Techniques Isotopiques pour l'Eau au Sahel
Techniques Isotopiques pour l'Eau au Sahel
Octobre 1993
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However, microfiche copies of these reports can be obtained from
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International Atomic Energy Agency
Wagramerstrasse 5
P.O. Box 100
A-1400 Vienna, Austria
Cette publication rend compte du travail accompli dans les différents domaines
d'activité et constitue un nouveau témoignage des possibilités qu'offrent les techniques
isotopiques dans les études sur l'hydrologie des pays arides. Elle contient dix-sept
communications dont la première est un résumé du projet régional et des principaux résultats
obtenus.
A VERTISSEMENT DE L'EDITEUR
Pour la mise sous presse de la présente publication, les fonctionnaires de l'Agence
internationale de l'énergie atomique ont assemblé et paginé les manuscrits originaux tels qu 'ils ont
été fournis par les auteurs. Les opinions exprimées dans les mémoires ne reflètent pas nécessairement
celles des gouvernements des Etats Membres ou des organisations sous les auspices desquels les
manuscrits ont été établis.
L'emploi dans la présente publication d'appellations particulières pour désigner des pays ou des
territoires n'implique de la part de l'éditeur — l'AIEA — aucune prise de position quant au statut
juridique de ces pays ou territoires ou de leurs autorités et institutions, ni quant au tracé de leurs
frontières.
La mention de certaines sociétés ou de leurs produits ou de noms commerciaux, ne vaut pas
approbation ou recommandation de la part de l'AIEA.
Il appartient aux auteurs eux-mêmes d'obtenir l'autorisation de reproduire ici des documents
dont le droit de reproduction serait réservé.
TABLE DES MATIERES
Mokdad MAKSOUDI
Département de la coopération technique,
Agence internationale de l'énergie atomique,
Vienne
1. INTRODUCTION
Les périodes de sécheresse qui ont durement affecté la région sahélienne durant les
deux dernières décennies ont mis en relief la précarité des réserves en eaux de surface ainsi
que la nécessité de faire, de façon plus systématique, appel aux ressources en eaux
souterraines. Suivant cette constatation, et conformément aux recommandations de la
Décennie Internationale de l'Eau, de vastes programmes d'exploitation des eaux souterraines
ont été initiés dans toute la frange sahélienne. En quelques années, des milliers de forages
ont été implantés, notamment dans le cadre de nombreux programmes d'"hydraulique
villageoise".
C'est dans ce contexte que l'AIEA entreprit, dès le début des années 80, ses
premières activités en hydro géologie au Mali, au Niger et au Sénégal dans le cadre de ses
programmes de Coopération Technique. L'étude des isotopes de l'environnement se révéla
particulièrement utile pour l'obtention d'informations telles que: la mise en évidence de
communications entre nappes, les relations entre les eaux de surface et les eaux souterraines,
l'occurrence ou l'absence de recharge actuelle... [1,2,3]. Par ailleurs, l'AIEA mit en place
les premières infrastructures pour l'application des techniques de traçages artificiels en
hydrologie et l'utilisation de l'instrumentation nucléaire et en hydrosédimentologie [4].
1
Adresse actuelle: Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA), B.P. 38, F-9266 Fontenay-aux-
Roses, Cedex, France.
La nécessité de coordination des activités scientifiques développées dans le cadre de
ces projets bilatéraux se révéla progressivement du fait: (1) que la circulation "horizontale"
des informations restait très faible malgré la similitude des problèmes hydrologiques et
hydrogéologiques rencontrés; (2) que les frontières politiques ne suivent généralement pas
les limites des bassins hydrologiques et que les mêmes aquifères sont parfois partagés par
plusieurs pays; (3) que les infrastructures coûteuses mises en place par l'AIEA dans certains
pays se devaient d'être utilisées à l'échelle régionale.
Rappelons tout d'abord que les projets régionaux font partie intégrante de la politique
développée par l'AIEA et prennent, d'années en années, une part de plus en plus importante
dans l'ensemble des programmes de coopération [5]. Ils répondent à d'importants impératifs:
ils fournissent le cadre indispensable pour la coordination des activités développées
à travers les programmes bilatéraux;
ils permettent les échanges techniques essentiels entre les divers organismes nationaux
impliqués dans ces activités;
il favorisent une utilisation plus large des infrastructures mises en place par l'AIEA
dans la région.
C'est dans cette optique, qu'à la demande du Sénégal, du Mali et du Niger, a été mis
en place - en 1987 - le projet régional RAF/8/012 dont le but principal était de promouvoir
et développer l'utilisation des techniques nucléaires et isotopiques en hydrologie et
hydrogéologie dans chacun des pays participants (l'adhésion du Cameroun au projet est
effective depuis 1990). Les objectifs principaux assignés lors du démarrage du projet
étaient:
(1) de continuer et d'élargir les études en cours dans les pays participants;
(2) de renforcer la formation du personnel;
(3) de favoriser les échanges d'informations sur les différentes études réalisées;
(4) de favoriser la coopération entre les instituts impliqués dans ces études;
(5) de renforcer les infrastructures mises en place par l'AIEA et de développer leur
utilisation dans la région.
Le projet a basé son fonctionnement d'une part sur ses moyens propres (budget
d'équipement, expertise, formation) et d'autre part sur les projets bilatéraux en cours avec
les pays participants (encadré 1), projets dont il a également assuré le développement et la
coordination.
Tous les pays participants du projet bénéficient maintenant d'un équipement complet
pour les analyses physico-chimiques de base. Trois laboratoires spécialisés sont également
fonctionnels:
(1) Etude des transferts d'eau et de solutés dans la zone non saturée du sol
Ces études sont essentiellement basées sur l'interprétation des profils chimiques et des
teneurs en isotopes de l'eau de rétention du sol entre la surface et la nappe phréatique.
L'application de ces méthodes a surtout été développée au Sénégal [11, 12] et au Niger [13]
en collaboration avec le British Geological Survey (Angleterre) et le Laboratoire d'hydrologie
et de géochimie isotopique d'Orsay (France).
Les résultats obtenus sont extrêmement intéressants. Dans un contexte naturel où les
méthodes dites "classiques" sont difficilement applicables et fournissent des résultats très
disparates (cf. article Tandia et al.), les méthodes isotopiques se sont révélées être une
alternative très performante pour la détermination de 1'evaporation à partir des nappes libres
[13] et l'infiltration efficace [14].
(2) Etude des relations entre les eaux de surface et les aquifères
La forte empreinte de 1'evaporation sur la composition isotopique des eaux de surface
dans les régions semi-arides, rend très performante l'utilisation des isotopes stables de l'eau
pour l'étude des relations entre les eaux de surface et les nappes.
Les premiers résultats obtenus le long du fleuve Niger montrent que l'influence du
cours d'eau sur la recharge des aquifères à la hauteur de Tombouctou (Mali) ne serait
que de quelques dizaines de kilomètres au maximum tandis qu'elle est très faible à
Niamey (Niger) où le lit mineur paraît pratiquement isolé des aquifères alluvionnaires
[15] (fig.l).
L'étude des relations entre le fleuve Niger et les nappes au niveau de son delta
intérieur, déjà abordée dans le cadre de la synthèse des ressources en eau au Mali
[16], fait actuellement l'objet de recherche détaillées dans le cadre de la collaboration
avec la DNHE et l'ORSTOM (cf. note Laurence Gourcy).
12
Une étude sur l'origine et les relations entre les mares permanentes et semi-
permanente est encore en cours au Niger par la Direction des Ressources en Eau
(projet AIEA NER/8/004), en collaboration avec le projet suisse "Hydraulique
Niger".
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13
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14
aux limites de ces aquifères dans le temps et dans l'espace. Les monographies d'aquifères
et synthèses hydrogéologiques ont été surtout développées systématiquement au Niger et au
Mali dans le cadre des programmes d'inventaire et de gestion des ressources en eau effectués
par les services nationaux de l'hydraulique en collaboration avec les projets des Nations
Unies (PNUD/DTCD).
Pour notre part, nous avons choisi d'étudier le faciès isotopique des nappes
superficielles directement rechargées par les pluies actuelles - et uniquement par les pluies -
afin de déceler, en quelque sorte, la "trace au sol des précipitations". Ces aquifères offrent
en effet l'avantage de fournir des valeurs naturellement pondérés des recharges successives
des dernières années. De plus, l'absence de relief important tout au long de la bande
sahélienne ainsi que la disposition latitudinale homogène des isothermes et des isohyètes sont
autant de facteur favorable à l'étude de l'évolution régionale des isotopes du milieu.
Les tourbes ligneuses fossiles du Sénégal accumulées dans des interdunes et paléo-
vallées constituent des séries continentales susceptibles d'avoir enregistré les changements
du milieu et les changements climatiques tout au long de leur dépôt [23] (fig.3).
15
OCEAN DUNES LITTORALES DUNES CONTINENTALES
VIVIS SÏM1 FIXCtl
20m-
NIAYC
10-
Les résultats des mesures isotopiques effectuées sur le bois des Acacia albida,
échantillonnés suivant le gradient pluviométrique Nord-Sud, mettent en évidence des
corrélations significatives entre le <518O du bois d'Acacia et l'humidité relative de l'air qui est
une fonction directe de la pluviosité, et une fonction inverse de la température [24, 25].
Ainsi, le <518O des cernes d'Acacia renferment bien une information quantifiable en fonction
des conditions climatiques (cf. article Fall et aL).
Les contrôles de qualité effectués sur les milliers d'ouvrages d'hydraulique villageoise
ont démontré qu'un nombre important d'entre eux étaient chimiquement pollués,
particulièrement par les nitrites et nitrates dont les teneurs excessives rendent les eaux
impropres à la consommation. L'origine de cette pollution est généralement liée à
l'accumulation de déchets organiques due aux activités humaines.
L'étude chimique et isotopique (mesure des teneurs en azote-15 des nitrates dissous)
réalisée au Niger dans le cadre de la coopération avec l'AIEA [26], a permis de démonter
que la pollution observée est intimement liée à l'occupation anthropique des sols (cultures,
accumulation de déchets organiques2. Par ailleurs, à la suite de la mise en service de
nouveaux ouvrages d'hydraulique, la reconversion d'anciens puits en puisards (parfois
directement liés aux latrines) a ponctuellement aggravé la pollution en mettant directement
en contact la source contaminante avec les aquifères captés (fig.4).
2
Cependant, de fortes teneurs en nitrates ont parfois été mises en évidence dans certaines régions de la zone sahélienne,
là où aucune pollution d'origine anthropique ne peut être invoquée. Elles proviendraient, dans ce cas, de la nitrification de
la matière organique lors de la destruction d'un ancien couvert végétal important.
16
D, X / 10
1 : socle sain ou altéré, 2: recouvrement alluvial, 3: fractures du socle 4: direction des flux de
nirates, 5: infiltration vers la nappe, 6: communauté urbaine ou villageoise, 7: végétation de brousse,
8: accumulation de déchets organiques, 9: dépôts argilo-sableux chargés de déchets organiques,
10: aquifère isolé, teneurs en nitrates: (A) forte, (B) faible, (C) moyenne.
Les charges hydrauliques des différentes "poches aquifères" ne sont pas identiques. Au cours de la
vidange de l'aquifère par pompages, les zones fracturées et les différentes "poches aquifères sont
successivement sollicités.
Figure 4: Schéma représentatif des différents cas existants dans les aquifères phréatiques
des quartiers périphériques de Niamey dans la plaine alluviale du Niger
(Joseph et Girard, 1990)
Le Mali, où le réseau des petits cours d'eau non pérens est sans doute le plus
important, fut le premier a bénéficier de l'introduction des techniques de traçage artificiel
pour la mesure des débits liquides. Il dispose maintenant d'une équipe compétente et de tout
le matériel nécessaire pour la réalisation des opérations de terrain [27]. La coopération
régionale a été remarquable dans le développement de cette activité. L'équipe de la DNHE
a en effet participé à la formation des techniciens des autres pays du RAF lors de trois
ateliers et stages de formation organisés dans la cadre du projet.
17
Fort de ce résultat très positif, trois nouveaux projets de coopération technique
permettent, d'une part la continuation de l'activité au Mali, d'autre part la mise en place
d'équipes similaires au Sénégal et au Niger.
L'évaluation des transports sédimentaires par les méthodes classiques est rendue
difficile, au Sahel comme dans toutes les zones semi-arides, du fait du régime torrentiel des
cours d'eau [28, 29]. Pourtant, là plus encore que dans les régions tempérées, les transports
par charriage et en suspension concernent, pendant les crues, des masses considérables de
sédiments. Ceux-ci se déposent dans les retenues de surface en réduisant d'autant leur
capacité de stockage et leur durée de vie.
a) La formation des cadres s'est effectuée à plusieurs niveaux: (1) par l'obtention
de bourses de formation dans, ou à l'extérieur de la région; (2) à travers la réalisation des
ateliers, des stages de formation, des séminaires et cours régionaux; (3) lors des travaux
réalisés avec les experts du projet; (4) lors des cours et conférences donnés par les experts
et les spécialistes nationaux, (5) et - surtout - par une implication directe des étudiants, des
techniciens et des chercheurs dans la réalisation des études (souvent sanctionnées par
l'obtention de diplômes universitaires3). Sept manifestations régionales ont été organisées
dans le cadre du projet:
* atelier d'hydrologie à Bamako (1987); participation de 4 ingénieurs extérieurs
(2 Sénégal, 2 Niger);
* séminaire régional à Niamey (1988); participation d'une trentaine de chercheurs,
ingénieurs et techniciens venant de sept différents pays;
* cours régional de Dakar (1989), organisé par l'AIEA avec la participation de
3 représentants du Mali, 3 du Niger, 6 du Sénégal, 4 du Cameroun;
3
Diplômes universitaires obtenus à travers des activités effectuées, soit directement, soit en collaboration avec le projet:
5 DEA (Université de Dakar); 4 mémoires d'Ingénieurs (ENI Bamako); 4 thèses 3ème cycle; 3 "nouvelles thèses", 3 thèses
d'Etat et une Habilitation.
18
* stage déformation en hydrologie à Nioro du Sahel (2 mois hivernage 1990) sous la
supervision de l'équipe malienne d'Hydrologie;
* au niveau régional elle est basée: d'une part sur la mise à disposition de tous les
rapports et publications concernant les activités pour tous les collaborateurs du projet;
d'autre part à travers la participations aux séminaires, ateliers et stages régionaux;
5. CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES
19
Reprenant les principales conclusions du rapport de synthèse de la dernière réunion
de coordination tenue à Dakar en février 1992, nous pouvons affirmer qu'un des résultats les
plus tangible consiste en l'émergence "d'une expertise locale capable de promouvoir le
développement de l'utilisation de l'outil isotopique dans la résolution des difficiles problèmes
liés à la maîtrise de l'eau dans la zone sahélienne".
"La plupart des études soutenues par le projet ont abouti à des résultats encourageants
qui demandent à être approfondis. C'est pourquoi les pays participants au projet souhaitent:
REFERENCES
[I] Projet NER/8/003 (Niger). "Radioisotopes in hydrology": Etudes des aquifères de la région
d'Arlit et des aquifères discontinus du Liptako.
[2] Projet MLI/8/002 (Mali). "Radioisotopes in Hydrology": Etude des aquifères du socle (région
de Bougouni).
[3] Projet SEN/8/003 (Sénégal). "Isotope Hydrology": Etude des ressources en eau de la région
de Casamance.
[5] IAEA (1990). The Agency's Regional Programme in Africa. Special Evaluation Review.
Evaluation Section. Dept. Of Techn. Coopération.
[6] CIET Pietro (1987). "Utilisation des jauges nucléaires pour l'étude du transport des sédiments".
Rap. miss. 3 - 1 6 fév. 1987, AIEA MLI/8/003.
[8] CIET Pietro (1989). "Application des techniques nucléaires à l'étude du transport solide en
suspension". Rap. miss. MLI/8/003, 16p.
[9] CIET Pietro (1990). "Installation d'une jauge turbidimétrique nucléaire pour la mesure du
transport solide en suspension". Rap. miss. RAF/8/012, 14p.
[II] TANDIA A.A. (1990). Revue critique des méthodes d'évaluation de la recharge des nappes.
Contribution de l'approche géochimique et isotopique. Louga - Nord Sénégal. Thèse 3ème cycle,
Univ. Dakar.
20
[12] GAVE C.B. (1990). Etude isotopique et géochimique du mode de recharge par les pluies et de
la décharge évaporatoire des aquifères libres sous climat semi-aride au Nord du Sénégal. Thèse
Etat, Univ. Dakar.
[13] ARANYOSSY J.F., FILLY A., TANDIA A.A., OUSMANE B., LOUVAT D., FONTES J.C. (1991 ).
Estimation du flux d'évaporation sous couvert sableux en climat hyper aride (erg de Bilma,
Niger). Isotope techniques in water resources development 1991. (Proc. Symp. Vienna), 309-
324.
[14] ARANYOSSY J.F., GAYE C.B., (1992). "La recherche du pic de tritium thermonucléaire en
zone non saturée profonde sous climat semi aride pour la mesure de la recharge des nappes:
première application au Sahel". C.R. Acad. Sei. Paris, t. 315, série II, 637-643.
[15] NDOYE (à paraître). Application des techniques isotopiques pour la mise en évidence des
relations entre les eaux des surfaces et les nappes. Rapport DEA, Univ. Dakar.
[16] DNHE/PNUD (1989). Résultats et interprétation des analyses isotopiques. Synthèse des
ressources en eau au Mali". PNUD/DTCD projet MLI/84/O05, DNHE, Bamako, 6Op +
tableaux.
[19] ARANYOSSY J.F., GUERRE A. SIDORRO M. (1989). Etude par les isotopes de l'environnement
des dépressions piézométriques au Mali. Hydrogéologie n°3, BRGM éd., 151.
[20] FONTES Jean Charles (1989). "Datation des eaux souterraines anciennes". Rapp. miss. AIEA
SEN/8/003, 11p.
[21] JOSEPH A., ARANYOSSY J.F. (1989). Mise en évidence d'un gradient inverse de
continentalité en Afique de l'Ouest en relation avec les lignes de grains. Bull. Hydrogéologie
BRGM, 3, 215-218.
[22] JOSEPH A., FRANGI P., ARANYOSSY J.F. (1992). Isotope Characteristics of Meteoric Water
and Groundwater in the Sahelo-Soudanese Zone. Jour. ofGeophys. Res., vol.97, n°D7, 7543-
7551.
[23] FERHI A. (1987, 1989). "Analyse de la tourbe". Raps. miss. AIEA SEN/8/003
[24] FALL M. FERHI A., ARANYOSSY J.F., FAYE A., SAOS J.L. (1990). Composition isotopique
18
O, 13C de la matière organique végétale actuelle au Sénégal. Résultats préliminaires et
perspectives d'application en paléoclimatologie et paléohydrologie. Proc. Sém. Vienne oct.
1990.
[25] FALL M. (1991 ). Isotopes stables ( 18 0, 13 C) de la cellulose d'Acacia et des tourbes fossiles du
Sénégal. Rap. fin. RC IAEA 5610/RB.
[26] JOSEPH A., GIRARD P. (1990). Etude de la pollution en nitrate des aquifères de socle:
exemple de la nappe de Niamey. Rap. fin. IAEA RC 4352/RL/RB, 32p.
[27] FOFANA A. Application des méthodes de traceur pour la mesure des débits de la Fhaka à
Nioro du Sahel (mali)". Proc. Sém. Vienne oct. 1990.
21
[29] DIARRA SAMUEL (1989). Etude de la sédimentation dans le bassin du Fleuve Niger. Amont
des barrages de Somoli et Sogodougou sur le Dourou. Amont du pont de Bamako sur le
Niger". Projet fin d'étude, ENI Bamako, 70 p.
[30] ALPHA A. (1990). Etude, par les techniques nucléaires, du transport solide dans le fleuve
Niger en période de crue. Proc. Sém. Vienne oct. 1990.
22
CARACTERISTIQUES ISOTOPIQUES
DES EAUX METEORIQUES ET SOUTERRAINES
EN AFRIQUE SAHELO-SOUDANAISE
Abstract-Resume
1. INTRODUCTION
L'étude des isotopes stables (180 et 2H) des eaux de pluie et des eaux souterraines
permet de retrouver l'origine des masses humides qui ont engendré les précipitations et
permet de reconstituer les circulations dans la troposphère. Des travaux antérieurs (Sonntag
et al, 1980; Rindsberger et al, 1983; Nativ et Riggio, 1989; Grootes et al, 1989; Yonde
et al, 1989) ont démontré que la composition isotopique des eaux météoriques, dépendait
essentiellement de la longueur du parcours effectué par la vapeur d'eau précipitable au-dessus
des continents.
23
de reprise évaporatoire fractionnante des eaux souterraines (Adar et Long, 1987; Simpson
et al., 1987), également dans la composition isotopique des aquifères superficiels rechargés
(Joseph et Aranyossy, 1989). On obtient alors, en fonction de la distance à la côte, un
gradient isotopique de continentalité (g) qui, dans le cas de la région Ouest du Canada, peut
atteindre , pour l'oxygène-18, une valeur g= -3,1 %[Link] km'1 (Yonge et al, 1989).
D'autre part, l'abondance 180 et 2H dépend aussi de la température de changement de phase
vapeur/liquide ("effet thermique": Dansgaard, 1964) et de l'importance du relief ("effet
orographique": Fontes et Olivry, 1976; Grootes et al, 1989).
On sait, d'une part, que la transpiration des plantes ne fractionne pas la composition
isotopique des eaux souterraines (Ziegler et al., 1976) et que, d'autre part, la teneur
isotopique des nappes est relativement peu sensible à l'évaporation des sols nus au delà d'une
dizaine de mètres de profondeur (Allison et Barnes, 1983). En l'absence d'une forte reprise
évaporante, les caractéristiques isotopiques moyennes d'un aquifère superficiel peuvent alors,
être considérées comme représentatives des teneurs moyennes pondérées (180 et 2H) des
averses des dernières décennies. Les recharges successives intègrent dans la nappe, suivant
un processus naturellement pondéré, les différents signaux isotopiques "entrées" (Joseph et
Aranyossy, 1989). Fontes et al. (1969) ainsi que Darling et al. (1987) ont montré, par
exemple, l'existence d'une identité de faciès isotopique entre la valeur moyenne pluri-
annuelle des eaux de pluies et la teneur moyenne des eaux souterraines en régions
subdésertiques, respectivement à Kimi Kimi (Tchad) et Abu Delait (Soudan). La mise en crue
des oueds et l'infiltration dans les sols sableux sont suffisamment rapides pour que les teneurs
originelles ne soient pas modifiées par l'évaporation.
Compte tenu de ces informations et sur la base des résultats récents obtenus en
physique de l'atmosphère (Bolton, 1984; Desbois et al, 1988; Peters et al, 1989; Wolter,
24
1989; Know et Mak, 1990; Rotunno et al., 1990) nous proposons ici, d'analyser le degré de
contribution à la pluviosité sahélienne, des différentes masses humides qui transitent dans la
troposphère de l'Afrique tropicale.
La saison des pluies au Sahel (juin à septembre) est conditionnée par la remontée
progressive vers le Nord de la ligne de basse pression associée à la Zone Inter-Tropicale de
Convergence (ZITC). Le Front Inter-Tropical (FIT) orienté Est-Ouest en général, sépare
deux masses d'air antagonistes (fig.2) qui se déplacent plus ou moins rapidement sous
l'action de l'importance relative des gradients horizontaux de pression (Frangi, 1988). Au
Nord du FIT, une masse d'air sec et chaud (l'Harmattan) qui circule de E-N.E. Au Sud du
30"
• 0
30
25
FIT, une masse d'air froide et humide correspond à l'air de mousson, qui circule de S-W.
Cet ensemble est mobilisé, d'une part par les phénomènes thermiques (Sea Surface
Température: SST) qui affectent les surfaces océaniques du Sud-Est de l'Atlantique, (Folland
et al., 1986; Houghton, 1989) et d'autre part, par la migration septentrionale du centre de
dépression saharienne. Druyan (1987) corrèle, par exemple, les périodes de sécheresse au
Sahel avec un réchauffement de la SST. Les masses humides méridionales du Flux de
Mousson (FM) qui au cours de leur dérive peuvent atteindre la latitude 25 °N (AGRHYMET,
1985), se situent dans la basse couche atmosphérique (surface-850 hPa). Par ailleurs, les
pertes par condensation à l'entrée du continent, sont compensées par l'évapotranspiration de
la forêt tropicale: il y a ré-équilibrage du bilan (Monteny et Casenave, 1989).
Un deuxième jet d'altitude, le Jet d'Est Tropical (JET), d'étendue spatiale plus
grande, circule vers 250 hPa. Cet jet contient de l'eau, sous forme de cristaux de glace, qui
résulterait d'un mélange entre une source provenant de l'océan Indien (De Félice et al.,
1982; De Félice et Viltard, 1982), de 1'Arabian Sea (Benson et Rao, 1987) et peut être de
la réinjection d'amas nuageux mobiles à développement vertical, de type cumulonimbus,
générée par les lignes de grains (LG) (Peters et al., 1989; Desbois et al., 1988). Associées
aux jets d'Est et à leur variation de vitesse, se développent des instabilités de propagation
zonale: les Ondes d'Est (OE) qui ont été identifiées vers 700 et 200 hPa (De Félice et
Viltard, 1982). La cinématique des Ondes d'Est, qui se traduit par des harmoniques
barotropes, dépend des échanges turbulents entre basses couches et haute troposphère. Des
simulations récentes mettent en évidence le rôle important des jets d'Est (Kanamitsu et
Krishnamurti, 1978; Lambergeon et al, 1981), de la SST de l'Océan Indien (Wolter, 1989)
et des Ondes d'Est quand aux conditions de précipitations au Sahel.
26
Tableau I: Caractéristiques isotopiques (en 7oo vs SMOW) des eaux météoriques (en minuscule) et souterraines (en majuscule) de la bande
sahélo-soudanaise. LONG: position longitudinale. Hmm: moyenne pluviométrique inter-annuelle en mm. m: moyenne inter-annuelle pondérée
pour les eaux de pluie et moyenne géographique pour chaque aquißre considéré, std: écart type, nb: nombre d'années de mesure (pour les eaux
de pluies) et nombre de points d'eau échantillonnés (pour les nappes). Les astérixfont appel à une méthodologie particulière qui est décrite
par les auteurs en référence, code: les initiales concernent les eaux de pluies et les chiffres les eaux souterraines.
Dans cet article, nous utiliserons surtout les résultats 18O qui sont plus nombreux que
ceux du deuterium. L'analyse statistique se base sur les données du réseau d'observation
pluviométrique OMM-AIEA (fig.l). Les moyennes inter-annuelles pondérées de la hauteur
des pluies (ô18Om) ont été calculées (tab. I) suivant la formule:
Z(Pi.6 1 8 OO
51BQ. = ——————— rn
U;
I(PO
où ôI8O; est la teneur en oxygène- 18 de la pluie mensuelle cumulée et Pi la hauteur
plubiométrique mensuelle. Les concentrations isotopiques (ÔECH) s'expriment en abondance
relative (RECH = 18O/16O), par rapport au "Standard Mean Ocean Water" (SMOW; Craig,
1961). Les résultats sont donnés en "parts pour mille": ÔECH^/OO) = 103 (RECH/RSMOW -1).
Nous avons sélectionné uniquement les années pour lesquelles au moins 90% de la
pluviosité annuelle a été prélevée. Le nombre d'années est très variable en fonction des
stations. De plus, la répartition de ces dernières n'est pas homogène le long de la bande
sahélo-soudanaise (fig.l): le réseau est plus dense à l'Est de la zone considérée. A l'inverse,
le nombre de nappes étudiées est plus important en Afrique occidentale (fig. 1). Les aquifères
superficiels choisis le long de la bande latitudinale, ont été retenus en fonction de leur
homogénéité géologique et de la présence d'une recharge actuelle. Celle-ci est décelée sur
la base d'une activité 3H > 50 Unités Tritium (U.T.) pour les années 1970 et > 6 U.T.
pour la décennie 1980; d'une activité 14C du carbone inorganique total dissous supérieure à
100 pmc ("percent modem carbon") et/ou d'une variation mesurée du niveau piézométrique.
Le faciès isotopique moyen et l'écart type de chacun des aquifères sont consignés dans le
tableau I.
Afin de valider la représentativité de ces résultats, par rapport à un éventuel
enrichissement isotopique induit par (i) l'évaporation de plan d'eau infiltrant, (ii) la
vaporisation de l'eau de la zone non saturée (Allison et a/., 1983), nous avons comparé les
teneurs 18O des eaux météoriques et souterraines pour une même région géographique,
lorsque les couples étaient disponibles. La bonne corrélation ôl8O(pluie) vs ô18O(aquifère) de
la figure 3 (r2 = 0,98), pour six régions situées entre le tropical humide et le semi-désert,
suggère l'absence de modification de la composition isotopique originelle par la reprise
évaporatoire. Ce constat avait déjà été fait en Casamance (Sénégal) par Tandia (1988) qui
observait une identité de faciès isotopiques entre des eaux prélevées successivement avant et
après la recharge. Le fait que la valeur de la pente soit < 1, suppose l'existence d'une
hauteur pluviométrique seuil qui est une condition limite au ruissellement et à l'infiltration.
On sait, en effet, que la teneur en isotope lourd d'une averse est inverse de la quantité
précipitée: c'est l'effet de masse (Hartley, 1981).
Concernant la teneur en 18O moyenne de la nappe de Niamey, qui est installée de part
et d'autre du fleuve Niger, nous avons procédé de façon particulière. Il convenait de
déterminer la participation des eaux du fleuve à la réalimentation de la nappe de socle. Le
diagramme de fréquence des teneurs en 18O des eaux souterraines (fig. 4) montre une
distribution bimodale de médianes respectives: -4,80 et -3,30 °/oo. La valeur la plus enrichie
correspond à celle du fleuve Niger en période de crues (-3,5 °/oo) et la forme assy métrique
de la courbe restitue l'enrichissement progressif des eaux du fleuve dont Ô18O peut atteindre
+ 9 °/oo en période d'étiage. La courbe symétrique pour laquelle la médiane se confond avec
la moyenne, par contre, représente l'ensemble des eaux météoriques locales infiltrées, sans
modifications isotopique.
28
0.5 -i
Ô 18 0 A = 0.950 18 0 P - 0.3
<o r 2 = 0.99
n = 6
-1.5-
03
•UJ -3.5-
lO
-5.5
-5.5 -3.5 -1.5 0.5
OXYGÈNE-18 (pluie)
Figure 3: Relation entre la teneur lgO moyenne inter-annuette pondérée des eaux de pluies
(è18Op) et la teneur 18O moyenne des aquiferes (&18OA) pour six régions géographiques.
Pour les sigles se référer au tableau I.
w recharge,
c des eaux X
o
•H
de pluie K
I \
-p
C
CO
n = 77
ff,0 infiltration
des eaux du
•a / f l e u v e Niger
<u
Li
o
C
0
-7 -6 -5 -4 -3 -2 -1
%oVS SMOW
29
4. RESULTATS ET DISCUSSIONS
D'une façon générale, aussi bien sur terre que sur les océans, les concentrations 180
et 2H des eaux de pluies vérifient la droite des eaux météoriques mondiales (DMM) de Craig,
(1961); <52H = 8 518O -f- 10. Cependant, localement et notamment dans les mers fermées et
sur les continents où le recyclage de la vapeur est important, l'excès en deuterium "d" (d =
Ô2H - 8 ô18O) peut être plus grand que 10 (Nir, 1967). Lorsque d < 10 et la pente inférieure
à 8, ceci traduit une ré-évaporation des gouttes de pluie en cours de chute, en milieu non
saturé.
Sur la figure 5, sont reportées les teneurs isotopiques (i) des moyennes inter-
annuelles des eaux de pluie pour chaque station, (ii) des eaux souterraines de la bande sahélo-
soudanaise, suivant les résultats présentés sur tableau I. La droite de corrélation: Ô2H = 7,6
(± 0,3)ô18O + 7,1 (± 2,5) est très proche de celle définit par Craig (1961).
L'excès en deuterium est assez variable: il est > 10 pour N'Djamena, et Addis
Abeba, et < 10 pour Niamey, Kano et Geneina. Dans le premier cas, ceci proviendrait du
recyclage important des eaux, successivement, au dessus du lac Tchad et du massif éthiopien.
FU*
LT
NO
-25- KA
-35- .129'
./HI
0 18 0%ovs SMOW
-45
-6.5 -4.5 -2.5 -0.5
30
1-1 o a
010.
• b »'*
-H 9 -* 13
o
CD •
-3'
»
5 •<••
A cet égard, la figure 6 nous montre la distribution des teneurs isotopiques des eaux
de pluie et de nappe, aux différents points de prélèvement situés le long de la bande sahélo-
soudanaise. La pente de la droite de régression (r2 = 0,95) indique l'existence d'un gradient
constant de continentalité Est-Ouest: g = -0,084 °/oo par 100 km.
31
où les alizés maritimes, repoussés vers le Nord en période d'hivernage, jouent un rôle mineur
(Leroux, 1975), les teneurs isotopiques devraient être d'autant plus fortes qu'il existe un effet
thermique à la condensation plus important que dans le golfe de Guinée (l'écart thermique
est de 10°C). Le gradient observé est donc incomptatible avec une source méridienne unique
de vapeur d'eau.
Ces résultats suggèrent donc la présence d'un flux zonal d'Est qui se délesterait
progressivement de ses isotopes les plus lourds au cours de son cheminement Est-Ouest. Les
seules composantes d'Est susceptibles de véhiculer des masses humides, sont le JEA et le
JET associés aux "Ondes d'Est": la source de vapeur se situerait vers l'Océan Indien (De
Félice et al., 1982; Cadet et Nnoli, 1987). Dès le mois d'avril, la mousson indienne
engendre des précipitations sur les massifs éthiopiens. Les circulations verticales (cellules de
Hadley et de Walker), les OE, ainsi que les phénomènes convectifs (Peters et al., 1988)
favorisent le mélange de la vapeur d'eau issue de ET avec les couches supérieures de
l'atmosphère. Par la suite, les masses humides sont emportées vers l'Ouest par le JEA. Le
passage d'une LG dont la convection traverse la troposphère jusqu'au JET, met à
contribution de la vapeur continentale, de composition isotopique variable, aussi bien répartie
dans les basses couches qu'au niveau du JEA. Cette vapeur qui, au départ de l'hivernage,
est appauvrie en isotopes lourds (tête pauvre du début de fractionnement), devient
progressivement "lourde" au fur et à mesure du déroulement de la mousson. Après la saison
des pluies, lorsque les mécanismes de pluviogénèse ne sont plus réalisés, l'Afrique exporte
alors une vapeur résiduelle très enrichie en 18O et 2H (fin de la distillation fractionnée à
1'evaporation).
32
correspondent respectivement à la phase vapeur et liquide. A l'équilibre, la teneur isotopique
de la pluie se déduit de celle de la vapeur par l'intermédiaire du facteur d'enrichissement (e):
Une fois la partie infiltrée (I) et ruisselée (R) réduite de l'ensemble précipité (P), le
reste est repris par évapotranspiration (ET) et le nuage reconstitue partiellement sa teneur
isotopique initiale. Le système "se nourrit" partiellement de lui-même, il est en état de semi-
fermeture.
2 - En tenant compte du recyclage de ET, l'équation (2) peut alors être modifiée par
un terme qui exprime le retour différé, au nuage, du flux massique de l'évaporation.
33
Qv5180v = QR)Ô"OP (Qv - dQv) (ÔI8OV - dô18Ov) (6)
- 51800 = - a) 7nF
(9)
^*f -0
,jJ*/
-2- .;*t?rf
+0*+f t 9
****Jiv* / -1
—3" ***'*'*'
f
<•' * >
£SE ** * S ** ** i 0
o S's's'S / *
s -2 i
to _4.
f s*f s'/'s / ,' m
(0 f f f .' * ,
> </ s / / / ' --3
-5- y> / *'/ *' ' o
0. ' ' t * t t O
O
CO / / '/ ' l -4^
K5 -6- ~ ~ ~ 7 7 Vf '' ""/"*" ~ ~ ~ ~/~ — ~ — — — - i
o_
' / '/ * •
*" 5 ^
-7-
f'fe'/V
; i £* f / ^ ^RAYLEIGH -6
-8- ; i•' i•'«
/ °* «51
j\ /
' 1 ! 1 <?' '
f i l l *
-,
.-7?
0.5e
fraction de vapeur restante
Figure 7: Fraction de vapeur restante dans l'atmosphère par rapport à la vapeur pénétrante
au dessus de la bande sahélo-soudanaise, en fonction de f>18Of - è*8Oe
Plusieurs solutions sont proposées suivant différentes valeurs accordées à l'évapotranspiration
réelle. La courbe de Rayleigh correspond à l'absence de recyclage (ET = 0). ô'aOo: teneur
isotopique moyenne de la pluie à Djibouti. 6 'aO„: teneur isotopique moyenne de la pluie en un point
considéré le long de la bande étudiée. L 'étoile donne la position de Dakar et la fraction de vapeur
exportée pour une ET de 390 mm.
34
Cette dernière est considérée constante (150 mm/mois) ainsi que la pluie (200 mm/mois) le
long du secteur étudié et pendant la période de mousson. Ceci nous donne une valeur limite
pour "a" égale à 0.75. En réalité, comme ET réelle < ET potentielle, "a" doit être inférieur
à cette valeur limite.
La figure 7 illustre la relation (9) pour différentes valeurs du paramètre "a" prises
entre 0,5 et 0,75, correspondant, pour le Sème trimestre, à une ET réelle comprise entre 300
et 450 mm et une pluviométrie de 600 mm. Il est aussi présenté, la courbe pour une
evaporation nulle (équation (2) de Rayleigh). Pour a = 0,75, la fraction de vapeur exportée
à Dakar (F) est de 18%. Pour a = 0,65 (correspondant probablement à une valeur approchée
de ET réelle: soit 390 mm), F = 28%, ce qui implique une fraction restante de 72% répartit
sous forme d'infiltration et de ruissellement. Ce dernier résultat est deux fois plus important
que celui obtenu par l'équation (2). Le modèle qui prend encompte ET met donc en évidence
le rôle joué par le recyclage de l'évaporation dans la contribution à la pluviométrie sahélo-
soudanaise. Les précipitations orientales sont reprises pro parte par ET, dans un mécanisme
est-Ouest, et ces masses évaporées se retrouvent dans les pluies occidentales, comme
l'indiquent les résultats des analyses isotopiques dans les aquifères de N'Djamena à Dakar.
5. CONCLUSIONS
Jusqu'à maintenant, la source de vapeur d'eau était recherchée soit à partir de l'Océan
Atlantique, soit depuis l'Océan Indien ou bien dans un mélange des deux. L'utilisation des
isotopes du milieu comme traceur de l'origine des eaux, permet de discerner une alimentation
essentiellement zonale. La masse d'eau précipitée sur le massif éthiopien (1118 [Link]"1) est
apportée par le flux de mousson indienne. Par la suite, le JEA favorise le transport Est-Ouest
de cette eau recyclée verticalement par ET et les mouvements convectifs.
La première LG de la saison mobilise une vapeur qui dans les basses couches est sans
doute issue du flux atlantique mais dans les couches supérieures provient de l'Est. Les LG
suivantes mettront alors à contribution, une vapeur préalablement mélangée dans les basses
couches. En prenant en compte le recyclage de l'eau évapotranspirée dans le bilan de
35
conservation des isotopes, on en déduit la proportion du flux de vapeur sortant par rapport
au flux rentrant qui participe aux LG. Pour améliorer le modèle, il serait nécessaire de
quantifier ET réelle et les différents flux de vapeur en transit au dessus de la bande sahélo-
soudanaise.
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38
EVALUATION DE LA RECHARGE DES NAPPES PHREATIQUES
SOUS CLIMAT SEMI-ARIDE. EXEMPLE DU NORD-SENEGAL
Abstract-Resume
1. INTRODUCTION
39
536
Pour établir des schémas de gestion rationnelle des ressources en eau, une des toutes
premières conditions est de savoir si les baisses piézométriques constatées sont imputables;
soit à l'augmentation des débits extraits (évapotranspiration et exploitation), soit à une
diminution - voire une absence - de la recharge naturelle des nappes. Plusieurs méthodes
d'estimation de la recharge sont à la disposition de l'hydrogéologue (Tandia, 1990;
Aranyossy, 1991):
des méthodes dites "classiques" fondées sur: (1) l'observation des fluctuations
piézométriques; (2) des formules empiriques tirées des paramètres climatologiques;
(3) des expériences lysimétriques; (4) la mesure des paramètres hydrodynamiques de
la zone non saturée du sol; (5) des simulations numériques.
Ces différentes méthodes ont toutes été appliquées au Nord-Sénégal dans le cadre
général de l'évaluation des ressources en eau. Les analyses synthétiques et les résultats
présentés ci-dessous ont été obtenus au cours des études réalisées par le groupe
d'hydrogéologie du Département de Géologie de l'Université de Dakar en collaboration avec
le "British Geological Survey", le Laboratoire d'Hydrologie et de Géochimie isotopique
d'Orsay et le projet RAF/8/012 de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique.
40
QUATERNAIRE
r-^-V-200
TERTIAIRE
tWCAA
ino
La chronique des précipitations (1932 à 1987) montre d'une part l'importance des
variations interannuelles et d'autre part la baisse brutale de la pluviosité à partir de l'année
1969, correspondant au début de l'établissement de la sécheresse qui sévit actuellement au
Sahel (fig.3).
800 _
TOO-
60O-
- soo -
m
2
« 4OO -
£ 30O-
ZOO -
100 -
41
La nappe phréatique de cette région est contenue dans les formations dunaires
composées des dépôts récents de sables jaunes et des dunes rouges de l'ancien erg quaternaire
(Adams et al, 1965). Le substratum du système est formé par les calcaires et marno-calcaires
du Lutétien supérieur et par les formations du Secondaire. Il s'enfonce progressivement d'Est
en Ouest suivant la structure d'effondrement "en marche" d'escalier" (Depagne et Moussu,
1967). L'aquifère dont l'épaisseur augmente vers l'Ouest trouve son exutoire naturel sur
l'Océan Atlantique.
La plupart des méthodes dites "classiques" ont été très tôt utilisées au Sénégal. Après
avoir très succintement rappelé leurs principes, nous présenterons les principaux résultats
obtenus par l'application de ces méthodes sur la période allant de 1977 à 1980.
1977 0 0 0 0 30 5 40 6 20 3
1978 80 12 10 2 20 3 50 8 0 0
1980 0 0 20 3 0 0 0 0 10 2
42
avec A H = variations du niveau de la nappe, nc = porosité efficace, V = volume extrait,
S = surface du bassin versant, ETR = evaporation effective , P = précipitations.
Les résultats présentés sur le tableau II montrent que les deux méthodes ne sont pas toujours
concordantes.
Elles sont basées sur la détermination des termes qui expriment la répartition de la
pluie tombée sur le sol, pendant une période donnée, selon l'équation:
P = R + ETR + le + A W (3)
où P est la hauteur de pluie; R, le ruissellement de surface; ETR, l'évapotranspiration réelle;
le, l'infiltration efficace; A W, la variation des réserves en eau du sol.
43
3.3 Méthodes lysimétriqties
La mise en oeuvre de ces techniques consiste à isoler, entre des cloisons étanches, un
bloc de sol si possible non modifié. On recueille l'eau infiltrée à la base du dispositif. Ces
méthodes permettent donc théoriquement une mesure directe de l'infiltration efficace et, par
conséquent, une évaluation de l'évapotranspiration réelle:
ETR = P - (le + A W) (5)
A W représente la différence stock d'eau dans le lysimètre pendant l'intervalle de temps
d'observation At.
L'examen du bilan de sept années d'étude lysimétrique (Bonfils et al, 1963) réalisée
par le Centre de recherche agronomique de Bambey (1954 - 1960) a conduit au résultat
suivant: pour le sol Dior (sol développé sur formation sableuse), le rapport entre l'infiltration
efficace et les précipitations annuelles varie entre 17 et 23% .
Cette méthode, dite "physique", est basée sur la mesure des paramètres fondamentaux
qui régissent le mouvement de l'eau dans la zone non saturée et qui entrent dans la formule
généralisée de Darcy: teneur en eau volumique (0), pression effective de l'eau (h), courbes
caractéristiques K(9) et h(9):
l] (6)
(5)
où z est la profondeur par rapport au sol eidty(Q)fd(z) représente le gradient de charge
hydraulique entre deux sections distantes de dz.
Généralement, la pression effective rfY(A)est déterminée par tensiométrie et la teneur
en eau volumique (0) par humidimètrie neutronique.
Les premières applications effectuées dans les recouvrements sableux de la région de
Bambey au Sénégal par Vachaud et al (1979) fournissent une valeur d'infiltration de 260mm
(pour des pluies cumulées de 841mm sur la période du 15/05/75 au 30/11/76) représentant
environ 30% des précipitations moyennes annuelles.
3.6. Conclusions
44
Tableau IV: Résultats comparatifs de l'estimation de l'infiltration efficace (mm) par
différentes méthodes Çïandia,1990)
1977 0 0 Oà6 0 29 à 32 53 0
1978 58 0 Oà 12 0 52 à 71 95 0
1979 3 0 12 à 19 0 39 à 52 70 0
1980 0 0 Oà 3 0 34 à 45 61 0
a) Les méthodes piézométriques sont très souvent imprécises du fait des pompages et
du manque de nivellement. Elle nécessite également de nombreux points d'observation,
condition rarement satisfaite dans la zone sahélienne. Notons enfin l'importance du choix de
la porosité efficace, dont la valeur ne peut être généralement déterminée avec précision.
b) Les méthodes limitées techniquement à l'observation des premiers mètres du sol (cas
des techniques physiques et lysiinétriques) surestiment en général les valeurs de l'infiltration
efficace. Elles considèrent en effet comme "gagné par la nappe" tout flux franchissant la
limite inférieure des installations. Leur utilisation est par conséquent d'un intérêt plus grand
pour les études agronomiques que pour les applications en hydrogéologie (Aranyossy, 1991).
d) En ce qui concerne les méthodes physiques, la calibration des mesures en terrain sec
est, plus qu'ailleurs, une opération très délicate et la précision de mesure n'est que de 5%
environ (Aranyossy, 1991); soit du même ordre de grandeur que l'humidité volumique
rencontrée dans la plupart des sols naturels en régions arides et semi-arides.
e) Outre les contraintes techniques liées aux moyens de mesure, la mise en oeuvre des
méthodes hydrodynamiques se heurte, pour les régions arides, à des limitations
méthodologiques plus importantes provenant de la nature même des paramètres
recherchés. Dans ces zones en effet, les flux infiltrés ou évaporés peuvent avoir des valeurs
très faibles correspondant à des gradients de pression extrêmement faibles, inaccessibles aux
techniques de mesures.
f) Les méthodes utilisant le bilan hydrique sous-estiment les valeurs de l'infiltration
efficace annuelle. Les formules de calcul de l'évapotranspiration (Thornthwaite, Turc,
Bouchet) sont délicates d'emploi. Les nombreux coefficients et indices considérés ont en effet
été déterminés de façon empirique sous des conditions climatiques tempérées et ne sont donc
pas forcément applicables telles-quelles sous des conditions arides de type sahélien.
45
d) La précision des résultats donnés par les méthodes de simulation est très fortement
influencée tout d'abord par le fait que les paramètres recherchés sont déterminés par
ajustement. Il s'y ajoute que la signification des résultats escomptés dépend étroitement du
choix de l'échelle de temps et d'espace, ce qui, souvent ne concorde pas avec les objectifs
réels qui sont visés par la modélisation.
Le procédé consiste à échantillonner des pofils de sols non saturés afin d'analyser
l'eau interstitielle. Sur le terrain, les échantillons obtenus par carottage à sec sont
immédiatement conditionnés dans des bocaux hermétiques. Au laboratoire, l'analyse des
chlorures (fig.4) est effectuée sur les lixiviats. On détermine également, après étuvage,
l'humidité pondérale de chaque échantillon.
2-
4-
S
t£ ~
ID
LU
g 8-
O
u.
O 10-
cn
CL.
12-
14
Cs = 26,28mg/l
16
0 20 40 60 80
CHLORURES (mg/I)
46
Les mesures portant sur les eaux de pluies de la station de Louga pendant deux années
d'observation (1988 - 1989) donnent une valeur moyenne de Cp égale à 4,2mg.!'1 (Gaye,
1990) et sur la période 1932 à 1987, une hauteur moyenne annuelle de 402,7mm. Ces valeurs
ne peuvent cependant pas être généralisées pour deux raisons principales: (1) la chimie des
eaux de précipitations est caractérisée par une grande variabilité dans le temps et dans
l'espace (Travi et al, 1987); (2) la hauteur moyenne des précipitations est variable en
fonction de la période considérée.
L'estimation de la recharge annuelle moyenne effectuée sur les 11 profils réalisés sur
le site principal de Louga (Tandia, 1990; Gaye, 1990) fournissent des résultats qui varient
entre 6,7 e et 80,5mm. Afin d'apprécier la sensibilité de la méthode, nous avons donc
effectué des estimations de l'infiltration efficace sur chaque profil, en faisant varier
conjointement la concentration en chlorures des précipitations et la période d'observation
(tab.V).
Tableau V : Calcul de l'infiltration efficace annuelle moyenne (mm) par le bilan des
chlorures (exemple du profil Lougall)
Période (années) 70 50 40 30 20 10
P. moyenne correspondante 402,7 384,3 368,6 305,6 254,9 235,1
* : valeur de la recharge annuelle moyenne, calculée avec Cp égale, à 4,19 mgï1 et une
hauteur de précipitation moyenne annuelle déterminée sur la plus longue chronique. Elle nous
servira de référence pour la discussion des résultats.
(LOUGA M)
JOO
9O-
"^ 80-i
•S
E
l 70-^
tu
OJ
£ 60-
_i
Eu
5 50-
ui
Z
2 4O-
30-
ZO-
IO l——
I———I———I———T —1————I———|———T "T———T
23O 2SO 2TO 290 3IO 330 350 37O 39O 410
Pre'clpltotlon» (mm/an J
47
La valeur de recharge annuelle moyenne calculée montre de grandes variations.
Suivant la période de référence choisie (correspondant théoriquement à l'historique du profil
considéré) cette estimation peut varier, vu les aléats climatiques de la région, jusqu'à de 95%
sur les 50 dernières années (fig.5). La valeur de la concentration moyenne en chlorures des
précipitations intervient également, pour une même hauteur des pluies, de façon directement
proportionnelle sur les résultats et doit donc être rigoureusement choisie.
Sous les climats semi-arides en revanche - où les flux nets infiltrés annuellement sont
très faibles et où la surface piézométrique est suffisamment profonde - on peut encore espérer
retrouver la trace de ce pic dans la zone non saturée. C'est ce qui a été lente avec succès
dans la région de Louga où des travaux récents (Aranyossy et Gaye, 1992) ont permis de
localiser le pic du tritium, très faiblement dispersé, sur deux profils à respectivement 20 et
12m de profondeur.
JD points expérimentaux
CC
•z.
LLI
ni
0 5 10 15
PROFONDEUR(m)
ßgure 6: Ajustement entre la courbe simulée et la courbe
expériementale du profil de tritium thermonucléaire.
48
Modélisation: la variation de la concentration C en tritium de l'eau interstitielle à une profondeur z et un
~
temps t est décrite par la formule de dispersion à une dimension: —— =D ——1 -yT/
—— (1)
ac
ar dz dz
dans laquelle, v est la vitesse de propagation par convection, D représente la dispersion longitudinale
hydrodynamique réelle définie par: D = av + Dm (2) où a est le coefficent de dispersivité et Dm le coefficient de
diffusion moléculaire dans le milieu non saturé. La modélisation du déplacement du pic tritium est obtenue par
convolution de la solution analytique de l'équation (1), modifiée par la fonction de décroissance du
6. CONCLUSIONS GENERALES
49
considérée. Certes, la généralisation des valeurs ponctuelles se heurte - comme pour les
autres méthodes - au problème de l'hétérogénéité spatiale, et un nombre approprié de
sondages doit être réalisé afin d'obtenir une valeur statistiquement représentative.
REMERCIEMENTS
Nos remerciements s'adressent à tous ceux qui ont contribué à la mise en oeuvre des
différentes études citées dans cet article. Il s'agit notamment, à l'Université de Dakar: de M.
Abdoulaye PAYE et Jacques N. Mudry (Avignon) avec lesquels nous avons eu de nombreuses
discussions passionnées, de M. DIENE qui a relu notre manuscrit avec son sens critique (toujours
positif!) et sa minutie habituelle; au siège de I'AIEA: de MM. Didier LOUVAT et Luis ARAGUAS qui
ont grandement contribué à l'obtention et à la modélisation du pic de tritium thermonucléaire.
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Babacar NDIAYE
Département de géologie,
Université C.A. Diop
Abdoulaye FAYE
[Link] géologie,
Université C.A. Diop
Dakar, Sénégal
Abstract-Resume
1. INTRODUCTION
53
I6°W
16 I«« 20E
54
Les recherches effectuées dans le cadre du projet régional sahélien de l'AIEA "sur
le développement des techniques nucléaires en hydrologie dans les pays du sahel"
(RAF/8/012), semblent pourtant donner un rôle prépondérant à l'évapotranspiration dans la
configuration de la surface piézométrique des nappes libres en zone sahélienne. Les modèles
mathématiques présentés ici reprennent les principes du schéma conceptuel élaboré à partir
de cette hypothèse (Aranyossy et al, 1989).
la disposition géographique
La concordance frappante entre la disposition géographique des dépressions et celles
des isohyètes dans la région sahélienne (fig.l) n'est certes pas une preuve mais suggère que
les conditions climatiques d'aridité figurent sans doute parmi les facteurs indispensables à la
formation naturelle des nappes en creux. On constate en effet que toutes ces nappes se situent
exclusivement dans les zones climatiques arides et semi-arides.
10 15 20 25 30 35 40
PROFONDEUR DE IA NAPPE (m)
En l'absence de drainage des nappes (la région est extrêmement plate et - outre les
grands fleuves - le réseau hydrologique n'est fonctionnel que pendant la saison des pluies),
ces fluctuations correspondent à l'alternance des phases de recharge durant T'hivernage",
suivi de la reprise évapo-transpiratoire durant la saison sèche.
55
<U
3
•H
ts
lN
•H
a
tu
•H
PIEZO 1 PlEZO 2
On peut donc considérer que le phénomène observé sur une échelle réduite peut être
étendu dans le temps et dans l'espace pour expliquer une baisse piézométrique régionale
progressive lors de l'évolution d'une phase climatique d'une période humide vers une période
semi-aride, comme c'est le cas actuellement en région sahéienne.
56
o
2
t o
o •
I *
I0
Z
3 II
•
•o
S i*
• o
o .
zo -
24 -,
26
-7 -i .3
I8V.
la reprise évapotranspiratoire
3. LE SCHEMA CONCEPTUEL
Le schéma conceptuel (fig. 5) est basé sur l'hypothèse que les phénomènes observés
actuellement (baisses piézométriques locales dues aux récentes périodes de sécheresse)
peuvent être étendus dans le temps et l'espace pour expliquer l'effondrement régional
progressif des nappes lors de l'évolution d'une phase climatique majeure (humide vers semi-
aride).
Le point de départ de l'évolution serait, dans cette hypothèse, à rechercher à la fin
de l'Holocène. L'observation de nombreux dépôts lacustres (Durant et al, 1983;
Risier et Petit-Maire, 1986) et les reconstitutions paléo-climatologiques (Servant,
1973; Gasse et al, 1987) démontrent en effet que les nappes étaient, à cette époque,
à leur niveau maximum.
57
Puis, l'aridifïcation progressive du climat entraîne un déficit infiltration / évapo-
transpiration.
nappe ,
perchée
4. LA MODELISATION MATHEMATIQUE
58
c) Le déficit pluviométrique (D), différence entre infiltration et evaporation, prend donc
également la forme d'une loi exponentielle décroissante en fonction de la profondeur de la
nappe:
D = Dm e -kh (3)
où on admettra que le paramètre k a la même valeur que ceux calculés précédemment.
En première approche, une solution analytique simple a été conçue afin de tester la
validité de l'hypothèse et d'apprécier l'importance relative des différents paramètres entrant
dans le modèle.
-S^-=Dmekh W
dt
1 \ fka ) , 2 f k D o l
h = -f Ln 1+ TS" U + -o-û t
k L vzây v /
Une période de 8.000 ans a été choisie pour représenter l'évolution depuis la fin de
la dernière époque pluviale importante. Le traitement de la formule (6) sur un logiciel tableur
inter-actif a permit d'étudier très aisément la sensibilité de la formule aux différents
paramètres. L'analyse des courbes h = f(t) permet de tirer les conclusions suivantes (fig.6):
les valeurs des profondeurs maximales des creux de nappe sont en accord avec celles
observées sur le terrain;
le paramètre le plus sensible dans la simulation est le facteur de forme k. Le domaine
de variation qui lui a été attribué correspond en effet, au bout de 8000 ans, à plus
70m de différence dans l'estimation de la profondeur.
les paramètres S et Do ont une influence bien moindre sur l'état final (environ 10
mètres de différence sur l'état final pour les valeurs extrêmes de ces paramètres).
59
S« 10% . Eol«[Link]«J500
8000
dh ,kh
dx (7)
dx~t"" dt
En posant h = - Vv, on obtient l'équation suivante:
K +n (8)
2 dx2 2/V
Cette équation aux dérivées partielles peut être résolue par la méthode des différences
finies en utilisant un schéma explicite pour la dérivée temporelle (Wang et Anderson, 1982).
La solution est la suivante:
(9)
avec:
60
At
(0 =
(10)
SAX"
et Vin+1, valeur de V à l'instant n+1 au point d'abscisse i.
Un programme a été écrit en BASIC pour simuler la baisse de piézométrie sur 8000
ans. La transversale est discrétisée en 20 éléments de 20km, soit au total 400km (diamètre
maximum de la dépression du Ferlo au Nord-Sénégal). La discrétisation temporelle est faite
pour respecter le critère de convergence imposé par la méthode explicite.
Lors de la simulation, nous avons constaté qu'au bout de 2000 ans environ, la forme
de la nappe évolue peu. La nappe atteint donc progressivement un état d'équilibre dans lequel
l'alimentation latérale compense exactement le déficit vertical. La forme finale (fig. 7) donne
des valeurs de profondeur compatibles avec celles observées par B. Dieng (1987), soit près
de 50m IGN dans la partie la plus profonde. De plus, la nappe présente un gradient
hydraulique très fort près des zones de réalimentation, et quasi-nul au milieu. Ce qui
correpond tout à fait à la morphologie de la nappe observée sur le terrain.
9 10 II 12 13 M 13 16 17 I« I» ZO
Numéro de moille
CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES
61
La formation et l'entretien de telles dépressions requiert la conjonction de facteurs
climatiques (évolution d'une période pluvieuse vers une période aride), géologiques (aquifères
sédimentaires à faible perméabilité latérale) et géographiques (présence de zones
d'alimentation en bordure des aquifères).
Pour la suite de cette étude, il paraît maintenant nécessaire: (1) de mettre au point un
modèle à deux dimensions afin de mieux reproduire la forme des dépressions piézométriques
observées sur le terrain; (2) d'étudier l'influence possible des débits d'exploitation portant
sur l'équilibre des nappes et (3) d'ajouter une composante "qualité" au modèle à deux
dimensions.
Des carottages plus profonds dans la zone non saturée sont également prévus afin
d'obtenir directement les valeurs d'évaporation effective obtenues jusqu'à présent par
extrapolation de profils ayant une profondeur maximum de 35m.
REMERCIEMENTS
Nos remerciements vont à tous les collaborateurs du projet qui, soit à travers leurs
discussions, soit en nous facilitant la collecte des échantillons, ont contribué à la réalisation de
cette étude, notamment: MM. J. Le Priol et J.L. Saos au Sénégal; MM. A. Guerre et M. Sidoro au
Mali; MM. A. Joseph et P. Shroetter au Niger, M. E. Nah au Cameroun...Ils s'adressent également
à MM. B. Dieng, J.J. Collin dont les avis critiques ont été fort utiles tout au long de ce travail.
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Attahirou KARBO
Direction des ressources en eau,
Niamey
Niger
Abstract-Resume
CONTRIBUTION TO THE CHEMICAL AND ENVIRONMENTAL ISOTOPIC STUDY OF THE DALLOL BOSSO
AQUIFERS (NIGER).
A chemical and stable isotopes study (O-18, H-2) has been carried out on the aquifers located in the
"dallol Bosso " region at about 100km eastward of the capital Niamey. Preliminary results demonstrate: (1) that
the alluvial aquifer is mainly recharged by direct infiltration of runoff and rainwater but also shown, in some
places a mixture with oldest water coming from the upward drainage of the underlying "Continental Terminal"
aquifer; (2) the "direct recharge" is efficient and quick but directly dependant on the precipitation variability
while the "deep recharge " (the value of which has not been yet quantified) is certainly more constant. Chemical
and isotopic results also suggest that quite important water losses are taking place through evaporation
processes.
INTRODUCTION
Le dallol Bosso (dallol: terme peuhl qui désigne une vallée humide où l'eau
souterraine se rencontre à faible profondeur) se situe dans la partie occidentale du Niger à
environ 100 km à l'Est de Niamey (fig. 1). Il s'agit d'une vallée fossile d'orientation générale
N-S (probablement en concordance avec les accidents tectoniques majeurs).
Composé d'une seule branche dans sa partie extrême sud, le dallol Bosso se divise
en deux à la hauteur du parallèle 13°50'N et rejoint, dans la partie nord, la vallée de
l'Azaouad (flg. l). Cette vallée humide, privilégiée dans le contexte d'aridité qui l'environne,
constitue une réserve potentielle en eau souterraine dont l'utilisation rationnelle devrait
permettre un développement important des activités économiques (forestières, agricoles,
pastorales et minières).
65
0 SO WO 130 200 »Ok«
«•»It »»l«tl»4U
,— ~— Limit* 4« d « t » f l * m « f t l
I. CADRE GENERAL
On distingue dans la région 4 saisons au cours d'une année normale: (1) une saison
pluvieuse de juin à septembre sous l'influence de la mousson et des lignes de grains; (2) une
saison chaude et sèche en octobre/novembre sous l'influence directe de l'Harmattan; (3) une
saison "froide" de décembre à mi-février; (4) une saison très sèche de mars à juin. Les
précipitations présentent un gradient nord-sud très marqué: les relevés des stations
pluviométriques de Birni N'gaouré (13°05'N) et de Filingué (14°23'N), distantes d'environ
120km, présentent des différences variant entre 100 et 200mm/an. Par ailleurs, comme dans
toute la région sahélienne, on assiste depuis 1955, à une baisse drastique des précipitations
annuelles (fig.2); les précipitations extrêmes enregistrées depuis 1931 présentent un maximum
de 878 mm en 1936 et un minimum de 135 mm en 1987!
800
70
E ° •
E
600 -
a>
~ 500 H
E
.2 4oo H
300 -
200
1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990
Années
67
Foimction dunoire du Tchad
22' -
Coritirentol Terminal
Paléocène/Sénonien
Cont Intercalaire/Harnadien
Prima re
Socle cristallin
- - Falaises importantes
Fleuve Niger
Les ressources en eau souterraine de la région se situent d'une part dans les
formations alluvionnaires de la vallée ss et, d'autre part, dans les formations sédimentaires
sous-jacentes du Continental Terminal et du Continental Hamadien (fig.4).
68
MAAtTHICHTlCH P*HOCCHe [Link]
AOADES
400
CONTINENTAL TERMINAI " " _ - -_;
•On
400
»00
H. HYDROCHIMIE
II. 1. nappe alluviale
La conductivité électrique des eaux présente des valeurs très variables (de 50 à plus
de 1000 juS/cm) dans les zones où la nappe se situe à faible profondeur tandis qu elle
demeure quasi-constante (entre 50 et 200 /xS/cm) à partir de 10m (fig.5).
La même tendance est observée avec les ions Na + . K+ et Cl" dont les teneurs sont
étroitement corrélées à la conductivité électrique (fig.6). Ces profils, présentant une
augmentation des éléments chimiques en zone superficielle, sont typiques de profils soumis
à l'effet de l'évaporation et à l'alternance de saisons pluvieuses qui lessivent les sels
accumulés dans la zone non saturée pendant la saison sèche (Guerre et Aranyossy, 1990;
Aranyossy, 1991).
70
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Les deux phénomènes avancés pour expliquer cette différence (Galadima, 1990): (1)
présence de deux eaux d'origine et d'évolution différentes; (2) enrichissement local en
relation avec la composition minéralogique du réservoir, devraient être confirmés par une
étude complémentaire.
71
pH
40 60 80
Teneur en HCO3- (mg/1)
Figure 7: Relation entre pH et teneur en HCO3 dans les eaux de la nappe phréatique du CT
- nappe alluviale: -3,5 < 518O <-l,8; -30 <<52H < -15;
- nappe phréatique (CT3): -6 < Ô18O < -4 ; -50 <Ô2H < -20;
- nappe profonde (CT1): -8 < Ô18O < -6 ; -60 <Ô 2 H < -50.
En outre, l'analyse de trois échantillons d'eau de surface (deux mares et un
prélèvement d'eau du fleuve Niger) font évidemment apparaître un enrichissement isotopique
important dû à l'évaporation (+2< ôl8O <+13; -17<ô2H <+53).
* MVL
* Eau surface
o DALLOL (2 à 23 m) )
* C.T(13à45m)
« Nappe profonde
-60-
- 8 - 3 2 7 12
OXYGENE-18
72
m.l. les nappes du Continental Terminal
Les eaux de la nappe phréatique CT3 sont moins appauvries en isotopes lourds que
celles du CT1. La large gamme des valeurs mesurées (de -7 à -2,5 pour l'oxygène-18)
suggère la présence de mélanges mettant à contribution d'une part des eaux du CT1 dans les
valeurs basses, d'autre part des eaux récentes de la nappe alluviale pour les valeurs les plus
enrichies (fig.9).
— MVL
DALLOL (2 a 23 m) )
D C.T(13à45m)
-60
73
CONCLUSIONS
L'étude chimique et isotopique des nappes du dallol Bosso a permis de parvenir aux
conclusions suivantes:
La nappe alluviale du dallol est constituée d'eau provenant d'un mélange de deux
origines: (1) de la recharge directe par les précipitations et (2) du drainage des nappes
sédimentaires sous-jacentes.
Les apports directs (par les précipitations) sont rapides mais très variables suivant les
années. Les apports indirects (par drainage) - dont la quantification n'a pu pour le
moment être effectuée - demeure vraisemblablement plus constants.
Il semble que les pertes évaporatoires soient importantes, d'une part du fait de la
reprise directe sur les mares permanentes et temporaires, d'autre part par evaporation
de la nappe à travers la zone non saturée.
Au vu des résultats des isotopes stables, il parait maintenant nécessaire d'effectuer des
analyses complémentaires, notamment des mesures d'activité en tritium et en carbone-14, afin
d'appuyer l'hypothèse de la présence d'eaux anciennes en certains points de l'aquifère
alluvial. Par ailleurs, il serait intéressant de pouvoir étudier plus en détail les phénomènes
de salinisation des sols dûs à l'évaporation. Pour ceci, des carottages de la zone non saturée
permettraient de mesurer à la fois l'évolution des profils chimiques et isotopiques entre la
surface du sol et la nappe.
REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier les différentes personnes et organismes qui ont ont
contribué à la réalisation de cette étude: M. le professeur Hunziker et ses collaborateurs qui nous
a accueilli au sein du laboratoire de Géochimie isotopique de l'Univerversité de Lauzanne; I'AIEA
qui a financé ce séjour, nos collègues du Ministère de l'Hydraulique et de l'Environnement ainsi que
M. Boureima Ousmane et M. JF Aranyossy qui a contribué à la mise en place des moyens financiers
et à la rédaction du présent article.
REFERENCES
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Paris-sud.
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Madia SIDORO
Direction nationale de l'hydraulique et de l'énergie,
Bamako, Mali
Alain GUERRE
Projet PNUD/DTCD MLI/84/005,
Bamako, Mali
Abstract-Resume
I. INTRODUCTION
Les études d'hydrogéologie isotopique entreprises au Mali depuis le début des années
80, rentrent dans le cadre général du programme d'évaluation des ressources en eau dirigé
par la Direction nationale de l'hydraulique et de l'énergie (DNHE) en collaboration avec le
Programme des nations unies pour le développement (PNUD) et l'Agence internationale de
l'énergie atomique.
77
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Cet article reprend et résume les principales conclusions de ces études en ce qui
concerne uniquement les aquifères fissurés. Il est aussi fait référence à des recherches
réalisées dans des pays voisins (BRGM, 1972; IWACO, 1988) présentant des conditions
hydrogéologiques et climatiques comparables et portant sur certains aspects des mécanismes
hydrauliques qui n'ont pu être étudiés au Mali.
Les aquifères fissurés couvrent près de 600.000 km2, soit près de la moitié de la
superficie totale du Mali. Ils sont associés au socle granitique et métamorphique ainsi qu'aux
formations sédimentaires anciennes de l'Infracambrien et du Primaire en disposition
structurale tabulaire ou légèrement plissée et fréquemment injectées d'intrusions doléritiques.
Les aquifères fissurés sont essentiellement localisés dans la moitié sud du pays -
exception faite du massif cristallin aride de l'Adrar des Iforhas et du bassin sédimentaire
ancien de Taoudénit à l'extrême-nord du pays (fig.l). Ils se situent entre la limite désertique
de l'isohyète 200 mm et la frontière sud (isohyète 1400 mm). Les trois zones climatiques
caractéristiques: sahélienne ss, soudano-sahelienne et soudanienne, sont représentées sur une
bande latitudinale large d'environ 600 km (DNHE,PNUD, 1990).
Bien que les températures moyennes annuelles varient peu dans cette bande (de 26 à
29°C), l'évapotranspiration potentielle montre par contre une forte augmentation du sud vers
le nord (de 1500 à 2500 mm/an) du fait de l'effet desséchant de l'Harmatan (Hv moyenne
de 58 % au Sud à 40 % en zone sahélienne).
Les caractéristiques hydrauliques des aquifères fissurés varient fortement aux échelles
locales et régionales. Elles dépendent notamment: de la densité et de l'extension des réseaux
de fracturation, de l'épaisseur et de la granulométrie de formations d'altération qui les
recouvrent ainsi que des conditions géomorphologiques et pluviométriques locales. Suivant
l'importance relative de ces différents facteurs on peut distinguer trois cas hydrogéologiques-
types dont chacun est représenté par un secteur d'étude isotopique (fig.2).
79
CAMBRIEN
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LIMNIGRAMMES
80
a) Les aquifères dépourvus de couverture d'altération: leurs réserves sont
exclusivement localisées dans le réseau de fracturation. Ils peuvent toutefois être
surmontés localement par de petites nappes perchées. Ils sont représentés par
l'aquifère des schistes cambriens de Nara en zone sahélienne et par certains
secteurs de l'aquifère des grès infracambriens: plateau Dogon et bordure occidentale
du Delta intérieur du fleuve Niger (fig.2a).
b) Les aquifères recouverts par une nappe superficielle d'épaisseur variable (10 à
20m) et de bonne perméabilité. C'est le cas général des aquifères associés aux
plateaux infracambriens qui occupent la majeure partie de la zone climatique soudano-
sahélienne (secteurs d'étude de Kolokani - Mourdiah et de San - Tominian).
Les réseaux de fissuration, assez denses et relativement profonds, associés aux joints
de stratification et aux épontes fracturées des nombreuses intrusions doléritiques,
confèrent également une bonne perméabilité au substratum (fig.2b).
c) Les aquifères surmontés par une nappe d'altérite épaisse (20 à plus de 50m) de
faible perméabilité verticale. C'est le cas des aquifères liés au socle situé en zone
climatique soudanienne (secteur de Bougouni). Leur structure peut se schématiser
en trois zones superposées (fig.2c):
une couche supérieure latéritique généralement de bonne perméabilité;
une épaisse séquence d'arènes argileuses peu perméables;
une couche inférieure représentée par les arènes grenues et la zone de contact
altérée du socle, de perméabilité et d'épaisseur variables suivant la nature des
roches cristallines et la densité de fracturation.
81
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GRES INFRACAMBRIENS (PCT-KM) CAMBRIEN DE NARA (CAM-NA)
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superficielle (m)
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AQUIFERES FISSURES SANS NAPPE SUPERFICIELLE
( Zone climatique avec pluviométrie <C 500mm )
30-
20-
Aquifère des schistes
cambriens
10
10 20 30 Profondeur du
niveau statique
b) Répartition régionale
La distribution géographique des teneurs en tritium ne fait pas apparaître de zonations
bien délimitées. Aucune évolution n'est perceptible le long des lignes d'écoulement indiquées
par la piézométrie régionale. Tout au plus peut-on identifier certaines unités
hydrogéologiques ayant une plus grande fréquence d'échantillons < 5 UT, comme dans les
parties Sud et Est du secteur de Kolokani où les conditions géologiques locales (intrusions
doléritiques au Sud, approfondissement de la nappe à l'Est) freinent la recharge et
l'écoulement des nappes.
84
Tableau H: Echantillons disposant d'une mesure de l'activité en carbone-14
85
et l'éloignement des zones de recharge, là où la couverture schisteuse est érodée, suggèrent
que la contribution des eaux actuelles dans les volumes pompés ne pourra devenir
significative qu'après une période d'exploitation beaucoup plus longue.
a) Aquifëres de socle
Les activités en C-14 sont groupées entre 90 et 102 pmc (Tableau II). Elles
correspondent à des eaux modernes ayant conservé les caractéristiques isotopiques du "pôle
organique" (Ô13C entre -18 et -20 %o). Seuls deux échantillons se singularisent: à Dissan
(MLI-197) l'enrichissement en C-13 (-11,5 %o), associé à une activité en C-14 de 100 %
suggère des conditions d'infiltration dans un milieu biologique particulier; à Bounouko (MLI-
188) l'activité en C-14, nettement plus faible, (55,1 %) indique des eaux plus anciennes.
Les aquifères fissurés du socle bénéficient donc d'une recharge actuelle, mais avec
une percolation lente des eaux d'infiltration, qui, comme l'attestent les teneurs en tritium,
serait de l'ordre de plusieurs décennies.
Pour ce dernier type d'eau, une estimation du temps de séjour moyen dans l'aquifère
est possible. Le modèle de correction de l'activité initiale adopté (Gonfiantini et al, 1974)
donne des "âges" entre 3.000 et 9.000 ans qui correspondraient aux dernières phases humides
de l'Holocène.
86
ni.2.2. Répartition régionale
De même que pour le tritium, la répartition des activités en carbone-14 ne montrent
aucune évolution régionale. Ce sont les conditions lithostructurales et piézométriques locales
qui contrôlent les infiltrations. De ce fait, des eaux de faible activité se rencontrent, aussi
bien à l'amont qu'à l'aval des secteurs hydrogéologiques.
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OXYGENE-18 OXYGENE-18
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87
a) Aquifère du socle
Les points sont bien groupés autour d'une teneur moyenne de -5,5 %o (O-18) avec
un faible écart-type (0,28 %o) sans enrichissement notable. Ils s'alignent sensiblement sur
la droite météorique mondiale.
EQ.3.2. Interprétation
a) Influence de la latitude
Le traitement statistique par secteur ([Link]) montre une augmentation progressive
de la valeur de l'écart-type et de l'enrichissement avec la latitude. Pour l'aquifère du socle
le fractionnement isotopique est pratiquement négligeable alors que pour celui des schistes
de Nara, en bordure de la zone désertique, la grande majorité des échantillons présente un
faciès évaporé. Ceci témoigne d'une evaporation plus intense et aussi plus variable pour les
latitudes élevées, tendance confirmée par la distribution des droites de corrélation 2H/18O
pour chaque secteur d'étude ([Link], fig. 6).
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On sait, depuis les études théoriques en laboratoire (Barnes et Allison, 1983; Sonntag
et al, 1985) et les mesures in-situ (Allison et Barnes, 1985; Fontes et al, 1986; Aranyossy
et al, 1989) qu'en régime permanent, l'évaporation concentre les isotopes lourds dans la
zone-non-saturée. Dans les conditions de recharges saisonnières, on est conduit à admettre
que l'enrichissement isotopique des eaux des nappes se fait par lessivage périodique des
isotopes stables accumulés dans la zone non-saturée lors des épisodes de recharge.
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12 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12
1987 1988
91
IV. CONCLUSIONS
Tous les aquifères fissurés, qu'ils soient liés aux formations cristallines du socle ou
aux séries sédimentaires anciennes gréso-schisteuses bénéficient d'une recharge
actuelle même en zone climatique nord-sahélienne. Ce n'est que dans les secteurs où
la nappe de fissures est profonde (supérieure à 35 - 40 m) que l'infiltration
saisonnière devient négligeable ou ne se produit qu'à l'échelle locale.
La fraction exploitable de cette recharge varie toutefois suivant les aquifères. Pour
ceux qui sont associés aux formations sédimentaires gréso-schisteuses avec un
recouvrement peu épais et perméable, la majeure partie de l'infiltration atteint la
nappe de fissures après reconstitution des réserves de la nappe superficielle. Par
contre, pour les aquifères liés au socle, la présence d'un horizon perméable
superficiel surmontant une épaisse couche d'arènes argileuses favorise un écoulement
latéral de type ruissellement différé qui est évacué par le réseau hydrographique de
surface, au détriment de l'infiltration profonde. Le potentiel exploitable par forage de
cette couche aquifère profonde est donc réduit par rapport à la lame d'eau infiltrée
en surface et son taux de renouvellement est plus faible.
Dans les aquifères gréseux et schisteux, des eaux plus anciennes sont rencontrées
localement dans les zones fissurées profondes ou cloisonnées par des intrusions
doléritiques. Elles sont sub-statiques en régime d'écoulement naturel mais leur
exploitation entraîne leur remplacement progressif par des eaux actuelles.
92
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n° 357, 145-160.
Zibo ZAKARA
Direction départementale de l'hydraulique,
Maradi, Niger
Atahirou KARBO
Direction des ressources en eau,
Niamey, Niger
Abstract-Resume
I. INTRODUCTION
La région dite "des Korama" (en Haoussa: grandes vallées humides) est localisée à
la bordure sud du pays le long de la frontière nigériane (fig. 1). Les nappes aquifères de cette
zone constituent un important réservoir d'eau douce sur lequel sont fondés beaucoup
d'espoirs pour un apport supplémentaire dans l'approvisionnement en eau potable de la ville
de Zinder. Cette capitale régionale - qui a vu sa population passer d'environ 10.000 habitants
au début du siècle à 128.000 h. actuellement - est en effet confrontée à d'énormes difficultés
d'approvisionnement en eau.
95
L I B Y E
Comme dans toute la bande sahélienne, la distribution saisonnière des pluies est réglée
par le déplacement du Front Inter Tropical (FIT) à l'origine de la saison humide (de juin à
septembre) et par les courants d'Est (JET) responsables du caractère orageux des
précipitations (lignes de grains).
96
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10 20 30 40 50 60 70 80 90
ANNEES
Le réseau des eaux de surface, uniquement actif pendant l'hivernage, se limite à deux
koris principaux (le Zermou et la Machaya) affluents de la "Korama principale" (fig.3a).
Cette dernière, qui emprunte une large vallée fossile, n'enregistre plus d'écoulement
permanent depuis 1963. Elle est réduite en surface à un chapelet de mares permanentes à
semi-permanentes, témoin d'un écoulement souterrain (inféroflux) dont l'importance n'a pu
encore être évaluée.
Le régime des cours d'eau est caractérisé par des crues violentes et de courtes durées,
typiques des régions sahéliennes. Les mesures effectuées sur les stations d'observation
hydrométriques du Zermou font état de débits maximum de l'ordre de 20m3/s. L'écoulement
de surface de la Korama principale disparaît progressivement par infiltration des eaux dans
les formations sédimentaires aux environs de Malawa.
La série stratigraphique des Korama est relativement réduite. Elle est composée de
roches gréso-argileuses plio-quaternaires qui reposent en discordance sur le socle constitué
de vieux granités calco-alcalins, orientés, hétérogènes; de granités jeunes hyperalcalins à
alcalins, et de quartzites paléozoïques (fig.3b).
97
3a: Cane hydrogéologique
identification des points de prélèvement isotopique
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l'i'r V''1! A ( » u i f e r e du Complexe Continental Terminal i'~~ Oued (cours d'eou femporoiV«)
' " ' Terminal •'
A q u i f e r e multlcouche du Conlineniol Homoditn • Locolil«(375) altitude tn metres
N°IRH de foroge
r + + l dquUio€cl|S discontinus
Damogorom-Mounio
\ ^, \'> ^ — — —
figure 3
98
La tectonique régionale est marquée par quelques accidents majeurs dont les plus
importants sont orientés NE - SW et WNW - ESE. Certains de ces accidents pluri-
kilométriques qui affectent autant le socle que les roches sédimentaires, joueraient, d'après
les études antérieures (Zakara, 1990), un rôle hydrogéologique important.
Les principaux aquifères des Korama sont constitués par les séries gréso-argileuses
plio-quaternaires et les alluvions holocènes qui reposent en discordance sur les formations
du Continental Terminal (au SW), du Continental Intercalaire (à l'Ouest) et du socle cristallin
du Damagaram (au nord), du Mounio (à l'Est) et du Nigeria (au Sud). On distingue
habituellement deux niveaux aquifères dans les formations plio-quaternaires: la "Korama
superficielle" et la "Korama profonde".
Sodium
(olkalil ._._
nozord 100 500 1000 5000
30
20
10
VI Low M edium
Salinity h o z o r d
High Very High
99
Les formations alluviales des koris, et les circulations d'inféroflux correspondantes,
sont en contact direct avec la nappe superficielle des Korama et contribuent certainement à
sa recharge pendant les périodes de crue. Il est aussi fait mention (Zakara, 1990) d'une
possibilité de drainage des nappes par le réseau de surface pendant la période sèche.
Cependant, en l'absence de mesures piézométriques, cette hypothèse méritait d'être vérifiée.
b) La Korama profonde est constituée par une formation de grès argileux. C'est
également une nappe libre qui peut cependant être localement mise sous pression. Les
perméabilités varient de 10"3 à 10"5 m/s et les transmissivités s'étalent aussi sur une large
gamme. Le coefficient d'uniformité granulométrique (U=d60/d10) varie de 3 à 11. Ces
caractéristiques hydrauliques fort variables témoignent du caractère deltaïque des dépôts.
La conductivité électrique des eaux dans ce réservoir varie de 125 à 350 jus/cm et les
pH sont situés entre 6 et 7. Les eaux présentent un faciès bicarbonaté-sodique. L'indice
d'échange de base est négatif et indique un déficit en chlore par rapport au sodium et au
potassium. Ceci serait caractéristique d'un aquifère à zone d'alimentation rapprochée
(Zakara, 1990).
L'état actuel des connaissances sur les systèmes aquifères de la région des Korama
nous a orienté vers une étude des isotopes de l'environnement dont les objectifs principaux
étaient de répondre aux questions concernant:
l'origine de l'eau des aquifères;
le mode d'infiltration et de réalimentation des nappes;
le mode d'acquisition des caractères chimiques et isotopiques (systèmes aquifères
ouverts ou fermés);
les relations existant entre les systèmes hydrauliques.
Au cours de cette première phase d'étude, 22 échantillons ont été prélevés dans divers
points d'eau de la région. Les analyses isotopiques ont été effectuées au laboratoire
d'Hydrologie Isotopique de l'AIEA à Vienne (tableau I).
100
Tableau I: Résultats des analyses isotopiques
Aquijères: KS = Korama supérieure, KP = Korama Profonde
CT = Continental Terminal, CH = Continental Hamadien, SOC = socle.
-15
-20-
-25-
DC
LU
§ -30
-35-
-40
-6 -5.5 -5 -4.5 -4 -3.5 -3-2.5 -2
OXYGENE-18
101
-2.5
H-
-3-
-3.5-
CO
lü
I
LU -4-
-4.5-
* *
'o
-5-
-5.5
10 20 30 40 50 60
PROFONDEUR (m)
Ce faciès évaporé peut dans certains cas s'expliquer par le type d'ouvrage dans lequel
les prélèvements ont été effectués (n°19 et 22: puits cimentés), mais aussi par le mode
d'alimentation de l'aquifère. Ainsi, les eaux du forage de Takièta sont peut être constituées
d'un mélange entre les eaux des précipitations et des eaux d'infiltration en provenance de la
grande mare permanente située au voisinage de l'ouvrage.
(3) le troisième groupe n'est à dire vrai formé que d'un seul échantillon
(Makaouratchi, n°14) appauvri en isotopes lourds par rapport à l'ensemble des autres points.
Ce point correspond sans doute (et ceci devra être confirmé par des prélèvements
complémentaires) à une contribution d'eaux d'origine plus ancienne ayant été accumulées
dans des conditions climatiques plus humides et plus froides qu'actuellement.
102
ouu-
O
450-
400-
350-
ë
p
300-
o 250-
+
o
0 200- 0
O
150- * *
1 DO-
*
50-
******
n
~-6 -5.5 -5 -4.5 -4 -3.5 -3 -2.5 -2
OXYGENE-18
La conductivité électrique des eaux des Korama est généralement faible; 60% des
échantillons mesurés donnent des valeurs entre 18 et 80/*S/cm; indication d'un temps de
résidence relativement court dans l'aquifère. La relation avec la teneur en isotopes lourds
(fig.7) confirme l'existence des trois groupes précédemment définis. L'origine des fortes
concentrations en sels observées sur quelques échantillons du groupe (I) peut être ainsi
expliquée par des phénomènes de dissolution de la matrice poreuse (échant. n° 15, 8, 10, 9,
16) qui n'affecte pas la composition isotopique.
Seuls, trois points ont pour le moment été échantillonnés pour l'analyse de l'activité
en C-14 du CITD (tableau II).
103
Les résultats confirment le caractère très récent des eaux et suggèrent, par la
différence des teneurs en carbone-13, un mode d'acquisition de la minéralisation carbonatée,
différent dans les formations du Korama de celle des formations du Continental Hamadien.
Les interprétations tirées de cette approche préliminaire, bien que basées sur un
nombre réduit d'échantillons, ont permis de confirmer certaines hypothèses énoncées à la
suite des études hydrogéologiques classiques. Ainsi, l'origine actuelle de l'alimentation de
la majeur partie des aquifères par infiltration directe des précipitations et le renouvellement
rapide des réserves ont été mis en évidence. Par ailleurs, ces résultats suggèrent que le rôle
supposé des structures faillées d'ordre pluri-kilométriques dans la circulation souterraine est
effectif; d'une part en permettant les remontées d'eau plus anciennes dans les zones en
charge; d'autre part en facilitant la recharge des aquifères phréatiques en contact avec les
eaux de surface.
Bien sûr, ces résultats doivent être considérés comme provisoires et demandent à être
consolidés par des prélèvements complémentaires mieux répartis sur le terrain.
REMERCIEMENTS
Nous remercions tous les collaborateurs qui ont contribué à la réalisation de cette étude,
notamment la coopération Suisse qui a permis, à travers son projet d'appuis à l'Hydraulique, le bon
déroulement des missions d'échantillonnage ainsi que I'AIEA qui a bien voulu prendre en charge les
frais d'analyse isotopique.
REFERENCES
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des Korama et Goulbi May Farou. rapport 78 AGE 001
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southern Sahara. Paleoclimates and paleowaters: a collection of environmental isotope studies.
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rapports du lac ©chad avec les nappes de la bordure nord-est. Cahier ORSTOM, série hydrologie,
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l'alimentation en eau de la ville de Zinder.
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interprétations des analyses isotopiques, 1: les aquifères fissurés. Rap. AIEA RAF/8/012, 49p
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en Afrique de l'Ouest en relation avec les lignes de grains. Bull. Hydrogéologie BRGM, 3, 215-218.
ZAKARA Z. (1990). Contribution à l'étude hydrogéologique des nappes des Korama - Zinder -
République du Niger. Mémoire 3ème cycle. Centre d'Hydrogéologie Univ. Neuchâtel
Abstract-Resume
APPLICATION DES ISOTOPES DEL 'ENVIRONNEMENT A L'ETUDE DES AQUIFERES DU GRAND YAERE
(EXTREME NORD DU CAMEROUN).
Le "Grand Yaéré" (plaines de piémont et Yaéré ss) appartient à l'ensemble sédimentaire du grand
bassin tchadien reposant sur le socle cristallin. Les aquifères, correspondent aux formations d'âge fini-Tertiaire
et aux dépôts sédimentaires quaternaires liés aux fluctuations du lac Tchad. L'étude des isotopes de
l'environnement des aquifères quaternaires et cristallins a permis de préciser leurs modes de recharge et de
circulation générale. La zone de recharge principale est localisée au pied des monts Mandara ou l'infiltration
s'effectue rapidement à travers les alluvions grossières et les altérites du socle. Les eaux d'épendage de crues
du Logone et des mayos issus des Mandara, sont totalement reprises par evapotranspiration. La "nappe
phréatique générale " de la plaine des Yaéré doit être scindée en au moins deux aquifères superposés. Les
dépressions piézométriques, localisées dans les formations superficielles résultent du déficit entre l'alimentation
par les eaux de surface et la reprise évapotranspiratoire. Compte tenu de la différenciation des nappes, la
profondeur de ces dépressions piézométriques est moins importante qu 'elle n 'était auparavant suggérée.
I. INTRODUCTION
Le "Grand Yaéré" (Yaéré en fulfuldé: plaine inondée) se situe dans la zone soudano-
sahélienne à l'Extrême Nord du Cameroun (fig.l) où vivent 20% de la population totale du
pays (soit environ 2.400.000 habitants). Sur le plan économique, l'inondation régulière de la
plaine a imposé son rythme à la population dont les activités se partagent entre l'agriculture,
l'élevage et la pêche, principaux pôles de l'économie traditionnelle. De grands projets de
projets de développement, qui tous dépendent des ressources en eau, ont en outre été
exécutés dans la région (riziculture notamment). Le tourisme tient également une place non
négligeable dans la région avec la présence du parc National de Waza.
La sécheresse qui sévit dans la zone soudano-sahélienne depuis deux décennies, n'a
pas épargné la région. Les conséquences économiques et écologiques de ce manque d'eau
sont considérables. Pour pallier à cela, une vaste campagne d'hydraulique villageoise a été
entreprise depuis près d'une vingtaine d'année, soldée par la réalisation de plusieurs milliers
de forages et de puits.
107
1 Hopp t Cnon Tchad
5 Nappe 4» NORD D I A M A R E
*//tfl Critlollio
= - Lia
II«
O 20 4O 60km
Figure 1: Cane de situation du grand Yaéré montrant la répartition des différents aquißres
(d'après Tillement, 1972)
H. CADRE GENERAL
n.l. Géomorphologie
Le Grand Yaéré est constitué par la vaste plaine qui occupe, dans la partie
Camerounaise de la "Cuvette Tchadienne", une superficie de près de 16.000 km2 (fig.l).
Cette plaine est délimitée au Sud-Ouest par les contreforts des monts Mandara, à l'Est et au
Nord-Est par le fleuve Logone, à l'Ouest par la frontière nigériane. Deux principales unités,
séparées par un cordon dunaire fossile, constituent les grands traits de la géomorphologie :
108
a) La dépression tchadienne (Yaéré ss), d'une superficie de près de 10.000 km2. Les
pentes y sont faibles à quasi nulles par endroit. Il en résulte un mauvais drainage suite
aux pluies et aux inondations saisonnières des eaux de crues. Les sols argileux sont
engorgés d'eau une partie de l'année. Les seuls reliefs qui rompent cette monotonie
sont constitués par les inselbergs de Waza.
b) La plaine alluviale depiémoni s'étend sur 6.000 km2 environ entre le cordon dunaire
et les Mandara. Sa partie septentrionale est traversée par de nombreux cours d'eau
(nom local: "mayos"). Elle est percée de quelques massifs extrusifs. Sa partie
méridionale, sans réseau hydrographique marqué, présente de nombreuses dunes de
sables orientées NE-SW, séparées par des dépressions inondées pendant la saison des
pluies.
c) Le grand cordon dunaire, s'étendant de Limani à Yaouga sur près de 175 km,
correspondrait à un ancien rivage du lac Tchad daté du Quaternaire récent (Faure,
1962; Pias, 1970). Le cordon, large d'un kilomètre environ, atteint une hauteur
maximale est de 20 m.
Le climat du Grand Yaéré est caractérisé par une nette variation latitudinale des
précipitations: de 900mm au Sud à 400mm au Nord en l'espace de 350 km. Par ailleurs,
comme dans toute la zone soudano-sahélienne, le régime pluviométrique montre
d'importantes fluctuations interannuelles auxquelles se surimposent, depuis plus de deux
décennies, un déficit généralisé de la pluviométrie (fig.2).
La distribution saisonnière des pluies est réglée par le déplacement du Front Inter
Tropical (FIT): (1) une saison des pluies de mai à septembre générée par le flux de mousson;
(2) une saison sèche d'octobre à avril, pendant laquelle domine l'Harmattan. Les pluies à
caractère orageux, sont concentrées sur les mois de juillet et août qui totalisent près de 90%
des précipitations mensuelles.
109
n.3. Hydrologie de surface
a) Les apports des Mandara, provoquent au coeur de la saison des pluies une première
inondation. Les cours d'eau temporaires ont alors un caractère torrentiel. Ils empruntent des
vallées bien marquées et butent contre le cordon dunaire où se produit l'inondation de la
plaine de piémont. Les rares cours d'eau qui parviennent à franchir le cordon, répandent
leurs eaux dans la plaine du Yaéré.
c) Le système de drainage du Yaéré est formé de nombreux petits bras, sinueux, mal
calibrés et enchevêtrés, qui canalisent plus ou moins le ruissellement. Le plus important: l'El
Beïd évacue une partie des eaux vers le lac Tchad. La présence d'argile semble empêcher
l'infiltration et favorise en revanche la reprise évaporatoire sur la plaine.
L'évapotranspiration réelle, déduite par différence, serait de 9 109 m3, soit de l'ordre
de 900 mm/an.
Le Grand Yaéré appartient au bassin Tchadien, vaste cuvette sédimentaire d'âge fini-
Tertiaire à Quaternaire qui repose en discordance sur le socle cristallo-métamorphique
(fig.3).
La série tertiaire est représentée par une épaisse succession argilo-sableuse dont la
litho-stratigraphie n'a pût être établie dans le détail (Tillement, 1972) mais est généralement
attribuée aux formations du Complexe Terminal et du Pliocène (Biscaldi, 1968).
Les dépôts quaternaires sont liés à l'histoire du lac Tchad qui se résume en une
succession de transgressions et de régressions dues aux fluctuations climatiques (fig.4). Aux
périodes humides correspond une sédimentation fine pouvant aboutir à un stade de
sédimentation biochimique. Les périodes sèches ou arides sont responsables d'une érosion
intense des massifs de bordure, la sédimentation s'effectuant alors essentiellement sous forme
de dépôts éoliens. Il en résulte des dépôts à caractère lenticulaire à forte variation latérale
110
de faciès. La tectonique régionale est marquée en profondeur par l'existence d'un grabben
exprimé par l'approfondissement du socle du Sud vers le Nord. Les remontées d'inselbergs,
plaident par ailleurs pour l'existence d'accidents tectoniques majeurs susceptibles de jouer
un rôle notable dans l'hydrogéologie locale.
Tirtlafrt <r steontfafri ^~~"» Llmil, <u boni* vtrxil Tckc«i«« •» I lock crlil«ll«-iMl«(«»r»lilinit
tOO <OOk»
111
ARIDE PLUVIAL
1800
•> P4 Série alluviale subactuelle c ocluelle
^1200 Série argileuse suboctueüe ô ccruelie
3e Erg A 3 S«OO
P'3 Série argileuse re'cenle
t
\.
P3 Série sableuse récente
,^2000
2e Erg A2 2IÏSO
~~^
\ P2 Série fluvio-locuslre ancienne
y
x
X
X
'30000
l er Erg A(
S 59500
P( Série ancienne remaniée
les nappes des alluvions quaternaires localisées dans le lit majeur des mayos, de
largeur généralement réduite (maximum 3 km). De bonne transmissivité (T « 10~3
m2 s'1), elles sont depuis longtemps exploitées par des puits traditionnels et fournissent
d'importants débits par forage (de 10 à 80 m3/h). Elles correspondent à l'écoulement
d'inféroflux, alimenté directement par les crues pendant la saison des pluies.
b) la nappe phréatique générale de la plaine des Yaérés est contenue dans les dépôts
quaternaires. Elle est interrompue à l'Ouest par les collines de Waza et au Sud-Est par la
zone stérile de Golon-Gobé. Cette nappe est subdivisée en trois unités: la nappe du Chari-
Tchad, la nappe du Logone et la nappe du Bec de Canard. Les caractéristiques
hydrodynamiques sont très variables et témoignent de l'extrême hétérogénéité des formations
(10~3 < T < 10"7 mV1). Les débits obtenus varient en conséquence entre 0,1 et 30 m3/h.
112
Figure 5: localisation des dépressions piézométriques dans la zone centrale de la nappe
"phréatique générale " (d'après Biscaldi, 1970)
c) les nappes superficielles ou perchées que l'on retrouve au niveau des nappes de
Mora, du Nord Diamaré et du Logone. Elles sont localisées dans les formations dunaires (y
compris le cordon dunaire). Elles sont aussi piégées dans les lentilles ou des chenaux sableux
fossiles des interfluves de la plaine de piémont.
113
m. 1. Les résultats chimiques
Les valeurs de pH sont, pour la plupart, comprises entre 6,5 et 7,5. La conductivité
électrique souligne, dans son ensemble, la faible minéralisation des eaux (65 % des
échantillons ont une valeur < 500 /is/cm). Les valeurs de conductivité relativement fortes
(jusqu'à 1230 /zs/cm) sont rencontrées dans les ouvrages du cordon dunaire et du Yaéré. Ceci
peut s'expliquer par la grande profondeur de certains ouvrages à partir du cordon dunaire;
la conductivité pouvant dans ce cas être liée à un long temps de contact entre l'eau et son
encaissant.
Dans le diagramme d'équilibre du système partiel Na2O - A12O3 - SiO2 - H2O, les
eaux évoluent dans le domaine de stabilité de la kaolinite (fig.6). L'eau d'infiltration, en
traversant la zone non saturée du sol, se charge en CO2 libéré par l'activité biologique. Cette
10-
8 -
O.
+
o
-Z l o j o H4 S04
114
eau riche en CO2 attaque les minéraux aluminosilicatés. L'interaction eau - roche réservoir
conduit à la formation de kaolinite néoformée, à la libération des cations, de la silice et des
bicarbonates. Les réactions sont de type:
Ça A12 Si2Og 3H2O + 2CO2 --> 2HCO3' A12 Si2O5 (OH)4 Ca2+
anorthite kaolonite
L'interaction eau - roche réservoir est principalement régie par l'agressivité de l'eau
riche en CO2 ; les valeurs de Log pCO2, calculées à l'aide du programme Pc Wateq, en
fonction des teneurs en bicarbonates, montrent que les pCO2 n'évoluent que dans un
intervalle restreint: de 10~1>8 à 10~2><s atm. Ces valeurs restent compatibles avec les pCO2 en
milieu ouvert (Dever, 1985). La faible variation de pCO2 pour une augmentation de
bicarbonates de 1 à 7,6 mM/1 laisse penser qu'il s'agit d'un apport de CO2 sous des
conditions de milieu ouvert à un réservoir gazeux illimité.
L'étude concerne les isotopes de l'environnement (O-18, H-2, C-13, C-14). Notons
d'ores et déjà que, généralement, aucune variation significative de la composition isotopique
des aquifères n'est apparue entre les échantillonnages effectués en fin de saison humide et
en fin de saison sèche. Ceci montre que, dans la plupart des cas, les processus de recharge
dépassent l'échelle annuelle. Quelques échantillons présentent cependant un enrichissement
isotopique à la fin de la saison humide, phénomène souvent reconnu dans la zone sahélienne
(Aranyossy et al, 1989; Guerre et Aranyossy, 1990) provenant du lessivage des isotopes
lourds accumulés dans la zone non saturée pendant la saison sèche.
Les données statistiques obtenues à partir des 116 analyses font apparaître des
différences significatives entre les aquifères. Les relations ô2H vs S18O pour chaque aquifère
(fig.7) permettent de préciser ces distinctions.
Tableau I: données statistiques des teneurs en oxygène-18 dans les eaux souterraines.
115
• M
44 .42 .4 3« S» 34 32 30 28 26
^ I 9 0%,
•10-
A forage
- 14-
• puihs
.18.
5«
X
- 28 _
- 30-
-34 T———————T
. 30
33 - 3
if" 8 0%o
Figure 7: Relations deutérium/oxygène-18
(a : Mandara ; b : plaine alluviale ; c : cordon dunaire ; d : Yaéré)
a^ les eaux des Mandara (fîg.7a) ont été prélevées principalement dans les alluvions
des mayos, et accessoirement dans le socle fissuré. La large gamme de variation observée
correspond au régime d'alimentation directe par les précipitations orageuses, elles-mêmes
sujettes à de larges variations de composition isotopique.
Il convient de remarquer que la moyenne calculée s'accorde tout à fait avec la teneur
des précipitations de la station d'observation de N'Djamena (ô18O= -3,7 °/oo). L'origine du
groupe des eaux évaporées se situe d'ailleurs à cette valeur.
b) les eaux de la plaine alluviale ([Link]) se regroupent toutes autour d'une droite
d'équation: Ô2H = 7,48 ô'8O + 4,80 dont la pente témoigne d'une absence d'evaporation.
Les eaux d'inondation de la plaine, à la suite des crues d'hivernage (naturellement très
enrichies en isotopes lourds), ne semblent donc pas participer à la recharge. Elles sont
totalement reprises par évapotranspiration. Ceci s'explique par la présence de couches
argileuses recouvrant, en de nombreux endroits, la couche perméable d'altérites.
cl les eaux de la nappe phréatique des Yaérés présentent la plus large gamme de
valeurs (fig.7d). Trois groupes peuvent être identifiés: (1) les eaux, non évaporées, proches
de la droite météorique mondiale (DMM) comprises entre des valeurs ô18O entre -5,5 et -2,8;
(2) les eaux alignées sur une droite d'évaporation dont l'origine recoupe la DMM à -5,5 °/oo;
(3) des eaux plus appauvries, elles-mêmes regroupées le long d'une droite d'évaporation
sécante de la DMM aux environs de -8 °/oo.
Il est a noter que ces eaux de dernier groupe ont été échantillonnées dans les puits les
plus profonds, localisés dans la dépression piézométrique de Tagawa (CAM 45, 48,49). Elles
correspondent sans doute à des épisodes de recharges anciens, effectués sous des conditions
climatiques plus froides et plus humides qu'actuellement.
d) le cordon dunaire (fig.7c), apparaît comme la zone de jonction entre les deux
familles précédentes. En effet on retrouve un groupe d'eaux non évaporées (I) ayant les
mêmes caractéristiques i so topiques que celles des aquifères de la plaine alluviale et un groupe
d'eaux évaporées (2) dont la droite de corrélation recoupe, comme celle de la plaine des
Yaérés, la DDM au point ô18O= -5,5 %o. Un deuxième groupe d'eau évaporée (forages de
Lituanie) apparaît dont la droite de corrélation recoupe la DMM à ô18O= -3,7 %o
correspondant aux nappes de bordure alimentée par les eaux d'inondation de la plaine
alluviale de piémont.
La période approximative de recharge des eaux est estimée par comparaison des
teneurs actuelles en tritium avec celles de la chronique des pluies à Ndjaména, corrélée aux
teneurs de la station de référence à Ottawa (AIEA, 1981, 1986, 1990). En admettant un
transfert de type piston, les périodes de recharge correspondant aux eaux échantillonnées de
1989 à 1991 sont données dans le tableau II:
117
a) Les teneurs en tritium dans les eaux de surface
En l'absence de mesures faites sur les précipitations, leur teneur en tritium est évaluée
à partir de celle des eaux de surface alimentées directement par les pluies: 90 % de ces eaux
ont une teneur comprise entre 10 et 15 UT. Ces valeurs sont comparables aux teneurs des
précipitations sur le plateau de Jos au Nigeria (lat. 9°57N; long 8°53E; alt 1159 m) mesurées
entre 1988 et 1989 (Mbonu, 1991).
Un seul échantillon, prélevé dans le mayo Magoumaz (CAM 84), se singularise avec
une teneur de 40 UT. Ces eaux proviennent sans doute du drainage d'une circulation fissurale
retardée à l'intérieur du Massif des Mandara. Ce résultat est comparable à ceux obtenus dans
le massif de l'Aïr au Niger sous des conditions géologiques climatiques similaires (Joseph
et Aranyossy, 1989).
Tableau III: Teneurs en tritium dans les eaux souterraines du Grand Yaéré et des
Mandara.
Dans les Mandara, 50 % des eaux souterraines ont une teneur en tritium proche des
teneurs définies dans les "mayos" et attestent d'une recharge récente. La teneur minimale
(4,5 UT) correspondant au puits Cam 81 à Roua, correspond à une eau infiltrée avant 1953.
Dans la plaine des Yaéré, les teneurs en tritium montrent la plus large gamme de
valeurs (écart-type 13,2). Ceci fait état de la disparité des nappes captées. On observe en
outre une baisse significative des teneurs avec la profondeur de la nappe dans les premiers
20 m. A 30 mètres de profondeur et au-delà, les teneurs en tritium sont inférieures à 5 UT.
Dans tous les secteurs étudiés, les eaux ayant une teneur en tritium < 5 UT peuvent
être mises en relation avec les teneurs en ôI8O < - 4 °/oo. Ceci suggère que les eaux de
nappes non tritiées et caractérisées par des valeurs en 18O relativement appauvries, pourraient
être rattachées à l'infiltration lors de la période à pluies abondantes des années 1950.
118
Les groupes d'eaux actuelles non évaporées, précédemment définis sur la base des
relations ô2H vs ô18O (fig.7) peuvent être scindés en deux sous-ensembles: les eaux
"actuelles" avec des teneurs -4 <618O < -2,5; les eaux "récentes" avec -5,5 < ô18O < -4.
a) résultats analytiques
Tableau IV: Temps de résidence calculés sur la base des isotopes du carbone.
Le caractère actuel des eaux de Cam 44 .justifie l'impossibilité d'interpréter son activité en
terme de décroissance radioactive. Pour Corn 60, il faudrait faire appel à un autre type de
traceur à période de demie-vie plus longue que celle du 14C pour estimer son temps de séjour
exact.
119
CITD e n é q u i l i b r e o v e c
C0 2 du sol actuel
— I2O
e
Q.
O.
Z '°°
19
*
80 I
d écroissonce v 3_5
60 - 40
CITD en
20-
eq uilibre ovec lo
c o l c i (e
60
i T
- M - 2
Les activités comprises entre 98,9 et 121,2 pcm ([Link]) constituent l'ensemble des
eaux infiltrées après 1955. La référence à la courbe des teneurs en C-14 de
l'atmosphère par le calcul de l'activité atmosphérique initiale (Aatm = ACITD [(1 - 2,3
(5g - SatJ x 10-3], avec ôatm = -7 % et ôg moyen = - 14 °/oo), donne comme
période de recharge : 1959 pour Cam 21 et 1956 pour Cam 31 et 43.
Pour les eaux anciennes, l'activité initiale a été calculée par le modèle dit de
"Pearson" modifié par Gonfiantini (Salem et al, 1980).
a _ "crTD~"c
Les résultats des analyses des isotopes de l'environnement nous conduisent à proposer
le schéma de recharge et de circulation générale des nappes synthétisé sur la figure 9.
En revanche, les eaux d'inondation, étendues sur la partie basse de la plaine alluviale,
bloquées par le cordon dunaire, ne participent pas à la recharge des nappes et sont reprises
totalement par évapotranspiration (sauf, très localement par l'alimentation de petite nappes
perchées).
120
sw
1 I
Deprettion« pieiomehnque l
< ï
Dans la plaine des Yaérés, on doit donc considérer, non pas une seule "nappe
généralisée", mais au moins deux unités aquifères indépendantes superposées. Dans cette
zone, ni les précipitations, ni les eaux d'inondation ne participent pas à la recharge générale
des nappes. Leur rôle est cependant fondamental dans la reconstitution des réserves hydriques
du sol pour assurer la survie végétale pendant la saison sèche. Par ailleurs, les précipitations
locales assurent la recharge des petites nappes perchées dans les recouvrements sableux de
la plaine (ex. Waza).
La nappe superficielle est alimentée localement à partir des eaux de surface (Logone,
les rares mayos ayant franchi le cordon dunaire), cependant, la faible perméabilité latérale
ne permet pas à cette alimentation d'avoir une large extension.
REFERENCES
121
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precipitation (1984 - 1987). Tech. Rep. Series, Vienna, n° 331.
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Tillement B. (1972) - Hydrogéologie du Nord Cameroun. Th. Doct. Ing. Univ. Lyon, 294 p.
122
APPORT DES ISOTOPES DE L'ENVIRONNEMENT
A LA CONNAISSANCE DES AQUIFERES DE CASAMANCE
(EXTREME SUD DU SENEGAL)
1. INTRODUCTION
123
Figure 1: Localisation de la Casamance
Trente neuf d'entre eux ont fait l'objet d'étude isotopiques et chimiques dans le cadre
du Projet Régional d'Application des Techniques Isotopiques dans les Pays du Sahel
(RAF/8/012).
L'application des techniques isotopiques dans les études des ressources en eau en
Casamance a commencé en 1984 dans le cadre des accords de coopération technique entre
le Sénégal et l'AIEA (projet SEN/8/003). Le programme a été réalisé par le Département de
Géologie de l'Université de Dakar en collaboration avec le Ministère du Développement
Rural et de l'Hydraulique du Sénégal, et le Laboratoire d'Hydrologie et de Géochimie de
l'Université Paris-sud.
2.1. Climatologie
124
220»
40O
60
ANNEE (1960-1987)
Les précipitations annuelles (fig.2) augmentent d'Ouest en Est et les eaux de pluie
sont essentiellement tributaires des vents de mousson provenant du golf de Guinée.
Trois importantes nappes exploitables à l'échelle régionale ont été reconnues (Krüger
et Kampax, 1981; Le Priol, 1984): (1) la nappe du Maastrichtien qui est la plus profonde,
(2) la nappe de l'Oligo-Miocène et (3) la nappedu Plio-Quaternaire ou "Continental terminal".
3. ETUDE ISOTOPIQUE
a) Le tritium
Les teneurs en tritium des précipitations sont estimées à partir des valeurs de la station
AEEA/OMM de Bamako. La corrélation avec la chronique de référence pour l'hémisphère
Nord (station d'Ottawa - Canada) a été établie afin de compléter les valeurs manquantes de
la série. La courbe corrigée de la décroissance radioactive en 1984 montre d'une part un pic
à 240 UT correspondant aux périodes des essais thermonucléaires des années 60, et d'autre
125
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1000-
1MO-
1000-
5 3 5 4 5 5 5 6 5 7 5 8 5 9 6 0 6 1 6 2 6 3 6 4 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 8O 81 82
126
Tableau I: Composition en isotopes stables (5 %0 des précipitations
(Travi et al, 1987)
dans la région de Casamance (Diafilon) que le mois d'août qui correspond à la pleine saison
des pluies présente les plus faibles teneurs avec -8,08 °/*° pour l'oxygène-18 et -54,3 %.
pour le deuterium.
127
3.2. Teneurs isotopiques des nappes
-32-
-34
-36-
-40-
-42-
-44-
-46
-7 -€.8 -6.6 -6.4 -6.2 -5.8 -5.6 -5.4 -5.2
OXYGENE 18 <%o)
128
b) Nappe de l'Oligo-miocène
Dix huit points d'eau ont été échantillonnés pour cette nappe ([Link]) au cours de la
campagne 1984.
La fourchette des teneurs en isotopes stables fait apparaître une dispersion notable:
les teneurs varient entre -6,5 °/.. et -5,4°/oo pour l'oxygène-18 et de -38,8%» à -31%° pour
le deuterium.
La relation 2H vs 18O (fig.6) montre une droite de régression d'équation: S2H = 6,09
Ô180 - 0,50 (r2 = 0,8).
2 18
Localité N°ord. H 0 Date de prélèv.
Ndiamakouta 1 -37,3 -6,25 12/84
Bounkiling 2 -38,3 -6,15 12/84
SilinJcine 3 -32,8 -5,29 12/84
Bignona 4 -36,4 -5,87 5/84
Baïla 5 -32,5 -5,44 5/84
Ebinako 6 -31,9 -5,11 5/84
Af finian 7 -32,2 -5,40 5/84
Niassène 8 -37,3 -5,77 5/84
Niassène 9 -38,8 -5,74 12/84
[Link].G. 10 -32,4 -5,11 12/84
Ziguinchor 11 -33,7 -5,33 12/84
Tionk Essyl 12 -30,9 -5,39 12/84
Balandi 13 -36,9 -5,90 12/84
Samine 14 -31,9 -5,09 12/84
Nguindir 15 -36,9 -5,71 12/84
Kembouto 16 -5,63 12/84
Malifara 17 -6,55 12/84
Fafakourou 18 -6,21 12/84
129
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1 10 20 tO $ Knv
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fl est surtout remarquable, que les échantillons avec un excès en deuterium supérieur
à 10 sont regroupés au nord du Bassin (secteur de BounkUing - Diamakouta) où il existerait
un alimentation de la nappe suivant deux mécanismes: (1) par les précipitations, avec une
infiltration directe de pluies provenant de la mousson et de pluies issues d'une réevaporation
d'eau continentale interceptée par le couvert végétal, supposé important pendant les périodes
humides (Fontes, 1986),- (2) par drainance verticale de la nappe maastrichtienne sous-
jascentes en charge par rapport à l'Oligo-Miocène.
Dans les autres parties du bassin, les teneurs en isotopes stables sont plus hétérogènes
et témoignent d'un mélange d'eaux indiquant des variations dans le mode et probablement
les époques de la recharge, n apparaît ainsi pendant chaque période d'alimentation le schéma
de circulation suivant: des eaux provenant des zones de recharge septentrionale, méridionale
et orientale vont converger vers le centre du bassin et s'écouler vers l'océan, ce qui est en
accord avec la carte de circulation hydrodynamique (fig.7) établie par Le Priol (1984).
Une mesure de tritium réalisée sur la nappe oh"go-miocène, à la localité de
Ndiamakouta (Nord du bassin), a présenté une activité nulle; cette absence de tritium, même
Tableau V - Ages radiométriques (année) de la nappe oligo-miocène.
13 14
Localité Date pré lèv. C C "âge"
130
dans les aires présumées de recharge, indique que les eaux récentes (30 dernières années) ne
participent pas au renouvellement de la nappe.
L'utilisation du WC pour le calcul des âges est favorisée par une chimie des carbonates
qui permet une interprétation en système ouvert. Les âges calculés (Tab. V) vont de 500 ans
à Fafakourou, 2100 ans à Bounkiling et, compte tenu d'une légère dilution par du carbone
mort du réservoir, 6700 ans à Kimbouto (Travi, 1988).
c) Nappe du Maastrichtien
Les teneurs en isotopes stables ([Link]) montrent un bon groupement des valeurs
autour de -6%o pour l'oxygène - 18, et de -40%o pour le deuterium. Ceci témoigne d'une
bonne homogénéisation des eaux au sein de l'aquifère, liée sans doute à un temps de
résidence très long.
Les âges calculés (Tableau Vil) sur la base d'un principe d'équilibre avec un CO2
gazeux de teneur en 13C voisine de -20%o (Fontes, 1986), donnent pour Sare Sara 19600 ans
13C 14
Localité C pH t°c âge (années)
Kolda -14,27 6,5+.l,0 8,2 38,1 22600
Sare Sara -12,10 9,3+.0,7 7,3 30,9 19600
131
et pour Kolda 22600 ans, ce qui met en évidence l'ébauche d'une évolution des activités
radioactives diminuant conformément à l'axe d'écoulement vers l'océan atlantique.
L'importance des activités en carbone 14 dans ces eaux peut s'expliquer, à priori, par
la proximité des points d'eau considérés avec des zones de recharge de la nappe
maasrichtienne qui seraient situées à l'Est du bassin. Néanmoins un mélange avec des eaux
plus récentes, en particulier celle de la nappe oligo-miocène, est possible.
CONCLUSIONS
- (3) la nappe du Maestrischtien rechargée sans doute par les précipitations à partir du contact
des sédiments avec le socle; elle présente des eaux ayant un temps de séjour très long au sein
de l'aquifère comme en témoigne les âges radiométriques et certainement d'importantes
réserves.
Par ailleurs, les activités enregistrées en 14C étant très faibles dans les eaux de la
partie occidentale du bassin, il est alors nécessaire, pour leur datation d'utiliser d'autres
chronomètres à durée de vie plus longue que celle du radiocarbone.
REFERENCES
Fontes, J. CH. (1986). Etudes hydrogéologiques des nappes des aquifères de Casamance et de Ferlo. Report of
mission SEN/8/003.
Fontes, J. CH. (1987). Rapport final de mission de l'Expert au Sénégal. Rapport AIEA, projet SEN/8/003.
Krüger, I. et Kampax. (1981). Etude hydrogéologique de la Casamance. Rap. D.E.H. [Link]. Dakar.
Travi, Y., Gac, J.Y, Fontes, J. CH. et Fritz, B. (1986). Reconnaissance chimique et isotopiques des eaux de pluie
du Sénégal. Géodynamique n°2, p 43 - 53.
Travi, Y. (1988). Hydrochimie et hydrologie isotopique des aquifères fluorures du Bassin du Sénégal. Origine et
conditions de transport du fluor dans les eaux souterraines. Thèse Doctorat es Sciences. Université Paris-Sud, 189p.
132
RECHARGE NATURELLE DES EAUX SOUTERRAINES
DU BASSIN DES GRES DE GAROUA (NORD-CAMEROUN):
APPROCHES HYDROCHIMIQUE ET ISOTOPIQUE
Emmanuel NAAH
Centre de recherches hydrologiques,
Yaounde, Cameroun
Abstract-Resume
RECHARGE NATURELLE DES EAUX SOUTERRAINES DU BASSIN DES GRES DE GAROUA (NORD-
CAMEROUN): APPROCHES HYDROCHIMIQUE ET ISOTOPIQUE.
Les teneurs isotopiques des précipitations journalières prélevées à Garoua (Nord-Cameroun) montrent
de larges variations dues aux conditions climatiques des épisodes pluvieux et à l'origine des masses d'air
génératrices des précipitations. Les teneurs isotopiques des eaux souterraines indiquent une recharge facile et
rapide des nappes par infiltration directe des précipitations sur l'ensemble du bassin. Certaines eaux
souterraines montrent unfaciès d'eau évaporée attribué aux mécanismes des précipitations elles-mêmes. Les eaux
sont bicarbonatées calciques à sadiques. Leur minéralisation s'acquiert par hydrolyse des minéraux silicates
contenus dans les grès. Leur qualité chimique est assez bonne pour la consommation, mais les teneurs
relativement élevées en nitrates observées dans certains forages indiquent des pollutions localisées de la nappe.
Les teneurs en carbone-13 du CITD des eaux indiquent une évolution en système géochimiquement ouvert sur
le C02 du sol. Les activités carbone-14 témoignent d'une recharge actuelle des eaux et de l'existence de
réserves d'eaux anciennes précipitées dans des conditions climatiques relativement plus humides que celles du
climat actuel.
I. INTRODUCTION
Le bassin des grès de Garoua, vaste pénéplaine en forme de cuvette, est situé dans la
partie septentrionale du Cameroun, entre les latitudes 8°75 et 9 "30 N et les longitudes 12°75
et 13"75 E. D'une superficie d'environ 4700 km2, il couvre toute la partie nord-occidentale
du "fossé sédimentaire" albo-aptien de la Bénoué. Il est marqué en son centre par le fleuve
Bénoué qui constitue l'élément majeur du réseau hydrographique (fig. 1).
133
Le climat, de type soudano-sahélien, est caractérisé par l'existence de deux saisons
liées au déplacement latitudinal du front intertropical (FIT): une saison sèche de novembre
à avril, générée par l'Harmattan venant du Nord-Est et une saison humide de mai à octobre,
engendrée par la Mousson en provenance du Golfe de Guinée. La pluviométrie annuelle, très
variable d'une année à l'autre, s'établit à 1018 mm sur la période 1951-1989. La répartition
interannuelle des pluies mensuelles est par contre très homogène, avec près de 65 % des
pluies concentrées sur les seuls mois de juillet, août et septembre. La température moyenne
annuelle est de 28 °C et l'évapotranspiration potentielle, calculée sur la même période par la
formule de Turc, est de 1800 mm par an (Njitchoua, 1991).
134
La nappe des "grès de Garoua" constitue le principal aquifère de la région. La forte
perméabilité des grès due à une altération et à une fracturation très poussées octroie à
Paquifère un caractère quasi-généralisé. Celui-ci est exploité par de nombreux puits et
forages pour l'alimentation en eau potable de la ville de Garoua et des localités
environnantes. Ses propriétés hydrodynamiques, quoique très variables, lui confèrent dans
l'ensemble de grandes possibilités d'exploitation. La nappe est drainée par les vallées de la
Bénoué et de ses affluents. La recharge naturelle ne peut s'envisager que par infiltration: (1)
des précipitations à travers les fissures et les zones altérées des grès; (2) des eaux provenant
des affleurements cristallins de bordure et (3) des eaux de la Bénoué.
Les longues périodes de sécheresse qui ont affecté cette partie du Cameroun durant ces
dernières décennies ont mis en évidence le caractère précaire des ressources aquifères. Par
ailleurs, la surexploitation des eaux souterraines, liée à la forte pression démographique et
économique que connaît toute cette région, a accentué la baisse des niveaux des nappes,
rendant ainsi primordiale l'étude de la recharge des eaux souterraines.
La présente étude a été réalisée avec la collaboration de l'Agence Internationale de
l'Energie Atomique (AIEA) et du Centre de Recherches Hydrologiques (CRH) du Cameroun,
dans le cadre du projet AIEA RAF/8/012. Elle se propose, par utilisation des outils
hydrochimiques et isotopiques: (1) de définir les caractéristiques isotopiques des
précipitations locales susceptibles de participer à la recharge actuelle des aquifères; (2) de
déterminer les faciès chimiques des eaux souterraines et les mécanismes responsables de la
minéralisation des eaux; (3) d'identifier les origines et le mode de recharge des eaux
souterraines et (4) d'estimer le temps de résidence moyen des eaux dans l'aquifère.
L'échantillonnage a été effectué au cours de l'année 1991 sur treize échantillons d'eaux
de pluie et sur trente-six échantillons d'eaux souterraines. Les pluies ont été collectées à un
pas de temps journalier dans un pluviomètre standard à la station météorologique de
Garoua-Aéroport (lat. 9°23 N, long. 13°23 E) au cours des mois les plus pluvieux: juillet,
août et septembre (tableau I). Les eaux souterraines ont été prélevées dans des puits et des
135
TABLEAU u: COMPOSITION CHIMIQUE DES EAUX SOUTERRAINES DU BASSIN DE GAROUA
1 Gaschiga F 30,5 30,5 6,14 218 17,2 4,4 20,5 1,8 125,1 1,1 0,8 1,7 173
? Taparé F / 30,7 6,! 9 138 13,5 3,3 6,4 14,8 84.2 0,3 1,3 2,0 126
3 BâManga F 32,4 30,7 6,36 294 28,4 12,2 11,8 19,0 176,9 2,8 11,5 2,5 265
4 Kolléré F 27,5 31,4 6,48 331 39,7 8,3 7,0 21,1 103,7 21,4 5,3 50,7 257
5 PomlaMangal F / 30,9 5,57 190 13,4 2,6 3,8 15,1 38,4 6,4 0,9 38,4 119
6 PomlaMangalI F 32,4 30,8 5,30 160 6,8 2,3 2,9 14,5 18,3 3,9 1,4 42,3 93
7 Pomla Petel F 26,3 31,5 5,40 105 11,5 1,6 9,2 4,8 48,8 2,5 2,4 12,4 93
8 Ouro Harissou P / 29,8 6,25 151 14,2 2,2 3,0 3,9 15,9 4,8 0,9 41,1 86
9 Ouro Harissou F 28,4 31,7 5,28 28 6,5 0,6 4,8 3,7 15,3 2,2 1,0 6,3 /
10 Nakong F / 30,5 5,47 60 2,8 0,7 2,4 6,1 27,5 0,3 0,9 0,8 41
11 Hosséré Faourou F 57,0 30,8 5,22 72 2,9 0,7 2,6 6,2 25,4 0,2 0,7 0,8 39
12 Poukouloukou F 44,0 30,6 5,47 112 7,9 2,4 3,5 9,1 58,0 0,3 0,9 2,7 85
13 Ouro Baba F / 30,8 5,87 105 6,2 2,0 3,5 8,2 48,8 0,4 1,5 3,3 74
14 Sonayo F / 31,6 6,35 204 18,2 4,0 11,2 4,6 94,6 0,7 1,4 7,6 142
15 Ngororoé Nassarao F 27,0 29,3 6,71 361 23,2 6,2 59,6 6,9 234,9 1,0 10,4 8,8 351
16 Djalingo F 27,0 30,6 5,44 32 6,9 0,2 4,1 5,2 33,8 0,6 1,0 3,3 55
17 Djamboutou F 27,0 31,1 5,40 24 6,5 0,1 3,8 4,8 31,7 0,5 0,8 1,8 50
18 Sanguéré Paul F 33,6 30,4 4,92 90 3,2 0,9 2,5 6,4 22,0 1,4 0,9 6,6 44
19 Sanguéré Ngaoundéré F 31,0 30,5 5,01 63 1,2 0,5 2,3 5,2 18,5 0,2 0,7 0,7 39
20 Ouro Donka F 62,0 30,4 5,06 60 0,9 0,3 2,1 5,9 15,9 0,3 0,7 0,9 27
21 Douli F 61,0 31,2 7,03 402 38,2 16,9 19,7 7,1 231,8 0,8 3,1 16,9 334
22 Karewa F 31,0 30,7 5,62 106 V,2 1,7 4,0 4,2 30,8 3,3 1,4 20,5 63
23 Ndjola P / 29,5 5,13 84 3,9 1,2 3,1 3,6 12,2 0,9 0,6 20,5 46
24 Ngong F 26,6 30,5 5,04 120 5,1 1,9 4,1 7,4 11,0 2,5 1,3 32,9 66
25 Ouro Labo I F 35,5 31,0 5,98 133 10,8 2,1 9,9 2,8 36,6 3,4 1,0 28,5 89
26 Bamé F 30,0 30,4 6,25 229 15,2 2,4 31,9 3,9 98,8 3,3 3,8 22,8 182
27 Ouro Modibo F 73,0 31,4 7,45 598 24,7 27,9 68,4 7,7 405,5 0,2 1,2 0,7 535
28 Lamoudan Ecole F 75,0 30,8 7,40 756 25,5 27,6 103,5 7,2 515,5 0,2 1,7 1,8 683
29 Lamoudan Dispensaire F 45,0 31,0 7,42 767 15,7 12,4 137,6 6,9 484,3 0,2 2,8 1,7 662
30 Lamoudan Fadil F 73,0 30,6 8,01 701 12,2 3,5 159,5 4,8 463,6 1,1 6,7 1,8 663
31 Lamoudan Marché F 69,0 31,9 7,68 812 12,7 4,2 159,5 6,4 454,5 3,3 10,6 0,9 652
32 Boumedjé F 22,0 30,9 6,77 273 38,6 10,1 15,7 3,0 140,3 1,8 1,8 20,7 /
33 Tchéboa Dispensaire F / 31,0 7,42 767 16,8 32,5 38,6 22,9 445,3 5,9 7,3 3,8 /
34 Ouro Fadou F 32,0 30,7 6,66 248 19,0 6,7 33,4 5,8 167,8 1,5 2,8 0,2 237
35 Touroua Zootechnique F 41,0 31,3 5,29 121 13,4 2,5 6,6 9,3 31,1 3,9 1,4 42,3 110
36 Touruoa Douliré F 41,0 30,6 6,50 226 25,3 11,8 5,1 6,7 122,7 1,7 16,1 3,3 193
forages en exploitation, au cours de deux campagnes, en juillet et décembre 1991. La
localisation géographique des points de prélèvement est représentée sur la figure 1.
Les échantillons ont fait l'objet d'analyses chimiques (éléments majeurs) et isotopiques
(18O, 2H, 13C,14C). Le pH, la température et la conductivité électrique normalisée à 25 °C,
ont été mesurés sur le terrain. Le TAC a été mesuré par titration avec l'acide sulfurique 0, IN
et les autres ions majeurs ont été analysés par Chromatographie ionique (Tableau II).
L'oxygène-18 a été mesuré après équilibration de l'eau à 25°C avec un CO2 industriel de
composition isotopique connue. Les mesures des teneurs en deuterium sont faites après
réduction de l'eau sur du zinc à 470 °C. Le carbone-13 a été mesuré sur le CO2 obtenu par
attaque à l'acide phosphorique du BaCO3 précipité sur le terrain. Les teneurs en isotopes
stables, mesurées par spectrométrie de masse, sont exprimées en unité ô (%o) par rapport au
SMOW pour 18O et 2H, par rapport au PDB pour 13C. Les erreurs analytiques sont de 0,2%o
pour ô18O et 13C; de 2%o pour <52H. L'activité en carbone-14 a été mesurée soit par
137
scintillation liquide lorsque la quantité de carbone précipité était supérieure à 2 g, soit par
spectrométrie de masse par accélération de particules (au Tandétron de Gif-sur-Yvette)
lorsque le carbone précipité n'était que de quelques milligrammes. Les activités sont
exprimées en "pourcents" de carbone moderne (tableau III).
Les teneurs en isotopes lourds des précipitations journalières présentent une grande
dispersion (tableau I); l'écart est de 9 %o (-1,61 à -10,18) pour ô18O et de 68 %o (-5,8 à
-73,8) pour ô2H. La moyenne pondérée sur l'ensemble des prélèvements est de -6,99 %c pour
l'oxygène-18 et de -49,6 %o pour le deuterium.
-80
-12 -10 -8 -6 -4 -2 0
18
Ô O(%ovsSMOW)
2 ls
Figure 2: Relation 5 H vs b O dans les précipitations journalières à Garoua.
DMM: droite des eaux, météoriques mondiales (Ô2H = 8 ô 18O + 10)
Sur le diagramme ô2H vs ô18O (fig.2), les points représentatifs des précipitations se
situent, soit sur la droite météorique mondiale (Craig, 1961), soit nettement en dessous de
cette droite. Les premiers indiquent que les précipitations n'ont subi aucune modification
après les condensations qui les ont générées, tandis que les seconds traduisent une
evaporation partielle des gouttelettes en cours de chute. Par ailleurs, les pluies présentent
les teneurs en isotopes lourds les plus appauvries en plein coeur de la saison des pluies
(août) et les teneurs les plus enrichies en début et en fin de saison humide (juillet et
septembre). Cet effet saisonnier, caractéristique du régime de mousson dans cette région
(Fontes et al 1970; AIEA, 1981; Yurtsever et Gat, 1981; Ousmane et al., 1983), montre que
les teneurs en isotopes lourds des pluies sont gouvernées par le profil d'humidité
atmosphérique qui autorise, ou au contraire, limite la réévaporation des précipitations et
l'enrichissement isotopique qui en découle (Fontes, 1976).
Dans le diagramme 618O vs Hauteur d'eau précipitée (fig.3), les pluies les plus
importantes présentent dans leur ensemble des teneurs plus appauvries et, inversement, les
pluies les plus faibles montrent des teneurs isotopiques plus enrichies. Ce phénomène, appelé
"effet de masse" (Dansgaard, 1964; Fontes, 1976; Yurtsever et Gat, 1981; Dincer et al.,
1983), indique que la variation des teneurs en isotopes lourds des précipitations est due à la
138
0
Eau évaporée
-2-
o
C/3
-4-
-6-
I
oo
t -8-
G
'M -10- Condensation de type
"très froide Hauteur des précipitations (mm)
-12
0 10 20 30 40 50 60
Figure 3: Corrélation dI8O vs Hauteur d'eau dans les pluies journalières à Garoua
réévaporation des gouttelettes en cours de chute. Toutefois, l'effet de masse ne s'applique
pas à l'épisode pluvieux du 5 septembre dont l'enrichissement s'explique par une evaporation
partielle, ni aux pluies des 17 et 23 août qui montrent des teneurs isotopiques relativement
appauvries pour des hauteurs d'eau précipitée n'excédant pas 10 mm. Ces eaux montrent en
outre un caractère évaporé (fig. 2) qui indique des teneurs initiales sans doute beaucoup plus
appauvries que les teneurs mesurées. Cet appauvrissement sugère soit une condensation à très
haute altitude lors du développement vertical des nuages de type cumulonimbus générés par
les "lignes de grains (Joseph et al., 1993), soit une vidange très avancée du réservoir de
vapeur d'eau en provenance du Golfe de Guinée, sachant que la vapeur d'eau résiduelle
s'appauvrit à chaque épisode de précipitation (Gat, 1980; Joseph et Aranyossy, 1989).
Les températures des eaux souterraines varient entre 29,3 et 31,9°C. La température
moyenne (30,8 + 0,5°C), proche de la température moyenne atmosphérique, indique un
équilibre thermique entre l'aquifère et l'atmosphère. Deux familles d'eaux peuvent être
définies en fonction de leur charge ionique et de leur faciès chimique (fig.4):
(1) la première famille regroupe des eaux très peu minéralisées (Sions < 350 mg.l-1),
sous-saturées vis-à-vis de la calcite et présentant des pH acides (pH moy. = 5,79), à
l'exception du forage 21 qui est légèrement basique (pH = 7,03). Ces eaux ont un
faciès bicarbonaté calcique à sodique, avec des concentrations en HCO3' n'excédant pas
4 méq.l'1 et un rapport ionique Na+/Ca2+ moyen inférieur à 1. Ce groupe est
représenté par la presque totalité des eaux du bassin.
(2) la deuxième famille (forages 27 à 31, situés dans la région du seuil de Lamoudan)
comprend des eaux relativement plus minéralisées (charge ionique comprise entre 500
et 700 mg.l-1). L'augmentation de la charge ionique s'accompagne de celle du pH qui
devient plus basique (7,40 < pH < 8,01) et de celle de l'état de saturation des eaux
vis-à-vis de la calcite. Ces eaux sont bicarbonatées sodiques, avec des teneurs en
HCO3- comprises entre 6 et 8,5 méq.r1 et un rapport Na+/Ca2+ moyen proche de 7.
La bonne corrélation entre d'une part les teneurs des ions HCCy, Ca2+, Na+ et d'autre
part le pH (fig. 5) montre que les eaux souterraines acquièrent leur chimisme principalement
139
Eaux faiblement mineralise«,
bicarbonate« calciquc* A sodiqucs
— Ça2* Cl' ——
Figure 4: Faciès chimiques des eaux souterraines de la nappe des grès de Garoua
1000
100 -
bu
10
G H
o
0.1
Figure 5: Teneurs des ions dominants ys_ pH des eaux des grès de Garoua
par le processus d'hydrolyse acide des minéraux feldspathiques contenus dans les grès, par
des réactions du type:
CaAl2Si2O8 • 3H2O 2CO2 Al2Si2O5(OH)4 2HCC Ca2+ [1]
Anorthite Kaolinite
2NaAlSi308 11H2O +2CO2 Al2Si2O5(OH)4 + 2HCO3- + 2Na+ + 4H4SiO4 [2]
Albite Kaolinite
140
H. 2. 2. Origines et modes de recharge des eaux souterraines
Les teneurs moyennes en isotopes lourds des eaux souterraines montrent un net
enrichissement par rapport aux teneurs moyennes des précipitations. Cet enrichissement
signifie probablement que les mois de juillet, août et septembre ne sont pas représentatifs de
la période de recharge des nappes et pourraient indiquer: (1) soit une participation de tous
les épisodes pluvieux à la recharge des nappes; (2) soit une recharge rapide et complète de
la nappe uniquement assurée par les pluies de début de saison humide; les pluies très
appauvries du coeur de saison étant simplement évacuées par ruissellement via la Bénoué.
-10
Droite des eaux méléoriques
mondiales
-20-
I
S -30-
on
t/3
>
ê -40-I
K
(S
-50
-60
N Précipitation moyenne de
la période humide 1991
5 18 O(%ovsSMOW)
-7 -6 -5 - 3! -2
Figure 6: Relation ô2H vs ôI8O dans les eaux de la nappe des grès de Garoua
Dans le diagramme <52H vs <5I8O (fig.6), les teneurs en isotopes lourds définissent trois
types d'eau:
(1) des eaux non évaporées, localisées sur la droite météorique mondiale
(DMM). Ces eaux proviennent d'une infiltration rapide des eaux météoriques
sans aucune modification de leur teneur;
(2) des eaux présentant un faciès d'eau évaporée, situées nettement en dessous de
la DMM. L'evaporation peut s'être produite soit avant la recharge lors du
passage des pluies dans une atmosphère à faible teneur en eau; soit après la
recharge par lessivage des isotopes lourds accumulés pendant la saison sèche
dans la zone non saturée (Aranyossy et al., 1989). Le fait que certaines eaux
ne soient pas évaporées sugère que le processus évaporatoire est intervenu
avant la recharge.
(3) Le troisième type d'eaux est caractérisé par des teneurs isotopiques
relativement plus appauvries (forages 3, 28, 29, 30 et 31), indiquant soit un
"effet d'altitude", soit l'existence d'une réserve d'eaux souterraines anciennes.
Dans le premier cas, la recharge se serait probablement effectuée à des
niveaux élevés des affleurements du socle cristallin environnant. Dans le
141
second cas, il faut envisager des conditions climatiques de recharge plus
humides que celles du climat actuel. Ces hypothèses seront discutées sur la
base des teneurs en radiocarbone des eaux.
La composition isotopique (I3C et 14C) du carbone inorganique total dissous (CITD) des
eaux est reportée dans le tableau III. Les activités en carbone- 14 définissent deux types
d'eaux:
(1) celles présentant des activités supérieures à 100 pcm. Ces eaux sont récentes et leur
période de recharge est postérieure à 1950.
(2) celle dont les activités, inférieures à 100 pcm. La dimunition des activités 14C peut être
due: soit à la décroissance radioactive du radiocarbone; soit à la dilution du 14C par
introduction en solution d'un carbone "inactif"; soit également au mélange d'eaux
récentes et d'eaux anciennes.
Pour les eaux non mélangées, la transformation des activités 14C en âges radiométriques
est basée sur l'équation de décroissance radioactive:
t = [5730/Ln2]. [Ln[Ao/At] |3]
dans laquelle: t (années) représente l'âge radiométrique de l'échantillon; 5730 (années),
la période de demi-vie du radiocarbone; At, l'activité du CITD au temps t et Ao, l'activité
initiale du CITD au moment de la recharge.
Dans le cas des grès de Garoua, l'étude géochimique a montré que l'essentiel du
chimisme des eaux s'acquiert par hydrolyse acide des silicates. Ceci indique que le système
géochimique est complètement ouvert sur le CO2 du sol et donc que la totalité du CITD des
eaux est d'origine biogénique. Du point de vue isotopique, cet équilibre entre le CO2 du sol
et le CITD se traduit par les équations (Deines et al., 1974; Wigley, 1975; Dever, 1985):
142
CTTD
-8
Figure 7:
Evolution de la teneur en 13C du C1TD
-12- enfonction du pH (système ouvert sur le
CO2 du sol ).
Les abaques correspondent à différentes valeurs
du d 13C du CO2 du sol.
-16-
Les courbes ont été construites à t - 30'C et
pour une valeur moyenne de pCO2 de 0,01 bar.
-20 J
pH
Le repport des valeurs mesurées dans les eaux de l'aquifère gréseux de Garoua sur le
diagramme théorique modélisant l'évolution des teneurs en 13C du CITD en fonction du pH,
montre que le CITD est en équilibre avec le CO2 du sol. Les teneurs de 13C ainsi déterminées
(entre -20 et -17 %o) correspondent aux valeurs mesurées dans la région (Njitchoua, 1991)
et indiquent une prédominance des plantes à cycle photosynthétique de type Hatch et Slack
(Bender, 1971; Deines, 1980).
Dans ce contexte, les activités carbone-14 mesurées sont représentatives de l'âge des
eaux (fig. 8) et ne doivent donc pas être corrigées de l'effet de dilution par un carbone mort.
En considérant une activité initiale de 100 % moderne, les âges calculés varient entre l'actuel
et 11000 ans BP ([Link]). Sur cette base, les forages 3, 28, 29, 30 et 31 représentent des
120
D Pôle biogénique
§ 100 -
'S
80 -
ë
O
1
U
20-
0 I 1 F I I I I I I
-20 -18 -16 -14 ^12 -10 -8 -6 -4 -2 0
143
eaux anciennes qui se seraient infiltrées pendant la phase humide nigéro-tchadienne du
Quaternaire (Joseph et al., 1990). Résultats en accord l'appauvrissement relatif en isotopes
lourds de ces eaux par rapport à la recharge actuelle.
IV. CONCLUSIONS
L'interprétation des teneurs isotopiques des eaux souterraines de la nappe des "Grès
de Garoua" a clairement mis en évidence une recharge actuelle des nappes facile et rapide
par infiltration directe des eaux météoriques.
Les données dont nous disposons actuellement n'ont pas révélé de contribution des eaux
du socle cristallin à la recharge de la nappe. Ceci pourrait être dû au contact anormal
existant entre les deux formations, qui constituerait une barrière hydraulique, drainant ainsi
vers les profondeurs du bassin les eaux circulant dans les altérites et les fractures du socle.
Le manque d'analyses des eaux de la Bénoué n'a pas permis de mettre en évidence le
rapport entre les eaux de surface et les eaux souterraines. Des études isotopiques menées
dans les sous-bassins de Sanguéré au sud de Garoua (Fontes, 1976) ont montré que la Bénoué
ne contribuait pas à la recharge de la nappe. Toutefois, compte-tenu des modifications du
régime hydrologique de la Bénoué liées à la mise en eau du barrage hydroélectrique de
Lagdo en 1980, cette hypothèse se devra d'être réexaminée.
REMERCIEMENTS
Les analyses ont été effectuées au Laboratoire d'Hydrologie et de Géochimie Isotopiques de l'Université
de Paris-Sud (Centre d'Orsay). Nous tenons à exprimer notre gratitude à: Annick FILLY et Annick
RAGUIDEAU pour leur assistance technique; Christelle MARLIN et Corinne LE GAL LA SALLE pour leurs
suggestions enrichissantes; Pierre MEYEBE de la Météorologie Nationale du Cameroun (Service de Prévision
à Garoua) pour la collecte des eaux des pluies.
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Almoustapha FOFANA
Direction nationale de l'hydraulique et de l'énergie,
Bamako, Mali
Baba MAR
Direction du génie rural et de l'hydraulique,
Dakar, Sénégal
Abdou HANIKOI
Direction des ressources en eau,
Niamey, Niger
Abstract-Resume
METHODES DE TRAÇAGE POUR LES MESURES DES DEBITS DES COURS D'EAU TORRENTIELS:
APPLICATIONS AU MALI.
Cet article rappelle brièvement le principe des deux techniques de détermination des débits par dilution
de traceur; l'injection instantanée et l'injection à débit constant. La méthode, employée systématiquement au
Mali depuis plusieurs années, s'est avérée particulièrement adaptée aux conditions de l'hydrologie soudano-
sahélienne où la soudaineté et la violence des crues rendent difficile l'emploi des méthodes classiques de mesure
des débits. Un exemple d'application est donné pour la détermination de la courbe de tarage de la station de
Dassi sur le cours d'eau Dourou en pays Dogon.
I. INTRODUCTION
L'hydrographie du Mali est caractérisée par le passage des deux grands fleuves
sahéliens (fleuve Niger et fleuve Sénégal), principale ressource superficielle permanente, et
d'un important réseau de marigots et torrents uniquement fonctionnels pendant la saison des
pluies. Les deux grands fleuves, cours d'eau à caractère tropical, prennent leur sources dans
le massif humide du Fouta Djalon (Guinée) qui leur assure un débit de base permanent. Dans
leur traversée des zones soudano-sahéliennes, leur régime est directement influencé par la
distribution des précipitations qui engendre une forte variation saisonnière de leur débit total.
Le contrôle et la prévision du régime des deux grands fleuves, réglés par les crues
des nombreux cours d'eau temporaires, a nécessité la mise en place d'un très important
147
réseau de stations de mesures, coordonné au niveau régional par un organisme inter-état
(AGRHYMET).
Cette tâche est rendue difficile par le caractère torrentiel des petits cours d'eau sur
lesquels l'application des techniques classiques des mesures de débits (jaugeage au moulinet)
est pratiquement impossible. Afin de palier à ce problème, une équipe spécialisée dans la
mesure des débits par dilution de traceur a été formée dans le cadre de la coopération
technique avec l'AIEA (projet MLI/8/002). Forte d'une expérience de plusieurs années,
l'équipe a également contribué à la formation des hydrologues de la sous-région dans le cadre
du projet régional RAF/8/012.
Cette méthode consiste à injecter pendant un laps de temps T (durant lequel le débit
du cours d'eau est considéré constant) un débit constant (q) de traceur à concentration
constante (c).
148
Instantaneous injection method
o
ro
Instantaneous injection
c
o Tracer integral
c
Concentration plateau
o
L'équation de bilan ne peut être écrite que si le traceur est bien mélangé dans la
section de mesure soit:
f" Q (t)dt = const (3)
J o
149
m. APPLICATIONS AU MALI
La technique à été appliquée avec succès dans plusieurs régions du pays, représentant
différentes conditions climatiques et hydrologiques: en zone sahélienne semi-aride (Nioro du
Sahel) et zone soudano-sahélienne (Bankoni, Paya, Ouyowayanko, Samanko, pays Dogon).
Quelques résultats de la dernière étude en pays Dogon sont présentés ci-après à titre
d'exemple.
Le Dourou prend sa source dans les falaises de Bandiagara et se jette dans le Yamé,
affluent du fleuve Niger. Il présente un caractère torrentiel du fait d'une forte pente et de la
nature en majorité rocheuse de son lit. Compte tenu de son caractère torrentiel, la méthode
de jaugeage par dilution de traceur a été appliquée pour déterminer les débits liquides
pendant les crues.
La station de Dassi délimite un bassin de 528 km2, elle est dotée d'une batterie
d'échelles limnimétriques et d'un limnigraphe. La moyenne pluviométrique annuelle
enregistrée à la station de Bandiagara, est de 577 mm (sur 40 ans). La saison des pluies dure
environ 4 mois (juin - septembre) et peut être sujette à de légères fluctuations selon les
années. Ainsi, d'importantes averses engendrant des crues peuvent déjà survenir au mois de
mai.
Tableau I: Les données hydrométéorologiques.
Janv. Fev. Mars Avr. Mai Juin Juil Août Sept Oct. Nov. Dec.
P mm 0,1 0,1 1,6 9,8 21,5 68,0 142,4 200,1 111,2 28,4 2,7 0,1
T°C 22 25 29 33 33 31 27 26 27 28 26 23
Hr % 24 20 18 23 41 50 64 69 64 44 29 30
Les épisodes pluvieux sont généralement de courte durée et de forte intensité (en 30
minutes on a pu enregistrer 50 mm de pluie). La pluie décennale est évaluée à 98 mm/24h
d'après les études réalisées par l'ORSTOM.
Les maxima des précipitations qui sont généralement engendrées par les vents
provenant de l'Est et du Sud-Est, sont enregistrés au mois d'août. Néanmoins des formations
nuageuses locales peuvent souvent produire des averses; il en résulte une répartition inégale
des précipitations aussi bien en intensité que dans le temps et dans l'espace.
150
m.2.2. Résultats des mesures
Dix-huit mesures de débits ont été réalisées à Dassi au cours de deux campagnes (1991
et 1992) afin d'établir la courbe de tarage de la station. Les mesures par dilution de traceur
ont été comparées à quelques résultats obtenus à l'aide du micro-moulinet (tableau 2). Deux
exemples d'application sont présentés ci après pour la méthode instantanée (figure 2, annexe
A) et la méthode d'injection à débit constant (figure 3, annexe B).
Cru» du 11/08/91
0.7 -i
0.6 -
0.8 -
0.2 -
0.1 -
Douroa à Dassy
Cru» du 27/07/91
0.21 -
5
S
4»
d
800
151
Tableau II: Jaugeages du Dourou à Dassi
m
UJ
Q
50 60 70 80 90 100
HAUTEUR (cm)
Q = a(h2-hl)2 + b(h2-hl) + c
dans laquelle les coefficients des segments de paraboles, dépendants de la hauteur d'eau (h)
dans la section sont donnés dans le tableau 3.
152
Tableau III: ajustement paramétrique de la courbe de tarage à Dassi
h (cm) a b C
20- 40 0,00040 0,004000 0,000
40- 60 0,00127 0,046600 0,240
60- 80 0,00234 0,104600 1,680
80- 100 0,00396 0,206199 4,708
100 - 120 0,02650 0.300150 10,416
4. CONCLUSIONS
L'expérience acquise au Mali sur l'application des techniques de mesure des débits
par dilution de traceur a montré que cette méthode est particulièrement bien adaptée aux
conditions hydrodynamiques locale. Elle trouve en effet sa meilleure application en régime
turbulent, là où les méthodes classiques sont au contraire difficilement applicables.
La méthode a fourni, dans des conditions hydrologiques variées, des résultats fiables,
nécessaires à la détermination des courbes de tarages. D'une façon générale, en période de
hautes eaux, la méthode d'injection instantanée est plus rapide et aisée à mettre en oeuvre
que l'injection à débit constant.
Fort de cette expérience - acquise par l'équipe malienne d'hydrologie et transmise aux
techniciens hydrologues des pays participants au projet régional - de nouveaux programmes
pour la mise en oeuvre des techniques de traçage ont d'ores et déjà été mis en place au
Sénégal et au Niger et sont envisagés au Cameroun.
REMERCIEMENTS
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154
ANNEXES
Date : 11/08/91 H : 54 cm
N I.F. T(s) Cr
1 0,00075 0
2 0,00045 15
3 0,00030 30
4 0,00037 45 Calcul du débit
5 0,00053 60
6 0,00022 75
7 0,00025 90 Q = v/s
8 0,00020 105
9 0,00043 120 s = sl*(a*b/p)
10 0,0172 130
11 0,073 140 0,17 V = 5 [1]
12 0,210 150 1,28
13 0,43 160 3,08
14 0,59 170 4,38
p = 100,1 [cm2]
15 0,63 180 4,71
16 0,64 190 4,79 a = 300 [s]
17 0,61 200 4,54
18 0,52 210 3,81 b = 224.10-7 [ml/ml]
19 0,46 220 3,32
20 0,41 230 2,91 Q = 1.09 m3/s
21 0,36 240 2,51
22 0,31 250 2,10
23 0,26 260 1,69
24 0,22 270 1,36
25 0,182 280 1,05
26 0,155 295 0,83
27 0,136 310 0,68
28 0,107 325 0,44
29 0,06 350
30 0,03 375
31 0,005 420
32 0,002 450
33 0,002 460
34 0,002 470
Cr = Concentration relative
155
Annexe B: Exemple d'injection à débit constant
Pour ce jaugeage nous avons effectué un minimum de 3 mesures sur chaque verticale (Vert.)
située à des distances (Dist) de la rive droite indiquées sur le tableau suivant. Les débits
unitaires (Du) obtenus sont:
Caractéristiques du cours d'eau
Vert. Dist. Du
Largeur .................. 3.6 m
1 10 cm 0,096 Section .................. 0.286 m2
2 60 cm 0,019 Périmètre mouillé ........... 3.65 m
Vitesse moyenne ........... 0.167 m/s
3 110 cm 0,023 Vitesse moyenne de surface .. 0.167 m/s
4 170 cm 0,019 Vitesse maximum ........... 0.232 m/s
5 220 cm 0,013
Rayon hydraulique ........... 0.078 m
Rapport U/Vms ........... 1.00
6 270 cm 0,082 Profondeur moyenne........... 0.095 m
Profondeur maximale.......... 0.110 m
156
LES TECHNIQUES NUCLEAIRES EN HYDROSEDEMENTOLOGIE:
PRINCIPES ET EXEMPLES D'APPLICATION AU MALI
Aboubacrine ALPHA
Ecole nationale d'ingénieurs de Bamako
Makan SISSOKO
Direction nationale de l'hydraulique et de l'énergie
Samuel DIARRA
Direction nationale de l'hydraulique et de l'énergie
Bamako, Mali
Abstract-Resume
1. INTRODUCTION
Les rivières et les fleuves transportent des sédiments par charriage et en suspension.
Pendant les crues, les masses solides sont considérables et, peu à peu, comblent les retenues.
Dans la pratique, on utilise fréquemment les vidanges de fond pour limiter l'accumulation
de sédiments au pied des barrages. Mais quand le faire?. Ce choix est d'autant plus difficile
qu'il ne faut pas gaspiller l'eau. Pour gérer une retenue, il est nécessaire de planifier et
d'estimer les travaux de dragage et donc de connaître:
157
les comportements sous l'eau des matériaux et tout particulièrement des sédiments très
fins du type vase.
Les études présentées ont été réalisées conjointement par la Direction Nationale de
l'Hydraulique et de l'Energie (DNHE) et l'Ecole Nationale d'Ingénieurs de Bamako (ENI).
2.1 Généralités
Des études détaillées (Baranov, 1956; Czubek et Guiton, 1965; Novikov et Kapkov,
1965; Filipov, 1973) ont montré que, même si les modes d'interactions des photons avec la
matière sont nombreux, la plupart ont une faible probabilité. L'atténuation du rayonnement
gamma dans la matière est due principalement à trois types d'interactions: l'effet photo-
électrique, l'effet Compton et l'effet de matérialisation (ou formation de paires).
158
2.2.1 Effet photo-électrique
Dans le cas de l'effet Comptom, le photon interagit avec un électron en ne lui cédant
qu'une partie de son énergie. Il est dévié de sa trajectoire initiale d'un angle 0 appelé
angle de diffusion. L'effet se produit si ET est très supérieure à l'énergie de liaison
de l'électron.
L'effet compton est prépondérant pour les énergies de photons 50 Kev < = ET < =
3 Mev. Il est caractérisé par un coefficient d'atténuation massique (/*) qui ne dépend
pratiquement pas du numéro atomique des éléments entrant dans la composition du
milieu.
Cet effet a lieu quand l'énergie du photon est supérieure à la somme des énergies au
repos du négaton et du positon (1,02 Mev) c'est-à-dire quand l'énergie est suffisante
pour la formation d'un négaton et d'un positon.
L'effet de formation de paire n'est important que pour des énergies ET > = 2 à 3
Mev, même dans les milieux lourds. Il devient prépondérant pour les photons de
grande énergie (> lOMev).
159
électrons dans le PM. Finalement l'anode du PM reçoit un flux d'électrons amplifié d'un
facteur 109. L'énergie des particules incidente est ainsi transformée en impulsions électriques.
Il y a proportionnalité entre l'énergie incidente et l'amplitude du courant de sortie.
160
3.1 La sonde "J.T.D.3"
Cette sonde à diffusion (fabrication CEA) est particulièrement conçue pour la mesure
in situ des fortes concentrations sédimentaires déposées par exemple dans les lacs de
barrages, les ouvrages portuaires ou les chenaux de navigation (Caillot, 1983). Elle
s'accompagne d'une chaîne de mesure (fig.2) constituée d'un ictomètre, d'une échelle de
comptage numérique et d'un capteur de pression (mesure des profondeurs d'immersion).
La source et le détecteur sont montés dans une même gaine. Un blindage placé entre
eux empêche l'enregistrement du rayonnement direct. Ainsi, seul le rayonnement diffusé par
le milieu arrive au détecteur. Il existe une relation entre la masse volumique du milieu et le
taux de comptage enregistré. Cette relation, de forme relativement complexe, est aussi
fonction de l'énergie primaire des photons émis par la source, de la distance source-détecteur
et de la composition chimique du milieu étudié (Czubek et Guitton 1965, Czubeck, 1966;
Arshibashev, 1980). Dans le cas de la sonde J.T.D3, on favorise l'enregistrement dans le
domaine où l'effet Compton est prépondérant.
Dans la pratique il est nécessaire de procéder à l'étalonnage au moins deux fois par
an (Hoslin et Meyer, 1987). La sonde est centrée dans un fût de 200 litres. On rajoute de
l'eau progressivement jusqu'à obtention d'un taux de comptage constant. Le milieu pouvant
être à ce moment considéré comme infini, on obtient la valeur N0 du comptage en eau claire.
On ajoute ensuite des quantités croissantes du sédiment à étudier et l'on effectue, après
homogénéisation de chaque ajout, des comptages réguliers (généralement 100s).
N = 1,80C + 8447,11
3.1.3 Applications
Dans les trois exemples donnés ci-dessous, l'utilisation de la sonde a permis d'obtenir
rapidement des informations sur les dépôts sédimentaires du bassin du fleuve Niger dans les
environs de Bamako.
Les recherches effectuées sur le site du barrage de Sélingué ont montrer qu'il n'existe
pas de dépôt appréciable de vase au droit des turbines.
161
o\
N)
ICTIOMETR6
ARRET 0 URGENCE
A L I M E N T A T I O N 3ZO V —
C O M M A N D E DU TREUIL
CAPTEUR ORDINATEUR
OE PRECISION
BLINDAGE
INTERMEDIAIRE
DETECTEUR A. SIGNALE SOND E
SCINTILLATION
BOITIER DU CAPTEUR
DE PREIIION
SOURCE
RADIOACTIVE
9200
9000 A
A
A
^ 8800 -;
cj O
8600
B400
8200 1 L 1 1 l t ! I 1 I I I 1 1 1 1 1 t 1 1 _l 1 1 1_ ( i l l 1 1 1 1
03 50
50 100
100 150 200 250 300 350 40
CONCENTRATION en y/l
L'appareil est conçu pour mesurer la masse volumique de sédiments contenus dans
un tube en matière plastique, de 5 à 11 cm de diamètre et 0,5 à 3 mètres de hauteur. Ce
dispositif permet une "auscultation" périodique des sédiments en cours de tassement. Les
mesures, dont l'enregistrement peut être continu ou discontinu, sont possibles à partir de
concentrations de l'ordre du gramme/litre avec une précision de l'ordre de 3%. La chaîne
de mesure comprend (Hoslin et Meyer, 1987):
un collimateur-source et collimateur-détecteur en plomb gainé d'acier;
un banc de mesure sur lequel se déplace, par entraînement électromécanique, la tête
de mesure glissant de part et d'autre de l'échantillon disposé verticalement.
163
v
;> 0 ~ O" panrieoj
O O o solaint
^0°0°0
Les taux de comptages en eau claire et pour des concentrations croissantes permettent
de déterminer la courbe d'étalonnage. Pendant les mesures, l'homogénéité du mélange est
assurée par une pompe maintenant les particules sédimentaires en suspension.
3.2.3 Applications
Une première étude a été effectuée pour étudier les phénomènes de sédimentation dans
le fleuve Niger à la hauteur de Bamako (Diarra, 1987).
165
Ce processus, dans la majeure partie des cas débute entre 1 mn et 15 mn et puis
s'achève entre 16 h et 24 h.
o
o
o
CT>
0
Q.
O
O
Lu
Q
O
X œ
ö
(fl
Lu
Q
CE
O
a. o
r-
o
to
10 20 30 40 . 50 60 70 80 90 100 110
CONCENTRATION en (g/l)
4. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
Les sols des régions à climat aride et semi-aride (à végétation rare) sont soumis à une
érosion intense. Les produits de cette érosion sont transportés par les eaux de ruissellement
jusqu'au cours d'eau où ils se déposent par décantation. Ce processus de transport solide est
plus marqué dans les cours d'eau à régime torrentiel où l'on enregistre des concentrations
de sédiments avoisinant 100 g/1.
Sur le fleuve Niger le long des berges, les courbes de variations débit solide-temps;
débit liquide-temps; et hauteur-temps indiquent un maximum de transport solide entre le 20
Août et le 6 Septembre. La concentration est maximale en Août et est proche de 30 g/1 (aux
environs des berges), avec une charge solide maximum de plus de 50 T/s en fin Août. Une
166
approche plus rigoureuse des concentrations de matières en suspension s'impose, pour
l'estimation de la charge solide dans le fleuve Niger.
REFERENCES
AIEA (1975). Tracer techniques in sédiment transport. Tech, reports series n°145 AIEA Vienna.
BRIERE M., JOUVE B. (1978). Manuel pratique d'utilisation des dispositifs de comptage alpha, bêta,
gamma. C.E.N. Saclay.
CAILLOT A. (1983). Les problèmes hydrosédimentaires au Mali et les mesures à mettre en oeuvre
pour les résoudre. Rap. Miss. AIEA-TA-2125, 21p.
CIET P. (1987). Utilisation des techniques nucléaires pour l'étude du transport des sédiments. Rap.
miss, exp., Proj. AIEA MLI/8/003.
DIARRA, Samuel (1989). Etude de la sédimentation dans le bassin du fleuve Niger: amont des
barrages de Somoli et Sogodougou sur le Dourou, amont du pont de Bamako sur le Niger. Rap. fin
d'études, ENI Bamako, 74p.
HOSLIN R. et MEYER G. (1987). Rapport de mission d'expert. Proj. AIEA MLI/8/003, 25 Juin - 10
Juillet.
LEYMAN E.P. (1969). Sur le numéro d'ordre atomique effectif des éléments et des milieux
complexes pour le rayonnement gamma de faible énergie. Atomnaya Energiya 27,5, 474-475.
TAZIOLI G.S. Etude de l'érosion évaluée par les mesures de transport solide. Séminaire régional sur
l'utilisation des isotopes en hydrologie. Rabat (Maroc) 1 5 - 2 0 Septembre (1986).
167
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MESURE IN-SITU DES TRANSPORTS SEDIMENTAffiES EN SUSPENSION
DANS LE COURS DU TORRENT DOUROU (PLATEAU DOGON - MALI)
Makan F. SISSOKO
Section Aménagement des bassins fluviaux,
Direction nationale de l'hydraulique et de l'énergie
Samuel DIARRA
Laboratoire d'hydrosédimentologie,
Direction nationale de l'hydraulique et de l'énergie
Almustapha FOFANA
Section Hydrologie,
Direction nationale de l'hydraulique et de l'énergie
Abubakrine ALPHA
Ecole nationale d'ingénieurs de Bamako
Bamako, Mali
Abstract-Resume
169
10 ZO 30 «O 30
170
I. INTRODUCTION
Les phénomènes qui contrôlent l'érosion, les transports solides dans les cours d'eau
et les dépôts sédimentaires dans les retenues sont complexes. L'envasement précoce des
barrages - facteur principal de diminution de leur durée de vie -, le coût faramineux des
opérations de curage, montrent cependant que la connaissance et la quantification de ces
phénomènes revêt une importance capitale, aussi bien sur le plan technique que sur le plan
économique. Pourtant, bon nombre de retenues artificielles sont toujours réalisées sans qu'il
ait été au préalable collecté suffisamment de données expérimentales sur la dynamique
sédimentaire dans le bassin versant considéré.
Les études de ce type sont d'autant plus nécessaires dans les zones arides et semi-
arides où - du fait de la rareté du couvert végétal - d'énormes quantités de sédiments sont
transportées pendant les crues. L'évaluation des transports sédimentaires par les mesures
directes, dites conventionnelles, est rendue, ici, extrêmement difficile du fait du régime
torrentiel des cours d'eau. Dans ces conditions, l'application des méthodes nucléaires à la
mesure des transports sédimentaires est apparu comme une alternative intéressante du fait de
son automatisme et de la possibilité de mesures en continu (Florkowski, 1968; AIEA, 1973;
Caillot, 1983; Tazioli, 1983).
Cet article présente les premiers résultats obtenus à la station expérimentale de Dassi,
installée au Mali en pays Dogon sur le cours du torrent Dourou en amont des barrages de
Somoli et de Sogodougou (fig.l). Ces études ont été réalisées par l'équipe de la Direction
Nationale de l'Hydraulique et de l'Energie du Mali en collaboration avec le laboratoire
d'Hydrosédimentologie appliquée de l'Ecole Nationale d'Ingénieurs de Bamako dans le cadre
des accords de coopération avec l'AIEA (projets MLI/8/003 et RAF/8/012).
171
avec
- c
où /°w = densité de l'eau claire
1° s = densité du solide (particules sèches)
La sensibilité de mesure dépend de l'énergie du rayonnement employé et de la
géométrie choisie (distance source - détecteur). Elle est exprimée par:
dl/l fw
S = ————— = ( Ms - Mw —— ) C * X
dC/C /O
m. APPLICATION AU MALI
Somoll
I. I • C H 0
/ Borroçt
s~j courbt dt niveou
I0km
^ S'orion de meturt lurbidirnélrlque
172
HI. 1. Caractéristiques du site d'étude
Le pays Dogon se présente sous l'aspect d'un plateau gréseux à la morphologie assez
variée: glacis sub-horizontaux à l'Ouest et au Sud-Ouest; buttes au relief ruiniforme au Nord
et au Nord-Est; zone de relief tourmenté et très fracturé sur le revers de la falaise.
SU«
Its*
WWW
1009l» 4 *»m
Figure 3: Coupe géologique dam le secteur d'étude (d'après KEITA M.D., 1984)
173
m.2. Equipement de la station de mesure
La station de Dassi, installée définitivement en juin 1990, est composée des éléments
permanents suivants (fig.4):
une source radioactive d'Am-241 de 100 mCi fixée sur une structure métallique très
robuste, elle même scellée dans le béton;
un détecteur à scintillations avec cristal 2"x2" de NaI(Tl) placé à 27 cm de la source;
une échelle de comptage connectée à un enregistreur automatique (turbidimètre
LABEN mod. 83) installé dans une guérite;
une batterie (12V) pour l'alimentation du turbidimètre;
un panneau solaire pour la recharge de la batterie;
un limnigraphe;
une batterie d'échelles limnimétriques.
Les mesures sur le terrain sont précédées (au laboratoire et sur le terrain) de la
détermination de la courbe d'étalonnage et du seuil de fonctionnement de la jauge
correspondant à la géométrie et aux conditions minéralogiques du site.
174
100.,
Seuil de
fonctionnement
50-
X
3
30 35 40
0.95
0.90 -
0.85 -
0.80 -
0.75 -
0.70 -
0.65
10 20 30 40 50 60 70
C (g/1)
taux de comptage est atteinte à partir de 9 cm au dessus de l'axe source - détecteur, soit
42cm au dessus du fond de lit (Diarra, 1989; Ciet, 1989).
La courbe d'étalonnage (fig.6), relation entre le taux de comptage eau claire / eau
turbide et la concentration en sédimenfeest obtenue par addition progressive de sédiments
(prélevés in-situ) dans une cuve à circulation respectant la même géométrie que le dispositif
de terrain.
175
III.4. Résultats
Quatorze crues ont pu être enregistrées pendant les hivernages 90 et 91, correspondant
respectivement à 32.000 et 28.000 mesures de concentration. Le maximum de concentration
ponctuelle observée fut de 45.8 g/1 pour un débit de 19 m3.s"1. La charge solide transportée
varie de quelques dizaines à plus d'un millier de tonnes en quelques heures (1200 tonnes en
4 heures le 23/08/1990).
La forme de l'hydrogramme de crue et les calculs des volumes écoulés pendant les
crues correspondent à des caractéristiques d'un bassin à rétention importante. L'écoulement
devenant pratiquement nul peu de temps après la fin de l'épisode pluvieux, toute l'eau
retenue dans le bassin semble être rapidement reprise par évapotranspiration sans permettre
la manifestation d'écoulement hypodermique.
On remarque par ailleurs qu'il n'existe pas - vu le caractère très turbulent du cours
d'eau - de relation entre le débit liquide et la concentration en sédiments en suspension.
Le tableau I récapitule les charges solides cumulées pour les crues enregistrées lors
de l'hivernage 91. Le total se monte à 2460 tonnes. Considérant qu'environ la moitié des
crues n'a pu être enregistrée pour des raisons techniques, le total réel de sédiments
transportés à été estimé à une valeur d'environ 5.000 tonnes/an.
176
«
41
3*
a
<H
s^
a0
fl
S
•t
1-4
•g
A
c
a
Tempi an (heuro)
(a) débits liquides (b) concentration en sédiments (c) charge solide cumulée
111
IV. CONCLUSIONS
Par ailleurs, il convient de rappeler que cette technique n'apporte aucune perturbation
susceptible de modifier l'objet à mesurer et présente aussi l'avantage d'intégrer les mesures
sur plusieurs minutes (fonction réglable de 1 à 60 mn). Le résultat de chaque comptage
concerne ainsi des volumes importants d'eau turbide (pouvant atteindre plusieurs m3, suivant
le débit et le temps de comptage) et gagne donc du point de vue de la représentativité.
178
Les mesures effectuées correspondent donc actuellement à une sous-estimation de
valeurs réelles des quantités de sédiments transportés.
REMERCIEMENTS
Les auteurs remercient tout ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à la réalisation des études
cités. Que I'AIEA, à travers les projets MLI/8/003 et RAF/8/012 trouve ici l'expression de notre
sincère reconnaissance. Une mention est à l'actif des experts dont les apports à ce travail sont
inestimables. Il s'agit de MM. Sergio Tazioli, Pietro Ciet et de M. Jean François Aranyossy qui a
assurer la coordination du programme et nous a aider dans la préparation du présent article.
REFERENCES
AIEA (1973), Tracer techniques in sédiment transport. Technical Report séries 145. IAEA ed.
Vienne.
DIARRA S. (1989). Etude de la sédimentation dans le bassin du fleuve Niger, amont des barrages
de Somoli et Sogodougou, amont du pont de Bamako sur la Niger. Proj. fin études, ENI Bamako.
CAILLOT A. (1983). Les problèmes hydrosédimentaires au Mali et les mesures à mettre en oeuvre
pour les résoudre. IAEA TA 2125, 21 p.
KEITA N.D. (1984). Etude Géologique des formations sédimentaires de la partie sud-orientale du
bassin précambrien supérieur et paléozoïque de Taoudeni au Mali. Thèse Doc. Ing. Univ. Aix-
Marseille.
OLIVRY J.C. (1990). Erosion et transports solides: mesure et étude des processus. Cours EIER
Ouagadougou, ORSTOM Bamako, 80p.
TAZIOLI G.S. (1983). Nuclear gauges for measuring sediment transport in torrential water courses.
Radioisotopes in sediment studies. IAEA [Link]. 298, 51-69
TAZIOLI G.S. (1987). Application des techniques nucléaires aux problèmes d'érosion de transports
solides et de sédimentation dans les barrages. Rap. miss. AIEA MLI/8/003.
Abstract-Resume
INTRODUCTION
Plusieurs auteurs ont essayé de reconstituer des informations climatiques à partir des
rapports isotopiques 18 O/ 16 0, 2 H/ 1 H de la cellulose des plantes. Les premières investigations
cherchèrent à corréler les ô18O et Ô2H du bois avec la température. C'est en effet le facteur
climatique principal, du moins dans les hautes et moyennes latitudes, qui influence le plus
la composition isotopique de l'eau utilisée par les plantes dans la biosynthèse de leurs tissus
et réserves (Shiegl, 1974; Epstein étal, 1976; Gray et Thompson, 1976; Libby et al, 1976).
Par ailleurs, à la suite de Yapp et Epstein (1982), Edwards et Fritz (1986) établissent
des relations quantitatives entre les rapports isotopiques 18O/16O et 2R/1H. de la cellulose de
plantes terrestres et celle des eaux météoriques qui alimentent ces plantes. Ces relations qui
constituent le fondement de leur reconstitution de "paléohumidité", font intervenir un facteur
181
de "fractionnement biochimique" représentant la somme des fractionnements isotopiques entre
l'eau de la feuille et la cellulose. Cependant, ces relations qui supposent l'existence d'un
équilibre isotopique entre la vapeur d'eau atmosphérique et l'eau d'alimentation seraient
contredites par l'existence possible de fractionnement post-photosynthétiques indépendantes
de l'humidité relative (DeNiro et Cooper, 1989).
MATERIELS ET METHODE
L'intérêt de notre zone d'étude est qu'elle présente, sur une distance de 500 Km
seulement, un gradient d'aridité latitudinal très marqué (avec une pluviométrie de 1700
mm/an au Sud et de 300 mm/an au Nord), alors que les températures moyennes annuelles
varient peu dans l'espace (fig. 1). Ce contexte climatique particulier est illustré par la figure
2 qui montre la répartition latitudinale de la pluviométrie, de la température et de l'humidité
relative de l'air.
L'arbre choisi est l'Acacia blanc appelé Acacia albida ou Faidherbla albida. Il
pousse dans toute l'Afrique subtropicale, des zones désertiques aux forêts tropicales (Giffard,
1969). Contrairement aux autres catégories d'arbres, A. albida perd ses feuilles et arrête de
croître durant la période pluvieuse (juillet - octobre). Paradoxalement, il redevient luxuriant
durant toute la saison sèche. Nous l'avons trouvé aussi bien dans les zones inondables que
dans les sites semi-désertiques où la nappe phréatique est très profonde.
Nous avons déterminé les teneurs en I8O des cernes d'arbre échantillonnés sur un transect
latitudinal afin d'établir des corrélations entre les teneurs en isotopes lourds du bois et les
182
SO- - 2815
- 815
- 415
19 15
I35O
RESULTATS ET DISCUSSIONS
Les rapports 18O/2H dans les eaux des nappes phréatiques, échantillonnées au milieu
de la saison sèche, se répartissent sous la droite des eaux météoriques mondiales sur une
droite d'évaporation de pente 4,8 (fig.3).
183
-15'
-22
-26-
-30-
-38-
-6,6 - 5 , 8 -5 -4,2
OXY9ENC -I«
-6-
Par ailleurs, les résultats sur l'ensemble des échantillons montrent une influence de
la proximité de la mer, illustrée par la répartition spatiale des paramètres climatiques (fig.2).
Il n'y a aucune corrélation visible entre les teneurs en 18O de plantes et celles des eaux
des nappes superficielles bien qu'un enrichissement isotopique latitudinal de ces eaux ait été
mis en évidence dans la partie nord du pays (fig. 4). Ceci est tout à fait prévisible dans la
184
250 500 750 1000 1250 150O
mesure où le ô'8O de la cellulose des troncs est influencée en amont par le <518O de l'eau des
feuilles qui dépend à la fois du ô18O du CO2 de l'air ambiant et du ô18O de la sève nourricière
qui est pompée, pour partie dans la zone non saturée, et pour partie de la nappe.
Ces résultats montrent que les teneurs en 18O de la cellulose des cernes d'Acacia
albida sont étroitement liés à l'humidité relative de l'air (moyenne annuelle des minima) qui
est une fonction directe de la pluviosité et une fonction inverse de la température. Ainsi, les
Ô18O des cernes d'Acacia renferment une information climatique qui peut être interprétée en
terme de disponibilité d'eau. Dans les sites semi-arides situés hors de la zone d'influence des
masses d'air océaniques, la vapeur d'eau qui contrôle la teneur en 18O de la cellulose
d'Acacia est issue essentiellement de l'évaporation des nappes superficielles. Aussi, il y'a une
relation indirecte entre le S18O de la cellulose et la pluviosité locale.
CONCLUSIONS
L'étude que nous avons présentée constitue une toute première tentative d'utilisation
des isotopes du milieu dans la reconstitution climatique dans la zone sahélienne. Notre
démarche a consisté à rechercher des relations fonctionnelles entre la composition isotopique
de la matière organique végétale actuelle et les paramètres climatiques.
L'analyse des résultats obtenus sur le bois d'Acacia a permis de mettre en évidence
une corrélation significative entre le ô18O du bois d'Acacia et l'humidité relative de l'air qui
est le paramètre essentiel qui traduit l'humidité climatique. Les tendances observées devraient
pouvoir être confirmées sur des transects situés hors de la zone d'influence des masses d'air
océaniques.
REFERENCES
BRICOUT J. {1978) - Recherches sur te fractionnement isotopique des isotopes stables de
l'hydrogène et de l'oxygène dans quelques végétaux. Thèse de Doctorat d'Etat, Univ. Pierre et
Marie Curie, Paris.
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186
CONTRIBUTION DU CO2 VOLCANIQUE
AUX EQUILIBRES GEOCHIMIQUES ET ISOTOPIQUES
DU CITD DES AQUIFERES DE LA PLAINE DE L'KHAZER (NIGER)
Alain JOSEPH*
Département de géologie,
Université de Niamey,
Niamey, Niger
Abstract-Resume
VOLCANIC CO2 CONTRIBUTION IN THE GEOCHEMIC AND ISOTOPIC EQUILIBRIUM OF THE TIDC IN
THE IRHAZER AQUIFERS (NIGER).
Geochemie and isotopic characteristics of total inorganic dissolved carbone (TIDC) of groundwater
bodies in the Irhazer sedimentary basin, do not follow the natural evolution of the balance linked to confinement
process. On the other side of a main tectonic accident, we demonstrate an important increase of the alcalinity
and of the CO2 partial pressure, added to an enrichment in carbon-13 content. Among different hypothesis, we
take into account a volcanic production of CO2, 0I3CC02 of which is closed to -7°/m PDB. This gaz feeds the
system through the active "In Azaoua " fracture system.
1. INTRODUCTION
La validation des modèles de temps de résidence des eaux qui utilisent le 14C comme
radiochronomètre, repose sur deux conditions fondamentales (Pearson et Hanshaw, 1970;
Fontes et Garnier, 1979): (1) Les pôles isotopiques biogène (bio) et minéral (miné) qui
participent à la composition du carbone inorganique total dissous (CITD) doivent rester fixes
dans le temps et homogènes dans l'espace matriciel de l'aquifère; (2) L'évolution des faciès
chimiques et isotopiques des eaux ne doit pas être perturbée par une éventuelle réouverture
sur l'horizon biogène, ou être contaminée par des intervenants étrangers au système (gaz
d'origines diverses, mélange géochimique de deux nappes...) qui peuvent modifier les
équilibres thermodynamiques et la composition originelle du CITD.
* Adresse actuelle: U.F. Environnement, Université Diderot, 2, place Jussieu, F-75251 Paris Cedex 05,
France.
187
Figure 1: Emplacement des points d'eau étudiés du Continental intercalaire et du
Carbonifère dans les plaines de l'Irhazer et de Tint Mersoï. Teg: grès de Tégama, Irh:
argile de l'Irhazer, Tchi: grès de "Tchirozérine", Ize: grès d'izegouandane, Carb: grès
carbonifère.
Dans le Continental Intercalaire d'Algérie, par exemple, où les eaux anciennes sont
en équilibre avec la roche-réservoir de composition minéralogique sensiblement identique à
celle de l'AMCGA, les valeurs de 513CCITD ne s'abaissent pas en dessous de la composition
limite de -5.23 °/M vs PDB (Gonfiantini et al, 1974) avec des charges bicarbonatées
inférieures à 210 mg.l1.
188
Tableau I: Principaux résultats géochimiques et isotopiques des points d'eau étudiés dans
les plaines de VIrhazer et de de Tim Mersoï alluvionnaires).
Les bicarbonates et les carbonates sont en méq.f. C-13 s'exprime en %, par rapport au Peedee
Belemnitella americana. t. S. est l'indice de saturation par rapport à la calcite. P. C02 est la pression
partielle de dioxyde de carbone dans l'eau. Les numéro de codes renvoient au répoftoire du projet
RAF-8/012 de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique.
189
2. LES RESULTATS
a) A l'Est de la flexure
b) A l'Ouest de la flexure
Dans le compartiment ouest de la FFIA, les eaux montrent une brusque remontée de
la charge C(HCO3 - CO3~, COj) qui est corrélable linéairement (fig.2) avec le logarithme de
P.CO2 (pCOj) suivant, cette fois-ci, une pente positive. La P.CO2 est cent fois plus élevée
en fin de parcours. Dans la région de Teguidda n'Tessoum, elle est, par exemple, de 1"2>31
atmosphères pour une teneur en bicarbonate de 14.82 méq.l"1. Dans le même temps, Ô13CCITD
subit un enrichissement important (-2.26°/M pour le forage 29). L'alcalinité croît de façon
asymptotique avec ô13CCITD.
La relation simple qui lie les points de la figure 3 (à l'exception de ceux numérotés
qui sont, nous le verrons plus tard, le produit d'une évolution différente), est une courbe (ß)
d'équation:
2000
(HC03- + C032-) = - —————————— + 11 (avec: r2 = 0.87) (1)
(Ô13CC1TD+1)
Dans la chimie des carbonates, l'acquisition de l'alcalinité s'opért pro parte dans le
domaine ouvert sur l'atmosphère et l'horizon biologique du sol, et dépend de la fugacité du
gaz carbonique. Dans les nappes superficielles d'oueds, où la pression partielle de gaz
carbonique préfigure celle du moment de l'infiltration dans les aquifères sous-jacents, pCO2
est en moyenne de -1,85 avec un écart-type de 0,21 sur 32 analyses (Joseph, 1990). Cette
valeur est très proche de celle des forages 47 et 49 qui sont implantés en nappe libre dans
l'aire d'affleurement des grès d'Agadez. Ceci signifie que pCO2 devait être sensiblement plus
élevée à l'époque où la recharge était effective. Par la suite, lorsque les transits deviennent
horizontaux, l'alcalinité augmente sensiblement en fonction inverse de pCO2 (fig.4).
190
71 : (HCO~ + C0~~+ C02) = -32.5 log(p.C02) + 156 (r=0.70)
•i.
-5. 0 -4. 0 -3. 0 -2. D -1. 0 0. 0
log (p. CQ2) atm.
Ä X ,/ <5*. '
X
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ALCALINITE
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11. 11.
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-5. 0 -4. 0 -3. 0 -2. 0 -1.0
log<p. C02) atm.
(C02) = H. + 45 (4)
où K,, est la constante d'hydratation du gaz carbonique (Langmuir, 1968), qui donne:
CO7+H7O+CaCO, +2HC(V.
192
Une mole de CO2 d'origine biogénique disparaît pour donner naissance via les
carbonates de la calcite à 2 moles de HCO3". Cependant, dans le détail, les points de la droite
Y! forment deux populations distinctes. La première (points numérotés de la fig.2) couvre
l'ensemble de la nappe libre et une partie de la zone semi-captive. La deuxième est
rigoureusement implantée le long de la FFIA qui est en zone captive (points non numérotés
de la droite
Dans la première population, la baisse de P.CO2 s'accompagne d'une très légère
décroissance de la teneur en bicarbonates. Il y a donc précipitation des carbonates, en accord
avec les valeurs élevées des indices de saturation vis-à-vis de la calcite. Dans la deuxième
population, P.CO2 baisse d'une dizaine d'atmosphères et l'on enregistre une augmentation
de l'alcalinité légèrement plus importante que ce que pourrait fournir le CO2-hydraté. Il est
probable, au cours des variations climatiques anciennes (Petit-maire et Riser, 1983), que le
flux (HCO3~, CO32", CO2) ne soit pas resté identique depuis le Ghazalien, puisqu'il dépend,
d'après le loi de Henry, de la pression partielle de CO2 et du couvert végétal.
Dans ce système fermé ou le réservoir C(HCO3', CO32 , CO?) est limité, le devenir
ultime d'une telle relation pour laquelle le flux de HCO3'(bio) et celui de HCO3"(miné) sont
relativement constants, correspond aux points numérotés de la figure 4: les valeurs les plus
fortes de la droite. Ce sont les eaux fossiles prélevées dans le Carbonifère de la région
d'Arlit (l'activité 14C est en moyenne de 4.5 PMC), on les attribue à la recharge de l'humide
ghazalien (Joseph, 1989).
En aval de la FFIA, les eaux auraient dû évoluer vers un confinement de plus en plus
poussé avec stabilisation de la teneur en alcalinité, et, comme l'indique le figure 2, une
disparition du CO2-gaz. Il n'en n'est rien, et l'augmentation brutale de
C(HCO3", CO32) conjointement à celle de la pression partielle de CO2-gaz, ne peut
s'expliquer qu'en invoquant d'une source supplémentaire de CO2. Celle-ci ne peut être
biogénique puisque 400 m d'argile à montmorillonite isolent totalement l'aquifère du
réservoir atmosphérique. Quels peuvent être alors les phénomènes modificateurs?
(1) Le gaz carbonique est généré à partir de l'oxydation de la matière organique. D'une
part cette réaction ne peut avoir lieu au delà de la FFIA où il n'existe plus d'oxygène
dissous dans l'eau. D'autre part elle créerait une diminution de la teneur en 13C du
CITD, ce qui est contraire aux observations.
(2) En milieu réducteur, on sait (Beerstecher, 1954; Powell et Macqueen, 1984) que la
réduction des sulfates, en présence de matières organiques, produit H2S et CO2.
193
0.75nS042' < ———— > nC02 + 0.75nS2' + nH2O
al., 1970).
194
51
0 cm
*.M- 15
[Link]- SO
SS.34- S4
39,4«'
[Link]-
52 r
71.67
«I.7J,.
JOO
ISO-
940-
mb •
9JO-
19« 1915
Figure 5: Evolution sur quatre ans; des niveaux de l'AMCGA sur les piézomètres du champ
captant de Rarhous, du débit mensuel au forage d'exploitation (n°45) de la SONICHAR,
et de la pression barométrique en millibar à Agadez (Météorologie Nationale, comm. pers.)
Le deuxième pôle (C) est une source variable de CO2 dont l'homogénéité des teneurs
en 13C sera discutée plus loin.
L'équation de la courbe qui ajuste au mieux l'ensemble des points (à l'exception des
points numérotés qui manifestement matérialisent une évolution non perturbée par la source
(C)) est celle de (1). En réalité, le pôle (AB) est lui-même le produit d'un mélange entre A
et B du type:
Par ailleurs, si Ô13CC1TD n'est pas fixe et homogène dans l'espace aquifère du
compartiment est, on en connaît les limites entre A et B. Dans ce cas, ce n'est plus une
courbe qui rend compte du mélange binaire (AB) + (C) mais deux courbes (A-C) et (B-C)
toutes deux asymptotiques à ô13C = -1 qui définissent (comme l'indique le schéma théorique
de la figure 6) une enveloppe hyperbolique dont l'aire situe les étapes de mélange
[(A+B) + (C)]. La courbe représente alors la fonction moyenne des points intermédiaires
entre ces deux limites. La teneur asymptotique <513CcrrD = -1 peut s'expliquer de plusieurs
manières:
195
C
,T
aire de mélange
Lu
«t
U
droite de mélange
513C C/TD %oPDB -1
Figure 6: Schéma théorique suggérant l'intervention des différents pôles qui participent à
la géochimie des carbonates dans l'AMCGA et l'aquifère carbonifère.
(1) Le CO2 volcanique dont à"Ccm_vo\c est généralement compris entre -80/«, et -6°/0
(Pineau et Javoy, 1969; Joseph et al, 1990), est hydraté au contact de l'eau.
rS13V_^l
U CClTD-volc __ ^ÎÏ3/™1
~~~ \j V_^i
'CO2-volc + eHCO3 «-C02
(2) En l'absence de calcite, les bicarbonates hydrolysent les feldspaths sans échange ni
mélange isotopique: ô13CCITD du pôle C posséderait une valeur moyenne de +10/^.
(3) En présence de calcite, nous retrouvons le modèle déjà cité de mélange avec échange
isotopique et : -1.20/«, < ô13CCITD < 0 "/„. Ce troisième cas de figure correspond
mieux à nos résultats de terrain et vérifie la droite asymptote: ô13C = -l V«, PDB.
4. DISCUSSIONS ET CONCLUSIONS
Nous avons évoqué, plus avant, la possibilité d'une mise en solution de carbonate de
sodium et de borax synsédimentaire ce qui excluerait en partie la participation du CO2
volcanique et pourrait expliquer l'absence de Ca ++ et la saturation vis-à-vis de la calcite en
zone de confinement. Mais:
(1) il y a toutefois réapparition du Ca ++ avant Teguidda n'Tessoum (et ceci ne semble
pas être la conséquence d'un éventuel contact géochimique avec la nappe carbonifère,
puisque le rapport Mg ++ /Ca ++ en méq.l"1 de cette région est très inférieur à celui de
l'eau de mer (Joseph, 1990);
196
(3) concernant les eaux les plus enrichies en 13C, des travaux antérieurs (Joseph, 1990;
Joseph et al. 1990) ont montré que la relation ô18O vs Ô2H indiquait plus un échange
isotopique entre le CO2 volcanique (soit un appauvrissement en ô18O) qu'un échange
avec l'eau de constitution du trôna et de natron qui est un résidu d'evaporation.
Cette étude débouche sur une critique des méthodes classiques de datation au 14C. Le
carbone mort d'origine profonde dilue l'activité initiale des carbonates et vieillit l'époque
apparente de la recharge. Cependant, d'une part, l'analogie du faciès 513CCITD d'origine
volcanique vs ô^C^o» ne devrait pas trop déséquilibrer l'activité initiale du
radiocarbone dans le cas du modèle purement isotopique. D'autre part, ce nouvel état de fait
se détecte sur les eaux relativement anciennes et ne devrait biaiser, tout au plus, que
l'estimation de la période de la recharge ghazalienne. Les signaux humides qui conduisent
la recharge nigéro-tchadienne semblent à l'abri des distorsions provoquées par l'afflux de
CO2 volcanique.
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Laurence GOURCY
ORSTOM,
Bamako, Mali
Depuis les années 1980, un programme mené par la division hydrogéologie de la Direction
Nationale de l'Hydraulique et de l'Energie avec le soutien des projets PNUD/DTCD
MLI/67/004 puis MLI/84/005 et la collaboration de l'AIEA a permis de mener des études
isotopiques sur les différents aquifères du Mali. Deux séries de prélèvements ont été
effectués par l'ORSTOM sur le fleuve Niger à Banankoro du 7/7/1990 au 17/4/1991 18 et sur
le fleuve Bani à Douna du 9/7/1990 au 18/4/1991. Les analyses des isotopes stables O et
2
H faites par l'AIEA ont permis de compléter cette étude et de souligner les liens entre les
fleuves et les nappes en aval du delta intérieur.
I Niger à Banankoro
1.1 Evolution au cours l'année
Au début de la saison des pluies (juillet) il y a une diminution rapide des teneurs en isotopes
lourds par lessivage direct. Un enrichissement débute en août alors que l'hivernage n'est
pas terminé et que le débit du fleuve continue à augmenter. La nappe du socle qui existe
dans cette région présente un horizon superficiel d'altérite épaisse perméable qui favorise un
écoulement latéral de type ruissellement différé qui est évacué par le réseau de surface. Cet
horizon est enrichi en isotopes sous l'effet de 1'evaporation durant la saison sèche. Les
premières pluies, par infiltration et effet piston, en permettent l'écoulement vers le Niger.
En amont de Banankoro, à partir de Siguiri (Guinée), il existe quelques plaines d'inondation
dont les grandes surfaces permettent un enrichissement par fractionnement isotopique dû à
1'evaporation. Ces plaines se vidangent dans le fleuve et peuvent également jouer un rôle
dans l'enrichissement observé. D'autres études ont montré qu'un enrichissement dû à cet
horizon perméable avait lieu, mais au tout début de la saison des pluies (jui n )- Le retard
observé à Banankoro pourrait être dû à la présence d'un front d'infiltration suivi d'un
lessivage par les eaux d'infiltration.
Dès la décrue, I1 evaporation domine et permet un enrichissement progressif des eaux du
fleuve.
1.2 Relation Ô18O / <52H
Deux droites de régression peuvent être établies, l'une pour la période de crue et l'autre
pour la période de décrue. Les pentes de ces deux droites respectivement +6.63 et +4.58
indiquent une evaporation. Les points d'intersection de ces droites avec la droite des eaux
météoriques
2
mondiales donnent la composition
18
de l'eau d'origine.
2
Ces valeurs sont: <518O =
-5%0; Ô H = -30%o pour la crue et ô O = -4.5% 0 ; 5 H = -25.9%o pour la décrue. 2
Ces
eaux se placent sur la droite de la chronique des eaux de pluies à Bamako ( <5 H = 5.8 *
Ô18O - 0.9).
201
11.2 Relation ô18O / ô2H
Deux droites ont pu être définies pour la crue et la décrue. Les pentes trouvées sont de
+5.81 et +4.24 et correspondent à des eaux évaporées. Les points d'intersection avec la
droite des
2
eaux mondiales sont: ô18O = -5%<>; ô2H = -30%o pour la crue et ô18O = -
4.3 %0; ô H = -24.2%o pour la décrue. Ces eaux sont les mêmes qu'à Banankoro. Les effet
de continentalité et de latitude jouent un rôle négligeable. Les sources de ces deux fleuves
se trouvent dans une région comprise entre les latitudes 8° et 13° nord et longitudes 12° et
6° ouest.
202
NIGER A Banakoro
du 07/07/1990 ou 17/04/1991
S1B0%0
-4QJ
BANI A Douna
du 09/07/1990 au 18/04/1991
décrue
crue
eaux météoriques mondiales
203
NIGER à Banankoro
du 7/7/1990 au 3/3/1991
[m3/s]
3000
-6
7/7 27/7 16/8 5/9 25/915/104/1124/1114/12 3/1 23/1 12/2
date
BANI à Douna
du 7/7/1990 au 3/3/1991
[m3/s]
1000
204
BANI à Douna
du 9/7/1990 au 18/4/1991
Im3/s)
800-
600-
400-
200-
t •»
BANI à San
du 10/02/1988 au 29/11/1988
|m3/s]
1200-
1000-- -2
800-
600- •-2
t ' .X*
Jl
10/2 10/3 10/4 10/5 10/6 10/7 10/8 10/J 10/10 10/11
NIGER à Banankoro
du 7/7/1990 au 17/4/1991
[m3/s] %o
2500-
2000-
1SOO-
1000-
CD débit -»-ISO
205
REGION DE DOUNA-SAN
20
10
-10
-20
-30
-4O
-50
S18
Bani à Douna
Bani à San
région de San-aquifère de l'infracambrien
région de San—aquifère continental
206
AQUIFERE INFRACAMBRIEN
20
10 H
0
-10 -
-20 -
-30 -
-40 -
-50
-4
10
-10
-20
-30
-40
-50
-4
BANI A SAN
20
10
-10
-20
-30
-40
-50
-4
B A N I A DOUNA
S" 09k
-4
droite de régression
droite des eaux mondiales
Alain JOSEPH
U.F. Environnement,
Université Paris 7,
Paris, France
A Niamey, le 4 mai 1991 entre 10h et 12h 45, la première ligne de grain de 1'
hivernage a fourni une hauteur d'eau de 36,6mm. Des échantillons ont été prélevés suivant
un pas de temps de 15 minutes. Les hauteurs d'eau et les concentrations en deuterium et en
oxygène-18 ont été mesurées sur les 18 échantillons. La figure 1 montre l'évolution de la
composition isotopique de l'eau de pluie au cours de l'averse; la figure 2 montre la variation
de l'excès en deuterium (d = <52H - 8<518O) durant l'événement.
209
10 10
sa
^
S
a
-5 -5
-3 -2.5 -2 -1.5 -1 -0.5
0 0.5
Oxygène-18
Figure 1: Relation deutérium/oxygène-18 des eaux de la ligne de grain du 4/05/1991 à Niamey
Les chiffres suivent l'ordre croissant de l'échantillonage: 1 pour le début de l'averse et 18pour la
fin. MWL: droite des eaux météoriques mondiales. SMOW: Standard Mean Ocean Water.
20 2_3
18 Pôle
Continental 11
g 16
I 14
g 12
15 \ Pôle
Océanique
18
deuterium étant proche de celui fourni par des eaux d'origine océanique, il faut donc faire
l'hypothèse de la participation de vapeur véhiculée par le JEA et/ou le JET. La contribution
de cette vapeur d'eau, en provenance directe de l'océan indien, est suffisamment importante
pour biaiser totalement le cours de l'évolution que l'on pourrait attendre, de la vidange du
réservoir du début de l'averse.
Dans le cas étudié, le mélange entre deux sources de vapeur: eau continentale/eau
océanique est bien marqué par les variations de "d" affichées sur la figure 2. Lorsque d >
10, l'eau possède surtout une histoire liée au recyclage en milieu continental. Lorsque d *»
10, l'eau est d'origine typiquement océanique.
Le suivi de la composition isotopique des eaux pendant une ligne de grain, permet
donc de tracer l'origine et, peut-être, de quantifier la participation des différentes masses de
vapeur en présence. Un complément essentiellement synoptique de la période étudiée, est
210
nécessaire à la mise en place d'un modèle qui prendrait en considération les variations du
point de rosée dans l'équation de fractionnement à la condensation.
REFERENCES
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organisation and interaction of the convective and stratiform regions of tropical squall lines.
J. Atmos. Sei., 47(8), 1031-1033.
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