0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
25 vues7 pages

Un Il

Transféré par

sofienne.benr
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
25 vues7 pages

Un Il

Transféré par

sofienne.benr
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Retrouver ce titre sur Numilog.

com

INTRODUCTION

Grâce aux ouvrages déjà parus et aux visites régulières


des confréries de derviches tourneurs, Mawland Djaldl
al-Din Rümï n’est plus un inconnu pour le public
français. Il est même devenu, pour qui s’intéresse au
sujet, une figure familière de la littérature musulmane.
La richesse du catalogue des œuvres traduites ne
cessant de s’accroître, les travaux universitairesse succé-
dant, on peut désormais disposer d’un vaste panorama de
cette littérature. Toutefois, les civilisations orientale et
occidentale n’abordent pas de la même manière ce qui
touche à la religion, à la sagesse ou à la connaissance.
C‘est pourquoi il est souvent difficile pour le lecteur
occidental de situer les grands poètes de l’Islam. Ne sont-
ils que des poètes ? Ne sont-ils pas aussi des mystiques ?
Leurs œuvres ont-elles un sens ésotérique ? Toutes ques-
tions qui s’appliquent évidemment aux ouvrages de
Mawland Djalal al-Din Rümï, qui peut apparaître dans
un même texte comme un poète, un mystique et un sage.
Cette diversité des angles d’approche de la littérature
soufie fait clairement comprendre que le soufisme ne
saurait être réduit à une doctrine, si clairement formulée
soit-elle. Le soufisme se compose de plusieurs traditions,
sensiblement différentes les unes des autres mais qui ont
toutes en commun leur attachement aux principes fonda-
mentaux de l’Islam.
Dès le début de l’Islam, les vies << exemplaires B de
certains fidèles influencèrent profondément la tradition.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

8 Le Mesnevi
Si on se réfère à des ouvrages comme le Mémorial des
saints de Farid-uddin Attar, au Kach-al-Mahdjub de
Hudj Wiri ou encore au Risale de Kusheyri, on constate
que tous datent du xf siècle et qu’ils contiennent tous trois
des hagiographies des premiers soufis. On constate
également que ces premiers soufis vivaient de manière
ascétique et qu’ils étaient aussi détachés des biens de ce
monde qu’attachés au prophète de l‘Islam. Enfin, chacun
de ces ouvrages contient une véritable mise en garde
contre la dégénérescence du soufisme. Le but des auteurs
est autant de fixer une tradition que de donner un
exemple.
C’est qu’à l’époque la traduction des ouvrages des
philosophes grecs et des sages hindous avait engendré
chez les soufis une grande multiplicité de courants de
pensée, au détriment parfois de la certitude originelle.
La référence aux premiers fidèles paraissait ainsi néces-
saire pour retrouver son chemin dans les méandres des
tendances.
Chacun de ces premiers soufis, initiateur de longues
traditions (dont certaines se perpétuent encore), descen-
dait directement du prophète. Cettefiliation traditionnelle
ainsi que la relation maître à disciple permettent au fidèle
de se rattacher aux origines de l’Islam, qui peut alors
s’incarner. On voit la différence entre cette approche et
celle, plus désincarnée, qui consiste à aborder la religion
par les écrits qu’elle a suscités.
Les confréries (Tarikat) se sont donc multipliées. Les
lieux de réunions (Tekke ou Zaviga) également. Se
multiplièrent aussi les œuvres littéraires, les coutumes et
les rites. C‘est tout cet héritage qui constitue ce que nous
appelons le soufisme.
Le soufisme fut souvent décrié pour son penchant pour
les arts et tenu à l‘écart par l’Islam orthodoxe. Ce fut le
prétexte d’innombrables querelles et Rümï, du fait de
l‘importance qu’il donnait à la musique, fut certainement
l’un des plus critiqués.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Contes soufis 9

Avant la venue des Mongols, 1’Afghanistan d’aujour-


d’hui était le berceau d’une riche civilisation et la ville de
Balkh était, parmi ses cités, l’une des plus importantes
par son rayonnement. Bahaeddin Veled, le père de
Rümï, y était considéré comme le plus grand savant de
l‘Islam. On lui attribuait le nom de sultan i Ulema (sultan
des savants). Le sultan de cette contrée était sous
l’influence d’un autre savant, Farreddin Razi, qui défen-
dait la cause des philosophes de l‘Islam. Le père de
Rümï, adversaire irréductible de cette tendance, décida
alors de quitter le pays et certains prétendirentpar la suite
que I‘invasion des Mongols fut pour le sultan un châti-
ment pour n’avoir pas reconnu le grand savant qu’abri-
taient les murs de sa cité.
La petite caravane, formée du maître, de sa famille et
de ses disciples, se rendit d’abord à La Mecque. Puis elle
vint s’installer en Anatolie. C‘était I‘époque du règne des
sultans Seldjoukides et Bahaeddin Veled comptait y
recevoir un accueil plus favorable. Après un bref séjour
dans la ville de Karaman, la famille de Rümï, sur
l’invitation du sultan Allaeddin Keykubad, se fixa dans la
ville de Konya, capitale de l’empire seldjoukide. Rümi
était déjà père de deux enfants.
Bahaeddin Veled trouva la mort deux ans plus tard
mais la brièveté de son séjour à Konya lui avait cependant
permis de s’attirer l’estime et l’affection du sultan, des
nobles et de la population. Les disciples de Bahaeddin
Veled se regroupèrent alors autour de son fils Rümi, déjà
considéré par tous comme un grand savant.
Un an plus tard, Rümï reçut la visite d‘un ancien
disciple de son père, Seyyid Burhaneddin. Celui-ci lui
dit :<< Sans doute es-tu incomparablepar ton savoir mais
ton père avait quelque chose de plus que toi. C‘était un
homme dans toute son essence et c’est cela qui te fait
défaut. >>
Pendant neuf années, Rümï fut le disciple de Burha-
neddin. Ce fut pour lui une période de maturation et de
Retrouver ce titre sur Numilog.com

10 Le Mesnevi
parachèvement et, quand Burhaneddin partit au bout de
neuf ans, il était devenu un savant unanimement respecté.
Mais l’apparition d’un autre personnage, Shems eddin
Tabrizi, vint bouleverser l’existence de cet austère théolo-
gien. Ce qui se passa entre ces deux hommes, cette
communion, cette extase et cette joie, défie l‘explication et
reste un mystère. La réalité de la chose est pourtant
prouvée par les profonds changements qu’apporta Rümt
dans sa vie et qui transparaissent dans ses œuvres. Par la
suite, bien des écrivains et des historiens tentèrent de
percer ce mystère. Cette période vécue aux côtés de
Shems eddin fut la plus exaltante pour Rümï et la
disparition de Shems eddin le laissa dans un état de grand
chagrin et de profonde nostalgie, qui s’exprima par un
jaillissement de poèmes.
Plus tard, Rümï fit la connaissance d‘un bijoutier,
Salahaddin Zerkoubi. Un jour, entendant le son des
marteaux qui travaillaient l‘or dans l’atelier de son ami,
Rümï crut entendre une invocation du nom d’Allah et,
pris d’une grande émotion, il se mit à danser au beau
milieu du bazar. Cette danse devint plus tard la danse
rituelle de ses disciples, connus en Europe sous le nom de
derviches tourneurs.
L’amitié de Rümï pour ce bijoutier inaugura une
nouvelle période dans sa vie, marquée par de multiples
réunions de fidèles, durant parfois plusieurs jours et
plusieurs nuits d‘affilée, au cours desquelles les larmes
d’extase se mêlaient à la musique, à la poésie et à la
danse. Neuf autres années passèrent ainsi, dans la folie
et dans l‘extase, jusqu’à la disparition de Salahaddin.
Un énorme recueil de poèmes (Le Divan de Shems
i-Tabrizi), dédié à Shems eddin i-Tabrizi, témoigne de
cette période.
Rümï avait alors coutume de dire que Shems était le
soleil et que Salahaddin était la lune grâce à laquelle,
dans l’obscurité, il retrouvait l’éclat du soleil. Après la
disparition de Salahaddin, il rencontra Celebi Husamed-
din. I1 le nomma successeur de Salahaddin et manifesta
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Contes soufis 11
pour lui un attachement empreint du plus profond
respect.
Un jour, Celebi dit à Rümi : << Mes disciples étudient
les œuvres de Hakim Senai (mort en 1131) ou de
Farrideddin Attar (mort en 1230). Il serait désormais
souhaitable qu’il puissent étudier une œuvre de toi! B
Rüwi sortit alors de son turban v‘z feuillet sur lequel
étaient écrits les dix-huit premiers distiques de cet
immense ouvrage qu’allait devenir le Mesnevi. Le nom
de Mesnevi désigne la forme d’un poème composé de
distiques. C‘est une partie de cet ouvrage que nous
présentons ici, et, plus précisément, les contes que Rümi
utilisait pour illustrer son enseignement.
Rümi dictait son poème, en tout lieu, à toute heure du
jour ou de la nuit, et Celebi le transcrivait. Les questions
de Celebi, les arguments d’un contradicteur, imaginaire
ou réel, les péripéties de la vie quotidienne, tout cela
provoquait l‘inspiration de Rümi et venait enrichir son
Mesnevi.
Les joies, les vaines tristesses, les désirs, les déconve-
nues, la fierté, l‘orgueil, la maturité et les enfantillages, le
mensonge et la vérité, bref, tout ce qui concerne l‘homme
est présent dans cet ouvrage. Les versets du Coran, les
hadiths (paroles du prophète), les légendes bibliques, les
contes hindous ou bouddhistes ainsi que la vie de tous les
jours sont un prétexte pour parler de l’être humain. Ce
chef-d’œuvre réunit dans ses vingt-quatre mille distiques
toutes les notions de sagesse. L’Islam tout entier fut
marqué par cet ouvrage.
Après la disparition de Rümi, en 1273, ses descendants
lui succédèrent. Ce fut le début d’une véritable dynastie
spirituelle et d’une éclosion de nombreuses confréries
qui, par centaines, se propagèrent dans le monde musul-
man et dans tout l’Empire ottoman.
Considéré comme un commentaire du Coran, le Mes-
nevi ne fut pas seulement étudié dans le cadre des
confréries, mah aussi dans les mosquées. Des commen-
taires et des traductions (la langue d’origine est le persan)
Retrouver ce titre sur Numilog.com

12 Le Mesnevi
virent le jour et le Mesnevi devint tune des sources
reconnues de l’enseignement traditionnel.
Les confréries disparurent officiellement en 1925, la loi
interdisant aux soufis toute activité dans la jeune Républi-
que turque. En dépit de cette interdiction, la tradition se
perpétua au cours de réunions privées. J’ai eu la chance,
par mon père, qui participait à ces réunions, de connaître
ainsi les derniers moments d’une tradition presque millé-
naire. La musique et la danse tenaient une grande place
dans ces réunions. La conversation était fréquemment
émaillée de citations de Rümi et les contes du Mesnevi
souvent évoqués. Yeus également l’occasion d’assister à
des lecture du Mesnevi, commentées par le dernier
Mesnevihan (commentateur du Mesnevi), Mithat-
Bahari.
En souvenir de ces années de contact avec cette
iradition, il m’est arrivé de lire des extraits du Mesnevi
devant un cercle d’amis. A travers les contes que j’évo-
quais pour eux, je vis alors un intérêt se manifester et
s’exprimer le souhait de pouvoir jouir de tœuvre dans sa
totalité. C‘est ainsi que Pierre Maniez a bien voulu noter
les contes que je lui traduisais.
S’il existe une traduction anglaise du Mesnevi, par le
professeur Nicholson, rien n’existe en langue française.
Une traduction littéraire de cet ouvrage représentant une
immense tâche, nous avons sélectionné les sections narra-
tives. Ces contes étaient bien souvent emboîtés les uns
dans les autres. Nous les avons séparés afin d e n rendre la
lecture plus facile.
Le terme d’adaptation nous paraît par ailleurs plus
juste que le mot traduction. La première raison en est que
nous avons choisi des passages et, à tintérieur de ces
passages, supprimé ce qui ne nous paraissait pas indis-
pensable à la clarté du récit, ou au contraire rajouté une
brève explication. Par ailleurs, nombre de termes de la
langue persane ou turque sont sans strict équivalent en
langue française, ce qui nous a amené, toujours pour des
raisons de clarté, à employer des périphrases, voire à
Contes soufis 13
expliquer, à l’intérieur d’un conte, tel ou tel terme. Enfin,
il faut se rappeler que le Mesnevi est un poème, avec ses
vers et son rythme. Il nous a semblé que tel agencement
de phrases, justifié par la forme et par la langue, pouvait
perdre de son intérêt dans la traduction. Là encore, nous
avons supprimé ou interverti, nous attachant, dans la
mesure du possible, à privilégier la signification de
chaque conte. Si, comme nous I‘espérons, une traduction
littérale de cet ouvrage devait être entreprise, notre travail
pourra servir de fil conducteur pour une meilleure
compréhension de ce poème.

J’ai accompagné, en tant que musicien, des cérémonies


de derviches tourneurs, que ce soit en Turquie ou en
Occident lors de tournées. Et j’ai eu, à cette occasion, à
rencontrer des membres de groupes mystiques occiden-
taux. J’ai p u me rendre compte, à mon grand étonne-
ment, que la référence à Rümt était quasi universelle et
que chacun se servait de lui pour justifier et étayer son
propre dogme. Des écrivains à leur tour ont fait de RümT
un objet de recherche métaphysique à leur façon. Bien
entendu, aucune de ces interprétations ou compréhen-
sions n’est en lien direct avec le monde musulman ou avec
la tradition. Bien des ouvrages sur Rümi noient son
enseignement simple et accessible dans un langage extrê-
mement complexe et ésotérique au mauvais sens du
terme. C‘est la raison pour laquelle nous avons toujours
préféré garder des tournures simples et populaires,
d’abord parce que c’est le cas dans l’original, et puis pour
éviter, par une formulation maniérée ou sophistiquée,
d’empêcher la multiplicité des interprétations possibles,
qui est le propre de cette œuvre.
Ahmed Kudsi-Erguner

Vous aimerez peut-être aussi