Les Organisations de Producteurs en Afrique de L'ouest Et Du Centre: Attentes Fortes, Dures Réalités
Les Organisations de Producteurs en Afrique de L'ouest Et Du Centre: Attentes Fortes, Dures Réalités
RAPPORT PAYS
dures réalités.
Le cas du Cameroun
Guillaume Fongang
Septembre 2012
po
SOMMAIRE 2
1. INTRODUCTION 8
1.1. Objet de l’étude 8
1.2. Méthodologie 8
1.3. Difficultés rencontrées 11
2. CONTEXTE 11
2.1. Carte d’identité du Cameroun et contexte générale 11
2.2. Contexte agricole général 14
3. HISTORIQUE DES FORMES D’ORGANISATION ECONOMIQUE 16
3.1. Jusqu’en 1990 : des coopératives de mouvance étatique 16
3.2. A partir du début des années 1990 : libéralisation du mouvement
coopératif 19
3.3. Fin des années 1990 : retrait de l’Etat et foisonnement des
organisations de producteurs 20
3.4. A partir de 2000 : de grands projets par filières, et un nouveau
foisonnement d’OP 22
3.5. Fin de la décennie 2000 : plates-formes d’OP créées et fin du
projet PARI 24
4. ETAT DES LIEUX 26
4.1. Présentation et analyse de la situation générale des OP et
typologie des OP 26
4.2. Quelques principales OP à vocation économique au Cameroun 28
4.2.1. Les faîtière s nationales 29
4.2.2. La Concertation nationale des organisations paysannes du
Cameroun 29
4.2.3. La plate-forme nationale des organisations professionnelles
agrosylvopastorales (PLANOPAC) 30
4.2.4. Les organisations de producteurs à « orientation filières » 31
Les OP d’envergure nationale 31
Les OP d’envergure régionale 32
4.3. Environnement réglementaire et fiscal des OP 34
4.3.1. Les principaux statuts juridiques possibles pour les OP 34
4.3.2. Analyse de la réglementation 37
4.3.3. Fiscalité 40
4.3.4. Perspectives induites par l’Acte uniforme OHADA 41
2
4.4. Les OP à vocation économique et la fourniture des services à
leurs membres 43
4.4.1. Les services fournis par les OP à leurs membres 44
4.4.2. Difficultés des OP dans la fourniture des services à leurs membres 45
5. CONCLUSIONS 56
5.1. Synthèse du diagnostic 56
5.2. Synthèse des enjeux au regard du développement des services
économiques 57
5.3. Synthèse des enjeux au regard des politiques publiques,
incluant la perspective OHADA 58
BIBLIOGRAPHIE 60
ANNEXES 63
ANNEXE 1 : ETUDES DE CAS 64
Cas n°1 : l’Unité agropastorale du Cameroun (UNAPAC) 64
Cas n°2 : l’Union des sociétés coopératives BINUM des producteurs
agropastoraux du Cameroun UCOPADCAM BINUM 68
Cas n°3 : Federation of Rice Farmers Organization 75
Cas n° 4 : North West Farmers’ Organization - NOWEFOR 76
Cas n° 5 : La Société Coopérative Agricoles des Planteurs de la
Menoua - CAPLAME 81
Cas n° 6 : la Fédération des Unions de GIC de cacaoculteurs de
Makanene –FUGICAMAK 84
ANNEXE 2 : PERSONNES RENCONTREES 86
Résumé
Le présent rapport porte sur les organisations de producteurs (OP) à vocation économique
au Cameroun. Il est produit dans le cadre de l’étude intitulée « Les organisations de
producteurs en Afrique de l’Ouest et du Centre : attentes fortes, dures réalités ». L’objectif
de l’étude est de rendre compte des différentes formes d’organisations collectives de
producteurs agricoles et leurs fonctions économiques respectives.
Ce rapport s’appuie d’abord sur un travail de collecte de données à travers des entretiens
auprès de plusieurs structures étatiques et non étatiques du secteur agricole ainsi que des
personnes ressources. De plus, il mobilise des données issues de l’exploitation de la
documentation existante relative aux OP au Cameroun, aux politiques et interventions de
développement dans le secteur agricole au Cameroun. Une autre source précieuse
d’informations pour la production de ce rapport a été les enquêtes auprès de six
organisations de producteurs : l’Union des sociétés coopératives BINUM du Cameroun
(UCOPADCAM/BINUM) dans la région de l’Ouest, l’Unité agropastorale du Cameroun
(UNAPAC) dans la région du Littoral, la Coopérative agricole des planteurs de la Menoua
(CAPLAME) dans la région de l’Ouest au Cameroun, la North West Farmer’s Organisation
(NOWEFOR) dans la région du Nord-Ouest, la Fédération des riziculteurs de Ndop dans le
Nord-Ouest, la Fédération des Unions de GIC de cacaoculteurs de Makanene –
FUGICAMAK dans le Centre.
L’une des grandes difficultés rencontrées a été l’absence de données chiffrées relatives aux
activités des OP (quantités d’intrants, productions commercialisées, etc.) et leur poids dans
les différentes filières.
Le Cameroun s’étend sur une superficie de 475 650 km². La superficie agricole est estimée
à 19,69 % de cette superficie totale. En 2011, le Cameroun compte environ 20 030 362
habitants (Banque mondiale, 2011). Son PIB était alors estimé à 25 464 850 391 $ ($ US
courants). Le taux d’urbanisation s’accélère à un rythme rapide avec une population urbaine
représentant près 59,2 % de la population totale. La pauvreté est plus rurale au Cameroun.
55 % des ménages ruraux sont pauvres en comparaison à 12 % des ménages urbains qui le
sont. 87 % des pauvres vivent en milieu rural. (Banque mondiale, 2012).
4
multitude d’OP. Ainsi le Cameroun compte 123 305 organisations enregistrées comme GIC,
sociétés coopératives ou organisations issues de la fédération de celles-ci. Notons que plus
de 95 % du total des OP enregistrées ont un statut de GIC. Un GIC regroupe en moyenne
10 membres. Le statut de société coopérative est très peu sollicité par les OP en raison de
son caractère contraignant. On compte seulement 1853 OP ayant un statut de coopérative,
soit environ 1,5 % des OP à vocation agricole enregistrées.
L’Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés coopératives fixe un nouveau cadre
juridique pour les pays concernés. Les pays ont jusqu’au 15 Mai 2013 pour s’arrimer à cet
Acte. Les entretiens réalisés dans le cadre de cette mission ont permis de constater que très
peu d’acteurs en particulier les OP rencontrées en sont au courant et encore moins
mesurent les implications et les enjeux.
La question du devenir des nombreuses OP devra être une question importante à régler. Au
cas où le Cameroun déciderait de ne prévoir désormais que le statut de société coopérative
pour les organisations de producteurs agricoles, celui-ci devrait être le plus souple possible
pour être accessible aux OP rurales. Il y a ainsi nécessité d’une réflexion adéquate pour un
arrimage à l’Acte uniforme OHADA qui soit adapté aux réalités des organisations de
producteurs du monde rural camerounais. Cet arrimage ne devrait pas passer sous silence
l’éventualité d’offrir plusieurs possibilités juridiques en fonction des différentes catégories de
producteurs agricoles (petits agriculteurs, entrepreneurs, grands exploitants.). Quel que soit
le schéma retenu, il y a nécessité de tout un accompagnement des producteurs ruraux. Il
s’agit tout d’abord de la sensibilisation sur l’Acte uniforme OHADA et la mobilisation des
contributions de toutes les composantes sociales pour une révision du cadre réglementaire
national relatif aux OP et aux sociétés coopératives. Ensuite il sera nécessaire
d’accompagner les producteurs dans le processus de légalisation (connaissance de la
procédure, formation à la gestion et l’organisation suivant le nouveau cadre réglementaire,
production de la documentation nécessaire, suivi du processus de légalisation jusqu’à
l’obtention des attestations de légalisation, etc.)
Les OP au Cameroun connaissent un réel problème de viabilité. La situation est similaire en
zone anglophone et francophone, bien que nous ayons relevé que les dynamiques
coopératives connaissaient à l’époque une faible intervention de l’Etat dans le Cameroun
anglophone. Globalement, les OP ont peu de services effectivement rendus à leurs
membres. La très grande majorité d’OP a plus été mise en place suite à des stratégies de
recherche d’appui (dons et autres formes d’appui) et en sont restées des « coquilles vides ».
Certaines OP ont tenté des initiatives de fourniture de services à leurs membres et ont dû
arrêter à la suite des difficultés/échecs rencontrées. Toutefois, il existe quelques
organisations de producteurs ayant des expériences à succès ou porteuses de leçons, en
cours ou passées dans la fourniture de services à leurs membres.
Plusieurs OP n’ont pas de missions clairement définies ni d’activités sur lesquelles s’adosse
la dynamique du groupe. Les OP promues par les ruraux connaissent une précarité qui les
empêche de disposer des ressources pour développer des services aux membres. Il s’en
suit donc que certaines d’entre elles ne parlent que de service en termes de projets à
réaliser en cas de financements extérieurs. Notons à ce sujet que même des OP ayant
même des expériences de réussites (BINUM, NOWEFOR, CROPSEC, etc.) ont une réelle
difficulté à mobiliser les ressources internes. Le taux de renouvellement des cotisations
annuelles des membres se situe très souvent en deçà de 10 et 30 %.
6
l’augmentation de leurs revenus. La transformation s’est généralement heurtée à un manque
de débouchés de commercialisation plus rémunérateurs pour les produits issus de la
transformation. L’appui technique par des membres de l’OP souffre généralement du
manque de ressources financières pour indemniser ces derniers. Quelques expériences
d’approvisionnement en intrants connaissent des succès. Ils reposent sur un prélèvement
direct fait par l’OP sur les revenus des ventes de la production (généralement les produits
d’exportation comme le café et le cacao) lorsqu’il existe un système de commercialisation
collectif de la production. Mais lorsqu’il s’agit de mobiliser les contributions individuelles sans
systèmes de prélèvement direct sur la vente de la production, très souvent ces initiatives
d’approvisionnement ponctuel en intrants échouent. Une expérience de boutiques d’intrants
permanente est aujourd’hui en cours depuis plus de 10 ans au BINUM qui disposent d’un
réseau de magasins de vente d’intrants agricoles situés dans des villages et tenus par ses
coopératives membres. Les activités de formations sont en général organisées avec l’appui
des programmes/projets qui en assurent l’animation. Les initiatives de commercialisation
des produits agricoles ont été les plus essayées. Quelques cas de réussites existent
notamment :
1.2. Méthodologie
La démarche de l’étude
Ce rapport est celui de l’étude menée au Cameroun par Guillaume Fongang (agrosocio-
économiste) en collaboration avec Célia Coronel (agroéconomiste à l’IRAM). Il s’appuie
d’abord sur un travail de collecte de données à travers des entretiens auprès de plusieurs
structures étatiques et non étatiques du secteur agricole ainsi que des personnes
ressources. De plus, il mobilise des données issues de l’exploitation de la documentation
existante relative aux OP au Cameroun, aux politiques et interventions de développement
dans le secteur agricole. Une autre source précieuse d’informations pour la production de ce
rapport a été les enquêtes approfondies auprès de six organisations de producteurs : l’Union
des Sociétés Coopératives BINUM du Cameroun (UCOPADCAM/BINUM) dans la région de
l’Ouest, l’Unité agropastorale du Cameroun (UNAPAC) dans la région du Littoral, la
Coopérative agricole des planteurs de la Menoua (CAPLAME) dans la région de l’Ouest au
Cameroun, la North West Farmer’s Organisation (NOWEFOR) dans la région du Nord-
Ouest, la Fédération des riziculteurs de Ndop dans le Nord-Ouest, la Fédération des Unions
de GIC de cacaoculteurs de Makanene - FUGICAMAK dans le Centre. Les connaissances
du consultant relatives aux organisations paysannes et aux stratégies de développement
agricole au Cameroun ont aussi été mises à contribution.
Les entretiens menés ont été d’une importance capitale pour offrir un portrait actuel et vivant
du paysage des OP et mieux se faire une idée des services qu’elles offrent à leurs
membres. La principale difficulté, et peut être une insatisfaction, est sans doute
l’indisponibilité de données en particulier :
8
- l’absence d’un fichier exploitable des OP fonctionnelles ;
- l’absence de données chiffrées au niveau de la plupart des OP en particulier les
quantités de produits commercialisés, les quantités d’intrants achetés, etc. ;
- l’absence de données au plan national sur le volume de transaction effectuées à
travers les OP (quantité de produits vendus, quantités d’intrants achetés, etc.).
Le choix des OP pour les études de cas
- les programmes et projets, ainsi que des personnes ressource au niveau des 10
régions du Cameroun.
1 Cf. Fongang G., « Mapping » des organisations paysannes au Cameroun : Les principales organisations et les dynamiques
fédératives. Rapport final. AFDI et FIDA décembre 2008. 83 p. et Note confidentielle de 6 p.
2 On sait très bien qu’il existe dans le contexte camerounais des structures légalisées comme coopérative ou encore GIC, Union
de GIC ou Fédération d’Unions de GIC, mais ne reposant sur aucune dynamique de producteurs et constituant essentiellement
un parapluie légal pour des operateurs économiques individuels ou des sociétés commerciales.
- Les filières de production concernées par les activités de l’OP. Nous avons retenu
une OP de la filière riz, une OP de la filière ananas en raison de son activité
d’exportation, une OP de la filière cacao/café, une OP d’une filière de culture vivrière.
Sur cette base, nous avons retenu dans un premier temps quatre OP à savoir :
- la Fédération des riziculteurs partenaire de l’UNDVA. C’est le seul choix qui s’offrait à
nous pour la filière riz ;
- l’Unité agropastorale du Cameroun (UNAPAC) dans la région du Littoral. Elle est
productrice d’ananas, la seule connue et engagée dans l’exportation avec une
expérience qui nous semble édifiante dans la perspective d’un travail de
capitalisation ;
10
1.3. Difficultés rencontrées
Nous tenons à remercier toutes les structures et les personnes ressources rencontrées pour
leur collaboration et leur disponibilité. Des remerciements particuliers aux responsables des
organisations de producteurs citées ci-dessus qui ont accepté de prendre du temps pour
nous parler de leurs organisations et nous présenter leurs activités sur le terrain.
2. Contexte
1 Adamaoua Ngaoundéré 5
2 Centre Yaoundé 10
3 Est Bertoua 4
4 Extrême-Nord Maroua 6
5 Littoral Douala 4
6 Nord Garoua 4
7 Nord-Ouest Bamenda 7
8 Ouest Bafoussam 8
9 Sud Ebolowa 4
10 Sud-Ouest Buéa 4
Le Cameroun s’étend sur une superficie de 475 650 km². La superficie agricole est estimée
à 19,69 % de cette superficie totale. La superficie forestière est de l’ordre de 42,35 %
(FAOSTAT, 2012).
En 2011, le Cameroun compte environ 20 030 362 habitants (Banque mondiale, 2011). Son
PIB était alors estimé à 25 464 850 391 $ ($ US courants).
12
Le taux d’urbanisation s’accélère à un rythme rapide avec une population urbaine
représentant près 59,2 % de la population totale. Cette tendance traduit aussi un fort taux
d’exode rural ces dernières années d’une population rurale qui peine à trouver dans le
secteur agricole des activités pouvant procurer de manière durable des revenus et permettre
d’envisager l’avenir personnel et familial avec sérénité. 70 % de la population est concentrée
sur moins de 34 % de la superficie totale du pays.
La pauvreté est plus rurale au Cameroun, 55 % des ménages ruraux sont pauvres en
comparaison à 12 % des ménages urbains qui le sont. 87 % des pauvres vivent en milieu
rural. (Banque mondiale, 2012)
Le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) relève que la mise en
œuvre du Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), adopté en avril 2003,
a permis au gouvernement de maintenir la stabilité du cadre macroéconomique et de
soutenir des taux de croissance positifs jusqu’en 2008. Toutefois, le profil général de
croissance est resté en retrait du niveau espéré pour résorber substantiellement la pauvreté.
Le Cameroun fait partie du Bassin du Congo avec les régions du Sud et de l’Est situées en
zone forestière. Cette zone du Sud-Est fait l’objet d’une exploitation des ressources
forestières profitant très peu aux populations locales qui vivent dans une pauvreté ambiante.
L’intensification des activités d’exploration et d’exploitation minière déjà effective se fait de
plus en plus importante dans cette zone du Sud-Est comme dans plusieurs régions du pays
entrainant de nombreux défi sur le plan social et économique. Le Cameroun dispose de
ressources naturelles non renouvelables dont le gaz naturel, le fer, la bauxite, le cobalt. Il
semble d’ailleurs que le développement des certaines régions puisse être fortement
influencé par la donne minière dans les années avenir 3. Certes, la question des retombées
en termes de développement économique pour les populations reste préoccupante. Dans
les zones en exploitation, les effets néfastes sont nombreux : abandon de l’école,
prostitution, bouleversement des mœurs, etc.
3Un responsable d’activités d’exploration pour une compagnie forestière rencontré en 2011 dans la zone de Dschang sur les
hautes terres de l’Ouest relève : « Dans toute cette région il y a des minerais partout et en grande quantité. Ici à Dschang dans la
Menoua comme dans les Bamboutos, les minerais sont partout. L’exploitation apportera beaucoup à cette région. Elle créera
beaucoup de richesse. »
14
2.3. Politique agricole
L’agriculture constitue un secteur prioritaire tel que consigné dans le Document de stratégie
de réduction de la pauvreté. En raison de sa situation d’endettement, le Cameroun a été
concerné par l’initiative PPTE. Sa politique de développement a été définie dans le cadre du
DSRP adopté en avril 2003 par les autorités camerounaises et approuvé par le FMI et la
Banque mondiale en juillet de la même année. Ce DSRP a une composante DSDSR
(Document de stratégie de développement du secteur rural) qui définit le cadre de l’action de
l’Etat en matière de développement agricole et rural. L’Etat camerounais lui a assigné un
objectif de croissance soutenue, durable et équitable à travers quatre axes d’intervention qui
sont :
Cette section porte sur l’historique les différentes formes d’organisations de producteurs à
vocation économique dans le secteur agricole au Cameroun. Dans une perspective
historique, nous faisons un découpage par période. Pour chaque période nous présentons
les différentes formes d’organisations existantes ainsi que les ressorts de leur émergence.
Nous allons tout d’abord faire un point de la situation prévalant avant 1990, ce qui permet de
mieux comprendre les changements intervenus par la suite et les dynamiques
conséquentes.
Jusqu'en 1990 la coopérative est la principale forme associative promue par l’Etat
camerounais en matière d’organisation des producteurs agricoles. La mise en place de ces
dernières remonte aux années 1920, tant au Cameroun occidental sous colonisation
16
britannique, qu’au Cameroun oriental sous colonisation française (Prod’Homme, 1993).
Dans le Cameroun occidental, la dynamique de mise en place des coopératives va s’inspirer
de l’idéologie du développement communautaire qui mobilise les structures locales. Au
Cameroun oriental, la création des coopératives est contrôlée et canalisée par
l’administration coloniale. Dans le Cameroun oriental va se mettre en place en 1953 une
structure regroupant les unions coopératives : la North West Cooperative Association
(NWCA) qui existe encore de nos jours en est l’héritière. Dans le Cameroun francophone,
l’Union Centrale des Coopératives de Café Arabica de l’Ouest (UCCAO 4) qui se met en
place en 1958 est la plus importante structure coopérative.
Au lendemain de l’indépendance du Cameroun en 1960, l’Etat camerounais s’appuie sur les
coopératives pour moderniser l’agriculture à travers l’octroi des aides financières pour les
paysans et leur encadrement technique. Des centres de formations des cadres de
coopératives vont d’ailleurs se mettre en place l’un à Ebolowa en zone francophone et
l’autre à Bamenda en zone anglophone.
Au lendemain de l’unification des deux Cameroun en 1972, est promulgué en 1973 la « loi
n° 73/15 du 7 décembre 1973 portant statut des sociétés coopératives au Cameroun » avec
son décret d’application « n° 74/874 du 29 octobre 1974 ». Cette loi conférait les pouvoirs
les plus étendus d'inspection et de contrôle à l'État vis-à-vis des coopératives (Article 40 de
la loi), celui-ci approuvant les nominations ou nommant directement les directeurs des
coopératives (Article 42 du décret d’application) et ayant par ailleurs le droit de révoquer un
membre du conseil d'administration. L'État va encourager la création des coopératives. Les
organisations de producteurs ne pouvant pas directement se constituer en coopératives vont
être promues par les services du ministère de l’agriculture sous différentes formes et
appellations. C’est le cas des Groupements d’agriculteurs modernes qui n’ont cependant
pas de personnalité juridique. Il s’agit en général de petits groupes d’agriculteurs ne pouvant
pas encore asseoir une réelle dynamique de fonctionnement coopératif. Mais il est espéré
qu’avec le temps, ces organisations puissent développer un fonctionnement coopératif.
Aussi, certaines ne peuvent remplir les exigences juridiques requises pour la légalisation
comme coopérative.
Pour l’Etat camerounais les coopératives ainsi promues ont une importance capitale dans sa
stratégie de développement agricole. Celle-ci est essentiellement interventionniste5. En
effet, l’Etat camerounais met en place des sociétés et missions de développement, ainsi que
des coopératives dans différentes régions du pays. Ces structures ont pour mission
d’encadrer les populations qui sont engagées dans les principales cultures d’exportations.
L’Etat a encouragé dans chaque zone agro-écologique une culture d’exportation adaptée.
Une telle option semble avoir été justifiée par la nécessité pour le jeune Etat de rechercher
des ressources financières à travers les devises liées à l’exportation afin de pouvoir
s’assumer.
4 UCCAO veut dire de nos jours Union centrale des coopératives agricoles de l’Ouest Cameroun. Elle est constituée de
l’ensemble des six coopératives départementales de l’Ouest Cameroun mises en place suite à l’introduction de la caféiculture.
5
« Le terme interventionnisme s’applique beaucoup plus à la situation où l’Etat intervient non pas seulement en édictant des
réglementations mais aussi et même surtout en s’occupant directement des fonctions de production, de transformation et même
des échanges » (Kamajou, 1984).
Dans chacune de ces régions, soit l’Etat promeut une coopérative pour organiser
l’approvisionnement en intrants, l’encadrement technique des producteurs, la collecte et la
commercialisation, soit elle met en place une mission ou une société de développement,
structure chargée de promouvoir la culture d’exportation de sa zone d’intervention et
d’encadrer les populations qui y sont alors engagées. Dans le cas des sociétés et missions
de développement, des organisations de producteurs sont promues dans la zone
d’intervention pour jouer le rôle de relais dans l’organisation de la distribution des intrants, la
collecte des produits, etc. Il est vrai, Tchala Abina (1985), considère qu’il ne s’agit pas de
producteurs dans le vrai sens du terme, mais plutôt d’ ouvriers dans la mesure où ils ont en
général très peu de contrôle sur leur activité et la répartition des bénéfices.
Ainsi nous pouvons citer pour cette période, quelques unes des principales structures ci-
après :
- l’UCCAO pour le café arabica et robusta ainsi que le cacao dans la région de
l’Ouest ;
Ainsi, dans cette période, les organisations de producteurs à vocation économique sont
essentiellement les coopératives. Il existe des formes embryonnaires (comme les GAM),
vues comme des étapes intermédiaires de maturation de l’organisation coopérative. Ces
structures évoluent sous forte influence de l’Etat et sont mobilisées dans la fourniture des
services ci-après à leurs membres :
6 L’UCCAO se voit ainsi confier en 1978 la mise en œuvre du projet de développement rural de la province de l’Ouest
Cameroun (PDRPO) cofinancé avec la Banque mondiale et le Fonds international de développement agricole. C’est un projet
dont le financement total s’élève à 25.000.000 de dollars américains.
18
3.2. A partir du début des années 1990 : libéralisation du mouvement coopératif
Suite à la crise économique du milieu des années 1980, des réaménagements législatifs
vont intervenir à partir de 1990 en lien avec l’option politique de « désengagement de
l'État », de libéralisation de la commercialisation des produits d’exportation, de retour au
multipartisme. Désormais, il existe une diversité de possibilités de constitution et de
légalisation des organisations de producteurs (association, coopérative, groupe d'initiative
commune, GIE, ONG, etc.).
Dans le cadre de la Nouvelle politique agricole (NPA) du gouvernement camerounais
adoptée en mai 1999, le mouvement coopératif occupe une place centrale avec une option
pour sa libéralisation. Déjà, avant l’adoption de cette NPA en 1999, la loi de 1992 relative
aux sociétés coopératives et Groupes d’initiative commune aura été un acte fondateur de
cette option. En Mai 1999, à la faveur de cette loi, il existait déjà 12 000 coopératives et GIC.
L’Etat camerounais va d’ailleurs instaurer des programmes destinés à accompagner
l’émergence et la structuration de ces organisations.
Nous pouvons citer :
La « Central Unit for Rural Organisation Reform » (CUROR) fut créée au ministère de
l’Agriculture en 1992 et était financée par l’Agence des États-Unis pour le Développement
International (USAID). Elle mena diverses actions : campagnes d’information sur les
nouvelles lois relatives à l’organisation des producteurs agropastoraux, mise en place d’un
service du Registre des coopératives et GIC. A partir de 1993, le Fond d’appui aux
organisations rurales (FONDAOR) fut aussi mis en place sur financement de l’Union
européenne (UE) et l’Agence française de développement (AFD). Doté de 800 millions de
FCFA, le FONDAOR visait à « aider les organisations à se payer les services de
prestataires privés » en matière de formations, appui/conseil, études de faisabilité, appui au
processus de légalisation comme GIC ou coopérative, etc. Des ONG, des bureaux d’études,
des associations et autres prestataires de service étaient ainsi rémunérés sur ce fond.
L’action du FONDAOR a contribué à une meilleure connaissance de la législation relative
aux coopératives et GIC par les ruraux, à l’augmentation du nombre des prestataires de
services et la diversification de l’offre d’appui, etc. Elle a contribué aussi à révéler la difficulté
pour des organisations paysannes très jeunes et inexpérimentées de nouer des relations de
partenariat avec des intervenants extérieurs (Mercoiret et Pesche, 2003).
3.3. Fin des années 1990 : retrait de l’Etat et foisonnement des organisations de
producteurs
Avec une économie en crise dès le début des années 1980, le Cameroun croule sous le
poids d’importantes dettes. Il est mis sous ajustement structurel à partir de 1988 par les
institutions de Bretton Woods. Il s’agit d’un programme d’austérité consistant en la réduction
des dépenses publiques et à une révision du rôle de l’Etat. Les logiques de la stratégie de
l’Etat furent désormais la libéralisation et le désengagement. L’Etat s’est orienté vers la
création d’un cadre stratégique pour l’initiative privée, la prise de mesures de privatisation en
vue de réduire les gaspillages et de promouvoir une gestion plus efficiente.
Sur le plan agricole, la mise sous ajustement structurel a conduit au retrait de l’Etat de la
plupart des services qu’il assumait auparavant. De nouvelles orientations ont fait l’objet de la
nouvelle politique agricole élaborée en 1999 :
- la diversification de la production ;
- la privatisation progressive des activités de développement de l’agriculture.
20
de base (ONCPB) mis en place en 1976 va se désengager de certaines opérations de
commercialisation7 vers 1990.
Cette création d’OP n’a pas été portée par le développement d’activités structurantes et
viabilisantes, ni par une dynamique de développement de services aux membres.
A la fin des années 1990, il existe plus de 12 000 GIC et coopératives, mais le constat est
que :
- la majorité est dans une posture d’attentistes, espérant recevoir des appuis
financiers et autres dons ;
- plusieurs de ces organisations ne sont pas en réalité portées par de vrais
producteurs ;
- la majorité de celles-ci préfère plus le statut de GIC, union de GIC, fédérations
d’unions de GIC. Moins de 20 % sont des coopératives, ce qui traduit par ailleurs la
difficulté pour ces organisations ainsi créées de véritablement développer une
dynamique de services économiques aux membres.
- la majorité des OP connait des problèmes de viabilité car elle n’arrive pas à remplir
les objectifs affichés.
Ainsi dans la décennie 90, en plus du statut coopératif qui était jusqu’en 1992 le seul pour la
légalisation des OP à vocation économique, l’Etat camerounais offre une autre alternative
supplémentaire qui est le statut de GIC. Le statut de coopérative est revu dans la même
période pour en faire des entités soustraites de la forte emprise de l’Etat. Mais comme nous
l’avons relevé, les logiques de mise en place des OP dans cette période sont portées par la
recherche de financement et autres dons, la majorité d’OP créées est très peu active. On
parle d’ailleurs de « coquilles vides »
7En 1990, le passif de l’ONCPB dépassait 100 milliards de f cfa alors qu’en 1985, il présentait des réserves de stabilisation de 200
milliards de FCFA (ONDOA MANGA, 2006).
3.4. A partir de 2000 : de grands projets par filières, et un nouveau foisonnement d’OP
La fin des années 1990 avec le bilan mitigé des OP entraine un ralentissement dans le
rythme de création des GIC et coopératives. Le discours discréditant dont a souffert l’Etat à
la fin des années 80 comme mauvais gestionnaire de l’aide et incapable de promouvoir le
développement n’a pas été suivi par les espoirs de l’émergence d’organisations de
producteurs portées par les ruraux eux-mêmes et capables de s’assumer et d’assurer la
fourniture des services à leurs membres.
Les limites observées au niveau des OP à la fin des années 1990 auraient même soulevé
au niveau de l’Etat et de certaines structures de développement des réflexions dans le sens
de l’incapacité des OP à prendre en charge, sans une intervention plus présente de l’Etat, le
développement agricole ou du moins la fourniture de certains services essentiels aux
producteurs. On va assister en début 2000 à un retour de l’Etat, un peu en contradiction
avec les options de désengagement jusque- là prônées.
En effet, à partir de 1999, le FMI et la Banque mondiale ont mis en place le dispositif DSRP
(Document de stratégie de réduction de la pauvreté) obligeant les gouvernements des pays
devant faire l’objet d’allégements de la dette 8 à définir des programmes macro-
économiques, structurels et sociaux dont la mise en œuvre devait permettre de promouvoir
la croissance et de réduire la pauvreté. Ce DSRP, élaboré par pays, constitue après
approbation le cadre de l’action gouvernementale et un repère pour les financements
internationaux.
En raison de sa situation d’endettement, le Cameroun a été concerné par l’initiative PPTE.
Sa politique de développement a été définie dans le cadre du DSRP adopté en avril 2003
par les autorités camerounaises et approuvé par le FMI et la Banque mondiale en juillet de
la même année. Ce DSRP a une composante DSDSR (Document de stratégie de
développement du secteur rural) qui définit le cadre de l’action de l’Etat en matière de
développement agricole et rural. L’Etat camerounais lui a assigné un objectif de croissance
soutenue, durable et équitable à travers quatre axes d’intervention qui sont :
- accroître l’offre des produits alimentaires ;
8
En 1996, la Banque mondiale et le Fond monétaire international ont engagé l’initiative « Pays Pauvre Très Endetté » dont le but
est d’alléger les dettes des pays confrontés à une charge de remboursement excessive.
22
La modernisation de l’appareil de production est conçue d’une part en terme d’amélioration
de la productivité des exploitations agricoles par une intensification raisonnée et d’autre part
par l’accroissement des performances des filières agropastorales.
Par ailleurs, le DSDSR prévoit la poursuite du désengagement de l’Etat des services à
l’agriculture avec prise en charge de ceux-ci par le privé.
Sur le plan opérationnel, cette stratégie s’est traduite au niveau du ministère de l’agriculture
et du développement rural9 par l’élaboration et la mise en place de grands projets par filière
agricole, encore en cours actuellement. C’est le cas par exemple du programme maïs ou du
programme de relance de la filière banane plantain. De ce point de vue il s’agit d’un virage
important. Après une décennie de désengagement proclamé, l’Etat semble revenir en force
à la faveur entre autre de la remise de la dette et s’appuyant aussi sur les résultats mitigés
des OP pour faire valoir la nécessité d’une certaine intervention de sa part. A la différence
des missions et sociétés de développement qui étaient la base de son intervention autrefois,
il s’agit cette fois ci de grands projets et programmes par filière agropastorale.
Presque tous les projets et programmes ainsi mis en place travaillent avec les organisations
de producteurs. C’est d’ailleurs le seul moyen à travers lequel les producteurs peuvent
accéder aux appuis de ces programmes, la plupart ne travaillant pas avec les producteurs
individuels. Ainsi, seuls les producteurs organisés, et donc les OP légalisées, bénéficient
des activités et services de ces projets et programmes. Créer des organisations et les
légaliser devient alors un enjeu pour tous les agriculteurs souhaitant bénéficier des activités
de ces projets et programmes. Dans la même lancée, ces programmes et projets vont
chacun travailler de manière presque isolée à la création des organisations de producteurs
partenaires pour la mise en place de leurs activités. Il va donc à nouveau se développer un
foisonnement d’organisations de producteurs et cette fois suite à l’action des projets et
programmes étatiques de développement agricole et rural. Avec la création par chaque
projet de ses propres organisations de producteurs partenaires, il s’en est suivi une
dynamique de décomposition sous fond de recomposition du tissu organisationnel des
producteurs. Certaines organisations de producteurs qui auraient pu bénéficier de l’appui
d’un nouveau projet pour se consolider sont mises à l’écart et de nouvelles sont créées par
celui-ci.
Mais, la forte dépendance de la plupart de ces OP à l’égard des projets et de leurs activités
en fait très souvent des dynamiques « pilotées » par les projets, peu appropriées par les
membres et donc assez vulnérables et peu préparées à survivre à l’arrêt de l’appui des
projets qui les ont mises en place. Aussi, la plupart des programmes et projets ainsi mis en
place mène des activités de structuration et d’organisation des producteurs. Mais très
souvent mises en œuvre de manière isolée par chaque programme, il s’agit d’activités assez
diverses dans leur nature et du point de vue de la démarche méthodologique et, sans un
cadre global d’orientation.
9 Le ministère de l’Agriculture change en 2005 pour devenir le ministère de l’Agriculture et du Développement Rural.
en 1992 et est depuis lors poursuivie à travers les programmes FONDAOR, CUROR,
ASPPA dans les années 90 puis PARI dans les années 2000.
Au début des années 2000, des projets et des programmes sont mis en place. L’action de
l’Etat camerounais en matière d’appui aux OP est poursuivie à travers le projet PARI qui à
partir de 2002 prend la suite des projets ASPPA et APOPC. Il est logé au sein du MINADER.
L’un des axes prioritaires du projet PARI a été l’installation d’une plate-forme nationale des
OP et de plates-formes aux niveaux infranationaux : région, département, arrondissement. Il
s’agit de définir un cadre permettant à toutes les organisations de producteurs de se
retrouver, d’échanger, de se concerter pour dégager des positions partagées et communes
dans leur échange et dans leur négociation avec les autres acteurs dont l’Etat. Il est aussi
espéré que ces plates-formes soient des entités légitimes pour représenter les producteurs
dans l’élaboration, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des politiques et des projets.
La décennie 2000 est ainsi marquée par un regain d’intérêt pour la création des OP suite à
la multitude des projets et programmes étatiques offrant des appuis aux producteurs
organisés. Dans la très grande majorité, chacun de ces projets et programmes mis en place
selon une approche filière crée ses organisations paysannes partenaires. Le projet PARI qui
poursuit l’action entreprise par l’Etat en matière de structuration des producteurs porte son
action essentiellement sur la mise en place d’une plate-forme de concertation et de
représentation des organisations de producteurs. Toutefois, cette action du projet PARI
semble déconnectée ou peu en lien avec la dynamique d’organisation des producteurs
qu’entreprend chaque programme / projet de manière isolée. Aussi, on note dans le même
temps l’absence d’un cadre global d’orientation stratégique de promotion et de renforcement
des capacités des organisations de producteurs dans lequel s’inscrivent les interventions
étatiques et non étatiques.
3.5. Fin de la décennie 2000 : plates-formes d’OP créées et fin du projet PARI
A la fin de la décennie 2000, le projet PARI a pris fin, la sous-direction des organisations
professionnelles agricoles du MINADER où elle était logée ne dispose plus de projet et
programme en appui aux OP. Elle ne dispose plus à notre avis de moyens d’action suffisant
pour continuer l’accompagnement des OP. La multitude de projets et programmes du
MINADER et du MINEPIA travaillent chacune de manière isolée avec des OP. Les plates-
formes existent, une au niveau national 10 au niveau des régions et 56 au niveau
départemental. Mises en place avec l’appui du projet PARI, ces plates-formes n’ont plus
désormais un projet/programme spécifique en charge de leur accompagnement.
Les projets et programmes promus par le MINADER et le MINEPIA travaillent
essentiellement avec des OP. Deux projets promus par ces ministères inaugurent une
nouvelle manière de faire qui consiste à ne pas créer soi-même des OP partenaires mais de
travailler avec des OP existantes. On peut relever ici le programme ACEFA mis en place
avec les fonds issus de la remise de la dette bilatérale française et le programme PACA
financé par la Banque mondiale. Toutefois, il ne s’agit pas de programmes logés à la sous-
direction des OP du MINADER. Le programme ACEFA promeut une cogestion Etat et
organisations de producteurs. Dans le cadre des financements qu’il octroie aux OP, il
24
organise des comités de sélection de projets d’OP à financer dans lesquels on observe une
parité de représentativité entre les représentants de l’administration et les ceux des OP. La
plate-forme promue par l’Etat, la PLANOPAC, est considérée par le projet ACEFA comme
représentante des organisations de producteurs.
Il n’est pas facile d’avoir l’effectif des organisations de producteurs existant au Cameroun.
Ceci est dû au fait que la légalisation des organisations paysannes peut être faite sous
plusieurs statuts juridiques possibles. Par ailleurs, plusieurs structures interviennent dans la
légalisation sous ces différents statuts :
les statuts de coopérative et GIC sont gérés par le ministère de l’Agriculture et du
développement rural ;
le statut d’association est géré par les préfectures (56 au total) qui dépendent du
ministère de l’Administration territoriale ;
le statut d’ONG est géré par les services des gouverneurs qui dépendent toujours du
ministère de l’Administration territoriale ;
les statuts de GIE, de SA et SARL font intervenir plusieurs ministères (Justice,
Finances, etc.) ;
Au regard de ce qui précède, nous nous sommes basés uniquement sur les statistiques
disponibles au ministère de l’Agriculture et du développement rural, en particulier ceux
relatifs aux GIC et sociétés coopératives pour estimer l’effectif des organisations de
producteurs10 au Cameroun. Les 10 services régionaux en charge de la légalisation des OP
comme GIC ou Sociétés Coopératives tiennent chacun un fichier des OP légalisées. Ces
fichiers font l’objet d’un travail de synthèse par l’Observatoire Nationale des OP logé dans
10 OP légalisées.
26
les services centraux du MINADER. Toutefois signalons que toutes les organisations
légalisées comme GIC ou société coopérative ne sont pas forcément des organisations de
producteurs à vocation agricole. En raison des avantages que confère le statut de GIC ou de
société coopérative, on verra des organisations intervenant dans le domaine de la santé
solliciter et obtenir le statut de GIC ou société coopérative. Aussi, ces avantages ont amené
certains opérateurs économiques astucieux à constituer des GIC ou coopératives qui leur
servent ensuite de personnalité juridique pour mener leurs activités commerciales. Le
tableau ci-après nous présente les effectifs de GIC et sociétés coopératives au Cameroun
en décembre 201111.
Ainsi le Cameroun compte 123 305 organisations enregistrées comme GIC, société
coopérative ou organisations issues de la fédération de celles-ci. On y dénombre 1575
coopératives d’épargne et de crédit qui dans la plupart des cas ne sont pas des
organisations de producteurs. Ce sont des structures d’épargne et de crédit12 promues et
tenues par des opérateurs privés et bénéficiant ainsi du statut de société coopérative. Ce qui
ramènerait à environ 121 730 le nombre d’OP légalisées au niveau des services
Coop/GIC. Il faut bien sûr y soustraire aussi les GIC et Coopératives n’intervenant pas dans
le domaine agricole. Leur effectif est certainement très minime mais difficile à évaluer. A cet
effectif, il faut aussi ajouter les organisations de producteurs légalisées comme association
et bien connues à savoir les plates-formes (3 au niveau national : PLANOPAC, CNOPCAM,
11 Ceschiffres ont été obtenus à la sous- direction des organisations professionnelles agricoles au MINADER. Ils peuvent ne pas
forcement refléter la réalité en décembre 2011 du fait que les données de certaines régions peuvent ne pas être les plus récentes.
12 Encore appelées structures de microfinance, elles sont en général s et plus prospères dans les centres villes avec une clientèle
très souvent constituée de commerçants et de fonctionnaires.
CNOPROCAM) et les démembrements13 de la PLANOPAC14 au niveau des régions (10 au
total) et des départements (56 au total). Avec ces chiffres et les deux syndicats, on se situe
à environ 121 000 OP. Notons que plus de 95 % du total des OP enregistrées ont un statut
de GIC.
Par ailleurs, il est observé sur le terrain qu’un GIC regroupe en moyenne 10 membres même
si certains en ont parfois plus de cinquante. Pour la majorité de ces GIC il s’agit de
personnes se trouvant dans un espace géographique assez proche, généralement à
l’échelle d’un village15.
Les statistiques disponibles (cf. tableau 1 ci-dessus) ne permettent pas de se faire une idée
de l’effectif des OP par filière ni des services fournis par l’OP à ses membres. Les éléments
fournis indiquent par exemple « cultures vivrières », « élevage », ou « commercialisation ».
Les activités menées par les GIC en lien avec la production sont généralement les
formations, les partages d’expériences, etc. L’achat d’intrants agricoles et la
commercialisation des produits agropastoraux sont des objectifs initiaux pour la plupart de
GIC mais, très souvent les activités dans ce sens ne suivent pas. Les champs
communautaires ou exploitations communautaires ont connu beaucoup d’échecs, et il en
existe en réalité très peu. Ces GIC sont une porte d’entrée pour tout projet/programme
intervenant en milieu rural.
Le fichier disponible au niveau du service Coop/GIC consiste en un registre d’OP sans que
l’on puisse avoir des éléments sur leur effectivité. On y retrouve des OP enregistrées depuis
1995 et dont on a aucun élément qui puisse renseigner si elles fonctionnent encore
aujourd’hui. Aussi, les données disponibles au niveau du Registre Coop/GIC donnent peu
de renseignements sur la nature réelle des activités des OP et sur leur fonctionnalité.
Comme nous l’avons déjà évoqué, il est difficile à l’heure actuelle de disposer d’un répertoire
des OP existantes et fonctionnelles.
Pour avoir une idée des OP actuellement actives au Cameroun, nous avons utilisé une
démarche de repérage par reconnaissance sociale. Il s’agit d’une hypothèse de travail
postulant que si une OP est active, elle doit être connue et reconnue comme telle par son
environnement social, en particulier les principaux acteurs de développement devraient être
au courant de son existence. Ainsi, nous avons rencontré des personnes ressources et des
programmes de développement agricole/rural à qui nous avons demandé les noms des
principales OP qu’elles connaissent. Nous avons orienté leurs propositions en suggérant de
fournir les noms d’OP d’une envergure significative : environ 50 membres au minimum.
Nous avons complété cette liste par notre connaissance du contexte des OP au Cameroun
et la littérature disponible.
13 Au moment où nous terminions cette étude il nous a été rapporté des installations encours des membres des bureaux
régionaux de la CNOPCAM.
14 Il est en effet envisagé des plates-formes au niveau des arrondissements mais ceci semble ne pas être encore effectif.
15 Le village ici au sens de l’autorité administrative mais, qui correspond à ce qui est couramment appelé quartier.
28
4.2.1. Les faîtière s nationales
Deux principales organisations entrent dans cette catégorie : La Concertation nationale des
organisations paysannes du Cameroun (CNOP-CAM) et la plate-forme nationale des
organisations professionnelles agrosylvopastorales du Cameroun (PLANOPAC).
Selon la présidente16 de la CNOPCAM, les principaux services offerts aux membres sont : la
formation, les voyages d'échange, l'appui à l'élaboration de projets, le partage
d'expériences, la réflexion sur des thématiques d'actualité pour une prise de position des
organisations paysannes. Toutefois, elle souligne que les missions de la CNOP CAM ont fait
l’objet de réorientation et les axes suivants constituent des priorités actuelles pour la
CNOPCAM :
16La présidente de la CNOP CAM est l’actuelle présidente de la plate-forme des organisations paysannes d’Afrique centrale
(PROPAC) et en même temps présidente de la plate-forme des OP d’Afrique (Panafrican Farmers Organization,
PAFO)Contacts : Présidente : Mme ATANGANA Elisabeth E mail : cnop_cam2001@[Link]
4.2.3. La plate-forme nationale des organisations professionnelles
agrosylvopastorales (PLANOPAC)
Ses missions sont la représentation des OP et l’amélioration des conditions de vie des
producteurs. Les principaux axes d'activité retenus par la PLANOPAC à son lancement
étaient :
Mais dans la réalité, elle ne joue en ce moment que le rôle de représentation des OP dans la
dynamique actuelle de cogestion promue par certains projets et programmes étatiques.
Selon son secrétaire permanent, le défi actuel de la PLANOPAC est d’arriver à développer
une dynamique organisationnelle de fourniture de services à ses membres. L’élaboration de
son plan d’action est encore en cours.
Signalons que vers 2008, une troisième plate-forme était en construction, mais se trouvait
confrontée à des difficultés de légalisation dans la mesure où l’Etat lui demandait de se
joindre à la PLANOPAC qui venait d’être créée. Il s’agit du conseil national des
organisations des petits producteurs du Cameroun (CNOPROCAM). Ses leaders
reprochaient à la PLANOPAC d’être la plate-forme de l’Etat. Celui-ci aurait coopté des
leaders qui lui sont proches/soumis sans que ceux-ci ne soient de vrais producteurs. Ils
estimaient aussi que la CNOPCAM ne repose que sur sa présidente et n’a plus de légitimité
pour représenter les OP camerounaises. Mais, au cours de cette mission, nous n’avons pas
eu trace d’existence effective du CNOPROCAM. Certains leaders d’OP rencontrés, qui
pourtant se réclamaient membres du CNOPROCAM en 2008, disent ne plus avoir des
nouvelles depuis longtemps.
Il existe ainsi deux plates-formes d’OP au Cameroun. La CNOP CAM est la plus ancienne et
est très souvent reprochée de ne réunir que quelques personnes autour de sa présidente du
fait du retrait des OP l’ayant mise en place en 2000. C’est d’ailleurs cette question de sa
légitimité comme représentation des OP camerounaises qui a justifié l’action de l’Etat à
travers le projet PARI pour la mise en place d’une nouvelle plate-forme d’OP, la
PLANOPAC. Malgré le fait que l’Etat n’a voulu reconnaitre que la PLANOPAC, la CNOP –
30
CAM a toujours réclamé être représentante d’une partie des OP camerounaises. Par ailleurs
on note au niveau des OP un positionnement très ambigu par rapport à ces deux plates-
formes. La plupart des principales OP rencontrées semble appartenir aux deux plates-
formes. En fonction du moment et de qui les rencontre, chacune d’elle choisira une des
plates-formes comme celle à laquelle elle appartient. Un leader d’OP rencontré explique
cette situation en ces termes :« En fait c’est que nous sommes à la recherche de la plate-
forme qui peut nous apporter quelque chose. Aujourd’hui on vous fait miroiter quelque chose
de ce côté, vous y allez avec espoir. Mais très souvent vous n’obtenez rien, à part la
participation aux séminaires et ateliers. Le lendemain c’est de l’autre côté qu’on vous laisse
croire que les choses vont mieux. Quand vous y allez c’est la même chose. »
Au niveau des régions, nous nous sommes appuyés sur des structures
(programmes/projets) et personnes ressources pour identifier les principales OP existantes.
N° Dénomination Envergure/ Filière Contact
Nombre de
membre
Région de l’ADAMAOUA
1 FADERA : Fédération des Régionale, Maïs, haricot, igname Présidente : Mme ADAMA ABA
agriculteurs pour le 20 GIC, plus Tel : 00 237 75 08 38 77
développement rural de de 1000 Email : opfadera@[Link]
l’Adamaoua (FADERA) membres
32
550 tonnes
de cacao l’an
avec un CA
de 800
millions
Région du Nord
1 FINA Ndemri 3000 Riz
personnes
2 La société coopérative des 800 Président : MOUSSA KOUE
producteurs d’oignon du Nord personnes Tel : 00 237 77 14 51 79
(TIGNERE/ NORD) Garoua
Région du Nord-Ouest
1 NOWEFOR 1200 Maraichage, Tel: 00 237 33 36 32 76
personnes pomme de terre,
maïs, gingembre
2 NWCA :North West Café arabica
Coopératives Association cacao
3 Bafut Confederation of 10 Bafut
Integrated Poultry and fédérations
Agrforestry Organisations. réunissant au
total 45
unions de
GIC
4 Rice farmer’s Federation Ndop
5 Fédération des producteurs de
pomme de terre de Mbui
Région de l’Ouest
1 Coopératives membres du Maïs, maraichage,
BINUM café, élevage
2 UCCAO et ses 8 coopératives Café cacao
membres
Union de commercialisation de
maïs
Union Agropastoral de Galim
Région du Sud
Fédération des femmes rurales 13 unions de production du
du Dja et Lobo (FFERUDJAL) GIC et 182 maïs, de la
GIC ; banane plantain,
3800 (les et du manioc,
femmes sont élevage du poulet
en grande et du porc,
majorité) coopérative
d’épargne et de
crédit
Région du Sud Ouest
1 Fédération des femmes
pêcheurs de Limbé
4.3. Environnement réglementaire et fiscal des OP
La loi sur les coopératives et les GIC est celle qui a été conçue pour les organisations de
producteurs à vocation agricole. Cependant, certaines organisations de producteurs se font
légaliser comme association ou GIE. Les sociétés anonymes, celles à responsabilité limité,
les ONG et les syndicats sont aussi des voies possibles de légalisation pour les
organisations de producteurs, mais très peu d’entre elles se font légaliser sous ces statuts.
17 Les coopératives d’épargne et de crédit doivent en plus obtenir une autorisation au niveau du ministère des Finances.
18 Chaque région comprend plusieurs départements. Il existe 56 départements au total dans tout le Cameroun.
34
d’administration et de gestion, et du recrutement d’autres organisations comme membres.
Le législateur n’a pas prévu d’organes/structures contraignantes comme le Conseil
d’administration, les contrôleurs ou les auditeurs internes et externes comme c’est le cas
pour les sociétés coopératives. Comparativement aux GIC, l’un des avantages du statut
d’association est de pouvoir recruter des personnes morales comme membres ou encore de
pouvoir créer au sein de l’association des structures autonome, avec des statuts particuliers
et ayant une personnalité juridique. Le BINUM a ainsi eu en son sein des magasins
d’intrants, des structures d’épargne et de crédit ayant chacun sa personnalité juridique et
son organisation interne. Ce fut une des raisons l’ayant amené à exister pendant près de 10
ans sous le statut d’association et à hésiter à franchir le pas vers le statut coopératif qui
s’avérait contraignant avec les exigences d’avoir un personnel qualifié (en comptabilité) et
de disposer de certains organes d’administration et de contrôle.
L'une des principales contraintes de ce statut est que l'association n'a pas légalement
l'autorisation de recevoir des dons ou des legs, même si dans la pratique, plusieurs d’entre
elles en reçoivent sans en être inquiétées par les autorités 19. Dans le cas général
cependant, les structures d'encadrement étatiques ou privés exigent le statut de société
coopérative ou de GIC pour les organisations paysannes notamment dans le cadre des
dossiers de demande d’appuis. Pendant plusieurs années une OP comme l’Union
Coopérative BINUM a ainsi été mise à écart dans la sélection des organisations paysannes
à appuyer au niveau de plusieurs projets étatiques parce qu’elle avait le statut d’association,
et donc, non reconnue comme OP. Les plates-formes d’organisations paysannes promues
en 2007 par l’Etat ont adopté le statut d’association. Ainsi la plate-forme nationale, les
plates-formes régionales, départementales et d’arrondissement on le statut d’association. Le
statut d’association semble avoir été le seul permettant de réunir plusieurs OP ayant des
statuts juridiques différents : coopératives, GIC, unions de GIC, Union de sociétés
coopératives, association, etc. Aussi, la flexibilité et la souplesse dans l’organisation et le
fonctionnement qu’offre ce statut semblent appropriées pour permettre la mise en place
d’une telle structure qui visiblement n’était pas envisagée dans le cadre de la loi de 1992
relative aux sociétés coopératives et GIC.
19Pour recevoir des dons, une association doit être reconnue d’utilité publique. Cette reconnaissance est délivrée par le P
remier ministre.
Un groupe d'intérêt économique peut être créé par au moins deux personnes qui
mettent ensemble leurs moyens en vue de développer ou de faciliter une activité
économique. Très peu d’organisations de producteurs ruraux se légalisent sous ce
statut. L’une des raisons est aussi que ce statut leur impose un enregistrement au
service des impôts avec une obligation de déclarer les résultats et de payer des
impôts, ce qui suppose au préalable une comptabilité bien tenue, ce qui n’est pas
évident car les producteurs devront aussi à ce moment-là recourir aux services
rémunérés d’un comptable. Le GIE paie également une patente en fonction de
l’activité réalisée et du chiffre d’affaire. Les membres sont, de manière indéfinie,
solidairement responsables des engagements du groupe. Par exemple, un créancier
peut poursuivre l’un des membres pour la totalité de ses créances, jusqu’à ses biens
personnels.
Le statut de Société anonyme (SA) : selon l’article 385 de l’Acte uniforme OHADA,
c’est une société dans laquelle les actionnaires ne sont responsables des dettes
sociales qu’à concurrence de leurs apports et dont les droits des actionnaires sont
représentés par des actions. Deux formes sont prévues, l’une avec appel public à
l’épargne et qui requiert un capital minimum de 100 millions de francs CFA, l’autre
sans appel public à l’épargne avec un capital minimum requis de 10 millions de
francs CFA. On voit bien qu’avec ces exigences et l’obligation de payer les impôts et
taxes, il est difficile pour les producteurs ruraux de se constituer en SA.
Le statut de Société anonyme à responsabilité limité (SARL) : Selon l’article 309 de
l’Acte uniforme OHADA, une SARL est une société dans laquelle les associés ne
sont responsables des dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports et dont les
droits sont représentés par des parts sociales. Le capital minimum requis est de 1
million de f cfa. Il est divisé en parts sociales dont la valeur nominale est d’au moins
5.000 f cfa.
Les GIE, SA et SARL sont des possibilités de statuts juridiques existantes mais non
appropriées et difficile d’accès pour des organisations de producteurs agricoles ruraux.
36
rémunération de ses services. Par ailleurs, les principales contraintes sont :
l’obligation d’informer l’autorité administrative des principaux changements survenus
dans l'administration et les statuts de l’ONG ; la possibilité pour l’Etat de dissoudre
une ONG. Dans la pratique peu d’organisation de producteurs sollicitent ce statut.
Nous avons retrouvé plusieurs de ce type d’OP dans la zone de l’Est Cameroun où
certaines OP ont ce statut afin de solliciter aussi des partenariats auprès des ONG
internationales pour leur servir de relais dans leurs interventions.
Un syndicat peut être constitué par au moins deux personnes. Il est régi par le code
du travail en particulier la loi numéro 92/007 du 14 août 1992 et sa légalisation se fait
au ministère du travail et de la prévoyance sociale. Le législateur camerounais a
jusqu’ici prévu que ce soit les travailleurs qui puissent mettre en place des syndicats.
De ce point de vue, il existe un réel problème pour les agriculteurs dont le statut de
travailleur n’est régi par aucun texte20. Certains leaders paysans auraient des
difficultés à obtenir une légalisation de leurs organisations comme syndicats au
ministère du Travail21. Toutefois, il existerait deux syndicats de producteurs
agricoles22 mais nous n’en avons pu repérer qu’un seul : le syndicat des producteurs
agricoles et paysans du Cameroun créé en 1969.
Nous avons ainsi présenté toutes les possibilités qui s’offrent à la légalisation d’une OP au
Cameroun. Nous sommes bien évidement conscients de ce que certaines possibilités de
statut juridique ici présentées sont non appropriées aux OP rurales et ne sont même pas
celles expressément prévus par l’Etat camerounais pour les organisations de producteurs
agricoles. L’intérêt d’une telle approche est qu’elle a permis de se rendre compte de
certaines limites des statuts prévus par l’Etat pour les OP agricoles (GIC et Société
coopérative), de l’intérêt accordé par certaines OP pour certains statuts non prévus pour les
OP agricoles (association), de l’ambiguïté de l’identité de certaines OP entre ONG de
développement social et OP à vocation économique, du refus ou mieux de l’incapacité des
OP agricoles essentiellement rurales à s’orienter vers des statuts se prêtant plus aux
sociétés commerciales.
Dans cette section nous présentons les considérations en termes de limites et de questions
que soulève cette législation qui date déjà d’environ 10 ans.
20 Le processus d’élaboration en cours du PSAE (Programme sectoriel agriculture elevage) aurait d’ailleurs soulevé la nécessité
pour le Cameroun de se doter d’une loi d’orientation agricole comme dans d’autres pays, cette loi permettrait de traiter entre
autre de la question du statut des agriculteurs.
21 Jean Georges Etele (Tel : 00 237 77 26 98 09), leader bien connu du mouvement paysan camerounais depuis le CFPC est
actuellement initiateur d’un projet de mise en place d’un syndicat des paysans.
22 Ce syndicat a son siège social à Bafoussam dans l’Ouest Cameroun (président : Sa majesté SOKOUDJOU, Tel : 00 237 77 97
92 91, Email : synapcambafoussam@[Link]). Mais ce syndicat est peu connu dans l’histoire du mouvement paysan
camerounais.
comptabilité conforme au plan comptable au Cameroun, de les faire auditer par des
personnes qualifiées, d’avoir un gérant qualifié, de disposer d’un conseil d’administration.
Il s’agit des exigences difficiles à remplir par des organisations de producteurs ayant un
niveau de scolarisation généralement bas et connaissant une situation de précarité dans
laquelle en général, l’activité agricole procure difficilement une rentabilité permettant de
dégager des ressources pour supporter la prise en charge d’un gérant, l’audit des comptes,
etc.
38
producteurs dans les OP, c'est-à-dire des personnes vivant les réalités de la production et
qui seraient motivées pour promouvoir leur secteur d’activité et le défendre.
Un service dénommé Observatoire national des OP a été créé au niveau des services
centraux du Ministère de l’agriculture. Au stade actuel, le registre des OP qui y est tenu ne
fournit pas d’éléments pour un bon suivi et une gestion de cette base de données. Il est
difficile d’y avoir assez d’informations pertinentes et utiles. Il nous semble nécessaire de
revoir la maquette de cette base de données. Aussi, la participation des plates-formes d’OP
à la gestion de cet observatoire semble nécessaire.
Il existe des OP dans les secteurs de l’élevage, de la forêt, des pêches, etc. Or, la
légalisation des GIC est gérée par le ministère de l‘agriculture. Ceci soulève la question de
l’implication de ces autres ministères25 ou plutôt celle d’un cadre spécifique seulement aux
OP à vocation agricole. Mais cette dernière option est peu évidente dans la mesure où il y a
très souvent une imbrication des activités forestières, halieutiques et agropastorales.
Dans la procédure actuelle de légalisation d’une OP, aucun élément n’est fourni par elle sur
son patrimoine, sa taille d’activité, les filières agropastorales concernés par ses activités. Il
serait aussi souhaitable d’opérer une catégorisation des OP en fonction de l’importance et
dela taille de leurs activités.
La loi de 1992 est celle utilisée par les coopératives d’épargne et de crédit. Il serait peut-être
nécessaire de prévoir un autre cadre pour ces coopératives, à moins qu’elles ne soient
promues par des organisations de producteurs.
Le cadre réglementaire devrait prévoir les relations entre les OP économiques et les autres
formes de regroupement qui, quoique non exclusivement économique, sont d’un intérêt
stratégique pour le développement de la production agricole et des OP. Il s’agit en particulier
des syndicats de producteurs, de la chambre d’Agriculture, des Pêches, d’Élevage et des
Forêts du Cameroun, les interprofessions, etc.
Au regard des questions de mauvaise gouvernance (mauvaise gestion, détournement, etc.)
qui entrainent l’échec de beaucoup d’OP, il semble aussi nécessaire d’inclure dans le cadre
réglementaire des dispositions en lien avec la promotion de la bonne gouvernance au sein
des OP et l’obligation de les respecter.
L’une des conséquences de la loi de 1992 est à n’en point douter le foisonnement des OP,
particulièrement les GIC. Le MINADER serait engagé ces jours-ci dans la promotion des
coopératives pour limiter la pléthore des GIC, et réduire le nombre d’OP qui selon elles
doivent s’orienter vers la société coopérative. Bien que compréhensible et défendable pour
une administration qui souhaite avoir seulement quelques OP partenaires et donc facilement
contrôlables, une telle orientation nous semble passer sous silence les problèmes actuels du
monde rural en lien avec la dynamique actuelle de structuration. Le niveau des ruraux
(capacités intellectuelles et financières, émergence de filières vivrières structurées en
particulier) empêche ces derniers la mise en place des formes d’organisations de
producteurs assez contraignantes du point de vue de l’organisation et de certaines
25 Pour l’instant, il est demandé aux organisations non agricoles d’obtenir une autorisation de leur ministre technique pour être
légalisées comme GIC ou coopérative.
exigences en matière de comptabilité et de contrôle. Une telle orientation pourra fortement
limiter et donc réduire le nombre d’OP ainsi mises en place par les ruraux. Plusieurs d’entre
eux vont finalement se retrouver plutôt comme de simples usagers dans des organisations
mises en place par une certaine élite rurale ou urbaine. Signalons aussi qu’en reposant la
stratégie de développement agricole sur des projets à orientation filières et en ne travaillant
qu’avec des organisations de producteurs légalisées comme société coopérative, une telle
orientation va restreindre fortement l’appui de l’Etat à une très grande minorité constituée
d’une certaines catégories de « producteurs ». Une très grande majorité des ruraux va ainsi
se voir exclue de l’appui de ces projets.
4.3.3. Fiscalité
Les GIC et les coopératives sont exonérés d’impôts sur les sociétés mais ont l’obligation de
déclarer leurs résultats. En effet, il s’agit en réalité d’entités juridiques prévues comme
cadres pour les producteurs ruraux vivant des conditions précaires pour développer des
activités économiques pouvant leur permettre de sortir de la pauvreté. Rappelons que c’est
aussi une disposition prise dans un contexte de désengagement brusque de l’Etat où il était
question d’offrir des conditions souples pouvant permettre aux ruraux de combler le vide
ainsi laissé. Cependant si des actes de commerce sont effectués en vue de réaliser les
bénéfices, alors le fisc oblige les GIC et les sociétés coopératives à payer les impôts. Dans
la pratique, chaque GIC ou coopérative doit tenir deux comptabilités : une pour les membres
et l’autre pour les usagers. Selon l’article 77 de la loi de 1992, « Les sociétés coopératives,
les groupes d’initiative commune, leurs unions, ne réalisant pas, du fait de leur nature, de
profits commerciaux pour elles – mêmes sont exonérés de l’impôt sur les sociétés
conformément aux dispositions du Code General des Impôts, notamment en son article 3.
Elles sont cependant soumises aux obligations déclaratives des résultats prévus par la loi ».
Les transactions avec les usagers sont soumises à l’impôt sur les sociétés.
Par ailleurs, la loi sur les coopératives et les GIC de 1992 ne se prononce pas sur les
différents types d’impôts, taxes et patentes. Il y a un flou qui laisse des portes ouvertes à
l’interprétation de l’agent du fisc.
40
4.3.4. Perspectives induites par l’Acte uniforme OHADA
a. Problématique générale
L’Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés coopératives fixe un nouveau
cadre juridique pour les pays concernés. Le Cameroun en fait partie. Les pays ont jusqu’au
15 mai 2013 pour s’arrimer à cet Acte. Les entretiens réalisés dans le cadre de cette mission
ont permis de constater que très peu d’acteurs en particulier les OP rencontrées en sont au
courant et encore moins mesurent les implications et les enjeux.
Au niveau de la Sous-Direction du MINADER en charge des OPA, il nous a été signalé une
réflexion interne pour la vulgarisation de cet Acte. Un avant-projet d’exécution pour la
vulgarisation de cette loi serait soumis par cette sous-direction à sa hiérarchie afin de
sensibiliser le public. A ce sujet, soulignons-le, il ne nous semble pas que le cadre fixé par
l’Acte uniforme OHADA puisse être opérationnel en l’état au niveau des Etats. Il peut être
utile et même très important de sensibiliser le public sur les dispositions de cet Acte mais le
nouveau cadre réglementaire au plan national pour les sociétés coopératives doit être défini
avec les dispositions pratiques en terme de conduites pour les sociétés coopératives :
disposition de création, de fonctionnement, de gestion, etc. Il y a donc nécessité qu’une
réflexion soit faite pour revoir et actualiser la législation camerounaise en matière
coopérative. Cette réflexion devrait être aussi l’occasion d’un bilan critique de la législation
de 1992 et de la prise en compte des nouvelles réalités du contexte socioéconomique,
politique et culturel.
A la lecture de l’Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés coopératives, des
questions se posent et il y a des aspects à prendre en considération au niveau national et à
clarifier :
Au sens de l’article 5 de l’Acte, les sociétés coopératives exercent leurs activités dans tous
les secteurs de la vie humaine. Il peut être nécessaire dans le cadre de la mise en
conformité au plan national, de définir un cadre juridique pour les sociétés coopératives du
secteur agricole qui tiennent compte de la situation de précarité des producteurs ruraux et
prévoit des mesures pour favoriser le développement de telles structures comme
instruments promus par l’Etat afin d’aider à leur épanouissement économique.
Il serait souhaitable d’opérer une catégorisation des OP en fonction de la proportion de leur
volume d’activité avec les usagers. Ceci permettrait de mieux repérer celles vraiment
promues par un groupe de producteurs pour leurs besoins de celles promues par des
opérateurs économiques. Ainsi, il pourrait être facile d’apporter des facilitées (exonérations
par exemple) spécifiques à celles promues par les producteurs ruraux et soumettre les
autres aux dispositions fiscales plus appropriées pour les sociétés commerciales.
L’Acte uniforme OHADA concerne toutes les sociétés coopératives. Une question est de
savoir si les sociétés coopératives relevant du secteur agricole seront légalisées à travers le
ministère de l’Agriculture ou bien uniquement à travers le ministère en charge de
l’administration territoriale comme prévu par l’Acte uniforme. N’y aura-t-il pas nécessité de
dispositions ou de législation spécifique pour les sociétés coopératives agricoles eu égard
au rôle souhaité pour celles – ci par l’Etat dans le cadre de sa stratégie de développement
agricole et rural ?
L’article 18 de l’Acte uniforme précise les éléments et aspects obligatoires à clarifier dans
les statuts de chaque société coopérative sans en fixer des normes pour ceux-ci. Or, dans la
législation nationale actuelle, certains de ces éléments et aspects sont cadrés par des
normes (qualitatives ou quantitatives). Ce cadrage est d’ailleurs l’une des raisons pour
lesquelles les producteurs ruraux préfèrent moins le statut de coopérative que celui de GIC
qui laisse une grande flexibilité et marge de manœuvre aux membres pour définir leurs
normes organisationnelles et fonctionnelles.
Quel est le devenir des GIC qui constituent la très grande majorité des OP économiques du
secteur agricole au Cameroun ? Comment en faire des entités couvertes par l’Acte uniforme
OHADA. De ce point de vue, l’Etat camerounais devra faire des choix.
Deux sociétés coopératives ne peuvent pas avoir le même nom, cela veut dire qu’il y a un
travail de centralisation de données et de vérification avant approbation par le Registre des
coopératives.
L’Acte uniforme institue le Registre des Sociétés Coopératives qui est en charge de
l’immatriculation des sociétés coopératives et de leurs faîtières. Au sens de l’article 70 de
l’Ace uniforme, « Dans chaque Etat partie, l’autorité administrative chargée de la tenue du
Registre des sociétés coopératives est l’organe déconcentré ou décentralisé de l’autorité
nationale chargée de l’administration du territoire ou l’autorité compétente, auquel est
immédiatement rattaché le siège de la société coopérative ». A ce jour ce registre est tenu
au niveau du ministère de l’Agriculture et du développement rural. Ceci appelle à une mise
en cohérence du cadre réglementaire camerounais.
L’Acte uniforme oblige les sociétés coopératives à établir des états financiers conformément
aux dispositions de l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés coopératives et de l’Acte
uniforme portant organisation et harmonisation des comptabilités des entreprises. Il y aura
très probablement une nécessité de recours à une expertise rémunérée pour les sociétés
coopératives ne disposant pas du personnel qualifié. Pour les sociétés coopératives
promues par les ruraux, il y’a nécessité de dispositions pour faciliter l’accès à ces services.
L’Acte uniforme prévoit des sociétés coopératives à gestion simplifiée dirigées par un comité
de gestion et dont la gérance est organisée par les statuts. La société coopérative simplifiée
est constituée par un minimum de cinq personnes physiques ou morales. La société
coopérative avec conseil d’administration est constituée de quinze personnes physiques ou
morales au moins. La société coopérative simplifiée peut être transformée en société
coopérative avec conseil d’administration. Or, très souvent les GIC sont constitués d’environ
10 personnes. Les GIC semblent être des formes de coopération plus proches des sociétés
coopératives simplifiées.
L’Acte uniforme prévoit des dispositions susceptibles de promouvoir la bonne gouvernance
au niveau des sociétés coopératives avec Conseil d’administration en particulier au niveau
de l’article 313 avec l’interdiction aux employés et aux administrateurs ainsi qu’à leurs
conjoints, ascendants ou descendants et aux autres personnes interposées, de contracter
sous quelque forme que ce soit , des emprunts auprès de la société coopérative. Il serait
42
souhaitable d’effectuer une analyse critique de la problématique de gouvernance en
particulier les problèmes de détournement et de corruption qui minent les OP actuellement
au Cameroun. Ceci permettrait de prévoir au plan réglementaire des dispositions allant dans
le sens de promouvoir davantage la bonne gouvernance et de mettre de côté les OP
connaissant de sérieuses difficultés en matière de gouvernance.
Il y a ainsi nécessité d’une réflexion adéquate pour un arrimage à l’Acte uniforme OHADA
qui soit adapté aux réalités des organisations de producteurs du monde rural camerounais.
Cet arrimage ne devrait pas passer sous silence l’éventualité d’offrir plusieurs possibilités
juridiques en fonction des différentes catégories de producteurs agricoles (petits
agriculteurs, entrepreneurs, grands exploitants.).
Quel que soit le schéma retenu pour l’arrimage à l’Acte uniforme OHADA, il y a nécessité de
tout un accompagnement des producteurs ruraux. Il s’agit tout d’abord de la sensibilisation
sur l’Acte uniforme OHADA et la mobilisation des contribuions de toutes les composantes
sociales pour une révision du cadre réglementaire national relatif aux OP et aux sociétés
coopératives. Ensuite il sera nécessaire d’accompagner les producteurs dans le processus
de légalisation (connaissance de la procédure, formation à la gestion et l’organisation
suivant le nouveau cadre réglementaire, production de la documentation nécessaire, suivi
du processus de légalisation jusqu’à l’obtention des attestations de légalisation, etc.)
Dans la situation actuelle au Cameroun, il est très difficile de voir des organisations de
producteurs à vocation uniquement économique. Très souvent, la plupart d’OP remplissent
un faisceau de missions qui couvre l’économique, le social, le culturel et même le politique.
Par ailleurs, comme le note plusieurs des personnes rencontrées lors de cette mission,
certaines OP se sont constituées très souvent sous l’action des discours mobilisateurs et /ou
dans l’espoir de recevoir des dons, avant de se rendre compte qu’elles devraient asseoir
leur dynamique sur des offres de services à leurs membres.
Pour ce qui est des services fournis par les OP à leurs membres, on peut déjà dissocier
dans le contexte camerounais, les intentions affichées en termes de projet de services et
d’activités à rendre aux membres et les services que les OP parviennent effectivement à
rendre. Les services affichés sont d’une certaine manière ceux qui devraient logiquement
être des réponses appropriées à ce que les membres ont en commun comme
difficultés/préoccupations. Mais c’est souvent loin d’être le cas. Notons d’ailleurs qu’à ce
sujet, on va voir dans les textes de base et dans les documents de la très grande majorité
d’OP plutôt des formulations en terme d’objectifs. Une déclinaison de ceux-ci-en activités
concrètes découlant de stratégies bien définies est en générale absente. L’existence de ces
objectifs au niveau des documents des OP découle de l’exigence de les mentionner dans
les textes pour la légalisation. On constatera que dans bien de cas ces objectifs sont
similaires et correspondent parfois à un « copier-coller » d’objectifs généraux d’une OP que
d’objectifs précis d’une OP particulière découlant d’une volonté commune des membres et
issus d’une analyse conséquente de leurs problèmes spécifiques à résoudre. La formulation
très classique de ces objectifs est faite de la manière suivante « défendre les intérêts des
membres, améliorer la production des membres, lutter contre la pauvreté, améliorer les
conditions de vie des membres, améliorer les conditions de vie de membres, organiser la
commercialisation des produits des membres, etc. ». Il y a d’ailleurs là des formulations qui
nous semblent plus relever d’un refrain du discours ambiant autour de la « lutte contre la
44
pauvreté ». A dire vrai, il y a déjà au niveau de la très grande majorité d’OP existantes un
déficit de définition claire d’un projet de services réalisable et correspondant à la situation de
l’OP.
Globalement, les OP ont peu de services effectivement rendus à leurs membres. La très
grande majorité d’OP a plus été mise en place suite à des stratégies de recherche d’appui
(dons et autres formes d’appui) et en sont restées des « coquilles vides ». Certaines OP ont
tenté des initiatives de fourniture de services à leurs membres et ont dû arrêter à la suite des
difficultés et des échecs rencontrés.
Dans cette section nous abordons les contraintes externes et les contraintes d’ordre interne
aux OP dans la fourniture des services à leurs membres. Dans un premier temps nous
abordons les contraintes d’ordre général. Ensuite, pour chaque type de service, nous
évoquons celles qui lui sont plus spécifiques.
Les OP promues par les ruraux connaissent une précarité qui les empêche de disposer des
ressources pour développer des services aux membres. Il s’en suit donc que certaines
d’entre elles ne parlent que de service en termes de projets à réaliser en cas de
financements extérieurs. Notons à ce sujet que même des OP ayant même des expériences
de réussites (BINUM, NOWEFOR, CROPSEC, etc.) ont une réelle difficulté à mobiliser les
ressources internes. Le taux de renouvellement des cotisations annuelles des membres se
situe très souvent en deçà de 10 et 30 %.
Certaines OP ne disposent pas non plus de ressources humaines compétentes pour
développer des programmes et rechercher des financements afin d’offrir des services aux
membres. Des OP comme UNAPAC, NOWEFOR, BINUM sont des OP qui fonctionnement
bien, disposent d’un personnel qualifié (ingénieur, diplômé en gestion, etc.) qui aident à une
gestion efficace de l’OP. Ce personnel aide à monter des projets pour rechercher des
financements, contribue à une bonne mise en œuvre des activités ainsi qu’à la production
de rapport d’activités et financiers adéquats. Ils sont aussi en général partiellement pris en
charge par des subventions externes.
Dans le secteur semencier, les OP sont limitées par la non disponibilité de semences de
base due en partie à la faiblesse des structures de recherches (et autres opérateurs privés
du secteur) qui n’arrivent pas à fournir des semences de base en quantité et qualité voulues
et au rythme souhaité. Le Programme National de Développement de la Pomme de Terre
mis actuellement en place par le MINADER a connu de ce fait un retard important dans son
démarrage effectif en raison de l’absence de structures à même de fournir des semences à
multiplier. Entre Février– Avril 2012, il vient d’être décrié au Cameroun, un déficit important
en semences (pour une très grande majorité de culture vivrière) pour les producteurs
agricoles, ceci en plein début de campagne agricole.
La fourniture des services aux membres par les OP dépend aussi de la volonté des
membres à rentrer dans des schémas de demande de fonds, d’utilisation et ensuite de
remboursement. On constate pourtant une réelle difficulté des producteurs à se remettre de
la culture de « l’argent de l’Etat » qui ne doit pas être remboursé. Plusieurs activités
économiques initiées au sein des OP échouent en raison de cette incapacité pour l’OP à
récupérer les ressources octroyées à crédit aux membres.
Les OP sont aussi peu organisées par rapport aux autres acteurs des filières
agropastorales. Il leur est ainsi difficile négocier avec d’autres autres acteurs qui très
souvent sont mieux organisés. Une étude que nous venons de mener à ce sujet montre
d’ailleurs qu’alors que les organismes d’appui envisagent la mise en place d’une
interprofession dans une filière comme celle du maïs, les organisations de producteurs de
maïs existantes sont très atomisées, sans une dynamique de fédération au niveau des
régions encore moins au niveau national. Il y a de forte chance que les producteurs ne
soient suffisamment préparés pour peser dans les négociations avec les autres acteurs de
cette filière.
Les OP connaissent un épineux problème de gouvernance. L’arrêt actuel des activités de la
CONAPROCAM, principale organisation faîtière de la filière cacao serait dû à des problèmes
de gouvernance. Il s’agit très souvent de mauvaise gestion, de détournement, de manque
de transparence, de confiscation du leadership ou de la gestion par quelques leaders, de la
culture de ne pas rendre compte, de l’instrumentalisation de l’OP par certains pour des fins
de positionnement personnel. Mais aussi, dans certains cas, les financements extérieurs
n’évoluent pas à des rythmes maîtrisables par les OP. Ces dernières sont ainsi inondées par
des volumes importants de ressources financières sans pourtant disposer des capacités de
bonne gestion.
Les OP sont aussi fragilisées par la multitude d’interventions de projets étatiques et non
étatiques sans coordination. Les projets n’appuient pas les OP existantes, ne les renforcent
pas mais viennent créer de nouvelles OP.
Il en résulte une fragilisation des OP qui ne peuvent pas ainsi bénéficier d’un appui dans la
durée et se renforcer. La dynamique d’ensemble des OP au niveau des fédérations et autres
plates-formes s’en trouve aussi fragmentée.
Aussi, certains services sont développés au sein des OP, alors que les conditions de leur
viabilité et pérennité ne sont pas réunies. Dans certains cas on devrait plutôt faire appel à
une mise en relation de l’OP avec des fournisseurs de services compétents au lieu de
chercher à développer absolument ces services au sein de l’OP. Les conditions de viabilité
technique, financière, institutionnelle ne sont pas toujours bien étudiées avant l’initiation de
46
certaines activités au sein des OP. Il y a des cas où il serait plus avantageux de renforcer
des opérateurs de transformation de produits agricoles et veiller plutôt à des rapports
équitables avec les OP. Mais sans études préalables, des unités de transformation sont
plutôt mises en place au sein de l’OP. Il en est de même de certaines activités de
commercialisation. On n’étudie pas très bien jusqu’où l’OP peut intervenir et négociant plutôt
ave les acteurs du marché (commerçant par exemple), elle est amenée à intervenir sur des
secteurs où elle n’est pas préparée/outillée. Autour des années 2003, la Fédération des
producteurs du bassin du Noun (FEBANOUN) dans l’Ouest Cameroun a ainsi stocké des
quantités énormes de maïs des agriculteurs de la région dans le but de commercialiser.
N’ayant pas bien défini jusqu’à quel point elle devait intervenir dans cette commercialisation,
elle a été surprise que tandis qu’elle espérait toujours une hausse continuelle des prix, ceux-
ci ont drastiquement baissé, et dans le même temps, le maïs stocké était attaqué par du
charançon dans un magasin que l’on n’avait pas pris le soin de bien entretenir.
Les OP évoluent aussi dans un environnement à risque élevé pour certaines activités.
Pourtant, il n’existe pas d’assurance agricole. Dans le village Fokoué près de Dschang, une
OP a vu son stock de semences de pomme de terre (20 tonnes, ce qui équivaut à près de
10 millions de F CFA) s’envoler dans un incendie, sans qu’elle ne soit ensuite en mesure de
recourir à une structure pouvant l’aider à se remettre en activité. Aussi, une autre OP de la
même filière a vu son stock de semence déclaré hors normes et donc non commercialisable
à la suite des visites d’inspection. Cette production n’a été commercialisée et l’OP s’est
retrouvée sans moyen pour renouveler ses activités.
- Les coûts de transport sont élevés pour la distribution des intrants aux individus au
niveau des villages et c’est d’ailleurs souvent plus difficile en saison des pluies en raison
du mauvais état des routes, or c’est à ce moment-là que les producteurs en ont besoin.
- Certaines zones sont aussi très peu accessibles et il s’ensuit donc des difficultés
énormes d’y acheminer des intrants.
Signalons ici que l’une des difficultés que NOWEFOR a eue dans la vente régulière de la
tomate au magasin Leader Price a été son incapacité à assurer de manière continue des
quantités régulières respectant les exigences de qualité (contrôle des résidus de pesticide).
Ceci a conduit à l’arrêt du contrat de livraison. Les membres ne parvenaient pas à respecter
les délais de paiement faute de moyens pour faire face aux dépenses quotidiennes, alors
que le produit devait être livré, contrôlé sur le plan de la qualité avant paiement. Après
recherche et négociation sur le marché de Yaoundé, le BINUM a eu des difficultés à pouvoir
assurer la fourniture toute les semaines du poulet de chair faute d’une production
conséquente et suffisamment planifiée dans le temps.
d. Financement
Sur le plan du financement, les principales difficultés auxquelles les OP font face sont les
suivantes :
48
- la faible capacité de mobilisation des ressources au sein des OP. On voit ainsi des OP
pour qui des infrastructures ont été construites mais elles manquent des ressources pour
les mettre en valeur (cas des bâtiments d’élevage non utilisés) ;
- des taux d’intérêt élevés auprès des banques classiques et donc peu accessibles aux
OP ;
- des difficultés pour les OP d’offrir les garanties exigées par les banques classiques ;
- de faibles capacités de mobilisation interne des fonds par les membres, ce qui ne leur
permet pas très souvent de réunir les ressources exigées à titre d’apports de l’OP dans
les démarches de négociation de financements ;
- de faibles capacités de gestion de fonds par les OP.
Dans la dynamique actuelle de financements offerts par les programmes étatiques, on note
une réelle difficulté de la part des OP à accéder à ces financements. Il s’agit en particulier de
la difficulté de monter les projets ou mieux de constituer les dossiers exigés. Ces dossiers
font intervenir la production de documents qui requiert en général une expertise que doit
payer l’OP. Très peu d’OP parviennent finalement à y accéder. Le programme ACEFA
relève à cet effet que sur 168 OPA, il n’y en a que 30 qui ont reçu des financements. Il y a
non seulement les difficultés de la part des conseillers des OP à monter des projets mais
aussi souvent, certaines OPA n’ont pas de dynamique réelle pour soutenir la demande. Il
devient difficile de faire émerger des projets fédérateurs.
e. Appui technique
Les OP connaissent des difficultés dans la mise en place de dispositif d’appui technique.
- L’une des premières difficultés concerne la prise en charge des animateurs ou autres
personnes de l’OP qui sont mobilisés pour des formations ou des activités de suivi sur le
terrain. Les membres consentent très difficilement à contribuer à leur prise en charge
(frais de déplacement, indemnité d’encouragement, etc.,). On constate que lorsque les
opérations de commercialisation sont menées avec succès, l’OP peut effectuer des
prélèvements pour ces prises en charge. Mais en l’absence de telles possibilités, les
membres se montrent très réticents à toute contribution financière.
- L’autre difficulté porte sur les compétences et le niveau d’instruction des producteurs
dans certaines zones / OP qui sont relativement faibles pour des activités d’appui
technique.
- Le faible effectif de structures d’encadrement technique est aussi une réelle difficulté. Le
principal programme national de vulgarisation agricole (PNVRA) existe mais est presque
en veille depuis l’arrêt du financement de la Banque mondiale. Les autres programmes
effectuant un appui technique ne travaillent qu’avec leurs OP partenaires. En général,
seulement quelques OP bénéficient vraiment du suivi technique de ces programmes.
Les services traditionnels des ministères de l’Agriculture et de l’Elevage ne sont pas très
actifs dans une dynamique d’appui technique aux producteurs. Ce travail est vu par eux
comme relevant de projets et programmes étatiques.
Le BINUM dispose d’un important effectif d’animateurs. Mais ceux-ci ne sont vraiment actifs
qu’avec la mise en place de vente groupée de produits permettant de faire des
prélèvements pour les indemniser. Lorsque le BINUM a réalisé des ventes groupés de maïs
au PAM et au HCR, les prélèvements effectués sur les recettes de vente ont permis d’offrir
des primes de motivation aux animateurs et ceux-ci étaient alors très actifs. Les fédérations
de GIC commercialisant le cacao dans la zone de Nkondjock ont ainsi un réseau
impressionnant d’animateurs toujours très actifs depuis plusieurs années, grâce aux
indemnités de motivation issus des prélèvements au kg sur les recettes de vente.
Relevons aussi que la multitude de projets et programmes mis en place par le MINADER et
le MINEPIA ne dispose pas dans leur dispositif d’intervention d’un personnel de terrain pour
assurer convenablement un appui technique aux producteurs. Il en résulte un contact limité
à quelques organisations de producteurs. Les agents de vulgarisation de zone, pourtant très
répandus sur tout le territoire national à la suite de la mise en œuvre de l’important
programme de vulgarisation PNVRA, sont toujours présents mais très peu actifs faute de
moyens financiers suite à l’arrêt du financement de la Banque mondiale.
Dans ce mode d’approvisionnement, l’une des difficultés est que très souvent il est assez
difficile de faire une estimation réelle des besoins en intrants des membres. Ceci requiert
très souvent que certains membres (animateurs locaux, animateurs endogènes, etc.)
s’occupent de ce travail de recensement. Une fois le recensement fait, la difficulté est aussi
de parvenir à obtenir la contribution de chaque membre pour la valeur des besoins en
intrants exprimés. Il arrive très souvent qu’en début de campagne agricole ou au moment où
le besoin en intrants est ressenti, les producteurs ruraux connaissent des difficultés de
trésorerie, ne disposant pas de ressources financières pour acquérir les intrants
nécessaires. Le BINUM et le NOWEFOR ont connu ces difficultés en particulier pour les
cultures vivrières. Les ventes groupées étant difficiles à réaliser sur ces produits, ces OP ne
pouvaient procéder à un prélèvement pour constituer un fonds qui servira d’apport pour
l’achat des intrants.
Dans le cas des OP engagées dans les produits d’exportation tel que le café, le cacao,
l’ananas export, les ventes des produits des membres sont réalisées à travers l’OP. Elle
procède à des prélèvements par unité du produit vendu ce qui permet de constituer une
50
réserve financière, que chaque membre pourra plus facilement compléter pour obtenir des
intrants le moment venu. On parle souvent dans ce cas d’épargne obligatoire gérée par
l’OP. Les OP engagées dans les ventes groupées du cacao et du café réalisent très souvent
ce système de prélèvement26 sur vente pour constituer des fonds individuels pour chaque
membre.
Pour certains produits comme le riz et le coton, les OP jouent un rôle plus réduit dans le
processus d’approvisionnement en intrants. Ce sont les sociétés de développement
chargées de la promotion de ces cultures qui assurent en général le lien et les négociations
avec le marché de ventes d’intrants agricoles. Les OP organisent le recensement des
besoins des membres et les relayent ensuite aux autorités de ces sociétés. L’OP distribue
ensuite les intrants aux producteurs. Ces schémas sont ceux pratiqués dans les régions de
Ndop (avec les OP membres de la Rice Farmer Organisation, OP partenaire de l’UNDVA) et
de Yagoua (avec les OP partenaires de la SEMRY).
Un autre cas de figure est celui où l’OP crée ou met en place des boutiques physiques
permanentes de ventes d’intrants agricoles. Ces boutiques sont très souvent mises en place
soit avec des fonds reçus de partenaires financiers, soit avec des fonds mobilisés par les
membres suivant différents principes (parts sociales, fonds spécial, etc.).
26
Parfois appelé prélèvement forcé dans la mesure où, l’OP le décide et oblige tous les membres à se soumettre
à cette disposition.
Ce schéma a été abandonné par NOWEFOR qui disposait de ce qui était alors appelé des
« multipurpose shops ». La principale raison de cet abandon a été la mauvaise gestion en
particulier les détournements par les vendeurs. Chaque fois que la situation financière était
faite, il était observé des sommes manquantes. Ces vendeurs disaient très souvent avoir
donné des marchandises à crédit à certains membres. Progressivement, ces « multipurpose
shops » manquaient de ressources pour renouveler les achats. Et pour la majorité des
membres, cela occasionnait un découragement et un désintérêt par rapport à l’activité. Dans
les schémas d’organisation et de fonctionnement qui prévalaient, il y avait aussi un manque
de contrôle de l’activité et du travail du vendeur de la part des responsables élus de l’OP.
Plusieurs de ces « multipurposes shop » étaient mis en place avec l’argent des bailleurs de
fonds extérieurs.
52
Dans d’autres cas, les OP font des prêts (en numéraire ou en nature) à leurs membres en
début de campagne agricole ou bien à certaines périodes de l’année. Ces membres sont
supposés rembourser à la vente de leurs productions27.
Avec les possibilités de subvention qui existent de la part de projets étatiques ou bien de
partenaires privés, les OP sont aussi un moyen pour les membres d’accéder à ces
subventions. Elles permettent d’accéder à l’information, d’avoir la personnalité juridique
requise, d’organiser la production des documents ou mieux la constitution des dossiers
nécessaires, de fournir une crédibilité ou une caution morale.
Notons aussi que dans certains cas, l’OP sert même de structure d’épargne pour les
membres au sens de lieu de dépôt de conservation et de sécurisation des recettes de vente
des produits des membres. On constate ainsi dans le cas de l’UNAPAC que les recettes des
ventes des récoltes des membres sont conservées par l’Union, le membre ne venant faire
des retraits qu’en cas de nécessité. Ceci semble d’ailleurs aider dans la rationalisation de
l’utilisation des ressources par le membre.
Dans certains cas, l’OP facilite aussi l’accès certains systèmes de financements par la
caution solidaire ou en mobilisant les ressources internes exigées pour l’octroi du crédit. Le
crédit28 est alors donné soit directement au membre et l’OP garantie le remboursement, ou
alors le crédit est donné à l’OP, et c’est à elle de faire des octrois aux membres.
h. Service de transformation
Le nombre d’OP engagée dans des activités de transformation est relativement réduit. Les
OP engagées dans ces activités font de la transformation des produits des membres. Le
type de transformation dépend du marché visé, des équipements de transformation
disponibles et de la valeur ajoutée : décorticage du café robusta, décorticage du riz paddy,
pressage des noix de palme, fabrication de bâtons de manioc etc.
L’OP peut décider d’acquérir l’équipement de transformation et recourir alors à la subvention
(partielle ou totale), à la mobilisation des ressources par les membres 29. Dans certains cas,
elle peut aussi aller vers des unités de transformations existantes et paie alors les frais de
transformation.
Certaines OP se limitent uniquement à la transformation mais d’autres transforment et
assurent aussi la commercialisation.
Le BINUM vient de mettre en place une unité de fabrication de l’aliment pour volaille et porc.
Cette unité permet ainsi de transformer une bonne partie de la production de maïs des
producteurs. L’expérience est encore nouvelle mais a déjà duré près d’un an.
Le décorticage du café par les coopératives du BINUM à Nkondjok a connu des difficultés
dues au fait qu’il n’y avait pas de moyen de transport locomotion (voiture) pour déplacer la
décortiqueuse vers les différents magasins locaux de stockage du café. Les frais de
27
L’OP effectue un prélèvement direct à la vente dans le cas où elle gère la vente des produits des membres.
28
En argent ou en nature.
29
Très souvent c’est seulement une partie des membres qui contribue à l’achat et en est donc propriétaire.
décorticage étaient également sous évalués et une fois les premiers stocks de
consommables (gasoil et huile) terminés, il a été difficile de renouveler. Par ailleurs les
personnes ayant contribué pour l’achat de ce premier stock de consommable n’ont pu entrer
en possession de leur contribution. Notons aussi que des pannes, même peu compliquées
conduisaient à un arrêt d’activités faute de réparateurs et de pièces de rechange au niveau
local.
NOWEFOR a effectué la transformation du gingembre sous différentes formes (poudre,
boisson, etc.). Cette activité est restée assez limitée faute de débouchés. Pourtant le
principal acheteur du gingembre frais chez NOWEFLOR était un opérateur économique
connecté à des marchés européens et asiatiques vers lesquels il exportait du gingembre
préalablement transformé par ses soins.
Les activités de transformation font intervenir le stockage des produits avant et après
transformation, ce qui requiert des infrastructures de stockage.
i. Facilitation de la commercialisation
Il s’agit d’une des activités dans lesquelles plusieurs OP se sont engagées dans le but de
relever le niveau de revenus de leurs membres à travers de meilleurs prix de vente et/ou la
sécurisation des débouchés. C’est une activité en général menée au niveau fédératif, au
moins par les unions de GIC ou les coopératives. Les activités qui entrent en jeu dans ce
cadre sont de plusieurs ordres : séchage, stockage, conditionnement, mise en relation,
information sur les prix, etc.
Le type de stratégie mise en place est très variable et on observe une diversité d’initiatives :
- Dans certains cas les OP axent leurs stratégies sur des ventes groupées qui consistent
à regrouper leurs produits en en lieu unique30 ou bien en faire le recensement auprès
des membres. Par la suite, des appels sont lancés en direction de potentiels acheteurs
et ceux-ci viennent acheter selon un principe de concurrence qui veut que les produits
soient vendus aux plus offrants (vente aux enchères). Dans d’autres cas, une fois les
produits collectés ou les quantités recensées, l’OP peut rencontrer les acheteurs et
effectuer des négociations bilatérales. Dans les deux cas, l’OP organise la vente et
supervise les négociations, mais n’achète pas elle-même les produits. Exemple BINUM
(vente groupée de maïs), FUGICAMAK (vente groupée de cacao).
- Une autre stratégie consiste à effectuer la mise en relation. Les leaders de l’OP
recherchent de potentiels acheteurs qu’ils conduisent31 chez leurs membres pour
présenter les produits disponibles. Ensuite ces acheteurs effectuent des négociations
individuelles auprès de chaque producteur. C’est ce qui a été observé dans le cas de la
stratégie de vente des poulets et porcs au niveau du BINUM durant ces trois dernières
années.
- Quelques OP ont aussi des contrats avec des acheteurs en particulier pour certains
marchés exigeant en qualité et régularité d’approvisionnement. A travers ces contrats les
54
OP s’engagent à livrer certaines quantités dans le temps en respectant certaines
exigences de qualité. On peut relever ici l’expérience en cours depuis plusieurs années
avec l’UNAPAC qui a des contrats de livraison d’ananas à des importateurs en France.
NOWEFOR avait également engagé une initiative dans ce sens pour la fourniture de
tomates à Leader Price, puis à des commerçants de Douala.
- Des stratégies de régularisation de l’offre locale sur le marché ont été expérimentées
avec succès par NOWEFOR sur la vente du gingembre à Bafut dans le Nord Ouest.
L’OP avait alors entrepris des négociations avec le conseil municipal et les autorités
traditionnelles. Un lieu de vente du gingembre avait alors été choisi à la place du marché
du village Bafut. Le village avait aussi été organisé en secteurs. Chaque jour du marché
qui a lieu une fois par semaine, des secteurs bien précis du village étaient alors
autorisés à aller vendre au lieu de vente du gingembre. De cette manière, l’offre sur le
marché local était régulée c'est-à-dire maitrisée et en quantité limitée. Par le jeu de l’offre
et de la demande, les prix bas qui étaient observés se sont relevés.
- Dans le cas de certains produits comme le riz qui font l’objet de l’intervention de
structures paraétatiques (SEMRY dans l’Extrême Nord, l’UNDVA dans le Nord Ouest),
on voit les OP servir de cadre pour la collecte des produits dont la commercialisation est
en réalité assurée par ces structures d’encadrement.
Il est toutefois observé que ce sont les OP engageant des activités de commercialisation de
produits destinés à l’exportation qui mènent cette activité pendant longtemps. La plupart des
OP ayant initié des activités de commercialisation sur des produits vivriers destinés au
marché national connaissent beaucoup de difficultés.
Les activités de commercialisation ainsi menées par les OP font intervenir le recensement
des quantités disponibles, la collecte, le stockage, la négociation de prix, la livraison, etc.
Des activités de conseil à l’exploitation ou de conseil de gestion sont aussi promues par
certaines OP. C’est particulièrement le cas des OP partenaires du programme ACEFA, de
celles partenaires de la SODECOTON. Ici, la principale innovation réside dans la tenue des
données technico-économiques et l’exploitation de celles-ci dans une gestion prévisionnelle
de l’exploitation agricole (conseil de gestion, conseil à l’exploitation familiale).
Toujours sur le plan technique, certaines OP engagées sur des filières d’exportations en
particulier l’ananas ont développé des dispositifs internes de conseil technique et
d’inspection. Il s’agit d’itinéraires techniques de production à respecter par chaque membre
et d’un contrôle de conformité du processus de production et de la qualité du produit final.
C’est le cas de l’UNAPAC qui dispose d’une équipe d’inspecteurs. Elle a également
bénéficié de l’appui de projets de l’UE (normes de qualité pour l’exportation) ou de la FAO
(production biologique).
5. Conclusions
De 1973 à 1992, la coopérative a été la seule forme juridique prévue par la législation
camerounaise pour les organisations de producteurs. Toutefois, il s’agissait de grandes
coopératives mises en place sous l’action de l’Etat et évoluant sous son emprise et son
contrôle. Dans cette même période, les producteurs ont aussi été encouragés à constituer
des petits groupements à l’instar des GAM (Groupements d’agriculteurs modernes) qui
n’avaient cependant pas de statut juridique, mais que plusieurs observateurs considèrent
comme des organisations pré-coopératives. A partir de 1992, les évolutions
socioéconomiques et politiques en particulier la crise économique que traverse le
Cameroun, l’option de libéralisation et de désengagement de l’Etat, contribuent à la révision
du cadre législatif régissant les coopératives. Désormais les organisations de producteurs
peuvent être légalisées comme société coopérative ou comme Groupe d’Initiative Commune
(GIC). Il s’agit des deux principaux statuts juridiques expressément prévus par l’Etat pour les
organisations de producteurs à vocation agricole.
Avec plus de 121 000 OP à vocation agricole légalisées, on compte seulement 1853 OP
ayant un statut de coopérative, soit environ 1,5 % des OP à vocation agricole enregistrées.
La très grande majorité étant constituée de GIC (95,5 % des OP légalisées). La très grande
majorité d’OP n’existe que de nom. Les OP ont en général des difficultés à fournir des
services à leurs membres. Pour les nombreux projets/programmes, ces OP servent en
général de canaux pour atteindre les ruraux. Presque tous ces projets n’offre et que de nom
Les réalités sur ce plan changent énormément des appuis qu’aux paysans en organisations.
La très grande majorité d’OP est de ce point de vue un moyen d’accès aux appuis des
projets/programmes qu’un projet collectif porté par des producteurs et reposant sur une
56
dynamique de services aux membres. Certaines OP ont initiés des activités de
commercialisation, financement, transformation, formation technique des membres. Ces
activités étaient envisagées dans la perspective d’amélioration des performances de leurs
activités individuelles et partant l’augmentation de leurs revenus. Beaucoup d’échecs ont été
enregistrés. La transformation s’est généralement heurtée à un manque de débouchés de
commercialisation plus rémunérateurs pour les produits issus de la transformation. L’appui
technique par des membres de l’OP souffre généralement du manque de ressources
financières pour indemnisés ces derniers. Quelques expériences d’approvisionnement
ponctuel en intrants connaissent des succès mais en général, ils reposent sur un
prélèvement direct fait par l’OP sur les revenus des ventes de la production (généralement
les produits d’exportation comme le café et le cacao) lorsqu’existe un système de
commercialisation collectif de la production. Mais lorsqu’il s’agit de mobiliser les
contributions individuelles sans systèmes de prélèvement direct sur vente de la production,
très souvent ces initiatives d’approvisionnement ponctuel en intrants échouent. Une
expérience de boutiques d’intrants permanente est aujourd’hui en cours depuis plus de 10
ans au BINUM qui disposent d’un réseau de magasins de vente d’intrants agricoles basés
dans des villages et tenus par ses coopératives membres. Les activités de formatons sont
en général organisées avec l’appui des programmes/projets qui en assurent l’animation. Les
initiatives de commercialisation des produits agricoles ont été les plus essayées. Quelques
cas de réussites existent notamment :
- la collecte et la vente groupée au plus offrant généralement par les organisations des
producteurs de cacao ou café.
Les OP agricoles sont engagées dans la fourniture de plusieurs types de services à leurs
membres : approvisionnement en intrants, transformation des produits, commercialisation,
financement, appui et conseil techniques. En général, la majorité des OP connaissent des
difficultés pour rendre ces services à leurs membres. Plusieurs OP espéraient se constituer
pour accéder aux financements. C’est par la suite qu’elles ont été confrontées à la nécessité
de développer des systèmes de services pour leurs membres. Les plus grosses difficultés
que les OP rencontrent dans la fourniture de ces services à leurs membres sont : l’absence
de systèmes de financements accessibles aux ruraux ; le manque de projets fédérateurs,
bien étudiés et viables ; le manque de ressources humaines bien formées et compétentes ;
le manque d’infrastructures de stockage ; la mauvaise gouvernance ; l’enclavement de
certaines zones rurales.
Plusieurs mesures devraient être prises pour créer des conditions propices au
développement des OP économiques et renforcer leurs capacités dans la fourniture des
services à leurs membres. Nous pouvons citer ici :
Un cadre réglementaire revu, qui définit bien le statut de producteur et le protège, qui permet
d’assainir le fichier des OP, qui donne des avantages fiscaux et des mesures incitatives pour
le développement des OP ;
Les OP ont aussi besoin d’appuis financiers importants pour acquérir certains équipements
de transformation ou construire certaines infrastructures. Les montants des aides
actuellement offerts par la majorité des projets et des programmes sont insuffisants.
La création et l’entretien des pistes rurales est une des conditions majeure pour le
développement des activités des OP. Ces pistes devront faciliter l’acheminement des
intrants dans les villages en réduisant les coûts de transport et la pénibilité, mais aussi et
surtout en les rendant déjà accessibles dans les villages. Ces pistes sont aussi le moyen de
faciliter l’évacuation des productions vers acheter les centres urbains et les marchés. Dans
bien de cas, les producteurs reçoivent de très bas prix pour leur production car les
commerçants intermédiaires qui viennent dans les villages disent supporter des coûts
énormes de transport.
La cherté des intrants de production notamment les engrais sont de loin l’un des freins
majeurs au développement des activités membres. Une action de l’Etat visant à réduire les
coûts acquisition de ces intrants serait salutaire. Les ressources des nombreux projets et
des programmes qui ne touchent que très peu d’OP pourraient être utilisées pour une
subvention générale pour quelques intrants principaux : engrais, produits de traitement.
5.3. Synthèse des enjeux au regard des politiques publiques, incluant la perspective
OHADA
Le Cameroun compte une pléthore d’organisations de producteurs, plus de 123 000 GIC et
sociétés coopératives. Les GIC constituent près de 95 % de l’effectif. Il s’agit en général de
58
petit groupement de 15 personnes. La très grande majorité n’est pas viable. Le statut de
société coopérative tel que défini par la loi camerounaise de 1992 est exigeant pour de
petits producteurs qui ne disposent pas de ressources pour recruter du personnel comptable
qualifié, ni pour tenir les comptes selon les normes comptables. Surtout que, plusieurs de
ces OP, mises en place à la suite des sensibilisations par les ONG et bureaux d’études
étaient un moyen pour accéder à l’aide provenant des bailleurs de fonds extérieurs et de
projets/programmes étatiques.
Il existe désormais un Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés coopératives. Il
s’agit d’un cadre global auquel devront s’arrimer les dispositifs nationaux des Etats
concernés. Le Cameroun devra revoir son dispositif national d’ici 15 mai 2013, délai prévu
au niveau de l’OHADA. Il est donc urgent que le processus de révision du cadre
réglementaire actuel soit engagé, processus qui devrait s’appuyer entre autre sur un bilan
critique de la législation de 1992 relative aux sociétés coopératives et GIC 32. Un aspect
important à prendre en compte dans ce processus de révision est le sort des nombreux GIC.
La question ici est de savoir s’il y aura un cadre juridique pour les sociétés coopératives et
un autre pour les organisations de producteurs agricoles n’adoptant pas le statut de société
coopérative ? Si les OP agricoles venaient à être obligées d’être légalisées en société
coopérative, leur effectif baisserait drastiquement. L’une des questions est de savoir si le
cadre juridique de société coopérative sera adapté pour accompagner l’organisation du
monde rural dont l’importance n’est plus à démontrer.
Il sera de toute manière nécessaire d’apporter un appui conséquent aux organisations de
producteurs pour l’accès au statut de société coopérative. De sensibilisation, vulgarisation
de l’Acte uniforme OHADA et de la législation nationale, l’appui au montage des dossiers de
légalisation, la formation des OP à l’organisation et au fonctionnement coopératif sous la
nouvelle législation, etc.
32 Une étude portant sur l’évaluation de la législation de 92 par le MINADER est en cours au moment où nous bouclons ce
rapport. Cette étude traite aussi des propositions en vue de la révision de la législation coopérative dans la perspective de
l’arrimage à l’Acte uniforme OHADA.
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Mirail, p. 113-130
62
ANNEXES
Annexe 1 : Etudes de cas
Présentation
L’UNAPAC est un Groupement d’Intérêt Commun (GIC) créé en 1997, à Loum dans
l’actuelle région du littoral.
Les membres de cette organisation étaient impliqués dans plusieurs types de production.
L'organisation a été créée dans le but d'améliorer leur commercialisation. Au départ,
l'ananas était une production plutôt mineure mais a pris de l'ampleur et posait plusieurs
problèmes :
- un marché intérieur très réduit et des difficultés d'accès au marché export qui
semblait cependant plus rémunérateur;
- mauvaises pratiques des acheteurs – exportateurs (poids faussés, rendez-vous non
respectés, récoltes abandonnées etc.).
S’étant rendus compte des possibilités qu’il y a à gagner de l’argent dans l’ananas vendu à
l’exportation, quinze jeunes producteurs ont ainsi souhaité travailler ensemble pour trouver
des débouchés rentables pour leurs ananas et en particulier promouvoir leur production sur
le marché européen, avant de créer le GIC au bout de 5 ans. Leur organisation a été
appuyée par Afdi Massif Central.
Les membres fondateurs (15 personnes) ont mis leurs moyens en commun pour se
développer sur le marché européen. Afin de maîtriser les itinéraires techniques et la qualité
des produits, ils ont commencé par mettre en place un champ communautaire (35 ha
aujourd’hui). De plus, les bénéfices qui sont tirés de sa mise en culture sont en partie
réinvestis dans le GIC : achat d’équipement et de matériel, accessibles à la location à tous
les membres du GIC. Les bénéfices servent également comme assurance en cas de coup
dur (perte de récolte, non-paiement…).
Le nombre d’adhérents du GIC a ensuite augmenté de plus de 7 membres). Ces nouveaux
membres bénéficient des mêmes services, mais le champ communautaire reste géré par les
15 membres fondateurs, ce qui permet une gestion plus resserrée.
Le GIC a aussi étendu ses activités dans la culture de la pomme de terre au niveau de
Bafou dans la région de l’Ouest. Il dispose d’une équipe salariée de 30 personnes (ananas
et pomme de terre).
Activités et services
Situation et stratégie
Le GIC a commencé à commercialiser les produits de ses membres à travers des
exportateurs externes. Mais à partir de 2001, avec l’appui de l’Afdi pour la prospection de
64
marché, il a pu prendre contact et négocier avec des importateurs français et avec les divers
intervenants de la filière (transporteurs, transitaires, etc.). Il vend maintenant directement sur
le marché français.
Le GIC vend en moyenne 60 % de sa production sur le marché français (importateurs de
Rungis) et 40 % sur le marché local. Ces ventes à l’export dépendent du tri effectué sur les
fruits en fonction de leur qualité. Les ventes à l’export sont passées de 150 tonnes en 2001
à 800 tonnes en 2011.
Mais le GIC cherche à atteindre plus largement le marché européen et mondial. Pour cela, il
doit avoir une certification GlobalGAP qui devient le standard pour toute exportation sur le
marché international (seule la France importe des produits sans certification). La mise en
place de cette certification est en cours, les audits ont eu lieu début 2012, la certification
devrait être obtenue dans les mois prochains.
La mise en place du système de traçabilité a été appuyée d’abord par Afdi puis par le
Programme initiative pesticide (PIP) de l’UE. Les objectifs du PIP sont d’améliorer la
conformité de l’offre en produits horticoles ACP aux exigences réglementaires et à la
demande du marché (qualité sanitaire, social, environnement). Ce programme a financé
deux postes techniques (un responsable qualité/traçabilité et un responsable production)
pour la formation des producteurs et la création d’outils de contrôle.
Les analyses, notamment le taux de résidus de pesticides (une par an) étaient jusqu’à
maintenant prises en charge par le PIP, tout comme les coûts de certification (GlobalGAP et
AB qui sont des coûts fixes). Ces coûts devront être intégrés dans les dépenses du GIC.
Pour que le projet soit rentable et viable, le GIC devra augmenter significativement son
volume de production.
Organisation
A l’export, le GIC a identifié trois grossistes de Rungis avec qui une relation de confiance
s’est construite au fil des années ; les contrats se font avec ces mêmes importateurs.
Le GIC assure un suivi des producteurs par ses techniciens : qui produit, quelle quantité
sera disponible et quand ? Il fait une prévision de production pour les deux grandes
campagnes de l’année.
Sur la base de l’estimation de la production exportable, un contrat est signé pour un certain
volume (qui se réalise en une dizaine de livraisons par an) et un prix minimum garanti (en
fonction du prix obtenu par le grossiste et du coût de production). Le prix réel est négocié à
chaque livraison, en fonction du prix auquel le grossiste a lui-même vendu. Le délégué du
GIC se rend deux fois par an à Rungis pour rencontrer les acheteurs.
Le GIC ensuite « distribue » les volumes en fonction du niveau de production de chacun. Il
regroupe l’offre dans son magasin et effectue un tri et un conditionnement. Les fruits qui ne
rentrent pas dans les normes export sont destinés au marché local et à ce moment chaque
membre s’occupe de la commercialisation de son produit non exporté sur ce marché.
Globalement 60 % des fruits sont dans ces normes (la saison des pluies, de juillet à
septembre, affecte la qualité des fruits et contraint de tout vendre sur le marché local).
Le GIC assure le lien et la négociation avec l’acheteur, s’assure que celui-ci paie bien les
livraisons et centralise le montant de la vente. L’acheteur paie à 30 jours. Les producteurs
peuvent venir récupérer l’argent des ventes quand ils en ont besoin. La vente est
individuelle, le GIC en principe n’achète ni ne vend, mais dans la pratique il assume les
risques de marché (une fois que les fruits sont livrés au magasin, le producteur est assuré
de vendre). Les bénéfices tirés du champ communautaire servent à couvrir les défauts de
paiement par exemple, mais en fait les risques, évalués avec le temps, s’avèrent minimes.
Sur le marché local, les acheteurs ne s’engagent pas (que ce soit sur la base d’un contrat
ou non), les producteurs ne peuvent planifier leur production, la vente se fait au coup par
coup.
L’impact de cette stratégie est important pour les producteurs d’ananas. Le GIC a
l’assurance des ventes sur contrat. Les producteurs ont donc un débouché minimum assuré,
ils n’ont plus besoin de se rendre au marché et chercher des acheteurs. Ils peuvent planifier
leur production et leurs ventes sur cette base. Ils sécurisent et stabilisent leurs revenus.
Perspectives et projets :
Le GIC souhaite poursuivre la diversification (déjà faite avec la pomme de terre dans la
région de l’Ouest) avec le poivre (mise en place d’une IGP)
L’UNAPC souhaite créer une usine de transformation (fruits séchés et jus de fruits), avant
2013, construire un centre de conditionnement pour permettre de conserver la certification
GlobalGAP. Une dizaine de personnes seront embauchées.
Approvisionnement en intrants
Le GIC organise des achats groupés d’intrants spécifiques à l’ananas et la pomme de terre.
Chaque producteur fait sa commande. Le GIC négocie les prix sur cette base puis centralise
la livraison dans son magasin. Il les distribue au coût de revient. Les frais de gestion et de
transport sont pris en charge sur les bénéfices du champ communautaire. Chaque
producteur vient prendre ses intrants au fur et à mesure de ses besoins. Généralement le
fournisseur avance les intrants (le GIC a négocié une facilité de paiement), les producteurs
paient à 30 jours.
Mécanisation partagée
Deux tracteurs ont été achetés par le GIC (avec l’appui d’Afdi) et un système type CUMA a
été mis en place. Au début, chaque producteur pouvait louer le tracteur, mais leur manque
de formation a conduit le GIC à changer de formule : ils ont recruté un chauffeur formé qui
effectue le service pour les producteurs qui en font la demande. Le service est ouvert à tous
les membres selon le même tarif.
Formations techniques :
Les formations sont financées par des partenariats ponctuels (FAO, projet PIP -UE),
l’AAFEX etc. Il s’agit principalement de formations liées à la production (itinéraires
techniques, qualité des produits).
Outre l’amélioration des techniques et méthodes de production que ces formations ont
permis, les producteurs connaissent mieux les exigences du marché.
66
Projet FAO « Augmentation des revenus et amélioration de la sécurité alimentaire des petits
agriculteurs d'Afrique de l'Ouest et Centrale par le biais de l’exportation de produits tropicaux
biologiques et du commerce équitable » (2005-2009). Avec les fonds du projet, UNAPAC a
aménagé en 2006 une parcelle expérimentale dans le champ communautaire qui permet de
tester les pratiques de culture biologique. Le projet a engagé un consultant pour
superviser l'expérience et former le personnel et les membres de l’UNAPAC. La certification
biologique a été obtenue en décembre 2007 pour ce champ. La première récolte d’ananas
biologiques (8 tonnes) a été réalisée la même année. Le projet a accompagné la conversion
à l’agriculture biologique jusqu’en 2008 (12 tonnes en 2008).
Partenariats, relations extérieures et vision de la politique agricole
L’UNAPAC est membre de plusieurs organisations, liées à la mise en œuvre des différents
projets d’appui : COLE-ACP, RHORTICAM (Réseau des opérateurs des filières horticoles
du Cameroun), AAFEX. Il est également membre de la PLANOPAC.
Quant à ses relations avec l’Etat, le GIC reçoit parfois des subventions de l’Etat (ou plutôt on
lui promet des subventions), « au coup par coup et sans logique ou raison apparente ».
Réglementation et enjeux liés à l’application de l’Acte uniforme OHADA
L’UNAPAC a opté pour le statut de GIC (par rapport au statut de coopérative) en raison de
sa grande souplesse, permettant d’allier un type de gestion « groupement » (participation
des membres) à un type de gestion entrepreneurial. De plus il est non fiscalisé (mais à
travers le GIC, l’Etat collecte un impôt sur le revenu des producteurs membres – les non-
membres étant de fait non fiscalisés).
Un délégué (équivalent du secrétaire exécutif) répond directement devant l’assemblée
générale. Le président représente le GIC mais a dans les faits peu de pouvoir. Un comité de
suivi-évaluation se réunissant chaque trimestre, a un rôle consultatif. Le délégué organise
régulièrement des réunions techniques, de concertation avec les membres, avec
éventuellement l’appui d’une expertise externe en fonction des sujets.
Leur conseiller fiscal leur a assuré que le GIC, n’étant pas coopérative, n’aura pas à se
conformer à l’Acte uniforme et pourra rester sous la loi nationale. Ce n’est pas un enjeu
perçu non plus pour se développer sur les marchés internationaux, le GIC ayant déjà des
relations commerciales établies.
Cas n°2 : l’Union des sociétés coopératives BINUM des producteurs agropastoraux
du Cameroun UCOPADCAM BINUM
Présentation
Le BINUM est créé en 1998 et régi par la loi 1990 des associations. Il fédère 18
coopératives réunissant au total 4600 producteurs et productrices des régions de l’Ouest, du
Littoral et du Centre. Il est né de la restructuration de structures préexistantes, le FORPOC-
BINUM (Fédération des organisations paysannes de l’Ouest Cameroun), né lui aussi de la
restructuration du Conseil des fédérations paysannes du Cameroun – région Ouest (CFPC-
Ouest).
Dès la fin des années 1980 et à la faveur du désengagement de l’Etat, des structures GIC,
Unions de GIC et Fédérations d’Unions de GIC sont mises en place avec l’appui du SAILD.
Ceci conduit à la mise en place du CFPC l’échelle nationale.
En 1995, le CFPC-Ouest se constitue en structure régionale autonome sous le nom de
FORPOC (Fédération des organisations rurales des producteurs de l’Ouest Cameroun) et
de surnom BINUM33. Son siège est à Bafoussam. Le FORPOC est alors une organisation de
type pyramidal, dont la base est constituée de GIC regroupés au sein d’unions ; celles-ci
sont coiffées par un « bureau d’orientation », dépendant lui-même d’un « bureau de
coordination » élu par l’assemblée générale. Ce mode de fonctionnement très « vertical »
s’avère rapidement peu compatible avec une participation effective des producteurs, tandis
qu’il offre des pouvoirs disproportionnés aux responsables d’Unions de GIC (Guillermou,
2007). De plus, nombre de GIC ou Unions de GIC sont inactifs. Une assemblée générale du
FORPOC réunie en juin 1998 se prononce pour un changement radical, avec un principe de
l’adhésion individuelle. Ce principe a pour objectifs de faire participer activement chaque
membre au mouvement, de professionnaliser l’organisation, et de rendre réellement
efficaces les services de celle-ci. La base est désormais constituée de producteurs
individuels.
En 2007, le BINUM fait le constat que l’organisation a du mal à adopter une approche
économique et à fournir des services aux membres. Les zones BINUM sont transformées en
coopératives et le BINUM lui-même en union coopérative pour promouvoir une approche
plus entrepreneuriale.
33 BINUM est un terme commun à tous les dialectes de la partie Bamiléké de l’Ouest Cameroun. Il signifie le lieu où se couche le
soleil.
68
Organisation
Les caisses proposent un taux d’intérêt de 18 % par an. Le taux de remboursement serait de
97 % à échéance. Le crédit ne fonctionne qu’avec ces ressources internes et repose sur le
travail des membres, ce qui limite fortement sa capacité à servir les besoins exprimés. Le
volume d’activité des caisses reste donc faible. D’après les membres, les caisses ont du mal
à collecter l’épargne des producteurs, notamment à cause de la concurrence de tontines
villageoises qui bien que proposent un taux d’intérêt plus élevé (50 %) rémunèrent
également l’épargne collectée. Par contre, les membres trouvent un intérêt de l’épargne en
elle-même, en cela qu’elle les aide à planifier leurs dépenses, leur évite de le « dilapider » et
leur permet de sécuriser son argent dans une caisse.
Certaines coopératives ont tenté un partenariat avec une banque, qui s’est soldé par un
échec (non-respect des engagements de la banque).
Approvisionnement en intrants
70
d’animateurs locaux (producteurs) est supposée effectuer un suivi et un conseil aux
membres mais faute de ressources financière cette équipe n’est pas opérationnelle (tout au
plus fait-elle passer des informations et un bilan des campagnes dans la majorité des cas).
Le BINUM a fixé une cotisation de 3000 FCFA/an. La présence des animateurs est fonction
des cotisations réellement collectées.
Il a également tenté de travailler avec les agents de vulgarisation agricole mais ceux-ci ne
sont pas beaucoup plus sur le terrain.
Exemple du maïs :
Quand un certain nombre de producteurs le demande, la coopérative organise une vente
aux enchères. Une date est fixée et communiquée aux producteurs. Les producteurs
amènent le maïs égrené et trié au magasin de la coopérative. La production est pesée et le
tonnage communiqué aux acheteurs potentiels. Le jour de la vente, chaque acheteur doit
s’enregistrer pour concourir (5000 FCFA) et déposer une caution en fonction du tonnage mis
en vente. Généralement un seul acheteur emporte le stock.
Les intérêts d’une telle vente sont multiples : gain de temps pour les membres (ils déposent
leur production au magasin et repartent) et les acheteurs (pas besoin de se déplacer dans
chaque village), les prix sont plus élevés pour le producteur (le départ des enchères est
généralement le prix du marché). Côté coopérative, elle vend ce qui est amené au magasin,
sans engagement préalable auprès d’acheteurs qui seraient difficiles à honorer (chacun
pensant trouver seul la meilleure opportunité de vente, il devient difficile d’organiser des
ventes groupées sans être sûr des quantités mobilisables).
Une « cellule de commercialisation » s’occupe d’organiser la vente et de conduire les
enchères. Cette cellule est composée de producteurs (les plus gros, qui ont un intérêt à
défendre), rémunérés pour ce service par un pourcentage du prélèvement qu’effectue la
coopérative sur les ventes (25 FCFA/kg).
Ces ventes fonctionnement bien dans certaines coopératives (6 ou 7), notamment celles
disposant d’un magasin de stockage.
Partenariats techniques et financiers
Depuis sa création en 1998, le BINUM dépendait d’un partenariat tripartite avec SAILD
(partenaire technique) et SOS Faim (partenaire financier). L’émergence de BINUM est en
effet indissociable de l’action et de l’appui multiforme du SAILD avant le relâchement de son
intervention à partir de 2004 à la faveur d’une volonté partagée « d’autonomisation » du
BINUM. SOS-Faim a porté financièrement la structure (de 45 700 euros en 2005 à près de
90 000 en 2006 et en 2007). La faible mobilisation effective des contributions des membres,
les capacités d’autonomisation institutionnelle, financière et technique assez limitées, font
que l’objectif de couvrir 10 % du budget par les cotisations des paysans membres est loin
d’être atteint (Guillermou, 2007).
En décembre 2008, le BINUM a obtenu un financement de l’Union européenne pour réaliser
son projet « Production et commercialisation des produits maraîchers et d'élevage par les
petits exploitants agricoles dans les régions de l'Ouest, Littoral et Centre du Cameroun ». Ce
projet s'achève en décembre 2011. Il a apporté un appui en matériel, équipement (motos,
informatique), intrants (semences améliorées), dispositifs de captage d’eau et formations…
D’autres contributions de projets sont plus ponctuelles (PACA, ACEFA qui fournissent un
cofinancement pour des investissements).
Relations extérieures et vision de la politique agricole
Le BINUM est membre de la PLANOPAC et de la CNOP- CAM. Le BINUM est aussi devenu
un acteur important connu et reconnu par l’Etat et les autres acteurs. Le Programme de
protection du verger cacao café (PPVCC) a pu fournir ponctuellement des intrants
subventionnés aux producteurs, mais pas forcément adaptés aux besoins des producteurs
ou de bonne qualité. Les membres du BINUM estiment que si l’Etat intervient et achète lui-
même, ils n’ont pas de maîtrise de cet approvisionnement.
Réglementation et enjeux liés à l’application de l’Acte uniforme OHADA
Certains leaders ont été informés de l’Acte uniforme. Ils pensent que les différences entre la
loi nationale et l’Acte uniforme sont minimes et ce dernier concerne de toute façon que les
COOPEC, pas les coopératives agricoles. Pour l’instant, ils pensent que l’enjeu pour le
BINUM n’est pas très important dans la mesure où leur structure est plus « avancée » que
les autres.
Défis
Le défi est de satisfaire tous les membres d’une organisation importante en effectif. Une des
difficultés est également de mobiliser effectivement les contributions des membres. Au début
la stratégie était d’augmenter au maximum le nombre de membres. Aujourd’hui, le BINUM
cherche plutôt à s’appuyer sur un petit groupe, qui a payé ses parts sociales et est actif,
pour faire fonctionner la structure. Par exemple, la coopérative de Galim a commencé avec
300 membres, elle compte aujourd’hui 55 membres actifs.
Les services rencontrent des difficultés de viabilité économique et de pérennité au regard du
faible niveau d’activité, du coût élevé des investissements ou du fonctionnement, des
ressources financières pas toujours conséquentes. La dépendance à un partenaire financier
principal (SOS Faim) rend le BINUM vulnérable. La capacité effective de gestion ou de
contrôle des services est faible au regard des exigences techniques de chaque activité et du
pouvoir que peuvent prendre des techniciens recrutés. Dans certains cas, il reste à asseoir
un véritable système coopératif avec des coopérateurs qui remplissent leurs devoirs et
jouissent de leurs droits vis-à-vis de la coopérative. Dans certaines coopératives, les
membres relèvent une gestion non transparente de la part des leaders. (Fongang, 2010).
Le CA du BINUM a segmenté les coopératives en trois catégories (Fongang, 2010):
72
Sources complémentaires :
Dr. Ir. Guillaume FONGANG, mars 2009. Situation de référence du projet Production et
commercialisation des produits maraîchers et d’élevage par les petits exploitants agricoles
dans les provinces de l’Ouest, Littoral et Centre du Cameroun (UE)
Dr. Ir. Guillaume FONGANG, avril 2010. Rapport d’évaluation à mi-parcours « Production et
commercialisation des produits maraîchers et d’élevage par les petits exploitants agricoles
dans les provinces de l’Ouest, Littoral et Centre du Cameroun »
Cette coopérative a été créée en 2004. Elle compte 52 membres actifs (auparavant
quelques 200 membres mais peu actifs). Elle est située dans la région Ouest, département
de la Mifi, arrondissement Bamou-goum. Son conseil d’administration est composé de 8
membres et d’un comité de gestion de 5 membres.
La production agricole des membres est principalement le café, le maïs, le plantain et le
haricot (autoconsommation). Cette zone connaît une pression foncière importante. La
coopérative appuie ainsi le développement du petit élevage (volaille, porc)
Le magasin d’intrants est tout juste mis en place, son comité de gestion du magasin en
cours de mise en place. Les membres ont souscrit pour constituer le premier stock et le
MINADER a contribué à hauteur de 3 millions de FCFA.
Une caisse de crédit a été mise en place depuis la création de la coopérative. Elle propose
un service d’épargne à terme (6 mois à un an) ou à vue. Le fonds de crédit est constitué de
l’épargne des membres et des parts sociales (10 000 FCFA/part) (total 80 parts). L’épargne
et les parts sociales sont rémunérées (6 % par an). Le montant maximum du crédit est de
50000 FCFA (ce qui n’est pas tout à fait suffisant pour acheter les engrais nécessaires) et
est conditionné au dépôt d’épargne préalable. Le montant est remboursé en principe au bout
de trois mois, avec un taux d’intérêt de 2 % par mois. Le taux de remboursement serait de
80 % (les 20 % remboursent mais avec retard). Les fonds propres sont très insuffisants par
rapport à la demande.
Le comité de gestion, composé de membres, n’est pas rémunéré pour le service rendu mais
peuvent être indemnisé (« jetons de présence »). Les membres doivent payer des frais pour
l’ouverture d’un dossier de demande de crédit.
Appui à la production et la commercialisation
Elevage
La coopérative organise des achats groupés pour l’élevage de porcs et de volaille (poussins,
aliments…) à hauteur des moyens des membres.
L’Union BINUM à laquelle la coopérative appartient, propose des formations avec des
animateurs rémunérés sur les bénéfices. Cette Union recherche également des marchés
pour les productions : contacte des acheteurs dès la mise en place des bandes de poussins
par exemple. Les acheteurs savent à quelle période venir collecter sur place. La vente se
fait donc plus rapidement et souvent en une fois (bande entière). Il n’y a pas de négociation
collective des prix, seulement une information auprès des acheteurs sur l’offre existante. Le
système fonctionne bien car il y a une demande importante en poulets de chair sur le
marché local (Bamenda) et plus éloigné (Yaoundé), qui permettrait une augmentation
significative de la production. Les prix ne sont pas forcément meilleurs, mais les producteurs
gagnent du temps et évitent les pertes sur la route.
La coopérative n’organise pas de vente groupée, celle-ci se fait surtout en cerise (un
acheteur principal, la CAPLAMI et donc se fait rapidement après la récolte (48h). Un peu de
café parche est vendu aux commerçants ambulants.
74
Cas n°3 : Federation of Rice Farmers Organization
Présentation
La Fédération a été créée en 2008, de 5 Unions de GIC qui eux existent depuis 2002.
Elle se trouve sur le périmètre irrigué et géré par l’UNVDA (Upper Nun Valley Development
Authority) dans la plaine marécageuse de Ndop bassin versant de la rivière Noun (province
du Nord-Ouest). L’UNVDA a été mis en place par l’Etat camerounais dans les années 1970
pour développer la culture du riz principalement. Cette entreprise publique gère à partir de
1977 un projet d’aménagement et d’équipement de 2500 ha, d’accueil et d'installation des
agriculteurs migrants avec un encadrement directif. Les parcelles (1 ha environ) sont louées
aux agriculteurs.
Cependant en 1988, le rôle de l’UNVDA est réduit de manière significative. Les
infrastructures ne sont plus entretenues et les producteurs ne reçoivent plus d’appui
technique. C’est seulement en 2006 que l’UNVDA reprend ses actions d’appui technique,
mais avec des moyens très réduits (12 agents d’encadrement pour 2500 ha).
L’UNVDA a réhabilité les parcelles déjà aménagées. Il est censé fournir du crédit aux
producteurs (sous forme d’intrants), achète le paddy et fournit des formations techniques. Il
est chargé d’organiser les producteurs pour faciliter l’approvisionnement en intrants, la
réalisation des travaux agricoles et la collecte du paddy notamment.
Services mis en place
Approvisionnement en engrais
L’UNVDA attribue un crédit à la fédération, 54 millions FCFA cette année. Les membres des
GIC expriment leurs besoins en intrants, qui sont relayés par les GIC, les unions et la
fédération jusqu’à l’UNVDA. Les besoins des producteurs restent largement au-dessus des
quantités actuellement octroyés sous forme de crédit. L’UNVDA entretient les canaux et
fournit formation et conseil technique aux producteurs. Il loue des tracteurs aux producteurs.
Les GIC via les unions et la fédération vendent leur paddy à l’UNVDA qui le transforme dans
sa rizerie. Des réunions régulières entre les GIC et l’UNVDA permettent de fixer un prix
unique.
L’UNDVA relève de la stratégie de l’Etat des années 1970 basée sur les missions et
sociétés de développement. Les organisations de producteurs ont de ce point de vue un rôle
assez limité ainsi qu’une faible autonomie. Elles servent plus de relais pour l’organisation
des opérations de distribution d’intrants et de collecte du riz. La Fédération des riziculteurs
présente de ce point de vue une dynamique toute différente de celles des autres
organisations (NOWEFOR, BINUM, etc.) qui semble plus portée par les producteurs eux-
mêmes et relativement autonome.
Cas n° 4 : North West Farmers’ Organization - NOWEFOR
Présentation
NOWEFOR est une fédération d'unions de GIC fondée dans la province du Nord Ouest
Cameroun en 1995.
Elle comprend 12 unions de GIC localisées dans 4 divisions de la région (autrefois appelée
province) du Nord Ouest (Mezam, Momo, Bui, et Donga-Mantung). Elle compte 2500
membres.
Les membres s’organisent en Unions et pratiquent différentes productions. 10 différents
produits (maïs, riz, manioc, igname, pomme de terre, tomates, gingembre, huile de palme,
volaille et porc).
Son équipe technique comprend un coordonateur salarié, 3 responsables thématiques
salariés (production, commercialisation et microfinance), 36 représentants commerciaux
(membres) et 25 animateurs techniques (membres)
Ses sources de financement proviennent des subventions externes, des cotisations des
membres, des intérêts du crédit et du prélèvement sur les ventes.
Services
Microcrédit34
76
Approvisionnement en intrants
Au début, NOWEFOR avait des magasins d’intrants. Mais ce système n’existe plus à cause
des problèmes de mauvaise gestion / détournement de la part des vendeurs
Appui à la commercialisation
Les agriculteurs de cette zone du Nord Ouest Cameroun recherchent des alternatives pour
maintenir leurs revenus dans un contexte général de baisse du prix des cultures
d’exportation (café). NOWEFOR promeut une certaine spécialisation vers des activités
rentables dans une approche entrepreneuriale (maraîchage – tomate, gingembre, poivron-
élevage de porc ou de volaille, manioc, igname).
Le rôle de NOWEFOR est principalement de rechercher des acheteurs, négocier des prix
avec eux et organiser le regroupement de l’offre dans la zone concernée. Il n’y a pas de
contrat formel mais des accords verbaux. Un représentant commercial (membre) par zone
fait une estimation du volume de production disponible à la vente et informe le bureau de la
fédération
Exemple volaille : les producteurs vendent généralement au marché de Bamenda, mais ils
ont peu de pouvoir de négociation. Nowefor a approché les restaurants de la ville pour un
approvisionnement régulier et en quantité. Les producteurs approvisionnent ainsi 7
restaurants de 50 poulets par semaine. Même si les prix ne sont pas plus élevés que sur le
marché, ce système assure au moins un débouché, une vente rapide et limite les pertes
d’animaux.
Exemple de la commercialisation du gingembre dans l’Union de Bafut35
Le gingembre est une culture ancienne dans la zone de Bafut, traditionnellement cultivée
par les femmes. En 2001, la zone de Bafut comptait 600 producteurs de gingembre. La
production y était alors de 33 tonnes, avec un rendement moyen de 7 tonnes/ha, avec un
cycle de production de 24 mois.
En 2001, 61 membres de l’Union de Bafut ont mis en place un “Comité de gestion local”.
Grâce à l’appui technique et financier de l’ONG SAILD et de SOS Faim, les membres du
Comité ont travaillé à l’amélioration de la production via des améliorations techniques
(semences de qualité; techniques culturales, utilisation de fumure organique etc.). Dès 2002,
les rendements et la qualité ont ainsi été augmentés pour atteindre une production de plus
de 300 tonnes (rendement de 10-11 tonnes/ha), avec des cycles de production de
seulement 10-11 mois. De nouveaux producteurs sont venus adhérer à l’Union qui compte
alors 120 membres (94 femmes, 26 hommes). En 2003 l’augmentation de production a
continué, avec de nouveaux adhérents, et une meilleure maîtrise de la production.
Ces améliorations au niveau de la production de gingembre ont été telles qu’elles se sont
traduites rapidement par une offre abondante sur le marché local de Bafut et une diminution
du prix du gingembre par 5, alors que le prix dans les grands centres urbains restait
35Source : Amélioration des prix aux paysans à travers l’organisation du marché local et la régulation de l’offre de gingembre par
NOWEFOR dans le village Bafut (Cameroun, NordOuest) CTA, Inter-réseaux Développement rural, NOWEFOR, SAILD
2006)
beaucoup plus élevé. Le prix local est ainsi passé de 166 FCFA/kg en 2001 à 33 FCFA/kg
en 2003 et les producteurs perdaient désormais de l’argent. Il fallait trouver un moyen pour
retrouver un niveau de prix adéquat.
Pour animer la réflexion sur la stratégie collective à mettre en œuvre, il y a eu constitution
d’un Comité de contrôle du marché composé de 3 responsables de l’Union et d’un
animateur local.
Le Comité de contrôle de marché a proposé aux producteurs de gingembre de gérer l’offre
en la limitant et en écoulant l’excédent par rapport à la demande locale vers les centres
urbains plus éloignés. D’autre il leur a proposé de vendre leur gingembre en un endroit
unique du marché local.
Il s’agissait d’organiser des calendriers de production décalés et donc des tours de mise en
marché de façon à limiter l’offre à des niveaux adéquats par rapport à la demande locale :
pas trop de produit pour éviter la chute des prix ; mais pas de rétention du produit trop forte
non plus pour ne pas faire monter artificiellement des prix et décourager les acheteurs.
L’Union a pu limiter l’offre à 3 tonnes par marché (ce qui avait été préalablement estimé
comme étant la demande) avec l’établissement d’une liste de vendeurs par marché. Les prix
ont effectivement remonté (1 000 FCFA/seau contre 700 FCFA/seau des jours précédents).
Les producteurs ont donc maintenu le mécanisme de gestion de l’offre sur le marché local,
avec la nécessité de rechercher d’autres débouchés extérieurs pour le gingembre excédent
la demande locale
Au niveau des marchés de Yaoundé et de Douala :
La stratégie pour l’écoulement de gingembre sur les marchés extérieurs a fait l’objet de
plusieurs tentatives.
Première tentative :
Le Comité est allé rencontrer des acheteurs potentiels à Yaoundé et Douala, s’est mis
d’accord avec eux sur un prix de vente et a proposé ce prix aux producteurs. NOWEFOR a
alors rassemblé la production et affrété un camion de 15 tonnes. Ces opérations ont connu
des difficultés :
- à Yaoundé, une fois le produit acheminé sur le lieu d’achat convenu, l’acheteur a baissé le
prix qui avait pourtant été négocié au préalable. N’ayant pas d’acheteur « de secours », les
producteurs ont dû accepter et vendre au prix minoré ;
- à Douala l’acheteur quant à lui a bien pris le produit à crédit comme prévu, mais il n’a pas
été régulier pour le paiement final (10 semaines de retard).
Deuxième tentative :
Cette fois, les producteurs ont vendu leur gingembre à NOWEFOR, à charge pour la
fédération de vendre le produit ensuite. Mais NOWEFOR a connu les mêmes difficultés,
d’autant qu’elle ne maîtrisait pas bien les coûts de transport et autres « faux frais » annexes.
78
Réorientation de la stratégie : faciliter la mise en relation entre producteurs et acheteurs
Au vu de ces premiers résultats, NOWEFOR a changé de pratique et s'est mis à rechercher
des acheteurs sur d’autres marchés, négocier et organiser la transaction : regroupement des
produits pour les quantités demandées, fixation du prix, contrôle. L’acheteur vient collecter la
quantité négociée en une seule fois et paye les producteurs. NOWEFOR facilite seulement
la transaction.
NOWEFOR centralise la collecte dans les zones de production: après réception de la
commande d’un acheteur qui précise la quantité voulue, chaque producteur apporte son
gingembre au magasin local de NOWEFOR. Chaque producteur fournit la quantité possible
et l’opération s’arrête quand la quantité requise est obtenue. Lorsque la demande n’est pas
très élevée, l’OP fixe les quantités pour chaque producteur en veillant à ce qu’un maximum
de producteurs puisse vendre.
Plutôt que de transporter le gingembre excédant la demande locale vers d’autres marchés
extérieurs dans des conditions que les producteurs ne maîtrisent pas forcément (insécurité
au niveau des paiements, conditions de transport et de location de véhicule, coûts sur de
petits volumes, inexpérience,...), l’idée était d’inciter au contraire les acheteurs extérieurs à
venir s’approvisionner en gingembre sur place.
Aujourd’hui les producteurs ont un peu réduit la production de gingembre par rapport à
l’engouement initial pour éviter la « surproduction ». Il y a eu beaucoup d’information, de
formation de la part de NOWEFOR pour sensibiliser les membres au fonctionnement des
marchés.
Exemple de la commercialisation de la tomate dans l’Union de Bambui
En 2004, les producteurs de la zone de Bambui ont identifié la culture de la tomate comme
fortement génératrice de revenus. Du fait des exigences techniques, de l'autoformation
nécessaire, du cycle de production assez court mais aussi sans doute de sa rentabilité
financière, la filière maraîchage mobilise particulièrement les jeunes producteurs.
Ils ont reçu un appui technique et financier du SAILD et de SOS Faim-Luxembourg pour se
lancer dans la production de tomates et d'autres produits maraîchers. La culture de tomates
nécessitant l'utilisation de pesticides, dès le départ les producteurs ont été formés à limiter
l'utilisation de produits chimiques afin de réduire les résidus dans le produit final. Le produit
obtenu a également un pouvoir de conservation supérieur.
La production de tomate a ainsi triplé. Le marché local de Bambui, tout comme le marché
principal de la ville de Bamenda toute proche, ont été envahis, et les prix ont chuté de 3 500
FCFA pour un seau de 15 litres à 1 400 FCFA.
Comme pour la production de gingembre, l’idée a été de réduire l'offre de tomates sur le
marché local, rassembler la production et rechercher des débouchés sur des marchés
extérieurs. Les producteurs ont adopté un mode de production séquentiel pour réduire l'offre
de tomates sur le marché local.
Afin de chercher des marchés extérieurs, deux représentants ont été envoyés prospecter à
Yaoundé, Douala et Limbe. Fin 2005, NOWEFOR trouve un accord avec une chaîne de
supermarché à Douala pour la livraison régulière de tomates, sur la base de contrats de 6
mois avec des livraisons hebdomadaires. Entre décembre 2005 et septembre 2006, 25,2
tonnes de tomates ont été fournies à cet acheteur. Pour respecter la demande en qualité
des produits, NOWEFOR a dû organiser des formations techniques pour ses membres (lutte
intégrée et la gestion des pesticides). Le contrat a duré un an avant de cesser. D’après
NOWEFOR, principalement parce que les délais de paiement de l’acheteur étaient trop
longs pour les producteurs (3 mois). Mais aussi fournir les quantités requises par ce type
d’acheteur tout en maintenant le niveau de qualité est un défi.
Aujourd'hui, NOWEFOR facilite principalement la recherche d’acheteurs et l’information sur
les marchés. Le représentant commercial prend contact avec les acheteurs sur les marchés
éloignés, les informe sur les quantités disponibles et prend des renseignements sur les prix.
Il informe les producteurs sur les prix des différents marchés, qui peuvent décider où vendre.
Les producteurs rassemblent et empaquètent la production (un minimum de 250 paniers est
nécessaire pour rendre le voyage rentable). Le téléphone est devenu le moyen le plus utile
pour se renseigner sur les prix de marché en temps réel et aider les producteurs à la
décision.
L’impact de ces services a été important. La production de tomates d’une certaine qualité
augmente la professionnalisation des producteurs ainsi que leur aptitude à négocier les prix.
Les prix sont négociés sur la base des coûts de production (établissement des comptes
d’exploitation des producteurs), de la situation du prix du marché local et de quelques prix
de référence du marché.
Les autres producteurs de l'organisation ont constaté l'augmentation des revenus émanant
du maraîchage et ont exprimé leur intérêt à rejoindre cette filière. Cela signifie qu'il existe de
nouveaux besoins en formation pour de nouveaux membres qui s'intéressent à la production
de tomates.
Relations extérieures et vision de la politique agricole
80
Cas n° 5 : La Société Coopérative Agricoles des Planteurs de la Menoua - CAPLAME
Introduite dans les années 1920 dans l’Ouest du Cameroun, la caféiculture y a connu un
succès remarquable, suscitant la mise en place d’une importante dynamique coopérative,
portée par l’UCCAO et ses six coopératives membres. Elle est essentiellement chargée de
la vente, chaque coopérative assurant la collecte l’usinage du café et l’encadrement des
planteurs. En 1961, l’UCCAO obtient de l’Etat (conjointement avec COOPAGRO) le
monopole de l’exportation du café arabica. A la fin des années 1970, l’UCCAO est devenue
l’une des plus importantes coopératives d’Afrique Centrale.
A la fin des années 1970, l’UCCAO a plus de 100 employés disposition par le ministère de
d’agriculture. L’Etat met également en place l’Office national de commercialisation des
produits de base chargé d’effectuer des prélèvements sur les recettes d’exportation et
d’assurer en retour une stabilité des prix aux planteurs (ibid.). L’Etat intervient dans la
gestion de l’UCCAO en y nommant des fonctionnaires comme dirigeants. La législation
d’alors conférait aux services de l’Etat un pouvoir de contrôle financier sur les coopératives.
La chute des prix du café à la fin des années 1970 va entrainer une crise financière et
institutionnelle dans la décennie 80 qui affaiblit l’UCCAO et ses coopératives :
Déplétion des caisses de l’ONCPB et dettes en cascade auprès de l’UCCAO et de ses
coopératives membres (par exemple l’UCCAO doit 3 milliards de FCFA à la CAPLAME) ;
Dettes contractées par certains dirigeants des coopératives et jamais remboursées ;
Dettes des coopératives auprès des planteurs. Les coopératives n’ont plus de ressources
pour payer leurs dettes vis-vis des planteurs ni pour acheter le café au comptant. La
détérioration des relations entre la coopérative et les planteurs amène ces derniers à ne plus
livrer leur café à la coopérative car le système s’est décrédibilisé et semble en panne.
L’effondrement des cours mondiaux du café intervient dans un contexte de crise
économique au Cameroun, crise officiellement reconnue par l’Etat en 1984. L’Etat est mis
sous ajustement structurel et entre dans un processus de désengagement de la plupart des
services de soutien au monde rural. Une nouvelle loi coopérative voit le jour en 1992 afin de
faciliter l’émergence de nouvelles coopératives et autres formes d’organisation de
producteurs (GIC).
Jusqu’en 1992, l’UCCAO conserve le monopole conféré par l’Etat pour la commercialisation
du café. Quand le secteur est libéralisé, les commerçants privés prennent le relais, en
s’organisant autour d’une chaine comprenant exportateurs, acheteurs moyens et petits
acheteurs, courtiers (coxeurs) qui sillonnent la région et achètent le café au comptant auprès
des planteurs. Ceux-ci vendent de moins en moins à la coopérative (insolvabilité des
coopératives, fin des services connexes…). Pourtant l’UCCAO et ses coopératives ne
semblent pas construire de stratégie pour faire face à cette nouvelle concurrence.
L’UCCAO et ses coopératives ont une convention de partenariat avec le MINADER (2006-
2011) pour la subvention des intrants et du matériel. L’UCCAO collecte les intrants
gratuitement et les revend aux planteurs à travers les coopératives, à un prix inférieur au
marché. Le bénéfice est reversé dans les comptes de l’UCCAO...
La CAPLAME a mis en place une ferme avicole (mais qui n’a pas grand-chose à voir avec
une action coopérative) pour diversifier ses activités. Aussi, elle voudrait mettre en place la
collecte de maïs et soja.
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OHADA :
Les dirigeants de la CAPLAME ont entendu parler de l’Acte uniforme OHADA relatif au droit
des sociétés coopératives, mais ne voient pas le lien avec les coopératives.
Cas n° 6 : la Fédération des Unions de GIC de cacaoculteurs de Makanene –
FUGICAMAK
Présentation
La structuration fait apparaître trois niveaux d’organisation qui diffèrent par leurs missions.
Les GIC de base, sont plus proches de l'exploitation agricole et développent plutôt une
dynamique pluriactivités (pas seulement cacao) et liées à la performance de l'exploitation
agricole (techniques de production, organisation du travail etc.) et à la dynamique sociale du
milieu (solidarité). Ces GIC avaient été créés sous l’impulsion des agents du MINADER.
Les Unions de GIC mènent les actions suivantes :
Collecte des informations et des besoins des GIC ; mobilisation des fonds pour l’achat des
intrants;
Appui à la commercialisation
Avant les années 1980, une coopérative créée par l’Etat, la COPLACA, était en charge de la
commercialisation du cacao. Aujourd’hui les producteurs doivent trouver eux-mêmes leurs
acheteurs. La fédération organise des ventes groupées (vente aux enchères).
Chaque GIC regroupe et pèse les produits au niveau de son siège et se met d’accord sur un
prix en-dessous duquel ils refuseraient de vendre. Pour cela, ils s’informent sur les prix à
l’exportation à Douala (service payant proposé par un opérateur téléphonique) et sur
Internet ; et ont estimé les coûts de transport jusqu’au port.
Le GIC fixe une date pour la vente, enregistrée par la préfecture et le ministère du
Commerce et en informent les principaux acheteurs. Les acheteurs souhaitant participer aux
enchères doivent payer un droit d’entrée et déposer une caution. Les prix vont jusqu’ à 200
FCFA/kg (différence de plus de 50 FCFA /kg par rapport au prix obtenu dans les cas de
vente non groupée).
La gestion de la qualité consiste surtout à informer les membres des exigences du marché
(temps de fermentation, temps et conditions de séchage), lors des réunions des GIC (2 fois
par mois). Les agents du MINADER organisent des formations de temps à autre.
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Approvisionnement en intrants
La fédération organise l’achat collectif des intrants agricoles et réalise ainsi pour ses
membres des économies d’échelle sur les intrants pour le cacao. Chaque GIC passe
commande à travers la fédération qui centralise et s’informe sur les fournisseurs et les prix
pratiqués. En fonction de ces prix, chaque producteur passe commande et paie à l’avance.
Chaque GIC verse la somme sur le compte de la fédération. Les intrants sont vendus sans
marge pour la fédération, mais elle finance la location du magasin et le travail des comités
de gestion sur les prélèvements de 5 FCFA/kg de cacao vendu (au niveau de la fédération,
des unions et des GIC).
Les GIC font parfois appel aux banques pour le crédit à leurs membres (garantie sur les
plantations).
Contraintes identifiées
10 GIC sur les 42 fonctionnent plutôt bien mais le manque de capacité de gestion des GIC
et de systèmes de contrôle constitue un des freins majeurs à leur renforcement. Les GIC ne
bénéficient pas non plus de ressources humaines salariées et formées. Les ressources
propres des différents niveaux de structure sont très faibles.
Relations extérieures/vision de la politique agricole
Membre du BINUM
Membre du COPAM (Confédération des planteurs du Mbam) normalement rôle syndical
mais un peu « amorphe »
Réglementation et enjeux liés à l’application de l’Acte uniforme OHADA
Ils souhaiteraient passer sous statut coopérative pour augmenter des ressources avec les
parts sociales que les membres verseraient. Avec les GIC, « tout le monde est membre »
que l’on produise effectivement ou non.
De plus, ils estiment qu’avec l’Acte Uniforme, seules les coopératives seront reconnues par
l’Etat (or ils ont demandé de l’aide au MINADER pour obtenir un siège, un magasin et un
séchoir).
Annexe 2 : Personnes rencontrées
Président du BINUM
,5 responsables, Coordonnateur
Coordonatrice et 5 responsables
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