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Cours de Legislation Sanitaire Istm

Le domaine médical comme tout autre domaine doit être légiféré pour assurer de l'ordre dans ce secteur. Dans ce module quelques lois relatives aux relations entre parties prenantes sont analysées pour orienter le secteur de la santé dans notre pays

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Cours de Legislation Sanitaire Istm

Le domaine médical comme tout autre domaine doit être légiféré pour assurer de l'ordre dans ce secteur. Dans ce module quelques lois relatives aux relations entre parties prenantes sont analysées pour orienter le secteur de la santé dans notre pays

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE

(ESU)

INSTITUT SUPERIEUR DES TECHNIQUES MEDICALES

(ISTM KYONDO)
B.P. BENI

COURS DE LEGISLATION
SANITAIRE
Ière VERSION

Pour :…………………………………………….

Facilitateur : CT KAMBERE MWANGAZA Matama

Tel : +(243)997294423

+(243)829213541

E-mail : mwangamat@[Link]

anpcmwangaza@[Link]

Année Académique : 2023-2024

CT KAMBERE MWANGAZA Page 1


LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

OBJECTIFS DU COURS
 Connaître les principes d’organisations et les principaux décideurs et
acteurs de la santé en RDC,

 Connaître les principes d’organisation et les principaux acteurs


administratifs qui gèrent la santé en RDC,

 Comprendre les droits essentiels des personnes physiques qui font


l’objet de décisions ou d’actes médicaux et biologiques,

 Connaître le droit qui régit l’exercice de la médecine et la


pharmacie ainsi que les autres activités de soins infirmiers,

 Connaître quelques-uns des principes de droit régissant la


responsabilité pénale des médecins, soignants et des établissements
de soins,

 Connaître les principes régissant la responsabilité des médecins et des


autres professionnels de soins,

 Connaître les conditions particulières dans lesquelles la responsabilité


des médecins et des autres professionnels travaillant dans les hôpitaux publics
et privés peut être engagée et donner lieu à indemnisation.

CONTENU

INTRODUCTION
Le système de santé congolais se caractérise d’une part par sa
structure organisationnelle triangulaire, reflet du mode de gouvernance
politique et administrative de l’Etat ; et d’autre part, par sa structure
fonctionnelle mettant l’accent sur la proximité et l’accès aux soins de santé
primaire alors qu’il souffre encore d’un déficit en ce qui concerne
l’assurance-maladie en particulier et la couverture sanitaire en général. Le
présent article se veut présenter le système de santé sous ces aspects
organisationnel et fonctionnel. Il tend à répondre aux questions de savoir
comment l’organisation politique a façonné la structure sanitaire et
comment, en tant que Etat providence, les prestations sont organisées. En
vrai, le système sanitaire se fait échos des réalités politiques, économiques et
sociales de la République Démocratique du Congo. Les points forts sont un
avantage et les défaillances reflètent ses faibles. La santé telle que définie

CT KAMBERE MWANGAZA Page 2


LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

par l'OMS est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne


consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité1.

L’analyse de l’état de santé couvre donc plusieurs disciplines. Cet


article n’a pas pour ambition d’épuiser le sujet. Il donne néanmoins un
aperçu général sur le cadre réglementaire organisant le système de santé
congolais. Le système de santé comprend toutes les organisations, institutions
et ressources qui produisent des actions dont le but premier est d'améliorer la
santé2.

Défini comme un ensemble des partenaires (service relié à un vaste


réseau de personnes et d’interventions qui, d’une manière ou d’une autre,
vont s’attacher à évaluer, entretenir et améliorer la santé) qui dispensent des
services, les financent ou définissent des politiques pour les administrer 3 , le
système de santé, ce réseau complexe, implique que soit délimitée les
responsabilités des différents acteurs – publics et privés- chargés de mettre en
œuvre les programmes du Gouvernement, de même que soit mis en
évidence les attentes de la population. Dans cet Etat décentralisé, la
constitution a instauré deux régimes législatifs parallèles, entre le pouvoir
central et les provinces, ayant des tunnels dans les matières à compétence
concurrente. Les législations sur la santé, la protection sociale et les
assurances relèvent de l’article 202 sur la compétence exclusive du pouvoir
centrale ; et, la gestion du personnel médicale et des établissements au
niveau provincial, l’organisation et la promotion des soins de santé primaires
relèvent de l’article 204 attribuant à la compétence exclusive des provinces.

Le droit à la santé engendre une obligation de la part de tous les


acteurs qui doivent intervenir dans le domaine de la santé. Cette
responsabilisation est réellement un droit pour le citoyen et un devoir pour les
gouvernants 1 . Un droit reste droit lorsqu’il est suivi d’un mécanisme de
revendication, c’est pourquoi, il est important d’analyser le concept « droit à
la santé », pour voir dans quelle mesure le peuple congolais peut jouir de ses
prérogatives en matière de la santé.

« La santé n’a pas de prix », cette expression veut simplement dire que
la santé est le principe et la mort est une exception d’où pour jouir
pleinement de sa santé, il faut y mettre tout le moyen possible pour la

1
Müller Katharina, Kehler Jenni, Lechner Stefan, Neunsinger Sven, Rabe Florian, Transforming the Latvian
health system : Accessibility of health services from a pro-poor perspective, German Deve‐ lopment Institute,
Bonn, 2005, p. 14.
2
OMS (2003), p.105.
3
Art. 5 Loi n° 18/035 du 13 décembre 2018 fixant les principes fondamentaux relatifs à l'organisation de la
Santé publique, JO numéro spécial, 59ième année, 31 Décembre 2018.

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

préserver en cas de maladie, si non, c’est la mort qui s’ensuit. La santé exige
beaucoup des moyens pour faire face aux dépenses qui y sont liées, allant
des examens para-cliniques et cliniques, d’hospitalisation, d’intervention
chirurgicale, d’achat des médicaments, etc.

La population congolaise se trouve exposer à beaucoup de risques


de maladies qui ont plusieurs causes, qui notamment sont liées à
l’environnement et à l’habitat, aux conditions de vie de la population qui se
traduisent par une mauvaise alimentation et la nutrition, au transport et à
l’emploi, une mauvaise rémunération, à des convictions religieuses, le
chômage, la pauvreté, etc. Nous trouvons certaines églises qui interdisent
leurs fidèles de fréquenter les hôpitaux, c’est notamment les cas de « postolo
» fidèles de John MARANG de la Zambie et le « Kitawala ». Il y a aussi les
témoins de Jéhovah à qui, il est interdit une transfusion. La croyance à la
sorcellerie et au fétichisme reste encrée dans la mentalité congolaise. La
maladie est perçue comme un mauvais sort jeté sur quelqu’un par un
membre de la famille accusée. Dans notre société, il n’y a pas de maladies
graves sans causes naturelles4.

La République Démocratique du Congo comme tant d’autres pays


ont souscrit à la convention universelle sur le droit de l’homme qui
spécialement en son article 25 stipule : « Toute personne a droit à un niveau
de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille,
notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins
médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la
sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de
vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par la
suite de circonstances indépendantes de sa volonté… »5

I. PROTECTION DU DROIT A LA SANTE

I.1. MECANISME INTERNATIONAL

I.1.1. La déclaration universelle de droit de l’homme


Après les actes de barbaries qu’a connues le monde suite aux deux
guerres mondiales, la communauté internationale a résolu de prendre des

4
KABASELE KABASELE, La responsabilisation : un droit du citoyen congolais indispensable pour parvenir au
développement sanitaire en République Démocratique du Congo, Thèse de doctorat, Unilu, inédit, 2003, p. 199.
5
Article 25 de la Déclaration Universelle de droit de l’homme (1948).

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

mesures de protection de la personne humaine pour la mettre à l’abri de la


terreur et la misère. C’est ainsi que par sa résolution 217 A (III), l’Assemblée
générale des Nations Unies va adopter et proclamer la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme en 1948.

Cet instrument juridique international n’a pas un caractère


contraignant vis-à-vis des Etats membres. Il rappelle un idéal à atteindre par
tous les Etats membres basé sur les droits fondamentaux de l’homme dans la
dignité et la valeur de la personne humaine, l’égalité des droits des hommes
et des femmes qui sont déclarés pour favoriser le progrès social et instaurer
de meilleures conditions de vie dans une liberté plus vaste.

L’article 25 de la Déclaration Universelle de droit de l’homme stipule : «


Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son
bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement,
le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires
; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de
veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de
subsistances par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Les Etats membres ont l’obligation de veiller à la santé de leur


population respective en assurant un niveau de vie suffisant pouvant le
mettre à l’abri de différentes maladies. La santé ici apparaît un droit de tout
le peuple du monde en général et de la RDC en particulier. La plupart des
Etats membres ont pu intégrer cette disposition dans leur législation nationale
pour faire bénéficier leur population de ce droit à la santé.

La question du droit à la santé se fait accompagner des plusieurs


forums à caractère international sur l’accessibilité à la santé. La conférence
d’Alma Ata de 1978 a déclaré que les soins de santé primaires, qui
constituent l’élément central du système de santé national et partie
intégrante du développement économique et social, sont le maître moyen
d’atteindre cet objectif.

Cette conférence a fixé à cette époque comme objectif : « santé


pour tous d’ici 2000 » Par cette formule les pays membres de l’OMS tenaient à
donner à tous les peuples du monde, un niveau de santé qui leur permette
de mener une vie socialement et économiquement productive6.

La communauté internationale se préoccupe du sort en matière de la


santé de tous les peuples du monde entier. La déclaration universelle des
droits de l’homme apparait comme un mécanisme juridique qui impose à
tous les Etats l’obligation de veiller à la santé de leur population respective.

6
OMS, Op-cit, p.5

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

I.1.2. La charte africaine des droits de l’homme et des peuples


A l’occasion de la dix-huitième conférence des chefs d’Etats et des
gouvernements tenue à Nairobi (Kenya) en juin 1981, les Etats africains n’ont
pas voulu rester indifférents face à la question de la santé de peuple africain.

C’est ainsi qu’après plusieurs congrès et conférences, l’Afrique a voulu


renforcer le droit à la santé par un instrument régional.

L’article 16 de la charte africaine des droits de l’homme et des


peuples stipule :

1. «Toute personne a droit de jouir du meilleur état de santé physique


et mental qu’elle soit capable d’atteindre.

2. Les Etats parties à la présente Charte s’engagent à prendre les


mesures nécessaires en vue de protéger la santé de leurs populations et de
leur assurer l’assistance médicale en cas de maladie. »7

La Charte africaine est très explicite par rapport à la déclaration


universelle des droits de l’homme. II est clairement défini le droit de toute
personne qui doit jouir des meilleures conditions de santé. En cas de maladie
toute personne devra jouir de ces prérogatives en matière de santé.

L’alinéa 2 du même article impose l’obligation des Etats de prendre


des mesures urgentes pour faire bénéficier leur population de leur droit à la
santé. Il est fait une obligation aux Etats d’assurer une assistance médicale à
leur population en cas de maladie.

La Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples vient dans


le cadre régional renforcer le mécanisme de protection de droits à la santé.

I.2. MECANISME DE PROTECTION INTERNE


Plusieurs pays ont eu à intégrer dans leurs constitutions, des dispositions
en vue de protéger la personne humaine contre tous les risques liés à la
santé. Par le fait d’être membres des Nations Unies, cette structure imposait
l’obligation à chaque Etat membre de veiller aux soins de la population pour
assurer un développement socio-économique, qui était un objectif à
atteindre.

La République Démocratique du Congo n’est pas restée indifférente


par rapport à cette recommandation. C’est ainsi que dans les différents
textes constitutionnels qui se sont succédés, les dispositions relatives au droit à
la santé y sont présentes. Mais la formulation dépendait d’un texte à l’autre.

7
Article 16 de la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples

CT KAMBERE MWANGAZA Page 6


LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

En dehors de la Charte coloniale qui n’avait pas intégrer cette


disposition, les autres textes ont pu intégrer en leur sein l’aspect sanitaire de la
population. C’est le cas de la loi fondamentale, la constitution de
Luluabourg, la constitution du 24 Juin 1967, les différentes constitutions de
transition et celle du 18 Février 2006.

I.2.1. Les textes constitutionnels


Après la charte coloniale, la République Démocratique du Congo a
eu la loi fondamentale du 19 Mai 1960 qui a pu intégrer en son sein les libertés
publiques qui traduisait l’attachement indéfectible des populations
congolaises aux droits de l’homme et aux principes de la démocratie.

L’article 15 stipulait : « Chacun a le droit d’exprimer et de diffuser


librement ses opinions notamment par la parole, la plume et l’image.
L’exercice de cette liberté peut être soumise à certaines formalités,
conditions, restrictions ou sanctions qui prévues par la loi ou les édits,
constituent des mesures nécessaires dans une société démocratique, à la
sécurité nationale à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense
de l’ordre et à la prévention de crime, à la protection de la santé… »8

Cette disposition confond le droit à la santé à celui de la liberté


d’expression ou la santé est cité en passant sans pour autant y mettre un
accent particulier alors qu’il constitue un droit à part.

Après la loi fondamentale, la RD Congo a connu un deuxième texte


constitutionnel intitulé la constitution de Luluabourg du 1er Août 1964, l’article
31 de cette constitution stipulait : « Toute personne a le droit de se marier
avec une personne de son choix et de fonder une famille ».

La famille sera organisée de manière à ce que soient assurées son


unité et sa stabilité. Elle est placée sous la protection particulière des pouvoirs
publics.

Les soins et l’éducation à donner aux enfants constituent pour les


parents un droit naturel et un devoir qu’ils exercent sous la surveillance et
avec l’aide des pouvoirs publics »9.

La constitution de Luluabourg met l’accent seulement sur les soins à


donner aux enfants, le droit à la santé ne ressort pas clairement. Il est
confondu à la famille que les pouvoirs publics doivent protéger or l’homme et
la femme doivent bénéficier eux aussi des soins de santé.

Par la constitution du 24 Juin 1967, la République Démocratique du


Congo proclamait l’adhésion à la déclaration universelle des droits de
l’homme, mû par la volonté d’assurer à chacun une part équitable des
richesses nationales ainsi que le bien-être matériel et de créer les conditions

8
Article 15 de le Loi fondamentale du 19 Mai 1960.
9
Article 31 de la constitution de Luluabourg de 1964

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

propices à l’épanouissement moral et spirituel de tous les citoyens. L’article 12


prescrit : « … Les soins et l’éducation à donner aux enfants constituent pour
les parents, un droit et un devoir qu’ils exercent sous la surveillance et avec
l’aide des pouvoirs publics »10.

Cette disposition n’a fait que reconduire l’article 31 de la constitution


de Luluabourg ce qui implique aussi que le droit à la santé n’apparaît pas
clairement comme dans la déclaration universelle des droits de l’homme.

Différentes constitutions de transition n’ont oublié d’intégrer en leur


sein des dispositions en rapport avec le droit à la santé c’est notamment la
constitution de la transition de la République Démocratique du Congo
spécialement en son article 43 qui stipule : « Tout individu a le droit de se
marier avec la personne de son choix, de sexe opposé, et de fonder une
famille.

La famille, cellule de base de la communauté humaine, est organisée


de manière à ce que soient assurées son unité et sa stabilité.

Elle est placée sous la protection particulière des pouvoirs publics.

Les soins et l’éducation à donner aux enfants constituent, pour les


parents, un droit naturel et un devoir qu’ils exercent sous la surveillance et
avec l’aide des pouvoirs publics.

Les enfants ont le devoir d’assister leurs parents.

La loi fixe les règles sur le mariage et l’organisation de la famille. »

La constitution du 18 Février a les mérites de s’être démarquée des


autres constitutions précédentes par la consécration du droit à la santé
comme prérogative dont bénéficie tout individu. En faisant de ce droit une
obligation des pouvoirs publics, l’Etat devient le véritable débiteur de soins de
la population qui reste créancière des soins de santé.

Contrairement aux constitutions précédentes qui confondaient tantôt


la santé au droit de la famille tantôt aux soins à donner uniquement aux
enfants soit à leur éducation.

I.2.2. L’organisation sanitaire en RDC

L’étude de l’organisation sanitaire permet d’apprécier le


fonctionnement du système de santé. Il est question de voir si la RDC
respecte le principe du droit à la santé. Le droit à la santé s’entend ici
comme un moyen permettant à la population à l’accessibilité aux soins de

1 10
Article 12 de la constitution 24 Juin 1967

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

santé, une politique mise en œuvre par l’Etat congolais pour permettre à la
population d’avoir accès aux soins de qualité.

Sur le plan sanitaire, la politique du pays est basée sur la stratégie des
soins de santé primaires (SSP). En effet, la RDC a ratifié la déclaration d’Alma
Ata en 1978 et a adhéré à la Charte Africaine de développement sanitaire
en 1980.

Le système de santé de la RDC est organisé sous forme d’une


pyramide à trois niveaux : le niveau central d’appui stratégique, le niveau
intermédiaire d’appui technique et niveau périphérique ou opérationnel.

Au niveau opérationnel, le pays est découpé en 515 zones de santé


(ZS). La zone de santé est l’unité opérationnelle de planification et de mise en
œuvre de la politique sanitaire du pays. Elle fonctionne comme une entité
autonome dotée de ses propres organes de gestion et son plan d’action. Elle
comprend un réseau de centres de santé (CS) offrant un paquet minimum
d’activités de soins de santé primaires, appuyé par un hôpital de référence
(HGR) offrant un paquet complémentaire d’activités de soins de santé
primaires. La population d’une zone de santé est de 50.000 à 200.000
habitants en milieu rural et de 100.000 à 250.000 habitants en milieu urbain11.

Au niveau intermédiaire, ou provincial, il y a des structures de


référence tertiaires, c’est le cas de l’hôpital général de référence provincial
et les centres hospitaliers universitaires. C’est le cas des Cliniques universitaires
de Lubumbashi et l’Hôpital Général de Référence Jason Sendwe qui était
d’abord cédé à la Gécamines puis actuellement à l’Université de
Lubumbashi.

Quels sont les textes qui régressent dans la République Démocratique


du Congo le secteur de la santé ?

I.2.2.1. Les actes règlementant le secteur de la santé

Les actes qui ont réglementé le domaine de la santé datent de la


période coloniale, nous avons entre autre :

1 / Le Décret du 19 mars 1952 sur l’exercice de l’art de guérir. Ce


Décret fixe les modalités de l’art de guérir pour les médecins, les infirmiers,
assistantes infirmières coloniales, des agents sanitaires, de la pharmacie et de
la droguerie. Ce décret prévoyait les sanctions pénales allant d’un mois à
2ans et d’une amende de 1000 à 10.000 francs ou d’une de ces peines
seulement. Suivi de la fermeture de l’établissement par le tribunal saisi, avec
l’interdiction temporaire ou définitive.

11
OMS, Plan stratégique de développement de la médecine traditionnelle en République
Démocratique du Congo, Ministère de la Santé, Mai 2006, p. 2

CT KAMBERE MWANGAZA Page 9


LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

2/ L’Ordonnance 71-81 du 19 Février 1958 sur l’exercice de l’art de


guérir, conditions et modalités de l’application réglementant le stage requis
pour exercer l’art de guérir dans la colonie.

3 / L’Ordonnance n°70-158 du 30 Avril 1970 déterminant les règles de


la déontologie médicale, en annexe, il y a le code de déontologie médicale.
Le code de déontologie prévoit des dispositions relatives à l’art, les devoirs
envers les malades, des pratiques interdites ainsi que les devoirs envers la
collectivité.

4/ L’Ordonnance-loi 72-046 du 14 Septembre 1972 sur l’exercice de le


pharmacie. Cette Ordonnance-loi prévoit les conditions sur l’exercice de la
profession de la pharmacie.

5/ L’Arrêté Départemental [Link] 1250 /0002/82 déterminant les règles


générales de tarification des prestations sanitaires, la valeur numérique des
lettres clés ainsi que le frais d’hospitalisation dans les formations médicales.

Cet Arrêté détermine les frais à payer selon les catégories.

6/ L’Arrêté Départemental n° [Link] 1250/0003/82 portant


catégorisation des malades, des praticiens et des formations médicales.

Cet Arrêté détermine les actes posés par les généralistes, les
spécialistes, la formation du niveau de licence, le niveau de graduat, le
niveau secondaire et le dentiste.

Dans ce même texte, on y trouve la hiérarchisation des formations


médicales qui se base sur les équipements, les infrastructures ainsi que la
qualification du personnel soignant. Elle comporte 4 catégories :

- La catégorie A : les dispensaires de l’Etat ;


- La catégorie B : les hôpitaux publics et dispensaires privés ;
- La catégorie C : les cliniques de l’Etat et les cabinets privés ;
- La catégorie D : les polycliniques privées.

I.2.2.2. L’accessibilité aux soins de santé

Après l’analyse de différents textes organisant le secteur de la santé, il


est difficile d’affirmer que toute la population a droit à la santé. Les facteurs
qui freinent cette accessibilité sont multiples, c’est notamment :

 Les problèmes liés à la législation, la plupart des textes légaux


sont dépassés, la duplication des attributions des services et
parfois des imprécisions, la politique sanitaire n’est pas explicite
et connue ;
 Les problèmes liés à l’organisation des services, le cadre
organique du ministère ne répond pas à ses missions,

CT KAMBERE MWANGAZA Page 10


LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

l’impréparation aux urgences et catastrophes, la répartition


inéquitable des ressources, etc.
 Les problèmes liés aux infrastructures de santé, les infrastructures
sanitaires sont délabrées, l’ouverture non contrôlée des
établissements de soins et des pharmacies, le nombre de
centres de santé est insuffisant, etc.
 Les problèmes liés au financement des services de santé, le
budget de l’Etat alloué à la santé est insuffisant (0,5 à 2 %) et
irrégulièrement libéré. Le système de financement
communautaire ne fonctionne pas. Les ressources financières
de santé sont insuffisamment mobilisées. Il y a la mégestion des
ressources financières pour la santé12.
*

I.2.3. La Libéralisation du Secteur de la santé

Le secteur de la santé n’est pas resté épargné par l’intervention des


autres acteurs. Nous trouvons dans le domaine de la santé les privés, les
organisations non gouvernementales et les confessions religieuses. L’Etat joue
le rôle de coordination.

Face à la prolifération du secteur privé qui ne peut garantir à ses


services une qualité minimale et devant le développement en parallèle des
actions des intervenants extérieures à l’Etat. Le Ministère de la Santé Publique
se préoccupe de réinvestir ses rôles normatif, régulateur, centralisateur et
coordonnateur pour assainir le secteur médico-sanitaire avec priorité aux
établissements des soins, pharmaceutiques et d’enseignement des sciences
de la santé.

I.2.3.1. Le secteur public

Le secteur public regroupe les centres de santé, les hôpitaux


généraux de référence, les hôpitaux provinciaux de référence. Dans la
province du Nord Kivu, nous avons l’hôpital provincial de référence qui se
trouve à Goma. Le secteur public constitue un cadre idéal pouvant
permettre l’accessibilité des soins de santé.

A coté des hôpitaux du secteur public, nous avons aussi le CHU,


Centre Hospitalier Universitaire. Dans la ville de Butembo, il y a les cliniques
universitaires de l’UCG. En dehors de ses missions d’enseignement et de la
recherche, elle offre aussi les soins à la population.

Les Statuts du Personnel de Carrière des Services Publics de l’Etat et de


l’Enseignement Supérieur et Universitaire prévoient les mécanismes de prise

1 12
Plan directeur de développement sanitaire, Ministère de la santé, RDC, Septembre 2004, pp. 20-21

CT KAMBERE MWANGAZA Page 11


LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

en charge dans le domaine de la santé, agents de l’Etat ou institution de


l’Etat.

L’article 42 du Statut du Personnel de Carrière de l’Etat stipule : « Sont


à charge du trésor public, les frais médicaux, les soins de santé, chirurgicaux,
dentaires et hospitaliers ainsi que les médicaments et les appareils
d’orthopédie et de prothèses, prothèse dentaire exceptée, nécessités par
l’état de santé de l’agent, de son épouse et de ses enfants entrant en ligne
de compte pour les allocations familiales… ».

L’article 87 du Statut de l’Enseignement supérieur et Universitaire


prescrit : « En cours de carrière le membre du personnel bénéficie :

 Des allocations familiales ;


 Des soins médicaux ;
 D’un logement ;
 Des frais funéraires ;
 Des frais de transport ;
 Des frais de voyage ;
 De l’allocation d’invalidité ».

L’étude faite sur le système de tarification des cliniques universitaires et


des hôpitaux généraux, démontre que le coût en matière des soins ne
permet pas à toute la population d’accéder aux soins de santé.

Un exemple :

L’enquête menée aux cliniques universitaires et aux hôpitaux


démontre que les soins coûtent chers. Lorsqu’une personne est admise à
l’hôpital, elle doit payer la fiche de consultation, pour être reçu soit par un
professeur, par un spécialiste, par un assistant soit par un urgentiste, le
malade devra payer selon la catégorie de la personne qui le consulte.

Après la consultation, la personne est envoyée au laboratoire, pour les


examens para cliniques avec un bon de laboratoire. Le laboratoire facture
selon les différents examens que le médecin a demandés, le malade doit
payer.

Lorsque la personne est admise pour une intervention ou un


traitement, elle doit payer les frais d’intervention suivi de ceux
d’hospitalisation, y compris les médicaments tout le temps passé à l’hôpital.

Quand nous faisons la sommation de ces différents frais, nous arrivons


à la conclusion des soins de santé qui coûtent chers et qui ne permettent pas
à toute personne de prétendre jouir de son droit à la santé.

I.2.3.2. Le secteur privé

Le secteur privé comprend les hôpitaux privés. Les partenaires de


l’Etat qui investissent dans ce domaine les font pour un but lucratif. Il est

CT KAMBERE MWANGAZA Page 12


LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

évident qu’il y a beaucoup de privés, ONG, entreprises et des confessions


religieuses qui ont investi dans ce secteur.

L’Etat fait un effort pour l’intégration de ces établissements de soins


appartenant aux privés, dans la politique nationale de santé et l’intégration
des activités des soins de santé primaires dans les établissements de soins
appartenant aux privés.

Il est difficile de parler de l’accessibilité des soins de santé dans ce


secteur. Les hôpitaux privés visent leur bénéfice dans cette affaire. C’est ainsi
que nous trouvons l’admission dans certains centres privés conditionnée par
le paiement d’une caution avant qui garantit le paiement des frais de soins,
faute de quoi la personne est renvoyée.

I.3. LA MEDECINE TRADITIONNELLE


Nous ne pouvons pas parler du droit à la santé en République
Démocratique du Congo sans aborder la question de la médecine
traditionnelle. Cette médecine occupe une place importante dans les soins
de santé et est encore pratiquée dans notre pays. Dans les centres urbains
comme dans les milieux ruraux. Nous trouvons parmi les praticiens de la
médecine traditionnelle : les tradipraticiens, les herboristes, les
phytothérapeutes, les accoucheuses traditionnelles, les spiritualistes, les
ritualistes, les naturalistes, etc.

En RDC, la médecine traditionnelle a été depuis des siècles, la seule


source des soins de santé avant l’avènement de la médecine moderne.

Aujourd’hui encore, une tranche importante de la population, surtout


celle vivant en milieu rural, recourt à la médecine pour ses besoins en soins de
santé.

Etant donné que de nombreuses vies humaines sont concernées par


l’exercice de cette médecine, il devient impératif, pour l’Etat, d’incorporer la
médecine traditionnelle dans son système national de santé et de créer un
cadre juridique afin d’assurer les soins appropriés aux malades et permettre
une intégration harmonieuse de la MTR dans le système de soins de santé1

1.3.1 LE CADRE JURIDIQUE


Comme dans tout pays africain, la médecine traditionnelle n’était pas
autorisée à être en milieu urbain pendant la période coloniale au Congo
Belge.

En milieu rural, on la tolérait à condition qu’elle ne puisse pas perturber


l’ordre public. C’est ainsi que la médecine moderne a été imposée par :

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

- Le Décret du 19 mars 1952 relatif à l’art de guérir ;


- L’Ordonnance n° 27 bis Hygiène du 15 mars 1933
règlementant l’exercice de la pharmacie13.

Le colonisateur ne tolérait pas que la médecine traditionnelle soit


exercée concurremment avec la médecine moderne. Ainsi petit à petit elle
pouvait disparaître au profit de la médecine moderne. Mais la culture de
population aussi faisait que certaine personne y faisait encore foi.

Pour l’organisation de l’exercice de la médecine traditionnelle en vue


de son intégration dans le système de santé en RDC, le Gouvernement a pu
élaborer et promulguer les textes suivants :

 Arrêté Ministériel n° 1250/CAB/MIN/SPF/012/97 portant création du


Comité National de Recherche, de coopération et coordination en
matière de plantes médicinales ;
 Arrêté Ministériel n° 1250/CAB/MIN/S/CJ/KIZ/32/2002 du 15/10/2002
portant organisation de l’exercice de la profession de praticien de
la médecine traditionnelle ;
 Arrêté Ministériel n° 1250/CAB/MIN/S/AJ/DJK/12/2002 du 6/11/2002
portant création et organisation d’un Programme National de
Promotion de la Médecine Traditionnelle et des Plantes Médicinales
(PNMT/PM) ;
 Cadre organique du Ministère de la Santé (Ordonnance n°82-027
du 19/3/1982 et l’Arrêté Ministériel n°
[Link]/FP/JMK/PPS/O44/2OO3 du 28 mars 2003) portant
agrément provisoire du cadre et des structures organiques du
Ministère de la Santé.

Le Comité National de Recherche, de coopération et de


coordination en matière de plantes médicinales n’a jamais existé par faute
de moyen financier, il en est de même de projet de loi portant
réglementation de la médecine traditionnelle et du projet de code de
déontologie d’exercice de la médecine traditionnelle.

I.3.2 LE FONCTIONNEMENT DE LA MEDECINE TRADITIONNELLE


La population congolaise continue à y croire, surtout celle vivant dans
les milieux ruraux. Il existe plusieurs cliniques qui soignent plusieurs maladies
comme en médecine moderne. Voilà pourquoi lorsque nous parlons du droit
à la santé, il est aussi important de parler de la médecine traditionnelle qui
concourt aussi au service sanitaire.

1 13
OMS, Projet de loi portant règlementation de la médecine traditionnelle en RDC, Ministère de la santé, p.5

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Ils sont appelés de plusieurs manières, nous trouvons les associations


des guérisseurs, d es tradipraticiens comme : CEREMENA, CAMENA, etc.

II. LE POUVOIR LEGISLATIF FACE AU DROIT DE LA SANTE

La République Démocratique du Congo a besoin des lois pour


permettre le bon fonctionnement du secteur de la santé. Il est reproché à la
législation congolaise en matière de la santé d’être dépassée. D’où la
nécessité de l’intervention du parlement congolais dans le domaine de la
santé.

II.1. LA LOI ORGANIQUE SUR LA SANTE


Tout au long de notre exposé, nous avons démontré que la législation
congolaise n’est pas explicite et connue. Il n’existe pas des politiques pour le
secteur de la santé. Un grand nombre d’activités de santé n’est pas
réglementé par des textes légaux d’où la nécessité de légiférer dans le
domaine de la santé. Les textes légaux qui existent sont déjà dépassés. Les
textes légaux régissant les programmes, soit les ordonnances présidentielles,
soit les arrêtés ministériels et autres documents ne sont pas standardisés.

L’article 47 de la constitution du 18 Février 2006 prescrit : « Le droit à la


santé est garanti.

La loi fixe les principes fondamentaux et les règles d’organisation de la


santé publique et de la sécurité alimentaire ».

Etant donné que la constitution détermine les principes généraux qui


doivent être complétés par les modalités pratiques déterminées par la loi. Il y
a là une nécessité d’organiser le secteur de la santé en adaptant les
différents textes qui existent.

II.2. LES DROITS DES MALADES ET AUTRES USAGERS DU SYSTEME DE LA


SANTE

Les êtres humains sont des candidats potentiels à la maladie. D’où la


nécessité d’avoir des textes qui protègent les malades contre tous les actes
qui peuvent porter atteintes à leur vie ou à leur honneur. Le secteur de la
santé étant devenu libéral ou certains privés viennent y chercher le lucre, il
faut des règles qui sécurisent les malades.

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

Aussi les règles déontologiques doivent être de nature à protéger la


profession, tout en veillant aux droits des malades. Lors d’une intervention, le
malade a droit à la constitution d’un dossier médicale et un consentement
éclairé avant une intervention. Il y a aussi les maladies qu’on peut attraper
lors d’une admission dans un établissement médical qui doivent être
réglementées par des dispositions législatives.

En outre, nous avons aussi les médicaments qui sont mis sur le marché
qui parfois constituent un danger pour les malades. Ce secteur exige aussi
des règles pour la protection des consommateurs des produits
pharmaceutiques.

Selon la plupart des dictionnaires, le mot « médicament »se définit


comme suit :

« Les médicaments sont des substances ou des compositions présentés


comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des
maladies humaines ou animales, ou pouvant être administrées à l’homme ou
à l’animal en vue d’établir un diagnostique médical ou de restaurer, corriger
ou modifier les fonctions organiques. »14

Le champ d’application étant assez large pour éviter les excès et


autres dérives, le marché des médicaments doit être régi par des législations
ou réglementations en vue d’assurer la qualité, l’efficacité et l’innocuité.

III. LE POUVOIR JUDICIAIRE ET LE DROIT A LA SANTE


Le droit à la santé suppose que les pouvoirs publics créent des
conditions telles que chacun puisse jouir du meilleur état de santé possible.
Ceci implique notamment l’existence des services de santé, des conditions
de travail sûres et saines, un logement adéquat et une alimentation
nutritive15.

Lorsque nous évoquons la théorie de la responsabilité, elle renvoit à


l’article 258 du code civil congolais qui oblige la réparation de tout fait
quelconque qui cause préjudice à autrui, cette responsabilité peut être civile
et/ou pénale.

L’expertise pénale, en principe facultative comme l’expertise civile,


constitue un élément fondamental de l’instruction préparatoire au procès

1 14 Collard. G et Courtois. D, Op-cit, p. 105


1 15
Le droit à la santé, [Link] consulté le
19 Novembre 2009)

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

pénal. Elle est réglementée par les articles 156 et suivants du code de la
procédure pénale.

Lorsque l’expertise n’est ordonnée par la juridiction pénale que pour


fixer les dommages-intérêts civils, c’est la procédure civile qui s’applique.

Mais lorsque la juridiction pénale ordonne l’expertise médicale avant


toute décision sur l’action publique, certaines règles spécifiques doivent être
observées16.

Les cours et tribunaux jouent un rôle très capital dans l’appréciation


de la responsabilité et le taux d’indemnisation en cas de dommage.

En matière médicale, le personnel soignant donne les soins sans


garantir la guérison nécessairement, c’est pourquoi le contrat médical
engendre les obligations de moyen. Dans le cas d’une obligation de moyen,
un examen de la conduite du débiteur devient nécessaire. Lorsque le résultat
n’est pas atteint : la présomption de faute est ici renversable. Le créancier
pour démontrer que l’obligation n’a pas été exécutée, doit prouver que le
débiteur ne s’est pas comporté avec la prudence et la diligence auxquelles il
était tenu17.

III.1. LA RESPONSABILITE EN MATIERE DE LA SANTE


La responsabilité en matière de la santé peut être comprise de deux
manières. D’abord vis-à-vis de l’Etat dans l’organisation de la politique
sanitaire qui peut porter préjudice aux victimes. La politique qui régit le
secteur de la santé en RDC a pour option fondamentale « la satisfaction des
besoins de santé de toute la population qu’elle soit en milieu urbain ou en
milieu rural ». Elle vise :

 L’éducation concernant les problèmes de santé et les méthodes de


lutte ;
 La promotion de bonnes conditions nutritionnelles ;
 La protection maternelle et infantile y compris la planification familiale ;
 La lutte contre les épidémies et les endémies ;
 La vaccination contre les maladies infectieuses ;
 Le traitement des maladies et des lésions courantes ;
 L’approvisionnement en eau saine et les mesures d’assainissement de
base ;
 La fourniture des médicaments essentiels.

16 e
LAMBERT-FAIVRE. Y, Droit du dommage corporel, 5 Edition, Dalloz, Paris, 2004, p. 91
17
MONGO TUMBU, Cours de droit civil des obligations, G3 Droit, Unilu, 2006-2007, Inédit.

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

Dans l’exécution de sa politique sanitaire, l’Etat peut être responsable


de certain dommage, et sa responsabilité peut être engagée suivi d’une
contrainte de réparation.

Ensuite, c’est la responsabilité des personnes commises à de


différentes tâches qui peuvent commettre des fautes qui engageront leur
responsabilité civile et/ou pénale qui nécessite une réparation du préjudice.

Dans le domaine des accidents médicaux, à ce jour l’Etat n’intervient


que dans les cas très précis et restreints.

Le code pénal congolais puni certains comportements qualifiés


d’infraction. C’est le cas d’homicide, des coups et blessures volontaires,
l’homicide involontaire, les lésions corporelles involontaires et les avortements
(articles 44 et 45, 46, 47, 48 et 165).

III.2. LES DIFFERENTES DEMARCHES EN CAS DE RESPONSABILITE


Lorsque survient un préjudice en matière du droit à la santé, il s’offre
plusieurs opportunités pour la victime du dommage :

La première démarche est le règlement à l’amiable. Il s’agit d’une


voie administrative qui consiste en un recours adressé à l’établissement où
l’acte a été posé.

Une requête gracieuse est adressée au directeur de l’établissement


qui doit accuser réception de la requête. Ensuite, l’étudier pour toute fin utile,
puis un arrangement est trouvé entre la victime ou ses membres de la famille
lorsque la personne elle-même est incapable de donner son consentement.

Un régime disciplinaire est appliqué sur l’agent auteur du préjudice


selon le barème de sanction qu’on trouve soit le statut du personnel de
l’enseignement supérieur et universitaire, le statut des agents et
fonctionnaires de l’Etat ou de statut et règlement d’un établissement privé de
soins.

La deuxième démarche c’est la voie pénale pour une faute très


grave, la voie pénale semble recueillir aujourd’hui la faveur des victimes ou
des ayants - droits. La juridiction pénale s’applique à tous les modes
d’exercices de la médecine, de la chirurgie ou de la dentisterie, que votre
praticien exerce à l’hôpital ou dans un cabinet privé. La voie pénale permet
d’obtenir à la fois la sanction pénale du praticien mais aussi la réparation des
différents préjudices subis18.

18
COLLARD .G et COURTOIS.D, [Link], p. 146

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

Les articles du code pénal congolais déjà mentionnés antérieurement


permettent au juge la condamnation de comportements dangereux
pouvant porter atteinte au droit à la santé.

La troisième démarche, c’est la voie civile qui s’offre au cas où le fait


qui porte préjudice est déjà prescrit, la victime peut introduire une requête
civile pour obtenir une réparation civile.

CONCLUSION
Le droit à la santé, comme nous venons de le voir tout au long de
cette étude, est un idéal à atteindre pour chaque Etat. Chaque pays
détermine sa politique sanitaire, selon ses priorités pour permettre l’accès aux
soins de santé nécessaire. Cependant, il faut faire la part des choses entre le
droit à la santé et le droit d’être en bonne santé. Le droit à la santé suppose
que les pouvoirs publics créent des conditions telles que chacun puisse jouir
de meilleur état de santé.

Il est aussi admis que la réalisation du droit à la santé est liée


directement et dépend de la réalisation des autres droits de l’homme entre
autre le droit à l’alimentation, à l’eau potable, au système sanitaire, au
logement, à la terre, à l’éducation, au travail et au service de santé de base.

Le droit à la santé est reconnu et protégé dans nombreux instruments


internationaux en matière de droit de l’homme et des instruments régionaux.
Il y a entre autres, la déclaration universelle de droit de l’homme, la
conférence d’Alma Ata tenue en 1978 sur les soins de santé primaire, etc. Il y
a aussi la charte africaine de droit de l’homme et des peuples, ainsi que
plusieurs conférences des chefs d’Etat et des gouvernements qui veillent à la
protection dudit droit.

Au niveau interne, en dehors de différentes constitutions qui ont existé


en RD Congo, la constitution du 18 Février 2006 a eu les mérites de rendre ce
droit plus explicite, l’article 47 stipule : « Le droit à la santé et la sécurité
alimentaire est garanti. La loi fixe les principes fondamentaux et les règles
d’organisation. »

La République Démocratique du Congo connaît un sérieux problème


des textes en matière de la santé. Les textes qui existent sont dépassés,
inadaptés, imprécis voir ambigus qui ne permettent pas l’application de la
meilleure politique sanitaire, permettant l’accessibilité aux soins de santé.

Il s’ajoute l’aspect de la pauvreté qui ne permet pas à toute la


population de faire face aux dépenses liées aux frais chirurgicaux, médicaux
et paramédicaux, aux frais pharmaceutiques, aux frais d’hospitalisation, de
rééducation, de prothèse, etc.

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LEGISLATION SANITAIRE 2023-2024

La libéralisation du secteur de la santé fait que les acteurs privés, les


organisations non gouvernementales et les confessions religieuses viennent
investir dans ce domaine pour des buts lucratifs. Ceci vient aggraver le coût
face au problème de santé.

Pour contourner ses dépenses, une partie de la population se tourne


vers la médecine traditionnelle qui semble présenter le moindre coût par
rapport à la médecine moderne. La médecine traditionnelle refait sur face et
nécessité une intégration dans la politique sanitaire nationale.

Il est impérieux de revoir la législation congolaise dans le secteur de la


santé, en votant les lois sur la santé publique, sur les droits de malades et les
intervenants dans le système de la santé, sur les établissements des soins de
santé, sur les produits pharmaceutiques pour les adapter en vue de répondre
aux besoins sanitaires réels de la population.

Les cours et tribunaux apparaissent comme une garantie en cas de


préjudices en matière de droit à la santé, les victimes, créanciers de droit
doivent recourir auprès des cours et tribunaux pour obtenir réparation du
préjudice subi.

Le droit à la santé ne doit pas être pris comme un élément isolé. L’Etat
devra créer les conditions nécessaires liées au droit de l’homme, la lutte
contre la pauvreté, l’accessibilité à l’eau saine, à l’éducation, au travail, etc.
Ceci permettra à la population d’accéder aux soins de santé primaire.
Même dans les pays développés, la population n’a pas accès facile aux
soins de santé, c’est grâce aux compagnies d’assurances, la sécurité sociale
et aux mutuelles de santé que la population fait face au problème de santé.

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TABLE DES MATIERES


OBJECTIFS DU COURS ....................................................................................................................... 2
CONTENU ............................................................................................................................................ 2
INTRODUCTION .................................................................................................................................. 2
I. PROTECTION DU DROIT A LA SANTE ........................................................................................... 4
I.1. MECANISME INTERNATIONAL ............................................................................................... 4
I.1.1. La déclaration universelle de droit de l’homme ..................................................... 4
I.1.2. La charte africaine des droits de l’homme et des peuples ................................. 6
I.2. MECANISME DE PROTECTION INTERNE .............................................................................. 6
I.2.1. Les textes constitutionnels ............................................................................................. 7
I.2.2. L’organisation sanitaire en RDC .................................................................................. 8
I.2.3. La Libéralisation du Secteur de la santé ................................................................. 11
I.3. LA MEDECINE TRADITIONNELLE .......................................................................................... 13
1.3.1 LE CADRE JURIDIQUE .................................................................................................... 13
I.3.2 LE FONCTIONNEMENT DE LA MEDECINE TRADITIONNELLE .................................... 14
II. LE POUVOIR LEGISLATIF FACE AU DROIT DE LA SANTE ....................................................... 15
II.1. LA LOI ORGANIQUE SUR LA SANTE ................................................................................... 15
II.2. LES DROITS DES MALADES ET AUTRES USAGERS DU SYSTEME DE LA SANTE ............. 15
III. LE POUVOIR JUDICIAIRE ET LE DROIT A LA SANTE ............................................................... 16
III.1. LA RESPONSABILITE EN MATIERE DE LA SANTE .............................................................. 17
III.2. LES DIFFERENTES DEMARCHES EN CAS DE RESPONSABILITE ...................................... 18
CONCLUSION ................................................................................................................................... 19

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