Vers le BAC – Sujets de dissertation
Vers le BAC
LA DISSERTATION
SUJET Jean-Paul Sartre affirme à la fin de son autobiographie,
Les Mots (1963) : « Longtemps j’ai pris ma plume pour une
épée : à présent je connais notre impuissance. N’importe : je
fais, je ferai des livres ; il en faut ; cela sert tout de même. »
En quoi cette pensée du philosophe éclaire-t-elle votre lecture
de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
d’Olympe de Gouges, et de la littérature d’idées en général ?
Vous pourrez puiser vos exemples dans l’œuvre intégrale,
dans les textes du parcours associé, vos connaissances
personnelles et les lectures faites en classe de 2de.
Analyser le sujet
1. Repérer et analyser les mots-clés : la citation de J.-P. Sartre invite les
élèves à réfléchir au rôle de la littérature engagée, comme le prouve
la métaphore de la « plume » prise pour une « épée ». Cependant,
l’adverbe « toujours » et le participe passé (« j’ai pris ») qui s’opposent
au présent (« à présent je connais ») montrent que Sartre a réalisé que
la littérature ne pouvait pas vraiment jouer de rôle efficace dans les
différents combats du monde (« impuissance »). Mais le philosophe ne
s’arrête pas à un constat d’échec, et il se tourne au contraire vers un
futur toujours engagé en littérature (« je ferai des livres »), affirmant
malgré tout leur utilité (« cela sert tout de même »).
2. Trouver la problématique : le sujet précise donc que la littérature
engagée (la « littérature d’idées ») peut se révéler impuissante, sans
pour autant qu’il faille s’en passer complètement car elle a tout de
même une utilité. Mais quel peut être ce rôle ? Quelles sont les fonc-
tions de la littérature d’idées ?
3. Formuler un plan : le plan sera thématique (« En quoi… »). La première
partie du plan va toujours dans le sens du sujet (ici la citation de Sartre
qui affirme l’impuissance de la littérature) ; il s’agira de prouver, en par-
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ticulier en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de
la citoyenne, que le passage par la plume n’est pas forcément efficace
pour faire changer le monde. La deuxième partie nuancera le constat
de Sartre en montrant que la littérature d’idées peut aussi, dans une
certaine mesure, faire évoluer les mœurs et les mentalités. Enfin, une
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troisième partie répondra à la question de la fonction première de la
littérature, qui est sans doute, avant de la faire évoluer, de présenter à
l’humanité un miroir de sa condition.
Proposition de plan détaillé
I. L’impuissance de la littérature
a. Un public nécessairement averti
La particularité de la littérature est qu’elle exige un public averti,
un public « lecteur », donc forcément instruit.
– Idée soutenue par Voltaire qui met de manière ironique en garde
les hommes afin qu’ils ne soient pas trop instruits, dans « De
l’horrible danger de la lecture ».
– Fonction et enjeu du projet de l’Encyclopédie des Lumières, qui
vise à instruire le plus grand nombre (articles écrits et planches
gravées pour ceux qui ne savaient pas lire).
b. Selon les mœurs de l’époque, le discours peut ne pas
trouver d’écho immédiat
– Combat en faveur des droits des femmes (Olympe de Gouges et
le groupement de textes p. 62) qui arrive trop tôt dans les men-
talités, les femmes elles-mêmes n’étaient pas prêtes à se battre
pour leurs propres droits.
– Le combat en faveur des droits des Noirs et contre l’esclavage
(Olympe de Gouges et le groupement de textes p. 81) qui se voit
censuré ou qui trouve un écho très peu positif, y compris dans les
cercles les plus « intellectuels » de l’époque.
c. La littérature est impuissante à faire changer l’humanité
en profondeur
– La littérature qui dénonce les horreurs de la guerre, et qui
existe depuis l’origine des guerres (par exemple, Agrippa d’Aubi-
gné et Ronsard ou Paul Éluard et Robert Desnos), n’a pas mené à
un monde pacifié.
– La lutte contre la pauvreté et l’accès inégal à l’éducation,
dénoncés par Hugo, semble perdue d’avance (voir groupement de
textes p. 98).
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– Si elle dénonce, parfois sur un ton humoristique, les hommes et
leurs défauts (Molière, La Fontaine, La Bruyère…), on s’aperçoit
que l’on a toujours les mêmes défauts aujourd’hui ! On en rit,
certes, et on les condamne, mais on ne peut pas les abolir.
II. Mais la littérature engagée peut tout de même faire,
en partie, évoluer les mentalités
a. Les mœurs évoluent peu à peu, grâce aux œuvres précédentes
– La lutte en faveur des droits pour les minorités : contre le colonia-
lisme et l’esclavage (Olympe de Gouges, Lamartine… voir p. 83-84).
– Le combat contre la monarchie absolue, de La Boétie à Mon-
tesquieu et ses Lettres persanes, de la tyrannie à la Révolution
française.
– Le combat contre la peine de mort, de Robespierre à Badinter.
b. Des auteurs parviennent à modifier « leur » monde,
à leur échelle
– Voltaire, Traité sur la Tolérance qui conduit à la réhabilitation de
Jean Calas.
– Zola, « J’accuse », qui conduit à la réhabilitation de Dreyfus.
III. La littérature comme miroir de l’humanité
Si la littérature est une forme de lutte « passive », c’est une
lutte quand même, mais qui vise peut-être moins à dénoncer les
hommes qu’à leur tendre un miroir de leur condition, dans toute
sa richesse et ses ambiguïtés.
a. N
écessité d’un regard extérieur pour comprendre
comment l’on vit
L’adresse et la dénonciation d’Olympe de Gouges sur l’attitude
des hommes (voir Préambule), mais aussi sur celle des femmes
(voir Postambule).
b. L’humanité, toute l’humanité, doit trouver sa place
en littérature d’idées
– C’est lui donner comme une « preuve d’existence » dans son
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époque et une légitimité, c’est l’intégrer aux mœurs présentes et
à venir, c’est faire évoluer les lois.
– Discours parlementaires en faveur des droits des homosexuels
(voir p. 107).
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