisée par la variation relative du prix (en %).
En d'autres termes :
$%&(%)
𝑒"# = $"(%)
Le symbole grec e (epsilon) représente l'élasticité. Ainsi, si une augmentation de 40 % du prix
de l'essence conduit à une réduction de la demande de 10 %, l'élasticité prix de la demande
d'essence est égale à :
*+,%
𝑒"# = -,%
= -0,25
De même, si une baisse des prix des carottes de 5 % débouche sur une augmentation de la
demande de 15 %, l'élasticité prix de la demande de carottes est égale à :
+.%
𝑒"# = *.% = -3
Ces résultats confirment le fait que la demande d'essence est moins élastique que la demande
de carottes.
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L'élasticité prix de la demande est toujours négative du fait de la loi de la demande : si le prix
augmente, la quantité diminue et réciproquement. Mais, pour simplifier les notations, le signe
négatif est souvent négligé. En général, on parle de la valeur absolue de l'élasticité prix de la
demande. Dans le cas de l'essence, on dira qu'elle est égale à 0,25 et non à - 0,25. On comprend
alors que, s'agissant d'une élasticité prix de la demande, le chiffre doit être considéré comme
négatif même s'il est présenté sans son signe.
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• La part des revenus consacrés au bien. Plus les consommateurs consacrent une
fraction élevée de leur revenu à la consommation d’un bien et plus ils sont obligés de
diminuer leur consommation lorsque son prix augmente (l’effet revenu de
l’augmentation de prix est alors très élevé). Ainsi, plus la part du revenu consacré au
bien est importante et plus la demande de ce bien est élastique.
On peut illustrer cela par la demande de sel qui est généralement très rigide. D'une part, il n’y
a pas de substituts proches et, d’autre part, les consommateurs ne consacrent qu’une part
marginale de leur revenu à la consommation de sel. Donc, si son prix augmente, cela passe
quasiment inaperçu dans le budget. A l’inverse, une augmentation du prix des logements se
remarque beaucoup plus. L’élasticité prix de la demande de logement est généralement forte,
les consommateurs étant obligés, en cas de hausse des prix, de se rabattre sur des logements
plus petits ou mal situés.
• La période de temps considérée. Lorsque le prix d'un bien évolue, cela oblige les
consommateurs à changer leurs habitudes de consommation, à trouver une alternative.
Ainsi, toutes choses égales par ailleurs, plus la période de temps considérée est longue
et plus l'élasticité prix de la demande est forte.
Reprenons le cas de l'essence. Si son prix augmente fortement, du fait d'un choc pétrolier ou
d'une nouvelle taxe, dans les jours qui suivent l'augmentation, les consommateurs n'ont d'autre
choix que de continuer à prendre leur voiture. À très court terme, l'élasticité prix de la demande
est faible. Mais après plusieurs années, si les prix ne diminuent pas, les consommateurs ont le
temps de changer leurs habitudes, d'acheter des voitures qui consomment moins d'essence, de
prendre les transports en commun ou le vélo, etc. À long terme, l'élasticité prix d'un bien est
donc toujours plus forte qu'à court terme.
Lorsque les prix changent, la quantité offerte par les entreprises évolue également. Pour
connaître la sensibilité de l'offre aux changements de prix, il faut calculer l'élasticité prix de
l'offre. Cette dernière indique la variation relative de la quantité offerte (en %) suite à une
variation relative du prix (en %).
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La figure 1.12 illustre deux courbes d'offre, O1 et O2. O2 est plus élastique que O1 pour tous les
niveaux de prix. En conséquence, si le prix passe de P1 à P2, la quantité offerte augmente plus
le long de O2 que le long de O1.
Pour obtenir l'élasticité prix de l'offre, on divise la variation relative de la quantité offerte
(en %) par la variation relative du prix (en %). La formule est la suivante :
$%0(%)
𝑒"/ =
$"(%)
Elle est identique à celle de l'élasticité prix de la demande à ceci près qu'il suffit de remplacer
la quantité demandée par la quantité offerte. Par exemple, si une augmentation du prix de 10 %
entraîne une augmentation de l'offre de 25 %, l'élasticité prix de l'offre est égale à 2,5. À
l'inverse, si une augmentation du prix de 10 % entraine une augmentation de l'offre de seulement
5 %, elle est égale à 0,5. Dans le premier cas, l'offre est élastique (e > 1) alors que, dans le
second cas, elle est rigide (e < 1). À l'inverse de la demande, l’élasticité de l'offre est toujours
positive du fait de la loi de l'offre.
Les déterminants de l'élasticité prix de l'offre. L'évolution des coûts par rapport à la
production. Si les coûts augmentent peu, voire diminuent, lorsque la production s'intensifie,
l'entreprise a intérêt à produire plus pour un prix donné. L'offre est plus élastique si l'entreprise
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dispose d'une capacité de production inutilisée qui peut rapidement être opérationnelle ; si elle
peut aisément substituer la production par différents produits ; si la main-d'œuvre
supplémentaire peut être facilement obtenue, etc. Dans tous ces cas, l'entreprise peut répondre
à une augmentation des prix, rapidement et à faible coût.
La période de temps considérée. L'offre est plus élastique à long terme qu'à court terme.
À très court terme, les entreprises sont généralement incapables d'accroitre leur production
rapidement. Elles ont besoin d'un minimum de temps pour embaucher des employés
supplémentaires, entre autres. L'offre est inélastique et la courbe d'offre est plutôt verticale. À
long terme, par contre, l'entreprise dispose de tout le temps nécessaire pour s'adapter à la
variation des prix. En ce cas, l'offre est très élastique et la courbe d'offre est plutôt horizontale.
Mesure de l'élasticité prix de l'offre. Une courbe d'offre verticale reflète une offre
parfaitement rigide. L'élasticité prix de l'offre est égale à zéro. L'offre ne réagit pas du tout aux
changements de prix. À l'inverse, une courbe d'offre horizontale reflète une offre parfaitement
élastique. L'élasticité prix de l'offre est égale à l'infini.
Lorsque deux courbes d'offre se croisent en un point, celle dont la pente est la plus raide a
l'élasticité prix la plus faible en ce point. Par exemple, à la figure 1.12, O1 a une élasticité prix
inférieure à celle de O2. Par contre, toutes les courbes d'offre représentées par des droites passant
par l'origine ont une élasticité prix identique égale à 1, quelle que soit leur pente (voir figure
1.13). Les trois courbes d'offre O1, O2 et O3 ont des pentes différentes et pourtant elles reflètent
chacune des offres a élasticité unitaire. Dans chaque cas, les augmentations de prix et de
quantité offerte sont identiques en proportion.
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En ce qui concerne les autres courbes d'offre (celles qui ne sont pas des droites ou qui ne passent
pas par l'origine), leur élasticité peut se calculer exactement de la même manière que pour
l'élasticité prix de la demande (voir encadré 2.4/annexe pour les formules à utiliser).
Le prix n'est qu'un des déterminants de l'offre et de la demande. Il est possible de calculer
l'élasticité de l'offre et de la demande par rapport à chacun de leurs déterminants. On peut, par
exemple, examiner la sensibilité de la demande au revenu, ce qui revient à calculer l'élasticité
revenu de la demande. Cette élasticité représente la réponse de la demande des consommateurs
(en %) à la suite d'une variation relative de leur revenu Y (en %). Pour la calculer, il suffit de
diviser la variation relative de la demande (en %) par la variation relative du revenu (en %).
Cela donne la formule suivante :
Cette formule est identique à celle de l'élasticité prix de la demande sauf qu'ici on a remplacé
le prix (P) par le revenu (Y). Par exemple si, toutes choses égales par ailleurs, le revenu s'accroit
de 2 % et la demande de 8 %, l'élasticité revenu de la demande est égale à 4.
Le concept d'élasticité revenu de la demande est important car il permet aux entreprises
d'anticiper la demande. Lorsque le revenu national augmente, l'élasticité revenu de la demande
permet de prédire l'évolution de la demande. Si elle est importante, cela signifie que la demande
s'accroit fortement avec le revenu national mais, également, qu'elle peut rapidement s'écrouler
en cas de récession.
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5.L'importance du temps
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Figure1.15 : Adaptation du marché à un choc d’offre.
La figure 1.14 illustre l'effet d'un choc positif de demande (la demande passe de D1 à D2) sur
l'équilibre à court et à long terme. La figure 1.15 illustre l'effet d'un choc positif d'offre (l'offre
passe de O1 à O2). Dans les deux cas, l'équilibre de marché passe du point a (équilibre initial)
au point b (équilibre à court terme) puis au point c (équilibre à long terme). Chaque fois, les
quantités varient plus à long terme qu'à court terme. À court terme, l'ajustement se fait surtout
par les prix qui augmentent fortement (dans le cas d'un choc positif de demande) ou qui baissent
fortement (dans le cas d'un choc positif d'offre). A long terme, l'ajustement se fait surtout par
les quantités, et les prix reviennent d'ailleurs vers leur niveau initial.
L'offre et la demande évoluant constamment, les prix de marché ne restent jamais stables, bien
longtemps. Or, les éventuels changements de prix futurs conditionnent les comportements des
acheteurs et des vendeurs aujourd'hui. Si les acheteurs anticipent une hausse des prix, ils
préfèreront acheter plus aujourd'hui et moins demain S'ils anticipent une baisse des prix, ils
risquent de limiter leur consommation aujourd'hui pour consomma plus demain.
Les vendeurs qui anticipent une baisse des prix essayeront de vendre le plus possible
aujourd'hui. S'ils prévoient une hausse des prix, ils préféreront attendre pour céder leur
marchandise.
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Le comportement consistant à prévoir le futur afin de prendre aujourd'hui des décisions fondées
sur ces prévisions est appelé spéculation. Il s'agit d'une activité courante et même obligée sur
la plupart des marchés : les actions, l’immobilier, l’automobile, etc. Néanmoins, dans le langage
courant, le terme spéculateur est surtout réservé aux individus qui achètent et vendent des biens
sans aucune intention de les utiliser. Quelqu'un qui anticipe une hausse du prix du marché a
intérêt à acheter le bien en question, même s'il n'en a pas besoin, uniquement pour le revendre
plus tard. Souvent, les spéculateurs s'endettent pour cela. Plus tard, si le prix a suffisamment
augmenté, ils peuvent acquitter leur dette et réaliser une plus-value. Le même mécanisme
fonctionne s'ils anticipent une baisse. À l'extrême, un spéculateur peut revendre un bien qu'il ne
possède pas. L'objectif de cette dernière opération est de le vendre au moment t, tout en ne
s'engageant à le céder réellement qu'en t + n. Le vendeur peut entre-temps acheter le bien à un
prix inférieur, juste avant la revente, pour réaliser une plus-value.
Les spéculations sont souvent autoréalisatrices, dans le sens où elles provoquent les effets
qu'elles ont anticipés. Si, par exemple, des spéculateurs anticipent une baisse prochaine des
actions de Total, ils revendent massivement les leurs actions aujourd'hui. La conséquence sera
un surplus d'offre d'actions Total et, donc, une baisse du cours. La prédiction s'est autoréalisée.
Les comportements spéculatifs sur les marchés peuvent avoir des effets stabilisateurs, en
réduisant les fluctuations des prix, ou des effets déstabilisateurs, en les aggravant.
Spéculations stabilisatrices.
Les spéculations ont un effet stabilisateur sur les prix de marché lorsque les producteurs et les
consommateurs supposent que le changement n'est que temporaire. Par exemple, dans le cas
d'une baisse des prix suite à une chute de la demande qui passe de D1 à D2 (voir figure 1.16),
l'équilibre de marché se déplace du point a au point b et les prix passent de P1 à P2. Si les acteurs
du marché anticipent que cette baisse des prix n'est que temporaire alors : d'une part, les
acheteurs augmentent leur demande aujourd'hui pour profiter de la baisse temporaire des prix
et, d'autre part, les vendeurs réduisent leur offre pour constituer des stocks. La demande passe
de D2 en D3 et l'offre de O1 en O2. Au final, l'équilibre de marché est en c, et le prix d'équilibre
est égal à P3, qui est proche du prix initial. Les spéculations ont donc effectivement eu un effet
stabilisateur en ramenant le prix du marché vers son niveau initial.
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Figure1.16 : Spéculations stabilisatrices à la suite d’une baisse des prix.
La figure 1.17 illustre le cas d'une augmentation initiale des prix suite à un choc positif de
demande, laquelle évolue de D1 à D2. Les prix passent de P1 à P2. Si les acheteurs et les vendeurs
anticipent une hausse des prix provisoire, d'une part les acheteurs réduisent leur demande en
attendant que le prix rebaisse et, d'autre part, les vendeurs augmentent leur offre pour profiter
des prix élevés. La demande passe ainsi de D2 à D3, et l'offre de O1 à O2. Au Final, l’équilibre
de marché est au point c, et le prix d'équilibre est P3 qui, à nouveau, est quasiment égal au prix
de marché d'avant le choc positif d'offre.
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Spéculations déstabilisatrices.
Les spéculations peuvent également avoir l'effet inverse et accroitre l'augmentation ou la baisse
des prix. C'est le cas si les acheteurs et les vendeurs pensent qu'une hausse ou une baisse des
prix va se poursuivre. Par exemple, dans le cas de la figure 1.18, les prix ont baissé suite à un
choc négatif de demande. D'une part, les acheteurs réduisent leur demande et attendent que les
prix baissent davantage et, d'autre part, les vendeurs augmentent leur offre pour profiter de prix
encore hauts. Au final, cette réduction de demande accompagnée d'une augmentation de l'offre
fait encore, plus chuter les prix. Les anticipations ont accentué la baisse des prix.
De manière analogue, les anticipations peuvent également accentuer une hausse des prix, si les
acteurs économiques pensent qu'elle va se poursuivre (voir figure 1.19). Dans le cas de
spéculations déstabilisatrices, les acteurs économiques par leur comportement ne font
qu'accentuer la hausse ou la baisse des prix. Ces mécanismes sont souvent à l'œuvre lors de
crises financières, quand des individus revendent massivement leurs titres, alimentant ainsi la
chute des cours.
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Figure1.19 : Spéculations déstabilisatrices à la suite d’une hausse des prix
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Annexe 1 : La fonction de la demande
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Annexe 2 : La fonction de l’offre
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Annexe 3 : Déterminer algébriquement le prix et la quantité d’équilibre
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