Cours de barrage
Présenté par : Ziwindyinga Rebéca BELEMSIGRI
Ingénieur en Génie Civil/ Doctorante en physique
Chapitre 1 : Études préalables
1- Choix du site de retenue
Le choix du site de retenue s'effectue à partir :
- des données hydrologiques (bassin versant de la retenue, pluviométrie, débits
d'apport des cours d'eau, crues...)
- des données géologiques (constitution des massifs, perméabilité, état de
fracturation, stabilité des massifs)
- des données topographiques (volumes des retenues en fonction des niveaux des
eaux.
2- Choix du site du barrage
Le choix de la position du barrage se fait essentiellement en fonction des
données topographiques. On recherche un verrou, c'est à dire un rétrécissement
de vallée qui permettra de minimiser le volume de l'ouvrage. Souvent, on doit
faire un compromis entre volume de la retenue (vallée large), l'altitude de la
retenue et l'importance de l'ouvrage.
Le choix entre les sites possibles se fait sur les conditions géologiques du verrou
pour permettre la stabilité et l'étanchéité de l'ouvrage.
3 -Choix du type de barrage
Le choix du type de barrage se fait à partir des conditions locales :
- des qualités géotechniques du support (les barrages bétons s'accommodent mal
des supports déformables)
- des ressources en matériaux de construction (en qualité et en quantité)
4 Choix définitifs
La décision définitive est prise en prenant en compte, les bénéfices escomptés
(production énergétique, protection des sites,...), les coûts (acquisitions,
travaux...) et l'impact sur l'environnement (naturel et humain).
5 -Diverses catégories de barrages
On distingue deux grandes catégories de barrages : les barrages fixes et les
barrages mobiles
5-1 Les barrages fixes
Il en existe de très nombreux types que l'on peut toutefois diviser en deux sous-
catégories selon la nature des matériaux utilisés pour leur construction : les
barrages en béton et les barrages en matériaux non liés (remblais).
5-1-1 Les barrages en béton
a-Conception
Ces barrages s'opposent à la force créée par la pression de l'eau soit par leur
propre poids (barrages poids), soit en reportant sur les rives par un effet de voûte
la poussée hydraulique (barrages voûte), soit encore en associant ces deux
possibilités (barrages poids-voûte), soit enfin en reportant sur les efforts sur le
sol par l'intermédiaire de contreforts (barrages contreforts).
❖ Les barrages poids
C'est un des types de barrage les plus anciens. Jusqu'au XIXè siècle, ils ont été
construits en maçonnerie, puis en béton. Ils présentent l'avantage de ne solliciter
que très peu la résistance des berges, par contre leur construction nécessite une
grande quantité de béton, et une excellente qualité du sol d'assise.
Actions exercées sur un barrage poids stabilité et dimensionnement
C'est Maurice LEVY (1838 - 1910) ingénieur français qui, à la fin du XIXè
siècle, a mis en évidence l'importance des sous-pressions dans la stabilité des
barrages poids. Les barrages poids modernes sont caractérisés par une section
pratiquement triangulaire. La somme de leurs fruits amont et aval est comprise
entre 0.70 et 0.80.
Les actions exercées sur le barrage sont :
P : poids du barrage
Q : poussée de l' eau
W : résultante des pressions d'eau interstitielle (ascendante) sur la section ABC
R=P+Q,
R' = P + Q + W,
Composantes de R' N' = N - W (composante normale)
T' = T (composante tangentielle)
Les ouvrages du XIXè siècle ont été dimensionnés en négligeant la sous-
pression
❖ Wdue à l'eau percolant dans le barrage ou dans sa fondation. On sous-
estimait alors l'inclinaison de la résultante effective
❖ R' devant résister au cisaillement.
On peut noter que toute apparition de fissure côté amont entraîne l'apparition de
sous-pression (voir fig a). On doit vérifier :
- que la contrainte totale au pied amont est au moins égale à la pression du
réservoir
- que la contrainte effective au pied amont est une compression
- la stabilité au glissement (rapport T/N)
Une première approximation du volume de béton d'un barrage poids est donnée
par la formule suivante :
❖ Les barrages à contreforts
Les contreforts en béton de forme triangulaire supportent en principe des voûtes
de faible portée ou des dalles pleines qui transmettent la poussée de l'eau vers le
sol . Ces barrages nécessitent moins de béton (20 à 25 % de moins) que les
barrages poids et n'exigent pas de vallée étroite comme les barrages voûtes. Il est
néanmoins nécessaire que le rocher soit de bonne qualité. Dans de telles
structures, le parement amont (dalles ou voûtes) doit être incliné de l'ordre de
0.3/1 (rapport de l'horizontale / la verticale) pour profiter de la composante
verticale de la poussée de l'eau. Les coffrages sont plus complexes à réaliser.
L'influence des variations thermiques sur les fondations est importante. On
préfère donc à ce type de construction, les barrages en B.C.R (Béton Compacté
au Rouleau)
❖ Les barrages poids évidés
Ce sont des barrages où l'on a créé des vides, par coffrage, dans leur partie
interne. Il est paradoxal de vouloir alléger un barrage poids, mais le gain de
poids est largement compensé par la diminution des sous-pressions grâce à un
drainage intense réalisé à partir de ces cavités. Il existe très peu de constructions
de ce type en Europe.
❖ Les seuils submergés
Ce sont de petits barrages déversants en toutes circonstances.
Ils sont caractérisés par :
- leur faible hauteur de chute
- un niveau de bief aval important par rapport à celui des fondations, ce qui
influe favorablement sur l'équilibre des poussées, mais augmente les sous-
pressions, d'autant que le drainage est souvent malaisé.
- la lame déversante exerce des efforts dynamiques qui s'ajoutent à ceux déjà
cités.
❖ Les barrages voûtes
Ils sont constitués par une coque en béton à simple ou double courbure. Ce type
de barrage est implanté dans une vallée présentant une zone relativement étroite
(verrou) pour permettre l'arc-boutement de l'ouvrage sur les rives qui doivent
être géologiquement très saines.
La courbure de la voûte permet de reporter les efforts de pression sur les appuis
de rive, tout en conservant une paroi comprimée. Une première approche, très
grossière, de dimensionnement consiste à considérer une superposition d'arcs
supposés indépendants. La contrainte dans le béton est généralement de l'ordre
de 5 MPa afin de limiter les problèmes de déformations aux ancrages.
La valeur de la contrainte est alors déduite de la formule du tube et vaut :
Dans la réalité, les arcs ne sont pas indépendants ; de plus le barrage est
partiellement encastré en pied, ce qui conduit à adopter d'autres modèles de
calculs par un double découpage de la voûte en poutres courbes horizontales
(arcs) et en poutres verticales (consoles). Les efforts appliqués à chaque nœud se
répartissant entre ces deux familles de poutres et les déplacements des arcs et
des consoles sont égaux à leur intersection. Actuellement, on utilise des
méthodes numériques de calcul par éléments finis.
Le volume utile de la voûte peut être calculé par la formule suivante :
𝑯𝟐 𝑯
V= + + 𝑳𝑪 𝟐 + 𝟑𝑳𝑩 𝟐 + 𝟐𝑳𝑩 𝑳𝑪
𝟏𝟔𝝈 𝝈
V ( m ) : volume utile de la voûte ( m) Contrainte moyenne d' arc en mètres d'
eau
H ( m) : hauteur du barrage
Lc ( m) : largeur en crête simplifiée du site
Lb ( m) : largeur du site au niveau de la base
❖ Barrages à voûtes multiples
Les voûtes successives reportent leurs charges sur des contreforts, on peut ainsi
réduire considérablement les volumes (par rapport à des barrages poids) même
pour des largeurs importantes.
Pour assurer la stabilité de tel barrage on doit trouver un compromis entre :
- des contreforts et voûtes minces mais inclinées ce qui procure de réels
problèmes de réalisation (Faux la montagne H= 19m, L=130 m , épaisseur des
voûtes 6cm).
- des contreforts et voûtes épaisses et verticales ( Daniel-Johnson au Québec
H=251 m, L= 1314 m, portée des voûtes 75 m.)
b-Réalisation des barrages poids et barrages voûtes
Les travaux préliminaires
Ils consistent :
- à réaliser les accès au site (routes, chemins d'accès, pistes)
- réaliser la dérivation du cours d'eau (percement de galeries, construction de
batardeaux amont et aval, etc.)
- à ouvrir des carrières pour l'extraction des matériaux nécessaires à la
construction de l'ouvrage
- aménager des aires de stockage des matériaux
- aménager les postes de fabrication (concassage, criblage, lavage des matériaux,
fabrication des armatures, fabrication des bétons, centrale d'injection,
assemblage des coffrages)
- mettre en place les systèmes de desserte du chantier (grues, blondin,
convoyeurs à bandes, etc.)
- installer les cantonnements, bureaux, etc.
Les terrassements
Ce type d'ouvrage nécessite des fondations de très bonne qualité ; ce qui exclue
les fondations autres que rocheuses. La partie superficielle du rocher est en
général de moindre qualité (altérations dues aux conditions atmosphériques, aux
infiltrations d'eau, etc.). On procède alors au déroctage à l'explosif de cette partie
sur une profondeur variant de 1 à 10 m environ pour obtenir une assise
satisfaisante. Le déroctage a lieu selon une technique contrôlée, c'est à dire à
mailles serrées et charges limitées, avec un prédécoupage périphérique pour
éviter d'endommager la roche laissée en place.
Les fondations
Les travaux de fondations consistent à forer à partir du carreau d'excavation les
trous d'injections du voile profond (étanchéité), les trous des injections de
collage de l'ouvrage au rocher (compensation des retraits du béton) et les trous
de drainage. Le voile profond est réalisé par des injections sous pression (5 à 25
bars) de coulis (bentonite-ciment). Les injections de collage se font à partir de la
galerie périmétrale, lorsque que la construction du corps du barrage est avancée.
Le barrage proprement dit
La réalisation du corps du barrage fait appel à des techniques de coffrage
classiques (coffrage grimpant, autogrimpant). Les levées de bétonnage sont
comprises entre 1.50 et 3.00 m. Le béton coulé en grande masse pose le
problème majeur de la maîtrise de l'exothermie due à l'hydratation du béton. La
construction de ce type de barrages est conduite par la réalisation de plots de
béton indépendants (environ 15 m) séparés par des joints. Par souci d'économie
et aussi pour limiter l'échauffement, les dosages des bétons sont modulés selon
la place qu'ils occupent dans le barrage. Les bétons seront plus dosés près des
parements (étanchéité, résistance aux agressions extérieures) et près de la base
(résistance mécanique) qu'au cœur du barrage.
On utilise des ciments à faible exothermie (C.L.K., C.H.F), ou on remplace une
partie du ciment par des liants moins rapides comme les cendres volantes.
Souvent, on complète ces précautions par des disposions spéciales :
- pré-réfrigération du béton par refroidissement des granulats et/ou de l'eau, ou
substitution partielle de l'eau de gâchage par des paillettes de glace.
- post-réfrigération par réseaux de serpentins noyés dans le béton, dans lesquels
circule de l'eau réfrigérée.
La granulométrie des bétons est continue et en général de l'ordre de 0/63, 0/100,
0/150) pour des dosages moyens en liant de 225 kg/m3. La vibration du béton est
assurée par des engins (bulldozer, mini-pelle, etc.) équipés d'une batterie gros
vibreurs hydrauliques (150 mm).
Près des parois, elle est réalisée manuellement avec des vibreurs (électriques ou
pneumatiques) de Ø 100 minimum. Après la réalisation de chaque plots, les
plots sous-jacents sont abondamment arrosés pour éliminer toute trace de
laitance. L'arrosage diminue aussi à la chaleur dégagée par le béton.
En fin de construction d'un barrage voûte, on réalise des injections de collage
des plots (coulis de ciment) entre eux afin de rendre la voûte monolithique. Cette
opération s'appelle "clavage". Elle est conduite sous contrôle précis des
pressions d'injection et des déformations. Un barrage poids ne trouve son
équilibre thermique qu'au bout de quelques mois à quelques années. Le
parement amont doit être alors équipé de systèmes d'étanchéité au droit des
joints qui ont tendance à s'ouvrir.
Exemple : Le barrage de Puy-Laurent en Lozère (barrage voûte mis en service
début 1996) a été réalisé avec un béton dont la proportion de cendres volantes
est particulièrement élevée. La faible exothermie de ce béton a permis de
réaliser des plots de 30 m de longueur soit le double des longueurs habituelles :
Dosage en liant :
250 kg /m3 dont 60 % de ciment et 40 % de cendres volantes;
Granulats : 4 classes ont été retenues
- 0/4 roulé provenant d'un gisement morainique de Lozère
- 5/12 roulé provenant du Rhône
- 10/32 concassé à partir de la carrière du site
- 32/63 concassé à partir de la carrière du site
Eau et adjuvants
120 litres avec plastifiant réducteur d'eau et entraineur d'air.
Résistances obtenues sur mortier ISO :
- en compression : 20 Mpa à 7 jours, 34 MPa à 28 jours
- en flexion : 4 Mpa à 7 jours, 7 Mpa à 28 jours
Barrages en béton compacté au rouleau (B.C.R.)
C'est la technique actuelle qui prédomine pour la construction de barrages poids.
Le béton n'est plus coulé dans des coffrages, ni vibré avec des aiguilles, mais il
est répandu avec des engins de travaux publics (bulldozers, niveleuses) et serré
par des compacteurs vibrants suivant des techniques de terrassements routiers.
L'épaisseur de couches varie de 30 à 60 cm. L'objectif principal est de ne
rajouter aux granulats que la quantité d'eau nécessaire à l'hydratation du ciment.
Les dosages en ciment sont d'environ 100 kg /m3, ce qui réduit l'échauffement
thermique et donc le nombre de joints. Les granulats utilisés pour le corps du
barrage sont en général une grave recomposée.
Les points délicats de la construction de ce type de barrage sont :
- la résistance mécanique, notamment au cisaillement, des surfaces
horizontales de contact entre deux couches superposées. Cette résistance dépend
de plusieurs facteurs (propreté du chantier, quantité de fines, ségrégation,
température, temps écoulé entre la réalisation de deux couches, etc.). La
résistance des couches au cisaillement peut être améliorée en utilisant un mortier
de collage, ou plus simplement en nettoyant au jet haute pression la surface de
reprise. - l'étanchéité du barrage qui est, la plupart du temps, constituée par un
masque amont en béton conventionnel vibré (B.C.V.), ou pour des ouvrages
modestes, par une membrane en matériaux plastiques (P.V.C., polyéthylène,
etc.). Comme tous les barrages, les barrages en B.C.R. sont équipés de systèmes
de drainage efficaces, de galeries de visites.
Les barrages construits en B.C.R. permettent de faire d'importantes économies
sur les matériaux (ciment) tout en autorisant des cadences de travail très élevées
grâce à une mécanisation très poussée.
Exemples de barrages en B.C.R. :
- Barrage des Olivettes (H = 35 m)
- Barrage du Sep (Puy de Dôme)
- Barrage de Petit Saut (Guyanne) dont voici quelques chiffres :
Volume B.C.R.:
240 000 m3 en 5 mois
Formulation du B.C.R.:
- sable concassé 0/5 : 17 %
- sable naturel : 17 %
- 5/25 : 32.3 % (recomposé à partir de 5/10 et 10/25)
- 25/50 : 28.4 %
- liant : 5.3 % (120 kg /m3)
Masse volumique en place : 2.3 t/m3
Capacité de production : 400 t/h en continu
5-1-2 Les barrages en remblai ou matériaux meubles
Il s'agit des barrages en terre ou enrochement, ils sont particulièrement adaptés
aux sites peu encaissés présentant des qualités de terrain médiocre. Ils sont
particulièrement employés pour les barrages de faible hauteur, bien qu'on trouve
des ouvrages exceptionnels de plus de 100 m de haut. La proportion de barrages
(de plus de 15 m) réalisés en terre ou en enrochement est d'environ 70%.
a-Conception
La stabilité propre du barrage est assurée par le poids du massif de terre. En
général, ces barrages présentent des répartitions de charge qui les rendent
compatibles avec les supports médiocres. Par ailleurs, leur souplesse permet une
adaptation aux déformations et tassements des supports. Par contre, les volumes
à mettre en œuvre deviennent rapidement très importants. On doit donc
envisager les problèmes de tassement du sol support, et d'infiltration dans le sol
de fondation.
Les tassements du sol support sont d'autant plus nuisibles qu'ils se produisent
tardivement (après la réalisation), et de manière différentielle (les tassements
sont plus importants au centre). Ces tassements peuvent provoquer des
fissurations importantes de l'ouvrage. Elles peuvent être traitées par les
méthodes usuelles de consolidation, ou en adaptant la vitesse de construction au
temps de dissipation des tassements.
Les infiltrations dans le sol de fondation peuvent provoquer des fuites
importantes mais aussi des dégradations par entraînement des matériaux
(phénomène de renard). Le plus souvent, on dispose un écran d'étanchéité
(injections, palplanches, paroi moulée,...) en zone amont ou dans le
prolongement de la zone d'étanchéité (barrage en enrochement ou à noyau). En
arrière de cet écran, on place une zone de drainage permettant d'évacuer les
surpressions et les infiltrations éventuelles.
Le problème essentiel est donc leur étanchéité et leur stabilité interne.
Barrage homogène
Le barrage est constitué d'un seul matériau suffisamment résistant et
imperméable (k = 10-7m/s). Pour assurer la stabilité des parements amont et aval
on réalise des talus dont la pente dépend des qualités de stabilité et de
perméabilité du matériau. L'étanchéité du massif est assurée par l'épaisseur du
barrage et l'imperméabilité du matériau.
Incidence de l'eau sur la stabilité :
Lorsque le barrage est plein, les écoulements à l'intérieur du barrage se font de
l'amont vers l'aval selon des lignes sensiblement horizontales qui tendent à
entraîner le talus aval. On doit donc réduire les pentes ou insérer un drain en
pied de barrage pour faire chuter les lignes d'écoulement.
Lorsque le barrage subit une vidange rapide, le gradient hydraulique s'inverse.
Les pressions interstitielles ne peuvent pas s'évacuer rapidement dans un
matériau peu perméable. On a alors un risque d'instabilité du talus amont qui
peut être stabilisé par une recharge perméable (enrochement).
Les quantités disponibles de matériaux présentant les qualités nécessaires à la
réalisation du barrage homogène sont souvent faible, ce type d'ouvrage est donc
le plus souvent réservé aux ouvrages de faible importance.
Barrages à noyaux
Ces barrages sont constitués de zones de caractéristiques variables réalisées
autour d'un noyau en matériau imperméable en argile (k = 10-7 m/s). Le noyau
est le plus souvent vertical mais il peut aussi être incliné. En général, les zones
ont des perméabilités et des granulométries de plus en plus élevées à partir du
noyau ce qui leur confère le rôle de filtres et de drains. De plus cette disposition
permet de réduire les effets des gradients hydrauliques sur la stabilité des talus et
donc d'avoir de plus fortes pentes. Les drains sont les organes de sécurité de
l'ouvrage.
Quelques définitions :
Le noyau : partie verticale ou inclinée assurant l'étanchéité du barrage disposée
au centre du remblai les recharges (amont ou aval) : parties construites avec des
sols frottants, perméables de préférence, qui assurent la résistance et supportent
le noyau.
Les drains : zones souvent peu épaisses de forte perméabilité, aptes à collecter
les fuites, donc réduire les pressions interstitielles.
Les filtres : zones souvent peu épaisses dont la granulométrie, intermédiaire
entre celle des parties voisines, s'oppose aux migrations de particules sous
l'action des écoulements. Ils luttent contre l'érosion interne (phénomène de
renard).
Le rip-rap : couche superficielle d'enrochement posé sur un remblai plus fin, et
le protégeant des vagues, des courants, etc.
Le drain cheminé : Il est ainsi nommé car il est disposé quasi verticalement à
l'aval du noyau (ou situé vers le centre d'un remblai homogène). Son épaisseur
est de l'ordre de 3 m pour des raisons constructives.
Le tapis drainant aval : Il couvre environ la moitié aval de la fondation à partir
du noyau et conduit les fuites jusqu'au pied aval. Son épaisseur est d'au moins 50
cm.
Barrage en enrochement
Le corps du barrage est constitué de matériaux dont la caractéristique recherchée
est la stabilité mécanique (enrochements). Les enrochements permettent
d'obtenir des pentes plus fortes. Leur perméabilité (matériaux contenant très peu
d'argile) permet de réduire les pressions interstitielles. Les blocs peuvent
atteindre des dimensions voisines du mètre. Ils sont mis en place par un
compactage puissant afin de limiter les problèmes de tassements différés.
L'étanchéité est assurée par un masque amont. Le masque est réalisé en matériau
étanche de préférence souple pour supporter les tassements du support. On
utilise de plus en plus des membranes synthétiques (géomembranes) le plus
souvent soudées, ou des revêtements en béton bitumineux. Les revêtements en
béton armé sont pratiquement abandonnés.
Selon la nature des matériaux retenus pour le corps de barrage et l'étanchéité, on
peut être conduit à interposer des couches de liaisons sous le masque pour
assurer la régularité d'appui et le drainage d'éventuelles infiltrations.
Les problèmes particuliers de cette technique se situent au niveau de la
continuité de l'étanchéité, en partie courante (joints), mais surtout au niveau des
limites du revêtement (scellement du masque).
Barrage à masque amont
L'étanchéité est placée sur le parement amont du barrage. Les matériaux utilisés
pour la réalisation de l'étanchéité sont :
- une dalle en béton armé avec très peu de joints (épaisseur 30 à 80 cm)
- masque en béton bitumineux composés de deux à trois couches d'enrobés
routiers plus riches en liant (7 à 9 %) pente 2/1.
- géomembranes qui doivent être protégées par une couche superficielle
(géotextile, petits enrochements, dalles, etc.)
Le problème commun à tous les types de barrages à masque amont est la liaison
étanchéité-fondation. On réalise, en général, une plinthe en béton appelée
parafouille ancrée à la fondation.
Autres systèmes d'étanchéité
En l'absence de terre à noyau sur le site, on est contraint d'adopter d'autres
techniques pour assurer l'étanchéité de l'ouvrage :
- noyau de béton bitumineux
- paroi moulée en béton plastique qui rejoint et pénètre la fondation
5-1-2-2 -Réalisation des barrages en remblai
Il s'agit pour l'essentiel de travaux de terrassement, compliqués par les volumes
à mettre en œuvre, le zonage des terrains, et le problème des consolidations.
Les travaux préalables consistent à décaper la surface d'implantation du barrage
et à canaliser les eaux (dérivation provisoire).
L'organisation des différents ateliers de terrassement (extraction, transport, mise
en place) doit être particulièrement rigoureuse et coordonnées, notamment pour
les barrages où des zones de matériaux différents sont mises en place
simultanément. La qualité des matériaux extraits doit être contrôlée en
permanence (pour vérifier leur conformité et adapter leur mode de mise en
place).
La mise en place se fait en recherchant la compacité maximale qui permet
d'obtenir : la résistance maximale, la perméabilité minimale, les tassements
minimaux. On recherche un compactage intense (permettant de réduire les
teneurs en eau) et homogène (pour assurer le collage des couches).
Pour les zones de faible perméabilité, l'évolution des pressions interstitielles
doit être surveillée en cours de réalisation. L'augmentation trop rapide des
contraintes (due à la montée de l'ouvrage) provoque une augmentation des
surpressions interstitielles qui n'ont pas eu le temps de s'évacuer. Ceci réduit le
frottement des matériaux et donc la stabilité de l'ouvrage.
Les tassements du barrage sont inévitables, ils doivent être prévus (hauteur de
réalisation), limités (compactage, teneur en eau) et surtout homogènes. Des
tassements trop importants risquent de provoquer des fissurations du barrage.
5-2- Les barrages mobiles
On trouve ce type de barrage essentiellement dans les basses chutes.
Il s'agit de barrages dont une partie est mobile pour laisser au cours d'eau un
débouché suffisant pour éviter l'élévation du niveau amont, notamment pendant
les crues. Ils permettent de moduler le débit du cours d'eau, et le niveau d'étiage
en commandant l'ouverture de vannes.
Les manœuvres des vannes sont aujourd'hui automatisées. Il existe plusieurs
types de vannes :
- les vannes à clapet : structure métallique articulée à la base et manœuvrée soit
par des vérins, soit par des treuils. L'écoulement se fait par déversement en
partie supérieure. En position effacée, le clapet s'escamote dans la fosse du
radier. Cette solution est économique pour des portées jusqu'à 30 m et des
hauteurs de bouchure de 5 m.
- les vannes secteur : structure métallique comportant un bras métallique et
s'effaçant dans le radier. Ce type d'ouvrage nécessite des radiers importants, et
donc onéreux.
- les vannes segment : elles sont de conception identique aux vannes secteur. Au
lieu de s'abaisser, elles se relèvent et permettent un écoulement par le bas. Leur
partie supérieure est souvent munie d'un clapet qui facilite le réglage du niveau
et permet l'évacuation des corps flottants (bois, détritus, glace, etc.).
6-Étude des barrages en terre
6-1. Définition d’un barrage en terre
Un barrage en terre est un type de barrage, barrage-digue, dont la hauteur
n'excède pas 3 m et la longueur 60 m, dont plus de 50 pour cent du volume total
est constitué d'un matériau compacté à grains fins obtenu à partir d'une zone
d'emprunt. Il est utilisé pour retenir l'eau dans une petite vallée ou dépression où
l'eau coule régulièrement.
6-2. Types de barrage en terre
Les barrages en terre compactés peuvent être divisés en trois principaux types :
- le barrage homogène ;
- le barrage à noyau étanche ;
- le barrage à masque amont.
a. Barrage en terre homogène
Un barrage en terre homogène est le type de barrage le plus simple et, sans
aucun doute, le plus ancien, Figure 1.2. Il consiste à construire en travers du lit
de la rivière un massif en terre dont les pentes sont assez douces pour assurer la
stabilité et la terre assez imperméable (typiquement de l’argile) pour éviter la
passe au travers du barrage. Les parements peuvent comprendre des banquettes
intermédiaires appelées risbermes, ce qui améliore encore la stabilité et facilite
la surveillance et l’entretien.
Les concepteurs doivent se prémunir contre deux dangers potentiels :
• Ces ouvrages résistent mal à une submersion prolongée importante et par
conséquent on doit prévoir une revanche suffisante (notamment pour éviter la
submersion par les vagues) et prendre des marges supplémentaires pour
l’évacuation des crues.
• La circulation inévitable de l’eau au travers du barrage fait courir des risques
d’érosion interne (entrainement des particules du matériau par l’écoulement) et
il convient de s’en prémunir par un choix judicieux des matériaux et une mise
en œuvre soignée.
b. Les barrages en terre à noyau :
Si la quantité des matériaux imperméables disponibles sur site est insuffisante
pour réaliser tout le corps du barrage, on opte pour un ouvrage à zones avec un
noyau en argile assurant l’étanchéité. (Figure 1.3) La stabilité du massif sera
assurée par des zones perméables appelées recharges. L’inconvénient, est la
nécessité de séparer par des filtres de transition les différentes zones. Pour les
ouvrages importants, les matériaux grossiers de recharges sont plus résistants
que les matériaux argileux, ce qui permet de construire des talus plus raides et
de contrôler mieux les écoulements dans le corps du barrage. Notons que le
noyau étanche peut être vertical ou incliné et parfois remplacé par un
diaphragme en béton au ciment ou bitumineux.
c. Les barrages en terre à masque :
Les barrages en terre à masque sont des remblais perméables avec un écran
imperméable appelé masque placé sur le parement amont. (Figure 1.4) Le corps
du barrage est construit avec un matériau qui assure l’étanchéité (béton,
produits bitumineux ou géomembrane) doit être peu déformable et pouvant
assurer la stabilité au glissement de l’ensemble de l’ouvrage. La présence de ce
masque sur le parement amont présente un double avantage de pouvoir faire des
réparations en cas de dégradation du masque et de permettre de faire des
vidanges rapides sans risque de glissements.
Chapitre 2 : Fonctions d’un barrage
1 -Étanchéité
L'étanchéité des barrages de retenues est évidemment l'objectif prépondérant.
On doit distinguer :
- l'étanchéité propre du barrage qui est liée à sa constitution, et donc peut
aisément être maîtrisée et contrôlée
- l'étanchéité du bassin de retenue qui dépend de la géologie du site (nature
des terrains, état de fracturation, réseaux karstiques éventuels, ...), elle est établie
lors du choix du site et peut éventuellement être traitée sur des zones de faible
étendue
- l'étanchéité de la liaison barrage - sol de fondation ; la zone de pied de
barrage est celle des plus fortes pressions, et le terrain peut être en partie
remanié lors de la construction de l'ouvrage, cette zone doit donc être contrôlée
et traitée soigneusement.
2 -Stabilité
Les barrages sont soumis aux efforts liés à l'action de l'eau :
- la pression hydrostatique sur les parois en contact avec la retenue
- la pression dynamique exercée par les courants d'eau
- la pression interstitielle des eaux d'infiltration dans le sol de fondation (sous
pression) qui non seulement réduisent les actions de contact du sol sur son
support mais réduisent aussi la résistance de ces terrains.
On doit prendre en compte le poids propre du barrage et les actions de liaison du
sol de fondation. On devra vérifier :
- la stabilité d'ensemble de l'aménagement (barrage et massif de fondation) qui
dépend des qualités du massif de fondation
- la stabilité propre du barrage sous l'ensemble des actions extérieures.
- la stabilité interne du barrage sous les sollicitations.
3- Équipements
3-1 Équipements de sécurité et d'entretien
Il s'agit de prises d'eau commandées par des vannes et protégées par grilles
permettant d'évacuer rapidement tout ou partie de la retenue. Le problème est
d'éviter les dégradations, dues à la puissance de l'écoulement, aussi bien pour
l'ouvrage que pour les rives en aval de l'ouvrage.
Évacuateurs de crue :
Il s'agit de trop plein permettant de limiter le niveau d'eau dans le barrage
lorsque le débit d'alimentation devient trop important. L'évacuation se fait par le
haut du barrage soit le long d'un canal à l'air libre où une partie de la puissance
sera consommée par les remous, soit par dessus le barrage où une partie de
l'énergie est absorbée par frottement et pulvérisation dans l'air.
Vidanges de fonds :
Il s'agit de prises d'eau situées au point bas du barrage permettant la vidange
pour l'entretien. Les conduites traversent le plus souvent le barrage. Pour éviter
la cavitation, (1), qui entraînerait une érosion importante des conduites, on
utilise des formes très progressives et des parois les plus lisses possibles
(blindages métalliques). En sortie, on cherche à réduire la vitesse de
l'écoulement par élargissement des conduites et éventuellement projection dans
l'air.
3-2 Équipements hydroélectriques
Les équipements hydroélectriques peuvent se décomposer en 3 parties :
- une partie d'équipement hydraulique concernant la circulation de l'eau.
- une partie de transformation d'énergie (turbine, alternateur)
- une partie électrique concernant la transformation et le transport de l'électricité.
Seule la partie hydraulique est du domaine des travaux publics.
Les prises d'eau doivent être convenablement protégées (criblage, dessablage)
pour éviter la dégradation des équipements. Les conduites forcées doivent être
très résistantes avec des parois très lisses pour limiter les pertes de charge et les
cavitations. L'ensemble des équipements hydrauliques est équipé de vannes et de
dispositifs de régulation des pressions et des débits.
3-3 Équipements de circulation :
Les barrages sont équipés de galeries permettant les accès aux équipements
hydrauliques et électriques et permettant l'auscultation et le contrôle du barrage.
Pour permettre la navigation fluviale, des écluses ou canaux de dérivation
peuvent être aménagés (exceptionnellement on peut utiliser des ascenseurs à
bateaux pour de fortes dénivellations). Pour favoriser la circulation des poissons
migrateurs (saumons), on équipe les barrages de passes à poissons (canaux à
faible vitesse d'écoulement). Il est très fréquent que les barrages soient utilisés
comme voie de circulation en crête, on équipe donc le sommet d'une chaussée et
des dispositifs usuels de sécurité.
Chapitre 3 : Dimensionnement et analyse de la stabilité d’une digue en terre
1. Dimensionnement d’un barrage en terre :
1.1- Dispositions générales
Pour l’élaboration d’un barrage en terre, on doit respecter les mesures suivantes
:
- le massif doit être protégé contre l’envasement ;
- les contraintes doivent être minimisées sur les fondations et sur les terrains des
rives ;
- les pentes des talus amont et aval doivent assurer la stabilité ;
- la ligne de saturation doit se trouver ultérieurement à l’intérieur du massif ;
- le terrain d’assise ne doit avoir aucun passage préférentiel, permettent aux
eaux de cheminer de l’amont à l’aval ;
- la face amont doit être protégée contre l’action des vagues et des corps
flottants ;
- le massif doit être garanti contre le débordement dû aux vagues ;
- le talus du massif doit être stable pendant la construction et pour toutes les
conditions du fonctionnement du barrage.
1.2- Pré-dimensionnement de la digue
Pour les besoins de calculs, certaines grandeurs du barrage sont choisies suivant
les différentes pratiques de construction de barrages (figure 2.1.).
Hauteur totale du barrage (H)
La hauteur totale de la digue est la différence entre la cote du lit de cours d’eau
et la côte de la Crète du barrage. On propose de faire varier cette hauteur d’un
minimum jusqu'à une hauteur maximale qui serait égale à la hauteur record de
barrage existant et qui avoisine actuellement les 320 mètres, avec un pas de
variation qui serait fixé à la demande.
Hauteur du niveau normal de la retenue (H1)
C’est la hauteur totale d’eau dans la retenue, comptée à partir du lit de cours
d’eau jusqu‘au niveau normal de la retenue. Cette hauteur est habituellement
déterminée par le calcul du volume d’envasement et du volume utile après
régularisation.
Détermination de la hauteur de déversement
C’est la hauteur d’eau au-dessus de la crête de diversion lors du passage de la
crue maximale choisie pour le dimensionnement de l’évacuateur de crues. En
générale sa détermination est fonction de la forme et des dimensions du
déversoir mais elle dépend également du débit max. de la crue et de la
topographie de la cuvette. Cette grandeur qu’on ajoute au niveau normal de
retenue pour avoir le niveau des plus hautes eaux, n’a pas d’influence sur la
longueur du drain tapis interne. Sa longueur sera prise égale à 1,50 mètre.
Revanches
On appelle revanche la hauteur comprise entre le niveau des plus hautes eaux et
la crête du barrage. Celle-ci est fonction de la hauteur des vagues et de la
hauteur de leur déferlement sur le parement amont. En pratique il existe des
abaques et des formules empiriques qui permettent d’estimer la hauteur des
vagues. Parmi ces formules on peut citer les plus utilisées.
- formule de Stevenson.
- formule de Molitor.
La vitesse des vagues étant calculée par la formule de Gaillard. Nous
déterminons la revanche d’après la formule empirique suivante :
R : revanche
V : vitesse de vague
g: accélération de la pesanteur
Une analyse de plusieurs barrages fonctionnels à travers le monde a guidé aux
valeurs mentionnées ci-dessous (tableau 2.1).
Tableau 2.1 : valeurs de la revanche en fonction de la hauteur totale du barrage
Épaisseur en crête
La largeur en crête doit être suffisante pour contribuer à la stabilité du barrage
aussi bien du point de vue hydraulique que mécanique. Cette épaisseur est
souvent adaptée au type de route qui passe au-dessus du barrage. Elle est
toujours supérieure à 3.00 m, sauf pour les petites retenues où elle est réduite
pour des raisons économiques. Les formules empiriques les plus utilisées pour
le calcul de la largeur en crête (b) sont :
Pente des talus du barrage
Les pentes des talus du barrage sont choisies suivant la nature des matériaux
qui le constituent et de sorte à garantir la stabilité statique du massif. Toutefois
K. Terzaghi recommande d’adopter les pentes d’après le tableau 2.2.
Le tableau 2.2 présente d’autres valeurs selon une norme de l’ex URSS
Tableau 2.2 : Pentes des talus des barrages en terre selon Terzaghi
Tableau 2.3 : Pentes des talus des barrages en terre (norme ex URSS)
Épaisseur du filtre
L’épaisseur du filtre ne doit pas être inférieure à 25 cm pour tenir compte des
tassements qui se produisent dans tout le remblai. Cette épaisseur doit être
toujours supérieure ou égale à 50ϕ15 (ϕ15 dimensions des grains du filtre). Si la
couche filtrante sert à drainer les eaux d’infiltration, sa capacité drainante doit
être plus grande que le débit qui traverse le remblai et peut être vérifiée à l’aide
de la loi de Darcy.
Les drains
Le drain est un organe fortement perméable incorporé dans le barrage en terre.
Il est généralement constitué de graviers et d’enrochements avec des
caractéristiques de non altération au contact de l’eau et résistant aux grandes
compressions. Il est admis que la présence de drain dans les barrages en terre est
indispensable pour leur stabilité. Parfois le drain classique est remplacé par des
tuyaux poreux ou perforés en matière souple ou rigide. On utilise également de
plus en plus des géotextiles pour assurer le drainage des petits barrages.
Rôle des drains
Les drains dans les barrages en terre ont une multitude de fonctions très
importantes.
- Intercepter les eaux d’infiltration et les évacuer à l’aval du barrage.
-Abaisser la ligne de saturation et éviter les résurgences sur le talus aval.
-Abaisser la ligne de saturation, pour garder une grande partie du remblai non
saturé afin de conserver les caractéristiques géotechniques du matériau utilisé.
-La présence du drain dans un barrage en terre sert à minimiser le débit de fuite
sur l’ouvrage.
-Il sert aussi à décompresser la fondation et donc à minimiser les pressions
interstitielles.
-La présence du drain permet d’activer la consolidation du remblai.
Position du drain tapis interne dans un barrage en terre homogène
La zone efficace de la position du drain tapis interne dans un barrage en terre
homogène, habituellement préconisée est celle où la longueur du tapis comptée
à partir du pied aval du barrage serait égale à de l’emprise du barrage.
Cette zone de positions est celle qui donne un barrage stable hydrauliquement.
Dimensionnement des tapis drainants
-L’épaisseur du drain tapis interne est choisie pour pouvoir évacuer le débit
d’infiltration à travers le massif et sa fondation sans débordement.
-La longueur du drain tapis interne est habituellement comprise entre le un quart
et le un tiers de l’emprise du barrage.
Le drain vertical
Lorsqu’il y a de grands risques d’anisotropie, la seule solution valable est la
projection d’un drainage vertical sous forme de bande d’enrochements ou de
graviers protégée de part et d’autre par des filtres de transition. L’eau
d’infiltration est acheminée vers l’aval du barrage par un réseau de tuyaux
parallèles ou par un drain tapis filtrant s’il faut drainer la fondation. La largeur
minimale d’un tel drainage est de 1.00 mètres et sa position idéale est à l’aval
de l’axe du barrage.
2- Analyse de la stabilité de la digue en terre :
La stabilité des barrages en terre est abordée sous ses deux formes tout en
précisant les méthodes de détermination du réseau d’écoulement. Sur le plan
hydraulique, un barrage en terre ne doit pas subir une érosion interne sous
l’effet des infiltrations de l’eau à travers son massif, pour cela il faut que le
gradient hydraulique soit toujours admissible pour éviter le déclanchement du
phénomène de renard. Il faut aussi s’assurer que les talus du barrage en terre ne
soient l’objet de glissements et donc il est indispensable de vérifier la stabilité
au non glissement par une méthode appropriée.
3- La stabilité hydraulique :
La stabilité hydraulique précède la stabilité mécanique et elle consiste à :
• La détermination de la ligne de saturation ;
• La Construction du réseau d’écoulement ;
• L’évaluation du débit de percolation ;
• La vérification au renard.
3.1- Écoulement bidimensionnel :
On parle d’une ligne de saturation dans une coupe transversale car dans la
réalité c’est une surface suivant laquelle la pression est égale à la pression
atmosphérique. Dans un écoulement à deux dimensions la surface libre au sein
du massif (ligne de saturation ou phréatique) doit avoir dans sa partie centrale
l’allure d’une parabole d’équation différentielle :
q : débit de percolation à travers le barrage ;
𝑑𝑦 /𝑑𝑥 : gradient hydraulique ;
y : ordonnée à la ligne de saturation (phréatique).
L’intégration de cette équation différentielle, conduit à l’équation d’une
parabole :
3.2- Méthodes de détermination de la ligne de saturation :
La ligne de saturation peut être déterminée par les méthodes suivantes :
a- Le calcul numérique
Le calcul numérique est réalisé sur l’ordinateur, il peut résoudre le problème
des infiltrations par le biais des programmes mis au point, afin de déterminer la
position de la ligne de saturation, le potentiel hydraulique et, le débit de fuite.
b- Le modèle électrique
L’analogie électrique est basée sur le fait que le potentiel électrique est régi par
la même loi que le potentiel hydraulique, le tableau 2.4, résume les phénomènes
analogues.
Tableau 2.4 : Les phénomènes analogues
c- Le modèle graphique
Il représente une méthode simplifiée, la plus souvent utilisée. Cette méthode
donne des résultats approches, mais en général suffisants.
L’écoulement des eaux d’infiltrations dans le barrage est régi par la loi de
DARCY, V = K * i ( K : coefficient de perméabilité en (m/s) et i:le gradient
hydraulique).
Tracé de ligne de saturation Dans le cas d’une digue homogène drainée,
reposant sur une assise imperméable, KOZENY a montré que la ligne de
saturation (ligne phréatique) est une parabole d’axe horizontal, dont le foyer est
l’extrémité amont du drain, auquel se raccorde la ligne phréatique. Cette ligne
de saturation doit être corrigée au droit du parement amont et aval du barrage.
Figure 2.2 : Solution graphique pour l’écoulement à travers un barrage
avec tapis filtrant horizontal
3.3- Détermination des pressions interstitielles.
Dans un sol homogène et isotrope soumis à un écoulement d’eau permanent et
sans variation de volume du sol (l’arrangement du squelette du solide ne se
modifie pas), les deux équations qui régissent l’écoulement sont :
-La condition de continuité de la phase liquide
En général l’écoulement a lieu entre des limites où sont imposées des conditions
’écoulement ou de charge hydraulique. Habituellement on a à définir une
fonction qui satisfait à l’équation de Laplace avec ses conditions aux limites.
En pratiques, comme les écoulements dans les barrages en terre, la résolution de
l’équation de Laplace consiste à rechercher (Fig.2.3):
-les lignes équipotentielles
- les lignes de courant.
En général l’équation de Laplace n’est pas intégrable et on a recours aux
méthodes suivantes pour la détermination des réseaux d’écoulement :
-recherche de solution analytique à partir du potentiel complexe dans les cas
géométriquement simples.
-méthodes numériques.
-méthodes analogiques
-manuellement par approximations successives.
3.4- Utilisation des réseaux d’écoulement
Dans la construction des barrages en terre, les réseaux d’écoulement nous
permettent de résoudre deux problèmes essentiels :
-le calcul du débit d’infiltration.
-le calcul de la pression interstitielle.
Les lignes de courants et les lignes équipotentielles forment un réseau
orthogonal où deux lignes de courants forment un tube de courant dans lequel le
débit reste constant. Le calcul du débit est fait pour chaque tube de courant et la
somme des débits donnent le débit total circulant à l’intérieur de ces limites
géométriques.
La détermination de la pression interstitielle se fait d’après la figure ci-dessus
suivant l’expression suivante :
4- Étude de la stabilité mécanique d’un barrage en terre
4.1. Approches de calculs
La stabilité des barrages en terre est étudiée au moyen des méthodes utilisées
plus généralement pour l’étude des pentes en mécanique des sols ; les plus
courantes sont celles de Fellenius, Bishop, Spencer, Janbu, la méthode dite des
coins, ou encore celle dite des perturbations en faveur en France. Toutes sont
des méthodes d’équilibre de forces, dans lesquelles les forces déstabilisatrices
(poids, pressions interstitielles) doivent être compensées par des forces
résistantes, avec des marges de sécurité conventionnellement choisies.
Un facteur qui influe très fortement sur la stabilité est la pression interstitielle
qui peut s’installer de façon durable dans le remblai :
- en raison des écoulements permanents à travers le remblai ;
- en conséquence des variations de contraintes, résultant de la construction,
d’une vidange rapide, ou bien de séismes.
Lorsque le remblai est construit sur une fondation meuble, celle-ci doit être
incluse dans l’analyse de stabilité.
L’analyse est faite sous différents cas de chargement :
- état normal en service, retenue pleine : le poids du remblai et la poussée de la
retenue sont considérés ; le champ de pression interstitielle est calculé par un
réseau d’écoulement à travers le barrage (et sa fondation) en tenant compte des
diverses perméabilités ; figure 2.4.
- fin de construction : pas encore d’action de la retenue, mais les pressions
interstitielles sont élevées car les surpressions dues à la construction ne sont pas
encore dissipées ; cas souvent dimensionnant pour le talus aval ;
- fin de vidange rapide : après une baisse brusque de la retenue, les pressions
interstitielles induites par la retenue ne se sont pas encore dissipées et
déstabilisent le remblai vers l’amont ; ce cas est souvent dimensionnant pour le
talus amont ;
- état normal en service pendant un séisme : s’ajoutent aux effets précédents
les forces d’inertie horizontales du remblai et la surpression dynamique de la
retenue, pour une accélération égale à 50 % de l’accélération prévue au niveau
du rocher.
Les analyses les plus fiables sont effectuées en contraintes effectives, c’est-à-
dire en prenant comme caractéristiques de résistance des sols les propriétés
intrinsèques obtenues avec des essais drainés. Elles nécessitent de faire des
hypothèses sur les pressions interstitielles, à partir des essais de laboratoire et de
l’analyse des précédents ; c’est la raison pour laquelle les remblais sont équipés
de cellules piézométriques, grâce auxquelles la pression interstitielle est
mesurée pendant la construction et l’exploitation du barrage.
En complément des analyses de stabilité fondées sur l’équilibre des forces, les
méthodes d’analyse numérique par éléments finis permettent de calculer les
déformations des remblais sous diverses sollicitations, en tenant compte
directement de la rhéologie des sols, de l’effet des pressions interstitielles, de la
saturation partielle, de la consolidation après construction, etc. Plus complexes
de mise en œuvre et plus exigeantes en matière d’essais sur les matériaux, elles
peuvent prédire les variations de pression interstitielle, permettent de détecter
les risques de fracturation hydraulique du noyau, risque survenant lorsque la
pression interstitielle excède la contrainte totale mineure.
4.2. Coefficient de sécurité
Pour juger si un talus naturel ou artificiel est stable ou non il est nécessaire
d’introduire la notion du coefficient de sécurité qui est une grandeur
adimensionnelle. Le coefficient de sécurité (FS) est par définition donné par
l’expression suivante :
À titre d’exemple, les coefficients de sécurité couramment admis avec la
méthode de Fellenius sont respectivement :
- 1,35 pour les conditions normales de service ;
- 1,25 pour la fin de construction et la vidange rapide ;
- 1,10 pour le séisme maximal probable (récurrence 10 000 ans) étudié avec la
méthode pseudo statique.
5- Tassements
Dans les barrages en terre on a deux types du tassement, tassement du corps de
la digue et tassement de la fondation, on peut négliger le premier pour les petits
barrages où la hauteur est au moins de 20 à 30 m et où la digue est bien
compactée, le deuxième varie en fonction de la nature de terrain (les couches
au-dessous de la digue voir la figure 2.6) et ses caractéristiques qu’on peut les
déterminer à l’aide de la courbe de l’essai œnométrique et de cette formule :
Chapitre 4 : Analyse de la stabilité d’un barrage en terre
1 Introduction
La construction de barrages en remblai est une pratique courante
pour la gestion des ressources en eau. Cependant, la stabilité de ces
structures est cruciale pour garantir leur sécurité et leur durabilité. La
stabilité des barrages en remblai dépend en grande partie de la
stabilité des talus, qui doivent être capables de résister aux
glissements sous toutes les sollicitations possibles. Pour déterminer
les conditions de stabilité, la mécanique des sols utilise l'étude de
l'équilibre limite. Les matériaux utilisés pour la construction du
barrage peuvent également influencer la stabilité des pentes, et il est
important de choisir des matériaux performants pour éviter la rupture
des talus, garantir la stabilité de la fondation et éviter les déformations
excessives. Nous examinerons les différents facteurs qui influencent
la stabilité des barrages en remblai, ainsi que les méthodes utilisées
pour garantir leur sécurité et leur durabilité.
2- Différents types d’instabilités de pentes :
Les versants sont soumis à des mouvements variés en termes de
dimensions, de morphologie et d'évolution cinématique. Pour les
classifier, plusieurs critères ont été proposés tels que la morphologie,
la cinématique et la nature des matériaux.
Trois familles principales de phénomènes sont à l'origine des
déplacements importants de matériaux sur les talus et les versants :
• Les glissements en terrain meuble : qui se caractérisent par la
formation d'une surface de rupture le long de laquelle les
déplacements se produisent, ils se produisent lorsque la couche
supérieure du sol se déplace sur une couche plus profonde le long
d'une surface de rupture. Ils sont souvent déclenchés par des facteurs
tels que les précipitations abondantes, les tremblements de terre ou
l'activité humaine.
• Les éboulements en terrain rocheux : ils se produisent lorsque des
blocs de roche se détachent d'une falaise ou d'un versant et dévalent la
pente, souvent en raison de l'érosion naturelle ou de l'activité
humaine.
• Les coulées boueuses ou de débris : elles se produisent lorsque de
fortes pluies ou des événements de fonte des neiges entraînent des
quantités importantes d'eau et de sédiments sur des pentes abruptes.
• Les chutes de blocs : elles sont similaires aux éboulements, mais
impliquent des blocs individuels plutôt que des masses rocheuses
importantes.
• Les avalanches de neige : elles sont provoquées par des
accumulations de neige instables qui se détachent et dévalent la pente
à grande vitesse.
Ces instabilités de pentes peuvent être très dangereuses pour les
populations et les infrastructures situées en aval. Il est donc crucial de
comprendre les facteurs qui contribuent à leur déclenchement et de
prendre les mesures nécessaires pour les prévenir ou les atténuer.
3- Pathologie liée à l'instabilité de l'ouvrage
L'instabilité mécanique d'un ouvrage peut entraîner plusieurs
pathologies qui peuvent affecter sa durabilité et sa sécurité. Elle se
caractérise par des désordres dans sa masse, qui se traduisent en
surface par des déformations géométriques décelables par
l'auscultation topographique.
On distinguera l'instabilité mécanique "de masse" des instabilités liées
à l'eau (comme les effets du renard) ou à la surface du sol (comme le
développement du ravinement), qui ont un impact plus localisé sur la
forme de l'ouvrage.
3.1 Le glissement des talus
Le phénomène observé dans ce cas est celui du glissement de talus,
qui se manifeste généralement par la formation d'une zone de rupture
presque circulaire à l'intérieur du corps de la structure de remblai, en
raison d'une pente de talus excessive. Le phénomène de glissement
circulaire est souvent observé dans les remblais homogènes où il
n'existe pas de structure interne favorisant une ligne de rupture
particulière. Ce type de glissement peut également affecter les terrains
de fondation si ceux-ci ont des caractéristiques mécaniques peu
favorables.
Figure II. 1 Le glissement circulaire d’un talus
3.2 Le mécanisme de glissement
3.2.1 Le glissement côté aval en situation de crue
Le glissement côté aval est un phénomène qui peut se produire lors
de crues, lorsque les trois facteurs mentionnés sont réunis.
Voici une brève explication de chacun de ces facteurs :
1. Un profil de digue étroit avec pentes de talus fortes : Une digue
avec un profil étroit et des pentes de talus fortes est plus susceptible
de subir un glissement de terrain côté aval en raison de l'instabilité
naturelle de ce type de terrain.
2. Une piézométrie élevée dans la digue : La piézométrie fait
référence à la pression de l'eau dans la digue. Si cette pression est
élevée en raison d'une absence de drainage ou de la présence de
couches hétérogènes, elle peut provoquer un affaiblissement de la
digue et augmenter le risque de glissement côté aval.
3. Une faible compacité du remblai : La compacité du remblai fait
référence à la densité et à la solidité des matériaux utilisés pour
construire la digue. Si les matériaux utilisés sont peu denses et peu
solides, la digue sera plus susceptible de subir un glissement côté
aval. De même, la présence d'une couche argileuse sous-consolidée
peut également contribuer à la faible compacité du remblai et
augmenter le risque de glissement.
Pour éviter le glissement côté aval en situation de crue, il est
important de s'assurer que la digue est construite avec des matériaux
solides et compacts, de veiller à la piézométrie de la digue et à la
présence d'un système de drainage adéquat, et de surveiller
régulièrement l'état de la digue afin de détecter tout signe de faiblesse
ou d'instabilité.
Figure II. 2 Le mécanisme de glissement circulaire coté Aval
3.2.2 Le glissement côté fleuve lors de la décrue
Le phénomène de rupture par glissement côté fleuve se produit
généralement lors de la décrue rapide du cours d'eau. Ce mécanisme
est principalement dû aux sous-pressions qui se développent pendant
la période de crue et affecte principalement les talus de digues
constitués de matériaux argileux, présentant des pentes raides ou des
perrés trop étanches.
Cependant, ce mécanisme est particulièrement préoccupant pour les
digues situées à proximité de déversoirs équipés de remblais fusibles,
qui sont conçus pour se rompre lorsque la hauteur d'eau atteint un
certain seuil.
Lorsque le déversoir est en fonctionnement, le remblai fusible s'érode
rapidement et le débit dérivé dans le déversoir augmente, ce qui peut
entraîner une décrue rapide du cours d'eau. Cette situation peut alors
provoquer des glissements de talus coté fleuve, ce qui peut être
particulièrement dangereux pour les zones résidentielles et les terres
agricoles situées en aval de la digue. Pour minimiser le risque de
glissement, il est important de surveiller régulièrement l'état de la
digue, d'assurer une maintenance adéquate du système de drainage et
de renforcer les zones à risque avec des matériaux plus solides.
Figure II. 3 Le mécanisme de glissement coté fleuve lors de la décrue
4- Étude des infiltrations dans un barrage en terre
Lors des calculs de stabilité préliminaires d'une digue, il est essentiel
de déterminer le réseau d'écoulement à long terme à travers le corps
de celle-ci, en supposant que la retenue est pleine et en régime
permanent. Les infiltrations dans les barrages en terre doivent être
examinées sous trois angles différents afin d'obtenir une vision
complète du problème :
• La ligne de saturation du massif de la digue, qui correspond à la
ligne où la pression hydrostatique de l'eau au sein du massif est nulle.
Cette ligne phréatique représente le niveau de la surface libre dans le
corps du barrage, et est essentielle pour effectuer les calculs de
stabilité de la digue.
• La pression de l'eau interstitielle dans le massif, qui peut être
déterminée à partir d'un réseau de lignes équipotentielles reliant les
points d'égal potentiel hydraulique dans le barrage et les fondations.
Une augmentation de cette pression peut être dangereuse pour la
stabilité, car elle peut causer l'apparition du phénomène de renard.
• Le débit de fuite dû aux infiltrations, qui peut être obtenu à partir du
réseau de lignes de courant représentant la trajectoire de l'eau à
travers le barrage. Si le débit de fuite est trop important, le barrage ne
remplit pas sa fonction, et il est nécessaire d'augmenter la taille des
parties imperméables du corps de digue.
Figure II. 4 Trajectoire de l'eau à travers le barrage
L’étude de l’infiltration peut aussi se faire par calcul numérique sur
ordinateur, par analogie électrique, ou par une méthode simplifiée
basée sur approximations et des propriétés graphiques du réseau
d’écoulement.
• Méthodes graphiques : méthodes simplifiées telles que la méthode
de Kozeny qui utilise des approximations et des propriétés graphiques
du réseau d'écoulement).
• Méthodes analogiques : méthodes électriques et magnétiques (pour
des cas simples).
• Méthodes de simulation numérique, (outil mathématique qui peut
s’adapter avec des cas complexes).
4.1 Équation de la ligne de saturation
L'équation de la ligne de saturation est définie comme une surface où
la pression est égale à la pression atmosphérique dans une coupe
transversale.
Kozeny a proposé une méthode pour tracer cette ligne, en montrant :
-Cas d’un barrage en terre homogène : la ligne de saturation peut
être représentée par une parabole dans sa partie médiane.
Cette méthode présente l'avantage de permettre la détermination des
trois paramètres importants sans la connaissance précise de toutes les
lignes de courant, à condition de respecter certaines règles de
distribution des lignes : le parement amont est une équipotentielle, la
ligne de saturation est une ligne de courant, la fondation est une ligne
de courant dans le cas d'une fondation imperméable, la pression
hydraulique étant nulle sur la courbe de saturation, le potentiel en un
point de cette ligne est dû uniquement à la côte de ce point et les
équipotentielles sont perpendiculaires aux lignes de courant.
Figure II. 5 Trace de la ligne de saturation
Kozeny a montré que, dans un barrage en terre homogène et isotrope
non drainé, la ligne de saturation peut être assimilée dans sa partie
médiane à une parabole d'axe horizontal dont le foyer « O » est situé
au pied du parement aval du barrage.
L'équation de cette parabole s'écrit :
Avec d : étant la largeur en base du barrage diminuée 0.7 b et b étant
la projection horizontale de la partie mouillée du parement amont.
La parabole coupe le plan d’eau amont en un point A situé à une
distance horizontale de ce parement AB = 0, 3 b
Pour obtenir la ligne de saturation à partir de la parabole de Kozeny,
on raccorde celle-ci au point « B » du plan d'eau amont par une
courbe normale au parement amont en « B » et tangente à la parabole.
-Cas de digue avec un noyau, sur fondations imperméables
Le calcul des digues avec un noyau sur fondations imperméables est
essentiel pour déterminer le point de résurgence de l'eau dans le
noyau. Cette information est cruciale pour dimensionner les filtres et
les drains afin de rabaisser la ligne de saturation vers le fond de la
digue. La méthode de Kozeny n'est pas claire pour trouver la suite de
la ligne de saturation. Il semble qu'une fois sortie du noyau, l'eau
ruisselle un temps sur le noyau, puis elle forme une surface à la côte «
Y0 /2 » jusqu'à la sortie du barrage.
Figure II. 6 Trace de la ligne de saturation d’un barrage à noyau
Bien que cette ligne soit une approximation de la situation réelle, elle
est adéquate pour notre analyse. Cependant, quelle que soit la
situation après le noyau, il est essentiel de construire des drains sur
chaque face. Ces filtres empêchent le lessivage des matériaux et
maintiennent l'intégrité du noyau.
4.2 Écoulement à travers un barrage à noyau anisotrope
Dans un sol homogène et isotrope soumis à un écoulement d’eau
permanent, les deux équations qui régissent l’écoulement sont :
- L’équation de la continuité dans la phase liquide.
- La loi de Darcy.
La charge hydraulique h (x, y) satisfait donc à une équation de
Laplace. C’est une fonction harmonique. Dans la réalité (milieu
anisotrope), du fait de la sédimentation et de consolidation suivant la
verticale, la perméabilité horizontale 𝐾𝑥 et verticale 𝐾𝑦 sont
différentes : 𝑲𝒚 < 𝑲𝒙.
Figure II. 7 Réseau d’écoulement dans un sol anisotrope
Une fois que le réseau d'écoulement a été tracé dans le milieu
isotrope, il est possible de revenir au milieu réel en utilisant une
transformation inverse. Cela permet d'obtenir un réseau d'écoulement
constitué de courbes qui ne sont plus orthogonales. Pour calculer le
débit dans ce réseau, il est nécessaire d'utiliser la perméabilité fictive
et l'expression du coefficient de perméabilité fictive K est obtenue en
appliquant la conservation du débit : le débit dans le milieu fictif est
égal au débit dans le milieu réel. La perméabilité du noyau étant
souvent très inférieure à celle des recharges, le rapport des
perméabilités peut atteindre 1000. Par conséquent, on peut supposer
que les pertes de charge sont concentrées dans le noyau, tandis que la
recharge amont est une zone équipotentielle et que la hauteur d'eau
dans la recharge aval est négligeable. Toutefois, si le rapport des
perméabilités est nettement inférieur à 1000, la hauteur d'eau dans la
recharge aval peut ne plus être négligeable et la surface libre y est
d'autant plus haute que ce rapport est plus faible.
Pour annuler la pression interstitielle dans la recharge aval, on peut
interposer un drain entre celle-ci et le noyau.
4.3 Étude des pressions interstitielles
La pression interstitielle P est la pression présente en un point du sol
saturé et peut être exprimée par la formule générale suivante :
P = ρg (h - Z) où h représente la charge hydraulique et Z la cote d'un
point du barrage par rapport à un repère. Pour des raisons de stabilité,
il est important de minimiser cette pression. Si elle est trop élevée,
cela signifie qu'il y a beaucoup d'eau et il y a un risque de phénomène
de renard. C'est pourquoi il est nécessaire de bien drainer le corps de
barrage, en particulier dans la partie aval qui est généralement
soumise à de forts gradients hydrauliques.
4.4 Débit de fuite par infiltration à travers le corps de la digue
Le débit d'infiltration est le volume d'eau qui s'infiltre à travers le
corps de la digue par unité de temps et par unité de longueur. Il est
estimé à partir de la loi de Darcy qui décrit le flux d'eau à travers un
milieu poreux.
La formule générale est : q = K * I * S
Où :
• q : débit d'infiltration en m3 /s/m
• K : coefficient de perméabilité du milieu en m/s
• I : gradient hydraulique adimensionnel, sans unité
• S : section mouillée sur le parement aval du barrage en m²
Dans le cas d'un écoulement parabolique, on peut estimer la section S
en utilisant l'ordonnée y de la ligne phréatique et le gradient
hydraulique I en utilisant la pente dy/dx.
Ainsi, on peut calculer q comme suit :
Ce qui peut être exprimé sous la forme :
Le débit total à travers la digue est donc :
4.5 Mécanisme de l’érosion interne et développement de
phénomène renard
L'érosion interne est un processus qui peut avoir lieu dans les sols ou
les roches, et qui se produit lorsque les particules sont éloignées du
noyau ou de la fondation en empruntant des voies de migration
préférentielles.
Ce processus peut être favorisé par différents facteurs, tels que ceux
mentionnés dans votre question :
• La présence d'un chemin d'infiltration et d'une source d'eau :
lorsque de l'eau s'infiltre dans le sol ou la roche, elle peut emporter
avec elle des particules de sol ou de roche, en créant un chemin de
migration pour ces particules.
• L'existence de matériaux érosifs à l'intérieur de ce chemin et
transportables par le flux d'infiltration : si le chemin d'infiltration
contient des particules de sol ou de roche qui sont facilement
transportables par l'eau, cela peut favoriser l'érosion interne en
permettant à ces particules de migrer plus facilement.
• L'absence de protection qui pourrait retenir ces particules : si le sol
ou la roche environnants ne sont pas suffisamment solides pour
retenir les particules en place, cela peut favoriser l'érosion interne en
permettant aux particules de migrer librement.
• La phase d'initiation se produit lorsque des particules commencent à
se détacher, ce qui peut être causé par plusieurs facteurs. Dans le cas
d'un barrage, ces facteurs peuvent inclure une concentration de fuites
dans les fissures existantes ou causées par des conditions
météorologiques telles que la dessiccation ou le gel, une concentration
de fuites dans les voies interconnectées formées par des matériaux de
faible compaction ou de taille grossière dans la zone perméable, un
détachement de particules du sol en présence d'infiltration sur une
surface libre non protégée par des filtres, ou un phénomène appelé
"suffusion", qui correspond à une érosion sélective des particules
fines de la matrice de particules grossières.
• La phase de continuité de l'érosion dépend de la présence de filtres
et de zones de drainage dans le barrage, construits selon les critères de
construction des filtres. La présence de ces filtres et de ces drains
permet de retenir les particules déplacées pendant la décharge sans
favoriser l'accumulation d'un excès de pression dans les pores.
Cependant, dans de nombreux vieux barrages, ces filtres et drains sont
absents, ce qui contribue à la progression de l'érosion.
• La phase de progression de l'érosion est caractérisée par une
migration progressive des particules détachées vers le côté amont du
barrage, transportées par le flux d'infiltration. Cela peut entraîner la
formation de renards, l'augmentation du suintement et de la pression
des pores dans la partie aval du barrage.
• La phase de développement de brèches est causée par la circulation
des eaux du réservoir en amont, et indique que le processus d'érosion
interne est déjà bien avancé. Les eaux circulant dans le barrage
suivent une trajectoire aléatoire et peuvent créer des brèches dans la
structure, augmentant le risque de rupture du barrage.
5 Méthodes d’analyse d’instabilité
5.1 Notion de facteur de sécurité
Le facteur de sécurité Fs peut être exprimé mathématiquement
comme le rapport entre les forces résistantes et les forces motrices, Il
représente la capacité du sol à résister aux forces qui peuvent
provoquer la rupture d'un talus ou d'une pente. Plus le facteur de
sécurité est élevé, plus le talus est stable et résistant aux glissements.
En d'autres termes, le facteur de sécurité permet de quantifier la
marge de sécurité vis-à-vis de la rupture, en comparant les forces qui
poussent le talus à glisser avec les forces qui le retiennent en place.
Avec :
• 𝐹𝑠 : Facteur de sécurité ;
Fs= 𝑟𝑓 𝑟𝑑
• 𝑟𝑓 : Résistance disponible (résistance moyenne au cisaillement) ;
• 𝑟𝑑 : Résistance mobilisée (contrainte de cisaillement moyenne
développée le long de la surface de rupture potentielle) ; La résistance
moyenne au cisaillement (𝑟𝒇) est égale à la cohésion non drainée pour
les sols fins à court terme, dans le cas général, elle dépend de la
contrainte effective normale 𝜎′𝑛 selon le critère de rupture de Mohr-
Coulomb :
La résistance mobilisée (𝑟𝒅) est la contrainte de cisaillement qui à
prévaut un angle,
Pour un état de contrainte donnée telle que : 𝑟𝒅 = 𝑪𝒅 + 𝝈 ′𝒏.
𝒕𝒂𝒏𝝋𝒅....................... (II.2).
Il faut noter qu’avec cette définition la valeur du coefficient de
sécurité est une valeur ponctuelle, qui va donc dépendre de la position
du point 𝑀 considéré le long de la surface testée, est défini par des
rapports de forces, de contraintes, de moments ou même en termes de
hauteurs de talus.
• Le choix des facteurs de sécurité : Il faut, pour obtenir un coefficient
de sécurité FS supérieur à 1, que les forces "résistantes" au niveau de
la surface de rupture potentielle soient supérieures aux forces
motrices. Dans ces conditions, l'équilibre est généralement supposé
assuré. Cependant, du fait de l'incertitude liée aux paramètres de
calcul, notamment mécaniques, cette valeur limite pourrait très bien
ne pas être suffisante dans certains cas. Le tableau suivant nous donne
les valeurs de FS en fonction de la taille de la structure et des
conditions particulières qui l'entourent :
Tableau II.1 : Valeurs de FS en fonction de l’importance de l’ouvrage
L'expérience a montré que, les talus restent toujours stables si Fs>1.5,
le glissement est pratiquement inévitable si Fs< 𝟏
Pour certains sites particuliers (carrières, mines à ciel ouvert, talus en
cours de construction), le coefficient de sécurité peut être réduit à 1.2
ou 1.3. Dans ce cas la surveillance et l’auscultation des terrains sont
généralement renforcées.
5.2 Méthode de l’équilibre limite
La méthode de l'équilibre limite est largement utilisée en
géotechnique pour l'analyse de la stabilité des talus. Elle consiste à
étudier l'équilibre d'un corps rigide constitué par le talus et une
surface de glissement, en prenant en compte les forces motrices et
résistantes agissant sur la surface de rupture. Cette méthode permet de
calculer le coefficient de sécurité, qui est le rapport entre la résistance
disponible et les contraintes de cisaillement.
Parmi les méthodes d'équilibre limite, il y a la méthode globale, qui
prend en compte l'équilibre global du corps rigide. Cette méthode est
utilisée pour les cas simples de talus homogènes et sans présence de
nappe, en considérant la totalité de la "masse libre" et en faisant des
hypothèses sur la distribution des contraintes normales le long de la
surface de rupture.
Les méthodes de Biarez, Caquot et Taylor en font partie, mais elles ne
peuvent être utilisées qu'avec des surfaces de rupture circulaires ou
des lignes droites simples. Il y a également la méthode des tranches,
qui décompose le talus en tranches et étudie d'abord l'équilibre
individuel de chaque tranche avant de globaliser le résultat. Cette
méthode prend en compte la non-homogénéité du talus et permet
d'analyser la stabilité de talus plus complexes, en utilisant certaines
hypothèses simplificatrices.
Les méthodes de Fellinius, Bishop et Jumbou font partie de cette
catégorie. Les hypothèses basiques de la méthode de l’équilibre limite
sont :
• La rupture se fait dans un plan (analyse bidimensionnelle) ;
• Les forces extérieures d'entraînement sont le poids et les surcharges
• Le problème est statique ;
• Les lois de la mécanique des milieux continus s'appliquent au sol ;
• Le sol est rigide, et c’est pourquoi la courbe de rupture est de
"bonne allure" ;
• La relation de Terzaghi est vraie : 𝝈 ′ = 𝝈 − 𝒖;
• La loi de Coulomb s'applique à la rupture : 𝑟 = 𝑪 ′ + (𝝈 − 𝒖)𝝋 ;
• Un coefficient de sécurité est défini comme le rapport de la
résistance au cisaillement maximale du sol à celle de contrainte
mobilisable ;
• Le coefficient de sécurité 𝐹𝑠 est constant le long de la courbe de
rupture ;
5.3 Méthodes des tranches
La méthode des tranches consiste donc à découper la surface de
glissement en une série de tranches verticales de largeur constante et
d'épaisseur infinitésimale, chacune étant supposée homogène et
isotrope. Pour chaque tranche, on considère les forces motrices et les
forces résistantes, et on calcule les moments de forces en prenant en
compte les angles de frottement et la cohésion. On obtient ainsi une
équation d'équilibre pour chaque tranche. En sommant les moments
de forces de toutes les tranches, on peut déterminer le coefficient de
sécurité global de la structure. Cette méthode permet d'obtenir une
estimation relativement précise du coefficient de sécurité d'une
structure complexe telle qu'une digue ou un talus.
Figure II.8 La masse du talus découpé en tranches
5.3.1 Méthodes de Fellenius
Pour appliquer la méthode de Fellenius, on suppose que la surface de
glissement est circulaire et que la rupture se produit autour de son
centre de gravité. On découpe alors le sol en tranches verticales de
largeur constante, et pour chaque tranche, on calcule les forces
motrices et résistantes. Les forces inter-tranches sont supposées
égales ou opposées, ce qui permet de simplifier les calculs. On
applique ensuite l'équilibre des moments pour chaque tranche, en
prenant en compte les angles de frottement et la cohésion du sol. On
obtient ainsi une série d'équations d'équilibre pour chaque tranche, et
en sommant ces équations, on peut déterminer le coefficient de
sécurité global de la structure. Cette méthode est relativement simple
à mettre en œuvre, mais elle ne prend pas en compte les forces de
cisaillement inter-tranches, ce qui peut conduire à des résultats
imprécis dans certains cas.
Figure II.9 La masse du talus découpé en tranches méthode de
Fellenius
On trace sur une coupe transversale du barrage plusieurs cercles de
glissement et on cherche le cercle critique, c'est-à-dire celui qui
présente le coefficient de sécurité le plus faible. Pour chaque tranche
verticale (n), on détermine les forces illustrées à la figure II.9
Figure II.10 Forces agissantes sur une tranche (n)
Pour chaque tranche verticale, on détermine alors les efforts suivants :
• Wi : le poids de la tranche ;
• la composante motrice du poids soit 𝑇𝑖= 𝑊𝑖 𝑠𝑖𝑛 (𝛼𝑖) où 𝛼𝑖 est
l’inclinaison locale de la surface de rupture avec l'horizontale ;
• la composante normale du poids sur la surface de glissement soit
𝑁𝑖= 𝑊𝑖 𝑐𝑜𝑠 (𝛼𝑖)
• la résultante des forces de pressions interstitielles sur la base de la
tranche. Si Ui est la pression et bi l'épaisseur horizontale de la
tranche, la résultante des forces de pression est : 𝑈𝑖 . 𝑏𝑖=𝑃𝑖 = cos(𝛼 )
• la contribution de la cohésion Ci à l'effort résistant :
𝐶 . 𝑏𝑖 =𝑐𝑖 = cos(𝛼 )
• la contribution du terme de frottement à la résistance : (𝑁𝑖− 𝑃𝑖) tan
𝜑 Finalement, le coefficient de sécurité pour un cercle de glissement
donné vaut :
5.3.2 Méthode de Bishop simplifiée (1955)
Bishop a supposé que le facteur de sécurité est constant le long de la
surface de glissement, avec, Pi - Pi+1= 𝚫P et Si - Si+1= 𝚫S.
Dans cette méthode, on suppose également que la surface de rupture
potentielle est circulaire ; les forces sur les côtés de la tranche sont
supposés être horizontale (c’est-à-dire, il n’y a pas de cisaillement
entre les tranches). Les forces sont résumées dans le sens vertical pour
satisfaire l’équilibre dans cette direction et d’obtenir une expression
de la contrainte normale sur la base de chaque tranche. Se référant à la
tranche illustrée dans la figure suivante, et on détermine les forces
verticales, l’équation de l’équilibre suivante peut être écrite pour les
forces dans le sens vertical : 𝑾𝒊 + ∆𝑷 = 𝑵. 𝒄𝒐𝒔𝑎𝒊 + 𝑻. 𝒔𝒊𝒏𝑎𝒊
Il convient de noter que cette formule ne prend pas en compte
l'effet de l'eau sur la stabilité du talus, et qu'elle est limitée aux
surfaces de glissement circulaires, la méthode de Bishop est plus
précise que celle de Fellenius, mais elle nécessite trois à quatre
fois plus de calcul (trois itérations), les coefficients de sécurité
obtenus sont en général un peu plus élevés.
Figure II.11 Forces agissant sur une seule tranche
𝐹𝑠 = (𝜎'cos𝜙 + 𝐶'sin𝜙) / (W cos𝜙 sin𝛼 + 𝑁 sin²𝛼) où 𝜎' est la
contrainte effective horizontale, 𝜙 est l'angle de frottement interne du
sol, 𝐶' est la cohésion apparente du sol, W est le poids total de la
tranche considérée, N est la composante normale de la force inter-
tranches, 𝛼 est l'angle que fait la surface de glissement avec
l'horizontale.
6 Les conditions d’analyse
Il est nécessaire de contrôler la stabilité des talus d'un barrage en
remblai à plusieurs étapes de sa construction et de son utilisation. En
règle générale, il existe trois types de situations pour lesquelles la
stabilité d'un barrage en remblai doit être vérifiée.
6.1 Fin de construction
Lors de la fin de la construction d'un barrage en remblai, il est crucial
de réaliser une analyse de la stabilité pour s'assurer qu'il peut atteindre
sa hauteur finale sans se rompre. Bien qu'il n'y ait pas encore de
pression exercée par la retenue d'eau, les pressions interstitielles sont
élevées car les surpressions dues à la construction ne se sont pas
encore dissipées.
La résistance dépend de la contrainte effective 𝜎′, et elle diminue
progressivement avec l'augmentation de la pression interstitielle 𝑢 (𝜎′
= 𝜎 − 𝑢), pouvant entraîner un glissement du talus en raison de la
diminution de la résistance au cisaillement. Il est donc recommandé
d'analyser la stabilité du talus en aval. Pour les matériaux fins
argileux, la méthode la plus simple pour calculer la stabilité est à
court terme, avant la consolidation, en utilisant les valeurs de Cuu et
𝜑uu correspondant au taux de compactage du remblai. Pour les
barrages de grande hauteur, les valeurs de Cuu et 𝜑uu ne sont pas
constantes, mais la courbe intrinsèque indiquée sur la figure II.5
montre que la branche inclinée (𝜑uu>0) correspond à un sol compacté
non saturé, où les contraintes interstitielles 𝑢 sont élevées, et où le sol
se trouve souvent sous forme de bulles dissoutes dans la phase
aqueuse. En revanche, le sol compacté argileux est saturé, et 𝐶uu≠0 et
𝜑uu=0 à la limite.
Figure II.12 Critère de rupture en conditions non drainées
6.2 Période d’exploitation
Pendant la période d'exploitation d'un barrage en remblai, l'analyse
de la stabilité est nécessaire pour vérifier sa capacité à rester stable
après le remplissage du réservoir et l'établissement du réseau
d'écoulement à travers le barrage. Dans le secteur amont du barrage,
la pression interstitielle réduit la contrainte effective 𝜎′ et, par
conséquent, la résistance, mais cette diminution est compensée par la
pression exercée par le réservoir, qui s'oppose au glissement du talus
amont. Dans le secteur aval du barrage, l'écoulement dans le massif
peut créer une surface de suintement sur le talus, où la poussée
d'écoulement sur les grains solides peut le déstabiliser. Pour cette
raison, un drainage du talus aval est généralement prévu. Lorsque la
retenue est pleine, l'écoulement est défavorable à la stabilité du talus
aval. Les caractéristiques mécaniques du sol 𝐶 et 𝜑, indépendamment
de la perméabilité du matériau de construction, peuvent être obtenues
à partir de l'essai de résistance au cisaillement à long terme, sur
consolidé, saturé et drainé.
6.3 Vidange rapide
La condition vidange rapide' est rencontrée lorsque le niveau d’eau
diminue brusquement audessous du niveau normal de la retenue. Dans
ce cas les pressions d’eau dans le corps de l’ouvrage ne sont pas
dissipées, alors que la pression d’eau extérieure a disparu. Le talus
amont se trouve dans une situation plus défavorable qu’en condition
normale d’exploitation. C’est donc ce secteur amont du barrage qui
est affecté par la condition 'vidange rapide', on conserve la pression et
on enlève l’effet stabilisateur du réservoir. L’analyse de la stabilité est
menée en adoptant la résistance au cisaillement non drainé pour les
matériaux peu perméables, et la résistance drainée pour les matériaux
qui présentant une perméabilité élevée. On peut estimer si un
matériau a un comportement drainé ou non, en calculant la valeur du
facteur temps T, donnée par :
Avec :
•𝐶v : coefficient de consolidation,
•𝑡 : temps de rabattement,
•𝐷 : distance de drainage,
La condition de vidange rapide peut être dangereuse pour la stabilité
du barrage, en particulier pour le talus amont, qui perd son effet
stabilisateur du réservoir et subit une augmentation des pressions
interstitielles. L'analyse de la stabilité doit prendre en compte le
comportement du matériau du barrage lorsqu'il est soumis à des
pressions d'eau non dissipées, en utilisant la résistance au cisaillement
non drainé pour les matériaux peu perméables et la résistance drainée
pour les matériaux plus perméables. Le facteur temps T peut être
utilisé pour estimer si un matériau a un comportement drainé ou non,
et si T est supérieur ou égal à 3, le matériau peut être considéré
comme drainé. La plupart des matériaux ayant des coefficients de
perméabilité supérieurs ou égaux à 10- 6 peuvent être supposés
comme des matériaux à comportement drainé.
Chapitre 5 : Pathologies - techniques de confortement des barrages en terre
et auscultation - surveillance des barrages
1 Pathologies :
1.1 Dégradations de surface :
Fissuration des remblais : En général situées en crête et/ou sur les talus, ce sont
des fissures de retrait (ou fissures mosaïques) ou des fissures structurales.
1.2 Dégradations internes aux remblais :
Déformations excessives des remblais et percolations anormales à travers les
ouvrages ou les fondations, sont les dysfonctionnements internes les plus
fréquemment rencontrés.
a-Tassements excessifs des remblais :
Le tassement conduit à un fléchissement visible de la crête dans la partie
centrale du barrage et en conséquence une diminution locale de la revanche qui
réduit la sécurité du barrage vis-à-vis d'une surverse.
b-Percolations incontrôlées :
Les percolations anormales à travers les ouvrages sont la principale cause des
désordres observés.
Phénomènes de glissement et d'érosion interne :
Ils sont la suite logique des percolations anormales à travers le remblai ou la
fondation.
1.3 Pathologies graves
Les accidents les plus graves sur les barrages en remblai se résument comme
suit :
• Ruptures par tassement différentiel ;
• Ruptures par glissement des talus ;
• Ruptures par érosion interne
2 -Causes de rupture :
Les causes de rupture d'ouvrage peuvent être de différents ordres.
Problèmes techniques
Il peut s'agir d'un défaut de fonctionnement des vannes permettant l'évacuation
des crues ou bien d'un vice de conception, de construction, ou de matériaux.
Le type de barrage, les matériaux utilisés, la nature des fondations ainsi que
l'âge de l'ouvrage vont avoir une influence sur l'apparition de ces problèmes.
Remarque : l'évolution des techniques de construction rend les barrages
modernes beaucoup plus sûrs.
Causes naturelles
Les barrages en remblai ne supportent pas la submersion et sont donc plus
vulnérables aux débordements. La phase de chantier pour les barrages en
construction est une période sensible aux risques de crue, car les ouvrages
d'évacuation ne sont pas encore opérationnels. Les glissements de terrains, et
enfin les séismes peuvent causer des dommages à ne pas négliger
(déformations, tassements, fissures, etc.).
Causes humaines
Études préalables pas assez approfondies, contrôle d'exécution insuffisant,
erreurs d'exploitation, défaut de surveillance et d'entretien ou encore actes de
malveillance, sabotage, attentat et guerre.
3- Les cas de rupture des ouvrages en remblai
Pour les ouvrages hydrauliques en remblai, quatre mécanismes de rupture sont
classiquement considérés : l'érosion externe, l'érosion mécanismes interne,
l'instabilité externe et la liquéfaction.
Les barrages en remblai peuvent être touchés par une rupture progressive,
causée par un phénomène d'érosion externe ou interne.
3-1 L'érosion externe
Elle est engendrée par des circulations d'eau, même peu importantes sur la crête
des barrages. Le mécanisme d'érosion s'amorce à partir du bord aval de la crête
et progresse jusqu'à ce qu'une brèche soit ouverte.
a· L'affouillement
Il correspond à l'érosion externe du pied de la berge, puis à l'érosion externe du
corps de digue si celle-ci est proche de la berge. C'est la vitesse importante de
l'eau (aggravée éventuellement par la fragilité des berges, l'absence de
protection ou d'ancrage des berges) qui provoquent l'érosion en pied.
b· La surverse
C'est est un mécanisme de rupture par submersion : durant la crue, l'eau déborde
au-dessus de la digue provoquant l’écoulement d'une lame d'eau par-dessus
l'ouvrage, et conduit généralement et rapidement à la brèche, par érosion
régressive du talus côté aval protégé, puis la crête.
c· Le mécanisme de glissement
Il existe deux mécanismes de glissement :
• Glissement du talus côté aval, se produisant le plus souvent durant la crue ;
• Glissement du talus côté fleuve, se produisant lors de la décrue.
3.2 L'érosion interne
L'érosion interne est l'une des causes principales de rupture des ouvrages
hydrauliques. Elle peut être développée sous forme de deux phénomènes
fondamentaux à savoir le renard hydraulique et la suffusion, ils diffèrent par
leurs conditions aux limites géométriques et hydrauliques, le risque de rupture
est en conséquence différent.
a- Le mécanisme de renard ou (érosion interne régressive) est le plus
dangereux et le plus rapide, s'il n'est pas immédiatement stoppé, il conduit
très rapidement à la rupture.
Des facteurs tels que l'absence de filtre aval, la présence de terriers d'animaux,
la présence de conduite traversante ou de racines d'arbres favorise le
développement d'un mécanisme de rupture par renard sur les digues.
b- Suffusion (en anglais suffosion) dans ce cas, la perméabilité du milieu est
lentement modifiée et après une phase de développement ininterrompue, il
peut y avoir rupture.
4- Confortement, auscultation, surveillance et maintenance
La fonction d'un barrage est de constituer une réserve d'eau, il est donc évident
que ces ouvrages doivent être et demeurer étanches. L'apparition de fuites dans
un barrage peut avoir des conséquences néfastes à plusieurs titres :
augmentation des pressions interstitielles et détérioration des conditions de
stabilité, érosion interne pouvant aboutir à la rupture. D'autre part, compte tenu
des besoins croissants en eau et en énergie de nos sociétés, il devient
indispensable de pouvoir faire fonctionner les barrages au maximum de leurs
capacités. Tout cela conduit à prendre conscience de l'importance du traitement
des fuites de tels ouvrages.
On peut citer les confortements réalisés par l'exécution de parois étanches, de
travaux d'injection et d’écrans constitués par des colonnes sécantes de jet
grouting.
La surveillance et l'entretien font partie des actions importantes à mener pour
garantir la sécurité des ouvrages et par conséquent celle de la population. Ils
doivent permettre de mettre rapidement en évidence un fait anormal, voir un
événement extraordinaire. Il appartient donc à l'exploitant d'exécuter des
contrôles et des mesures d'auscultation nécessaires pour juger de l'état et du
comportement de l'ouvrage d'accumulation.
Quant au contrôle du comportement, il permet de s'assurer, par la mesure de
paramètres significatifs, d'un comportement conforme. Dans le cas contraire, il
sera nécessaire d'envisager des mesures complémentaires techniques ou
d'exploitation. L'estimation de l'efficacité du traitement d'un barrage affecté par
des fuites est traditionnellement réalisée par des études hydrogéologiques.
Des piézomètres sont installés en amont et en aval de la zone traitée, l'analyse
de leurs relevés permet de quantifier l'incidence des travaux, mais un suivi de
plusieurs mois, parfois de plusieurs années, est nécessaire.
En revanche, les nouvelles technologies permettent de connaître de nombreux
paramètres tels que la verticalité, la profondeur, la nature des terrains traversés
en temps réel.
5- Techniques de renforcement
Pour assurer la stabilité, quelques techniques de renforcement :
- Protection externe : enrochement, perrés maçonnés ...
- Drainage, filtration
- Protection interne : voile étanche de type palplanche, soil mixing, écran mince
...
- Étanchéité externe : corroie argileux, géomembrane ...
6 -Vérification de la stabilité
La stabilité est justifiée : Au glissement (stabilité d'ensemble)
- En déformation vis-à-vis du risque tassement, défaut de portance
- Au soulèvement hydraulique côté val
- À l'affouillement et à l’érosion
7- Auscultation et surveillance des barrages
Les contrôles portent essentiellement sur les phases de réalisation du barrage,
ils doivent confirmer les hypothèses retenues pour l'étude notamment au niveau
de la géologie et de l'hydrologie du site. Les premiers contrôles probants seront
réalisés lors des injections, on pourra ainsi vérifier que les débits d'injections
sont conformes aux prévisions ce qui fournit une indication sur la qualité de la
mise en œuvre.
La surveillance du barrage se prolonge sur toute la durée d'existence du barrage,
elle comporte :
- des examens visuels de contrôle des dégradations éventuelles
- des mesures topographiques permettant de vérifier les déformations
d'ensemble de l'ouvrage
- des mesures des déplacements internes (inclinomètres, pendules,)
- des mesures d'extensométrie permettant de contrôler les déformations locales
(capteurs installés en permanence dans l'ouvrage)
- des mesures piézométriques permettant de contrôler l'état des pressions d'eau
dans le barrage et dans le massif environnant.
La surveillance des barrages permet de se prémunir contre les risques majeurs
en programmant les opérations d'entretien ou de rénovation, mais aussi cela
fournit les renseignements nécessaires à l'affinement des techniques de
conception des futurs ouvrages. Pour conserver son efficacité, la retenue doit
régulièrement être purgée de ses alluvions (vase, blocs, dépôts organiques) qui
risque de compromettre le bon fonctionnement des équipements de sécurité.
Bibliographie
➢ Techniques de l'ingénieur C 5555
➢ Barrages en terre de SEDDIKI Ahmed