Caligula, Albert Camus
FICHE DE LECTURE
Contexte
Caligula est une pièce de théâtre d’Albert Camus publiée en 1944. Avec
deux autres ouvrages de l’auteur, L’Étranger (roman de 1942) et Le Mythe
de Sisyphe (essai de 1942), Caligula fait partie du « cycle de l’absurde »
(une philosophie non pas du désespoir, mais vue comme un « point de
départ » en relation avec la révolte qu’il suscite).
La pièce triomphe en septembre 1945 sur la scène du théâtre Hébertot, au
milieu du Paris libéré, et donne un nouvel élan à la scène théâtrale
essoufflée.
Le récit met en scène le sombre empereur Caligula, qui agit avec
démesure, en quête d’impossible et d’exigence absolue.
Personnages
Caligula : Caligula est l’empereur de Rome. À la mort de Drusilla, sa sœur
et son amante, Caligula se révolte contre un monde qu’il n’estime pas
satisfaisant. Il veut alors imposer une philosophie de liberté (avant tout
personnelle), ce qui lui donne l’occasion de mettre en scène ses plus
grandes fantaisies. Intelligent, argumentateur, manipulateur, il tente de
pousser le plus loin possible son projet philosophique d’impossible.
Caesonia : Elle est la maîtresse de Caligula. À la mort de Drusilla, elle
s’efforce d’aider et de comprendre cet empereur qui n’éprouve désormais
pour elle plus qu’une vieille tendresse. Elle garde l’espoir de guérir
l’empereur.
Hélicon : C’est un ancien esclave, affranchi par Caligula. Il devient son
valet et son fidèle confident. Sa pensée est fataliste. Il meurt en tentant de
sauver Caligula.
Cherea : Ce courageux conspirateur (du renversement de Caligula) est
noble et homme de lettres. Il est lié aux patriciens, qu’il n’apprécie pourtant
pas. Il est en désaccord philosophique (plus que politique) avec l’empereur.
Scipion (fils) : Scipion est un jeune poète qui déteste dans un premier
temps Caligula pour avoir tué son père, mais qui finit par lui porter toute
son attention lorsqu’il découvre qu’ils partagent la même pensée. Lorsque
l’empereur cède à la folie, il tente de le comprendre et se désiste de la
conspiration visant l’assassinat de l’empereur.
Senectus, Metellus, Lepidus, Octavius, Mereia, Mucius ou Les
patriciens : Ils sont la cible de Caligula. Craintifs et soucieux de maintenir
le confort de leur existence, ils ne risquent rien et reprochent leurs propres
défauts à l’empereur : lâcheté, égoïsme, mensonges.
Thèmes
La liberté : La mort de Drusilla fait prendre conscience à Caligula que les
hommes meurent et ne sont pas heureux. Cette révélation le pousse à se
lancer dans une quête de l’absolu, qu’il envisage comme une liberté totale.
Il l’exercera par le meurtre et la perversion de toutes les valeurs. La limite
est une négation de la liberté, et Caligula n’accepte plus les limites. C’est
avant tout la recherche d’une liberté personnelle (qui ne permet pas celle
des autres), et la position d’empereur de Caligula qui lui permet de réaliser
ses projets les plus fous (d’où l’utilité du pouvoir qui donne ses chances à
l’impossible).
« On est toujours libre aux dépens de quelqu’un » (Caligula).
L’absurde : L’absurde se manifeste par le besoin que nous avons de
savoir et l’absence de réponse que nous donne l’univers. Caligula prouve
l’inutilité de la croyance en des dieux et son absurdité en se déguisant en
Vénus, pour prouver qu’un homme peut avoir le même impact. Pour
l’homme absurde, le futur est absent (possibilité de la mort), seul compte
l’ici et le maintenant. Une réponse possible à l’absurde est la révolte ou le
désir d’impossible. Ainsi, Caligula désire la lune.
La folie : Celle de Caligula et de sa démesure se manifeste par un
désordre existentiel et la mise en place d’un projet démesuré. Il ne s’agit
pas ici d’une folie clinique. La folie est représentée par des actes qui
s’opposent à la raison et à la morale. On retrouve également la folie du
pouvoir : Caligula veut changer l’ordre du monde. Cette folie est
l’expression d’un homme face à l’absurdité du monde.
Résumé
Caligula illustre la vie d’un esprit libre en quête d’absolu. Sans distinction,
cet empereur condamne coupables et innocents. Il crée un monde, son
monde, où la moralité n’a pas de lois. L’action de la pièce se déroule dans
l’Antiquité, à Rome. Entre le premier acte et les trois actes suivants, il y a
une ellipse de trois ans.
Acte I (11 scènes)
Au palais, on attend le retour de l’empereur Caligula, absent depuis trois
jours suite à la mort de sa sœur et amante Drusilla. Les patriciens
s’inquiètent. Lorsqu’il revient, Caligula confie à son esclave Hélicon que ce
qui le préoccupe, c’est la prise de conscience de l’absurdité de ce monde,
tel qu’il est fait. Caligula exige quelque chose de « dément ». À sa vieille
maîtresse Caesonia, il annonce qu’il veut transformer le monde. Caligula
cherche des coupables. Il affirme alors à l’Intendant une nouvelle politique
avec, notamment, un impôt démesuré pour les patriciens, qu’il veut finir par
exécuter.
Acte II (14 scènes)
Ayant subi pendant trois ans les abus de Caligula, les patriciens se
révoltent. Scipion se retourne contre l’empereur après que celui-ci ait tué
son père. Les patriciens et Scipion organisent ensemble un complot mais
Cherea les arrête et les raisonne : Caligula n’est pas encore assez
tyrannique pour que le peuple suive leur acte. Caesonia et Hélicon restent
complice de Caligula qui poursuit dans sa folie : il fait tuer le fils de
Lepidus, prend la femme de Mucius, décrète la famine, et instaure un
« ordre du Héros civique » pour ceux qui fréquentent le plus sa « maison
publique ». Caesonia apprend de Scipion son désir de vengeance et
l’implore de comprendre l’empereur.
Acte III (6 scènes)
Caligula apparaît aux patriciens en Vénus grotesque et leur fait blasphémer
une prière à sa propre divinité. L’empereur veut ainsi montrer qu’un homme
peut facilement prendre la place d’un dieu. Il affirme également qu’en
raison de son respect pour la vie humaine, il a toujours refusé d’aller à la
guerre. Hélicon veut lui avouer le complot qui se trame contre lui, mais
Caligula, tout à ses affaires, lui demande de lui apporter la lune. Caligula
fait néanmoins appeler Cherea qui lui annonce qu’il veut en finir avec lui.
Pourtant, Caligula le laisse libre et ne tient pas compte de la conspiration.
Acte IV (14 scènes)
Scipion annonce finalement à Cherea qu’il ne peut pas participer au
complot car il prend conscience que quelque chose en lui ressemble à
l’empereur. La conspiration est découverte. Caligula apparaît en danseuse
et se donne à nouveau en spectacle. Hélicon affirme son dévouement pour
son maître. Caligula se joue de ses vengeurs et n’est ému que par la
sincérité du poème lu par Scipion. Caligula repousse tous ses ennemis et
même Caesonia. Seul, il regrette de ne pas avoir eu l’impossible : la lune.
Cependant, des conjurés ont réussi à s’approcher et le frappent. En
mourant, il clame : « Je suis encore vivant ».