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Pratiques de veuvage chez les Punu de Nyanga

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Pratiques de veuvage chez les Punu de Nyanga

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 Contexte et Justification

Nos vies sur terre sont couronnées par trois moments. Ce sont : la naissance, le mariage et la
mort qui peut survenir des suites d’une maladie, d’un accident et à n’importe quel âge. C’est
pourquoi un adage Téke-Tsayi dit : lepfu mukuto pe (Mbani, 2021) c’est-à-dire la mort n’a pas
d’âge précis. Aussi, elle ne choisit-elle ni le genre, ni l’ethnie, moins encore le statut.

La mort et conséquemment les obsèques surtout dans les pays d’Afrique subsaharienne, n’est
pas une activité profane. C’est ici qu’intervient la tradition selon les coutumes. Cette mort loin
d’être naturelle, provient toujours d’une cause humaine ; si une personne décède, ce sont les
tiers qui l’auront fait tuer. Dans cette perspective Senghor dit : en Afrique, il n’existe pas de
mort simple ou naturelle. Si quelqu’un meurt, c’est que d’autres personnes l’ont fait mourir
(Initiation philosophique, 1958). Toutes les morts n’ont pas la même signification.

Ce qui nous intéresse dans cette étude, c’est la mort d’un homme et le traitement réservé à sa
veuve. Au Québec par exemple, chaque année environ 15,000 personnes font face à la crise la
plus difficile de leur vie : le décès de leur conjoint. Les veufs et veuves mettent deux ans à
résoudre l’essentiel de cette crise (Parkes, 1972). Pendant que certains veufs et /ou veuves
retrouvent leur équilibre et leur mode de vie antérieur, d’autres par contre considèrent cette
épreuve, comme un moment de développement personnel (Harvey et Bahr : 1980, Lipata :
1979).

 Problématique

Il est essentiel non seulement de connaitre les étapes et la réaction lors du deuil et les problèmes
de veuvage, mais également d’identifier les clientèles à risque des programmes de prévention
et d’intervention pouvant toucher une grande partie de la population car, selon Balkwell (1981),
75% des épouses seront veuves quelque jour.

Or, le veuvage fait l’objet de la pratique rituelle selon les ethnies. Ainsi, Eri (2021) a-t-il
stigmatisé le rituel de veuvage chez les Fangs du Gabon, comme violation des droits de
l’Homme. Pour cerner ce qu’il appelle violation flagrante des droits de l’Homme, Eri (Ibid)
rapporte que :

1
Dès l’annonce du décès du conjoint, la veuve entre immédiatement dans le veuvage.
Elle se couche et s’assied à même le sol, nu ou légèrement habillée, badigeonnée de
cendre, de Kaolin en signe de deuil. Ses déplacements se limitent à se mettre à l’aise,
tête baissée, poings fermés. Elle est enfermée dans la case du défunt, toute nue, sans
droit de manger, de recevoir des visites ni de se laver, …

Dans la même perspective, Jean Luc Habimana (2015) sur le chemin de w des rites de veuvage
témoigne que :

Au Cameroun, lorsqu’une femme perd son mari, elle passe une période qui varie entre
3 jours et 9 jours où elle doit passer par une série de rituels et pratiques, pour pleurer
son mari (…). Ces pratiques consistent à marcher pieds nus, dormir au sol, manger sur
la même assiette souvent non lavée, n’être pas autorisée à prendre sa douche intime,
s’asseoir prêt du corps du défunt en décomposition ou non, prendre une douche
publique, simuler les rapports intimes en public,…

Aussi intéressée par la problématique du veuvage, madame Bondo (2012) qui témoigne que
chez les Koyo d’Owando, la veuve a l’obligation de pleurer son défunt mari selon le programme
édicté par la belle famille et doit fondre réellement en larme. Le cas contraire l’expose à de
lourdes tribus. Elle doit régulièrement priser le tabac et en donner à tout visiteur. C’est plutôt
ce moment douloureux de la mort du mari, l’enterrement de la femme.

Cette illustration congolaise nous conduit à jeter un clin d’œil chez les Punu de Nyanga. Alors,
cette étude sera orientée par une question centrale, deux questions secondaires et des hypothèses
y relatives, l’enterrement, le deuil et enfin son retrait.

 Question de recherche
 Question Principale

Quelles sont les pratiques rituelles de veuvage ainsi que leurs effets chez les Punu de
Nyanga ?

 Questions Secondaires

QS1 - Pendant les obsèques, comment sont traitées les femmes ayant été mariées à un Punu de
Nyanga ?

QS2 - Quelles sont les effets des rituels de veuvage sur la veuve et sa progéniture ?

2
 Hypothèse de recherche
 Hypothèse Principale
- Les pratiques rituelles de veuvage chez les Punu de Nyanga gravitent autour de trois
(3) étapes que sont : l’annonce du décès du mari, l’entrée dans le veuvage, la
cérémonie de libération ou non de la veuve, le retour à la vie normale.

 Hypothèse secondaires

HS1 - La veuve est exposée à des séries de tortures corporelles allant de la privation de la liberté
et au traitement inhumain. Ceci résulte du fait qu’elle aura été auteur de la mort du de Cujus.

HS2 - Les pratiques rituelles de veuvage chez les Punu de Nyanga ont des effets néfastes,
contraignants mettant la veuve et ses enfants dans un état très difficile d’adaptation sociale.

 Objectifs de l’étude
 Objectif Général
- Protéger les veuves contre les pratiques rituelles de veuvage chez les Punu de
Nyanga
 Objectifs spécifiques
OS1 - Alléger les pratiques de rites de veuvage chez les Punu de Nyanga
OS2 - Prévenir les inconvénients des rites de veuvage sur la veuve d’une part et d’autre part
sur les enfants.

 Intérêt de l’étude
L’intérêt assigné à cette étude sociologique, constitue une interpellation des consciences des
peuples Punu aux fins de ne point sombrer dans les Us et coutumes avilissantes pour la
protection des femmes veuves.
La préservation de tels rites pernicieux, exposerait non seulement les femmes veuves à des
conséquences néfastes, mais aussi et surtout les descendants après la mort de leur père
biologique.

Ce qui importe dans cette étude, n’est pas du tout de bannir les rites du veuvage, mais de trouver
une solution qui à la fois maintient les valeurs de la culture traditionnelle tout en respectant les
droits de la femme. Cela ne peut fonctionner parfaitement que si les patriarches s’en
approprient.

3
En dehors de l’introduction, la conclusion et les annexes, cette étude est structurée en quatre
chapitres principaux à savoir :

- Chapitre I : Cadre théorique qui comporte en son sein trois sections : les définitions
des mots et groupes de mots clés du thème en étude, la théorie de référence et la
revue de la littérature.
- Chapitre II : Cadre Méthodologique, consacré à la méthodologie d’obtention de
l’échantillon tiré de la population cible, les outils de la collecte des données et la
procédure utilisée.
- Chapitre III : Résultats issus de l’observation et des entretiens ici présentés
respectivement par image et par verbatim des réponses aux entretiens sous forme de
synthèse.
- Chapitre IV : Discussion qui concerne le distinguo entre les résultats de terrain à
ceux recueillis de différents documents consultés.
Enfin, nous commençons par le chapitre 1, Cadre théorique.

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Chapitre I : Cadre Théorique

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I.1 Définitions des mots clés du thème
Rites : nom masculin, vient du mot rituel. Employé dans un cadre purement religieux, le rite
est imposé aux pratiquants. C’est aussi un rituel compliqué, cruel, secret, immuable,
inavouable ; une grande simplicité de rituel. De plus, c’est un système monastique envahissant
qui endoctrinait des dizaines de milliers d’enfants de moins de dix (10) ans dans des rituels
superstitieux, tout en les forçant au célibat dans une vie inutile de prière et d’études religieuses.
Les rites sont répertoriés dans un livre spécial en religion. Ce qui donne des détails relatifs aux
cérémonies, aux prières, les instructions relatives aux sacrements, aux formules ou mantra à
prononcer, aux gestes à accomplir et définissant le rôle des prêtres (1974 : 54).

Aussi, un rite est un ensemble de gestes visibles par lesquels un groupe reste en communication
ou retrouve son unité. Il y faut donc un support sensoriel et l’appartenance à une communauté.
Et, il n’y a rien de mieux que le corps, de plus fort que les liens familiaux. Etant donné la
conception que les africains se font du composé humain, il serait impossible de faire l’économie
des rites dans leur existence. A contrario, le malaise rituel du monde occidental ne peut pas
s’expliquer en son fond par la persistance d’un vieux contentieux d’avec le corps qu’il doit
davantage à ses origines grecques qu’à l’héritage biblique, entraînant, par voie de conséquence,
une montée de l’individualisme (Ibid).

C’est ainsi qu’on parle des rituels romains, rituels de Paris, Egyptiens, …C’est dans cet ordre
qu’on pourra aussi s’intéresser aux rites typiquement des peuples d’Afrique en général et
d’Afrique sub-saharienne en particulier où se situe notre pays, le Congo.
Dans cette étude, nous avons bien voulu revenir aux rites des peuples Punu en ce qui concerne
la pratique du veuvage. Nous allons analyser ce que recommande la tradition Punu après qu’une
femme perd son mari dans la section suivante et surtout au chapitre IV intitulé : Discussion.

Veuvage : le veuvage est un état d’une veuve ou d’un veuf. Et, la veuve par conséquent c’est
toute femme ayant perdu son époux.
Pour Magali Kabale cité par Marie Louise Bondo (2012 :11), le veuvage est la période allant
du décès du conjoint jusqu’au jour du divorce d’avec le défunt. Cette période couvre une durée
de 40 jours. C’est au cours de celle-ci que les deux familles organisent des cérémonies de
veuvage. Exceptionnellement, elle peut être prolongée allant jusqu’au-delà de deux ans.

Pendant ce temps, la conjointe survivant reste maritalement liée au conjoint décédé quoique
décédé. Il lui est interdit de se remarier tant que la sentence n’a pas été concensuellement
prononcée par les deux familles ; celle qui concerne le sort réservé à la veuve.

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Marie Louise Bondo (2012) précise qu’il y a chez les Koyo, une différence entre la veuve et le
veuvage. La veuve comme dit en introduction s’appelle Tsagni, appellation qu’elle porte
jusqu’à la fin de son existence terrestre même si elle parvenait à se remarier. C’est à peu près
la même image que nous trouvons chez les congolais en général ; un ancien ministre doit
toujours être appelé ministre même après déchéance.

Le veuvage quant à lui, est l’ensemble de rites spécifiques à la veuve. On le reconnait sous
l’appellation Otsagni en Koyo. Bondo (2012 :10) déclare que, la pratique de veuvage est le
processus par lequel le conjoint survivant se désaliène de son union conjugale avec le conjoint
décédé.
De ce qui précède, nous allons explorer les différents contours de cette problématique pour les
Punu de Nianga.

Effets : du Latin effectus, signifie influence, résultat, d’une action ; ce qui est produit par
quelqu’un. Il n’y a pas d’effets sans cause. L’on parle aussi des effets de la guerre, de la crainte,
d’un remède, d’un discours. Faire de l’effet c’est produire une vive impression (Larousse,
1980 : 321). En rapport avec le sujet en étude, effets est pris comme conséquences néfastes
enregistrées sur la veuve et sa progéniture avant, pendant et après les obsèques.

Punu : c’est un dialecte du groupe linguistique Eshira avec pour symbole B.40. Ipunu
appartient au même groupe linguistique qu’Ilumbu et Ibwisi qui sont en somme des langues
sœurs. Les trois dialectes : Punu, Ilumbu et Ibwisi appartiennent à la zone des langues Bantu
B.40 (Mbani, 2020).
Les Punu forment un peuple bantu d’Afrique Centrale. Ils appartiennent au groupe culturel
Shira-Punu avec les Eshira (Shira), les Lumbu et les Vili. Ils sont aussi rattachés aux Sangu
plus parlé en Centrafrique.

I.2 Théorie de références


La théorie à laquelle est liée cette étude est celle de l’humanisation des veuves (Jean Luc
Habimana (2015). Nous pouvons aussi faire allusion à la violation des droits de l’Homme. Car,
la femme n’a pas que des devoirs mais aussi et surtout des droits (Eri : 2021).

Humaniser, c’est avoir le respect de la personnalité des autres. Quoique du genre féminin, il est
hors des questions de la prendre pour un être inférieur méritant des supplices, des tortures, des
sévices de toute sorte. En sa qualité de philanthrope, Habimana fait l’apologie de l’amour du
prochain. Pour lui, la veuve mérite plutôt respect et considération. Comme si la douleur d’avoir

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perdu son mari qui est une partie d’elle, il ne faut donc pas lui infliger la deuxième blessure
morale. Ce sont ces deux théories qui vont constituer des bases d’orientations de cette étude
axée sur le plaidoyer des femmes veuves subissant la culture Punu tout au long des obsèques
du de Cujus.

I.3 Revue de la littérature


Les populations Punu sont établies en république du Congo dans le département du Niari et au
Sud-Est du Gabon.

Leurs origines sont controversées. Les Punu seraient venus de Bunguri Kassai en République
Démocratique du Congo. Suite à des guerres, ils ont fondé Ndundé, puis sont arrivés à Divénié
au XVe siècle et de Divenié, ils se sont séparés en quatre (4) clans prenant des trajets différents.
Les Punu constituent la dernière vague des migrations du groupe B40. Ils occupent la vallée du
Kouilou-Niari où ils vivaient dans des villages indépendants divisés en clans et en familles
(Obenga, Théophile, 1959).

Van de Walle (2016), intéressé par la situation sociale des veuves en Afrique, en fait un lien
avec le niveau de vie qu’il croit en deçà du seuil de la pauvreté. Il rappelle qu’avant le système
des pensions et d’allocations de veuvage entre le XIXe et le XXe siècle dans les économies
occidentales. Dans ces communautés, les veuves faisaient parties des catégories les plus
vulnérables et pauvres. Ce rappel est fait pour confronter avec la situation des pays en voie de
développement où les filets de protection sociale et les mécanismes d’assurance sont encore
insuffisants assorties des inégalités entre hommes et femmes en ce qui concerne les droits
fondamentaux. Les mêmes inégalités, vont jusqu’au développement humain ainsi qu’à l’accès
aux actifs et à l’emploi.

Van de Walle (Ibid), reprécise que le veuvage a d’importantes répercussions sur la vie des
femmes en Afrique. Ainsi, force est de constater que l’on en sait peu, à ce jour, sur les conditions
de vie des veuves sur ce continent. Notre étude bien qu’ayant pour objet le veuvage, n’est pas
basée sur la situation sociale des veuves. Elle explore plutôt les contours et les conditions de
veuvage chez les Punu de Nianga. C’est une étude sociologique qui plaide pour l’annihilation
des rites pernicieux chez les Punu et notamment en ce qui concerne le veuvage.

Si annihiler un rite requiert un travail de long à l’aine, l’on peut au moins alléger sa pratique
pour le rendre moins drastique et moins informel pour la veuve qui a besoin du réconfort après
la perte de l’être le plus cher de sa vie ; le mari

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Quand on parle du veuvage comme l’indique Van de Walle (2016) il ne s’agit pas seulement
de la femme qui perd son mari mais aussi et surtout de l’homme qui peut lui aussi s’attendre à
une espèce de traitement anodin pendant et après les obsèques de sa défunte épouse. Or, nous
avons penché notre regard autour des conditions de veuvage de la femme et non de l’homme ;
la veuve et non le veuf. Van de Walle (Ibid) fait observer qu’à l’âge de 65 ans les veuves sont
aussi nombreuses que les femmes mariées et, à l’âge de 80 ans, 80% des femmes sont veuves.
La question de veuvage intéressé aussi bien les femmes que les hommes.

Il s’est avéré selon Van de Walle que le choc du veuvage entraine la perte de ressources
économiques associées au mariage, telles que l’accès à des actifs productifs ainsi que de la
protection et du statut conférés par le mari jadis. A cela, s’ajoute la longue période de réclusion
et des rituels dégradants encore fréquemment imposés aux veuves dans certaines sociétés.
Parfois, les femmes sont accusées d’avoir causé la mort de leur époux défunt.

A propos du traitement, l’injustice relative au traitement d’un époux après la mort de sa femme,
il va s’en dire que les veufs en sus de ce qu’ils ne sont pas soumis à de telles exigences ne sont
pas l’objet de telles accusations.

Alors qu’on pense que les veuves sont habituellement âgées, en réalité beaucoup d’entre elles
sont plutôt jeunes. Ainsi, ne sera-t-il pas étonnant qu’en Afrique, 3% des femmes de 15 à 49
ans soient veuves à un moment donné ? Si l’on inclut les nombreuses veuves qui se remarient,
on dénombre plus de 5% de femmes de moins de 49 ans qui ont été veuves (Van de Walle,
2016).

Van de Walle (Ibid) très ému par la situation des veuves en Afrique, a mené des investigations
dans les pays comme : le Mali, le Nigeria et le Sénégal. Les témoignages y afférents étant
légions sont en substance les suivants :

 au Mali, les ménages les plus pauvres sont souvent dirigés par une veuve. De plus, l’état
nutritionnel des veuves est moins bon que celui des autres catégories de femmes, quel
que soit leur âge. Ce désavantage subsiste lorsqu’une veuve se remarie, et il a des
répercussions sur la santé et sur les résultats scolaires de ses enfants.
 au Nigeria, les veuves présentent un moins bon état nutritionnel qui peut s’expliquer
par les pratiques successorales, ainsi que par les comportements et normes culturelles
dont pâtissent les veuves dans certains groupes ethniques.
 au Sénégal et ailleurs, l’opportunité d’un remariage peut offrir une certaine protection
aux veuves. Dans ce pays, ce sont les veuves les plus pauvres qui se remarient tandis
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que celles qui ont davantage de moyens peuvent se permettre de ne point se remarier.
La majorité de ces veuves qui se remarient, sont épousées par un membre de la famille
du dé cujus.

Dans des environnements où le droit des femmes est d’actualité, pour que la femme accède aux
biens de son défunt époux, le remariage à l’un des membres de la belle famille est une véritable
bouée de sauvetage. Si la femme était mariée à un homme qui a beaucoup d’autres enfants
issus d’une femme, la veuve actuelle remariée à l’un des membres du de cujus, doit faire
beaucoup d’enfants avec le nouvel homme pour maximiser les chances d’héritage. En ce
moment, la femme est exposée à des naissances rapprochées en atteignant un niveau potentiel
dangereux pour sa santé. Car, il lui faut un fils qui est le potentiel héritier pas la fille
(https://www.parissschoolofeconomics.eu/fr/economie-pour tous/grand-public/ 2014).

De Walle (Ibid) pense que la question préoccupante des veuves en Afrique doit être élucidée.
Il faut mieux appréhender les conséquences de la perte d’un époux, ainsi que le rôle que les
politiques publiques devraient et pourraient jouer pour protéger ces femmes qui deviennent
veuves alors qu’elles sont encore jeunes. Cette question épineuse ne peut être remédiée qu’en
amendant le droit successoral et en le faisant mieux respecter par l’instauration des dispositifs
de transferts monétaires en accordant à ces femmes un accès préférentiel au logement, à la
formation, à l’emploi et à l’éducation pour leurs enfants, les politiques sociales.

Le veuvage est un exercice qui consiste à pleurer quotidiennement. Tous les jours les veuves
doivent pleurer notamment, matin, midi et soir. A cet effet, lorsqu’elles reçoivent la visite d’un
membre de la famille du défunt ou un de ses amis dans ndahu dikwilu, elle doit d’abord pleurer
avant de saluer le visiteur : ‘ubagugene’. Ainsi l’appelle-t-on pleureuse. Ce terme traduit la
veuve, ‘bakwili’ ou ‘mukwili’ en Punu. Chez les Punu effectivement, la mort d’un conjoint ou
d’un grand ami exceptionnellement entraine, le veuvage bukwili. La durée normale du veuvage
selon la tradition est d’une saison sèche ou d’une saison de pluie ou un an en Bapunu. Elle peut
excéder ce temps et atteindre dix-huit mois. Les femmes ayant des enfants en bas âge et celles
ayant une santé précaire ne sont pas tenues au veuvage
(https://www.parissschoolofeconomics.eu/fr/economie-pour tous/grand-public/ 2014).

Au travers des recherches menées par Eri (2021), nous découvrons que les rites de veuvage
concernent aussi les Punu de Nyanga-Congo que les Fangs du Gabon. Dans cette optique, il a
relevé un témoignage de veuvage comprenant les épreuves comme : l’épreuve de l’antilope, le

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rite de la purification, la levée du deuil, la réhabilitation et la signification du veuvage. Nous
allons commenter chacune des étapes :

- L’épreuve de l’antilope :

Tôt le matin, lorsque l’herbe est encore trempée, les mingonngon ou belles sœurs font courir
la veuve tel un fantôme sur des pistes couvertes d’herbes mouillées, dans la broussaille. Elle en
sort trempée, déchirée par les épines.

Après celle-ci, torse nu, elle va faire plusieurs tours de la concession au pas de course,
transportant sur ses épaules un tronc de bananier trainant des feuilles que les belles-sœurs
piétinent par derrière elle, pour entraver sa marche. Elle est fouettée par les nervures de
bananiers si elle parvenait à tomber.

Cette épreuve est suivie d’une autre à laquelle la veuve est envoyée chercher des nœuds en
feuilles que les belles-sœurs auront soigneusement cachés autour du village. Une autre épreuve
consiste à danser avec une grosse pierre, criant que c’est son mari qui l’a posée sur sa tête.
Sous cette épreuve, la veuve danse accroupie en chantant comme le font les petits animaux en
forêt, en faisant des mouvements en l’honneur de son mari. Elle est appelée sans sourciller, à
fixer, le soleil.

Elle va ensuite faire des coulardes dans la cour après qu’on eut versé de l’eau dans cette partie
de la cour. Elle se prête à une battue par ses officiantes, sous prétexte d’avoir causé la mort de
leur frère ou l’a souvent cocufié et méprisé.

L’expérience de Vincent Caradec (2007 :1) l’a conduit à faire observer ce qui suit après le décès
du mari. Ainsi, conte-t-il :

Après le décès du conjoint, s’opère un travail de deuil dont les psychologues ont
étudié, à la suite de Freud, les manifestations et les étapes : sidération, déni et
révolte, dépression avec ses altérations somatiques, intellectuelles et affectives.

D’un point de vue sociologique, on peut observer que le décès d’un partenaire entraine
l’effondrement des allant de soi de la vie quotidienne ; ce qui fait vaciller le sentiment de
sécurité ontologique et conduit à une perte de signification de l’existence. L’expérience du
veuvage est d’abord celle du vide intérieur. Elle est aussi celle de la solitude qui est ressentie à
certain moment de la journée notamment pendant les repas, au cours de la soirée, en certaines
circonstances comme les fêtes, les anniversaires ou les repas de famille (Delbès, Gaymu, 2002).

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Cela provient de ce qu’il lui est par exemple interdit de serrer la main à qui que ce soit, de ne
point s’oindre d’huile ou de lait de beauté, ni se coiffer et se parfumer. La tête lui aura d’ailleurs
été rasée.

Il faut cependant noter que tous ses sévices peuvent être écourtés si la veuve ou sa famille paye
en espèce ou en nature. Alors, les sévices s’arrêtent. Durant tout le temps que le rituel se déroule,
la veuve est tenue de pleurer chaque matin au premier chant du coq. Ces lamentations consistent
à exprimer sa douleur de la perte de son mari, de dire du bien de son mari et de clamer son
innocence. Une fois les sévices finis, la veuve est emmenée à la rivière, lavée et habillée d’un
cache-sexe aujourd’hui remplacé par un tissu noir ou bleu sombre. Des interdits à observer lui
sont imposés.

Sachant que le veuvage concerne aussi bien la femme que l’homme. Pour Delbes (2002), les
signes externes du veuvage s’illustrent par la barbe non taillée, les cheveux ébouriffés et le
vêtement noir.

Tous ces sévices terminés, il sera question désormais de purifier et de réhabiliter la personne
qui vient de connaitre la souillure de la mort car elle est également considérée comme telle. Ces
rites de purification et de réhabilitation interviennent pour le premier, après les vexations et
brimades et pour le second au moment de la levée du deuil d’après plusieurs mois (Delbès,
Gaymu, 2002).

- Le rite de purification

Pour le rite de purification, il a lieu très tôt le matin qui suit les épreuves de brimades. Les
belles-sœurs conduisent la veuve à la rivière où elle est déshabillée, la tête, le pubis, les aisselles
rasés, les ongles coupés.

Ces objets ainsi que les vêtements qu’elle arborait sont enterrés dans le marécage ou alors ils le
sont plus tard par la veuve elle-même en cachette. La veuve est alors plongée dans l’eau de la
rivière par la principale officiante. Elle est ensuite lavée avec soin.

Le bain fini, on l’arrose d’une eau tirée d’un récipient contenant des herbes purificatrices
connues des expertes. Dans la tradition Beti, les belles-sœurs qui appelaient le défunt « mon
mari » étaient également soumises à ces rites, mais moins rigoureuses que la veuve principale
concernée.

12
Le bain rituel terminé, la veuve est tenue de payer les services de ses belles-sœurs qui ont officié
sans pensées maléfiques. Elle est habillée de noir ou de bleu-sombre, signe extérieur de
veuvage, en attendant la levée du deuil.

- La levée du deuil

La levée du deuil intervient plusieurs mois après le décès, au maximum un an. A l’approche de
la date fixée par les belles-sœurs, la veuve informe ses proches-parents, ses amis et
connaissances qui lui préparent plusieurs cadeaux : vaisselles, vivres, habits neufs (Ibid).

Au jour fixé, la veuve est conduite à la rivière par ses belles-sœurs pour y prendre un bain rituel
comme la première fois. Après s’être sortie de l’eau de la rivière, elle est arrosée de l’eau
médicinale. Pendant cette cérémonie, l’officiante principale prononce des paroles de
bénédiction et d’éloignement de la malédiction, en ces termes : « Voici la prospérité, la santé,
la paix que je déverse sur toi et ta famille tandis que la malédiction s’en va avec cette eau ».

Enfin, les herbes qui ont servi lors de cette séance sont jetées dans la rivière pour être emportées
au loin. Les habits que la veuve portait suivent le même chemin. Ses cheveux sont
soigneusement lavés et tressés. Sa toilette est l’objet d’une grande attention : habits neufs,
bijoux, huile et parfum, poudre de padouk (Delbès, Gaymu, 2002)..

Ainsi parée, la veuve réhabilitée est conduite au village dans une ambiance de fête coiffée des
chants et cris de joie.

- La réhabilitation de la veuve

Cette première étape terminée, il faut également réhabiliter la veuve dans toutes les activités du
groupe. Pour ce faire, une fois parvenue au village, elle va recevoir des dons de toute la
communauté : grains à semer, boutures, instruments de travail (panier, houe, machette,
ustensiles de cuisine, mobilier, etc.)

Elle va ensuite simuler toutes les autres activités de la vie courante comme : semailles,
désherbage, récolte, vente, de produits que parents, amis, belles-sœurs vont acheter, scènes de
ménage notamment, balayer, préparer à manger, mariage, etc. Pour la simulation du mariage
particulièrement, elle se couche avec un homme sur un même lit ou une natte, en pratiquant les
caresses ; sans pour autant enfreindre la décence. Cette scène montre que la veuve peut à
nouveau se marier sans crainte. Puis sera donnée la bénédiction finale par des patriarches. A cet
effet, un bouc est sacrifié puis mélangé avec des herbes médicinales.

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La veuve et toute sa famille prennent place soit à même le sol, soit sur un tronc de bananier.
Après un discours de bénédiction au cours duquel le patriarche officiant invoque tous les
ancêtres de la famille, il les arrose de l’eau médicinale, souffle sur eux le mélange de cola, etc.
de poivre de Guinée (ndon) qu’il mâche, en proférant des bénédictions. La tête du bouc
sacrifiée. Celle-ci sera ensuite soit consommée par tous, soit enterrée dans la forêt.

Les membres de la famille assis, après avoir serré la main des officiants vont se laver et s’en
aller en courant. Ils sont à nouveau admis au sein de la société comme purs. Le tout est clos par
un repas communautaire (Ibid).

Cependant, vu sous cet angle uniquement, le rituel du veuvage apparait bien comme négatif,
chosification de la veuve, violeur des droits de l’homme. Une analyse de la conception de la
vie chez le Beti permet pourtant de dégager la signification profonde de ce rituel pour le Beti.

- Signification du veuvage

En effet, l’analyse minutieuse du rituel situe sa signification à deux niveaux ; pour le défunt et
pour la veuve ; étant donné que c’est elle qui nous intéresse, il convient de savoir que dans la
plupart des cas, c’est la veuve qui eut été la plus proche compagne de vie du défunt
(https://twitter. Com/intent/tweet).

La situation des veuves au Gabon a aussi été une question préoccupante pour la fondation Sylvia
Bongo Ondimba pour la famille (Bongo Ondimba, 2015). Cette fondation comme vue plus haut
a aussi décrit les différentes étapes du veuvage dans la société traditionnelle. Cette fois ci, le
processus va de l’annonce du décès à la succession ou l’héritage en passant par les obsèques, le
veuvage, la levée de terre jusqu’au retrait de deuil. Ces six (6) étapes se développent ainsi qu’il
suit :

 L’annonce du décès

Dès l’annonce du décès de l’époux, la veuve est placée en réclusion au domicile familial. Une
fois le lieu du deuil identifié, elle y est conduite sous la surveillance des membres de la famille
du défunt, sa belle-famille donc. Souvent, des femmes de son clan, choisies pour leur
connaissance de la coutume et des pratiques sociales liées au veuvage, l’accompagnent ainsi
que les femmes que l’organisation sociale reconnait comme étant aussi des veuves du défunt.

Quel que soit le groupe ethnique, la veuve est soumise aux rites du veuvage qui comprend :
invectives de la part de la belle famille, brimade dont la violence dépend en fait de la relation
que la veuve entretient avec cette dernière. Dans tous les cas, la veuve est tenue de pleurer
14
publiquement son époux, aidée en cela par ses proches ; la torture étant de mise : le crane de la
veuve est rasé ainsi que différentes autres parties du corps ; de nombreuses réunions de famille
ont lieu où le père, les oncles, les frères du défunt sont entendus. A ce stade du processus, la
veuve apparait davantage comme une adversaire de ses beaux-parents qu’une alliée et cet
antagonisme est bien visible en dépit du fait que dans la société traditionnelle, le montant de
l’héritage est dérisoire (Bongo Ondimba, 2015 : 16).

- Les obsèques

L’étape des obsèques comprend l’exposition du corps et la mise en terre ou inhumation. Lors
de cette exposition, les veuves principales font partie du premier cercle des femmes assises
autour de la dépouille. C’est à cette période qu’a lieu dans les communautés matrilinéaires la
palabre traditionnelle dont le résultat sera d’annoncer le décès, d’en donner les raisons et
d’autoriser l’inhumation. Jusque-là, lors de l’inhumation les veuves sont toujours soumises à
des privations et à un certain nombre de prescriptions.

- Le veuvage

Il intervient immédiatement après l’inhumation. Dans les sociétés patrilinéaires c’est la palabre
qui décide du lieu du deuil, de la durée de celui-ci, de la date de la levée de terre et du traitement
de la veuve. Elle sera soumise à des pratiques et restrictions comme : pleurer tous les matins,
évoluer de manière discrète, ne pas prendre soin d’elle, et obtenir la permission pour tout
déplacement. Les pratiques sociales prescrivent une période de réclusion de la veuve dont la
durée peut varier de sept (7) à trente (30) jours.

- La levée de terre

Dans le même esprit que l’a décrit récemment Eri (2021), la levée de terre est une cérémonie
rituelle et festive organisée dont le but est entre autres de nettoyer le lieu des obsèques et les
veuves qui y ont résidé. C’est à cet instant que se décide la durée du deuil, le lieu de résidence
provisoire de la veuve, sa prise en charge ainsi que celle des enfants. Il est à retenir que pendant
la durée du deuil, la veuve est une fois de plus l’objet de nombreuses privations.

- Le retrait de deuil

Ici comme chez Eri (Ibid), c’est le moment de la purification de la veuve, de la restitution de sa
liberté en les séparant de l’esprit du défunt. Les questions de succession et d’héritage y sont

15
abordées. C’est durant cette réunion qu’est prise la décision du lévirat ou du remboursement de
la dot au cas où la famille décide de rompre les liens.

- La succession ou l’héritage

La femme ancienne veuve devient épouse et va rejoindre sa nouvelle résidence. Puisqu’il s’agit
d’une succession, elle continue donc d’avoir en usage, ses biens antérieurs accumulés auprès
de son défunt mari qui appartiennent désormais à son nouvel époux. Celui-ci exerce également
la fonction matrimoniale et paternelle. Le processus entre l’annonce du décès et le départ de la
veuve dans son nouveau foyer, peut prendre toute une année.

Le traitement réservé à une veuve ayant été dotée, est le même qu’une femme qui avait été
concubine quel que soit le nombre d’années passées au foyer jusqu’au décès du concubin.
Cependant, pour y parvenir, le droit traditionnel prescrit un rituel de façon symbolique avec la
dépouille (Bongo Ondimba, 2015 :17).

Au sujet des rites du veuvage, Habimana (2015 : 1-4) s’indigne en ces termes :

Qu’il n’est pas facile de trouver les mots à dire ou choses à faire pour une personne qui
vient de perdre un proche. Quand il s’agit d’une femme qui perd son mari, c’est encore
plus difficile car, c’est un lien si fort qui est brisé.

Comme dit en supra, au Cameroun, lorsqu’une femme perd son mari, elle n’aura pas que les
pleurs comme prescriptions mais, aussi supporter plusieurs privations comme pour établir un
lien avec le défunt.

Cependant, les rites du veuvage ont une signification essentielle (Ibid : 2). Habimana souligne
entre autres, la neutralisation de la mort, la réintégration de la veuve et l’esthétique de la vie.

Pour neutraliser la mort, c’est avec le visage à la douleur de la séparation que les rites de
veuvage prennent sens. La femme plongée dans la détresse, y puise la force de nouer une
relation nouvelle avec son mari qui vit maintenant à une autre échelle. Avec les rites, la mort
est neutralisée.

Par ailleurs, par la neutralisation de la mort, ces rites montrent comment la vie continue malgré
la disparition du mari. On incite la veuve à redécouvrir ce sens par une nouvelle insertion dans
la famille qui est la sienne, la famille même de son mari. Tout ceci concoure à la réintégration
de cette veuve. Pendant cette réintégration, la veuve s’initie aux actes de la vie courante
marquant ainsi le commencement de la nouvelle vie qui se présente devant elle.

16
Enfin, la phase de libération consiste aux différents rites libérant la veuve des contraintes du
deuil. Comme dit en amont, la veuve se débarrasse de sa canne de veuvage lors d’un prochain
deuil au village, soit au marché. Parfois elle aura l’obligation de faire des rapports intimes avec
un membre de la famille du défunt comme quitus de continuer sa nouvelle vie.

A cet effet, en voici un témoignage d’une veuve du Cameroun :

Mon mari est décédé en 1991. Durant ma période des rites de veuvage, je dormais par
terre. Je mangeais toujours avec des mains sales, et je me réveillais toujours à 4h du
matin pour chanter un chant de deuil. Certaines personnes disaient que j’étais devenue
folle. Ce qui était pire, c’est que lorsqu’une femme perdait son mari, d’autres veuves
voulaient qu’elle souffre comme elles avaient souffert.

Habimana (2015 : 3) résume ces rites du veuvage en quatre (4) étapes principales à savoir :

L’isolement, la purification, la réintégration, et la libération. L’isolement correspond à la


période pendant laquelle la veuve médite sur le temps passé avec son mari et crée une relation
spirituelle pour lui faire son adieu. Elle reste enfermée, ne parle à personne, dort au sol, ne doit
pas se laver encore moins changer de vêtements.

Habimana (Ibid : 4) fait part d’un autre témoignage d’une veuve torturée par la belle-famille
ainsi qu’il suit :

Beau-frère : c’est l’eau du lavage du cadavre de ton mari. Bois ça si ce n’est pas toi qui
l’as tué.

La veuve : Mon Dieu ! Je souffre du même type de diabète qui a tué mon mari. Les
conditions de rites de ce veuvage vont précipiter ma mort !

Pendant la purification, à travers de différents rites en Afrique, la veuve se débarrasse de toutes


formes de malédiction. Un de ces rites est une douche que la veuve fait dans une porcherie ou
dans un marigot.

Ensuite, l’ensemble de danses et toutes les cérémonies, les tenues, les gestes et plusieurs autres
actes montrent que malgré la mort, l’esthétique de la vie l’emporte.

Pour la protection du droit des femmes au Gabon, Sylvia Bongo Ondimba (2015 : 18) dépeint
la situation juridique de la veuve en droit traditionnel. Elle fait un état de lieu d’un contenu
religieux propre à la société gabonaise qui renvoie certes à la séparation du monde des vivants
et des morts, mais aussi à la continuation de la personne du défunt ou de la défunte dans une

17
nouvelle forme de vie. Celui-ci est remplacé d’où, la référence au lévirat, au sororat et à
l’héritage des biens laissés par le de cujus.

En droit traditionnel gabonais, la notion de conjoint survivant est inconnue. En revanche, celle
de veuf ou de veuve, qui renvoie à la mort, au devenir du conjoint particulièrement celui de la
veuve, existe bel et bien. Au regard du droit traditionnel, la veuve est une femme qui a perdu
son mari avec lequel elle était engagée dans des liens matrimoniaux mettant en présence deux
groupes familiaux. Par le mariage ceux-ci avaient tissé des liens de parenté. Ainsi, la veuve est
une épouse du groupe du clan dans son entièreté. Ce qui signifie que le conjoint officiel est le
groupe dont le défunt (conjoint privé) était membre.

C’est pourquoi, le décès de l’époux ne crée pas la dissolution du mariage mais plutôt la
continuation, la perpétuation de la première alliance qui n’est aucunement rompue par la mort
de l’un des représentants des groupes alliés ; ce qui explique l’application du lévirat et dans une
moindre mesure du sororat qui est l’une des formes de survie de l’alliance matrimoniale avec
constitution d’un nouveau ménage.

Le lévirat et le sororat sont des institutions coutumières qui trouvent leur source dans les règles
traditionnelles qui régissent les successions. Le lévirat se définit comme un arrangement au
moyen duquel une veuve est mariée à un membre de la famille de son mari sans passer par
toutes les cérémonies requises dans le cadre d’un mariage traditionnel. Le nouvel époux et sa
famille ajoutent tout de même un supplément de compensations matrimoniales dont le but est
d’actualiser l’alliance.

Quant au sororat, c’est une coutume qui autorise le mari d’une femme stérile d’épouser une
sœur de sa première femme pour qu’elle lui donne des enfants, sans avoir à payer une nouvelle
dot.

Une autre forme de sororat, est celle qui permet à un homme qui a perdu son épouse de la
remplacer par sa sœur cadette, voire sa cousine ou nièce en âge d’être mariée.

Mais le lévirat pris en compte ici est celui qui se rapporte à notre étude ; les rites de veuvage.
Ce lévirat s’appuie sur l’idée de la toute-puissance de la famille et du lignage sur la destinée
des êtres et le principe de solidarité entre les membres d’un même clan ou lignage. Selon le
droit coutumier gabonais, un frère cadet ne peut refuser la veuve laissée par son frère aîné car,
ses sentiments personnels ne sont pas pris en considération.

18
Ce lévirat vise à donner un soutien tant matériel que moral à la veuve et aux enfants orphelins
à assurer la descendance aussi nombreuse que possible au de Cujus. Ce qui honore alors la
famille. D’où, le frère cadet ne peut s’en soustraire. De même la veuve qui n’a pas le droit de
rompre l’alliance de son propre chef, sera plutôt libre de choisir avec quel membre de la famille
elle devra assurer la pérennité de la famille du défunt. En cas de refus ou de la rupture du lignage
par la veuve, celle-ci devra rembourser les compensations matrimoniales au clan ou lignage du
de Cujus.

Le lévirat est non seulement un droit pour les parents du défunt mais aussi un devoir pour le
futur héritier. Pour la veuve et selon ce droit coutumier, c’est l’accomplissement de son destin.
Le lévirat qui est la constitution d’un nouveau ménage, est confirmé au travers un rite de
séparation entre l’ancien et le nouveau mari. Cette séparation est inséparable du rite de veuvage.
Le remplacement du conjoint prédécédé par un nouvel époux est une prescription et une
nécessité pour la veuve, en respect du droit coutumier gabonais (extrait du droit traditionnel
gabonais : 2015).

19
Chapitre II : Cadre Méthodologique

20
Ce chapitre est consacré à la méthode qui conduira à l’obtention des résultats scientifiques
relatifs à la problématique de veuvage chez les Punu de Nyanga. C’est dans cette optique que
Lalande A. (1996) déclare :

Le propre de la méthode est d’aider à comprendre au sens large non seulement


les résultats de la recherche scientifique, mais aussi le processus de la recherche
elle-même.

II.1 Cadre et Type d’étude


II.1.1 Cadre d’étude
Notre étude se déroule dans la sous-préfecture de Nyanga, département du Niari. Selon la
présentation de Jacobson-Widding (1979 : 10-23 ; Dupré 2001 : 160), la population Punu sur
laquelle porte cette étude, appartient à l’aire culturelle du Bas-Congo, plus précisément à sa
région nordique. La tradition orale situe les punu dans le Kasai au Sud-Ouest de la République
Démocratique du Congo (Koumba-Mafoumbi 1957 : 46).

Il s’agirait en fait d’une fraction dissidente des Yaka, qui lutta contre le Royaume des Kongo et
qui après avoir été mise en déroute par ceux-ci, se dispersa progressivement vers le nord
(Perrois et Grand Dufay 2008 : 16-17). En 1906, avec la division du Congo français en trois
colonies autonomes, le territoire Punu fut divisé par une frontière et la majeure partie fut
attribuée au Gabon. De nos jours alors, les Punu congolais sont installés dans deux districts :
celui de Nyanga où ils forment l’ethnie majoritaire et celui de Divenié, où ils cohabitent avec
avec les Nzebi.

Nyanga notre espace d’étude est structuré en six (6) quartiers principaux à savoir : Bialla (Chef
Jean Fouera Mouyama, Dounguila (chef Patrick Doukaga) Madidi (Chef Gemith Diza
Badinga), Minzikidi (Chef : Norbert Moussavou), Tsotsoli (Chef Charles Badinga), Yello
(Vincent Moukani). La langue majoritairement parlée est le Punu. Cependant, au quartier
Bialla, l’on trouve quelque 15% des habitants parlant la langue Bouissi.
Nyanga est limité :

- au nord par le district de Divénié-village Longo- Irogo (Congo) ;


- au sud par les districts de Kibangou, Makabes, Ivarou (Congo) et Tchibanga (Gabon)
- à l’Ouest par le disctrict de Ndende (Gabon)
- à l’Est par les districts de Kibangou village et Divénié (forêt).

21
II.1.2 Type d’étude
Cette étude est de type transversal car, elle est limitée dans l’espace (Nyanga) et dans le temps
(huit mois).

II.3 Population et échantillonnage


II.3.1 Population : La population cible de cette étude est essentiellement constituée des femmes
ayant été veuves. Cette population est comprise dans une population mère des personnes liées
à la veuve autrefois mariée par un Punu. La population cible quant à elle, est de cinquante (50)
sujets, toutes anciennement veuves.

II.3.2 Echantillonnage : l’échantillonnage est le mode de constitution d’un échantillon. Pour


la présente étude, notre échantillon a été de trente sujets. Cet échantillonnage n’a pas été
calculée de façon scientifique ; nous avons plutôt enquêté les femmes ayant vécu le veuvage
selon la coutume Punu. Sur les cinquante (50) comptant pour la population de base, trente (30)
seulement ont été disponibles à notre passage. La participation à l’enquête a été de 60% obtenu
par la règle de trois ci-dessous démontrée :
50 100%
= = 60 %
30 X%

II.4 Critères de participation à l’étude


- Inclusion :
Sont concernées par cette étude, les femmes autrefois mariées à un homme Punu devenues
anciennement récemment veuves.
- Exclusion :
Sont exclus de cette étude, les hommes d’ethnie Punu, les hommes non-punu, toute personne
non originaire de Nyanga, hommes et/ femmes n’ayant jamais assisté au veuvage.
- Non inclusion :
Ne sont pas inclus dans cette étude, les hommes non-punu ayant perdu leurs épouses, les veuves
n’ayant pas été mariée à un homme Punu.

II.5 Protocoles de collecte des données


Les données ont été collectées pendant deux moments : la pré enquête et l’enquête proprement
dite. Nous avons contacté des personnes ressources afin de savoir le sort réservé aux veuves
ayant eu pour mari, un Punu selon les principes traditionnels. Ensuite, nous avons été devant
des cas pratiques pour confirmer les faits à fustiger en ce qui concerne le veuvage. Comme nous

22
le commenterons infra, les outils de collecte de données ont été préparés en fonction des
différentes variables de l’étude ci-dessus.
II.6 Variables de l’étude : traitement avilissant, pleureuse, tradition Punu, facteur d’adaptation,
deuil, veuvage, type de décès, de cujus, rituel et rites, violation des droits de l’Homme,
purification.

II.7 Instruments de collecte de données


Pour la collecte des données, nous avons mis en exergue : les grilles d’observation et les guides
d’entretiens ; l’appareil photo incorporé dans notre téléphone Android nous a permis de faire la
prise des vues.

II.8 Considération éthique liée à la méthodologie de recherche


Les deux outils de collecte des données tels que susmentionnés, sont ciblés. La grille
d’observation oriente ce qu’il y a à retenir comme image témoignant ce que nous avons à
stigmatiser. Le guide d’entretien permet de recueillir les points de vue des personnes ressources,
notamment les veuves qui ont expérimenté ces rites dès le décès du mari, pendant le veuvage
et après l’inhumation. Ici, le questionnaire n’a pas droit de citer parce qu’il n’est pas aisé de
soumettre les personnes à un tel exercice. Il est mieux d’être proche des veuves pendant la
collecte des données pour susciter leur adhésion à la problématique relative au veuvage.

II.9 Déroulement de l’enquête


I.9.1 Pré enquête :
Quoiqu’ayant commencé depuis la fin de l’année académique 2021, nous avons continué avec
la préenquête jusqu’en mars 2022. Cette étape liminaire, nous a permis d’identifier quelques
veuves de la place vivant actuellement à Nyanga ou ayant été mariées à un homme Punu de
cette contrée. Pendant cette étape, nous avons pu enregistrer environ cinquante femmes veuves
telles que dit en amont.

II.9.2 Enquête proprement dite


Cette étape de la recherche requiert la méthode anthropologique qui consiste à aller à la
rencontre des personnes ressources en vue de récolter des informations liées à la thématique en
étude. C’est ce que nous avons fait. Les lieux de résidence de ces femmes identifiées et ciblées
sont respectivement :
- Banda une (1) femme ;
- Dolisie trois (3) femmes ;
- Nyanga quatorze (14) femmes ;

23
- Brazzaville, quatre (4) femmes ;
- Makabana une seule (1) femme ;
- Pointe Noire, trois (3) femmes ;
- Divénié, quatre (4).

II.10 Analyse statistique


Les résultats de l’étude relative au thème sur les rites du veuvageet ses effets chez les Punu de
Nyanga, département du Niari se sont traités électroniquement grâce au logiciel Microsoft
Excel 2016, soit la moyenne X et les effectifs ni. Les pourcentages quant à eux, sont comme de
coutume, représentés par le symbole %.

II.11 Difficultés Rencontrées


Après la collecte des données sur le terrain, nous avons procédé par le dépouillement avant de
présenter les résultats par graphiques. En somme, cette phase n’a pas été facile. Car, en sus des
difficultés financières qui sont liées aux contraintes de la recherche scientifique, nous pouvons
retenir entre autres, les difficultés suivantes :

- le non-respect des rendez-vous d’avec certains enquêtés ;


- le retour de certaines fiches de guides d’entretien mal remplis et/ ou à moitié remplis ;
- comme si cela ne suffisait pas, les coupures récurrentes d’électricité lors de nos
recherches online ont sérieusement ralenti la bonne allure scientifique que nous avions
depuis le départ ;
- l’extrapolation dans l’occupation du temps des entretiens pourtant imparti ;
- l’attitude parfois chagrine de certaines enquêtées pour qui faire le récit de ce qu’elles
ont vécu comme si c’était remuer le couteau dans la plaie.

Toutefois, au-delà de tout, nous avons pu surmonter toutes ces difficultés dont le fruit est la
monographie.

Ainsi, le chapitre suivant est consacré à la présentation des résultats par graphique en escalier,
en bâton et en secteur.

24
Chapitre III : Résultats

25
III.1 Résultats issus des questions fermées

Tableau 1 : présentation des enquêtés par âge


Age Effectif %
[28-33] 03 10,00%
[34-39] 05 16,66 %
[40-45] 09 30,00 %
[46-51] 04 13,33%
[52-57] 02 06,66%
[58-63] 03 10,00%
[64-69] 01 05,55%
[70-75] 01 05,55%
TOTAL= 30 97,75% ≈100%

Des âges des enquêtées, il s’observe que de 40 ans à 45 ans 30,00% le plus grand pourcentage
d’ailleurs, a perdu chacune son époux. Ce plus grand pourcentage est suivi des 16,66% pour un
effectif de 5 sujets qui ont-elles aussi perdu leurs époux. Enfin, viennent les 13,33% qui ont
perdu leurs époux. Le reste des enquêtées ayant perdu leurs maris est très faible, soit juste
05,55%.

Tableau 2 : Langue parlée par les enquêtés

Langue Effectif %
Punu 21 70,00%
Punu-Buisi 07 23,33%
Buisi 02 06,66%
TOTAL= 30 99,99% ≈ 100%

Il est à noter qu’à partir des résultats ci-dessus que, la majorité des enquêtées sont Punu, langue
bantu sur laquelle sont basées nos enquêtées avec un pourcentage écrasant de 70,00%.

26
Tableau 3 : Situation matrimoniale antérieure des enquêtées

Situation Effectif %
Mariée coutumièrement 17 56,66 %

Mariée à l’Etat Civil 12 40,00%


Union Libre 01 03,33 %

TOTAL= 30 99,99% ≈ 100%

Ce tableau expose une majorité importante des 56,66% des enquêtées qui sont mariées
coutumièrement soient suivies des 40,00% mariées à l’Etat civil. L’union libre n’est que
faiblement représentée avec seulement 03,33%.

Tableau 4 : régime des biens

Régime Effectif %
Biens communs 09 30,00 %

Séparation des Biens 03 10,00 %


Au rythme de la coutume 18 60,00 %

TOTAL= 30 100%

Des 60,00% des enquêtées ayant été mariées sous le régime coutumier. Nous ne savons pas si
elles ont été sous un régime de biens communs ou séparés alors que, celles des biens communs
sont représentées de 30,00% contre le régime de séparation de bien avec 10,00% pour un effectif
de 3 répondants.

27
Tableau 5 : Année de décès de l’époux

Année Effectif %
2002 01 03,33 %
2003 01 03,33 %
2007 01 03,33 %
2009 01 03,33%
2011 01 03,33%
2012 02 06,66%
2013 01 03,33%
2014 01 03,33%
2015 03 10,00%
2016 04 13,33%
2017 02 06,66%
2018 03 10,00%
2020 08 26,66%
2021 01 03,33%
TOTAL= 30 99,94% ≈ 100%

De 2002 à 2021, c’est 2020 qui domine en ce qui concerne le fait d’avoir perdu les époux, soit
26,66% plus élevé de la série. Les années 2002, 2003, 2007, 2009, 2013 et 2021 ont chacune
un pourcentage de 03,33%, le plus faible de la série.

28
Tableau 6 : Lieu de mise en terre du de cujus

Lieu Effectif %
Banda 02 06,66 %
Nyanga 06 20,00 %
Brazzaville 06 20,00 %
Makabana 01 03,33%
Dolisie 06 20,00%
Divenié 02 06,66%
Pointe-Noire 03 10,00%
Dimany 01 03,33%
Nkayi 01 03,33%
Leboulou 01 03,33%
TOTAL= 30 99,97% ≈100%

Du tableau ci-dessus, il s’observe que Nyanga, Brazzaville et Dolisie ont accueilli plus de corps
des maris Punu décédés quand la mise en terre est représentée par 20,00% pour chacun.

Tableau 7 : Fin de veuvage


Situation Effectif %
Tragique 23 76,66 %
Glorieuse 07 23,33 %
TOTAL= 30 99,99% ≈ 100%

La fin de veuvage est une épreuve difficile pour la veuve. Rarement cette fin est glorieuse. Ici,
la fin tragique représentée dans le tableau ci-dessus est de 76,66% contre 23,33% des enquêtées
qui sortent du veuvage, heureuses.

29
III.2 Verbatim de la question unique
Question : Pouvez-vous relater l’atmosphère qui avait prévalu dès l’annonce du décès de votre
mari ?

Séries de réponses :
- J’ai juste vu quelques membres de ma belle-famille qui sont venus me donner un
pagne et m’ont couverte alors que j’étais affalée au sol. Ils ont d’abord couvert ma
tête me l’ont rappelé ceux qui ont assisté à la scène. Je n’ai plus le souvenir exact.

- La belle-famille s’est précipitée de fermer notre chambre où se trouvaient nos biens.


Certains étaient contents de ce décès, d’autres feignaient d’être tristes. Surtout j’ai
été traitée de tout, d’avoir tué mon mari, d’avoir mangé tout son argent. La menace
pour moi était un mérite alors que la douleur me cisaillait encore. J’étais entre le
marteau et l’enclume « la perte du mari et la torture qui m’attendait ».

- Sitôt, il me fut imposé de pleurer fort et sans cesse sous un climat de chantage et de
raillerie, comme commérages auxquels j’étais impuissante de toute réaction.

- Mon lit fut aussitôt remplacé par une natte et une belle sœur fut mis à ma disposition
pour ma garde ; elle seule devait veiller à tous mes besoins. Il m’était interdit
d’adresser la parole à quiconque. Mon seul langage était sémiologique. Manger,
boire, pleurer, aller à la selle devaient se faire selon un emploi de temps dûment
établi par un beau-frère comme si le fonctionnement des organes attendent l’ordre
externe.

- Je n’ai eu que trois jours de consolation pour avoir perdu un être cher. Trois jours
plus tard, mes beaux-parents ont changé de paradigme ; c’est moi qui fut de tout
temps, accusée d’être responsable de la mort de mon mari. Et, le silence était la
règle. Je devais accepter tout commérage, tout dénigrement devant ma famille
impuissante.

- Dès la mort de mon mari, je m’étais évanouie. Mes beaux-parents m’ont consolée,
m’ont exhortée à prendre courage, ont interdit toute torture car, disaient-ils :

30
Nous ne devons pas la blesser doublement. Au contraire, nous avons le devoir de panser ses
plaies. Elle est la plus touchée de nous tous. Cette veuve est l’image de notre frère défunt.
Aimons-la comme nous avions aimé notre frère défunt aujourd’hui.

Ils avaient peur de me perdre des suites de la mort de leur frère car ils étaient au courant de
notre amour très serein.

Suite de la série de réponses


- Sitôt que mon mari est mort, j’étais traitée de sorcière. C’était insupportable. Je vis
un complot monté contre ma personnalité.

- Dès que la triste nouvelle fut annoncée, je me fus rendue à l’hôpital pour un dernier
hommage avant l’entrée dans la morgue. Sitôt arrivée, mes beaux-parents
m’interdirent de voir le corps de mon mari. Quelle triple douleur ! Après trois jours,
il me fut demandé de préparer de l’argent pour enterrer mon mari. Il fallait l’enterrer
pas comme je le pouvais mais, comme ils l’exigeaient.

- Dès que mon mari est mort, il me fut imposé de l’enterrer sans délai sachant qu’il
n’y avait pas de morgue pourtant. J’avais l’obligation de pleurer sans cesse et en
tournant autour du corps sans vie. J’ai tenté de me suicider, en vain.

- Mes belles sœurs me suivirent dans mes états pour m’inculquer quelques règles
traditionnelles à respecter pour ma protection contre l’éventuel diable du défunt. Il
fut mis à ma disposition, une ancienne veuve qui était instruite de me garder,
m’orienter en tout et pour tout jusqu’à la fin de l’épreuve.

- J’étais aussitôt soumise aux rites du veuvage selon les rites Punu. Ce qui me faisait
plus mal, c’est l’entretien des enfants dont leur père défunt était l’acteur principal.

- L’on me fit porter des objets compliqués, bizarres autour des reins. Mort par
accident au village, il me fut imposé déjà d’envisager l’enterrement avec une
amende de 300.000 frs/Cfa décision prise à l’issu du conclave de ma belle-famille.
Alors, si 30,000frs était un miracle pour moi, je me demandais d’où sortiraient à
plus forte raison, 300,000frs/Cfa.

- Mon mari fut mon meilleur ami. L’avoir perdu, c’était avoir une plaie incurable au
cœur. Je le pleure toujours jusqu’à nos jours. Même quand je m’efforce d’oublier,
les images de nos moments glorieux viennent toutes seules.

31
- Dès sa mort, ils se sont précipités à m’arracher tous les bijoux, les pagnes onéreux
et tout objet de valeur comme si cette mort était une bonne chose pour cette belle-
famille.

- Trois jours après la mort de mon mari, c’était le calvaire. Mes repas étaient
surveillés. Il m’était interdit de consommer la viande, le plat bien assaisonné. Je
devais me nourrir comme si nous étions en période de guerre. Manger pour moi,
disaient-ils, n’était ni obligatoire, ni essentiel. Car, sauter les repas pouvait m’aider
à rejoindre mon mari dans le pays de non-retour. Ne plus manger pour anticiper ma
mort était une prescription et prière de ma belle-famille.

III.3 Résultats issus de l’observation

Jour de l’inhumation du de
cujus désaccord entre les
deux familles à Dolisie

Photo 1
Source : photos live par téléphone à Dolisie

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La veuve défiant toutes consolations

Photo 2
Source : photos live par téléphone Android à Dolisie

Indices de bras de fer entre les deux familles

Photos 3
Source : photos live par téléphone Android à Dolisie

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Imprécations contre les orphelins pourtant
innocents et doublement endeuillés. Pitoyable !
C’est la sœur ainée du de cujus qui menace

Photo 4
Source : photos live par téléphone Android à Dolisie

Pour la purification de la veuve. La belle famille s’est retirée

Photos 5
Source : photos live par téléphone Android à Dolisie

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Photo 6
Source : photos live par téléphone de marque à Dolisie

Frère de la veuve qui est indigné


du traitement infligé à sa sœur

Photo 7
Source : Photo live par téléphone Android à Dolisie

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Chapitre IV : Discussion

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Ce chapitre est structuré en deux sous-sections à savoir : l’analyse des résultats et la
comparaison de ceux-ci à la littérature. Au sujet de la méthode comparative, Dhavamony Susa
M. (1992) déclare :

La méthode comparative consiste à étudier les différents types de groupes de


phénomènes de façon à préciser analytiquement les facteurs qui amènent des
similitudes et des différences dans des modèles de comportements précis.

Pour cette étude, il va s’agir des informations collectées online et celles extirpées des ouvrages
que nous comparons aux différentes réponses procurées par les répondants sur le terrain en sus
de ce que nous aurons observé.

IV.1 Analyse des résultats


Parmi nos enquêtées, il s’est observé malheureusement que 10% soit 3 femmes encore jeunes
ont déjà perdu leurs maris ; elles sont donc passées sous la croix de la souffrance telle que
remarqué et développé plus haut. Ensuite, le veuvage et ses supplices imposés aux veuves, sont
très difficiles pour celles qui ont dépassé soixante ans. En effet, il serait souhaitable qu’à ces
âges, la femme vive avec son partenaire. C’est pourquoi, il est constaté au tableau 1, est que
05,55% des femmes d’au-delà de 64 ans. Même si l’espérance de vie au Congo a connu une
amélioration, les femmes de ces âges méritent vivre à côté des maris. Mais, puisqu’elles les ont
perdus, se remarier serait une piste de sortie.

Nous sommes d’autant plus heureuse de constater que la plupart de nos enquêtées sont des
femmes Punu ; heureuse pas seulement à cause de ce pourcentage écrasant mais, parce que nous
n’avions pas l’obligation de n’enquêter que des femmes Punu. L’obligation est faite pour les
hommes dont les rites Punu devraient être appliqués sur leurs femmes devenues veuves, d’où
qu’elles sortent.

Mariée coutumièrement ou officiellement, ce qui importe est que, ne peut pas être veuve que la
femme qui a été sous un toit conjugal. Le veuvage doit être vécu de la même manière en fait.
La plupart de nos enquêtées sont des femmes ayant été coutumièrement mariées. Ceci va
d’ailleurs dans le sens de notre problématique puisque nous sommes dans la tradition Punu.

Au tableau 5, nous avouons avoir été touchée et émotionnée d’enquêter sur des femmes qui au
cours des entretiens, nous ont informée qu’elles venaient de perdre leurs maris il n’y avait que
quelques deux ans, un an, trois ans au plus. Pour l’année 2020 par exemple, ces enquêtées sont
celles qui ont perdu leurs maris soit 26,66%. Les faits les plus récents, nous ont aidée à faire

37
des analyses scientifiquement soutenables. C’est devant ce genre d’enquêtées que nous avons
eu des témoignages encore patents et lamentables ; le souvenir et la plaie du cœur ne s’étant pas
encore cicatrisées.

Au tableau 6, Nyanga, Brazzaville et Banda sont plus représentatifs. La raison est simple :
Nyanga est notre village natal d’où est partie notre inspiration pour le choix du thème en étude,
Brazzaville est notre lieu de résidence actuel où nous côtoyons la diaspora Punu en participant
aux différentes veillées mortuaires. Nous y avons observé comment les veuves des Punu sont
traitées. Dolisie est la capitale du Niari, fief des Punu où nous n’avions pas eu du mal à
rencontrer une partie de notre population cible. Enfin, Banda comme Nyanga abrite plusieurs
Punu. Ces trois lieux d’investigation ont chacun 20%.

Rien n’est aussi tragique que le veuvage tel qu’observé au tableau 7. La fin de veuvage n’est
pas une promenade de santé. 76,66% de répondants est un pourcentage plus important par
rapport aux femmes qui ont eu une fin de veuvage glorieuse ou heureuse. Le veuvage, suscite
l’émotion, la détresse. Mais, il y a des familles qui selon le degré d’amour qu’ils avaient pour
le de cujus, ont réservé un bon traitement à la veuve en lui permettant d’hériter une partie des
biens, les enfants y compris.
Nous n’avons jamais compris ce phénomène ; quand un homme décède, la femme a toujours
été rendue coupable de la mort de son mari. Ces intentions sont souvent préméditées au vivant
donc du monsieur qui peut avoir été neveu, frère cadet et autre. Au lieu de compatir avec celle
qui est éprouvée, l’on enfonce le clou pour la faire souffrir de plus bel. C’est alors cette culture
qu’il faut bannir pour organiser le veuvage autrement. Un code moral peut être préparé à ce
sujet d’ailleurs. Ce serait la voie à suivre pour tous.
Etre conservateur c’est bien mais, il faut écarter ce qui vient détériorer le tissu social. Ceci
pousse les femmes mariées aux hommes Punu de déjà prendre la belle-famille comme
adversaire. Comment alors s’étonner des comportements répulsifs de certaines femmes à
l’endroit de leurs belles familles, sachant d’avance ce que sera son sort.
La mort d’un frère par exemple est un enchantement pour les frères restant. Puisque l’amour
pour le matériel, domine sur l’amour du prochain pourtant enseigné par la bible. Cela se passe
comme si nous étions tous laïcs quand nous savons que le pays est à plus de 90% christianisé.
Dans une famille de dix personnes chez nous, au moins huit sont soit dans des églises dites de
réveil, soit dans des églises orthodoxes. Même si cela ne tient pas d’un raisonnement
scientifique, l’observation peut nous le faire dire. C’est ainsi que ce genre de réactions
inhumaines suite à la mort d’un Punu dûment marié à une femme Punu ou d’autres ethnies,

38
suscitent une rébellion des enfants du défunt à vis-à-vis de leur famille paternelle. En voici
quelques recueillis :

- quel enfant serait heureux d’assister aux propos de menaces de mort proférés à sa
tendre maman !
- quel enfant quelle que soit sa politesse serait en accord avec sa famille paternelle
sachant qu’après la mort de son père, lui et sa maman seront dépossédés des biens
du défunt !
- quel enfant ne peut imaginer le sort de sa maman après le décès de son père et y
prendre des dispositions !
- quel enfant, au regard du traitement infligé à sa mère, ne saurait prendre position !

Ces comportements détruisent la cohésion sociale dans différentes familles. Si l’on peut faire
intervenir des psychologues, psychiatres pour examiner et analyser les comportements asociaux
observés chez les jeunes au Congo au point de les transformer en bébés-noirs, un pourcentage
important peut-être issu des orphelins dont les mamans ont subi des violences de la famille
paternelle des suites du décès de leur père.

La constitution congolaise reconnait certes nos différentes traditions. Mais, cela n’exclut pas
que l’Etat devrait veiller sur le traitement des veuves après le décès de leurs maris respectifs.
Pour une femme, la perte de son mari demeure déjà une plait inguérissable. Lui infligé le
traitement inhumain assorti de multiples accusations fussent-elles à tort ou à raison, c’est une
fois de plus remuer le couteau dans la plaie. Nous le dirons mieux infra, dans les suggestions.

Ainsi, cette analyse des résultats de terrain, nous allons dans la section suivante, les comparer
aux études antérieures.

IV.2 Comparaison des résultats de terrain à la revue de la littérature.


Jean Luc Habimana (2015) a œuvré pour l’humanisation des femmes veuves quand Eri (2021)
pense que la femme n’a pas que des devoirs mais aussi et surtout des droits (Cf. page 7). Ce
sont là deux théories de références qui servent de base pour cette étude. Ainsi, allons comparer
les deux types de résultats tels que dit plus haut, pour en tirer des convergences et divergences
si possible.

Van de Wall (2016) part d’un postulat selon lequel, la situation sociale des veuves en Afrique
émane du seuil de pauvreté dans lequel vivent les belles familles. C’est ainsi qu’il pense qu’avec
l’institution des pensions pour veuves, l’on aurait assuré la protection de celles-ci. Voilà une

39
divergence très importante d’avec notre enquête actuelle sur l’état de la question en étude. En
même temps, c’est une découverte car, nous n’avons jamais pensé investiguer dans cet angle.

Eri n’a pas malheureusement fait la part de choses. Ce qu’il déclare, n’est possible que pour
des femmes dont le mari était fonctionnaire dans notre pays tout au moins. Dans les pays sous-
développés ou semble-t-il en voie de développement, ce plaidoyer ne protègerait qu’une petite
frange de veuves. Or, nous ne menons pas une étude des veuves fonctionnaires ou à même
d’être pensionnées.

Le veuvage concerne d’une manière générale femmes comme le précise Van de Wall (2016).
Cependant, notre étude a porté sur le système des femmes et les deux genres. Car, la situation
semble plus flagrante chez les femmes. Ainsi, toutes nos enquêtées sont des femmes.

Si les études antérieures n’ont pas eu à souligner un corpus de langues de ces veuves, nous
avons cependant été concernée par celles qui ont été essentiellement mariées chez les Punu. La
langue incarne sans nul doute l’identité culturelle. Au travers la langue Punu donc, nous avons
découvert leurs Us et coutumes en ce qui concerne le traitement réservé à la veuve. Dans cette
même divergence, nous avons aux côtés des Punu, des Bouisi qui ne sont que des langues sœurs.

Compte tenu du fait que la manière de traiter la veuve est la même, nous n’avons pas de
particularité à faire entre mariée à l’Etat civile, coutumièrement ou l’union-libre. Mais, nous
avons quand même cherché à identifier le statut matrimonial de chaque femme enquêtée. Ce
qui à contrario n’a pas retenu l’attention de chercheurs antérieurs sur l’état de la question.
Qu’on soit dans les études antérieures ou à travers celle-ci, la mort d’un mari a toujours été
causé par un tiers surtout en Afrique et particulièrement au Congo et chez les Punu. Et,
évidemment pour avoir été rendu coupable de la mort de leur frère, leur fils, etc. elle doit subir
tous les supplices qui lui sont infligés. Ce point de vue converge avec notre étude.

A moins que la veuve se remarie après la mort de son mari, dans les pays comme le Mali, la
veuve qui a accepté le lévirat aura plus à gagner qu’à perdre. Le lévirat ou non, la femme veuve
a bénéficié d’un bon traitement humain de la belle famille. Nos résultats au tableau 8 le
témoignent. Au contraire, au Nigeria par exemple, les femmes présentent un mauvais état
nutritionnel ; ne mangent pas bien au nom de la coutume. C’est un désavantage qui a des
répercussions sur la veuve comme au Mali (Page 9). 76,66% de femmes au cours de cette étude,
ont eu à subir les mêmes effets.

Les études antérieures ne soulignent que le sororat qualifié de piste de sauvetage pour les
femmes. Or, la femme est libre ; soit elle se remarie soit elle demeure dans la famille si elle l’a

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désiré en assurant la succession. Mais, dans ce deuxième cas, la femme doit faire attention car,
si elle avait déjà des enfants, elle devra continuer à les faire avec le successeur. En tout état de
cause, il est dangereux d’assurer une telle continuité même quand il s’agit de conserver et veiller
à la richesse laissée par le de cujus. Mais, si ce successeur est responsable, assurant très bien la
continuité en supportant l’éducation des enfants, la veuve aura oublié la plaie de son cœur par
la disparition du de cujus.

Le commentaire de Van de Wall sur l’obligation à la veuve de pleurer selon un calendrier


dument établi, rejoint les témoignages rendus par nos enquêtes (Page 10 vs Page 29, 4e
paragraphe).

Nous sommes heureuse de la réaction de Van de Wall qui pense à la révision du droit
successoral après le décès d’un homme. Ceci viendrait pour soulager la coutume Punu en
particulier et les coutumes congolaises en général. A propos de la durée du veuvage allant de
trois à neuf mois comme le disent les littératures revues (page 30), cela n’a pas fait partie de
nos investigations. Toutefois, cette durée devra dépendre de la femme, sa famille et surtout la
belle famille.

Les épreuves comme l’antilope symbolisé par les courses imposées à la belle-sœur, fixer le
soleil, danser avec sur sa tête une grosse pierre, ne diffèrent pas des témoignages rendus durant
nos entretiens (Cf. pages 28-29).

L’expérience vécue par Vincent Caradec (2007) démontre que les femmes sont finalement
exposées à tout danger après le décès du mari. Elles vivent dans une réclusion sans précédent.
Cette constatation est faite tant dans les années antérieures que chez les Punu au travers cette
études. Les observations de tous les deux cotés se rejoignent.

Le jour de la purification, la réhabilitation de la veuve, le déroulement des obsèques sont des


moments tellement poignants que les veuves n’ont pas eu le courage de décrire lors de nos
entretiens. Ce qui n’a donc rien à avoir avec nos résultats.

Habimana (2015 : 1-4) au Cameroun, nous rejoints en faisant le plaidoyer des veuves. Il
sympathise donc avec la femme qui perd son mari. Pour lui, cette femme doit être réintégrée
dans les délais raisonnables. Faire consommer de l’eau du cadavre à la veuve est plus inhumain
que nous ne pouvions pas poser de telles questions sensibles aux veuves ne sachant pas
tellement le degré de la souffrance vécue récemment ou il y a plusieurs années. A ce niveau, la
différence d’avec notre recherche est plus perceptible.

41
En ce qui la protection des veuves, Sylvia Bongo Ondimba (2015:18) fait un rappel
quoiqu’important, mais qui ne peut trouver l’assentiment de tous. D’après le doit traditionnel
qu’elle dépeint, la mort du mari ne sépare aucunement la veuve de la famille du De cujus
puisque renchérit-il, la femme était mariée au clan et non seulement à une seule personne. Sa
libération n’est possible que si dans la belle-famille il n’y a eu ni frère cadet, ni neveu, ni cousin
pour passer au lévirat.

Ce sont des questions que nos enquêtées ne pouvaient souligner lors de notre passage, surtout
si elles n’eurent pas été d’accord avec cette tradition pourtant dépassée. La mort de l’époux, qui
ne crée aucune entorse avec la famille, est plutôt une raison de continuité raisonnable puisque
la tradition le permet. Une autre divergence d’avec notre étude, est celle du sororat contraire
au lévirat reconnu par le droit traditionnel. Ceci a été très contraire à l’objet de notre étude.

Pour tout dire, cette discussion fait émerger dix (10) divergences contre trois (3) convergences.
Eu égard à ce qui précède, notre étude a valu la peine. Car, même si le veuvage a été largement
évoqué, la question fondamentale que nous avons développée n’a pas été abordée surtout pas
pour ce qui concerne le peuple Punu.

A cause du traitement inhumain réservé à la veuve ainsi que les conséquences qui peuvent en
découler tant chez la femme que les orphelins, nous allons y formuler quelques suggestions aux
pouvoirs publics et à la société civile et aux belles familles.

42
Suggestions
 Aux pouvoirs publics et à la société civile
Aux fins de prévenir la délinquance juvénile, le banditisme chez les orphelins mal entretenus
ou révoltés de par les meurtrissures subies par leur maman veuve, nous suggérons ce qui suit :
- faire instituer le droit traditionnel standard pour toutes les ethnies au Congo ;
- créer un organe qui protège les droits des veuves au Congo avec l’expertise des
sociologues et des psychologues ;
- voter une loi contre toute torture et la soumettre au parlement pour adoption et
promulgation.

 Aux belles familles


- Donner à la veuve la liberté de choix entre le lévirat ou aller se remarier avec un
homme de son choix après les rites de purification de celle-ci.
- Mais en cas de succession du de cujus par un homme responsable capable d’assurer
la continuité en ce qui concerne par exemple l’éducation, des enfants, le décès de
son mari n’aura été que de l’histoire.

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Conclusion
En somme, c’est la mort qui aura été la cause causante de toute cette étude. Elle s’est focalisée
sur la défense des droits humains suite aux supplices vécus par la femme après le décès de son
mari membre d’une famille Punu. Le veuvage n’étant pas un fait récent et inévitable, il a fallu
investiguer comment il se pratique chez les peules Punu de Nyanga. Nous avons été amenés à
faire le plaidoyer de la violation des droits de la femme plus que chosifiée pour avoir perdu son
mari.

Pour y parvenir, nous nous sommes posée une question centrale sou tendue par des sous
questions afin d’en formuler des hypothèses de travail. Il s’est agi fondamentalement de
chercher les péripéties du veuvage chez les Punu de Nyanga et comment sont traitées les veuves.
Le traitement devrait naturellement déboucher sur des conséquences ; ce qui a constitué notre
deuxième interrogation.

Les hypothèses y relatives s’articulaient autour du fait que les pratiques rituelles de veuvage
chez les Punu de Nyanga consistent en trois étapes que sont : l’annonce du décès du mari,
l’entrée dans le veuvage, la cérémonie de libération ou non de la veuve et le retour à la vie
normale.

Nous avons ensuite deviné que la veuve est exposée à la torture corporelle, la privation de la
liberté, C’est ainsi que ces effets ne peuvent qu’avoir des effets très négatifs sur les enfants et
la veuve elle-même qui du reste aura souffert d’une inadaptation sociale.

Tout ceci concoure à protéger les veuves par l’allègement des pratiques de veuvage à l’avantage
de la veuve. Les rites de veuvage peuvent certainement être préservés mais il faudrait changer
de paradigme car les conséquences plurielles frapperaient non seulement les peuples Punu, mais
la nation toute entière.

Avec comme théorie référentielle le droit traditionnel et l’humanisme, nous avons revu les
études des auteurs tant congolais que ceux de la sous-région africaine. Au total ils sont douze
auteurs ayant été intéressé par la problématique de veuvage et les effets qui en découlent.

Sur la base des guides d’entretien, nous avons recueilli des points de vues des veuves sur le
terrain, à : Brazzaville, Nyanga, Dolisie, Leboulou, Divénié, Dimani, Pointe-Noire, Nkayi,
Makabana et Banda.

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En définitive, le système de veuvage est condamné tant par nos prédécesseurs que par nous.
Les études antérieures et nos investigations actuelles sur l’état de la question ont plus de
divergences que de convergences. Les résultats les plus pertinents proviennent du tableau 8 et
surtout des entretiens que nous avons organisés.

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Références

 Ouvrages généraux et spécialisés

Barriere J. P (1992). Les veuves en France (XIXe - XXe siècles), Mémoires d’habilitation à
diriger des recherches, Université de Lille 3.

Bondo, M. L (2012). La pratique de veuvage traditionnel chez les Koyo d’Owando :


Conséquences et approches de solutions. Mémoire pour l’Obtention du grade d’Inspecteur de
la Jeunesse et des Sports. (Non publié).

Dhavamony, Susa, M. (1992). Méthode en Histoire de religion, in Dictionnaire de théologie


Fondamental. Montréal Paris, Cerf. P. 106(

Delbès C., Gaymu. J (2002). Le Choc du veuvage à l’orée de la vieillesse : vécus masculin et
féminin, Population, n°6, 879-909.

Eri (2021). Terroir : Rituel de veuvage chez les Fangs du Gabon, une violation des droits de
l’Homme ? Gabon. Terroir.

Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la Famille. Batterie 4-BP 12 809 Libreville (Gabon)

Habimana. J. Luc (2015). CIPCRE (Cercle International pour la Promotion de la Création), une
organisation Camerounaise, avec le Soutien de l’Union européenne et d’autres partenaires, a
lancé un projet visant à contribuer à l’Humanisation des rites de veuvage dans 8 régions du
Cameroun.

Caradec. V (2007). L’Expérience du veuvage. Vol. 30/ 121, P. 179-193. Paris. PUF.

Lalande A. (1996). Vocabulaire technique et critique de la philosophie. Quadrig, PUF. P.421

Lavoie. F. (1982). Le veuvage : problème et facteurs d’adaptation. Santé mentale au Quebec,


7 (2). 127-135. https : //doi.org/10.7202/03015 ar. Erudit

Lopota. H. Z (1973). Self-Identity in Marriage and Widowhood. The Socio-Logical Quarterly,


Vol. 14, 404-418.

46
Clayton, P., Herjanic, M., Murphy, G., Wood-RUFF, R., (1974). Mourning and Depression:
their Similarities and Differences, Canadian Psychiatric Association Journal, 19, 309-314.

Obenga, T. (1959). Les Bantu: Langues, Peuples, Civilisations, Paris. Présence Africaine.
(Bongo Ondimba, 2015 :17).

 Webography
https: //www. Facebook.com/djassoculture/
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Annexes

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